Les Mutuelles d assurances à la conquête du marché

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1 L ASSURANCE N 5 / de Janvier à Avril Revue éditée par le Conseil National des Assurances Complémentaire santé MRH Assurances agricoles Risques industriels Les Mutuelles d assurances à la conquête du marché Prévoyance collective Responsabilité civile Automobile La Finance Islamique et les perspectives de son développement en Algérie Focus sur les métiers d Agents généraux et de Courtiers d assurances Naissance de la SPA Bureau Unifié Automobile Algérien 13 compagnies signent l acte de constitution La microassurance dans le monde Percée remarquable malgré les défis

2 2 Revue de L ASSURANCE N 5 - Avril 2014

3 Editorial La Revue de L ASSURANCE est une publication du Conseil National des Assurances (CNA), éditée par son Secrétariat Permanent CNA : 01, Rue Aïssa Azzi Dély-Ibrahim, Alger, Algérie. Tél: (213) / Fax: (213) / Site Web: Directeur de la Publication Abdelhakim Benbouabdellah Directeur de la Rédaction Younes Hamidouche Rédacteur en Chef Hamid Rabahi Coordinateur de la Rédaction Mohand Redaoui Directrice Marketing Djazira Sadi Ahmed Infographie Zakaria Rekab Rédaction, Conception, Impression et Diffusion APEC communication Cité des Annassers II, Bt. B 25, N 02, Kouba, Alger. Téléfax: (213) Ont collaboré à ce numéro A.Hadj Mahammed Ali Mebarki Ayoub Bouaraba Med El Amine Barkat Hamida Benmoumene Sarah Boughazi Nadia Ait Larbi Malik Moudir Kahina Hiba Messaadi Mohand Redaoui Zakia Aïnouche Convention ANEP - APEC N 13/2013 ANEP, 50, Rue Khelifa Boukhalfa, Alger Tel.: 213 (0) / (0) Fax : (0) Les textes publiés et le contenu de cette publication ne représentent pas nécessairement les positions officielles du Conseil National des Assurances. Les articles publiés dans cette revue n engagent que leurs auteurs. Toute reproduction d articles ou de photos doit être soumise préalablement à une autorisation. Les manuscrits, photographies ou tout autre document et illustration adressés ou remis à la rédaction ne sont pas restitués et ne peuvent faire l objet de réclamation. Dépôt légal : Avril ISSN : L assurance pour tous Par Abdelhakim Benbouabdellah * La «Touiza», bien de chez-nous - autrement, et ailleurs, la solidarité, quel que soit le rang social-, l entraide, la mutualité, le mutualisme, la microassurance, l assurance classique sont autant de concepts qui ont un dénominateur commun : toutes et tous se dressent contre les risques et les aléas. Les besoins sont donc réels et énormes, et il y a lieu de toujours diversifier les offres et les améliorer en restant à cheval sur la nécessaire innovation dans tous ces domaines susmentionnés. Les pouvoirs publics, conscients de toute l importance que revêt le développement de l assurance - et, donc, plus globalement de la croissance économique fiable -, ont procédé à une série de réformes tout au long des dernières années. C est le cas de la filialisation qui permettra, sans l ombre d un doute, de booster, crescendo, les «assurances de personnes» (AP) et permettront une meilleure ventilation et qualité de service et de prestation des «assurances de dommages» (AD). Les mutuelles ne sont pas en reste puisqu elles sont trois à activer sur le marché national, deux dans les AD et une autre dans les AP. L assurance ne doit laisser personne en rade ou en marge de la société et de l économie sociale. Protection est ainsi offerte via la microassurance aux populations à faibles revenus face à certains risques. En Algérie, la société mutuelle chargée de l assurance du secteur agricole depuis des dizaines d années n a pas omis par exemple les petits agriculteurs et éleveurs. De la sorte, le secteur agricole artisanal se trouve lui aussi protégé contre la multitude d aléas qui guettent surtout les plus pauvres et les plus vulnérables parmi les agriculteurs. Plus largement, le microcrédit représente une opportunité pour le développement de la microassurance dans notre pays, comme cela est le cas dans d autres régions du Globe. Car, en définitive, il n y a pas que les produits santé et de la prévoyance qui constituent cette niche favorable à l assurance destinée aux plus vulnérables parmi les couches sociales. Du couple hybride traditions et modernismes, l innovation aura à s adosser, comme c est le cas dans plusieurs pays - y compris ceux pauvres des continents africain et asiatique notamment-, sur des outils de plus en plus à la portée de tous comme c est le cas de la téléphonie mobile et de ce qu elle véhicule comme technologies à même de permettre une faisabilité insoupçonnée aujourd hui mais qui s avèrera, au fil du temps, n être que de simples gadgets à la portée du plus grand nombre d Etres humains. En somme, de l assurance pour tous. * Secrétaire du CNA Revue de L ASSURANCE N 5 - Avril

4 SOMMAIRE Dossier : Les Mutuelles d assurances - Les Mutuelles d assurances à la conquête du marché La différence entre les mutuelles d assurances et les mutuelles sociales Les chiffres des mutuelles d assurances dans le monde La MAATEC compte revenir sur le devant de la scène Entretien avec M. Mohamed Yahiaoui, DG de la MAATEC L agriculteur est impliqué dans la gestion de la CNMA Entretien avec M. Chérif Benhabiles, DG de la CNMA Le Mutualiste étoffe son réseau Entretien avec M. Mohamed Rafik Benelmouffok, DG du Mutualiste Entretien avec M. Ahmed Halfaoui, Consultant au CENEAP...22 Publi-reportage - Le Mutualiste innove et propose aux travailleurs de l agriculture et de l industrie agroalimentaire un nouveau produit d assurance Prévoyance collective et complémentaire santé Le Système «CagexRating» est né : Un outil d aide à la décision conforme aux normes et standards internationaux L Évènement - Colloque international sur la Finance islamique à l université de Sétif CASH Assurances organise un séminaire de formation aux assurances au profit des PME-PMI compagnies d assurances créent la SPA Bureau Unifié Automobile Algérien (BUA) Entretien avec M. Abdelhakim Lazhari, président du Conseil d administration de la SPA BUA Journée d études du CNA dédiée à la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences...34 Focus : Les Intermédiaires d assurances - Les Agents généraux d assurances décidés à «se battre» dans un cadre légal Entretien avec M. Belkadi Mahmoud, président de l ANAGA Le Courtier d assurance, un métier méconnu! Entretien avec M. Boudraâ Abdelaziz, président de l Association Nationale des Courtiers d Assurances...44 International : La Microassurance - Présentation du rapport annuel 2013 de l OIT sur la Microassurance Entretien avec M. Mahrez Ait Belkacem, consultant...48 Analyse - Sinistralité des sociétés d assurance de dommages Répartition régionale de la production du secteur des assurances Le marché des assurances de personnes...53 Conjoncture Débat - CNA - Note de conjoncture : Près de 114 milliards de DA de chiffre d affaires en Débat - La Finance Islamique et les perspectives de son développement en Algérie Revue de L ASSURANCE N 5 - Avril 2014

