Eveil historique et géographique

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2 Eveil historique et géographique " L éveil et la formation par l histoire et la géographie constituent des domaines privilégiés où les élèves prennent conscience des problèmes de société et d environnement. " (Socles de Compétences, 1999, p. 75) Ces deux disciplines, qui visent la construction de repères spatiaux, temporels et sociaux, doivent aussi permettre de sensibiliser les élèves à leur responsabilité de citoyen. Grâce à des compétences qui leur permettront de s ouvrir au monde et de développer leur esprit critique, ils pourront prendre conscience qu ils occuperont plus tard une place active dans la société. Les objectifs de l histoire et de la géographie ont évolué avec le temps. Auparavant, le sens premier était la transmission de connaissances par l enseignant et la restitution de faits, noms, dates par les élèves, après une mémorisation pure. Actuellement, si on lit les documents officiels, le but de l histoire est d étudier le passé de l homme pour éclairer le présent et préparer l avenir. La géographie a évolué également dans le sens où, de descriptive, elle est devenue relationnelle en prenant en compte les interactions entre l homme et son espace. Les apports de l histoire permettent d expliquer des faits, de comprendre des localisations ainsi que des mutations économiques, sociales, politiques De même, l étude de la géographie ne peut s envisager sans établir de liens avec le passé. Ces disciplines s inscrivent donc dans une démarche plus ouverte. Elles sont devenues le terrain de mise en place de méthodes associées à l acquisition de savoirs. Savoirs et savoir-faire se complètent donc et ne se distinguent plus dans le processus d apprentissage. Les finalités de la «formation historique et géographique comprenant la formation à la vie sociale et économique» sont donc bien de «former l enfant en qualité de citoyen responsable, c est-à-dire une personne qui s inscrit dans le milieu où il vit, qui s y 1

3 pose des questions, qui cherche des réponses, qui se découvre par ce fait même, qui souhaite devenir acteur de son milieu, son environnement.» 1 Cet élève doit alors acquérir progressivement des compétences qui s apparentent à une démarche de recherche documentaire, être doté de clés de lecture du monde qui l entoure et être acteur de son apprentissage. Acteur de son apprentissage Pour motiver l élève à apprendre, l enseignant prévoira d abord des situations proches de l intérêt de l enfant pour son environnement et privilégiera des activités qui ont une signification à la fois par leur contenu et par leur forme. Ces mises en situation seront choisies en fonction de la maturité psychologique de l élève, en démarrant par le milieu proche, en l élargissant ensuite au vécu des parents et grands-parents pour arriver à l utilisation d informations de même type, puisées dans certaines périodes conventionnelles illustratrices d un fait. De plus, pour éveiller la curiosité de l élève, il est intéressant de le mettre en situation d enquêteur. Face à un problème, il a besoin d une réponse que seules les traces du passé ou l observation d un milieu peuvent lui apporter. L élève entreprend donc une démarche de recherche, pour résoudre le problème posé. Selon Meirieu 2, il est nécessaire de «créer l énigme» pour faire émerger le désir d apprendre. Enseigner, c est faire découvrir. Mais cette découverte doit être demandée par l élève. «Un apprentissage s effectue quand un individu prend de l information de son environnement en fonction d un projet personnel» (Meirieu). Eveiller à la curiosité est donc une première étape essentielle dans le processus de recherche. De plus, faire émerger une problématique va déstabiliser les premières impressions de l élève. En étant confrontées avec d autres, ses représentations seront remises en cause. 1 Servais-Delvaux, M., Pistes didactiques de la Commission Histoire-Géographie, Service général de l'inspection. 2 Meirieu, P. (1989). Apprendre oui, mais comment? (4è éd.). Paris : Editions ESF 2

4 «Apprendre et comprendre, c est relier du nouveau à ce que l on sait et voit déjà. C est donner du sens à cette nouveauté». 1 Pour rendre l élève acteur de son apprentissage et lui permettre de construire son savoir à partir de la situation-problème, une démarche scientifique est utile. Elle lui permet d utiliser des savoir-faire communs à l éveil historique et géographique pour acquérir des compétences. Ces compétences sont : se poser des questions construire une démarche de recherche rechercher de l information exploiter l information et en vérifier la pertinence structurer les résultats de sa recherche, valider sa recherche communiquer transférer à des situations nouvelles agir et réagir. (Socles de compétences, 1999, p. 90) Démarche active de recherche 1) Se poser des questions et construire une démarche de recherche Cette première étape peut réellement constituer un apprentissage car elle n est pas facilement accessible pour tous les élèves. Pourtant, un jeune enfant pose beaucoup de questions mais des recherches ont montré qu il en pose de moins en moins quand il fréquente l école. Apprendre à s interroger sur son environnement ou son passé aide à développer la curiosité et la motivation. L élève peut ainsi être invité à - reformuler l objet de recherche - sélectionner les questions utiles - dresser l inventaire de ce qu il croit connaître et de ce qui lui reste à découvrir 1 Moniot H. (1995). Didactique de l Histoire. Paris : Nathan Pédagogie. 3

5 - élaborer un plan de recherche. 2) Rechercher l information Il est ensuite nécessaire de trouver des réponses aux questions posées en cherchant véritablement l information là où elle se trouve et en l analysant selon un autre point de vue que le sien. L élève peut alors : - interroger des personnes ressources - utiliser des instruments de travail - lire des documents variés - visiter des musées, des expositions. Des stratégies doivent alors être apprises en classe pour aider l élève à effectuer une recherche efficace : utiliser un dictionnaire, lire un tableau de données, lire un écrit informatif Pour mieux approcher l information, il faut également pouvoir lire une trace du passé (objet, habitat, monument, peinture, récit) ou lire un espace proche (le vivre, le lire quand il est dessiné ou représenté sur une image géographique ou une photo). Ces savoir-faire peuvent alors être intégrés à la recherche. 3) Exploiter l information et en vérifier la pertinence L élève peut : - décoder l information recueillie - la sélectionner - la situer dans l espace et dans le temps. Pour mieux exploiter l information récoltée, l élève a besoin de repères et de représentations du temps et d espace, à intégrer dans la recherche. Il a également besoin d outils représentant ce temps et cet espace, construits par lui-même pour les réutiliser ensuite. 4

