HSBC ABRITAIT AUSSI DES PARRAINS D AL-QAIDA

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1 SCIENCE & MÉDECINE LES FRESQUES DE CARABINS, UN PATRIMOINE EN PÉRIL? SUPPLÉMENT OÙ VA L ÉCONOMIE? 4 PAGES Mercredi 11 février e année N o ,20 France métropolitaine Fondateur : Hubert Beuve Méry HSBC ABRITAIT AUSSI DES PARRAINS D AL-QAIDA Oussama Ben Laden l appelait «Golden Chain» la liste de ses vingt sponsors. Plusieurs étaient saoudiens et clients de HSBC La liste fut découverte à Sarajevo, en HSBC n a pas réagi aux premières informations sur ses clients à «risques» Des diamantaires d Anvers, des groupes mafieux, des marchands d armes ont aussi eu recours aux services de HSBC Les révélations du «Monde» et de ses partenaires provoquent des demandes d enquête parlementaire à Berne et à Londres Récit d une traque, avec Roland Veillepeau, l homme qui dirigea pour Bercy l opération «Chocolat» LIRE PAGES 2 À 8 ET Valls défié à Marseille par les kalachnikovs Une fusillade à la Castellane a gâché le déplacement du premier ministre L I R E PA G E 1 6 HÉPATITE C UNE ONG CONTESTE LE BREVET D UN MÉDICAMENT AU PRIX EXORBITANT LIRE LE CAHIER ÉCO PAGE 5 ISRAËL LES ARABES FONT LISTE COMMUNE POUR LES ÉLECTIONS LIRE PAGE 13 ACQUISITIONS LE CHINOIS WANDA RENTRE DANS LE SPORT EN EUROPE LIRE LE CAHIER ÉCO PAGE 8 FRANCE-MAROC : FIN DE LA BROUILLE LIRE PAGE 28 Manuel Valls, Bernard Cazeneuve et Michel Vauzelle, président de région, à Aix-en-Provence, au camp des Milles. OLIVIER MONGE/MYOP POUR «LE MONDE» CHRONIQUE NICOLAS SARKOZY, EN PANNE DE GPS par gérard courtois au mois d octobre 2014, au début de sa campagne pour la présidence de l UMP. C était Nicolas Sarkozy plastronnait volontiers : «Pour l instant, je suis sur la rocade. Bientôt je vais prendre la bretelle d autoroute, je vais accélérer, et ils seront tous derrière moi.» Le cap était fixé, avec la présidentielle de 2017 à l horizon. Quatre mois plus tard, en panne de GPS, le voilà égaré sur de cahoteuses routes départementales. De fait, rien ne s est passé comme prévu. Il y eut, d abord, le score décevant de son élection, le 29 novembre. Loin d être écrasée, la concurrence s en est trouvée stimulée. «Sarkozy ne fait plus peur», constatent, presque incrédules, bien des voix à l UMP. Et Bruno Le Maire, son challengeur de novembre, peut glisser comme une évidence : «La mayonnaise Sarkozy ne prend pas», sans être illico envoyé au bagne. En bon avocat, Nicolas Sarkozy a les convictions de ses plaidoiries du moment. Mais cela sent par trop le calcul. Il lui faudra une conduite moins fluctuante pour espérer retrouver l entrée de l autoroute présidentielle. LIRE L A SUITE PAGE 28 LE REGARD DE PLANTU Le Pakistan, après le massacre de Peshawar REPORTAGE jacques follorou islamabad (pakistan) - envoyé spécial Tous les «11 Septembre» ne se valent pas. Deux mois après avoir été saisi d effroi par l horreur du massacre de 134 élèves et 19 adultes sans défense par un commando de talibans pakistanais dans une école à Peshawar, dans le nordouest du pays, le Pakistan a lancé, dans une relative indifférence de la communauté internationale, «une guerre de toute la nation contre le terrorisme», selon le premier ministre, Nawaz Sharif. LIRE L A SUITE PAGE 10 Derniers jours billet coupe-file sur Aveclemécénatde: ChâteaudeVersailles- ChristopheFouin- RMN-GrandPalais(muséeduLouvre)/ DanielArnaudet- PetitPalais/ Roger-Viollet Algérie 180 DA, Allemagne 2,50, Andorre 2,40, Autriche 2,80, Belgique 2,20, Cameroun F CFA, Canada 4,50 $, Côte d'ivoire F CFA, Danemark 30 KRD, Espagne 2,50, Finlande 4, Gabon F CFA, Grande-Bretagne 1,90, Grèce 2,50, Guadeloupe-Martinique 2,40, Guyane 2,80, Hongrie 950 HUF, Irlande 2,50, Italie 2,50, Liban LBP, Luxembourg 2,20, Malte 2,50, Maroc 13 DH, Pays-Bas 2,50, Portugal cont. 2,50, La Réunion 2,40, Sénégal F CFA, Slovénie 2,50, Saint-Martin 2,80, Suisse 3,50 CHF, TOM Avion 450 XPF, Tunisie 2,50 DT, Turquie 9 TL, Afrique CFA autres F CFA

2 2 hsbc & les swissleaks MERCREDI FÉVRIER 2015 Des diamants bruts. PER ANDERS PETTERSSON/GETTY LE CONTEXTE HSBC se retrouve une nouvelle fois sous le feu des critiques. L enquête du Monde et de 54 autres médias internationaux apporte des preuves accablantes pour la deuxième plus grande banque du monde. Les documents que s est procurés Le Monde montrent comment l établissement couvrait ses clients fortunés qui cherchaient à échapper à l impôt dans leur pays d origine, ou qui apportaient des fonds aux origines parfois criminelles. Après les comptes des contribuables français, nous passons aujourd hui aux diamantaires sulfureux, aux financiers d Al- Qaida, aux marchands d armes, aux blanchisseurs d argent de la drogue. HSBC a cumulé les clients «à risque», qui ont fini par lui coûter très cher. Quant à Hervé Falciani, l homme par qui le scandale est arrivé, il refait surface en Espagne où Podemos, le parti de la gauche radicale, le présente comme son «conseiller». Par ailleurs, Le Monde, la Libre Belgique, Le Soir et la RTBF lancent cette semaine le site Source sûre, où les lanceurs d alerte pourront transmettre des informations confidentielles, anonymes et intraçables. Un écrin sur mesure pour le gotha du diamant Les plus grands noms de la joaillerie avaient des comptes dans la banque genevoise. Les données volées par Hervé Falciani les relient à des figures plus obscures, proches des pouvoirs congolais et angolais Peut on rêver meilleur écrin pour attirer le gotha mondial des marchands de diamants? A gauche, le long des quais, les palaces genevois où se vendent chaque automne les pierres les plus chères de la planète. A droite, les beaux immeubles dominant le lac, où quelques seigneurs des pierres précieuses Laurence Graff, Beny Steinmetz ont leur résidence officielle. Entre les deux, les locaux d HSBC Suisse, aujourd hui désertés, qui accueillaient les diamantaires dans des espaces ornés de colonnes et de bois précieux. Laurence Graff, humble bijoutier anglais devenu magnat du diamant, vit aujourd hui quai Wilson, à deux cents mètres de là. Les documents dérobés chez HSBC par Hervé Falciani lui attribuent un patrimoine de 45 millions de dollars au maximum en Au printemps 2005, Erez Daleyot, éminent diamantaire belgo-israélien aux relations douteuses, a rendu visite à son banquier chez HSBC Genève, où il détenait 38,5 millions de dollars cachés sur des comptes liés à des sociétésécrans dans les îles Vierges britanniques. Les affaires étaient bonnes. Après des revenus de 886 millions de dollars en 2004, M. Daleyot a informé son gestionnaire qu il pensait atteindre le milliard en cours d année. Les documents que s est procurés Le Monde indiquent qu il a profité de son passage à Genève pour acheter un jet privé à 41,5 millions de dollars et inviter plusieurs employés de HSBC à l aéroport, pour admirer l appareil. au sein de la banque, répartis entre son compte personnel et ceux de ses sociétés. Il est résident suisse et, selon son avocat Clarence Peter, «à ce titre M. Graff est et a toujours été attentif au respect des législations applicables». Que les grands noms des pierres précieuses aient convergé chez HSBC Suisse n est pas seulement dû à sa position avantageuse sur la rade de Genève. La banque avait hérité de centaines de clients diamantaires en rachetant la Republic National Bank d Edmond Safra, en Elle est ensuite devenue le lieu privilégié où mettre à l abri sa fortune personnelle. «HSBC a sponsorisé beaucoup de dîners pour des marchands à l hôtel Richemond, juste à côté de la banque, raconte un spécialiste des bijoux haut de gamme. Ils plaçaient un banquier à chaque table.» Les grands diamantaires sont des personna- HSBC A HÉRITÉ DE CENTAINES DE CLIENTS DIAMANTAIRES EN RACHETANT LA REPUBLIC NATIONAL BANK D EDMOND SAFRA, EN 1999 Aujourd hui, M. Daleyot fait l objet d une enquête des autorités belges pour blanchiment d argent et évasion fiscale. La compagnie diamantaire new-yorkaise Lazare Kaplan, l un de ses anciens partenaires, l accuse d avoir tenté de lui escroquer 135 millions de dollars en blanchissant de l argent provenant de la vente de diamants par le biais de ses comptes HSBC, qui étaient également la source de 20 millions de dollars de pots-de-vin versés à des banquiers d Antwerp Diamond Bank, d après le dossier d une procédure civile engagée devant une juridiction fédérale américaine en La relation entre Daleyot et HSBC était loin d être exceptionnelle. L analyse des fichiers de la banque suisse révèle que celle-ci accueillait à bras ouverts des centaines de diamantaires, même ceux qui étaient sous le coup d une enquête judiciaire, voire recherchés par Interpol. ges singuliers. Beaucoup, comme Laurence Graff, sont partis de rien, ou presque. Certains sont d une discrétion légendaire, comme David Gol. Installé à Genève, puis à Monaco, ce marchand de diamants, saphirs et rubis parle au moins six langues (persan, hindi, italien, anglais, français, hébreu ). Aujourd hui octogénaire, il fascinait ses interlocuteurs par sa cartothèque de petites fiches papiers, qui concentraient son savoir encyclopédique sur le marché des pierres précieuses. Sa société Gidish possédait aussi un compte chez HSBC. Sur les soins que nécessite cette clientèle, le cas d Alisa Moussaieff est éclairant. Avec son mari Schlomo, elle contrôle les bijouteries de luxe qui portent son nom, et sa fortune a été évaluée à plus de 300 millions de dollars. En 2005, ses entretiens avec les banquiers de HSBC reflètent le souci de choisir au mieux son domicile fiscal. «La cliente, qui doit rencontrer ces prochains jours son avocat de Londres et celui d Israël, espère pouvoir nous re- «Le client est très prudent» Il en va ainsi de Richard Davidovici, Kenneth Lee Akselrod et Mozes Victor Konig, qui avaient pignon sur rue à Anvers et étaient dotés d un compte chez HSBC à Genève, avant de prendre la fuite. Le compte de M. Konig affichait un solde de 114 millions de dollars entre 2006 et Selon son avocat genevois, Marc Bonnant, il se trouverait en Israël et aurait régularisé sa situation. On trouve aussi chez HSBC deux comptes appartenant à Emmanuel Shallop, de nationalité britannique, condamné en 2010 en Belgique pour avoir trafiqué et revendu pour 49 millions de dollars des «diamants du sang» en Sierra Leone. Avoirs en banque en 2006 : 2,9 millions de dollars. Emmanuel Shallop avait été mis en cause dans un rapport public du Conseil de sécurité de l ONU, en HSBC n a pas rompu avec lui pour autant. Le 9 septembre 2005, lors de son passage à Genève, son banquier note : «Avons complété une ouverture de compte société domicile à Dubaï ( ). Le client est très prudent actuellement car il subit la pression du fisc belge qui enquête sur ses activités dans le domaine du diamant fraude fiscale.» p ryan chittum (icij)

