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1 LA RECENSION DES ÉCRITS Faire une recension de divers écrits, c est produire un texte qui en résume plusieurs autres portant sur un même sujet ou thème, et qui établit des liens entre eux et expose leur problématique commune. Une recension est donc un regroupement de résumés dans lequel sont soulignés les éléments communs et les divergences des différents textes dont on rend compte et où l on montre comment ils se complètent ou se contredisent. Outre le fait d être une série de résumés unis par une problématique commune, une recension peut comporter un aspect critique; si c est le cas, on lui donnera préférablement le titre de recension critique. En général, une recension rendra compte d un nombre de textes ou d ouvrages variant entre trois et dix. La structure de la recension On pourrait illustrer la structure et la composition de toute recension à l aide du canevas décrit ciaprès. Canevas général d une recension de plusieurs textes INTRODUCTION Thème et domaine de connaissances Problèmes de recherche posés par les auteurs des textes résumés Questions auxquelles ces auteurs cherchent à répondre Théories, méthodes et approches adoptées Concepts importants DÉVELOPPEMENT 1. Référence 2. Référence 3. Référence 4. Référence 5. Référence 6. Référence 7. Référence etc. CONCLUSION Mise en perspective des textes les uns par rapport aux autres Place de chaque texte résumé dans la problématique d ensemble Analyse globale de la problématique en fonction des auteurs étudiés Les différents éléments que comporte le texte ressortent clairement. Vous pouvez cependant vous poser la question suivante: dans quel ordre faut-il présenter les résumés dans le développement? Par ordre alphabétique, comme dans une bibliographie? Vous pouvez procéder ainsi, mais il est plus logique de les ordonner en fonction de la problématique qui les réunit. Par exemple, vous regroupez les textes qui partagent des points de vue semblables. Vous pouvez aussi adopter un ordre chronologique pour marquer l évolution de la problématique. Enfin, vous pouvez choisir une division thématique, chaque résumé abordant un aspect particulier du thème général. Cette dernière solution est certainement la plus pratique et la plus facile dans la plupart des cas. (Raymond Robert Tremblay et Yvan Perrier) 1

2 Toutefois, peu importe la méthode choisie, l ordre de présentation doit également être reproduit dans l introduction, le développement et la conclusion. La problématique Nous avons vu plus haut les caractéristiques et les méthodes propres au résumé analytique; vous les appliquerez aussi dans le cas des recensions. Dans le cas de la recension, la particularité est qu il faut bien établir au départ la problématique qui sera à la base du texte. Une problématique est l ensemble des théories et des concepts utiles dans la définition d un problème de recherche. Pour déterminer la problématique d un texte, vous cherchez à savoir de quelle manière ce texte pose une question précise, quels sont les problèmes qui y sont abordés et quelles sont les principales méthodes et références utilisées. La problématique d un groupe de textes apparentés peut être représentée à l aide d un cône renversé (voir le schéma ci-dessous). Domaine de connaissance Thème Problèmes de recherche Questions Théories, méthodes, approches Concepts Faits Vous pourriez aussi définir une problématique comme un groupe de questions apparentées au moins par leur thème, auxquelles des chercheurs veulent répondre. Généralement, ces chercheurs appartiennent au même domaine de connaissance (voire à la même discipline). Ils partagent certains problèmes de recherche particuliers et proposent diverses théories, méthodes et approches souvent concurrentes pour répondre à ces questions. De plus, bien qu ils partagent certains concepts, ces chercheurs se distinguent par d autres. Évidemment, il n est pas toujours nécessaire de décrire en totalité ce vaste ensemble de référence. Aussi, la problématique d un texte est généralement présentée, en introduction, comme un sousensemble de cet ensemble plus vaste dans lequel ce texte s inscrit. Il peut s agir d une question, d une théorie, de quelques concepts et méthodes sur un thème particulier afin d aborder un certain problème. Dans le cadre d une recension, vous devez d une part vous assurer que les textes étudiés partagent une problématique commune et, d autre part, comprendre la place que ces textes occupent à l intérieur de cette problématique. (Raymond Robert Tremblay et Yvan Perrier) 2