5 Dossier Revue de L ASSURANCE N 5 - Avril

6 Dossier : Les Mutuelles d assurances Elles ont des atouts considérables Les Mutuelles d assurances à la conquête du marché Le contexte dans lequel activent les mutuelles d assurances est favorable à leur redéploiement. Si le marché des assurances est constitué de sociétés étatiques à but lucratif et de compagnies privées, les mutuelles, elles, font l équilibre à travers leur statut à but non lucratif. Par Ali Mebarki Bien qu elles soient de petite taille, les trois mutuelles d assurance actives sur le marché national ont un énorme potentiel pour devenir grandes. Elles comptent bien exploiter toutes les opportunités pour proposer à leurs sociétaires des couvertures qui protègent leurs personnes, leurs familles et leurs biens. En effet, les mutuelles d assurance, au nombre de trois, ne génèrent qu un chiffre d affaires modeste en comparaison avec les autres sociétés publiques et privées mais, leurs sociétaires potentiels peuvent se compter en millions, que ce soit dans les secteurs de l agriculture ou de l éducation et de la culture. C est le cas pour la Mutuelle algérienne des travailleurs de l éducation et de la culture (MAATEC), de la Caisse nationale de mutualité agricole (CNMA) qui proposent les assurances dommages. Quant au volet assurances des personnes, on y trouve Le Mutualiste, filiale de la CNMA. Autre particularité, ces mutuelles ne cherchent pas le gain financier, elles sont à but non lucratif. Elles redistribuent même des ristournes à leurs sociétaires, en fin d exercice. Ces (spécificités) avantages font que les mutuelles sont prêtes à lancer des offensives pour proposer des couvertures assurantielles diverses afin de mieux protéger les biens des sociétaires, ainsi que leurs personnes et leurs familles. Aussi, elles comptent bien revenir sur le devant de la scène pour conquérir de nouveaux sociétaires. Pour le cas de la MAATEC, des milliers de travailleurs dans le secteur de l éducation -et de la culture- peuvent solliciter des couvertures sans compter les millions d élèves pouvant être couverts. Dans le secteur de l agriculture, le besoin d assurance contre les divers risques concerne aussi bien les agriculteurs et les éleveurs, que les récoltes, le bétail, les biens immobiliers et les équipements. Les mutuelles sont très proches de leurs sociétaires et connaissent bien leurs besoins. Ce sont elles qui sont susceptibles d étudier le type de contrat et le tarif qui va avec. D ailleurs, ce dernier est souvent le plus bas du marché ce qui n enlève rien à la qualité de l accompagnement proposé. Malgré ces avantages, les mutuelles d assurance restent toutefois handicapées, en matière de distribution, par la législation qui ne leur permet pas de bénéficier de toutes les possibilités d intermédiation offertes par le marché, comme le recours aux services des agents généraux, des courtiers et de signer des conventions de bancassurance avec les banques. Les mutuelles doivent aussi patienter avant d obtenir des visas pour lancer leurs nouveaux produits. Mais, pour les couvertures existantes, les mutuelles rivalisent d ingéniosité pour expliquer aux sociétaires l intérêt d y souscrire. Des campagnes d explication et des regroupements sont souvent menés à travers de nombreuses wilayas du pays. Et les responsables sont toujours à l écoute des sociétaires. 6 Revue de L ASSURANCE N 5 - Avril 2014

7 Dossier : Les Mutuelles d assurances L autre atout des sociétés à caractère mutuel est leur réseau étendu dans les localités les plus reculées et qui ne cesse d être étoffé afin d atteindre les agriculteurs et les travailleurs de l éducation à travers tout le territoire national. Si l on se réfère à certains secteurs dans lesquels opèrent les mutuelles, on constate qu ils ont réalisé de bons résultats en 2013, augurant d un bon avenir. Ainsi, la branche Risques agricoles a réalisé une hausse de 24% grâce, notamment, à la performance de l assurance animale et végétale avec +28% ainsi que de l assurance des engins et matériel agricoles (+28%), selon une récente note de conjoncture établie par le Conseil national des assurances (CNA). Pour les véhicules et en dépit de la baisse des importations en 2013 (-3,5% en valeur et -8,4% en nombre), la branche assurance automobile a progressé de 16,6% par rapport à Cette branche représente 58% des assurances dommages avec une production de 61,3 milliards DA, selon le CNA. Les mutuelles ont bien contribué à l évolution du chiffre d affaires de ces secteurs. Le chiffre d affaires réalisé par les sociétés d assurance de personnes (AP) au 31 décembre 2013 est, quant à lui, estimé à 8 milliards DA contre 6,5 milliards DA en 2012, soit une hausse de 22%, indique le CNA. Du côté des AP, les mutuelles sont représentées, présentement, uniquement par Le Mutualiste. Dans un marché constitué de sociétés étatiques à but lucratif et de compagnies privées, les mutuelles peuvent très bien faire l équilibre à travers leur statut à but non lucratif et elles sont prêtes pour relever le défi au vu des plans de modernisations qui sont lancés y compris dans le domaine de la communication. Les sociétés mutuelles algériennes en quelques chiffres Part des sociétés mutuelles par rapport au chiffre d affaires du marché (2012/2013) Part des sociétés mutuelles dans le réseau de distribution (2012) Part CNMA % MAATEC 30 1% LE MUTUALISTE Total réseau (2012) Part de la ressource humaine (2012) commercialise ses produits via le réseau de la société mère (CNMA) Effectif Part dans l effectif total des compagnies CNMA ,5% MAATEC 164 1,2% LE MUTUALISTE 12 0,1% TOTAL CNMA MAATEC LE MUTUALISTE % 0,20% 0,60% ,70% 0,30% 0,50% A.M. Revue de L ASSURANCE N 5 - Avril

