La guerre économique mondiale

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3 La guerre économique mondiale

4 DU MÊME AUTEUR Le Troisième Conflit mondial, Plon, 1977.

5 BERNARD ESAMBERT L a g u e r r e é c o n o m i q u e m o n d i a l e Olivier Orban

6 Ouvrage publié sous la direction de Éric Laurent Olivier Orban, 1991 ISBN

7 Celui qui voulait vivre une vie paisible aurait mieux fait de ne pas naître au XXe siècle. Trotski

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9 INTRODUCTION L'économie mondiale se globalise : la conquête des marchés et des technologies a pris la place des anciennes conquêtes territoriales et coloniales. Nous vivons désormais en état de guerre économique mondiale, et il ne s'agit pas seulement là d'une récupération du vocabulaire militaire. Ce conflit est réel, et ses lignes de force orientent l'action des nations et la vie des individus. L'objet de cette guerre est, pour chaque nation, de créer chez elle emplois et revenus croissants au détriment de ceux de ses voisins. Car, si les économies des nations se sont fait la courte échelle lors de la période des miracles économiques des années soixante et du début des années soixante-dix, elles se font des croche-pieds depuis que la crise a fait son apparition. C'est en exportant plus de produits, de services, d'«invisibles» que chaque nation essaie de gagner cette guerre d'un nouveau genre dont les entreprises forment les armées et les chômeurs les victimes. Au-delà du formidable accroissement du commerce mondial qui en est la manifestation la plus éclatante, la guerre économique impose également des débarquements chez l'ennemi par implantation à l'étranger, la défense de l'arrière par des entreprises à caractère régional et l'établissement de protections au travers de tarifs douaniers qui ne représentent plus que des murets de fortune, de mouvements monétaires qui ont pris le relais des barrières douanières, enfin d'innombrables entraves aux échanges qui protègent ici ou là un pan de l'économie.

10 Les vraies richesses ne sont plus les matières premières mais les hommes avec leur niveau d'éducation, de culture, d'intelligence et leur ardeur au travail. La créativité et l'innovation sont des atouts fondamentaux des entreprises jetées dans le conflit. Le développement scientifique est devenu un facteur important de la guerre. C'est par l'union de l'entreprise, de ses cadres et du scientifique que se développent les technologies nouvelles qui irriguent le monde en produits de consommation ou en services à taux de croissance élevés. La formation y joue un rôle important. Le niveau d'éducation d'un pays et la capacité d'innovation, de réaction et de mobilisation des entreprises sont liés par une corrélation très forte. Pour un État, se retirer du conflit serait suicidaire : la guerre économique a ses vertus. C'est par la dynamique qu'elle entraîne et le Japon en est un exemple particulièrement éclatant que le niveau de vie des pays occidentaux, et dans une moindre mesure du tiers monde, s'est accru sans interruption depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à 1974, tandis que le plein emploi était presque atteint et maintenu dans plusieurs grands pays développés. Si la stimulation provoquée par le nouveau conflit des temps modernes a pour conséquence une permanente mobilisation qui n'est pas acceptée partout et par tous, sa suppression signerait l'entrée en léthargie des nations qui voudraient se retirer, d'un combat jugé trop éprouvant pour elles. Chaque nation doit donc encourager ses entreprises à porter haut ses couleurs en les mettant en état d'innover, d'exporter sans cesse davantage, de s'implanter à l'étranger, d'utiliser la matière grise des laboratoires partout où elle existe, bref, de vivre dans un contexte devenu irréversiblement mondial et global. Une certitude en tout cas, la guerre économique ne cessera pas faute de combattants : il reste trop à faire pour vaincre la pauvreté et l'insatisfaction. A condition qu'un minimum de règles morales la rende plus soucieuse de la vie des hommes et qu'un minimum d'inspiration permette de mobiliser à nouveau et de réanimer les immenses foules d'âmes mortes, tuées par l'absence ou au contraire la tyrannie d'un idéal. De cette inspiration dont cette fin de siècle qui peut au mieux espérer une «guerre propre» sur les chemins de la prospérité est si cruellement dépourvue.

11 PREMIÈRE PARTIE Le contexte de la guerre économique

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13 I NAISSANCE DE LA GUERRE ÉCONOMIQUE 4 février 1990 : Le séminaire international de Davos offre à ses congressistes venus du monde entier une belle brochette d'invités. Sur la tribune du Palais des Congrès sont réunis tous les chefs d'état et Premiers ministres très provisoires des pays d'europe de l'est. Les quelques centaines d'hommes politiques, financiers, industriels, économistes et journalistes, qui se pressent chaudement vêtus et chaussés d'après-skis dans la grande salle du Forum, sont loin de se douter qu'ils vont assister à des moments historiques quand les responsables des pays du Comecon commencent à égrener quelques souvenirs personnels sur la façon dont ils ont vécu la Seconde Guerre mondiale et pour quelquesuns d'entre eux, sur les brimades que le régime stalinien leur a ensuite infligées. Mais l'essentiel n'est pas là. La surprise devient plus intense quand le général Jaruzelski, le plus ancien dans le grade le plus élevé, prend la parole. «La Pologne s'ouvre largement à l'europe et au reste du monde, déclare-t-il. Les caractéristiques naturelles des relations économiques internationales seront la rivalité et la compétition. Mais l'existence de pays présentant un stade de développement économique et technique très différent des autres est une source potentielle de déstabilisation et, en définitive, une menace pour l'avenir de l'europe. Je souhaite être clairement compris. Nous n'attendons aucune philanthropie. La Pologne démarre sa seconde modernisation de

14 ces quarante dernières années. Nous avons des atouts majeurs parmi lesquels je peux citer des millions de travailleurs habiles et instruits; un potentiel de productions diversifiées; un vaste marché au croisement des routes Est-Ouest et Nord-Sud du commerce, la connaissance des réalités et une coopération avec les autres pays de la région ; des matières premières et beaucoup de terre.» La salle, plongée dans un profond silence, pressent la suite : «La condition du succès de nos efforts est d'avoir accès à la technologie et aux techniques les plus modernes du management. Nous recherchons des capitaux de grandes et moyennes sociétés. Nous sommes ouverts aux investissements étrangers et aux jointventures. La Bourse polonaise des échanges sera ouverte au capital étranger. Notre monnaie sera progressivement rendue convertible...» Bref, ce que Jaruzelski annonce, c'est l'entrée de la Pologne dans la compétition économique et il demande à la communauté internationale de l'aider à le faire dans les meilleures conditions possibles. Les responsables de l'allemagne de l'est, de la Hongrie, de la Tchécoslovaquie, de la Bulgarie et de la Yougoslavie ne tiendront pas ce jour-là un langage différent et se livreront même à une surenchère non dissimulée pour séduire les investisseurs qui leur font face. Un an plus tard, le message du nouveau président Lech Walesa aux businessmen yankees enfoncera le clou : «La Pologne veut devenir l'amérique de l'est... Une entreprise polonaise sur deux devrait être américaine, venez faire des affaires.» La guerre froide se meurt et elle est remplacée par la guerre économique. Les responsables des pays du Comecon ont pris un début d'embonpoint bourgeois et la ligne Oder-Neisse n'est plus une frontière politique mais économique. Ils sont loin les rêves de la Chine de Mao, du Chilien Allende et de la nouvelle Amérique de Kennedy. Il s'agit désormais de fabriquer, d'exporter, de consommer. Car le mode de vie occidental entr'aperçu à la télévision fait désormais partie d'un standard international auquel les Polonais, Allemands de l'est, Hongrois, Tchécoslovaques estiment avoir droit. Sans renoncer pour autant à certains avantages du socialisme comme la sécurité de l'emploi, par exemple. Le système de leurs rêves s'apparente probablement davantage à une social-démocratie à la suédoise qu'à celui de Reagan ou de Margaret Thatcher. Mais peu importe, les charmes de la prospérité économique de leurs voisins occidentaux vont leur donner l'audace de passer du communisme au libéralisme, de l'idéologie à la société de consommation, du sommeil d'économies suradministrées à l'activisme des sociétés industrielles développées. Les performances vont désormais se mesurer à l'aune d'une part, même infime, du marché mondial.

15 Quand l'union soviétique s'effondre politiquement et économiquement, l'occident la conseille et la soutient. Philanthropie? En réalité le monde développé ne veut pas que l'anarchie règne du côté oriental de l'europe. C'est la naissance d'un nouvel acteur de la guerre économique qui est encouragée. D'ailleurs, c'est encore à Davos, en février 1991, que les congressistes recevront un message significatif de M. Gorbatchev : «Nous souhaitons accroître nos efforts en vue de l'intégration de notre puissant potentiel dans les affaires économiques mondiales.» En mai 1990, à l'occasion d'une réunion de la Ligue arabe, Saddam Hussein accusera certains de ses frères arabes et tout particulièrement le Koweït de lui livrer une guerre économique. Deux mois plus tard, le leader de l'irak récidivera devant l'ambassadeur américain, April Glaspie qu'il a convoquée dans son bureau : «La guerre militaire tue les peuples en les saignant, la guerre économique en les privant de la possibilité d'une vie enfin meilleure... J'ai dit aux rois et présidents arabes que quelques-uns de nos frères mènent une guerre économique contre nous...» On sait comment Saddam Hussein fera face à cette guerre économique. Au même moment, du côté des économies occidentales dopées par la toute-puissance de la compétition internationale, on voit fleurir l'étrange slogan publicitaire : «La Troisième Guerre mondiale sera une guerre économique : choisissez dès à présent vos armes», préconise une société européenne engagée dans l'électronique. Aux Etats-Unis, après deux jours de session stratégique, les dix meilleurs «tireurs» reçoivent dans un étui à violon une mitraillette Thompson. S'agit-il d'une réunion de la mafia? Non, la G. Heileman Brewing Co tient sa réunion annuelle de marketing et son président a tenu à dramatiser de la sorte la nouvelle philosophie de la firme : «Le business de la bière est une guerre.» Toujours au même moment, Margaret Thatcher écrit directement au Président Ronald Reagan pour lui demander de favoriser le système anglais de télécommunications D'Tarmigan aux dépens de son concurrent français RITA. L'armée américaine a besoin d'un système de transmission informatisé pour ses unités,