3 Marche à suivre 1. Procédez à une recherche bibliographique sur un thème donné. Choisissez quelques textes qui vous intéressent (des monographies, des articles de périodiques, des chapitres de livres). 2. Faites la lecture analytique des textes choisis (voir le chapitre 3). 3. Rédigez le résumé (ou le résumé critique, si cela est demandé) de chaque texte (voir le résumé sur le site Web de l éditeur). 4. Regroupez ces textes selon une certaine logique: vous construisez ainsi votre développement. Vous pouvez aussi lier ces résumés à l aide de paragraphes de transition. 5. Rédigez l introduction, où vous exposez la problématique commune de ces textes. 6. Rédigez la conclusion, où vous indiquez la place de chaque texte dans la problématique générale et où vous faites le point sur l ensemble de la problématique commune. Exemple de recension de textes Dans les pages qui suivent, nous examinerons comment un économiste (Stiglitz) et trois sociologues (Ziegler, Mercure et Rocher) ont défini ou analysé le phénomène de la mondialisation. Ziegler Dans Les maîtres du monde et ceux qui leur résistent, Jean Ziegler tente, dans le premier chapitre de son ouvrage, de cerner la réalité touchée par le concept de mondialisation. Pour ce sociologue suisse, «le monde a changé» (p. 25) au début des années C est à l occasion de deux événements particuliers survenus en 1991 (la guerre du Golfe persique et la désintégration du bloc de l Est) que se mettent en place les conditions de réussite de la «globalisation» ou, si l on préfère, de la «mondialisation». Bien sûr, Ziegler se donne la peine de mentionner que «depuis la découverte de l Afrique australe, de l Australie, de l Océanie et de l Amérique par les Européens aux XV e et XVI e siècles ont existé des formes variées de mondialisation, autrement dit d européanisation du monde» (p. 26). Il précise même, en reprenant à son compte les travaux d Immanuel Wallerstein, que c est «à travers le choc des deux guerres mondiales» que l économie-monde «s est réellement mondialisée» (p. 26). Cependant, dans la suite de son analyse, il ne tient pas suffisamment compte de cette dimension historique à caractère pluriséculaire lorsqu il est question de la mondialisation. Il mentionne qu à «l époque de la division du monde en deux blocs antagonistes, la globalisation s est trouvée entravée» (p. 33), et ce ne serait qu avec l effondrement de l URSS que «la globalisation de l économie a pris son essor» (p. 33). Que faut-il comprendre par globalisation et mondialisation? Ziegler nous rappelle que le mot «globalisation» est un emprunt à la langue anglaise qui remonte aux années 1960, et qu il a surtout été utilisé par Marshall McLuhan (le père de l expression «village global») et Zbigniew Brzezinski (qui identifiait les États-Unis à titre de «première société globale de l histoire» à cause de son rôle de leader dans la révolution électronique). Son équivalent français est «mondialisation». Jusqu au début des années 1990, les mots «multinationales», «transnationales», «entreprises sans frontières», «globalisation commerciale», «mondialisation des marchés», «capitalisme mondial» illustrent que la «Terre apparaît Une» et ce nouveau «tout-un est le territoire du capitalisme contemporain 1» (Zarifian, cité par Ziegler, p. 37). 1. ZARIFIAN, Philippe, L émergence d un Peuple-Monde, Paris, Presses universitaires de France, 1999, p. 3. (Raymond Robert Tremblay et Yvan Perrier) 3

4 Ziegler ne définira pas de manière précise et claire ce qu il faut entendre par «mondialisation». Il avance ce qui suit: La globalisation ou mondialisation est donc très loin de correspondre à un développement économique véritablement mondialisé. Elle conduit au contraire au développement étroitement localisé de centres d affaires où sont installés les grandes firmes, les banques, les assurances, les services marketing et de commercialisation, les marchés financiers. [...] la mondialisation dessine ainsi sur la surface du globe une espèce de réseau squelettique réunissant quelques grandes agglomérations, entre lesquelles on assiste à l avancée des déserts. [...] La réalité du monde mondialisé consiste en une succession d îlots de prospérité et de richesse, flottant dans un océan de peuples à l agonie (p ). Il s