Culture & Economie. Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique

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1 Culture & Economie Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique

2 Remerciements Nous tenons à remercier les 213 personnes qui ont accepté de répondre à l enquête entre juillet et septembre Par ailleurs, nous remercions chaleureusement les personnes suivantes qui ont accepté de répondre à nos questions lors des entretiens individuels : n Julian ALVAREZ, consultant en serious game n Thibault ANDERLIN, directeur marketing, Forest National n Delphine BEKAERT, galeriste, Hoet-Bekaert n Bernard BOON-FALLEUR, président du Réseau des arts, Bruxelles n Sylvie BOUFFA, CEO Talking French & Flemish, Inc., New York n Julie BRUNEL et Jean-Louis DE RIDDER, président de l Union des Designers belges (UDB) n Suzana CAMPO-GRANDE, conseillère en innovation, Fedustria n Virginie CIVRAIS, directrice, fonds ST ART Invest n Luc COLLIN (BATEM), dessinateur de la BD Marsupilami n Julie CONSTANT, Fair Manager, Affordable Art Fair n Pierre COLLIN, administrateur-gérant, cluster TWIST n Paul CORTHOUTS, directeur, Overleg Kunstenorganisaties n Georges DANTINE, architecte d intérieur et fondateur de RAVIK Design n Piet DE KONINCK, directeur artistique, Studio 100 n Marie-Laure DELABY, coordinatrice, imal (center for digital cultures & technologies) n Philippe DELABY, dessinateur de la BD Murena n François DELPIERRE, directeur artistique, et Marc MEURISSE, CEO, Belle Productions n Rik DE NOLF, CEO groupe Media Roularta n Arnaud DE PARTZ, co-fondateur de Banque dessinée n Luc DESHAYES, créateur de lingerie de luxe n Dominique DE VILLEGAS, directeur de la maison Horta n Déborah DRION et Cédric LEGEIN, CEO, Cook & Book n Delphine DUPONT et Flore VAN RYN, administratrices, Face to Face design n Gregory GOEMAERE, fondateur, AKA music n Laurent GRUMIAUX, directeur, Fishing Cactus n Françoise GUERIN et Monika RAHMAN, fondatrices, Cookie Therapy n Me Michel GYORY, avocat, professeur HEC Liège, membre du collège d autorisation et de contrôle au CSA n Daniel HANSSENS, comédien, directeur de la Comédie de Bruxelles n Rodolphe JANSSEN, galeriste, Galerie Rodolphe Janssen n Alexandra LAMBERT, directrice du Centre du Design et de la Mode, Bruxelles n Lenny LELEU, créatrice de mode n Nicholas LEWIS, éditeur en chef, The WORD n Eric LOWIE, directeur, Green l.f.ant Music Company n Aurélio MATTERN, chanteur dans le groupe de musique Lucy Lucy! n Olivier MAETERLINCK, directeur, Belgian Entertainment Association (BEA) n Natacha MALOU, galeriste, Art Temptation n Frédéric MESEEUW, conseiller institutionnel, BOZAR n An MOONS, chercheuse au CultuurLab, IBBT/SMIT n Jean-François NIVART, Fondateur d intopix n Me Philippe PETERS/Me Patrice VANDERBEEKEN, avocats spécialisés dans la propriété intellectuelle, NautaDutilh n Marie POK, coordinatrice Design September et rédactrice en chef à La Libre essentielle Focus n Marie-Chantal REGOUT, fondatrice, Rue Blanche n Karen RENDERS, directrice, Art Brussels n David ROULIN, associé, architecte, Art & Build n Isabelle SCHMITT, directrice des relations institutionnelles ; Dirk VAN SOOM, directeur opérationnel perceptions et répartitions individuelles ; Saldavor FERREIRA, account manager arts plastiques et littérature, SABAM n Benoit SIMON, fondateur, Vivanova n Dirk SNAUWAERT, directeur, centre d art WIELS n Denis STEISEL, CEO, Emakina n Enya VANDENHENDE, créatrice de mode n Rony VANDERMEERSCH, directeur, atelier de confection Celesta n Paul VAN HAVER (Stromae), auteur-compositeur n Jan VAN LOOY, senior researcher, IBBT n Jan VAN MOL, Fondateur, Addict Lab n Geert VAN DER HASSELT et Katya VAN DER HASSELT, manager et chanteuse n Hannes VAN SEVEREN, artiste contemporain n Carmelo VIRONE, directeur, bureau d études SmartBe n Carlo VUIJLSTEKE, directeur de projet sur les industries créatives, Flanders DC n Olivier WILLOCX, administrateur-délégué, BECI Nous remercions aussi les structures de soutien aux industries créatives et culturelles qui nous ont aidé dans la diffusion de notre enquête en ligne : n TWIST, Modo Brussels, WCC-BF, ASBL artistes contemporains, réseau Artistes Belges, Point Contact Culture, WBI (musique, image, architecture, théâtre/ danse, mode/design), l AEB, l UDB, Mowda, De Invasie, Pepibru, Mowda, CEBEDEM, BUP, ACC, IAB, FEBELMA, AZIMUT, Cinergie.be, FAB, Creative Club, SmartBe, Codefrisko, Artistproject, Rydesigners, SABAM,... Ainsi que : n Alain HEUREUX, Managing Director, The Egg Les auteurs de l étude KURT SALMON : n Anne MAGNUS, Alexandre MOENS et Adeline d URSEL

3 Avant-propos La culture, économie ancienne, est entrée depuis 10 ans dans un nouveau paradigme, qui l oblige à se réinventer rapidement. D abord, la culture est devenue globale. L économie de marché marque toujours plus fortement son empreinte sur la culture. Le bien culturel reste un bien différent mais il change de nature : l œuvre artistique devient aussi commerciale avec des logiques inspirées du secteur privé (ROI, investissement, positionnement marketing ). La nature des biens et services culturels est double : culturelle et économique. L art contemporain par exemple, est devenu un art en quête constante de singularité dans un monde sans frontières, et un objet de spéculation financière dans une économie turbulente. Ensuite, la révolution numérique : avec 1,6 milliard d abonnés à Internet à travers le monde, un milliard de GSM, et toujours plus de smartphones, elle affecte la manière dont nous produisons et consommons la culture. Internet permet certes d acheter en ligne un infini de biens culturels (musique, livre ), mais aussi d interagir et de financer les créateurs de leur choix. Enfin, les révolutions arabes, les crises financières, sociales, institutionnelles impactent la culture. Jamais en Europe la culture n a tant été sous tension, menacée de coupes budgétaires sévères. Jamais la culture n a tant été au centre des espoirs d une nouvelle Renaissance de l Europe. Les industries culturelles et créatives offrent une réponse à la crise, parce qu elles permettent de stimuler la créativité, les savoir-faire, l innovation dans toute l économie, de créer des emplois, d alimenter la rénovation urbaine, le «place-making», et le lien social. Dans ce contexte complexe, fluctuant, fluide, comment pouvons-nous mieux aider les industries culturelles et créatives (ICC) en Belgique? Avec le souci de l accès à la culture au plus grand nombre et le respect de la diversité culturelle? Quelles sont les responsabilités du secteur public, des associations professionnelles, du secteur privé, et des publics pour soutenir l économie mauve? En commençant peut être par mieux reconnaître la nécessaire dimension entrepreneuriale des métiers de la création. Entreprendre en culture est une aventure merveilleuse qui nécessite du talent d abord, de la chance ensuite. Mais cela n est pas suffisant. Les conditions-cadre de l épanouissement de l écosystème créatif doivent être en place. En clair, les politiques publiques qui touchent au secteur culturel (culture enseignement, économie, tourisme, commerce international) sont à coordonner et adapter aux besoins de ces entrepreneurs. L heure est à l action. 75 % des entrepreneurs créatifs en Belgique, que nous avons interrogés, pensent que l industrie culturelle et créative est un secteur d avenir, mais tout juste 51 % d entre eux pensent que la Belgique est un très bon pays pour entreprendre en culture. En 2009 et 2010, Kurt Salmon avait choisi d étudier pour le Forum d Avignon les liens entre culture et attractivité des territoires dans 50 villes des 5 continents. En 2011, nous avions choisi d investiguer les modèles de décision liés à l investissement dans un projet culturel sur la base d entretiens de près de soixante décideurs publics et privés, de porteurs de projet, d artistes et de créateurs, mais aussi d experts, mobilisés autour d un investissement de nature «culturelle» (infrastructure, événements industries ) et confrontés à un moment ou un autre à cette prise de décision en Belgique et à travers le monde. En complément de ces travaux, la présente étude se propose de mettre en exergue les défis quotidiens et les besoins des entrepreneurs belges des industries culturelles et créatives, au-delà de leurs différences sur quatre volets : l acquisition des compétences entrepreneuriales, l accès au financement, l innovation et sa protection, et l internationalisation. Bonne lecture. Kurt Salmon Table basse magnétique «Belgique», Raphaël Charles, collection privée du Prince Philippe de Belgique. Crédits photos : Fotolia. 3

