La journée d étude de l ONEA. sur. L orientation des élèves vers. l enseignement agricole

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1 La journée d étude de l ONEA sur L orientation des élèves vers l enseignement agricole 133

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7 La synthèse des débats par Michel Deschamps 1 Près de cinq heures de débat ; trente-sept interventions à la tribune ou questions dans la salle ; autant de questionnements, de positionnements, de propositions parfois à peu près impossibles, dans leur richesse, à résumer. Aussi ai-je fait le choix, arbitraire forcément arbitraire d organiser ma tentative de synthèse autour de trois questions. Je les formule à ma manière, mais je crois qu elles émergent très directement de nos débats. Première question : Peut-on espérer voir l orientation scolaire considérée non pas comme un dispositif technique, sur les bas-côtés du système éducatif, mais comme un enjeu central totalement stratégique pour l Ecole, pour les jeunes, pour la société? Deuxième question : L enseignement agricole, en très grande partie extérieur aux lieux, aux procédures, aux acteurs institutionnels de l orientation, peut-il être reconnu comme un acteur véritablement significatif de l orientation, dans un partenariat renouvelé «de l aval et de l amont»? Troisième question : L orientation, au-delà des dispositifs techniques et des politiques de communication nécessaires, n interpelle-elle pas aussi l enseignement agricole sur son devenir? Pas seulement un problème «d image» : comment mieux vendre ce que nous sommes aujourd hui? Un problème d orientation : quel est le projet de l enseignement agricole pour demain? Stratégique, l orientation scolaire l est souvent dans les discours, rarement dans les faits. Le constat sévère sur les modalités d orientation des jeunes au sein du système éducatif français est si partagé qu il a suffi qu un des tout premiers intervenants 2 de la journée le souligne pour qu il ne soit plus discuté par aucun autre intervenant ensuite : le bilan «n est pas satisfaisant» et sous la modération de la formule, il y a des angoisses pour les familles, des incertitudes pour les établissements, du gâchis souvent au regard des besoins professionnels des entreprises, des drames vécus parfois par les jeunes concernés. 1 Membre de l ONEA, Inspecteur général de l Agriculture honoraire 2 Intervention de Monsieur Emmanuel Percq, Chef du Service académique de l information et de l orientation de Strasbourg 139

8 Au fond, vos interventions peignent, un peu en noir et blanc, l écart entre ce qu il faudrait et les réalités : - Nous voudrions que le système d orientation fonctionne de façon progressive et réversible ; il est ressenti comme un couperet, comme un verdict d irréversibilité. - Nous le voudrions positif, axé sur l épanouissement des capacités individuelles des jeunes ; il reste très largement piloté par l échec scolaire et sa sanction sociale. - Nous voudrions qu il repose sur une information précise, ciblée, répondant à une demande singulière d un jeune et de sa famille ; il disperse une information trop souvent générale dont l abondance cache mal la carence en matière d accompagnement. - Nous le voudrions égalitaire ; il reflète et prolonge des processus très différenciés selon l origine sociale, le sexe, les contextes territoriaux. - Nous voudrions que les jeunes et les familles soient considérés comme les acteurs essentiels de l orientation ; le système est vécu très souvent comme un processus de dépossession. Nous voudrions, en un mot, que le système d orientation soit inspiré par une logique de promotion éducative ; il semble additionner les pesanteurs scolaires et sociales. Mais ce constat des insuffisances de notre système national d orientation n aurions-nous pas pu le dresser il y a cinq ans, il y a dix ans, il y a quinze ans? Plutôt que de répéter seulement, ne faut-il pas être tout à fait attentif à ce qui bouge, à ces éléments nouveaux soulignés par plusieurs d entre vous qui redistribuent, au moins en partie, la donne? Je retiens trois de ces éléments : D abord, si l orientation reste bien essentiellement dictée par les résultats scolaires et par l échec comme le rappelait dans son introduction Jean François-Poncet 1, il faut aussi savoir, comme nous y invitait Françoise Œuvrard 2, relativiser le constat. «L orientation par l échec ne dit pas tout» sur la façon dont les familles et les jeunes se réapproprient, malgré et contre les fatalités sociales, la force du choix car c est un choix d une formation professionnelle et d un métier. «Nul ne peut choisir à la place de l élève» nous disait le représentant de la FCPE 3. Et dans une société qui table de plus en plus sur les engagements et les aptitudes individuels, l envie des jeunes et la liberté des familles ne sont pas moins décisives que les contraintes éducatives et sociales. Ensuite et malgré les rigidités du système le Recteur André Legrand a décrit avec force ces filières «cul-de-sac», ces passerelles introuvables, cette «orientation» qui ferme 1 Président de l ONEA 2 Membre de l ONEA 3 Faride Hamana, Président de la Fédération des conseils de parents d'élèves des écoles publiques 140