16 et Maggie n'a pas hésité à se porter elle-même à la tête de ses troupes industrielles pour emporter le marché. Il y a plus de trente ans, Kurosawa, le metteur en scène des Sept Samouraïs, exigea que les rôles d'amiraux et d'officiers supérieurs de la marine dans un film sur Pearl Harbor soient tenus par des responsables du monde des affaires et de la haute administration. Il expliqua que ces personnages «incarnent le même sens du devoir national, la même volonté de se dépasser et le même défi vis-à-vis du risque». Car nous vivons en état de guerre économique. La conquête des marchés a désormais remplacé celle des territoires. Ce ne sont plus les tanks, les avions, les missiles qui comptent, et de moins en moins les idéologies, mais la course aux marchés extérieurs et le poids économique. Hitler n'aurait plus besoin aujourd'hui de conquérir l'ukraine et son grenier à blé, le Caucase et son pétrole. La puissance économique allemande lui permettrait un accès plus pacifique à toutes les matières premières désirables. Comme le déclarent les Japonais : «Aujourd'hui nous ne bombarderions plus Pearl Harbor, nous l'achèterions.» En décembre 1990, le secrétaire d'état américain, James Baker, s'adressant à un club d'industriels et décideurs politiques des États-Unis et du Japon, déclare : «Nous vivons désormais dans une économie mondialisée, sans frontières, aux industries multinationales étroitement imbriquées, aux monnaies interdépendantes. Ce monde est aussi fragile qu'il est créateur.» Une nouvelle carte du monde, celle de la compétitivité, de la participation aux échanges internationaux, de la richesse par habitant, a ainsi émergé. Depuis trois décennies le progrès économique est étroitement corrélé au développement des échanges. Cette constatation n'est pas d'essence dialectique ou marxiste. Le poids de l'économique ne remet pas en cause la primauté du politique, comme on le verra. L'expression «guerre économique» n'est pas nouvelle. Franklin D. Roosevelt l'a utilisée en 1935 sous une forme légèrement différente pour répondre aux ardeurs guerrières du chef du III Reich, en suggérant à celui-ci que les nations se fassent désormais une guerre commerciale plutôt que la guerre qui meurtrit les chairs. Clemenceau avait, avant la Première Guerre mondiale, dénoncé les conséquences d'une confrontation économique. Elle est apparue en France dans le début des années soixantedix. L'auteur l'a formulée pour la première fois en 1971 dans un hebdomadaire économique. À l'époque de l'impératif industriel,

17 il s'agissait déjà pour la France de fortifier son industrie face à une compétition rude mais tonifiante. L'analyse reposait sur un constat simple : pas d'économie forte sans industrie puissante et rentable. Pas de rayonnement sans économie forte. La formule est désormais utilisée partout dans le monde pour décrire le conflit par lequel les nations essaient de s'enrichir et de créer emplois et richesse sur leur territoire au détriment des voisins. Et cette métaphore militaire n'est pas trop forte. Quand des entreprises ferment, quand le champ de bataille est jonché d'usines désaffectées, quand le chômage s'accroît, quand le niveau de vie baisse, quand la misère apparaît, le désastre ne ressemble-t-il pas aux conséquences d'une guerre non moins impitoyable que la guerre tout court? Quand les Japonais débarquent à San Francisco, New York, Paris, Londres, Francfort, avec leurs composants, leurs magnétoscopes, leurs montres, leurs automobiles, leurs appareils photo, leurs motos, ne s'agit-il pas d'un nouveau Pearl Harbor laissant après lui des pans entiers de l'industrie occidentale en déshérence? Les Japonais viennent «écumer nos villes et nos campagnes». Le Vatican lui-même attirera l'attention du monde sur l'acuité de la concurrence entre les nations dans un document publié en 1986 par la Commission pontificale Justice et Paix : «L'actuelle compétition technique et économique entre tous les pays d'abord entre les pays industrialisés eux-mêmes devient effrénée et prend l'allure d'une guerre impitoyable qui ne tient pas compte des effets meurtriers sur les plus faibles.» Les débuts de la guerre économique dans son sens moderne remontent à 1962/1963. En effet, jusqu'au début des années soixante, commerce extérieur mondial et production industrielle ont marché de front. À partir de 1962/1963, les échanges internationaux s'intensifient et les deux courbes de croissance divergent brutalement : dans les années qui ont suivi le premier grand désarmement douanier lié au Kennedy-round, le commerce mondial a connu un taux d'expansion de l'ordre de 9 %. De 1970 à 1973, il enregistre une nouvelle accélération et augmente de 13 % par an. En 1974, l'accroissement du commerce mondial chute à 5 % en volume voit apparaître pour la première fois depuis longtemps une contraction de 6 % des échanges (il s'agit là des effets des deux doublements du prix du pétrole de 1973) qui reprennent leur essor de 1976 à De 1980 à 1983, à la suite du second choc pétrolier, commerce international et production mondiale restent stationnaires. En 1984, le commerce mondial enregistre un nouveau boom avec une croissance de 9,5 % qui retombe à 3 % en La fin de la

18 décennie 1980 voit apparaître une nouvelle accélération du commerce extérieur, à un niveau très supérieur à celle de la production mondiale : de 1986 à 1990 le volume des échanges internationaux s'accroît de 6 % par an soit 2,5 points de plus que la croissance de la richesse mondiale, avec une forte accélération en Si le poids du commerce international a doublé par rapport au produit national de 1963 à 1973, une nouvelle progression a ainsi eu lieu mais de façon plus irrégulière entre 1974 et Les échanges mondiaux, que l'on peut chiffrer aujourd'hui à près de huit mille milliards de dollars (soit de trois à quatre mille francs par habitant de la planète), ont triplé leur poids par rapport à la richesse mondiale. Ils ont même quadruplé de 1958 à Les désarmements douaniers, conséquence des Kennedy-round, Nixon-round, puis Tokyo-round, ont porté leurs fruits. Deux balances du commerce extérieur composées pour l'essentiel d'échanges de produits industriels se sont ajoutées à celle qui permettait le règlement des matières premières. Comme les importations de matières premières et d'énergie ont crû, elles, à un rythme plus proche du produit national, ce sont les produits industriels et les services qui ont enregistré le plus fort développement. Dans les pays développés les exportations dépassent donc très largement la seule couverture des importations strictement nécessaires aux besoins des consommateurs et au développement de la production industrielle. De la satisfaction de l'indispensable, le commerce extérieur est passé à un stade plus élaboré, celui des échanges de produits industriels et de services entre nations développées. Jusqu'en 1973, le prix moyen des marchandises exportées ayant augmenté sensiblement plus rapidement que celui des matières premières, la part des pays développés dans le commerce mondial s'est également accrue au détriment de celle des pays du tiers monde pour atteindre, en ce qui concerne les États-Unis, le Japon, le Canada et l'europe occidentale les quatre cinquièmes des échanges mondiaux. L'Europe à elle seule est le plus important partenaire du commerce international tant sur le plan des échanges entre les nations qui la constituent que vis-à-vis du reste du monde dont elle est le premier importateur de produits de toute nature. Le classement des premiers exportateurs mondiaux n'a guère varié depuis vingt-cinq ans. Les États-Unis sont toujours en tête, mais suivis de beaucoup plus près par l'allemagne fédérale puis par le Japon, la France, le Royaume-Uni, l'italie et le Canada. Ce classement change considérablement lorsqu'on compare non plus les valeurs absolues du commerce extérieur mais les montants par habitant. Les petits pays prennent alors la tête de la liste : Emirats arabes unis, Singapour,

19 Hong Kong, Koweït, Belgique, Luxembourg... Si l'on fait abstraction des nations que la nature a dotées de gisements de pétrole considérables, désormais l'importance de la balance commerciale d'un pays mesure son dynamisme... et la qualité sinon l'âge des artères de son économie. Le système commercial mondial offre aux pays dont la politique est relativement libérale la gestion économique vertueuse, et les taux de change réalistes, la possibilité de participer plus pleinement aux marchés mondiaux, y compris les modernes David comme Taiwan, la Suisse, Singapour... Les nouveaux venus peuvent sur ces bases élargir leur part d'un marché mondial en expansion. Mais les États-Unis, l'europe et le Japon réalisent plus des deux tiers des exportations de biens manufacturés et c'est entre ces trois grands blocs économiques que se déroule la compétition la plus intense pour le partage d'un marché devenu mondial. De tout temps le commerce a stimulé la production si l'on songe aux grandes foires du Moyen Age et à l'ascension puis au déclin de quelques grandes cités maritimes de la Méditerranée et de la mer du Nord. Si, selon Montesquieu, «l'effet naturel du commerce est la paix», le commerce international est lui devenu une jungle féroce. La loi d'airain de l'ordre marchand, la concurrence, récompense ceux qui savent, grâce à l'accumulation du savoir, comprendre les besoins et les attentes des autres. Tel est le cas des deux champions incontestés des excédents extérieurs, le Japon et l'allemagne. Et l'on comprend mieux l'ardeur au travail et la réussite des habitants de ces deux pays si l'on sait que dans ces pays une augmentation des exportations de dix milliards de dollars représente la création de près de deux cent mille emplois. En sens inverse, le déficit fréquent du commerce extérieur français entraîne, lui, un chômage accru. Le champ de bataille de cette fin du XX siècle qui a aboli le temps et l'espace est donc défini. C'est le monde entier. La compétition industrielle a, en effet, changé de dimension. Toutes les époques connurent une expansion de leur univers, les Romains en Méditerranée, les Grecs en Asie; les découvertes maritimes du XV siècle provoquèrent l'établissement de grands circuits commerciaux au siècle suivant. Aujourd'hui, après plusieurs décennies de labeur acharné en Europe et au Japon, l'échelle des conflits économiques a subi sa grande mutation et ce phénomène va bien au-delà de la reprise de l'internationalisme économique amorcé dans la deuxième moitié du XIX siècle. Pour la première fois, chaque être humain est devenu un citoyen du monde tandis que les cadres sont atteints de nomadisme. Le

20 commerce s'est mondialisé, les flux financiers se sont internationalisés. L'échange international de matériels élaborés, stimulant et enrichissant pour ceux qui y procèdent, prend des dimensions nouvelles, sauf peut-être aux Etats-Unis dont le marché gigantesque se suffit à lui-même et dans les pays communistes qui en comprendront très tardivement l'intérêt. Le développement de la science et de la technologie contribue de façon importante à la métamorphose du monde. De nouveaux combattants de la guerre économique apparaissent, tels les dragons d'asie du Sud-Est, et ajoutent encore à la frénésie du commerce mondial. C'est la babélisation des échanges. Sur tout méridien de l'atlantique et du Pacifique se croisent des navires chargés des mêmes produits. Ce sont désormais les nations tout entières qui se combattent économiquement au-delà des frontières grâce à leurs entreprises ; la Troisième Guerre mondiale a débuté et l'accélération du rythme des réajustements monétaires, depuis les années soixantedix en est une conséquence et un indice. Les rapports entre nations ont toujours été des rapports de force. Pour comprendre aujourd'hui le fonctionnement et la puissance des échanges extérieurs, il convient de se référer aussi bien à Machiavel qu'à Ricardo, mais aussi à Clausewitz qui disait que la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens : la défense des intérêts des nations et leurs rapports de force ont pris une forme nouvelle. Sous l'influence d'une information qui circule désormais de manière instantanée et qui se joue des barrières, le grand public se trouve lui aussi impliqué dans ce processus de mondialisation. L'aspiration à un cadre de vie utilisant les techniques modernes de transmission de la parole et de l'image est universelle. Aujourd'hui, la plus petite société peut se payer, n'importe où dans le monde, un télécopieur qui permet de rêver à la conquête du marché mondial : récemment une PME singapourienne qui ouvrait un bureau à Hong Kong déclara fièrement que c'était juste le commencement. Encouragé par un chiffre d'affaires naissant de cinq cent mille dollars, son responsable annonça en sablant le champagne que Tokyo, Djakarta et Sydney étaient les prochaines capitales qu'il investirait. Cette frénésie de produire et de vendre à l'extérieur conduit les entrepreneurs à investir leurs capitaux, leurs techniques et leurs brevets dans de nouvelles usines et dans de nouveaux centres de recherches. A coopérer parfois quand la compétition se fait trop pressante. Dans la guerre économique les adversaires peuvent devenir des partenaires : un groupe comme Bull nouera des liens avec NEC pour compléter sa

21 gamme, Boeing avec les firmes aéronautiques japonaises pour l'étude du successeur du 747. La compétition internationale impose aussi des remises en cause sous l'effet du vent de la concurrence qui peut provenir aussi bien du Nord que du Sud, de l'est que de l'ouest, de pays arrivés au même stade de développement aussi bien que de nations qui jouent sur des salaires de misère. Les notions d'harmonie, de symétrie, d'équilibre, chères aux grands économistes libéraux n'existent guère dans cette compétition effrénée. Désormais la puissance d'une nation ne se mesure plus en mégatonnes nucléaires mais à partir du poids industriel, du dynamisme des entreprises, de leurs témoins à l'étranger fournis par le réseau d'implantations mondiales des multinationales.

