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2 Directeur de la publication Jacques- Richardson Consultant pour ce numéro Augusto Forti Correspondants A. A. Buzzati-Traverso, Milan Nobuyuki Fukuda, Sakura (Japon) Ignacy Malecki, Varsovie Mircea Malitza, Bucarest Jean-Claude Pecker, Paris Carol A. Tavris, New York Illustrations Pierre François Couverture Rolf Ibach Préparation de copie Jacques Lagrue Secrétaire de rédaction Ariette Pignolo Abonnement annuel : [A] 40 F deux ans : 66 F Le numéro : [A] 12 F Les auteurs sont responsables du choix et de la présentation des faits figurant dans leurs articles ainsi que des opinions qui y sont exprimées, lesquelles ne sont pas nécessairement celles de l'unesco et n'engagent pas l'organisation Les références supplémentaires de la rubrique intitulée «Pour approfondir le sujet», qui apparaît à la fin de la plupart des articles, sont normalement choisies par la rédaction de la revue ttfus* Jjft»** Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture, 7, place de Fontenoy Paris (France) Imprimerie des Presses Universitaires de France, Vendôme ISSFAF 29 (3) (1979)

3 La recherche et les objectifs sociaux La science au service de l'humanité

4 MjM MjM MjM MIWH1M MIM MiM MJM M]M MIM MIM M^M MJM HTH HHH HTH HÍH MTM WÎM M M M M H-IHH Mrt HTHM HWIHH jriihiljmiaimiy acsar _ DisirjuairjC CacaJHEaBacaG MJM «JM W W W W W W WW icfleac ~ri MIM MIM M M Mlh Ä *t Shift: WJW W_iW *flw * ww M i wiw «I«wlw! wlw ; i wjs«ww w.w wiw wiw wlw wlw «F* M««Hi «*«SfyîC KTA SUA IHMS ^ ^ w w ww «IS»ÏTS wjw wlw WW wlw~ «T*L. MR ï i- * K At f w w rirp ««ft ï, 3 1

5 La recherche et ses applications Les nouvelles idées scientifiques ont souvent une origine qui semble n'avoir que peu de liens avec les études qui les ont précédées. Les travaux de Benoit Mandelbrot sur les 'fractals' au cours des années soixante-dix dérivent de ceux effectués un siècle auparavant par les mathématiciens Georg Cantor, Richard Dedekind et Giuseppe Peano et, un peu plus tard, par Helge von Koch, Felix Hausdorff et A. E. Besicovitch. Une forme fractale est interrompue, fragmentée et souvent très irrégulière, comme une région côtière ; c'est une représentation géométrique de certains types de transition de phase. L'étude des fractals s'éloigne de la notion traditionnelle de dimension et évite les inconvénients de la géométrie euclidienne. Elle trouve de nombreuses applications en anatomie, en botanique, en hydrologie, en minéralogie, dans les structures de polymères et autres systèmes de réseau, en turbulence, dans l'étude des orbites planétaires, des galaxies et des amas de galaxies. Sur lafigure composée de quatre arbresfiliformes on peut voir, en une série progressive, une modélisation des poumons. L'arbre indiqué par tend à remplir un rectangle et n'est pas difficile à comprendre. Le deuxième arbre n'occupe pas tout le rectangle. A, l'arbre devient plus épais ; ses branches laissent entre elles de grands vides inoccupés. Sur la dernière image, un arbre asymétrique épaissifigurele schéma de l'appareil respiratoire principal ; l'arbre remplit un espace en général rectangulaire bien que les extrémités de ses branches et même l'écorce du tronc soient loin de remplir toute la place disponible. A travers cette progression, le rapport largeur/hauteur va de yfï. à une fraction de cette valeur. La thèse de B. Mandelbrot est élaborée d'une façon intéressante dans Les objets fractals : forme, hasard et dimension (Paris, Flammarion, 1975) et dans Fractals: Form, chance and dimension (San Francisco, Calif., W. H. Freemen, 1977). L'auteur est actuellement fellow au T. J. Watson Research Center, IBM, Yorktown Heights NY (États-Unis d'amérique). B. Mandelbrot ; reproduit avec l'aimable autorisation de La recherche et de Michelle Dehocky.

6 Vol. 29, n 3, juillet-septembre 1979 La recherche et les objectifs sociaux La science au service de l'humanité Besoins de l'homme, objectifs de la société et priorité en matière de recherche A. Petrovski, R. I. Khaïrov Présentation 199 André Danzin La science et la technique nous mènent-elles vers un nouveau style de développement? 209 Djermen M. Gvishiani Le progrès scientifique et technique et les objectifs sociaux de la science 219 L'évaluation de l'impact de la technologie 227 Ubiratan D'Ambrosio Le transfert du savoir et les universités : un dilemme de politique 233 Geneviève Benezra Problèmes d'orientation de la recherche universitaire 241 Nguyên Khac Viên La révolution scientifique et technique dans la République socialiste du Viet Nam 251 Yona Friedman Recherche et éducation directe 257 George Armstrong Une maison autonome dans un climat tempéré 263 Edgar J. DaSilva Un réseau biologique pour la sauvegarde des ressources invisibles de la nature 273 Joel A. Snow La recherche énergétique : perspectives à long terme 277 Ignacy Malecki Science et besoins intellectuels 287 Créativité, labeur et longévité 295 Lettres 297 Appel aux lecteurs Nous serons heureux de publier des lettres contenant des avis motivés favorables ou non sur tout article publié dans impact ou présentant les vues des signataires sur les sujets traités dans notre revue. Prière d'adresser toute correspondance à : Rédacteur, impact : science et société, Unesco, 7, place de Fontenoy, Paris (France). Unesco ISSN

7 Avis aux lecteurs impact : science et société est publié régulièrement en anglais par l'unesco. La revue est aussi publiée en espagnol par la Oficina de Educación Iberoamericana, Ciudad Universitaria, Madrid 3 (Espagne). Al 'ilmu wa-almujtama' est publié en arabe par le Centre de publications de l'unesco au Caire (Unesco Publications Centre in Cairo), 1 Talaat Harb Street, Tahrir Square, Le Caire (Egypte). Les lecteurs désireux de s'abonner à impact dans l'une de ces langues peuvent entrer en contact directement avec ces bureaux. L'autorisation de reproduire des extraits de cette revue et de les utiliser dans l'enseignement pour des cours et des travaux pratiques est subordonnée à la condition a) que les extraits reproduits ne fassent l'objet d'aucune transaction (vente ou autre) à desfinscommerciales, b) qu'il soit fait mention de l'unesco en tant que titulaire du droit d'auteur.

8 Besoins de l'homme, objectifs de la société et priorité en matière de recherche La quête d'un nouvel ordre économique international marque le début d'une nouvelle étape de la coopération internationale, dont l'objectiffinalest l'amélioration des conditions de vie dans les pays en développement. Elle suppose un réaménagement des priorités mondiales qui devrait lui-même avoir des répercussions sur la recherche scientifique et sa gestion à long terme. Les changements prévisibles ne seront pas uniquement d'ordre économique. Il faudra envisager la science et ses applications potentielles dans une perspective nouvelle, qui donne à la recherche la possibilité de mieux répondre à la fois aux besoins immédiats et à ceux d'un avenir plus ou moins éloigné. C'est dans ce cadre que l'unesco a lancé son programme Recherche et besoins de l'homme. Un premier séminaire d'experts représentant différents domaines de la recherche et différentes cultures a été organisé à Venise (Italie) en décembre Les participants ont abordé les aspects conceptuel, philosophique et méthodologique du programme. Le principal objectif du programme est l'examen des rapports entre la recherche scientifique et les besoins de l'homme, l'accent étant mis tout particulièrement sur la promotion de la coopération internationale et sur la réorientation des efforts et des priorités en matière de recherche. On espère ainsi mieux répondre aux besoins de l'homme, en particulier dans les pays en développement. Les responsables du programme suivent de près les travaux de recherche orientée dans les domaines où ils contribuent le plus vraisemblablement, et d'une manière non négligeable, à la satisfaction des besoins actuels et futurs de l'homme. Les États membres et la communauté scientifique se fondent sur les résultats de ces travaux pour déterminer les secteurs prioritaires de la recherche et de la coopération. Le programme vise également à faciliter l'accès des institutions nationales au fonds commun des connaissances mondiales. impact : science et société, vol. 29 (1979% n 3 I97

9 Plusieurs institutions de premier plan participent au projet Recherche et besoins de l'homme, notamment la Fédération internationale des instituts d'études avancées (IFIAS) ; le Commissariat national à l'informatique (Algérie) ; la Fondation Bariloche (Argentine) ; la Faculté des sciences de l'université de Yaounde (République-Unie du Cameroun) ; l'institut de recherche d'informatique et d'automatique, IRIA (France) ; l'institut Tata de recherche fondamentale (Inde) ; le Conseil national italien de la recherche ; l'institut polonais de la recherche technologique de base, rattaché à l'académie des sciences de Pologne ; la Faculté des sciences de l'université de Dakar (Sénégal) ; le Centro Latino-Americano de Economia Humana (Uruguay) ; l'institut pour l'étude des systèmes de l'union des républiques socialistes soviétiques ; PInstituto Venezolano de Investigaciones Científicas ; l'institut national de la recherche scientifique (Zaïre) ; le Conseil international des unions scientifiques (CIUS) ; le Comité sur la science et la technique dans les pays en développement (COSTED) ; la Fédération mondiale des travailleurs scientifiques (FMTS). Ces institutions collaborent dans le cadre de groupes régionaux ou sont associées à des groupes de travail particuliers, qui s'occupent, par exemple, de la mise en place d'un système d'information et de banques de données sur les rapports entre la recherche et les besoins de l'homme, des méthodes applicables en la matière et des tendances de la recherche dans ce domaine. Le premier rapport semestriel sur les priorités et tendances en matière de recherche en relation avec les besoins de l'homme ainsi qu'un répertoire et une bibliographie sur la recherche et les besoins de l'homme peuvent être obtenus à l'unesco, SC/SER, 7, place de Fontenoy, Paris (France). NOTE DE LA RÉDACTION. Les lecteurs intéressés peuvent se tenir informés, par l'intermédiaire de la presse écrite et des moyens de communication audio-visuels, des débats de la Conférence des Nations Unies pour la science et la technique au service du développement. Cette importante réunion a lieu à Vienne (Autriche) du 13 au 31 août et coïncide avec la parution du présent numéro à'impact : science et société. 198 Besoins de l'homme, objectifs de la société et priorité en matière de recherche

10 Présentation Vers la synthèse d'une étude de la valeur sociale de la science Stanisîav Albertovitch Petrovski et Roustam Ibraguimovitch Khaïrov sont, respectivement, économiste et ingénieur en radioélectronique. Tous deux sont docteurs es sciences philosophiques et ils exposent une synthèse des méthodes des sciences humaines et des méthodes dites formelles afin de pouvoir faire une analyse approfondie de l'utilité sociale des sciences exactes et naturel Les lecteurs intéressés peuvent entrer en contact avec les auteurs de cet editorial à l'adresse suivante : VNII Systemrúkh Issledovanii, Ulitsa Rileeva 29, Moskva (Union des républiques socialistes soviétiques). Le statut social de la science dans la société contemporaine, d'une part, et la gravité des problèmes auxquels l'humanité est aujourd'hui confrontée, d'autre part, rendent imperative l'élaboration d'une politique scientifique et technique adéquate et cohérente, et cela non seulement dans le cadre des pays mais aussi sur le plan international. L'étroite corrélation entre la science et le développement de la société fait qu'il est important defixer des objectifs à la science, de choisir les voies de son développement, de définir les priorités et les hiérarchies dans les problèmes scientifiques à résoudre, d'évaluer le meilleur rapport à instaurer entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée et de contrôler les conséquences sociales de l'application des découvertes scientifiques et techniques. L'organisation du programme de l'unesco intitulé Recherche et besoins de l'homme représente une tentative courageuse pour envisager globalement ces questions. Le programme présuppose une solution commune à plusieurs problèmes fondamentaux, liée notamment à l'étude des problèmes philosophiques et méthodologiques soulevés par le développement de la science. Le programme présuppose également une élaboration du concept de «besoins de impact : science et société, vol. 29 (1979)1 n 3 I99

11 l'homme» en tant que système dynamique et complexe dont le développement et le contenu sont déterminés par tout un ensemble de conditions sociales propres à la vie des hommes. Une autre tâche fondamentale est la comparaison de modèles mondiaux en vue de définir les problèmes critiques auxquels l'humanité doit faire face. L'étude d'autres modes de développement qui tiennent compte des ressources de la société humaine permettra de se faire une idée des possibilités et des contraintes à long terme en ce qui concerne la satisfaction des besoins de l'homme. Il faut aussi mettre au point une mémode d'évaluation complète et globale du niveau réel de développement des pays et des régions, en construisant un système d'indicateurs socio-économiques appropriés et en utilisant des banques de données. Enfin, une tâche essentielle est, selon nous, d'élaborer des moyens systémiques d'évaluation des recherches scientifiques du point de vue des besoins humains et de créer un mécanisme international permanent pour produire et corriger périodiquement ce type d'évaluation. La mise en place d'un tel mécanisme permettrait de fournir aux États membres de l'organisation des Nations Unies les informations adéquates pour une meilleure définition des priorités en matière de recherche scientifique et une meilleure concentration des ressources utilisées pour résoudre les problèmes les plus importants. Il est tout à fait clair que les tâches formulées par le projet Recherche et besoins de l'homme sont de nature très complexe. Les problèmes que soulève leur exécution sont variés et multiformes. Nous voudrions n'aborder ici que certains aspects méthodologiques de ces problèmes qui nous semblent, d'une part, essentiels et, d'autre part, caractéristiques, dans une large mesure, du stade actuel de développement de l'analyse systémique, de plus en plus souvent utilisée pour étudier les processus sociaux. Complexité de l'évaluation La nature des aspects qui nous intéressent ressort de manière suffisamment nette d'un des objectifs essentiels du projet, à savoir l'évaluation de l'importance relative des recherches scientifiques et de leurs résultats du point de vue des besoins de l'homme. L'humanité a de tous temps, d'une manière ou d'une autre, résolu ce problème en sefiant au bon sens, 200 Présentation

12 à l'expérience et à l'intuition, c'est-à-dire à des méthodes d'analyse concrètes (non formelles) courantes. Mais on ressent actuellement de manière de plus en plus aiguë l'insuffisance des modes traditionnels de résolution de ces problèmes. L'élargissement de l'activité scientifique a en effet pour conséquence d'accroître sans cesse le nombre des travaux et, corrélativement, celui des résultats scientifiques réels ou potentiels, etil est de plus en plus difficile d'évaluer l'importance relative des recherches et de leurs résultats. Des difficultés analogues naissent des processus convergents qui se déroulent aux deux pôles de la dyade «recherches / besoins». L'évolution de la société contemporaine est caractérisée par un développement rapide des besoins sociaux. Corrélativement, l'évaluation de chaque recherche ou résultat doit toujours faire intervenir le nombre sans cesse croissant des besoins humains. Parallèlement, la contribution de la science à la satisfaction des besoins de la société est aujourd'hui de plus en plus médiatisée. D'une façon générale, tout un monde d'activités collectives ramifiées s'insère entre les acquis scientifiques et la sphère de la consommation. Les résultats scientifiques s'appliquent directement à tels ou tels secteurs concrets de l'activité humaine qui interagissent de façon complexe, fournissant des produits et des services divers destinés à la consommation humaine. L'évaluation de l'importance pratique d'un résultat scientifique passe par l'analyse des besoins que ce résultat contribue à satisfaire et du degré de satisfaction obtenu. Il s'ensuit une situation qu'un grand nombre de précédents très divers rend familière : l'objet systémique devient de plus en plus difficile à saisir par les méthodes traditionnelles de l'analyse non formelle. Il faut reconnaître que les grands modèles formels constitués à l'aide de puissants moyens de calcul sont tout aussi impuissants à résoudre le problème. L'un des mérites incontestables de ces modèles est leur capacité de représenter par des structures formelles directement accessibles à l'intelligence des systèmes relativement complexes qui font intervenir une grande quantité d'éléments et de corrélations. La liaison établie entre ces structures formelles par le calculateur électronique offre au chercheur un modèle commode du système qui l'intéresse et de plus lui permet de réaliser une étude non seulement théorique, mais aussi, dans un. certain sens, expérimentale, du comportement du modèle Présentation 2or

13 et de la réalité qu'il recouvre. Il est clair que cette possibilité est essentielle pour étudier les phénomènes sociaux dont la complexité ne permet généralement pas une expérimentation directe. Quelques défauts de l'analyse formelle Tous ces aspects séduisants et d'autres encore des méthodes d'analyse purement formelles expliquent le penchant quasi instinctif à y rechercher les moyens de résoudre le problème dont nous nous occupons ici. D y a néanmoins un inconvénient : d'autres caractéristiques de ces modèles formels, qui semblent leur être liées de façon organique, conduisent à émettre des doutes sérieux quant à la validité de ces modèles. Une des caractéristiques du problème de l'évaluation des recherches scientifiques du point de vue de la satisfaction des besoins humains est qu'il y a, dans les phénomènes sociaux étudiés, quantité de facteurs qualitatifs difficilement structurables. Il ne s'agit évidemment pas d'affirmer que les modèles formels sont incapables de reproduire les aspects qualitatifs de la réalité sociale, mais il faut reconnaître que les efforts accomplis dans ce sens se heurtent à des difficultés fondamentales quand on passe à l'examen d'aspects qualitatifs de nature relativement fine et complexe. La difficulté de quantifier des caractères qualitatifs et la complexité des liaisons fonctionnelles qui les unissent rendent pour le moins problématiques les résultats de la représentation de ces aspects de la réalité sociale dans les modèles formels courants. Un autre défaut de l'analyse purement formelle est constitué par l'invariabilité structurelle des modèles formels. En principe, ces modèles reposent sur des données statistiques objectives. Mais les statistiques en question peuvent être insuffisamment représentatives des tendances prévisibles pour l'avenir. De telles situations apparaissent au seuil ou dans les premières phases des profondes mutations structurelles d'ordre qualitatif intervenant dans le champ d'expérience, lorsque les tendances futures ne font que se dessiner et ne sont pas encore fidèlement représentées dans les données statistiques mémorisées. Cette situation comporte le risque réel de voir le modèle formel, qui a absorbé la logique des statistiques et qui prolonge simplement dans le 202 Présentation

14 futur des structures antérieures, incapable de saisir les modifications qui se font jour. Or nous sommes fondés à penser que la société contemporaine se trouve à la veille d'une période de grands changements. Il est clair en effet que les problèmes mondiaux dont on débat largement à l'heure actuelle constitueront inéluctablement de puissants générateurs de réformes structurelles. On pourrait poursuivre la liste des contraintes que présente l'analyse purement formelle du problème qui nous occupe. Mais il nous semble plus important de souligner que le fait d'évaluer l'importance relative des recherches du point de vue des besoins humains est de plus en plus caractéristique du temps présent. L'accroissement d'échelle et de complexité des recherches sociales prévisionnelles soulève de plus en plus de problèmes systémiques complexes où les facteurs humains, de formalisation malaisée, ne relèvent plus d'une quelconque périphérie de la recherche scientifique (on pourrait alors soit les ignorer, soit les traiter de façon très rudimentaire) mais ont dans une large mesure un rôle central à jouer au sein des processus étudiés. Et, corrélativement, on ressent alors de façon de plus en plus aiguë l'inadéquation des méthodes d'analyse purement condensées comme des méthodes purement formelles. Dans ces conditions, il est naturel que naisse et se renforce le sentiment qu'à de nouvelles tâches doivent correspondre des méthodes fondamentalement nouvelles. Trouver une solution L'examen de la situation conduit à prendre en considération l'important fait suivant : les mérites et les défauts respectifs des méthodes d'analyse formelles et non formelles présentent une telle symétrie qu'elles semblent se compléter. Ainsi, l'inaptitude de la pensée non formelle à manier un grand nombre d'éléments interdépendants et une grande quantité de variantes est compensée par le haut niveau de systématisation des méthodes formelles. Inversement, aux possibilités limitées de représentation des facteurs qualitatifs dans des structures formelles correspondent une grande aisance et une grande souplesse dans la résolution du problème par la pensée non formelle. L'incapacité de la pensée non formelle à travailler sur des modèles explicites et permettant une expérimentation commode et une étude théorique Présentation 203

15 rigoureuse est compensée par les qualités bien connues des méthodes formelles d'analyse à cet égard. La même symétrie se retrouve dans l'invariabilité structurelle qui caractérise les modèles formels (la pensée non formelle est moins dépendante de cette limitation), dans leur vulnérabilité à l'insuffisance de données statistiques (l'analyse non formelle est beaucoup moins sensible à cette insuffisance) ainsi que sur bien d'autres points : essentiels. La solution pourrait être la synthèse organique des méthodes d'analyse formelles et non formelles, une synthèse qui permettrait une complémentarité des points forts et l'annulation des défauts spécifiques de chacune de ces deux approches profondément différentes et présentant en même temps une corrélation étroite. Dans l'évaluation des recherches du point de vue des besoins humains, la nécessité d'une pareille synthèse est dictée, notamment, par le besoin objectif de résoudre les problèmes scientifiques sans les dissocier du milieu social, en tenant compte des objectifs sociaux à long terme, des valeurs et des normes sociales, en somme du contexte social le plus large possible. Le processus de détermination des nouveaux objectifs et l'évolution des valeurs et des normes constituent l'un des domaines des sciences humaines les plus complexes et les moins étudiés. Les principaux critères et orientations qui déterminent tant la direction que les formes du développement des sphères les plus importantes de l'activité sociale la science, l'art, la production, par exemple ne peuvent bien entendu être fixés que par des hommes, en suivant un processus mental extrêmement complexe, qui dépasse de beaucoup en envergure les possibilités de l'explication formelle. Voir de plus en plus loin Le programme Recherche et besoins de l'homme a pour objectif fondamental de réaliser une fonction d'intégration dans le domaine du progrès scientifique et technique, plus précisément une fonction qui intègre les facteurs d'authenticité et de valeur dans le développement des connaissances scientifiques. Les principes de la science commandent la recherche de la vérité. Mais le développement de la société humaine est inconcevable en dehors des catégories éternelles 204 Présentation

16 de l'être humain : les catégories du bien et du mal. La réunion de la connaissance pure et de l'appréhension de sa valeur morale est un acte profondément humain. Une des tâches du programme est de créer des structures organisationnelles et méthodologiques permettant d'expliciter la fonction d'intégration dont il a été question plus. haut. IL ne s'agit cependant en aucune façon de remplacer un processus profondément humain; par/un.assemblage de techniques formalisées. ".... L'introduction des facteurs non formalisés dans le problème qui nous occupe procède de la nécessité de recourir largement aux techniques spécialisées pour obtenir des évaluations prévisionnelles. Il est clair que l'évaluation de l'importance relative des recherches ou des résultats comporte une phase prévisionnelle importante. Les résultats des recherches menées actuellement ne seront disponibles que dans un avenir. plus ou moins lointain. Un certain temps s'écoulera avant que les résultats obtenus aient des applications pratiques et qu'ils servent alors, et alors seulement, à satisfaire certains besoins humains qui sont également à venir. Parallèlement, tous ces aspects du futur qui servent de point de départ à une tentative d'évaluation du présent tendent à s'éloigner de nous dans le temps car les hommes veulent regarder, de plus en plus loin devant eux. Il existe à l'heure actuelle un grand nombre de méthodes de prévision du développement scientifique et technique et de ses effets sur la production et sur les besoins. Mais le rôle dominant revient, dans cette diversité, aux méthodes fondées sur des évaluations d'experts. Ce sont les experts qui, avec leurs méthodes d'analyse dans une large mesure non formelles, donnent leurs fondements aux évaluations prévisionnelles concernant les orientations et les résultats possibles des recherches scientifiques, les délais d'obtention de ces résultats et de leur application à la production ainsi que le degré dé conformité de l'effet obtenu à l'éventail des besoins humains. L'analyse de réseaux de problèmes... Il est évident que les observations que nous venons de faire ne visent pas à diminuer le rôle et l'importance des méthodes formelles d'analyse. Ces considérations n'ont pour but que Présentation 205

17 de souligner encore une fois l'impossibilité fondamentale de dissocier l'élément humain, c'est-à-dire non formel, de problèmes sociaux relativement complexes, et d'illustrer ainsi la nécessité d'une synthèse des méthodes d'analyse formelles et non formelles. / "...-:.." Bien entendu, la réalisation pratique de cette : synthèse constitue en elle-même un problème très compliqué, dont la solution ne peut: être trouvée qu'à:l'issue;de longues recherches, de tentatives nombreuses et variées et d'études systématiques. La recherche des principes méthodologiques d'une telle synthèse a déjà.commencé et se poursuit de façon très intensive dans le cadre des travaux et des études auxquels on a donné le nom générique de modélisation globale. L'élaboration de scénarios, l'évaluation par les experts des paramètres des modèles, les techniques de dialogue mises en oeuvre dans l'expérimentation de modèles, l'interprétation concrète des résultats fournis par ces derniers constituent autant d'exemples de ce type de recherche. Nous n'avons pas l'intention de traiter plus en détail de cette direction de recherche, qui a déjà fait l'objet de développements suffisamment nombreux, er nous nous arrêterons seulement sur une méthodologie relativement nouvelle appelée analyse de réseaux de problèmes et susceptible, selon nous, de présenter un grand intérêt pour plusieurs tâches du projet Recherche et besoins de l'homme. Cette méthode permet une analyse fonctionnelle à plusieurs variantes de problèmes liés qui. peuvent avoir un caractère quantitatif ou qualitatif. Elle repose sur les principes de la relation homme/machine et prend la forme de dialogues entre l'ordinateur et un groupe d'experts sur les problèmes étudiés. Les experts commencent par ' construire un réseau où sont inscrits tous les problèmes à étudier et toutes les liaisons entre ces problèmes.-le terme de problème prend alors un sens assez large. Il peut ', concerner des aspects de la réalité fort différents. Aucune limitation n'est imposée à la nature de ces aspects. Il peut s'agir aussi bien d'aspects qualitatifs que d'aspects quantitatifs, qui peuvent se rattacher aux domaines économique, socio-politique, démographique, scientifique et technique, etc. Le terme peut désigner des systèmes, des phénomènes, des indices, des tendances, des facteurs, des objectifs, des valeurs ou des normes, en un mot tout ce qui doit figurer dans l'analyse systémique en tant qu'élément déterminant ou dépendant et peut être 206 Présentation

18 réalisé dabs une situation parmi plusieurs*. Les dépendances fonctionnelles inscrites dans le réseau peuvent être également très variables : il peut s'agir de liaisons rigides ou de toutes les formes de dépendance plus lâches. Il est essentiel de noter ici que le réseau peut comporter des contraintes cycliques de nature arbitraire.... et la suite de l'opération Après la constitution du réseau, toute l'information stockée dans ce réseau est introduite dans l'ordinateur qui, appliquant un certain nombre de principes du métamodèle, construit un modèle concret correspondant aux problèmes considérés. A u cours de ce processus de modélisation, l'ordinateur analyse le réseau, détermine les autres informations dont il a besoin et sort les demandes correspondantes. Toutes les questions ont la m ê m e structure. Elles contiennent une liste des états possibles pour tel ou tel problème et la description de l'une des variantes possibles pour les conditions qui déterminent ce problème. La réponse consiste dans la plupart des cas en une évaluation du degré de possibilité des états du problème avec les conditions fixées. Cette évaluation peut être obtenue soit en s'adressant au spécialiste, soit à l'aide de telle ou telle méthode formelle (modèle formel), soit par des méthodes combinées, à la fois formelles et non formelles, quand les résultats d'une erreur de calcul du modèle formel servent de données de départ, corrigées par les experts en tenant compte de tels ou tels facteurs qu'ils estiment insuffisamment représentés dans le modèle. Lorsqu'il dispose des informations requises, l'ordinateur procède à la modélisation proprement dite, analyse le modèle et délivre les résultats. Des résultats sont formulés pour chaque problème figurant dans le réseau et reflètent la totalité des interactions fonctionnelles entre les éléments du réseau et un grand nombre de conditions possibles. Après obtention des résultats, la machine peut analyser la sensibilité du modèle, déterminer, parmi les questions qui ont été posées, celles qui sont particulièrement importantes, les répéter, recevoir des réponses plus précises et, sur la base * La liste montre, entre autres, que l'utilisation du terme «problème» dans le cadre de l'analyse des réseaux est purement conventionnelle. Présentation 207

19 de ces réponses, obtenir des résultats eux aussi plus précis concernant tous les problèmes du réseau. A la fin de ce cycle d'opérations, toutes les informations intermédiaires et résultantes passent dans la mémoire de l'ordinateur. Stanislav A. PETROVSKI Roustam I. KHAÏROV Bibliographie KHAÏROV, R. Système des techniques d'experts dans l'élaboration de modèles mondiaux de développement. Dans : Les indicateurs sociaux et culturels dans les modèles de développement mondial et régional. Moscou, Éditions de l'institut des problèmes de gestion, PETROVSKI, S. La prévision globale en économie et dans les relations internationales. Dans : La prévision dans les réseaux de problèmes (fascicule 1), Moscou, Recherche et besoins de l'homme. Document de la réunion d'experts de l'unesco, Paris, Présentation

20 La science et la technique nous mènent-elles vers un nouveau style de développement? André Danzin Uauteur passe en revue quelques raisons d'adopter un nouveau modèle de développement national qui renoncerait au type classique de production intérieure brute. Introduction Le xix e siècle s'est achevé sur le triomphe de l'idée de progrès. La science et la technique promettaient au monde un heureux avenir ; l'homme, maître de son destin, pouvait choisir ses objectifs et planifier la route du succès à condition de trouver une solution à certains problèmes internes à la société, qu'une analyse lucide serait capable d'identifier et qu'une volonté politique tenace pourrait résoudre. Nous sommes loin,. aujourd'hui, de ce triomphalisme, bien que l'évolution technique se soit poursuivie très au-delà des limites de ce qu'un cerveau librement inventif comme celui de Jules Verne pouvait imaginer. L'homme a marché sur la Lune, ses sondes spatiales explorent Mars et Vénus ; l'hygiène et la médecine préventive ont doublé l'espérance de vie; l'énergie fournie par le gaz et l'électricité, mais aussi le son, l'image.et, demain, l'information écrite ou imprimée, sont distribués à longue distance dans des centaines de raillions de foyers. La puissance nucléaire pourrait déplacer les montagnes et creuser les vallées ; les profondeurs des océans. livrent non seulement leurs secrets,, mais aussi leurs richesses. Cependant l'avenir reste plus que jamais chargé d'inconnues et l'homme commence à se préoccuper de l'insuffisance de certaines ressources naturelles qu'il avait coutume de croire inépuisables. La fin du siècle sera dominée par cette menace d'insuffisances. Insuffisance des capitaux disponibles pour les investissements de développement, insuffisance des offres de travail engendrant les désordres physiques et moraux du chômage, menace de disettes alimentaires, mais surtout pénurie d'énergie. L'énergie est à la fois la clé de voûte et le support de la civilisation industrielle. L'énergie se transforme en aliments grâce aux engrais et à la mécanisation de l'agriculture, en travail grâce au mouvement des machines et en matières premières rares car tout existe sur la Terre en éléments dispersés. Encore faut-il dépenser beaucoup d'énergie pour concentrer les minerais pauvres et produire des transformations chimiques. Nous sortons d'une période de facilité où tout était rendu simple par l'abondance de l'énergie fossile et par les progrès de la technique. C'est pourquoi l'homme a réussi une prodigieuse expansion de sa démographie et de sa puissance individuelle. Nous entrons dans une époque plus. difficile où l'humanité va retrouver une bonne part des contraintes qu'elle a connues au cours de sa longue histoire mais qu'elle va devoir affronter dans des conditions toutes nouvelles. En premier lieu, elle devra prendre impact : science et société, vol. 29 (1979), n» 3 209

21 André Danzin Ancien élève de l'école Polytechnique et de l'école supérieure d'électricité (France), routeur a consacré les vingt premières années de sa carrière à la recherche industrielle en matière d'électronique. Nommé directeur général de la CSF en 1966, vice-président et directeur général de la Thomson-CSF en 1967, et président de la Société financière pour l'informatique en 1969, André Danzin est, depuis 1972, directeur de VInstitut de recherche d'informatique et d'automatique (IRIA). Membre du Club de Rome, l'auteur a été vice-président du Comité consultatif de la recherche scientifique (France). Il est actuellement président du Comité européen de la recherche et du développement (Commission des communautés européennes) et président du Comité européen de liaison Research and Human Needs. Adresse : IRIA, Domaine de Voluceau-Roquencourt, boîte postale 105, 7^5 Le Chesnay (France). en charge le poids d'une population extraordinairement accrue. En second lieu, elle devra sauvegarder tout ce qui, dans les récentes acquisitions technologiques, est nécessaire à la survie économique et à de nouvelles adaptations. Une grande partie de l'opinion publique conserve sa confiance dans les hommes de science pour qu'ils aident l'humanité à franchir l'obstacle. La science est-elle démunie, saturée, dévoyée ou contient-elle encore les réserves d'idées et de moyens qui seraient nécessaires à la bonne adaptation aux circonstances nouvelles auxquelles nous sommes confrontés? Telles sont les questions auxquelles chaque scientifique devrait, en conscience, essayer de répondre. Peut-on décrire l'évolution probable? L'avenir reste. chargé d'imprévu, : mais il peut être en quelque sorte «sondé» grâce aux modèles mathématiques qui ont été construits afin de tenir compte des données essentielles de notre futur développement. Le projet Interfutur, dirigé par Jacques Lesourne pour le compte de l'organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), a permis de comparer entre eux ces modèles et d'estimer leur validité. Une hypothèse de base est commune à tous ces essais de représentation de notre prochaine évolution : tous sont construits en vue d'éviter les catastrophes de grande envergure. Ils ne font donc intervenir ni grandes famines dues à un accident climatique, ni épidémies généralisées dues à un virus inconnu, ni guerre mondiale opposant les très grandes puissances ; ce qui n'exclut pas les accidents ni les conflits localisés. Et ce sont en effet les grands maux auxquels il faut échapper par une judicieuse politique d'adaptation. '. : ; - - : La synthèse des conclusions relatives aux prévisions annoncées par les différents m o dèles disponibles n'a guère plus de chances d'être conforme à l'événement que l'une des meilleures hypothèses proposées mais on peut admettre que les variations autour de cette conclusion moyenne ne seront pas d'ampleur excessive. En nous appuyant plus particulièrement sur le scénario X de l'ouvrage de Wassily Leontief, The future of the world economy, et en simplifiant beaucoup les résultats pour en faciliter la discussion, nous pouvons; agréger le monde en trois parts distinctes : les pays aujourd'hui industrialisés ; les zones géographiques appelées, par leurs richesses naturelles ou par l'habileté de leurs populations, à un décollage économique ; les zones trop intrinsèquement pauvres pour participer à la croissance. Bien entendu, ce classement simplifie abusivement la réalité. Il existe des zones de quasi-sous-développement dans les pays industrialisés et des îlots derichesse dans les pays pauvres mais, au regard des phénomènes d'insuffisance de ressources globales que pourra rencontrer le monde, ces correc- 210 André Danzin