8 Dossier : Les Mutuelles d assurances Mutuelles d assurances et Mutuelles sociales Valeurs communes et différences de taille En Algérie, les mutuelles se déclinent sous deux formes statutaires : les mutuelles d assurances et les mutuelles sociales. Les premières sont des sociétés, les secondes des associations. Mais les deux sont issues du même mouvement historique (le mouvement mutualiste) et partagent les mêmes principes fondateurs de non-lucrativité, de solidarité et d égalité. Des principes qui sont, au demeurant, des valeurs très ancrées dans notre société. En témoigne la pratique de la Touiza, une tradition ancestrale des Algériens et des Maghrébins en général. Par Zakia Ainouche Même si elles partagent des valeurs communes, il y a entre les mutuelles d assurances et les mutuelles sociales des différences de taille. Les mutuelles d assurances sont des entreprises à but non lucratif, régies par le Code des assurances. Il y a deux types de mutuelles d assurances : les mutuelles d assurance dommages et les mutuelles d assurance de personnes. Les premières assurent les biens mobiliers et immobiliers (machines, voiture, maison, etc.). Les secondes protègent les personnes contre les aléas de la vie (santé, retraite complémentaire, assurance voyage, etc.). Le marché national des assurances compte trois mutuelles (la CNMA, le MUTUALISTE et la MAATEC) sur un total de 23 sociétés d assurance et de réassurance agréées. L agrément des mutuelles d assurances relève du ministère des Finances, sur avis du Conseil national des assurances (CNA). Et pour qu une mutuelle d assurance soit agréée, elle doit réunir un minimum de 5000 sociétaires-assurés et disposer d un Fonds d établissement minimum de 600 millions de dinars pour une mutuelle d assurance de dommages et de 300 millions de dinars pour une mutuelle d assurance de personnes. Quant aux mutuelles sociales, elles sont un complément à la sécurité sociale. Elles prennent notamment en charge la partie du prix du médicament non remboursable (20%) par la sécurité sociale. Seuls les travailleurs salariés et affiliés à la sécurité sociale peuvent adhérer aux mutuelles sociales. Les mutuelles sociales offrent, également, à leurs adhérents et à leurs ayants droit une ou plusieurs prestations individuelles et/ou collectives à caractère social (des prestations en nature et des indemnités journalières de l assurance maladie, des majorations de rentes d accidents de travail ou de maladie professionnelle, des prestations sous forme d aides, de secours ou de prêts, etc.). Les mutuelles sociales peuvent également proposer à leurs adhérents des prestations à caractère facultatif (des aides en cas de maladie, accident de travail ou décès, ainsi que des aides au tourisme, au logement, aux retraités, etc.), en contrepartie de cotisations spécifiques. Les mutuelles sociales sont des associations mutuelles à but non lucratif, régies par les lois relatives aux associations et aux mutuelles sociales. Elles sont au nombre de 30, mais seulement 28 d entre-elles sont réellement actives sur le terrain, selon des chiffres officiels fournis en janvier 2013 par le ministre du Travail et de la Sécurité Sociale, M. Mohamed Benmeradi. Pour être reconnue, une mutuelle sociale doit réunir un minimum de 3000 adhérents. L agrément est délivré par le ministère de l Intérieur et des Collectivités Locales. Les ressources de la mutuelle sociale sont constituées des cotisations de ses membres, des dons et legs, des produits provenant des prestations et des produits des fonds placés ou investis. Entre autres mutuelles sociales actives, on peut citer la Mutuelle nationale des travailleurs de l éducation et de la culture (MUNA- TEC), la Mutuelle générale de l industrie du pétrole (MGIP), la Mutuelle générale des postes et télécommunications (MGPTT) et la Mutuelle générale des communaux (MGC). Considéré comme un 2ème pilier du système public de sécurité sociale, les mutuelles sociales assurent la couverture sociale complémentaire à un peu plus d un million d adhérents, soit 10% de la population active globale. Un bilan considéré très insuffisant. Z.A. 8 Revue de L ASSURANCE N 5 - Avril 2014

