MDTIC Stefano SCANO

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1 MDTIC Stefano SCANO POUVOIR DES MEDIAS et OPINION PUBLIQUE Mon idée de base est d essayer, dans les limites, objectives et subjectives de ce travail, de faire une analyse sur le pouvoir des mass media et sur leur capacité d influencer (ou souvent de créer) une opinion publique. En fonction des certains intérêts spécifiques le pouvoir médiatique est capable de modifier, en grande partie, la réponse démocratique et les résultats électorales. Une des premières questions est donc si y a-t-il vraiment une prise de conscience sur l entité des problèmes débattus ou si par contre l opinion publique, formée sous l influence des medias, est, en vérité, artificiellement fondée sur un mélange de considérations éthiques et politiques selon le niveau social de citoyens concernés. La discussion sur la télévision était très d actualité dans les années 80 et 90 ; aujourd hui ce sont les réseaux sociaux et internet, qui soulèvent d autres nouvelles problématiques sur la démocratie, on parle de plus en plus de «démocratie liquide». Néanmoins le problème du rôle joué par télé et mass media dans l information reste toujours d intérêt pour comprendre les éventuelles influences de leur action sur la société démocratique. Pour développer cette analyse je me suis surtout focalisé sur la conception de démocratie plébiscitaire du sociologue allemand Max Weber; sur les écrits du sociologue français Pierre Bourdieu concernant le pouvoir de la télé et le manque de fiabilité des sondages d opinions en matière politique ; pour terminer, quelque aspect de la théorie de Niam Chomsky sur la formation de l opinion politique. En particulier j ai pris comme emblématique le cas italien des dernières décennies où un magnat de la télévision commerciale, à travers une communication ciblé de type publicitaire, formait un nouveau parti politique capable d attraire sur lui la majorité relative des votes. Berlusconi devenait ainsi le Président du Conseil italien. Le programme de Berlusconi était un mélange de populisme, corporatisme et fausses promesses, mais en s appuyant sur son succès personnel d entrepreneur et sur une construction ciblé de son personnage en tant que homo novus, il réussissait à séduire une grande partie de la société italienne. À partir de cette époque en Italie commençait un déclin démocratique et moral, lorsque pour défendre les intérêts judiciaires et économiques de Berlusconi, le parlement approuvait des lois permettant d un coté à Mediaset (groupe commercial de Berlusconi) de devenir monopoliste dans le domaine de la publicité télévisée et de l autre de lui éviter dizaines de procédures juridictionnelles déjà ouvertes devant les courts italiennes, pour corruption et fraude fiscale. Sur le profil de la concurrence l UE n a rien fait, (le Commissaire de la Concurrence à l époque était Mario Monti - nommé par Berlusconi et très proche au partis Berlusconien) il n y a jamais eu une véritable prise de position par la Commission européenne contre la politique anticoncurrentielle de Berlusconi - trop souvent l UE s est limité tout simplement à se moquer du «petit leader italien») 1

2 La question que je me pose est donc comment a été possible que une grande partie de l opinion publique italienne se soit déployée en faveur de Berlusconi? Pourquoi (à la limite de la logique, du sens commun et en oubliant le règles base de la démocratie) une grande partie de la classe basse et moyenne a soutenu ce magnat? A travers quels moyens la télévision peut influencer l opinion publique? Existe-t-elle l opinion publique? Pendant une décade Berlusconi a été, sans aucune doute, considéré comme un leader charismatique par un nombre très élevé d électeurs. Serait, peut-être, trop fort d affirmer que l idée berlusconienne d état se rassemble à la vision Wébérienne, mais dans une certaine mesure on peut dire que, quand même, suite à la crise politique et économique des années 90, la société italienne a voulu croire, pendant un certains nombre d années, que la solution était celle d avoir un leader charismatique, capable d insuffler un nouveau dynamisme à la politique (rien de plus faux). Je voudrais commencer de ce dernier élément en considérant la vision politique de Max Weber un des auteurs examiné au cours. Le modèle wébérien de la «démocratie plébiscitaire», réalise une sorte de conciliation entre parlementarisme et plébiscite. Avec la Constitution de Weimar ce model connaîtra une application immédiate. Weber préconise l élection au suffrage universel direct du président de la république. Selon sa vision, en lui octroyant une légitimité «révolutionnaire», le chef de l exécutif devait être en position renforcée par rapport au parlement. La suprématie du président sur le parlement devait par ailleurs être assurée par des moyens tels que le veto suspensif, le droit de dissolution et le référendum. Elu au suffrage universel direct, ce président ne rend de comptes qu au peuple et s appuie, au besoin, sur ce dernier pour imposer son projet ; les partis forts et organisés, servent comme instruments de mobilisation des masses et relais du pouvoir présidentiel. Afin d assurer les conditions de la suprématie du président sur le parlement, Weber imaginait un président irresponsable, seul le gouvernement étant responsable devant le parlement. Le président charismatique était initiateur des grandes lignes politiques et dominant vis-à-vis du parlement ; ce dernier gardait cependant la fonction de contrôle du principe de légalité, limite naturelle et constitutionnelle au pouvoir du président. Weber a sans doute négligé le risque de dérive autoritaire du régime qu il prônait, au point que Mommsen, critiquait la philosophie politique de Weber comme intellectuellement «co-responsable dans la dynamique qui a conduit la République de Weimar, dont la figure du président était fortement inspirée de ses thèses, au régime nazi.» Le système berlusconien, surtout dans la première période, était entièrement basé sur le charisme de son leader, lequel, grâce à la force de la télévision et à la manipulation de l opinion publique, eut la possibilité de poursuivre ses intérêts personnels et non évidemment les intérêts du pays. Effectivement Berlusconi a signé son période politique par des tentatives de limiter les autres pouvoirs de l État, en essayant de délégitimer le pouvoir juridictionnel et 2

