Cest épatant, constataient on choeur le cocher et le portier, tontine cette malle, qui était si loun

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1 Cest épatant, constataient on choeur le cocher et le portier, tontine cette malle, qui était si loun

2 L'EPATANT VENGEASSE DE s 1 LE CHAMEAU CHOSES ET AUTRES BU fi DOMESTIQUE ] 5NH VOH-/V I voilfyif -J IMON;-\IEUH W 1 1 te Pris subitement d'une atteinte de» bougeotte», M. Trumeau résolut de iaire un petit voyage et consulta au préalable les annonces afin de choisir la villégiature qui serait favorisée par l'honneur de sa visite. Ayant constaté qu'il y avait, le jour même un train de plaisir pour Bruxelles, il s'exclama : «Voilà bien mon... «... affaire! Je vais donc, pour une fois seyes-tu, profiter avec le bon air sur le bois de la Cambre et boire du faro avant de me promener du boulevard Anspach à la rue de la Montagne-auxlierbes-potagèresl D'aller au pays du roi Albert, le faisait déjà parler comme M. Beulemans, savez-vous. Puis ayant appelé son valet de chambre : «Jean, lui dit-il, je pars à Bruxelles dans deux heures. Préparez ma malle et faites vite 1» Le domestique apporta la plus grande urgence à la besogne qu'on lui demandait. Mais M. Trumeau, affligé d'un caractère hargneux, emporté et brutal, ne trouvait pas que son valet de chambre allait assez vite et, non content de le harceler, il lui allongea, sans façon, son pied à l'endroit où les grenouilles n'ont pas de queue et lui donna, par surcroît, ses huit jours. Jean, qui était doué d'un vorace appétit, dévora cet affront en silence, mais se promît de se venger en faisant payer cher à son patron ce geste injurieux. Avant de remplir la chapelière avec les vêtements et objets de toilette indispensables 4 son maître, il prit la précaution de fixer le fond de II malle au parquet à l'aide de quatre gros clous solides et ricana en parlant à sa personne comme on dit en style de Palais : «Rira... «... bien qui le dernier rira I Je vais lui montrer, à ce butor, ce qu'il en coûte de bottera tort ou à raison e derrière de son valet de chambre.» Lorsque la malle fut clouée, il s'oc. cupa de la remplir comme si ' de rien n'était. «*.Ah! vous avez fini... Ce n'est pas trop tôt I» grommelait M. Trumeau, qui était revenu voir ou en étalent les préparatifs. «A présent, dépêchez-vous d'aller me chercher un fiacre. Sans le moindre emballement, Jean partit chercher le sapin demandé et ramena avec lui le cocher ainsi que le concierge de la maison afin de donner un coup de main pour... «... mon avis, répliqua le concierge, et il ne risque rien de nous gratifier d'an bon pourboire... Nous ne l'aurons pas volél Essayons encore de ta soulever en unissant nos efforts. Nous sommes tous les deux des costauds, pas vrai, et ça serait bien étonnant si on n'arrivait pas î la décoller... Une, deux, ohl hisse...»... la descente de la malle. Après quoi, sous un prétexte quelconque, il s'absenta. «Allons-y, > firent ensemble l'automédon et le portier en prenant, chacun de leur côté, une poignée de la malle qu'ils jugeaient d'un poids moyen de par ses dimensions réduites. Raidissant leurs muscles et donnant leur maximum de force, les deux hommes finirent par soulever la malle. Celle-ci avait cédé, mais à moitié, c'est-à-dire qu'à la grande stupéfaction de l'automédon et du cocher qui ne comprenaient rien à ce phénomène, le fond était resté cloué au parquet. Cet accident porta... Mais quand il leur fallut la soulever ce fut une autre affaire. Ils ne purent en venir à bout. «Mince de presse-papier 1 bougonnait le cocher. Il a bourré sa chapelière avec du plomb, le bourgeois, c'est pas possible autrement. J'ai idée qu'il ne va pas être des plus commodes à charger, son colis I C'est à son comble la grande co.ère de M. Trumeau qui manqua son train et considéra d'un œil navré sa belle malle neuve. Pendant ce tempslà, Jean caché derrière une portière en tapisserie, savourait avec délices sa petite vengeance et s'empressait de quitter ensuite prudemment la maison afin de se soustraire à la colère de M. Trumeau... Lettre curieuse publiée, pendant la Révolution dans une gazette du département du Bas-Rhin. Mon cher ami, tu me demandes des nouvelles; je te dirai que les ennemis ont enfin évacué, après 15 jours de siège et cinq jours de tranchées; aussi avons-nous considérablement souffert; mais, pendant la guerre, le bourgeois n'est pas très heureux, c'est ce qui fait que tout le monde est très r*s-,, serré. Pour moi, je ne peux plus'5 rien faire; juge com- ; bien c'est dur; ce qui me j donne le plus d'inquiétude ' c'est que j'ai vendu jusqu'à, ma garde-robe. Tous mes amis m'ont conseillé d'aller à Paris, en me disant qu'on y trouve toutes les commo- : dités possibles, qu'en se remuant un peu, on finit toujours par faire quelque chose. Je vois bien que je serai forcé d'en venir là. J'attends la foire avec impatience; si elle est bonne, c'est. > le seul cas qui puisse me tirer d'embarras; autrement je te I! prierai de m'arrêter un cabinet, qui soit propre et commode pour mon état; et comme tu ne peux pas me ' donner toutes mes aisances, je me contenterai d'être sur j le derrière. J'ai bien peu d'argent, mais je tâcherai I d'avoir du papier, qui me sera très utile dans mes pressants besoins. Je t'e/l enverrai plus long quand je serai sur les lieux. Tu sentiras mieux maposition quand je serai près de toi; il est vrai que pour en sortir je fais au- ' tant d'efforts que je peux. Tu me dis que tu te portes mieux, qu'en revenant d'italie. Si. j'avais eu bon nez je serais ' parti avectoi.au lieu de faire! ce voyage en Suisse. J'ai eu pourtant un moment d'espoir, car il m'est venu quelques vents de paix, mais us n'ont pas eu de suite. Cependant, pour avoir trop été dans le malheur, je n'ai pas oublié ce que je te dois pour l'avis que tu m'as envoyé; tu peux compter, qu'à 1 Paris, si je viens à percer, le peu que je ferai, après mes nécessités sera pour toi. Je te prie de ne rien éventer de j tout ceci. Je me c'écide à j partir dans le milieu de la! courante, c'est-à-dire fin Ven- j tôse. Si, d'ici à cette époque, mes moyens ne me permettent pas de faire raccommoder ma chaise percée, et gâtée depuis quelque temps, je prendrai un bidet et je me rendrai à selle jusqu'à Versailles, où je veux passer pour examiner l Korme des tuyaux et de quelques bassins, et là je pourrai me mettre plus à' mon aise en prenant le potde-chambre jusqu'à Paris. Je suis avec la plus Miroite amitié et le plus entier dévouement, ton ami. DES LOUPS ROUGES (Suite.) Le Jeune Marc Rambert est dans la Forêt-Noire, l'hôte du gardefhasse Jean Bautrel, Français au service du baron Conrad de Vogelsixart. Jean a deux filles : Suzanne, 15 ans et Marthe. 