9 Dossier : Les Mutuelles d assurances Les Mutuelles d assurances dans le monde Elles représentent près d 1/4 du marché mondial de l assurance Les mutuelles d assurance sont d un poids considérable dans le monde. Elles représentent, selon le rapport 2008 de la Fédération internationale des coopératives et des mutuelles d assurance, près d un quart (1/4) du marché mondial de l assurance. Par Mohand Redaoui Le rapport de l International Cooperative and Mutual Insurance Federation (ICMIF), qui se base sur l analyse de données recueillies dans 70 pays, dont tous les pays européens, soit 99,2 % du marché mondial des assurances, et des informations transmises par près de assureurs mutualistes et coopératifs, soit 99,5 % de l ensemble du secteur mutualiste à travers le monde, nous apprend que ce type d entreprises à but non lucratif représente 24% de part du marché mondial de l assurance, 21,9% de part de marché en assurance vie, 26,9 % de part de marché en assurance non vie et milliards de dollars de primes totales, en augmentation de 3,3 % par rapport à En Europe, premier marché de l assurance au monde Avec 33 % des cotisations devant l Amérique du Nord (30 %) et l Asie (29 %), selon un rapport du Parlement européen sur la valeur ajoutée du statut de mutuelle européenne, sorti en janvier 2013, les mutuelles occupe 25 % du marché et 70 % du nombre total de compagnies d assurances. Le même rapport révèle que les mutuelles fournissent des services sanitaires et sociaux à 230 millions de citoyens européens et représentent quelque 180 milliards d euros en primes d assurance et emploient personnes. Le vieux continent est tellement convaincu de la valeur ajouté sociale et économique des mutuelles, qu il a décidé de les doter d un statut juridique à l échelle européenne, pour leur permettre d évoluer et de croitre au-delà des marchés nationaux. Les mutuelles, dans le monde, n ont pas un seul et même statut. En Europe, 40 types de mutuelles sont recensées, mais 95% d entre-elles partagent les mêmes principes fondateurs et communs à toutes les mutuelles dans le monde : elles sont des organismes privés, regroupent des personnes physiques ou morales, leur gouvernance est démocratique (une personne, une voix), toutes partagent un principe de solidarité et leurs excédents sont utilisés au bénéfice des membres, qui sont assurés et sociétaires à la fois. Doter, donc, les mutuelles en Europe d un statut unique et commun européen, un projet qui date de 20 ans, servira à éliminer les disparités statutaires et permettrait, ainsi, de créer «des conditions égales de concurrence pour les mutuelles qui leur offriraient dans une même mesure la possibilité d ajouter une dimension européenne à leur organisation et à leurs activités». Le statut européen fournirait, également, à ces mutuelles «les instruments juridiques appropriés pour faciliter leurs activités transfrontalières et transnationales ainsi qu un moyen de se regrouper et de développer leur organisation et leurs activités au sein du marché intérieur», est-il écrit dans le rapport du Parlement européen sur la valeur ajoutée du statut de mutuelle européenne. Appréhendé à l échelle pays, le poids des mutuelles/coopératives d assurance représente 30 % du marché des assurances aux Etats-Unis, premier marché au monde avec 29 % des primes d assurance mondiales. Dans les autres marchés nationaux majeurs du marché mondial de l assurance, que sont le Japon (2e), la France (4e), l Allemagne (5e) et les Pays-Bas (8e), la part des mutuelles et des coopératives d assurance dépasse la barre des 30 %. Sur les autres marchés d Amérique latine et d Afrique, les mutuelles et les coopératives d assurances, sont en plein essor. Les crises économiques et les menaces qui pèsent sur l environnement ont fait naître chez les populations un fort besoin d avoir des opérateurs économiques socialement responsables. Les mutuelles d assurances, de par leur organisation et leur fonctionnement et les buts qu elles poursuivent répondent parfaitement à ce sentiment, que les institutions politiques décisionnaires ne peuvent ignorer. M.R. Revue de L ASSURANCE N 5 - Avril

10 Dossier : Les Mutuelles d assurances Elle compte revenir sur le devant de la scène La MAATEC a un énorme potentiel de croissance à développer La Mutuelle d assurance algérienne des travailleurs de l éducation et de la culture (MAATEC) compte bien revenir sur le devant de la scène pour conquérir de nouveaux sociétaires mais, aussi, proposer des assurances couvrant des millions d élèves grâce à la «RC élève». Il s agit, là, d un des objectifs que se fixe son Directeur général, M. Yahiaoui Mohamed. Par Ali Mebarki Pour ce faire, la MAATEC est en train de se moderniser à travers plusieurs actions dont la mise en place de nouvelles procédures de gestion technique et financière «pour une meilleure gestion et une meilleure gouvernance» d entreprise, ce à quoi s ajoute l impératif de clarté, met en avant son Directeur général, M. Yahiaoui Mohamed, qui rappelle, aussi, le contexte dans lequel activent les mutuelles d assurances. Selon lui, le marché des assurances est constitué de compagnies étatiques à but lucratif et de compagnies privées, alors que les mutuelles font l équilibre à travers leur statut à but non lucratif. Il précise que c est, là, le principe d assurance lui-même, car il s agit de la mutualité entre les assurés à travers les tarifs réduits. Cette approche orientée vers le sociétaire est le fruit d une longue histoire puisque la MAA- TEC est l émanation de MAIF Assurance. Ensuite, la MAATEC a été nationalisée en 1964 pour devenir MAATEC Assurance et s implanter sur le marché depuis cinquante ans. Cette société a déjà à son actif un réseau d environ 70 agences à travers territoire national, contre une quinzaine seulement en MAATEC 10 Revue de L ASSURANCE N 5 - Avril 2014

11 Dossier : Les Mutuelles d assurances «Toute cette stratégie est complétée par la prévision d arriver à 120 agences dans l avenir proche à raison d une vingtaine d agence par Direction Régionale», conclut le DG de la MAATEC, M. Yahiaoui La formation des cadres est faite pour suivre la MAATEC dans son changement radical du point de vue du réseau et du personnel, précise ce responsable. La compagnie opte aussi pour la formation des formateurs qui vont se charger de transmettre leur savoir au personnel qui va être recruté, tout en réalisant l objectif d arriver à une formation pratique sur les nouveautés du marché assurantiel et à la mise à niveau des techniques d assurance les plus récentes. En ce qui concerne le personnel, il s établissait à une vingtaine d employés en Il atteint le chiffre de 200 personnes actuellement dont 95% sont des universitaires et ingénieurs ou ayant obtenu un master en sciences financières. Pour mieux servir ses sociétaires et opérer une présence sur le marché, la compagnie «a pris conscience qu il faut un personnel qualifié et de formation universitaire pour moderniser l activité d assurance», ajoute le Directeur général. Il affirme que la MAATEC a lancé une formation de grande envergure. Il s agit d une formation en force de vente pour 70 directeurs d agence avec l Institut algérien des hautes études financières (IAHEF). «Pour avoir un réseau professionnel, il faut aller vers la formation d une force de vente dont une partie a déjà franchi cette étape», relève M. Yahiaoui. Une deuxième formation est lancée en mars 2014 et touche plus de 200 personnes qui vont bénéficier d une formation purement pratique en assurances multirisques habitation, Cat-Nat et en assurance automobile, ainsi qu en assurance Responsabilité civile (RC) professionnelle, et autres Ce programme de formation fixé par la compagnie et l IAHEF, pour une formation à la carte, prévoit, aussi, dans son troisième volet, la formation des cadres de la MAATEC en Master Assurance. Elle formera, aussi, quatre cadres en Master Assurance et un en Master Finance et Comptabilité, ainsi que deux autres en Master Audit et Contrôle de Gestion. A cette quête de formation, s ajoute le volet de la mise en place d un système d information interne gérant l activité technique. Le système est installé au niveau des agences locales et des quatre Directions régionales (Centre, Centre-Est, Ouest et Est ) avec un objectif de créer des directions régionales au centre-ouest et au Sud. Toute cette stratégie est complétée par la prévision d arriver à 120 agences «dans l avenir proche à raison d une vingtaine d agences par Direction Régionale», conclut M. Yahiaoui, pour qui l extension du réseau est une tâche mesurée et que les agences qui seront ouvertes le seront après des études pour répondre à la demande et saisir les opportunités pour une meilleure attractivité. A.M. Revue de L ASSURANCE N 5 - Avril