3 parlementaire. Comment et en quelle mesure donc le pouvoir des medias peut-il forger l opinion publique sur des fausses bases, parfois mensongères, jusqu à conditionner les élections? Le pouvoir de la télé est indéniable, en 2012, dans les dernières élections présidentielles américaines et françaises, on a pu constater que «la télévision est le meilleur moyen de toucher un maximum de citoyens, e les classes plus basses ou désavantagées qui lisent de moins en moins la presse écrite.» Même l arrivée d Internet ne semble pas en mesure de contester son hégémonie et son influence sur les citoyens. Les grands dirigeants l ont parfaitement compris. Le sociologue français Pierre Bourdieu nous aide, avec ses réflexions, à éclairer les dérives de la télévision, en particulier dans son long passage vers le commercial au détriment de la culture e de l information. Il affirme : «Le bilan de la télévision n est pas brillant. Alors que ce média, permettant de toucher chaque personne, disposait d un potentiel d information et d élévation culturelle important, il contribue en fait davantage à un asservissement des masses. L information s uniformise, la qualité baisse. Le sensationnel prend le pas sur l analyse, les faits divers sur les informations cruciales. Pire il est un moyen de manipulation au service des classes dominantes. En être conscient, est le premier acte de résistance». Bourdieu met en évidence toute une série de dérives qui révèlent le pouvoir de conditionnement de la télé, en particulier : une dérive de nature «ontologique» est représenté par les contraintes de l émission de télévision en tant que telle: le sujet est imposé, les coupures sont incessantes et le temps est contraint. Dans les débats télévisés la bonne qualité de l exposé des programmes, qui correspond pourtant à un préalable fondamental au fonctionnement démocratique d une élection, est compromise. La capacité de la télévision à élever au rang «d expert des individus qui ne sont pas toujours reconnus comme tels dans leur spécialité; (les «fast thinkers» dont le discours «passe bien» à l antenne ou les faux débats, avec des invités qui pensent tous plus ou moins la même chose, et qui visent en fait à décrédibiliser une idée ou un concept». L information des médias voit coexister deux logiques : le journalisme intellectuel (caractérisé par qualité de ses analyses et de ses commentaires) et le journalisme commercial (caractérisé par le scoop). La logique de concurrence entre les médias provoque également des effets désastreux, on assiste à une uniformisation de l information. Tout le monde parle de la même chose, même si le sujet n a que peu d intérêt. Le fêtes sexy de Berlusconi, ont eu plus d impact que leurs responsabilités politiques. Bourdieu affirme qu il s agit d une censure invisible, le fait d évoquer en permanence des sujets mineurs permet d occulter les sujets d importance. Un élément très intéressant dans la vision de Bourdieu consiste dans la critique aux sondages d opinion; ils prétendent de représenter une opinion publique qui, en 3