6 4) Structurer les résultats de sa recherche et valider sa démarche de recherche Une bonne structuration mentale est nécessaire pour énoncer les résultats obtenus. L élève est alors invité à structurer les réponses aux questions posées au départ. Il peut aussi évaluer les pratiques qu il a mises en œuvre pour obtenir ces résultats, en les confrontant avec ceux de ses pairs. 5) Communiquer les résultats de la recherche L élève peut alors communiquer aux autres ses réponses sous la forme d un exposé oral, d un écrit, d un graphique 6) Transférer à des situations nouvelles Il pourra ensuite réinvestir ce qu il a appris (savoirs et savoir-faire) dans d autres situations, qui lui permettront de mettre en relation les éléments du monde qui l entoure pour mieux le comprendre. 7) Agir et réagir Toutes les phases de cette démarche de recherche aideront l élève à - faire preuve d esprit critique - accepter la différence - prendre des initiatives - se montrer solidaire. Les phases de travail individuel et collectif seront donc privilégiées pour favoriser des échanges entres les différents acteurs de la classe. Visiter le site du Grand-Hornu permet d aborder l éveil historique et géographique. En effet, l espace rencontré, créé au départ par Henri De Gorge pour remplir une fonction de production, a été de plus en plus structuré, modifié par les générations suivantes suite aux impératifs économiques, politiques et sociaux. 5

7 Les élèves peuvent donc s interroger sur un milieu (partie d un territoire étudiée à l échelle locale sur lequel vit une communauté qui organise ce territoire et qui est marquée par son histoire 1 ). Lors de l animation pédagogique, un accès à ce milieu est possible de manière immédiate (traces du site industriel, coron) mais également de manière médiatisée (documents anciens, maquettes ). Etudier le milieu exemplaire du Grand-Hornu, qui a valeur de patrimoine, permet d apprendre aux élèves à s interroger sur les habitants qui vivaient à un endroit et à un moment bien précis en replaçant les traces observées dans leur contexte d origine. Ils peuvent ainsi prendre conscience de l évolution de cet espace et de l influence exercée sur la vie des hommes et des femmes d aujourd hui. Le milieu du Grand-Hornu contient des ressources intéressantes pour approcher la réalité spatiale et temporelle ainsi que les aspects socio-économiques d un quartier à fonction industrielle du XIXème siècle. Participer au module «Charbonnage» aidera les élèves de votre classe dans leur enquête. En effet, ils pourront rechercher de l information pour l exploiter ensuite en classe afin de répondre à un questionnement. Il est donc suggéré aux enseignants qui désirent réserver une animation de rencontrer les guides afin de collaborer à la préparation de celle-ci. 1 Définition provenant du Programme d étude du milieu destiné au premier degré de l enseignement secondaire, édité par la Fédération de l Enseignement secondaire catholique, p. 7 6

8 Apports du module Dans un premier temps, en participant à ce module, les élèves peuvent identifier euxmêmes diverses traces du passé telles que des fossiles, outils et accessoires du mineur, images d époque Si nécessaire, le guide peut être consulté comme personne ressource. Ainsi, loin d une visite muséale traditionnelle, ce module permet une approche pédagogique active et interactive. Comment? Grâce à un matériel concret, l action est privilégiée ainsi que l utilisation des cinq sens. Les enfants découvrent de manière ludique une maquette animée montrant les différents postes de travail et le fonctionnement d un charbonnage. Une maquette géologique représentant une coupe transversale du sous-sol lors de la formation du charbon leur permet de se la représenter concrètement. Des modèles réduits, invitant à explorer les divers champs d utilisation du charbon, peuvent être manipulés. De même, les élèves reconnaissent et différencient, par le toucher, diverses formes de roches carbonifères. Un montage audio constitué de bruitages liés à l exploitation minière permet de s immerger dans l ambiance sonore de l époque industrielle et de différencier ces bruits de ceux rencontrés actuellement. Dans un deuxième temps, la visite du site en lui-même, sous forme ludique, aide les élèves à s y repérer et à acquérir une vue d ensemble du projet urbanistique du Grand- Hornu. 7

9 Ils sont ensuite invités à structurer les informations récoltées sur une maquette ou un plan. 2 Le module "Charbonnage" peut être complété par le module "Balade et Découvertes". En effet, après avoir rencontré un espace ayant une fonction économique, les élèves peuvent découvrir un espace à fonction résidentielle lors de la visite du coron, développé en lien avec ce site industriel. De plus, une visite du terril peut être également une source d'informations permettant de compléter l'étude de ce milieu particulier qu'est le Grand-Hornu. 2 Document 1, en fin de dossier 8

10 Compétences visées dans ce module Eveil historique et géographique Rechercher l information en recourant à des sources adéquates et diversifiées : traces du passé, médias Lire une trace du passé : déterminer son origine et la rattacher à un mode de vie déterminé, à son contexte. Lire un plan en utilisant des éléments de la légende : pictogrammes, représentation par des couleurs Utiliser des représentations de l espace : espace auquel on a eu un accès direct. Situer par rapport à soi et à des repères visuels. Caractériser : - la fonction d un espace auquel on a eu un accès direct (ici, fonctions industrielle et résidentielle) - sa structuration (surface bâtie et non bâtie) - sa dynamique (évolution de l utilisation des espaces). Eveil et initiation scientifique Dans les domaines : énergie, sol, hommes et environnement Recueillir des informations par des observations qualitatives en utilisant les cinq sens et par des observations quantitatives. Repérer et noter correctement une information issue d une photo, d un croquis réaliste. 9

