Entrepreneuriat social voulu ou entrepreneuriat social de fait? L impact du genre et de l âge sur l entrepreneuriat social

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1 Entrepreneuriat social voulu ou entrepreneuriat social de fait? L impact du genre et de l âge sur l entrepreneuriat social Résumé : Cet article s intéresse aux «dessous» de l entrepreneuriat social tel qu il peut être développé par les femmes et les seniors. Se fondant sur l analyse de 27 entretiens compréhensifs menés avec des entrepreneurs féminins séniors ou non et des entrepreneurs masculins seniors, cette recherche permet de qualifier la nature de l entrepreneuriat social selon l âge et le genre et montre que l entrepreneuriat social est certes une spécificité féminine mais cette dernière cache en fait une démarche individualiste chez les femmes entrepreneurs jeune, contrairement aux seniors hommes comme femmes, qui privilégie volontairement une démarche sociale dans leur quête entrepreneuriale. Il conclue sur le rôle du concept de générativité pour expliquer la résilience des seniors entrepreneurs, en particulier les femmes, pour les questions sociales. Mots clés : Entrepreneuriat social, Entrepreneuriat féminin, Seniorpreneur, genre, âge. 1

2 Introduction Cet article a trait aux femmes seniors entrepreneurs et à leur propension à développer et gérer des activités sociales. Plus spécifiquement, nous nous penchons sur la spécificité des formes que peut prendre l entrepreneuriat social chez les femmes seniors, par opposition à l entrepreneuriat social développé par des hommes seniors et par des femmes plus jeunes. D une manière générale, les recherches menées sur l entrepreneuriat social s accordent sur le fait que, pris dans un sens large, cette activité est surtout la spécificité des femmes. Moins intéressées par des approches mercantiles et par la recherche de la maximisation du profit que l activité pourrait générer, les femmes disposeraient d un penchant naturel pour s intéresser aux bien être des autres et, de manière plus général, de la société dans laquelle elles évoluent. Cet intérêt pour un engagement social serait partagé par l intégralité des entrepreneurs seniors ou «seniorpreneurs» (Maalaoui et al., 2011, 2012) qui, déchargé des contraintes familiales et de l éducation des enfants, disposeraient du temps nécessaire pour mener à bien cette mission. En outre, ces derniers témoigneraient d une empathie et du besoin d aider les plus jeunes générations et de préserver une bonne qualité de vie dans la société et l environnement dans lesquels elles évoluent. Dès lors, l entrepreneuriat des seniors féminins présenterait un double intérêt pour la société : d une part, il permet à des femmes de créer un emploi et un débouché professionnel, motivation première des seniorpreneurs ; d autre part, il favorise le développement d un système de solidarité entre générations et entre membres d une même société. Néanmoins, aussi pertinent soit-il sur le papier, ce phénomène reste encore très peu méconnu. Cet article vise à dresser un premier model sur les représentations que les femmes seniorpreneurs se font de leur activité et sur la forme que prend l activité entrepreneuriale de cette catégorie de population. Par la conduite d une analyse qualitative multi-cas et d une analyse de contenu, nos résultats se révèlent ambigus. D une part, notre analyse rejoint les conclusions statistiquement démontrées dans les recherches mentionnées dans la revue de littérature : Les femmes seraient plus enclines à s impliquer dans l entrepreneuriat social que les hommes et les femmes séniors ne feraient pas exception. Pour autant, d autre part, les entretiens approfondis que nous avons menés tendraient à montrer que cette inclinaison chez 2

3 les femmes serait plus lié à de l opportunisme lié à la formation, à l éducation, et à l expérience qu à une réelle démarche altruiste, en particulier pour les femmes «juniors». Chez les seniors, la différence «homme femme» ne serait pas identifiable. Dès lors, notre recherche mettrait en évidence deux résultats saillants : d une part, sur un plan méthodologique, elle tend à confirmer la nécessité de combiner études quantitatives et études qualitatives dans les recherches en entrepreneuriat, et en particulier en entrepreneuriat social, démarche paradoxalement trop peu encore utilisée. Ensuite, elle soulève l hypothèse selon laquelle l entrepreneuriat social ne serait pas tant expliqué par la variable «genre» mais surtout par les variables «âge» et «formation» et «expériences». 1. Partie théorique : Entrepreneuriat social, genre et âge : quels liens? 1.1. L entrepreneuriat social et les femmes seniorpreneurs L entrepreneuriat social peut être compris selon deux acceptations : Dans un sens général, il renvoie à la création d une entreprise qui vise à initier une innovation et un changement social (Drucker, 1985 ; Leadbeater, 1997). En ce sens, ce terme désigne, en premier lieu, les entreprises qui ont une vocation sociale, comme Thompson et al. (2000) le définissent : «(L entrepreneur social est) une personne qui détecte une occasion de répondre à des besoins encore non remplis et que le système étatique ne peut ou n a pas encore satisfait et qui, par là même, rassemble les ressources nécessaires et les utilise à bon escient pour «faire la différence»» (p. 328). Dès lors, au sens strict, l entrepreneuriat social désigne tout processus de création et de gestion d une entreprise d économie sociale et solidaire telle que les organismes de charité, les entreprises d insertion, etc. Pour autant, dans la littérature, cette acceptation est abondamment discutée (Fayolle, 2010 ; Bacq, Janssen 2011a, 2011b), en particulier pour identifier ce qui relève de l entrepreneuriat social et de l entrepreneuriat dit «de business» (Thompson, 2002 ; Vega & Kidwell, 2007). Dès lors les recherches tendent à considérer l entrepreneuriat social dans une acceptation plus large qui intègre à la fois des entreprises de business «classique», dont la finalité repose sur le profit mais dont la stratégie ou les dons visent également à faire quelque chose de positif pour la société et l environnement, les entreprises à vocation sociale mais dont le fonctionnement repose sur l exploitation d une activité et, enfin, les activités humanitaires qui ne fonctionnent que sur la base du don et du volontariat (Levie & Hart, 2011). Dans cet article, nous considérons l entrepreneuriat social dans cette dernière acceptation. 3

