COMPRENDRE ET TRADUIRE

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1 COMPRENDRE ET TRADUIRE par DANIEL GOUADEC Agrégé d'anglais Maître-Assistant à l Université de Haute Bretagne Principes et méthode de la version anglaise suivis de 4 textes d'application commentés et de 31 textes à traduire COLLECTION ÉTUDES Section»Anglais" Sous la direction de CLAUDE GAUVIN Professeur à l'université de Paris BORDAS Paris-Bruxelles-Montréal

2 TABLE DES MATIERES AVANT-PROPOS...4 AVERTISSEMENT...5 PREMIÈRE PARTIE : PRINCIPES ET METHODES DE LA VERSION ANGLAISE... 6 L'ORGANISATION DE LA LANGUE...7 La langue... 7 LE LEXIQUE...7 LA SYNTAXE...8 Le discours... 8 Fautes de traduction... 9 LE NON-SENS...9 LE CONTRESENS...9 LE FAUX-SENS...9 LES MÉCANISMES DE LA TRADUCTION...10 LES DEUX MOMENTS DE LA VERSION...14 La situation de départ...14 Réexpression ou restitution...15 LA SITUATION-IMAGE DE DÉPART DANS LE DISCOURS ANGLAIS...16 La compréhension globale ou appréhension...16 ORGANISATION DU TEXTE...16 PRINCIPES ÉLÉMENTAIRES DE COMPOSITION...17 COMPRÉHENSION GLOBALE ET COMPOSITION...18 Compréhension et unités de traduction...18 LE GROUPE VERBAL...18 a) Fonction sujet...19 b) Fonction complément...19 c) Fonction restrictive du sens...19 LE GROUPE NOMINAL...19 Tournures synthétiques...19 Tournures analytiques...19 UNITÉS DE TRADUCTION...19 Le Groupe verbal...20 Le groupe nominal...23 Rapports syntaxiques entre groupes du nom...24 Rapports entre groupes verbaux...25 Autres combinaisons syntaxiques...26 Compréhension et lexique...26 PERTINENCE DE LA SIGNIFICATION : LES TRAITS PERTINENTS ESSENTIELS...27 Recherche de la signification et de ses traits pertinents...27 Exemple...27 PERTINENCE DE L'EFFET DE SENS: TRAITS PERTINENTS SUPPLÉMENTAIRES DANS LE DISCOURS...28 Colorations linguistiques...28 Colorations para-linguistiques...28 LA RESTITUTION...30 La restitution lexicale...30 La restitution syntaxique restitution et syntaxe du français...32 GROUPE DU NOM...32 GROUPE DU VERBE...34 Intraductibilité...35 RAPPEL: LES MOMENTS DE LA VERSION PRÉPARATION A LA VERSION Syntaxe...37 Lexique...37 BIBLIOGRAPHIE SUR LE PROBLÈME DE LA TRADUCTION POUR UNE SYSTÉMATIQUE COMPARÉE DES DEUX LANGUES Syntaxe Sémantique RECUEILS DE VOCABULAIRE MANUELS DE VERSION EXERCICES D'APPLICATION Conventions...40 Utilisation des dictionnaires...41 Exercices de découpage...41 SECONDE PARTIE : FONCTIONNEMENT DE LA MÉTHODE...43 EXEMPLE N EXEMPLE N TEXTE N PREMIÈRE UNITÉ DE TRADUCTION SECONDE UNITÉ TROISIÈME UNITÉ QUATRIÈME UNITÉ CINQUIÈME UNITÉ SIXIÈME UNITÉ SEPTIÈME. UNITÉ HUITIÈME UNITÉ NEUVIÈME UNITÉ DIXIÈME UNITÉ ONZIÈME UNITÉ DOUZIÈME UNITÉ TREIZIÈME UNITÉ Texte d'arrivée...56 TEXTE N Recherche des traits pertinents...58 PREMIÈRE UNITÉ SECONDE UNITÉ TROISIÈME UNITÉ QUATRIÈME UNITÉ Restitution des traits pertinents...65 Texte d'arrivée...68 Versions parallèles...68 TEXTE N Ensemble des traits pertinents...70 PREMIÈRE UNITÉ SECONDE UNITÉ TROISIÈME UNITÉ QUATRIÈME UNITÉ CINQUIÈME UNITÉ SIXIÈME UNITÉ SEPTIÈME UNITÉ HUITIÈME UNITÉ NEUVIÈME UNITÉ DIXIÈME UNITÉ

3 ONZIÈME UNITÉ...74 DOUZIÈME UNITÉ...74 TREIZIÈME UNITÉ...74 QUATORZIÈME UNITÉ...75 QUINZIÈME UNITÉ...75 SEIZIÈME UNITÉ...75 DIX-SEPTIÈME UNITÉ...76 DIX-HUITIÈME UNITÉ...76 DIX-NEUVIÈME UNITÉ...76 VINGTIÈME UNITÉ...76 VINGT ET UNIÈME UNITÉ...77 VINGT-DEUXIÈME UNITÉ...77 VINGT-TROISIÈME UNITÉ...78 VINGT -QUATRIÈME UNITÉ...78 VINGT-CINQUIÈME UNITÉ...79 VINGT-SIXIÈME UNITÉ...79 VINGT-SEPTIÈME UNITÉ...79 Restitution...79 Texte d'arrivée...84 TEXTE N PREMIÈRE PHRASE: UNE UNITÉ DE TRADUCTION...86 SECONDE PHRASE: DEUX UNITÉS...88 TROISIÈME PHRASE: DEUX UNITÉS...90 QUATRIÈME PHRASE. DEUX UNITÉS...92 CINQUIÈME PHRASE. DEUX UNITÉS...94 SIXIÈME PHRASE: UNE UNITÉ...95 SEPTIÈME PHRASE: UNE UNITÉ...96 Texte d'arrivée...97 BILAN...98 LES PROCÉDÉS DE RESTITUTION...99 TROISIÈME PARTIE : TEXTES A TRADUIRE SÉRIES ET AUTEURS PREMIÈRE SÉRIE: OPPOSITION SIMPLE TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N SECONDE SÉRIE: DESCRIPTIF TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TROISIÈME SÉRIE: NARRATION TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N QUATRIÈME SÉRIE: TONALITÉS TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N CINQUIÈME SÉRIE. LE GENRE TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N SIXIÈME SÉRIE: LE DIALOGUE TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N SEPTIÈME SÉRIE: DIACHRONIE TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N TEXTE N