12 ans. De grand matin, le piqueur Èothel conduit Suzanne au château du Schnitzhopf, ou des Loups Rouges, où habite le baron, parce que celui-ci est en proie,â l'une de ces crises nerveuses que seule, la présence de la fillette réussit â calmer. Oes crises sont causées par le souvenir de sa fille Ottilie qu'il a jadis chassée parce qu'elle voulait épouser, contre sa volonté, un officier français, et qui est morte misérablement au Brésil. Suzanne répond énergiquement aux méchancetés dè Daniel Schrack, secrétaire du baron, qui la déteste. Introduite auprès du haut seigneur, celui-ci la fait asseoir auprès de lui et pose ses deux mains sur la tête de la fillette. On annonce la comtesse Irma de Feldsberg et son fits Otto, nièce et petit-nêveu du baron. Lorsque Suzanne eut entendu prononcer ces noms, elle voulut se lever, mais le baron lui dit : «Reste où tu es, enfant, ton seigneur te l'ordonne.» L'enfant obéit, et regarda. Le majordome s'était effacé, laissant passage à une femme de haute et forte taille, enveloppée dans un léger manteau de voyage d'un vert cru d'assez mauvais goût; sa chevelure blonde, légèrement grisonnante, s'étageait en un édifice bizarre et compliqué au-dessus de sa grosse figure, sans autre distinction qu'une expression de morgue et;d'orgueil fort déplaisante; un chapeau de feutre, vert également, orné d'une touffe de plumes de paon complétait ce tostume dépourvu d'élégance mais non de prétention, ainsi qu'en attestaient les /.ombreux bijoux qu'elle exhibait : chaînettes, tour de cou, pendeloques, boucles d'oreilles bracelets et bagues. Elle avait, avec le baron Conrad, un vague air de famille, mais sans l'incontestable noblesse ni la quasi majesté qu'on ne pouvait dénier à celui-ci. Sur ses pas, marchait un gros garçon joufflu et rose, portant l'uniforme d'étudiant des universités allemandes, avec la petite casquette plate qu'il tenait à la main; il marchait en se dandinant, comme s'il avait été embarrassé de son corps volumineux attestant déjà, bien qu'il n'eût guère plus de vingttrois ou vingt-quatre ans, des tendances à l'obésité; ii était blond, comme sa mère, et plus sympathique qu'elle, l'air bon enfant et d'ailleurs plutôt ennuyé. Le baron les considérait, sans qu'un muscle de sa figure tressaillît. La comtes» vint jusqu'à lut d'un pas rapide, et absolument comme l'avait fait Suzanne» quoique avec beaucoup moins de souplesse, s'agenouilla : c'était une marque de respect qui s'adressait au chef de la famille, son fils l'imita sans enthousiasme. «Respecté oncle et seigneur, dit-elle, je viens vous apporter mes hommages et ceux de mon fils Otto, ainsi que nos vœux de complet et rapide rétablissement. Puisse le ciel écouter les ardentes prières que nous élevons vers lui, dans l'espoir qu'il daigne faire trêve à vos maux! Soyez la bienvenue, Irma, ma nièce, et vous aussi, mon neveu Otto, répliqua le baron de sa voix forte. Je vous remercie de vos souhaits, comme je vous suis reconnaissant d'avoir affronté un long voyage pour me les apporter.» Du geste, il les invita à se relever et à prendre place sur des sièges que le majordome avait avancés : un fauteuil pour la nièce, une chaise pour le fils; puis la conversation s'engagea. Dans la position assez incommode, à laquelle elle était contrainte, Suzanne ne voyait point ce dernier; en revanche, la comtesse se trouvait en face d'elle et la fillette fut frappée des regards étranges qu'elle lui jetait a la dérobée, bien qu'elle feignît de ne lui accorder aucune attention, mais elle ne s'en alarma point car la surprise de la grande dame était en somme assez explicable. On parla de divers membres de la famille, épars dans l'allemagne du Sud, des études que le jeune Otto poursuivait à l'université d'iéna, des menus incidents du voyage, enfin de la santé du seigneur de céans. «Je m'étonne, dit la comtesse, que vous ne fassiez point venir quelque médecin réputé qui ne manquerait pas de vous prescrire des remèdes efficaces. Dix médecins se sont succédés ici, davantage peut-être, répliqua le baron, mais les drogues ne sauraient guérir un mal dont le siège est, non le corps, mais l'âme.» Il redressa doucement Suzanne, toujours penchée contre lui, et continua : «De tous les docteurs qui sont venus n'apporter l'aide de leur science éprouvée, voici le plus savant : cette enfant.» La fillette eut un bref frémissement sous le regard froid et pénétrant que la comtesse posa sur elle. «Cette enfant? s'étonna-t-elle. Que voulez-vous dire? Ceci. Admirez, ma nièce, les voies étranges de la Providence. Que sommesnous? Mystère. Que se passe-t-il en nous? Bien osé qui le dirait. Oui, cette enfant seule sait calmer mes souffrances, sa présence est un baume sur les plaies sai. gnantes de mon cœur, sa voix une harmonie divine qui me berce et chasse les fantômes qui me hantent. Ce matin, avant qu'elle arrivât, la fièvre me brûlait, et je sentais... «... comme un délire Jm'emporfer dans un monde irréel peuplé d'affreuses visions, mes nerfs, tendus à l'excès, semblaient se briser en moi, j'étouffais. Elle parut, et tout s'envola, voyez comme je suis calme. Etrange! fit lentement la comtesse. Qui donc est cette enfant? La fille d'un de mes gardes-chasse, un Français nommé Jean Bautrel.» Il y eut un silence; Mm «de Peldsberg avait détourné la tête, et Suzanne en profita pour l'examiner attentivement; d'instinct, l'enfant éprouvait une aversion pour cette hautaine et dédaigneuse personne, mais, de plus, il lui semblait deviner que, pour l'instant, elle jouait la comédie, posant des questions dont elle savait d'avance la réponse. Les recommandation* de son père lui revinrent à l'esprit, mais elle eut un petit geste d'insouciance: pourquoi chercherait-on à lui nuire, à elle, si modeste, si humble? L'entretien se poursuivit quelque temps encore, puis le baron appuya sur un timbre, et, au majordome accouru, ordonna de conduire ses hôtes à leurs appartements; il s'excusa auprès d'eux de ne les point recevoir à sa table, attendu qu'il ne prenait aucune nourriture, et ils s'en furent, sans qu'aucun d'eux eût adressé un seul mot à la fillette. Quand ils furent partis, le baron ferma les yeux et parut dormir; des heures passèrent ainsi, puis un valet apparia le repas de l'enfant, des met»..... puis, de sa voix toujours sonore, il prononça solennellement ces mots.: i Ainsi a-t-il été dit : les fautes des parents retomberont sur les enfants jusqu'à la septième génération. Et voilà pourquoi les loups ont déchiré son corps.» Pub il retomba dans son mutisme, mais ce fut pour peu de temps; d'ailleurs il se montrait plus agité, il remuait les lèvres, il esquissait des gestes que sa faiblesse l'empêchait d'achever. Ses regards se tournèrent enfin vers Suzanne qui l'observait sans bouger, et il lui montra du geste un livre posé sur la grande table sculptée qui occupait le milieu de la pièce. «Enfant, dit-il, lis-mol l'histoire de Karl do Vogelswart, huitième baron du Schnitzkopf. Elle commence à la page cent treizième. La fillette prit le livre sur ses genoux; c'était un gros in-folio manuscrit, couvert d'une écriture fine et ser/ée, mais assez lisible, et qui ne devait pas être fort ancien; le père, ou au plus le grand-père du baron Conrad avait dû le faire rédiger par l'un de ses secrétaires, d'après les archives du château. Elle trouva sans peine la page indiquée, et lut... <A suivre.)... recherchés et savoureux, auxquels, sans se faire prier, elle ne dédaigna nullement de s'attaquer avec le bel appétit de son âge. Le baron, les paupières toujours baissées, demeurait immobile comme une statue, et, sans le souffle court et inégal qui soulevait sa poitrine, on eût cru voir sur ce fauteuil une statue figée pour l'éternité dans la rigidité hiératique du marbre; il ne remua pas davani pouvait tentures, sur les armes, le lustre projetait sa lumière blanche, laissant çà et li des coins d'ombre qui semblaient pleins d'inquiétantes menaces; les deux portraits, celui de l'épouse du baron et du père de celui-ci, la première en toilette de cour, le second en costume de chasse, avaient parfois l'air de s'animer et la fillette tressaillait en les regardant; ou bien un craquement des boiseries la crispait soudain,' faisant paraître plus profond le silence consécutif. Tout à coup, le b.iro.i ouvrit.ie3 veux, et son.bras se tendit, lentement, péniblement...

