Diversité culturelle. Patrimoine commun Identités plurielles

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2 Diversité culturelle Patrimoine commun Identités plurielles

3 Publié en 2002 par l Organisation des Nations Unies pour l éducation, la science et la culture 7,Place de Fo n t e n oy Paris C o o rdination et révision : Michèle Garzon Conception grap h i q u e, composition et impre s s i o n : Jed Graphic & Multimédia UNESCO

4 Préface En ces moments troublés où le monde cherche ses re p è re s, où les termes de «culture», d e «c i v i l i s a t i o n» sont utilisés par des esprits égarés pour tenter d opposer l humanité à elle-même, il est urgent de rappeler combien la diversité culturelle est constitutive de l humanité même. Déjà en 1945, la Commission préparatoire du programme de l UNESCO réservait une place importante aux «Études des cultures» et, dès 1953, l Organisation démontrait son engagement en faveur de la reconnaissance de la diversité en lançant une collection d ouvrages intitulée Unité et diversité culturelles. Mais la notoriété de l UNESCO, nous le savo n s t o u s, s est surtout forgée sur le succès de son action en f aveur des biens culturels les plus re m a rquables de l h u m a n i t é. Chaque peuple puise en eux une fierté et un sentiment d identité où se joue quelque chose d essentiel. E n s e m b l e, ces monuments forment l image la plus immédiate de la notion de patrimoine commun de l h u m a n i t é. Conçue à l enseigne de l unive r s e l, l œ u v re d i d e n t i f i c a t i o n, de sauvetage et de mise en valeur du patrimoine mondial a nécessairement donné corps, à m e s u re qu elle s étendait, à l évidence du pluralisme. Chacune des œuvres majeures de l humanité intégrée au patrimoine mondial est ve nue étoffer une sorte de fo n d s c o m mun de l humanisme universel et, dans le même m o u ve m e n t, a élargi la palette des déclinaisons illustrées par les diverses civilisations à travers les âges. Cet élargissement ne pouvait se borner à la gamme des monu m e n t s : son caractère fo n d a m e n t a l, qui est de passer d un concept intégrateur abstrait à une pléiade de m a n i festations concrètes du génie humain et de gagner ainsi toujours davantage en dive r s i t é, le portait à s ouvrir aux formes toujours vivantes de ce génie et à y incorporer ce que l on nomme le patrimoine «i m m a t é r i e l». L ambition d universalité qui présidait à la notion de patrimoine commun de l humanité s est donc assortie de pluralisme culture l, dont elle s est largement nourr i e, é v i t a n t ainsi les écueils du part i c u l a r i s m e. Depuis la Déclaration de Mexico en 1982, les trav a u x de la Commission mondiale sur la culture et le d é veloppement et ceux de la Conférence intergo u vernementale sur les politiques culturelles pour le d é veloppement (Stockholm, ), la culture doit être considérée comme «l ensemble des traits distinctifs spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social ; e l l e e n g l o b e, o u t re les arts et les lettre s, les modes de vie, l e s façons de vivre ensemble, les droits fondamentaux de l être h u m a i n, les systèmes de valeurs, les traditions et les c roy a n c e s». La diversité culturelle est constitutive de l identité humaine. À ce titre, elle est son bien commun. Loin d être une concession à la variété de la part d une identité singulière imaginaire, la diversité est la substance même de n o t re identité et nous devons nous pénétrer de cette p e n s é e. On ne peut donc opposer celle-ci à celle-là, puisqu elles sont consubstantielles. La première acception de cette diversité est la reconnaissance et la promotion de la pluralité des cultures au sens le plus large du terme. Mais l équation entre identité de l humanité et diversité culturelle oblige en même temps à reconnaître au sein même du concept de PRÉFACE 3