3 MERCREDI 11 FÉVRIER 2015 hsbc & les swissleaks 3 WELOX ÉTAIT ASSOCIÉE DANS L EXPORTATION DE DIAMANTS AVEC UNE SOCIÉTÉ OFFSHORE CONTRÔLÉE PAR LA PREMIÈRE FEMME DU PRÉSIDENT ANGOLAIS mettre soit un certificat de résident non domicilié [à Londres] soit un certificat de résidence à Gstaad», note un banquier qui mentionne des «problèmes liés à la résidence du mari et aux taxes israéliennes». Dans un échange de courriels avec Le Monde, Alisa Moussaieff a d abord démenti tout lien avec HSBC, avant d estimer qu il n y a «aucun intérêt à la divulgation» de ce type d information. «MANQUE DE PROFESSIONNALISME» Tout en haut du gotha diamantaire, on trouve aussi Dilip Mehta, patron du géant indien du diamant Rosy Blue. Fait baron par le roi des Belges en 2006, il a depuis délocalisé ses activités d Anvers à Dubaï. En mars, il sera jugé pour fraude fiscale avec une centaine d autres diamantaires anversois, comme l a rapporté le journal De Tijd fin janvier. Les documents révèlent des rapports tendus avec HSBC, qu il accusait de «manque de professionnalisme» parce que les gestionnaires refusaient de vendre les titres financiers émis par sa société. Plus agréables, les contacts des banquiers avec Daniel Steinmetz, dirigeant du groupe diamantaire homonyme. Sa fiche indique qu en 2005, il passait quatre mois de l année en Sardaigne, où les employés de HSBC allaient lui rendre visite. Il passe pour l un des plus riches membres de la corporation, ce que confirment les documents obtenus par Le Monde. L un des comptes sur lesquels il avait la signature chez HSBC a contenu plus de 264 millions de dollars en Son frère Beny était un client à peine moins important. Le gouvernement guinéen a accusé ce citoyen français de corruption dans l attribution des droits miniers sur l important gisement de fer de Simandou. Accusations qu il consteste, se disant victime d une cabale. Les relations bancaires de la famille Steinmetz chez HSBC conduisent à Dan Gertler, diamantaire israélien réputé proche du président congolais Joseph Kabila. Les ONG ont critiqué son influence en République démocratique du Congo et sa capacité à y obtenir des contrats miniers très avantageux. Deux dirigeants du groupe Steinmetz figurent dans les documents volés par Hervé Falciani comme disposant d un pouvoir de signature sur les comptes d une de ses sociétés, Sunland. A travers Sunland, Dan Gertler était également actif en Angola, selon la presse spécialisée. La production diamantaire du pays dirigé par José Eduardo Dos Santos a longtemps été allouée de façon opaque à des hommes d affaires, comme le Russe Lev Leviev. Ou le groupe Omega Diamonds, qui s est délocalisé d Anvers en Suisse après avoir été poursuivi par le fisc belge un redressement sans précédent de 145 millions d euros. Les dirigeants d Omega, Ehud Laniado et Robert Liling, tout comme Leviev, étaient clients de HSBC en Les documents extraits de la banque confirment le partenariat entre Omega et Lev Leviev dans Welox, une structure qui jouissait de liens préférentiels avec le pouvoir angolais. Welox était associée dans l exportation de diamants avec une société offshore contrôlée par la première femme du président Dos Santos, Tatiana Regan Kukanova. Son compte personnel chez HSBC a contenu plus de 4,5 millions de dollars en L origine de cette somme reste mystérieuse. Tatiana Regan, qui réside entre Londres et Monaco, n a pu être jointe pour préciser son origine. Le diamant a ainsi fait les beaux jours d HSBC Genève, qui avait d ailleurs un département spécialisé, MEDIS (Méditerranée-Israël). Au fil des affaires et des scandales fiscaux et judiciaires, les diamantaires ont été jugés comme des clients trop risqués. En 2013, la banque en a mis des centaines à la porte et a fermé son département MEDIS. Les gestionnaires qui s occupaient des diamantaires ont été invités à trouver du travail dans d autres banques genevoises. p sylvain besson «le temps» pour «le monde» HSBC abritait (aussi) des financiers d Al-Qaida Oussama Ben Laden l appelait la «Golden Chain», une liste des principaux financiers de l organisation terroriste. Noms que l on retrouve comme clients de HSBC Quand des unités spéciales bosniaques ont pris d assaut les bureaux d une mystérieuse fondation à Sarajevo, en 2002, outre des armes et des explosifs, elles y ont découvert un disque dur au contenu fort instructif. Il comprenait notamment un dossier intitulé, en arabe, «Histoire d Oussama». Celui-ci contenait plusieurs textes, en partie scannés, dont certains portaient des passages écrits de la main d Oussama Ben Laden. Il incluait également une liste de vingt noms qui a abasourdi les enquêteurs et les services secrets. Comme l a par la suite confirmé un ancien membre d Al-Qaida, ces noms étaient ceux des principaux financiers de l organisation terroriste. Oussama Ben Laden aurait surnommé ce cercle la «Golden Chain» (la «chaîne en or»). Il se trouve qu une partie des personnes mentionnées dans cette liste, de nationalité saoudienne, étaient aussi des clients de HSBC à Genève, comme l attestent les documents obtenus par Le Monde et partagés avec l ICIJ et ses partenaires. De fait, selon un rapport du Sénat américain de 2012, HSBC a longtemps été «une des banques internationales les plus actives en Arabie saoudite». Aux Etats-Unis, l établissement doit sans cesse se justifier. On lui reproche de ne pas assez contrôler ses clients et de se montrer trop laxiste face au blanchiment d argent et aux personnes soupçonnées d activités terroristes. Et HSBC a promis de s amender. Mais les actes ont-ils suivi? Le risque d avoir affaire à des éminences grises du terrorisme n a pas disparu. DES FONDATIONS ISLAMIQUES C est une illustre équipe qui figure dans les données clients de la banque suisse : un prince saoudien, qui a par le passé protégé le chef d Al-Qaida. Un autre prince, dont l épouse a envoyé de l argent à un des auteurs des attentats du 11-Septembre. L ancien trésorier d une présumée organisation-écran d Al- Qaida. Ainsi qu un homme dont l usine a été bombardée par l armée américaine parce qu il était soupçonné d y fabriquer des armes chimiques. Quand cette liste de 20 noms a été retrouvée en Bosnie, cela ne faisait que six mois qu avaient eu lieu les attentats de New York et de Washington. Le gouvernement américain, à côté de son intervention militaire en Afghanistan, était parti à la chasse aux hommes de l ombre du terrorisme et à ses financiers. Et il avait découvert des réseaux obscurs formés de riches Saoudiens, de sociétés fictives et de fondations islamiques. Ce qui nous ramène à la liste des vingt noms de la «Golden Chain». «Ces personnes ont financé Al-Qaida et, ainsi, donné une assise à cette organisation terroriste», commente l ancien agent de la CIA Michael Scheuer. Le rapport de la Commission du 11-Septembre, aux Etats-Unis, se réfère également à cette liste. Il évoque un «réseau de soutiens financiers» de Ben Laden, composé de donateurs d Arabie saoudite et du Golfe. Les informations publiées par la presse en 2003 auraient dû mettre la puce à l oreille du service conformité de HSBC, censé alerter une banque lorsque certains de ses clients sont douteux. Quelles qu aient été les discussions internes de la banque à ce moment-là, elle n a pas interrompu ses relations avec ses clients saoudiens soupçonnés de financer le terrorisme. Aussi, des années plus tard, les noms de plusieurs hommes censés appartenir à la «Golden Chain» de Ben Laden apparaissent encore dans des documents clients de la banque, notamment ceux des entrepreneurs Abdelhadi T. et Mohammad Abdullah Abdulaziz Al-J. Selon ces documents, Abdelhadi T. a ouvert au moins un compte en Entre 2006 et 2007, les sociétés associées à son profil client ont affiché des mouvements de fonds à hauteur de 44 millions de dollars. Les mouvements associés au nom de Mohammad Abdullah Abdulaziz Al-J., mort en 2004, s élèvent même à 150 millions de dollars. Dans les documents de la banque figure aussi le nom d un ancien membre du directoire de l International Islamic Relief Organization, une organisation humanitaire présumée proche d Al-Qaida. Cet homme serait également un des fondateurs de Sana Bell, une fondation américaine soupçonnée de financer le terrorisme. Mais cela n a pas empêché HSBC de faire affaire avec lui. Son profil client a été créé en 2002, l année même où a été retrouvée la liste de la «Golden Chain». La Süddeutsche Zeitung, qui a tenté de joindre cet homme jusqu au dimanche 8 février, n est pas parvenue à le faire. Selon le rapport de la commission du Sénat américain, peu de temps après la découverte du disque dur en Bosnie, les responsables de HSBC savaient que certains de leurs clients figuraient sur cette liste. Que devait faire la banque? A la suite des attentats du 11-Septembre, le «groupe de Wolfsberg», qui réunit plusieurs grandes banques internationales, dont HSBC, s est engagé à prendre des mesures contre les financiers du terrorisme. Un des principes adoptés était le suivant : Know your customer («Connais ton client»). Mais à quel point HSBC connaissait-elle ses clients? Dans la liste, un prince saoudien, qui a protégé le chef d Al-Qaida, l ancien trésorier d une présumée organisationécran d Al-Qaida Marchands d armes et clients de HSBC Parmi les clients de HSBC à Genève, la société Katex Mines Guinée, dont le siège est à Conakry, retient l attention. Son compte, ouvert le 20 décembre 2000, affiche un maximum de 7,14 millions de dollars entre 2006 et Or la véritable activité de Katex était l importation d armes en provenance d Ukraine et d Iran, notamment pour les rebelles des Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie avant leur offensive de juillet 2003 sur Monrovia. Ce carnage a fait plusieurs centaines de morts. Le patron de Katex, le Syrien Ahmad Fouzi Hadj, a résidé en Italie avant de se réfugier en Ukraine, sous le coup de plusieurs condamnations. Les rapports de l ONU, dès 2003, les articles de presse et les campagnes des ONG ont laissé HSBC impassible. Les documents obtenus par Le Monde montrent que la relation entre HSBC et M. Hadj s est poursuivie jusqu en septembre Entre 2006 et 2007, le solde des comptes HSBC de personnes liées au trafic d armes ou à des ventes d armes douteuses dans au moins sept pays d Afrique ont représenté plus de 56 millions de dollars. Une commission du Sénat américain a conclu en 2012 que HSBC a permis à des terroristes de blanchir aisément de l argent Les banques sont tenues de prendre des mesures quand un client figure sur une liste noire officielle, comme celle dressée par l ONU. Or les riches Saoudiens de la «Golden Chain» n y sont pas mentionnés. Leurs avocats arguent qu on ne sait pas qui a établi la liste de la «Golden Chain», ni quand et à quelle fin. Ils allèguent en outre qu il n est pas prouvé que la liste fasse référence à leurs clients. De nombreuses décisions de justice confirment ce point de vue. Et, les banques du «groupe de Wolfsberg» ont, pour leur part, déclaré qu elles tenaient à ne discriminer personne en menant leur lutte contre le terrorisme. Prenons l exemple de ce riche homme d affaires saoudien qui, comme le confirment les avocats de sa famille, a un temps possédé un compte chez HSBC. Pendant des années, il avait été le directeur et un des propriétaires d une grande banque qui a par la suite fait les gros titres de la presse pour des affaires de blanchiment d argent provenant de terroristes et de trafiquants d armes. La banque le savait-elle? Une chose est sûre, elle ne pouvait pas savoir qu il avait soutenu financièrement la lutte de Ben Laden et de ses hommes contre les Soviétiques, car il ne l a reconnu que plus tard. Que pouvait donc savoir HSBC? Qu un tribunal américain n avait abandonné sa plainte pour fraude contre cet homme d affaires que lorsque celui-ci a accepté de verser 225 millions de dollars. La presse parlait déjà de cette affaire en Malgré tout, comme le montrent les documents Falciani, son nom figure encore en l an 2000 dans les fichiers de HSBC. Il apparaît d ailleurs en lien avec le nom de l ancien propriétaire de l usine qui aurait fabriqué des armes chimiques pour Al-Qaida. Il n a jamais été possible de prouver la véracité de ces accusations et, jusqu à aujourd hui, le propriétaire de l usine nie que son entreprise ait eu quoi que ce soit à faire avec Al-Qaida, et soutient mordicus ne jamais avoir détenu de compte HSBC en Suisse. Toujours est-il que, parmi ses clients en Suisse, HSBC comptait et compte peut-être encore un nombre impressionnant d hommes d affaires arabes que les autorités estiment proches d Al-Qaida. Ainsi, d après les documents de Falciani, un autre Saoudien, entrepreneur du bâtiment, a lui aussi possédé un compte HSBC à partir de Il était connu comme trésorier de la Benevolence International Foundation, une fondation que le gouvernement américain a inscrite en 2002 sur sa liste noire pour financement d activités terroristes. Cette organisation aurait transféré des capitaux à Ben Laden et aux combattants islamistes en Tchétchénie et en Bosnie. Jusqu au dimanche 8 février, l entrepreneur n a pas répondu aux questions de la Süddeutsche Zeitung, et HSBC n a réagi à la liste de questions détaillées qui lui a été transmise que par une déclaration d ordre général : «La culture de la conformité et les normes de diligence raisonnable au sein de la banque privée suisse HSBC, de même qu au sein du secteur bancaire en général, étaient significativement moindres qu aujourd hui.» La commission du Sénat américain s est exprimée avec plus de clarté en Dans son rapport, elle arrive à la conclusion que, du fait de ses règles laxistes et de ses mesures de sécurité insatisfaisantes, HSBC a permis à des terroristes et à des trafiquants de drogue de blanchir de l argent facilement. LE RÔLE DE L AL-RAJHI BANK Un chapitre entier de ce rapport de 334 pages est consacré à l établissement bancaire saoudien Al- Rajhi Bank. Le nom d Al-Rajhi figure sur la liste de la «Golden Chain». Et, selon les documents de Falciani, au moins six membres de cette famille font partie des clients d HSBC. Dans un rapport confidentiel auquel se réfère le Wall Street Journal et le rapport du Sénat, la CIA averti que plusieurs membres de la famille Al- Rajhi, vraisemblablement informés qu Al-Qaida utilisait leur banque, auraient soutenu des extrémistes islamistes. L Al-Rajhi Bank a répondu à nos questions en déclarant qu elle condamnait le terrorisme. D après elle, les accusations du rapport américain sont injustes et infondées. Elle argue également que l on ne sait pas à quel membre de la famille Al-Rajhi la liste de la «Golden Chain» fait référence ; ses avocats évoquent des décisions de justice selon lesquelles cette liste n a pas valeur de preuve. Aux Etats-Unis, HSBC a décidé de rompre ses relations commerciales avec l Al-Rajhi Bank en A peine deux ans plus tard, après d intenses discussions internes, elle a repris ces relations pour les poursuivre jusqu en Or le rapport du Sénat américain classe l Al-Rajhi Bank comme un client particulièrement dangereux. Stuart Levey, qui a été, pendant plusieurs années, responsable de la lutte contre le financement du terrorisme au sein du ministère américain des finances, a déclaré en 2007 : «Si, d un claquement de doigts, je pouvais stopper le financement du terrorisme en provenance d un seul pays, je choisirais l Arabie saoudite.» Un an plus tard, l expert affirmait devant une commission du Sénat américain qu aucun pays ne donnait davantage d argent aux terroristes sunnites que l Arabie saoudite. Aujourd hui, Stuart Levey a un nouvel employeur : HSBC. Il est chef de son service juridique. A ce poste aussi, il a dû s exprimer devant une commission du Sénat américain. En 2012, il a même dû défendre HSBC, à qui l on reprochait de contrôler insuffisamment ses clients. Après avoir reconnu les insuffisances de la banque, il a déclaré : «Nous avons appris de notre expérience et nous prenons des mesures pour nous amender.» Poursuivant : «Nous n essayons plus d être présents partout et de proposer toutes nos prestations à tous nos clients.» En janvier 2015, un expert indépendant a remis un nouveau rapport au ministère américain de la justice. Ce document, qui dresse un bilan des mesures prises par HSBC, doit établir si ses déclarations ont été suivies d actes. Ses conclusions doivent être publiées en avril. Il semble que l on reprocherait encore à HSBC de ne pas en savoir assez sur ses clients. p georg mascolo, frederik obermaier, tanjev schultz («süddeutsche zeitung», «norddeutscher rundfunk» et «westdeutscher rundfunk»)

4 4 hsbc & les swissleaks MERCREDI 11 FÉVRIER 2015 Les pays nommés sont les vingt pays les plus impliqués (montants totaux les plus importants) Des dizaines de milliards de dollars venus du monde entier RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DES MONTANTS PLACÉS ENTRE 2006 ET 2007 CHEZ HSBC PRIVATE BANK #10 : BELGIQUE #2 : ROYAUME -UNI #13 : PAYS-BAS #19 IRLANDE #14 ALLEMAGNE #18 : CANADA EUROPE #5 : FRANCE #7 : ITALIE #1 : SUISSE #4 : ÉTATS-UNIS #12 : LIBAN #6 ISRAËL #15 : ÎLES CAÏMAN #8 : BAHAMAS #17 : ÎLES VIERGES BRITANNIQUES #20 ÉGYPTE #11 ARABIE SAOUDITE #16 : INDE #3 : VENEZUELA #9 : BRÉSIL Montants concernés par pays en milliards de dollars Clients concernés par pays en nombre de clients Panama Arabie S. Inde Afr. du Sud Canada Allemagne Grèce Mexique Espagne Liban Belgique Turquie Argentine Des cadres blanchissaient de l argent sale La fratrie Elmaleh, très au fait des us et coutumes de la place financière suisse, a mis sur pied un système de blanchiment qui utilisait HSBC Leur maîtrise de l ingénierie financière avait fait d eux des cadres reconnus de la place genevoise. Les frères Elmaleh, nés à Casablanca, de nationalité suisse, cadres bancaires chez HSBC PB, y ont fait pénétrer le crime organisé et l argent issu du trafic de drogue. Judah Elmaleh siégeait au comité exécutif, tandis que son frère Nessim était gestionnaire de comptes. Enfin, Meyer Elmaleh, 50 ans, dirigeait GPF, une société suisse de gestion de fortune réputée, créée en 1977 par son beau-père. Forts de leurs positions privilégiées dans l univers ouaté de la finance helvète, les Elmaleh dont les responsabilités individuelles ne sont pas encore toutes clairement établies, adossés à un autre de leurs frères, Mardoché Elmaleh, 52 ans, français, domicilié en France, ainsi qu à Simon Perez, un ami d enfance, avaient mis sur pied un vaste système de blanchiment fondé sur la collecte d espèces issues du trafic de stupéfiants. Blanchiment qui passait par la banque HSBC PB, illustrant ainsi les failles des contrôles internes. Le circuit était aussi simple qu ingénieux. Mardoché Elmaleh récupérait l argent en liquide auprès d intermédiaires du réseau de trafiquants principalement des Français et des Marocains en lien avec le Maroc qui remontaient la marchandise par des «go fast». Les espèces, de préférence des grosses coupures, étaient ensuite transportées dans des sacs en plastique de supermarchés avant d être remises à de riches Français détenteurs de comptes non déclarés en Suisse, notamment chez HSBC. Dans le même temps, les frères Elmaleh sans lien de parenté avec l humoriste Gad Elmaleh, selon un de leurs avocats opéraient à Genève des virements financiers par le biais d une multitude de sociétés-écrans afin de compenser les échanges de cash sur le territoire français. L argent blanchi pour les uns, du cash dissimulé au fisc pour les autres. Et de belles commissions pour la fratrie Elmaleh. Selon un rapport d enquête consulté par Le Monde, les marges réalisées sur les opérations de blanchiment variaient entre 11,5 % et 12 %, sur lesquelles les Elmaleh appliquaient un différentiel de 0,45 %. «L apparente modestie du taux doit être examinée à la lumière de l importance des sommes passant entre leurs mains», notent les policiers, qui estiment le chiffre d affaires de «l officine» à près de 10 millions d euros par an. D après les policiers, les frères Elmaleh maîtrisaient «parfaitement les arcanes de la finance offshore». Ainsi, notent-ils, il «a été possible d identifier plus de deux cents trusts panaméens créés par Meyer Elmaleh ou ses proches au profit de leurs clients, afin de servir de supports juridiques aux comptes ouverts dans des institutions bancaires suisses». Interrogé par les enquêteurs le 29 octobre 2014, le directeur juridique de HSBC PB, David Garrido, assure que la banque a mis fin à «toute collaboration avec GPF» quand l affaire a éclaté. Il s est en revanche montré moins explicite quand les policiers lui ont demandé pourquoi le suivi de certains clients de HSBC était assuré par GPF : «Le courrier a été envoyé selon les instructions données par le client à la banque», a-t-il dit. Le rôle de Judah, 55 ans, l aîné des frères Elmaleh, occupant un prestigieux siège au comité exécutif de la banque HSBC PB, a Les espèces, de préférence des grosses coupures, étaient transportées dans des sacs en plastique avant d être remises à de riches Français aussi beaucoup intrigué les enquêteurs. Selon un rapport de la section de recherche de gendarmerie de Paris daté du 24 octobre 2014, auquel Le Monde a eu accès, celui-ci «avait connaissance au moment des faits de la participation de ses frères dans le système de blanchiment». Plusieurs échanges téléphoniques entre Judah Elmaleh et ses frères l attestent. Pour autant, sa participation directe n a pas été établie. «Comportements inappropriés» Sentant probablement le vent tourner, dès le milieu de l année 2012, Judah Elmaleh avait fait part de son souhait de se retirer du comité exécutif et de ne plus être employé permanent de la banque afin de s établir en Israël. «Les événements concernant GPF ont été portés à notre connaissance en octobre 2012, a précisé aux enquêteurs M. Garrido. Nous avons lancé une enquête interne qui nous a fait voir que certains employés avaient eu des comportements inappropriés en lien avec l affaire GPF. Tous ces employés se trouvaient dans le département de Judah Elmaleh, si bien qu il a été décidé, même si nous n avions rien contre lui ( ), qu il ne pouvait pas Etats-Unis rester. Nous avons donc dû le licencier en novembre 2012.» Il en fut de même pour son frère Nessim, 40 ans, ainsi que pour deux autres salariés. Comme d autres conseillers de HSBC BP, Nessim et Judah n avaient pourtant pas dérogé à ce qui semblait alors être la règle en encourageant leurs clients à défiscaliser leurs avoirs. Selon les documents internes à la banque obtenus par Le Monde, l un d eux, qui a eu Nessim et Judah Elmaleh comme gestionnaires, a expliqué aux policiers que «c est la banque, de sa propre initiative, qui a créé la structure offshore ( )» et qu il a été «convaincu par Judah Elmaleh d agir de la sorte». En janvier 2013, jugés en procédure simplifiée, Meyer et Nessim Elmaleh ont été reconnus coupables de blanchiment d argent aggravé par la justice genevoise. L infraction à la loi sur les stupéfiants n a pas été retenue. Contrairement à la conviction des enquêteurs, les frères Elmaleh ont toujours assuré ignorer que l argent était issu du trafic de drogue. Meyer, présenté comme l organisateur, a été condamné à trois ans de prison, dont six mois ferme. «Je ne me posais pas de questions. Si j avais connu la provenance de l argent, j aurais dénoncé le système ( )», assurait, en juin 2013, Meyer Elmaleh à la Tribune de Genève. Nessim Elmaleh a été condamné à deux ans de prison avec sursis. Quant à Mardoché Elmaleh ainsi qu aux autres personnes interpellées en France, ils attendent que leur procès soit audiencé. Contacté par l intermédiaire de leurs avocats respectifs, aucun des frères Elmaleh n a souhaité s exprimer. p simon piel * Israël Italie Brésil Roy.-Uni France Suisse * environ après enquête et élimination de doublons L apprentissage des règles du jeu Le compte HSBC PB d Antoine Francisci, ancien patron de cercle de jeu, a été clos en avril 2014 Il a joué et il a perdu. Quoi de plus normal, finalement, pour le patron d un cercle de jeu parisien. En 2009, quand Eric Woerth, alors ministre du budget, déclare que l administration détient une liste de clients français de la banque HSBC, la pression pas encore tout à fait fiscale se fait sentir. Antoine Francisci, 81 ans, ancien patron de l établissement Haussmann à Paris, sait alors que le temps béni où ses avoirs profitaient de la quiétude helvète est derrière lui. Par la voix de son conseil, il prend contact avec la cellule de régularisation dite «cellule Woerth» créée pour l occasion. Oui, reconnaît-il alors, il était bien client de la filiale suisse de HSBC afin de dissimuler une partie de ses avoirs à l administration fiscale française. Affaires et politique C est son conseiller chez HSBC qui lui a proposé la création de sociétés-écrans dans l objectif de faire fructifier son argent tout en le dissimulant encore un peu mieux. L une d elles, la société Treama, a, par exemple, eu près de 11 millions de dollars d avoirs entre 2006 et Ses deux fils avaient accès par procuration à ses comptes. Son compte à la HSBC PB de Genève sera clos en avril Contacté, son avocat, David Lepidi, confirme nos informations, mais précise que son client «a décidé de se régulariser alors qu au même moment il s installait en Suisse pour y devenir résident». Il l est d ailleurs toujours aujourd hui. «Rien ne l obligeait à se rapprocher de la cellule Woerth. C est tout à son honneur.» En Corse, comme à Paris, les Francisci sont des notables. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, ils figurent parmi les principaux acteurs de l univers des jeux parisien. Une prérogative obtenue de dure lutte. Dans les années 1960, comme une récompense pour faits de résistance, le général de Gaulle avait décidé d octroyer aux Corses la priorité pour la gestion des établissements de jeu. Marcel Francisci, le frère d Antoine, fut l un d eux. Membre actif du mouvement gaulliste, l «empereur des jeux» deviendra même conseiller général RPR. Entre affaires et politique, le cocktail est parfois explosif. La manne financière qui se dégage du business des jeux aiguise les appétits du grand banditisme. On a dit Marcel Francisci proche du milieu, ce que sa famille conteste. En 1982, il est abattu à Paris. L enquête sur sa mort n aboutira pas. En 2011, le cercle Haussmann, dirigé par Antoine, soupçonné de se livrer à du travail dissimulé, est fermé sur décision administrative. L affaire doit être jugée en mai. A la fin de l année 2014, l un des neveux d Antoine, lui aussi prénommé Marcel, dirigeant de l Aviation Club de France, un établissement de jeu, par ailleurs conseiller général UMP de Corse-du- Sud, a été mis en examen pour «abus de confiance» et «travail dissimulé». Depuis longtemps les institutions judiciaires et policières s interrogeaient sur la destination de certains revenus issus des cercles de jeu. Antoine Francisci leur a donné un début de réponse : en Suisse. p s. pi.