4 AVANT-PROPOS Toute représentation ou reproduction, intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l'auteur, ou de ses ayants-droit ou ayants-cause, est illicite (loi du 11 mars 1957, alinéa 1.r de l'article 40). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du code pénal. la loi du 11 mars 1957 n'autorise, aux termes des alinéas 2 et 3 de l'article 41, que les copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective d'une part et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et 1974 by Bordas Paris. N ISBN X Printed in France Si l'on demandait à un étudiant de décrire les phénomènes de traduction et, en particulier, d'exposer la méthode selon laquelle il résoud les problèmes rencontrés dans la version, il est probable que la réponse manquerait de netteté. Cependant. la nécessité d'une méthode ne fait de doute pour personne mais les recueils de» textes traduits» laissent une impression subtile et déroutante: le traducteur heureux semble créer, d'un coup de baguette magique, un texte qui souvent force l'admiration sans qu'il soit possible, à la lecture du peu de notes fournies, de comprendre ou même percevoir la démarche menant du texte de départ au texte d'arrivée. Cette carence tient sans doute au fait que la traduction n'est, paradoxalement, possible dans sa perfection que le jour où elle cesse d'être nécessaire. Un étudiant traduit» bien» et sans problème le jour où, connaissant suffisamment la langue anglaise, il» sent» la traduction. Cette dernière évidence tendrait à prouver, si besoin était, que la version suppose un haut niveau de connaissance linguistique. Tout comme le thème, la version se trouve traditionnellement considérée comme un art, sans doute parce qu'il est plus facile d'en recouvrir les difficultés du voile du mystère que de tenter de les expliquer. Cet exercice, pratique d'un art jugé difficile, est imposé à des gens qui, loin d'être des artistes (méconnaissance de l'anglais) ne sont que rarement de bons artisans (absence d'une méthode ou d'outils palliant cette méconnaissance). Il importe par conséquent de s'interroger quant à la nature, aux buts et finalités de l'exercice de version afin de tenter d'établir une méthode de traduction utilisable par ceux que leur connaissance insuffisante de l'anglais rend vulnérables. Il est aisé de comprendre pourquoi la version existe sous sa forme actuelle. Elle est un moyen de contrôle d'acquisition linguistique - moyen de contrôle efficace - qui se substitue à l'objet de ce contrôle. Le fait que la version soit matière d'examen a institué la version au rang d'une fin en soi et celle-ci est considérée comme le moyen de l'acquisition des connaissances linguistiques. Or, si l'on fait le bilan des connaissances purement linguistiques apportées par la version, on s'aperçoit bien vite qu'il demeure pauvre. Il importe donc de dissocier le moyen de contrôle et les techniques d'acquisition linguistique: EN FAISANT DE LA VERSION, L'ÉTUDIANT APPREND A TRADUIRE MAIS IL N'APPREND PAS L'ANGLAIS. Or, quand il sait l'anglais, il sait traduire. La version peut servir de support à une prise de conscience des dis- parités entre les langues. La méthode de traduction fait prendre en considération des systèmes linguistiques contrastés et, à ce titre. elle peut faciliter l'apprentissage de la langue - 4-

5 sans pouvoir néanmoins y suffire. Ce qui importe n'est pas tant de traduire correctement dix ou quinze textes dans l'année mais d'acquérir une méthode qui permette, sans risque d'erreur, d'utiliser tous les instruments dont chacun dispose afin de traduire n'importe quel texte. AVERTISSEMENT La présente méthode constitue une première étape vers une étude systématique raisonnée des phénomènes intervenant dans les mécanismes de la version. Il est impossible en un premier temps de fournir la totalité des équivalences entre segments d'énoncés. La méthode est par conséquent une initiation, un moyen de familiariser l'étudiant avec une méthodologie de la traduction s'appuyant sur une analyse rigoureuse du passage d'une langue à l'autre. Cette méthode est adaptable au niveau des connaissances de chacun. Le débutant. comme l'apprenti-traducteur dont les connaissances en anglais sont d'un niveau relativement bas, aura avantage à l'utiliser dans son intégralité et dans la traduction de l'ensemble du texte proposé. Celui qui se sent capable de traduire certains segments de manière» automatique» pourra réserver le recours à cette méthode aux seuls moments où il se trouve bloqué. Il faut cependant lui recommander d'utiliser la méthode le plus souvent possible car il risque alors de s'apercevoir des insuffisances de sa traduction automatique. Il faut remarquer en dernier lieu que cette méthode ne pose pas l'une des questions que peut se poser le traducteur, à savoir:» Peut-on, dans la traduction, se permettre d'interpréter légèrement le texte?» Le principe même sur lequel elle se fonde apporte à cette question une réponse nette et rend par conséquent inutiles toutes considérations ou querelles à ce sujet. - 5-