3 4- NOUVELLES AVENTURES DES PIEDS-NICKELÉS (Suite.) Ils allaient leur montrer de quoi ils étaient capables. Sans plus attendre, ils se mirent à l'ouvrage. Basses-cours, potagers, jardins et clapiers reçurent à tour de rôle leur visite. Chacun travaillait pour son compte et trouvait l'occasion d'exercer Château-Lapompe des fontaines pour y étancher leur soif. Croquignol Ribouldingue etfilochard, soucieux de leur responsabilité, surveillaient les préparatifs de départ. Lorsqu'il ne resta plus rien dans le camp que des boîtes ce conserves vides, des peaux de saucissons, des os de jambons et de bouteilles en rupture de pinard, ils se mirent à la tête de leurs troupes et quittèrent lecamp où ils laissaient un si triste souvenir de leur séjour. Le trie n'étant pas... «... chaque jour arriver de nouveaux contingents expédiés des quatre coins de l'allemagne, il n'y a pas que de la crème en Bochie! Que de recrues, nom d'une tomate I Et quelle belle collection assortie de toutes les catégories de malfaiteurs nous allons avoir sous la main. Ils ont des gueules aussi sympathiques que les sauvages qui ont mis la Belgique à feu et à sangl...» Quant aux prisonniers mobilisés, croyant qu'on allait faire d'eux,.. Une semaine s'était écoulée, et combien rapidement, lorsque Ribouldingue donna l'ordre de lever le camp. «Dépêchons-nous de plier bagages, les amis, dsait-il; il n'y a plus rien à faire pur ici... Il faut aller porter nos pénates un peu plus loin.» Effectivement, le pays était aussi complètement dévasté qu'un champ africain 6 près le passage des sauterelles. En y séjournant une semaine de plus, ils couraient le risque de n'avoir plus rien à se mettre sous la dent et de se contenter du... «. envoyer à la boucherie. Vous resterez POUS nos ordres et nous vous accordons l'autorisation de voler et cambrioler les civils afin d'assurer votre subsistance.» Des «hoch 11 frénétiques poussés à plein gosier par les bandits boches mobilises accueillirent les paroles de leur chef. Le genre d'existence qui leur était promis et la façon d'y pourvoir leur mettait du baume dans le cœur, car cette besogne rentrait à souhait dans leurs attributions. Piller, voler, c'était bien leur affaire et les chefs, peu scrupuleux, qui commandaient cette horde de coquins avaient la certitude d'être obéis a la lettre.... fixé sur la direction à prendre, entraînait ses troupes à l'aventure et se fiait au hasard pour le guider. En cours de route, cette armée de malfaiteurs, recrutée on connaissance de cause par les Pieds- Nickelés, vivait aux dépens des populations boches qui avaient la malchance de se trouver sur son passage. Les bandits, pour allumer des feux de joie, incendiaient les villages, brisant, pillant, se conduisant en véritables brutes qu'ils étaient et commettant raille fois plus de dégâts que n'auraient pu le faire des armées ennemies exaspérées. Bien entendu, ils n'oubliaient point de [faire main basse sur tousles objets de valeur qui tentaient leur convoitise et d'immenses fourgons, attelés de plusieurs chevaux, faisaient office de voitures de déménagement dans lesquelles s'entassaient un kolossal butin qu'us emmenaient avec eux. Dans les villes et bourgades de Prusse, visitées par cette horde de barbares, les boches épouvantés et stupéfaits de se voir rançonnés et dévalisés par des troupes allemandes,,.... s'enfuyaient affolés, sauvant précipitamment ce qu'ils avaient de plus précieux et se demandant, avec un légitime effroi : «Mein Qott! Si nous sommes traités ainsi par les invincibles armées de notre glorieux kaiser, que devons-nous nous attendre de la part de nos ennemis? Malgré toute la haine que nous avons tout fait pour leur inspirer, il leur est matériellement impossible de battre le record de nos propres troupes sous le rapport de la dévastation, A bas la guerrel qui nous attire un tel fléau...» Après chaque pillage, dans une ville ou un village, les malfaiteurs enrégimentes se faisaient un point d'honneur de se réserver la part du roi. Autrement dit, ils choisissaient dans le butin razzié ce qu'ils estimaient le plus précieux afin de l'offrir, comme un hommage de reconnaissance, à leurs.chefs. Les Pieds-Nickelés ne faisaient aucune difficulté pour accepter ces petits cadeaux de leurs subordonnés et donnaient l'ordre de les emballer très... Après avoir consciencieusement vidé toutes les prisons de Berlin et de la province prussienne de leurs indésirables pensionnaires, les Pieds-Nickelés acheminèrent tout ce joli monde vers le camp spécial qu'ils avaient choisi sur le» front'ères de la Prusse orientale. «Ici, mes poteaux, déclarait Cro > ouignol, nous serons admirablement placés pour dresser et compléter l'instruction des priso.miers de droit "commun dont nous avons débarrassé.k9 frisons de l'empire. Sapristi I s'exclamait Ribouldingue en voyant,,.... des troupes d'attaque, ils rappliquaient au camp sans le «oindre enthousiasme et maudissaient de tout cœur celui ou ceux oui avaient eu la détestable idée de les faire sortir [de leur faisible retraite afin de les exposer aux pires dangers. Riboul dingue, devinant leurs appréhensions, s'empressa de les rassurer* N'ayez pas la frousse d'avance, leur disait-il. Notre intention 'est pas de vous,.. NOUVELLES AVENTURES DES PIEDS-NICKELÉS JSuite.)... ses petits talents. Il va sans dire que les caves et les buffets des habitants terrorisés avaient été soigneusement explorés. Les singulières troupes commandées par les Pieds- Nickelés y pratiquaient le nettoyage par le vide eu faisant montre d'une incomparable virtuosité.... de meilleur. Ils menaient joyeuse vie, ne se privaient de rien et leurs hommes, à leur exemple, se la coulaient douce et faisaient bombance nuit et jour. C'était un amusant spectacle que de les voir circuler dans le camp, les bras chargés d'appétissantes victuailles, solides et liquides, ne leur ayant coûté que la peine de les prendre. < Hoch! > s'exclamait l'un d'eux qui venait de vider sa troisième bouteille de vin du Rhin, ça se voyait d'ailleurs à sa démarche titubante notre régime actuel est préférable» celui des prisons de Silésie où l'on s'anémiait lamentablement. > Croquignol, Ribouldingue et Filochard n'avaient pas eu besoin de se fatiguer les méninges pour assurer le ravitaillement de leurs troupes, celles-ci s'étant chargées de résoudre elles-mêmes cet important problème. Les trois amis n'avaient pas besoin de s'inquiéter de leur subsistance. Les cambrioleurs guerriers se faisant Un plaisir d'y pourvoir et leur réservant toujours ce qu'ils avaient... De leur côté, les Pieds-Nickelés exultaient. «Nos hommes sont contents, déclarait Ribouldingue, mais ce n'est pas encore suffisant. La vie au grand air et june nourriture abondante les a remis en forme. Maintenant, grâce à notre autorisation et au nouveau plan que nous venons d'établir, nous serons en mesure de leur procurer d'autres distractions et nous aurons ainsi des droits à leur gratuite (A suivre.).... soigneusement. «Que de pendules! pouffait Filochard. La plupart, c'est curieux, proviennent de France. C'est du bien volé-qui rentre... Acceptons-le sans scrupule. Ça nous servira plus tard à monter un magasin, i Quant à leurs hommes, jamais Hs ne s'étaient trouvés à pareille fête. Du matin au soir c'était la bombance continue. Ils bonstifaillaient, buvaienteomme des éponges, faisaient de la musique... Ah! ils pouvaient-se vanter de la mener joyeuse, et jamais ils n'auraient osé rêver une semblable existence qui les changeaient agréablement de celle menée dans leurs cellules. Croquignol, Ribouldingue et Filochard s'applaudissaient de leur combinaison, car elle leur donnait des résultats Inespérés. Ils vivaient tous les trois ainsi que des pachas. «Faut pas s'en faire I ricanait Ribouldingue. Nous avons trouvé le bon filon. Nous arrondissons notre pelote sauf fatigue. Ce sont nos soldats qui se chargent de nous enrichir au détriment des boches.., c'est le rêvet (A sulftt.)