22 TABLEAU I. Hypothèse de croissance entre 1975 et Région, Population vers 1975 Total de la PIB vers 1975 Hypothèse. de croissance Population - vers 2000 Total de la PIB vers 2000 Pays industrialises (Canada, États-Unis, Japon, URSS, Europe) Pays ou zones en décollage économique (Brésil, Chine, Mexique ; Sud- Est asiatique ; paysdel'opep; autres) Reste du monde (Inde, Pakistan; \. Afrique ; autres). :. TOTAL 1,07 x io 9. '. 1,2 X IO 9 1,73 X io 9 4 x io 9 $ 4,8 X IO 12 (soit en moyenne $4500 par habitant paran) $ 6 x io" (soit en moyenne $ 500 par habitant par an) $ 5 x io 11 (soit en moyenne $290 par habitant paran) $5 900 xi o 12 PIB croissant entre 2,0 et 2,5 % par an PIB croissant aux environs 1,2 X IO 9 1,8 X IO 9 de 7 % l'an (soit environ 5 % par habitant) Croissance de la PIB -1., un peu supérieure à la croissance démographique. - 6 x io 9 3,0 X IO 9 t8xio" (soit en moyenne $6700 par habitant par an) $ 3 X io 12 (soit en moyenne S par habitant par an) $ 10 x io 12 (soit en moyenne Í330 par. habitant par an) $ 12 x io 12 a. Ce tableau n'est pas une prévision. Son seul objet est de permettre de mesurer l'effort à entreprendre si certains objectifs de croissance, que l'on peut imaginer aujourd'hui comme intermédiaires entre le souhaitable et le possible, étaient respectés. Sources. Population d'après les statistiques et prévisions des Nations Unies ; PIB pour 1975 selon un rapport de Maurice Guernier au Club de Rome. tifs essentiels pour certains individus ou certains groupes humains peuvent être négligés. L'hypothèse relative à l'an 2000 qui est décrite dans le tableau 1 appelle les commentaires suivants : En ce qui concerne la démographie, les prévisions sont entachées d'une erreur relativement très faible en raison des inerties propres aux phénomènes de population. En matière de croissance de la PIB, nous avons admis que l'ensemble du mécanisme de développement était fonction du dynamisme des pays industrialisés. Nous reviendrons ultérieurement sur cette question. Or on n'imagine pas, aujourd'hui, que ce dynamisme soit maintenu si la croissance de la PIB est inférieure à 2 ou 2,5 % par an. C'est pourquoi nous avons retenu, en première analyse, cette hypothèse. La croissance des zones en «décollage économique» a été prise comme voisine de 7 % l'an. C'est peu relativement aux aspirations des populations, au niveau moyen de départ et au résultat car, à la fin du siècle, le pouvoir d'achat d'un homme de ces pays sera en moyenne à peine supérieur au tiers du pouvoir économique d'un habitant moyen des pays industrialisés en Quant aux plus pauvres, devenus trois milliards, ils restent à peu près aussi d é m u nis, pris individuellement, bien qu'on admette que la PIB globale des zones qu'ils habitent aura doublé en vingt-cinq ans. La science et la technique nous mènent-elles vers un nouveau style de développement? 211

23 Quels sont les efforts à accomplir? Ce scénario, dégradé par rapport au scénario X de Leontief, peu satisfaisant au regard de la correction des inégalités, conduit cependant au doublement de la PIB mondiale en vingt-cinq ans. Cela signifie qu'entre 1975 et 2000 l'humanité aura réussi à mettre en exploitation autant de mines nouvelles, à construire autant de maisons, à ouvrir autant d'écoles et d'hôpitaux, à installer autant de nouvelles usines qu'il en existait en En ce qui concerne l'énergie, Robert Lattes 1 a calculé qu'à une croissance moyenne de 3,5 % l'an qui conduirait à un doublement approximatif de la PIB en vingt-cinq ans correspondrait une consommation cumulée d'énergie voisine de 250 milliards de TEP 2, à la condition qu'on réussisse à économiser 20 % de l'énergie qui a été nécessaire, jusqu'ici, pour atteindre les performances connues concernant le volume de la PIB. On sait en effet qu'en moyenne, entre 1950 et 1975, la consommation d'énergie a connu une croissance parallèle à celle de la PIB. L'hypothèse de Robert Lattes est donc à la fois ambitieuse et optimiste puisqu'il suppose qu'on obtiendra une bonification de 20 % correspondant au succès d'une politique volontariste d'économies d'énergie. Ce besoin prévisionnel de 250 milliards de TEP pour la période doit être rapproché du volume consommé au cours de la période , lequel s'est élevé à 100 milliards de TEP. Si la croissance devait continuer au même rythme entre 2000 et 2025 et la poussée démographique inévitable semblerait y contraindre c'est au moins 400 milliards de TEP qu'il faudrait consommer au cours du premier quart du prochain siècle en admettant que de nouveaux progrès soient réalisés dans le rapport PIB/énergie. On touche là à des limites physiques qui expriment des insuffisances probables avec lesquelles nous commençons à nous mesurer. Pour le moyen terme, toujours d'après Robert Lattes, les 250 milliards de TEP ne sont pas complètement hors de portée. Si nous réussissons à développer très rapidement le nucléaire et le charbon, si nous aménageons certains sites des continents africain, asiatique et sud-américain où existent encore des potentiels considérables d'hydraulicité inexploitée, si nous savons faire un usage amélioré des gisements de gaz et profiter de l'appoint, limité mais non négligeable, que pourraient apporter l'énergie solaire et la géothermie, alors la marge d'insuffisance pourrait être presque acceptable, réduite à un manque de 10 à 15 % du pétrole nécessaire ; cela serait peut-être générateur de crises mineures mais non destructives. C'est là un vaste programme de recherche, de développement et d'investissements. Si l'on avait analysé les trois autres facteurs d'insuffisance les plus probables : offres de travail afin de limiter le chômage à des niveaux acceptables, besoins en capitaux pour les investissements industriels et les équipements d'intérêt public, ou encore ressources alimentaires, on aurait mis en évidence le danger d'impasses semblables. L'homme d'aujourd'hui n'est pas encore acculé aux limites de la croissance mais il ne lui reste plus beaucoup d'années, peut-être quinze, peut-être trente, pour «inventer une nouvelle croissance». C'est ce qu'a voulu dire le Club de Rome en proclamant qu'on entrait dans une phase où seule une «solidarité de survie» pourrait éviter les crises très graves. Que peut faire la recherche scientifique et technique? Avant d'examiner en quoi la recherche scientifique et technique pourrait être utilisée comme une thérapeutique au profit du développement, il faut remarquer, que la science et la technique sont aujourd'hui l'apanage des pays industrialisés où vivent plus de 96% des chercheurs et des ingénieurs. Le reste des personnels scientifiques 212 André Danzin

24 installés dans les pays en développement, souvent de qualité d'ailleurs remarquable j constituent une frange marginale: dont les relations sont essentiellement tournées vers leurs collègues des pays les plus avancés. Mobiliser la science et la technique revient donc à demander aux plus riches de proposer les moyens du développement des plus pauvres, ce qui n'est pas sans poser de multiples problèmes, notamment au regard d'une émancipation vraiment libre des pays les moins nantis et du critère de réciprocité qui devrait s'établir entre le Sud et le Nord. Une fois encore il semble que le Nord proposera au Sud ses solutions, en quelque sorte en sens unique. Sans aller plus avant dans la réflexion sur ce qui précède, demandons-nous comment la recherche pourrait être utilisée comme outil de développement des pays en décollage économique et des autres pays. Il convient ici de bien distinguer trois formes d'action assez radicalement séparées : l'accumulation des connaissances en vue de comprendre et d'expliquer ; la mobilisation des connaissances disponibles en vue de procurer de nouveaux outils de développement ; la poursuite de la transformation des conditions économiques et sociales par l'innovation technologique. La science au service de l'apprentissage L'un des obstacles majeurs à un progrès dans la mise à l'étude des solutions que demande la situation actuelle du monde est le refus de regarder la réalité en face, le refus de comprendre et, lorsque l'on comprend, le refus d'admettre les conséquences de cette compréhension. Les plus riches sont dérangés dans l'illusion de leur confort ; les plus pauvres préfèrent des explications idéologiques et les faux espoirs qu'elles engendrent. D'autre part, la société n'est pas construite pour tenir compte des préoccupations à long terme. Ce qui se produira dans plus de cinq ans n'intéresse qu'au second degré le parlementaire préoccupé de sa prochaine élection ou le chef d'entreprise responsable de son bilan defin d'année. Or il faut plus de quinze ans pour mettre eh exploitation, sur une grande échelle, une nouvelle source d'énergie, irriguer, fertiliser et planter une zone aride ou former les cadres nécessaires à l'industrialisation d'un pays de tradition agraire. La connaissance accumulée par une recherche scientifique et technique qui serait appliquée à décrire la situation actuelle de l'humanité et ses tendances profondes d'évolution, ses «faits porteurs d'avenir», est le seul instrument dont nous disposons pour que pénètre dans les consciences ce sentiment qu'il devient nécessaire de construire une solidarité de survie. Les outils principaux sont disponibles et il ne faut pas rejeter avec légèreté les tentatives d'analyse systémique qui conduisent à la construction de modèles socio-économiques. Il faut, bien entendu, savoir que ces modèles sont imparfaits, qu'ils sont l'image de la subjectivité de leurs constructeurs et que l'apparente magie de leur puissance de prévision demande à être équilibrée par un solide sens critique. Mais ce sont d'excellents outils pour poser des questions. Or aujourd'hui il est plus important de savoir poser, au bon moment, les problèmes pertinents que de savoir les résoudre ; la difficulté n'est pas tellement de savoir quoi faire en présence d'un obstacle clairement identifié mais d'identifier les obstacles en leur assignant un rang utile de priorité. Les imperfections de ces modèles ont été assez souvent signalées pour qu'il soit inutile d'y revenir. Indiquons, cependant, que notre principale indigence réside dans notre incapacité à traduire en données quantifiées la plupart des situations socio-économiques 3, à imaginer et à décrire certaines phases de discontinuité ou de rupture (crises, invention d'une nouvelle technologie, etc.). Nous restons en outre toujours très démunis en manière d'indicateurs de la qualité de la vie. Il y a là, pour la recherche pluridisciplinaire, aux confins des mathématiques, de La science et la technique nous mènent-elles vers un nouveau style de développement? 213

25 l'informatique et des sciences dites sociales et humaines, une quantité considérable d'objectifs dont il conviendrait d'assurer rapidement les moyens de les atteindre. A titre d'exemple de réalisations remarquables dans ce domaine, il faut revenir sur le projet Interfutur de l'ocde et sur la mise en place de l'équipe F A S T (Forecasting and Assessment for Science and Technology) par la Commission des communautés européennes, sans oublier, bien entendu, le groupe de réflexion Recherche et besoins de l'homme, créé à l'initiative de l'unesco. Les connaissances scientifiques. au service du développement Un stock considérable de connaissances scientifiques et techniques vient d'être accumulé au cours des cent dernières années. Il s'agirait de mobiliser ces connaissances au service des besoins identifiés comme étant fondamentaux pour l'homme d'aujourd'hui. Sans prétendre en rien qu'il constitue la priorité majeure, l'objectif des énergies de remplacement est évidemment l'un des plus importants. L'énergie solaire est typique d'une application pour laquelle un effort volontariste continu et systématique, situé presque uniquement dans la recherche appliquée et dans le développement, procurerait des résultats bénéfiques pour une bonne part de l'humanité, spécialement pour les habitants des zones tropicales par ailleurs si déshéritées. On pourrait citer beaucoup d'autres exemples semblables en agronomie, en industrie agro-alimentaire, en mise en valeur desrichessesdes océans, dans le domaine des matériaux composites. Jusqu'ici la recherche appliquée a pris relativement peu en compte les besoins spécifiques des pays en développement. C'est un handicap mais aussi un avantage. Une spécialité technique peu défrichée est généralement riche de potentialité. Compte tenu des urgences trouver des solutions en quinze à vingt ans il est désespéré de croire que les pays en développement pourront créer eux-mêmes cette recherche appliquée à des besoins qui leur sont spécifiques. C'est donc seulement si les pays riches, dans une optique de solidarité de survie, y engagent leurs efforts que des progrès pourront être faits. Cela suppose que les pays industrialisés seront capables de prélever sur leurs surplus les moyens financiers et humains nécessaires. Une décision aussi contraire à l'égoïsme naturel des hommes implique que soient remplies au moins deux conditions nécessaires : qu'il subsiste assez derichesses pour que le prélèvement soit acceptable ; que l'apprentissage des exigences de sacrifices imposés par la situation actuelle du monde soit effectué au niveau d'une large partie de l'opinion publique. Cependant, remarquons au passage que toutes nos tentatives d'applications volontaristes des connaissances scientifiques et techniques disponibles sont motivées par notre souci de poursuivre la même voie de développement que par le passé. Vers quel avenir la science nous entraîne-t-elle? Dans les deux attitudes précédentes, nous avons souhaité l'intervention de la recherche scientifique et technique comme l'instrument d'une politique du rationnel et de la conduite d'un destin. La démarche scientifique y est conçue successivement comme un mécanisme d'apprentissage puis, par la recherche appliquée, comme un outil propre à résoudre des problèmes de besoins. Dans toutes ces considérations, la recherche fondamentale ne joue presque aucun rôle, ses résultats étant considérés comme précédemment acquis. Avec la recherche de base, nous faisons entrer en scène l'irrationnel et nous devons nous interroger sur la question de savoir si là n'est pas le phénomène le plus important. La recherche fondamentale est celle qui est menée pour la joie, de connaître, pour 214 André Danzin

26 guérir l'angoisse de l'incompréhension, pour accroître la puissance de communiquer le savoir par l'enseignement. Elle est la manifestation de ce mouvement profond de l'homme qui, toujours, veut se dépasser, aller au-delà de ses limites, explorer l'inconnu. La recherche de base n'a aucune finalité économique directe ; le voudrait-elle qu'elle ne parviendrait pas à identifier ses objectifs car les applications sont trop lointaines ou suivent des voies d'accès vers l'innovation concrète trop complexes. Mais c'est à partir de ses résultats que sont engendrés et se nourrissent les changements. C'est pourquoi l'on doit considérer la recherche scientifique fondamentale comme l'un des instruments principaux des mutations sociales qui, dans la construction de notre environnement, ont aujourd'hui relayé les mutations génétiques. On peut en effet extrapoler l'observation de l'histoire de la biosphère et remarquer avec Jacques Ruffié que l'évolution a été caractérisée par la poussée constante de la complexité et du psychisme. Comme le suggère Hugues de Jouvenel, cette évolution continue mais elle est devenue le fait de l'homme. Toutefois, la recherche ne suffirait pas à donner aux mutations un niveau d'action significatif; elle construit le terrain d'accueil et favorise les rencontres de connaissances qui engendrent les inventions de produits ou de concepts nouveaux. Mais, pour que l'invention devienne innovation répandue sur une grande échelle, il faut qu'intervienne une promotion qu'on appelle développement et dont la phase la plus sensible dans la société industrialisée est l'essai-sélection par le marché. Si le produit ou le procédé nouveau survit à cette épreuve il connaît une généralisation de ses applications qui peuvent agir comme des éléments modificateurs des conditions économiques et sociales. Au cours des quarante, dernières années, le moteur de ces essais-sélections a été constitué par la politique d'armement et par la conquête spatiale. D'immenses moyens financiers ont été consacrés à ces objectifs de prestige ou de puissance. Paradoxalement, on doit à ces efforts, orientés vers des buts à priori bien particuliers, un prodigieux développement des technologies qui favorisent la communication entre les hommes et les systèmes d'interdépendance : aéronautique, électronique, informatique, télécommunications. Ainsi, sans que personne l'ait véritablement voulu, ni même souhaité, les mutations techniques ont continué à favoriser la poussée de la complexité et du psychisme. Un réseau de transport et de transmission de messages a tissé des liens de solidarité entre les différents continents, donnant à chacun de leurs habitants une sorte de don d'ubiquité ; la complexité des interactions économiques et sociales s'est considérablement accrue; la croissance du psychisme s'est opérée sous une forme non plus individuelle mais collective. Quels seront les vecteurs de l'innovation? On est tenté d'évoquer André Malraux : «Le troisième millénaire sera celui de l'esprit ou il ne sera pas.» Comment ne pas voir, en effet, que, concurremment à la réussite du modèle de croissance de la consommation desrichessesmatérielles sur lequel on pourrait croire fixés les pays industrialisés, sont nés, quasi spontanément, les instruments d'une société de la communication, d'une civilisation de l'esprit où les valeurs sociales pourraient être radicalement nouvelles? L'homme, ayant joué à l'apprenti sorcier, a la bonne fortune de se retrouver en présence d'un choix surprenant : ou bien la pénurie prochaine de ressources et (probablement) la bombe atomique ; ou bien la construction d'une interdépendance dont les objectifs principaux seraient liés au développement de la culture et de la spiritualité. Bien entendu, l'émergence de l'esprit ne s'accomplira pas sans heurts ni surprises mais le mouvement des innovations technologiques qu'on peut prévoir pour les trente années à venir continuera vraisemblablement La science et la technique nous mènent-elles vers un nouveau style de développement? 215

27 d'agir dans la direction de la croissance des moyens de communication et d'interdépendance. Rien ne paraît de nature à arrêter l'effort de recherche et de développement àfinalitémilitaire mais les orientations principales de ces recherches sont connues. En dehors de l'effort de «miniaturisation nucléaire», elles continueront à s'appliquer principalement à la propulsion, à l'optique, à l'électronique, à l'intelligence artificielle, au logiciel tous instruments du progrès en technique des communications. Quant à l'espace, ses applications intéressent également les progrès dans la maîtrise des systèmes d'observation complexes (météorologie, télédétection) et, d'autre part, les transmissions de données, la radiodiffusion et la télévision. Mais l'espace et l'armement ne seront pas les seuls vecteurs de l'innovation. La guerre économique opposera peut-être pour longtemps, avec une violence non disciplinée, les pays industrialisés entre eux, l'est à l'ouest et le Nord au Sud. On peut considérer comme très probable que les nations les plus riches chercheront à compenser leur infériorité démographique par la permanence de leur supériorité technique, ce qui suppose une progression constante. Les concurrences seront particulièrement vives dans le domaine de la division internationale du travail. Il s'agira, pour les États-Unis d'amérique, l'europe et le Japon, de compenser par de nouveaux gains de productivité le handicap du coût de leur main-d'œuvre par rapport aux prix et aux conditions de travail dans les zones en décollage économique. Pour l'europe et le Japon, en particulier, il s'agira de conserver une matière d'échange avec les pays détenteurs des richesses primaires dont ils sont dépourvus. O n peut donc s'attendre à u n large développement des micro-processeurs et des capteurs dans les applications qu'on appelle la robotique (industrie) et la bureautique (services) en m ê m e temps que se généraliseront les applications des systèmes de télécourrier, de télé-conférence, de télé-reprographie, les réseaux d'ordinateurs et les applications civiles des télécommunications spatiales. Cette poussée de la productivité conduira à la nécessité de réduire le temps de travail au moins au niveau des productions de masse, qu'elles soient de nature industrielle ou de service. Cela permettra de remplir la deuxième condition nécessaire à une «civilisation'de l'esprit» : suffisamment de temps libre pour la culturej l'autoperfectionnement et Pautoproduction. Une réponse possible Il existe, dans les stocks de connaissances qui se sont récemment constitués grâce à l'effort de recherche scientifique fondamentale, d'autres faits porteurs d'avenir. Leur caractéristique principale est qu'ils quittent, pour la plupart, le domaine de la physique pour aller vers les techniques de rechange : biologie, théorie de l'information, rencontres pluridisciplinaires de l'informatique et des sciences humaines et sociales. L'application des découvertes en biologie moléculaire et en génétique fondamentale appelle probablement des transformations des activités industrielles, la création de nouveaux produits, et des conséquences sociales comparables, en importance, à ce que la physique des quanta, la mécanique ondulatoire et la relativité d'einstein ont déclenché avec la naissance des industries électroniques et nucléaires 4. Quant aux sciences humaines (philosophie, psychologie, sociologie, histoire et beaucoup d'autres disciplines), qui ont tenu le devant de la scène pendant des siècles, beaucoup de signes annoncent leur retour en force car leur progression correspond aujourd'hui à de nouveaux besoins des sociétés humaines. Leur intervention s'amplifiera grâce aux nouveaux outils fournis par les techniques de la communication. Je crois donc qu'on peut répondre affirmativement à la question suivante : la science nous entraîne-t-elle vers un développement de caractère inconnu? Oui, la science et 216 André Danzin

28 l'usage qui en sera fait par les hommes dans leurs luttes pour la conquête de toutes les formes de pouvoir nous entraînent vers un nouveau modèle de développement dans lequel la performance ne se mesurera plus par la progression de la PIB ni de l'énergie consommée, mais par la quantité des informations échangées entre les hommes et par la qualité de leurs communications. À cette forme de croissance, il n'y a pas de limites d'ordre physique. C'est pourquoi je crois faux de dire qu'il n'y a plus de progrès possible et que nous sommes condamnés à la croissance zéro. Mais ce dont il s'agit, c'est d'un transfert fondamental du point d'application de nos efforts. Le pouvoir ne sera plus tellement confondu avec la puissance matérielle et la propriété ; il se situera dans le contrôle du traitement et de la transmission des informations. Ainsi l'homme saura qu'il est, avant tout, «fait pour l'esprit» et, s'il en était ainsi, la Terre pourrait probablement nourrir, vêtir, loger et éduquer io milliards d'êtres humains. Cette prévision n'annonce en rien l'âge d'or. Il est probable que les luttes pour la nouvelle forme du pouvoir l'information seront tout aussi acharnées que par le passé mais, au moins, ne nous conduirontelles pas inexorablement vers les grandes catastrophes matérielles ; un esprit optimiste pourrait même rêver d'une société du bienêtre et de l'amour, d'une civilisation des aménités. La transition est-elle possible? Si l'on résume ce qui vient d'être dit, plusieurs forces sembleraient se manifester audelà des efforts volontaristes de l'homme pour conduire l'évolution : L'apparition d'insuffisances, notamment en ressources d'énergie fossile mais aussi, probablement, en disponibilité des capitaux nécessaires à une.croissance constante des volumes de consommation ; ce sont là des forces négatives. L'action de deux familles de force positive ; l'une émane de l'explosion des techniques. de l'information, l'autre provient de la disponibilité du temps rendu libre par les gains prodigieux de productivité qui (après l'agriculture) sont en train d'atteindre les domaines de l'industrie et des services.. Tout se passe comme si frein et accélérateur se conjuguaient pour nous conduire vers une civilisation de la complexité et de la c o m m u nication qui fournirait un nouveau modèle de développement pour rhumanité, probablement extensible à l'ensemble du monde, alors que la civilisation de la PIB n'est vraisemblablement pas généralisable. Mais aujourd'hui nous sommes dans la confusion du régime transitoire et personne n'imagine ce que sera le nouveau palier de (relative) stabilité. Dans ce qui précède, nous n'avons pas fait d'hypothèse sur la capacité des pays pauvres à fournir par eux-mêmes une réponse aux problèmes qui leur sont posés. Ce n'est pas de gaieté de cœur que nous éliminons cette solution mais nous sommes contraints de constater objectivement que les pays en développement agissent comme s'ils étaient fascinés par les réussites apparentes de la civilisation occidentale ; ils s'efforcent d'en reconstituer chez eux l'ensemble des moyens notamment l'industrialisation sur une grande échelle, considérée comme un signe d'accès à la puissance. Aucune force ne pourra empêcher ceux qui se croient en retard d'imiter ceux qu'ils regardent comme étant en avance. Je pense qu'il faut attacher une importance capitale à cette affirmation que j'extrais d'un rapport d'étude de Jean Saint-Geours, Michel Courrier et Maurice Guernier au Club de Rome 5. «C'est en partant d'euxmêmes, soulignent-ils, c'est en travaillant sur eux-mêmes que les pays industrialisés, appliquant leur volonté à mener une politique d'adaptation à long terme, contribueront à la naissance d'un nouvel ordre.» C'est à cette condition que la transition peut probablement s'accomplir sans dégâts irréparables. La science et la technique nous mènent-elles vers un nouveau style de développement? 217

29 La transition se fera-t-elle dans le délai très court dont nous disposons encore pour éviter les crises profondes? C'est affaire d'apprentissage et de volonté de la part des décideurs, à condition que l'opinion publique s'associe aux sacrifices apparents indispensables et l'on doit ici répéter les paroles d'arnold Toynbee : «La situation s'analyse comme une course de vitesse entre l'éducation et la catastrophe.» A cet égard, il ne faut pas nécessairement considérer comme négatives les crises qui secouent nos économies ou nos équilibres politiques : c'est le prix à payer pour l'apprentissage de la «solidarité de survie». Conclusion en forme de vœux En conclusion, je voudrais formuler trois vœux concernant les programmes de recherche scientifique et technique : ï. Qu'une attention suffisante soit accordée par les gouvernements et les organisations internationales : a) à l'étude de la situation réelle du monde et à sa description, grâce à l'application des conclusions que permettent de dégager l'analyse de sys- teme et la modélisation mathématique ; b) à la critique, par des groupes de réflexion composés de personnalités compétentes venues d'horizons différents, des résultats fournis par les modèles. 2. Que les programmes de recherche et de développement des pays industrialisés tiennent compte des besoins spécifiques des pays en voie d'industrialisation et qu'à l'occasion de ces travaux soient formés des cadres de développement pour les pays en cours de décollage économique. 3. Que des financements appropriés permettent à des groupes d'étude de faire preuve d'imagination afin de proposer de nouveaux modèles de société compatibles avec une humanité riche de 10 milliards d'hommes en travaillant notamment sur la transformation des valeurs intellectuelles, spirituelles et morales des pays les plus riches. A l'unesco, le petit groupe de réflexion Recherche et besoins de l'homme pourrait constituer le noyau d'une animation et d'une coordination des efforts menés partout dans le monde pour la résolution de ces problèmes fondamentaux. Notes. r. Membre du Club de Rome. 2. TEP = tonne équivalent pétrole. 3. Un récent colloque, organisé par l'institut de recherche d'informatique et d'automatique (TRIA) et l'institut européen d'études supérieures et de recherches en management de Bruxelles, a réuni à Paris, pour le compte de l'unesco, une quarantaine de spécialistes internationaux qui ont traité du problème Modélisation mathématique des données socio-économiques. 4. Cf. «Einstein's unfinished revolution», dans la rubrique Business de The Economist, vol. 270, n 7071, 10 mars «Les pays industriels et le nouvel ordre économique mondial», rapport, juin André Danzin

30 Le progrès scientifique et technique et les objectifs sociaux de la science Djennen M. Gvishiani Un eminent spécialiste soviétique en politique de la recherche décrit les moyens propres à améliorer la qualité sociale aussi bien que Vefficacité de la recherche scientifique et technique. Il évoque l'utilité de l'approche systémique et de la modélisation. Le développement de la science, sa signification et son rôle dans le monde actuel ont été maintes fois évoqués ces dernières décennies. Toutefois, le problème du choix des orientations scientifiques est apparu il y a relativement peu de temps. A la première étape de la révolution scientifique et technique, le processus même de croissance dynamique, la quantité des découvertes et des résultats scientifiques ainsi que l'élargissement de leur champ d'application pratique, la naissance, enfin, de nouveaux organismes de recherche semblaient constituer le but du développement scientifique et technique. Ce n'est que plus tard qu'il apparut clairement que le progrès scientifique était un processus équivoque et que les découvertes de la science pouvaient être négatives, voire néfastes, pour l'humanité : ainsi, par exemple, de la course effrénée aux armements ou de la pollution de l'environnement. A l'ère d'insouciance, pourrait-on dire, du développement scientifique et technique a succédé une période placée sous le signe de la contradiction, tout particulièrement en ce qui concerne l'attitude de la société face aux conséquences de ce développement. La société s'est mise à réfléchir aux buts et aux moyens du développement de la science, au rythme et aux formes de son financement et aux critères d'appréciation du rendement de l'activité scientifique. C'est à ce moment-là que dans nombre de pays d'europe occidentale et d'amérique sont apparus des opposants au progrès scientifique et qu'est né le courant dit antiscientiste, qui proclame son refus de toute forme de développement scientifique et technique. Les arguments des antiscientistes contre le développement forcé de la science et de la technique se ramènent essentiellement à l'affirmation qu'une telle croissance conduirait inéluctablement à mettre en péril l'existence même de l'humanité. La science introduit des problèmes nouveaux dans la vie quotidienne de l'homme et n'arrive pas à répondre aux besoins les plus immédiats ; elle est incapable d'instaurer une communication véritable ne fût-ce qu'à l'intérieur de disciplines scientifiques concrètes. En outre, elle exerce une influence négative sur le développement de la connaissance, en engendrant une conception purement mécaniste du monde et en réduisant la réalité au quantitatif et au mesurable. La science, entend-on dire, ne contribue pas à résoudre les problèmes sociaux essentiels et la recherche a souvent des buts militaires ; on cite également le coût élevé du développement technique. Telles sont les accusations les plus importantes formulées à l'encontre de la science. impact : science et société, vol» 29 (1979), n" 3 219

31 Djermen Mikhailovitch Gvishiani Originaire de Géorgie (URSS), l'auteur est docteur en philosophie et titulaire d'un doctorat en économie (décerné par l'école supérieure d'économie de Prague). M. Gvishiani est également l'auteur de 300 autres travaux et son œuvre a été publiée dans les différentes langues de l'union soviétique et dans plus de trente langues étrangères. Membre correspondant de l'académie des sciences de l'urss, il est également membre de l'académie royale suédoise des sciences de l'ingénieur, de l'académie internationale de gestion, de l'association internationale et de l'association savant. américaine de management. liest Nous actuellement l'un des vice-présidents du Comité d'état de l'urss pour la science et la technique. Pour toute correspondance écrire à : Akademikou D. M. Gvishiani, Zam. Predsedatelia G.K. po N.T., Oui. Gorkogo 11, Moskva-Tsentr (Union des républiques socialistes soviétiques). Humaniser la science et gérer le développement Les défenseurs de la science répondent à cela que la science est seule à pouvoir sortir la société occidentale de la crise qu'elle traverse et résoudre les problèmes sociaux et économiques fondamentaux. Ainsi, la période actuelle peut-elle être caractérisée par l'existence d'un large éventail d'opinions et de positions différentes au sein de la société, parmi lesquelles on peut dégager, avec Victor Weisskopf, celle des «pragmatistes», qui préfèrent voir la science s'orienter vers des objectifs utilitaires et des applications pratiques, celle des antiscientistes, qui refusent la méthode scientifique en son principe même et appellent à une réduction du rôle de la science, celle, enfin, des «technocrates optimistes», convaincus que la science peut résoudre tous les problèmes de l'humanité. En même temps, en Occident, un certain nombre de scientifiques réalistes avancent des propositions visant à l'humanisation de la science et au perfectionnement des moyens propres à mettre ses résultats au service de l'homme, plutôt que de les utiliser pour sa perte. La plupart recommandent d'élargir la diffusion de l'information sur les résultats des recherches scientifiques et leurs conséquences possibles et de renforcer les rapports entre les scientifiques et les hommes politiques, dont dépendent les décisions concernant l'utilisation des résultats de la science et de la technique ; ils suggèrent aussi que la communauté scientifique se préoccupe plus activement d'élaborer une éthique du sommes aujourd'hui les témoins d'une nouvelle étape dans l'évolution des idées sur le développement de la science. Cette étape est marquée, dans une large mesure, par la concentration des efforts des chercheurs et des milieux scientifiques'sur les problèmes de gestion de la politique scientifique et technique, et sur l'élaboration d'objectifs humanistes clairs et précis pour le développement de la science. Il est indispensable de distinguer, dans le progrès scientifique et technique, deux types d'orientation et de développement. Le premier donne la priorité à l'utilisation toujours croissante des ressources naturelles, ce qui permet une réduction des coûts unitaires (économies d'échelle), sans modification importante de la technologie de leur mise en œuvre dans le circuit économique. Le second est orienté vers l'exploration de nouvelles richesses naturelles plus diversifiées ; il crée pour plus tard des possibilités complémentaires de développement économique. Dans la pratique, ces deux types de développement se trouvent intimement mêlés, et il n'est pas toujours possible de les distinguer l'un de l'autre. Cependant, il est clair que prédominait naguère le premier type de développement de caractère extensif avec en revanche un certain désintérêt pour les méthodes d'exploration intensive des 220 Djermen M. Gvishiani

32 richesses de la nature. Une telle forme de dé* veloppement s'est tout naturellement inscrite dans la culture technologique des pays capitalistes développés qui, utilisant des formes d'exploitation néo-colonialistes, ont accumulé la plus grande partie de la «rente naturelle» des pays en développement. Les - dépenses élevées en matières premières et en énergie nécessaires à la production consommées par les pays capitalistes développés sont devenues, pour eux, une norme ; dans le même temps, les technologies visant à ménager les ressources naturelles et à économiser l'énergie étaient considérées comme non rentables et non compétitives. Dans ces conditions, il n'est guère possible de parler d'une période de matières premières et d'énergie bon marché, période qui se serait achevée avec la crise de l'énergie survenue en En fait, il s'est achevé une période où le monde paraissait pratiquement illimité quant au développement de l'économie existante et au potentiel de ressources naturelles susceptibles d'être utilisées dans le circuit économique ; en même temps a pris fin la prédominance du développement scientifique et technique de type extensif. L'influence sur la révolution scientifique contemporaine La période suivante, qui verra Phumanité créer les conditions nécessaires à l'extension permanente desrichessesnaturelles susceptibles d'une utilisation économique, est encore à venir. Pour passer à ce type de développement, il sera nécessaire de procéder à une analyse plus sérieuse des processus économiques à long terme et de tenir compte des solutions à adopter tant pour les problèmes actuels que pour les questions qui peuvent se poser dans l'avenir. En d'autres termes, les conséquences prévisibles des mesures adoptées dans le moment présent deviennent plus largement connues, alors que les possibilités de rectifier les déséquilibres au jour le jour diminuent.. C'est pour cette raison que, tout en reconnaissant le caractère en principe illimité du progrès scientifique et technique, nous demandons à un système économique et social progressiste qu'il ne se fonde pas làdessus au niveau des solutions concrètes. En effet, ce caractère illimité du progrès ne se manifeste pas d'une façon arbitraire mais uniquement à la condition que la société reconnaisse les limites des ressources naturelles pour un niveau déterminé de leur mise en œuvre dans le circuit économique et sache élaborer une stratégie de développement à long terme susceptible d'assurer un équilibre raisonnable entre les deux types de progrès scientifique et technique précédemment mentionnés. C'est pourquoi il apparaît urgent, à l'heure actuelle, d'élaborer un système de gestion du développement scientifique fondé sur la connaissance des lois réelles du développement social. Or il est possible d'affirmer dès aujourd'hui qu'on assiste précisément à la formation des conditions sociales nécessaires et suffisantes pour assurer le succès de cette entreprise. Il peut être opportun d'examiner ici plus en détail les particularités de l'étape actuelle du progrès scientifique et technique, ses caractéristiques et ses tendances fondamentales. L'avènement de cette étape n'est pas le fait du hasard : de même que tout autre processus socio-économique, il est déterminé par l'apparition des conditions. objectives correspondantes. Le progrès scientifique et technique est déterminé par le niveau du développement socio-économique de la société et, en même temps, il a sur lui, à chacune de ses étapes, une influence grandissante. L'étape actuelle est avant tout le résultat de deux facteurs. Les dimensions sociales et globales La transformation de la science en une force directement productive, c'est-à-dire le changement révolutionnaire survenu dans la base matérielle et technique de la production Le progrès scientifique et technique et les objectifs sociaux de la science 221