6 PREMIERE PARTIE PRINCIPES ET METHODES DE LA VERSION ANGLAISE - 6-

7 L'ORGANISATION DE LA LANGUE Avant de tenter de comprendre ou dégager un ou plusieurs mécanismes de traduction, il est bon de s'interroger sur l'organisation et le fonctionnement des langues. D'un point de vue pratique, nous adoptons dans tout ce qui suit la distinction entre les deux niveaux complémentaires de la langue et du discours, c'est-à-dire un niveau abstrait et un niveau concret. La langue La langue n'est pas une réalité perceptible. Elle est un système abstrait de relations s'établissant entre les divers composants du système linguistique. Toutes les personnes parlant l anglais font ainsi référence à un système de langue commun dans les deux domaines du lexique et de la syntaxe. La langue est en quelque sorte l ensemble des théorèmes algébriques commun à un groupe de locuteurs (notons que la phonologie intéresse uniquement la traduction orale). LE LEXIQUE: LE MOT ET SA SIGNIFICATION Au niveau abstrait de la langue, chaque mot possède une valeur qui est faite de limites. Cette valeur est sa signification limitée par la signification de tous les autres mots du système. La signification du mot est le dénominateur commun, la constante présente dans tous les emplois que l on peut faire du mot par la parole. Ainsi, le verbe 'to agree' se trouve employé, dans le domaine concret, avec les sens de: consentir; donner son adhésion à; être d'accord; convenir; s'accorder; concorder; etc., pour ne citer que quelques exemples. Aucune de ces traductions ne suffira à traduire ce verbe dans tous les cas. Mais, si l on considère maintenant que ce verbe possède par rapport aux autres mots une valeur abstraite que l on pourra exprimer sous la forme de la constante:» être en harmonie avec...», cette constante sera présente dans tous les cas d'emploi de 'to agree'. Cette constante se trouve, pour une situation donnée, coloriée par la présence d'un contexte concret. La traduction ne nécessite plus à ce moment qu'un effort de mise en français. L'existence d'une signification abstraite rend les plus grands services en version. Elle explique aussi pourquoi la version est plus facile que le thème. La signification permet en effet de traduire quel que soit l emploi fait du mot donné; elle permet de limiter l'effort d'apprentissage de la langue: si l on connaît un seul emploi d'un mot parmi la multitude d'emplois possibles, la traduction de ce mot employé - 7-

8 dans d'autres contextes risque de s'avérer difficile ou impossible. Par contre, si l on connaît la signification, celle-ci permet de poser sur ce mot un cadre de limites de sens quel que soit le type de situation exprimé. LA SYNTAXE La langue crée entre les mots des rapports de place respective à l intérieur de structures ou d'énoncés. Tous les individus parlant l anglais sont tenus, afin de marquer tel sens, de respecter un certain ordre de mots: pour tous les Anglais, la fonction sujet se trouve en effet définie ou déterminée par l antéposition du sujet et l accord du verbe. Le discours (ici l'écriture) Dans le discours, le mot acquiert un effet de sens. La signification détermine l'emploi du mot qui désigne maintenant telle chose ou exprime telle situation. La syntaxe détermine sa place dans l'énoncé. Le mot reçoit une» valeur» ou coloration particulière à l'individu ou au groupe d'individus et l'ordre des mots peut se trouver modifié dans le respect des impératifs de la syntaxe. Toute théorie de la traduction se devra de tenir compte des deux niveaux : a) Un niveau grammatical abstrait de la langue, où chaque mot possède une signification et entre en rapport avec tous les autres mots de la langue dans le cadre des servitudes syntaxiques. b) un niveau de discours sous-tendu par le système de langue et faisant intervenir la désignation concrète par laquelle le mot reçoit un effet de sens particulier comme la présence d'un contexte détermine une rhétorique. La langue est le cadre abstrait posé sur le matériau (texte) et permettant une traduction-compréhension au niveau surtout des significations. Le discours avec ses effets de sens et effets rhétoriques permet une traduction-tonalité au plan du concret. Nous appellerons grammaire tout ce qui ressort du niveau de la langue et rhétorique tout ce qui appartient au domaine du discours. La rhétorique est ainsi définie comme l'utilisation personnelle que fait le locuteur des possibilités que lui offre le système de la langue. Cette distinction explique le postulat suivant: tous les individus parlant l'anglais partagent une seule et même grammaire; mais chacun des individus possède et impose une rhétorique qui lui est personnelle. Ceci revient à dire que, utilisant ou faisant référence à un système commun, deux personnes n'attachent pas à un même message une même valeur concrète. Supposons la phrase simple : "I had a meal today.» Tout le monde comprend cette phrase parce que tout le monde se réfère à un même ensemble de significations et à un même ensemble de servitudes syntaxiques. Tout Anglais connaît la signification des cinq constituants de la phrase: indice personnel de première personne + verbe au passé avec signification d'attribution + indéfini et numéral + repas + temps donné. Pour tous les Anglais, 'today' par exemple est limité dans le temps d'une manière comparable chez chaque individu. Le cadre des limites du mot est le même pour tous: la signification est la même. D'autre part, tout le monde sait que la place de 'l', comme l'accord, en fait un mot placé en fonction-sujet, que la place de 'meal' et de 'today' en fait des compléments du verbe, que la place de 'a' en fait un modifiant de 'meal'. Mais tout le monde ne donnera pas à 'meal', par exemple, le même effet de sens : tout le monde n'y verra pas le même repas et même ceux qui y voient le même repas ne donnent pas à celui-ci un contenu identique, et ainsi de suite. De la même façon, l'ordre des mots, quoique contraignant, accepte néanmoins des variations qui sont autant de modifications d'un coefficient d'attente. Ces modifications servent généralement à ajouter quelque chose à la» valeur» d'un mot ou d'un groupe de mots : Yesterday, he died. Off he went. He died yesterday. He went off. Dans chacun de ces groupes, les deux structures notent des sens globaux identiques, mais l'ordre des mots détermine une variation dans la valeur relative des sens notés et ces structures n'acceptent pas la même traduction. Il est dorénavant possible de tirer des premières conclusions inévitables : 1. la version est un exercice à deux faces avec : a) la compréhension globale du texte (cadres des sens) par référence à une grammaire (significations et syntaxe): b) la perception et la restitution d'effets stylistiques particuliers (effets de sens et ruptures d'attente) dans le cadre de la rhétorique personnelle de l'auteur. 2. La version est un exercice grammatical. 3. Il existe une certitude de la compréhension» grammaticale» ; il n'existe jamais de certitude de l'appréciation correcte d'une rhétorique - 8-