4 Sommaire L économie mauve : vers une reconnaissance des industries culturelles et créatives La culture est au cœur du développement durable. Elle est source de cohésion sociale et territoriale. Plus encore, elle contribue au développement économique, à l innovation et à l emploi. Les industries culturelles et créatives alimentent et régénèrent des industries traditionnelles et de pointe, dans la création de contenus, de produits et de services à forte intensité de connaissances. 6 7 Que sont les industries culturelles et créatives? 8 La culture, arme anticrise? 9 Objectifs de l étude 9 Méthodologie et partis pris de l étude Les industries culturelles et créatives belges : les entrepreneurs témoignent Quelles sont les forces et les faiblesses des industries créatives et culturelles belges? Si l avenir est à l optimisme, les défis rencontrés par les entrepreneurs sont nombreux et partagés quelque soit le secteur Constats généraux 14 Made in Belgium : la Belgique, un vivier de talents et de créativité 16 Formation à l entrepreneuriat culturel 19 L accès au financement 22 Innovation 27 Les industries créatives et culturelles à l international 4

5 Nouveau monde, nouvelles idées Les pistes de réflexion de Kurt Salmon pour ouvrir le débat Mieux connaître l économie créative et culturelle et évaluer en continu les actions de soutien 31 Rassembler les forces vives des industries créatives et culturelles 33 Annexes Trois focus sur les industries créatives et culturelles belges : 34 Le marché de l art : un marché qui traverse la crise 36 L industrie du gaming en Belgique : un secteur créatif émergent aux opportunités à objectiver 38 L industrie de la mode en Belgique : un atout fragilisé 5

6 Culture & Economie Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique L économie mauve : vers une reconnaissance des industries culturelles et créatives La culture n est pas une bulle à part. Jusqu il y a 10 ans, le secteur artistique et culturel était perçu comme une partie de la politique sociale, secondaire en termes d économie et de marché de l emploi. La culture relevait de l exception, incompatible à l analyse des critères économiques standards. The concept of creative entrepreneurship goes far beyond a CEO running to the opera, visiting a coincidental art exhibition, or painting a sunset over the weekend. Not that that won t help, since running a business requires eye openers all the time. Creativity is not about art. It s about humankind finding solutions that weren t there at first sight. Hence, creativity can be found in all human activities. We just have to identify what created the mental spark that made it the right idea for that specific target. In times of economical turmoil, standing still is just not an option. It s in those circumstances the industry needs to think out of the box, and look for unexpected answers. That is why a direct link between culture and commerce is so much needed. Since we should learn from each other, creative thinking can lead to art. But it can also lead to innovation. One can t change the world while being an artist sitting on a cloud. Together with entrepreneurs, new ideas can turn into vision, and once implemented, to sustainable change. That is how we move forward. Désormais, on parle d économisation de la culture et d esthétisation des biens de l économie traditionnelle. Cette perméabilité, poussée par le développement rapide de la numérisation et la forte progression de la demande des ménages et des sociétés en produits et services culturels, a fait émerger les industries culturelles et créatives (ICC). Jan Van Mol, CEO Addict Lab 6

7 l Que sont les industries culturelles et créatives? La culture est une matière vivante en constante réinvention. Sans renier l importance des disciplines classiques (peinture, musique, littérature, théâtre ), tous les experts notent que de nouvelles disciplines se voient régulièrement intégrées au champ des ICC. Une définition des ICC peut être trouvée dans une étude réalisée en 2006 pour le compte de la Commission européenne : n Les industries culturelles : pour ces industries, la culture constitue le produit final qui peut être consommé sur place (ex. : un concert, une exposition d art) ou destiné à la reproduction/ consommation de masse (ex. : un livre, un film). Dans notre étude, les segments «culturels» retenus sont les suivants : presse écrite (livre & presse), les arts du spectacle, les arts visuels & artisanat d art, l audiovisuel, la musique, et le patrimoine. n Les industries créatives : pour ces industries, la culture (les traditions, les symboles, les textes, etc. d un groupe socioéconomique) alimente le processus de production d un produit «créatif». Dans notre étude, nous retiendrons le design, l architecture, la mode, la publicité, les nouveaux médias, et les jeux vidéo. Les produits dits de l économie mauve se différentient par leur valeur symbolique, esthétique, et communautaire. Les smartphones ou tablettes incarnent à merveille la rencontre entre une technologie avancée, dont le coût de production est désormais relativement faible, et du design épuré. Ce design créé de la valeur ajoutée économique et une expérience client affirmée comme un accessoire de mode, un style de vie. L essor du numérique a déplacé les frontières de la culture en ouvrant la voie à trois révolutions : n une révolution artistique : de nouveaux champs de création (jeux vidéo, cinéma 3D, arts numériques, web design ) sont nés avec l avènement du numérique. Par conséquent, de nouveaux emplois se développent croisant les savoir-faire artistiques et informatiques. Le secteur du jeu vidéo est passé du statut d industrie du divertissement à un statut d industrie culturelle, à partir de la moitié des années La consécration est venue en 2009, lorsque l UNESCO a inscrit cette activité dans le périmètre de ses Statistiques culturelles. n une révolution technologique : les nouvelles possibilités technologiques (animation 3D, réalité augmentée, motion capture, slow motion, NFC ) ouvrent des terrains d expérimentation aux créatifs, pour répondre à la demande en contenus de plus en plus interactifs et personnalisés ou aux nouveaux usages liés par exemple à la mobilité (avec les smartphones, par exemple). n une révolution financière : les modèles économiques traditionnels des ICC sont bousculés par l essor du téléchargement légal et illégal qui annonce la disparition possible des supports physiques et doivent se réinventer pour capter de nouvelles sources de financement. De nombreuses politiques nationales et régionales en faveur de l économie créative ont vu le jour depuis une dizaine d années à travers le monde. Mais l évaluation de leurs impacts qualitatifs et quantitatifs (en termes d emplois, de créations d entreprises et de contribution au PIB) reste délicate. La délinéation statistique des activités économiques et de l emploi 7