4 L'EPATANT LE TOMBEUR DES BOCHES Marcel Dunot, que sa (orce prodigieuse a (ait surnommer le roi des Boxeurs, et sou ami Perrin, après avoir réussi à s'introduire dans le monastère des derviches d'owmiah, en Perse, sont, parvenus à le [aire sauter avec les munitions que les boches y avaient entreposées pour s'en servir contre les Busses. A Tabriz, où ils se rendent ensuite, les deux amis démasquent le général persan Ibrahim Louftir, qui n'est autre qu'un ojlicier boche. Après un combat acharné, Ibrahim Louftir et un consul boclie qui se trouvait avec lui, sont tués par Marcel.. Le roi des Boxeurs et Perrin, poursuivis, réussissent, grâce à la nuit, à égarer les soldats turcs dans les rues de Tabriz. Essoufflés, ils s'arrêtent dans une ruelle. Mais, par deux fois, un cri aigu retentit non loin d'eux. Ils s'élanaent vers la maison d'où partent les appels, TROISIÈME PARTIE cvit En quelques pas, les deux jeunes gens furent devant la maison suspecte. C'était une bicoque, haute de deux étages, à qui ses fenêtres étroites, donnaient un aspect sinistre. La porte, voûtée, étai* percée au-dessous du balcon et se trouvait ainsi dans la plus profonde obscurité. Marcel Dunot la tâta et sentit sous ses doigts un panneau de bois garni de larges et robustes ferrures. Ce sera dur à ouvrir! souffla-t-il en se penchant vers Perrin qui se tenait derrière lui. Nous ferions peut-être mieux de nous en aller? Ce serait plus 'prudent... Marcel Dunot ne répondit pas : il venait de coller son oreille contre la porte derrière laquelle il lui avait semblé entendre un bruit de voix. Mais c'est en vain que-, pendant les instants qui suivirent, il demeura immobile et silencieux. Il percevait bien le murmure d'une conversation, mais l'épaisseur du panneau- empêchait les paroles d'arriver distinctement à son oreille. "Il allait se redresser lorsque, de nouveau, la clameur de détresse retentit. Tant pis! gronda-t-i)..île vais essayer d'enfoncer. Ce disant, il se recula légèrement afin de mieux arcbouter ses jambes contre le sol pour donner plus de force à son élan. Mais, au moment où il allait appuyer son épaule contre!e panneau, un crissement métallique de verrous tirés retentit brusquement. La porte s'ouvrit et laissa voir un homme qui tenait eu main une lanterne de fer-blanc. Derrière lui se distinguaient plusieurs ombres confuses qui semblaient porter un fardeau. Marcel Dunot et Perrin en entendant le " fracas des verrous s'étaient instantanément recules le long du chambranle. L'individu qui portait la lanterne, cependant, descendit la marche du seuil et, comme pour s'assurer si la ruelle était déserte, tourna alternativement la tête à droite et à gauche. C'était un robuste gaillard revêtu d'une culotte bouffante en drap et d une courte' veste en peau de mouton. Malgré la saison, ses jambes et ses pieds étaient nus. Il était coiffé d'un turban dont l'extrémité, mal nouée, pendait sur son épaule. Plusieurs pistolets, dont les crosses incrustées d'argent luisaient à la clarté du fanal, étaient passés dans sa ceinture. Ce qui devait arriver arriva : l'homme, ayant tourné la tète du côté où se trouvaient Marcel Dunot et Perrin, aperçut les deux amis. Il porta la main à sa ceinture pour y prendre un pistolet. Marcel le prévint ; les deux mains du roi des Boxeurs, se levant, s'accrochèrènt au cou de l'inconnu. Celui-ci, étranglé net, le larynx broyé, s'affaissa, mais pas de beaucoup, Marcel Dimot, qui n'avait pas lâché prise,.continuant- a le soutenir, cependant que Perrin, avec à-propos, saisissait le fanal au moment où il allait échapper des doigts ouverts de l'inconnu. Doucement, Marcel Dunot déposa sa victime, inerte, sur le sol. Comme le roi des Boxeurs se redressait, un second individu apparut sur le seuil, inquiet sans doute de ne pas apercevoir son camarade. Marcel, à l'improviste, lui empoigna le bras et, brusquement, l'attira au dehors. L'homme fui si effaré qu'il ne pensa même pas à crier. Ou, s'il y pensa, ce fut trop tard. Car Marcel Dunot, sans lui donner te temps de se reconnaître, l'étourdit aussitôt d'un formidable coup de poing entre les deux yeux, et, sans bruit, 1 étendit au côté de son acolyte. ' S'étant aperçu, en procédant à cette opération, que l'individu portait au côté une large baïonnette, il s'en saisit. La lanterne, Perrin! dit-il, tourné vers son ami. Prenez votre poignard et suivez-moi! Sans mot dire, Je bon Perrin obéit. Marcel Dunot, tenant d'une mainl le fanal et, de l'autre, la baïonnette, franchit hardiment le seuil. Tout aussitôt, il frémit en apercevant quatre hommes des Kurdes qui,'deux par deux, portaient, suspendues par les poignets et par les chevilles à de longues perches, deux femmes, une jeune et une vieille, dont les cheveux dénoués, les vêtements en lambeaux, les faces hagardes et ensanglantées que bâillonnaient des haillons, disaient la lutte qu'elles venaient de soutenir. A moi, Perrin! Tapez dans le tas! s'écria Marcel en fonçant sur les Kurdes. Coup sur coup, il transperça de part en part les plus proches de lui, ceux qui portaient la vieille femme. Ils tombèrent avec Jeur fardeau. Les deux autres, lâchant, la perche à laquelle était suspendue la seconde captive, s'élancèrent vets l'escalier faisant vis-à-vis à la porte, et d'où ils pouvaient plus facilement se défendre. De fait, l'escalier était étroit et encaissé entre deux murailles. Perrin, occupez-vous des femmes et fermez la porte! fit le roi des.boxeurs. Et, posant sa lanterne sur le sol, it attira à lui la perche ayant servi à porter la vieille femme et se rua vers l'escalier. Les deux Kurdes, en constatant que leurs assaillants n'étaient que deux, s'étaient rassurés. Brandissant un poignard de cha/que main, certains de ne pouvoir être tournés, ils attendaient de pied ferme l'attaque de Marcel' Dunot, sûrs de le poignarder avant qu'il pût s'approcher d'eux. A la vue de la perche, ils comprirent soudain le projet du roi des Boxeurs et' voulurent reculer. Déjà, c'était trop tard. D'un* élan impétueux, Marcel escalada les, trois premières! marches, ^"extrémité de la barre de bois, vigoureusement projetée par le jeune Français, alla heurter le crâne d'un des bandits qui, la tête fracassée du coup, s'abattit au pied de son compagnon. Ce dernier, pris de panique, sauta en arrière. Mais comme il se retournait pour fuir en grimpant l'escalier, la terrible perche, que Marcel maniait comme un gigantesque javelot, l'atteignit dans le dos, lui brisant n<;t la colonne vertébrale. Il tomba comme une masse. Il a son compte! murmura le roi des Boxeurs en jetant son arme improvisée. Entre temps, Perrin, après avoir fermé la porte donnant dans la ruelle et poussé " les verrous, avait coupé les liens garrottant poignets et chevilles des deux malheureuses femmes. Marcel; Dunot s'approcha de lui. Il faut les interroger, Perrin! dit-il. Vous qui parlez turc, vous... C'est inutile, monsieur, fit en français la jeune femme. Nous parlons français... Nous sommes Syriennes, de Beyrouth... Mon nom est Myriam Nebib. Je 'suis née à Tabriz où mon père et ma mère se sont fixés depuis plus de vingt ans. Nous achetions des tapis que nous réexpédions en Europe. Nous étio'ns bien tranquilles. Mais la guene vint. Ma mère voulait se réfugier en Russie, mais mon père, croyant que la Perse était un pays neutre, préféra rester ici. Hélas! le gouverneur de Tabriz est dévoué aux Turcs.