9 personnelle, parce que celle-ci suppose automatiquement un certain degré d'interprétation. Fautes de traduction version est atteint quand l'apprenti-traducteur sait quand et pourquoi il n'a pas bien traduit; même si, à ce stade, il ne parvient pas encore à trouver la bonne solution. LE NON-SENS Le non-sens trahit une incompréhension totale du texte ou d'une partie du texte à traduire. Il pose le problème de la compréhension globale du texte et naît d'une méconnaissance des significations et de la syntaxe (grammaire). LE CONTRESENS Il rejoint le non-sens mais présente un caractère de gravité moindre parce que moins étendu. Il pose le problème de la connaissance de la grammaire de l'anglais. Il y a contresens quand on attribue à un mot : - une signification qui n'est pas la sienne, - une valeur déterminée par l'ordre des mots ne correspondant pas à sa place. Il s'agit souvent de mots inconnus que l'on traduit sans tenir aucun compte d'une logique imposée par le contexte. LE FAUX-SENS Le faux-sens appartient au domaine rhétorique de la désignation. Il naît de l'appréciation défectueuse de : a) l'effet de sens particulier du mot dans telle situation. Ce cas est fréquent en ce qui concerne les mots ayant une multitude d'effets de sens possibles. Citons par exemple cette phrase:»i take my paper to the office every morning.» où 'take' est traduit par» je prends/porte/apporte/amène/envoie/etc.», alors que l'effet de sens précis est ici» j'emporte». Le faux-sens provient d'une appréciation défectueuse du contexte; b) de la modification de l'ordre des mots. La place du mot dans le texte exprimant une situation donnée est d'importance dans la version. Citons par exemple:»off he went» comparé à»he went off» (voir ci-dessus). Le faux-sens provient dans ce cas d'une confusion des deux tournures. Si l'on ajoute à ces trois grandes catégories d'erreurs les fautes provenant d'une méconnaissance de la langue française (orthographe, ponctuation, logique), on aboutit à un tableau complet des fautes dites de traduction. Il ne suffit cependant pas de dire au traducteur quand et où il commet des fautes, il faut lui fixer des critères de» bonne traduction», lui expliquer ses erreurs en montrant par là- même comment fonctionne la traduction. Le premier pas vers la maîtrise de la - 9-

10 LES MECANISMES DE LA TRADUCTION La version se définit simplement comme» le remplacement d'un matériau linguistique par un matériau linguistique appartenant à une autre langue» 1. Elle consiste à remplacer un ensemble de sens par un autre ensemble de sens. En ce qui nous concerne, nous remplacerons un ensemble de sens contenu dans le texte anglais par un ensemble de sens exprimé dans un texte français. Il faut que ces ensembles de sens soient équivalents. Mais qu'entend-on par équivalence d'ensembles de sens? Nous savons tous que traduire c'est trahir: le problème est de trahir le moins possible, donc de trouver ces fameuses équivalences. Il existe bien entendu des cas où il ne peut y avoir équivalence entre le français et l'anglais: certaines situations décrites en anglais n'ont pas de contrepartie dans notre langue, soit parce que le français ignore pareille situation, soit parce que tel phénomène n'est pas décrit, soit parce que les points de vue diffèrent, etc. (exemple d'un passif anglais devenu actif en français, idiotismes). Mais, dans la majorité des cas, il est possible de traduire par une équivalence. Cette équivalence porte sur la situation ou la désignation. Nous définirons la situation comme l'ensemble des sens concrets notés par l'unité du matériau linguistique (sens marqués par une structure des mots). exemple:»he eats his soup» La situation exprimée est: homme + troisième personne + action de manger + présent + nature de ce qu'il mange. Afin de simplifier, nous emploierons le terme IMAGE afin de désigner le contenu de la situation. L'équivalence de traduction porte sur une équivalence des images notées par le texte de départ et le texte d'arrivée. Il sera par conséquent possible de traduire quand les deux langues en présence sont le fait de personnes possédant des» images» comparables. La traduction se définit maintenant comme: la substitution à un texte (anglais) évoquant (pour l'anglais) une image donnée d'un texte (français) évoquant (pour le français) une image» identique» à l'image de départ. Ainsi seront formées les équivalences entre» groupes sémantiques fonctionnant de façons comparables dans l'expression de situations identiques. 2» La version, comme toute traduction, suppose donc des universaux de situation. Ces situations comportent un certain nombre de traits pertinents qui permettent de les analyser. Le trait pertinent de la situation est tout élément qui la rend différente de toutes les autres C. Catford, A Linguistic Theory of Translation, O.U.P. London, Ibid.