11 Exploitations possibles en classe dans le cadre des cours de géographie et d histoire ou de celui d étude du milieu Diverses formes d'enquêtes permettant la construction des savoirs en éveil historique et géographique sont possibles en y intégrant la participation au module. 1) Démarrer l enquête : faire face à la situation complexe Une manière de débuter l enquête en classe peut s envisager comme suit. Les élèves reçoivent l image d un lieu faisant partie du site ou d un objet utilisé dans le module «charbonnage» 1. Aucune indication ne leur est fournie et ils doivent noter un maximum d informations quand ils le rencontrent lors de l animation. Ils peuvent ensuite se documenter chez eux ou en classe. Cependant, l enquête peut également démarrer en classe à partir des représentations des élèves. Ceux-ci sont invités à dessiner leur conception d un charbonnage ou à décrire comment ils imaginent la vie des mineurs, de leur famille L investigation peut aussi débuter par l analyse d une trace (iconographique ou écrite) ou les réactions par rapport à un extrait de film traitant de la mine. Exemples de documents à utiliser pour permettre aux élèves d être interpellés : - image du Grand-Hornu au XIXème siècle 2 - photo du coron 3 - image du Grand-Hornu au XIXème siècle et actuellement 4 - etc. Vous trouverez divers documents à la fin de ce dossier. Les élèves émettent donc des hypothèses au sujet de ces documents ou objets. 1 Document 32 2 Document 9 3 Bibliographie 4 Document 9 10

12 2) Se poser des questions Des questions de recherche peuvent ensuite être abordées afin de déterminer le mode de vie des gens vivant autour de ce site industriel, au XIXème siècle. Ces questions peuvent se rapporter à : - des activités nécessaires pour répondre à des besoins (se loger, produire, échanger, travailler) - des rapports sociaux (soumission, luttes engagées pour les combattre, solidarité). Au départ du milieu du Grand-Hornu, les élèves peuvent ainsi être invités à formuler une question qui met en évidence l influence de l espace ou du temps sur la vie de l homme. Exemples : - Pourquoi avoir construit un charbonnage à cet endroit? - Pourquoi avoir construit un tel quartier résidentiel à cet endroit? - Pourquoi ce quartier est-il composé de maisons identiques? - Pourquoi le charbonnage du Grand-Hornu a-t-il cessé ses activités? - Comment les conditions de travail ont-elles évolué entre la création du Grand- Hornu et sa fermeture? - Pourquoi les mineurs du Grand-Hornu étaient-ils privilégiés par rapport à ceux d autres charbonnages? - Qu a apporté Henri De Gorge au niveau des conditions de travail? Et au niveau des conditions de vie? Quels avantages retirait-t-il de ces apports? - Etc. 3) Rechercher et exploiter l information La sélection des informations, pour trouver des éléments de réponse aux questions, peut ensuite commencer lors de la participation au module, en observant et analysant les diverses traces et en posant des questions à l animateur. Elle peut également se prolonger en classe et être envisagée de diverses manières : Par une tâche: - Les élèves analysent un texte, une image, un extrait de film. - Ils recherchent une information dans des documents livresques, en 11

13 équipes. - Ils construisent une ligne du temps et y situent la création du Grand- Hornu, avec ses diverses étapes. Ils comparent ensuite les échelles utilisées par chacun. 1 - Ils situent le site sur différentes cartes de Belgique. Ils peuvent également le situer par rapport à leur ville ou à une autre ville principale, en s orientant par rapport aux points cardinaux. La distance réelle, à vol d oiseau, peut également être calculée. Par une compétence: Lire une trace du passé pour l identifier et la classer en fonction de sa nature ou pour déterminer son origine et la rattacher à un mode de vie. Les documents peuvent être : - iconographiques (gravure, carte postale, photographie, peinture, film) - schématiques (plan, carte, graphique) - écrits (journal, témoignage, facture) - oraux (témoignage). Exploiter des sources historiques pour distinguer un document original d un document reconstitué - Distinguer un témoignage du passé d un exposé d histoire actuel. - Distinguer un document construit (carte d atlas historique, restitution archéologique) d un véritable témoignage historique (carte ancienne, dessin d époque). Exploiter des sources historiques pour comparer deux documents de même nature ou de natures différentes traitant d un même sujet - Comparer trois plans du site à des époques différentes, quand le charbonnage était encore en activité et dans l état actuel. Enoncer ce qui a changé, les bâtiments disparus ou remplacés. 2 1 voir également la ligne du temps sur le site du Grand-Hornu ( 2 Documents 2, 3 et 4 12

14 - Comparer des documents iconographiques représentant le site à deux époques différentes. 2 - Comparer des cartes de voies de chemins de fer autour du Grand-Hornu, à des époques différentes. 3 - Confronter les paroles d'une chanson de l'époque avec des documents iconographiques ou écrits. 4 - Comparer divers documents parlant des habitations du Grand-Hornu. 5 - Comparer le milieu de vie d un enfant mineur du Grand-Hornu au XIXème siècle avec sa propre maison. - Analyser et comparer les budgets d'une famille de mineurs et d'une famille ouvrière actuelle ou les budgets d'une famille bourgeoise et d'une famille de mineurs à la même époque (sous forme de tableaux de données, par exemple). 6 Représenter ces données par des graphiques pour mieux les comparer (histogrammes, «camemberts»). - Comparer, à partir d'un extrait de document vidéo, les conditions de travail des enfants mineurs à l'époque des charbonnages et aujourd'hui dans le monde. - Décrire la vie quotidienne d'un enfant mineur au XIXème siècle et la comparer avec sa vie actuelle. 2 Document 9 3 Document 11 4 Document 16 5 Documents 17, 18, 19 et 20 6 Document 22 13

15 4) Structurer les résultats de sa recherche Valider sa recherche Communiquer les résultats Après avoir sélectionné les informations recueillies, les élèves peuvent expliquer certaines conditions de vie du mineur au XIXème siècle. Ils communiquent ensuite les résultats obtenus lors de leur enquête, sous forme de conclusion : - exposé oral - rapport écrit avec support de photos prises sur le site, de documents iconographiques et de tableaux de données - panneaux explicatifs - maquette - graphique Les recherches peuvent être réalisées en groupes, autour d une même question. Les résultats peuvent ensuite être comparés. Pour aborder ce milieu sous divers aspects, chaque groupe peut également présenter les résultats répondant à des questions différentes pour chacun. 14

16 Documents 15

17 Document 1 : informations pratiques Adresse : ASBL Grand-Hornu Images 82, rue Sainte-Louise B-7301 Hornu Tél : +32(0)65/ Fax : +32(0)65/ Ouverture : Tous les jours sauf le lundi de 10h à 18h. Parking gratuit. Informations : Service pédagogique : +32(0)65/ Réservation : Laurence Lelong : +32(0)65/ Marie-Jeanne Vanaise : +32(0)65/ Prix d accès au site : 2 euros par élève. Gratuit pour les enfants de moins de 6 ans. Gratuit pour les accompagnants : 1 accompagnant pour 10 élèves. Prix par module : 40 euros Ces modules peuvent être combinés pour constituer une journée entière de visites. Des cahiers pédagogiques pour chacun des modules sont rédigés par compétences et sont disponibles auprès du service pédagogique au prix de 2 euros. 16