8 Culture & Economie Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique culturel varie selon les définitions retenues par les pays, les métropoles ou les organismes supranationaux. L absence de mise en œuvre d un schéma de comparabilité internationale en est la cause. Nonobstant ces difficultés méthodologiques, les ICC sont auscultées avec de plus en plus d intérêt en Grande-Bretagne, en Allemagne, en région Ile-de-France, en Flandre, en Chine, au Danemark, en Australie, etc. l La culture, arme anticrise? Economiquement, l empreinte de la culture s amplifie en Europe La culture est au cœur du développement durable. La culture est source de beauté, de dialogue. L économie créative crée et enrichit, de manière non quantifiable, le lien social, l identité et l attractivité des territoires qui les accueillent. Elle est écologique au sens où elle consomme peu de matières premières. Enfin, elle contribue au développement économique, à l innovation, et à l emploi, de l artisanat d art à la culture numérique. Le rapport sur les industries créatives 2010 publié par la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement évalue la croissance annuelle mondiale dans ce secteur à 14 % entre 2002 et En 2008, le secteur employait 3,8 % de la population active totale de l UE soit environ 8,5 millions de personnes, c est-à-dire plus que les populations actives réunies de la Grèce et de l Irlande! La valeur ajoutée du secteur prend aussi de l ampleur : il représente 4,5 % au PIB de l UE. C est plus que l industrie des produits chimiques, du caoutchouc et du plastique (2,3 %). Entre 2002 et 2008, l Europe a été le plus gros exportateur de produits culturels et créatifs, et la Belgique s est placée dans le Top 10 des exportateurs de produits créatifs et culturels des pays développés. En Flandre, près de personnes sont actives dans les ICC, ce qui représente près de 3 % de son PIB. La culture engendre aussi des effets de levier considérables sur les territoires. C est ce que souligne, par exemple, l analyse économétrique menée en 2011 pour le Forum d Avignon par le cabinet Tera Consultants à partir de la base de données constituée en 2009 et 2010 par Kurt Salmon pour un panel international de 47 villes de 21 pays. Cette analyse démontre qu une augmentation de 10 % de dépense culturelle par habitant de la ville, soit 18,6, génère une augmentation de PIB par habitant de 1,7 %, soit 625,4. Institutionnellement, les politiques culturelles et économiques doivent se rapprocher pour innover davantage La culture pense l impensé, le monde de demain. La Stratégie Europe 2020, feuille de route de l UE pour la décennie en cours qui vise à engendrer une croissance intelligente, durable et inclusive dans l UE, entend développer une économie fondée sur la connaissance et l innovation. Les ICC sont identifiées comme un secteur capable de rencontrer cet objectif car elles représentent une grande source de créativité et d innovation, dans toutes ses formes. Les ICC alimentent et régénèrent des industries traditionnelles et de pointe, dans la création de contenus, de produits, et de services à forte intensité de connaissances. Les ICC ouvrent de nouveaux horizons sur de nouveaux biens et services ou transforment des produits mâtures plus beaux, plus intelligents, parfois plus chers. Les huit filières du secteur culturel et leurs liens et capilarité avec les autres secteurs économiques Automobile Emballage Télécom Urbanisme Génie civil Architecture Architecture, paysagisme Design et services créatifs Stylisme, graphisme Audiovisuel et médias Cinéma, vidéo, radio, télévision, disques, jeux vidéo Livres, bibliothèque, archivage Edition et livres Education Bâtiment Hôtellerie Restauration Patrimoine Archéologie, musées, monuments, restauration Joallerie, orphèvrerie, haute couture, maroquinerie, ébénisterie Métiers d arts Spectacle vivant Concert, festival, danse, cirque Arts visuels Sculpture, photographie, peinture Prêt-à-porter Ameublement Croisièrisme Transport Publicité Communication Pour maximiser ce potentiel, le Livre Vert «Libérer le potentiel des industries culturelles et créatives» publié par la Commission européenne en avril 2010, précise qu il est indispensable de renforcer, à tous les niveaux de pouvoir, l appui à l économie culturelle en tissant les liens entre culture, économie, monde académique, recherche, tourisme, city-marketing, et secteurs publics. Cependant, la réalité du budget européen est là : 0,04 % budget européen est alloué à la culture. A cela s ajoute 1,6 % des fonds structurels qui sont destinés à des projets culturels. Pour ce qui concerne l audiovisuel : 750 millions sont prévus pour le programme Media et 15 millions pour le programme Mundus. 8

9 L un des grands objectifs du prochain programme cadre «L Europe créative» ( ) de la Commission européenne sera précisément de convaincre les Etats membres d adopter une augmentation de + 37 % pour la culture et l audiovisuel par rapport à la période (soit 1,6 milliard d euros du budget de la Commission) et de renforcer la compétitivité des secteurs culturels et créatifs. Le but : mieux aider les entreprises de ces secteurs à affronter la concurrence internationale et être plus présentes sur la scène mondiale. Si l Europe a un avantage concurrentiel fort dans les ICC par rapport au Brésil, à la Russie, l Inde ou la Chine, ces derniers entendent bien conquérir ce champ aussi en se professionnalisant et en se diversifiant rapidement (cinéma, mode, animation, gaming ). Dans ce contexte porteur mais incertain, la culture voit apparaître de nouveaux investisseurs, de nouveaux types de projets de territoire, des partenariats public-privé d une ampleur inédite, des politiques culturelles nationales redéfinies malgré des budgets sous tension Concrètement, travailler et investir dans le domaine culturel et créatif devient une affaire de professionnels en Europe. Qu en est-il en Belgique? l Objectifs de l étude La présente étude vise à offrir une meilleure compréhension du fonctionnement et des besoins des entreprises du secteur culturel et créatif en Belgique. L intention n est pas de présenter un panorama exhaustif des filières ou une analyse statistique des ICC belges. Concrètement, l étude entend : n apporter un nouveau regard sur les défis transversaux, récurrents, et communs à tous les entrepreneurs créatifs et culturels en Belgique, en allant à leur rencontre, sur le terrain. Quatre défis se posent à eux : les compétences en termes de création d entreprises, l accès au financement, l innovation et sa protection, et l internationalisation des activités ; n illustrer les enjeux belges par des regards internationaux et formuler des pistes de réflexions visant à renforcer les industries créatives culturelles dans leur ensemble ; n étudier de manière plus approfondie les dynamiques de trois segments de l économie culturelle belge : le marché de l art, les jeux vidéo (serious game), et la mode. l Méthodologie et partis pris de l étude L étude s appuie sur une démarche méthodologique en deux volets : n une analyse quantitative grâce à une enquête en ligne ouverte de juillet à mi-octobre Au total, 213 entrepreneurs (129 hommes et 84 femmes) issus des 12 segments des industries culturelles et créatives en Belgique y ont répondu. Les deux tiers de ces entreprises ont été créés après l an 2000 ; n une analyse qualitative menée auprès d une soixantaine d entrepreneurs des ICC des 3 régions de Belgique (des artistes, des employés de sociétés de protection de droits d auteur, des directeurs de musées, des investisseurs privés, des indépendants, des entrepreneurs ICC ) et une revue de la bibliographie internationale sur l économie culturelle. Vous trouverez la liste des entretiens à la page des remerciements et une bibliographie des sources utilisées en fin d étude. Précisément, les partis pris de l étude Kurt Salmon sont les suivants : n L analyse statistique a été écartée par précaution intellectuelle. A ce jour, la Belgique n a pas de définition nationale, ni de nomenclature statistique claire des industries culturelles et créatives dans leur ensemble. Il n y a pas de chiffres officiels concernant le poids de l économie créative en termes d entreprises, d emplois, de contribution au PIB. Le système statistique existant ne prend pas objectivement en compte un périmètre des ICC pertinent, qui doit inclure le système de l intermittence et du poly-emploi, et résoudre des incohérences du 9