33 sociale, dans son contenu et dans sa forme, dans la nature du travail et dans la division sociale du travail, élargit sensiblement les fonctions sociales de la science. Le développement actuel de la science et de la technique ne doit pas être considéré comme un simple bond en avant des forces productives de la société mais comme un processus spécifique qui, en se réalisant au moyen de mutations scientifiques et techniques, ne se borne pas à exercer une influence sur les éléments constitutifs de l'organisme social (en transformant la nature des relations réciproques au sein de la société, en renforçant les éléments rationnels objecr tivisés), mais modèle directement, d'une certaine façon, ces éléments constitutifs. L e progrès scientifique et technique modifie Hans une large mesure les rapports de l'homme avec la nature ; c'est pourquoi il est particulièrement important de prendre conscience qu'il faut éviter une rupture de l'équilibre écologique. Tel est le premier facteur de l'évolution actuelle ; il demande une gestion consciente de la science, une gestion qui soit délibérément orientée vers un développement social et économique progressif.. Mais la gestion du développement scientifique et technique s'impose plus nettement encore depuis dix ans, avec l'apparition des problèmes mondiaux. Ces problèmes se caractérisent par leur échelle. De façon directe ou indirecte, ils affectent les destinées de l'ensemble de l'humanité, ce qui exclut de les résoudre dans le cadre d'un seul ou de quelques pays, et nécessitent la coordination de vastes actions internationales. Le deuxième trait distinctif des problèmes mondiaux est leur extrême complexité et le fait qu'ils font intervenir un grand nombre de facteurs différents naturels, techniques, économiques, politiques, culturels. Cela signifie que les problèmes de ce type doivent faire l'objet d'une analyse complexe et systématique qui tienne compte des interférences et des interactions, et qui implique une approche largement interdisciplinaire et la collaboration de représentants des sciences sociales, exactes, naturelles et techniques. Les problèmes mondiaux se distinguent également par leur urgence, encore aggravée par l'accélération de tous les grands processus scientifiques, techniques et sociaux ; il faut donc prendre sans attendre des mesures pour déterminer leur nature et élaborer des solutions non seulement sur le plan théorique, mais aussi sur le plan pratique. L'ordre social et l'environnement Actuellement, on peut distinguer parmi les problèmes mondiaux à long terme deux grandes catégories. En premier lieu, toutes les questions ayant trait à la transformation des relations internationales et, avant tout, la prévention de la menace d'une nouvelle guerre mondiale, l'arrêt de la course aux armements, le développement de la coopération internationale sur la base de la coexistence pacifique entre États ayant des systèmes sociaux différents, la restructuration des relations économiques internationales dans le but, notamment, de combler le retard des pays en développement. En deuxième lieu, l'ensemble des problèmes que posent l'optimisation des interactions de l'homme et de la nature et la satisfaction des besoins croissants en produits alimentaires, en matières premières, en énergie, du fait de l'augmentation de la population de la planète. Cet ensemble inclut également les problèmes démographiques, les problèmes de protection du milieu naturel contre la pollution, de préservation du régime des eaux et de l'atmosphère, la lune contre les maladies pernicieuses les plus largement répandues et la protection de la santé des générations actuelles et futures contre les conséquences négatives que risque d'avoir le progrès scientifique et technique 1. Cependant, il est indispensable de souligner une fois encore que, dans les conditions actuelles, alors que les contacts entre les pays et les peuples ont atteint une ampleur jamais égalée et du fait qu'il existe, 222 Djermen M. Gvishiani

34 en même temps, une multitude de tensions et de contradictions internationales, la normalisation des relations internationales constitue à elle seule un problème mondial des plus importants, tout en étant la condition sine qua non d'une solution des autres problèmes. L'assainissement du climat international et la consolidation de la détente en tant que processus irréversible se trouvent au centre des problèmes du monde contemporain. La question de l'arrêt de la course aux armements se pose dans toute sa gravité. En effet, en cas d'accroissement de la tension militaire et de déclenchement d'une guerre thermonucléaire, toutes considérations sur les autres problèmes mondiaux deviennent inutiles. Pour le présent comme pour l'avenir de l'humanité entière, il n'est pas d'objectif plus important que l'arrêt de la course aux armements et le passage à un désarmement véritable. Faute de quoi les pertes irréparables en ressources matérielles et spirituelles iront en s'accroissant et il sera impossible de trouver une solution réaliste aux autres problèmes mondiaux. Conditions sociales et méthode systémique Ainsi la transformation de la science en une force directement productive dans la société actuelle, l'apparition de problèmes de caractère mondial exigeant une solution immé diate et un certain nombre d'autres facteurs posent de façon pressante la question d'une politique scientifique et technique systématique et cohérente, non pas à l'échelle des pays, mais coordonnée sur le plan international. Nous avons déjà eu l'occasion de souligner qu'on assistait actuellement à la formation d'un certain nombre de conditions sociales permettant d'amorcer l'élaboration d'une solution aux problèmes d'une gestion efficace du développement scientifique et technique. Il s'agit, en premier lieu, de l'accroissement du potentiel social et des possibilités internes de la science en tant qu'institution sociale. Le renforcement rapide de l'équipement technique, le nombre des cadres scientifiques formés et l'organisation rationnelle de l'effort de recherche permettent de penser que la science moderne peut atteindre ce à quoi la science «classique» ne pouvait prétendre, à savoir : l'élaboration simultanée de modèles scientifiques «alternatifs», la réalisation d'approches scientifiques différentes et la mise en évidence, pour chacune d'entre elles, des conséquences sociales possibles ; le choix, enfin, de celle qui répond le mieux aux valeurs humanistes de notre temps. La deuxième prémisse est l'apparition, de moyens nouveaux à la disposition de l'homme et l'élaboration d'une méthodologie adéquate, adaptée aux problèmes actuels, en particulier la mise au point de l'instrument d'investigation scientifique qu'est l'approche systémique. Cette méthode, qui combine la coordination et l'intégration de divers aspects des sciences humaines, exactes,, naturelles et techniques, tend à mettre en. évidence le plus grand nombre possible d'interactions et de corrélations dans les problèmes, en utilisant aussi bien des moyens formels d'investigation (logique, mathématiques) que des méthodes de réflexion non formelles. L'approche systémique des phénomènes naturels et sociaux est orientée vers l'analyse des différents aspects et corrélations des conséquences sociales du développement scientifique et technique ; s'appuyant sur les principes méthodologiques du contrôle des systèmes complexes, elle permet de dresser un tableau complet des interférences de la révolution scientifique et technique et du développement de la société et sert d'instrument pratique pour, optimiser.la conduite des processus de la révolution scientifique et technique au service de l'homme. L'utilité de la modélisation L'un des moyens les mieux adaptés à l'étude des processus mondiaux du développement Le progrès scientifique et technique et les objectifs sociaux de la science 223

35 social et de leur conduite s'avère être l'élaboration - de modèles. Cette méthode est souvent un moyen universel d'analyse des systèmes complexes, dont l'étude directe est difficile sinon impossible. La constitution de modèles facilite la compréhension de ces problèmes, qu'elle permet d'appréhender en tant que systèmes, dans leur intégrité et leur totalité ; elle concourt à l'unification des concepts et des procédures méthodiques de recherche. Dans l'intégration du travail des chercheurs et la concentration des ressources matérielles et humaines de la société nécessaires pour résoudre les grands problèmes de notre temps, les organisations internationales de recherche scientifique tiennent une large part. On peut citer, à titre d'exemple, l'institut international d'analyse appliquée des systèmes (Vienne) fondé en 1972 et qui s'emploie, de concert avec des organisations telles que l'organisation mondiale de la santé, l'agence internationale de l'énergie atomique, l'organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) et l'international Federation of Institutes for Advanced Studies (IFIAS), à résoudre les grands problèmes interdisciplinaires du monde contemporain, rassemble les découvertes scientifiques de nombreux pays et renforce les contacts scientifiques et techniques internationaux. Les chances d'une politique humaniste dans le domaine de la science et de la technique augmentent également du fait que les pays les plus avancés sur le plan économique peuvent se permettre d'accorder moins d'importance qu'auparavant aux critères d'évaluation purement économiques des résultats scientifiques et techniques. Cette libération progressive du carcan de la rationalité économique est indispensable pour que toutes les autres valeurs humaines puissent se réaliser, et elle s'effectue dès à présent dans les pays socialistes, où les intérêts de l'homme ont le pas sur les considérations de rentabilité économique lorsqu'il s'agit d'évaluer l'importance d'une nouveauté technique. Il est évident que, une fois acquise la possibilité de ne pas choisir obligatoirement la science et la technique les plus rentables, l'homme peut écarter sensiblement les limites des modes de développement possibles et des applications scientifiques et techniques.. Enfin, il est clair que l'élaboration et la réalisation d'une politique scientifique et technique nécessitent de profondes mutations dans les domaines scientifique, économique et social. La recherche et les besoins de l'homme L'homme constitue la valeur suprême et le but de l'histoire. A cet égard, la science et la technique ont une fonction purement instrumentale. C'est pourquoi l'objectif fondamental d'une bonne gestion du progrès scientifique et technique doit être la création de conditions favorables permettant à l'humanité de réaliser toutes ses possibilités spirituelles et physiques. U n grand nombre d'organisations internationales et d'associations scientifiques nationales préconisent déjà une orientation plus nettement humaniste de la science contemporaine, comme en témoigne le titre de la conférence prévue par l'organisation des Nations Unies sur «La science et la technique au service du développement», qui s'ouvrira à Vienne le 20 août. Une illustration éclatante de cet état de fait est l'initiative qu'a prise récemment l'unesco de lancer un projet sur «la recherche et les besoins de l'homme». Le but essentiel de ce projet est de déterminer comment les recherches scientifiques peuvent contribuer à satisfaire les besoins vitaux de l'homme, en particulier dans les pays en développement, et d'élaborer un mécanisme de coopération scientifique. internationale afin de mener à bien cette entreprise généreuse. Les participants au projet porteront leur effort sur des problèmes comme l'élaboration d'une méthodologie d'analyse systé- 224 Djermen M. Gvishiani

36 mique du développement de la science, la recherche des principes méthodologiques et des variantes possibles dans la constitution de systèmes de valeurs normatifs selon les groupes sociaux, les cultures et les régions, l'élaboration d'une conception intégrée et opérationnelle des besoins, l'analyse comparative des modèles mondiaux du point de vue des besoins de l'homme, etc. Les savants soviétiques prennent une part active dans ce travail, en ayant clairement conscience du fait que les nécessités du développement scientifique et social contemporain exigent la solution du problème d'une orientation humaniste de la science. Une coopération internationale de chercheurs et de spécialistes, si elle s'effectue de plus dans le cadre d'une organisation jouissant de l'autorité de l'unesco, est l'un des moyens les plus efficaces pour résoudre le problème mondial de «la science au service de l'homme». Telles sont les conditions essentielles qui, à l'étape actuelle du développement de la science, laissent selon nous espérer une solution des problèmes de gestion du développement scientifique et technique conforme aux idéaux humanistes de notre temps. D Note ï. On n'abordera pas dans cet article tout un ensemble de problèmes cruciaux qui affectent d'importantes régions du monde et tiennent aux caractéristiques socio-économiques du système capitaliste la faim dans le monde, le chômage, l'analphabétisme, la misère, la montée de la criminalité, etc. Le progrès scientifique et technique et les objectifs sociaux de la science 225

37 L'évaluation de l'impact de la technologie Ou comment un pays fait face aux retombées des découvertes scientifiques ou de l'innovation technologique Le Congrès des États-Unis d'amérique a créé en 1972 un office d'évaluation de la technologie (Office of Technology Assessment, OTA) semblable à celui qui a été mis en place au Japon en L'OTA a pour mission de fournir au Congrès des indications préliminaires sur les divers effets que l'application des nouvelles technologies a sur la société américaine : effets bénéfiques et néfastes, physiques et biologiques, économiques, politiques et sociaux. On attend des travaux de l'ota qu'ils se situent dans une perspective globale à long terme et qu'ils mettent à la disposition des législateurs des évaluations indépendantes, faisant autorité et «équilibrées». Une telle approche de la question donne aux membres du pouvoir législatif la possibilité de «prendre du recul par rapport aux problèmes immédiats, d'envergure relativement limitée, qui remplissent leur calendrier et de s'intéresser à ceux, plus éloignés et aussi plus généraux», qui sont souvent du ressort de plusieurs commissions parlementaires. Avant d'être mis en route, les projets de l'ota doivent être approuvés par le Conseil d'évaluation de la technologie (Technology Assessment Board), qui est composé de six sénateurs et de six membres de la Chambre des représentants. Les demandes d'étude d'impact peuvent parvenir au conseil de trois sources : les présidents de commissions parlementaires, les membres eux-mêmes du conseil et le directeur de l'ota après consultation du conseil. Jusqu'en 1979, presque toutes les demandes d'évaluation ont émané de commissions parlementaires, quelques-unes seulement provenant de membres du conseil. Un rapport publié au début de cette année fait état d'un premier effort du directeur de l'office, qui est actuellement John Gibbons, pour compléter les perspectives tracées par les commissions et par le conseil pour l'indication d'un ordre de priorité. On trouvera ci-après, reproduites sous leur page de couverture originale, la liste des priorités actuelles en matière d'évaluation de la technologie ainsi qu'une liste partielle des évaluations en cours et qu'une enumeration des évaluations achevées. Pour obtenir des renseignements supplémentaires, écrire à l'adresse suivante : Director, Office of Technology Assessment, Washington DC, (États-Unis d'amérique). impact : science et société, vol. 29 (1979), n 3 227

38 OTA PRIORITIES 1979 With Brief Descriptions and of Assessments in Progress CONGRESS OF THE UNITED STATES Office of Technology Assessment WASHINGTON. D. C

39 Priorités pour OTA (par ordre d'urgence) Incidence de la technique sur les réserves et la consommation nationales d'eau Les différentes perspectives mondiales dans le domaine alimentaire Technologies pour l'amélioration de la santé et la prévention des maladies Technologie et démographie mondiale Incidence de la technique sur le rendement des terres Incidence de la technologie sur la productivité, l'inflation et l'emploi La technique et le monde en développement : comment satisfaire les besoins essentiels de l'humanité La technologie de la paix Incidence sociale des micro-ordinateurs Les applications spatiales de la technologie études sur la préservation des matières premières L'avenir des matériels militaires Technologie et circulation des marchandises Technologie du temps et des climats Répartition mondiale des fréquences électromagnétiques Conséquences de l'accroissement de la longévité La fusion thermonucléaire contrôlée Technique et santé mentale Technologie et éducation Usage des médicaments prescrits par ordonnance Technologie de la sylviculture Techniques sanitaires et maladies du tiers monde Véhicules électriques : usages et incidences Priorités en matières de R et D sur la production alimentaire des États-Unis Technologies des matériaux de remplacement Exploitation des ressources minérales des grands fonds océaniques Efficacité de l'utilisation de l'énergie par l'industrie Technologie et satisfaction des besoins de logement L'évacuation des déchets dans les océans La technologie et les handicapés

40 Évaluations en cours Énergie, matières premières et sécurité planétaire Les différentes perspectives d'avenir dans le domaine de l'énergie Utilisation domestique de l'énergie : problème de conservation L'utilisation directe de la houille Production d'énergie solaire par satellites L'énergie tirée des processus biologiques Effets de conflits nucléaires Conséquences pour la politique étrangère des tendances mondiales de l'offre et de la demande d'énergie Transfert des technologies Influence de la technologie sur la compétitivité des industries des États-Unis Analyse des lois régissant la prospection minière sur les territoires fédéraux Gestion des ressources minérales énergétiques et non énergétiques en territoire fédéral Matériaux et énergie tirés des déchets Recyclage des métaux pour réduire les pertes dans le cycle d'utilisation des matières premières Droit de l'état fédéral en matière d'exploitation des gisements houillers Les schistes bitumineux : une étude sur un cas d'exploitation de minéraux jugés peu rentables La dépendance des États-Unis à l'égard des minéraux non énergétiques importés : possibilités et vulnérabilité Santé et sciences de la vie Rapport coût-bénéfice des techniques médicales Vaccin antipneumococcîque Informatique et qualité des services médicaux Systèmes de données sanitaires Produits pharmaceutiques et chimiques dans l'alimentation du bétail Mise en évidence dans les magasins de la date limite d'utilisation des aliments Plans de lutte contre les nuisibles Contamination des aliments par le milieu La génétique appliquée et ses conséquences Science, information et transport Implantation côtière de centrales productrices d'énergie Énergie renouvelable tirée des océans Élimination des déchets nucléaires La technique au service du développement local Innovation technologique et santé, sécurité et réglementation protectrice du milieu

41 Évaluations achevées Utilisation de la technologie solaire pour satisfaire les besoins énergétiques actuels Évaluation de la technique du transport par conduites des boues de lavage du charbon Renforcement du potentiel d'exploitation pétrolière aux États-Unis Possibilités d'exploitation du gaz des schistes dévoniens dans le bassin des Appalaches Analyse du projet de plan national de l'énergie Prolifération nucléaire et mesures de sauvegarde Examen des perspectives en matière d'environnement ( ) définies par l'agence des États-Unis pour la protection de l'environnement Analyse comparative du plan et du programme pour l'année 1976 de l'agence pour la recherche et le développement en matière d'énergie (ERDA) Analyse du plan et du programme de l'agence pour la recherche et le développement en matière d'énergie (ERDA) Analyse du budget pour 1976 de l'agence pour la recherche et le développement en matière d'énergie (ERDA) avec identification des principales questions intéressant l'agence Les différentes orientations possibles de la recherche nutritionnelle Organisation et financement de la recherche fondamentale en vue d'augmenter la production alimentaire Possibilité de classement qualitatif fédéral des produits alimentaires vendus au détail Systèmes d'information en matière d'alimentation Les nouvelles techniques de commercialisation des denrées : premier bilan Degré d'efficacité et d'innocuité des techniques médicales Implications pour la politique médicale de l'emploi du tomodensitomètre sur ordinateur Implication pour la politique médicale de la mise en place de systèmes d'information médicale Les techniques de dépistage du cancer et la saccharine Progrès des techniques médicales : possibilités d'évaluation Normalisation des dosages des produits pharmaceutiques Implication pour les procédés techniques de la pénurie chronique de matières premières Détermination de la puissance des systèmes d'information nécessaires à la prise des décisions des États-Unis dans le _ domaine des matières premières Évaluation de diverses politiques de stockage économique Sources renouvelables d'énergie océanique. Conversion de l'énergie thermique marine Transport du gaz naturel liquéfié Création d'une zone de pêche de 200 milles

42 Répercussions sur les côtes de l'exploitation de ressources énergétiques en mer Transport du pétrole par navires-citernes : étude de la pollution des mers et des mesures de protection Possibilité de pratiquer séparément prospection et production du pétrole et du gaz sur la zone extérieure du plateau continental Rôle de l'état dans le processus d'innovation Conséquences de la création d'un ministère de l'éducation sur l'activité scientifique et technologique fédérale Influence des manifestations sur la politique fédérale de recherche et de développement Applications de la recherche et du développement dans le secteur civil Évaluation de la sécurité des transports ferroviaires Automatisation du trafic ferroviaire interurbain Énergie, économie et transports en commun Examen des problèmes ferroviaires nationaux Examen des divers modes de financement fédéral de la relance des transports par rail Viabilité financière de la compagnie ConRail Transport automatisé par aérotrain : évaluation des moyens de transport interurbain rapide et de plusieurs autres systèmes de pointe Évaluation de la technologie dans les secteurs privé et public du gouvernement Note : On peut se procurer une liste des publications en s'adressant à OTA Public Affairs Office, Washington DC 20S10. Prière d'accompagner la demande d'une étiquette libellée à l'adresse du destinataire.

43 Le transfert du savoir et les universités : un dilemme de politique Ubiratan D'Ambrosio L'université est-elle indispensable au développement? Quelles sont les forces et les faiblesses du transfert de technologie? Les sociétés en développement sont-elles prêtes à acquérir un «bagage» technique plus substantiel? Un éducateur réputé d'amérique latine répond à ces trois questions d'une portée sociale décisive. Il est de plus en plus communément admis que l'une des voies qui conduisent le plus sûrement au développement est l'avancement de la science et de la technologie et que, pour être authentique, le progrès scientifique et technique des pays en développement doit s'appuyer sur le système d'enseignement. Il est aussi généralement admis que le transfert d'une technologie originaire des pays industrialisés ne peut, par lui-même, servir de base au développement et que l'exploitation de techniques parvenues à maturité doit toujours s'accompagner d'un processus tendant à susciter des technologies nouvelles. Ces observations nous conduisent tout naturellement à voir dans les universités les fondations de tout programme de développement. Généralement, le progrès technologique crée le besoin d'un surcroît de technologie, en bien des cas d'une technologie très élaborée mais possédant néanmoins des caractéristiques locales ; il donne aussi naissance à des problèmes socio-économiques. Ainsi, le progrès technique, dont l'accélération est auto-entretenue, possède deux visages. Point n'est besoin d'insister sur les aspects attrayants du développement, de montrer comment il contribue à donner de la dignité à la vie et à faire qu'elle mérite d'être vécue. Il convient en revanche d'analyser soigneusement certains aspects épineux du processus de développement ; ils appellent, en effet, une planification détaillée, ce dont les organismes et les personnes qui s'occupent de développement ont déjà pris conscience. La conclusion presque unanime est que les universités jouent un rôle fondamental dans le progrès technologique. L'université est presque invariablement conçue comme le lieu de fortes interactions entre l'enseignement et la recherche dans les disciplines scientifiques de base, dans son effort pour se faire reconnaître c o m m e une institution du plus haut niveau. La prise de conscience récente par de nombreuses universités de la valeur de la recherche fondamentale et appliquée est probablement la caractéristique la plus remarquable de l'évolution de l'enseignement supérieur dans les pays en développement. Le rôle des universités dans le développement Un document publié par le Conseil des recteurs des universités brésiliennes, qui s'est réuni dans l'état de Minas Gerais en février dernier, montre bien que la nécessité de la recherche est désormais reconnue même impact : science et société, vol. 29 (1979), n 3 233

44 Ubiratan D'Ambrosio L'auteur, dont'le nom est déjà familier à nos lecteurs, est directeur de l'institut de mathématiques, de statistique et d'informatique de l'université de Campinas (Brésil) et directeur du projet multinational pour l'amélioration de renseignement des sciences (financé par l'organisation des États américains et le Ministère brésilien de l'éducation) ; il remplit également les fonctions de président du Comité interaméricain pour l'enseignement des mathématiques. Il a donné ou dirigé des cours de niveau avancé à Bamako (Mali) et à Buffalo (États-Unis d'amérique). L'une de ses préoccupations majeures est l'adaptation des structures de l'éducation aux besoins réels des pays en développement. Son adresse : IMECC-UNICAMP, caixa postal 1170,13100 Campinas-São Paulo (Brésil). dans de petits établissements qui ne s'occupaient jusqu'ici que d'enseignement. Les organismes internationaux, qu'ils opèrent sur un plan bilatéral ou sur un plan multilatéral, ont contribué de manière décisive à la mise en place, dans les pays en développement, des structures de base de la recherche même si cela ne s'est pas toujours fait dans la bonne direction, comme je l'ai montré ailleurs 1. Avant de poursuivre, je voudrais dire quelques mots du rôle des universités dans le développement. On attribue généralement à l'université des fonctions qui peuvent se regrouper en deux catégories principales : a) éduquer et former en transmettant des connaissances reconnues par tous, pleinement mûries ; b) élaborer de nouveaux concepts et un savoir nouveau sous une forme utile à la société et à son bien-être. Nous pouvons aller plus loin et dire que cette double fonction résume l'idéal à la fois des pays en développement et des pays industrialisés qui cherchent dans une réforme de l'université le remède à un écart technologique persistant. On peut, toutefois, soutenir l'opinion contraire. John Diebold écrit, par exemple : «... Les Européens possèdent bien une technologie de très haut niveau mais ils ne réussissent pas à satisfaire les besoins réels, en dépit et, dans une certaine mesure, peut-être m ê m e à cause de leur capacité technologique 2.» Il poursuit en soulignant que le goulet d'étranglement est à rechercher davantage dans le domaine de l'esprit d'entreprise et de l'aptitude à gérer que dans celui des compétences scientifiques et techniques. Tout en recommandant «... que soient examinées les dificultes d'ordre économique, éducatif, culturel et politique auxquelles les Européens se heurtent lorsqu'ils s'efforcent de faire progresser la connaissance scientifique et technologique et de lui faire porter tous ses fruits», Diebold considère l'écart technologique comme «un élément nécessaire du maintien de la viabilité économique et politique internationale des États-Unis». Nous verrons d'autres considérations à ce propos plus avant dans le texte. Revenons à l'examen du rôle des universités dans le développement. Il ne semble pas qu'on puisse établir de corrélation absolument évidente entre le niveau des universités et des instituts de recherche, d'une part, et celui du développement technologique, d'autre part (ce<mi, en un sens, corrobore la thèse de Diebold). Ainsi, c'est surtout en Suède et en France, au xvra e siècle, qu'ont été faites les principales découvertes en chimie des métaux mais c'est en Grande- Bretagne qu'on a enregistré les principaux progrès de la métallurgie, à la fois éléments et précurseurs de la révolution industrielle. L'apport de Bessemer en matière de production de l'acier n'a guère eu d'influence sur la formation scientifique. Les avantages retirés de la science par William Kelly furent moindres encore ; Kelly avait mis au point, au Kentucky, un processus semblable, quel- 234 Ubiratan D'Ambrosio

45 ques années avant Bessemer. Mais, faute d'un environnement favorable et d'un appui approprié, l'industrie de l'acier ne put connaître en Amérique un développement et une croissance comparables à ceux de l'europe.. Le cas des États-Unis d'amérique Il est certain que, de façon générale, le développement des États-Unis s'est opéré de manière tout à fait indépendante des établissements d'enseignement supérieur. En effet, en 1900,4 % de la population du pays âgée de dix-huit à vingt et un ans fréquentaient ces établissements. Le taux d'inscription a ensuite, il est vrai, progressé de manière spectaculaire, mais il était encore peu satisfaisant vers la fin des années quarante, ainsi que l'indique un rapport de la Commission de l'enseignement supérieur en vue de la démocratie, commission créée par le président des États-Unis : «La croissance enregistrée est encourageante ; il nous faut néanmoins reconnaître que le niveau d'études du peuple américain est encore très nettement inférieur à ce qu'il devrait être, pour le bien de chaque individu autant que pour celui de notre société. Ce sont là des faits troublants. Ils marquent un échec, qui devrait nous faire réfléchir, dans la poursuite des objectifs éducatifs implicitement contenus dans la foi démocratique et sont inadmissibles dans une société aussi richement dotée en ressources matérielles que la nôtre. Nous ne pouvons permettre que tant de nos concitoyens demeurent aussi mal équipés, aussi bien dans leur vie d'hommes que comme membres d'une société démocratique.» Les auteurs du rapport examinent ensuite ce que devraient être les buts de l'enseignement supérieur :. «L a spécialisation est l'un des signes distinctifs de notre société et procure à l'homme des avantages notables. Alais, dans le programme d'éducation, elle est devenue à la fois une force et une faiblesse... Aujourd'hui, un diplômé [de l'université] aura pu acquérir une formation technique ou professionnelle dans telle ou telle branche, mais ce ne sera guère qu'accessoirement, au mieux, qu'il aura été préparé à s'acquitter de ses devoirs d'homme, de père, de citoyen... La connaissance et la compréhension que l'enseignement général vise à inculquer ne doivent pas être considérées comme un but en ellesmêmes. Ce sont des moyens, qui doivent permettre une vie plus riche et un ordre social plus fort, plus libre.» Cette analyse fait apparaître non seulement la faiblesse du lien existant entre le développement économique et le système d'enseignement, mais aussi, ce qui est plus important, l'insuffisante attention que la hiérarchie de l'enseignement porte, lors de la conception, du développement et de la réforme du système éducatif, à l'enrichissement de la vie intellectuelle de chacun, quel que soit son statut social ou économique. L'aliénation réciproque de l'université et de la communauté déclenche ou du moins contribue à catalyser les conflits entre les jeunes et l'ordre établi auxquels nous assistons aujourd'hui. Cela s'applique certainement à la crise de l'université que l'europe traverse depuis une douzaine d'années, qui n'est pas sans lien avec l'état des structures universitaires. Je le répète donc : rien ne prouve que l'enseignement soit la clé du développement. Il est plus vrai de dire c'est d'ailleurs une évidence que le développement forme un tout, qu'il résulte d'un effort intégré accompli dans l'éducation et dans l'activité économique et politique. L'idée qu'on s'est faite des facteurs de base du développement a évolué. Après avoir simplement cherché à mobiliser des capitaux, on se préoccupe aussi maintenant des besoins à satisfaire en matière de conseils techniques, deformation et d'éducation, et cela dans le monde entier mais tout particulièrement en Europe et dans les pays qui sont au seuil de l'expansion et du développement. Cet état de choses entraîne avec lui,toute:une gamme de difficultés caractéristiques ; l'agitation estudiantine en est une. Le transfert du savoir et universités : un dilemme de politique 235

46 Quelques considérations politiques Pour les nations sous-développées, d'autres éléments entrent en jeu. Je veux parler des questions axées sur le commerce et les tarifs douaniers, qui ont un caractère fortement politique. Il y a aussi la difficulté de définir (ou de redéfinir) les buts et priorités. Tout acquis du développement peut être remis en cause par un changement de gouvernement ou de régime. Cela semble avoir souvent été le cas au cours de la décennie écoulée, période pendant laquelle la dette p u blique des pays en développement a quintuplé. Pourtant, les résultats obtenus grâce à la redéfinition des aspirations et buts nationaux jouent souvent le rôle d'une force politique stabilisatrice dans ces pays. La foi en des valeurs communes, facteur d'intégration dans les sociétés médiévales, a ainsi été remplacée par la redéfinition des objectifs. Le processus est soumis à une étude constante, les universités jouant un rôle important et stimulant. Leur rôle devient capital une fois qu'elles cessent de s'en tenir à l'idée d'aristote selon laquelle «le législateur doit s'occuper avant tout de l'éducation de la jeunesse et... l'éducation reçue être adaptée à chaque forme particulière de constitution» s. L'urgence de cette évolution devient évidente si l'on pense à la nécessité d'assurer la formation professionnelle d'éducateurs, de scientifiques, d'ingénieurs et de médecins, toutes tâches qu'il appartient à l'université d'accomplir. Du point de vue de l'équilibre économique international (aujourd'hui élément majeur de presque toute planification), des difficultés politiques graves ne sont pas à exclure*. L'instauration d'alliances, la prolifération et la croissance de sociétés transnationales sont indispensables pour permettre à des groupes de nations de soutenir la concurrence, surtout lorsqu'il s'agir de technologie scientifique. Les communautés européennes en offrent un exemple convaincant. Avec l'adhésion du Royaume-Uni, puis du Danemark et de l'irlande, les communautés représentent une population nettement supérieure à 250 millions de personnes et une capacité de production de 550 milliards de dollars par an. Ã des alliances multilatérales de ce type correspond une économie fondée sur la science et la technologie, qui déborde les frontières politiques et même les structures politiques traditionnelles. Mais cette intégration à base de technologie n'a pas encore atteint les régions surdéveloppées. Dans les années à venir, les pressions en faveur d'une imitation de la tendance qui s'est dessinée en Europe seront certainement plus fortes et entraîneront sans aucun doute des complications d'ordre social, politiques notamment. L'intérêt national Nous nous heurtons immédiatement, toutefois, à ce qui peut être une situation des plus paradoxales. Il y a un moyen efficace de fournir l'appui nécessaire à une absorption mesurée, globale de technologie, c'est d'aider les économies en développement à conserver suffisamment d'autonomie dans leur croissance scientifique et technique ainsi qu'un certain équilibre entre science autochtone et technologie transplantée. Cet équilibre n'est pas possible sans un système d'enseignement fort, bien organisé et c'est là une fonction du gouvernement. Or, dans la plupart des pays en développement, le pouvoir est entre les mains de forces politiques conservatrices par lesquelles toute forme d'aide doit donc passer, ce qui limite nettement son efficacité comme facteur de changement. La situation est aggravée par le fait que les pays industrialisés ont toujours considéré le monde en voie de lent développement comme une source importante de matières premières ; elle s'aggrave davantage encore depuis que certains pays en développement approchent rapidement du stade de la pénurie de matières premières indispensables (il suffit de considérer le cas du pétrole). Cette pénurie 236 Ubiratan D'Ambrosio

47 croissante impose à son tour de graves restrictions à certains programmes d'aide. Les implications politiques de tout ce qui précède ont été énoncées en peu de mots par Garyl P. Haskins, président de l'institution Carnegie de Washington, selon lequel «nous sommes placés devant la perspective d'un grave handicap politique, dont nous devrons tenir compte pour élaborer nos stratégies d'avenir. C'est l'intérêt national»*. L e résultat est qu'une bonne partie du monde en développement tombe dans des zones d'influence, fait lourd de problèmes politiques sérieux et souvent délicats. Le conflit qui en résulte entre deux préoccupations celle de protéger l'intérêt national et celle d'aider les pays en développement place nombre de pays en développement devant un dilemme : poursuivre un développement qui reste tributaire de l'étranger au risque d'une instabilité politique intérieure. Pour éviter pareille distorsion, les pays en développement ont besoin d'une technologie transplantée dans des conditions plus saines, ainsi que de nouvelles ressources de financement et de gestion. La technologie transplantée doit être assez avancée et compléter les capacités scientifiques du pays, afin de donner au développement économique la souplesse et la pertinence sans lesquelles il ne pourra être un facteur essentiel du bien-être social. C'est là une nouvelle notion du développement que j'ai exposée ailleurs 1 et qui exige des stratégies scientifiques et technologiques que j'ai aussi examinées ailleurs 11 et que je résumerai ci-après. Modèles de stratégie du développement Nous devons rechercher les modèles qui permettront d'amener- plus rapidement le progrès scientifique (et par conséquent technologique) jusqu'au seuil à partir duquel il ira de pair avec les efforts nationaux de développement déployés dans d'autres domaines. Mais ce progrès ne devrait pas consister simplement en travaux théoriques qui, étant donné la situation actuelle, sont de moindre urgence. Nous sommes ici placés devant certaines questions fondamentales : Est-il possible de définir les directions à donner à la recherche scientifique eu égard aux buts et priorités nationaux? Dans l'affirmative, est-il possible de former les scientifiques en conséquence? Y a-t-il lieu de craindre que la rapidité avec laquelle les difficultés et besoins nouveaux surgiront ne permette pas une préparation (ou une adaptation) adéquate des scientifiques spécialement formés pour y répondre? En ce qui concerne la troisième question (et comme nous l'avons vu plus haut), le développement lui-même engendre de nouveaux besoins ; cela est particulièrement vrai s'agissant du progrès scientifique et technologique. Toutefois, le degré d'élaboration requis pour le progrès technique (en particulier, en ce qui concerne les technologies les plus avancées) peut exiger des directions de recherche qui ne correspondront pas nécessairement aux thèmes de recherche les plus à la mode retenus dans les pays industrialisés. J'aimerais répéter ici ce que d'autres ont dit avant moi : certains jeunes chercheurs des pays en développement jugent plus satisfaisant d'être reconnus et acceptés dans les milieux scientifiques restreints des pays développés que de s'attacher à résoudre les problèmes scientifiques posés par les priorités nationales locales. S'il est vrai que cet appel à la vanité professionnelle existe aussi dans les pays industrialisés, la chose n'en est pas moins grave lorsque les milieux scientifiques des nations en développement y répondent. Nous qui appartenons à des pays en développement, nous devons décider de l'allocation de ressources financières et humaines insuffisantes au profit d'une infrastructure scientifique et technique en expansion. Le transfert du savoir et les universités : un dilemme de politique 237