11 situations et l'ensemble de ces traits compose l'image de départ. Il faut donc que l'image d'arrivée comporte un nombre de traits pertinents égal (si possible) et aussi des traits pertinents identiques. Plus les traits pertinents seront proches de ceux de l'anglais, plus la version sera juste; plus leur nombre sera proche de celui contenu dans la situation exprimée par l'anglais et plus la version sera précise. Ces traits pertinents constitueront l'indispensable préalable à toute traduction. Tout se passe finalement comme si l'on allait d'une situation donnée à une situation équivalente par remplacement du matériau linguistique. Seul le vecteur change, modifiant légèrement l'optique. Supposons que la situation de départ puisse se concevoir comme un kilo de sucre = contenu de l'image. L'auteur a présenté son kilo de sucre de la manière suivante: sucre en poudre (anglais) placé dans un sachet de forme arrondie ou cylindrique de couleur blanche et portant tel nom de marque anglaise. Le traducteur doit restituer ce kilo de sucre. Mais son vecteur, imposé par l'analyse du français, sera différent. Il s'agira cette fois d'un kilo de sucre en poudre présenté dans un emballage différent: même sucre, même goût peut-être, même poids, même couleur, mais dans un emballage parallélépipédique de couleur bistre et portant le nom de telle marque française. La difficulté de la traduction apparaît dans le fait que, pour pousser la comparaison un peu plus loin, l'anglais utilise un système de mesure différent et verrait ici une 'livre' de sucre. Les deux systèmes de mesure sont différents; les deux systèmes linguistiques le sont aussi. C'est là sans doute la réalité que l'on oublie le plus souvent: les deux systèmes linguistiques étant différents, il sera difficile de trouver des équivalences exactes. Nous ne trouverons que des situations fonctionnant de manière comparable à l'intérieur de systèmes de situations. L'analyse du mécanisme des traductions permet de comprendre pourquoi la recherche d'équivalences est souvent si difficile. Elle mettra en outre en garde contre tous les dangers qui menacent. Le passage du texte de départ au texte d'arrivée s'effectue en une suite d'étapes que l'on peut schématiser de la manière suivante: l'image Départ passe par le filtre de la grammaire de l'anglais (significations et syntaxe). L'image Arrivée se construit sur la base de la grammaire du français. Dans tous les cas, le traducteur part d'un matériau linguistique exprimant une situation. Ce matériau linguistique reçoit en pratique un traitement grammatical double ainsi que l'indique le tableau de la page suivante. Le traitement du matériau, ainsi qu'il est figuré sur ce tableau, demande à être analysé et expliqué. La traduction commence avec son objet, c'est-à-dire un texte qui figure le discours anglais. Ce discours est un vecteur linguistique dans lequel chaque mot reçoit un effet de sens particulier, du fait de la présence d'autres mots dans l'énoncé, le sens de chacun des mots étant déterminé par celui de chacun des autres mots présents. En outre, les mots s'organisent en une chaîne syntaxique qui présente, au niveau du discours, tous les effets stylistiques afférents aux modifications d'ordre des mots - ou peut les présenter. Le discours a pour fonction d'évoquer pour l'anglais une image que nous appelons image de départ. Dans le discours, nous avons cette image avec ses couleurs. Le discours est ainsi, en quelque sorte, le support linguistique servant à représenter une réalité qui est, elle, réalité non linguistique: la situation de départ. En effet, l'auteur du texte a voulu» décrire» ou» désigner» cette réalité non linguistique et ne dispose, pour ce faire, que du discours. C'est ce discours qu'il faut comprendre en un premier temps. Ici intervient la première étape de la traduction, marquée par le chiffre 1 sur le tableau. En effet, nous avons VU que le seul moyen de comprendre ou d'interpréter un discours est le recours à la langue qui, entité abstraite, sous-tend la réalité linguistique : un effet de sens ne peut s'apprécier que par référence à la signification du mot; un effet stylistique ne peut s'apprécier que par référence à la syntaxe. C'est pour cette raison que nous devons poser un filtre sur l'image. Ce filtre nous permet de situer l'image dans son cadre puis d'en apprécier les couleurs. Par conséquent, le premier stade de la traduction sera le filtrage du discours au moyen des schémas proposés par la langue : - 11-

12 a) la grammaire (significations des mots et syntaxe) pose le cadre fondamental de la compréhension. b) la grammaire permet aussi d'apprécier la rhétorique propre du discours considéré, tout effet rhétorique se greffant sur le support purement grammatical. A ce stade, le traducteur doit avoir dégagé tous les traits pertinents de l'image : pertinences du cadre et pertinences des colorations rhétoriques. Au second stade de la traduction, nous abordons déjà les problèmes de la restitution de ces traits pertinents. Cette restitution s'effectue en deux étapes. La première étape concerne le passage de la grammaire de l'anglais à celle du français. La grammaire du français et celle de l'anglais ne se recouvrent pas; les deux systèmes de langue s'opposent dans l'organisation des significations comme dans le déroulement syntaxique, même si certaines correspondances occasionnelles laissent supposer que l'on puisse adopter sans grands risques le principe de la traduction littérale. Le passage à la grammaire du français a pour fonction de fournir le cadre sur lequel se développera l'image d'arrivée. La seconde étape fait que le discours d'arrivée évoque pour le Français une image comparable à celle qu'évoquait pour l'anglais le texte de départ. Il reste donc simplement à donner à cette image une coloration rhétorique. Cela serait impossible si l'on ne s'était déjà assuré, par le recours à la grammaire du français, que les deux cadres sont identiques (attention: ces deux cadres ne se calquent pas l'un sur l'autre). Si nous considérons l'exemple simple de la phrase suivante : "She looked at him, not with any expression of intensity, but moodily, morosely, almost crossly, (Iris Murdoch, The Unicorn)" nous devons : - en un premier stade: poser le cadre des significations de chacun des mots; poser le cadre de la compréhension globale des sens par la syntaxe; apprécier la présence d'effets de sens sur 'intensity / moodily / morosely / crossly' et les autres mots; noter l'effet rhétorique intervenant par le choix de la construction: 'not with any expression of intensity' ainsi que par la place de cette expression par rapport au verbe; - en un second stade: faire entrer en jeu la grammaire du français à la recherche des structures et des significations appropriées; - en un troisième stade: restituer des effets rhétoriques du français comparables à ceux identifiés dans le texte anglais