12 Dossier : Les Mutuelles d assurances M. Yahiaoui Mohamed, DG de la Mutuelle d assurance algérienne des travailleurs de l éducation et de la culture (MAATEC) «Notre potentiel est de 13 millions de sociétaires» Le Directeur général de la MAATEC, M. Yahiaoui Mohamed explique, dans cet entretien, que la société qu il dirige peut très bien se situer en bonne position sur le marché et proposer des produits et des tarifs attrayants. Il pense également que les mutuelles d assurance, de par leurs statuts de compagnies à but non lucratif, peuvent faire la différence avec les sociétés d assurance privées et publiques. Entretien réalisé par Ali Mebarki La revue de L ASSURANCE : Peut-on connaître le nombre et l évolution de vos sociétaires? M. Yahiaoui Mohamed : Le nombre des sociétaires a connu une évolution remarquable passant de sociétaires en 2011 à sociétaires en 2012, et à plus de en Il s agit d une croissance de 437 % sur trois ans. L objectif, à court et à moyen termes, est de doubler ce chiffre et arriver à avoir sociétaires. Le potentiel dans le secteur de l éducation est de sociétaires (enseignants), sans compter les autres employés. La MAATEC veut avoir parmi les enseignants et les autres corps, soit 40 % du potentiel pour l avenir proche, soit à fin 2014 ou Cette attractivité est mesurée par les prestations de service offertes par la MAATEC : réduction qui avoisine 80 % par rapport aux autres compagnies d assurance. Il y a aussi la rapidité en matière d indemnisation et la création de quatre centres d expertise (deux à Alger, le troisième à l Ouest du pays et le quatrième à l Est). 12 Revue de L ASSURANCE N 5 - Avril 2014

13 Dossier : Les Mutuelles d assurances Quels sont les secteurs qui vous offrent le plus de potentiel? On un potentiel dans les secteurs de l Education, la Formation professionnelle, l Enseignement supérieur, la Culture et les Sport, l Information et la Communication. Le potentiel dépasse sociétaires. Si on compte la Responsabilité civile (RC) écolier, le potentiel est de 13 millions de sociétaires. La MATEC demande l aide nécessaire au ministère des Finances pour un agrément avec plusieurs branches d assurance. Parmi nos autres prévisions, la MATEC a un projet pour s aligner sur la grille des salaires et le régime indemnitaire en vigueur dans le secteur des assurances. Que pouvez-vous nous dire sur l évolution des agrégats de la compagnie? Sur le plan de la rentabilité, la compagnie a réalisé un chiffre d affaire remarquable en automobile passant de 80 millions DA en 2011 à 156 millions DA en 2012, et on passera à 397 millions en Il s agit d un taux moyen de croissance avoisinant 348% avec des prestations de service meilleures par rapport aux années précédentes en matière d indemnisation. Nos prévisions, en 2014 et pour la seule branche automobile, sont de 700 à 750 millions DA, soit une croissance annuelle de 89%. Et pour les autres branches? Des prévisions sont arrêtées pour les années à venir concernant les autres branches d assurance, en l occurrence la Responsabilité civile (RC) écolier dont le chiffre d affaires prévisionnel dépasse 2 milliards DA, sans compter la RC professionnelle dont les prévisions avoisinent 1 milliard DA. Dès que la MAATEC est détentrice de l agrément du ministère des Finances lui permettant de commercialiser ces deux produits, on aura une mutuelle d assurance plus solvable. Avec cela, nous avons l objectif de répondre aux demandes des sociétaires de la mutuelle. Le ministère de l Education Nationale ne cesse de réclamer la couverture de la RC écolier à la MAATEC. Il s agit d une couverture nécessaire aux écoliers et au secteur de l éducation, et seule la MAATEC, au vu de son statut, est habilitée à offrir une prestation pareille. Pour les objectifs de la mutuelle concernant la branche automobile, on a un projet en cours pour augmenter le capital assuré en passant de 1,3 million DA à 2,5 millions toujours dans l intérêt des sociétaires et pour une meilleure couverture. Comment l implémentation du nouveau système d information a-t-elle renforcé les critères de gestion? Avec le système d information, plusieurs améliorations ont été opérées avec l éditeur du système, ne serait-ce que pour mettre à niveau le volet production, chose qui a été faite, et ce volet a été définitivement réglé. Le volet sinistre est également réglé, définitivement. Reste un troisième volet qui va être entamé. C est la migration des données techniques vers le module comptable afin d avoir une génération automatique des actes techniques permettant d avoir des situations et un bilan au jour le jour et une clarté en matière de gouvernance et de gestion. La remontée de l information est journalière vers le siège. C est une remontée pyramidale pour avoir un contrôle rigoureux technique et financier. La DR (direction régionale) intervient dans ses agences pour une remontée fiable à la direction générale qui veille journalièrement à l application des procédures et des méthodes de remontée de l information et du contrôle des situations à travers un tableau de bord qui renferme le volet technique et le volet financier pour une meilleure clarté et une meilleure visibilité. A.M. Revue de L ASSURANCE N 5 - Avril