48 Développer les structures de recherche A supposer qu'on puisse répondre par l'affirmative aux trois questions fondamentales que nous venons de formuler (et l'examen de la politique scientifique des pays développés inciterait à le penser), il nous faut alors formuler des stratégies qui nous permettront d'y voir plus clair. On peut distinguer trois étapes majeures dans l'élaboration des conditions nécessaires à la vie scientifique..'.' ' Premièrement, il s'agit de définir les priorités scientifiques et techniques, à la fois dans un contexte interdisciplinaire et en étroite relation avec les buts nationaux du développement. Puis viennent la planification et la constitution à la fois des ressources humaines et des installations et moyens qui permettront à la recherche de se poursuivre selon des orientations bien déterminées. En même temps, les secteurs productifs de l'économie doivent être organisés de manière à pouvoir absorber les technologies produites par la recherche entreprise. En troisième lieu, il faut imaginer des mécanismes propres à maintenir la structure scientifique pendant sa période de croissance en état de renouvellement permanent ; parallèlement, il faudra formuler des stratégies permettant l'absorption en temps utile de progrès scientifiques et techniques en provenance des nations industrialisées, tout cela en conformité des priorités définies à titre de première mesure ainsi qu'il est indi^ qué deux alinéas plus haut. A propos des stratégies qui viennent d'être mentionnées, nous devons insister sur la nécessité de créer des contextes interdisciplinaires dans lesquels les différentes disciplines scientifiques seront mises à contribution. La particularité de la situation qui est la nôtre, dans les pays en développement, exige un haut degré de créativité dans l'application du savoir existant à ce qui est, en fait, une problématique mal comprise. Il se peut que ce soit là une question plus philosophique que pratique mais je l'ai déjà examinée en détail ailleurs 6. Une problématique spécifique Permettez-moi toutefois d'ajouter que la créativité scientifique," qui entretient des relations très étroites avec le milieu culturel dans lequel elle se situe et dans lequel elle trouve sa signification, n'est guère possible lorsque chaque discipline scientifique est considérée isolément. L'ouverture du système d'enseignement et de la structure scientifique sur l'environnement culturel est probablement aujourd'hui le facteur le plus important du développement de l'éducation, en particulier dans les pays non développés 7. Ainsi, une analyse de : vaste portée des objectifs qu'on poursuit lorsqu'on veut doter le monde en développement d'une vie scientifique et technologique en même temps que la nécessité d'accélérer la formation de scientifiques et l'acquisition par une" large couche de la population d'un minimum de connaissances techniques devrait recevoir la priorité, lors de la mise en place d'un réseau de centres de recherche dans les pays en développement. Pareille analyse, fortement teintée d'humanisme dans la mesure où elle recherche pourquoi et comment apporter la science et la technique aux pays en développement, est une tâche de grande envergure. Elle doit être entreprise d'urgence si nous voulons réaliser le développement sans sacrifier nos valeurs traditionnelles. Valeur des avantages indirects Abordons à présent les problèmes très complexes du transfert de technologie. S'il est vrai que le transfert de technologie n'est pas dépourvu de dangers, c'est aussi le moyen le plus rapide d'apporter aux pays en développement le bénéfice du progrès technique. Il convient ici de distinguer deux choses. L'une est le transfert (ou l'adoption) de technologies connues et vérifiées essentiellement 238 Ubiratan D'Ambrosio

49 des produits finis ou des services très élaborés. Dans ce cas, il n'y a pas beaucoup d'avantages directs à attendre en dehors de la technologie elle-même, généralement acquise au prix de redevances élevées. Mais il faut aussi considérer les avantages subsidiaires de ce transfert, qu'il est difficile de mesurer d'après les résultats directs obtenus et qui en constituent probablement les effets les plus importants. Parmi ces résultats accessoires, je pense qu'il faut accorder une grande importance à la mise en place de services auxiliaires. On pourrait citer à titre d'exemple l'implantation d'un centre local de recherche et développement (R et D), dans les cas où il n'en existait pas avant que la nécessité ne s'en fît sentir pour un transfert déterminé. C'est là un effet à long terme. Il en est un plus immédiat, c'est 1' «alphabétisation» scientifique et technologique qui peut résulter de la simple présence d'une industrie avancée ou de l'importation d'instruments hautement perfectionnés et d'autres appareils spécialisés. Le transfert de technologie proprement dit devrait être considéré comme la première étape transitoire de la construction de l'infrastructure scientifique et technique d'un pays. Souvent, la technologie importée (un produit fini, par exemple) correspond en effet à une conception qui n'est pas spécifiquement adaptée aux besoins du pays bénéficiaire. L'adaptation éventuelle de cette technologie, qui est souvent très superficielle et en renouvelle rarement les bases socio-culturelles, n'en modifiera pas le caractère et l'objet. Ainsi, outre qu'il ajoute au processus un élément évident de déculturation, ce transfert prolongera la dépendance de la culture importatrice à l'égard d'autres technologies connexes. Les pièges de la technologie appropriée Nous sommes donc en présence de ce qu'on peut appeler le cercle vicieux du développement qui reste tributaire de l'étranger. Toutefois, si l'on prend bien soin de recourir à des transferts non permanents, les avantages subsidiaires que j'ai déjà mentionnés peuvent contribuer à l'acquisition sur place, à titre permanent, d'un minimum de connaissances techniques. Cette «alphabétisation» technique, à laquelle viendra ensuite s'ajouter le développement d'une structure scientifique, contribuera plus tard à faire naître une technologie locale, qui aura ses racines socio-culturelles authentiques dans le pays même. C'est là une tout autre démarche que le rejet de toute technologie avancée en faveur d'une technologie «faible» ou «intermédiaire». Il est parfaitement illusoire de penser qu'une technologie faible, souvent dénommée technologie appropriée, peut suffire à résoudre les énormes problèmes qui caractérisent le sous-développement. Il est certain que le choix de technologies ayant peu d'effets secondaires négatifs (comme des formes non polluantes d'énergie) revêt beaucoup d'importance. Ce choix représente toutefois un stade plus avancé du développement, et un type non permanent de transfert peut donc lui être préférable. D Notes ï. U. D'Ambrosio, «University, development and foreign aid», Seminar Latin American Studies, Buffalo, N.Y., State University of New York, 1971 (ronéotypé). 2. J. Diebold, dans Foreign affairs, vol. 46, n 2, 1968, p ARISTOTE, La politique, livre VIET, chapitre premier. 4. G. Hastings, dans Foreign affairs, vol. 49, n 2, 197I1 P U. D'Ambrosio, «Strategies for science and technology for development», Congrès panafricain pour l'avancement de la science et de la technologie, rapport d'une réunion organisée à Dakar en avril 1978 (sous presse). 6. U. D'Ambrosio, «Ensino de ciências e desenvolvimento» [L'enseignement des sciences et le développement]. Ciência e Le transfert du savoir et universités : un dilemme de politique 239^

50 cultura, vol. 29, n 2, février 1977, p U. D'Ambrosio,» L'adaptation de la structure de l'enseignement aux besoins des pays en développement» (lettre), Impact : science et société, vol. 25, n I, 1975, p Pour approfondir le sujet M A M A K, A. ; MCCALL, G. (dir. publ.). Paradise postponed: essays on research and development in the South Pacific. Rushcutters Bay (Australie) et Oxford, Pergamon Press, VAN D A M, A., Third World collaboration: determining the appropriate of appropriate technology. The futurist, vol. XIII, n 1, février Ubiratan D'Ambrosio.

51 Problèmes d'orientation de la recherche universitaire Geneviève Benezra 1 L'auteur regroupe et analyse une partie des résultats de l'évaluation d'un programme gouvernemental d'aide à la recherche scientifique. L'analyse traite des rapports entre les pouvoirs publics et la communauté universitaire de la province du Québec. Introduction D'après la Constitution canadienne, les provinces possèdent la compétence exclusive en matière d'éducation. Cependant, le pouvoir du gouvernement fédéral s'est fondé sur le caractère universel et national de la recherche scientifique pour en revendiquer également la juridiction 2. C'est ainsi que les professeurs des universités canadiennes, dans leur double rôle de chercheurs et d'enseignants, se trouvent assujettis au gouvernement tant au niveau fédéral que provincial. En effet, les autorités en matière de politique scientifique, aussi bien fédérales que provinciales, multiplient les appels, les incitations et les restrictions (par le biais du financement des nouveaux programmes de recherche) aux chercheurs de la communauté académique afin d'obtenir leur contribution aux objectifs nationaux et provinciaux ainsi qu'aux priorités dans le domaine de la recherche et du développement. Or ces priorités diffèrent et cette situation est particulièrement ressentie par les universités québécoises, depuis longtemps confrontées aux difficultés financières découlant, entre autres, de la politique nationaliste de leur gouvernement provincial comme le révèle l'évolution de leurs rapports avec les gouvernements respectifs. C'est ainsi que dès 1951 le rapport de la Commission d'enquête sur l'avancement des arts, des lettres et des sciences au Canada avait incité le gouvernement fédéral à accorder les premières subventions à l'enseignement supérieur, sans conditions, et selon la densité des populations provinciales. Conformément à sa politique officielle d'autonomie, le premier ministre du Québec, Maurice Duplessis, avait refusé d'accepter ces subventions au détriment de la recherche universitaire provinciale. Cette décision a contribué à grossir les rangs des opposants au régime du premier ministre et a précipité «la rupture entre la communauté scientifique et le gouvernement provincial», en même temps qu'elle a permis un rapprochement avec le gouvernement fédéral* en favorisant son intervention dans le financement et l'orientation de la recherche académique. La «révolution tranquille» des années soixante, qui a touché toutes les couches de la société québécoise, a été porteuse de grandes réformes pour la communauté scientifique. Comme le mentionnait Raymond Duchesne, au cours de cette période, «la revendication d'une politique scientifique provinciale servira de matrice à une série de revendications plus précises comme le financement de la recherche universitaire et celui de la recherche industrielle, la création impact : science et société, vol. 29 (1979)» n 3 241

52 Geneviève Benezra L'auteur, politologue et juriste, est professeur adjoint à l'institut d'histoire et de socio-politique des sciences, Université de Montréal, case postale 6128, Succursale «A», Montréal H3C 3J7 (Canada). par le gouvernement d'organismes et de centres de recherche et de 'conseils de la science', l'attribution des postes au sein de la fonction publique à des ingénieurs et à des scientifiques, l'utilisation massive d'expertises scientifiques, la multiplication des bourses de recherche, l'établissement de formules de coopération scientifique avec l'étranger, etc. La révolution tranquille sera l'affaire du scientifique devenu, dans les rangs de la fonction publique, le 'technocrate', consacrant ainsi une alliance entre le gouvernement provincial et la communauté scientifique largement dominée par les universitaires»*. Un soutien financier ' pour la formation des chercheurs C'est dans ce climat idéologique : que le gouvernement québécois a créé de nombreuses institutions scientifiques, multipliant les mesures de politique scientifique, et que les représentants des milieux académiques (individus et organisations scientifiques) exercent des pressions sur le gouvernement provincial afin d'obtenir une source complémentaire de revenus pour la recherche universitaire en pleine expansion vers la fin des années 1960 s. C'est ainsi que, nouvellement créé, le Ministère de l'éducation du Québec instaure en 1968 un «fonds de rattrapage» pour la recherche, attribué aux seules universités francophones de la province. En dépit du fait qu'à partir de 1970 le régime initial ait été remplacé par le programme dit «de subvention pour la formation des chercheurs et d'action concertée» (PFCAC), dont pouvait bénéficier l'ensemble des universités du Québec c'est-à-dire également les universités anglophones de la province le programme devait avant tout permettre aux universités francophones de s'aligner sur les grandes universités anglophones du Québec (McGill en particulier) et du reste du Canada*. Ce soutien financier provincial, volontairement plus important pour les universités francophones, était jugé nécessaire pour relever le niveau et la qualité des activités de recherche ainsi que celui de la formation supérieure donnée dans ces institutions. E n outre, les missions principales du programme découlent «à la fois d'objectifs qui sont propres à l'enseignement supérieur et d'objectifs généraux qui correspondent aux aspirations de la collectivité...». Ces objectifs sont largement complémentaires et s'inscrivent dans le cadre de la politique scientifique que le gouvernement du Québec élabore progressivement. Étant donné que l'une des prémisses du programme FCAC a été de considérer l'équipe comme le mode d'organisation le plus efficace et le mieux adapté aux conditions d'exercice de la recherche scientifique moderne, les subventions de ce programme s'adressent aux équipes de recherche et non aux chercheurs individuels. Avec la création du programme FCAC, la recherche universitaire s'est placée au centre d'une nouvelle polémique engendrée par l'évolution de la politique scientifique. L'attribution de subventions au niveau provincial était dès le départ assortie de conditions restreignant l'autonomie de la recherche par rapport au domaine politique et économique. Les chercheurs des universités québécoises vont être soumis aux pressions qui accompagnent, dans les années 1970, l'attribution des fonds aussi bien par le gouvernement fédéral que par le gouvernement provincial. La défense de l'autonomie de la recherche universitaire constitue l'enjeu de la lutte qui s'ensuivra et qui se cristallisera autour de la définition et de l'administration du programme FCAC. 242 Geneviève Benezra

53 La mise sur pied d'un tel programme s'inscrivait également dans le cadre d'une rationalisation de la politique scientifique, visant à une plus grande efficacité des opérations scientifiques financées par l'état provincial. Après un certain temps, il devenait donc nécessaire d'évaluer l'efficacité de ce programme et de son impact. C'est dans ce but que les autorités responsables du programme FCAC nous ont chargés, en septembre Í975, de l'évaluer pour une période de six ans (du démarrage du programme en 1970/71 à 1975/76 inclus). Sous notre direction, l'équipe de recherche de l'institut d'histoire et de socio-politique des sciences de l'université de Montréal a entrepris d'évaluer, à travers un certain nombre de faits, comment et jusqu'à quel point les objectifs du programme FCAC ont été réalisés, en se fixant pour tâche l'examen des effets de sa mise en œuvre sur la communauté scientifique québécoise. Une recherche difficile est amorcée Notre recherche s'est heurtée à plusieurs difficultés. Le caractère empirique et général des tentatives d'évaluation, l'absence de travaux théoriques qui auraient fait le consensus sur le fondement d'une telle entreprise et le caractère précaire des indicateurs objectifs de rendement de l'activité de recherche nous ont obligés à une attitude prudente 7. Une autre source de difficultés concerne le manque de recul dans le temps, la période considérée étant trop récente. Les transformations du programme en cours de route, les effets du rodage même des mécanismes de prise de décision aux divers niveaux et le manque d'uniformité du régime de fonctionnement du programme FCAC, ont rendu difficile le travail sur les agrégats et exigé des analyses minutieuses des résultats quantitatifs. Notre propos ne sera pas d'analyser systématiquement tous les résultats du programme FCAC, mais de mettre en évidence l'utilisation de ce programme dans l'orientation des recherches universitaires. Nous examinerons en particulier la réponse des chercheurs universitaires aux exigences explicites de conformité aux thèmes prioritaires définis par les responsables du programme, en fonction des besoins de la société québécoise. Mais il nous faut tout d'abord établir les éléments du contexte dans lequel cette exigence est apparue. Objectifs du programme FCAC L'analyse des documents officiels 8 ainsi que les entrevues avec les responsables du programme nous permettent de dégager quatre catégories, distinctes mais interdépendantes, d'objectifs poursuivis par le programme FCAC. 1. Objectifs découlant de lafinalité de la recherche scientifique en général contribution des chercheurs québécois au progrès des connaissances par le truchement d'une production scientifique améliorée en qualité et en quantité ; 2. Objectifs de nature éducationnelle visant à l'accroissement du nombre des diplômés des 2 e et 3 e cycles réduction des délais de formation scientifique et consolidation d'un encadrement pédagogique plus stable et de meilleure qualité. 3. Objectifs concernant des buts «organisationnels» et de gestion scientifique création d'unités de recherche stables et efficaces, programmation plus rationnelle et concertée des recherches, valorisation des ressources scientifiques existantes et diversification des sources de financement. 4. FnfîTi (et c'est sur ces objectifs que portera notre analyse ultérieure), objectifs se rapprochant de la perspective actuelle de la politique scientifique tendant à sensibiliser les chercheurs universitaires aux priorités socio-économiques québécoises par l'incitation au développement de recherches appliquées et à la formation d'une main-d'œuvre scientifique plus adaptée aux besoins du Québec. Problèmes d'orientation de la recherche universitaire 243

54 Bien que la période de définition des enjeux et des objectifs spécifiques du programme FCAC ne soit pas terminée et que le programme continue à susciter interrogations, débats et controverses au sein des instances impliquées, sa philosophie de base n'a pas varié. Les objectifs généraux identifiés ci-dessus restent valables mais leur importance varie selon la période considérée. Cadre institutionnel du programme FCAC L'examen des organigrammes successifs du programme FCAC révèle immédiatement un va-et-vient de l'autorité finale en matière d'administration et d'attribution des subventions pour la recherche entre le Ministère de l'éducation du Québec et le Conseil des universités. Lors de la première année (1970/71), l'administration du programme relevait de la Direction générale de l'enseignement supérieur du Ministère de l'éducation du Québec (MEQ) et la procédure de sélection des demandes a suivi un modèle d'évaluation mixte en utilisant les appréciations écrites des experts et une sélection finale par un comité désigné par le Service de la recherche du M E Q. A u cours des trois années suivantes ( ), une nouvelle procédure de sélection des demandes de subventions a été établie par la Commission de la recherche universitaire relevant du Conseil des universités. Celle-ci avait désigné d'abord six, puis sept jurys d'évaluation composés de scientifiques reconnus pour leur compétence. Ces jurys avaient pour responsabilité d'évaluer la qualité scientifique de l'équipe, de son programme et de l'encadrement fourni aux chercheurs stagiaires ainsi que de recommander le montant des subventions. Ces jurys devaient en référer à un Comité directeur chargé de «surveiller l'application des critères généraux du programme, de veiller à la coordination des projets et de tenir compte des ressources disponibles...». Le Comité directeur, à son tour, devait faire rapport à la Commission de la recherche universitaire ; enfin le Conseil des universités soumettait son avis au Ministère de l'éducation 9. Le programme était rapidement devenu l'objet d'une controverse entre les milieux académiques, représentés par le Conseil des universités (la Commission de la recherche du Québec et les comités de sélection), et les gestionnaires gouvernementaux responsables de son administration. Les divergences entre le M E Q et le Conseil des universités portaient sur l'ordre des priorités, les orientations et les modalités de l'administration du programme. D'après le Conseil des universités, c'est la recherche fondamentale libre ou orientée selon la perception des chercheurs qui devait constituer l'objectif principal du programme FCAC 10. Par contre le M E Q, principal responsable du programme, devait, d'une part, gérer ce programme conformément à ses missions en matière d'éducation (formation de chercheurs) et, d'autre part, orienter l'affectation des fonds selon les priorités socio-économiques gouvernementales ; en effet, c'est la recherche appliquée, orientée selon les vues des responsables de la politique scientifique, qui constituait la raison d'être du programme. C'est pourquoi, à compter de 1974/75, le M E Q a repris radministration du programme en désignant lui-même le Comité directeur et les comités d'appréciation, et en remettant en vigueur la thématisation et la concertation des recherches universitaires conformément aux priorités gouvernementales 11. Ces positions divergentes, cristallisées autour de l'avenir du programme FCAC, se sont manifestées encore récemment lorsque la Commission de la recherche du Québec dans ses recommandations au ministre de l'éducation a maintenu sa position et a proposé une série de modifications aussi bien aux objectifs qu'à la structure de gestion du programme 12. De son côté, le M E Q a réaffirmé ses intentions «sur les stratégies triennales d'allocation de ressources pour le réseau universitaire» et a précisé «qu'il entendait privilégier la recherche orientée et appliquée (c'est-à-dire la recherche qui doit 244 Geneviève Benezra

55 être axée sur les besoins socio-économiques et culturels de la société québécoise) en réservant à cettefin 65 % des crédits alloués», en même temps qu'il confirmait l'importance de l'autre objectif qu'est la formation des jeunes chercheurs et le développement des connaissances 13. C'était par là même un retour à l'ambivalence. En effet, selon nos résultats, l'inefficacité du programme tient en grande partie à l'ambiguïté de la nature des objectifs poursuivis et à la confusion qui en découle pour leur mise en œuvre par les comités d'appréciation. Orientation de la recherche subventionnée Bien que depuis le lancement du programme les autorités aient prévu de réserver la plus grande partie des ressources aux projets de recherche appliquée et orientée, durant les trois premières années cette orientation ne fut qu'une énonciation d'un principe dont l'application devait être constatée par la vérification «du degré de participation financière d'autres organismes publics intéressés aux résultats de recherche des équipes postulantes» 14. A partir de 1974/75, le M E Q avait formulé des exigences plus explicites : «Il est possible de regrouper autour d'un certain nombre de thèmes des projets importants qui servent non seulement à des fins éducationnelles, mais qui répondent aussi à des thèmes économiques ou sociaux identifiables. Ainsi, les thèmes suivants sont parmi les plus impor- tants : l'eau, l'énergie, l'urbanisation, l'océanographie, les sciences de l'éducation, les télécommunications, l'aménagement et le Nord.» De plus, son action concertée a été lancée en vue du développement et des applications des lasers de type C0 2 -TEA à la suite d'une recommandation du Conseil de la politique scientifique du Québec. Pour l'année 1975/76, d'autres thèmes prioritaires ont été annoncés couvrant en fait la majorité des recherches déjà subventionnées par le programme. Ces thèmes ont été mieux précisés dans une publication supplémentaire parue en janvier 1975 (après l'expiration des délais de soumission de projets de recherche pour l'année en cours). De nouveaux crédits de développement ont été défrayés afin de «favoriser la poursuite de thèmes choisis parmi ceux qui sont les plus susceptibles de rapporter des bénéfices à la collectivité, et leur programmation vise spécialement l'obtention de découvertes et de nouvelles connaissances applicables à la solution de problèmes économiques ou sociaux au Québec» 1S. Un sondage Afin de savoir si les chercheurs se sont effectivement soumis aux exigences du programme en effectuant des recherches appliquées et conformes aux priorités scientifiques québécoises, nous avons procédé à un sondage auprès des chercheurs et des membres des comités d'évaluation et nous avons examiné TABLEAU 1. Répartition des subventions des équipes d'après les thèmes 1974/ / /77 J i. Ü un u u ü.3 u u J3 =. fcû S, u J1-- c 2. A F 3" A «a a!-s la J c la %s bo <3 O boj}*" fcû rt O 60 As c -0 As c S. AS c" A 2 -^ tí. O ci 3 u S >cj 3 tí o ö ' 3 G Z"T3 (Sa SÄ (2S 2=b o g y g o g o g 5 g p g Thèmes orientés Thèmes fondamentaux I O 37 TOTAL Problèmes d'orientation de la recherche universitaire 245

56 l'évolution des types de travaux scientifiques produits par les équipes. Les statistiques du M E Q (tableau ï) démontrent que les autorités du programme FCAC considèrent que la majorité des équipes subventionnées se conforment aux orientations thématiques définies à partir de 1974/75. En revanche, l'analyse de formes de «débit scientifique» des équipes ne permet pas d'observer un changement et les résultats de notre évaluation indiquent que les équipes subventionnées continuent à produire surtout des articles dans les revues scientifiques, des livres et des thèses de doctorat, et que le nombre de brevets et de rapports de recherche appliquée est très faible 16. D'autre part, l'étude des critères appliqués par les comités dans l'appréciation des demandes de subvention nous apprend que la pertinence socio-économique et la programmation thématique ne reçoivent qu'une très faible application (tableaux 2 et 3). Le fait qu'un projet se situe en dehors des thèmes jugés prioritaires n'est généralement pas une raison de refus de la subvention. Les réponses des chercheurs révèlent que les thèmes prioritaires ne semblent pas opérationnels au niveau de l'orientation de la recherche effectuée par les équipes subventionnées. Parmi les sources d'idées concernant leurs travaux en cours, les chercheurs attribuent aux thèmes la dernière place (3,4 %). Selon les responsables des équipes de recherche, leurs principales sources d'idées sont constituées par la littérature dans la discipline considérée (20,4 %), leur propre perception des besoins en recherche du milieu québécois (20 %), la continuation du sujet de thèsede l'un des chercheurs (12,1 %), les échanges avec leurs collègues de la même discipline (11,3 %) ou, enfin, les contacts avec des chercheurs d'autres disciplines ("»1%). TABLEAU 2. Classement (de 1 à 11) des critères d'évaluation par les membres des comités du FCAC Ensemble des comités Critères Comités d'évaluation du FCAC Qualité de la production scientifique Résultats scientifiques passés des membres de l'équipe Authenticité de l'équipe (homogénéité, collaboration effective) Qualité de la production scientifique de l'équipe Composition adéquate de l'équipe (chercheurs, étudiants, techniciens) Stabilité de l'équipe Progression des activités de recherche Bonne conception du projet de recherche Contribution à des objectifs précédemment identifiés Présentation du projet (contenant toutes les informations pertinentes) Utilisation judicieuse de la subvention Nombre de réponses il " 2 I II 12 il ï I II I il I il a. Chiffri s insuffisant pour être représentatif du classement établi par le comité n Geneviève Benezra

57 TABLEAU 3. Critères essentiels de refus (par ordre de priorité de 1 à 9). Ensemble des comités Critère de refus Comités d'évaluation du FCAC Faiblesse de conception du projet de recherche du point de vue scientifique Incompétence scientifique des équipes Faible productivité scientifique des chercheurs de l'équipe Composition inadéquate de l'équipe (chercheurs, étudiants, techniciens) Double emploi du projet avec d'autres travaux Insuffisance de la production scientifique de l'équipe Manque de netteté dans la direction de l'équipe Financement extérieur suffisant Projet de recherche n'entrant pas dans le cadre des thèmes prioritaires I I I I I Parmi les raisons des modifications du sujet de recherche (dont une faible proportion de chercheurs nous ont fait part), trois causes principales ont été identifiées : un effort d'adaptation à des orientations nouvelles de l'unité administrative dont l'équipe dépend (départements, centres, etc.), 28,6 %; la modification dans la composition de l'équipe de recherche, 28,6 % ; enfin.un effort d'adaptation aux exigences du programme FCAC, 214 %, d'où l'on peut déduire que les thèmes prioritaires ont pu jouer un certain rôle. Lès craintes des chercheurs Alors que les chercheurs ne semblent pas considérer les thèmes prioritaires comme un facteur d'orientation de leurs recherches, comment peut-on expliquer la coïncidence entre les projets en cours et les thèmes prioritaires tels que démontrés par les statistiques du M E Q? Faut-il en conclure que la perception par les chercheurs des besoins en recherche du milieu québécois est conforme à celle des administrateurs publics ou que l'élaboration de thèmes s'est faite à posteriori comme l'indique de façon paradoxale l'énoncé cité plus haut? Il nous semble qu'il y ait un écart entre les intentions exprimées et les actes accomplis aussi bien de la part des chercheurs que de celle des autorités responsables du programme. Les deux parties, sans l'admettre explicitement, effectuent des compromis facilitant les actions de l'autre. Les médiations apparaissent clairement si l'on analyse les faits suivants. Le M E Q affirme, d'une part, le principe du financement des recherches orientées et appliquées aux problèmes identifiés par les organismes publics mais, d'autre part, il définit les thèmes prioritaires de façon vague et générale en tenant compte surtout des ressources scientifiques déjà existantes et des projets de recherche en cours. Afin de préserver la légitimité de ses initiatives auprès de la communauté académique, il institue la sélection des demandes de subvention par des comités composés d'universitaires, en laissant échapper le contrôle de la distribution des ressources* : Les chercheurs universitaires semblent opposer, une résistance de principe à une intervention directe des autorités gouvernementales dans la définition de leurs sujets de recherche car ils trouvent dans le fonctionnement du programme la confirmation de leurs craintes à suivre les aléas des priorités gouvernementales. E n effet, les conditions d'apparition, de modification et : de Problèmes d'orientation de la recherche universitaire 247

58 communication de ces thèmes illustrent' l'incohérence et l'instabilité des volontés politiques considérées généralement comme incompatibles avec les conditions d'exercice de la recherche scientifique. Toutefois, les chercheurs québécois particulièrement sensibles aux problèmes socioéconomiques et culturels de leur collectivité", craignant la suppression ou la diminution des fonds alloués ainsi que la compétition avec d'autres équipes plus complaisantes, se conforment à certaines exigences du programme. La communauté disciplinaire restreinte représentée dans les comités d'appréciation facilite les communications non officielles et les adaptations progressives, ce qui ne va pas sans créer de nombreux inconvénients dans le m o d e d'évaluation et l'efficacité du programme, comme nous l'avons démontré ailleurs. Quelques conclusions Les gestionnaires du programme FCAC et la communauté scientifique universitaire se sont entendus sur la poursuite de l'objectif de l'excellence de la production scientifique garantissant une formation scientifique appropriée et assurant l'obtention des ressourcesfinancières auprès des organismes de subvention fédéraux. Le problème s'est compliqué lorsque la qualité scientifique a signifié, pour les uns, la contribution au progrès des connaissances par des moyens traditionnels de communication scientifique (articles, livres) et a représenté, pour d'autres, la production socialement utile sous forme de rapports, de brevets, etc., répondant aux besoins immédiats des usagers de la recherche. Cette deuxième acception de la qualité scientifique déborde le cadre habituel dans lequel s'effectue la recherche universitaire ; elle retarde la reconnaissance par les pairs et complique la carrière académique du chercheur. Dans un milieu académique, il est plus habituel d'exiger des travaux de haute qualité scientifique sans se préoccuper de leur utilisation socio-économique immédiate. Les finalités du programme FCAC ont été perçues par les chercheurs d'après leurs termes de référence habituels, c'est-à-dire qu'ils visent essentiellement la réalisation des objectifs de la recherche universitaire : la contribution au progrès scientifique et à la formation scientifique. Quant aux vues des autorités politiques concernant le programme F C A C en termes de thématisation, d'orientation socio-économique, de planification, d'utilisation, etc., l'influence du programme reste superficielle, mal comprise, ressentie comme une intervention inappropriée du pouvoir politique. Il faut ajouter que peu de chercheurs connaissent le processus de décision qui a engendré les thèmes prioritaires. Ces thèmes et actions prioritaires, définis de façon trop générale par quelques hommes isolés de la masse des chercheurs, sont perçus c o m m e de simples «politicailleries» ou arguments pour obtenir des fonds pour la recherche auprès d'un gouvernement insensible aux besoins d'une recherche libre. Pour les chercheurs le programme semble constituer surtout une source complémentaire de financement pour la recherche académique conforme à sesfinalités propres 18. La substance de la polémique L'ambition du programme FCAC a été de réunir tout un éventail d'objectifs dans le cadre d'une seule institution. Dès le départ, il était difficile de concevoir la réussite totale d'une telle entreprise.'c'est une situation idéale à laquelle aspiraient les fondateurs du programme FCAC, sans tenir compte de la difficulté definancer une recherche qui serait en même temps excellente d'un point de vue purement scientifique (conforme aux exigences de la qualité, généralement disciplinaires), appliquée aux. problèmes socioéconomiques (difficilement identifiables dans le processus d'évaluation scientifique traditionnel) et capable d'assurer une formation adaptée aux besoins. Le caractère abstrait et général des objectifs du programme et un manque de rigueur dans l'application de 248 Geneviève Benezra

59 ses conditions et la conformité à ses exigences s ont, dans une certaine mesure, favorisé un a Ces problèmes constituent non seulement les enjeux du programme mais sont la substance laisser-faire. De nombreux résultats paraissent même de la polémique engendrée dysfonctionnels par rapport à ces objectifs et semblent relativement plus conformes s aux normes traditionnelles des chercheurs s académiques 19. Les autorités responsables du programme e n'ont pas trouvé, jusqu'à présent, de solutions acceptables pour les parties impliquées s (universitaires et gestionnaires gouvernementaux) quant au choix concernant les s - décisions en matière d'investissement pour r la recherche libre ou orientée, fondamentale e ou appliquée ; ou bien concernant la concentration par les différentes conceptions de la poli- tique scientifique du Québec. Le programme FCAC n'est qu'un des outils d'intervention des autorités dans la tentative d'orientation de la recherche universitaire. L'impact du programme ne fait qu'illustrer les relations ambiguës entre la communauté scientifique et les pouvoirs publics et la difficulté de tenir compte de la distinction mise en lu- mière par le rapport Harvey Brooks entre les choix stratégiques et tactiques : critères d'opportunité socio-économique ou critères ou le «saupoudrage» des subventions.. de mérite scientifique. D Notes 1. La recherche qui a servi de base à cette publication a été effectuée sous la direction de l'auteur avec la participation de Camille Limoges et Yakov Rabkin, professeurs, et de Jacques Bernier, attaché de recherche à l'institut d'histoire et de socio-politique des sciences de l'université de Montréal. Les étudiants suivants ont participé à la compilation ou au traitement d'une partie des données : Enrique Colombino, Robert Trudel, Elizabeth Julg, Dominique d'orsonnens, Marie-Janie Chartier, Lucie Houde et Jacques Bazinet. La recherche a été financée grâce au contact accordé à l'institut par la Commission de la recherche universitaire du Québec. Nous aimerions remercier Louis Maheu, Jorge Sabato, Isabelle Lasvergnas-Gremy, Marcel Fournier et Paule Laberge pour leurs précieux commentaires sur une première version de cet article. 2. J. MacDonald et al., The role of the Federal Government in support of research in Canadian universities, Conseil scientifique du Canada, avril 1969 ; «Comité sénatorial sur la politique scientifique du Canada, sous la présidence du sénateur M. Lamontagne», dans : Information Canada, vol. 3, R. Duchesne, La science et le pouvoir au Québec ( ), Éditeur officiel du Québec, 1978, p ibid., p Comité des politiques scientifiques du Québec, Les principes de la politique scientifique : Politique + Science = Développement, Québec, décembre 1972 ; L. Ouellet, «Pourquoi une politique scientifique au Québec?», ACFAS, Annales vol. 41, n 2, 1974 ; L. Berlinguet, «Un besoin urgent : une politique scientifique pour le Québec», Science forum, vol. 28, n 4, Ministère de l'éducation du Québec, Les subventions de formation de chercheurs et d'action concertée, brochure explicative, 1972, p D. Drew, Science development, an evaluation study, un rapport technique présenté au National Board on Graduate Education, Washington D.C, juin 1975 ; A. Carter, An assessment of quality in graduate education, Washington D.C., American Council of Education, 1966 ; M. Yovits et al (dir. publ.)> Research program effectiveness, New York, N.Y., Gordon and Breach, Ministère de l'éducation du Québec, op. cit., note Ibid. 10. Conseil des universités, Avis du Conseil des universités au Ministère responsable de l'enseignement postsecondaire sur les objectifs du programme FCAC, Québec, septembre 1976 ; Commission de la recherche universitaire, Pour une politique québécoise de la recherche orientée, Québec, juin Ministère de l'éducation du Québec, op. cit., note 5 ; brochures explicatives, novembre 1974 et janvier Problèmes d'orientation de'la recherche universitaire 249*

60 12. Conseil des universités, op. cit., note 9 ; «Avis sur le document de travail sur les stratégies triennales d'allocations de ressources pour le réseau universitaire», Québec, juin Ministère de l'éducation du Québec, «Document de travail sur les stratégies triennales d'allocation de ressources pour le réseau universitaire, », Québec, avril Ministère de l'éducation du Québec, op. cit., note Ibid. 16. Y. Rabkin, dans G. Benezra et al., Caractéristiques et impact du programme FC AC. Rapport préliminaire soumis â la Commission de la recherche universitaire, Montréal, avril 1977, p M. Fournier et L. Maheu, «Nationalismes et nationalisation du champ scientifique québécois», Sociologie et sociétés, vol. VII, 1975, p ; M. Fournier, «L'institutionnalisation des sciences sociales au Québec», Sociologie et sociétés, vol. 1, mai 1973, p «Intrigues et manœuvres paralysent le Service de la recherche universitaire», Le devoir, 27 octobre 1977, Montréal ; «La purge continue au ministère. Un traitement de faveur à l'université du Québec», Le devoir, 3 novembre 1977, Montréal ; G. Benezra, Politics and peer review external pressures on scientific evaluation in a politically oriented support program (sous presse). 19. G. Benezra et al., op. cit., p. 205 et Geneviève Benezra