13 Chacune des étapes ainsi définies doit être respectée avec, successivement : 1. Intervention de la grammaire de l'anglais : a) compréhension globale; b) compréhension totale des effets de discours. 2. Intervention de la grammaire du français : a) restitution d'un cadre grammatical ; b) greffe d'effets de discours, en gardant toujours présente à l'esprit la nécessité d'une équivalence aussi juste que possible entre les deux séries d'effets de discours. Si l'on court-circuite l'une ou l'autre de ces phases, on risque des erreurs graves : - la méconnaissance de la grammaire de l'anglais entraîne la noncompréhension du texte et non-perception des effets de discours (cas de celui pour qui le mot a toujours le même sens quels que soient ses emplois et pour qui l'ordre des mots dans le discours envisagé est toujours» normal» ) ; - le calque des grammaires oblige à des traductions souvent incompréhensibles; - omission de la dernière étape: on fait une simple traduction globale, ne fournissant que le cadre approximatif sans en donner les couleurs et les nuances (cas où l'on ne rend pas le contenu stylistique du discours de départ.) Soit la phrase : "Calmly, he thought, before sleep in the inn at Oxford, that ali over Europe and the Antipodes and Cathayand Cipango and the fabujous Americas, the gods were detonating.» (A. Burgess, Nothing Like the Sun). Cet exemple est certainement compris de tout le monde car il est facile d'en saisir le sens global (compréhension grammaticale simple). Il est sans doute moins facile d'en repérer les effets de discours et, notamment, les effets stylistiques: place de 'calmly' ; choix de la forme de 'sleep' ; énumération des lieux, choix de ces lieux, choix de 'fabulous' ; choix de 'detonating'. Si l'on y prête attention, cette phrase est le type même des phrases introduisant la sinistre difficulté de» mise en français d'un texte pourtant facile à comprendre». La raison de cette difficulté se comprend aisément: on ne peut» mettre en français» un texte dont on» sent» la richesse rhétorique mais sans être capable de l'analyser En dernier lieu, l'exercice de version présente deux moments nettement contrastés: la compréhension absolue du texte avec perception aussi nette et précise que possible de l'image de départ puis la réexpression de l'image à l'aide d'un vecteur linguistique nouveau et le plus souvent totalement différent du vecteur initial. Ces deux moments englobent toutes les étapes envisagées dans le tableau présenté. Mais l'on est en droit de se demander pourquoi tant d'apprentis traducteurs court-circuitent l'une ou l'autre de ces étapes. Il serait sans aucun doute nécessaire de revenir ici au paradoxe exprimé dans l'introduction, à savoir que la version devient véritablement possible (et parfaite) dès l'instant où l'on n'a précisément plus besoin de traduire. En effet, si l'on considère tout ce qui vient d'être dit, on s'aperçoit que, placé devant un discours anglais, quelqu'un qui connaît parfaitement les deux langues anglaise et française saura,» instinctivement» passer d'un discours à l'autre sans le recours aux deux grammaires. Cela tient au fait qu'il possède une bonne pratique de segments de discours qui, dans les deux langues, sont sémantiquement égaux. Ceci prouve à ceux qui ne l'auraient pas encore compris que la meilleure préparation à la version n'est peut-être pas tant la version elle-même que l'apprentissage de l'anglais. Cependant, tous les apprentis traducteurs ne possèdent pas une connaissance suffisante de l'anglais pour faire jouer des segments sémantiques égaux. Beaucoup d'entre eux s'essaient pourtant au jeu dangereux du passage direct d'une rhétorique à l'autre, sans doute parce qu'ils ne se sont jamais posé la question de savoir sur quoi porte réellement le passage d'un discours à un autre. Ils courent par conséquent deux risques graves qui sont : a) le calque grammatical: dans bien des cas, il est possible de trouver des correspondances formelles de syntaxe ou de significations : I have eaten my soup today J ai mangé ma soupe aujourd hui où le calque est rigoureux, tant sur le plan grammatical que rhétorique. Malheureusement, pareilles correspondances sont relativement rares quand trop d'étudiants commettent l'erreur de croire qu'elles sont universelles et oublient que le système des significations de l'anglais et le système des significations du français ne se recouvrent pas et que l'organisation syntaxique du français et celle de l'anglais ne se recouvrent pas non plus (sauf rares exceptions). b) le calque rhétorique: si le français et l'anglais ne partagent pas une même grammaire, ils ne partagent pas davantage une même rhétorique. Il n'existe pas de synonymie vraie et le passage d'un discours à un autre

14 est toujours approximation. Le choix du mot» juste» présente les plus grandes difficultés Ce choix sera sans doute facilité si l'on se garde de la traduction littérale. LES DEUX MOMENTS DE LA VERSION Il existe trois types de traduction possibles: le mot à mot, la traduction littérale et la traduction libre. Nous avons déjà parlé des deux premiers types de traduction pour mettre en garde contre les abus qu'ils peuvent entraîner. Mot à mot et traduction littérale supposent une correspondance totale de tous les instants entre les grammaires et rhétoriques de l'anglais et du français. Or, nous savons qu'il n'en est souvent rien: si la traduction littérale fait le succès de certaines bandes dessinées, elle n'a pas sa place dans l'exercice de version. Cependant, le danger ou la tentation seront toujours présents. La raison en est fort simple: le traducteur a besoin de certitudes et d'un fil directeur. Son premier réflexe (qui est hélas! souvent aussi le dernier) consiste à prendre appui sur la seule chose tangible dont il dispose, à savoir le texte anglais. Il faut qu'il trouve une autre certitude et il faut que cette certitude soit la référence à la situation-image exprimée dans son texte et à travers son texte. Il fera ainsi de la traduction dite» libre» qui n'est pas si libre qu'il y paraît de prime abord. En effet, et nous aurons l'occasion de nous en rendre compte souvent, il n'est rien de plus contraignant que la recherche de l'imagesituation car elle réclame une surprenante précision linguistique. Dans le type de version proposé, la situation et son vecteur linguistique seront souverains, la traduction libre étant la moins libre de toutes mais sans doute aussi la plus fidèle. C'est pour cette raison que nous considérerons maintenant les deux moments essentiels de la version qui sont la compréhension du texte (situation de départ) et la réexpression. La situation de départ La grande question que l'on doit se poser face à un texte à traduire est la suivante :» Quelle est l'information contenue dans ce texte?» Celui qui ne se pose pas cette question s'expose à de graves déboires. Les moyens de parvenir à la réponse sont : Au niveau de la langue, la compréhension globale du texte avec les significations des mots et l'étude de la syntaxe. Au niveau du discours, le repérage et les identifications des effets stylistiques : effets de sens et modifications d'ordre des mots déterminant la rhétorique de l'auteur pour ce texte particulier. La situation de départ est ainsi faite d'un cadre marquant le contenu global (compréhension), divisé en une série d'unités de traduction ou unités de situations (découpage). Dans un texte donné, chacun des éléments prend une coloration due au contexte ou co-texte - 14-