4 Afin de traiter notre question de recherche, nous considérons successivement le lien entre entrepreneuriat social et genre, puis le lien entre entrepreneuriat social et âge pour formuler une série de propositions sur le lien entre âge et genre sur l entrepreneuriat social L entrepreneuriat social: une question de genre? A la question «qui crée et gère le plus d entreprises sociales», les recherches répondent de manière quasi unanimes : les femmes, plutôt que les hommes (Levie et al., 2006). Certes, sur un plan statistique, les femmes restent encore minoritaires dans la création d entreprise mais elles sont plus enclines à créer des entreprises sociales, comme le confirme une étude réalisée sur le panel GEM au Royaume Unis : 46 % des créateurs d entreprises sociales sont des femmes tandis qu elles ne représentent que 27% des entrepreneurs d activités dites «classiques» (Levie & Hart, 2011). En outre, cette même étude permettrait de dresser un portrait robot de la femme entrepreneur social, toujours au Royaume Unis : elle serait relativement jeune, c est à dire âgées de moins de 24 ans, diplômées, et résident dans la même région depuis plus de 10 ans, issus d une majorité ethnique et fille d un ou d une entrepreneur. Les auteurs relatent deux explications qui corroborent les résultats d autres travaux de recherche sur l entrepreneuriat féminin. Tout d abord, les caractéristiques intrinsèques des femmes pourraient expliquer ce phénomène : Selon les recherches, elles seraient moins tolérantes à la prise de risque (Jianakoplos & Bernasek, 1998). Or, les activités sociales seraient assimilées à des activités sans risque, moins stressantes (Fletcher, 1998). Ensuite, les femmes entrepreneurs, contrairement à leurs homologues masculins, seraient moins sensibles à la dimension lucrative associée à la gestion d une entreprise (Boden, 1999 ; Lombard, 2001 ; Burke et al., 2002). Au-delà de ces travaux, les raisons qui poussent les femmes à créer une entreprise à caractère social semblent encore obscures et incertaines : s agit-il d une volonté affichée et déterminée de s engager dans une activité sociale? S agit-il de la volonté de créer une activité et le déterminisme féminin conférerait à l activité un caractère social? 4

5 1.3. L entrepreneuriat social : une question d âge? L engouement pour l entrepreneuriat n a cessé de croitre durant les deux dernières décennies. Les entrepreneurs quelque soit leur âge entame de plus en plus tôt mais également de plus en plus tard l expérience de la création d entreprise. Qu ils soient jeunes et étudiants (Robinson et al, 1991, Fayolle 1999, Audet 2004, Janssen 2005, Boissin 2008), les entrepreneurs font de plus en plus appel à leur environnement, réseau et compétences pour s assurer le succès et surtout la rentabilité financière escomptée. Les seniors également s intéressent de plus en plus à l expérience entrepreneuriale et c est dans ce sens qu ils entreprennent au même titre que les plus jeunes. Le senior entrepreneur ou seniorpreneur est un individu qui a entamé une expérience entrepreneuriale postérieure à ses 50 ans. Il souhaite faire face au désengagement social et prolonger son activité professionnelle. Cette frange de la population ambitionne de transmettre aux générations futures ses connaissances, son expérience, son expertise et éventuellement un patrimoine. Le senior entrepreneur souhaite également générer des revenus pour assurer son quotidien ou un complément de salaire (Maalaoui et Al 2012). Selon une enquête menée par Dane Stangler en 2009 pour le compte de la «Ewing Marion Kauffman Foundation», il s avère par exemple qu aux USA, les seniors entreprennent plus que les ans. Encore mieux, les créations d entreprises par les ans sont 1/3 plus importantes que celles des ans. Cette enquête confirme également l engouement des seniors pour l entrepreneuriat puisque l âge moyen auquel les individus tentent l entrepreneuriat est fixé à 39 ans. Un constat qui met en avant le fait que «plus on est accompli professionnellement et libérer des engagements familiaux, plus facilement les individus se lancent dans l expérience de la création d entreprise». En Europe de manière générale et en France en particulier, les personnes âgées représentent un segment en forte croissance. En 2012, les ans représentaient ainsi 19,2 % en France, contre 19,1 % dans l Europe des 27 (Eurostat) et les ans 11,4 % en France, pour 12,7 dans la communauté européenne. Au 1er janvier 2000, plus de 100 millions d Européens ont plus de 50 ans, dont 19 millions de français. Toutes les 37 secondes, un Baby boomer franchit le cap des 50 ans. En 2020, ils atteindront les 25 millions et ils seront 30,5 millions en 2050 (Chevalier, 2000 in Safraou, 2009). Un panorama qui met en exergue le poids des seniors dans le paysage entrepreneurial contemporain. 5