5 MERCREDI 11 FÉVRIER 2015 hsbc & les swissleaks 5 Un secret de moins en moins bien gardé Les lanceurs d alerte comme Falciani ont fait voler en éclats cette pratique de la relation clients-banques en Suisse genève - correspondance Quand il quitte précipitamment la Suisse au volant d une voiture de location, le 23 décembre 2008, Hervé Falciani emporte cinq CD ROM contenant la description détaillée des comptes de plus de clients. Cinq petites rondelles de plastique mais, dans le sillage de l informaticien, c est tout le secret bancaire suisse qui vole en éclats. Les données subtilisées au sein de la banque privée HSBC Suisse sont considérables. Impossible de revenir en arrière : cette fuite, la place financière helvétique ne s en remettra jamais. «Hervé Falciani n a pas, tout seul, réussi à faire plier le genou à la Suisse, estime Yves Genier, journaliste économique à L Hebdo et auteur du livre La Fin du secret bancaire (PPUR, 2014). Mais il a enfoncé une aiguille douloureuse de plus, comme avant lui Heinrich Kieber, qui avait transmis en février 2008 au fisc allemand des éléments sur les comptes de la banque LGT au Liechtenstein.» Le secret bancaire, né au XIX e siècle mais formalisé dans la loi helvétique en 1934, interdit aux banques de transmettre à des tiers des informations sur leurs clients. En violant cette loi, et quelles que soient leurs motivations, ceux qu on nomme les «lanceurs d alerte» ont fourni des arguments imparables à leurs ennemis. Une fois les preuves en main, il suffisait d attaquer. Guerre fiscale Les premiers à porter le fer sont les Etats-Unis. Dès 2007, Bradley Birkenfeld, ex-gérant de fortune chez UBS à Genève, révèle les méthodes de son établissement pour aider les contribuables américains à échapper aux impôts. C est son témoignage qui pousse Washington à déclarer une véritable guerre fiscale à la Suisse. Pour éviter un procès fatal à la première banque helvétique, Berne accepte alors de briser un tabou en livrant des milliers de noms de clients aux autorités américaines, tandis que UBS s acquitte en 2009 d une amende de 780 millions de dollars. Suivent la banque Wegelin, puis Credit Suisse. Avec la loi Fatca, votée en 2014, qui met en place un échange semi-automatique d informations entre la Suisse et les Etats-Unis, le secret bancaire était déjà sérieusement entamé. Ne restait plus à l Europe qu à agir. Ce n est pas un hasard si la France a mené la fronde : elle l avait déjà fait, dans la mesure où les fonds français déposés en Suisse dès les années 1930 ont été importants. En 1932, deux banquiers bâlois étaient par exemple arrêtés à Paris, et une liste de noms de clients confisquée. Quand, près de quatre-vingts ans plus tard, le fisc français récupère les données HSBC, l histoire ne fait que se répéter. Seuls les montages offshore ou les fondations permettent encore une certaine discrétion Jean-Christian Lambelet, économiste et auteur de Qui a tué le secret bancaire (Slatkine, 2014), reconnaît l importance d Hervé Falciani dans la chute du secret bancaire. Mais, pour lui, ce sont les grandes banques suisses qui ont creusé leur propre tombe, dès les années 2000, en développant des stratégies agressives à l étranger. «Accepter un client qui vient avec une fortune non déclarée est une chose, dit-il. Mais aller en France faire du racolage actif en est une autre. Cela a évidemment irrité les autres Etats.» S ajoute à cela un contexte économique difficile où, après la crise des subprimes, en 2008, les gouvernements se voient aussi contraints de renflouer les banques. Politiquement, c est le moment idéal pour partir à la chasse aux fraudeurs. C est une bataille groupée qui a désormais lieu. En 2013, les pays du G20 se sont mis d accord pour instaurer l échange automatique d informations, c est-à-dire le partage systématique des données bancaires. Face à ce consensus, la Suisse ne pouvait pas rester à la marge et a décidé de l appliquer aussi. Celui-ci entrera en vigueur en «C est clairement la fin du secret bancaire détourné pour des raisons fiscales», a déclaré aux médias Pascal Saint-Amans, directeur du centre de politique et d administration fiscale de l OCDE. Les experts le disent tous : dans les banques de Genève et de Zurich, la clientèle non déclarée est désormais remerciée. Quant aux Américains, plus personne ne se risque à leur ouvrir des comptes. Seuls les montages offshore ou les fondations permettent encore une certaine discrétion. Même si le mouvement de transparence est inéluctable, tous les pays ne sont pas concernés : les Etats africains ne faisant pas partie du G20, par exemple, pourront encore dissimuler leur argent en Suisse sans avoir à rendre de comptes. Les Suisses eux-mêmes bénéficient également du secret bancaire, même si un projet de loi devrait aussi bientôt le remettre en question à l échelle nationale. La loi sur le secret bancaire, elle, est encore gravée dans le marbre. En décembre 2014, le ministère public de la Confédération accusait Hervé Falciani d espionnage économique, de soustraction de données et de violation du secret commercial et bancaire. Le procès pourrait avoir lieu, même en son absence. p marie maurisse UBS, la banque suisse qui fraude aussi L établissement est mis en examen pour blanchiment aggravé de fraude fiscale UBS le sait bien. La seule raison pour laquelle la banque suisse n occupe pas le devant de la scène de l évasion fiscale tient à Hervé Falciani. Personne au sein d UBS n a dérobé une liste comportant les noms des contribuables français détenant un compte au sein de la banque avant de les transmettre aux autorités. La justice française ne s y est pas trompée et a mis en examen la banque UBS pour blanchiment aggravé de fraude fiscale et démarchage bancaire illicite. Des infractions identiques à celles reprochées à HSBC. A tel point que cette dernière a missionné les mêmes avocats que sa consœur avec M es Denis Chemla et Eric Dezeuze pour tenter de dynamiter la procédure ou a minima de négocier une reconnaissance préalable de culpabilité. Objectif : éviter l opprobre d un procès public. En vain. En septembre 2014, la banque a dû verser une amende record de 1,1 milliard d euros en guise de caution Démarchage à l étranger Les magistrats du pôle financier n ont pas cédé. En septembre 2014, la banque a dû verser une amende record de 1,1 milliard d euros en guise de caution. Les juges d instruction parisiens Guillaume Daïeff et Serge Tournaire ont estimé à près de 10 milliards d euros les actifs de Français non déclarés au fisc et gérés par UBS entre 2004 et Et ce n est pas l armada de communicants, notamment le groupe Brunswick, mandatés par la banque qui changeront la donne. Selon l ordonnance des juges d instruction parisiens, l établissement pourrait payer jusqu à 4,9 milliards d euros en cas de condamnation. Ils devraient clore leur instruction courant mars. Selon les informations du Monde, la division nationale des enquêtes fiscales a transmis ce lundi 2 février aux magistrats une liste de noms des contribuables français dont il ne fait plus guère de doute qu ils ont fraudé l administration fiscale. La question de la fermeture de sa filiale française, dirigée jusque-là par Jean-Frédéric de Leusse, se pose désormais avec insistance au siège suisse. L affaire UBS n aurait sans doute pas connu cette évolution si des anciens salariés n avaient pas dénoncé à la justice française les pratiques de leur employeur. Parmi eux, Nicolas Forissier, ancien responsable du département d audit interne d UBS France, et Stéphanie Gibaud, ex-responsable du marketing événementiel de la filiale française de la banque, ont dénoncé avec force détails et malgré les pressions qu ils subissaient en interne l organisation systématique d un système d évasion fiscale passant notamment par le démarchage bancaire à l étranger. Stéphanie Gibaud vient d ailleurs de recevoir le prix éthique de l association anticorruption Anticor. Les arguments développés par les autorités de la banque, en 2013, au moment où l affaire était révélée par les médias, paraissent bien faibles au regard de ce que l on sait aujourd hui. A la croire, ces employés ne cherchaient qu à obtenir de l argent à l occasion des procédures prud homales qu ils avaient initiées. L un d eux était même qualifié de «fou» par la direction de la filiale française. Une tentative avortée pour discréditer leurs propos, disqualifier leur démarche et freiner la procédure judiciaire. UBS a déjà dû rendre des comptes aux Etats-Unis après les révélations d un ancien employé à Genève, qui avouait en 2008 qu il avait aidé des clients américains à frauder le fisc. En acceptant de livrer noms de clients à la justice américaine, la banque est finalement parvenue à éviter un procès. Elle a tout de même dû payer une amende de 780 millions de dollars (688 millions d euros). C est la banque UBS qui en outre avait abrité le désormais célèbre compte de l ancien ministre du budget Jérôme Cahuzac. L affaire UBS en France vient en tout cas rappeler qu à Genève, HSBC n avait pas le monopole de l évasion fiscale. p s. pi.

6 6 hsbc & les swissleaks MERCREDI 11 FÉVRIER 2015 Roland Veillepeau, l homme qui a piloté Avril Le patron des enquêtes fiscales à Bercy a sur son bureau une longue liste d évadés fiscaux. Qui est l informateur? Récit d une enquête minutieuse qui dérangera beaucoup d intérêts gérard davet et fabrice lhomme Cet homme là ne parle pas. En tout cas, il ne dit rien de son passé opérationnel : il est lié à vie par le secret fiscal. Dommage, car c est lui, Roland Veillepeau, 66 ans, qui a décidé, mené, et finalement sauvé, l opération «Chocolat», c est-à-dire le recrutement par les services fiscaux français, à Genève, de l informaticien de HSBC, Hervé Falciani, et l exploitation mondiale de ses listings explosifs. Cela lui a même coûté sa fin de carrière : il a été contraint au départ forcé en raison d intrigues politiques le dépassant largement. Sans doute menaçait-il trop d intérêts Roland Veillepeau est à la retraite depuis août 2014, après quarante ans de contrôles fiscaux. Le sommet de sa carrière, c est le 28 décembre Ce jour-là, il devient le patron de la Direction nationale des enquêtes fiscales (DNEF), un service d élite, basé à Pantin (Seine-Saint-Denis). Le bras armé du ministère du budget, cauchemar, dans l Hexagone, des contribuables indélicats. Quatre cent vingt fonctionnaires qui se consacrent aux enquêtes les plus sensibles. L opération «Chocolat», c est leur plus grande fierté. Le Monde, qui a eu accès aux pièces les plus confidentielles, peut relater, aujourd hui, les coulisses de cette incroyable affaire, véritable roman d espionnage, sur fond de milliards d euros cachés, d intérêts diplomatiques bafoués et de fortunes inavouables démasquées LA DGSE DANS LA CONFIDENCE Mayennais d origine, breton d adoption, Roland Veillepeau est un baroudeur. Il arbore le drapeau de «sa» région dans son bureau. Et tant pis si cela choque certains. Il a passé cinq ans à Londres, de 1993 à 1998, pour traquer les fraudeurs d outre-manche, en qualité d attaché fiscal. Il s est fait des amis. C est ainsi que, en avril 2008, l un de ses anciens contacts britanniques lui refile un tuyau. Les services fiscaux britanniques ont reçu un courrier, le 25 mars 2008, d un certain Ruben Al-Chidiack. L homme se vante de pouvoir leur fournir les détails des comptes de clients de HSBC Private Bank. Une aubaine mais, à l époque, les services anglais se dépêtrent difficilement d une autre affaire de fraudeurs liée à la banque LGT, au Liechtenstein, alors ils préfèrent alerter leurs homologues français. Ce même mois d avril 2008, d ailleurs, la police judiciaire française reçoit un courrier similaire, qui atterrit aussi, in fine, sur le bureau de Roland Veillepeau, dans les locaux sécurisés de la DNEF. Il faut foncer. Mais d abord, se renseigner. Et rencontrer Al-Chidiack. C est chose faite, le 28 juin La DNEF a mis la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) dans la confidence. Roland Veillepeau a pris l habitude de convier ses homologues appartenant aux autres grands services de l Etat dans ses locaux, de leur offrir un bon gueuleton Ça crée des liens. Dans l objectif des photographes de la DGSE donc, ce jour-là, près de la frontière francosuisse, un homme en tee-shirt, un sac à l épaule, cheveux courts, allure sportive. C est Ruben Al-Chidiack, ou plutôt Hervé Falciani, un informaticien de 36 ans employé par HSBC Private Bank, à Genève. Il a rendez-vous avec deux fonctionnaires du fisc français : Jean-Patrick Martini, chef de la cellule des affaires particulières à la DNEF, et son supérieur, François Jean-Louis, secrétaire général. Deux hommes qui n apparaissent jamais en public, deux fameux espions, rompus aux manœuvres de l ombre. Ce Ruben Al-Chidiack, ils le sentent bien. Martini est équipé d un micro, dissimulé derrière sa cravate. La conversation est enregistrée. La rencontre dure une bonne heure. Les fonctionnaires sont clairs avec leur interlocuteur : la DNEF ne paie pas ses informations et Roland Veillepeau, à Paris, le 28 janvier. SAMUEL KIRSZENBAUM/ MOOD S POUR «LE MONDE» refuse de s aventurer sur le territoire suisse. Ça tombe bien, Al-Chidiack ne réclame rien, il dit vouloir s en prendre au monde de la finance. Il confirme détenir tous les détails relatifs à plus de comptes! Un protocole est mis en place : l informaticien s engage à envoyer, par la poste, une clef USB cryptée avec le logiciel TrueCrypt. Elle contiendra l identité d une petite dizaine de fraudeurs, un tout petit échantillon, histoire de crédibiliser les affirmations de l informaticien. Ensuite, il est convenu de se revoir. A Pantin, Veillepeau est bien embêté. Il refuse de s embarquer dans une telle aventure avec un informateur dont il ne sait rien, ou spécificité très française, aucune poursuite judiciaire pour fraude fiscale ne peut être engagée sans l aval préalable du ministère du budget. C est ce qu on appelle «le verrou de Bercy». Concrètement, il revient au ministre de déposer plainte, sur avis conforme de la CIF. Derrière cet acronyme se dissimule la toute-puissante Commission des infractions fiscales. Présidée par un conseiller d Etat, composée de vingt-huit membres, elle compte de nombreux magistrats, issus notamment de la Cour des comptes ou de la Cour de cassation. C est donc elle qui décide, ou non, de saisir les parquets compétents des cas que lui transmet son autorité de tutelle, à savoir le ministre du budget. Ce dernier dispose donc d un pouvoir considérable, sachant que l administration fiscale ne vise pas les mêmes objectifs que l autorité judiciaire : la première cherche d abord à recouvrer les fonds dissimulés par les contribuables indélicats, la seconde se donnant comme priorité de les sanctionner pénalement. C est ce qui explique que très peu de cas de fraudes (un petit millier sur les vingt dernières années, soit une cinquantaine par an en moyenne) soient soumis à l appréciation de la justice : lorsque le fraudeur reconnaît les faits et régularise sa situation, le fisc presque. Il rend compte de l affaire à son supérieur direct, Jean-Louis Gautier, le grand manitou du contrôle fiscal. Un fonctionnaire proche du pouvoir sarkozyste. Il n en dit mot, en revanche, aux autres patrons de Bercy, Jean-Marc Menet et Philippe Parini, cornaqués par le ministre du budget, Eric Woerth. Le voilà coincé entre un Elysée intrusif, dont la propension à bousculer les règles, voire les lois, pour protéger ses intérêts, est notoire, et un ministère du budget tapi dans l ombre, arc-bouté sur ses rentrées fiscales. La position tient du funambulisme. Roland Veillepeau se méfie. Le courrier tant attendu finit par arriver à Pantin. Il faut véri- Le «verrou» de Bercy, une exception française n y a plus intérêt Ce dispositif alimente aussi les soupçons d interventionnisme politique. Régulièrement, des voix s élèvent pour dénoncer le pouvoir exorbitant concédé à Bercy, et plus particulièrement au ministre du budget, dans l espoir de faire sauter le fameux «verrou». En vain jusqu ici. Dans une tribune publiée le 15 juillet 2013 dans Libération, plusieurs personnalités (dont les présidents de l Union syndicale des magistrats et du Syndicat de la magistrature ou encore les responsables des associations anticorruption Anticor et Sherpa) avaient estimé que «si l exception culturelle a du bon, en matière de répression de la FRONTIÈRE FRANCO- SUISSE, JUIN DEUX AGENTS DU FISC RENCONTRENT RUBEN AL-CHIDIACK, ALIAS HERVÉ FALCIANI, EMPLOYÉ DE HSBC À GENÈVE fraude fiscale, le particularisme français est intenable». «En cas de fraude en bande organisée, le juge doit être saisi d office. Il doit aussi pouvoir enquêter sans l accord préalable du ministre du budget sur les faits de fraude qu il détecte», assuraient- ils. L'ancien patron de la DNEF, Roland Veillepeau, ne dit pas autre chose : «L'utilisation de ce pouvoir de poursuivre pénalement ou non un contribuable est l objet de dérives régulières de la part de l'administration fiscale. Elle s'en sert comme moyen de pression ou monnaie d'échange pour faire accepter des redressements», affirme-t-il au Monde. p g. d. et f. lh.