15 et il existe dans le domaine des sens marqués une hiérarchie entre les éléments du texte, les unités de traduction et les mots à l'intérieur des unités de traduction. Réexpression ou restitution Si le travail de compréhension a été correctement effectué, la réexpression ne pose plus de problèmes insurmontables. Si l'on possède une image de départ précise et rigoureusement fidèle à celle de l'auteur, il est facile de la transposer à l'aide d'une grammaire et d'une rhétorique que nous sommes sensés posséder car il s'agit cette fois de notre langue maternelle. Travail de création, la restitution se fait dans le respect de la grammaire française et s'accompagne d'une création d'effets stylistiques (ou rhétoriques) comparables en degré et qualité à ceux introduits par l'auteur dans le texte de départ. Quoi qu'il en soit, la compréhension est toujours la plus difficile; elle est la seule qui pose les véritables problèmes et nous comprenons encore mieux pourquoi celui qui connaît parfaitement l'anglais n'éprouve que peu de difficultés: pour lui, le moment essentiel préexiste ou coexiste à la restitution. Il est évident que toutes ces considérations n'apportent pas de faits nouveaux. Cependant, il est bon de s'y attarder et de bien insister sur le fait que l'exercice de version est avant toute chose un exercice de compréhension, d'explication de texte antérieur à la traduction proprement dite. La logique indiscutable veut que l'on commence par comprendre le texte; la pratique fait que nombre d'étudiants s'empressent souvent de traduire, sous les prétextes les plus divers. Ils commettent là une faute grave car, traduisant tout de suite, ils omettent tout ce qui, dans le texte, représente les particularités rhétoriques de l'auteur. Combien d'étudiants ne possèdent-ils dans la traduction qu'un seul» style» et traduisent un passage de roman policier comme ils traduiraient Lord Macaulay! Si l'étudiant respecte la démarche proposée et fait preuve de patience, il trouvera pour chaque texte un style équivalent à celui du texte de départ. Mais avant de passer aux techniques de traduction, il est souhaitable de s'interroger sur ce que provoque l'absence de méthode, indépendamment des erreurs déjà considérées. Quiconque ne dispose pas d'une méthode de traduction tend à trouver des équivalences de manière empirique. Dans ce cas, il extrapole les probabilités d'équivalences d'une langue à l'autre et se dit par exemple que tel mot veut dire telle chose sauf si ceci ou sauf si cela, que telle construction française correspond à telle construction anglaise. Mais en réalité, cela n'est pas toujours le cas, sans quoi les machines à traduire fonctionneraient à merveille. L'équivalence empirique nous ramène à une confusion de deux systèmes linguistiques, à une mise en équation constante des deux systèmes et conduit par conséquent à ignorer ce qui fait la richesse rhétorique du texte. Une fois de plus, l'équivalence empirique est seulement valable au niveau de celui qui n'a plus besoin de traduire et connaît parfaitement les deux langues. Il reste un long chemin à parcourir avant d'en arriver là et ce long chemin est une école de patience

16 LA SITUATION-IMAGE DE DEPART DANS LE DISCOURS ANGLAIS Nous savons que la compréhension s'effectue en deux étapes complémentaires. La première étape aboutit à une compréhension globale et purement grammaticale; la seconde apporte la précision de l'image rhétorique particulière au texte. Ces deux types de compréhension nécessitent une connaissance complète de l'organisation de l'énoncé anglais mais aucune solution ne saurait être efficace si l'on ne détermine d'abord la raison majeure qui fait que les textes ne sont pas compris. En vérité, les raisons de la non-compréhension - indépendamment de celles que nous avons déjà évoquées - tiennent à un état d'esprit plutôt qu'à un manque de connaissances. Il suffit de demander à un groupe d'étudiants de traduire un texte très court pour comprendre comment ils s'y prennent. La plupart d'entre eux lisent le texte en soulignant certains mots dont le sens est inconnu puis traduisent immédiatement en suivant le support de l'anglais. Ce qui nous intéresse ici, ce sont ces mots soulignés ou encadrés car l'expérience prouve que, quand le sens d'un mot est inconnu, c'est souvent la phrase entière le contenant qui ne peut plus être traduite. D'où la mentalité selon laquelle le» fort en version» est un» fort en vocabulaire». Cependant, si le traducteur prend soin de poser sur son texte un cadre qui est contenu dans ce texte, la traduction du mot inconnu est possible et le risque d'erreurs minime. Tout mot s'inscrit en effet dans les limites de la situation-image de départ qu'il est facile de percevoir à condition d'en prendre le temps. La compréhension globale ou appréhension Afin de comprendre le texte et d'appréhender le cadre de l'image, il faut se livrer à un premier découpage. Ce premier découpage est toujours possible mais, s'il veut être efficace, il doit tenir compte de la manière dont le texte a été écrit. ORGANISATION DU TEXTE Tout texte est le produit d'un émetteur (auteur). Tout texte comporte un objet (thème ou thèmes, idées, etc.). L'objet est porté par un vecteur (choix des mots, ordre des mots, conventions d'écriture, hiérarchie des éléments). Comme l'objet, le vecteur est souvent choisi en fonction du récepteur (lecteur) auquel est précisément destiné ce que, du point de - 16-