61 La révolution scientifique et technique dans la République socialiste du Viet Nam Nguyên Khac Viên Après avoir exposé les raisons du retard constaté dans le progrès scientifique de son pays, un spécialiste esquisse les lignes d'un vaste projet de développement qui doit permettre à la République socialiste du Viet Nam de devenir, en Van 2000, un pays moderne et économiquement indépendant. En 1863, le lettré Nguyên Truong Tô présenta à l'empereur Tu Duc une supplique exposant un projet de rénovation de l'enseignement, comportant l'introduction des sciences naturelles et des techniques et l'envoi d'étudiants en Occident. La monarchie vietnamienne l'empereur et les grands dignitaires enlisée dans son orthodoxie confucéenne, rejeta le projet. L'occasion fut ainsi perdue pour le pays d'opérer une rénovation semblable à celle qui eut lieu au Japon. - " Le Viet Nam devait connaître une longue période d'occupation coloniale ( ), au cours de laquelle les sciences et les techniques furent presque entièrement négligées. L'université coloniale ne pouvait recevoir que cinq cents étudiants et ne comportait ni faculté des sciences, ni école d'ingénieurs. Une faculté de médecine et de pharmacie, une école de droit, une école des beaux-arts formaient un contingent minime de médecins, de juristes et d'artistes qui occupaient, dans l'administration coloniale, des postes subalternes. Les rares recherches qui s'opéraient étaient conduites par des Français. En 1945, au sortir de la seconde guerre mondiale, les pays du monde entier entreprirent une deuxième révolution industrielle à un rythme accéléré. Le Viet Nam dut, quant à lui, consacrer tous ses efforts à une guerre de libération nationale qui devait durer trente ans. En 1975, date de sa libération, le Viet Nam se devait donc de rattraper un retard scientifique et technique important : la.première révolution industrielle celle que l'occident avait accomplie du XVIII e siècle jusqu'au milieu du xx e siècle et la deuxième révolution industrielle, qui avait démarré vers Trois révolutions connexes Le problème crucial qui se pose donc au Viet Nam libre et indépendant est le suivant : comment assurer son indépendance scientifique et technologique, base de l'indépendance économique. Dès les années soixante, alors que la guerre contre les États-Unis d'amérique en était à ses débuts, le Parti communiste vietnamien avait déjà défini sa politique générale, mettant au centre de ses préoccupations le développement scientifique et technique. Cette ligne générale a été précisée peu après, pour aboutir à la formulation suivante : la révolution technique et scientifique est le maillon principal qui va de pair avec la révolution dans les rapports de production et la révolution culturelle et idéologique. impact : science et société, vol. 29 (1979), n 3 25I

62 Nguyen Khac Viên Né en 1913, l'auteur est médecin et s'est spécialisé dans la recherche sur la gymnastique médicale; il a également beaucoup pratiqué la physiothérapie. Le Nguyên est l'auteur d'une anthologie en quatre volumes de la littérature vietnamienne de l'antiquité à Il est actuellement rédacteur en chef du trimestriel Études vietnamiennes, publié à Hanoï en anglais et en français. Outre sa langue maternelle, le vietnamien, le If Nguyên connaît bien le chinois classique, l'anglais, le français et le russe. D r Ces trois révolutions agissent l'une sur l'autre et ne peuvent être menées-à bien séparément mais la révolution technicoscientifique est la plus importante, la plus fondamentale dans l'histoire actuelle de la République socialiste du VietNam. La guerre de libération nationale même une guerre du peuple a acquis au fur et à mesure de son développement un caractère technique de plus en plus poussé. Sans la maîtrise de nombreuses techniques modernes (artillerie, aviation, fusées, radar et logistique), cette guerre n'aurait pu être gagnée. Aujourd'hui que la paix est rétablie et que le pays est réunifié, l'évolution scientifique et technique peut s'effectuer dans des conditions plus favorables. Le travail mené au cours de la période précédente a créé les prémisses d'un développement rapide. Une des conditions fondamentales du progrès scientifique dans un pays nouvellement indépendant a été l'usage de la langue nationale c o m m e langue véhiculaire dans l'enseignement à tous les degrés. Dès 1945, immédiatement après la déclaration d'indépendance, le gouvernement vietnamien a imposé l'usage de la langue nationale dans tout le système scolaire, y compris dans l'enseignement supérieur, en remplacement du français. La science à l'époque des combats A cet effet, il a fallu élaborer toute la terminologie scientifique et technique travail qui a nécessité le concours des intellectuels de toutes les disciplines pendant de longues années et qui s'est poursuivi dans les bases de la résistance durant la première période de celle-ci(i945-i954). E n 1954, dans la moitié nord du pays entièrement libérée, l'enseignement dispensé dans la langue nationale put prendre un essor considérable, essor qui s'est poursuivi même durant les années des bombardements américains. Dans les années soixante, parallèlement au développement de l'enseignement supérieur et de l'enseignement technique, des instituts de recherche furent mis sur pied. Un Comité d'état des sciences et des techniques fut créé pour donner l'impulsion et gérer le développement scientifique. Ce comité devait par la suite se scinder en deux : l'un pour les sciences et les techniques de la nature, l'autre pour les sciences sociales et humaines. Une cinquantaine d'instituts (de médecine, d'agronomie, de physique, de mathématiques, de linguistique, d'histoire, d'ethnologie, et bien d'autres) furent ainsi fondés. Durant la période des bombardements américains, ces universités.et instituts se replièrent dans les villages et dans les forêts, emportant avec eux livres et matériel. Tout en participant à la résistance nationale, les professeurs et les étudiants, les chercheurs et les techniciens n'en continuèrent pas moins leurs travaux. La pénurie matérielle constitua certes une entrave sérieuse mais le combat et le contact quotidien avec les hommes du peuple furent de grands stimulants. En dépit des dures conditions imposées par la guerre, les travailleurs scientifiques vietnamiens réussirent à trouver la solution à maints problèmes posés par le combat et par la production. Il fallait trouver des thérapeutiques de rechange car les médicaments importés n'arrivaient plus. A cet effet, il 252 Nguyên Khac Viên

63 fallut donner l'impulsion à un vaste mouvement populaire d'hygiène sociale, revaloriser la médecine traditionnelle, mettre au point des techniques culturales appropriées pour promouvoir le développement agricole. Ou bien encore, il fallut de toute urgence maîtriser de nombreuses techniques militaires pour faire face à un ennemi doté des engins de guerre les plus modernes et les plus complexes. On peut dire que les hommes de science et les techniciens de notre pays ont apporté une contribution importante à la victoire nationale. Résoudre des problèmes concrets A la libération complète du Viet Nam en 1975, le Nord disposait d'un contingent assez important de cadres scientifiques et techniques et d'un réseau considérable d'instituts de,recherche et d'universités couvrant de nombreux domaines. Si. les cadres n'ont pas encore beaucoup d'expérience (ni dans le domaine industriel, ni dans celui de la recherche), si les instituts sont équipés de façon sommaire et si les locaux manquent, il n'en reste pas moins que les scientifiques et les techniciens vietnamiens disposent d'un atout majeur : la possibilité de travailler directement sur les grands problèmes du développement écono- 1 mique, social et culturel du pays, avec l'aide et le soutien d'un gouvernement et d'un parti dirigeant qui ont assigné à la science et à la technique un rôle majeur. Sous la direction d'un parti éclairé, ils doivent s'atteler aux problèmes concrets et les résoudre dans le contexte du pays. La structure de la recherche dans la République socialiste du Viet Nam La direction générale de la recherche scientifique et technique est assurée par le Centre national de la recherche scientifique de Hanoï. Le président du centre est le ministre de la recherche en exercice, Tran Quynh. Il est assisté par sept vice-présidents, dont chacun dirige un institut ou un département (par exemple, celui de la coopération internationale). Les instituts situés à Hanoï sont ceux de physique, chimie, biologie et sciences de la Terre. Il y a d'autres instituts de recherche (leur nombre total est de 58) à Ho Chi Minh-Ville, Haïphong, Dat La et au sein des universités de Hanoï, Ho Chi Minh-Ville et Hué. Institut de physique. Dirigé par Nguyen Van Hieu, cet institut effectue des recherches en géominéralogie, analyse optique et spectrale des micro-éléments, fluorescence et technologie du laser. Il joue notamment un rôle important dans le développement d'une industrie électronique endogène et a ainsi contribué à la production, l'année dernière, des premiers transistors et postes de radio entièrement fabriqués dans la République, socialiste du Viet Nam. Il mène aussi des recherches dans les domaines de la cristallographie, de l'analyse des rayons X et d'autres rayonnements, de la génération. de neutrons, des semi-conducteurs et autres éléments solides et de l'électronique quantique. Institut des sciences de la Terre. Cet institut fait des recherches en géologie, géophysique et géographie. Il se consacre surtout, actuellement, à effectuer des levés cartographiques pour publier l'année prochaine un atlas national qui devrait comprendre 600 cartes décrivant les caractéristiques météorologiques et climatologiques, hydrologiques, démographiques, épidémiologiques, La révolution scientifique dans la République socialiste du Viet Nam 253

64 biologiques (faune etflore),minéralogiques et industrielles du pays. Pour venir à bout. de cette tâche herculéenne, Nguyen Tran Can et Le Duy Bach font effectuer des levés par des stations de recherche spéciales disséminées dans tout le pays. Dans le domaine plus spécifique des sciences de la Terre, l'institut, qui joue aussi pour le moment le rôle d'observatoire national/ exécute actuellement des projets de : recherche portant sur la géomorphologie, la tectonique générale et la géologie des isotopes. Institut de chimie. L'institut, qui est dirigé par Tran Nguyen Tien, dresse actuellement un catalogue des plantes médicinales sur la. base de la taxinomie chimique. Il fait également des recherches sur les terpènes, Steroides et alcaloïdes végétaux et poursuit très activement un programme visant à créer une industrie des huiles commerciales extraites de l'anis, du basilic, de la cannelle, de la citronnelle et de la menthe. Il est essentiel pour la République socialiste du Viet Nam que les produits chimiques et les solvants soient utilisés avec soin et sans gaspillage et recyclés dans tous les cas où cela est possible. L'institut fait également des recherches sur la régulation des hormones végétales et de la croissance et sur la culture à l'échelle industrielle de produits tels que le riz, le maïs et les légumes. Institut de biologie. Il est dirigé par Tranh, Dinh Ly, qui supervise des activités de recherche visant à tirer parti de futures applications biologiques. L'un de ses. collaborateurs, Nguyen Tai Huong, fait des recherches sur l'enrichissement de la viande de volaille en protéines. Phan Van Chi dirige des recherches sur les acides aminés, Le Xuan Tu sur la radiobiologie, Phanh Thanh Luu sur les engrais biologiques et Le Tran Binh sur un engrais naturel quifixel'azote, Yazolla. En botanique et en zoologie, Tran Ngoc Ninh et Phan The Vief sont en train d'établir un catalogue où seront répertoriés une centaine d'espèces animales diverses, mille oiseaux et trois cents reptiles, ainsi que sept mille plantes réparties en deux cents familles. En entomologie, Vu Quang Con. s'occupe essentiellement de recherches sur les insectes nuisibles à la culture du riz. Institut de microbiologie. Cet institut est en cours de rénovation et devrait rouvrir sous peu. Le directeur du Département de la coopération internationale est Nguyen Van Huong. {Extrait d'une étude faite par l'unesco.] C'est ainsi, par exemple, que le corps m é dical a résolu de nombreux problèmes : la fabrication des vaccins et les vaccinations à grande échelle, la mise au point de nombreuses thérapeutiques adaptées aux conditions du pays ; les agronomes ont trouvé la solution aux multiples questions d'une «révolution verte» adaptée (nouvelles variétés de riz, engrais verts, mécanisation). Dans le même esprit, la prospection des ressources naturelles a été menée activement par les géographes, les géologues, les botanistes, les zoologistes, les océanographes. D e nombreuses études menées par les archéologues, les historiens, les linguistes et les ethnographes ont éclairé d'un jour nouveau les origines et l'évolution du peuple vietnamien ainsi que des nombreux autres groupes ethniques du pays. En dépit de la guerre, les relations avec les milieux scientifiques internationaux ont pu être maintenues, non seulement avec les pays 254 Nguyên Khac Viên

65 socialistes mais aussi avec d'autres pays. De nombreux chercheurs et étudiants ont fait leurs études en Union soviétique, en Chine et dans les autres pays socialistes. Des savants français, suédois, néerlandais et américains sont venus à Hanoï durant les années de guerre travailler avec leurs collègues vietnamiens. Une aide importante a été apportée par les" scientifiques de beaucoup de pays aux bibliothèques et laboratoires de Hanoï. Quelques objectifs futurs Avec la paix et la réunification, les scientifiques vietnamiens se trouvent dans des conditions bien plus favorables pour œuvrer au développement de leur nation. Qu'ils soient formés au Nord ou au Sud, les scientifiques et technologues peuvent désormais mettre leurs efforts en commun. Depuis trois ans, de nombreux congrès ont réuni les travailleurs scientifiques des deux zones afin de mettre au point les modalités de coopération et d'intégration des universités et des instituts de recherche : colloques de mathématiques, des sciences de la Terre, de biologie, des sciences de la mer, de physique, etc. Les grands thèmes pour les travaux à venir sont les suivants : établissement du bilan complet des ressources naturelles du pays ; rénovation rapide des instruments de production, des outils les plus rudimentaires aux équipements les plus modernes ; développement des sciences fondamentales et, en particulier, des mathématiques ; revalorisation des techniques et des sciences traditionnelles, en particulier dans le domaine médical; études sociologiques, psychologiques, éthiques, tendant à définir les contours de l'homme nouveau ; mise au. point d'un système d'information scientifique et technique efficace et rapide ; rénovation de l'enseignement des sciences. Les résultats obtenus depuis quelques années permettent d'espérer que, dans un avenir proche, la République socialiste du Viet Nam disposera de structures adéquates et d'un personnel compétent pour assurer son développement scientifique et technique. On prévoit que, dans une vingtaine d'années, il disposera d'une économie mo derne et indépendante, rattrapant ainsi son retard dû à la colonisation et à la guerre. D La révolution scientifique dans la République socialiste du Viet Nam 255

66 Recherche et éducation directe Yona Friedman Les chercheurs des laboratoires ont souvent l'intention louable de soulager les misères humaines. Cependant, la recherche risque de ne pas répondre aux besoins de l'homme si ses résultats ne sont pas appliqués par des personnes qui sont elles-mêmes dans la nécessité car ce sont elles qui savent le mieux ce qui leur est véritablement nécessaire.! S \ TOI Le scientifique risque de ne pas atteindre son but s'il ne connaît pas les véritables besoins de la population... f!> i Ul... ou s'il ne peut ou ne sait pas utiliser les - techniques nécessaires.. et son travail risque de rester sans effet s'il ne sait pas... Par conséquent, les : recherches visant à! satisfaire les besoins de l'homme n'ont " de sens que comment les gens peuvent exploiter les résultats de ses recherches.... s'il y a communication. réciproque entre chercheur et utilisateur... "ET5] LABORATOIRE 1 scientinque ^ ^ Pt Le public ne peut pas appliquer les résultats de la recherche scientifique s'il n'en connaît pas l'existence ce qui n'est - - possible qu'avec un langage simple accessible au villageois... impact : science et société, vol. 29 (1979), n 3 257

67 Yona Friedman L'auteur, architecte français né à Budapest, s'intéresse depuis longtemps à Vautoplanification et à la dimension critique des groupes au-delà de laquelle il y a rupture de la communication. Yona Friedman a travaillé comme consultant auprès du Programme des Nations Unies pour l'environnement, du Conseil de l'europe et du Ministère français de l'environnement ; il est aussi l'auteur de nombreux films '.'. d'animation et il a contribué au dessin de pictogrammes pour divers manuels. En 1976, il a participé en tant qu'expert à la préparation de la Conférence des Nations Unies sur l'habitat, qui s'est tenue à Vancouver. Son adresse est :42, boulevard Pasteur, Paris (France) ; téléphone ou comme celui des : senes d'affiches (ou de journaux muraux) donnant des explications sous forme de dessins et de textes simples."- La plupart des communautés comptent quelques : personnes qui savent lire... Les auditeurs font davantage confiance au lecteur s'ils peuvent comprendre tout seuls au moins une partie de l'affiche (par exemple en interprétant les dessins). Ce genre de journal mural est accessible au public vingt-quatre heures sur vingt-quatre (s'il y a assez de lumière pour le lire). On peut en discuter à tout moment et il revient moins cher que des ' brochures (car une affiche peut être lue par des milliers de personnes). Voici un exemple précis... \... et sont prêtes à lire des affiches aux.autres. _.... C'est en général l'instituteur local qui fera la lecture publique. Sujet : L'irrigation goutte à goutte. 258 Yona Friedman

68 Les plantes nous nourrissent mais elles ne peuvent pas pousser sans eau. Sur ioo gouttes de > pluie, 49 s'évaporent au soleil et 49 autres sont absorbées par le sol. WM/}/kiaif/inm. Cette eau peut venir des nuages, c'est la ; pluie; Deux gouttes seulement sur 100 atteignent donc la plante. C'est assez. elle peut venir de. rivières ou de lacs... L'irrigation est une : technique qui permet d'apporter artificiellement de l'eau aux plantes par des canaux ou même de puits.... par des arroseurs et d'autres systèmes du même genre. L'eau qui vient de ces diverses sources ne peut pas être utilisée entièrement pour arroser les plantes : - les plantes n'en reçoivent qu'une. petite partie. Les méthodes d'irrigation traditionnelles ne sont pas plus efficaces que la pluie seules 2 gouttes d'eau sur ioo atteignent... une seule plante. Recherche et éducation directe 259

69 On peut arroser une plante avec très peu d'eau et si vous l'enfoncez tête en bas dans la terre près de la plante si on la dirige directement sur les ; racines. ;... il n'y aura presque pas d'eau évaporée et perdue ; la plus grande partie de cette eau atteindra la plante. C'est ce qu'on appelle l'irrigation goutte à goutte ; elle peut prendre plusieurs formes. La plupart des plantes peuvent être arrosées avec environ ï litre d'eau par jour... Vous pouvez faire de simples vases de terre cuite avec de petits trous au fond (pour permettre à l'eau de s'égoutter).... alors qu'il en faut beaucoup plus avec les méthodes d'irrigation traditionnelles. Vous pouvez faire des vases de forme conique (il est plus facile de les ficher dans la terre).. A Si vous remplissez d'eau, au tiers ou à la moitié, une bouteille ordinaire... Vous pouvez aussi leur mettre un couvercle amovible (ce qui facilite le remplissage). 260 Yona Friedman

70 Avant de remplir les réservoirs d'irrigation, vous pouvez mélanger l'eau... Il y a encore d'autres manières d'arroser les plantes dans les régions où l'eau est rare.... avec des'engrais comme l'urine ou le fumier. Toutes ces techniques demandent plus de travail que l'irrigation classique (il faut remplir périodiquement chaque réservoir d'irrigation)... Ainsi vous utiliserez de manière très économique aussi bien l'eau que l'engrais.... mais cela permet de faire pousser beaucoup plus de plantes avec la quantité d'eau limitée dont vous disposez. Conclusion Vous avez pu constater que : a) des images simples se prêtent à une interprétation aisée ; b) les brèves indications écrites sont rédigées dans une langue simple et communicable à des individus ayant reçu un minimum d'éducation scolaire (ou pas du tout) ; c) le sujet abordé est très concret; d) l'affiche, qui peut être imprimée en couleurs vivantes et attrayantes, comporte suffisamment d'espaces blancs pour donner au spectateur envie d'en assimiler le message (et pour laisser suffisamment de place à ses propres commentaires). En utilisant cette méthode, les responsables des systèmes d'éducation ou de formation (proprement ruraux ou à la fois ruraux et urbains) pourraient contribuer efficacement à l'amélioration des conditions de vie dans des régions menacées par la pénurie et la misère. D Recherche et éducation directe 261

71 Une maison autonome dans un climat tempéré George Armstrong On trouvera ici la description d'une des nombreuses habitations expérimentales actuellement conçues pour exploiter le rayonnement solaire disponible et ne pas dépendre des équipements collectifs. Elle se trouve dans la région des Midlands (Royaume-Uni). Dans la plupart des pays, le nombre de personnes propriétaires de leur logement étant en progression constante, la qualité et la conception des habitations vont en s'améliorant. L'idée que les travailleurs vivent à l'intérieur de boîtes non chauffées (dans le cas de mon pays) ou non climatisées, fournies par la municipalité, n'est pas admissible. Nous voulons et, grâce à nos revenus accrus, nous pouvons acheter des logements confortables dotés d'une climatisation centrale, d'une plomberie de bonne qualité et des autres principaux équipements. Mais nous vivons à l'ère de l'incertitude. La crise des combustibles fossiles de 1973/74 a mis en lumière ce fait surprenant que les sociétés industrielles reposent sur une erreur fondamentale. Ces sociétés se sont développées à une époque où l'énergie était bon marché, où nous ne savions pas que nos sources de combustibles sont limitées. Nous avons gaspillé des ressources irremplaçables au point d'être confrontés aujourd'hui à un problème planétaire, cependant que nos réserves s'épuisent. D'après les estimations actuelles, nous avons encore assez de pétrole et de gaz naturel pour une quarantaine d'années en tablant sur des taux d'extraction et d'utilisation inchangés. Nous nous attachons maintenant, avec un sentiment d'urgence de plus en plus vif, à conserver les stocks d'énergie qui nous restent et à trouver des sources de remplacement. Dans le domaine de l'habitation, la conception de l'aménagement et de la construction est entièrement à revoir. La maison doit désormais utiliser le moins possible les combustibles actuels et pouvoir s'adapter à n'importe quelle forme nouvelle d'énergie. A cause des frais élevés que cela entraîne, on ne peut transformer d'un coup les habitations existantes. C'est donc progressivement qu'il faut s'acheminer vers un habitat autonome, du moins jusqu'à ce que le cours changé des événements nous force à acquérir cette autonomie. Aussi importe-t-il, durant cette période de transition, de développer notre recherche, d'adapter les logements existants (dans la mesure du possible) en vue de conserver l'énergie et encourager le public à admettre la possibilité de construire des logements confortables n'exigeant d'autre énergie que celle qu'eux-mêmes produiront. Conduites et pompes à chaleur Pour le moment notre effort de recherche est axé sur le chauffage solaire, qui laisse entrevoir des résultats rapides. Déjà en 1961, le Royaume-Uni possédait la première école au monde chauffée par l'énergie solaire et impact : science et société, vol. 29 (1979), n 3 263

72 dans le mur solaire, et de stores à l'extérieur. George H. Armstrong Un nouveau projet en cours à Salford vise à mettre au point un système de chauffage L'auteur, membre de la British Society of fonctionnant selon le principe du réfrigérateur. Nous savons tous qu'un réfrigérateur Authors, s'intéresse principalement à la construction de maisons et au progrès électromécanique est en fait une espèce de de l'habitat en général. On peut le contacter pompe à chaleur qui, au moyen du condensateurfixéderrière l'appareil, évacue la cha à l'adresse suivante : 28 Summerdale Road, Queensferry CH5IXB leur produite à l'intérieur du réfrigérateur. (Royaume-Uni). Il s'intéresse également Mais on peut aussi bien installer le condensateur ailleurs, de façon à produire davantage aux problèmes sociaux relatifs à la technologie complexe, ainsi qu'aux moyens de transport. l'on se souciait plus alors d'économiser l'argent que l'énergie. St. George's School, à Wallasey, était l'œuvre de Emslie Morgan, architecte aujourd'hui disparu, et sa conception représentait.pour l'époque un grand progrès. Maintenant, avec la hausse vertigineuse du coût de l'électricité, la rentabilité de l'installation est inopinément compromise. Malgré tout, l'école continué à économiser de l'énergie..st. George's School est un bâtiment en longueur, assez étroit; sa toiture et trois de ses murs extérieurs sont bien isolés à l'extérieur avec du polystyrène expansé. Les murs: ont une grande capacité thermique afin de. conserver la chaleur diffusée par le quatrième m u r (exposé au sud) fait entièrement de panneaux solaires en verre. Par temps couvert, on a recours à un chauffage d'appoint constitué de lampes au tungstène. Des fenêtres sont aménagées dans le mur solaire pour l'aération. A Bebington (Cheshire), une terrace (rangée de maisons attenantes) comportant neuf unités expérimentales utilise également un mur solaire modifié. Sa façade, exposée au sud, est entièrement vitrée mais doublée, à 1,22 mètre en retrait, d'une paroi de briques noires. La chaleur passant à travers la vitre est captée par cette paroi et chaque occupant peut admettre l'air chaud dans des conduites situées sous le plancher en actionnant un petit dispositif de contrôle. Chaque maison est dotée d'un panneau d'aération ménagé d'air chaud, qui serait mieux utilisé. Suivant ce principe, on a construit côte à côte deux maisons possédant de doubles murs très épais. Dans les creux ainsi "formés, de la glace est produite sur des claies, puis transformée en chaleur qui est acheminée par des conduites', dans une maison et, dans l'autre, par des tuyaux situés sous le plancher. Près de Macclesfield, une vieille remise de ferme a été transformée en vue d'utiliser le chauffage et la climatisation par l'énergie solaire (au moyen d'un échangeur de chaleur). Elle.produit aussi son électricité, à l'aide d'une éolienne à rotors, «à la crétoise». Cette expérience a démontré l'importance d'une bonne isolation. Le plancher repose sur du polystyrène. L'extérieur des murs est recouvert de matériau imperméable maintenu par. des lattes de bois. Puis on a fixé sur les lattes des tuiles de bois débordantes du genre utilisé en Suède, pour que l'ensemble du bâtiment soit encore mieux isolé. Un prototype néerlandais Des recherches très intéressantes sont effectuées aux Pays-Bas. Dans le district de Luytelaar, à Eindhoven, on a mis plus de deux ans pour construire une maison solaire expérimentale coûtant florins (environ dollars). Dans ce pays, c'est le premier bâtiment conçu dès l'origine pour utiliser les rayons du soleil, par C. van Koppen, chargé de cours sur l'énergie solaire au Technische Hogeschool te Eindhoven (Université de technologie d'eindhoven). Un programme national de 264 George Armstrong

73 recherche prévoit la construction de plusieurs milliers de maisons incorporant les perfectionnements techniques actuellement mis au point. Les calculs actuels sont basés sur la réalisation d'une économie de 53 % de la consommation de gaz naturel pour le chauffage de chacune de ces maisons. Une équipe de cinq personnes travaille à un vaste programme de recherche s'étendant jusqu'à la fin de 1981, afin d'évaluer l'efficacité des installations. Toutes les cinq minutes, des relevés sont faits en cinquante points, et les données sont traitées sur ordinateur. L'un des traits originaux de la maison de van Koppen est que la zone de captage solaire occupe tout le plan du toit (51 m 2 ) exposé au sud, les collecteurs couvrant toute sa longueur. D'après les estimations, 40 % de notre consommation d'énergie sont absorbés par le logement ; toutes ces maisons expérimentales, et celles qui seront construites à l'avenirj devraient donc présenter un très grand intérêt et montrer comment de nouvelles réductions de la consommation actuelle d'énergie peuvent être opérées. Pourtant, aucun de ces modèles n'apparaît comme une réponse entièrement satisfaisante à nos problèmes. La seule solution véritable est l'autonomie complète de l'unité d'habitation et il nous faut entreprendre maintenant la construction de logements bon marché couvrant euxmêmes leurs besoins d'énergie. «Ecologe», une habitation quasi autonome Pour prouver que la chose est possible, il est une expérience qui touche à sa fin à Macclesfield, où Raymond Maddock construit une demeure autonome entièrement conçue par lui. Il est convaincu que la maison de l'avenir devra utiliser les éléments naturels soleil, vent et pluie et, s'appuyant sur l'environnement immédiat, être aussi autonome que possible. Il a baptisé la sienne Ecologe ; celle-ci est conçue pour une famille de six personnes. Elle est spa- " cieuse, compte de nombreuses pièces et pourrait facilement accueillir d'autres occupants en cas de besoin. Le rez-de-chaussée comporte les pièces suivantes : deux chambres à coucher, salle de bains/toilettes, toilettes/lavabo, cuisine, chambre froide, salle à manger, bibliothèque et dégagement. Il y a aussi un grand garage et deux serres. (Voirfig.1.) L'étage supérieur abritera une troisième chambre, un débarras et un atelier. Toutes les portes et fenêtres ont des cadres de bois dur, à double vitrage serti dans des châssis d'aluminium. Les deux plaques de verre sont distantes de 20 m m et un bourrelet isolant est prévu pour empêcher la condensation à l'intérieur du sandwich de verre. Les portes sont munies d'une plaque de verre cathédrale. Les fenêtres intérieures sont ingénieusement ébrasées à 45 a pour augmenter le flux de lumière admis dans les pièces et améliorer l'angle de vue de l'intérieur. Stockage de Veau Il y a trois réservoirs d'eau principaux et trois réservoirs collecteurs. L e premier réservoir principal se trouve au-dessous de la pièce centrale; il mesure 4,5x4,5 mètres et il a 1,875 mètre de profondeur. Empli à une hauteur de 1,5 mètre, il contient litres d'eau chauffée par le rayonnement solaire. Deux tiers des panneaux collecteurs transmettront la chaleur directement à ce réservoir. L'air chaud accumulé en haut du réservoir sera diffusé sous le plancher pour assurer un chauffage central.. Le deuxième réservoir principal, situé sous le garage et d'une capacité de litres, recevra les eaux usées des salles de bains, douches et lavabos. Pompées dans un réservoir collecteur, elles serviront à nouveau pour les chasses d'eau. Un deuxième réservoir collecteur recevra l'eau provenant du deuxième réservoir principal destinée à alimenter le circuit normal de la maison. Le dernier réservoir collecteur recevra l'eau provenant des distillateurs Une maison autonome dans un climat tempéré 265

74 ZFT 1 CD Salle de bains c Chambre 2 Garage i i i L. Chambre froide D Cuisine Vestibule Dégagement V Bibliothèque / ï Réservoir 1 1 C3 h Chambre 1 y- -M Réception Salle àmanger Bibliothèque salon ^ ^ Serre Serre FIG. ï. Plan du rez-de-chaussée à'ecologe. solaires montés sur la section plate du toit. H y aura donc pour chaque point d'eau à l'intérieur de la maison trois robinets : eau chaude, eau froide et eau potable.. Le cycle de Veau L'eau potable purifiée ira des distillateurs solaires aux robinets. La pluie s'écoulant du toit alimentera le deuxième réservoir principal, puis un réservoir collecteur, et de là tous les points d'alimentation de la maison. Les eaux usées se déverseront dans le réservoir principal approprié et serviront pour les toilettes. Ensuite, elles seront conduites dans un digesteur à méthane, qui doit produire le méthane pour la cuisine. Le circuit de l'eau est décrit à la figure 2. Le système de production du méthane comportera une chambre de mélange où pourront être ajoutés les débris végétaux et les excréments animaux. Le gaz sera fabri- 266 George Armstrong

75 Distillateurs solaires DQDD Trop-plein l_ I, I I Réservoir collecteur Eau du toit Réservoir 2 Écoulement vers puisard Clapet sphérique Réservoir 1 ^J Pompe -tqqßßqsßi, Réservoir collecteur Collecteurs solaires du toit Eau à usage domestiqué Eau chaude ' Eau froide ^ Cylindre à eau chaude (indirect) Évier Lavabos Bains Clapet à pointeau * Eaux usées- Réservoir 3 -o- Réservoir collecteur Cuve à engrais. O Pomne Digesteur ' Chambre Toilettes à méthane de mélange FIG. 2. Schéma des circuits de recyclage de l'eau d'ecologe. Une maison autonome dans un climat tempéré 267

76 qué durant un cycle de soixante jours, après quoi les résidus passeront (par déplacement) dans une cuve où ils pourront être pompés pour être répandus sur les cultures comme engrais. ", ' Le toit Comme dans la maison expérimentale des Pays-Bas, la plus grande partie du toit d'ecologe est exposée au sud ; ses panneaux solaires vitrés sont doublés d'une épaisse couche de matériau isolant. Il y a 68 panneaux solaires constituant une surface vitrée de 8,40x12 mètres. Environ deux tiers des panneaux solaires chauffent le (premier) réservoir principal souterrain, les autres pré chauffent l'eau destinée à l'alimentation domestique. La face nord du toit, mesurant 3,60 -X12 mètres, sera plate et portera quatre éoliennes et quatre distillateurs solaires. Le terrain au nord de la maison sera aménagé de façon à détourner les vents dominants vers les éoliennes, en les éloignant de la paroi nord de la maison. Chauffage central Nous avons vu que l'air chaud se dégageant du sommet du premier réservoir principal sera diffusé sous les planchers de tout le bâtiment. Si la température de l'eau est trop basse pendant les mois d'hiver, une pompe à chaleur la relèvera en utilisant la chaleur de l'air emmagasiné dans le réservoir. Le réservoir sera muni d'un thermoplongeur qui pourra être branché en cas de besoin. Un des problèmes du chauffage solaire intégral a été parfois la mobilisation d'un espace intérieur précieux pour l'installation d'un vaste réservoir. Alais le climat de la Grande-Bretagne est tempéré : même pendant un hiver rude, le sol ne gèle pas profondément ni longtemps. La température du sol au-delà d'une profondeur de 1,50 mètre ne tombe jamais au-dessous de 7,2 C (45 F). Donc, en installant les cuves dans les fondations, on est certain d'avoir de la chaleur toute l'année. Il y a un apport de chaleur solaire pendant dix mois de l'année; aussi le stockage ne s'impose-t-il que pendant les deux autres mois. Pour conserver la chaleur, la cuve est recouverte de 15 cm de béton et de 45 cm de matériau isolant. Toute déperdition de chaleur du premier réservoir se traduira par un gain de chaleur pour la maison. En outre, au fond des serres, un mur de briques noires épais de 22,5 cm restituera la nuit la chaleur absorbée pendant le jour. La chaleur ainsi libérée sera conduite par les soupentes à des ventilateurs situés au niveau du plancher sur le côté nord de la maison. Énergie électrique Les éoliennes déjà mentionnées produiront l'électricité, qui sera stockée dans quatre séries de huit accumulateurs au plomb de 12 volts. Les installations électriques de la maison seront standard, un transformateur convertissant le courant ainsi produit en 230 volts. On se servira d'une éolienne pour alimenter un thermo-plongeur branché sur le système d'alimentation domestique en eau chaude, cependant qu'une deuxième éolienne alimentera le thermo-plongeur situé dans le réservoir central (pour compléter l'action du rayonnement solaire en hiver). Il reste ainsi deux éoliennes pour l'éclairage et l'alimentation de divers accessoires ménagers. Installées sur le toit, les éoliennes peuvent provoquer des vibrations (fig. 3), cet emplacement provisoire ayant été choisi par souci de commodité et d'économie d'espace. Si les vibrations se révèlent excessives, les m a chines seront installées hors de la maison, près de son mur nord. En outre les éoliennes seront orientables, de sorte que par vent violent le taux de charge prévu pour les générateurs (qui sinon seraient brûlés) ne sera pas dépassé. 268 George Armstrong

77 FIG. 3. Ecologe vue de profil, d'est en ouest. Quatre éoliennes sont installées provisoirement sur la face nord du toit. Matériaux de revêtement Les murs extérieurs d'ecologe consistent en une couche extérieure de briques brunes et dures, un vide de 5 cm et une paroi intérieure de 22,5 cm de parpaings thermiques. L'intérieur doit être revêtu de panneaux de bois doublés par 2,5 cm de fibre de verre. Les murs intérieurs sont construits en parpaings thermiques épais de 15 cm, sauf ceux de la chambre froide (épais de 22,5 cm pour une meilleure isolation). Climatisation Celle-ci sera assurée par un réseau de conduites en plastique traversant un échangeur de chaleur dit «pieuvre», qui a déjà Une maison autonome dans un climat tempéré 269