7 MERCREDI 11 FÉVRIER 2015 hsbc & les swissleaks 7 l opération «Chocolat» fier les dix identités fournies par Al-Chidiack avant d aller plus loin. L opération «Chocolat» est lancée, dans le secret absolu. L IDENTITÉ DE LA SOURCE La DNEF s est dotée pour l occasion d un logiciel ultra-performant, valant plus de euros. Elle a recruté des techniciens de haut niveau, à l école des enquêteurs fiscaux. Heureuses initiatives. Car les données de la «source» sont fiables. Il va falloir aller plus loin. Roland Veillepeau débloque les fonds. Il sait bien que cette affaire est risquée. Il a accepté ce poste en connaissance de cause. De toute façon, à la fois téméraire et prudent, le chef de la DNEF a une vilaine manie : pour limiter les interventions politiques inopportunes, il a pris l habitude de demander un ordre écrit à sa hiérarchie dès qu elle se montre un peu trop pressante. Veillepeau a pris une décision : il laissera tomber Al-Chidiack s il n accepte pas de livrer sa véritable identité. Le 6 décembre 2008, Falciani rencontre une deuxième fois ses contacts de la DNEF. La discussion, là encore, est enregistrée à son insu. Une femme s est jointe à la discussion. Elle travaille à la DGSE et est spécialisée dans le recrutement et l évaluation psychologique des «sources». Une heure et demie d entretien, puis un déjeuner, pour tenter de convaincre Al-Chidiack de se dévoiler. Pas question que la DNEF s embarque dans une histoire pareille sans connaître l identité de la source. Falciani s énerve durant la conversation, lorsqu on lui demande s il souhaite une contrepartie financière. Son voyage au Liban, où il a bel et bien, semblet-il, tenté de monnayer ses informations, est déjà loin. Il dit agir en «utopiste». Il refuse également une exfiltration de Suisse. Mais il ne se dévoile pas davantage. Dans le même temps, les autorités judiciaires helvétiques poursuivent discrètement leurs investigations sur Falciani. Puis décident de passer à l acte. Le 22 décembre 2008, elles le font interpeller. Rapidement relâché, l informaticien s enfuit en France dès le 23 décembre. Et contacte dans la foulée, le lendemain, à 15 heures, la DNEF. Un rendez-vous est prévu, mais Falciani, qui consent enfin à donner son vrai nom, pose une condition : avoir un avocat à ses côtés. La DNEF lui propose les services de M e Patrick Rizzo, un avocat niçois habitué à travailler avec les services secrets. Le 26 décembre, cinq DVD changent de main, à l aéroport de Nice : ça y est, la DNEF dispose des fameux listings! Surtout, ne plus perdre de temps. Une équipe de techniciens descend à Nice, investit un hôtel. Ambiance tendue : les gens de la DNEF se pensent suivis, surveillés. Martini aura même droit à une protection personnelle. Avec l aide de Falciani, les listings, qui suscitent, semble-t-il, de nombreuses convoitises, sont exploités. «Il fallait comprendre les codes, c était un travail de fourmi», se souviendra Thibaut Lestrade, l un des informaticiens, questionné par un magistrat français. «Sans Falciani, on n y serait pas arrivés, il nous a énormément aidés», assure aussi Jean-Patrick Martini. Mais les Suisses ne s avouent pas vaincus : ils obtiennent que les gendarmes français interpellent Falciani, dans le cadre d une demande d entraide judiciaire. C est chose faite le 20 janvier 2009, en présence d un magistrat suisse. Il y a péril en la demeure : et s il venait à repartir avec les données originales de l informaticien? Prévenue, la DNEF contacte un général haut placé à la direction de la gendarmerie. Le procureur de Nice, Eric de Montgolfier, est également prévenu. Les intérêts vitaux français sont en jeu. Falciani refuse de répondre aux questions du magistrat suisse concernant son éventuelle collaboration avec la DNEF. Il passe la nuit en garde à vue. Mais il a droit à une cellule VIP. Veillepeau a fait passer la consigne : son précieux informateur doit être bien traité. C est ainsi que au petit matin, on lui apporte quelques croissants, et ce petit mot : «Avec les compliments de la DNEF». Jusqu au bout, les Suisses tentent de récupérer le matériel dérobé à Genève. Falciani confiera aux enquêteurs : «Le plus significatif a été la tentative par la garde des sceaux, M me Alliot-Marie, de faire disparaître les preuves. Elle a donné pour instruction au procureur de Nice de restituer les scellés aux Suisses. Le procureur s y est opposé.» Interrogé comme témoin par le juge Renaud Van Ruymbeke, Eric de Montgolfier confirmera : un magistrat de la chancellerie l avait bien appelé, à l époque, «pour [lui] demander de faire parvenir l original des scellés au parquet fédéral suisse». L actuel ministre du budget, Christian Eckert, auteur d un rapport parlementaire sur le sujet, renchérit : LES MÉTHODES MUSCLÉES DE ROLAND VEILLEPEAU DÉPLAISENT AUX SYNDICATS, COMME À SA DIRECTION. AU PRINTEMPS 2009, ON LUI INDIQUE LA SORTIE «Côté judiciaire, il y a eu une vraie volonté d enterrer l affaire.» En vain. Tout comme Roland Veillepeau, Eric de Montgolfier est plutôt allergique aux pressions A Paris, l opération «Chocolat» ne fait visiblement pas plaisir à tout le monde. Roland Veillepeau, cette fois, a prévenu par écrit toute sa hiérarchie. Lors d une cérémonie de vœux, début 2009, à Bercy, il lui est carrément demandé de suspendre l enquête. Trop de noms connus, trop de dangers imprévus Il s insurge, réclame évidemment un ordre écrit. Bercy renâcle. Et exige que la DNEF ne rencontre plus physiquement Falciani. Ce sera le cas. Mais rien n empêche de se téléphoner Roland Veillepeau se sait sur un siège éjectable. Ses méthodes musclées déplaisent aux syndicats, comme à sa direction. Au cours d un voyage en Chine, pendant les vacances de Pâques, au printemps 2009, on lui indique la sortie. Il doit partir! Céder son poste, après un an et demi seulement. Un directeur de la DNEF demeure généralement cinq ans en service actif Apparemment, en ouvrant une boîte de Pandore, il a bousculé trop d ordres établis, menacé trop d intérêts. LE DERNIER CONTRÔLE On lui propose de devenir conservateur des hypothèques, à Melun. Une sinécure, admirablement payée. Mais Roland Veillepeau résiste. Il partira, mais à ses conditions, sinon, allez savoir comment, la presse pourrait se mêler de l affaire Il obtient dans la foulée ce qu il souhaite : conservateur des hypothèques, mais à Toulouse, au soleil. Avant de partir, au 1 er septembre 2009, il prend une ultime initiative. La plus importante, sans doute. Il réquisitionne, courant juin, deux petites mains du service, deux employées modèles, discrètes, fiables. Elles entrent, une par une, les identités des fraudeurs français dans la base de suivi du contrôle fiscal. Les données françaises sont sanctuarisées, il sera compliqué d étouffer l affaire, désormais. D ailleurs, dès le 30 août 2009, Eric Woerth évoque publiquement sa fameuse liste de contribuables français fraudeurs. Le ministre du budget ne le dit pas explicitement, mais ces noms proviennent des «listings Falciani». Roland Veillepeau est débarqué, certes, mais il ne sera pas dit qu il aura raté son dernier contrôle fiscal. Le Breton a sa fierté. p PROFIL QUARANTE ANS DE CONTRÔLES FISCAUX Roland Veillepeau, 66 ans, a consacré quarante ans de sa vie professionnelle au contrôle fiscal. Il a terminé sa carrière à la tête de la Direction nationale des enquêtes fiscales (DNEF), où il a «sorti» l affaire HSBC, en A la retraite depuis septembre 2014, il prépare plusieurs ouvrages, qui seront le récit romancé de ses aventures. «Notre lutte contre la fraude fiscale internationale est inopérante» Pour Roland Veillepeau, le ministère des finances doit se réformer en profondeur pour devenir efficace ENTRETIEN Dans un entretien exclusif au Monde, Roland Veillepeau explique pourquoi la fraude fiscale a, sans doute, encore de beaux jours devant elle, si Bercy ne modifie pas en profondeur son fonctionnement. Le fisc français a-t-il tiré les leçons du dossier HSBC? Je ne peux parler de ce cas précis, étant lié à vie par le secret fiscal. Mais je peux vous assurer que notre politique de lutte contre la fraude fiscale internationale est aujourd hui inopérante, comme l a souligné d ailleurs la Cour des comptes, à l été 2013, en adressant un «référé» à Jean-Marc Ayrault, alors premier ministre. Quel est le souci, alors? La création de la Direction générale des finances publiques (DG- FIP), en avril 2008, nécessaire, s est traduite par une nouvelle culture, marquée par la primauté de la conformité comptable. Les responsables opérationnels du contrôle ont rapidement compris que l heure n était plus aux initiatives ou aux procédures offensives. Le frein a été clairement mis, dans les faits, sur la coopération avec les services de renseignement et les autres directions du ministère. En août 2012, Bruno Bézard, le nouveau patron de la DGFIP, qui «Le manque de confiance envers les cadres de terrain a débouché sur des initiatives surprenantes» n avait aucune expérience du contrôle fiscal, a entrepris de remplacer, à la tête des grandes directions nationales du fisc, les professionnels qui y étaient par des hauts fonctionnaires, qui n avaient, eux, que peu d expérience dans le domaine du contrôle fiscal. Un événement positif est cependant intervenu au second semestre 2014, à savoir la nomination de deux nouveaux directeurs généraux qui sont de fins connaisseurs du contrôle fiscal. Vous estimez donc que des erreurs ont alors été commises? Bien sûr. Prenez l épisode des comptes suisses de Jérôme Cahuzac. Ce manque de confiance affiché envers les cadres de terrain a vite débouché, comme c était prévisible, sur des initiatives surprenantes pour des professionnels du contrôle. C est Bruno Bézard, et lui seul, il l a revendiqué, qui a pris l initiative de saisir le fisc suisse d une demande d assistance administrative pour savoir si son ministre de tutelle avait ou avait eu des comptes chez UBS. Le fisc suisse est-il rétif à toute coopération? Le fisc suisse, cela est inscrit dans ses gènes, soit ne répond pas, soit s arrange pour faire une réponse qui ne puisse être exploitée. Ce n est pas nouveau, car il a toujours agi comme cela. Et penser qu un coup de téléphone aux responsables suisses pourrait faire changer les choses relève au mieux de la naïveté. La crédibilité du fisc et celle du contrôle fiscal n en sont pas ressorties grandies. La fraude fiscale hors de nos frontières est-elle mieux traitée désormais par le fisc français? Clairement, non. En 2008, des administrations fiscales ont porté, quasi simultanément, des coups au secret bancaire. C est le fisc allemand, contre la banque LGT au Liechtenstein, le fisc américain contre la banque UBS et le fisc français contre la banque HSBC, en Suisse. Ces actions ont mis en évidence le rôle central et néfaste des banques spécialisées dans la gestion de fortune dans la mise en place de schémas de fraude fiscale, en assurant le transfert à l étranger des fonds considérables provenant de la fraude, grâce à l interposition de structures établies dans les paradis fiscaux. Les politiques ont-ils pris la mesure de ce fléau? Malheureusement, il y a un double langage permanent de nos Etats, qui sont les premiers à condamner les paradis fiscaux et dans le même temps à en profiter. Le pire exemple est donné par Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, qui, comme premier ministre du Luxembourg, a encouragé les multinationales à lui verser quelques milliards d impôts en dépouillant les autres Etats européens de dizaines de milliards de recettes fiscales leur revenant. Combien de temps les citoyens européens et les Etats membres pourront-ils accepter ce conflit d intérêts, sinon ce scandale? Quels sont les paradis fiscaux les plus en pointe, de nos jours? Ma définition du paradis fiscal est un mix de celle du magazine Forbes et de l ONG Tax Justice Network : un paradis fiscal est un pays qui pratique le secret de manière efficace et qui ne répond pas aux demandes d entraide. Selon ce critère, les dix plus dangereux paradis fiscaux sont : l Etat du Delaware aux Etats-Unis, le Luxembourg, la Suisse, les îles Caïman, le Royaume-Uni (la City of London et ses satellites, comme Jersey, Guernesey, Gibraltar, l île de Man), l Irlande, les Bermudes, Singapour, le Liban et Hongkong. Et il est difficile de ne pas souligner que c est là, principalement, que nos banques françaises ont établi leurs filiales. Selon une étude publiée en 2014, nos cinq principales banques ont plus de 570 filiales dans les paradis fiscaux. D où provient l argent dissimulé dans ces paradis fiscaux? L argent des particuliers vient surtout d activités illégales, telles que le crime, la drogue, la corruption, et d activités légales non déclarées. Par exemple, un chirurgien esthétique qui demande des suppléments «sous la table et en liquide», en plus des honoraires facturés à la Sécurité sociale. Le montant des avoirs en espèces est tel qu il ne peut être recyclé localement. Il est alors converti en contrats d assurance-vie au Luxembourg ou versé sur un compte au Luxembourg, en Suisse, à Singapour ou à l île de Man, toutes ces opérations étant «Le fisc n a pas les moyens d intervenir efficacement dans les paradis fiscaux, ou même auprès du Royaume-Uni» réalisées depuis la France, à partir d agents d assurances, ou de banques françaises ou étrangères. Or, le fisc est impuissant. Il ne possède pas les moyens d intervenir efficacement dans les paradis fiscaux ou même auprès du Royaume-Uni pour avoir des informations sur les trusts. Du coup, faut-il faire sauter le fameux «verrou de Bercy»? Evidemment. En droit français, le ministère public a seul le pouvoir de décider ou non de poursuites lorsqu une infraction pénale lui est dénoncée, et de déclencher ou de ne pas déclencher l action publique. Sauf pour les poursuites pour fraude fiscale. Ce «verrou de Bercy» constitue une exception qui n a plus aucune légitimité depuis la mise en place du Parquet national financier (PNF), qui a justement compétence sur les infractions fiscales graves. Il s agit en fait d une volonté politique, bien ancrée. Cet état de fait entraîne nombre de conflits d intérêts et de dérives. L administration fiscale s en sert comme moyen de pression ou monnaie d échange pour faire accepter des redressements. Le ministre peut également écarter un dossier de poursuites pour des motifs politiques ou amicaux. p propos recueillis par gérard davet et fabrice lhomme