6 Ceci dit, un engouement de cette catégorie bien particulière se fait ressentir à savoir un attrait bien particulier pour le social. Cette assertion prend tout son sens au travers des caractéristiques propres aux seniors à savoir : - un désir de continuité : Selon Safraou (2009), le senior cherche à maintenir un certain équilibre dans sa vie (Atchley (1989), et de disposer d activités qui lui permettent de se sentir important et faisant partie d une structure (Kim et Feldman, 2000) à l identique de son emplois précédent. - un désir de socialisation et d éviter le désengagement : Les seniors chercheront tout le long de leur vie à maintenir une appartenance à un groupe ou population leur permettant de s identifier (Rahtz, Sirgy et Meadow, 1988 in Safraou, 2009). Ce désir se met en avant dans le sens ou les seniors veulent éviter l isolement et souhaitent maintenir un dynamisme dans leur vie de tous les jours. - un désir d activité : Maintenir une activité et se sentir utile pour sa famille et la société constituent pour le seniors un vrai besoin (Havighurst et Albrecht, 1953). Le désir d activité permet selon de nombreuses études scientifiques de maintenir un état de santé (VISAT). Ceci dit, les seniors qu ils soient entrepreneurs ou non, ont tendance à considérer les générations futures. Un besoin qui s exprime au travers ce que l on appelle : la générativité. La générativité est définie comme: an interest inestablishing and guiding the next generation (Erikson, 1963). Aussi,, selon Lacroix (2006) :«La conceptualisation de la générativité proposée par Snarey (1993), qui fait la distinction entre la générativité parentale, caractérisée par la fonction éducative parentale proprement dite, et la générativité sociale». Pour mesurer la générativité chez les individus, nous pouvons faire appel à la Loyola Generativity Scale de McAdams et de St. Aubin (1992), qui fut réutilisée et améliorée par Giacolone et al en 2005 et de Urien et Kilbourne en Dès lors nous pouvons mettre en avant les traits de la générativité tel que : Demande culturelle, Désir intérieur, Préoccupation, Croyance, Engagement, Action et la Narration. C est dans ce sens que Maalaoui et al (2012), démontrent que «la générativité, chez les seniors entrepreneurs, les traits de la générativité liés à la préoccupation, l engagement et l action (éléments de la LGS) sont présents dans les trois piliers de la RSE». Ils affirment que 6

7 cela s explique par le fait que les seniors, en entamant une expérience entrepreneuriale, s engagent à un niveau social pour assurer une communion et une prospérité (Privat et Urien, 2010) de leurs actions envers la société mais également envers l environnement. La générativité est fortement présente chez les seniorpreneurs puisqu il s avère que : - les seniors se préoccupent des générations futures : ils souhaitent leur léguer un patrimoine et leur assurer un niveau de vie décent : c est une forme d entrepreneuriat social dite voulue - Les seniors en situation de perte d emploi, se dirigent plutôt vers la création de leur propre activité pour assurer le quotidien de leur famille (qui est à sa charge : femmes et enfants), c est un acte d entrepreneuriat social dit subit ou de fait. La générativité peut être considérée comme un levier ou un frein à l acte entrepreneurial social qu il soit voulu ou de fait. Il s avère aussi que cette variable permet d expliquer la présence et l affirmation d un acte d entrepreneuriat social. Mais il en résulte que ce dernier est plus présent chez les femmes seniorpreneurs que chez leurs homologues hommes? Ce constat s appuie sur les travaux développés par BORGES, et VAZ REBELO (2009) qui démontrent que «la moyenne de générativité étant supérieure pour le sexe féminin». Cette démarche va dans le sens d une réflexion à mener des différences hommes/femmes sur la question de la générativité mais également dans le sens de l entrepreneuriat social L entrepreneuriat social chez les femmes séniors : une double spécificité? Pour autant, en ce qui concerne les femmes entrepreneurs, les recherches constatent que l âge semble être corrélé avec la décision de créer une entreprise : les femmes auraient tendance à créer des entreprises une fois les enfants élevés, donc après ans environ. Néanmoins, la tendance serait différente dans le cadre de l entrepreneuriat social. Ainsi, la même étude menée sur le panel GEM, mentionné précédemment, montre que le temps consacré à la création et à la gestion de l entreprise à vocation sociale serait moindre pour son dirigeant créateur que dans le cas de l entreprise qui a uniquement pour vocation le profit. Les chercheurs expliquent donc ainsi pourquoi les jeunes femmes entrepreneurs, ayant certainement des enfants, se tourneraient d avantage vers la création d une activité sociale. Ainsi, plus âgées, c est à dire, au-delà de 45 ans, elles seraient plus attirées vers la création d entreprises «orientées business». 7