78 donné de bons résultats ailleurs. Les tuyaux d'arrivée et de sortie seront souvent en contact de sorte que l'air frais empruntera la chaleur de l'air vicié et que l'air de la maison sera toujours renouvelé sans être froid. L'échangeur de chaleur comprendra un ventilateur dont le fonctionnement peut être inversé pour refroidir l'air. Par temps chaud, on refroidira également l'habitation en coupant le chauffage central et, s'il le faut, en ouvrant portes et fenêtres, tout comme dans une maison de type classique. En outre, la paroi nord est munie d'ouvertures ajustables.: Environnement Ecologe est entourée de près d'un demihectare de terre arable, condition idéale pour son autonomie. Sur trois côtés, son périmètre est planté d'arbres et d'arbustes, essentiellement fruitiers. Un vaste potager couvrira tous les besoins des occupants. (Il devrait y avoir un important excédent qui peut être vendu.) Un cheval, un chien, des oies et des canards vivent déjà dans la propriété. On a prévu deux grandes étables pour abriter quelques bovins. L'une est en briques, avec trois boxes sans attaches, l'autre en pierre avec deux boxes du même type et un grenier à foin. L'entretien devrait être réduit au minimum, en particulier à l'extérieur d'ecologe, où des travaux de peinture mineurs seront à effectuer tous les deux ans environ. Il faudra vérifier régulièrement les éoliennes et l'installation au méthane, probablement tous les quinze jours. Coûts Le prix de revient est estimé à 18 ooo livres (36000 dollars), terrain non compris. A première vue c'est un chiffre modeste mais encore trop élevé pour beaucoup. Ecologe, qui est un prototype, coûtera sans doute beaucoup plus que des logements produits en série. Il est évident aussi que le créateur d'ecologe a choisi pour sa future demeure les meilleurs matériaux. Des économies substantielles sont possibles sur plusieurs points. On pourrait, par exemple, voir moins grand et concevoir une version plus modeste dépourvue des pièces qui ne sont pas indispensables (bibliothèque, chambre froide, réception) ; on aurait ainsi une maison familiale de bonne taille comptant trois chambres à coucher. Si Ecologe pouvait être adaptée à la production en grand, les achats groupés devraient abaisser encore les coûts et permettre l'emploi de techniques de préfabrication. Conclusion Des maisons expérimentales existantes, Ecologe, de Maddock, paraît être celle qui se rapproche le plus de l'autonomie. Achevée au début de l'été, elle a pu être visitée par le public dans son site. Personne n'a eu de difficulté à comprendre le fonctionnement des installations, le chauffage et les distillateurs solaires, les éoliennes et l'appareil au méthane n'étant que l'application de principes simples et bien connus. Dans cette région du monde, c'est le digesteur à méthane qui est le moins familier, mais il y a plus de cent ans qu'on sait qu'il est possible d'extraire du gaz combustible des déchets agricoles et végétaux ainsi que des eaux usées 1. C'est grâce à son installation au méthane qu'ecologe est totalement indépendante des équipements collectifs. Comme la maison solaire n'a pas besoin d'égouts ni des autres services collectifs, elle aurait pu être installée pratiquement n'importe où. Avec des conditions climatiques ou des moyensfinanciersdifférents il faudrait mo difier le projet. Sans doute Ecologe connaitrat-elle ses maladies de jeunesse mais, si la première année se passe sans incident sérieux, nous aurons trouvé une solution à nos problèmes d'énergie futurs. D 270 George Armstrong

79 Note i. L'article suivant donne une bonne idée des processus de chimie organique en jeu et - de leur importance économique : E. DaSilva, R. Olembo et A. Burgers, «Technique microbienne intégrée à l'usage des pays en développement : tremplin du progrès économique», impact : science et société, vol. 28, n 2, 1978, p Pour approfondir le sujet Apprendre à concevoir l'habitat. Impact : science et société, vol. 27, n 2, p BEHRMAN, D. Solar energy: the awakening science. Londres, Routledge & Kegan Paul, GlRARDlER, J. ; RENAU, J. L'homme qui croit au soleil. Paris, Éditions du cerf, LECLERE, G. La pratique de l'énergie solaire. Paris, Guy Authier, TABOR, H. De l'utilisation de l'énergie solaire pour le dessalement de l'eau. Impact : science et société, vol. 28, n 4, 1978, p Une maison autonome dans un climat tempéré 271

80 Un réseau biologique pour la sauvegarde des ressources invisibles de la nature Edgar J, DaSilva La microbiologie a fait beaucoup de progrès depuis le temps où le savant amateur hollandais Antony van Leeuwenhoeck découvrait, grâce à son microscope de fortune, le monde des micro-organismes des animalcules, comme il les appelait. Aujourd'hui, le microbiologiste commence à exploiter ce vaste réservoir invisible de ressources génétiques. Historique et développement Le spécialiste mobilise ce nouveau potentiel pour la detoxification des déchets, la purification des eaux polluées, la production de vaccins, la fermentation de produits alimentaires locaux, la fixation microbienne de l'azote, la production de méthane à partir d'ordures et de fumier, ainsi que pour la capture et la conversion microbienne de l'énergie solaire. Dans ces processus, la préservation et la conservation de souches et de mutants précieux présentant une importance économique jouent un rôle capital et constituent la base même des investissements considérables effectués dans la recherche microbiologique fondamentale et appliquée à long terme. Il est souvent extrêmement difficile d'isoler de son milieu une réplique exacte d'une souche particulière car le réservoir de la nature est presque infini de par ses dimensions et sa complexité, si on le considère à l'échelle d'une cellule microbienne. L'extinction d'une souche microbienne est pratiquement aussi définitive que celle d'un organisme supérieur si par extinction on entend une situation dans laquelle la récupération n'est possible qu'à un coût prohibitif. Les collections de cultures ne sont pas seulement des dépôts pour la réception, le stockage et la distribution de cultures. Ce sont des noyaux autour desquels va graviter la recherche microbiologique appliquée, des centres générateurs de recherches actives axés sur les objectifs nationaux, culturels et socio-économiques. On pourrait cher de nombreux cas de collections de cultures qui sont à l'origine de recherches fondamentales et qui permettent d'élaborer et d'obtenir des cultures efficaces ainsi que des données de base en vue d'une expérimentation ultérieure conduisant à une exploitation industrielle à grande échelle. L'action de l'unesco en faveur des applications de la microbiologie remonte à 1946, lorsque l'organisation a encouragé les recherches axées sur la conservation et l'utilisation des micro-organismes. En 1962, l'organisation internationale des recherches sur la cellule (ICRO) a été créée avec l'aide de l'unesco et, depuis lors, la plupart des activités de l'unesco dans le domaine microbiologique sont menées en coopération avec ricro. A la suite de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement (Stockholm, 1972), le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), récemment créé conscient de l'importance et du impact : science et société, vol. 29 (1979), n 3 273

81 Edgar J. DaSilva L'auteur est maintenant bien connu de nos ' lecteurs. Attaché à la Division de la recherche et de renseignement supérieur scientifiques de V Unesco, Edgar J. DaSilva est chargé de coordonner les activités du programme de microbiologie dirigé conjointement par le Programme des Nations Unies pour l'environnement et V Unesco. Son adresse est la suivante : Unesco, SC SER, 7, place de Fontenoy, Paris '< (France): '." ' potentiel présentés par les réservoirs génétiques microbiens et préoccupé par l'écart croissant qui sépare pays industrialisés et pays en développement en ce qui concerne la capacité dans le domaine microbiologique s'est associé à PUnesco et à la communauté scientifique internationale par l'intermédiaire de PICRO pour lancer un programme mon dial destiné à préserver les réservoirs génétiques microbiens et à les rendre accessibles aux pays en développement. Le groupe Unesco/ICRO pour la microbiologie est devenu le Comité PNUE/Unesco/ICRO et c'est au cours d'une réunion d'un de ses groupes de travail, tenue au siège du PNUE à Nairobi au début de 1974, qu'a été for-; mulée la notion de centres de ressources microbiologiques (baptisés MIRCEN par AL K. Tolba, directeur exécutif du PNUE). Une équipe de microbiologistes s'est réunie à nouveau. au. siège du PNUE en octo x 975 P our bre esquisser, dans le cadre des directives du PNUE et de PUnesco, un plan d'action en vue de la création d'un réseau mondial de centres de ressources microbiologiques destinés à : a) constituer l'infrastructure nécessaire à la création d'un réseau mondial qui intégrerait les laboratoires participants régionaux et interrégionaux axés sur la gestion, la distribution et l'utilisation du réservoir génétique microbien ; b) renforcer les efforts liés à la conservation des microorganismes, en insistant sur les réservoirs génétiques de Rhizobium, dans les pays en développement à caractère essentiellement agricole; c) encourager la mise au point dans la région de techniques locales nouvelles et peu coûteuses ; d) favoriser les applications de la microbiologie afin de renforcer les économies rurales ; e) servir de centres de formation de personnel et de diffusion des connaissances microbiologiques. La première étape de la mise en place du réseau mondial des collections de cultures a été l'établissement en tant que MIRCEN du Centre mondial de données sur les microorganismes de l'université du Queensland à Brisbane. Ce MIRCEN abrité non seulement une importante collection de cultures mais aussi l'original du Répertoire mondial des collections de cultures de micro-organismes. Conçu comme une série defichiers mis à jour en permanence et constitués à partir d'un inventaire informatisé des eucaryotes et des procaryotes, virus et cultures de tissus contenus dans les collections de cultures du monde entier, le répertoire présente une analyse des collections existantes et des domaines de recherche auxquels correspondent les collections de cultures en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Pour combler le manque de renseignements tant dans les régions en.développement que déjà développées et pour catalyser le transfert d'informations et de connaissances, le MIRCEN de Brisbane a un rôle capital à jouer en encourageant l'extension des collections de cultures dans les pays en développement et leur interaction avec celles des ' régions développées. I Un MIRCEN régional a été créé à lajsociété de recherches scientifiques appliquées de la Thaïlande, à Bangkok, pour répondre aux besoins de la communauté scientifique spécialisée en microbiologie de l'asie du Sud-Est en organisant l'échange des souches microbiennes qui présentent une importance économique dans la région ainsi que des programmes de formation et de bourses, en encourageant la recherche sur les organismes 274 Edgar DaSilva

82 dans les secteurs de la microbiologie qui intéressent la région. Un MIRCEN établi à Stockholm collabore activement avec le Centre mondial de données à l'élaboration de stratégies métaboliques possibles et à l'identification des micro-organismes. Une étroite collaboration est également prévue avec le MIRCEN établi à l'université Ain-Shams du Caire, dans le domaine de la biotechnologie. Des MIRCEN spécialisés dans la fixation de l'azote ont été créés à l'université, de Nairobi et à PInstituto de Pesquisas Agronómicas de Porto Alegre (Brésil), qui travaille en étroite collaboration avec l'universidade Federal do Rio Grande do Sul. Les collections de cultures de RMzobia perdent de leur importance si elles ne sont pas exploitées pour améliorer le rendement sol-récolte. Il est indispensable que les spécialistes de ces collections dans les pays en développement encouragent la recherche sur les cultures de Rhizobium et la production locale d'inoculum du sol qui, à la longue, contribueront à l'amélioration socio-économique de la vie dans ces régions. Éducation et formation Le succès définitif des MIRCEN dépend également de la formation d'un personnel qualifié capable d'appliquer les connaissances existantes et d'entreprendre et de mener à bien de nouvelles recherches dans le domaine en rapide évolution qu'est la microbiologie. Pour encourager le développement endogène et les efforts tendant à doter les pays en développement d'une recherche microbiologique indépendante et autonome, une série de conférences sur les incidences mondiales de la microbiologie appliquée et un certain nombre de conférences internationales sur les collections de cultures ont été organisées dans ces pays. Les conférences sur les incidences mondiales sont destinées à informer les hauts fonctionnaires, les administrateurs, les chercheurs et les étudiants des derniers progrès de la microbiologie qui ont de grandes implications écologiques, scientifiques et socio-économiques. Les conférences internationales sur les collections de culture ont pour objet d'attirer l'attention sur l'importance ' capitale des collections de cultures pour la recherche fondamentale à tous les niveaux, sur le rôle des collections de cultures spécialisées dans le développement économique et sur l'organisation de ces collections sur la collaboration dont elles doivent faire l'objet à l'échelle mondiale. En outre, des cours de formation ont été organisés en Australie, au Brésil, en Egypte, en Ethiopie, au Guatemala, à Hong-Kong, en Inde, en Indonésie, au Japon, au Kenya, au Koweït, en Malaisie, au Mexique, au Nigéria, en Nouvelle-Zélande, aux Philippines, dans la République de Corée, à Singapour, à Sri Lanka, en Tchécoslovaquie et en Thaïlande. Ces cours portent sur des sujets tels que les systèmes de cultures permanentes, la cinétique des enzymes, le génie microbiologique, les techniques de fermentation, la conservation des réserves génétiques auxfins de l'efficacité et de la production industrielles, l'élaboration d'inoculum du sol, la mise au point de systèmes de récupération des déchets, le contrôle et la gestion du milieu microbien et les autres tendances de la recherche et de la mise au point technique en matière de microbiologie appliquée. Les découvertes faites dans les domaines de la microbiologie et de la biologie cellulaire et moléculaire ont considérablement modifié les aspects socio-économiques de la vie au cours des quinze dernières années. L'exploitation des activités microbiennes au profit de l'enrichissement du sol par lafixation de l'azote, de l'amélioration des industries alimentaires traditionnelles, de la lutte contre les insectes et les parasites et du recyclage des déchets utilisables peut présenter d'énormes avantages pour les pays en développement. Au cours des prochaines décennies, les pays aussi bien développés qu'en développement Un réseau biologique pour la sauvegarde des ressources invisibles de la nature 275

83 auront grand besoin des micro-organismes pour faire face aux crises touchant l'environnement, le secteur alimentaire et d'autres domaines socio-économiques. A Des renseignements sur les différents MIRCEN adresses suivantes : Prof. J. R. Jardim Freire, RhizMum MIRCEN, IPAGRO Caixa postal Porto Alegre - Rio Grande Do Sul (Brésil) Prof. S. O. Keya Rhizobium MIRCEN Departments of Soil Science and Botany University of Nairobi P.O. Box Nairobi (Kenya) Prof. S. Malee MIRCEN pour la fermentation des aliments et le recyclage des déchets Société de recherche scientifique appliquée de Thaïlande 196, rue Phahonyothin Bangken, Bangkok 9 (Thaïlande) cet égard, le réseau de centres de ressources microbiologiques a un rôle important à jouer à l'échelle tant régionale qu'internationale. peuvent être obtenus en écrivant directement au Professeurs Fouda et Gibriel MIRCEN de biotechnologie Université Ain-Shams Faculté d'agriculture Shobra-Khaina Le Caire (République arabe d'egypte) Prof; V. B. D. Skerman World Data Centre MIRCEN, Department of Microbiology University of Queensland St. Lucia, Brisbane Queensland 4067 (Australie) Prof. C. G. Heden MIRCEN de biotechnologie Bioengineering (MFR) Karolinska Institutet Solnavagen 1 S Stockholm 60 (Suède) 276 Edgar DaSilva

84 La recherche énergétique : perspectives à long terme* Joel A. Snow A mesure que nous avancerons dans les dernières décennies de ce siècle, le problème de l'énergie sera certainement l'un de ceux qui seront au cœur du dialogue entre les nations. Il est désormais certain, en effet, que le monde devra commencer à rechercher ailleurs que dans le pétrole le moyen de faire face à ses besoins énergétiques essentiels, ce qui modifiera les équilibres de puissance entre les nations et constituera une menace pour la stabilité économique et politique du monde. On ne voit cependant pas encore très bien vers quelles ressources énergétiques les pays se tourneront d'abord ni dans quelles circonstances ils le feront. Chaque forme de conversion des ressources nucléaires, solaires et charbonnières au moyen de toute une gamme de techniques, et en particulier de l'exploitation des schistes bitumineux, des sables asphaltiques et d'autres produits de remplacement du pétrole, a ses partisans. Mais chaque solution qu'on nous propose pour remplacer le pétrole risque d'être plus onéreuse, de comporter un grand nombre d'inconnues et d'avoir, sur le plan de l'environnement et sur le plan social, des conséquences qu'on discerne encore mal. De plus, il est extrêmement improbable que telle ou telle solution prévale sur toutes les autres : il semble qu'on doive s'attendre davantage à un mélange de technologies dont chacune correspondra aux besoins de chaque nation et de chacune des régions et des communautés qui la composent. La constitution de cet arsenal de technologies place les milieux scientifiques et techniques du monde devant un défi fondamental. C'est seulement par un long et persévérant effort de recherche qu'ils pourront dissiper les nombreuses incertitudes concernant le coût, la performance, l'incidence sur le milieu et l'utilité sociale de ces technologies de l'énergie qui caractérisent l'état actuel de nos connaissances en ce domaine. La solution des questions fondamentales comme celles de l'accumulation dans l'atmosphère de gaz carbonique provenant des combustibles fossiles, de la prolifération nucléaire associée aux réacteurs surrégénérateurs ou des menaces que tout système d'énergie fait peser sur l'environnement exige un vaste effort de recherche. Cet effort doit être accompli à l'échelle mondiale, car toutes les nations seront concernées par les résultats obtenus ; il doit aller de la recherche fondamentale aux sciences appliquées, de l'étude des matériaux à la conception des centrales ; il doit en un mot s'étendre à tous les domaines de la science. Il va de soi que le choix des politiques énergétiques dépendra dans une très large 4 Le présent article reflète les opinions de son auteur et ne constitue pas une déclaration de politique d u Ministère de l'énergie des États- Unis d'amérique. impact : science et société, vol. 29 (1979), n

85 Joel A. Snow Spécialiste de la physique théorique, Joel A. Snow occupe actuellement les fonctions de codirecteur pour la politique énergétique de l'office of Energy Research, au Ministère de Vénergie, Washington DC25585 (États-Unis d'amérique). Ancien directeur de l'office of Planning and Resource Management of the National Science Foundation (NSF), il a été l'un des auteurs et l'un des directeurs du programme américain intitulé Research Applied to National Needs (RANN). Il a aussi participé à la direction des relations internationales de la NSF et a été membre du Bureau du conseiller scientifique du président des États-Unis: mesure des ressources énergétiques existantes et que le niveau du développement industriel et l'effort de recherche varieront en conséquence. A mesure que nous nous approcherons de l'ère «postpétrolière», on verra surgir : a) des différences visibles et légitimes entre les nations exportatrices et importatrices de pétrole ; b) des divergences d'opinion marquées, à l'intérieur des nations, entre les tenants des systèmes énergétiques «durs» et ceux qui préconisent des systèmes «doux» qu'ils considèrent comme inoffensifs. Le choix qui sera fait entre tel ou tel système sera en partie l'expression de ces différences. Avec le temps, c'est finalement l'intérêt c o m m u n de toutes les nations, tributaires les unes comme les autres de la croissance économique mondiale, qui devrait prévaloir. Il faudra des dizaines d'années pour que les travaux de recherche permettent d'exploiter les sources d'énergie de l'avenir et ceux qui en seront chargés devront accorder toute l'attention voulue au contexte social de l'utilisation de l'énergie, car l'énergie est un moyen, non une fin. C'est sous cet angle que j'examinerai les caractéristiques générales de la situation énergétique mondiale, ainsi que l'effort de recherche qui s'impose pour que l'humanité puisse faire face à cette situation. Comment en sommes-nous arrivés là? Avant d'aborder l'étude des perspectives à long terme de la recherche en énergie, examinons le chemin parcouru. Il est peu de domaines de la culture humaine qui se soient modifiés aussi profondément que l'utilisation que nous faisons de l'énergie : la transformation de l'utilisation de l'énergie est fondamentalement liée à l'innovation technique. Nous avons appris à concentrer l'usage de l'énergie, à en manipuler la forme et la fonction et à nous en servir pour transformer nos conditions d'existence. Cette grande explosion d'innovations techniques que fut la révolution industrielle a surtout consisté en l'apparition de technologiesrivales qui, pour produire des biens et des services, utilisent l'énergie sous des formes de plus en plus complexes. La machine à vapeur a remplacé la force hydraulique, la navigation à vapeur la navigation à voile et, dans les maisons, le bois de chauffage a cédé la place au charbon. Dans chacun de ces cas, le charbon a remplacé telle ou telle forme de transformation de l'énergie solaire non parce qu'il était nécessairement meilleur marché, mais parce que, par sa nature même, il permettait d'appliquer plus facilement de nouveaux systèmes techniques à la production de tel ou tel produit. Cette conversion au charbon s'est généralement payée d'une très forte hausse de la consommation d'énergie par unité de travail fourni. Le charbon existait dans la nature, il suffisait de le trouver et de l'extraire. Son prix correspondait simplement au coût de la main-d'œuvre et du transport, et aux dépenses d'investissement. Mais il n'aura pas fallu un siècle pour que le charbon soit en grande partie supplanté par le pétrole, en raison de l'abondance des innovations utilisant cette forme de combus- 278 Joel A. Snow

86 tibie qui se prêtait à des applications encore plus diverses. L'ère dû pétrole a coïncidé avec l'épanouissement de la science et de la technologie modernes. L'approfondissement de la connaissance scientifique de la nature a permis de recourir à des utilisations toujours plus complexes de l'énergie au service des hommes. A mesure que des innovations techniques apparaissaient et que la société les assimilait, la consommation d'énergie augmentait rapidement. Si de telles innovations entraient directement en concurrence avec les techniques existantes, ce n'était pas le cas de certaines autres qui permettaient souvent de créer de nouveaux services sociaux (par exemple, le téléphone, la télévision, la xérographie, l'informatique). Même si certaines ne semblent nécessiter que peu d'investissements directs en énergie, elles n'en sont pas moins les rejetons d'un système global de production et de distribution qui trouve en grande partie son aliment dans le pétrole. Le prix du pétrole a été, jusqu'à une époque encore récente, étroitement lié à son coût de production. Les énergiques programmes de prospection exécutés pendant les trois premiers quarts du XX e siècle ont permis de localiser les grandes régions productrices du monde. Cette ressource facilement (encore que temporairement) accessible, à laquelle il faut ajouter les progrès de la science et de la technique, a transformé le monde développé. Mais, maintenant que la plupart des économies sont lourdement tributaires du pétrole, les nations développées doivent se résigner au fait que, ne disposant pas elles-mêmes d'abondantes quantités de cette ressource, il leur faut s'en remettre aux pays de l'opep. Cette situation a créé de graves problèmes d'approvisionnement et de stabilité des prix, et provoqué des modifications notables des flux monétaires internationaux. : L'exploitation du pétrole n'est cependant pas un bienfait sans mélange de la providence : le pétrole est aussi utile pour faire la guerre que pour satisfaire les besoins fondamentaux de l'homme. De plus, la richesse qu'apportent les combustibles fossiles n'est pas également répartie : près d'un quart de la population du globe vit dans des nations industrielles qui connaissent une forte consommation individuelle d'énergie et un PNB par habitant élevé mais, pour plus des deux tiers du reste de la population mondiale, la consommation d'énergie et le PNB par personne sont inférieurs à 10 % de ce qu'ils sont pour le quart le plus favorisé. Coût et commodité Ce fossé entre riches et pauvres est en train de se creuser. Les États-Unis d'amérique, par exemple, avec moins de 6 % de la population du globe, consomment plus de 30 % de l'énergie produite dans le monde, alors que l'inde, avec 15 % de la population du globe, n'en consomme que 2 %. Le Japon, nation industrialisée ayant un PBN élevé, importe près de 90 % de son énergie. A mesure que l'âge du pétrole approchera de sa fin, de telles disparités entraîneront des conflits fondamentaux entre les objectifs des pays. Les États-Unis d'amérique possèdent d'importantes réserves de charbon mais, alors qu'ils étaient exportateurs nets de pétrole avant la conversion du charbon au pétrole, ils en sont devenus importateurs après la seconde guerre mondiale. Aujourd'hui ils importent la moitié environ de leur pétrole et, depuis 1970, c'est par l'importation de pétrole qu'ils couvrent presque entièrement l'augmentation de leur consommation d'énergie. Outre le fait que le pétrole est de plus en plus employé dans les transports, il a ravi au charbon un certain nombre de débouchés importants, du fait qu'il se prête plus facilement aux opérations de m a nutention et de stockage et qu'il a moins d'incidence sur l'environnement. D e semblables substitutions se sont produites Hans d'autres nations industrielles. Le gaz naturel, qui est l'autre ressource principale de la catégorie des combustibles La recherche énergétique : perspectives à long terme 279

87 fossiles, est un combustible de choix, efficace, commode et propre et dont la production était liée à l'origine à l'extraction du pétrole. Son prix, qui a d'abord reflété le coût des systèmes de transport utilisés (principalement des gazoducs), a toujours été très inférieur à celui du charbon ou du pétrole pour la même quantité d'énergie produite. Tant que la production de gaz a été liée à celle du pétrole, nous avons disposé de ce produit en abondance parce que la production de pétrole augmentait rapidement. Mais, avec la stagnation de la production de pétrole, les livraisons de gaz ont atteint un plafond ; toutefois, il se peut que les changements intervenus dans la tarification du gaz modifient cette situation aux États-Unis d'amérique et dans quelques autres pays. Il reste que le coût du transport limite le rôle que le gaz peut jouer dans le commerce mondial.. Les systèmes industriels mis en place au cours des dernières dizaines d'années présupposaient avant tout l'existence d'approvisionnements abondants de combustible à bon marché. Cela est particulièrement vrai de l'électricité, qui permet, avec une souplesse remarquable, de transformer le com bustible pour s'en servir à des fins très diverses. Aux États-Unis d'amérique, la houille blanche et des systèmes de production d'électricité utilisant le charbon, le pétrole et le gaz naturel ont fait que les prix de l'électricité n'ont cessé de diminuer en termes réels jusqu'en Disposant d'abondantes ressources en électricité à bon marché par comparaison avec d'autres facteurs le pays a été amené à dépendre surtout d'elle pour les usages industriels, domestiques et commerciaux. Le proche avenir Premier consommateur mondial d'énergie, les États-Unis d'amérique exercent une forte influence sur les perspectives énergétiques mondiales. Or, pour avoir beaucoup exploité leurs propres réserves de pétrole, ils connaissent aujourd'hui une très forte diminution de leur indépendance pétrolière et l'on prévoit d'ores et déjà une augmentation continue et inexorable de leurs importations de pétrole, leurs usines et leurs installations de production étant, comme le mode de vie de la population, conçues en fonction du pétrole à bon marché. Les processus biologiques et géophysiques nécessaires à la production du pétrole s'étendant sur des millions d'années, ils ne peuvent guère espérer découvrir de vastes champs pétrolifères sur le territoire qui a déjà été intensivement exploré. Même si tout le monde ne s'accorde pas sur les détails, l'argument fondamental de King Hubbert selon lequel le pays a déjà extrait à peu près la moitié de l'huile récupérable que recèle son sous-sol semble justifié. On peut donc prévoir une baisse continue de la production intérieure de pétrole. Or la mise en place de l'infrastructure sociale américaine, qui s'est étendue sur de nombreuses décennies, se fondait sur l'hypothèse que le pays pourrait disposer de ressources abondantes de pétrole et de gaz à bas prix. Four modifier cette dépendance, il lui faut changer la conception et la fonction de son équipement : usines, écoles, maisons, voitures, tout doit être repensé et remplacé. Un tel changement ne peut se faire rapidement : il demandera des décennies. A mesure que les ressources se feront plus rares, les prix augmenteront, rendant économiquement plus attractifs les produits de remplacement du pétrole et du gaz et accordant toujours plus de prix à l'efficacité. Il semble donc que, à court terme, les États- Unis d'amérique n'aient guère d'autre possibilité que de continuer à être lourdement tributaires des importations de pétrole tout en s'efforçant énergiquement de rechercher l'efficacité. Les perspectives mondiales sont le reflet de celles des États-Unis d'amérique mais se situent dans une optique un peu plus lointaine. Les autres nations industrialisées sont en butte en effet aux mêmes pressions. 280 Joel A. Snow

88 Un certain nombre d'entre elles ont déjà ressenti les effets de la hausse des prix et comme dans certaines parties de l'europe occidentale ou de la Scandinavie elles ont institué des pratiques qui permettent d'utiliser l'énergie primaire de façon plus rationnelle. Il ne semble guère douteux que les États-Unis d'amérique et le monde occidental industrialisé doivent passer (et passeront) de combustibles dérivés des hydrocarbures à une base énergétique plus renouvelable. De nouvelles ressources seront sans doute découvertes et viendront s'ajouter à la base de réserves, mais les prévisions communément admises, en ce qui concerne aussi bien le pétrole brut que le gaz naturel, laissent présager que la production mondiale atteindra son maximum avant l'an Vévolution à venir : un point de vue Cette modification dans l'importance relative des ressources mondiales de combustibles, suivant d'une vingtaine d'années la baisse de la production américaine, n'aura pas seulement pour effet d'imposer une limite globale au développement économique basé sur le pétrole ; elle constituera un obstacle très sérieux à la poursuite de la croissance industrielle. Sans doute observera-t-on auparavant de brusques variations des marchés et des prix lorsque des forces extérieures viendront désorganiser un système fragile comme ce fut le cas lorsqu'en 1978/79 l'interruption des livraisons de pétrole iranien retira du marché une quantité de pétrole équivalant au total des importations japonaises. Et les États-Unis d'amérique, pour avoir atteint avant les autres pays le degré maximal de dépendance à l'égard du pétrole, risquent d'être économiquement plus atteints que beaucoup d'autres nations industrielles, à mesure que la pénurie mondiale de pétrole s'installera. Les pays les moins touchés seront ceux qui ne dépendent pas de leur commerce d'exportation pour survivre, ou encore ceux qui possèdent d'importantes réserves jusqu'alors inexploitées d'hydrocarbures. Parmi les nations industrialisées, le Canada et l'union soviétique se trouvent dans une position forte, en raison de l'importance relative de leurs réserves et du rythme plus lent auquel ils les exploitent. Parmi les nations moins développées, la Chine et le Mexique sont celles qui possèdent les plus vastes réserves inexploitées, en même temps qu'une base industrielle assez limitée ; ces pays n'ont pas besoin d'importer du pétrole pour survivre. Les autres pays en développement possédant les réserves les plus importantes sont surtout les membres de l'opep qui doivent employer les ressources tirées du pétrole dans la lutte qu'ils mènent pour se préparer au jour où leurs réserves auront été en grande partie épuisées. Deux groupes de pays se trouvent dans la même situation que les États-Unis d'amérique, manquant comme eux de pétrole et également tributaires de leurs importations. Ce sont les pays de l'organisation de coopération et de développement économiques (Europe occidentale et Japon, principalement) ainsi que les pays en développement pauvres en pétrole. Les pays de l'ocde sont, comme les États-Unis d'amérique, liés par l'histoire de leur développement industriel et dépendent encore plus qu'eux des approvisionnements extérieurs. Les plus pauvres des pays en développement ont besoin de pétrole, non pour se chauffer mais pour produire des engrais et pour leurs moyens de transport, afin de fournir à leurs populations de plus en plus nombreuses un niveau de vie minimal. Épidémies et famines risquent d'y être les conséquences logiques et inévitables de la pénurie qui les étranglera comme un nœud coulant. Pour eux, il se peut que le développement soit condamné à n'être qu'un mythe et qu'ils ne puissent avoir une économie basée sur le pétrole. Ainsi le fossé entrericheset pauvres se creusera encore davantage et le coût élevé de l'énergie importée obligera les pays moins développés à se contenter de leurs maigres ressources locales. La recherche énergétique : perspectives à long terme 281

89 Quelques efforts immédiats de recherche Les travaux de recherche et de développement concernant de nouvelles technologies de l'énergie n'ont guère de chance de déboucher à court terme sur des changements très notables. Les voies de recherche qui offriraient le plus de chances de succès dans le domaine de l'énergie sont celles qui permettraient de découvrir de meilleurs procédés de localisation et d'extraction du pétrole et du gaz. Citons.notamment les suivants : Téléobservation spatiale, utilisant des images du type Landsat, afin d'identifier les perspectives prometteuses ; Amélioration des techniques d'établissement des profils sismiques et utilisation des derniers progrès des sciences géologiques ; Récupération de plus grandes quantités de pétrole à partir des roches réservoirs, par chauffage, injection de vapeur ou d'eau, injection de polymère ou par toute autre méthode (actuellement, on. ne peut extraire qu'environ 35 % seulement du pétrole contenu dans une roche réservoir) ; Mise au point technique de fracturation par l'eau («fracturation hydraulique») et d'autres techniques pour augmenter le débit dans les puits à gaz, en particulier dans ceux qui se trouvent à l'intérieur de formations géologiques compactes ; Exploration des marges continentales. Le glacis précontinental et la pente continentale contiennent des lits de sédiments profonds, à mesure qu'ils descendent vers le fond de l'océan ; un matériel très élaboré de forage en mer profonde est nécessaire pour déterminer si ces sédiments contiennent des hydrocarbures ; Mise au point de moyens économiques pour convertir le gaz naturel en une forme de combustible utilisable par les moyens de transport telle que l'essence, ce qui rendra plus facile la substitution d'un combustible à un autre ; Mise au point de moyens de convertir le charbon en une forme plus utilisable (telle que liquides synthétiques à base de charbon) ou de brûler le charbon plus proprement, grâce à l'épuration des gaz des fumées, au prétraitement, par exemple. Énergies de rechange pour un avenir plus éloigné Dans les lignes qui précèdent, j'ai montré en quelques mots comment rhumanité s'était mise d'elle-même dans la difficile situation énergétique qu'elle connaît aujourd'hui; j'ai montré aussi que nos possibilités de choix étaient fort restreintes : ayant succombé au leurre de ressources accessibles et d'une technologie récente, nous avons construit une société industrielle qui était condamnée, -dès le départ, à n'être que transitoire parce <}ue la source d'énergie sur laquelle elle prenait appui était trop- limitée. Depuis des décennies, les milieux scientifiques et techniques s'acharnent à trouver d'autres sources d'énergie. Or, jusqu'à présent, s'ils en ont effectivement identifié de nombreuses,^ le prix à payer est trop lourd parce qu'elles sont très coûteuses ou d'une exploitation difficile ou encore parce qu'elles comportent d'autres inconvénients ou d'autres dangers. Dans les cinquante années à venir ou davantage, on verra apparaître tant en laboratoire que dans le commerce un grand nombre de possibilités et de solutions de rechange dans le domaine de l'énergie ; er l'on peut, en se pla- 282 Joel A. Snow

90 çant dans une perspective à plus long terme, mieux définir la nature de la transition fondamentale qui doit se faire. - Pour bien voir quelle sera cette transition, il faut se rappeler que,»chaque fois que l'homme a abandonné un combustible pour un autre, cette conversion s'est faite sur une centaine d'années ou : davantage et s'est concrétisée par une transformation radicale de l'équipement et du mode de vie. A court terme, il est peu probable qu'il lui faille apporter des modifications très importantes aux infrastructures matérielles et à son mode de vie ; à long terme en revanche, de telles modifications n'ont rien d'impossible. Si nous faisons, porter nos prévisions sur.le plus long terme, jusqu'au milieu du xxi«siècle par exemple, il semble que l'avenir se présente de la manière suivante : L'homme continuera d'utiliser le pétrole comme combustible pendant quelque - temps encore mais le plafonnement de la production mondiale, qui aura été atteint avant l'an 2000, et la hausse des prix des autres ressources mondiales feront surtout du pétrole le produit chimique d'appro^ visionnement de haute valeur, dont les utilisations.seront par conséquent réser-; vées. C'est ainsi, par exemple, que le charbon deviendra peut-être le combustible employé couramment pour le chauffage des raffineries de pétrole..'. Nous continuerons, à partir de toute une variété de formations géologiques, à produire du gaz naturel à un prix comparable à celui des combustibles synthétiques dérivés du charbon- Il se, peut que les trois grands pays producteurs de charbon dominent le commerce mondial de ces combustibles synthétiques : du charbon synfuels, commerce dont le volume sera comparable à. celui de l'actuel commerce du pétrole; on reconnaîtra bien vite cependant que ces procédés ne peuvent être que transitoires et qu'ils ont un mauvais rendement énergétique. Les quantités de gaz carbonique provenant de la consommation de combustible fossile qui s'accumuleront dans l'atmosphère approcheront des limites au-delà desquelles il faudra s'attendre à des modifi- - cations climatiques majeures. Il se pourra.toutefois que ce réchauffement coïncide - avec une tendance naturelle au refroidissement : peut-être considérera-t-on alors que ce risque est momentanément réduit, tout en demandant à être surveillé de très près. Le problème du CO» imposera une limite supérieure à l'utilisation de tous les combustibles dérivés du charbon. Succédané, coûteux du pétrole et d'une utilisation malaisée, le charbon aura servi à assurer le passage de l'âge du pétrole à celui d'une énergie inépuisable mais coûteuse et consommatrice de grandes quantités de matière. Les réserves d'uranium étant épuisées, des centaines de réacteurs à eau légère qui auront permis à de nombreux pays d'assurer la croissance de leur secteur énergétique approcheront de la fin de leur vie utile..; L'utilisation de l'énergie solaire sous toutes ses formes sera chose courante, en particulier dans les pays en développement et là où elle permettra de produire des succédanés du pétrole, ce qui sera le cas, par. exemple, des combustibles produits à partir de la biomasse. Du fait de la pénurie de pétrole,' du coût de la transformation du charbon et du prix élevé de toutes les technologies concur-. rentes, les pays en développement dé- - pourvus de ressources risquent de ne pouvoir échapper à l'état de dénuement et d'extrême : pauvreté qu'ils ont toujours connu.-... Le coût du pétrole et le temps nécessaire pour se doter d'énergies «inépuisables» seront tels que les pays sous-développés ne pourront jamais devenir des pays industriels centralisés. Il n'y a. d'avenir pour eux que dans l'énergie solaire.. L'humanité se trouvera profondément engagée dans la voie qui la conduira à une nouvelle source d'énergie primaire : réac-. teurs surrégénérateurs à fusion, à fission, La recherche énergétique : perspectives à long terme 283