5 diversité la présence de l unité, faute de laquelle cette diversité ne serait que multiplicité.il n y a diversité que sur fond d unité, et la reconnaissance étendue des différences culturelles, avec tout ce qu elle comporte, est par nature une affirmation de l unité fondamentale du fait humain, toutes ces différences s observant sur un fond homogène. La diversité entretient avec la culture une relation fondatrice : la culture est diversité, déploiement infini des distinctions, des nuances, des renouveaux ; la culture est inlassable reprise de tout ce qui existe pour le rendre à la fois même et autre, pour le comprendre, pour le faire vivre. Par nature, elle est diverse. Mais pour cette même raison, elle donne à cette diversité une dimension qui la dépasse et l enveloppe : la diversité n existe pas en soi,elle est même indéchiffrable en l absence de culture, et tout semble uniforme à qui manque de profondeur culturelle. La diversité est construite par la culture qui lui donne forme, amplitude, sens. La diversité est culturelle par essence, comme la culture est diversité. Cette relation d équivalence entre culture et diversité pourrait faire apparaître la notion de diversité culturelle comme un pléonasme. Je la vois plutôt comme un prisme, à travers lequel nous sommes invités à penser tout l espace qui s étend du concept de pluralité, lourd de séparations potentielles,à celui de variété,pour lequel tout est dans tout et réciproquement. L adoption de la Déclaration universelle de l UNESCO sur la diversité culture l l e par les 185 États membre s représentés à la 31 e session de la Conférence générale en novembre 2001 constitue une avancée majeure. Pour la première fois et dans un contexte mondial difficile, la communauté internationale s est dotée d un instrument normatif de grande envergure pour affirmer sa conviction que le dialogue interculturel, le respect de la diversité des cultures et la tolérance constituent l un des meilleurs gages de paix. Cette Déclaration constitue, selon les propres termes des États membres, un cadre de référence éthique universel dont les principes doivent inspirer les politiques culturelles dans une conjoncture où il est plus urgent que jamais d affirmer l égale dignité de toutes les cultures. P renant en compte les nouveaux enjeux liés au p rocessus de mondialisation, la Déclaration insiste notamment sur la notion de droits culture l s, qui doive n t s appliquer aussi bien entre les États qu à l intérieur des États e u x - m ê m e s, tout comme sur le caractère dynamique de chaque culture, qui puise aux racines de ses traditions, m a i s ne peut s épanouir réellement qu au contact des autre s.l a notion de solidarité y est également clairement exprimée, affirmant la nécessité d accompagner les pays en déve l o p- pement ou en transition dans la promotion de leurs culture s et dans la mise en place d industries culturelles viables et c o m p é t i t i ves sur les plans national et international. «Patrimoine commun de l humanité», la dive r s i t é c u l t u relle est jugée dans la Déclaration aussi nécessaire pour le genre humain que la biodiversité dans l ord re du v i v a n t. Sa défense est donc un impératif éthique inséparable du respect de la dignité de la personne humaine. En adoptant la Déclaration sur la diversité culturelle, les États membres de l UNESCO ont fait un geste décisif pour «humaniser la mondialisation». L e x p o s i t i o n Pa t rimoine commu n, identités pluri e l l e s. N o t re divers i t é créatrice, qui s'est tenue en marge des travaux de la 31 e session de la Conférence générale, fut une occasion de rappeler que la diversité n exclut pas la rencontre. 4 PRÉFACE

6 Le présent ouvrage vise à restituer l âme de cette exposition,qui a voulu illustrer les différents axes d actions de l Organisation en matière de diversité culturelle. Le visiteur a été invité à s interroger sur le sens et les formes de la diversité culturelle dans un esprit à la fois ouvert à la pluralité des expériences humaines et empreint de respect pour l universalité attachée à ce qui est humain. L accent a été délibérément mis sur le rapport dialectique et fécond entre la diversité et l universalité, entre ce qui unit et non entre ce qui sépare, l ensemble ayant été placé sous le signe de la rencontre de l Autre. À partir d un rassemblement forcément réduit et de ce fait arbitraire d échantillons représentatifs des cultures du monde, elle nous a fait parcourir moins une collection qu un questionnement. Les objets, œuvres, symboles qui ont été réunis, grâce à la collaboration des commissions nationales et de nos bureaux hors Siège, n ont pas été donnés simplement pour emblématiques de culture s distinctes ; leur réunion en a fait les éléments d une interrogation sur la nature, la portée, la teneur d une diversité constituée moins par les différences que par les c o n n i ve n c e s, et constitutive d une identité humaine plurielle, composite, en un mot «riche». M a i s, r ap p e l o n s - l e, les civilisations et les culture s sont là où sont les hommes et les femmes qui leur donnent vie, et nulle trace pieusement recueillie pour ê t re exposée ne peut en retenir l essentiel, qui est l e s p r i t. Aussi devons-nous pre n d re cette exposition pour ce qu elle a été : une invitation à réfléchir, à é l a b o rer à partir de quelques exemples choisis entre mille demeurés au dehors, une intelligence généreuse de cette diversité créatrice qui fait l honneur et la richesse du genre humain. On ne pourra s étonner par ailleurs que l angle choisi pour la sélection des exemples retenus ait été principalement l action de l UNESCO. Illustrer la diversité culturelle, c est décrire le registre dans lequel se joue l action de notre Organisation. L exposition a été, d une certaine manière, une occasion de mettre à l épreuve la pertinence et la qualité de cette action au service du développement humain, en tout cas d en évoquer la vaste palette. C est pourquoi l exposition nous a semblé être, à sa manière, une célébration de l année 2001 déclarée par les Nations Unies «Année internationale de la mobilisation contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l intolérance» et «Année internationale pour le dialogue entre les civilisations» s ouvre avec une nouvelle célébration,celle de l «Année des Nations Unies pour le patrimoine culturel», prolongeant ainsi ce même mouvement de reconnaissance et de mise en valeur d un patrimoine commun forgé d identités plurielles. Ko ï c h i ro Matsuura D i recteur général de l UNESCO PRÉFACE 5