agit ici non pas d une définition rigoureuse, mais plutôt d une vision impressionniste d un phénomène complexe. Stiglitz Dans La grande désillusion, Joseph E. Stiglitz (prix Nobel d économie) fait un compte rendu saisissant de ce qu il a vu et entendu quand il était premier vice-président et économiste en chef de la Banque mondiale de 1997 à L ouvrage de cet ancien conseiller de Bill Clinton est plus une dénonciation de certaines politiques ou manières d agir du FMI qu une analyse fine et détaillée de la globalisation ou de la mondialisation. Pour cette raison, nous ne résumerons pas le livre. Tout au plus, nous entendons relever sa position face à la mondialisation et citer la définition qu il propose de ce phénomène. Disons d abord que Stiglitz reconnaît d entrée de jeu son parti pris en faveur de la mondialisation, et ce, même si celle-ci «n a pas apporté les bienfaits promis» (p. 30). À ce sujet, il écrit: Je suis persuadé que la mondialisation la suppression des entraves au libre-échange et l intégration des économies nationales grâce à l action d une série d institutions conçues pour amener la croissance économique à tous peut-être une force bénéfique, qu elle est potentiellement capable d enrichir chaque habitant de la planète, en particulier les pauvres (p. 17). À la question qu il formule lui-même et qui se lit comme suit: «Qu est-ce que cette mondialisation qui inspire simultanément tant de critiques et tant d éloges?», il répond: Fondamentalement, c est l intégration plus étroite des pays et des peuples du monde qu ont réalisée, d une part, la réduction considérable des coûts du transport et des communications, et, d autre part, la destruction des barrières artificielles à la circulation transfrontalière des biens et des services, des capitaux, des connaissances et (dans une moindre mesure) des personnes. La mondialisation s est accompagnée de la création d institutions nouvelles, qui se sont unies à d autres, préexistantes, pour coopérer par-delà les frontières. Dans la société civile internationale, de nouveaux regroupements, tel le mouvement du Jubilé, qui fait campagne pour une remise des dettes aux pays les plus pauvres, établissent des fronts communs avec des organisations aussi bien établies que la Croix-Rouge internationale. La mondialisation est énergiquement propulsée par les firmes transnationales, qui font circuler par-dessus les frontières non seulement des capitaux et des produits mais aussi des technologies. Et elle conduit à regarder d un œil neuf des institutions internationales intergouvernementales qui existent depuis longtemps: les Nations unies, qui s efforcent de maintenir la paix; l Organisation internationale du travail, qui fait avancer dans le monde entier le programme que résume son mot d ordre: Un travail décent ; l Organisation mondiale de la santé, qui s est particulièrement préoccupée d améliorer la situation sanitaire du monde en développement (p ). (Raymond Robert Tremblay et Yvan Perrier) 4

5 C est dans le cadre d une définition qui met l accent sur des aspects économique (la libéralisation tous azimuts) et institutionnel (des organismes internationaux, des firmes transnationales et des ONG) que Stiglitz nous invite à comprendre la mondialisation et à réfléchir à son sujet. Mercure et Rocher Dans deux courts textes livrés à l occasion du XVI e congrès de l Association internationale des sociologues de langue française, Daniel Mercure et Guy Rocher dégagent de manière concise les aspects économiques, politiques, culturels et juridiques de la mondialisation. Ils insistent sur le caractère pluriel de celle-ci tout en levant le voile sur ses dimensions historiques et idéologiques. Mercure Dans sa communication intitulée Une société monde, Daniel Mercure nous informe que du XVIII e siècle à aujourd hui, le capitalisme a connu trois grandes phases. La première débute avec la révolution industrielle au XVIII e siècle et donne lieu à la montée du capitalisme et à la naissance de la classe ouvrière. La deuxième phase voit le jour à la fin du XIX e siècle; elle nous met en présence de l utilisation de nouvelles sources d énergie dans l appareil productif (pétrole, électricité, acier, etc.); de plus, certaines entreprises se transforment en monopoles. La troisième phase naît au milieu du XX e siècle et s accompagne d une révolution technique et scientifique inédite (innovations technologiques dans le