Le déclin de l industrie en France

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1 Le déclin de l industrie en France Le but de ce dossier pédagogique est de comprendre les causes de la désindustrialisation en France. Il faut distinguer quatre phénomènes : i) les gains de productivité, qui permettent de produire la même chose avec moins de travail, ii) l effet d enrichissement, qui réduit la part relative de la consommation de produits industriels, iii) le caractère artificiel des frontières de ce qu on appelle l industrie, la requalification de certains emplois et iv) la perte compétitivité de l industrie française, qui fait qu on produit moins que ce qu on consomme. Les trois premiers sont des tendances historiques lourdes communes à toutes les économies en croissance. Elles n ont pas en elles-mêmes de conséquences néfastes sur le bien-être et sur l emploi. Le quatrième phénomène est à l origine de l accumulation de dettes et de ses effets négatifs.

2 2 1. Les gains de productivité de l industrie Au début du 20 ème siècle, un tiers de la population française travaillait dans l agriculture. Aujourd hui, à peine 3% de la population est dans le secteur agricole et pourtant cela suffit à nourrir tout le pays (et permet même d exporter un peu). La quantité produite par un agriculteur (sa productivité) a été multipliée par plus de dix. Pour autant, les Français ne mangent pas dix fois plus. Ce déclin de la population agricole s est fait très longtemps avec un très faible taux de chômage. Ceux dont le travail n était plus utile dans l agriculture (ou leurs enfants) trouvaient des emplois dans l industrie ou dans les services, où ils créaient d autres richesses. L ensemble de la population pouvait donc consommer plus de produits et plus de services. L industrie a connu elle aussi des gains de productivité très importants, grâce à l amélioration des technologies. Il faut donc moins de monde pour produire la même quantité de biens. Dans un premier temps, cela a permis aux consommateurs de consommer plus de choses. Ainsi, les ménages français se sont équipés de télévisions, de voitures, de réfrigérateurs, de machines à laver ou de téléphones portables. Mais la croissance de la productivité de l industrie est plus rapide que la croissance de la consommation de produits industriels, donc, comme pour l agriculture jadis, il y a moins de personnes qui travaillent dans l industrie (cf. graphique 1). Graphique 1. Part de l emploi industriel de différents pays de l OCDE (en %) Source : OCDE

3 3 2. Une population riche consomme plus de services Lorsqu on a un budget limité, on veille d abord à se nourrir et à se loger, s il reste du surplus, on achètera les biens de consommation (vêtements ) et les équipements (réfrigérateur ) les plus indispensables. Au fur et à mesure que l on devient plus riche, on consacre une plus grande part de ses revenus aux distractions, aux vacances Donc la part des produits de l agriculture et de l industrie diminue dans les dépenses d une population qui s enrichit (cf. graphique 2). Graphique 2. Part des dépenses des ménages français dans les produits de l agriculture et de l industrie Source : Insee 3. La distinction entre industrie et services est de moins en moins pertinente Les entreprises autrefois très intégrées (c est-à-dire qui produisaient elles-mêmes une grande partie de ce qu elles consommaient) ont tendance à acheter plus de biens intermédiaires, mais surtout de prestations de service, à d autres entreprises. Par exemple une entreprise industrielle qui payait des salariés pour préparer des repas à la cantine du personnel ou pour nettoyer les locaux, sous-traite ces services à des entreprises de restauration ou de nettoyage. Les employés affectés à ces tâches qui étaient jadis salariés d une entreprise industrielle le sont alors d une entreprise de service, mais ils sont aussi nombreux et font le même travail. Cependant, les statistiques nationales enregistrent des pertes d emploi dans le secteur de l industrie. La distinction entre service et industrie est d ailleurs de moins en moins pertinente, car la fabrication et la distribution d un produit mobilisent beaucoup d activités de

4 4 service, réalisées au sein de l entreprise ou externalisées (achetées à d autres entreprises) : conception, publicité, logistique pour transporter le produit chez le client, financement et assurance ). A contrario, les services s appuient sur toute une infrastructure matérielle : le transport aérien a besoin d avions, la diffusion d une chaîne de télévision sur les ondes ou sur internet nécessite des caméras, des émetteurs, des réseaux électriques, des réseaux de communication, des ordinateurs ou d autres terminaux de visualisation. Ainsi non seulement on aura l impression qu il y a moins d emploi dans l industrie, mais la distinction même de ce qui est de l industrie perd son sens. Encadré : Comment définir l industrie? L INSEE définit l industrie de la manière suivante : «En première approximation, relèvent de l industrie les activités économiques qui combinent des facteurs de production (installations, approvisionnements, travail, savoir) pour produire des biens matériels destinés au marché». Les contours de l industrie peuvent évoluer selon les traitements statistiques ou les études. Une distinction est généralement établie entre l industrie manufacturière et les industries d extraction. L industrie manufacturière, telle qu elle est définie par l Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), exclue ce secteur mais aussi celui de l énergie. Tous les phénomènes précédents (gains de productivité, moindre poids des produits industriels, externalisation de services) existent même dans les pays où l industrie est prospère, quelle se développe comme en Corée ou conserve une place éminente dans l économie comme en Suède, au Canada ou en Allemagne. Ils sont compatibles avec des situations de plein emploi ou de chômage faible. Ce qui suit est en revanche spécifique aux pays où «l industrie va mal». 4. On produit moins que ce que l on consomme Les échanges internationaux permettent à chaque pays de se spécialiser dans ce qu il fait mieux que les autres et d acheter ailleurs ce qu il fait moins bien ou ne peut trouver chez lui (comme le pétrole ou certaines matières premières). Longtemps, la France a produit plus de biens manufacturés (produits par l industrie) qu elle n en consommait. Le surplus d exportation permettait de payer notamment l énergie importée (pétrole). Par exemple en 2002, l excédent des exportations de biens manufacturés sur les importations s élevait à environ 25 milliards d euros. Nous exportons plus de services que nous n en importons (tourisme, services bancaires, vente de prestations technologiques ) mais les services ne représentent que 20 % du commerce mondial (et cette part est stable depuis vingt ans) et leur solde positif (environ 5 milliards d euros) est loin de compenser un décrochement de nos exportations. Si nous n exportons pas plus, c est parce que nos clients trouvent mieux ailleurs. D autres pays produisent soit des produits moins chers aux performances jugées

5 5 équivalentes (meilleure compétitivité coût, par exemple en Turquie) soit des produits à la qualité ou aux performances tellement réputés qu ils sont prêts à les payer plus chers (compétitivité hors coûts, par exemple en Allemagne). Dès lors nos usines tournent au ralenti, faute de trouver des débouchés pour leurs produits.

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