10 Culture & Economie Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique Les partis pris métodologiques Entrepreneurs belges Champ culturel et créatif Indépendants/artistes Micro entreprises PME Grandes entreprises Design Architecture Arts du spectacle Publicité et communication Patrimoine Arts visuels et artisanat d art Nouveaux médias Presse écrite Mode Audiovisuel Gaming Musique Entreprenariat Financement Innovation International Défis communs Approche bottom-up Enquête en ligne bilingue destinée aux entrepreneurs Interviews avec entrepreneurs et experts Etude documentaire et benchmarking Focus sur l art contemporain, la mode, le gaming droit. La nomenclature NACEBEL de l ONSS est très peu adaptée aux «réalités du terrain» des différents segments des ICC. De plus, quand les données statistiques sur un secteur existent, elles datent souvent de 2007/2008 (avant la crise), avec un décalage temporel parfois différent par code NACEBEL. Dans la mode, par exemple, si l on prend en compte tous les codes NACEBEL qui se rapportent à la création, la production et la distribution de produits de mode au sens large, on constate que le périmètre de la mode défini par les codes NACEBEL englobent des «segments» non créatifs ou culturels, en l occurrence la «préparation de fibres textiles et filature» ou des succursales assez éloignées de la création (H&M, Inno ). L ONSS retient emplois plein temps dans la mode belge en 2010, alors que l association professionnelle belge Crea Moda n en retient que La Belgique illustre donc parfaitement la difficulté que représente l objectivation du poids socio-économique de la culture. Le fait de considérer les activités culturelles et créatives comme un secteur économique à part entière, a longtemps fait l objet d un tabou («l art pour l art»). La culture et l économie fonctionnent encore largement en silos, et la coordination des priorités et actions politiques de soutien en faveur des ICC entre les régions est quasi inexistante. Rien qu en Région de Bruxelles- Capitale, 42 responsables politiques gèrent des lignes budgétaires dédiées à la culture. La culture est une compétence des communautés, des régions, des communes, sans compter le Ministre en charge des affaires économiques. Toutes ces instances opèrent sans cellule de coordination entre la communauté flamande et française. n L échelle de la Belgique : indépendante, l étude Kurt Salmon prend le parti pris de couvrir les trois régions belges, nonobstant le contexte politique et la concurrence/l émulation intercommunautaire. Les politiques de soutien aux ICC spécifiques à chacune des régions et communautés linguistiques ont été prises en compte pour les variables explicatives, si besoin. n Le périmètre retenu des industries culturelles et créatives (ICC) s inscrivant dans la lignée des dernières études internationales (Unesco, Commission européenne, Grande-Bretagne, Allemagne, Flanders DC ), nous parlerons délibérément des «industries culturelles et créatives». Les ICC comprennent les segments suivants : design, architecture, arts du spectacle, publicité, musique, patrimoine, arts visuels et artisanat d art, nouveaux médias, presse écrite (livre et presse), mode, audiovisuel et jeux vidéo. Ces activités reposent sur des valeurs culturelles et/ou des expressions artistiques et créatives, et font potentiellement appel à la propriété intellectuelle. Les activités des entreprises des ICC retenues dans l étude ont une valeur marchande et sont positionnées dans la chaîne de valeur du cycle culturel : la création, la production, la diffusion ou la préservation de biens et de services incorporant des expressions culturelles, artistiques ou créatives. A l heure actuelle, la gastronomie est exclue du champ, même si elle comporte une dimension créative reconnue à travers le monde et tout à l honneur de la Belgique (chocolats «haute couture» de Pierre Marcolini, les biscuits de Stephen Destrée, ou encore l art de la fête du traiteur Lauriers ). n Une démarche de terrain à la rencontre de l entrepreneur créatif et culturel : pendant 4 mois, Kurt Salmon a fait le choix de rencontrer, d écouter les entrepreneurs eux-mêmes, de comprendre leur quotidien, et de travailler sur la base de leurs témoignages. En complément, des associations professionnelles, des experts et acteurs de l écosystème des ICC ont été interviewés. 10

11 Quelle est votre activité principale? Arts visuels & Artisanat d art Audiovisuel Publicité & Communication Architecture Arts du spectacle Nouveaux médias Mode Design Presse écrite (livre & presse) Musique Gaming Patrimoine 0 2,5 5 7, , ,5 20 % L année fiscale précédente, quel était le chiffre d affaires de votre entreprise? < à de à de à de à de à > à % Nous reconnaissons que le terme d entrepreneur est parfois mal accepté par certains, réticents à parler de la dimension économique et commerciale de l organisation ou gestion de leurs activités créatives. Un entrepreneur est une «personne qui veut et qui est capable de transformer une idée ou une invention en innovation réussie» (J. Schumpeter), car ce dernier est guidé par son enthousiasme, par sa capacité à avoir une vision, en prenant des risques. Plus précisément, un entrepreneur créatif et culturel «créé ou commercialise un produit ou un service culturel ou créatif et qui utilise des principes entrepreneuriaux pour organiser ou gérer son activité créative d une manière commerciale». 1 Le panel de l enquête en ligne couvre les trois régions, à proportions comparables. Les entreprises retenues, au-delà des différences de statut juridique, ont une activité commerciale déclarée, et intègrent à la fois des entreprises unipersonnelles (statut d artistes, d indépendant), des micro-entreprises (2-5 employés), des PME ou des grandes entreprises. Le principe a été pris de ne retenir que celles qui ont plus de 50 % de capitaux privés. Sont écartés les entités culturelles publiques ou parapubliques Où se situe votre siège social? 21 % 34 % 3 % 42 % Bruxelles Flandre Wallonie International de soutien à la culture (Star t, Culturinvest ), les organismes de redistribution/régulateurs, les associations professionnelles, ou les structures étant subventionnées à plus de 50 % (musées, RTBF/VRT, certains théâtres ). 1- Etude The entrepreneurial dimension of the cultural and creative industries, Utrecht School of Arts & Eurokleis,