91 énergie solaire à base terrestre, puissance - solaire à base spatiale, ou d'autres sources d'énergie que nous ne connaissons pas encore. C'est à la science et à la technologie que reviendra la tâche difficile de créer les connaissances qui rendront possible cette transition. Choisir Dans ce futur asymptotique, tout ce qu'on peut dire aujourd'hui au sujet du subventionnement du prix du pétrole ou des autres façons de brûler le charbon appartiendra au passé. Ou bien la fusion se sera révélée possible, ou elle sera oubliée ; quant aux problèmes de déchets et de prolifération des armements qui obsèdent les partisans du surrégénérateur nucléaire, ils auront été résolus ou laissés de côté; enfin, on aura remédié à l'insuffisance du rendement des investissements et des conversions que l'on reproche aux divers systèmes d'énergie solaire ou bien l'énergie solaire représentera au minimum la solution la plus coûteuse parmi les diverses solutions déjà mentionnées. On ne sait trop comment se présentera cette transition vers les sources d'énergie dites inépuisables, mais il est généralement admis aujourd'hui que cette transition sera inévitable. Le coût de ces sources d'énergie risquant d'être finalement élevé bien plus en fait que celui des énergies que nous utilisons actuellement on verra s'instaurer une société adaptée à des limitations d'énergie : économiser cette énergie deviendra un mode de vie. La configuration et l'éthique d'une société peuvent être fortement influencées par le système d'énergie dont elle s'est dotée : l'automobile a progressivement façonné la vie pendant les soixante-dix années qui viennent de s'écouler. L'existence de grandes centrales ne restreindra pas nécessairement la liberté individuelle.mais elle pourra exercer une influence déterminante sur le plan de l'autorité et de la responsabilité au sein de la société. Un seul système d'énergie se ramifiant sur de vastes territoires peut présenter des inconvénients tels que manque de fiabilité, manque de souplesse de fonctionnement et poser également des problèmes de coût. Mais rien n'impose de choisir un système à l'exclusion de tout autre : la plupart des nations adopteront probablement un dosage de ces systèmes. Au-delà de ces options, toutefois, l'homme n'a guère d'autres ressources.. Les savants et les techniciens du monde entier auront à amener chacune des grandes options énergétiques au stade où l'on pourra en évaluer le potentiel sur le plan pratique. Tâche très importante et très difficile, aucune des sources d'énergie n'existant encore sous une forme directement utilisable en dehors de l'énergie solaire qui, sous des formes diverses, a servi de base à l'agriculture de subsistance qui jadis fut la nôtre. Chacun des types d'énergie adoptés, une fois qu'il se trouvera incorporé au tissu de notre culture et de nos institutions, constituera exclusivement une création de l'homme, et non plus ce simple procédé d'extraction d'une ressource de la terre comme c'est le cas actuellement. Quelques conclusions Les détails de l'avenir asymptotique de l'énergie deviennent plusflousà mesure que l'horizon temporel s'éloigne, mais quelques perspectives se dégagent qui intéressent le chercheur et l'homme politique : Les ressources inépuisables, potentielles exigent toutes un effort vigoureux et inlassable de recherche. Comme ces technologies n'atteindront leur plein épanouissement que dans un avenir très lointain et que leur mise au point sera très coûteuse, ce sont les gouvernements qui devront procéder aux investissements de recherche de développement. Les technologies qui ne promettent que des améliorations marginales dans l'utilisation du charbon comme combustible ne peuvent avoir, dans le meilleur des cas, qu'une valeur limitée à long terme ; au contraire, 284 Joel A. Snow

92 il faudra accorder un haut degré de priorité à la recherche qui conduira à limiter l'incidence de l'utilisation du charbon sur l'environnement. Il est extrêmement important de bien se. rendre compte que le CO a limite très sérieusement le rôle que peut jouer le charbon comme combustible de transition. Les travaux de recherche qui contribueront a) à renforcer l'efficacité du cycle du combustible nucléaire dans le réacteur à eau légère et b) à résoudre les problèmes d'élimination des déchets radioactifs et les questions de santé publique et de sécurité sont d'une importance décisive car, grâce à ces travaux, les réacteurs thermiques pourraient jouer un rôle considérable pendant la période de transition. Il est indispensable de résoudre, sur le double plan technique et institutionnel, la question de la non-prolifération nucléaire pour que le réacteur surrégénérateur à fission puisse être envisagé comme une option possible. Améliorer l'efficacité nette de la consommation d'énergie par l'industrie, par les transports et par d'autres secteurs comporte des avantages certains à long terme, qui vont bien au-delà des gains en argent immédiatement évidents. Ces progrès sur le plan de l'efficacité pourront être incorporés dans les équipements à mesure même de la rotation de ces derniers. Enfin, comme Harrison Brown l'a si bien fait observer, le monde risque de se trouver pris au piège démographique/alimentaire, et non pas seulement au piège de l'énergie. Il est indispensable d'adopter une approche systémique intégrée à l'égard de l'agriculture et de l'utilisation de l'énergie par l'agriculture, si l'on veut rationaliser la situation énergétique et la situation alimentaire dans le monde. Par-dessus tout, il paraît éminemment souhaitable de maintenir ouverte une large gamme d'options et de toujours étendre la base de connaissances qui s'y rapporte. En effet, il est fort probable que les pièces essentielles du puzzle de l'énergie restent encore à découvrir. Chacune des technologies liées aux sources inépuisables d'énergie exige, pour réussir, que des progrès techniques considérables soient réalisées. Heureusement, l'augmentation de l'utilisation mondiale du pétrole s'est accompagnée de remarquables progrès dans la compréhension scientifique et les capacités techniques. Il faut espérer que les connaissances, les compétences et l'intelligence de rhumanité produiront, pour l'avenir, un système énergétique qui servira de base à un monde juste et stable. D La recherche énergétique : perspectives à long terme 285

93 Science et besoins intellectuels Ignacy Malecki On a considéré, jusqu'à présent, que la recherche avait pour but de satisfaire le besoin qu'éprouve l'homme d'améliorer son existence matérielle. Mais elle revêt une autre dimension dont on a très peu tenu compte et qui correspond à la volonté de progrès intellectuel de la société. La recherche à des fins pratiques Dès l'aube de l'histoire, la science a aidé l'homme à atteindre ses objectifs pratiques. En même temps, les besoins pratiques de l'homme stimulaient la recherche. La loi d'archimède a été appliquée à la construction de navires ; pendant la Renaissance, les besoins de la navigation ont conduit à apporter des améliorations modernes à l'astronomie ides anciens et à celle des Arabes. Pourtant, les liens entre science et pratique tenaient presque toujours au hasard et le progrès scientifique a été beaucoup plus souvent déclenché par les inventeurs que par les savants. La célèbre machine à vapeur a été inventée par James Watt en 1782, avant que Sadi Carnot n'en décrive le cycle thermodynamique en La recherche appliquée ne remonte guère qu'au milieu du xrx e siècle ; à cette époque, elle était surtout orientée vers la résolution de problèmes techniques concrets. Des organismes de recherche, privés ou appartenant à l'état, furent ainsi créés pour étudier telle ou telle question, tandis que desfirmesindustrielles se dotaient de leurs propres laboratoires. A l'époque de la deuxième guerre mondiale, on mit sur pied de vastes programmes de recherche répondant à des objectifs militaires : l'amélioration du radar ou la mise au point de la bombe atomique, par exemple. Après la guerre et jusqu'au milieu des années soixante, l'attention des gouvernements et du public se porta essentiellement sur les avantages économiques à attendre de la recherche scientifique. - Ces espérances, toutefois, étaient trop optimistes. Il était couramment admis, par exemple, que les investissements consacrés à la recherche étaient les plus rentables. A la fin des années soixante, l'opinion avait changé ; des critiques sefirent entendre dans de nombreux pays (en particulier aux États- Unis d'amérique). On découvrit que la rentabilité des applications pratiques d'une découverte scientifique était moindre que prévu, par exemple dans le cas de la recherche sur les sources chimiques d'énergie. On se rendit compte en outre qu'il n'y avait pas équivalence entre l'augmentation des bénéfices réalisés par une entreprise et les résultats de la recherche scientifique mise au service de l'intérêt général de la société ; par exemple, la nécessité d'acquérir du matériel supplémentaire pour le contrôle du bruit. A cette époque, on fit valoir deux objections principales à rencontre du progrès ; technique fondé sur la recherche scientifique : impact : science et société, vol. 29 (1979), n 3 287

94 Ignacy Malecki L'auteur, physicien, a été directeur de la Division de la politique scientifique et de la promotion des sciences fondamentales à F Unesco. Depuis 1973, le professeur Malecki est directeur de l'institut de recherche technologique fondamentale, à l'académie des sciences, Smietokrzyska 21, Warszawa (Pologne), téléphone : Les bénéfices tirés du progrès technique n'augmentent le revenu national (produit national brut) que formellement ; l'essentiel de ces bénéfices va, en fait, aux grosses entreprises, si bien que les disproportions sociales s'accentuent. L'activité industrielle débouche souvent sur des résultats socialement négatifs, tels que l'aggravation du chômage et la dégradation de l'environnement. Ces objections sont certainement justifiées dans une large mesure. A preuve, les nombreux cas de pauvreté enregistrés dans les pays disposant du revenu par tête le plus élevé, ou encore les conséquences catastrophiques, pour l'environnement, d'investissements industriels. Bornons-nous à mentionner ici la détérioration progressive de Venise et les conditions de vie intolérables qui régnent dans l'agglomération de Tokyo. Mais on n'arrête pas le progrès scientifique et technique. La seule voie d'avenir consiste à mieux neutraliser les effets négatifs des premiers stades du développement. Les besoins essentiels de l'homme L'état de choses que nous venons de décrire a conduit à réorienter en partie les objectifs de la recherche. La réalisation de bénéfices transitoires a cessé d'être le but fondamental de la recherche orientée, cédant la place à lá satisfaction des besoins de l'humanité. Dans cette perspective élargie, la question est désormais de relier la recherche en laboratoire aux buts sociaux. Mais il semble qu'il faille faire porter plus loin notre analyse. Nous avons déjà parlé des liens existant entre profit et satisfaction matérielle des besoins de la société, mais ce n'est pas tout. Il existe aussi tout un ensemble de besoins, d'interactions et de conséquences non matériels qui doivent être pris en considération. Ces aspects non matériels doivent en effet compter comme autant de réalités dans la formulation d'une politique scientifique et dans l'évaluation du rôle social de la science aux yeux de l'opinion publique. Pour mieux expliciter le problème, efforçons-nous de trouver les réponses aux deux questions suivantes : Quels sont les besoins non matériels de l'homme qui peuvent être satisfaits, directement ou indirectement, grâce à la recherche scientifique? Quelles sont les interactions de la société et du développement de la science et quelles en sont les conséquences? Lorsqu'on parle des besoins de l'homme, on a généralement à l'esprit : a) les besoins matériels fondamentaux (nourriture, logement, vêtements et environnement satisfaisant) ; b) les besoins matériels dérivés, indispensables à la satisfaction des besoins essentiels (eau et énergie, approvisionnement en matières premières, transports et soins médicaux); c) les besoins généraux mais différenciés, tels que le droit au travail dans des conditions satisfaisantes, la protection des droits sociaux, notamment droits des femmes et droit à une pension de retraite. Il existe une quatrième catégorie de besoins La recherche scientifique a son rôle à jouer dans la satisfaction de tous ces besoins. Étant donné le rapide accroissement de la population mondiale, on peut même s'attendre que seuls les résultats de la recherche permettront d'augmenter la production de l'agriculture et de l'élevage, d'éviter la crise 288 Ignacy Malecki

95 de l'énergie et de s'accommoder de ressources en eau limitées. Cette observation vaut aussi en ce qui concerne l'amélioration de notre environnement problème urgent qui fait déjà l'objet de travaux intensifs de recherche. S'agissant des besoins sociaux, il est impossible de négliger le rôle des sciences sociales, en particulier de la sociologie et de l'économie, qui sont en mesure de proposer des solutions optimales à des problèmes sociaux toujours plus aigus. Mais, pour éviter tout malentendu, il faut dire clairement que la recherche scientifique et les résultats sur lesquels elle débouche n'ont le pouvoir de satisfaire aucune des trois catégories de besoins mentionnées ci-dessus. Leur rôle est plutôt de créer les conditions qui permettront à l'activité politique, organisationnelle et économique de satisfaire ces besoins. C'est seulement en ce sens que la science est une force productive. La science a un rôle très complexe à jouer eu égard à une quatrième catégorie de besoins humains : les besoins intellectuels, élément essentiel de nos besoins sociaux. Cette quatrième catégorie de besoins se ramène en fait à un ensemble de conditions favorables au développement intellectuel tant de l'individu que de la société tout entière. Lorsque les conditions nécessaires sont réunies, elles contribuent à l'accroissement de la capacité créatrice, de l'aptitude au raisonnement logique ainsi qu'à l'acquisition des connaissances. Le développement intellectuel, besoin essentiel L e développement intellectuel est la condition nécessaire, non seulement de toute activité scientifique et artistique, mais de toute initiative se traduisant par un progrès économique et social, qu'elle relève de l'organisation, de la technologie, de la politique ou de l'économie. Dans chacun de ces domaines peuvent exister des aspirations créatrices qui sont la force motrice du progrès social. Si une société dans son ensemble est dépourvue de telles aspirations, elle est condamnée à une dégénérescence mentale progressive. * En effet, en l'absence de projections dans l'avenir visant à transformer ou à améliorer la réalité qu'il s'agisse d'étudier le monde sous tous ses.aspects ou de façonner des œuvres d'une beauté permanente on se trouverait devant une société intellectuellement stagnante, qu'il serait difficile de considérer comme une société idéale, quand bien m ê m e son niveau de prospérité serait extrêmement élevé. Les valeurs matérielles et intellectuelles cultivées et léguées par les générations précédentes ne manqueraient pas de se détériorer, jusqu'à entraîner un déclin de la civilisation. Il est évident que les individus ne sont pas tous dotés d'un talent créateur et qu'une partie seulement de la société contribue activement au processus de développement. Il n'en est pas moins important d'assurer les conditions qui permettront à chaque individu de participer à ce processus, tout en faisant en sorte que la quasi-totalité des couches de la société bénéficie, au moins passivement, des réalisations de la culture et de la science. Les postulats que nous avançons ne sont pas abstraits : les exigences intellectuelles de l'homme sont en effet concrètes. Elles sont, schématiquement, au nombre dé trois, et portent sur : a) la création des conditions psychologiques et physiques prédisposant au développement intellectuel ; b) l'extension et lé renforcement des possibilités d'acquérir des connaissances ; c) la création de conditions sociales favorables au développement intellectuel et propres à le stimuler. Le rôle capital des systèmes d'enseignement La prédisposition psycho-physique au développement intellectuel dépend non seulement des caractères innés de l'individu, mais aussi de son environnement matériel et de son mode de vie, tout particulièrement pendant l'enfance. Il est bien connu que la sous-alimentation d'un jeune enfant pendant Science et besoins intellectuels 289

96 les dix-huit premiers mois de son existence entraîne des modifications irréversibles du cerveau et des anomalies qui se répercuteront sur l'intellect de l'être humain pendant tout le reste de sa vie. C'est là une question d'importance cruciale, surtout pour les pays en développement : les détresses d'aujourd'hui peuvent en effet avoir sur le développement intellectuel d'une société des conséquences qui se feront sentir pendant toute la durée d'une génération. H semble que, jusqu'à présent, les caractéristiques héréditaires d'un individu n'aient été soumises qu'à des interventions extérieures minimes. Les techniques génétiques offrent, dans ce domaine, de nouvelles possibilités. Si nous laissons de côté, pour le moment, les aspects éthiques de l'application à l'homme de manipulations génétiques, nous pouvons supposer qu'utilisées dans des limites bien définies elles sont de nature à produire des résultats au moins partiellement positifs. Citons, à titre d'exemple, le traitement des déficiences mentales congénitales. L'extension des possibilités d'acquérir des connaissances dépend principalement de la nature du système d'enseignement. Il est généralement admis et raisonnable de penser que l'éducation est l'un des besoins fondamentaux de l'homme. Mais, si l'on veut que le potentiel intellectuel d'une société soit pleinement utilisé, il ne suffit pas d'assurer à chacun un enseignement primaire. Il faut aussi ouvrir la voie à une éducation complémentaire pour tous les individus doués, afin de les mettre en mesure d'étendre leur savoir. Vêlement de resistance au changement Les systèmes existants d'enseignement ne sont pas pleinement adaptés aux besoins intellectuels de la société. Cette remarque vaut à la fois pour les méthodes pédagogiques et pour le choix des matières d'enseignement.. De fait, en pédagogie, nous n'avons guère dépassé le stade de l'empirisme traditionnel. De plus, le volume des connaissances ne cessant de croître, le choix correct des matières d'enseignement devient une tâche de plus en plus difficile, comportant de plus en plus de responsabilités. Le processus pédagogique, après tout, n'a pas pour seul objet de développer l'intellect ; il doit aussi permettre à l'individu d'acquérir les connaissances nécessaires pour exercer un métier et se faire une philosophie de la vie. Mais comment déterminer en détail les conditions sociales propres à favoriser et à stimuler le développement intellectuel? C'est bien là que réside la difficulté. L'expérience du passé montre que les pensées novatrices se sont toujours heurtées d'emblée à une opposition massive. On ne saurait guère espérer que cet état de choses change jamais de façon radicale. Malgré ce que nous avons dit, on peut toutefois prévoir que les sociétés modernes accorderont toute l'importance qu'elle mérite à l'activité intellectuelle sous toutes ses formes, créant ainsi une forte motivation qui contribuera encore au développement de ce type d'activité. Le rôle de la science dans le développement intellectuel Revenons maintenant à la question des mesures à prendre pour que la science et les milieux scientifiques soient en mesure de contribuer à la réalisation des conditions posées comme nécessaires au développement intellectuel de la société. En matière de croissance intellectuelle, le mécanisme de la satisfaction des besoins est beaucoup plus complexe que dans le cas des besoins matériels. Il s'agit de savoir non seulement comment appliquer les résultats de la recherche scientifique mais encore comment déterminer l'influence de l'activité scientifique sur l'instauration de relations favorables à la satisfaction des besoins intellectuels. Divers mécanismes interviennent à cet égard. Premièrement, les résultats de la recherche scientifique servent de fondement à des déci- 290 Ignacy Malecki

97 sions non scientifiques. L e cycle des applications est semblable à celui des applications de la recherche consacrée aux besoins m a tériels. Par exemple : Les recherches sur le cerveau et sur la génétique servent de point de départ à l'amélioration rationnelle du développement physiologique de l'homme et, par conséquent, de ses prédispositions intellectuelles ; Les études de psychologie et de logique contribuent à rendre plus efficaces le processus pédagogique et le travail de recherche; Les recherches portant sur la sociologie de la créativité doivent permettre de faire en. sorte que ces travaux s'imposent avec une autorité accrue au sein de la société. Deuxièmement, la recherche scientifique sert à améliorer les mécanismes du raisonnement et de son aboutissement sous forme de conclusions : Le moment décisif dans l'évolution de ces processus a été l'avènement d'ordinateurs qui recherchent, collectent et traitent les données. Des systèmes d'information à grande capacité effectuent aujourd'hui diverses opérations formelles jadis exécutées par des êtres humains ; les processus mentaux en sont soulagés d'autant et le potentiel de l'intellect s'en trouve renforcé. La mise au point d'une technologie correspondant à ces conditions est une des questions dont s'occupent les spécialistes de l'ordinateur. L'utilisation rationnelle du flux croissant d'informations de toute espèce nous oblige à recourir à des systèmes de plus en plus complexes d'échange d'informations. La mise au point de ces systèmes en particulier le système mondial d'information scientifique et technologique connu sous le nom d'unisist est indispensable à la coopération internationale et au transfert international des connaissances. L'organisation de services d'information scientifique et techniquefigure généralement parmi les activités des institutions qui s'occupent de recherche scientifique ; elle se rattache directement au développement de la science. Troisièmement, la recherche scientifique est nécessairement compatible avec l'enseignement au niveau universitaire, pour deux raisons : Pour prendre tout son sens,' l'enseignement universitaire ne doit pas seulement impartir un certain nombre de connaissances mais surtout familiariser les étudiants avec les méthodes du raisonnement scientifique ; cela est d'une importance capitale pour le développement intellectuel. Encore faut-il, pour que l'instructeur puisse enseigner les méthodes scientifiques, qu'il soit lui-même un scientifique. Pour pouvoir initier les étudiants aux dernières acquisitions du savoir, l'enseignant doit lui-même contribuer, pour une petite part au moins, au progrès des connaissances et se maintenir activement en contact avec leurs sources. Autrement, l'écart entre une université donnée et les centres scientifiques mondiaux les plus réputés se creusera et l'université perdra de son prestige. Quatrièmement, les milieux scientifiques ont un rôle à jouer dans la diffusion des connaissances à travers la société ; il leur appartient aussi de susciter des intérêts créateurs, scientifiques. C'est là une tâche capitale qui incombe aux scientifiques et qui est souvent sous-estimée. La diffusion de la science audelà de la sphère du savoir institutionnel que constituent les établissements d'enseignement est devenue un important facteur de culture créatrice, facteur qui confère sa physionomie à l'intellect mime d'une société. D'autre part, le temps, réservé aux loisirs s'accroissant, la question se pose de savoir comment l'utiliser au mieux. Ce temps est, en effet, suffisant pour permettre à l'individu à la fois de se reposer et de s'adonner à la science en amateur, comme le confirme la Science et besoins intellectuels 291

98 multiplication des groupes qui se consacrent à l'étude de l'astronomie, de l'archéologie, de la faune et de la flore sauvages et à bien d'autres sujets (tout comme, à une certaine époque, l'éveil du sentiment national a donné naissance à un intérêt nouveau pour les études historiques). Il faudrait dire aussi que les recherches menées dans des domaines comme la cosmologie et la biologie moléculaire ont excité l'imagination du public et rendu d'autant plus attrayante l'étude de ces matières et de questions connexes. On peut donc dire que l'intérêt général accru suscité par la science comporte deux conséquences : Le niveau intellectuel général du public s'élève, ce qui permet parfois de découvrir de nouveaux talents ; La science et les milieux scientifiques jouissent d'un prestige social accru. Cinquièmement, il existe une interaction complexe entre centres scientifiques et société. Dès lors qu'un centre de recherche (institut, université) a atteint sa «masse critique», il lui est possible de se lancer dans des recherches extrêmement diversifiées. L'atmosphère même qui règne à l'intérieur du centre devient telle que la discussion créatrice contribue, elle aussi, à relever le niveau des efforts de recherche entrepris. En même temps, le centre exerce une influence sociale multilatérale à l'échelle de la communauté ou région environnante, ou même à l'échelle du pays dans son ensemble. Enfin, le développement intellectuel d'un pays ne peut se faire dans l'isolement. Des contacts divers et multiples avec l'étranger ainsi que la réputation croissante des milieux scientifiques d'un pays sont indispensables si l'on veut pouvoir exploiter, dans chaque discipline, les résultats les plus récents. Pour gagner quelque chose, il faut donner quelque chose, c'est-à-dire participer activement au développement constant des valeurs de l'humanité. L'importance de la recherche scientifique est telle (quand bien m ê m e ses résultats recevraient moins de p u blicité que les grandes manifestations sportives) qu'elle vaut au pays où elle prend place la considération durable de la c o m m u nauté mondiale.- L'influence de l'opinion publique Tout comme les artistes et les chercheurs scientifiques peuvent être les meilleurs a m bassadeurs de leur pays, les réalisations scientifiques pavent la voie aux échanges technologiques mutuels. C'est ce qui explique que soient souvent entrepris des travaux de recherche qui ne sont pas susceptibles d'application dans le pays même où ils prennent place. Une équipe de scientifiques qui s'acquiert un renom mondial peut aussi apporter à un pays des avantages indirects, indépendamment du degré d'applicabilité de ses travaux dans son propre pays. L'attitude, à priori négative, souvent adoptée à l'égard de la «recherche de prestige» destinée à avoir des répercussions sur l'ensemble du monde scientifique paraît par conséquent injustifiée. Tels sont certains des aspects de l'influence que la science exerce sur le développement intellectuel de la société. Nous avons constaté que, selon les conditions locales, cette influence pouvait prendre diverses formes et que sa portée pouvait varier. Dans les économies hautement développées, dotées de traditions de recherche bien établies, la situation de la science par rapport à ses interfaces sociales s'est progressivement stabilisée, du moins en partie, Toutefois, certaines découvertes importantes ou l'ouverture de nouveaux champs d'application ont modifié ces relations (ce fut le cas, par exemple, après le premier vol spatial couronné de succès). H n'en demeure pas moins urgent, dans ce même groupe de pays industrialisés, de veiller au développement intellectuel, en particulier des éléments de la société qui n'ont guère accès aux établissements d'enseignement supérieur. Dans les pays en développement, le pro- 292 Ignacy Malecki

99 cessus d'estimation evaluative de la science par l'opinion publique et par ceux qui prennent les décisions ne fait que commencer. Stimuler le développement intellectuel est donc l'une des nécessités de la politique sociale. De ce fait, il importe au plus haut point, dans ces pays, de créer des organismes scientifiques centraux et régionaux. Inspirer de l'intérêt pour la science et promouvoir son prestige sont donc des questions d'importance pour la société tout entière. Conclusion L'analyse qui précède peut être résumée comme suit : L'application de découvertes scientifiques peut produire des résultats sociaux et économiques multilatéraux. E n termes de politique scientifique, une recherche orientée vers la satisfaction des besoins de l'homme devrait bénéficier d'une priorité élevée. Entendus dans un sens large, les «besoins de l'homme» comprennent le développement intellectuel d'une société tout autant que ses besoins matériels et sociaux. L'état de la science dans un pays donné exerce une influence multilatérale sur le développement intellectuel de la société de ce pays. La recherche scientifique contribue à créer les conditions qui favorisent le développement intellectuel, à améliorer le processus d'enseignement au niveau universitaire et à développer les mécanismes propres à assister l'activité intellectuelle. L'activité de recherche contribue à répandre la connaissance scientifique, en suscitant un intérêt créateur pour la science et en conférant un prestige accru aux milieux scientifiques au sein d'une société. Les relations internationales scientifiques entretenues par un pays et la reconnaissance par la communauté mondiale du niveau de développement scientifique d'un pays particulier contribuent indirectement au développement intellectuel global de la société. Enfin, le cours du développement intellectuel d'une société tout comme les méthodes permettant de le stimuler dépendent de faneurs locaux ; le choix des méthodes est d'une importance toute particulière dans le cas des pays en développement. D Pour approfondir le sujet GIARINI, O. ; LOUBERGE, H. The diminishing returns of technology. Oxford, Pergamon Press, Human implications of scientific advance. Edimbourg, University of Edinburgh Press, LASZLO, E. The inner limits of mankind. Oxford, Pergamon Press, The objectives of the New Internationa! Economic Order. Oxford, Pergamon Press, MALECKI, I. Research and the future. Dans : Research and human needs. Rome, Unesco/CNR, MCHALE, J. ; MCHALE, M. Basic human needs: a framework for action. New Brunswick, N.J., Transaction Books, MULKAY, M. Science and the sociology of knowledge. Londres, George Allen & Unwin, Problems of the science of science, Varsovie, Polish Academy of Sciences Press, Recherche participatoire et besoins essentiels. Les carnets de l'enfance, n 41, TEVOEDJKE, A. Poverty: wealth of mankind. Oxford, Pergamon Press, UNESCO. Comprendre pour agir. V Unesco face aux problèmes d'aujourd'hui et aux défis de demain. Paris, W Œ N E R, A. Patterns of control in post-industrial society: magnificent myth. Oxford, Pergamon Press, Science et besoins intellectuels 293

100 Créativité, labeur et longévité Interrogés au cours d'une table ronde sur les facteurs de longévité, sept spécialistes d'âge respectable vivant en Europe orientale ont fait ce genre de réponses : «Je n'ai jamais fumé», «Je ne bois pas d'alcool», «Je dors huit heures toutes les nuits», «Je prends très peu de médicaments» ou «Je fais de l'exercice tous les jours». Mais la réponse la plus fréquente a été : «J'ai travaillé toute ma vie et je continue même aujourd'hui.» Parmi les personnes interrogées, nonagénaires pour la plupart, se trouvaient : l'académicien A. MikhaQov, astronome travaillant à l'observatoire de Pulkovo près de Leningrad (91 ans) ; l'académicien N. Drujinine, historien qui vient d'achever une monographie sur la vie dans les villages russes d'il y a un siècle (93 ans) ; Marietta Chtchaginian, écrivain de 91 ans qui a dirigé la publication en russe de l'œuvre de Balzac et qui travaille depuis l'âge de 15 ans ; le professeur A. Ventchikov, physiologiste d'achkhabad (âgé lui aussi de plus de 90 ans) qui poursuit ses travaux sur le rôle vital des éléments présents à l'état de traces dans l'organisme ; Iorgu Iordan, philologue roumain qui travaille à un dictionnaire de sa langue natale (91 ans) ; l'académicien Georguy Nadjakov, physicien bulgare âgé aujourd'hui de 91 ans ; enfin, un autre Bulgare, le professeur Petr Nikolov (85 ans), chercheur en pharmacologie. Évoquant la robustesse et l'activité productrice de ces spécialistes, un médecin soviétique, le D r V. Guiller, a dit que «la cause de la longévité devrait être plaidée dès l'enfance». A. GALAEVA dans Nauka i Jizn (Science et vie), décembre impact : science et société, vol. 29 (1979), n 3 295

101 Lettres Comment organiser la recherche dans un océan «quadrillé»? La lettre ci-après nous a été adressée par le directeur général attaché au cabinet du Ministère de ragriculture et des pêches du Portugal, Mário Ruivo, qui nous fait part de ses commentaires sur notre numéro dont le thème était «Les ressources de la mer» (impact : science et société, vol. 29, n 2). Ancien président de la délégation portugaise à la IIP Conférence des Nations Unies sur le droit de la mer, M. Ruivo est délégué principal de son pays auprès de la Commission océanographique inter gouvernementale. La huitième session de la Conférence des Nations Unies sur le droit de la mer s'est tenue à peu près au moment de la parution du numéro 2 du volume 29 de votre revue. La conférence semble continuer à s'enliser dans une impasse dont on voit difficilement l'issue. Après les progrès considérables qui ont permis un accord de principe sur la majorité des points discutés, les négociations se sont heurtées aux différences de position des principaux groupes d'intérêt à l'égard d'un nombre limité de questions clés. Si la plupart de ces questions peuvent faire l'objet d'un compromis, celui-ci dépendra (en dernière analyse) de l'évolution de la question centrale, c'est-à-dire le régime d'exploitation des ressources minérales des fonds marins de la zone internationale et les aspects institutionnels etfinanciers connexes. Il est donc hasardeux de faire un pronostic sur les chances de trouver rapidement une solution satisfaisante.pour les parties intéressées. Tout le monde semble d'accord pour approuver le concept de patrimoine commun de l'humanité applicable à ces ressources mais les différences de développement économique et technologique, d'une part, et d'idéologie, d'autre part, ont, jusqu'à présent, empêché qu'un accord intervienne. : - S'il faut tout mettre en œuvre pour trouver des formules de compromis qui permettent de débloquer l'impasse et d'arriver à rétablissement- d'une convention susceptible d'être acceptée par consensus ce qui semble mieux servir les intérêts vitaux de la plupart: des États (en particulier les plus faibles) et de la communauté internationale dans son ensemble il nous paraît également opportun de réfléchir aux conséquences d'un échec possible ou d'un ralentissement des travaux de la conférence sur les affaires océaniques internationales. Celles-ci comprendraient les conditions de l'exercice de la recherche scientifique en mer. Cette réflexion nous paraît opportune du fait que, parallèlement aux négociations des Nations Unies et sans parler des normes traditionnelles du droit maritime qui sont toujours en vigueur certaines dispositions ainsi que certains principes et critères dégagés dans le cadre de la conférence sont d'ores et déjà en cours d'application moyennant l'adoption, par un nombre croissant d'états, de législations nationales établissant des zones économiques exclusives impact : science et société, vol. 29 (1979)» n 3 297

102 ou des espaces équivalents. Cela constitue en soi une démonstration de la contribution positive de la conférence à l'élaboration d'un nouveau régime des océans. Il faut travailler d'une façon différente Ces législations traduisent, en effet, une uniformité d'approches considérable facilitant l'application du régime et réduisant les sujets de conflit. Malgré leur caractère nouveau, elles constituent une base relativement précise à une coopération bilatérale et multilatérale indispensable à la réalisation des objectifs de développement et de gestion rationnelle des océans et de leurs ressources. Compte tenu des sujets traités dans votre numéro, nous nous bornerons à faire quelques remarques sur les incidences possibles d'une généralisation de l'établissement de zones étendues de juridiction nationale sur la recherche scientifique marine et les transferts techniques, aussi bien que sur la conservation des ressources vivantes et la protection du milieu marin. La conférence s'est occupée séparément de chacun de ces aspects. Néanmoins, il est de plus en plus évident que, dans la pratique, ces aspects restent étroitement liés. Ainsi, par exemple, les principes de conservation. retenus vont au-delà des schémas classiques basés sur la mortalité due à la pêche. Ces principes ne portaient que sur le nombre total de captures permis, l'établissement des quotas, la réglementation des caractéristiques des bateaux et des engins de pêche. Ds prennent maintenant une dimension écologique, outre des considérations de nature socio-économique. Cela se traduit, d'une part, par l'incorporation, dans les modèles de gestion, des effets de la pêche sur des espèces associées à l'espèce principale et, d'autre part, par les interactions possibles des ressources halieutiques avec le milieu marin. Ces interactions comprennent les effets négatifs directs dus à la pollution sur les stocks exploités et sur les opérations de pêche et les effets indirects sur la qualité des produits alimentaires d'origine marine. L'évaluation de cet ensemble de conséquences ainsi que les bases scientifiques des mesures de gestion et de développement demandent un effort accru et intégré de recherche à caractère pluridisciplinaire. C'est ainsi que certaines législations nationales sur les zones économiques exclusives traduisent, sous une forme explicite ou implicite, une attitude «integrationniste» (droits souverains à des fins d'exploitation des ressources et d'autres usages économiques, juridiction sur la protection du m i lieu marin et la recherche scientifique m a rine), tout en sauvegardant selon les cas la possibilité de réviser ces droits en fonction des résultats de la conférence. L'idée que la recherche scientifique et technique est aujourd'hui une source de pouvoir et de progrès est largement répandue et influence le comportement des États dans ce domaine.. Des positions qui s'affirment dans la pratique Dans ces circonstances et en ce qui concerne le régime d'autorisation par l'état côtier de la recherche océanographique dans la zone économique exclusive, la tendance majoritaire à la conférence est (comme il fallait s'y attendre) au renforcement d'un régime de consentement qualifié. Ce consentement est plus ou moins restrictif selon les pays et l'application que les autorités respectives peuvent être amenées à en faire... A cet égard, des réserves subsistent (sinon même une opposition formelle) de la part de certains pays industrialisés et des cercles influents de. leurs communautés scientifiques, en particulier les communautés associées aux grandes institutions océanographiques. Ces communautés craignent que des restrictions excessives n'enlèvent tout sens à l'obligation de faciliter la recherche en vue d'une meilleure connaissance des océans et pour le bien-être de Phumanité. Cette philosophie a. pourtant été écartée 298 Lettres