9 plus de portes qu elle n ouvre de voies malgré ces contraintes, donc, les familles et les jeunes résistent et inventent à l intérieur même du système des détours, des contournements qui rendent un peu moins irréversibles les choix d orientation. Contre le système du «tri sélectif» et contre la «gestion cylindrique» selon les formules de Monsieur Girard 1, et dans les brèches mêmes du système, s inventent des éléments nouveaux de souplesse. Ces deux premiers éléments ne devraient-ils pas conduire à résorber l écart entre l adhésion croissante envers les formations professionnelles et les images encore véhiculées? Ne devraient-ils pas plaider pour un rôle accru des familles, des acteurs locaux, pour une autonomie éducative accrue? Le troisième élément n est-il pas à rechercher dans ce qui apparaît comme une prise de conscience des pouvoirs publics de l enjeu véritable de l orientation scolaire. Une prise de conscience sans doute tardive, fragile encore, mais la procédure récente d un délégué ministériel à l orientation, le choix interministériel que cette procédure implique, la qualité des hommes intéressent et font espérer. Comme vous, je n ai pas manqué d être séduit par la façon dont Monsieur Lenzi 2 porte une telle ambition, rêve d un tel projet dont il évoque pleinement la dimension stratégique. Avec lui, nous souhaitons de ce «dégel» récent ne soit pas suivi d une nouvelle glaciation, comme lui nous souhaitons que les jeux, pour les jeunes, ne soient pas «précocement faits», comme lui nous souhaitons que les critères d orientation ne soient pas seulement «académiques» puisque, comme le soulignait Monsieur Daigney 3, «les résultats scolaires ne disent pas tout des goûts et des aptitudes». Compte-tenu de ce dégel esquissé, pouvons-nous rêver d un enseignement agricole pleinement intégré dans un service public d orientation, interministériel, et donc traitant a priori de façon plus égalitaire les différents types d enseignement? Oui, mais il ne suffira pas d attendre. Et, d ailleurs, nos établissements n ont pas attendu : le recrutement dans l enseignement agricole est une bataille, pour les proviseurs et pour les équipes, de presque chaque jour. Mais remplir les établissements, est-ce toujours faire de l orientation? Quelle régulation aux niveaux régional et national? Quelle mobilisation de l appareil? Monsieur Savy 4 a rappelé les raisons qui font que l enseignement agricole, «pas totalement acteur de l orientation», dispose de peu de structures spécifiques consacrée à l orientation, y compris au sein de l Inspection. 1 Délégué général du Conseil national de l enseignement agricole privé, Délégué général de l Enseignement Catholique 2 Délégué interministériel à l orientation par intérim 3 Directeur de l Union nationale des maisons familiales rurales d éducation et d orientation 4 Doyen de l Inspection de l enseignement agricole 141