8 Dès lors, la revue de littérature nous incite à formuler plusieurs propositions de recherche que nous pourrions logiquement émettre, en ce qui concerne les femmes seniorpreneurs et leur appétence pour développer une démarche d entrepreneuriat social. D une part, de part le portrait robot de la femme entrepreneur sociale, nous pourrions déduire que la femme seniorpreneur serait plus enclin à s engager dans de l entrepreneuriat social que l homme seniorpreneur (Proporision1). En outre, conformément à la littérature, ces femmes seraient moins orientées que leurs homologues plus jeunes par l entrepreneuriat social (P2). Enfin, au regard du concept de générativité que nous avons présenté, nous pouvons émettre les deux dernières propositions : La générativité individuelle des femmes seniorpreneurs serait plus importante que chez leurs homologues plus jeunes (P3) et que chez les hommes seniorpreneurs (P4). Toutefois, au delà de ces propositions, la littérature ne nous permet pas de caractériser les différentes formes que pourraient prendre l entrepreneuriat social chez les femmes seniorpreneurs, par opposition à celles qu il pourrait avoir chez les hommes seniorpreneurs ou encore chez les femmes plus jeunes et, surtout, quels sont les moteurs et les motivations pour une telle démarche. Ainsi, selon une étude menée par l Union Européenne sur l Entrepreneuriat Féminin, on sait que les femmes sont généralement plus diplômées que les hommes, mais ayant moins d expérience professionnelle et ont fait des études plus orientées vers les sciences humaines telles que la psychologie. On pourrait donc s attendre qu elles exercent un métier et une activité entrepreneuriale qui s intéresse à l humain, pas uniquement par vocation mais par de part leur compétence et leur formation (P5). Néanmoins, où réside l implication sociale? Est-elle de fait? Désirée? En résume, le tableau 1suivant synthétise les cinq propositions affilées à notre recherche : Tableau 1 : les propositions de la recherche N Propositions 1 la femme seniorpreneur serait plus enclin à s engager dans de l entrepreneuriat social que l homme seniorpreneur 2 Les femmes seraient moins orientées que leurs homologues plus jeunes par l entrepreneuriat social 3 La générativité individuelle des femmes seniorpreneurs serait plus importante que chez leurs homologues plus jeunes 4 La générativité individuelle des femmes seniorpreneurs serait plus importante que chez leurs homologues hommes seniorprenurs 8

9 5 Les femmes de manière générale exercent un métier et une activité entrepreneuriale qui s intéresse à l humain, pas uniquement par vocation mais par et de part leur compétence et leur formation Les cinq propositions de recherche sont testées grâce au protocole que nous détaillons dans la partie suivante. 2. Etude terrain La revue de littérature permet de mettre en évidence des résultats qui témoignent du penchant féminin pour l entrepreneuriat social, dans les trois acceptations précédemment mentionnées. Elle met aussi en évidence le même penchant chez les seniors. Enfin, elle permet de formuler une série de propositions de recherche sur le sens de l entrepreneuriat social chez les femmes seniors. Aussi, afin de mieux appréhender le sens de l entrepreneuriat social pour cette catégorie de population et les motivations pour les formes que peuvent prendre cet entrepreneuriat social, nous avons eu recours à une démarche de recherche qualitative et compréhensive Design de la recherche Notre démarche se fonde sur l analyse d entretiens ouverts menés avec des entrepreneurs. Le choix des entrepreneurs, et en particulier l identification de la nature de l entrepreneuriat social par opposition à un entrepreneuriat «business» - a été fait par nos soins, en fonction de la connaissance que nous avions de l activité des entrepreneurs interrogés, de ce que les parties prenantes évoquaient sur ce sujet et, enfin, des définitions très précises données dans la revue de littérature (Levie et al., 2010). Cette démarche, en particulier l attribution du qualificatif de social à l entrepreneuriat nous permettra, par la suite, de comparer les définitions attribuées à l entrepreneuriat social à partir d études statistiques et la perception qu ont les entrepreneurs sociaux de la dimension sociale de leur travail. Ensuite, afin de mettre en valeur les deux dimensions que nous étudions, le genre et l âge, nous avons fait en sorte de constituer un échantillon comprenant trois populations homogènes : - Des femmes seniors impliquées dans une démarche d entrepreneuriat social, - Des femmes plus jeunes impliquées dans une démarche analogue, - Des hommes seniors impliqués dans une démarche analogue. Notre échantillon est donc composé de 27 personnes et est structuré comme suit (tableau 2) 9