103 par un grand nombre de pays côtiers en développement, de crainte qu'elle ne cache l'intention de limiter leurs nouveaux droits et leurs pouvoirs, et ce à l'avantage des pays industriels. Que l'on soit d'accord ou non avec ces positions, elles s'affirment dans la pratique. Acceptées de bon gré ou comme mesures de prudence, les demandes d'autorisation par les pays «chercheurs» se multiplient. Les conditions et procédures d'accès aux ressources halieutiques, le régime de la pêche, les mesures visant la conservation des stocks et la protection du milieu marin, les autorisations en vue d'activités de recherche, tout cela fait partie du quotidien des négociations bilatérales. Ces divers éléments commencent aussi à influencer le fonctionnement des institutions compétentes de coopération multilatérale, globale ou régionale. H est évident que l'avenir de la recherche dans les nouvelles zones de juridiction nationale dépendra de plus en plus de la reconnaissance de l'intérêt et du respect mutuels entre les États directement intéressés, en s'efforçant de réduire les contraintes et procédures bureaucratiques, et de la capacité de trouver et de mettre en œuvre des formules nouvelles dans l'organisation des programmes de recherche. Nous sommes fermement convaincu que les organisations régionales, une fois ajustées, offriront des possibilités qu'il faut explorer avec imagination et bonne volonté. Le développement de nouveaux moyens En outre, nous croyons que le renforcement de la capacité scientifique et technique des États côtiers moins développés, de leurs institutions et moyens financiers et surtout l'augmentation du personnel spécialisé faciliteront le dialogue indispensable entre les parties concernées ce qui- demande un effort de compréhension de la part de l'état côtier et de l'état «chercheur». Ainsi nous ne voyons pas pourquoi il ne serait pas possible de tenter la mise en application immédiate de certaines dispositions du texte de la future convention au moyen de mesures pratiques en vue d'effectuer des transferts de technologie comprenant l'établissement de centres régionaux scientifiques et techniques, la formation d'experts, et l'échange d'informations et de données pertinentes. Dans ce domaine, le programme de la FAO pour'le développement de la pêche dans les zones économiques et la possibilité de créer un fonds spécial pour la recherche océanographique sous la forme de contributions volontaires par les États avec l'appui des agences internationales de financement en cours de discussion au sein de la Commission océanographique intergouvernementale (COI) sont des mesures positives. Dispositifs et procédures La communauté scientifique s'interroge cependant sur la question de savoir quelles seront, dans les conditions présentes, les structures et les procédures les plus propres à faciliter la recherche dans un océan «quadrillé». Les opinions divergent sur ce sujet. : Les organismes régionaux scientifiques et de pêche indépendants ou créés au sein du système des Nations Unies ont joué un rôle important par le passé afin de faciliter la coopération internationale indispensable à la recherche océanologique, à la gestion des ressources halieutiques et au développement, ainsi qu'à la mise en œuvre de programmes et de projets d'assistance technique. Les associations régionales qui ont été créées dans le cadre de la COI correspondent grosso modo, dans leurs régions, au Conseil international pour l'exploration de la mer (CIEM) qui couvre l'atlantique du Nord, et offrent, dans ce contexte, des possibilités qui méritent d'être explorées. H en est de même des projets régionaux des mers duprogramme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) concentrés sur l'étude,la surveillance continue et la protection du milieu marin. Lettres 299

104 Le nouveau régime des océans en formation a déclenché un processus d'adaptation de ces institutions aux nouvelles circonstances moyennant des modifications de leurs statuts (limites géographiques, structures et fonctionnement, selon les cas) et même la décentralisation de leurs secrétariats et services communs vers les régions concernées. Quant aux institutions mondiales, certains croient à l'avenir d'une Commission océanographique intergouvernementale restructurée et renforcée. D'autres pensent qu'il serait préférable de promouvoir la création de dispositifs intergouvernementaux tout à fait nouveaux ; d'autres encore pencheraient vers des solutions non gouvernementales, par exemple, dans le cadre du Conseil international des unions scientifiques, moyennant la restructuration du C o mité scientifique sur la recherche océanique (SCOR). Comment trouver un équilibre entre les objectifs d'indépendance si chers aux scientifiques et l'engagement requis des États dont dépend, dans une large mesure, leur appui financier et logistique pour des programmes et des activités de plus en plus coûteux et complexes? C'est là une question qui revêt une grande importance lorsqu'il s'agit de la réorganisation des dispositifs de coopération dans le domaine des sciences marines et de leurs applications. Une nouvelle forme d'évaluation est proposée La position des États à l'égard des réformes institutionnelles requises se caractérise à l'heure actuelle par une extrême prudence. Sur le plan global, on assiste à un affrontement entre les partisans du maintien du statu quo, basé sur des dispositifs de compétence sectorielle avec des aménagements minimaux, et les partisans d'une réforme plus poussée et holistique du système. Pour des raisons de politique générale et d'ordre pratique, le compromis paraît s'orienter vers une amélioration et un renforcement des composantes maritimes, des organisations spécialisées (FAO, CIEM, PNUE, Unesco, O M M, etc.), qui jouissent d'une vaste expérience et de prestige dans leurs domaines respectifs de compétence et, simultanément, vers des mesures visant des formes avancées de coopération qui bénéficieraient ainsi d'une approche pluridisciplinaire et de la mobilisation des moyens dont elles disposent. Cela demanderait le renforcement des mécanismes de coordination inter-agences et, éventuellement, la création.dans le cadre des Nations Unies d'un forum intergouvernemental souple qui se réunirait périodiquement de manière à permettre : a) une évaluation de l'usage croissant des ressources et du milieu marin, ainsi que des techniques associées ; b) l'identification des problèmes ayant une portée internationale ; c) l'établissement des priorités ; d) l'encouragement à l'action par l'intermédiaire des organismes internationaux appropriés pour les tâches ainsi délimitées. Des propositions spécifiques à ce sujet ont été soumises à la conférence par certains pays, dont le Portugal. Si cet effort de rationalisation institutionnel est souhaitable comme préparation à l'application de la Convention sur le droit de la mer, il nous semble encore plus urgent et nécessaire face aux difficultés actuelles rencontrées par la conférence. En effet, un retard dans l'adoption d'un traité risque d'encourager une certaine tendance à la «territorialisation» de-zones économiques exclusives. A la souveraineté sur les ressources viendraient probablement s'ajouter des formes de plus en plus avancées de juridiction concernant la protection du milieu marin, ainsi que des activités de recherche scientifique. - Les risques de tension et le manque d'efficacité dans le traitement des questions concernant les ressources communes, les pollutions «transfrontières» et d'autres formes de modification de l'environnement marin, ainsi que de l'effort de recherche nécessaire contraignent certains pays à faire 300 Lettres

105 une évaluation des conséquences et à chercher les mesures appropriées pour y faire face. Qu'il s'agisse de restructurations institutionnelles ou de la création de dispositifs nouveaux, les négociations internationales sont longues et complexes. Plus tôt on les entamera, mieux cela vaudra. Mário Ruivo Lettres 301

106 Le prochain numéro d'impact : science et société fera un tour d'horizon des problèmes et des possibilités d'exploitation du Potentiel énergétique mondial Ce problème d'actualité sera traité en long et en large dans le numéro 4 du volume 29 de ce périodique. Date de parution : 15 novembre. Retenez votre exemplaire dès maintenant. A l'agent de vente pour mon pays (ou à l'unesco, PUB-Ventes, 7, place de Fontenoy, Paris, France) : Je désire souscrire un abonnement à impact (4 numéros par an) Édition anglaise D arabe espagnole D française Ci-joint en paiement la somme de : (Prix, frais de port inclus : un an, 40 francs; deux ans, 66 francs. Pour connaître le tarif de l'abonnement en monnaie locale, consultez l'agent de vente pour votre pays) Nom Adresse (Prière d'écrire à la machine ou en majuscules d'imprimerie) Signature D Nouvel abonnement D Réabonnement

107 En réponse aux demandes de lecteurs impact : science et société traitera les thèmes ci-dessous au cours des quinze mois suivant la parution de ce numéro. vol. 30, n 1 (janvier-mars 1980) vol. 30, n 2 (avril-juin 1980) vol. 30, n 3 (juillet-septembre 1980) vol. 30, n 4 (octobre-décembre 1980) vol. 31, n 1 (janvier-mars 1981) Femmes de science dans les petits pays Uhomo faber de demain L'homme et la forêt Recherche et développement militaires Un continent prépare son aviation civile A l'agent de vente pour mon pays (ou à l'unesco, PUB-Ventes, 7, place de Fontenoy, Paris, France) : Je désire souscrire un abonnement à impact (4 numéros par an) D Édition anglaise D arabe D espagnole O française Ci-joint, en paiement, la somme de (Prix, frais de port inclus : un an, 40 francs ; deux ans, 66 francs. Pour connaître le tarif de l'abonnement en monnaie locale, consultez l'agent de vente pour votre pays) Nom Adresse (Prière d'écrire à la machine ou en majuscules d'imprimerie) Signature D Nouvel abonnement D Réabonnement

108 prospective et santé Jj: : íírè^: Jüil»^^<^^ Xe jugement de la presse : «... l'exceptionnelle qualité des textes offerts et la clarté très remarquable qui leur permet d'être accessibles à tous». (Le Monde 3 août 1977). - GRATUIT : Tout nouvel abonné recevra gracieusement le nouvel ouvrage écrit sous la direction de Martine Allain-Regnault : BULLETIN D'ABONNEMENT l' / France 90 F Un an \ Etranger 100 F A remplir en lettres majuscules : Nom Prénom Adresse OBJECTIF CŒUR PROSPECTIVE ET SAKTÉ PUBLIQUE OBJECTIF CŒUR, qui fait le point sur les maladies cardiaques. 160 pages abondamment illustrées. Profession souscrit abonnements) d'un an à a revue «Prospective et Santé». Ci-joint mon règlement par chèque bancaire D mandat postal D chèque postal D C.CÍ. Paris à l'ordre d'etoile Promotion. A adresser à : ETOILE PROMOTION 3, rue Troyon Paris!

109 FUTURES the journal of forecasting and planning " The journal covers the methods and practice of social, economic, and technological forecasting. It is essential reading for decision makers and planners. FUTURES is an international journal serving all who are aware and concerned about the future in an increasingly complex world. FUTURES provides an effective link between academic research and the practice of forecasting and planning. In addition to the major articles, reviews and research papers, FUTURES carries short reports, book reviews, conference reports and announcements, and regular features such as Futures forum, ' Prophecy to prediction and a science fiction survey. Recent articles UK productivity in 1991, G F Ray The question mark over coal: pollution, politices and C0 2, G Mariand, R M Rotty Economic criteria for intergenerational comparisons, EJMisham Economics of welfare: the implications of demographic change for Europe, H M Wirz Post-industrial society: the myth of the service economy, JI Gershùny. i The new matrix of political action, Alan Marsh French planning in the 1980's, Bernard Cazes Published alternate months ' Annual subscription (6 issues) ( individuals) Further information and sample copy available from the publishers IPC Science and Technology Press Limited, Westbury House, Bury Street, Guildford, Surrey GU2 5BH, UK.

110 IiXOCEÁ REVUE INTERNATIONALE DE L'OCÉAN INDIEN Civilisations, Économie et Sciences L'importance de l'océan Indien dans la vie mondiale actuelle déjà soulignée par certains clairvoyants dès lafin du XVIIIe siècle n'échappe à personne. De ce fait INOCÉA, première publication dans son style et son esprit, se doit d'être un lien non seulement entre les pays de l'océan Indien, mais aussi entre eux et le reste du monde. INOCÉA, fondant son existence sur la pensée et la rigueur scientifiques mises au service d'une fraternité effective, traite en profondeur des civilisations, de l'économie et des sciences concernant ces pays, sans pour autant les dissocier des problèmes du Monde moderne en général et de ceux du Tiers-Monde en particulier. Aussi INOCÉA indépendante de tout trust ou holding, de tout groupe politique, racial ou religieux s'adresse-t-ette à tous ceux qui, par amour, par profession ou par simple désir de connaître, s'intéressent à cette région autrement dit au Tiers-Monde Le contenu d'inocéa se répartit dans trois rubriques : CIVILISATIONS : groupant les sujets se rapportant aux Sciences Humaines, Juridiques, Politiques, aux Arts et à la Littérature. ÉCONOMIE : englobant tout ce qui touche à la vie économique, de l'agriculture au Tourisme en passant par les Finances, les Industries, les sources d'énergie. SCIENCES : ouvrant ses colonnes aux travaux et recherches dont la diffusion est estimée nécessaire et utile par leurs auteurs pour le développement de la Science particulièrement dans cette partie du monde. Si vous désirez de plus amples informations ou simplement nous aider, veuillez renvoyer le coupon ci-dessous à : M. RAVELOSON.S. 126 boulevard Henri Sellier SURESNES (France) Veuillez me faire parvenir tout renseignement concernant INOCEA NOM Je souhaite : Adresse m'abonner D m'informer sur les possibilités publicitaires Ville p D contribuer à l'élaboration du contenu Signature PLUME (composition) 9 rue de Crimée PARIS (France) et FOTO 7 (photogravure) 20 rue lion Bloy Bourg-la-Reine (France).

111 SŒNTTA International Review of Scientific Synthesis - Founded in 1907 Scientific Editorial Board: Piero Caldirola - Ludovico Gcymonat - Giuseppe Montalenti * "" Editor: N. Bonetti SCIENTIA has never abandoned its programme of rigorous scientific synthesis; it aims at going beyond rather than refuting disciplinary specialization. The motivations behind this approach can be explained today on the one hand through the formation of new areas of scientific research, and on the other through the lively evolution of those social frameworks which are at one and the same time both cause and effect of such research. Scientia takes on the task it has set itself with the help of contributions from scientists and philosophers from all parts of the world. Publication: 3 volumes a year of approx. 400 pages each. Articles are published in the language in which they were written and in the integral English and Italian versions. Annual subscription: Italy L It 22,000 Europe L It Non-European countries $44 Specimen copy: Italy L It Europe L It Non-European countries %4.50 SCIENTIA Via Guastalla Milano (Italy) - Telephone (02)

112 PUBLICATIONS DE L'UNESCO : AGENTS DE VENTE Afrique du Sud Albanie Algérie Allemagne (Rép. féd.) Antilles françaises Antilles néerlandaises Argentine Australie Autriche Bangladesh Belgique Bénin Birmanie Bolivie Brésil Bulgarie Canada Chili Chine Chypre Colombie Congo Costa Rica Côte-d'Ivoire Cuba Danemark Egypte El Salvador Equateur Espagne États-Unis - d'amérique Ethiopie Finlande Van Schaik's Bookstore (Pry.) Ltd., Libri Building, Church Street, P.O. Box 724, PRETORIA. N. Sh. Botimeve Nairn Frasheri, TIRANA. Institut pédagogique national, 11, rue Ali-Haddad (ex-rue Zaatcha), ALGER. Société nationale d'édition et de diffusion (SNED), 3, boulevard Zirout-Youcef, ALGER.. S. Karger GmbH, Karger Buchhandlung, Angerhofstr. 9, Postfach 2, D-8034, GERMERING/MUNCHEN. «Le Courrier», édition allemande seulement : Colmantstrasse 22, 5300 BONN. Pour les cartes scientifiques seulement : Geo Center, Postfach , 7000 STU GART 80. Librairie t Au Boul" Mich*, 1, rue Perrinon et 66, avenue du Parquet, FORT-DE-FRANCE (Martinique). G.C.T. Van Dorp-Eddine N.V., P.O. Box 200, WILLEMSTAD (Curaçao N.A.). EDILYR S.R.L., Tucumân 1699 (P.B. 1A ), 1050 BUENOS AIRES. Publications : Educational Supplies Fry. Ltd., P.O. Box 33, BROOKVALE 2100, N.S.W. Périodiques : Dominie Pty Ltd., P.O. Box 33, BROOKVALE 2100, N.S.W. Sous-agent : United Nations Association of Australia, Victorian Division, 2nd Floor, Campbell House, 100 Flinders Street, MELBOURNE Dr. Franz Hain, Verlags- und Kommissionsbuchhandlung, Industriehof Stadlau, Dr. Otto-Neurath-Gasse 5, 1220 WIEN. Bangladesh Books International Ltd., Ittefaq Building, 1 R. K. Mission Road, Hatkhola, DACCA 3. Jean De Lannoy, 202, avenue du Roi, 1060 BRUXELLES. Cep Librairie nationale, B.P. 294, PORTO NOVO. Trade Corporation no. (9), Merchant Street, RANGOON. Los Amigos del Libro : casilla postal 4415, LA PAZ ; avenida de las Heroínas 3712, casilla 450, COCHABAMBA, Fundação Getúlio.Vargas, Serviço de Publicações, caixa postal ZC-02, Praia de Botafogo 188, Rio DE JANEIRO (GB) ; Carlos Rohden, Livros e Revistas Técnicos Ltda. : av. Brigadeiro Farfa Lima 1709, 6. andar, caixa postal 5004, SÃO PAULO ; av. Franklin Roosevelt 194-S/707, Rio DE JANEIRO (RJ) ; P.O. Box 617, PORTO ALEGRE (RS) ; P.O. Box 957, CURITIBA (PR) > ' P.O. Box 1709,30000 BELO HORIZONTE (MG); P.O. Box 1709,50000 RECTFE (PE). Heraus, Kantora Literatura, bd. Rousky 6, SoFijA. Éditions Renouf Limitée, 2182, rue Sainte-Catherine Ouest, MONTRÉAL, Ojié. H3H 1M7. Bibliocentro Ltda., Constitución n. 7, casilla 13731, SANTIAGO (21). China National Publications Import Corporation, West Europe Department, P.O. Box 88, PEKING. M A M», Archbishop Makarios, 3rd Avenue, P.O. Box 1722, NICOSIA. Editorial Losada Ltda., calle 18A, n , apartado aéreo 58-29, BOGOTA. Sous-dépõt : Edificio La Ceiba, oficina 804, calle 52, n , MEDELLÍN. Librairie populaire, B.P. 577, BRAZZAVILLE. Librería Trejos S.A., apartado 1313, SAN José. Téléphonos : 2285 y Centre d'édition et de diffusion africaines, B.P. 4541, ABIDJAN PLATEAU. Ediciones Cubanos, O'Reilly, n. 407, LA HABANA. Ejnar Munksgaard Ltd., 6 Narregade, 1165 KOBENHAVN K. Unesco Publications Centre, 1 Talaat Harb Street, CAIRO. Librería Cultural Salvadoreña S.A., calle Delgado n. 117, apartado postal 2296, SAN SALVADOR. Périodiques seulement : RA YD de Publicaciones, Garcia 420 y 6 de Diciembre, casilla de correo 3853, QUITO. Toutes les publications : Casa de la Cultura Ecuatoriana, Núcleo del Guayas, Pedro Moncayo y 9 de Octubre, casilla de correo 3542, GUAYAQUIL. Publications seulement : Librería Pomaire, Amazonas 863, Mundi-Prensa Libros S.A., apartado 1223, Castelló 37, MADRID I. Ediciones Liber, apartado 17, Magdalena 8, ONDARROA (Vizcaya). DONAIRE, Ronda de Outeiro 20, apartado de correos 341, LA CORUNA. Librería Al-Andaras, Roldana 1 y 3, SEVILLA 4. Librería Castells, Ronda Universidad 13, BARCELONA 7. ' Unipub, 345 Park Avenue South, N E W YORK, N.Y. IOOIO. Ethiopian National Agency for Unesco, P.O. Box 2996, ADDIS ABABA. Akateeminen Kirjakauppa, Keskuskatu I, HELSINKI 10. QUITO.

113 «Le Courrier» seulement (pour les enseignants) : Commission nationale marocain France Librairie de l'unesco, 7, place de Fontenoy, PARIS ; CCPParis Ghana Presbyterian Bookshop Depot Ltd., P.O. Box 195, ACCRA. Ghana Book Suppliers Ltd., P.O. Box 7869, ACCRA. The University Bookshop of Cape Coast. The University Bookshop of Legón, P.O. Box ï, LEGÓN. Grèce Grandes librairies d'athènes (Eleftheroudakis, Kauffman, etc.). Guatemala Comisión Guatemalteca de Cooperación con la Unesco, 3. a avenida 13-30, zona i, apartado postal 244, GUATEMALA. Haiti Librairie Ala Caravelle», 26, rue Roux, BJ?. m, PORT-AU-PRINCE. Haute-Volta Librairie Attie, B.P. 64, OUAGADOUGOU. Librairie catholique t Jeunesse d'afrique», OUAGADOUGOU. Honduras Librería Navarro, 2. a avenida, n. 201, Comayaguela, TEGUCIGALPA. Hong-kong Federal Publications (HK) Ltd., 5A Evergreen Industrial Mansion, 12 Yip Fat Street, Wong Chuk Hang Road, ABERDEEN. Swindon Book Co., Lock Road, KowLOON. Hongrie Akadémiai Kõnyvesbolt, Váci u. 22, BUDAPEST V. A.K.V. Kõnyvtárosok Boltja, Népkoztársaság utja 16, BUDAPEST VI. Inde Orient Longman Ltd. : Kamani Marg, Ballard Estate, BOMBÂT ; 17 Chittaranjan Avenue, CALCUTTA 13 j 36A Anna Salai, Mount Road, MADRAS 2; B-3/7 Asaf Ali Road, NEW DELHI I. 80/1 Mahatma Gandhi Road, BANGALORE j Hyderguda, HTDERABAD Sous-dépôts : Oxford Book and Stationery Co., 17 Park Street,CALCUTTA ; Sandia House, New DELHI IIOOOI. Publications Section, Ministry of Education and Social Welfare, 511 C-Wirig, Shastri Bhavan, NEW DELHI IIOOOI. Indonésie Bhratara Publishers and Booksellers, 29 JI. Oto Iskandardinata III, JAKARTA. Gramedia Bookshop, JI- Gadjah Mada 109, JAKARTA. Indira P.T., JI. Dr. Sam Ramlangi 37, JAKARTA PUSAT. Irak République islamique McKenzie's Bookshop, Al-Rashid Street, BAGHDAD. Commission nationale iranienne pour l'unesco, avenue Iranchahr Chomali d'iran n 300, B.P. 1533, TÉHÉRAN. Kharazmie Publishing and Distribution Co., 28 Vessal Shirazi Street, Shahreza Avenue, P.O.B. 314/1486, TÉHÉRAN. Irlande The Educational Company of Ireland Ltd., Ballymount Road, Walkinstovra, DUBLIN 12. Islande Israël Italie Snaebjörn Jonsson & Co.,H.F., Hafnarstraeti 9, REYKJAVIK. A.B.C. Bookstores Ltd., P.O. Box 1283, 71 Allenby Road, TEL AVIV LICOSA (Librería Commissionaria Sansoni S.p.A.), via Lamarmora 45, casella postale 552, FRENZE. Jamahiriya arabe libyenne Agency for Development of Publication and Distribution, P.O. Box 34-35, TRIPOLI. Jamaïque Sangster's Book Stores Ltd., P.O. Box 366,101 Water Lane, KINGSTON. Japon Eastern Book Service Inc., Shuhwa Toranomon 3-Bldg, 23-6 Toranomon 3-chome Minato-ku, C.P.O. Box 1728, TOKYO Kenya East African Publishing House, P.O. Box 30571, NAIROBI. Koweit The Kuwait Bookshop Co. Ltd., P.O. Box 2942, KUWAIT. Lesotho Mazenod Book Centre, P.O. MAZENOD. Liban Librairies Antoine A. Naufal et Frères, B.P. 656, BEYROUTH. Liberia Cole & Yancy Bookshops Ltd., P.O. Box 28a, MONROVIA. Liechtenstein Enrocan Trust Reg., P.O. Box 5, SCHAAN. Luxembourg Librairie Paul Brück, 22, Grand-Rue, LUXEMBOURG. Madagascar Commission nationale de la République démocratique de Madagascar pour l'unesco, B.P. 331, TANANARIVE. Malaisie Federal Publications Sdn. Bhd., Lot 8238 Jalan 222, Petaling Java, SELANGOR. Mali Librairie populaire du Mali, B.P. 28, BAMAKO. Malte Sapienza's Library, 26 Republic Street, VALLETTA. - > Maroc Toutes les publications : Librairie «Aux belles images»,282, avenue Mohammed RABAT (CCP 68-74). pour l'unesco, 19, rue Oqba, B.P. 420, AGDAL-RABAT (CCP ). Maurice Nalanda Co. Ltd., 30 Bourbon Street, PORT-LOUIS. Mexique SABSA, Insurgentes Sur n , MÉXICO 12 D.F. Monaco British Library, 30, boulevard des Moulins, MONTE-CARLO. Mozambique Instituto Nacional do Livro e do Disco (INLD), avenida 24 de Julho 1921, r/c e i. andar, MAPUTO. Nicaragua Librería Cultural Nicaragüense, calle 15 de Septiembre y avenida Bolivar, apartado 807, MANAGUA. Niger Librairie Mauclert, B.P. 868, NIAMEY.

114 Nigéria Norvège Nouvelle-Calédonie Nouvelle-Zélande Ouganda Pakistan Panamá Paraguay Pays-Bas Pérou Philippines Pologne Portugal Rép. arabe syrienne République de Corée Rép. dém. allemande République dominicaine Rép.-Unie de Tanzanie Rép.-Unie du Cameroun Rhodésie du Sud Roumanie Royaume-Uni Sénégal Seychelles Sierra Leone Singapour Somalie Soudan Sri Lanka Suède Suisse Tchécoslovaquie Thaïlande Togo Trinité-et-Tobago Tunisie Turquie URSS Uruguay The University Bookshop of Ife. The University Bookshop of Ibadan, P.O. Bos 286, IBADAN. The University Bookshop of Nsukka. The University Bookshop of Lagos. The Ahmadu Bello University Bookshop of Zaria.. Toutes Us publications : Johan Grundt Tanum, Karl Johans gate 41/431 OSLO I. Le Courrier» seulement : A/S Narvesens Litteraturtjeneste, Box 6125, OSLO 6. Reprex SARL, B.P. 1572, NOUMÉA. Government Printing Office, Government Bookshops : Rutland Street, P.O. Box 5344, AUCKLAND ; 130 Oxford Terrace, P.O. Box 1721, CHRISTCHCKCH ; Alma Street, P.O. Box 857, HAMILTON J Princes Street, P.O. Box 1104, DCNEDIN ; Mulgrave Street, Private Bag, WELLINGTON. Uganda Bookshop, P.O. Box 145, KAMPALA. Mirza Book Agency, 65 Shahrah Quaid-e-azam, P.O. Box 729, LAHORE 3. Agencia Internacional de Publicaciones S.A., apartado 2052, PANAMA I. Empresa de Distribuciones Comerciales S.A. (EDICO), apartado postal 4456, PANAMA Zona 5. Agencia de Diarios y Revistas, Sra. Nelly A. de García Astillero, Pte. Franco n. 580, ASUNCIÓN. N.V. Martinus Nijhoff, Lange Voorhout 9, 'S-GRAVENHAGE. Systemen Keesing, Ruysdaelstraat AMSTERDAM Editorial Losada Peruana, Jirón Contumaza 1050, apartado 472, LIMA. The Modem Book Co., 926 Rizal Avenue, P.O. Box 632, MANILA D-404. Ars Polona - Ruch, Krakowskie Przedmiescie 7, WARSZAWA. ORPAN- Import, Palac Kultury, WARSZAWA. Dias & Andrade Ltda., Livraria Portugal, rua do Carmo 70, LISBOA. Librairie Sayegh, Immeuble Diab, rue du Parlement, B.P. 704, DAMAS. Korean National Commission for Unesco, P.O. Box Central 64, SÉOUL. Librairies internationales ou Buchhaus Leipzig, Postfach 140, 701 LEIPZIG. Librería Blasco,avenida Bolivar n. 402, esq. Hermanos Deligne, SANTO DOMINGO. Dar es Salaam Bookshop, P.O. Box 9030, DAR ES SALAAM. Le secrétaire général de la Commission nationale de la République unie du Cameroun pour l'unesco, B.P. 1600, YAOUNDE. Textbook Sales (PVT) Ltd., 67 Union Avenue, SALISBURY. ILEXIM, Romlibri, Str. Biserica Amzei n 5-7, P.O.B , BUCURESTL, Abonnements aux périodiques : Rompresfilatelia, calea Victoriei n 29, BucuREsn. H. M. Stationery Office, P.O. Box 569, LONDON, SEI 9NH. Government bookshops : London, Belfast, Birmingham, Bristol, Cardiff, Edinburgh, Manchester. La Maison du livre, 13, avenue Roume, B.P , DAKAR. Librairie Clairafrique, B.P. 2005, DAKAR. Librairie «Le Sénégal», BJ?. 1594, DAKAR. New Service Ltd., Kingstate House, P.O. Box 131, MÄHE. Fourah Bay, Njala University and Sierra Leone Diocesan Bookshops, FREETOWN. Federal Publications (S) Pte Ltd., No. 1 New Industrial Road, off Upper Paya Lebar Road, SINGAPORE 19. Modem Book Shop and General, P.O. Box 951, MOGADISCIO. Al Bashir Bookshop, P.O. Box 1118, KHARTOUM. Lake House Bookshop, Sir Chittampalam Gardiner Mawata, P.O. Box 244, COLOMBO 2. Toutes les publications : A/ BC. E. Fritzes Kungl. Hovbokhandel, Regeringsgatan 12 Box 16356, STOCKHOLM 16. < Le Courrier > seulement : Svenska FN-Förbundet, Skolgränd 2, Box 15050, S STOCKHOLM. Europa Verlag, Rämistrasse 5, 8024 ZURICH. Librairie Payot, 6, rue Grenus, 1211 GENEVB 11. SNTL Spalena 51, PRAHA I (Exposition permanente). Zahranicni literatura, 11 Soukenicka, PRAHA I. Pour la Slovaquie seulement : Alfa Verlag, Publishers, Hurbanovo nam. 6, BRATISLAVA. Nibondh and Co. Ltd., Charoen Krung Road, Siyaeg Phaya Sri, P.O. Box 402, BANGKOK. Suksapan Panit, Mansion 9, Rajdamnern Avenue, BANGKOK. Suksit Siam Company, 1715 Rama IV Road, BANGKOK. Librairie évangélique, B.P. 378, LOMÉ. Librairie du Bon Pasteur, B.P. 1164, LOMÉ. Librairie moderne, B.P. 777, LOMÉ. National Commission for Unesco, 18 Alexandra Street, St. Clair, TRINIDAD W. I. Société tunisienne de diffusion, 5, avenue de Carthage, TUNIS. ^Librairie Hachette, 469 Istiklal Caddesi, Beyoglu, ISTANBUL. Mezhdunarodnaja Kniga, MOSKVA G-200. Editorial Losada Uruguaya, S.A., Maldonado 1902, MONTEVIDEO.

115 Venezuela Librería del Este, avenida Francisco de Miranda 52, Edificio Galipin, apartado 60337, CARACAS. La Muralla Distribuciones S.A., 4.* avenida entre 3.* y 4.* transversal, Quinta «IRENALIS», Los Palos Grandes, CARACAS 106. Yougoslavie! Jugoslovenska Knjiga, Trg. Republike 5/8, P.O.B. 36, BEOGRAD. Drzavna Zalozba Slovenije, Titova C. 25, P.O.B. 50-1, LJUBLJANA. Zaïre La Librairie, Institut national d'études politiques, B.P. 2307, KINSHASA, Commission nationale zaïroise pour l'unesco, Commissariat d'état chargé de l'éducation nationale, B.P. 32, KINSHASA. BONS DE LIVRES DE L'UNESCO Utilisez les bons de livres de l'unesco pour acheter des ouvrages et des périodiques de caractère éducatif, scientifique ou culturel. Pour tout renseignement complémentaire, veuillez vous adresser au Service des bons de l'unesco, 7, place de Fontenoy, Paris.

116 les numéros»dents (1978), n 4 Vol. 29 (1979), n 2 :rt de technologie intégré 2 tion, par Surendra J. Patel. jgie et développement : ce que nous enseigne, par Manfredo Macioti. sn des transferts de technologie jne science?, par H.-C. de Bettignies. ert des connaissances en électronique : irience réalisée en Afrique du Nord, srrahmane Benazzouz et Albert Baez. si ordre économique et les problèmes oppement, par J. Frank da Costa, sation de l'énergie solaire pour le lent de l'eau, par Harry Z. Tabor. tion locale : source méconnue mie économique, ÎS E. Clayson. :e et la dépolitisation, J. Jackson. 1979). n 1 e d'einstein, générations ée révolutionnaire ( ) tion, par Jacob Bronowski. nce de la théorie vitation d'einstein, A. M. Dirac. esprit ouvert, cœur ouvert, dou-mahtar M'Bow. faculté d'abstraction et engagement : nstein, physicien et humaniste, I Ne'eman. i et la droite, ammad Allai Sinaceur. d'einstein dans l'histoire ysique, par Hans-Jürgen Treder. le mieux équipé pour enseigner lue dans les années 1980?, I Robinson, it d'einstein et Szilard gnéto-hydrodynamique moderne, Povh et A. D. Barinberg. îre et cosmologie, Demaret et J. E. H. L Vandermeulen. \/e\\e mesure du temps : e Einstein, par Mario Rodríguez Aragón, n siècle d'évolution technique lolitique, par David A. Mathisen. Les ressources de la mer Un guide à l'usage des Terriens Présentation, par Raymond C. Griffiths. Le développement et la gestion de petits laboratoires de recherche océanologique, par James W. Brodie. Le potentiel biomédical de la mer, par Pushkar N. Kaul. Les sciences de la mer dans le Golfe, par Mansour S. Kashfi. L'avenir de la recherche marine dans la région du Golfe, par Rifat Mustafa Ali. Pétrole : la gestion du risque, par Jacques-Yves Cousteau. L'exploitation des ressources biologiques de la mer, par Vikenty P. Zaïtsev. Micro-organismes et macro-organismes marins : des ressources renouvelables, par Edgar J. DaSiiva. L'océan Antarctique : un espace vide mais international, par Kurt Fleischmann. L'océan et la recherche. On trouvera un index ou des extraits d'articles de ce périodique dans Current contents, Ebsco, Environmental periodicals bibliography, Sociological Abstracts et Ulrich's.

117 La recherche et les objectifs sociaux La science au service de l'humanité S. A. Petrovski, R. I. Khaïrov La valeur sociale de la science Yona\ Friedman Recherche et éducation directe Ignacy Maleeki Science et besoins intellectuels Ubi ratam D'Ambrosio Universités et dilemme du transfert du savoir Geneviève Benezra Orientation de la recherche universitaire : l'expérience du Québec Nguyen Khac Viên La révolution scientifique et technique acrviet Nam D/ermen M. Gvishiani Améliorer la qualité de la recherche spécialisée Joel A. Snow Perspectives à long terme de la recherche énergétique André Danzin La science et la technique mènent-elles vers un nouveau style de développement? ISSN ISSFAF 29 (3) '

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