- et le chef de l'armée 'de l'azerbeidjan, le - général Ibrahim Louftir, est aussi un ami des Turcs. Ses soldats né respectent rien. Déjà, ils ont massacré beaucoup de paisibles habitants et emmené leurs femmes pour les vendre comme esclaves. Nous le savions, mais que pouvions-nous faire? Cette nuit, des Kurdes sont venus. Ils sont entrés par le jardin. Mon père et mon frère ont été tués après une courte lutte, «Moi et ma mère, nous avons essayé de résister : nous avons été frappées brutalement. Et ces Kurdes, après nous avoir ligotées, se disposaient à nous emmener; lorsque, vous êtes venus nous délivrer... Hélas! Je crains que votre dévouement soit inutile : lorsque les camarades de ceux que vous venez' de tuer ne les verront pas revenir, ilfe iront les chercher ici... Non. N'ayez crainte, mademoiselle, interrompit Marcel, souriant. Nous ne vous laisserons pas reprendre"-! Je vous demanderai seulement de répondre à quelques questions que je veux vous poser. " Mais, trop heureuse, monsieur... L'EPATANT - Mon nom est Marcel Dunot, fit le roi des Boxeurs en s'inclinant. Donc, voulez-vous me dire si vous le Savez combien étaient vos agresseurs? Cinq ou six. Non! huit, fit la jeune fille après une brève réflexion. Mon frère en a tué deux... et vous quatre. Il en reste deux. Non. Ils sont dehors, morts aussi, ou n'en valant ^uère mieux! observa Marcel. Autre chose. Avez-vous des chevaux? Nous en avions, monsieur, mais on nous les a pris... je veux dire réquisitionnés! II... y en a dans la maison voisine, s'écria d'une voix cassée la vieille femme qui, aidée de Perrin, venait, péniblement, de se dresser sur son séant. "C'est chez le riche Mozaffer... les Turcs les lui ont laissés!, Qu'est-ce que c'est que ce Mozaffer? demanda aussitôt Marcel, que ce détail intéressait. Un marchand de soie ; c'est un ami du général Ibrahim Louftir, qui venait souvent le voir. k Dans une rue si sale? s'écria Marcel Dunot. * Malgré ses souffrances, la vieille sourit : : Toutes les rues sont sales, à Tabriz, dit-elle, surtout depuis que les Turcs y sont. Et la façade do la maison de Mozaffer donne sur une autre rue qui est plus large* j Je comprends. Eh bien, nous sommes en guerre, le général Louftir était un Autrichien... \ - Comment était? questionna Myriam Nebib. - J'ai dit «était» parce qu'il est mort : je l'ai tué. Je continue. Les amis de nos amis sont nos amis et les amis de nos ennemis, nos ennemis. Morale : Mozaffer est notre ennemi. J'ai donc le droit de réquisitionner ses chevaux. Je vais en user. Perrin, r.estez ici avec ces dames. Ce sera vite fait! Oh! Je vais vous conduire, moi! s'écria Myriam en essayant de se dresser. Vous ne trouveriez pas. j "Non! Laisse, ma fille! Moi, j'irai. Je suis déjà remise, affirma la vieille Syrienne qui se leva et, du doigt, désigna une petite porte percée près de l'escalier. «C'est par là! dit-elle. Venez, monsieur Dunot, je vais ' vous montrer le chemin. Mais pour passer dans le jar' din de Mozaffer, où sont les écuries, il faut escaîader un mur. i Je m'en charge! affirma le roi des Boxeurs. Ah! j'y songe. Dite6 d»nc, Perrin, vous allez sortir et vous rentrerez ici les deux bandits que nous avons laissés dehors car, s'il passait quelqu'un... Je pourrai aussi bien les traîner un peu plus loin, on ne devinera pas que c'est ici qu'us ont été tués. C'est vrai. Faites au mieux, mon cher ami. Je file et viendrai vous rechercher ici. A tout à l'heure. Et bonne chance, Dunot! conclut Perrin.! Au côté. de la vieille. Syrienne. Marcel marcha vers la porte de l'escalier. Elle "donnait dans une petite cuisine où les meubles éventrés, la vaisselle jonchant le sol, rappelaient la lutte sauvage qui avait dû s'y livrer. ' Derrière la vieille femme, Marcel Dunot enjamba les débris épars un peu partout et, -ayant franchi une seconde porte, se trouva dans un petit verger entouré de murailles en ruines. C'est là! fit la Syrienne en désignant le mur de droite. Le... ; Elle s'arrêta en entendant marcher' derrière elle. C'était ; sa fille. Elle s'avançait à petits pas et tenait en main une pelle sur laquelle elle s'appuyait, i _ Où vas-tu, ma fille? s'écria la vieille femme. Ma rr.ère, je. vais creuser une fosse... pour enterrer mon père et mon frère! expliqua Myriam d'une voix Et je t'y aiderai, ma.fille! dit simplement la Syrienne. Marcel Dunot, plus ému qu'il ne l'aurait voulu, eut un léger frisson. La douleur simple et grave des deux femmes lui étreignait le cœur : il se secoua. A bientôt, chuchota-t-il. ' - Ah! que Dieu te bénisse, mon fils! s'écria la vieille Syrienne.- Si la reconnaissance d'une mère a ce pouvoir, tu seras heureux! i Je l'espère bien, fit Marcel qui, réfrénant son émotion, courut vers la muraille. Il l'eut rapidement escaladée et se trouva dans un vaste jardin planté d'énormes cèdres au fond duquel il distingua une vaste bâtisse. Trois fenêtres, sur les six du. premier étage, étaient éclairées. Faut voir à trouver l'écurie! pensa le - roi des Boxeurs. A grands pas, posant les pieds avec précaution' sur le sol ourci par le froid pour ne pas faire de bruit, Marcel Dunot se dirigea vers la bâtisse. Malgré l'obscurité, il aperçut bientôt une maisonnette qu'une" large allée séparait du bâtiment principal. Il jugea qu'elle devait contenir la cavalerie du seigneur Mozaffer. L'intérieur en était v ' éclairé : des rais de lumière filtraient à travers les Interstices de la porte. Etant arrivé devant celle-ci, Marcel constata qu'elle était fermée. A tâtons, il chercha à découvrir le loquet, niais ne rencontra qu'une serrure, laquelle était fermée à l'mtérieur> Ça y est, -pensa-t-il, il y a du monde. Les chevaux: doivent être rares ici pour qu'on les garde si. bien!. Quoi qu'il, essayât de- là prendre en plaisantant,- la situation de notre héros n'avait rien de gai. Pour entrer, il lui fallait défoncer la' porte, et faire du bruit. Or, il risquait ou plutôt il était sûr en agissant ainsi, d'éveiller