22 II LES CARACTÉRISTIQUES DE LA GUERRE ÉCONOMIQUE Le mouvement des idées ensemence l'avenir en bouleversements. Si la période qui a précédé la Seconde Guerre n'a pas beaucoup renouvelé les mentalités et les cultures, ces dernières décennies, avec le débarquement américain en 1944, le concile Vatican II, Mai 68 et la conquête de la lune, ont fortement perturbé notre cadre de références : plusieurs de nos certitudes ont disparu et le prévisible a fait place à l'imprévisible. D'où le besoin de se raccrocher à une stratégie intégrant les bouleversements dus aux évolutions notamment scientifiques et technologiques au fur et à mesure qu'elles apparaissent. Une nouvelle carte du monde, celle de la force créatrice, est en train d'émerger. L'innovation et l'invention technique sont devenues des aliments essentiels de la guerre économique. L'entreprise est désormais centre de créativité : aux États-Unis, nombreux sont ceux qui plaident en faveur d'un moratoire sur les acquisitions d'entreprises américaines de haute technologique. La recherche ne laisse plus aucun répit à l'humanité. Pour faire face au déferlement technologique japonais, Européens et Américains collaborent : Boeing, McDonnell Douglas coopèrent avec l'aérospatiale sur le Super-Concorde, IBM rejoint en 1990 Thomson et Philips sur les composants dans le programme JESSI. Les vraies richesses sont désormais le nombre d'étudiants et de chercheurs, les équipements électroniques et informatiques d'une nation. L'ère de l'intelligence de masse à débuté ; géographie du savoir et géographie du pouvoir vont désormais coïncider. La

23 connaissance est la clé du succès. Le stress aussi : les entreprises savent qu'il faut être à l'affût de la nouveauté et mener une stratégie globale. L'expression «guerre économique» ne signifie pas nécessairement l'existence d'agresseurs dont nous serions les malheureuses victimes. C'est grâce à ses forces vives qu'une nation peut combattre au mieux sur le plan économique comme dans les conflits du passé. Les attitudes individuelles et collectives d'un peuple, son degré de mobilisation et son niveau d'éducation permettent le sursaut et la reconquête des marchés. Avec l'appui de la diplomatie. Que politique économique et politique étrangère soient liées par une dynamique particulièrement spectaculaire est évident. Il suffit d'observer l'environnement des rencontres internationales ou des déplacements de chefs d'état, Premiers ministres ou ministres des Affaires étrangères. Chaque visite officielle est l'occasion d'exhumer des dossiers concernant le choix du constructeur d'un complexe industriel, une importante commande de matériel de biens d'équipement, un accord pétrolier, aéronautique, nucléaire, dossiers que l'on croyait enterrés ou endormis et qui se trouvent projetés sur le tapis vert des tables de conférences par la toute-puissance de la guerre industrielle : la diplomatie fait corps avec l'action économique. De sorte que depuis trente ans quand Georges Pompidou invita pour la première fois quinze chefs d'entreprise à le rejoindre à Moscou, à l'occasion de l'un de ses voyages officiels en Union soviétique, peu de voyages au niveau gouvernemental ne s'achèvent sans un cortège devenu maintenant rituel de contrats signés en réponse à la prière des chefs d'entreprise au dieu du «business» : «Seigneur, donnez-nous notre marché du siècle quotidien.» Car un autre moteur de l'économie a fait son apparition. Limitées dans leurs ambitions internationales, les puissances que les accords de Yalta avaient dépossédées d'un rôle politique ont trouvé une revanche dans leur développement économique en s'opposant sur ce plan aux deux grandes nations dont les systèmes économiques différents étaient en eux-mêmes facteurs d'émulation. Nous avons longtemps vécu dans l'idée que le monde était dominé par les États-Unis et l'urss. L'Amérique, dont le PNB ne représente plus qu'un petit quart de la richesse mondiale et dont la confiance dans la suprématie de l' «American Way of Life» a été ébranlée à plusieurs reprises, redoute aujourd'hui la puissance économique allemande et surtout japonaise. Le défi japonais la frappe de plein fouet et mine son économie. Par une ruse de l'histoire, ce sont les deux grands vaincus du deuxième conflit mondial qui tiennent désormais le haut du pavé dans la guerre économique pour avoir su privilégier l'industrie et l'épar-

24 gne en faveur d'un désir effréné de revanche. Le Japon relaie les Etats-Unis dans le rôle de banquier du monde. Quant aux nations moyennes du continent européen, elles se sont également opposées entre elles afin de prendre la tête du peloton des challengers jusqu'au moment où la prise de conscience toute relative d'une certaine vanité de cette quête et de la nécessité de rapprocher des pays qu'une longue série de conflits n'avait pas en définitive trop séparés a conduit au début de la Communauté économique européenne. Paradoxalement en apparence, la naissance de l'europe a permis aux États européens de mieux se comparer et a accru leur rivalité pacifique. Ainsi est née la guerre industrielle au niveau des blocs économiques mais aussi de leurs composants. Résultat, le poids des Etats-Unis dans la richesse mondiale est passé de 27 % en 1960 à 23 % en 1987 tandis que celui du Japon doublait de 4,7 % à 9,3 %, l'allemagne fédérale et la France maintenant difficilement le leur à 6-7 % pour la première et 5-5,5 % pour la seconde. La Grande-Bretagne a rétrogadé de 6,4 à 4,4 %. C'est pendant la période que les États européens ont faibli par rapport au Japon et aux États-Unis avec des taux de croissance de 2,1 à 2,5 % contre 2,8 % pour le pays le plus puissant du monde et 4,2 % pour le challenger nippon. Grâce à sa réunification, l'allemagne poursuit sa course vers la suprématie industrielle avec un poids économique qui lui permet de faire jeu égal avec le Japon. Recherche du bien-être pour tous au travers de revenus croissants et du travail de tous, de la souveraineté et d'une certaine audience internationale au travers de la puissance économique, tels sont les mobiles mais aussi les fins de cette guerre qui reprend à son compte l'adage des saint-simoniens : «Tout par l'industrie, tout pour l'industrie.» Les chômeurs sont désormais les morts de la guerre économique. Pourtant, défaite de la pensée économique, aucun expert ne veut aborder le problème du chômage. La réponse est pourtant simple. Pour retrouver le plein emploi, il faut porter haut ses couleurs dans la compétition internationale, pratiquer la rigueur et la vertu dans la gestion de l'économie, la souplesse dans la gestion des hommes. Les pays qui depuis vingt ans ont creusé l'écart avec les autres en matière de commerce extérieur sont ceux qui ont pratiqué l'ouverture sur l'extérieur et la rigueur dans la gestion économique par la maîtrise de l'inflation et un taux d'épargne élevé. Ils en ont été récompensés au niveau de l'emploi et du revenu de leurs citoyens.

25 En corollaire, ce nouvel évangile de la croissance impose une mobilisation sans précédent de toutes les énergies et des égoïsmes nationaux afin que soient poussés les feux de la production : les conflits du travail n'ont pour but qu'une meilleure répartition de la richesse et se règlent de ce fait sans trop de difficultés. Même si le capital a pu étendre son champ d'action à l'échelle de la planète, l'intervention des États se fait plus directe et plus pressante, jusqu'au sein des nations réputées les plus libérales. La décolonisation et l'émancipation provoquent chez les nouvelles nations le désir d'imiter les pays développés. Dans le passé, des guerres commerciales qui n'avaient pas le monde entier comme champ d'action ont pu dégénérer sous forme de conflits armés entre Etats. Les luttes d'influence entre les États européens de la fin du XIX au début du XX avec l'explosion du premier conflit mondial en sont autant d'exemples. Dans la guerre économique d'aujourd'hui, les conflits armés deviennent anachroniques et haïssables dans la mesure où ils perturbent le vrai conflit en affaiblissant des économies en compétition ou en supprimant des marchés ; la guerre économique est préférable à la guerre militaire. La guerre traditionnelle ne disparaît pas totalement mais elle est désormais réservée aux petites et aux moyennes puissances, alimentées en armes et en ambitions par les États les plus puissants. La guerre qui meurtrit les chairs est devenue un exutoire et non plus une fin en soi. Car les nations doivent rester debout pour alimenter un combat dont elles ne peuvent s'échapper sous peine de voir se réduire le niveau de vie de leurs ressortissants et croître le nombre de leurs chômeurs. Bref, le troisième conflit mondial né dans le début des années soixante s'est intensifié et globalisé depuis. Ses effets ont stimulé la vie des entreprises et accru la richesse des nations les plus développées jusqu'à la crise pétrolière de Les armes du conflit en étaient les monnaies et leur parité, le commerce et ses entraves, tandis que les entreprises fournissaient le gros des troupes et débarquaient de plus en plus fréquemment à l'étranger, grâce au corps d'élite des multinationales. Quelques nuages dans le ciel jetaient sur les combats une ombre qui compliquait parfois la tâche des généraux. Le consumérisme était le plus léger dans l'immédiat mais le plus dangereux à terme. Les thèses du Club de Rome avaient un instant obscurci l'horizon et laissé présager la fin du conflit par épuisement des munitions. Souvenons-nous, il y a à peine quinze ans le Club de Rome déclarait que toutes les matières premières feraient défaut en 1985 ; peu de temps après, un rapport de l'administration Carter, «à l'aube du XXI siècle», concluait que face à une demande croissante de produits alimentaires, la diminution de la production mondiale de ces produits conduirait à un doublement