12 Culture & Economie Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique Les industries culturelles et créatives belges : les entrepreneurs témoignent Pour répondre à la question «Comment construire des ponts entre économie, culture, secteur public et l enseignement pour inspirer l économie culturelle de demain, à côtés des green industries, des biotechnologies?», Kurt Salmon a analysé des défis communs aux entrepreneurs créatifs et culturels. Quatre défis communs se posent aux entrepreneurs des ICC en Belgique, au-delà de sensibilités propres à chacune des filières : n l es compétences en termes de création d entre prises, n l accès au financement, n l innovation et sa protection, n et l internationalisation des activités. Chacun de ces points est nourri par l analyse croisée de la littérature spécialisée, de l actualité belge et internationale, de l enquête en ligne Kurt Salmon, et des entretiens individuels. l Constats généraux Une majorité d indépendants et de PME Le secteur de la culture reste très atomisé en Belgique : les petites et moyennes entreprises y sont surreprésentées. Dans le panel des 213 entreprises de notre enquête en ligne, 76 % des entreprises répondantes ont moins de 5 employés et 6 % ont plus de 50 employés. Seule une minorité de grandes entreprises réalise la plus grande part du chiffre d affaires total du secteur. 12

13 Ces tendances sont en ligne avec la réalité européenne : 80 % des entreprises ICC de l UE sont des PME, des micro-entreprises (surtout entre Quelle est la taille de votre entreprise? 30 % 76 % 7 % 4 % 6 % 10 % 8 % 59 % Grande (< à 50 employés) Moyenne (13-50 employés) Petite (6-12 employés) Max 5 employés Part du chiffre d affaire global du panel en fonction du nombre d employés Grande (< à 50 employés) Moyenne (13-50 employés) Petite (6-12 employés) Max 5 employés 1 et 3 salariés) ou des entrepreneurs individuels. Les grandes entreprises (plus de 50 salariés), si elles représentent moins de 1 % des entreprises des ICC du panel, génèrent plus de 40 % du chiffre d affaire total des ICC. Enfin, dans notre panel, 50 % des répondants disent ne pas avoir subi l impact de la crise de L avenir est même à l optimisme : 75 % des répondants considèrent que l industrie culturelle et créative est un secteur porteur dans le futur en Belgique. 63 % attendent une hausse de revenus dans les années à venir et 30 % pensent recruter de nouveaux employés. Certains secteurs souffrent plus de la crise, i.e. de la baisse de consommation de biens créatifs : mode, arts du spectacle, presse & édition, labels indépendants de musique D autres secteurs profitent mieux de la révolution numérique (médias sociaux, réalité augmentée, smartphones et tablettes ), comme les entreprises des nouveaux medias (web design, applications design ). Si la diffusion de contenus numériques a permis d éviter le coût de la production de supports physiques, elle ne compense qu en partie la destruction d emploi engendrée par la crise, la disparition des supports physiques (DVD, CD) et les pertes de revenus générées par le piratage (par exemple de la musique). Quel(s) type(s) d évolution(s) prévoyez-vous dans les années à venir au sein de votre entreprise? Croissance des revenus Recrutement de nouveaux employés Recherche de financements publics Ouverture à l'international Recherche de financements privés Intégrer un cluster créatif Créer une startup en Belgique Partenariat avec entreprises ICC Partenariat avec entreprises non-icc Investir dans une autre entreprise ICC Me faire racheter par un concurrent % 13Arts visuels & Artisanat d art Audiovisuel

14 Culture & Economie Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique De nouvelles professions créatives émergent en lien avec la maîtrise de langages numériques et du design pour répondre aux nouveaux besoins matériels et émotionnels des consommateurs. Les métiers dits de «back office» et de gestion ne sont pas en reste : les représentants de commerce, juristes, financiers et comptables sont de plus en plus sollicités. Les juristes, par exemple, sont de plus en plus sollicités pour aider les créatifs à résoudre les litiges concernant la protection des revenus générés par la propriété intellectuelle. l Made in Belgium : la Belgique, un vivier de talents et de créativité La Belgique est un petit pays au carrefour de l Europe qui carbure à la diversité et au libéralisme culturel. Au XIX e et XX e siècles, Bruxelles a accueilli des penseurs de tous les horizons comme Victor Hugo, Emily Brontë, Karl Marx Les icônes belges n ont pas à faire rougir : un patrimoine architectural éclectique et relativement préservé (gothique, classique, art nouveau, art déco ), des peintres de renom international (flamands primitifs, le mouvement Cobra, Magritte ), des écrivains (Hugo Claus, Hendrik Conscience, Guido Gezelle ), le berceau de la bande-dessinée européenne (Hergé, Franquin, Van Hamme ), des chanteurs (Brel, Adamo, Axelle Red, Arno ). Quel est le portefeuille culturel belge actuel visible à l international? La concurrence intercommunautaire stimulerait l émulation dans la création, avec deux pôles forts dans le secteur de la mode : n Anvers, qui est devenue depuis la fin des années 1980, l une des places fortes de la mode européenne, grâce au 6 d Anvers (Ann Demeulemeester, Dries Van Noten, Walter Van Beirendonck, Dirk Van Saene, Dirk Bikkembergs et Marina Yee) et à son école l Académie d Anvers (le département mode de Hogeschool Antwerpen), vivier de talents et de marques (Martin Margiela, Essentiel ). n Bruxelles, avec son école de La Cambre Mode/s/ et le quartier Dansaert n est plus en reste. La ville a vu son nombre de magasins indépendants de créateurs de mode augmenter fortement ces dernières années. Les créateurs belges débutants et confirmés s y retrouvent de plus en plus. La Belgique est également devenue un centre européen de la danse contemporaine grâce aux célèbres chorégraphies de Anne Teresa De Keersmaeker. Quelques musiciens belges s exportent, sans qu ils ne soient néanmoins associés à l une ou l autre région, ni même à la Belgique : deus, K s Choice, Selah Sue, Hooverphonic, Axelle Red, Arno ou encore Stromae. Sur le grand écran, citons les frères Dardenne et Jaco Van Dormael, Bouli Lanners, Cécile de France, Benoît Poelvoorde, Michaël R.Roskam A la plume : Amélie Nothomb, Xavier Deutsch, Dimitri Verhulst, Tom Lanoye Enfin, certains artistes contemporains ont révolutionné l art Alechinsky, Francys Alys, Chris Martin, Marcel Broodthaers, Wim Delvoye, Luc Tuymans sans parler du rayonnement international de la bande dessinée belge. Parmi toutes ces disciplines, il semble qu il y ait une «Belgian touch» distinctive des autres pays. «This is so Belgium!». De nos entretiens, il semblerait que les observateurs étrangers perçoivent de la création belge, un goût du «surréalisme», du hors normes, un «humour décalé» voire trash, un sens de l absurde, une capacité à rire de soi. Aujourd hui, à tort ou à raison, Bruxelles devient depuis 3-4 ans pour les artistes the «next place to be» en Europe, en particulier dans l art contemporain. Le New York Times parle même d une «Belge Epoque», et plus précisément d une «Renaissance créative de Bruxelles» 2. Précisément, Bruxelles dispose d un environnement très attractif pour les créatifs, forte de la qualité de certaines écoles artistiques (mode, cinéma, architecture, dessin), la qualité de l événementiel et le prestige de certaines institutions culturelles (Europalia, 2- Monica Khemsurov, (21 septembre 2011), Belge époque, New York Times. 14

