potagère Depuis dix ans, nous vivons avec autonomie Vers l Potager

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1 Vers l autonomie potagère Dans son projet de vie, entre simplicité et économie d énergie, Rodolphe Grosléziat a découvert le jardinage. Il cultive désormais un potager assurant les petits bonheurs et les grandes joies de tous. Texte : Rodolphe Grosléziat - photos : Franck Boucourt À LIRE - Le guide du potager bio dans le Nord, de Rodolphe Grosléziat, éd. Terre vivante, 176 p, 18,30 - Le potager anticrise, de Rodolphe Grosléziat (photos Franck Boucourt), éd Ulmer, 268 p, 24 EN SAVOIR + free.fr Depuis dix ans, nous vivons avec notre potager, car il nous nourrit ; autour, car il est au cœur de notre fonctionnement familial ; et dans, car c est pour nous un espace de vie. Notre départ pour la campagne s est révélé une opportunité de reprendre racine en mettant les mains dans la terre et construire des rêves d autonomie. Nous n avions jamais jardiné, mais il nous a semblé cohérent d associer un petit potager à notre maison bioclimatique et solaire. Dès le premier été, il nous a apporté beaucoup de plaisir. Cela a changé notre vie et nos choix. Je n ai reçu de mes parents aucune connaissance potagère : ce handicap s est révélé un atout. Les erreurs sont nombreuses, mais l ignorance et la curiosité sont un terreau fertile pour sortir des sillons bien tracés. J ai commencé par quelques mètres carrés (sur les du jardin). La pelouse a ensuite laissé place à des planches de culture où sont produits fruits, légumes et graines. Bien malin qui peut dire quelle est la surface de mon potager car plantes ornementales et vivrières sont de plus en plus mélangées (1 000 m²). Même si les récoltes sont variées, riches et généreuses, elles ne nous permettent pas d être en autosuffisance alimentaire. Nous consommons aussi des céréales, un peu de viande, des épices... que je ne produis pas (encore!). Et puis les sociétés ayant choisi l autarcie ne me font pas rêver. Cela ne convient ni à mes graines (qui ont besoin de mélange), ni à moimême (qui ai besoin des autres pour m épanouir). À l isolement, nous préférons le partage, la solidarité, l entraide. Nous préférons le faire nous-même etl autonomie dans la mesure du possible et, pour le reste, pouvoir compter sur les autres autant que les autres peuvent compter sur nous. À L ABRI DES ALÉAS J ai peu d outils (croc, râteau, bêche, fourche bêche, plantoir et sécateur) et un broyeur électrique. Il faut que ce soit simple, rapide et efficace. Notre autonomie alimentaire est à ce prix car les jour-

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3 En réalisant ses semis dans la maison, Rodolphe Grosléziat accélère la germination. Par ailleurs, ses jeunes plants sont protégés (de la météo, des prédateurs ) et son taux de réussite s en trouve amélioré. nées n ont que 24 heures. Mes progrès ne sont pas linéaires. Il font toujours suite à une période d observation, d analyse... et de remise en cause. J ai gagné du temps en rationalisant l espace (recherche d un optimum entre la largeur des planches et celle des allées) mais aussi en limitant les déplacements (multiplication des espaces et des techniques de compostage) ou en gérant les adventices par une couverture semi-permanente de mulch (tout en contrôlant la prolifération des campagnols) et en limitant les arrosages aux semis Je multiplie le nombre des variétés cultivées pour me mettre à l abri des aléas. Plutôt que de chercher la variété qui fonctionnera tous les ans, je préfère cultiver la diversité, partant du principe que je ne peux pas savoir par avance quelle sera la variété la mieux adaptée aux conditions météo, ravageurs de mon jardin. J ai une petite idée... mais, statistiquement, l imprévu existe aussi! Cette stratégie permet d assurer des récoltes, même en cas de catastrophe sur une des variétés, mais elle demande de la place pour semer et de l organisation pour gérer les stocks de graines. LA RÉVOLUTION DU TUNNEL Pour produire des légumes toute l année, j utilise des châssis, des voiles de forçage et les serres. Si l utilisation des voiles s est faite naturellement, il n en est pas de même pour la serre. Après des années d hésitations et d atermoiements (pour des raisons écologiques, économiques et esthétiques), je me suis équipé d une première serre : un tunnel de 35 m², quelle révolution! C est la première chose que j aurais dû faire. Les périodes de cultures sont étendues (récoltes précoces de carotte, pois, fraises... et tardives de tomates), des légumes frais sont produits au cœur de l hiver (radis, roquette) et d autres en été ayant besoin de chaleur (aubergine, piments, poivrons). Mes récoltes de tomates sont en sécurité lorsque le mildiou sévit et je peux jardiner même s il pleut. Trois ans de production de légumes ont suffi pour amortir ce gros investissement. J installe dans le potager des variétés vivaces (ail, oignon, échalote, mâche, céleri, asperge, rhubarbe, chou...), des petits fruits (cassis, groseille, casseille, myrtille, raisin, kiwi... ), une multitude de fruitiers (plus d une centaine pommiers, poiriers, cerisiers, noyer, noisetier, mirabellier, prunier, cognassier, abricotier, nashi, kaki, figuier, pêcher...). Mais aussi des plantes plus exotiques comme le poivrier du Sichuan ou d autres me permettant dans un avenir proche de produire mon thé ( Lédon du Groenland ). Je fais le plus souvent mes semis en ter- 24 Les 4 Saisons 196