26 de leur prix réel. De la même façon que l'on disait au début de ce siècle en Grande-Bretagne qu'on manquerait bientôt de blé : les surplus agricoles sont devenus tellement importants en 1990 qu'ils font planer une menace sur les grandes négociations internationales. La catastrophe est toujours imminente : en un peu plus d'un siècle, les économistes et les experts ont prédit une croissance démographique désastreuse, une pénurie de bois, de charbon, de pétrole, l'apocalypse nucléaire. Après la Seconde Guerre mondiale, la population du Japon devait exploser, ce qui tuerait plus sûrement ce pays que toute nouvelle explosion atomique. Enfin, le Club de Rome nous annonçait une famine énergétique mondiale par épuisement des ressources pétrolières. On nous vouait au retour à la nature et à la bicyclette. Le fantôme de Malthus doit s'en donner à cœur joie en permanence. Seulement voilà, la technologie a toujours été une arme à double tranchant, le mauvais n'étant pas toujours le plus sûr. Pour se référer à quelques rares certitudes, la population mondiale a crû au cours de ce siècle d'un milliard six cents millions à cinq milliards d'habitants et elle va probablement augmenter d'un autre milliard d'ici la fin de ce siècle pour dépasser huit milliards d'êtres humains vers l'an Mais la production industrielle a été multipliée par cinquante et la production de pétrole par trente, principalement depuis Bien sûr, l'air, l'eau, les forêts, la terre, ont subi des ravages qui ne sont heureusement pas tous irréversibles : l'écologie, après avoir menacé de freiner le combat économique, lui a offert, avec l'ouverture du marché de la dépollution, un champ de bataille tout vierge : en RFA «l'industrie verte» a créé sept cent cinquante mille emplois et ce n'est qu'un début. L'écologie est devenue une industrie et de nombreux chefs d'entreprise à costume croisé font objectivement route commune avec les Verts. Il reste que l'effet de serre la plupart des savants et des chercheurs en sont maintenant d'accord pourrait conduire à un réchauffement de la température de plusieurs degrés, ce qui entraînerait une montée des eaux de l'ordre d'un mètre. Il est vrai aussi que dans des mégalopolis comme Shanghai ou Téhéran, 8 % des cancers sont liés à la pollution. Ce qui justifierait le sentiment des scientifiques qui considèrent désormais que «l'espèce humaine est devenue le sida de la terre». En l'an 2000, la population urbaine d'asie représentera environ un milliard trois cents millions de personnes déjà concentrées sur dix-huit mégalopoles mondiales... Il nous faut admettre que l'économie et les autres sciences ne sont pas encore en mesure de tout prévoir ni de conférer un minimum de sagesse à leurs grands prêtres. Et que, exception faite de l'accord de Londres sur l'ozone (élimination du chlorofluorocarbone d'ici l'an 2000), un ordre planétaire fondé

27 sur une leadership collectif n'est pas encore en vue. Alors que dans un monde devenu fini, où il n'y a plus d'ailleurs, un gouvernement mondial sera nécessaire dans les domaines qui conditionnent la survie de l'espèce humaine. Il faudra bien intégrer un jour, dans une vision globale, la préservation de l'environnement dans le PNB pour en faire un PNG, un produit national global. Aux États-Unis, un indice «Good Money» a été mis au point sur la base du critère d'utilité sociale. Il a le bon goût d'évoluer au-dessus du fameux Dow Jones, surtout en période de crise... L'inflation était parfois préoccupante mais l'on pouvait toujours s'en arranger grâce à des monnaies qui avaient l'élégance de flotter et d'amortir toutes les autres fluctuations; les luttes idéologiques, enfin, donnaient une dimension supplémentaire au conflit qui se nourrissait de la confrontation des deux systèmes et de leurs variantes. Pendant que les armées combattaient sans trêve une relâche aurait conduit à la stagnation puis au déclin, les officiers supérieurs se rencontraient à intervalles de plus en plus rapprochés afin de normaliser les cuirasses et les armements. La guerre n'était ni joyeuse, ni triste, ni enthousiasmante, ni austère. Elle «était», tout simplement, car les civils qui en profitaient pour s'enrichir très inégalement d'ailleurs ne souhaitaient pas la paix. C'était l'époque des miracles allemand, italien, français, espagnol, brésilien... Les nations mesuraient leur produit national comme autrefois les territoires conquis. Grâce aux liens tissés au travers d'un intense commerce international, les économies se faisaient la courte échelle par beau temps... et des croche-pieds dès que l'orage survenait. Le négoce international ayant pris une dimension démesurée, les flux commerciaux sombraient dans le déséquilibre et le désordre, les taux de progression des produits nationaux divergeaient et les taux d'inflation faisaient le grand écart. A ce bouleversement du cadre des relations économiques faisaient écho des craquements du système monétaire international. La crise monétaire était née. Tous les pays, dont aucun ne pouvait désormais s'isoler d'un contexte devenu mondial, en subissaient les conséquences les petits davantage que les gros mais s'en accommodaient grâce à des monnaies qui flottaient en bouée de sauvetage (de nombreux petits chocs sont préférables à un grand), le règne du roi dollar consacrant le statut particulier du plus puissant des pays occidentaux. Le monde avait réussi à canaliser ses pulsions sur un nouveau type de combat rude et pacifique, utilisant plus directement que jamais les rapports de forces économiques. C'était trop beau et cela faillit s'interrompre quand une partie du monde s'aperçut

28 qu'elle était laissée à l'écart de la sphère de prospérité matérielle en quoi la planète tendait à se transformer ailleurs. Et il se trouve que les hasards de la géologie avaient doté quelques éclopés de la croissance du quasi-monopole de l'un des aliments de base des combattants : le pétrole. Ils en usèrent et en abusèrent même un peu, provoquant dans le conflit en 1973 et 1979 deux perturbations dont les armées devaient passer de longs mois à se remettre. L'accroissement du PNB, c'est-à-dire d'une masse hétérogène, n'était pas la garantie d'une meilleure répartition de la richesse produite. Le peloton s'étirait en fonction de la brutalité de la compétition. La proportion de la population participant au réseau d'échange d'une économie mondialisée permettait de définir les nations qui participaient pleinement à la guerre économique. Cet état de guerre, nous en voyons tous les jours les manifestations et le langage militaire employé par la presse en témoigne. Ne parlera-t-on pas en 1975 et en 1976, pour tirer les conséquences de la crise pétrolière, de faire manœuvrer les entreprises dans le cadre du redéploiement industriel comme des troupes sur un champ de bataille? Mais la meilleure illustration en sera encore la préparation des différents rounds de réduction des tarifs douaniers sous l'égide du GATT. Nous en sommes aujourd'hui avec l'uruguay-round consacré davantage à l'agriculture et aux services qu'à l'industrie, à la huitième réunion de ce genre depuis la guerre, à la troisième dans les vingt-cinq années qui viennent de s'écouler. Le Kennedy-round réponse des Américains à la création du Marché commun suivi du Nixon-round devenu le Tokyo-round, qui a duré six ans pour prendre fin en 1979, sont des matches opposant pour l'essentiel les États-Unis, qui s'acharnent depuis plus de trente ans à faire baisser les droits de douane, à leurs challengers européen et japonais ainsi qu'aux pays du tiers monde. Résultat : de 1945 à nos jours, les droits de douane ayant chuté en moyenne de 40 % à 4 %, toutes les nations par des accords bilatéraux d'autolimitation, des mesures de sauvegarde, des normes et des obstacles non tarifaires qui remplacent hypocritement les barrières douanières cherchent à freiner les effets parfois ravageurs de ce grand vent de libéralisme et de dérégulation des échanges initié avec persévérance par les Américains avec une vue messianique. Le plus puissant des pays a depuis trois décennies déclenché une guerre commerciale d'une rare intensité, qui lui a été moins propice qu'à d'autres, puisqu'elle a fait régresser son poids dans le monde. Un monde décloisonné a remplacé le champ fragmenté où les entreprises s'affrontaient à l'abri de protections douanières et non douanières de toute nature. Une compétition vivifiante mais meurtrière oppose les entreprises. D'où la prise de perception croissante que la meilleure manière de faire progresser le commerce internatio-

29 nal sans trop de drames réside probablement dans une organisation un peu moins désordonnée des échanges. Mais c'est encore pour l'essentiel au son des trompettes libreéchangistes que se mène aujourd'hui la guerre économique qui présente cette particularité par rapport à la guerre classique dont le but, selon Clausewitz, résidait davantage dans la paix à venir que dans la victoire qu'elle ne peut être gagnée par KO mais «aux points», car chacun des adversaires a intérêt à préserver les autres afin que le combat continue et maintienne ses effets stimulants. L'économie mondiale est en voie d'unification totale car le libéralisme est depuis peu la seule religion économique. La vague libérale, qui s'est traduite sur le plan politique par l'accession au pouvoir de Margaret, Thatcher en Grande-Bretagne, puis de Ronald Reagan aux États-Unis, a infiltré le tiers monde puis finalement le continent socialiste. Dans les pays de l'est en rupture avec l'irrédentisme communiste, on prône la liberté d'entreprendre, on privatise, on déréglemente, en espérant que la fameuse main invisible chère à Adam Smith fondateur de la théorie économique moderne par son livre La Richesse des nations fera émerger un certain niveau d'intelligence collective. En poursuivant leur propre intérêt, les individus ou les entreprises contribuent plus efficacement au progrès de la collectivité que lorsqu'ils cherchent sciemment à le faire. Le marché permet la mobilisation optimale des informations et des initiatives. Partout l'on vit avec volupté dans l'idée que la concurrence et la liberté d'entreprendre sont source de progrès et que l'aventure complètement folle dans laquelle est lancée l'humanité pourra un jour être contrôlée. Le libéralisme est devenu presque universel avec la disparition de l'autarcie fasciste et du communisme. La loi du marché régente tout, les salaires, les prix, l'immobilier, le cours des monnaies. C'est la tyrannie d'un invisible réel et «naturel» contre laquelle il paraît difficile de s'élever. Mais c'est aussi la concurrence, la compétition, l'image du mouvement et de la vie. En France, notre capitalisme de cour est censé permettre d'éviter tout emballement, toute prise de contrôle stratégique et tout excès. En Chine, où le libéralisme est réservé aux PME, les dirigeants chinois déclarent qu'il est «bon d'être riche». Pourtant le libéralisme ne garantit à aucun pays de garder son rang dans la compétition économique : les États-Unis et surtout la Grande-Bretagne en sont d'éclatants exemples. Le libéralisme est certainement le meilleur stimulant de la croissance des revenus pour le plus grand nombre et il est également source de progrès de toute nature. Mais l'esprit d'entreprise et l'esprit d'initiative peuvent s'accompagner d'ambitions collectives susceptibles d'en accélérer les effets bienfaisants et de mieux répartir les richesses