15 concours Reine Elisabeth, la Monnaie ), la vie nocturne insolite (soirées High needs Low ). Citons aussi l extrême cosmopolitisme des expatriés autour des institutions européennes (l anglais est pratiqué quotidiennement par près de 15 % de la population ; 27 % de la population bruxelloise est d origine étrangère dont plus de 60 % sont de l UE), les désertes Eurostar et Thalys qui permettent de fluidifier les échanges d idées et d artistes, les lieux de référence (Recyclart, WIELS, Bozar, Botanique, Ancienne Belgique ), les concept stores & hôtels (Haleluja, MAPP, Hunting and collecting, White hotel, Bloom ), et le prix de l immobilier y est relativement abordable comparé à Londres et Paris. Enfin, la Belgique perd beaucoup de talents qui préfèrent vendre ou entreprendre à l étranger. Chez les artistes-plasticiens et stylistes de renom, Luc Tuymans a sa galerie à New York, Chris Martin en Allemagne, Francis Alys est au Mexique, Laetitia Crahay travaille à Paris pour la Maison Michel et Chanel, Olivier Theyskens vit et travaille à New York La Belgique recèle de formations artistiques excellentes et très reconnues à l international : La Cambre, Saint-Luc, la Kask et l Académie Royale d Anvers, écoles ultra-sélectives et attirant des étudiants des 4 coins du monde mettent l accent sur la créativité. Les étudiants fraîchement diplômés rêvent souvent d une carrière internationale, voir d être repérés en fin d étude pour travailler à l étranger (Paris, Londres, Milan, New York). Deux raisons sont mentionnées pour expliquer cette fuite des talents : n le manque de grands donneurs d ordres belges en Belgique, ce qui implique la nécessité de s expatrier pour trouver de l emploi et/ou pour se faire un nom ; n le marché de consommateurs n atteint pas une taille critique suffisante pour absorber l offre de produit et services culturels et créatifs. L e-commerce créatif : de nouvelles stratégies web Seuls 11 % des sondés vendent leurs produits culturels en ligne (ebay, Amazon ). Cela n est pas dû au manque de présence par les entreprises sur le web (84 %), mais bien à la faible demande des Belges pour l achat en ligne ou la méconnaissance de certaines plateformes dédiées aux ICC (99design, behance, mondressing.be ). 67 % des entreprises sondées sont présentes sur les réseaux sociaux, principalement Facebook, LinkedIn et Twitter. Les effets produits par cette présence sont, par ordre d importance, l amélioration du networking, du branding et des ventes. Le «bouche à oreille», la prescription par des tiers ambassadeurs d une marque, devient la Un autre regard La naissance d une vitrine «made in Belgium» à Manhattan Les entrepreneurs créatifs belges ne manquent pas d ambition comme en témoigne l aventure de Sylvie Bouffa, fondatrice de Talking French & Flemish Inc. Initiative. Purement privée, développée sans aides financière publiques, cette structure de m sera une vitrine de la créativité belge à Manhattan, New York. Sylvie est partie du constat que les Américains adoraient le design belge quand ils le voyaient, et étaient prêts à payer une fortune pour l avoir, mais peu en connaissaient l origine. Elle a donc décidé d ouvrir un magasin exposant tout ce que la Belgique propose de meilleur : les Carrières du Hainaut, les chocolats Marcolini, les baignoires Aquamass, le design XVL, une galerie d art contemporain, les montres Raidillon, un restaurant «bistronomique», et bien d autres encore Si cette première vitrine belge est un succès, Sylvie compte bien dupliquer le concept ailleurs sur le «Nouveau Continent» mais également en Chine, au Brésil et en Inde. L ouverture de Talking French & Flemish Inc. New York est prévue pour le printemps méthode la plus efficace et fiable de publicité. D ailleurs, les entreprises de publicité se sont tournées vers l activation de marque sur internet. C est une nouvelle niche publicitaire qui a permis au secteur de la publicité de se réinventer en temps de crise. Cette nouvelle manière de communiquer, associée à une logique de social CRM /brandwatching, permet de communiquer à une cible très précise et d entretenir une relation d échange avec les consom acteurs, qui influencent en retour le produit/le marché... Seuls 3 % des répondants ne sont en aucune façon connectés, souvent par défaut de maîtrise des outils. 15

16 Culture & Economie Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique l Formation à l entrepreneuriat culturel Entreprendre et réussir dans la culture, c est être en capacité de réconcilier deux logiques encore fortement ressenties comme antagonistes : d une part, la dimension de création (l art pour l art) et d autre part, la dimension économique (vivre de son art). C est tout l enjeu de la formation initiale et continue adaptée à l entrepreneuriat culturel et créatif. L icône de l artiste «complet» reste Léonard de Vinci. Peintre et homme d esprit universel, à la fois artiste, scientifique, ingénieur, inventeur, anatomiste, peintre, sculpteur, architecte, urbaniste, botaniste, musicien, poète, philosophe et écrivain, il n en fut pas moins «commerçant» en attirant l attention de mécènes pour vivre de ses arts. De l idée créative à l entreprise Si un certain nombre d écoles supérieures belges dédiées aux ICC sont reconnues pour leurs exigences de travail et l extrême qualité du transfert de savoir-faire créatifs, des marges de progrès sont possibles. En effet, dans le panel de répondants à notre l enquête en ligne, seuls 17 % des actifs travaillant dans les ICC estiment avoir été bien préparés à l entreprenariat culturel et créatif. Précisément, hormis les compétences artistiques incontournables, les compétences managériales (73 %), les relations publiques et presse (61 %) ainsi que les compétences en administration/finance (38 %) sont considérées comme les plus essentielles. Or seulement 34 % des répondants résidant en Wallonie, 18 % en Flandres et 13 % à Bruxelles estiment avoir été bien préparés aux compétences managériales, pourtant ressenties comme fondamentales. Si l on distingue les entrepreneurs des ICC qui ont suivi une formation supérieure de type culturelle ou créative (60 % des répondants), des entrepreneurs des ICC qui ont suivi uniquement une formation supérieure de type économie ou gestion ou autre (40 %), un constat se pose : l étudiant dans un cursus créatif «pur» rencontrera tendanciellement plus de difficultés sur le marché du travail sur la dimension économique de son activité professionnelle. Par exemple, il ressort des entretiens que le «créatif pur» aura tendance à sous-estimer la valeur de ses œuvres/ services, il aura des difficultés à monter son business plan, à réfléchir en termes de stratégies financières, commerciales et marketing. Certains témoignent avoir été sollicités par des intermédiaires peu scrupuleux exploitant une certaine candeur des jeunes diplômés. Il semblerait donc que les compétences entrepreneuriales ne soient pas assez bien transmises dans les formations de type créatif et culturel. Hormis la créativité, quelles sont les compétences les plus importantes pour les entrepreneurs créatifs et culturels? Managériales (vision business plan, gestion de risques ) Relations publiques & presse Administration/finance Langues Connaissances IT/social media Juridiques (législation sociale, droit d auteur, contrats ) % Auxquelles de ces compétences estimez-vous avoir été bien préparé lors de votre formation en Belgique? Langues Managériales (vision business plan, gestion de risques ) Relations publiques & presse Administration/finance Juridiques (législation sociale, droit d auteur, contrats ) Connaissances IT/social media % 16