toute la maison. Aussi rcsta-t-il immobile, perplexe, cherchant, comme, il le disait, un joint. Il l'eut bientôt trouvé. Soupiraux et portes étaient fermés. Restait le toit, un toit, de tuiles qui débordait légèrement. Y grimper était un jeu pour un gaillard comme Marcel Dunot. En quew Il tomba comme une masse... ques secondes, s'aidant du tuyau de la gouttière,. il eut accompli son ascension. Prudemment, afin de ne pas risquer d'être vu au cas où quelqu'un se fût mis à la fenêtre de la maison, il se plaça à pla't' ventre sur les tuiles et, lentement, doucement, en enleva une diemidouzaine. Par l'ouverture ainsi pratiquée, une bouffée d'air chaud et malodorant parvint jusqu'à lui. Il aperçut vaguement, éclairés par en dessous, des madriers posés sur les traverses soutenant le toit. Malgré l'acuité de ses yeux, il lui fut impossible de distinguer ce qu'il y avait en dessous, des chevaux, évidemment, leur odeur les décelait. Mais ces chevaux étaient-ils seuls? Marcel Dunot ne perdit pas son. temps à se le demander. Il pensa que le plus simple était d'y aller voir. Ayant tiré son poignard qu'il plaça entre ses dents, pour être prêt à toute éventualité, il glissa sans bruit ses jambes dans l'ouverture qu'il venait de pratiquer et, se retenant aux chevrons, il réussit à poser ses pieds sur les madriers placés entre les traverses. Sûr de ne pas dégringoler, il passa le corps entier par la brèche et, s'étant agenouillé sur les madriers, il risqua un coup d'œil entre les intervalles existstit entre eux. Vaguement, il reconnut, à la clarté qu'elle dégageait, une lanterne posée sur le sol. Mais il n'en put voir plus. Allons-y! se dit-il avec son insouciance habituelle. Rampant sans bruit sur les madriers, il en atteignit l'extrémité, se laissa pendre dans le vide par les bras, et lâcha tout. Il tomba pesamment sur quelque chose de mou, laquelle chose sursauta avec violence et - le lança à deux pas do là, tout en poussant un rugissement rauque et furieux. Cette chose Marcel le comprit était un Turc endormi et qui venait de se réveiller.

5 8 Allah! A moi, frères! Un illimi (1)! hurla-t-il en se redressant péniblement, car le poids du corps du roi des Boxeurs l'avait plutôt mal arrangé. Marcel Dunot, qui s'était immédiatement relevé, distingua auprès de sa victime deux autres individus qui, encore a demi endormis, s'agitaient en grognant. '_ Us ne sont que trois? Alors, ça va! murmura-t-fl. (A suivre.} (1) Démon. L'ÉPATANT LES DÉMONS BLANCS. XXXV, fc'atlaqlie dai)?!a Parçpa. RÉSFMÉ DES CHAPITRES PRÉCÉDENTS. Kerlignac, son fds René, Guillaume, le Parisien et le Moco ont débarqué à Saint-Domingue, où les nègres aussitôt leur font la guerre. Ils bâtissent une redoute, mais une nuit d'orage, René est enlevé par les noirs. Kerlignac refuse héroïquement les proa positions de Toussaint-Louverture qui sont : l'enfant sera rendu à condition que les trois compagnons du vicomte seivnt livrés au général nègre. Le cavalier qui emporte René n'est mitre que le blanc vu parmi les nègres. Après que le petit lui a révélé son nom, il se fait son protecteur, et la nuit suivante il l'enlève sur son cheval et le ramène à son père. Il offre de combattre les nègres et d'être l'allié du vicomte. Il se surnomme Bonnet-Rouge. Les blancs manquent de munitions. Bonnet-Rouge part avec le Parisien et le Moco pour en prendre à Toussaint-Louverture. Il est sitrpris, mais il menace de se faire sauter avec le nègre. Celui-ci <i peur et le laisse partir. Le Parisien s'était bien servi. COLLECTION : : : : : : OMBRES Paraît aujourd'hui: LUCIEN VALÏRANC LE VENGEUR DU «VA-DE-L'AVANT» Par ALIIÏ MONJARDIN En vente partout : 25 Cept. Envoi franco contre 0 fr. 35 adressés à l'administration de l'épatant, 3, rue de Eocroy, Paris. (X".) LE NUMERO 449 DE L'ÉPATANT CONTIENDRA 16 PAGES II attira Je bissac bondé à craquer, qui pendait à son épaule et l'ouvrît : il était plein de poudre et d'une grande quantité de lingots de f plomb. «Nous voilà réapprovisionnés pour quelque temps ajouta-t-il, et Toussaint-Louverture est un marchand trop généreux pour que, cette réserve épuisée, nous ne retournions pas lui proposer un nouveau marché. Oh la la! ce qu'il doitfumer, Je gros patapouf I» Tout à coup, il s'arrêta et du poing.,., je préparais une traînée de poudre, j'y mettais le feu; le morne entier sautait et, avec lui, les flingots et les munitions de nos adversaires. Est-ce bête, est-ce bête de n'avoir pas songé à celai L'idée, eu effet, était excellente, approuva Bonnet- Rouge., Nos seuls deux fusils nous assuraient une supériorité évidente sur les noirs, tandis que maintenant, la lutte va continuer à armes inégales...» Il faisait jour lorsque les trois compagnons arrivèrent devant la redoute de la clairière. Ker--; Iignac et Guillaume, déjà inquiets sur leur sort, les accueillirent avec des transports de joie. Après avoir fait à ces derniers le récit de leur- "audacieuse aventure, ils allèrent goûter quelques heures d'un repos bien gagné. L'après-midi de ce même jour les réunit à nouveau dans Une gravé conversation.: il fallait sans tarder, discuter et décider des moyens propres à quitter enfin Saint-Domingue, car il n'était pas possible que leur séjour s'y prolongeât davantage. Cinq hommes, aussi braves qu'ils le fussent, ne pouvaient continuer à tenir plus longtemps en échec la formidable troupe des bandits de Toussaint- Louverture.... se frappa violemment le front. Ses camarades la regardèrent, étonnés... «Voulez-vous que je vous dise? reprît-il. Eh bienl je suis le dernier des imbéciles 1 Savez-vous ce que j'avais à faire avant de quitter l'arsenal des moricauds? «'aurais dû prier le gorille empanaché de s'éloigner, donnant, donnant, puisqu'il avait accepté mes conditions... Et la résistance devenait plus impossible encore, maintenant que ceux-ci allaient, à leur tour, seservir de fusils... Oui, oui, coûte que coûte, tes Dé nous Blancs devaient essayer de s'échappe; de l'île, s'ils ne voulaient y succomber jusqu'au dernier... «Deux seuls moyens se présentent à nous, dit Bonnet-Rouge : fa retraite vers la côte, et alors, il! nous faut ici, où nous sommes à peu prés en sécurité, construire une barque démontable dont chacun de nous et le cheval eu transporteront quelques parties jusqu'au rivage, ou... Je te vois venir, t'interrompit le Parigot, ou pincer Toussaint-Louverture dans un traquenard. Le chef pris, les moricauds sont fîchus. Moi, j'ensuis pour es moyen : j'ai une dent trop longue contre le macaque! Décidez, capitaine! a PYGMÉE. Idiot, croistu donc que c'est en accumulant ruines sur ruines, que tu parviendras à ma hauteur I LES AVENTURES DE COUCOU Gamin de Paris