30 créées. En Allemagne fédérale, au Japon, en France de 1960 à 1973, une certaine ambition aura permis d'accélérer la croissance et le poids de ces pays dans le monde. Il est clair en effet que le succès d'un régime libéral dépend aussi un peu de son architecture sociale et de son commandement politique... ; la guerre, disait Clausewitz, requiert la mobilisation politique et sociale. Il ne faudrait pas que la ruine de l'alternative communiste masque le chômage et la misère des cités ghettos dans nombre de pays occidentaux. Même si les entreprises ne prennent en considération que leur intérêt propre, globalement orientées par les lignes de force du champ magnétique de la guerre économique, elles servent leur pays. Comme les multinationales qui confortent par leur implantation à l'étranger leurs exportations à partir du pays où sont situés leur berceau et leur centre de décision. Dans ces conditions, les États sont conduits à mobiliser l'énergie de leurs acteurs économiques en améliorant le cadre nécessaire à leur action. Il n'est donc pas surprenant qu'un président de la République et un chancelier des deux principaux États européens aient été d'anciens spécialistes de l'économie. Et que Georges Pompidou déclare à Jean Charbonnel, son ministre de l'industrie, en 1972 : «Vous êtes le ministre civil de la défense européenne.» Un peu plus tard, Valéry Giscard d'estaing baptisera son Premier ministre du titre de «Joffre de l'économie.» Et Jean Boissonnat remarquera que «de nos jours, Spartacus serait chef syndicaliste, Wellington, président de la Shell, Bonaparte, commissaire général du Plan, et Charlemagne, président de la Commission de Bruxelles». Dans la guerre économique, il y a les troupes «au front» que sont les entreprises exportatrices, les troupes de l'arrière qui n'occupent qu'un marché régional ou local, et les commandos de choc qui débarquent à l'étranger, les fameuses sociétés multinationales aux multiples implantations industrielles dans différents pays. Dotées de plus de souplesse et d'esprit d'initiative que les entreprises purement nationales, ces firmes portent avec succès le combat sur le terrain de l' «adversaire» et se développent beaucoup plus rapidement que les autres. Une petite moitié d'entre elles sont basées aux États-Unis, dont les exportations vers l'europe en relatif déclin se trouveront relayées il y trois décennies par une tête de pont de quelques centaines de grandes sociétés américaines qui contrôlent de 10 à 20 % du potentiel européen, davantage dans les secteurs de pointe à l'avenir le plus prometteur. Ces multinationales confèrent ainsi à cette nation, qu'elle le veuille ou non, de façon consciente ou inconsciente, une hégémonie d'une nouvelle nature, celle qui impose une certaine imitation du comportement industriel et de l'american Way of

31 Life et provoque par contagion les mêmes interrogations qu'aux États-Unis, modèle et contre-modèle du développement. Depuis quelques années c'est l'armée industrielle japonaise qui débarque sur notre continent en tournant ses lignes Maginot par des opérations du type cheval de Troie sur les territoires excentrés de la Communauté, comme l'irlande par exemple. Pour l'europe qui tardera à en prendre conscience, une seule riposte positive est possible au plan industriel : la réciprocité. Elle doit disposer à l'extérieur de son territoire du potentiel contrôlé chez elle par les entreprises étrangères, ceci afin de conserver sa pleine souveraineté. Mais l'europe n'a toujours pas de politique industrielle commune. Chaque État fait cavalier seul; chaque nation européenne encourage cependant ses entreprises à investir à l'étranger et cette concordance d'attitude constitue un premier pas vers une stratégie de, l'europe vis-à-vis du reste du monde. En s'implantant aux États-Unis et surtout sur l'ensemble du territoire communautaire, Saint-Gobain, Pechiney, Hoechst et BASF servent à terme la cause de cette Europe des entreprises. Ainsi, au niveau des blocs, et de la fameuse triade, c'est-à-dire de cet immense marché de six cent cinquante millions de consommateurs qui constituent l'europe occidentale, les États- Unis et le Japon, la guerre industrielle mobilise une armée encore divisée, celle de l'europe. Et il est grand temps qu'après les divisions et les combats qui ont présidé à la constitution de chacun des États européens, la nouvelle échelle de la compétition leur impose à son tour de resserrer leurs liens, de s'unir et de faire preuve d'une commune résolution face à des armées unies et résolues, afin de participer avec leur génie propre à l'effort mondial de développement. Tel est le sens de l'acte unique qui doit conduire à un début d'europe unitaire en et à la naissance d'une armée industrielle à identité européenne tirant pleinement profit du territoire communautaire dans toutes ses composantes, commerciales, industrielles et scientifiques. En un mot, à un come-back historique de l'europe encore bien absente du champ de bataille diplomatique et militaire du Golfe en C'est l'aspiration au bien-être matériel fondé sur un formidable appétit de besoins insatisfaits, accumulés depuis la crise des années trente et la Seconde Guerre mondiale, ainsi que sur le désir de rattraper le niveau de vie des Américains entr'aperçu à l'occasion de l'arrivée des GI en Europe, qui explique l'entrée dans la guerre économique du continent européen. Depuis, le phénomène est devenu mondial. Le maître mot est : pouvoir d'achat. Et il indique bien que le besoin de consommer recouvre une compétition, voire une guerre. Comme l'avait déjà remarqué

32 monde libéral, les Américains attendent dans une douce insouciance que leur balance commerciale se rétablisse. Les Européens battaient monnaie en contrepartie des dollars redevenus inconvertibles, il leur faudra maintenant acheter des produits made in USA pour permettre aux Américains d'acheter leurs entreprises. Le nouvel «ordre monétaire» est encore celui du plus fort. Ce premier pas vers une globalisation des relations entre les États-Unis et l'europe n'était-il pas amorcé outre-atlantique qu'une exigence d'une plus grande portée faisait son apparition. C'est Henry Kissinger qui l'a formulée au début de 1973 dans ce qu'on a qualifié de nouvelle Charte de l'atlantique. Le partage de Yalta avait conféré aux Etats-Unis un leadership moral, politique et économique sur les pays occidentaux, le Japon et le tiers monde. Mais les nations développées peuvent maintenant se payer les moyens de leur défense après avoir amoindri l'influence américaine et secoué son économie. Il était donc nécessaire de reconnaître que les problèmes politiques, économiques et militaires étaient liés et devaient être traités globalement. Cette illustration de l'interaction, aveuglante aujourd'hui, de l'économie sur la politique n'a pas surgi ex nihilo du cerveau du plus proche et du plus brillant collaborateur du Président Nixon. En décembre 1971, M. R. Danielan, président de l'association internationale de politique économique à Washington, avait déclaré : «Je crois savoir que tous les pays de la Communauté européenne désirent que les troupes américaines restent en Europe. Ils devraient donc tous être prêts à contribuer à leur stationnement.» Si les Européens étaient prêts à l'époque à reconnaître que les Etats-Unis consacraient près de 9 % de leur produit national aux dépenses militaires contre moins de 5 % pour les nations européennes et que, de la sorte, celles-ci avaient bénéficié d'une défense au moindre coût, on pensait également qu'un poste autrement important du déficit de la balance des paiements américaine était imputable aux sorties de capitaux et qu'en recherchant un large excédent de sa balance commerciale, l'amérique visait à perpétuer sa politique d'expansion à l'étranger au travers de ses sociétés multinationales. Dès lors, la tentation était grande de rechercher un équilibre poste par poste des éléments de la balance des paiements américaine. En clair, cela signifiait en premier lieu que l'europe accepte de payer davantage pour le prix de sa défense. Mais encore faudrait-il qu'elle en ait une qui soit véritablement commune au-delà de l'évanescent parapluie américain et des forces nucléaires française et britannique dont la seconde était encore largement liée aux États-Unis. Péniblement capables de s'entendre sur le seul aspect commer-

33 cial du Nixon-round, puis de l'uruguay-round, pouvait-on espérer que les Européens soient disposés à mettre rapidement sur pied une défense commune afin de relayer la protection des Etats-Unis, à ouvrir leurs marchés alimentaires, à renoncer à une part de leurs marchés industriels extérieurs, à réévaluer régulièrement leurs monnaies dès que le dollar donnerait des signes de défaillance, enfin à abandonner toute ambition aéronautique, nucléaire, informatique?... Faute de s'entendre sur rien, les Européens refusèrent tout dans un premier temps. Parvenus à un degré de prospérité nouveau pour eux, leur égoïsme ne le cédait en rien à celui des Etats-Unis, de la même façon que des enfants devenus majeurs et fortunés refusent d'aider leurs parents dans le besoin. Vingt ans plus tard, de façon plus déconcertante encore, l'europe sera toujours réduite à demander assistance militaire aux Etats-Unis, dont le poids économique n'est guère plus important que le sien, pour se protéger d'une nation, l'union soviétique, qu'elle laisse loin derrière elle pour ce qui est du poids et de l'efficacité de son économie et de son industrie. Sans pour autant négocier cartes sur table en acceptant un déficit de la balance des paièments américaine pour certaines dépenses militaires, en le refusant par contre pour les exportations de capitaux qui correspondent à une stratégie de rachat de la force vive europ en souhaitant que les États-Unis remettent un peu d'ordre dans leur économie plutôt que de tout attendre des efforts et des sacrifices de leurs partenaires devenus des créanciers qui, par leurs prêts à court terme sans cesse renouvelés, fournissent à l'amérique les moyens de racheter leur substance. L'arrivée au pouvoir de M. Gorbatchev et la perestroïka changeront de nouveau la perspective. Il ne s'agit plus de se prémunir contre la Troisième Guerre mondiale et donc de préparer une riposte massive. Les crises futures seront complexes et ne nécessiteront plus une structure intégrée permanente. Les dernières unités soviétiques quitteront l'europe centrale en 1994 tandis que le contingent américain diminuera sur le vieux continent de trois cent vingt-cinq mille à soixante-dix mille hommes en cinq ans. Un retrait d'une telle envergure justifie un rééquilibrage des responsabilités entre Européens et Américains dans le domaine de la défense. C'est le moment pour la France d'amorcer un pôle européen de sécurité et de créer ainsi une nouvelle structure plus égalitaire entre l'europe et les États-Unis dans l'alliance atlantique. Même si la menace semble avoir disparu, il ne faut pas d'une Europe désarmée ; nous avons besoin d'une assurance-vie qui ne peut résulter que d'un rapprochement des forces de dissuasion françaises et britanniques, avec extension de la protection nucléaire à l'allemagne. Dans le domaine