7 «En vérité, il n y a ni Est ni Ouest, Où donc est le Sud, où le Nord? L Illusion enferme le monde, L Éveil l ouvre de tous côtés.» Chant bouddhique 6

8 Sommaire Déclaration universelle sur la diversité culturelle...p. 9 EXPOSITION Patrimoine commun, identités plurielles. N o t r e diversité créatrice...p Patrimoine commun, identités plurielles 2. D i v e r s i t é et développement : tradition et modernité 3. Diversité et paix : vivre la tolérance Déclaration universelle des droits de l homme...p. 61 SOMMAIRE 7

9 Déclaration universelle de l UNESCO sur la diversité culturelle (adoptée par la 31 e session de la Conférence générale de l UNESCO - Paris, 2 novembre 2001) La Conférence générale A t t a ch é e à la pleine réalisation des droits de l homme et des libertés fondamentales proclamés dans la Déclaration u n i verselle des droits de l homme et dans d autre s instruments universellement re c o n nu s, tels que les deux Pactes internationaux de 1966 relatifs l un aux droits civils et politiques et l autre aux droits économiques, sociaux et culturels, R a p p e l a n t que le Préambule de l Acte constitutif de l UNESCO affirme «( ) que la dignité de l homme exigeant la diffusion de la culture et l éducation de tous en vue de la justice, de la liberté et de la paix, il y a là, p o u r toutes les nations, des devoirs sacrés à remplir dans un esprit de mutuelle assistance», Rappelant également son Article premier qui assigne entre a u t res buts à l UNESCO de recommander «les accord s internationaux qu elle juge utiles pour faciliter la libre circulation des idées par le mot et par l image», Se référa n t aux dispositions ayant trait à la dive r s i t é c u l t u relle et à l exe rcice des droits culturels figurant dans les instruments internationaux pro mulgués par l UNESCO 1, R é a f fi r m a n t que la culture doit être considérée comme l ensemble des traits distinctifs spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social et qu elle englobe, o u t re les arts et les lettres, les modes de vie, les façons de vivre ensemble, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances 2, Constatant que la culture se trouve au cœur des débats contemporains sur l identité, la cohésion sociale et le développement d une économie fondée sur le savoir, A f fi r m a n t que le respect de la diversité des culture s, l a tolérance, le dialogue et la coopération, dans un climat de confiance et de compréhension mutuelles sont un des meilleurs gages de la paix et de la sécurité internationales, A s p i ra n t à une plus grande solidarité fondée sur la reconnaissance de la diversité culture l l e, sur la prise de conscience de l unité du genre humain et sur le d é veloppement des échanges interc u l t u re l s, C o n s i d é ra n t que le processus de mondialisation, f a c i l i t é par l évolution rapide des nouvelles technologies de l i n formation et de la commu n i c a t i o n, bien que constituant un défi pour la diversité culture l l e, crée les conditions d un dialogue re n o u velé entre les cultures et les civilisations, C o n s c i e n t e du mandat spécifique qui a été confié à l U N E S C O, au sein du système des Nations Unies, d a s s u rer la préservation et la promotion de la féconde d i versité des culture s, 1. Parmi lesquels, en part i c u l i e r, l A c c o rd de Florence de 1950 et son P rotocole de Nairobi de 1976, la Convention unive rselle sur les dro i t s d auteur de 1952, la Déclaration de principes de la coopéra t i o n c u l t u relle internationale de 1966, la Convention concernant les m e s u res à pre n d re pour interd i re et empêcher l import a t i o n, l exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels de , la Convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel de 1972,la Déclaration de l UNESCO sur la race et les préjugés raciaux de 1978, la Recommandation re l a t i ve à la condition de l artiste de 1980 et la Recommandation sur la sauvegarde de la culture traditionnelle et populaire de Définition conforme aux conclusions de la Conférence mondiale sur les politiques culturelles (MONDIAC U LT, M ex i c o, ), de la Commission mondiale de la culture et du développement (N o t re d i versité créatrice, 1995) et de la Conférence intergouve r n e m e n t a l e sur les politiques culturelles pour le développement (Stockholm,1998). DÉCLARATION UNIVERSELLE SUR LA DIVERSITÉ CULTURELLE 9