10 Tableau 2 - Composition de l échantillon d entrepreneurs genre Date de créatio n Secteur ou activité Sous-catégorie entrepreneur 1 F 1987 Entreprise de distribution de produits bureautiques Femme - Junior 20 2 F Entreprise de traduction, de cours de langue par téléphone Femme - Junior et d aide à l accueil d expatriés 3 F 2006 Décoration d intérieur Femme - Junior 39 4 F Coaching de cadres et de dirigeants Femme - Junior Conseil en Communication pour PME 5 F 2007 Applications pour smartphones Femme - Junior 38 6 F 2000 Entreprise de portage salarial Femme - Senior 42 7 F 2007 Entreprise de portage salarial Femme - Senior F F F H Nov 2008 Sept 2010 Janv 2008 Sept 2009 Epicerie fine, salon de thé (restauration le midi) Conseil en entreprise liée au handicap Services (accueil et accompagnement clientèle très haut de gamme) Surveillance, gardiennage et sécurité Femme - Senior Femme - Senior Femme - Senior Homme Seniors 12 H 1983 Automatisme et pneumatique (Etude et réalisation) Homme Seniors H Janv Homme Seniors Distribution alimentaire (Superette, super et hyper marché) H Janv Homme Seniors Loisirs Homme Seniors 1984 Artisanat- Ferronnerie d art H H Déc Homme Seniors Conseil aux dirigeants H Mars Formation et conseil (management, ressources humaines, Homme Seniors 2011 coaching) F 1990 Café restauration Femme - Senior H Avril Homme Seniors Conseil en création d entreprise H Conseil en entreprise Homme Seniors H 2009 Conseil en entreprise Homme Seniors F 2009 Télé secrétariat Femme - Senior H Conseil en management de la qualité, sécurité et de Homme Seniors l'environnement 24 H 2009 Communication Homme Seniors F Fév Femme - Senior Services aux entreprises (Télé secrétariat, télé prospection) F 2010 Interprète de conférences Femme - Senior F 2006 Conseil dans la reprise d entreprises Femme - Senior 50 Age à la création Le matériau collecté auprès de cet échantillon consiste en un entretien en face-à-face réalisé par au moins un des auteurs, d une durée minimale de une heure trente et pouvant aller jusqu à trois heures. L entretien est volontairement ouvert et porte sur une présentation approfondie de l entrepreneur ses origines, son éducation, sa formation, les expériences professionnelles avant et lors de la création de l entreprise, du contexte personnel et professionnel lors de la création de l entreprise, des origines de cette création d où vient l idée, comment a-t-elle été exploitée, qui a financé la création de l entreprise et la gestion 10

11 de l entreprise au quotidien. Chaque entretien a été enregistré et retranscrit en intégralité par un assistant et vérifié par nos soins. Pour la réalisation de cette recherche sur l entrepreneuriat social, chaque personne interrogée a été recontactée une seconde fois et s est prêté au jeu d un second entretien téléphonique, d une durée minimale de vingt minutes, lui permettant de rebondir sur un aspect de l entretien initial et sur la retranscription de l entretien qui lui a été remise. En outre, la personne a été interrogée sur la dimension sociale qu elle donne à son activité. En complément des déclarations de l entrepreneur, nous avons également interviewé, selon le même protocole, certaines parties prenantes que l entrepreneur a jugé «clé» à interroger en fonction de la priorité et du sens qu il donne à l entrepreneuriat : le conjoint, l associé, l assistante, le financeur. Ce recours à un entretien que nous qualifions de secondaire a déjà été utilisé dans une recherche antérieure par un des auteurs de cet article 1. Ces entretiens ont été réalisés sans la présence de l entrepreneur et ont porté sur le récit de l expérience entrepreneuriale et sur l opinion qu à ce tiers sur le caractère social et les raisons d actions de l entrepreneur. La réalisation d un tel entretien permet à la fois de corroborer et de mieux comprendre les discours tenus par l entrepreneur. L intégralité du matériau recueilli a fait l objet d une analyse de contenu grâce au logiciel NVivo 7. La codification a été réalisée dans une démarche abductive (Weick, 1989). Elle n est pas fondée sur des items préétablis. Nous nous sommes toutefois intéressés à trois dimensions : (1) aux récits des motivations pour la création de l entreprise, (2) aux discours spontanément formulés sur le mode de gestion de l entreprise au quotidien et (3) aux discours assistés sur la dimension sociale perçue par l entrepreneur dans le cadre de la gestion de son activité Résultats & discussions Afin de mettre en évidence l éventuelle spécificité des femmes seniors entrepreneurs envers l entrepreneuriat social, nous présentons les résultats par catégorie de population analysée : les femmes seniors entrepreneurs, les femmes entrepreneurs plus jeunes et les hommes seniors entrepreneurs. Le tableau situé en annexe 1 relate à la fois les résultats du codage ainsi que le mode de codage utilisé selon quatre aspects : la caractérisation de la dimension sociale, les 1 Cet article devant être soumis à relecture, nous enlevons ici la référence de l article publié mais la reintégrerons en cas d acceptation du papier. 11