14 Dossier : Les Mutuelles d assurances 14 Revue de L ASSURANCE N 5 - Avril 2014

15 Dossier : Les Mutuelles d assurances Cela fait un siècle que ça dure L agriculteur est impliqué dans la gestion de la CNMA Par Ali Mebarki Les agriculteurs ont commencé à s organiser sous forme de coopérative afin de promouvoir les principes de solidarité à travers la Caisse nationale de mutualité agricole (CNMA) créée dès 1907, soit depuis plus d un siècle. La CNMA a pour mission d accompagner le monde agricole dans le champ social et économique. Elle est restée sur les mêmes principes fondateurs de son action «et nous voulons continuer à œuvrer de la sorte en offrant les meilleurs services pour que l agriculteur trouve ce qu il souhaite comme protection», déclare son directeur général, M. Benhabiles Chérif, qui regrette les changements qui ont perturbé la marche de la CNMA depuis qu on lui a soustrait l activité de sécurité sociale et de retraite. «Dans notre projet, nous souhaitons reprendre cette activité pour compléter nos services financiers», espère-t-il en expliquant qu un éleveur protège ses vaches et ses étables mais pas sa personne et ses enfants. «Rien ne nous empêche de faire l activité sociale» qui est rattachée au ministère du Travail et de la Sécurité Sociale pour ce qui est du régime social, au même titre que les autres activités, fait remarquer M. Benhabiles. Le premier responsable de la Caisse explique que le secteur agricole a des particularités et nécessite, par conséquent, un travail particulier que la CNMA est en mesure de faire en offrant des services protégeant et sécurisant le revenu et impliquant une meilleure contribution dans la politique agricole à travers l outil assuranciel, qui est aussi un outil de développement. C est, justement, ce qui a motivé la CNMA à créer en 2011, le MUTUALISTE, sa filiale d assurance de personnes (vie) dans le but de développer des produits adaptés aux besoins du monde agricole et rural. Une population vulnérable mais qui doit être protégée par une gamme entière d assurance dédiée à cette frange «que nous connaissons bien», affirme le Directeur général de la CNMA. Il explique que la société qu il dirige essaie d aller vers une nouvelle approche de gestion des risques et de prévention. Ces agriculteurs vivent et travaillent dans une situation difficile surtout s il y a un aléa, ce qui conduit à une spirale d endettement préjudiciable. Si la compagnie conçoit un système de prévention des risques, c est qu elle vise une approche plus qu assurancielle. Cette innovation fait que l agriculteur renforce sa croyance dans la protection des institutions qui doivent lui donner le bon produit qui prend en charge les calamités agricoles et les maladies, résume à ce propos M. Benhabiles. Si à peine 20% des protections peuvent servir l agriculteur, il y a lieu d aller vers 80 % car c est à cette condition que l investissement peut être rentable. Grâce à son dynamisme dans le secteur, la CNMA a réalisé, en 2013, un chiffre d affaires de près de 10 milliards DA contre 2,8 milliard en Elle a indemnisé 15 milliards DA de sinistres depuis les cinq dernières années, tout en essayant de rembourser ses clients dans un délai n excédant pas les 8 à 10 jours. La compagnie investit aussi dans un système d information innovant en partenariat avec Algérie Télécom pour accéder à l information rapidement. D autres projets sont en cours. Avec ses sociétaires, la compagnie n a pas atteint une très grande partie des agriculteurs et elle veut porter le chiffre à dans les deux ans à venir. Avec tout ceci, la compagnie reste très souple dans ses démarches à travers le conseil d administration dans les caisses régionales où siègent des agriculteurs ce qui donne une symbiose permettant un épanouissement de l institution. Ainsi, le propriétaire est aussi un agriculteur qui est impliqué dans la gestion de la Caisse. A.M. Revue de L ASSURANCE N 5 - Avril

16 Dossier : Les Mutuelles d assurances M. Benhabiles Chérif, DG de la Caisse nationale de mutualité agricole (CNMA) «Nous visons sociétaires en deux ans» Entretien réalisé par Ali Mebarki Société centenaire, la CNMA a pour mission d accompagner le monde agricole aux niveaux économique et social. Son Directeur général, M. Benhabiles Chérif, explique dans cet entretien son plan pour motiver un grand nombre d agriculteurs à adhérer à cette Caisse de mutualité agricole. La revue de L ASSURANCE : Pourriezvous expliquer aux lecteurs le principe qui préside à la création de la CNMA? M. Benhabiles Chérif : La CNMA a plus d un siècle d existence. Il y a un temps ou la CNMA exerçait une multiactivité d assureur et de banquier, un mariage parfait pour la plus performante prestation de service, présentée dans le monde agricole et rural. La CNMA est passée par différentes étapes de développement et de changement de statut pour arriver à ce qu elle est aujourd hui. Les dispositions du décret exécutif n ont fixé les statuts-type de la Caisse nationale de mutualité agricole et des caisses régionales qui lui sont affiliées. Aussi, les liens juridiques et organiques entre elles définissent celles-ci comme «des sociétés civiles de personnes à caractère mutualiste et à capital variable» et «elles ne poursuivent pas de but lucratif.» Il est à rappeler que le développement du système mutualiste moderne est l une des sept mesures énoncées par le Président de la république le 28 Février 2009 à Biskra au profit de la politique du renouveau agricole et rural. De part, donc, son rôle de mutualiste, la CNMA se doit d assurer en faveur du monde rural la création et la gestion de tous services sociaux et d institutions professionnelles susceptibles d aider les populations rurales agricoles à améliorer leurs conditions de vie en apportant un appui financier ainsi qu une assistance technique, facteurs de réussite pour une adhésion libre et volontaire des agriculteurs au principe de la mutualité agricole, seul garante d une augmentation de son capital sociétarial. Quels sont les produits et les solutions que vous proposez aux agriculteurs? Parmi les solutions qu on peut retenir pour une meilleure prise en charge des assurances agricoles, je citerai la protection du revenu agricole contre les risques climatiques qui s affirme comme un élément à part entière de la politique agricole. Elle requiert un engagement clair de la profession et des pouvoirs publics. Le développement de l assurance des cultures contre les risques climatiques auprès de l ensemble des agriculteurs apparaît possible au regard des risques d ores et déjà assurables du type grêle (toutes cultures) ou gel (sur vigne) en développant significativement les surfaces assurées, des nouvelles garanties à mettre en œuvre telles qu une assurance «multirisques climatiques» pour les grandes cultures. Le secteur de l élevage se trouve dans une situation particulière au regard des conséquences des accidents climatiques. Avez-vous en projet le lancement de nouveaux produits d assurance? La CNMA va commercialiser incessamment de nouveaux produits de l assurance agricole qui couvrent le revenu et protègent les parties assurées contre les conséquences des rendements bas, des prix faibles ou une combinaison des deux. C est essentiellement une couverture basée sur la mesure du rendement des récoltes et leurs prix. 16 Revue de L ASSURANCE N 5 - Avril 2014