10 Proclame les principes suivants et adopte la présente Déclaration : IDENTITÉ, DIVERSITÉ ET PLURALISME Article 1 - La diversité culturelle, patrimoine commun de l humanité La culture prend des formes diverses à travers le temps et l e s p a c e. Cette diversité s incarne dans l originalité et la pluralité des identités qui caractérisent les groupes et les sociétés composant l humanité. Source d échanges,d innovation et de créativité, la diversité culturelle est, pour le g e n re humain, aussi nécessaire qu est la biodiversité dans l o rd re du vivant. En ce sens, elle constitue le patrimoine c o m mun de l humanité et elle doit être re c o n nue et affirmée au bénéfice des générations présentes et des générations futures. Article 2 - De la diversité culturelle au pluralisme culturel Dans nos sociétés de plus en plus dive r s i f i é e s, il est indispensable d assurer une interaction harmonieuse et un vouloir vivre ensemble de personnes et de groupes aux identités culturelles à la fois plurielles, variées et dynamiques. Des politiques favorisant l inclusion et la participation de tous les citoyens sont garantes de la cohésion sociale, de la vitalité de la société civile et de la paix. Ainsi défini, l e pluralisme culturel constitue la réponse politique au fait de la diversité culture l l e.indissociable d un cadre démocratique, le pluralisme culturel est propice aux échanges culturels et à l épanouissement des capacités créatrices qui nourr i s s e n t la vie publique. Article 3 - La diversité culturelle, facteur de développement La diversité culturelle élargit les possibilités de choix offe rt e s à chacun ; elle est l une des sources du déve l o p p e m e n t, entendu non seulement en termes de croissance économ i q u e, mais aussi comme moyen d accéder à une existence i n t e l l e c t u e l l e, a f fe c t i ve, morale et spirituelle satisfaisante. DIVERSITÉ CULTURELLE ET DROITS DE L HOMME Article 4 - Les droits de l homme, garants de la diversité culturelle La défense de la diversité culturelle est un impératif é t h i q u e, inséparable du respect de la dignité de la personne humaine. Elle implique l engagement de respecter les droits de l homme et les libertés fo n d a- m e n t a l e s, en particulier les droits des personnes ap p a rtenant à des minorités et ceux des peuples a u t o c h t o n e s. Nul ne peut invoquer la diversité culture l l e pour porter atteinte aux droits de l homme garantis par le droit international, ni pour en limiter la port é e. Article 5 - Les droits culturels, cadre propice de la diversité culturelle Les droits culturels sont partie intégrante des droits de l h o m m e, qui sont unive r s e l s, indissociables et interd é p e n- d a n t s. L épanouissement d une diversité créatrice exige la pleine réalisation des droits culture l s, tels qu ils sont définis à l art i c l e 2 7 de la Déclaration universelle des droits de l homme et aux articles 13 et 15 du Pacte international re l a t i f aux droits économiques, sociaux et culture l s.toute personne doit ainsi pouvoir s exprimer, créer et diffuser ses œuvre s dans la langue de son choix et en particulier dans sa langue m a t e r n e l l e ; toute personne a le droit à une éducation et une formation de qualité qui respectent pleinement son identité c u l t u re l l e ; toute personne doit pouvoir participer à la vie c u l t u relle de son choix et exe rcer ses pro p res pratiques c u l t u re l l e s, dans les limites qu impose le respect des dro i t s de l homme et des libertés fo n d a m e n t a l e s. 10 DÉCLARATION UNIVERSELLE SUR LA DIVERSITÉ CULTURELLE