domaine du traitement de l information, utilisation de l énergie nucléaire, robotisation de certains postes de travail, fabrication de produits synthétiques), d une expansion des entreprises de services et de la multiplication des bureaucraties. Mercure nous mentionne que le cycle économique qui se met en place au sortir de la Deuxième Guerre mondiale a pour nom les Trente glorieuses. Trois ordres de réalité sont visés par cette expression. Des années 1945 à la première moitié des années 1970, nous aurions assisté à la naissance de la société de consommation de masse qui a été accompagnée d une hausse du taux de syndicalisation et aussi du niveau de vie. Last but not least, c est durant ces années que l Étatprovidence aurait pris son essor en mettant en place diverses mesures de redistribution de la richesse et d amélioration des services de santé, d éducation, d augmentation des logements sociaux, etc. Durant la première moitié des années 1970, le régime de régulation des Trente glorieuses entre en crise. Place à la «nouvelle économie» axée sur les mesures suivantes: l introduction d une plus grande flexibilité dans l organisation du travail en vue de hausser la productivité des entreprises, l orientation de la production de biens en lien avec l économie de savoir (ordinateurs et logiciels) de la santé (produits pharmaceutiques) et des communications et télécommunications. Cette nouvelle économie donne un nouvel essor au capital financier et s inscrit dans une conjoncture politique et idéologique marquée par l affirmation d une vision rétrolibérale (le néolibéralisme). Mercure insiste pour souligner le rôle clé joué par certains États (notamment des États-Unis et des pays du G-7) dans la présente phase de la mondialisation qui remonte, selon lui, «au milieu des années 1970». On trouve au centre de cette mondialisation, la «révolution conservatrice» et des «penseurs ultralibéraux comme Martin Rothbard et David Friedman», ardents défenseurs du «laisser-faire intégral» et de la «liberté des marchés» (p. 12). Après cette mise en contexte historique, Mercure définit comme suit la mondialisation: «De fait, la mondialisation peut être vue, pour l essentiel, comme une vaste entreprise en vue d accroître la valorisation du capital, principalement du capital à dominante financière. La mondialisation actuelle, c est donc d abord et avant tout celle du marché et des capitaux, son idéal étant le Single Market place» (p. 14). Contrairement à Ziegler, Mercure est en mesure de trouver les racines de la présente phase de la mondialisation dans les années 1970, mais sa définition du phénomène a un biais un peu trop économiste. (Raymond Robert Tremblay et Yvan Perrier) 5

6 Rocher Dans l article «La mondialisation: un phénomène pluriel», Guy Rocher tente de voir quelle peut être la contribution de la sociologie ou des sociologues dans l étude du phénomène de la mondialisation. Dans un premier temps, Rocher s intéresse au caractère polysémique du concept. La langue française nous donne trois termes pour parler à peu près de la même chose: l internationalisation, la mondialisation et la globalisation. L internationalisation fait référence aux différents types d échanges entre nations (économiques, politiques et culturels) qui peuvent être de différentes natures: «pacifiques ou conflictuelles, de complémentarité ou de concurrence». La mondialisation concerne «l extension de ces relations et de ces échanges internationaux et transnationaux à l échelle du monde, conséquence de la rapidité toujours croissante des transports et des communications dans la civilisation contemporaine» (p. 19). Pour sa part, le concept de globalisation fait référence à un «système-monde». Rocher cite Alain Crochet 2, qui précise à ce sujet que la globalisation signifie que «le phénomène étudié concerne le monde entier». Ces précisions terminologiques étant faites, Rocher montre comment le phénomène de la mondialisation a un caractère pluriel. Pour lui, il y a une mondialisation économique qui nous met en présence d un marché transnational de biens et de services à l ensemble de la planète. Cette mondialisation économique s accompagne d une division accrue du travail et, par conséquent, d une «réorganisation spatiale de la production» des entreprises. Dans cette économie-monde, les immenses capitaux accumulés par les détenteurs du capital financier se déplacent avec un minimum de