17 Le recours au système D Pour palier au manque de compétences «entrepreneuriales», les créatifs belges sondés ont recours au «système D» (amis, famille, entreprises privées). Les entreprises privées sont majoritairement consultées pour les matières comptables, administratives, financières et informatiques. Les amis et la famille sont plutôt consultés sur les sujets en lien avec les médias sociaux et le networking. Les structures d aides publiques ou associations professionnelles sont moins consultées. D ailleurs, 72 % des répondants de notre panel pensent que les entreprises culturelles et créatives ne sont pas suffisamment bien épaulées par leurs associations professionnelles. Variant de l une à l autre, elles ont pour mission d assurer la représentation des intérêts du secteur aux décideurs publics, la promotion du secteur, le conseil en affaires, l information sur les financements disponibles, développer le networking, diffuser les appels à projets, des propositions de travail collaboratif sur projets Mais les entreprises ne se retrouvent plus dans cette profusion de structures et d aides disponibles. Une simple cartographie de structures publiques et associations professionnelles belges dédiées aux ICC permet de recenser plus d une quarantaine de structures en Belgique! Pour aider le design par exemple, il n y a pas moins d une vingtaine de structures en Wallonie. Outre l illisibilité, une autre critique se dégage de nos entretiens : les activités créatives englobant plusieurs secteurs ICC, ou celles, plus récentes (webdesign), ne se retrouvent pas forcément dans ce paysage foisonnant de structures intermédiaires fonctionnant souvent en silos. La gestion segmentée de ces différents secteurs entrave le développement de la pensée latérale et de l innovation. Revoir les cursus dédié à l entrepreneuriat créatif De plus en plus d entrepreneurs culturels et créatifs vivent de leur art (Stromae, Francys Alys, Jean-Claude Van Damme, les frères d Ardenne ou encore Amélie Nothomb). Pas étonnant que les étudiants des filières artistiques soient aussi désireux de faire carrière et espèrent pouvoir vivre de leur capital culturel et créatif. La clef du succès, selon le chanteur Stromae, «c est 40 % de chance, 40 % de travail et 20 % de talent. L art pour l art, c est bien, mais il faut tenir compte de la réalité du marché». A contrario, les histoires de «galères», d incompréhension des règles du jeu, de petits revenus, sont nombreuses. Pour pallier à ces problèmes, les entrepreneurs des ICC de l enquête en ligne ayant suivis des cursus purement créatifs regrettent que les notions de base de l entrepreneuriat n aient pas été transmises dans leur formation supérieure. Le talent et la culture générale ne suffisent pas pour s improviser du jour au lendemain en entrepreneur culturel. Celui-ci doit être capable de se financer, de protéger ses créations, et de convaincre de la valeur ajoutée symbolique de son produit ou service. Dès lors, une réflexion s impose sur les compétences idéales de l entrepreneur culturel et/ou créatif. Pendant les études dédiées à la création, il conviendrait de renforcer substantiellement l apprentissage de l anglais, des bases du droit de la propriété intellectuelle, de la comptabilité/finance (i.e. savoir faire un business plan), du marketing/pr (savoir communiquer), et des logiques des chaînes de valeur du secteur. Le stage en entreprise est un exercice désormais incontournable. De plus, des interventions des structures de soutien du secteur (association professionnelle, entités en charge de l international/export, sociétés de gestion des droits d auteur ), des interventions de professionnels étrangers, d alumni, des visites d entreprises seraient à encourager tout au long du cursus. Il est important d ouvrir l enseignement créatif aux autres économies. Citons par exemple le Programme d entrepreneuriat créatif Goldsmith de l Université de Londres, destinés aux étudiants voulant entreprendre dans le secteur de la création. Cette formation enseigne les pré-requis nécessaires à l entreprenariat ainsi que les attributs nécessaires à la commercialisation de leur produits/service créatif et/ou culturel. L objectif est de former les étudiants à l économie culturelle, à innover par rapport aux différents business model possibles et de développer leurs compétences entrepreneuriales (finance, chaîne de valeurs ), de communication (leadership, marketing ) & légales (propriété intellectuelle ). Des opportunités de networking, de cours ou d expériences communes pendant les études sont à imaginer pour faire se rencontrer les profils de créatifs avec les profils de gestionnaire d entreprise ICC. L objectif : encourager les projets multidisciplinaires entre le monde de l entreprise et les créatifs pour casser les clichés. 17

18 Culture & Economie Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique L intermédiaire de l artiste est une nouvelle profession qui vient en soutien des artistes pour leur permettre de trouver leur «marché», en particulier en assurant le PR, marketing, CRM Si ce type d entrepreneur culturel a toujours existé d une façon ou d une autre dans l histoire de la culture (ex. : le marchand de tableaux, l agent ), nous avons la conviction qu il devient aujourd hui essentiel de crédibiliser leur formation et leur mise en contact avec les créatifs. Le système éducatif francophone commence à bouger pour concilier la création et l esprit d entreprise. ARTES, une plate-forme transdisciplinaire de 3 écoles supérieures des arts de la Communauté Française à Bruxelles (le Conservatoire, La Cambre et l INSAS) vient de solliciter une habilitation nouvelle, commune, trans-domaines, pour la création d un nouveau Master en production de projets artistiques. Ce nouveau Master inclurait un certain nombre de cours ou de modules de formation destinés à familiariser les étudiants avec des concepts et des outils utiles à la production de projets : aspects juridiques et institutionnels, notions de comptabilité, outils de communication, etc. Un cycle de rencontres 2 rencontres par moispermettrait d alimenter les étudiants (et leurs projets) par l expérience de professionnels. Un débat plus large se développe en Europe en faveur d une meilleure prise en compte des cours se basant sur la créativité au cœur de l enseignement dès le plus jeune âge, pour forger les talents et alimenter l innovation de demain. Les écoles de Singapour généralisent déjà les cours de créativité tout au long de l enseignement primaire et secondaire afin de booster l innovation du futur. Compétences idéales à l entreprenariat culturel et créatif Talent créatif Pensée latérale Créativité Excellence Innovation Communication Leadership Marketing Relations publiques et presse Social CRM Langues Entreprenariat Compétences managériale Compétences informatiques Compétences juridiques Compétences économiques Administration Un autre regard Polimoda Polimoda est l exemple d une école d entrepreneurs de la mode à Florence, ville historique de la mode italienne. Elle est née du besoin de l industrie florentine du luxe de s adapter au marché global de la mode, de plus en plus concurrentiel. L école est une initiative publique/privée lancée en 1986 et financée par les villes de Florence et Prato, les associations professionnelles, la région Toscane, et les fonds sociaux européens. Présidée et dirigée par deux noms de la mode internationale Francesco Ferragamo et Linda Loppa, l école se veut ancrée dans les réalités du marché de la mode. Elle associe les professionnels locaux dans la construction des cursus pédagogiques (Chambre de commerce, filière de la chaussure, filière de la mode ). En réponse aux besoins du marché ont été créés les Masters «Fashion Stylists», «Fashion Brand», 25 Masters en anglais, et des Summer school en chinois. Les étudiants sont formés sur toute la chaîne de valeur de la mode, de la création de collections haute couture, jusqu à la commercialisation (achat/vente, relation client, art de la mise en vitrine ). Les stages et projets sont encouragés en lien avec les districts industriels et les maisons de mode. Les projets des élèves sont régulièrement présentés devant la presse, les décideurs publics, le secteur privé, dans le cadre de foires et galas locaux et dans les vitrines commerçantes de la ville. Au sein de l école, une spin-off, présidée par le Président de la marque Versace, offre des prestations de conseil en stratégie marketing auprès de 35 entreprises de mode (Ferragamo, Gucci, Tod s, au Quatar, en Inde ). Cette filiale capte les tendances des marchés et facilite le placement des étudiants. 94 % des diplômés trouvent un emploi dans les 6 mois, dans les grandes maisons de mode du monde. 18