au pays du scalp, Parait aujourd'hui ' le 12 e voluma intitulé i L'ABONIE D UNE RACE LE VOLUME : 0 fr. 20 Envoi franco contre 0 fr. 25 adressés à l'epatant, 3, ruo de Rocroy, Paris. Sceaux. ïmp. Charaire.... Kerlignac neréûechit pas longtemps, n Le projet le plus sûr, répondit-if, est le canot démontable. Mais, tout en le construisant, cela ne nous empêche pas de profiter de l'occasion, si elle se présente sans trop de risques, d'essayer de nous emparer du général nègre, n Et, de suite, les cinq hommes, après s'être distribué des tâches différentes, se mirent à la besogne. Une demi-douzaine de gros arbres furent abattus et les troncs, dépouillés de leurs rameaux sur place, traînés dans la clairière où, FUR après l'autre, on les débita en larges planches. Plus que jamais, l'extraordinaire ingéniosité du Moco se donna libre cours. Il inventait des outils de fortune, en perfectionnait d'autres, trouvait, sans avoir l'air de Chercher, de précieuses indications pour exécuter un travail qui, dès l'abord, paraissait impossible.. Les décombres 4e la ferme espagnole étaient à nouveau incessamment fouillés et refouillés et tout ce qui avait un semblant d'utilité était apporté sur le chantier de la clairière. Quelques journées s'écoulèrent. La construction de la barque n'avançait pas vite, mais cependant, elle avançait. La grosse carcasse était sur le point d'être achevée lorsque nos amis s'aperçurent que leur provision de clous était épuisée. Ah! ie Moco ne fut pas long à 3a renouveler! Les tiges de fer ne manquaient pas. Il eut vite installé une forge flidim en (aire ainsi qu'une enclume faite d'un roc... résistant, et pif 1 paf 1 clous et pointes de toutes failles... tombèrent bientôt rte son adroit marteau. De nègre, nulle part.o Cependant, Bonnet-Rouge, habile à étudier les empreintes laissées par les hommes et les animaux, avait relevé maintes lois, dans le bois qui entourait la clairière, des traces fraîches de pieds humains. Aussi, les compagnons ne se faisaient-ils aucune illusion - les noirs étaient invisibles, sans doute, mais ils rôdaient aux environs, les espionnant, dressant peut-être un nouveau guet-apens plus terrible encore que les précédents. Tout en poursuivant leur besogne avec acharne» ment, nos amis redoublaient de prudenc e et de vigilance, leurs arcs tm leurs fusl[ s passés en bandoulière, prêts à se défend^ «vec l'énergie du désespoir..., (A suivre.)

6 UN TOUR DE FORC vient d'être réalisé par PAGES DE GLOIRE Tout en maintenant son prix à 15 GiEtimes, et conservant son format PAGES DE GLOIRE à partir- clu SI J 111VI6r contiendra idl > psigcs au lieu de J_;2. PAGES DE GLOIRE commencera la publication d'un nouveau roman inédit extraordinairement poignant et captivant : LES MYSTÈRES DE LA COUR DE BERLIN VIE ET AVENTURES DE L'INSPECTEUR TOUT dont ci-contre le début. contiendra des photos de guerre et d'actualité en noir et en couleurs. PAGES DE GLOIRE publiera : " Le élé~3lague", ~' petit journal satirique et comique., PAGES DE GLOIRE publiera -, LES MISSIONS DÉLICATES DE K. MUTTEfi, Konseiller intime in Kaiser, histoire comiquo illustrée, en couleurs. 'PAGES DE GLOIRE Pn^liera des Nouvelles et Contes de nos meilleurs auteurs. PAGES DE GLOIRE est en vente partout : 1 5 CENTIMES LE NUMÉRO.

7 LES MYSTERES DE LA COUR DE BERLIN VIE ET AVENTURES D FS INSPECTEUR Par Pierre de CHANTENAY CHAPITRE PREMIER PAR UN MATIN D'HIVER Un matin de l'hiver , vers cinq heures, deux gardiens de la paix en service cheminaient de leur lourd pas cadencé sur le trottoir de l'avenue de Friedland. Il faisait noir, il faisait froid et il pleuvait. Les deux braves agents pestaient contre les nécessités de leur dur métier en frissonnant sous leurs capotes à pèlerine, lorsque, soudain, ils firent halte et se turent. A la lueur tremblotante d'un bec de gaz, ils venaient d'apercevoir sur un des bancs publics de l'avenue un homme assis, qui paraissait dormir. Voilà du travail pour nous, dit l'un des. agents. Il en a une santé, ce poivrot-là, répondit l'autre, pour pioncer ainsi sous cette pluie glacée qui nous transperce jusqu'aux os... Bah! reprit le premier, de toute façon, il est le bienvenu, ce pochard... «Nous allons le conduire au poste et ce sera la belle occasion pour se chauffer et se sécher un peu, pas vrai? L'autre agent se mit à rire et tous deux s'approchèrent du banc. Mazette! fit l'un des gardiens de la paix lorsqu'ils furent tout près de l'homme endormi, c'est pas un purotin... C'est même un type de la haute... Le dormeur, en effet, était vêtu d'une confortable pelisse qui, déboutonnée, laissait apercevoir le plastron d'une chemise de soirée. TONY Un chapeau haut de forme coiffait sa tête. L'un des agents interpella le personnage, qui, de toute évidence, ne les avait ni vus ni entendus. Dites donc, monsieur, fit-il, on ne doit pas dormir ainsi la nuit, sur la voie publique... L'homme ne répondit pas. Si c'est que vous êtes malade, dit l'autre gardien de la paix, on peut vous conduire chez vous en voiture... Cette deuxième interpellation n'eut pas plus de succès que la première. Le dormeur persistait à demeurer immobile et silencieux. Le premier agent, alors, fit deux ou trois pas en avant et frappa légèrement sur l'épaule de l'homme; mais, tout aussitôt, iî eut un mouvement instinctif de recul. Le dormeur s'écroulait sur le sol. L'instant d'après, il gisait, inerte, sur l'asphalte mouillée. Le chapeau haut de forme avait roulé à quelques pas de son possesseur. Maintenant la lumière du bec de gaz éclairait directement le visage de l'homme. Les gardiens de la paix virent une face livide, maculée de sang. Mais il est mort! s'exclama le premier agent, qui s'était vivement penché vers la corps étendu. De fait, l'homme avait la tempe trouée, et les agents s'aperçurent bien vite que dans sa main toute crispée il serrait un revolver. Pendant que le premier agent se rendait en hâte au commissariat de police du quartier, l'autre demeurait près du corps de l'inconnu. A cette heure matinale l'avenue de Friedland est déserte ou presque. Lorsque le secrétaire de service au commissariat arriva, accompagné de trois agents, dont celui qui était allé l'informer du fait, il n'y avait encore aux alentours du cadavre qu'une plieuse de journaux, un chiffonnier et un cocher de fiacre, que l'agent qui gardait le corps avait requis de s'arrêter et qui grommelait : Il est tout en sang et couvei-t de boue... Il va me tacher mes coussins... Pauvre garçon!... Il est bien jeune encore, disait la plieuse. «C'est malheureux, tout de même, de mourir à cet âge... S'il est mort, c'est parce qu'il l'a bien voulu, n'est-ce pas? gouailla d'une voix ràuque le