contraintes. Pour ce qui est de la mondialisation politique, Rocher nous mentionne que «les relations politiques entre les peuples existent depuis des millénaires», mais c est au cours du XX e siècle que se mettent en place des «organismes supra-étatiques [sic] à l échelle de la planète» (la Société des nations, l Organisation des Nations unies). Une mondialisation juridique est en train de voir le jour. Le droit n est plus seulement l affaire des États-nations, il devient l affaire de divers organismes internationaux qui réglementent ou régulent divers aspects du monde contemporain (Internet, le droit d ingérence dans les affaires nationales d un pays «au nom des droits fondamentaux et de la démocratie» [p. 22]). Pour ce qui est de la mondialisation culturelle, Rocher l identifie à deux éléments: le systèmemonde du savoir et la «culture de l entertainement», c est-à-dire la diffusion des produits culturels américains. Rocher s intéresse aux interrelations entre ces différentes formes de mondialisation. Il nous montre, en s appuyant sur les travaux de Karl Polanyi (The Great Transformation) comment, au XIX e siècle, l idéologie libérale mercantiliste a permis au marché de devenir «un système autonome international» (p. 23). La mondialisation économique s accompagne de plusieurs mouvements jouant tantôt en faveur des forces du libre marché ou, à l opposé, des mouvements sociaux et des groupes de pression qui résistent à cette mondialisation. Le sociologue de l Université de Montréal consacre une partie de son texte aux «interrelations au sein des mondialisations». Il fait une remarque méthodologique fort importante. Il avance que les sociologues doivent analyser le système-monde «selon la tradition sociologique, dans le contexte des rapports de pouvoir de domination et d hégémonie qu il produit et reproduit» (p. 25). En conséquence, cette démarche fait ressortir les déséquilibres entre les forces en présence et permet de montrer comment l une d elles impose aux autres acteurs ses règles du jeu et sa manière de voir au point de vue économique, politique, militaire, culturel et diplomatique. Une analyse qui fait ressortir les causes des inégalités sociales et des conflits au point de vue local, 2. CROCHET, Alain, «Le concept de globalisation: mythes et réalités», in AZUELOS, Martine, dir., Le modèle économique anglo-saxon à l épreuve de la globalisation, Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 1996, p (Raymond Robert Tremblay et Yvan Perrier) 6

7 régional et national. Sa démarche analytique montre comment «la mondialisation modifie le rôle et le fonctionnement des États nationaux». En effet, loin d affaiblir l État, celui-ci doit être vu comme un acteur actif de la mondialisation. Il ne faut surtout pas s imaginer que l État subit la mondialisation comme un «rouleau compresseur». L article de Rocher se termine en mentionnant les champs de recherche possibles pour les sociologues qui s intéressent à la mondialisation. Puisque la mondialisation s accompagnera de la mise en place de nouveaux champs normatifs, les sociologues doivent y aller de leurs analyses pour dégager les enjeux politiques et juridiques en lien avec «la défense des droits de la personne, des droits des minorités, des femmes, des autochtones et le droit des peuples» (p. 30). Les sociologues devraient aussi faciliter la compréhension des formes nouvelles de la mondialisation sociale en indiquant les types de solidarité sociale en émergence à travers l Internet, les nouvelles voies d institutionnalisation et d organisation des milieux de travail dans les pays développés, dans ceux du tiers-monde et dans les sociétés en transition, l évolution des classes sociales et de la syndicalisation sur fond mondial ainsi que les rapports de pouvoir entre les acteurs collectifs de la scène mondiale (p. 30). Finalement, les sociologues ont «intérêt à s intéresser aux limites de la mondialisation» en montrant comment les résistances qu elle engendre rendent à toutes fins utiles impossible la généralisation de la «globalisation» à l échelle de la planète. En aussi peu de pages, Rocher est parvenu à situer la globalisation et la mondialisation dans un contexte historique qui couvre plusieurs siècles (voire même deux millénaires). Ses remarques terminologiques et ses définitions de la mondialisation et de la globalisation nous font voir ces deux phénomènes sous un angle géo-spatial