12 motivations pour l engagement entrepreneurial, les motivations pour le choix de l activité et, enfin, la formation et l expérience passée de l entrepreneur. L analyse ainsi présentée nous permet de dégager les résultats et éléments de réflexions suivants : Les formes d entrepreneuriat social : Entre l âge et le genre Dans la description formelle des activités développées par les différents entrepreneurs, nous constatons que les femmes tendraient, d une manière générale, plus à être des entrepreneurs sociaux que leur homologue masculin. D une manière générale, il est intéressant de noter que toutes les activités développées par les femmes renvoient à une dimension sociale. Cette dimension prend toutefois des formes différentes : Pour la majorité des femmes, en particulier des femmes âgées de moins de 45 ans, la dimension sociale est inhérente à toute activité entrepreneuriale qui implique la création d emplois : la prise de conscience, voire de la fierté de créer des emplois par le fait même d avoir créé et dirigé une activité. Pour autant, au-delà de cet aspect, la dimension sociale se retrouve aussi par le fait que les femmes créent surtout des entreprises en lien avec l emploi et l accompagnement de la personne en recherche d emplois ou qui cherchent à créer une entreprise : entreprise de portage salarial, accompagnement du salarié etc. Enfin, dernière forme d entrepreneuriat social chez une femme de notre échantillon, la protection et l engagement des petits actionnaires. Aussi, les hommes généralement paraissent moins enclins à entreprendre socialement, du moins c est ce que rapporte la littérature et notre recherche terrain. Ce pendant, nous observons à un niveau analytique que ce n est pas toujours le cas. Les hommes peuvent développer ex-post création un engouement pour les autres dès lors que leur situation financière et que la performance de l entreprise nouvellement créer est au rendez-vous. L analyse des nos entretiens nous démontre donc que notre première proposition n est pas évidente à valider. Cette situation démontre bien que ce soit chez les femmes ou leur homologues hommes, l intention d entreprendre socialement ex-anté création est quasiment absente si l on se prête à une analyse macro. Ce pendant, il y a dans les deux cas un attachement et une préoccupation des autres qui se fait ressentir dans l analyse des discours. Cette préoccupation est toute fois plus présente chez les femmes que chez les hommes, ce qui nous amène à valider partiellement et non définitivement notre première proposition. 12

13 Le second point saillant de notre étude a trait à la recherche du facteur âge dans l entrepreneuriat social et au moment de la création de l entreprise. L identification de l impact de ce facteur est permise chez la femme grâce à une comparaison entre l échantillon de femmes de moins de 50 ans et celles de plus de 50 ans, au moment de la création de l entreprise et au moment de la réalisation de l interview. Ce pendant, il est quasiment impossible de démontrer que les femmes seniors sont moins enclines à entreprendre socialement que les plus juniors ceci infirme notre deuxième proposition (P2 pareillement impossible à valider qualitativement) Entrepreneuriat social Humaniste ou Individualiste? Contrairement à ce que la revue de littérature aurait pu supposer, notre analyse complète les résultats mentionnés dans la revue de littérature : certes les femmes non seniors seraient plus enclines à créer de l entrepreneuriat social que leurs homologies seniors. Mais les verbatim recueillis, en particulier, ceux sur la motivation pour l activité et pour la démarche entrepreneuriales, laissent penser que cet attachement pour le social résulterait surtout d une opportunité. Aucune des femmes de notre échantillon ne mentionne de manière spontanée la recherche d une activité pour créer du social. A l exception du cas de Virginie, elle déclare avoir toujours été intéressée par le contact avec les autres et l aide aux autres. Pour autant, nous constatons que toutes les démarches entrepreneuriales relèvent d une volonté «égoïste», en particulier chez les femmes non seniors : l épanouissement personnel, la recherche d un challenge, ou d une dimension d aide aux proches, en particulier les enfants. Chez les femmes seniors, cette dimension semble moins prégnante. Chez les hommes, la question est plus complexe et ambiguë. Cette assertion émane du fait que l attrait pour l entrepreneuriat social n est pas toujours évident à mettre en avant. Nous observons plusieurs situations dans ce sens : - bon nombre d hommes seniorpreneurs développent l envie d aider leur prochain et de créer de l emploi. Mais il s avère après analyse, que ce constat est d autant plus présent lorsque l entreprise crée est performante et permet de dégager des bénéfices. Donc il est plus facile de 13