11 Article 6 - Vers une diversité culturelle accessible à tous Tout en assurant la libre circulation des idées par le mot et par l image, il faut veiller à ce que toutes les culture s puissent s exprimer et se faire connaître. La libert é d e x p re s s i o n, le pluralisme des médias, le mu l t i l i n g u i s m e, l égalité d accès aux expressions art i s t i q u e s, au savo i r scientifique et technologique - y compris sous la fo r m e numérique - et la possibilité, pour toutes les culture s, d ê t re présentes dans les moyens d expression et de d i f f u s i o n, sont les garants de la diversité culture l l e. DIVERSITÉ CULTURELLE ET CRÉATIVITÉ Article 7 - Le patrimoine culturel, aux sources de la créativité Chaque création puise aux racines des traditions culture l l e s, et s épanouit au contact des autre s. C est pourquoi le p a t r i m o i n e, sous toutes ses fo r m e s, doit être préserv é,m i s en valeur et transmis aux générations futures en tant que témoignage de l expérience et des aspirations humaines,a f i n de nourrir la créativité dans toute sa diversité et d instaure r un véritable dialogue entre les culture s. Article 8 - Les biens et services culture l s, d e s marchandises pas comme l e s a u t re s Face aux mutations économiques et technologiques actuelles, qui ouvrent de vastes perspectives pour la création et l innovation, une attention particulière doit être accordée à la diversité de l offre créatrice, à la juste prise en compte des droits des auteurs et des artistes ainsi qu à la spécificité des biens et services culturels qui, parce qu ils sont porteurs d identité, de valeurs et de sens, ne doivent pas être considérés comme des marchandises ou des biens de consommation comme les autres. Article 9 - Les politiques culturelles, catalyseur de la créativité Tout en assurant la libre circulation des idées et des o e u v re s, les politiques culturelles doivent créer les conditions propices à la production et à la diffusion de biens et services culturels dive r s i f i é s, grâce à des industries culturelles disposant des moyens de s affirmer à l échelle locale et mondiale. Il revient à chaque Ét a t,d a n s le respect de ses obligations internationales, de définir sa politique culturelle et de la mettre en oeuvre par les m oyens d action qu il juge les mieux adap t é s, qu il s agisse de soutiens opérationnels ou de cadres réglementaire s ap p ro p r i é s. DIVERSITÉ CULTURELLE ET SOLIDARITÉ INTERNATIONALE Article 10 - Renforcer les capacités de création et de diffusion à l échelle mondiale Face aux déséquilibres que présentent actuellement les flux et les échanges des biens culturels à l échelle mondiale, il faut re n fo rcer la coopération et la solidarité internationales destinées à permettre à tous les pay s, en particulier aux pay s en développement et aux pays en transition, de mettre en place des industries culturelles viables et compétitives sur les plans national et international. Article 11 - Forger des partenariats entre secteur public, secteur privé et société civile Les seules forces du marché ne peuvent garantir la préservation et la promotion de la diversité culturelle, gage d un développement humain durable. Dans cette perspective, il convient de réaffirmer le rôle primordial des politiques publiques,en partenariat avec le secteur privé et la société civile. DÉCLARATION UNIVERSELLE SUR LA DIVERSITÉ CULTURELLE 11

12 Article 12 - Le rôle de l UNESCO L U N E S C O, de par son mandat et ses fo n c t i o n s, a la responsabilité de : (a) p ro m o u voir la prise en compte des principes énoncés par la présente Déclaration dans les stratégies de d é veloppement élaborées au sein des diverses instances i n t e r go u ve r n e m e n t a l e s ; (b) s e rvir d instance de référence et de concertation entre les États, les organismes go u vernementaux et non go u vernementaux internationaux, la société civile et le secteur privé pour l élaboration conjointe de concepts, d objectifs et de politiques en faveur de la dive r s i t é c u l t u re l l e ; (c) p o u r s u i v re son action normative, son action de sensibilisation et de développement des capacités dans les domaines liés à la présente Déclaration qui re l è ve n t de sa compétence ; (d) faciliter la mise en œuvre du Plan d action, dont les lignes essentielles sont annexées à la présente Déclaration. 12 DÉCLARATION UNIVERSELLE SUR LA DIVERSITÉ CULTURELLE