17 Dossier : Les Mutuelles d assurances C est une approche nouvelle qui s éloigne des produits plus traditionnels où l intérêt assurable était la taille de la récolte. On donne, ainsi, autant au producteur qu au financier, la certitude que les revenus estimés sur lesquels sont basés les prêts seront en grande partie réalisés. Il est à souligner que l assurance agricole, dans cette nouvelle approche de la CNMA, est un composant important de la gestion des risques dans l agriculture, mais elle ne remplace pas les bonnes techniques de gestion des risques, les méthodes de production saines et l investissement en technologie de pointe. Simultanément à ces facteurs, l assurance perte de rendement augmente le bien-être de la communauté rurale ainsi que la sécurité de la production. Parlez-nous de votre plan stratégique? Notre démarche de développement est pragmatique et repose sur la diffusion de l assurance auprès du plus grand nombre possible d agriculteurs. Avec ses sociétaires, la compagnie n a pas atteint une très grande partie des agriculteurs et elle veut porter le chiffre à dans les deux ans à venir. Les pouvoirs publics accompagnent ce développement par des interventions appropriées qui ont pour objectif d aider à l assurabilité de risques qui, sans cela, resteraient exclus du domaine de l assurance (réassurance publique, prévention), et de rendre accessibles les coûts d assurance récolte pour les agriculteurs (prise en charge partielle des cotisations différenciées pour encourager la souscription en groupe). L accompagnement des pouvoirs publics est différencié selon que les garanties sont reconnues «viables» ou «expérimentales». La distinction entre garantie «viable» et garantie «expérimentale» devrait être fondée sur le besoin du dispositif en réassurance publique (partage de risque entre les assureurs et l Etat) pour garantir sa pérennité. Il va sans dire que le recours à l assurance ne doit pas être facteur de déresponsabilisation de l exploitant qui, en conséquence, supportera des franchises adaptées. Avez-vous d autres activités? A l heure actuelle et conformément à son statut, la CNMA n exerce que dans le domaine des assurances pour lequel elle est agréée. Y a-t-il des inconvénients engendrés par vos statuts? Malheureusement, un des inconvénients est que nous ne pouvons accéder à la bancassurance. En effet, on ne peut pas utiliser la distribution de nos produits d assurance par les guichets de banque (bancassurance) et cela nous empêche de toucher un maximum d agriculteurs. On essaie de voir comment pallier à cette insuffisance. L intermédiation n est pas tolérée dans les mutuelles et il y a une part de marché qui nous échappe. Sur la partie agricole, on veut bénéficier de ce type de distribution car nous avons les meilleurs produits d assurance agricoles sur le marché. Parmi les garanties exigées par le banquier pour délivrer un crédit, il y a le contrat d assurance. Nous sommes approchés par des banques mais on est pénalisé par la loi qui ne nous permet pas de signer une convention avec elles. Avec cette démarche, on aurait fait un meilleur chiffre d affaires. Avec nos contrats, nous voulons offrir des garanties pour que la banque s implique dans le financement de l agriculture. A.M. Revue de L ASSURANCE N 5 - Avril

18 Dossier : Les Mutuelles d assurances Avec 400 bureaux locaux de la CNMA sollicités Le Mutualiste étoffe son réseau Par Ali Mebarki Le Mutualiste est une société d assurance de personnes qui a commencé ses premières années d activité avec quelques succès. Ainsi, son Directeur général, M. Benelmouffok Mohamed Rafik a souligné que le chiffre d affaires est situé à 609 millions DA pour l année 2013, en évolution de 6% par rapport à l année 2012 (577 millions DA). M. Benelmouffok explique cette progression, d abord, par la politique de développement des produits au sein de la société Le Mutualiste, en ajoutant que même les assurés sont de plus en plus conscients qu ils doivent souscrire des contrats d assurance pour des couvertures contre les aléas de la vie privée ou professionnelle. Pour commercialiser ces produits, il y a un réseau de commercialisation sur lequel s est appuyé Le Mutualiste. Il s agit du réseau de la CNMA. Néanmoins, la filiale naissante de la CNMA a l intention d ouvrir des agences centrales propres. C est de la sorte que Le Mutualiste peut contribuer à la couverture du monde agricole qui est son objectif et son cœur de métier. «On a fait beaucoup de campagnes de sensibilisation en direction des agriculteurs avec les Directions des services agricoles (DSA), le mouvement associatif, l Union nationale des paysans algériens (UNPA) et les Chambres agricoles des wilayas», souligne M. Benelmouffok qui a des relais dans les Caisses régionales de mutualité agricole qui totalisent sociétaires. Ces campagnes se sont déroulées pratiquement à travers les 65 Caisses dans l Est l Ouest, le Nord et le Sud. Les agriculteurs ont des centres d intérêt focalisés sur l assurance individuelle accident et «ils aimeraient aussi disposer de la retraite supplémentaire», dit-il. Le message délivré est celui de faire connaître Le Mutualiste et de le présenter pour manifester son existence. A noter que les équipes de la compagnie se rapprochent aussi des agriculteurs en écoutant leurs suggestions et doléances. A ce sujet, ces derniers réclament la retraite et une couverture pour les jeunes agriculteurs. Mais la compagnie s interdit d empiéter sur les prérogatives de la CNAS et de la CASNOS, avec lesquelles elle entend entretenir un partenariat mutuellement bénéfique. 18 Revue de L ASSURANCE N 5 - Avril 2014