18 Document 2 : Plan du Grand-Hornu en 1920 Plan des établissements du Grand-Hornu vers 1920 dressé par Léon PLAETENS (document Léon Plaetens) 17

19 Document 3 : plan du site Plan du site pour la construction du MAC's,

20 Document 4 : plan axonométrique Plan axonométrique du Grand-Hornu,

21 Document 5 : La formation du charbon Il y a environ 300 millions d années, l aspect de la surface terrestre est bien différent de ce qu il est aujourd hui. Les mers dominent encore largement les continents. L Europe ne possède ni les Pyrénées, ni les Alpes, Le climat dans nos régions est chaud et humide. De luxuriantes forêts constituées en grande partie par des fougères arborescentes se développent. Leurs débris s accumulent dans l eau stagnante ; leur décomposition est très lente et incomplète. Sur le fond des marais se forment des couches de tourbe. A certains moments, ceux-ci sont envahis par des alluvions provenant du débordement des cours d eau. L argile et le sable qui se décomposent sur la tourbe la mettent à l abri de l air et assurent sa conservation. Puis la forêt inondée réapparaît. 20

22 Une nouvelle couche de tourbe se forme et ainsi de suite. Toutes n ont pas toujours la même épaisseur. Cette alternance de dépôts de tourbe et de sédiments s est poursuivie durant plusieurs millions d années. C est le processus qui a donné naissance au charbon. Des phénomènes d échauffement et de pression dus au poids des couches qui se superposent sont la cause des différences de composition des types de houille. Extrait du dossier pédagogique " le Grand-Hornu" de la Fondation Roi Baudouin. 21

23 Document 6 : Le charbon roi Par rapport au rayon de la planète, l écorce terrestre, c est-à-dire la première couche, apparaît bien mince : 33 Km sur les 6500 Km de l ensemble. Mais c est la partie la plus importante parce qu elle nous est la plus proche et aussi parce que nous pouvons exploiter un grand nombre de ses ressources. Ainsi, actuellement, la richesse d un pays se mesure moins à sa superficie qu aux matières utilisables à partir du sous-sol. On le voit donc, les caractéristiques et les utilisations des houilles sont fort liées aux conditions d évolution dans les gisements. On peut exploiter, par un même puits, plusieurs variétés de charbon. Les plus gras et les flénus sont fournis par les veines les plus proches de la surface. Une autre distinction est établie d après le calibre : on parle couramment de 10/22, de 20/30 suivant la grosseur en millimètres des morceaux. Il y a aussi une grande diversité dans les conditions d exploitation. Toutes les veines ne sont pas exploitables, notamment en raison de leur faible épaisseur. Ces faibles épaisseurs rendaient très pénible le travail des ouvriers mineurs. Elles furent un obstacle à l emploi des machines extractives à haut rendement. En outre, l épaisseur des veines est variable, ce qui est compréhensible quand on se rappelle les conditions de formation. De plus, leur allure est irrégulière en raison des plissements qui ont affecté tous les bassins mais surtout à cause des failles. Il a sans cesse fallu adapter les points d exploitation. Trois autres facteurs aggravent les difficultés. Le plus connu est évidemment le "grisou". Le percement des galeries permet le dégagement de ce gaz prisonnier, avec tous les dangers d explosion qui en résultent. Ensuite, il y a l eau. Souvent, elle suinte de partout. D ailleurs, les galeries sont toujours en pente afin qu elle puisse s écouler, soit vers l extérieur, soit vers les machines de pompage ou d exhaure. Enfin, il y a la chaleur. A 1300 mètres, elle est "naturellement" d au moins 40 C. Pour l abaisser, pour éviter l accumulation éventuelle du grisou, on fait circuler dans les puits et dans les galeries de puissants courants d air réfrigérés. Certaines fosses possèdent, en surface, de puissants "frigos". Il faut encore ajouter le bruit, les poussières, l obscurité, l isolement ou la promiscuité. Facteurs physiques et facteurs humains sont toujours mêlés dans la mine. Obtenu par distillation des houilles grasses, le coke a ouvert au charbon de terre de très importants débouchés industriels, particulièrement dans la sidérurgie. Découvert en Grande-Bretagne en 1709, il a gagné le continent européen à partir de Son utilisation a permis de freiner la disparition des grandes forêts, exploitées intensivement jusqu alors pour produire du charbon de bois. Aussi, les sites sidérurgiques d Ardenne et d Entre Sambre et Meuse ont-ils été délaissés au profit 22

24 d autres, établis près des gisements de charbon à coke ou à proximité de voies navigables. A côté de la fabrication de l acier, le charbon est intervenu dans bien d autres domaines industriels. C est le charbon qui alimente les chaudières qui produisent la vapeur utilisée comme source d énergie. Ces "machines à vapeur", on les trouve partout : dans les mines pour l exhaure et la remontée du charbon, dans les forges, dans l industrie textile (métiers à tisser), dans les moyens de transport. Les besoins en transport se sont considérablement accrus. C est donc presque naturellement qu on pensa à doter de machines à vapeur les bateaux puis les chemins de fer. A partir de 1840, comme une toile d araignée, le chemin de fer couvre toute l Europe et derrière chaque locomotive, il y a le "tender", un petit wagon de charbon dans lequel on puise pour alimenter la chaudière. Le dénominateur commun à tous ces produits de l époque industrielle est le charbon même lorsqu on ne le voit pas directement comme dans le cas des gaz de cokeries qui alimentèrent une industrie chimique de plus en plus diversifiée. Le charbon est donc un produit roi du XIXe siècle, mais son règne s accompagne d un désastre en matière d environnement. En effet, à l époque, on se moque du respect de la nature et on ignore ce que représente la pollution. Beaucoup de régions "vertes", comme le Borinage, avec ses chaumières et ses prairies paisibles, se transforment en quelques dizaines d années en une terre noire de poussière et de fumée. Les déchets de charbon eux-mêmes ne peuvent être éliminés et sont entassés en petites montagnes : les terrils. Si aujourd hui nous les voyons couverts de verdure, ils étaient à l origine noirs et fumants. Extrait du dossier pédagogique " le Grand-Hornu" de la Fondation Roi Baudouin. 23