qui couvre l échelle du monde. Son analyse du caractère pluriel de la mondialisation montre qu il s agit d un phénomène complexe pour lequel les différentes branches de la sociologie peuvent être mises à contribution pour dégager clairement les nouveaux enjeux et les nouvelles formes d exercice du pouvoir. Conclusion À la lumière de ce survol de la documentation, force est de conclure qu il faut éviter d adhérer trop rapidement à des approches qui définissent la mondialisation comme correspondant à un phénomène économique radicalement nouveau. Il n y a pas que l expansion du marché qui soit en cause lorsqu il est question de mondialisation ou de globalisation. C est plutôt la pluralité de rapports sociaux nouveaux qui est susceptible de s imposer au cours des prochaines années dans les sphères économiques, politiques (étatique et droit), sociales et culturelles. Ces processus ne sont pas le résultat d une génération spontanée ni de deux événements majeurs qui se sont produits durant les années Notre survol de la documentation fait ressortir que certains sociologues ont bien mis en évidence que la mondialisation est d abord une tendance pluriséculaire avant d être un état de fait nouveau et récent. Le processus de la mondialisation existe depuis plusieurs siècles. On peut le faire en effet remonter aux politiques mercantilistes des États absolutistes qui se sont lancés dans une véritable entreprise de découverte et de colonisation des Amériques dès le XV e siècle. Vue sous l angle d un processus dynamique, la mondialisation contemporaine est donc un moment particulier de construction d un ordre mondial sous l influence de l empire américain. Cette phase a pour fondement la vision du monde de l idéologie néolibérale. Elle vise une transformation significative des institutions et des rapports entre le marché (retour au laisserfaire), l État-nation (désengagement de l État par rapport à l économie) la démocratie (déplacement des prises de décisions au sein de structures non démocratiques) et le social (affaiblissement des systèmes de protection sociale et flexibilité du marché du travail). La présente phase de la mondialisation n est pas irrévocable. (Raymond Robert Tremblay et Yvan Perrier) 7

8 Bibliographie MERCURE, Daniel, «Une société monde?», in Une société-monde? Les dynamiques sociales de la mondialisation, Québec/Bruxelles, Les Presses de l Université Laval/De Boeck Université, 2001, p ROCHER, Guy, «La mondialisation: un phénomène pluriel», in Une société-monde? Les dynamiques sociales de la mondialisation, Québec/Bruxelles, Les Presses de l Université Laval/ De Boeck Université, 2001, p STIGLITZ, Joseph E., La grande désillusion, Paris, Fayard, 2002, 325 p. ZIEGLER, Jean, Les nouveaux maîtres du monde et ceux qui leur résistent, Paris, Éditions Fayard, 2002, 370 p. Exercice 1. Choisissez trois courts textes (par exemple trois chapitres de livres ou trois articles de périodiques) traitant d un même problème. 2. Faites-en la recension dans un travail de cinq à dix pages. Plus encore! Les recensions joueront un rôle préparatoire important à divers moments au cours de vos études. La réalisation d une recension de divers écrits à la mi-session permet de préparer un travail de recherche, une dissertation ou un essai devant être remis à la fin de la session. Elles sont aussi utiles, voire indispensables, dans la préparation d un mémoire ou d une thèse. En sciences humaines, les recensions sont une étape importante de toute recherche sérieuse. En effet, avant de proposer une analyse originale d un problème, il faut s informer de l état de la question dans la discipline concernée. Les recensions permettent d ordonner les connaissances sur un sujet et de faire le point sur toute question d intérêt. Faire régulièrement des recensions vous donne la possibilité de constituer une banque de données très utile dans la poursuite de vos études. Pour en savoir plus sur la recension des écrits HUOT, Réjean, La pratique de recherche en sciences humaines: Méthode, outils, techniques, Boucherville, Gaëtan Morin Éditeur, 1992, p LÉTOURNEAU, Jocelyn, Le coffre à outils du chercheur débutant: Guide d initiation au travail intellectuel, Toronto, Oxford University Press, 1989, p Complément à l ouvrage Savoir plus, 2 e éd. 2006, Les Éditions de la Chenelière inc. (Raymond Robert Tremblay et Yvan Perrier) 8

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