34 conventionnel, les armées nationales doivent concourir à l'édification d'un pilier européen de défense. Si dans le passé les Français se sont montrés méfiants vis-à-vis de l'allemagne ou de la Grande-Bretagne, la première parce qu'elle est la plus puissante nation d'europe, la seconde la plus proche psychologiquement de l'amérique, ces réticences ne sont plus de mise. Faire élaborer la défense de l'europe par les Européens, c'est aussi supprimer à terme toutes les ambiguïtés des relations économiques entre les États-Unis et l'europe. L'OTAN a coûté, dans le passé, environ 3,5 % du produit national américain et justifié le comportement impérial de la plus puissante des nations dans la guerre économique. Une telle situation ne peut subsister très longtemps. La piteuse prestation de la Communauté européenne pendant la guerre du Golfe doit servir de leçon et permettre d'en finir avec cette infirmité de l'europe en matière de défense. La constitution d'un bouclier spatial avec des satellites d'observation et une coopération accrue en matière de fabrication d'armements entre pays européens donneraient aux industries nationales de la Communauté des marchés d'une dimension suffisante pour soutenir leur effort de recherche-développement. L'industrie a besoin de cette Europe de la défense, si l'on songe notamment que le budget de défense américain consacre quinze fois plus que le budget français à la recherche dans l'électronique. Seule cette Europe de la défense peut permettre la mise en place de budgets significatifs de recherche-développement en faveur de l'industrie communautaire des hautes technologies. Henry Kissinger, toujours lui, écrit dans ses Mémoires : «En poussant à l'unification économique de l'europe, nous avions ouvert à celle-ci un domaine d'une telle dimension qu'elle avait toutes les chances de devenir notre rivale. En décourageant la formation d'une Communauté européenne dans le domaine de la défense du moins jusqu'à l'échec du projet initial en 1954, nous avions dévalorisé une dimension dans laquelle les intérêts atlantiques avaient toutes les chances de coïncider. Cependant, je préférais l'unité européenne, sous une forme ou une autre, à un chœur discordant de nations antagonistes que leur impuissance mènerait tôt ou tard à se désintéresser de la politique étrangère, et donc à devenir des neutralistes, si ce n'est officiellement, du moins dans leurs actions.» La réalité n'a pas confirmé cette déclaration d'intention jusqu'à présent. Aux Européens de la concrétiser aujourd'hui, sauf à prendre le risque de voir la protection militaire américaine facturée à son coût réel, comme ce fut le cas lors de la guerre du Koweït. Les choses sont désormais claires, tout a un prix, même si le lien est fort entre l'europe et les États-Unis, lui qui résulte d'une même croyance aux valeurs de liberté. Les trajectoires de la puissance économique et militaire ne

35 sont jamais exactement en phase. Les États-Unis sont aujourd'hui plus forts militairement qu'économiquement, de même que la Grande-Bretagne. L'Europe est loin du compte. Il est permis d'espérer que la première puissance commerciale du monde, et de ce fait le partenaire privilégié de tous les autres blocs économiques et du tiers monde, qui réalise la plus forte concentration industrielle du monde, sera bientôt capable de jouer un rôle singulièrement en matière de défense à la mesure de ses dimensions économiques qui en font le carrefour commercial et industriel de la planète.

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37 CONCLUSION Nous sommes dans une ère planétaire et l'esprit du commerce aurait dû adoucir les manières des hommes. Le nez sous l'écume du quotidien, un peu partout dans le monde, n'inspire pas un tel optimisme. La science et l'économie de marché ont transformé notre existence en faisant participer une partie de l'humanité à une prospérité qui a conduit au mécontentement de presque toutes les couches de la société. La science, la technologie et l'industrie devaient se conjuguer afin de créer un paradis sur terre. Ce que nous voyons se profiler, c'est une société à deux vitesses, plus dure et plus brutale aux pauvres que par le passé. La société de consommation a engendré une société matérialiste, dépourvue d'idéal et frileuse, qui déborde de biens matériels pour les uns sans procurer un minimum de vie décent aux autres, tout en se vidant de toute dimension spirituelle. Depuis peu, le dogme du progrès automatique et de la raison triomphante s'est effondré au profit du désordre généralisé dans un univers complexe et menaçant. Le temps des grandes migrations revient. L'Est et le Sud vont forcer leur Rio Grande en Europe. Le nomade qui inquiète toujours le sédentaire est de retour. Le modèle de développement, né au Nord, a broyé dans le concasseur de la modernité de nombreuses populations du Sud. C'est particulièrement vrai au Proche-Orient où des cités ultramodernes et artificielles ont jailli du désert pour intégrer leurs habitants aux circuits mondiaux de la consommation et de la finance sans faire franchir aux masses populaires les portes de la modernité.

38 L'identification de ces foules à un Saddam Hussein idéalisé donne à méditer sur leur désarroi. En Occident, lorsque l'état-providence assure aux habitants un revenu minimum, l'éducation, la protection sociale..., il se rend dix fois plus attirant aux yeux des peuples du tiers monde. En contrepoint, la xénophobie s'y nourrit d'arguments économiques (tels que les avantages sociaux accordés aux nouveaux immigrants) autant que nationalistes. Des risques nouveaux apparaissent de façon quasi invisible par infiltration, pollution, contamination, irradiation. La fuite de Seveso, la marée pétrolière de l ' Cadiz, la catastrophe de Tchernobyl, le rôle du chlorofluorocarbone (CFC) sur la couche d'ozone de l'atmosphère mobilisent un temps et nous rendent semblables aux enfants de Lucrèce qui «tremblent et s'effraient de tout dans les ténèbres». Si la vie est une succession de périodes de crises et de transitions, celle que nous vivons est particulièrement dure à supporter. Et la surabondance des images brutales et biaisées d'une planète qui montre en permanence ses pustules, aussi bien que l'american Way of Life devenu l'espéranto de la planète, n'arrange rien. Vingt ans après les Trente Glorieuses, deux après la mort du marxisme, la célèbre question de François Perroux, «comment l'économie peut-elle contribuer au meilleur développement de l'homme?» reste d'actualité. S'il n'y a plus à choisir entre le communisme, ce «rationalisme», et le libéralisme, cet «empirisme», ou à rechercher, dans le contexte des années soixante, cette fameuse troisième voie dont l'idée avait été lancée par le général de Gaulle, il est clair que la surconsommation, le sousemploi et la misère continuent à poser problème. Attendre et voir venir consisterait à pratiquer la politique de l'autruche en lui trouvant un air de sagesse. Le marché n'est pas une divinité. Certes, le capitalisme triomphe de ses maladies quand le socialisme succombe à son premier cancer. Maurice Allais, le Prix Nobel d'économie, nous alerte : «Il y a mieux à faire que danser la danse du scalp autour des systèmes collectivistes.» Sans doute n'y a-t-il pas symétrie entre les deux systèmes, celui qui étouffait systématiquement les libertés à l'est et celui qui les dévoie vers l'égoïsme à l'ouest. Mais le capitalisme, tel Janus, présente deux aspects : la prospérité côté face et la paupérisation côté pile. Il n'a pas su intégrer le coût de la pollution, de la désagrégation des communautés, de la désertification des campagnes... Faut-il admettre que les sociétés sont définitivement imparfaites? Le libéralisme apporte-t-il encore des libertés nouvelles lorsqu'il inonde le monde d'images et de représentations qui engendrent l'analphabétisme et l'oubli de l'histoire? Pourtant l'histoire de l'union soviétique et de ses anciens pays satellites démontre que la liberté n'existe pas sans le marché Nous voici tous réunis dans

39 l'équation libérale dont on peut se demander s'il s'agit encore d'une philosophie de l'homme tant elle conduit à des horizons courts et tant elle néglige les besoins collectifs. Bien sûr, il y a le capitalisme japonais qui privilégie les intérêt de la communauté par rapport à ceux des individus, qu'ils soient consommateurs ou actionnaires, l'état ne répugnant pas à intervenir pour faire prendre en considération des préoccupations à moyen et long terme. Mais la croissance n'est pas tout. La troisième voie consisterait encore aujourd'hui dans une meilleure adaptation des moteurs de l'être humain à des fins complétant et dépassant la simple croissance. Si le système libéral met l'accent sur l'efficacité au détriment du social tandis que le système socialiste insiste sur la solidarité en écrasant les motivations individuelles, il faut peutêtre réduire un peu l'efficacité en vue d'une plus grande solidarité, d'une plus grande justice, d'une plus grande dignité des hommes. Telle est en tout cas l'une des voies de recherche qui s'offrent à ceux qui préfèrent l'évolution constructive à la brutalité d'une révolution, peu crédible aujourd'hui, mais qui pourrait le devenir si s'installait la croyance qu'il suffit de maintenir et de consolider plutôt que de transformer. Pour aller plus loin dans l'analyse, il faut passer en revue un certain nombre de constantes du comportement humain et l'usage qui en est fait dans chaque type de régime, mais noter auparavant le rôle privilégié d'une cellule qui leur est commune, l'entreprise. Les hommes y passent plus de la moitié de leur temps et y trouvent une communauté qui, pour beaucoup, remplace les communautés traditionnelles telle que le quartier ou la paroisse. Si on ajoute que les travailleurs sont en tant que consommateurs également dépendants de l'entreprise qui façonne les relations humaines au point de créer en grande partie le style de la vie en société, Jean Fourastié pourra écrire «qu'aussi bien en régime socialiste qu'en régime libéral, l'entreprise est la cellule de base qui donne sa physionomie à l'organisme tout entier». Les structures traditionnelles, vernaculaires, se sont désagrégées. Cette atomisation de la société a fait de l'entreprise le seul lieu d'insertion d'innombrables hommes parce qu'elle permet d'échapper à la solitude qu'engendrent les sociétés industrielles. L'entreprise a des fonctions fragmentaires mais terriblement efficaces : produire au meilleur coût avec la meilleure rentabilité. Derrière les structures et les flux économiques, on en arrive à lire les cours de gestion à oublier qu'il y a des êtres humains avec leurs ambitions, leurs rêves, leurs problèmes. D'où la désillusion naïve de ceux qui croient qu'on devrait pouvoir y trouver unanimité et épanouissement. Tensions et conflits font partie de la biologie industrielle qui passe par une série d'équili-

40 bres et de déséquilibres successifs. Aussi est-il demandé toujours davantage aux entreprises : accroître les possibilités de formation et de recyclage du personnel, protéger l'emploi, préserver l'environnement. Certains seraient tentés de penser que l'on est en passe d'aller trop loin dans le rôle social confié à l'industrie. Ce serait oublier que si la compétition entre les hommes est probablement un état de nature, il n'en est pas de même pour la concurrence qui est une règle du jeu extraordinairement efficace du monde économique libéral, mais que rien n'interdit de modifier. Le but restant toujours de gagner, c'est-à-dire d'obtenir en permanence la plus grande rentabilité pour les capitaux investis, on peut semer le chemin des entreprises de contributions à l'équilibre social, à condition d'être sûr que la très grande majorité d'entre elles continuera à progresser. En cela, le système capitaliste, fondé sur la plasticité et la capacité d'adaptation d'un très grand nombre d'unités, offre infiniment plus de souplesse que les systèmes socialistes où la stratégie des entreprises consistait à exécuter des instructions venues de l'extérieur, souvent sans référence au contexte local. Mais les chefs d'entreprise ne sont pas pour autant lourds de destins nationaux. Seuls les pouvoirs publics le sont dans leur mission de redistribution sociale, à condition que cette mission ne conduise pas à une croissance excessive de l'état au détriment de l'initiative et du dynamisme d'une société. Il ne faut pas confondre les bons joueurs et les grands stratèges, ceux qui franchissent tous les obstacles et inventent même de nouvelles règles afin de faire jouer à leur entreprise un rôle social accru avec les porteurs de destinée. Autrement le risque serait plus grand encore de voir quelques centaines de multinationales géantes régenter le monde libéral. Au-delà d'un certain seuil, la concurrence devient passion et s'exacerbe en volonté de puissance. Des entreprises pilotes, des expériences dans tous les domaines, singulièrement dans le domaine social, une grande masse d'exécutants fidèles à des règles du jeu évolutives et fixées soit par concertation au sein des entreprises, soit par la collectivité, quelques perdants pour consacrer ces règles à condition que le droit au travail et la dignité du personnel soient préservés, voilà ce que doit être le monde des entreprises. Une somme de microcosmes dans lesquels l'homme doit apprendre à vivre en collectivité par confrontation des forces et des impératifs en présence. L'économie et les entreprises visent à produire des biens et des services pour les êtres humains. Mais le social est l'une des finalités de l'économie. La communauté mondiale des affaires ne tient pas seule l'avenir du monde entre ses mains. Mais le défi qu'elle a à relever, d'une grande simplicité dans son énoncé, est essentiel : l'entreprise est faite pour l'homme et non l'homme