13 Plan d action pour la mise en œuvre de la Déclaration universelle de l UNESCO sur la diversité culturelle Les États membres s engagent à prendre les mesures appropriées pour diffuser largement la Déclaration universelle de l UNESCO sur la diversité culturelle et pour encourager son application effective, e n coopérant notamment à la réalisation des objectifs suivants : 1.A p p ro fondir le débat international sur les questions re l a t i ves à la diversité culture l l e, en particulier celles qui ont trait à ses liens avec le développement et à son impact sur la fo r mulation des politiques, à l échelle aussi bien nationale qu internationale ; avancer notamment la réflexion concernant l opportunité d un instrument juridique international sur la diversité culture l l e; 2.P ro g resser dans la définition des principes, des normes et des pratiques, tant au niveau national qu international, a i n s i que des moyens de sensibilisation et des formes de coopération les plus propices à la sauve g a rde et à la p romotion de la diversité culture l l e; 3.F avoriser l échange des connaissances et des meilleure s pratiques en matière de pluralisme culture l, en vue de f a c i l i t e r, dans des sociétés dive r s i f i é e s, l inclusion et la p a rticipation de personnes et de groupes ve n a n t d horizons culturels variés ; 4.Avancer dans la compréhension et la clarification du c o n t e nu des droits culture l s, en tant que partie intégrante des droits de l homme ; 5.S a u ve g a rder le patrimoine linguistique de l humanité et soutenir l expre s s i o n, la création, et la diffusion dans le plus grand nombre possible de langues ; 6. Encourager la diversité linguistique - dans le respect de la langue maternelle - à tous les niveaux de l éducation, p a rtout où c est possible, et stimuler l ap p rentissage du plurilinguisme dès le plus jeune âge ; 7. S u s c i t e r, à travers l éducation, une prise de conscience d e la valeur positive de la diversité culturelle et a m é l i o re r à cet effet tant la fo r mulation des programmes scolaire s que la formation des enseignants ; 8. I n c o r p o rer dans le processus éducatif, en tant que de b e s o i n, des ap p roches pédagogiques traditionnelles afin de p r é s e rve r et d optimiser des méthodes culturellement appropriées pour la communication et la transmission du savoir ; 9. Encourager «l alphabétisation nu m é r i q u e» et accro î t re la maîtrise des nouvelles technologies de l information et de la commu n i c a t i o n, qui doivent être considérées aussi bien comme des disciplines d enseignement que comme des outils pédagogiques susceptibles de re n fo rc e r l efficacité des services éducatifs ; 10. P ro m o u voir la diversité linguistique dans l espace numérique et encourager l accès unive r s e l, à travers les réseaux mondiaux, à toutes les informations qui re l è ve n t du domaine public ; 1 1. Lutter contre la fracture numérique - en étroite coopération avec les institutions compétentes du système des Nations Unies - en favorisant l accès des pays en déve l o p p e m e n t aux nouvelles technologies, en les aidant à maîtriser les technologies de l information et en facilitant à la fois la c i rculation numérique des produits culturels endogènes et DÉCLARATION UNIVERSELLE SUR LA DIVERSITÉ CULTURELLE 13