14 discuter l impact social des entreprises nouvellement créées lorsque ces dernières apportent réussite à leurs créateurs. - Dès le départ, ces seniorepeneurs hommes expriment clairement leur volonté de réaliser une action en faveur de la société. Le souci des générations futures est au centre de leurs préoccupations actuelles et futures. - Nous disposons également d une troisième catégorie, qui clairement, n exprime aucun attrait pour l entrepreneuriat social. Cette situation est assez souvent présente lorsqu il s agit d un individu homme en recherche d emploi et qui n a que pour seul alternative de créer son propre emploi. Ceci dit, malgrésmalgré cette affirmation, il est clair qu il existe bien une forme d entrepreneuriat dissimulée lorsque la personne en question a des enfants à charge. Le fait de rechercher des revenus et une situation confortable pour sa famille constitue en notre sens une forme d entrepreneuriat social. Ce qui nous amène à avancer la grille suivante qui nous permet de mettre en place une lecture singulière de l entrepreneuriat social Tableau 3 : L entrepreneuriat social : Individualisme Vs Humanisme Voulu De Fait Individualisme Humanisme - plus présent chez les femmes juniors entrepreneurs que chez leurs homologues seniors - Plus présent chez les femmes seniorpreneurs que chez leur homologues hommes - Plus présent chez les femmes seniorpreneurs que chez leur homologues juniors - Plus présent chez les hommes et femmes seniorprenurs que chez les femmes juniors - présent chez les différentes catégories étudiées : Homme, femme, femme junior L entrepreneuriat social chez les femmes : Une question de vécu! Les résultats observés, nous invite donc à nuancer l intérêt de la femme entrepreneuriale pour l activité sociale : surtout motivée par des démarches personnelles ou familiales, la dimension sociale est certes présente mais se retrouve surtout par opportunisme et parce que la femme 14

15 entrepreneur a tissé son activité à partir de son expérience passée (Proposition 5 Validée), qui est souvent en lien avec les ressources humaines, l accompagnement de l individu, la psychologie, etc. (Cas de notre échantillon féminin, à l exception de Rose-Marie qui souhaite exploiter une nouvelle dimension qu elle n avait jamais encore travaillée, à savoir l art et le design). Les femmes seniorpreneurs par exemple, ont pour la plus part d entre elles, mis entre parenthèse leur rêves et ambitions futures pour s occuper de leur familles ou d une carrière, non voulue, dans une entreprise. Dans le premier cas, les femmes seront plus apte à créer après avoir finaliser un autre type de travail à savoir élever et éduquer les enfants. Passé la cinquantaine, les préoccupations pour la famille se sentent moins importantes puisque dans la plus part des cas les enfants ont quitté la structure familiale pour s émanciper et s explorer ailleurs. A ce moment précis, la femme seniorprenurs va puiser dans ses compétences, ses expériences de femme au foyer et de sa formation pour mettre en place une structure qui est en parfaite adéquation avec ses propres besoins. Pour les plus jeunes d entre elles, les juniors, tout est question d opportunisme, d expérience professionnelle et de formation. Il s avère que les femmes juniors entrepreneurs vont créer car elles ont pressenti une opportunité d affaire mais qui est en parallèle en adéquation avec ses aspirations sociales et personnelles La générativité chez les femmes seniorpreneurs : une variable à explorer D après la littérature et les différentes études, les femmes seraient plus sensibles et plus enclines à la générativité que les hommes. Cette dimension permettrait d expliquer pourquoi les femmes sont plus orientées vers l entrepreneuriat social que les hommes. Cette assertion que nous avons du mal à établir (qualitativement et de part les entretiens réalisés) peut être résolue par le concept de générativité. Effectivement les femmes développent individuellement de la générativité vis à vis de leurs enfants, leurs familles et même la société. Le plus souvent la générativité est associée à la maturité et c est dans sens que les individus âgés, expriment une volonté de transmettre leurs savoirs, expériences, connaissances, compétences, réseaux, patrimoine, etc. Par exemple la générativité est fortement présente chez les prédécesseurs lors d un processus de transmission successorale dans les entreprises familiales. 15

16 C est dans ce sens que nous pouvons proposer de mettre en avant la relation âge, générativité et attrait pour l entrepreneuriat social. Nous pouvons affirmer que plus les individus sont âgés, plus ils sont dans une perspectives de générativité et donc plus sensibles à l entrepreneuriat social. Aussi, soutenant que les femmes sont plus «génératives» que les hommes, nous pouvons émettre le fait que les femmes pourraient être plus entrepreneurs sociales que les hommes (ceci nous donnerait une explication et validation partielle de la première proposition formulée lors de notre recherche, et qui conforterait notre point de vue au début de notre analyse des résultats). Figure 1 : Générativité & Entrepreneuriat social : Impact de l Age & du genre Femme Générativité & Entrepreneuriat Social Homme Junior Senior 3. Conclusion et directions pour de futures recherches Ce travail de recherche a trait à la qualification de l entrepreneuriat social en fonction du genre et de l âge de celui qui l initie. Notre analyse rejoint les conclusions de recherches préalablement menées : Les femmes seraient plus enclines à s impliquer dans l entrepreneuriat social que les hommes et les femmes séniors ne feraient pas exception. Pour autant, d autre part, les entretiens approfondis que nous avons menés tendraient à montrer que cette inclinaison chez les femmes serait plus lié à de l opportunisme, lié à la formation, à l éducation, et à l expérience qu à une réelle démarche altruiste, en particulier pour les femmes «juniors». Chez les seniors, la différence «homme femme» ne serait pas 16