8 8 hsbc & les swissleaks MERCREDI 11 FÉVRIER 2015 Révélations et conséquences La mise au jour d un vaste système de fraude fiscale a provoqué une onde de choc La réaction du Royaume- Uni aux révélations du SwissLeaks n a pas tardé. La commission des comptes publics de la Chambre des communes a annoncé, lundi 9 février, «l ouverture rapide d une enquête» sur la banque HSBC, au cœur du scandale, dont le siège est basé à Canary Wharf, le quartier d affaires de Londres. «La Commission des comptes publics va ouvrir d urgence une enquête. Nous demanderons à HSBC de fournir des éléments. Nous lui ordonnerons de le faire si cela s avérait nécessaire», a déclaré Margaret Hodge, la présidente travailliste de la commission, à la BBC. «Les révélations sur HSBC démontrent une fois de plus l opacité d une industrie mondiale au service d une élite nantie», a-t-elle précisé, en référence aux comptes bancaires numérotés et aux sociétés-écrans créées par HSBC Private Bank à Genève pour une clientèle d ultrariches. Plus de 180 milliards d euros ont transité par Genève entre 2006 et 2007, dissimulés derrière le paravent de ces véhicules financiers parfaitement opaques. L onde de choc provoquée par la mise au jour du vaste système de fraude fiscale organisé par le géant bancaire britannique depuis la Suisse, au profit d une clientèle disparate de riches industriels, de personnalités politiques et de réseaux criminels, s est également propagée en Belgique l un des deux pays, avec la France, où HSBC Suisse fait l objet d une enquête judiciaire. Inertie et omerta A Bruxelles, le juge d instruction Michel Claise a ainsi annoncé qu il «[envisageait] d émettre des mandats d arrêt internationaux» contre les dirigeants de la filiale suisse. Ce spécialiste de la criminalité financière a inculpé HSBC Private Bank en novembre 2014 pour «fraude fiscale grave et blanchiment», soupçonnant l établissement d avoir «sciemment» aidé plusieurs centaines de clients, dont des diamantaires anversois, à frauder le fisc. La filiale suisse s était engagée à coopérer à l enquête. Mais «cela ne donne pas grand-chose, a estimé la porte-parole du parquet de Bruxelles, Ine Van Wymeersch, citée par l AFP, lundi. Le juge estime qu il est grand temps pour la banque de collaborer» La justice belge a par ailleurs déploré la lenteur de la justice suisse dans la procédure. Sollicitée par commission rogatoire, celle-ci n a pas répondu à la demande de coopération du juge bruxellois. En Suisse, justement, le débat larvé sur les pratiques de HSBC et le dévoiement du fameux secret bancaire suisse, pour protéger l argent de la fraude et, fait plus grave encore, du crime, s est brusquement réveillé. Une ancienne ministre socialiste, qui fut chargée des affaires étrangères jusqu en 2011, a fustigé l inertie et l omerta sur ce scandale financier. Mesures chocs «L ouverture d une enquête serait la moindre des choses», a déclaré Micheline Calmy-Rey, lundi, alors qu à ce jour la seule procédure engagée à Genève reste celle du ministère public de la Confédération contre Hervé Falciani et le vol originel des données. «Je suis fâchée. La Suisse a une bonne réputation pour ses efforts en faveur de la paix, son économie et, là, on apprend qu il y a des gens rusés ( ) qui nuisent gravement à l intérêt du pays», a confié à la Radio suisse-romande celle qui avait négocié l accord économico-diplomatique avec les Etats-Unis pour mettre fin au contentieux sur UBS. Cette autre banque suisse avait aussi été prise, en 2009, dans une affaire de fraude fiscale organisée pour plusieurs milliers de contribuables américains. «On se rend compte que cela n est pas terminé», a conclu Micheline Calmy-Rey. Le débat en Suisse gonflait mardi 10 février. En France, où l enquête judiciaire sur HSBC progresse aussi, après la mise en examen de la fraude en novembre 2014 pour «démarche bancaire et financier illicite» et «blanchiment de fraude fiscale», la classe politique a réclamé plus de transparence et l adoption de mesures chocs, en Europe, pour mettre fin à des pratiques grevant les budgets des Etats. «Ce type de scandale détruit la confiance de nos concitoyens. Les comportements de fuite devant l impôt de personnalités françaises sont inacceptables. Il est temps que la communauté internationale s attaque de front à cette forme de délinquance», a estimé Karine Berger, secrétaire nationale du PS à l économie. Au total, cinq ans après le vol des données bancaires mondiales de HSBC par Hervé Falciani, ex-informaticien de la banque, l action politique et judiciaire est relancée. p anne michel Les très protégés clients mystères Hervé Falciani s est envolé avec tous les noms des clients de la banque. Vraiment tous? Pas tout à fait. Certains d entre eux profitaient d un traitement particulier Au moment où il prenait la fuite au nez et à la barbe de la justice suisse, à la veille de Noël, en 2008, Hervé Falciani emportait avec lui la liste complète de tous les clients de la banque HSBC. Ou du moins le pensait-il. Les données obtenues par Le Monde et partagées avec l ICIJ, le Consortium international de journalistes d investigation, montrent qu une petite partie des clients ont peut-être pu conserver leur anonymat malgré la plus importante fuite de données de l histoire du secret bancaire. La raison est simple : leur identité n a jamais été introduite dans le système informatique de la banque. Leur nom ne figurait que sur des feuilles de papier, abritées dans un coffre-fort. Sur les quelque fiches client apparaissant dans les listings de la banque en 2007, normalement toutes nominatives, environ 130 n indiquent le nom du bénéficiaire que sous forme d initiales. C est le cas de «Monsieur A. S.», par exemple. Citoyen français, son compte abritait l équivalent d un peu plus de 2 millions de dollars. Sa fiche client indique bien le nom de sa société offshore et précise qu il était représenté par l avocat genevois Marc Bonnant. Le champ indiquant l identité du bénéficiaire contient ces mots en majuscule : «FORM A IN SAFE DG». L astuce du formulaire en coffre Cette note signifie que le fameux «formulaire A» le document que les banques suisses sur lequel elles sont tenues de consigner le nom du bénéficiaire d un compte est soigneusement rangé dans le coffre, à l étage de la direction générale. Interrogé par nos soins, Marc Bonnant a dit ne pas garder le souvenir d un client aux initiales «A. S.». Sur les quelque fiches client apparaissant dans les listings de la banque en 2007, environ 130 n indiquent le nom du bénéficiaire que sous forme d initiales «Le compte suisse à numéros, contrairement à ce que croyait le profane, n avait rien d anonyme, explique-t-il. Le terme signifiait simplement que, au lieu d être accessible à n importe quelle secrétaire subalterne, l identité de son détenteur n était connue que par quelques-uns. Le choix de cet accès restreint n est d ailleurs pas en soi une chose peccamineuse. Elle dépend de l appréciation que peut faire la banque du caractère sensible de l identité de son client.» En effet, cette astuce du formulaire en coffre ne viole aucune règle. «En observant les devoirs cités par la loi et la convention de diligence des banques, il est possible de tenir un compte désigné par un numéro ou un code», confirme Tobias Lux, porte-parole de la Finma (autorité suisse de régulation des banques). Il n en demeure pas moins que cette pratique résonne comme une réminiscence d une période que l on croyait révolue depuis des décennies : celle où les banques suisses conservaient les noms de leurs client sur de grands registres de papier protégés dans des salles fortes. «A l époque de la Republic National Bank d Edmond Safra, raconte un ancien cadre, les noms des clients étaient enregistrés sur un ordinateur déconnecté du réseau, dans une salle bien gardée à l étage de la direction. Seule trois personnes pouvaient y accéder.» Le directeur juridique s y rendait en personne, une ou deux fois par semaine, pour effectuer les recherches demandées par la justice. La Republic National Bank a été rachetée par HSBC en 1999 pour 10,3 milliards de dollars, peu avant la mort d Edmond Safra dans l incendie de son appartement, à Monaco. L introduction des premières lois antiblanchiment, en 2000, ont contraint les banques à élargir toujours plus le cercle des personnes autorisées à y accéder. Dès le milieu de la décennie, il n était normalement plus possible d ouvrir un nouveau compte sans entrer le nom du client dans le système informatique. Normalement. «Nous avions conservé une possibilité pour certains clients qui ne souhaitaient pas que les services administratifs chargés de l ouverture des comptes puissent voir leur nom», explique l ancien cadre. Le coup du formulaire dans le coffre a pu protéger certains clients après la fuite des données, mais ce n est pas sûr. Curieusement, les fiches informatiques de ces clients mystères contiennent parfois tant d informations personnelles qu il est aisé de les identifier. C est le cas de «A. G.», lui aussi contribuable français, dont l adresse, rue du Foin, à Paris, est indiquée en toutes lettres. Ou encore de «H. S. P.», 130 millions de dollars au compteur. Une recherche sur Google à partir de son lieu d origine et de sa date de naissance fait aussitôt apparaître la page Wikipédia consacrée à ce multimiliardaire «investisseur et philanthrope». Cette pratique aurait cessé en 2008 avec l arrivée d un nouveau directeur général, Alexandre Zeller, formé chez Credit Suisse et issu d une nouvelle génération de banquiers. Un collègue se souvient de l étonnement du nouveau directeur général découvrant des piles de formulaires A dans le coffre de son bureau. «Avec les contrôles qui se multiplaient, notamment en matière de clients politiquement exposés, ce n était plus tenable», conclut l ancien cadre. Quand leurs noms ont été reportés dans le système informatique, Hervé Falciani avait déjà pris la poudre d escampette. p françois pilet («l hebdo», suisse) L exode fiscal sous les soubresauts du XX e siècle Du Front populaire à la victoire de Mitterrand, en passant par la seconde guerre mondiale, des comptes cachés ont été ouverts de longue date, par peur des lendemains avec Le décryptage de l éco du lundiauvendredià8h10 avec Vincent Giret, journalisteaumonde Les fichiers HSBC auxquels Le Monde a eu accès n offrent pas uniquement un aperçu de l ampleur de la fraude fiscale, à l échelle d une des plus grandes banques du monde. Ils jettent également une lueur insolite sur l histoire du XX e siècle. Beaucoup des comptes cachés figurant dans les listings ont été ouverts de longue date, et sont revenus à leurs propriétaires par héritage. Les histoires familiales qu exposent les ayants droit à la faveur des très nombreuses procédures de régularisation fiscale de ces dernières années peuvent être lacunaires que peuvent savoir des petits-enfants des motivations exactes de leur grandpère un demi-siècle plus tôt?, voire sujettes à caution, en l absence de chronologies incontestables au-delà de dix ans, les dates d ouverture de comptes ne sont pas connues. Cependant elles permettent de dégager certaines constantes. «Pour les clients français, on peut distinguer quatre grandes vagues d ouvertures de compte : l avant- Front populaire, en , la période de la seconde guerre mondiale, l après-mai 68 et 1981», relève Pierre Dedieu, avocat associé au cabinet CMS Francis Lefebvre, qui a traité de nombreux dossiers de régularisation. Le «mur de l argent» Des peurs politiques très différentes, mais qui présentent un point commun indéniable : les incertitudes sur le lendemain, facteur déclencheur dans la décision de «mettre à l abri» une partie plus ou moins grande de son capital. Ainsi, au milieu des années 1930, l arrivée au pouvoir du Front populaire terrifiait les classes possédantes : le souvenir de la révolution d Octobre était encore bien De nombreuses familles juives traumatisées par les persécutions ont décidé, dans les années 1950, de mettre leurs avoirs à l abri vivace. Mai 1968 puis, en 1981, la victoire de François Mitterrand à la présidentielle et l arrivée de ministres communistes au gouvernement provoquèrent des vagues d exode de capitaux. Le fameux «mur de l argent» dénoncé par la gauche existe donc bien ; les fichiers HSBC en sont la trace archéologique. La période de la seconde guerre mondiale, en revanche, est tout à fait singulière. D abord par l ampleur et le systématisme des persécutions économiques dirigées contre les juifs, prélude au projet de leur extermination. Ensuite, parce que la Suisse parvint tant bien que mal à sauvegarder sa neutralité durant la période, ce qui accentua encore l image de sûreté absolue de la Confédération helvétique. C est sans doute ce souvenir traumatisant et cette image rassurante qui expliquent la décision de nombreuses familles juives françaises de mettre de l argent «à l abri» au milieu du siècle. Ça, et une certaine forme de défiance envers le pays qui ne les avait pas protégés. «Souvent, les clients qui font appel à nous pour les défendre demandent à ce qu on rappelle le contexte de l époque, poursuit Pierre Dedieu. Mais en droit, ça ne change rien.» p jérôme gautheret

9 10 &11 Février 2015 Cité des Sciences et de l Industrie de la Villette, Paris Depuis maintenant 10 ans, les travaux menés par Leroy Merlin Source permettent d imaginer et de proposer ce qui répondra le mieux aux attentes des habitants et à l évolution de leurs modes de vie. Avec l implication d architectes, de sociologues, d ergothérapeutes, de psychologues, de médecins, de designers etc... Leroy Merlin anticipe et s engage à aller plus loin pour être toujours plus proche des habitants. C est la raison d être des 3èmes Assises de l Habitat qui présenteront les résultats de ces travaux. Plus d informations sur leroymerlinsource.fr

10 10 international MERCREDI FÉVRIER 2015 Pakistan : les leçons du drame de Peshawar Deux mois après le massacre commis par les talibans dans une école, Islamabad confie des pouvoirs accrus à l armée suite de la première page REPORTAGE IRAN AFGHANISTAN Zones tribales Karachi Mer d Oman PAKISTAN Peshawar Islamabad Lahore INDE 300 km «Si je suis vivant, c est qu ils m ont cru mort. J étais sous le corps de mes voisins» Le 31 janvier, Nawaz Sharif a promis que ce combat «serait gagné quel qu en soit le coût», car «il conditionne [la] survie économique et sociale [du pays] ainsi que celle de la future génération». L heure de la mobilisation nationale aurait donc sonné. Fini les compromissions des autorités avec des groupes extrémistes islamistes protégés car ils servaient, en sous-main, les intérêts du Pakistan dans ses relations conflictuelles avec l Inde et l Afghanistan. Les partis politiques et les gouvernements provinciaux (Penjab, Sindh, Baloutchistan et Khyber Pakhtunkhwa) ont accepté l «union sacrée» derrière le premier ministre. Comme un seul homme, le Parlement a même amendé, le 6 janvier, la Constitution pour autoriser des tribunaux militaires à juger des civils pour terrorisme. Le gouvernement a compilé sa stratégie dans un plan d action national. Le pouvoir politique y donne toute latitude à l armée pour débarrasser le pays des nombreux groupes insurgés avec lesquels le gouvernement a tenté, une nouvelle fois en vain, de négocier au printemps L opération lancée le 5 juin dans le Nord-Waziristan a été étendue à d autres agences tribales comme Khyber, aux portes de Peshawar. Ce plan d action national comporte aussi des dimensions non militaires telles que la reprise en main des écoles religieuses (madrasas) qui échappent, de fait, au contrôle d un Etat défaillant qui a perdu la bataille de l éducation et en paye les conséquences. Ces institutions, dont les effectifs sont passés de en 1999 à plus de en 2014, ont contribué à diffuser une idéologie extrémiste. «Si l attaque de l école de Peshawar a produit un tel effet dans un pays pourtant habitué à la violence, c est que le pouvoir a senti que son équilibre intrinsèque était menacé», risque un diplomate occidental à Islamabad. «C est surtout, corrige, à Lahore, l expert pakistanais Ahmed Rashid, l un des meilleurs analystes de la région et du mouvement taliban, le signe de la faiblesse du pouvoir politique et de l Etat, contraint de céder ses prérogatives aux militaires», notamment en matière de justice. «Virage politique à 180 degrés» «Il n y a aucune garantie d un procès équitable», estime l Association du barreau de la Cour suprême qui vient de déposer un recours contre la création des tribunaux militaires. Le 25 janvier, à Islamabad, un des juges de la Cour suprême, Qazi Faez Isa, a estimé publiquement que la loi antiterroriste de 1997, déjà dérogatoire du droit commun, donnait tous les moyens nécessaires pour combattre le terrorisme. «Le problème, c est que les juges ne l ont jamais appliquée», a-t-il conclu. Près de condamnations à mort prononcées par des juges civils étaient pendantes, notamment à cause du moratoire qui vient d être levé. Depuis janvier, les pendaisons de terroristes sont annoncées régulièrement, mais il Le gouvernement, qui a perdu la bataille de l éducation et en paie les conséquences, veut reprendre en main les écoles religieuses ses yeux vous fixent, mais ils ne regardent rien. La vie s en est retirée le 16 décembre, vers 10 h 20, lorsqu un commando armé a surgi dans l auditorium de son collège, à Peshawar, où sa classe assistait à un cours sur les premiers secours. Seul rescapé indemne, Ahmed Shah, 14 ans, a vécu aux premières loges cette scène d horreur absolue. Son frère aîné a perdu la vie deux rangs devant lui après lui avoir crié de se coucher par terre. «Si je suis vivant, c est qu ils m ont cru mort, j étais sous les corps de mes voisins, recouvert de leur sang», raconte Ahmed. Il n est pas encore retourné à l école. «Les cris me reviennent la nuit, et dès qu il y a un bruit, je m inquiète», dit-il avec ce visage comme figé par l indicible. La direction de l établissement aménage la scolarité des survivants. «Ils nous ont offert la gratuité de l enseignement pour Ahmed, détaille son père, Turfail Khattak. L armée propose un pèlerinage à La Mecque, et dix élèves doivent aller en voyage en Chine, mais, dans les faits, on est seuls et on n a pas vu l argent promis par le gouvernement.» On connaît le déroulé des principaux faits. Après avoir mis le feu à leurs véhicules, les sept hommes, selon les autorités six selon le mouvement des talibans pakistanais (Tehrik-e-Taliban Pakistan, TTP), du commando qui a revendiqué l attaque pénètrent par l arrière de l école sans surveillance en coupant les barbelés et en franchissant un petit mur. Ils s attaquent d abord à la cantine, où ils tuent plusieurs personnes, et se dirigent ensuite vers l auditorium où se trouvent plusieurs centaines de personnes. «On a entendu des bruits, puis des coups de feu venant de l extérieur, se souvient Ahmed. Tout d un coup, j ai vu un homme entrer en ouvrant la porte d un coup de pied, il a crié Allahou akbar! [ Allah est grand! ] et s est mis à tirer.» Le carnage va durer plus de dix minutes et les victimes sont touchées s agit de personnes qui attendaient leur exécution. Les tribunaux militaires ne sont pas encore entrés en action. Rien que dans le Khyber Pakhtunkhwa, en janvier, 166 affaires ont été transférées aux tribunaux militaires, concernant surtout des commandants du mouvement des talibans pakistanais (Tehrike-Taliban Pakistan, TTP), dont leur chef, le mollah Qazi Fazlullah, qui a revendiqué l attaque de l école. «Fazlullah est en Afghanistan, tempère, à Peshawar, Mahmood Shah, brigadier général à la retraite qui fut ministre de la sécurité dans les zones tribales au sein du gouvernement local de Khyber Pakhtunkhwa. L impact de cette campagne sur l insurrection ne sera pas immédiat, mais celui sur ses soutiens financiers, idéologiques et locaux est visible. Nous assistons là à un virage politique à 180 degrés.» Mais il reste beaucoup à faire pour convaincre. Aucun nom lié à des mouvements proches des renseignements militaires tels que le réseau insurgé afghan Haqqani n apparaît. «On est peutêtre à l approche d un tournant historique, mais, pour l instant, on sent un Etat terrorisé par de possibles attentats des insurgés, notamment à Lahore, contre une cible facile, un cinéma ou une école», décrypte Ahmed Rashid. Cette peur s est manifestée, le 27 janvier, lors du procès en appel, à Islamabad, de Mumtaz Qadri, le garde du corps et assassin, en 2011, de l ex-gouverneur du Penjab, Salman Taseer. Le policier a assumé son geste. Il reprochait à M. Taseer de vouloir réviser la loi punissant le blasphème. Depuis, par rafales à la tête. La panique, le retour des assaillants pour achever les blessés dans l auditorium et le long temps de réaction des forces de sécurité vont alourdir le bilan. Griefs des familles Blessé par balles, Suleiman Khan, âgé de 29 ans, professeur de mathématiques, a aussi été sauvé par le corps d un de ses élèves mort, qui le recouvrait à moitié. Il a repris les cours depuis sa sortie de l hôpital. «La principale aurait pu s échapper, elle est revenue pour sauver le maximum d élèves. Ceux qui ont fui par le vestiaire et ceux qui sont partis vers l école primaire sont restés saufs, ceux qui s étaient réfugiés dans le collège ont été tués», relatet-il. Puis, dans un souffle : «Sur les vingtdeux élèves de ma classe, il ne m en reste que trois.» Le commando termine sa course macabre dans les locaux de l administration, où il s enferme jusqu à l assaut final des forces spéciales de l armée, quatre M. Qadri est célébré comme un héros, par la mouvance fondamentaliste comme par une partie de la société civile, dont ses gardiens de prison ou des policiers, comme son frère. Alors qu il devait être jugé, le 27 janvier, en appel de sa condamnation à mort, la justice s est d abord aperçue qu elle avait perdu son dossier. Puis, à l audience, le gouvernement n avait toujours pas désigné d avocat général. Mumtaz Qadri a finalement été jugé, le 3 février. «Si la Haute Cour d Islamabad confirme la peine de première instance, il restera à voir «Pour l instant, l Etat semble terrorisé par de possibles attentats, contre un cinéma ou une école» AHMED RASHID expert du mouvement taliban heures plus tard. Deux mois après la tuerie, l émotion laisse peu à peu la place aux griefs des familles des victimes. Le 2 février, à Peshawar, les mères ont demandé la «démission du ministre [provincial] de l intérieur» pour sanctionner «l échec du gouvernement et de l armée à protéger [leurs] enfants». Elles demandent aux autorités de rendre publics «les éléments de l enquête». Samedi 7 février, elles ont défilé à Peshawar. Une autre question les taraude. Jusqu en mars 2014, selon plusieurs témoins interrogés par Le Monde, «une quinzaine de soldats étaient affectés à cette portion du mur d enceinte et un poste de garde érigé sur un toit» pour protéger ce point vulnérable. Selon ces sources, cette mesure avait été prise parce que le fils du commandant des forces armées de la province était alors inscrit dans l école. Et a été annulée à la fin de sa scolarité. Un porte-parole officiel a démenti l information. p j. fo. (peshawar, envoyé spécial) Des proches des victimes de l attaque du 16 décembre 2014 manifestent contre les lenteurs de l enquête, le 7 février, à Peshawar. A MAJEED/AFP si on l exécute, confie un magistrat venu assister à l audience. On n est pas payé pour se faire tuer.» Pour l avocat Saroop Ijaz, militant des droits de l homme, basé à Lahore, «le cas de Qadri est un symbole». «La manière dont il sera géré par le gouvernement, dit-il, montrera à quel point le plan d action national est une posture politique ou pas.» Attaques de Bombay L attitude du premier ministre Nawaz Sharif est également observée de près au sujet de Hafiz Saeed, chef de la Jamaat-ud-Dawa, organisation considérée comme la façade du groupe islamiste Lashkar-e-Taiba (LeT), accusé d être impliqué dans de nombreux attentats dans l Inde voisine, notamment ceux de Bombay en Les Etats-Unis ont mis sa tête à prix 10 millions de dollars et son nom figure sur la liste noire des Nations unies. Il se promène pourtant librement à Karachi où il vient de lancer un service d ambulance aux couleurs de la Jamaat-ud-Dawa. Zakiur Rehman Lakhvi, membre du LeT, cerveau présumé des attaques de Bombay qui avaient fait 166 morts en 2008 en Inde, a été maintenu d extrême justesse en détention, le 1 er janvier, après avoir été liberé sous caution par un tribunal pakistanais. Il fait partie des sept suspects inculpés et incarcérés au Pakistan pour avoir planifié ou financé ces attaques, dont le procès est toujours en attente, six ans après les faits. Le pays, comme ses partenaires internationaux, jugeront à ces cas précis la volonté de M. Sharif de tourner la page des années d ambiguïté du Pakistan. «Aussi loin que je me souvienne, le Pakistan a toujours été à un tournant de son histoire, nuance, un représentant des puissants services secrets militaires (ISI), rencontré par Le Monde. Cette fois-ci, l armée fait ce qu elle aurait dû faire depuis longtemps : éliminer une menace intérieure qui ternit notre image sur la scène internationale. Mais le chemin sera encore long. Il faudra encore du temps.» p jacques follorou