4 Cultiver en choisissant la diversité plutôt qu en recherchant la "variété magique" qui marchera tout le temps : c est ainsi que Rodolphe Grosléziat et sa femme Virginie parviennent à se mettre à l abri des aléas. Ils ont également rationnalisé l espace. Les 4 Saisons

5 Jardin potager : coût et production COÛT PRODUCTION SURFACE UTILISÉE LÉGUMES Sachet de graines Plants Persil 2,1 80 bottes 1 = 80 Quelques m² Salade 2, salades 1,5 = 180 Quelques m² en rotation Radis 2,25 24 bottes 1,5 = 36 Quelques m² en rotation Haricot 9 25 kg 4 = m² en rotation Pomme de terre (100 plants) kg de PdT 2,5 = 187,5 22 m² carotte 3 30 kg 1,5 = m² Tomate 2,1 90 kg 2,5 = m² Rhubarbe 6 5 kg 10 ans 3 = m² Artichaut 5 7 têtes/an 4 ans 1,5 = 42 1 m² Courgette 3 20 kg 1 = 20 1 m² PETITS FRUITS Fraise (20 plants) 12 3 kg 4 ans 8 = 96 3 m² Cassis 5 2,5 kg 10 ans 15 = m² Groseille 4 3 kg 10 ans 15 = m² Pendant cinq ans, chaque récolte a été pesée et son coût estimé en combinant les prix de la grande distribution, ceux des petits magasins bio et le cours des fruits et légumes de Rungis. Encore plus D INFOS dans l espace abonnés rine dans la maison ou dans la serre. La germination est plus rapide, le taux de réussite plus élevé et mes jeunes protégés sont à l abri de la voracité des limaces et des oiseaux. Je les repique directement à l écartement nécessaire entre les plants (il n y a ni démariage ni premier désherbage). LES COMPTES DU POTAGER Quand on aime, on ne compte pas mais on est rarement objectif. Pour avoir une image précise de l activité de mon potager je me suis astreint à en faire les comptes pendant cinq ans. J ai noté jour après jour le temps passé dans le jardin, l argent dépensé pour son fonctionnement et les récoltes faites. Cela m a permis de constater que les productions étaient importantes (200 kg de pommes à couteau, 200 kg de cucurbitacées, 60 kg de fruits rouges, 150 kg de tomates...) ; que les économies réalisées s élevaient à plus de /an ; et que la plupart des légumes du jardin étaient introuvables dans les commerces autour de chez moi Chaque paquet de graines et chaque plant achetés me permettent de faire des nondépenses qui sont vite importantes. Les comptes du jardin ont aussi montré que produire nos légumes ne me demandaient pas énormément de travail. En moyenne, sur l année, je passe maintenant 30 minutes par jour dans le potager (un temps réduit de moitié en cinq ans) alors que les productions ont été multipliées par trois. Ces mêmes comptes ont mis en lumière les points faibles de mon jardinage (tonte, arrachage des mauvaises herbes ) et ont ainsi participé à l évolution de mon potager. Notre autonomie dans le jardin a les limites que je me fixe. Elle nous permet d accéder à des richesses alimentaires insoupçonnées et modifie positivement notre mode de vie. En dix ans, les économies réalisées en cultivant mes légumes sont équivalentes au coût d achat de mon terrain... Depuis dix ans mes enfants se régalent des fruits et légumes du jardin et ça, c est un bonheur qui n a pas de prix! 26 Les 4 Saisons 196