17 identifiable. Dès lors, notre recherche mettrait en évidence deux résultats saillants : d une part, sur un plan méthodologique, elle tend à confirmer la nécessité de combiner études quantitatives et études qualitatives dans les recherches en entrepreneuriat, et en particulier en entrepreneuriat social, démarche paradoxalement trop peu encore utilisée. Ensuite, elle soulève l hypothèse selon laquelle l entrepreneuriat social ne serait pas tant expliqué par la variable «genre» mais surtout par les variables «âge» et «formation» et «expériences». Ces résultats invitent à la poursuite de travaux sur la question de l identification des motivations profondes qui se cachent derrière l entrepreneuriat social. D une part, ils questionnent l origine de l entrepreneuriat social : dans notre recherche, nous considérons que l entrepreneuriat est social dès lors que l entrepreneur le perçoit comme tel mais est-ce que le «bien fondé» perçu par l entrepreneur est réel? Nos résultats invitent donc à poursuivre le travail sur la qualification de l entrepreneuriat social en explorant de nouvelles méthodes, en particulier en intégrant les parties prenantes de l entrepreneur dans le protocole de recherche. En outré, nos résultats mettent en avant la pertinence du concept de générativité pour comprendre l entrepreneuriat social, en particulier chez les femmes. Ils invitent ainsi à une exploration plus precise de ce concept et de ses mécanismes de fonctionnement. Bibliographie Atchley R.C. (1989), «A Continuity Theory of Normal Aging», The Gerontologist, No29 N, p Bacq.S.A., F. Janssen (2011) : The multiple faces of social entrepreneurship: A review of definitional issues based on geographical and thematic criteria, Entrepreneurship & Regional Development, 23:5-6, Baron D.P. (2007), «Corporate social responsibility and social entrepreneurship, Journal of Economics & Management Strategy, No. 16, p Boissin J.P, Chollet B. and Emin S. (2007), «Les croyances des étudiants envers la création d'entreprise», Revue française de gestion, No 180, p Boulbry C. (2003), «L Impact du Vieillissement Cognitif sur l Efficacité Publicitaire: Le cas de la Publicité à Évocations Nostalgique», Thèse pour le Doctorat en Science de Gestion ; Université de Rennes 1. Boden, R.J. (1999), Gender Inequality in Wage Earnings and Female Self-Employment Selection, Journal of Socio Economics, 28, p

18 Burke, A.E., F. FitzRoy, M.A. Nolan (2002), Self-employment Wealth and Job Creation: The roles of Gender, non-pecuniary Motivation and Entrepreneurial Ability, Small Business Economics, 19, p Chevalier C. (2000), «Contribution à la Modélisation du Processus de Persuasion Publicitaire: Une Application aux Individus Âgés de 60 ans et plus», Thèse pour le Doctorat en Science de Gestion ; Université Paris I-Panthéon-Sorbonne. Dahlsrud A. (2008), «How corporate social responsibility is defined: An analysis of 37 definitions», Corp. Soc. Responsib. Environ. Mgmt., No. 15, p Dean, T.J. and McMullen J.S. (2007), «Toward a theory of sustainable entrepreneurship: Reducing environmental degradation through entrepreneurial action», Journal of Business Venturing, Vol. 22, p Dees G. (1998), «The meaning of social entrepreneurship», dernier accès : 1 janvier Drucker P. (1985), Innovation & Entrepreneurship, Heinemann, London Fayolle A., Matlay H., Handbook of Research in Social Entrepreneurship,Cheltenham (UK): Edward Elgar (2010). Fletcher JK (1998), Relational Practice. A Feminist Reconstruction of Work, Journal of Management Inquiry, Vol. 7, N 2, p Franco-Borges & Vaz-Rebelo (2009), Parent s Evaluation of Child s Conduct. Kautonen T. Luoto S. and Tornikoski E.(2010), «Influence of work history on entrepreneurial intentions in prime age and third age : A preliminary study», International Small Business Journal, No. 28, p , June. Kim S. and Feldman D C. (2000), «Working in Retirement: The Antecedents of Bridge Employment and its Consequences for Quality of Life in Retirement», Academy of Management Journal, No 6, p Kotre, J. (1984), Outliving the self. Baltimore, MD: Johns Hopkins University Press. Jianakoplos, N.A., A. Bernasek (1998), Are Women more Risk Averse?, Economic Inquiry, Vol. 36, N 4, p Lacroix, C. (2006) : la générativité du consommateur, these de doctorat, Université de Grenoble, pp.288. Leadbeater C. (1997), The rise of social entrepreneur, Demos, London Levie J., Harding R., Brooksbank D., Hart M., Jones-Evans D, O Reilly M. (2006), Measuring social entrepreneurship: Lessons from three years of experimentation by the UK GEM team, Babson Conference, Madrid, Spain 18

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