41 pour l'entreprise, ce qui suppose des entreprises à base de droits et de devoirs pour tous les hommes qui les constituent. Le premier moteur humain du développement économique réside dans la différenciation des revenus qui revêt un caractère affirmé dans le système libéral. L'écart des niveaux de vie y est particulièrement élevé et la pyramide qui en résulte a davantage tendance à s'allonger qu'à s'aplatir. Dans le système libéral, un système dynamisant crée une injustice qui prend un caractère criant vis-à-vis de certains traînards pour lesquels elle amène à l'inégalité dans la culture, la maladie et la mort, et un certain essoufflement dans la mesure où le prix payé pour l'accroissement de satisfaction de ceux qui ont déjà plus que le nécessaire est de moins en moins bien supporté. Le développement industriel de ces dernières décennies a probablement contribué à creuser les écarts entre les niveaux de vie qui n'ont cessé d'augmenter tout au long des siècles. Dans un pays considéré comme l'un des plus égalitaires qui soit, le Japon, dont tous les habitants considèrent qu'ils appartiennent à la classe moyenne, l'égalitarisme est remis en cause par l'envolée vertigineuse des prix des terrains et la création d'une classe de nouveaux riches, grâce à la flambée de la Bourse de ces dernières années. Le Japon, occupé depuis peu à comptabiliser ses milliardaires aux Olympiades de la richesse, oublie le spectacle des journaliers entassés dans les dortoirs minuscules de certains quartiers. Dans les sociétés libérales, il n'est plus possible de retarder davantage la mise en œuvre d'une politique volontariste visant à une plus grande équité dans la répartition des richesses car un meilleur traitement des délaissés et des déshérités est porteur de bonheur alors que dans les couches nanties de la population l'accroissement de la richesse peut ressusciter le Veau d'or. Et la liberté ne peut se substituer totalement à l'égalité : «Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, c'est la liberté qui opprime et la loi qui agrandit», disait Lacordaire il y a un peu plus d'un siècle. Mais, «si l'on se contente de donner plus aux uns sans rien enlever aux autres, on retrouve après inflation l'inégalité du départ». Et, comme il y a dans les sociétés libérales une inéluctable tendance au déséquilibre dans la mesure où le peloton s'étire en fonction de la rapidité de la course, entre le resserrement des revenus et le danger d'une trop grande décélération de l'économie, l'équilibre est délicat et précaire. Certains en tirent argument pour repousser l'idée d'une politique des revenus et considèrent que c'est dans le surplus de ressources procurées par une meilleure productivité que l'on pourra trouver de quoi améliorer le sort de ceux qui se trouvent à la marge de la société de consommation. D'autres, au contraire, plaident en faveur de la définition d'un niveau de ressources minimales qui garantirait la dignité de tous les individus.

42 L'Europe offre cette chance au système libéral qu'elle peut être le terrain d'expérimentation des politiques à développer pour lutter contre «la force des choses» qui, selon Jean-Jacques Rousseau, tend toujours à détruire l'égalité. Chaque État doit trouver sa voie en fonction des traditions dont il est toujours un peu prisonnier, mais aucun ne peut la rechercher sans se comparer à ses voisins. L'éventail des revenus a désormais une double relativité au sein de chaque nation et d'une nation à l'autre. Les politiques sociales et bientôt une politique sociale européenne y gagneront ce que le libéralisme y perdra pour se rénover : un certain laisser-aller. La puissance et le pouvoir constituent un autre moteur de l'homme. Dans la société de type soviétique, ils s'exerçaient il y a peu au travers de la seule vie politique. La société libérale offre un champ plus large aux ambitieux qui peuvent trouver aussi dans l'entreprise et dans la vie syndicale de quoi satisfaire leurs aspirations... et le besoin d'évasion, corollaire de sociétés parfois trop fébriles. En Chine, l'exemplarité a été longtemps substituée au pouvoir et à l'argent. L'avenir montrera si ce moteur peut entraîner longtemps la machine en avant, même par bonds successifs. En URSS, la photo des stakhanovistes n'attire définitivement plus les regards. S'agissant du pouvoir dans l'entreprise, sa concentration au sein d'un nombre restreint d'hommes, constituant des castes plus ou moins fermées et souvent coupées des ateliers de production, ne va pas sans poser des problèmes tant la gestion de nombre d'entreprises est devenue complexe, anonyme, impersonnelle et tant il est difficile d'appréhender dans leur ensemble et dans leur variété toutes les questions qu'elle suscite. A l'échelon inférieur règne encore trop souvent le travail déshumanisant ; aux échelons intermédiaires une fraction du pouvoir se répartit entre des hommes qui n'ignorent pas qu'ils n'en auront jamais beaucoup plus ; tandis qu'au sommet les «happy few» continuent à avoir le monopole de sacrifier tous les autres sur l'autel de la rentabilité. C'est ainsi que l'on pourrait résumer la façon dont certaines entreprises prétendent encore aujourd'hui se gérer par l'imitation souvent caricaturale du modèle américain des années soixante. En Chine, il y a une décennie, une lutte impressionnante avait été engagée pour combattre l'accaparement du pouvoir par un petit nombre. Les cadres, même politiques, effectuaient sous forme de stage un retour à la terre et au travail manuel qui avait pour objectif de les rendre plus solidaires de la classe ouvrière et de la classe paysanne. Si on prend cet exemple comme limite du possible (mais après tout certaines entreprises ont envisagé la possibilité d'un système de rotation des responsabilités permettant à chacun d'occuper pour quelque temps un poste qui lui est

43 interdit par les modes actuels de sélection; IBM n'a-t-elle pas étudié l'instauration de stages ouvriers d'une durée de plusieurs mois pour tous ses cadres sans aller d'ailleurs très loin dans cette voie?), il reste qu'une évolution des travailleurs vers une association croissante à la gestion de l'entreprise libérale est nécessaire. Elle l'est, non seulement sur le plan de l'épanouissement des hommes suivant l'expression de Roger Garaudy, «il faut que les choses soient faites par les gens et non pour eux», mais aussi en raison de la souplesse d'adaptation que procure la multiplication des délégations de responsabilités. Déconcentration, décentralisation, concertation, information devraient répondre au désir des hommes d'obéir à des ordres intelligibles, les mettre en mesure d'assumer leurs responsabilités et de se sentir associés à la vie de l'entreprise, laquelle devrait en outre intéresser tous ses salariés à ses résultats de façon à les rendre actionnaires aussi bien qu'artisans du succès. Chaque entreprise devrait se doter d'un système de valeurs qui encourage la promotion de tous. En corollaire, la formation permanente devrait permettre à chacun de mieux se situer dans l'entreprise tout au long de sa carrière, de changer éventuellement d'orientation, de se perfectionner dans une voie plus librement choisie. Cette évolution est en cours et elle est également conforme à l'intérêt de l'entreprise qui passe par l'humanisation de l'organisation du travail. Hiérarchie et responsabilité ne sont pas contradictoires sous réserve que la première soit acceptée par ceux qui disposent suffisamment de la seconde. L'égalité des chances au départ est une autre condition de l'acceptation des hiérarchies et l'espoir de promotion pour soi ou ses enfants est un moteur puissant du comportement humain. On est loin du compte dans le système libéral moderne où la promotion se fait essentiellement par modification des structures qui offrent davantage de postes à statut plus élevé et où la mobilité ascendante se produit par étapes, sans aucune mobilité descendante. Le passage du fils d'ouvrier au statut d'agrégé, de polytechnicien ou d'énarque, est encore rare. Il y faut le plus souvent deux générations, le stade intermédiaire n'étant plus forcément celui d'instituteur comme il y a un demi-siècle. Le système fonctionne sans trop de heurts mais suscite chez certains sinon le désespoir, du moins complexes, malaises et frustrations. S'imaginer que l'on peut maintenir une civilisation sur la voie du développement sans lier hiérarchie et promotion sociale serait faire abstraction de mécanismes sociaux aussi complexes que puissants et, dans certains pays occidentaux, la promotion n'est pas toujours à la hauteur de la fermeté avec laquelle la hiérarchie est défendue.

44 Sur le plan de la sécurité et de la solidarité vis-à-vis de certains «groupes sensibles», comme le plan baptise pudiquement les personnes âgées, les handicapés et les travailleurs étrangers, il doit y avoir solidarité dans la croissance, faute de quoi la société serait incomplète, mutilée, sans âme. Le «supplément d'âme» n'aura pas de sens tant que les vieillards, les inadaptés et les travailleurs étrangers qui souhaitent vivre définitivement dans notre pays ne seront pas intégrés dans la société. Tout en gardant, s'ils le souhaitent, leur spécificité. Les contraintes de la vie sociale font émerger une autre valeur qui prend une importance croissante. L'homme ne se satisfait plus de se réaliser dans le travail et d'être jugé en fonction de son statut professionnel. Il veut être plus, c'est-à-dire autre chose qu'un producteur même pensant et conscient de la société industrielle. La sauvegarde de l'initiative culturelle passe par la dissociation de la hiérarchie professionnelle et de la hiérarchie sociale, de la vie professionnelle et de la vie qu'on assume soimême quand on a quitté le travail. Il est clair que cette aspiration peut être la première ou la dernière à être satisfaite. La dernière si la résignation accompagne la ségrégation, la première chez les sages qui puiseront en eux-mêmes pour «vivre leur vie». Si l'amour de la richesse sous toutes ses formes est inné chez l'homme, une autre partie de lui-même rêve de désintéressement et de générosité gratuite. Ce que Lévi-Strauss traduisait en : «Un humanisme bien tempéré ne commence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l'homme, le respect des autres avant l'amour-propre.» Ce sont les notions de solidarité, de générosité, d'altruisme qui font de l'homme une espèce supérieure. Trop souvent l'absentéisme du cœur accompagne la concurrence sans frein. Comment modérer la passion de la concurrence avec un peu de cet amour du prochain? Telle est une des autres questions posées au libéralisme. Au regard de l'accumulation des problèmes posés au seul modèle économique désormais en vigueur sur la planète, qui donc annonçait récemment la fin de l'histoire? A lire Fukuyama, l'auteur de la formule après plusieurs autres, la victoire du libéralisme sur le communisme et l'affirmation de la dignité de la personne humaine devaient conduire à un seul modèle politique : une démocratie étendue à l'échelle de la planète, «l'etat homogène universel» selon la formule de Hegel. C'était oublier un peu vite que l'histoire n'a pas de happy end : les missiles et Scud de toute nature, les risques de balkanisation en Europe, les menaces sur l'écologie de la biosphère, les conquêtes quotidiennes de l'industrie japonaise partout dans le monde... ont torpillé cette sympathique utopie. L'histoire est tragique et nous ne sortons jamais de nos conflits que pour nous en créer d'autres. Et les

