ÉQUIQUEVILLE, UNE PAROISSE QUI A PLUS DE MILLE ANS

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1 ÉQUIQUEVILLE, UNE PAROISSE QUI A PLUS DE MILLE ANS Nous avons les preuves de l existence de la terre d Équiqueville dans les années 1000 ; des chartes le confirment sous le nom de SKEKEVILLA. Il existe aussi «l Histoire des Ducs de Normandie», du moine Guillaume de Jumièges, qui nous décrit la rencontre de GONNOR et de RICHARD PREMIER de NORMANDIE. En voici la traduction de M. Guizot : «Celui-ci, informé par la renommée de la beauté de la femme d un des forestiers, qui demeurait près de la ville d Arques, dans un domaine appelé Équiqueville, alla à dessein chasser de ce côté, voulant s assurer par lui-même de l exactitude des rapports qu on lui avait faits. S étant donc logé dans la maison du forestier et s étant épris de la beauté de sa femme, qui se nommait Sainfrie, il commanda à son hôte de la lui amener dans sa chambre pendant la nuit. Celui-ci fort triste, rapporta ces paroles à sa femme ; mais elle, en honnête femme, consola son mari, et lui dit qu elle mettrait en sa place sa sœur Gonnor, jeune fille beaucoup plus belle qu elle-même. Il fut ainsi fait ; et le duc ayant été instruit de cette fraude se réjouit infiniment de n avoir pas péché avec la femme d un autre. Richard eut donc de Gonnor trois fils et trois filles, comme je l ai déjà dit dans le livre de cette histoire qui traite de la vie de ce duc. Mais lorsque celui-ci voulut faire nommer l un de ses fils, Robert, à l archevêché de Rouen, quelques personnes lui répondirent que les lois canoniques s y opposaient, attendu que sa mère n avait pas été mariée. Pour ce motif, le comte Richard épousa la comtesse Gonnor selon le rite chrétien, et ses fils déjà nés, furent couverts du poêle, ainsi que leur père et mère, lors de la cérémonie des noces. Dans la suite, Robert devint archevêque de Rouen» Gonnor, femme de Richard I, confirmant une charte de l abbaye du Mont Saint Michel, d après les archives de l abbaye, XII ème siècle

2 Avant de relater le passé d Équiqueville, penchons-nous sur la généalogie des ducs de Normandie, souvent compliquée, car nos ancêtres Vikings avaient importé de Scandinavie, le mariage «more danico», à la manière danoise. En réalité ils pratiquaient la polygamie ; alors que l église considérait les secondes épouses comme des concubines et leurs enfants comme des bâtards, les Normands les considéraient comme légitimes. C est ce qui nécessita le mariage chrétien de Gonnor et de Richard. Nous pouvons démarrer la généalogie des ducs Normands avec ROLLON, d origine danoise, mort vers 930, qui a été le premier duc et prince de Normandie. Avec l une de ses épouses Popa, à la manière danoise, il aura un fils, Guillaume 1 er de Normandie, dit Guillaume Longue Épée. Toujours à la manière danoise, Guillaume épousera Sprota pour donner naissance à Richard 1 er de Normandie, dit Richard Sans Peur. Nous revenons avec cette génération à l histoire d Équiqueville, puisque comme l a mentionné Guillaume de Jumièges, Richard 1 er épousa Gonnor qui habitait la terre d Équiqueville. Guillaume de Jumièges évoque l existence de trois fils et de trois filles nés de la relation de Richard Sans Peur et de Gonnor. Une certitude, Robert, Comte d Évreux, archevêque de Rouen, est un des fils de Gonnor puisque c est de sa nomination en tant qu archevêque qui obligera le mariage selon le rite chrétien de Gonnor et Richard. Gonnor pourrait être aussi une des ancêtres de GUILLAUME LE CONQUÉRANT! Une Équiquevillaise aurait dans ses descendants un roi d Angleterre! En effet les historiens affirment que RICHARD II, l IRASCIBLE, père de ROBERT LE MAGNIFIQUE et grand-père de GUILLAUME LE CONQUÉRANT, était un des trois fils de Gonnor. Aux archives départementales nous trouvons plusieurs chartes du 12 ème siècle qui expliquent les liens de la paroisse de Skekevilla avec les religieuses de Saint-Saëns. Une première charte précise qu Isabelle de Beaumont, femme de Gilbert De Clare, Comte de Pembroke, donne aux religieuses de Saint-Saëns, une masure avec jardin à Équiqueville ( ). La famille De Clare est issue d enfants que Richard 1 er a conçu avec d autres concubines que Gonnor.

3 La même Isabelle de Beaumont donne plus tard aux religieuses de Saint- Saëns la moitié de son moulin d Équiqueville sauf la dime de l église ( ). Cette donation est confirmée par Henri II Plantagenet ( ) Un autre Comte de Pembroke concède au prieuré de Longueville, la moitié de l église d Équiqueville et le vicariat de cette même église, où il avait le droit de présentation ( ). Rappelons que cette église était dédiée à Saint Pancrace, alors que celle de la paroisse de la rive droite était dédiée à Saint Vaast, évêque d Arras. Pour terminer avec l empreinte de Richard 1 er sur notre commune, précisons que celui-ci par reconnaissance donna à la cathédrale de Rouen, alors en construction, l église et la dime de Saint Vaast. Par ailleurs il convient de signaler que c est le fils de Gonnor, Robert, archevêque de Rouen, qui a reconstruit le chœur de la cathédrale dans un style roman et y a inséré une crypte. Au 13 ème siècle la paroisse d Équiqueville appartient au doyenné de Bures. Dans les registres des fiefs et arrières fiefs du baillage de Caux en 1503 on lit que «les religieuses de Saint-Saëns tiennent un huitième de fief assis à Équiqueville, tenu du Roy par serment de fidélité». En 1789 la paroisse compte 33 feux, le patron en est le prieur de Longueville et le seigneur, le Chapitre de Rouen. Le clergé possède à cette époque de nombreux biens à Équiqueville : des prairies, des terres, des fermes, un moulin à blé.

4 Par la loi du 14 décembre 1789, comme les paroisses françaises, la paroisse d Équiqueville devient une communauté d habitants ou commune. Le 21 juillet 1824, une ordonnance royale décrète la fusion de Saint-Vaast d Équiqueville et d Équiqueville. Voici le cadastre d Équiqueville en 1824 après la fusion des deux communes : 1. Chemin de Saint Pancrace 2. Route de Ricarville à Freulleville 3. Chemin de la Haute Épine 4. Église (en G). Dès 1816 cette église tombait en ruine. Le 5 mai 1816, on peut lire dans un compte-rendu du Conseil Municipal de Saint Vaast d Équiqueville que le sieur Pierre Rose propose, pour cette raison, de remettre la cloche d Équiqueville à l église de Saint Vaast. Dans «Les églises de l arrondissement de Dieppe», l abbé Cochet écrit, en 1850 : «La pauvre église de Saint Pancrace ne subsiste plus : elle a été vendue il y a quelques années par la fabrique de Saint Vaast et achetée par des particuliers qui l ont démolie. Ses débris ont servi à ferrer des chemins et à bâtir des maisons» Le cimetière qui se trouvait entre l église et la route qui menait à Ricarville a été progressivement abandonné.

5 Le moulin évoqué dans les chartes se trouvait en dessous de l église au bord de la rivière ; ce moulin existait encore en A cette époque il a été mis en vente avec l habitation, les bâtiments accessoires et 68 ares d herbage pour une mise à prix de francs. On précisait qu il était mû par une forte chute d eau sur la Béthune et pouvait mouvoir quatre paires de meules.