14 l accès de ces pays aux ressources numériques d ordre éducatif, culturel et scientifique, disponibles à l échelle m o n d i a l e; 1 2.S t i muler la pro d u c t i o n, la sauve g a rde et la diffusion de c o n t e nus diversifiés dans les médias et les réseaux mondiaux d information et, à cette fin, p ro m o u voir le rôle des s e rvices publics de radiodiffusion et de télévision pour le d é veloppement de productions audiovisuelles de qualité, en particulier en favorisant la mise en place de mécanismes coopératifs susceptibles d en faciliter la diffusion ; 1 3.Él a b o rer des politiques et des stratégies de préserv a t i o n et de mise en valeur du patrimoine culturel et nature l, notamment du patrimoine culturel oral et immatériel, e t c o m b a t t re le trafic illicite de biens et de services culture l s; 1 4. Respecter et protéger les savoirs traditionnels, n o t a m m e n t ceux des peuples autochtones ; re c o n n a î t re l ap p o rt des connaissances traditionnelles en m a t i è re de pro t e c t i o n de l env i ronnement et de gestion des re s s o u rces nature l- les et favoriser des synergies entre la science moderne et les savoirs locaux ; 1 5. Soutenir la mobilité des créateurs, des art i s t e s, des cherc h e u r s, des scientifiques et des intellectuels et le développement de programmes et de partenariats internationaux de re c h e rc h e, tout en s efforçant de préserver et d a c c ro î t re la capacité créatrice des pays en déve l o p p e- ment et en transition ; 1 6.A s s u rer la protection des droits d auteurs et des dro i t s qui leur sont associés, dans l intérêt du déve l o p p e m e n t de la créativité contemporaine et d une rému n é r a t i o n équitable du travail créatif, tout en défendant un dro i t public d accès à la culture, c o n formément à l article 27 de la Déclaration universelle des droits de l homme ; 1 7.Aider à l émergence ou à la consolidation d industries c u l t u relles dans les pays en développement et les pays en transition et, à cet effe t,c o o p é rer au développement des i n f r a s t r u c t u res et des compétences nécessaire s,s o u t e n i r l émergence de marchés locaux viables et faciliter l accès des biens culturels de ces pays au marché mondial et aux c i rcuits de distribution internationaux ; 1 8.D é velopper des politiques culturelles susceptibles de p ro m o u voir les principes inscrits dans la présente D é c l a r a t i o n, y compris par le biais de mécanismes de soutien opérationnel et/ou de cadres réglementaires ap p rop r i é s, dans le respect des obligations internationales prop res à chaque État ; 1 9.Associer étroitement les différents secteurs de la société civile à la définition des politiques publiques visant à s a u ve g a rder et pro m o u voir la diversité culture l l e ; 2 0.R e c o n n a î t re et encourager la contribution que le secteur privé peut ap p o rter à la valorisation de la diversité culture l l e, et faciliter, à cet effe t, la mise en place d espaces de dialogue entre secteur public et secteur privé. Les États membres recommandent au Directeur généra l de pre n d re en considération les objectifs énoncés dans le présent Plan d action pour la mise en oeuvre des prog rammes de l UNESCO et de communiquer ce dernier aux institutions du système des Nations Unies et aux a u t res organisations intergouvernementales et non gouvernementales concernées en vue de renforcer la synergie des actions en fa veur de la dive rsité culture l l e. 14 DÉCLARATION UNIVERSELLE SUR LA DIVERSITÉ CULTURELLE

15 Exposition Patrimoine commun, identités plurielles. Notre diversité créatrice 15

16 «Pour connaître et comprendre sa propre culture, il faut apprendre à la regarder du point de vue d une autre, confronter nos coutumes et nos croyances avec celles d autres temps et d autres lieux. À l heure de la mondialisation, où la diversité externe tend à s appauvrir, il devient urgent de maintenir et préserver la diversité interne à chaque société, qui est engendrée par tous les groupes et sous-groupes humains qui la constituent, et qui développent chacun des différences auxquelles ils attachent une extrême importance. La diversité culturelle pourra ainsi au moins être maintenue et encouragée, dans une certaine mesure, par la préservation des spécificités culturelles des différents groupes sociaux : de même que l on constitue des banques de gènes d espèces végétales pour éviter l appauvrissement de la diversité biologique et l affaiblissement de notre environnement terrestre, il faut, pour que ne soit pas menacée la vitalité de nos sociétés, conserver au minimum la mémoire vivante de coutumes, de pratiques et de savoir-faire irremplaçables qui ne doivent pas disparaître. Car c est le fait de la diversité qui doit être sauvé, non le contenu historique que chaque époque lui a donné et qu aucune ne saurait perpétuer au-delà d elle-même.» «La civilisation mondiale ne saurait être autre chose que la coalition, à l échelle mondiale, de cultures préservant chacune son originalité.» Claude Lévi-Strauss, ethnologue français (né en 1908) 16

17 Patrimoine commun, identités plurielles Le p remier module de l exposition montrait c o m b i e n, à l heure de la mondialisation, l a d i versité culturelle est constitutive de l identité de l humanité et qu elle est un bien commun à tous. À ce t i t re, elle représente une source de richesse individuelle et collective et doit donc être re c o n nue et affirmée pour le bénéfice des générations présentes et des générations f u t u re s.sa pre m i è re acception est la reconnaissance et la p romotion de la pluralité des cultures au sens le plus large du terme. Mais il n y a diversité que sur fond d unité, et la reconnaissance étendue des différences culturelles est par nature une affirmation de l unité fondamentale du fait h u m a i n, toutes ces différences s observant sur un fo n d h o m o g è n e, le génome, que nous avons tous en commu n. Il y a d autres manières d illustrer ce principe d unité qui sous-tend l idée même de dive r s i t é: la pre m i è re et la plus fondamentale vise l universel qui est, bien dav a n t a g e e n c o re que la dive r s i t é, à la racine des ambitions, de la raison d être et du mandat de l UNESCO. La seconde est de considérer la diversité du point de vue téléologique des valeurs positives et unificatrices que nous lui associons, lorsque nous la présentons comme un chemin vers un monde de paix et de tolérance. PATRIMOINE COMMUN, IDENTITÉS PLURIELLES 17