25 Document 7 : les fossiles Empreinte d'une fougère fossile dans un morceau de charbon. Extrait de Ceux de la Mine. Bruxelles. 1949, p. 21. Paysage marécageux à l'époque carbonifère (W. Kukuk) Extrait de Aus dem Geologischen Museum des Ruhrberghaues, Bochum,

26 Document 8 : Un charbonnage au début du XIXème siècle : Le Grand-Hornu Avant la Révolution française, il y avait déjà à Hornu une petite entreprise dont le propriétaire avait acheté à l abbaye de Saint-Ghislain, propriétaire du sol, le droit d exploiter le charbon. En 1810, c est Henri De Gorge, un industriel du Nord de la France qui, profitant d une période de prospérité due à la demande en charbon pour les machines à vapeur et la fabrication de gaz d éclairage, rachète la petite industrie. Il fait une bonne opération : son exploitation est bien située, près de la route Mons-Valenciennes, de celle de Saint-Ghislain vers Tournai (avec débouché vers la Flandre), de la Haine qui sera remplacée par le nouveau canal de Mons à Condé. De Gorge va développer son industrie : il y aura bien sûr le charbonnage mais aussi des ateliers où, utilisant le charbon extrait, on fabrique des machines à vapeur, des locomotives, on travaille le bois dont on a besoin dans la mine, on répare les outils, et même, pendant un moment, on produit du sucre de betterave. Beaucoup d entreprises du début du XIX ième siècle ont trouvé un toit dans des bâtiments anciens abandonnés : par exemple la filature Tiberghien dans l ancienne abbaye de Saint-Denis en Brocqueroie, près de Mons. Mais pour un charbonnage, il faut absolument installer l entreprise là où est le charbon et donc construire des édifices nouveaux. Henri De Gorge voit grand et a les moyens de réaliser ses projets. Il en imagine un qui lui permettra à la fois d avoir de beaux bâtiments industriels et d attirer la maind œuvre dont il a besoin en la logeant juste à côté des lieux de travail. Ce sera la cité ouvrière du Grand-Hornu. Pour construire cet ensemble il a recours à un architecte tournaisien, Bruno Renard, qui a fait de solides études à Paris et qui s intéresse aux problèmes d organisation de l espace où les hommes vivent en groupe, c est-à-dire aux problèmes d urbanisme. Bruno renard prévoit un ensemble qui est à la fois beau (grands espaces, majesté, cour d honneur), pour la partie des ateliers et des bureaux, et pratique pour la partie habitation des ouvriers. De plus, on a prévu un ensemble de bâtiments d usage communautaire : école, magasin, salle des fêtes, de sorte que l ouvrier est encadré par son entreprise à chaque instant de sa vie. Pour l époque, c est tout à fait exceptionnel. Les habitants de la cité du Grand-Hornu sont des privilégiés par rapport à l ensemble des ouvriers du Borinage. Il s agit d une industrie modèle, aussi différente de la réalité quotidienne que la voiture de Formule I l est d une Deux Chevaux! En effet, dans tout le Borinage, les autres charbonnages ont été construits sans réflexion préalable, sans que l on édifie volontairement de beaux bâtiments. 25

27 Ce qui compte, c est le côté pratique et bon marché des constructions. Le Grand-Hornu actuel est très différent de ce qu il était en 1830 : on a démoli une partie importante des bâtiments. vous ne voyez pas tout ce qui, à l époque, enlaidissait l endroit : o o o les tas de charbon les fumées le manque d hygiène vous n entendez pas le bruit des machines, vous ne devinez pas l agitation et le mouvement. on a embelli l endroit : o o par l aménagement de la cour par l intégration d éléments artistiques. Extrait du dossier pédagogique " le Grand-Hornu" de la Fondation Roi Baudouin. 26

28 Document 9 : Le Grand-Hornu au XIXème siècle et actuellement Le Grand-Hornu au milieu du XIXème siècle. Extrait de la Belgique industrielle, Bruxelles, Le Grand-Hornu aujourd'hui 27

29 Document 10 : Le Grand-Hornu au cœur d'un réseau de communications A partir du moment où un produit connaît le succès, les demandes dont il est l objet nécessitent des moyens d exportation. Dès le Moyen-Âge, on exporte la houille du Borinage en empruntant la Haine, dont le cours sinueux et la faible profondeur ne permettent d utiliser que de petits bateaux. Au XVIII ième siècle, le gouvernement autrichien décide d aider l exportation vers la France par la construction de la route Mons-Valenciennes, longeant la Haine mais rectiligne. Au début du XIX ième siècle, Napoléon double la route par le canal de Mons à Condé qui donne enfin à tous les puits d extraction de la rive gauche la large voie d exportation souhaitée. Mais il faut encore amener le charbon au canal dans de bonnes conditions. Ce sont des voituriers qui chargent dans des charrettes tirées par des chevaux la marchandise qu ils conduisent au rivage, système lourd et lent. Henri De Gorge, propriétaire du Grand-Hornu emploie pour cela 160 chevaux. Il décide de recourir à un procédé nouveau venu d Angleterre et plus économique : le chemin de fer. Les rails posés en 1829 entre le Grand-Hornu et le canal permettent aux chevaux de tirer plus facilement des trains de wagonnets Il ne faudra donc plus que 24 chevaux. Mais il faudra donc aussi moins de transporteurs. La ligne est longue de 1,8 Km et l écartement des voies est de 0,90m. Les ornières (rails) de fer ont été fixées sur des dés de pierre. En octobre 1830, quelques mois après l inauguration, la peur de perdre son emploi et la misère provoque une émeute appelée par la suite le pillage De Gorge dirigé surtout contre le nouveau chemin de fer. Détruit, celui-ci sera restauré et remis en fonction, surveillé par une milice privée composée de 200 soldats. Vers 1835 pourtant, un nouveau perfectionnement intervient : le cheval tracteur est remplacé par la locomotive dont la première est fournie par l établissement John Cockerill à Seraing. Plus tard, l établissement du Grand-Hornu fabriquera lui aussi des locomotives. Après 1835, l idée de De Gorge fait tache d huile. De 1836 à 1841, les principaux charbonnages se relient au canal par leur propre ligne de chemin de fer, précédant ainsi la création du grand réseau voyageurs qui se met en place à partir de 1840 environ. Ce réseau permettra d amener au Borinage des ouvriers venus parfois de loin. C est le cas des trains d ouvriers flamands du XX ième siècle. Extrait du dossier pédagogique " le Grand-Hornu" de la Fondation Roi Baudouin. 28