17 vue de la version, nous nommons image-situation. Comme nous le verrons par la suite, chacun de ces composants aura une incidence variable sur l'image rhétorique. Émetteur ou auteur Son importance est rhétorique. Il n'est pas absolument nécessaire de connaître son rôle pour comprendre le texte (sauf exceptions). Objet C'est la perception de l'objet qui détermine la compréhension du texte. Rappelons que cette compréhension se situe d'abord au niveau grammatical. L'objet général fournit les premiers éléments ou le cadre du contexte. Quelques principes de composition aideront à percevoir l'objet avec rapidité. Rappelons aussi que sur l'objet se greffe la coloration rhétorique apportée par le vecteur. L'objet est, en fin de compte, l'essentiel de cette situation-image que nous cherchons. Le vecteur Le vecteur est l'élément le plus important puisque, portant l'objet, il permet de découvrir celui-ci. C'est aussi le vecteur qui détermine la réaction du lecteur. La compréhension du texte est, par conséquent, compréhension de son vecteur, compréhension d'un matériau linguistique. Le récepteur Si l'on réclame une traduction qui ne s'en tienne pas à l'à peu près grammatical, le récepteur joue aussi un rôle prépondérant. C'est lui en effet qui apprécie la rhétorique de l'auteur et crée la rhétorique du texte d'arrivée, devenant ainsi auteur à son tour. Sans vouloir ranimer les querelles nées à propos de compréhensions ou interprétations différentes de mêmes textes, il faut cependant reconnaître qu'il n'existe plus ici de certitude et que la traduction devient souvent interprétation subjective. Nous savons que les significations et la syntaxe sont les mêmes - pour tous les individus parlant la même langue - mais nous savons aussi qu'il existe autant de rhétoriques que d'individus et que, placés devant un même texte, deux personnes ne le lisent ou ne l'interprètent pas de la même façon. Placées devant une même situation, elles ne la réexprimeront pas non plus de la même façon dans une même langue. Il existe bien entendu des limites à l'intérieur desquelles les interprétations varient, mais le fait qu'elles varient doit encourager le traducteur à une étude du texte par laquelle il cerne étroitement les effets de sens des mots employés par l'auteur en référence à la situation décrite. PRINCIPES ELEMENTAIRES DE COMPOSITION Il faudrait trop longtemps pour démontrer avec rigueur que tous les textes obéissent à des règles de composition relativement rigoureuses (du moins les textes que l'on demande de traduire). Le vecteur organise l'objet en établissant une hiérarchie des éléments constituant le texte. Le texte se construit sur la base d'un cadre général des sens marqués: thème, idée principale, idée-sujet du texte. Le cadre général peut se trouver introduit d'une manière implicite ou explicite et informe le thème du texte. Dans la plupart des cas, il sera seulement impliqué, ce qui rend d'autant plus difficile la compréhension qui sera néanmoins possible grâce aux étoffements du cadre. Les étoffements du cadre sont les éléments servant à le développer ou l'expliquer. Selon leur importance et leur fonction, on oppose traditionnellement les étoffements directs et les étoffements indirects. L'étoffement direct constitue une explication ou une expansion du cadre. L'étoffement indirect est le plus souvent un exemple d'illustration qui n'apporte rien de nouveau au cadre mais permet cependant de le mieux comprendre. Les divers étoffements sont reliés au cadre et reliés entre eux par une architecture de charnières dont le rôle est de fournir au lecteur un guide du sens en modifiant l'attente créée chez lui. Soit l'exemple suivant : "Summer has not ended yet (cadre) it is stil1 warm and sunny (étoffement direct). The whole countryside is alive (étoffement direct) ; birds sing, cows graze in the fields, horses run, farmers work in the fields (autant d'étoffements indirects). Yet, autumn is here» (extension du cadre; la charnière marque l'opposition). Un second exemple plus complexe montre encore comment le vecteur structure l'objet. Remarquons que, d'un point de vue général, les charnières sont le plus précieux auxiliaire de la compréhension. "Julius's mother died when he was a small boy. His father did never re-marry, no female relative was called in and the house went on being run by an elderly major-domo. They were all taught early, Julius said, to order their own dinner. The boys, in fact, took their place at table at twelve, not as children but

18 as sons of the house, drinking their wine and doing their share as hosts. They entertained their neighbours as little as possible. Baden, the old Baron had said, had turned dowdy in the Sixties - the men dressed badly and the women were interested in nothing. Yet the house was always full; with scientists and travellers and collectors from all over Europe, with gentlemen of decided hobbies, with old beaux, with cousins and gourmets and the sons of the relics of the French Revolution, and there was always a warm welcome at Landen for quacks. In this household my father remained until he was seventeen years old.» SYBILLE BEDFORD, A Legacy Le cadre du texte apparaît sans doute dans la dernière phrase comme : Étoffements "the household my father grew up in and his upbringing.» 1 mother's death. 2 a masculine house: no women /»major-domo» / enumeration of men. 3 sons of the house:»wine» and»playing hosts.» 4»no neighbours entertained": reasons given»old Baron.» 5 reprise: house full of men: chaque catégorie correspondant à un étoffement. indirect. Remarque Les compositions de textes varient souvent mais respectent toujours les principes que nous avons indiqués. Cela facilite grandement le découpage des textes ainsi qu'une première classification des éléments du texte 1. COMPREHENSION GLOBALE ET COMPOSITION L'application des principes de composition permet un premier découpage du texte. Celui-ci permettra de dégager un certain nombre de signaux présentés dans l'ordre où leur nécessité se fait sentir. Signaux d'objet Ce sont : - l'idée-cadre ou le thème du texte; - les charnières signalant la modification du contenu du message ainsi que la nature de la modification introduite (Yet par exemple signale une opposition) ; - les mots-signaux à l'intérieur de chaque étoffement. Dans chacun des étoffements, deux mots sont, du point de vue du sens global, plus importants ou utiles que les autres. Il s'agit généralement de : sujet et complément du verbe; sujet et verbe si complément zéro; deux compléments du verbe si le sujet est anaphorique. Signaux rhétoriques Ce sont des signaux permettant d'appréhender les conventions adoptées par l'auteur (exemple de la poésie, etc.) ou la tonalité dont il colore son texte (contexte linguistique ou métalinguistique). Utilité des signaux Tous les signaux dégagés permettent de former l'architecture des sens notés dans le texte. Leur utilité en version est évidente: ils posent sur le texte un filtre qui détermine les limites de l'image. On évite ainsi les non-sens et la rupture de la logique du texte comme le blocage dû à la méconnaissance d'un mot particulier. Compréhension et unités de traduction Comme nous l'avons déjà vu, le découpage du texte va du général au particulier. Les limites du cadre obtenues dans un premier découpage vont se subdiviser en limites plus restreintes et contraignantes. Le découpage en étoffements s'apparente le plus souvent au découpage en phrases. Nous lui ferons succéder un découpage grammatical. Nos unités de traduction seront des unités syntaxiques demandant une connaissance complète de la grammaire de l'anglais. L'unité de traduction est unité de situation: c'est la plus petite partie de l'énoncé qui suffit à évoquer un élément complet de la situation décrite. Il s'agit du groupe verbal. Le groupe verbal se trouve défini comme un verbe (conjugué) accompagné de tous les mots qui modifient son sens (le groupe verbal correspond en mainte circonstance à une phrase). LE GROUPE VERBAL La base de ce groupe est le mot portant les marques de la conjugaison. Le découpage en unités de traduction s'appuie sur le verbe mais 1. Pour de plus amples études de la composition des textes, voir Manuel de Composition anglaise, éditions BORDAS, Coll. Études

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