19 l L accès au financement Un des obstacles les plus importants rencontrés par les professionnels des secteurs culturels et créatifs est l accès au financement dont ils ont besoin pour mener à bien leurs activités. En Europe, 85 % des entreprises des industries ICC éprouvent des difficultés à trouver des financements 3. D autant plus qu en temps de crise, la culture est souvent la première victime des coupes budgétaires. La recherche de financements mixtes (public-privés) s accélère, tant pour les institutions culturelles que pour les entreprises créatives. Internet, source fantastique d opportunités pour la culture, a aussi mis à mal certaines entreprises créatives qui voient leurs sources de revenus traditionnels s éroder à cause de la disparition des supports physiques, du téléchargement illégal de contenus. Les entreprises se voient alors obligés de penser de nouveaux modèles économiques. Les besoins de financements diffèrent en fonction des secteurs ICC (par exemple, les arts du spectacle sont typiquement plus subventionnés que les entreprises du domaine de la publicité), du stade de développement des entreprises (phase d amorçage, phase de croissance, phase de transformation, etc.). Le recours principal aux «friends, family and fools» En Belgique, selon notre enquête en ligne, les entreprises ICC sont d abord financées en fonds propres (76 %), grâce à des économies personnelles ou des sources «FFF» («friends, family and fools»). 46 % des répondants ont déjà fait appel à des sources de financements externes (prêt, subsides publiques, sponsoring, business angels ). Ces sources externes sont difficiles d accès pour près de 88 % des répondants, et ce, d autant plus lorsqu elles relèvent du secteur privé. 3- Commission européenne, (2011), Livre Vert - «Libérer le potentiel des industries culturelles et créatives». Quelles sont les sources de financement les plus importantes pour votre entreprise? Fonds propres Prêt bancaire Bourses publiques/ financement public Sponsoring Incitation fiscale Capital risque Financement viral Financement d'amorçage Business Angels Donation Introduction en bourse % Comment qualifiez-vous l accès aux sources de financement externes suivantes? Prêt bancaire Financement viral Bourses privées Bourses publiques Sponsoring Business Angels Donation Financement d'amorçage Capital risque % Facile Difficile 19

20 Culture & Economie Enjeux et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique Les bourses publiques sont utilisées dans 21,6 % des cas. La principale forme de soutien émanant du secteur privé est le sponsoring avec 8,1 % des réponses. Le recours au crowdfunding, modèle de financement où une multitude d internautes financent des projets créatifs en achetant des «parts» via un site internet, est récent et encore marginal car ces plateformes web sont rares et doivent encore faire leur preuve (Aka music, Mymajorcompany ). Les soutiens financiers publics apportés aux ICC rencontrent des avis mitigés. Une majorité des répondants et interviewés n ont jamais demandé de subsides. Ceux qui ont introduit une première demande de soutien financier public sont généralement déçus du résultat obtenu par rapport aux efforts fournis et n ont plus retenté l expérience. Ces 12 derniers mois, avez-vous fait appel à une source de financement externe? 54 % 46 % Au moins une fois Non Les raisons évoquées sont diverses et multiples : n Les entretiens précisent que la distribution des bourses ne fait pas toujours l objet d une grille de décision transparente poussant ainsi les créatifs à devoir faire du lobbying politique. Certains secteurs semblent plus soutenus que d autres, soutien variant au gré des intérêts des décideurs politiques, et moins dans une logique de stratégie avec des priorités claires, objectivées, ou au regard de potentiels de développement à long terme. n Le paysage des structures d aides et de soutien publiques aux filières est particulièrement illisible, au-delà des différences régionales. Aussi, un nombre croissant d entreprises multidisciplinaires dans leurs activités, en particulier sur le champ numérique, se voit refuser l accès aux financements publics soumis à une segmentation ressentie comme trop stricte. n Les entretiens menés mettent en exergue une tendance au «saupoudrage» des aides financières par les institutions publiques. De ce fait, les montants octroyés sont faibles et ne permettent pas aux entrepreneurs ICC de se lancer dans des projets ambitieux. n Les fonds publics alloués aux ICC, quelles que soient les régions, feraient l objet de vifs débats. Les interviewés (bénéficiaires ou non) admettent que les subsides publics peuvent avoir un effet salutaire dans le soutien de choix créatifs risqués. Néanmoins, il est admis qu une certaine dépendance aux subsides peut «endormir» la créativité et n exclue pas un interventionnisme politique dans la programmation. Les subsides devraient être alloués de manière prioritaire à des projets expérimentaux pour permettre le développement de nouveaux produits culturels et créatifs. Néanmoins, les organes publics en charge des soutiens financiers aux ICC devraient régulièrement évaluer la pertinence, les résultats qualitatifs et quantitatifs, l efficience des subsides alloués. Le secteur privé frileux dans le soutien aux ICC, par méconnaissance et méfiance réciproque L enquête en ligne indique que le prêt bancaire est considéré comme la source de financement la plus accessible. Cependant il ressort de nos entretiens que les banques restent frileuses pour investir dans les ICC. Pour arriver à rapprocher le secteur privé et les ICC, il faut leur apprendre à parler un langage commun, à se départir de clichés qui prévalent tant chez les investisseurs privés que chez les créatifs. n La méfiance des investisseurs privés s expliquerait par le fait que l industrie créative est considérée comme un secteur à risque. Les ICC sont une économie singulière qui se base sur des concepts certes peu quantifiables tels que la beauté artistique ou la valeur symbolique des produits, dont le «hype» auprès de la demande est imprévisible. Dans la plupart des cas, les entreprises des ICC utilisent des biens immatériels (des idées, des brevets, etc.), garantie souvent considérée comme insuffisante par les investisseurs privés. Or, contrairement à cette idée reçue, investir dans des entreprises créatives n est pas plus risqué que dans les autres pans de l économie 4. Dans une étude menée en Angleterre, il a été démontré que le taux de survie des entreprises ICC après 5 années d existence est plus élevé que celui des entreprises traditionnelles (49,7 % contre 46,6 %). Il est même suggéré que les ICC ont plus de facilités à traverser des périodes difficiles en se «serrant la ceinture» que les autres entreprises. Le secteur privé est une source complémentaire aux subsides publics. En effet, grâce à ses outils, son savoir-faire, ses carnets d adresses internationaux, le secteur privé est parfois 4- Helen Burrows and Kitty Ussher, (October 2011), Helen Burrows et Kitty Usshe, (2011), The lazy assumption that the creative industries are inherently risky is harming Britain s path to growth, DEMOS 20

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