30 Document 11 : Voies de chemin de fer en 1890 et 1909 Carte des chemins de fer industriels destinés au service des houillères du Bassin de Mons, Mons, Etablissement géographique (après 1860) ( Bibliothèque Royale Albert 1 er, Bruxelles, Cartes et Plans). 29

31 Le réseau de chemin de fer du Borinage en Extrait de "Histoire des chemins de fer belges dans la Province de Hainaut ", dans Année du Cheminot, Mons, 1973, p.5. 30

32 Document 12 : Le travail du mineur Lorsqu il s enfonce dans le sol, le mineur sait que de nombreux dangers le guettent. Il sait qu il doit compter avec la chance mais aussi que la moindre distraction peut lui coûter la vie. C est le cas déjà pendant la descente, qui s est faite, des siècles durant, avec des échelles. Les chutes étaient fréquentes et les déplacements longs et fatigants, si bien que le système des échelles n a jamais permis d atteindre de très grandes profondeurs. Lorsqu on installe, au début du XIX ième siècle, des machines à vapeur dans les charbonnages, elles vont actionner un treuil auquel est suspendu un tonneau, le cuffat. Les mineurs y prennent place et descendent ainsi au fond rapidement et sans fatigue. Mais les chutes demeurent fréquentes. Le troisième moyen de descente, toujours actionné par le treuil relié à la machine à vapeur, est la cage, sorte d ascenseur dont l ouverture est barrée par une grille. Les endroits de descente sont faciles à repérer en surface puisqu on élève de grandes roues de métal, les châssis à molettes, sur lesquelles vient s enrouler le treuil. Jusqu à la fermeture des puits, tout le paysage du Borinage est hérissé de ces hautes tours. Depuis, elles ont été démolies mais il en subsiste une à Frameries. Grâce à la cage, on peut atteindre des profondeurs qui dépassent de loin 1000 mètres. Au fond de la mine, l ouvrier doit compter avec deux ennemis toujours présents: l eau et le grisou. L eau est partout : elle ruisselle et jaillit en trombe si le pic a touché une poche. Parfois, c est elle qui gagne et l on doit abandonner le travail dans les veines noyées pour creuser ailleurs. Souvent on lutte contre elle avec des pompes dont l installation coûte très cher et qui fonctionnent aussi à la vapeur. Quant au grisou, c est l ennemi par excellence. Ce nom désigne l hydrogène carboné qui explose au contact de l air et qui est particulièrement répandu dans le bassin du Borinage. Au début du XIX ième siècle, on connaît encore très mal les caractéristiques du grisou qui explose au contact d une flamme. Or, les mineurs s éclairent à l aide de torches ou de petites bougies fixées directement sur leur casque. L invention d une lampe de sécurité par le chimiste anglais Davy emprisonne hermétiquement la flamme et contribue à diminuer les risques. Mais parfois des mineurs distraits ouvrent leur lampe pour ranimer la flamme qui s est éteinte et provoquent une explosion. De plus, ce type de lampe ne devient obligatoire qu en Outre ces dangers particuliers aux mines de charbon, il y a, au fond, des conditions de travail très pénibles. Le charbon est comme emprisonné dans une veine entre deux bancs de rocher. Ces veines ne sont pas très larges, il faut les entamer, puis les suivre en progressant souvent à genoux, parfois couché sur l épaule, en recevant sans cesse des morceaux sur la tête et le corps, aveuglé par la poussière qui colle aux yeux. Le charbon est remonté par le cuffat mais avant cela il faut l amener de l endroit 31

33 d extraction au cuffat par un traîneau qui peut provoquer des écrasements s il est mal manœuvré. EXEMPLE DE CATASTROPHE : L Agrappe Le puits de l Agrappe, situé sur le territoire de Frameries, détient au XIX ième siècle le record des accidents mortels au point qu on l a surnommé la Sinistre Fosse. On y compte 84 dégagements de grisou entre 1847 et 1908 avec deux véritables catastrophes en 1875 et La plus terrible est celle du 17 avril Un coup de grisou tue 121 personnes, hommes, femmes et enfants. Lorsque les secours s organisent, on remonte des morts en grand nombre mais aussi quelques survivants grièvement brûlés au visage et à l intérieur du corps. Quelques-uns auront pourtant de la chance : l explosion a eu lieu un jeudi matin. Or, le samedi soir, 5 survivants sont repérés à 350 m de profondeur à proximité du puits de descente. On parvient par-là à leur acheminer un peu de lait et du vin chaud au moyen d une lampe attachée à un fil de cuivre et le lendemain, ils sont ramenés au jour. L enquête de justice qui suit la catastrophe permet d établir les responsabilités : la colonne de gaz partie du fond est venue s enflammer en surface parce qu elle y a trouvé un foyer imprudemment allumé près du mécanicien Le tribunal n y voit pas de responsabilité de la part des exploitants ; c est le résultat d un hasard malheureux, voilà tout. Du coup, les familles des victimes ne peuvent réclamer le moindre dommage et à une époque où la sécurité sociale n existe pas, elles sont réduites à demander la charité. C est pour rassembler un peu d argent que l on imprime et vend des vues panoramiques de la catastrophe et des images souvenir. La réputation de la Sinistre Fosse restera encore longtemps. Montrant leurs enfants, les femmes des mineurs ont l habitude de dire : C est pour l Agrappe comme on dit : C est pour la prochaine catastrophe. Extrait du dossier pédagogique " le Grand-Hornu" de la Fondation Roi Baudouin. 32