11 ASSOCIATIONFRANÇAISEDELUTTEANTI-RHUMATISMALE LETTREOUVERTEÀLAPOPULATION Malgréleurs signatures pour dire non au déremboursement de l arthrose, lesmalades n ont pas été entendus Déremboursement des traitements de l arthrosele1 er Mars Depuis plus de 2 ans, l AFLAR se mobilise pour faire entendre la voix des patients et éviter que le déremboursement des traitements de l arthrose ne les laisse démunis face à leur maladie. En juillet dernier, nous avons indiqué au gouvernement 10 bonnes raisons pour ne pas dérembourser les traitements de l arthrose. Début décembre 2014, nous avons remis au Président de la République, au Premier Ministre et à la Ministre de la Santé, notre pétition demandant le maintien du remboursement des traitements de l arthrose en attendant la mise en place d une commission travaillant sur l impact d une telle décision. Le 21 janvier 2015, le gouvernement a, malgrétout, publié un avis de déremboursement des anti-arthrosiques d action lente(aasal), applicableau1 er mars2015. Ce déremboursement des AASAL va exposer les patients arthrosiques à une véritable médecine à 2 vitesses avec, en toile de fond, la survenue plus fréquente d effets potentiellement dangereux, liée à la prise d anti-inflammatoires non stéroïdiens(ains), de paracétamol et de morphiniques. Plus que jamais signez, faites signer la pétition et évitons, ensemble, les complications liées aux reports de prescription! Notre mission: combattrelespathologies rhumatismalesinvalidantes Si le gouvernement persiste dans sa décision de dérembourser ces traitements, alors nous allons surveiller les effets graves inéluctables de cettedécision(surconsommation d AINS, majoration des effets secondaires, augmentation des dépenses de sécurité sociale ). Nous nous engageons à rendre publics ces résultats pour que, plus jamais, une telle décision ne soit prise en ignorant, non seulement la santé des patients, mais également ses conséquences néfastes, à courte et moyenne échéances, au niveau économique et en termes de santé publique. Association de Lutte Anti-Rhumatismale, nous sommes vigilants pour défendre les patients souffrant d arthrose, comme nous défendons tous les patients en particulier ceux qui sont atteints de pathologies rhumatismales invalidantes. C est pourquoi, aujourd hui plus que jamais, nous vous appelons à vous mobiliser pour défendre l égalité à l accès aux soins et le droit de nos concitoyens à la santé. Laurent Grange, Président de l AFLAR Pour financer nos actions, faites un don à l AFLAR

12 12 international MERCREDI 11 FÉVRIER 2015 Malaisie : Anwar Ibrahim retourne en prison Condamné à cinq ans de prison pour sodomie, le chef de l opposition est écarté de la vie politique bangkok correspondant en Asie du Sud-Est Les espoirs d Anwar Ibrahim d échapper à une nouvelle condamnation auront été vains : pour la deuxième fois de sa carrière, le chef de l opposition malaisienne, âgé de 67 ans, risque fort de retourner en prison. Et pour la deuxième fois, c est encore en raison d une accusation de sodomie, pratique interdite dans ce pays à majorité musulmane, qu il va purger à nouveau une peine de cinq ans. «L acte de chair contre nature», selon l expression du code pénal de Malaisie, peut valoir à tout accusé jusqu à vingt ans d incarcération et la flagellation en prime. Pour l opposition et de nombreux experts étrangers, le jugement rendu mardi 10 février par la Cour fédérale est politique. Anwar Ibrahim est le principal dirigeant du Pakatan Rakyat (PR, «Alliance du peuple»), qui avait failli détrôner l inamovible Barisan nasional (BR, «Front national») lors des élections législatives de Le parti principal de cette coalition est au pouvoir dans le pays depuis l indépendance de Anwar Ibrahim a derrière lui une carrière mouvementée. Il fut naguère le successeur quasi désigné de l ancien premier ministre, le très autoritaire et anti-occidental Mahathir Mohamad (au pouvoir entre 1981 à 2003), dont il fut l adjoint et le ministre des finances. Mais, en 1998, exaspéré de voir Anwar Ibrahim critiquer le népotisme et la corruption du système, Mahathir Mohamad limoge brutalement son protégé. En septembre de la même année, Anwar est arrêté puis condamné l année suivante à six ans de prison pour sodomie sur la personne de son ancien chauffeur, corruption et abus de pouvoir. Il sera libéré en 2004 après que le verdict pour sodomie eut été invalidé. Loi «dépassée» En 2008, l ancien secrétaire d Anwar Ibrahim l accuse de l avoir forcé à des rapports «contre nature». Marié et père de six enfants, dont une fille députée, Anwar a toujours nié ce qu on lui reproche, tout en estimant que la loi pour sodomie était «dépassée». En 2012, la Haute Cour de justice devait pourtant l innocenter des accusations qui pesaient contre lui, estimant que l accusation n avait pas réuni des preuves «convaincantes». Mais, deux ans plus tard, coup de théâtre : la cour d appel invalide l acquittement de l accusé et le condamne à cinq ans de prison. Laissé en liberté sous caution, Anwar a fait appel et il revenait à la Cour fédérale de trancher, mardi 10 février. Les juges ont estimé que les accusations contre Anwar étaient «crédibles». «En vous couchant devant les exigences de vos maîtres, vous vous rendez complices d un crime» ANWAR IBRAHIM «En vous couchant devant les exigences de vos maîtres, vous vous rendez complices d un crime», s est écrié M. Ibrahim à l énoncé du verdict. Alors que les juges se levaient pour quitter la salle, l opposant hurlait : «On ne me fera pas taire! Je ne me coucherai pas!» S il doit passer cinq années derrière les barreaux, Anwar Ibrahim aura 72 ans à sa sortie et sa carrière politique sera terminée. La disparition de la scène politique d Anwar Ibrahim est une mauvaise nouvelle pour Pakatan Rakyat. Cette coalition de trois partis, dont les idéologies respectives vont de la social-démocratie à l islamisme plus ou moins modéré en passant par la laïcité, apparaît depuis un an de plus en plus fragile en raison de dissensions internes. La personnalité de rassembleur d Anwar Ibrahim risque ainsi de lui faire cruellement défaut. p bruno philip La province du Sichuan au cœur de la lutte anticorruption en Chine Liu Han, un ancien magnat minier proche de Zhou Younkang, tombé en disgrâce, a été exécuté le 9 février pékin correspondant Il y a un peu moins d un an, à l un de ses avocats, qui s apprêtait à le défendre lors de son procès, en mars 2014, l ex-baron de l industrie Liu Han, PDG du groupe minier Sichuan Hanlong, avait confié : «Je suis un homme mort. Ça ne sert à rien de me défendre sérieusement.» Ce qui n avait pas empêché M. Liu, décrit comme le premier patron privé du Sichuan, avec près de 5 milliards d euros d actifs, de fondre en larmes et de crier à «l injustice» et à «la machination» lorsque tomba sa condamnation, en mai, pour, entre autres, association mafieuse, trafic d armes et meurtre. L exécution pour le moins rapide de l ex-patron, lundi 9 février, outre celle de son frère et de trois complices, illustre la férocité de l opération anticorruption menée au Sichuan. Cette riche province de l ouest de la Chine est considérée comme le comme le fief de Zhou Yongkang, le plus haut placé des anciens dirigeants chinois tombés dans la «chasse aux tigres et aux mouches» (les grands et petits corrompus), menée par le président chinois, Xi Jinping. M. Zhou, qui fit sa carrière dans l industrie du pétrole, puis gravit les échelons du parti au Sichuan, avant d être promu à la tête de l appareil policier et judiciaire central, au sein du comité permanent à Pékin, de 2007 à 2012, a vu son dossier transmis à la justice, début janvier, par la commission centrale de discipline du parti. Cette décision présage un procès Si la campagne anticorruption continue tous azimuts, elle redouble d intensité dans les «fiefs» régionaux et sectoriels des «grands tigres» dans les mois à venir pour des crimes d ores et déjà décrits comme gravissimes. Le 23 janvier, le comité du parti de la commission anticorruption du Sichuan a reconnu que «l implication directe de Zhou Yongkang dans les affaires politiques du Sichuan a créé une influence néfaste», avant de dénoncer «le culte de l argent et de modes de vie extravagants». Plusieurs dizaines de cadres du parti et d hommes d affaires font encore l objet d une enquête dans cette province. «Saucissonnage» L arrestation du flamboyant industriel Liu Han en 2014 avait donné lieu à un déballage dans la presse chinoise sur les pratiques criminelles en cours au Sichuan, ainsi que sur les généreuses tractations entre M. Liu et Zhou Bin, le fils de Zhou Yongkang, supposément en détention. Mais les auto- rités chinoises ont été avares de révélations une fois le procès commencé, puis lors du verdict : les médias chinois reçurent alors l ordre de s en tenir aux dépêches de l agence Chine nouvelle. Tandis que les avocats de Liu Han ne purent que déplorer le «saucissonnage» des procès des complices présumés. Si la campagne anticorruption continue tous azimuts, elle redouble d intensité dans les «fiefs» régionaux et sectoriels des «grands tigres» que sont Zhou Yongkang (le Sichuan, le pétrole, la police), mais aussi Ling Jihua, l ex-bras droit du président Hu Jintao (la province du Shanxi, la banque, l audiovisuel ), faisant l objet d une enquête depuis décembre. M. Ling est lié, à travers sa famille, à cette province minière, où près d une cinquantaine de responsables politiques ont été arrêtés. L une des retombées, peut-être provisoire, de la campagne anticorruption, est le regain d activité de la part des défenseurs des droits locaux : au Sichuan, le militant Huang Qi, basé à Chengdu (Sichuan), et l un des pionniers du combat pour les droits civiques se félicitent d un environnement meilleur actuellement au Sichuan, grâce au climat anticorruption, pour les citoyens qui dénoncent des abus de pouvoir et portent leurs doléances en haut lieu. «Les gens se disent que c est le moment d en profiter pour faire valoir leurs droits, explique-t-il. Avant, ils osaient beaucoup moins.» p brice pedroletti

13 MERCREDI 11 FÉVRIER 2015 international & europe 13 En Israël, alliance historique des partis arabes Les formations représentant les électeurs arabes présenteront une liste unique aux législatives du 17 mars jérusalem - correspondant Ils ont levé les bras et fait le V de la victoire, alors que la campagne a à peine commencé. Jamais encore, dans l histoire politique d Israël, les partis représentant les électeurs arabes (minorité constituant 20 % de la population du pays) n étaient parvenus à présenter une liste unique aux élections législatives. Ce sera le cas le 17 mars. Le parti communiste Hadash et les trois formations arabes le Mouvement islamique, Ta al (Mouvement arabe pour le renouveau) et les nationalistes de Balad ont officialisé leur alliance le 22 janvier, après de longues semaines de tractations. Les rivalités et les différends idéologiques n ont pas disparu, une stratégie commune peine à émerger, mais voilà une rare bonne nouvelle pour cet électorat négligé. «L union est devenue pour nous un cas de force majeur» AHMED TIBI leader du parti Ta al Le député arabe israélien Ahmed Tibi, leader du parti Ta al, agite un drapeau palestinien, le 3 janvier à Jérusalem. M. ILLEAN/DEMOTIX/CORBIS Soutien négocié C était une question de survie. En 2014, la barre minimale pour entrer à la Knesset (le Parlement israélien) est passée de 2 % à 3,25 %, menaçant les petites formations. «L union est devenue pour nous un cas de force majeur», explique Ahmed Tibi, leader du parti Ta al. Les sondages promettent à la liste unifiée un résultat supérieur aux 11 sièges que les partis arabes détenaient séparément dans la Knesset sortante. Or, le Likoud du premier ministre Benyamin Nétanyahou et le Camp sioniste (centre gauche), composé des travaillistes et de Hatnoua, sont au coude à-coude. Les députés arabes pourraient donc jouer un rôle déterminant lors de la formation d une coalition, dès le lendemain du scrutin. Pour autant, la liste unie n est pas prête à rejoindre un gouvernement de centre gauche. «Je devrais, dans ce cas-là, porter la responsabilité pour toutes les actions du gouvernement, souligne Ahmed Tibi. Par exemple, s il continue à détruire des maisons arabes en Israël, à confisquer nos terres, ou s il décide de bombarder à nouveau Gaza.» En revanche, la liste arabe pourrait négocier son soutien à un tel gouvernement, pour mettre fin à l ère Nétanyahou. «On peut discuter de cette possibilité après le vote, dit M.Tibi, dans le cadre de négociations sur le budget, les infrastructures, le logement, la question de prisonniers, la mosquée Al-Aqsa.» Le sort de Haneen Zoabi (Balad) empêche pour le moment tout rapprochement entre le Camp sioniste et la liste arabe unie. Le Camp sioniste veut priver de mandat cette députée à la réputation sulfureuse. Elle s est fait connaître en 2010 en montant à bord du navire turc Mavi-Marmara, qui avait tenté de briser le blocus de la bande de Gaza par Israël. Par ses outrances, Haneen Zoabi est un repoussoir parfait pour la droite nationaliste et elle permet à l opposition de donner des gages de patriotisme à peu de frais, en la critiquant. Fin juillet 2014, le comité d éthique de la Knesset lui avait interdit de s adresser à ses pairs pendant six mois. Elle avait déclaré que les kidnappeurs de trois adolescents juifs en Cisjordanie, dont le sort avait ému le pays, n étaient pas des terroristes. Depuis quinze ans, une double frustration frappe les Arabes israéliens. La première vient de l Etat, qui les exclut des emplois dans les entreprises publiques et l administration, ne respecte pas leur mémoire et leurs droits à la propriété, et n assure pas leur sécurité. Ces citoyens s estiment discriminés et toujours suspectés d un manque de loyauté vis à-vis de la communauté nationale. Ils comprennent également que la création de plus en plus hypothétique d un Etat palestinien ne réglerait pas leurs problèmes. Frustration L autre frustration émane de leurs propres élus arabes. Malgré une dynamique unitaire, leurs formations semblent condamnées à un rôle traditionnel de figurantes. Elles ne participent pas au pouvoir. La majorité juive les tolère mais ne remet pas en cause son propre monopole politique et symbolique. Le Septième Œil, site spécialisé dans l analyse critique des médias, a ainsi noté un détail significatif. Il a fallu attendre début février pour que le visage d Ayman Odeh, leader de la liste arabe unie, figure sur le bandeau de présentation des articles consacrés à la campagne, dans le quotidien Israel Hayom. «Les députés arabes n ont pas d influence sur la politique d Israël, souligne Amal Jamal, professeur de sciences politiques à l université de Tel Aviv. Ils vont aux élections pour débattre uniquement de l allocation des ressources. Ils arrivent à la Knesset sans l expérience des grands groupes industriels, ni celle de l armée. Ils n ont donc pas de réseaux et ne peuvent influer sur la politique de l électricité, de l eau, de la santé. C est pour cela qu ils se réfugient dans l idéologie : pour masquer leur impotence.» p piotr smolar Ukraine : Américains et Européens privilégient la voie diplomatique A la veille du sommet de Minsk, Barack Obama écarte pour le moment la livraison d armes «défensives» à Kiev bruxelles, washington - correspondants A l approche du sommet de Minsk, prévu mercredi 11 février pour tenter de parvenir à un accord de paix en Ukraine, les négociations sont «extrêmement difficiles», relève une source diplomatique européenne, tout en affirmant qu il y a «des pistes qui s ouvrent» depuis l entretien téléphonique de dimanche entre les chefs d Etat français, allemand, russe et ukrainien. Le cadre des discussions, dit-on, reste celui des accords de Minsk, conclus le 5 septembre 2014 dans la capitale biélorusse mais qui n ont jamais été mis en œuvre. Ils prévoyaient, entre autres, un cessez le feu et le retrait «de tous les combattants du territoire ukrainien». Un euphémisme désignant les troupes russes. Selon Bruxelles, qui a reporté la mise en œuvre de sanctions, «il ne fallait rien faire qui puisse empêcher la réunion de Minsk» Mais pourquoi la Russie accepterait elle, aujourd hui, de souscrire au texte de Minsk qu elle n a cessé de piétiner depuis cinq mois? Les négociations portent notamment sur les concessions, dont se méfient les Ukrainiens, réclamées par Moscou. Laurent Fabius, le ministre français des affaires étrangères, l a implicitement reconnu. «Il faut rester le plus possible dans le respect du protocole de Minsk», a- t-il déclaré, lundi, à Bruxelles. Mais en ce qui concerne l un des principaux points de cet accord, à savoir la ligne de démarcation entre l armée ukrainienne et les séparatistes prorusses qui avait été tracée à Minsk, M. Fabius a laissé entendre qu il fallait prendre en compte la nouvelle donne imposée par les armes. «Il y avait une ligne, mais depuis la réalité sur le terrain s est déplacée et au détriment des forces ukrainiennes», a t il noté. Toutes les options examinées Toutefois, insiste une source européenne, «nous ne sommes pas là pour tordre le bras [du président ukrainien Petro] Porochenko, mais pour chercher à mettre en œuvre les principes de l accord de Minsk». A Washington, le président Barack Obama, qui recevait lundi la chancelière allemande, Angela Merkel, a choisi de laisser une chance à la diplomatie en écartant pour le moment la livraison d armes «défensives» à Kiev, une idée évoquée avec insistance dans la capitale fédérale depuis une semaine, dans l espoir de dissuader Moscou de poursuivre ses attaques. «Je n ai pas pris ma décision», a t il dit au cours d une conférence de presse destinée à souligner l unité du camp occidental, alors que M me Merkel est, elle, fermement opposée au renforcement militaire de l Ukraine. En cas d échec, M. Obama a précisé avoir demandé à son administration d examiner «toutes les options» de nature à peser sur «les calculs» du président russe, Vladimir Poutine. «Des armes létales défensives» entrent parmi ces options. Mais «nous ne cherchons pas à encercler, ni à contenir, ni à affaiblir la Russie. Nous préférons une Russie forte, vibrante, prospère et confiante qui peut être un partenaire pour répondre avec nous aux défis mondiaux», a insisté le président américain. Tour de passe-passe juridique La perspective du sommet de Minsk a enfin chamboulé la réunion des ministres des affaires étrangères de l Union européenne, lundi à Bruxelles. Ils devaient, en principe, approuver une nouvelle liste de sanctions individuelles visant 14 séparatistes prorusses, cinq personnalités russes et neuf personnes morales dont une seule est russe. Le principe de ces mesures restrictives avait été difficilement approuvé le 29 janvier, après le bombardement de la ville de Marioupol, qui avait fait 31 victimes. Mais le contexte a toutefois obligé à un tour de passepasse juridique : le plan a été approuvé mais n entrera pas en vigueur avant le 16 février. En cas de succès à Minsk, il pourrait même être abandonné, à condition toutefois que les Vingt-Huit en décident par un vote à l unanimité. «Il ne fallait rien faire qui puisse empêcher la réunion de Minsk», a résumé le ministre luxembourgeois, Jean Asselborn. Qui a demandé le report des sanctions? Selon deux sources, le président ukrainien aurait adressé une lettre aux Européens les priant de ne pas mettre en péril le mince espoir d un dialogue constructif avec Moscou. Et de ne pas offrir un argument à M. Poutine pour qu il renonce à se rendre en Biélorussie. p jean-pierre stroobants, gilles paris et yves-michel riols (à paris) en partenariat avec QUAND L IRAN S ÉVEILLERA JEUDI 12 FÉVRIER DÈS 6H30 JOURNÉE SPÉCIALE EN DIRECT DE TÉHÉRAN franceculture.fr