chiffonnier. «C'en est encore un qui s'est fait sauter le caisson après avoir perdu au jeu des mille et des cents, alors que le pauvre monde crève la faim... C'est peut-être bien pour une femme qu'il s'est tué ce jeune homme... «Vous devez savoir ça, vous, monsieur l'agent... Vous feriez mieux de circuler et d'aller à votre travail, répliqua sentencieusement le gardien de la paix. L'arrivée du secrétaire de police mit fin au colloque du représentant de l'autorité et des représentants du public. C'est un suicide, évidemment, prononça le secrétaire après avoir jeté un coup d'oeil sur le corps. Et il ordonna : Voyez tout de suite ce qu'il a sur lui. Pendant qu'un agent fouillait rapidement les vêtements du cadavre, un fiacre arrivait, amenant un médecin et un agent en bourgeois. Il est mort, dit le docteur dès qu'il eut vu le corps inerte. Nous ne Vous avons pas attendu pour nous en apercevoir, docteur, dit le secrétaire ironiquement. Et, pendant que les agents transportaient le cadavre, le secrétaire, à qui celui qui avait fouillé les vêtements venait de tendre quelques cartes de visite, un portemonnaie, un fume-cigare et une montre, s'approchait du bec de gaz pour examiner ces objets. Pas de portefeuille? Pas de papiers? interrogea-t-il. Non, répondit l'agent, rien que ces cartes. PAGES DE GLOIRE Voyons le nom... Sur,1e bristol, le secrétaire lut ces mot3 : Prince Boris Kerloff, Attaché à Vambassade impériale de Russie, Paris. Peste! murmura-t-il, un attaché d'ambassade... «C'est plus sérieux que je ne pensais... «Il faut que M. le commissaire voie ça par lui-même. «Je vais toujours faire transporter le corps à la Morgue.et aviser d'urgence le patron. Etant donnée la qualité du prince Boris Kerloff, le commissaire et son collaborateur firent diligence pour que la première partie de l'enquête fût aussi complète et aussi rapide que possible. Cela fut d'autant plus aisé que le fait en lui-même apparaissait des plus simples. Pour des raisons qui seraient révélées sans doute lorsque l'ambassadeur et la famille du désespéré auraient connaissance de son suicide, le prince Boris Kerloff s'était volontairement donné la mort sur une avenue proche de la place de l'étoile. Vraisemblablement il avait assisté au bal de l'ambassade de Russie qui avait eu lieu cette nuit même, puisqu'il était en tenue de soirée et que sa fonction lui faisait une obligation de prendre part à cette fête. Avec le témoignage des deux gardiens de la paix qui avaient découvert le cadavre et le relevé minutieux des objets trouvés dans les poches des vêtements du prince, les constatations de fait qui précédent formaient la substance du premier procès verbal. Les gens de police étaient de la meilleure foi du monde en attribuant à un suicide la mort du jeune diplomate russe. Nous dirons même que toutes les apparences les devaient induire à cette conclusion et que nulle faute de métier n'entachait le travail auquel ils s'étaient livrés. Pourtant si le commissaire ou, à défaut, son secrétaire, ne s'en était pas tenu rigoureusement à la notation des détails qui s'imposaient immédiatement à son attention, si seulement l'un d'eux avait songé à se demander pourquoi le prince Boris Kerloff avait choisi pour mettre fin à ses jours l'avenue de Friedland de pré-

8 4 PAGES DE GLOIRE fêrence à toute autre voie, et, dans l'avenue Friedland, le banc sur lequel on l'avait trouvé, de préférence à tout autre banc, peut-être le procès-verbal n'eût-il pas été rédigé tout à fait dans le même sens... L'immeuble devant lequel avait été trouvé le cadavre ensanglanté du prince russe était un hôtel particulier de sompi tueuse apparence. Durant cette lugubre fin de nuit d'hiver, nulle fenêtre de la façade de cette demeure n'était éclairée. Pourtant tous les habitants de l'hôtel ne dormaient pas. D'une croisée du premier étage, le front collé à la vitre, mais invisible de la rue : puisque la pièce n'était pas éclairée, une.jeune femme avait suivi des yeux les ;péripéties de la découverte du corps inanimé de Boris Kerloff. Il faisait encore nuit lorsque le fiacre. dans lequel les agents avaient placé le cadavre s'ébranla dans la direction de la Morgue. La femme attendit que gens de police et curieux se fussent éloignés. Alors elle tira soigneusement d'épais rideaux qui, intérieurement, obturaient le rectangle de la fenêtre aussi complètement que l'eussent pu faire des volets pleins.. Sûre alors de n'être point vue du dehors, cette femme alluma un flambeau et s'approcha d'une glace où elle se regarda. Sans doute ses traits lui apparurentils singulièrement altérés, car elle ne put retenir une légère exclamation où il y avait de la surprise et quelque effroi. De fait, cette femme était affreusement pâle. Elle demeura quelques instants immobile, les yeux fixes; puis soudain elle se laissa tomber dans un fauteuil. La pièce dans laquelle elle se trouvait était une vaste chambre à coucher luxueusement meublée, une chambre de grande dame pourvue de tous les raffinements du confort moderne adroitement conciliés avec la pureté du style Louis XVI de l'ameublement. Le lit n'était pas défait. La femme était encore vêtue d'une admirable robe de soirée en brocart d'or. Sa chevelure, d'un blond fauve, était coiffée avec une simplicité voulue, qu'accusait par contraste un merveilleux peigne orné de diamants qui en retenait les torsades. Un temps assez long s'écoula; puis la femme parut sortir de son accablement. Elle dit par deux fois, d'une voix sans timbre : C'est atroce... C'est atroce... Au même moment, un léger bruit la fit tressaillir. La porte s'ouvrit. Un homme entra. C'était un personnage de haute taille dont la carrure dénotait une vigueur peu commune. L'œil était vif et intelligent, mais l'expression générale de la physionomie basse et vulgaire. Eh, bien! chère amie, dit le nouveau venu en ricanant, vous voyez que tout s'est passé pour le mieux... «Je reconnais, du reste, de bonne grâce, que vous avez fait ce qu'il fallait comme il fallait... «Tous mes compliments..:' Taisez-vous et laissez-moi, répliqua vivement la femme. «Vous êtes satisfait... Tant mieux pour vous!... «Mais je vous dispense de vos commentaires... «Vous savez bien que vous me faites horreur... «J'ai besoin d'être seule... Allez-vousen... Vous êtes méchante, chère amie, répondit l'autre sans s'émouvoir. Enfin, il faut bien que je m'acquitte complètement de ma mission... Il posa un objet de faible dimension sur un meuble, puis sortit de la chambre. l,ii-e la suite de ee roman dans PAGES DE GLOIRE du 21 Janvier EN "VENTE PARTOUT : 1 O CENTIMES JàCEAUX. IMP. CIIAIlAinK

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