34 Document 13 : le travail à la mine Texte 1 «Pour l ouvrier des mines, le jour c est la nuit, le ciel la voûte basse d une étroite et sombre prison, le soleil, la petite lampe de sécurité qu il porte et dont les rayons l éclairent et le conduisent au sein de l obscurité. [ ] Une fois qu il a touché le fond du gouffre, il se livre sans hésiter à un travail aussi pénible que dangereux. Tantôt couché sur le flanc, tantôt la tête en bas, quelquefois le corps à demi plongé dans l eau, il poursuit hardiment sa tâche et arrache d énormes blocs de houille des parois des galeries souterraines. L inondation, le feu grisou, la chute d une pierre, mille causes de mort le menacent sans cesse.» Hubimont, O. Essais d Histoire sur les industries principales de Morlanwelz-lez-Binche. Texte 2 «Dans un vacarme assourdissant fait par le marteau pic et le ventilateur à air comprimé, dans l obscurité qu un brouillard de poussière rend plus opaque encore, dans une chaleur de four, trois hommes travaillent, trois hommes ahanent. L un arrache le charbon qu un autre charge dans un chariot, le troisième façonne un bois à coups de hache. La lueur rougeoyante des lampes se reflète sur leurs corps presque nus ruisselant de sueur. Celui qui frappe la veine s arrête à tout moment et, à l aide d un mètre en fer, il prend des dimensions. - Regardez un peu si c est bien la hauteur et le niveau de la bille, dit-il à un autre. Et il présente son pic horizontalement. - Hausser au mur, crie celui qui façonnait le bois. - Faut encore frapper, alors. Viens me remplacer ; il fait malsain ici et je n en peux plus. - Minute, le temps de prendre une chique, j arrive! Et il s emplit la bouche de tabac Ainsi que chaque matin, ces hommes se sont retrouvés au travail, terriblement fatigués.» Malva, C.(1937). Borins. Mons : Editions des Cahiers de Rupture. Réédition : Rue des Usines n 2-3, mai

35 Document 14 : Schéma du charbonnage Coupe dans un charbonnage des années 60. Extrait de L'industrie charbonnière belge, dans l'industrie belge en gros plan, 12 (édité par FEB). 34

36 Document 15 : Descendre dans la mine Coupe dans une mine. Extrait de Eug. VAN BLEMEL, La Belgique illustrée, t.2, Bruxelles, 1882, p.37. Dessin en coupe du bâtiment de surface du Grand-Hornu montrant le mécanisme de la remontée. D'après une planche de l'atlas annexé au Mémoire sur le nouveau mode d'extraction appliqué aux mines du Grand-Hornu (Annales des Travaux publics en Belgique). 35

37 Document 16 : Chanson du mineur Extrait du dossier pédagogique " le Grand-Hornu" de la Fondation Roi Baudouin. 36

38 Document 17 : L'habitation du mineur Au début du XIX ième siècle, les maisons des mineurs borains sont encore fortement marquées par les activités agricoles. Ce sont en fait des maisons paysannes, des chaumières sur le sol desquelles on répand parfois un peu de paille. Elles sont bien souvent situées loin des charbonnages. Mais lorsque le développement industriel s accroît, lorsque le charbonnage concentre l essentiel des activités, on assiste au regroupement des ouvriers le plus près possible de leur lieu de travail. Les maisons, petites et basses, presque toutes semblables, s alignent à perte de vue dans des rues presque identiques qui se coupent à angle droit et forment des corons. Ces maisons sont sombres car la poussière de charbon salit les façades. Pour les égayer, il y a cependant les tuiles rouges du toit et les couleurs vives dont on a peint la porte et les volets. Et puis derrière la maison, il y a la tache verte du potager.dans la journée, ces rues sont bien calmes puisque la plupart de leurs habitants sont au travail. Dans la maison à un seul étage, chauffée au rez-de-chaussée par un poêle alimenté grâce au charbon de la société, vit toute la famille et souvent aussi un pensionnaire supplémentaire : le logeur. C est un ouvrier célibataire qui trouve ainsi la possibilité de se loger à bon compte et qui est une source de revenus supplémentaires pour la famille. Il est non seulement logé mais aussi nourri et blanchi. Le sol du rez-de-chaussée est, dans les cas favorables, couvert de grandes dalles. Sinon, c est de la terre battue. Il y a, dans la pièce où l on vit, un poêle rond qui sert à la fois pour le chauffage et pour la cuisson des aliments. On peut également trouver des meubles de bois blanc, peu nombreux et souvent abîmés par un long usage, au mur une ou deux images pieuses, un calendrier et parfois, un élément de luxe : l horloge coucou. L'hygiène nous paraîtrait bien rudimentaire: pas de salle de bain. Le mineur se décrasse dans une cuve de bois que sa femme remplit d'eau qu'elle doit préalablement chauffer. Les toilettes sont, au mieux, au fond du petit jardin ou bien elles sont communes aux habitants du coron. A l'étage, toute la famille s'entasse comme elle peut pour la nuit adultes et enfants dans la même chambre très souvent. Ils couchent non dans des lits mais sur des paillasses garnies de couvertures. On aère très peu les chambres de peur d'y faire entrer le froid alors qu'elles ne sont pas chauffées. Comme dans tout le reste de la maison, on s'éclaire à la chandelle et, plus tard dans le siècle, à l'aide d'une lampe à pétrole. Les maisons modestes sont généralement lavées à grande eau une fois par semaine, ce qui demande un effort particulier puisqu'il n'y a pas l'eau courante. La maison de la cité du Grand-Hornu constitue un luxe inaccessible pour l'immense majorité des mineurs borains. Elle est plus grande, plus aérée que l'habitation moyenne et surtout, elle permet aux membres de la famille d'éviter la promiscuité qui est l'habitude ailleurs. Extrait du dossier pédagogique " le Grand-Hornu" de la Fondation Roi Baudouin. 37

39 Document 18 : maquettes Reconstitution du rez-de-chaussée d une maison de mineur vers Dessin Valérie Gevers pour la Fondation Roi Baudouin. Appartement d aujourd hui (d'après "La maison - Son architecture et son rôle à travers les siècles", voir bibliographie) 38