14 14 international & planète MERCREDI 11 FÉVRIER 2015 Scandale autour du gaz de schiste californien Les compagnies pétrolières ont été autorisées à déverser leurs eaux usées dans des sources d eau potable san francisco - correspondante Le gouverneur de Californie Jerry Brown va t il se montrer à la hauteur de ses prétentions à diriger l Etat le plus «vert» de l Union américaine? Un mois après avoir fixé des objectifs ambitieux lors de la cérémonie d investiture pour son second mandat, il est sous le feu des critiques non seulement des écologistes pour son refus d interdire la fracturation hydraulique seule technique d exploitation du gaz de schiste mais aussi de l agence fédérale de l environnement (EPA) pour avoir autorisé les compagnies pétrolières à rejeter des eaux contaminées dans les nappes phréatiques de Californie. Samedi 7 février, une manifestation de près de personnes, baptisée «Marche pour un vrai leadership sur le climat», est venue réclamer dans le fief même du gouverneur, à Oakland, l interdiction de la fracturation hydraulique dans l Etat, le troisième producteur de gaz et de pétrole du pays. C était la manifestation la plus importante jamais enregistrée aux Etats-Unis contre la fracturation. LE CONTEXTE INTERDICTIONS Le gouverneur de l Etat de New York a interdit la fracturation hydraulique en décembre 2014 en raison des risques pour la santé et l environnement. New York est ainsi devenu le premier Etat américain doté de ressources importantes en sous-sol à bannir cette pratique. En novembre 2014, Denton, au Texas, la première localité où la fracturation a été employée, a adopté un moratoire sur la fracturation, ainsi que la ville d Athens, dans l Ohio. Le 7 février, une manifestation a réuni personnes à Oakland, la plus grande jamais enregistrée aux Etats-Unis contre la fracturation Une semaine plus tôt, une enquête du San Francisco Chronicle accusait l administration de Californie d avoir laissé depuis des années les compagnies pétrolières rejeter les eaux usées de fracturation qui peuvent contenir de l arsenic, du plomb ou encore du benzène dans des puits d injection creusés dans des aquifères d eau potable au risque de polluer la nappe phréatique. Or, les agriculteurs de la Vallée centrale, confrontée à une sécheresse record, puisent 90 % de leurs ressources en eau dans le sous-sol. Réforme différée Selon l agence Associated Press, qui a passé en revue les documents, les régulateurs de l Etat ont autorisé à reprises le rejet dans le sous-sol d eaux usées résultant de la fracturation. Une partie des permis ont été émis avant l arrivée au pouvoir de Jerry Brown, mais près de la moitié (46 %) pendant son premier mandat ( ). Cela, alors que l EPA l avait mis en garde dès 2011 sur le fait que les ressources aquifères étaient insuffisamment protégées contre la pollution émanant des activités pétrolières. La division de réglementation du pétrole, du gaz et des ressources géothermiques a plaidé la désorganisation et une mauvaise cartographie des zones protégées en vertu de la loi de 1974 (Safe Drinking Water Act). Lundi 9 février, son responsable, Steve Bohlen, a Samedi 7 février, à Oakland (Californie), lors de la «Marche pour un vrai leadership sur le climat». RAY CHAVEZ/AP Cadavres et bijoux Ces liens familiaux et sentimentaux ont joué un rôle-clé dans son ascension au sein d un milieu machiste. Au point de devenir l un des principaux opérateurs financiers du cartel de Sinaloa. On lui attribue aussi la gestion d une des principales routes de la cocaïne en provenance de Colombie grâce à l aide de son concubin, Juan Diego Espinosa. Surnommé «El Tigre» (le tigre), ce narcotrafiquant colombien a été arrêté quelques heures après l interpellation de Sandra Avila. «C était la fameuse reine, du Pacifique et de ses plages, une grande dame du commerce, une dame de poids», chante le groupe mexicain Los Tucanes de Tijuana. Dans le clip de ce «narco-corrido», chanson à la gloire des barons de la drogue, le mannequin Fabiola Camannoncé une réforme «trop longuement différée» du processus d autorisations. Immédiatement, 140 puits de rejets, trop proches des aquifères, ont été fermés. L EPA a donné deux ans à l Etat pour mettre fin aux pratiques interdites. Les écologistes réclament, eux, la fermeture immédiate des puits dans les zones les plus affectées par la sécheresse, qui se trouvent être aussi l épicentre de la fracturation. «Alors que tant de Californiens sont dépourvus d accès à une eau pure et saine, il est scandaleux de laisser la contamination par des eaux industrielles continuer», a protesté le Center for Biological Diversity, une association qui a intenté un procès à l Etat en janvier 2013 pour une supervision inadéquate des forages. 300 puits ouverts chaque mois Un cinquième de la production d énergie fossile californienne vient de la fracturation hydraulique. Depuis dix ans, chaque mois, l Etat enregistre l ouverture de 300 nouveaux puits. «L expansion du pétrole et du gaz menace les progrès susceptibles d être accomplis sur le climat», déplore Kassie Siegal, la juriste du Center for Biological Diversity. Deux comtés californiens ont déjà interdit la fracturation en invoquant les risques pour la santé publique et l environnement. Dans son discours d investiture début janvier, Jerry Brown a fixé comme objectif de porter à 50 % la proportion d énergies renouvelables dans la consommation d énergie en Californie avant Lui qui était intervenu au sommet de l ONU en septembre 2014 pour vanter l exemple californien, et qui compte se rendre au sommet de Paris fin 2015, soutient qu aucune preuve n a été apportée des dangers du «fracking» pour la Californie et que les réglementations édictées sont les plus strictes des Etats-Unis. Contrairement à son homologue de New York, Jerry Brown est sur la ligne de Barack Obama : toutes les ressources naturelles doivent être exploitées, y compris les énergies fossiles. A chaque fois qu il est interpellé, il renvoie les consommateurs-pollueurs à leurs responsabilités : «Tant que les Californiens effectueront 520 milliards de kilomètres chaque année dans leurs voitures et consommeront 53 milliards de litres d essence, nous aurons besoin d un dispositif qui inclut toutes les énergies, notait-il à la veille de la manifestation d Oakland. Et je n entends personne proposer de moratoire sur la conduite automobile.» p corine lesnes SYRIE Damas est «informé» des frappes contre l Etat islamique La Syrie est tenue «informée» des frappes aériennes que la coalition internationale antidjihadiste mène sur son territoire, a indiqué le président Bachar Al-Assad dans un entretien à la BBC, diffusé mardi 10 février. «Il n y a pas de dialogue. il y a, disons, information, mais pas dialogue», a précisé le président syrien. (AFP.) INDE Revers pour le parti au pouvoir aux élections de l Etat de New Delhi Le premier ministre, Narendra Modi, a reconnu, mardi 10 février, la défaite du parti nationaliste hindou (BJP) aux élections de l Etat de New Delhi du 7 février, son premier revers depuis son arrivée au pouvoir en mai Le militant anticorruption Arvind Kejriwal s achemine vers une large victoire, selon les premiers décomptes. (AFP.) Mercredi 11 février à 20h30 Jean-Christophe LAGARDE Invitéde Emission politique présentée par Frédéric HAZIZA Avec: Françoise FRESSOZ, Frédéric DUMOULIN et Marie-Eve MALOUINES Et sur le canal 13 de la TNT, le câble, le satellite, l ADSL, la téléphonie mobile, sur iphone et ipad.en vidéo à la demande sur et sur Free TV Replay. Au Mexique, la «reine du Pacifique» libérée Riche et séductrice, Sandra Avila Beltran est une ancienne figure des cartels de la drogue mexico - correspondance le visage masqué par un tissu bleu que Sandra C est Avila Beltran, alias la «reine du Pacifique», a quitté libre, samedi 7 février, la prison de Tepic dans le nord-ouest du Mexique, après huit ans de détention. Sans doute un dernier geste de coquetterie de la part de la célèbre narcotrafiquante qu on surnomme aussi «Madame Cocaïne». Sa beauté et ses exploits criminels ont inspiré des chansons, des séries télévisées et des romans à succès. A 54 ans, Sandra Avila est pourtant une reine déchue de son trône mafieux. Cette séductrice au nez retroussé et au corps galbé par des opérations chirurgicales a été arrêtée le 28 février 2007 à la sortie d un restaurant du sud de Mexico. Un trophée pour le président de l époque, Felipe Calderon ( ), qui décrivait cette femme fatale aux grands yeux noirs comme la «délinquante la plus dangereuse du pays». C est dès l enfance que «Madame cocaïne» est tombée dans l univers de la poudre blanche. Née le 11 octobre 1960 à Tijuana dans l Etat de Basse-Californie (nordouest), Sandra Avila est la nièce de Miguel Angel Felix Gallardo, alias «El Padrino» (le parrain), considéré dans les années 1980 comme le plus important baron mexicain de la drogue. Son cercle familial élargi compterait d autres grands noms du narcotrafic, telle la fratrie des Arellano Félix à la tête du cartel de Tijuana, ou les frères Beltran Leyva, chefs historiques du cartel du même nom. On lui prête aussi une romance avec Ismael Zambada Garcia, appelé «El Mayo», dirigeant du puissant cartel de Sinaloa, avant d épouser successivement deux policiers véreux qui ont été assassinés. pomanes, qui interprète Sandra Avila, arrive à une fête familiale en hélicoptère blindé. On la découvre vêtue d un treillis de l armée, un fusil dans les mains. Un charisme dont s est aussi inspiré l écrivain espagnol Arturo Perez-Reverte, pour donner vie à l héroïne de son roman La Reine du Sud. Jonchée de cadavres, la vie de Sandra Avila l est aussi de bijoux de luxe et de vêtements de créateurs. «Je n y peux rien si je suis née riche», aurait-elle lancé aux policiers après son arrestation. Les autorités lui ont confisqué 14 comptes en banque, 225 propriétés immobilières, six véhicules haut de gamme et 179 bijoux. Pas de quoi lui enlever pour autant sa touche glamour avec les talons hauts et les jeans serrés qu elle portait en permanence derrière Un juge a estimé que M me Beltran, condamnée à cinq ans de prison pour blanchiment d argent, avait «déjà été jugée pour ce délit» les barreaux. En 2012, Sandra Avila Beltran est extradée aux Etats-Unis et condamnée à six ans de prison pour association de malfaiteurs. Un an plus tard, la justice américaine annule cette peine, considérant qu elle avait été couverte par les années de détention purgées au Mexique. De retour dans son pays, la «reine du Pacifique» semble avoir perdu de sa superbe sur une photo, où elle apparaît avec des cheveux blancs et le corps empâté. Le poids des années a aussi affecté le monde du narcotrafic, dont elle fut l égérie. Depuis son arrestation, la lutte des cartels entre eux et contre le gouvernement a fait plus de morts et disparus. Les anciennes organisations criminelles se sont fragmentées en gangs ultraviolents sans code d honneur mafieux. En septembre 2014, Sandra Avila est condamnée à cinq ans de prison pour blanchiment d argent. Une juge vient d ordonner sa «libération immédiate», estimant qu elle «avait déjà été jugée pour le même délit». La «reine du Pacifique» a-t-elle négocié son acquittement? Des doutes persistent sur une décision qui ne permet aucun recours de la part du ministère public. Après sa sortie de prison, Sandra Avila Beltran a aussitôt disparu dans la nature. p frédéric saliba