19 Dossier : Les Mutuelles d assurances Le fonds d établissement (capital social) est passé de 600 millions DA en 2012 à 800 millions DA en juin 2013 et Le Mutualiste prévoit de le faire passer à 1 milliard de dinars en juin Déjà 53 sur 65 Caisses régionales sont sociétaires du Mutualiste et la totalité des Caisses vont «nous rejoindre» pour parachever la mise en place organique du Mutualiste, indique M. Benelmouffok qui ambitionne de disposer d un nouveau siège. Actuellement, la société qu il dirige fonctionne avec 24 employés qui seront portés à 30 en 2014, selon le programme tracé. En 2014, «on aura 3 agences propres», annonce le Directeur général de la société Le Mutualiste qui précise qu en plus de celle d Alger il y aura deux autres agences directes à l Est et à l Ouest et peut être une quatrième au Sud. Le Mutualiste distribue ses produits à travers le réseau de la CNMA, constitué de 65 Caisses régionales de mutualité agricole (CRMA), réparties sur l ensemble du territoire national et plus de 400 bureaux locaux de la CNMA. Son fonds d établissement atteint 800 millions DA Le Mutualiste est une société créée en janvier 2012 C est Mme Bouchakour Amel, directrice des opérations chargée de toutes les activités en matière d assurance, souscription, règlement des sinistres et système d information, qui prend en charge la présentation de l entreprise. Elle indique que Le Mutualiste est une filiale à 100% de la Caisse nationale de la mutualité agricole (CNMA). La compagnie est créée en janvier 2012 suite à l obtention de l agrément de la société à forme mutualiste avec un fonds d établissement de 600 millions DA. En décembre 2013, ce dernier a atteint 800 millions DA. Le Mutualiste a hérité de la CNMA les produits qu elle commercialise à savoir, l assurance individuelle accident et la complémentaire santé. «On a développé ce produit en ajoutant des prestations sociales liées à la santé», explique Amel Bouchakour. Pour l Individuelle accident, «on l a commercialisé sous diverses formes pour les agriculteurs et marins pêcheurs. C est un produit phare qui permet de réaliser le montant le plus important en matière de chiffre d affaires», indique-t-elle. «Nous avons aussi développé d autres produits durant les deux années de lancement en misant sur la diversification pour satisfaire la clientèle», précise-t-elle, en ajoutant que les produits développés sont l assurance voyage, depuis août 2012, l assurance Hadj et Omra, et l assurance remboursement de crédit collectif en signant des conventions avec les banques. Les produits en cours de réalisation sont la prévoyance individuelle, l assurance voyage destinée aux stagiaires qui vont à l étranger pour plus de trois mois et moins d un an. Il y a aussi l assurance de remboursement de crédit individuel et la retraite supplémentaire. Ces produits sont destinés à tout le personnel du monde agricole, agriculteurs, vétérinaires et personnel dans l agroalimentaire, souligne Amel Bouchakour. A.M. Revue de L ASSURANCE N 5 - Avril

20 Dossier : Les Mutuelles d assurances M. Benelmouffok Mohamed Rafik, DG Le Mutualiste «On veut vendre un contrat d assurance à chaque sociétaire» Entretien réalisé par Ali Mebarki Société mutuelle d assurances de personnes, LE MUTUALISTE est une filiale de la Caisse nationale de mutualité agricole (CNMA). Son Directeur général, M. Benelmouffok Mohamed Rafik, nourrit de grandes ambitions. Il vise la position de leader en assurance santé dans les domaines de l agroalimentaire et de l agro-industrie. La revue de L ASSURANCE : Quels sont les avantages offerts par la forme mutualiste d une compagnie d assurance? M. Benelmouffok Mohamed Rafik : Le premier avantage est que l agriculteur est directement impliqué dans la gestion. Ainsi, le président du Conseil d administration est un agriculteur. Le deuxième avantage est que nous pratiquons des tarifs étudiés et nous n avons pas pour objectif de faire des bénéfices. Ce sont des tarifs techniques. On cherche à faire des produits adaptés aux besoins et au contexte de l agriculteur. Ce sont aussi les agriculteurs qui gèrent les caisses régionales et Le Mutualiste est à même de répondre à leurs sollicitations. Quand ils vont aux Caisses régionales, ils sont chez eux et ils évoluent dans un contexte où ils sont bien accueillis. C est primordial avant toute autre chose. Quel est nombre de contrats souscrits pour l année 2013? Pour l individuel accident, on a vendu environ contrats. Pour l assurance santé, on vise principalement l agroalimentaire et l agro-industrie publique et privée. Il y a déjà environ 50 entreprises couvertes. Notre objectif est de devenir le leader en assurance santé dans le domaine de l agroalimentaire et de l agro-industrie. Qu en est-il de la force de vente? Pour l assurance santé, nous allons vers les entreprises de l agroalimentaire et de l agro-industrie. Pour les autres produits, ce sont des campagnes de sensibilisation qu on organise pour ramener la clientèle. Vous n allez pas arrêter les campagnes de sensibilisation? On va, au contraire, les intensifier dès le mois d avril. Pour ce qui est des moyens de communication, je vais animer au niveau des Caisses régionales des réunions publiques et on va distribuer des dépliants et on mènera une campagne d affichage au niveau de toutes les Chambres de wilaya et aux endroits où se trouvent les agriculteurs. Mon slogan, pour faire rire, est de dire aux agriculteurs que «c est bizarre que vous assuriez très bien les vaches et pas votre personne!». Vous ambitionnez de gagner combien d adhérents ou de souscripteurs? On veut faire 20 % de clients en plus et atteindre contrats en Revue de L ASSURANCE N 5 - Avril 2014

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