40 Document 19 : Une habitation au Grand-Hornu Au Grand-Hornu, la superficie moyenne d une maison est de 55 m 2. Une famille se composant généralement de 6 personnes, on voit aisément que cela représente 9,16 m 2 par personne. Un petit jardin d un à deux ares est annexé à chaque habitation. L eau était fournie par des puits (un pour chaque maison) et les habitants pouvaient s approvisionner en eau chaude grâce à une machine à vapeur pour l épuisement des eaux de mines. Les commodités étaient situées dans le jardin ; pour l écoulement des eaux usées, il devait y avoir au mieux des fosses d aisance, au pire des puits perdus. Le chauffage se faisait par des poêles à charbon. L éclairage au gaz fut installé dans les rues dès 1850 mais n entra pas dans les habitations afin de mettre à l abri des nombreux accidents qui auraient pu être causés par la négligence. L éclairage électrique fut installé à l extérieur et dans les maisons à partir de Un fournil était aussi installé dans chaque maison pour permettre aux ouvriers de cuire leur pain. Plus tard, la société établit une boulangerie centrale qui entra en activité dès D après Fr. ROELANTS DU VIVIER, Les ateliers et la cité du Grand-Hornu de 1820 à 1850, U.C.L., Mémoire, Plan des maisons ouvrières au Grand-Hornu Grand-Hornu Images 39

41 Document 20 : Grand-Hornu les maisons de la cité 1 Après l acquisition des terrains nécessaires, le déploiement des artères de la cité fut mené rapidement, depuis les rues de Wasmes et Sainte-Louise, jusqu à celles de Sainte-Victoire et du Grand-Hornu. Il fut réalisé parallèlement à l édification des bâtiments principaux, si bien qu en dix ans, de 1822 à sa mort, De Gorge fit construire quelque 400 maisons. D autres à ce moment étaient encore en chantier, mais par la suite on n en construisit plus que quelques-unes. Vers 1840, il y avait quelque 435 habitations. Celles-ci furent louées aux employés, aux porions et aux travailleurs de la mine ou de l atelier des machines. En gros, le loyer des maisons les plus courantes oscillait autour de 1,60 francs, ce qui était un peu inférieur au salaire d une journée dans le cas des ouvriers. Donnant sur les rues rectilignes, munies de trottoirs et pavées, de 12 mètres de large, ces maisons ont en général 8 à 10 mètres de longueur de façade, 9,5 mètres de hauteur et 6 mètres de profondeur. Outre la salle de séjour, une cuisine et une chambre au rez-de-chaussée, elles offrent trois chambres à l étage, une cave voûtée et à l arrière, dans un petit jardin d un à deux ares, une petite remise, un puits et des commodités. Certaines d entre elles sont plus spacieuses ou différentes, brisant ainsi l uniformité excessive tout en répondant à la diversité relative des besoins : Place Verte notamment, puis à proximité du château, rue De Gorge ; au grand carrefour aux angles rabattus des rues des Arts, du Grand-Hornu et Sainte-Victoire ; ou encore rue du Grand-Hornu. Si à l origine, ces maisons furent couvertes de plates-formes bitumées, dès le milieu des années 1830, on remplaça les toits plats par des toits de tuiles en bâtière. Carte postale ancienne Collection Marcel Capouillez 1 Watelet, H.(1989). Le Grand-Hornu, Joyau de la Révolution industrielle et du Borinage. Grand-Hornu images. 40

42 Document 21 : La cité du Grand-Hornu 1 La cité du Grand-Hornu s organise dans un rectangle de 500 m sur 400. On remarque d abord la place principale ou «Place Verte», d où partent de larges rues bordées de maisons bâties en un alignement militaire. C est en 1819 que commença la construction des maisons. Dès 1825, 175 maisons étaient déjà habitées et, le 1 er septembre 1832, on compte 395 maisons en location, 27 en chantier et les travaux se poursuivent. Six à dix personnes qui accueillent souvent un logeur venu de loin, vivent dans ces maisons de six pièces comptant également une cave, une réserve à charbon et un jardinet. Un four et un puits sont aussi prévus pour chaque ensemble de dix logements. Pour retenir la main-d œuvre, pour mieux l exploiter et l avoir à disposition ou parce qu il a le cœur social, Henri de Gorge a fait installer des lavoirs et des bains. Il fait distribuer l eau chaude. Il fait créer une école de filles et une école de garçons tenues par des religieuses. Il y a des salles de réunion aussi, une bibliothèque gratuite, une fanfare et une compagnie de sapeurs-pompiers. En 1853 est aménagé un cimetière et, en 1858, un hôpital tenu par des sœurs de Saint-vincent. Dans cet ensemble, Henri De Gorge a également une maison, plus vaste que les autres, bien sûr, et décorée de pilastres. La cité du Grand-Hornu a certes subi les outrages du temps et des hommes, mais elle est toujours là, vivante, habitée. C est, sans doute, la première cité d habitations sociales aussi importante du monde entier. Carte postale ancienne Collection Marcel Capouillez 1 Pizzoferrato, L. (1987). L industrialisation au XIXe siècle : le Grand-Hornu. CES Saint-Luc. 41

43 Document 22 : Le budget des familles d'ouvriers à différentes époques Budget ouvrier en 1845 En % Nourriture 76,2 Loyer 8,9 Habillement 5,6 Chauffage, éclairage 7,0 Divers 2,3 Budget ouvrier en 1886 En % Nourriture 66,6 Loyer 7,6 Habillement 16,4 Chauffage, éclairage 4,5 Divers 4,9 Budget ouvrier en 1903 En % Nourriture 60,6 Loyer 11,3 Habillement 10,4 Chauffage, éclairage 10,0 Divers 6,7 Budget ouvrier en 1924 En % Nourriture 43,7 Loyer 9,4 Habillement 15,9 Chauffage, éclairage 6,8 Divers 24,2 Budget ouvrier en 1974 En % Nourriture 29,2 Loyer 13,4 Habillement 10,7 Chauffage, éclairage 5,3 Divers 41,4 Extrait de L industrialisation de la Belgique de 1750 à nos jours, exposition Muséobus du Ministère de la Communauté française, Budget ouvrier en 1995 En % Nourriture 17,5 Loyer 21,2 Habillement 6,1 Chauffage, éclairage 5,2 Divers 50,00 42

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