4 vérité, n existe pas. Bourdieu met en question les postulats que tout le monde peut avoir une opinion (ou, autrement dit, que la production d'une opinion est à la portée de tous) et que toutes les opinions se valent. «On associe l'idée d'objectivité dans une enquête d'opinion au fait de poser la question dans les termes les plus neutres, afin de donner toutes les chances à toutes les réponses. En réalité, l'enquête d'opinion serait sans doute plus proche de ce qui se passe dans la réalité si, transgressant complètement les règles de l'«objectivité», on donnait aux gens les moyens de se situer comme ils se situent réellement dans la pratique réelle, c'est-à-dire par rapport à des opinions déjà formulées. Le sondage d'opinion est, dans l'état actuel, un instrument d'action politique ; sa fonction la plus importante consiste peut-être à imposer l'illusion qu'il existe une opinion publique comme sommation purement additive d'opinions individuelles ; à imposer l'idée qu'il existe quelque chose qui serait comme la moyenne des opinions ou l'opinion moyenne. L'«opinion publique» qui est manifestée dans les premières pages de journaux sous la forme de pourcentages est donc un artefact» Le manque de compétence politique et surtout l ethos de classe empêchent souvent d élaborer une opinion politique fondée. Réponses qui sont considérées comme des réponses politiques, sont en réalité produites à partir de l'ethos de classe. (Ce que Bourdieu appelle l'«ethos de classe» est un système de valeurs implicites intériorisées depuis l'enfance et à partir duquel les gens engendrent des réponses à des problèmes extrêmement différents). Bourdieu finement soutient que dans les situations de crise, les gens sont devant des opinions constituées, des opinions soutenues par des groupes, en sorte que «choisir entre des opinions, c'est très évidemment choisir entre des groupes». Dans les situations réelles, les opinions sont des forces et les rapports d'opinions sont des conflits de force entre des groupes. Pour terminer quelques mots sur la théorie de la communication du grand linguiste américain, Noam Chomsky, depuis des années il étudie le pouvoir des medias et leur influence dans la détermination de l opinion publique. Dans son ouvrage «Fabrication du consentement» Noam Chomsky estime que les medias font trop souvent de la désinformation, en donnant aux spectateurs l'illusion d'être pleinement informé de tout. Dans le contexte américain, selon Chomsky, les principaux médias participent au maintien de l'ordre établi. Dans leur optique, les médias tendent à maintenir le débat public et la présentation des enjeux dans un cadre idéologique construit sur des présupposés et intérêts jamais questionnés, afin de garantir aux gouvernants l'assentiment ou l'adhésion des gouvernés. Dans son Décalogue sur la manipulation de l opinion publique par les medias j ai trouvé très intéressant la «stratégie de distraction» (consistent «à détourner l'attention du public des questions importantes ; en conformité aux opinions des élites politiques et économiques,) et la stratégie du gradualisme. "Pour accepter une mesure inacceptable - note Chomsky - il suffit d'appliquer progressivement tombé à un filet, pour les années consécutives. C est de cette manière que les conditions sociales et économiques radicalement nouvelles (néolibérale) ont été imposées durant les décennies des années 80 et 90: l'etat minimal, la privatisation, la précarité, la flexibilité, le chômage de masse, les salaires 4

5 ne peuvent plus assurer un revenu décent, de nombreux changements causerait une révolution s'ils avaient été appliqués à la fois. " En revenant à la question posées au début de ce travail, comment est possible que une grande partie de la population italienne ait soutenu Berlusconi, on peut donc répondre que l opinion publique en tant que telle n existe pas, celle qu on appelle opinion publique est en vérité un artefact, est le résultat d une série de techniques de communication opérées par les medias et par les groupes d intérêts, qui profitent de l émotion et des situations de crise pour préserver l ordre établi. La plus grande partie de gens pour manque de compétence politique, donnent dans les sondages d opinion des réponses en réalité produites à partir de l'ethos de classe plutôt que élaborés sur une véritable réflexion. Donc est claire que dans un contexte de concentration des medias comme en Italie, l information neutre et objective n existait pas pendant l époque berlusconienne. Ce que Bourdieu définissait le journalisme intellectuel a été fortement limité, beaucoup de journalistes et commentateurs pendant les gouvernements Berlusconi ont été virés soit par la télé commerciale que par la télévision publique (contrôlée par le gouvernement), leurs place a été relevé par une multitude de journalistes «commerciaux» asservis au pouvoir du chef. Ces derniers à mon avis, sont les majeurs responsables du décadentisme socioéconomique et de l affaiblissement du sens critique de la société italienne. 5

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