10 Pour le moins et à l heure de la décentralisation, l échelon des directions régionales de l agriculture et leurs SRFD ne devraient-ils pas se vivre comme des acteurs clefs de l orientation, à l interface de l enseignement agricole avec le Rectorat, à l interface de l enseignement agricole avec les collectivités territoriales? Les enseignants ne voient pas toujours sans appréhension l Ecole vivre, de plus en plus, «à l heure de la régionalisation». Réaction compréhensible dans un pays très attaché au caractère national du service public d éducation. N y aurait-il pas pour autant danger à «sous-estimer l échelon territorial», comme le craint Monsieur Lenzi? Pouvons-nous risquer de rater le moment, les mutations, les opportunités d entités régionales qui ne sont pas seulement dispensatrices de moyens mais des lieux privilégiés d expression des besoins socio-économiques des territoires et d évolutions de la société? Monsieur Girard a montré le rôle joué par la structuration académique des établissements de l enseignement catholique. Dans cet esprit, n apparaît-il pas nécessaire de trouver une réponse à l absence de toute structure de représentation de l enseignement public au niveau régional, soulignée par Madame Merrien 1? L orientation est maintenant un jeu où les établissements dialoguent avec quatre partenaires : les familles et les jeunes, l Etat, les employeurs, les collectivités territoriales. Cela implique une efficacité accrue des échelons d encadrement et sans doute une réactivation de la culture partenariale de l enseignement agricole. Je voudrais conclure en abordant la question du projet. «L enseignement agricole a-t-il encore un projet lisible», interrogeait l un d entre vous? Il est vrai que l enseignement agricole est questionné sur l élargissement continu de ses champs d intervention, sur la légitimité de cet élargissement et plus encore sur la façon dont il articule ces diversifications. Il est vrai que l enseignement agricole est attendu sur l évolution de ses partenariats professionnels, de ses rapports parfois concurrentiels avec l Education nationale, de son articulation avec les collectivités territoriales. Il est vrai que l enseignement agricole est interpellé sur son aptitude à continuer cette dynamique d innovation pédagogique qui a été longtemps sa marque et l est, peut-être, un peu moins. 1 Secrétaire générale du SNETAP-FSU 142

11 C est en prenant en compte ces éléments que Madame Férat 1 considérait que l enseignement agricole était «à la croisée des chemins», qu elle regrettait que son projet «semble aujourd hui en panne» et souhaitait qu il se dote d une stratégie «ambitieuse et claire». Avec elle, nous savons que les obstacles sont nombreux, à commencer par les «freins budgétaires». Comme elle, nous faisons le constat des conséquences objectives qu ont les restrictions sur l exercice des missions de l enseignement agricole et nous croyons, effectivement, que «les verrous budgétaires figent l enseignement agricole sur la défensive», alors qu il devrait s inscrire dans une ambition renouvelée, à l heure des «dynamiques professionnelles et sociétales» des territoires. Certes, la «volonté de territoire» n est pas une panacée et le Recteur Armand Frémont nous a rappelé toute la complexité de cette notion de territoire. Certainement pas, un territoire donné ; certainement pas, un territoire pré-défini ; certainement pas, un territoire découpé par l administratif : un territoire vivant, celui que gagne chaque établissement dans les rapports avec ses partenaires locaux. Lors des auditions préparatoires à l élaboration du rapport qui est aujourd hui au centre de nos débats, l un de nos interlocuteurs a évoqué «les trois âges de l enseignement agricole». D abord, un enseignement marqué et structuré par la saga du développement de la production en agriculture : le lycée agricole. Ensuite, un enseignement enrichi par la diversification de ses champs d intervention professionnelle, à l heure du développement durable et de la sécurité alimentaire : le lycée des métiers de la nature. Enfin, le lycée du territoire qui, sans cesser d être «agricole» et «des métiers», inscrit son projet au cœur des dynamiques territoriales. «Faites très attention à maintenir l enseignement agricole», c est par ces mots que le Recteur André Legrand concluait son intervention ce matin. En avons-nous la volonté? Verrons-nous cette volonté d acteurs portée par une ambition politique nationale? En avons-nous les moyens? 1 Sénatrice, auteur du rapport sur la place de l enseignement agricole dans le système éducatif français 143

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