45 sursauts inspirés par la famine et le fanatisme ne seront certainement pas les derniers. Le combat économique s'est installé pour quelques décennies. Il nous faut fonder sur ce constat pessimiste une éthique du progrès et du bonheur. «Tout est commerce», a dit dans un raccourci lapidaire le président de Sony. Tout est conflit, aurait-il pu ajouter, lui qui fait trembler quotidiennement Philips, Thomson et quelques autres. Tout est aussi excès, comme en témoignera un projet de construction d'un centre commercial près de l'ancien camp de concentration nazi de Ravensbrück. L'idéologie «molle» du libéralisme encourage les turbulences liées à la compétition industrielle internationale. L'histoire a pris le virage instable de la guerre économique. La liste est longue des problèmes soulevés par l'exacerbation de la compétition internationale. Conflits sociaux, terrorisme, krachs boursiers, toxicomanie, délinquance sont autant de signes du manque d'équilibre de la planète et de la vulnérabilité de nos sociétés technicisées. À New York, à Calcutta, à Mexico, à Sâo Paulo, un lumpenproletariat se développe dans des cités-dortoirs. En quelques décennies, la taille moyenne des dix plus grandes métropoles mondiales est passée de quinze à trente millions d'habitants. Plus de 40 % de la population mondiale vivent dans des villes et cette proportion atteindra 50 % en Et peut-on encore parler de ville pour ces concentrations urbaines où s'installent sur fond de drogue la délinquance, l'éclatement des solidarités, la misère et la haine? Si le capitalisme sait construire des ouvrages d'art, il s'avère incapable de freiner une urbanisation aussi massive et désordonnée au profit de villes vivables, sans ségrégation. Du côté de la nature, la capacité dévastatrice des activités humaines a changé d'échelle. Les civilisations anciennes n'avaient fait qu'effleurer la surface de la planète. Désormais, la terre est soumise à des tensions qui dépassent ses limites d'autorégulation. Tout se passe comme si nous constations que la portion d'univers qui nous est accessible est une prison. L'air et l'eau vont devenir des denrées rares. Les Brésiliens, dont l'immense forêt amazonienne participe à la fourniture d'un air respirable, et les Esquimaux, qui ont sous leurs pieds de gigantesques réserves d'eau douce, pourraient un jour présenter une facture au reste du monde. Ne payons-nous pas au roi d'arabie Saoudite une rente sur le pétrole extrait de son sous-sol? Pourquoi les propriétaires de la forêt amazonienne et du Groenland ne recevraient-ils pas à terme une dîme sur le rôle de leur forêt et de leur banquise? À quand l'échange dettes-nature par lequel les pays endettés s'engageront en échange de l'annulation de leurs dettes envers l'étranger à financer un programme de protection de la nature? Quant aux droits à polluer, négociables bien entendu, ils ont été

46 imaginés dans la Mecque du libéralisme pour utiliser les lois du marché en réponse au principe pollueurs-payeurs : ainsi le «clean air act», qui vient d'être voté aux États-Unis, met l'économie de marché au service d'une réduction de la pollution de l'air. Une minorité de la population mondiale profite de la majorité des ressources de la planète tandis que les masses du tiers monde subissent l'intrusion de technologies souvent inadaptées. L'extrême richesse et l'extrême pauvreté se regardent par écran de télévision interposé. Elles ne pourront cohabiter très longtemps. Des milliards d'êtres humains ne pourront rester durablement à l'écart du grand mouvement qui entraîne la partie développée de la planète. Adam Smith, le fondateur de l'économie libérale, s'étonnait des vertus de l'économie de marché qui transforme de mauvais sentiments en richesses. Mais ces richesses sont trop mal partagées pour ne pas troubler un jour le jeu du libéralisme. Dans les bas-fonds de la misère, nombreux sont ceux qui sont prêts à suivre le premier gourou venu. Beaucoup ont adopté la religion islamique pour reconquérir leur dignité, actualisant ainsi la célèbre formule de Marx sur la religion, opium du peuple. La modernité serait-elle un don vénéneux? Quant aux nationalismes, ils renaissent, tant la globalisation a fait naître le désir de recréer la spécificité. Pourtant, l'expérience de la tour de Babel nous apprend que l'unité ne naît pas forcément du multiple. La route de l'avenir n'est pas celle de L'homme n'a pas fini de chercher son nouveau palier d'équilibre. Il s'avance vers le XXI siècle avec les pouvoirs de la science et les instincts d'un homme au front bas. Devant ces perspectives, qui pourraient conduire à une «libanisation» du monde, la fin de l'histoire est bien évidemment une plaisanterie. D'autant, comme l'a écrit François Perroux, que le progrès n'est pas une «fatalité heureuse» mais qu'il dépend de la persévérance dans l'effort. Et que le risque est grand que la jungle de l'inconnu n'entraîne un retour aux idées simples comme le nationalisme, le racisme ou l'intégrisme. Les chevaux de l'apocalypse ne sont jamais très loin. Alors qu'il y a tant à faire, devant l'immensité des besoins en nourriture, logement, santé, communication, auxquels le monde devra faire face. Il faut relever le gant d'une croissance qui permette à toutes les populations de la planète de se sentir chacune égale aux autres, qui forme l'intelligence créatrice de la jeunesse, qui encourage le partage du travail et des revenus, la flexibilité du mode de vie, qui permette à chacun la maîtrise de son évolution, de son modèle culturel et social. Il s'agit, par une mutation copernicienne, d'ajouter à la dimension économique de l'homme, mesurée au travers du PNB, la dimension sociale et la dimension spirituelle. Le PNUD, Programme des Nations-Unies pour le développement, publie déjà un «indicateur du dévelop-

47 pement humain» et un «indicateur de libertés humaines». Plusieurs pays développés, dont les États-Unis et le Japon, se trouvent ainsi rétrogradés au quinzième et au vingtième rang de ces nouvelles échelles. La partie du monde qui a fait le tour du supermarché aux cent mille produits serait bien inspirée de mettre en place un capitalisme moins gaspilleur de ressources rares et de génie créateur, d'anticiper un peu sur le mouvement en faisant rattraper la science par la politique. Comme la démocratie, le libéralisme est le moins mauvais des systèmes mais il est loin d'être parfait. La frilosité des politiques qui se contentent de gérer l'histoire telle qu'elle existe est dérisoire. Quand «les ruines menacent de recouvrir les espérances», il est temps d'agir. Par un gigantesque effort d'éducation, principale source de valeur reçue et ajoutée dans l'évolution du monde. Et ceci au moment où dans de nombreux pays les dépenses d'éducation baissent en proportion du produit intérieur brut tandis qu'une crise des vocations liée aux bas salaires et au standing social insuffisant des enseignants risque de conduire à un désamorçage des systèmes d'enseignement à la base. Par la satisfaction d'une revendication de justice et d'éthique qui déborde des croyances religieuses. Car pour beaucoup, qui ne reprennent pas à leur compte la formule de Malraux, un code moral peut se concevoir indépendamment de toute base religieuse. Dans la mesure où l'humanité a tout expérimenté depuis les quelques milliers d'années que l'homme a commencé à penser, un code éthique ne pourrait-il être bâti à partir des convergences et des domaines communs que l'on peut observer entre différentes religions comme le bouddhisme, le judaïsme, le christianisme et l'islamisme; et les grands principes que l'humanité a adoptés sans toutefois toujours les appliquer, comme les Droits de l'homme issus de la Révolution française? La culture de la guerre économique se généralise et se banalise après avoir propulsé l'atlantique puis le Pacifique sur le devant de la scène. Un supplément d'âme permettra-t-il à une civilisation de renaître quelque part sur la planète pour la féconder à nouveau, pourquoi pas en Europe où une pâte humaine malléable, curieuse, diverse, adossée à d'anciennes cultures, crée un terreau particulièrement favorable? La planète a pris la route des choses plutôt que celle de l'esprit. Quelques humanistes de la compétition des Temps modernes apporteront-ils au monde cet impondérable qui donnerait au monde des marchands et des conquérants économiques un minimum de morale et de grâce? La guerre économique aura-t-elle le pouvoir de faire surgir un ordre mondial harmonieux en remplacement du désordre actuel, avant que nous ne vivions notre vingt-cinquième heure?

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49 Jamais je n'ai aimé davantage notre vieille Terre que dans ces dernières années qui ont précédé la guerre mondiale, jamais je n'ai espéré davantage l'unification de l'europe, jamais je n'ai cru davantage en l'avenir que dans ce temps où nous pensions apercevoir les rougeurs d'une nouvelle aurore. C'était déjà, en réalité, la lueur de l'incendie qui allait embraser le monde. Stefan Zweig

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55 Cet ouvrage a été composé par l'imprimerie BUSSIÈRE et imprimé sur presse CAMERON dans les ateliers de la S.E.P.C. à Saint-Amand-Montrond (Cher) en septembre 1991

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57 N d'impression : Dépôt légal : septembre 1991 Imprimé en France

58 La «guerre économique» fait rage. Les principaux rivaux, un Japon triomphant, une Amérique déclinante et une Europe toujours à la recherche de son unité, intensifient leurs offensives. Par l'intermédiaire de leurs entreprises elles se disputent les marchés, tentent d'accroître leur part dans le commerce international. Dans ce combat violent et planétaire, les défaites sont sanctionnées par le chômage et la misère. Désormais, aucune nation désireuse d'assurer sa survie et le bien-être de sa population ne peut se tenir à l'écart de cet affrontement. L'auteur, Bernard Esambert, a créé dès 1971 ce concept de «guerre économique». Il dresse ici, à travers de multiples exemples vivants, souvents insolites, un tableau saisissant de ce nouveau type de conflit qui, en détournant les pulsions bellicistes des hommes, nous a permis peut-être d'éviter l'apocalypse nucléaire. Un livre indispensable pour tous ceux qui cherchent à connaître les véritables enjeux de notre monde. Bernard Esambert, ancien conseiller à la présidence de la République est aujourd'hui une des personnalités les plus influentes du monde financier.

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