18 The heritage of a country is essentially its cultural identity, and whether big or small, majestic or simple, physical or non-physical, it must be maintained and have a meaning for every new generation. I. M. Pei, American architect (born in 1917) «Le patrimoine d un pays est par essence son identité culturelle, et qu il soit grand ou petit, majestueux ou simple, matériel ou immatériel, il doit être conservé et avoir une signification pour toutes les générations futures.» I. M. Pei, architecte américain (né en 1917) 18 PATRIMOINE COMMUN, IDENTITÉS PLURIELLES

19 La philosophie à l écoute de la diversité culturelle L UNESCO incite la communauté mondiale à réfléchir sur des questions philosophiques fondamentales. Y a-t-il des principes universels communs à tous dans le contexte de la diversité culturelle? Comment les différentes cultures perçoivent-elles la relation entre nature et culture? Comment l humanité peut-elle résoudre les problèmes urgents qui se posent à l échelle planétaire, comme la dégradation de l environnement? Comment les peuples des différentes cultures vont-ils comprendre et maîtriser la complexité des questions contemporaines qu affronte l ensemble de l humanité? Comment la philosophie peut-elle contribuer à développer les capacités de réflexion critique indispensables à la formation des futurs citoyens du monde? Qu ont appris les cultures l une de l autre à travers leurs rencontres historiques? Globe symbolique (1995) par É. Reitzel. Burke, UNESCO La bioéthique à l UNESCO Le génome humain est un patrimoine de l humanité. «Le génome humain sous-tend l unité fondamentale de tous les membres de la famille humaine, ainsi que la reconnaissance de leur dignité intrinsèque et de leur diversité. Dans un sens symbolique, il est le patrimoine de l humanité.» (Article 1) «Cette dignité impose de ne pas réduire les individus à leurs caractéristiques génétiques et de respecter le caractère unique de chacun et leur diversité.» (Article 2b) Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l homme Graphisme numérique d une section de beta ADN placée devant son code génétique.le génome humain est l ensemble du matériel génétique formé d environ gènes contenus dans nos cellules et qui sont le support de l hérédité de chaque individu. La génétique humaine progresse grâce à la découverte des gènes. Quatre-vingt-quinze pour cent des gènes sont connus à l heure actuelle grâce au projet du génome humain. Laguna Design/Science Photo Library, COSMOS, Paris PATRIMOINE COMMUN, IDENTITÉS PLURIELLES 19

20 Les chemins de la pensée à l aube du troisième millénaire Attachée à une vision pluraliste du patrimoine commun de l humanité, l UNESCO cherche à en préserver la mémoire et la diversité, et à offrir un forum où les idées sont échangées, comparées, affinées et promues sans jamais perdre de vue sa mission intellectuelle et éthique. «Vivre ensemble ce n est pas seulement unifier ce que l un et l autre possèdent d égal, de commun. C est accepter le don offert par toute différenciation.» «Esquisses d itinéraires» Chemins de la pensée Paysage humain par Ablade Glover. N. Buike/UNESCO «S aventurer sur ces chemins, c est penser l hypothèse d une histoire qui commence : audelà de la dichotomie monotone entre vainqueurs et vaincus, émancipée de l Histoire du pouvoir qu elle a reproduite jusqu ici. Serons-nous en mesure d imaginer une histoire sans pouvoir, de conjuguer savoir et espoir? Pourrons-nous envisager une histoire loyalement négociée?» Eduardo Portella Essayiste, Professeur émérite Chemins de la pensée Rencontre au printemps par Karel Appel. P.Volta/UNESCO «De nos jours, de nouveaux acteurs apparaissent : langages artificiels et ordinateurs ajoutent une dimension économique à l intrigue où se tend le dialogue entre la mémoire humaine, qui revendique la richesse de son passé, et la mémoire électronique, qui se prévaut de son infinité.» Georges B. Kutukdjian Directeur de la Division des sciences humaines, de la philosophie et de l éthique des sciences et de la technologie, UNESCO Il était une fois le livre PATRIMOINE COMMUN, IDENTITÉS PLURIELLES

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