15 MERCREDI 11 FÉVRIER 2015 france 15 Des élus UMP face au FN : «C est eux ou nous» Les cadres locaux de droite s interrogent sur la façon de retenir leurs électeurs séduits par le vote lepéniste Conseillers municipaux, députés, candidats aux départementales Ils sont en première ligne. Loin de la rue de Vaugirard et de ses débats sur la pertinence du «ni-ni», les élus UMP assistent, impuissants, à la montée du FN qui leur semble irrésistible. Partout, ils constatent sa progression dans les urnes, sa pénétration dans les assemblées locales, son grignotage des territoires et des esprits. Leurs électeurs déçus ne se cachent plus et assument leur vote frontiste, comme dans le Doubs, où une partie des sympathisants de l UMP s est reportée au second tour de la législative partielle sur Sophie Montel, la candidate frontiste, dimanche 8 février. Alors ils s interrogent sur les solutions à apporter pour lutter contre cette porosité qui menace directement leur parti. Premier constat : les consignes des formations politiques ne servent plus à rien. Lors de la législative partielle du Doubs, l UMP avait fini par demander à ses électeurs de s abstenir ou de voter blanc. Peine perdue. «J observe même un phénomène inverse : plus on leur demande de ne pas voter FN et plus les gens ont envie de le faire. C est comme la pomme d Adam et Eve, plus on dit aux gens de ne pas croquer dans le fruit défendu et plus ils sont tentés», témoigne Julien Aubert, député UMP du Vaucluse, fief de Marion Maréchal-Le Pen, où le parti d extrême droite a récolté 36,4 % des voix aux élections européennes. Réinvestir le terrain La démonétisation des dirigeants nationaux semble être partout à l œuvre. Et les arguments moraux face à un FN de plus en plus banalisé ont de moins en moins d impact sur les citoyens. «Les consignes de vote datent de l âge de pierre», tranche Damien Abad, député de l Ain où le parti lepéniste a frôlé les 30 % aux européennes, très énervé par le spectacle donné par ses dirigeants entre les deux tours : «Il faut laisser les citoyens libres et arrêter les débats anesthésiants car, si l on continue à enfiler des perles et à mener un combat exclusivement moral, Marine Le Pen sera au pouvoir dans trois ans.» Les élus préconisent un combat frontal et jugent urgent de réinvestir le terrain. A l instar du nouveau maire d Ajaccio, Laurent Marcangeli, qui a constaté une poussée de Marine Le Pen dans sa ville, où elle est arrivée en deuxième position à la présidentielle de «Nous avons parfois A Allenjoie (Doubs), le 8 février, jour du second tour de la législative partielle. CYRIL BITTON / FRENCH-POLITICS POUR «LE MONDE» «Il faut écouter leurs sujets de préoccupation et y répondre concrètement» DOMINIQUE TIAN député UMP des Bouches-du-Rhône trop délaissé certains quartiers. Il faut discuter avec tout le monde, répondre aux inquiétudes après un cambriolage, trouver des réponses appropriées tout en faisant son autocritique. A Hénin-Beaumont, le FN a patiemment construit ses relais avant d arriver au pouvoir», explique-t-il. Alors que le FN dispose de plus en plus d élus et de représentants locaux, les partis politiques cherchent à répondre au besoin de dialogue. «Les permanences ne désemplissent pas mais nous pouvons encore améliorer les choses. Les citoyens doivent pouvoir identifier les élus, leur parler pour y croire à nouveau», remarque Jean- Pierre Decool, député du Nord, rejoint par M. Aubert : «Cela demande un investissement sur la durée pour les retourner un par un. J ai réussi à en détourner quelquesuns en m occupant de leurs problèmes concrets de la vie quotidienne. Du coup, on me dit : Je ne vais pas voter pour l UMP mais je vais voter pour vous.» Renouer le lien, un préalable indispensable. Mais le nerf de la guerre est surtout d apporter des solutions concrètes pour lutter contre la défiance généralisée. Des idées à inventer dans les territoires car le programme de l UMP n est même pas en cours de rédaction et les candidats à la primaire ne se dévoileront qu en «Il y a un choix par dépit qui profite au FN. Alors nous devons répondre par des solutions de bon sens et très locales. Sur la sécurité, sur les désertions des centres-villes, sur l emploi en faisant revenir les magasins», préconise Alexandre Cassaro, ancien candidat UMP aux municipales à Forbach (Moselle), où il avait affronté le frontiste Florian Philippot, arrivé en tête du premier tour (35,74 %, contre 12,25 % pour M. Cassaro). Pour d autres, la droite doit investir les thématiques chères à l extrême droite, dans l espoir de lui couper l herbe sous le pied. «Les électeurs prêts à voter FN sont des gens qui crient au secours. Il faut donc écouter leurs sujets de préoccupation et y répondre concrètement par des mesures très fermes sur l immigration, la sécurité ou la laïcité», estime Dominique Tian, député UMP des Bouchesdu-Rhône et premier adjoint à la mairie de Marseille, où le FN a réalisé de gros scores aux municipales. En campagne pour les départementales, M. Abad assume lui aussi un message d autorité, prônant le retour de la morale à l école, la suppression des allocations familiales pour les parents encourageant leurs enfants sur la voie de l islamisme radical ou la lutte contre la «fraude sociale» : «Nous devons assumer nos convictions, décliner nos valeurs par des mesures concrètes.» Puisque les dirigeants du FN font de moins en moins peur, l UMP tente de diaboliser leurs idées, déconstruire son programme. En meeting, Nicolas Sarkozy a comparé plusieurs fois les solutions économiques préconisées par Marine Le Pen à celles de Jean-Luc Mélenchon. Un argumentaire repris par de nombreux ténors et des élus locaux. «J essaie de démonter précisément les propositions du FN, point par point, témoigne Christophe Coulon, responsable de la fédération UMP dans l Aisne, où le FN a enregistré son niveau le plus élevé des européennes (40 %). Je mets en garde contre le risque que pourrait causer l application du programme, en insistant par exemple sur les dégâts possibles d une sortie de l euro.» Dans ce combat qui se joue au niveau national et au niveau local, l UMP joue une partie de son avenir. C est le message que relaie Yves Foulon, député de Gironde : «Je tente de faire prendre conscience à nos électeurs que le FN veut notre peau. La menace est telle que, désormais, c est eux ou nous.» p matthieu goar et alexandre lemarié L influence grandissante du Front national en fait un parti éligible ANALYSE En politique, les mouvements souterrains et invisibles sont souvent bien plus déterminants que les éruptions, fussent-elles électorales. Au lendemain du scrutin législatif partiel dans le Doubs, le paysage politique est inchangé en apparence : Frédéric Barbier a sauvé le siège socialiste, le Front national n a pas de nouveau député. Mais il n y a qu en surface que le séisme a été évité. Car, face à la dynamique électorale du FN, les digues tombent une à une et emportent avec elles quelques-unes des certitudes passées en matière de comportement électoral. D abord sur la nature du vote FN. L électorat frontiste a longtemps été présenté comme fragile, imprévisible jusque dans les sondages qu il fallait corriger pour pallier la sous-déclaration de ses électeurs. Certes, dans le Doubs, le candidat PS a fortement progressé entre les deux tours (+ 23 points), décrochant la victoire avec 860 voix d avance. Mais M. Barbier bénéficiait de réserves potentielles venant des candidats de gauche (8 % des voix). Le reste est probablement venu, pour l essentiel, d abstentionnistes du premier tour. Vote de conviction Mais à ce «sursaut républicain» a répondu un sursaut frontiste presque équivalent et cela marque une victoire pour le parti de Marine Le Pen. Habituellement, la hausse de la participation handicape l extrême droite qui mobilise au maximum son électorat dès le premier tour, alors que le PS et l UMP possèdent davantage de réserve de voix chez les abstentionnistes. Le scrutin dans le Doubs vient infirmer en partie cette analyse. Le FN a progressé de 16 points, notamment dans des communes où l abstention avait été forte au premier tour. On le savait, mais il faut le redire, le vote FN n est plus seulement un vote protestataire, il est un vote de conviction, d engagement pour, un jour, gagner une élection nationale. Ensuite sur la stratégie des partis de gouvernement. L écart final (51,43 % contre 48,57 %) est un indice de la faible marge de manœuvre dont bénéficient aujourd hui les formations politiques traditionnelles. Le PS et l UMP ont toujours considéré en leur for intérieur que, si l autre était éliminé au profit du FN, un boulevard s ouvrait à eux pour le second tour d où la tentation, depuis les années 1980, de considérer que le FN pouvait être, cyniquement, une mauvaise nouvelle démocratique mais une bonne nouvelle électorale. Faute de proportionnelle, le FN ne semblait pour sa part capable de l emporter qu à la faveur de triangulaires, comme ce fut le cas pour Gilbert Collard (Gard) et Marion Maréchal-Le Pen (Vaucluse), aux législatives de Les élections locales constituaient des obstacles presque insurmontables. Les municipales de mars 2014 ont marqué une brèche importante avec le gain, pour le FN, de onze mairies et l élection de près de conseillers municipaux. La partielle du Doubs prouve que l extrême droite a désormais la capacité de l emporter dans un duel, notamment face à la gauche. Cette donnée est essentielle : lors des prochaines élections départementales, les 22 et 29 mars, le candidat arrivé troisième devra dépasser la barre des 12,5 % des inscrits pour avoir le droit de se maintenir au second tour. Ce qui signifie qu avec une abstention élevée (55,6 % en 2011), les triangulaires sont peu probables. L enjeu du premier tour sera de savoir qui du FN, du PS ou de l UMP ne sera pas qualifié pour le second tour. Le scénario du Doubs se répétera des dizaines, voire des centaines de fois. Plus d effet 21 avril La troisième leçon est le retard des partis politiques. En cela le comportement des électeurs de droite est saisissant. Dans les communes qui avaient le plus voté UMP au premier tour, l augmentation de la participation est bien moins importante que dans le reste de la circonscription, et le FN progresse davantage que le PS. Le concept de «consigne de vote» est totalement dépassé, mais les partis continuent d y croire, confondant électeurs et militants. Et la situation n est pas meilleure pour la gauche. D abord pour les partis qui voudraient incarner une alternative au PS : ni le Front de gauche ni les écologistes ne parviennent à exister dans les débats et dans les urnes. Plus gênant encore : l effet de «surprise» du 21 avril 2002, qui avait entraîné une onde de choc sur le thème du «plus jamais ça» n existe plus. Les sondages, plus fiables parce que les électeurs frontistes ne se cachent plus, donnent un FN très haut, comme aux européennes. Annoncé à 25 %, le FN avait atteint ce score, se plaçant en tête dans 71 départements, sans que cela provoque de réaction dans la société. Le même schéma pourrait se répéter en mars, où des études donnent le FN proche des 30 % avec toutes les précautions d usage un mois avant un scrutin. Il fallait auparavant des conditions exceptionnelles pour que le FN soit élu. Dans le Doubs dimanche, il a fallu des conditions tout aussi particulières pour qu il ne l emporte pas. p luc bronner et nicolas chapuis

16 16 france MERCREDI 11 FÉVRIER 2015 Manuel Valls, sous tension, à Marseille Une nouvelle fusillade à la Castellane a mis à mal un déplacement consacré à la lutte contre l insécurité marseille - envoyé spécial Agacé, Manuel Valls, et même exaspéré. La venue du premier ministre à Marseille, lundi 9 février, a été entachée par une nouvelle fusillade dans la cité la Castellane, dans les quartiers nord de la ville. Une actualité du pire effet alors que le chef du gouvernement venait principalement pour annoncer les bons résultats de la lutte contre la délinquance et la criminalité depuis deux ans dans les Bouches-du-Rhône. Tout le plan gouvernemental a été grippé par l annonce lundi matin, quelques heures avant l arrivée de M. Valls, de tirs dans cette cité dégradée où vivent quelque habitants. Deux groupes d individus armés de fusils d assaut, vraisemblablement des kalachnikovs, ont tiré des coups de feu en l air, mais aussi à l horizontale, sans cependant viser quiconque. Alertées par des riverains, trois équipes de police, dont le directeur de la sécurité publique, ont également été la cible de rafales. Des impacts ont été retrouvés sur les murs et la façade d un commerce, sans faire de blessés, ce qui pourrait laisser penser à une opération d intimidation dans ce quartier où se déroule une guerre de leadership pour contrôler le trafic de drogues. L intervention policière, avec le GIPN, a permis de découvrir une cache d armes dans un appartement abritant sept kalachnikovs et une vingtaine de kilos de résine de cannabis. Expert de la communication C est seulement une fois à la préfecture de région, après plus de deux heures sur place, que le premier ministre s est enfin exprimé sur «les événements de la Castellane». «Ce qu il s est passé ce matin ( ) est la preuve que les efforts doivent être permanents», a-t-il Bernard Cazeneuve et Manuel Valls, à Marseille, le 9 février. OLIVIER MONGE / MYOP POUR «LE MONDE» expliqué. Mais pas question de faire de ce nouveau fait divers le symbole de l échec de la politique sécuritaire du gouvernement à Marseille. Bien au contraire, «c est la démonstration de l efficacité des services de police» car «c est aussi le fruit de l action de l Etat qui dérange les trafics» et «il y a peu de temps, on n aurait pas pu intervenir aussi vite pour boucler le quartier», s est presque félicité le chef du gouvernement, aux côtés de Bernard Cazeneuve, le ministre de l intérieur. Mais, en expert de la communication, M. Valls sait que les tirs de la Castellane ont d ores et déjà pollué médiatiquement son déplacement marseillais. Le raccourci est facile et a tourné en boucle toute la journée de lundi sur les chaînes d information en continu et les sites Internet : Manuel Valls accueilli à Marseille par des tirs de kalachnikov De quoi irriter l ancien ministre de l intérieur alors que le bilan sécuritaire sur la ville depuis 2012 est en effet plutôt encourageant : moins 29 % pour les atteintes aux personnes en deux ans, moins 46 % pour les violences crapuleuses, moins 32 % pour les vols à main armée, et les règlements de comptes reculent, passant de 18 en 2013 à 10 l an dernier. Les tirs de la Castellane ont d ores et déjà pollué médiatiquement son déplacement Que ces statistiques auraient été fortes sans ces coups de feu. «Il y aura encore des événements de ce type, qui peut l ignorer? Mais il faut illustrer le sujet du déplacement», s est agacé M. Valls lors d une conférence de presse avec M. Cazeneuve. «Vous, les journalistes, avez envie de croire à de mauvaises histoires! Ça fait un événement, ça vous permet d en parler, c est bien, je suis content pour vous», a-t-il ironisé, s adressant aux médias qui l accompagnaient, lui qui évite d ordinaire de tels écarts devant les caméras. Qu importe son discours sur la culture à la friche de la Belle-de- Mai ou sa visite mardi matin d un lycée avec la ministre de l éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, M. Valls est conscient que tout ce que l on retiendra de son 52 % Les mauvaises nouvelles s accumulent pour le premier ministre. Selon le baromètre mensuel Ipsos pour Le Point, rendu public lundi 9 février, Manuel Valls a perdu 7 points de popularité en un mois, chutant à 52 %, tandis que François Hollande perd 8 points, à 30 %. Même si le couple exécutif reste bien au-dessus de son niveau d avant les attentats de janvier, il semble que l état de grâce post-11 janvier ait vécu. déplacement de deux jours à Marseille est cette fusillade. Même sa promenade lundi dans le quartier de Noailles a été tendue, virant à la bousculade et à la cohue. Certes, il a pu constater en se rendant dans des commerces que le «contrat local de sécurité et de prévention» mis en place par l Etat en 2014 commence à porter ses fruits dans ce quartier populaire qui longe la Canebière et est notoirement connu pour ses trafics à ciel ouvert, de cigarettes notamment. Si de maigres applaudissements ont accompagné sa marche dans les ruelles étroites et bondées, le chef du gouvernement a surtout été interpellé par quelques riverains. «Du pain, pas des discours!», a crié un homme à son passage. «A 20 ans, vous étiez un étranger comme nous, on aimerait réussir comme vous, vous avez la belle vie, Monsieur le premier ministre!», lui a lancé un autre piéton. «Mais oui, mais oui», a répondu mécaniquement M. Valls avant de s engouffrer dans sa voiture après vingt petites minutes de «déambulation». p bastien bonnefous (avec luc leroux) L HISTOIRE DU JOUR Cambadélis, Israël, Daech et le «mauvais tweet» Bettencourt : l île d Arros, paradis non fiscal En 1997, la milliardaire achète ce bijou pour 16 millions d euros, encouragée par M. Banier Quand une formule déjà malhabile est contractée en 140 signes, le résultat est souvent embarrassant. Jean- Christophe Cambadélis en a fait l expérience dimanche 8 février sur Radio J. Interrogé sur les tensions intercommunautaires, le premier secrétaire du Parti socialiste a déclaré : «Je suis contre [le fait] que l on identifie une communauté à un Etat. On identifie la communauté juive à Israël et on identifie les musulmans à Daech. C est le même raisonnement.» Appelé à s expliquer sur l ambiguïté de cette formule, il a précisé sa pensée, réfutant toute comparaison entre les islamistes de Daech et l Etat juif. «Je disais que c était le même raisonnement, s est défendu le député de Paris. Je suis loin de mettre Daech sur le même plan qu Israël.» Sur Twitter, ses équipes ont résumé la comparaison. «On identifie les juifs à Israël comme on identifie les musulmans à Daech. Je suis contre.» Le message a immédiatement été repéré par Eric Ciotti, le député UMP des Alpes-Maritimes, et Christian Estrosi, le maire LE MESSAGE A IMMÉDIATEMENT ÉTÉ REPÉRÉ PAR ÉRIC CIOTTI ET CHRISTIAN ESTROSI UMP de Nice, qui ont tous deux jugé le patron du PS «indigne» de sa fonction. «C est un mauvais tweet qui m a valu une mauvaise polémique, explique M. Cambadélis. Quand les copains ont fait le message, ils ont contracté la phrase. Je suis contre l amalgame entre les juifs et Israël. Mais je ne mets pas sur le même plan un Etat démocratique comme Israël et une organisation terroriste comme Daech.» Le message a ensuite été supprimé et un nouveau tweet a été posté. Un peu plus tôt, l animateur de Radio J l avait interrogé sur le regain de l antisémitisme en France. «Est-ce que nous sommes dans un antisémitisme de masse ou dans une riposte de masse pour la République? Ma position, c est que nous sommes dans une riposte de masse pour la République, même s il y a des cristallisations antisémites, racistes ou islamophobes», a expliqué le premier secrétaire. Avant de renvoyer dos à dos ceux qui croient «au grand remplacement» la substitution de la population française par l immigration et ceux qui veulent la «grande séparation» et estiment que «ce n est pas à la République française de décider de la manière dont on doit vivre». p nicolas chapuis bordeaux - envoyé spécial Carlos Vejarano est un sacré beau parleur. Il roucoule des mots bleus dans l oreille de Liliane Bettencourt qui, ce 26 mai 2009, est plutôt alerte. Il lui explique, sans savoir qu il est enregistré clandestinement par le majordome, qu il n est pas comme les autres, qu il a une vision, en somme. Patrice de Maistre, «comme homme d affaires c est un as», mais il n a pas de vision. Or, pour gérer les centaines de millions de la Fondation Bettencourt dont de Maistre est le directeur, il en faut une. La vieille dame n est sans doute pas dupe, mais elle l aime bien, Carlos. C est lui qui entretenait à grands frais son île d Arros, aux Seychelles, et lui qui est désormais entretenu au Mexique par une riche italienne. Sérieusement malade, il n a pas pu comparaître lundi 9 février devant le tribunal de Bordeaux qui le juge, comme neuf autres prévenus, pour «abus de faiblesse» sur M me Bettencourt. Carlos Cassina Vejarano, bel homme bronzé de 67 ans, a noué une longue relation avec l épouse du neveu du chah d Iran, la princesse Niloufar Pahlavi. Or, la famille Pahlavi détenait discrètement un petit bijou aux Seychelles, l île d Arros, où Carlos Vejarano a installé ses quartiers. Les Bettencourt, conscients de «faire une folie», achètent l île en 1997 pour 16 millions d euros, poussés par François-Marie Banier. En 2010, M e Georges Kiejman, alors avocat de Liliane, porte plainte. Ila découvert que «depuis 2006, sans l avoir compris, [elle] ne serait plus propriétaire de l île». Sa propriété est discrètement passée aux mains de la Fondation pour l équilibre écologique, esthétique et humain (FEEEH) au Liechenstein, dont les bénéficiaires sont trois sociétés, François-Marie Banier et son ami Martin d Orgeval. Le photographe a expliqué à l audience qu il était «entièrement étranger à ce montage très compliqué», et a d ailleurs obtenu un non-lieu. Histoire de fous Sur l île, Carlos Vejarano dispense libéralement l argent des Bettencourt. Il est payé dollars par an et dépense de 4 à 5 millions d euros chaque année pour de menus travaux. En 2004, Patrice de Maistre est chargé d y mettre un peu d ordre et dit à M me Bettencourt que «c est une histoire de fous». Elle a versé 20 millions d euros à la fondation (mais ça ne comprend ni l entretien ni les travaux) et, en plus, elle paie un loyer de dollars par an. De Maistre parvient à convaincre Vejarano de ramener les dépenses à 1,8 million d euros. Et comme ça ne suffit pas, on signe «un loyer fictif» qui passe à dollars annuels. «Il n est pas comme nous, de tempérament, explique un jour l homme d affaires à M me Bettencourt. Je crois qu il considère comme normal de vous voler un peu.» «Oui, oui», dit Liliane. «Il vous vole régulièrement mais il est très loyal, reprend De Maistre. Dans sa tête, c est compatible.» Au printemps 2009, Carlos Vejarano veut acheter un appartement à 7,5 millions d euros avec la caution de L. Bettencourt «J ai cru déceler qu il est conscient de l énormité de sa demande», indique Patrice de Maistre, qui propose de l aider «de façon raisonnable» avec un don de 2 millions. «Nous étions inquiets de la capacité éventuelle de nuire de M. Vejarano, car il avait beaucoup de demandes de journalistes». «Chantage?», dit le procureur. «Ce n est pas à moi d employer ce mot», répond dignement Patrice de Maistre. C est que M me Bettencourt craint le scandale si on apprend qu elle a des comptes en Suisse, et elle en a quatorze. M. de Maistre avait soutenu qu il n avait connu leur existence qu en 2009 alors qu il le savait depuis 2004 il a fait pour cette omission 88 jours de prison. Il y avait une raison : de février 2007 à décembre 2009, 4 millions d euros en liquide sont arrivés à Paris, souvent en sa présence, et pour 1,2 million, en main propre. Il soutient qu il a remis les espèces à Liliane, mais que malheureusement il n a pas conservé le reçu. «On m accuse donc d avoir volé cet argent, tempête-t-il. On a dit que j avais organisé ces transferts, c est faux! Je ne crois pas qu on ait vu dans ma vie des choses illégales!» Comble de malchance, un expert est venu lundi tirer une rafale sur la défense qui l avait pourtant fait citer. En insistant sur le salaire de M. De Maistre de 2 millions par an. «Même en travaillant beaucoup, ça fait euros de l heure. Je ne connais pas cela chez les expertscomptables.» p franck johannès L EXPÉRIENCE PRÉPA DEPUIS 1954 LA 1 re CLASSE PRÉPARATOIRE AUX GRANDES ÉCOLES ACCRÉDITÉE JUSQU AU MASTER Enseignements supérieurs privés Tél

17 MERCREDI 11 FÉVRIER 2015 france 17 Condamnés à l expulsion, les «chibanis» se rebiffent Mardi, trente-trois anciens travailleurs migrants assignent la gérante de leur hôtel meublé au tribunal Layachi Aït Baazig a placé ses valises à portée de main. «S il faut partir vite c est plus prudent», murmure-t-il en réchauffant un café sur sa petite plaque électrique. Toute sa vie de migrant et celle de son colocataire, Saïd Allouche, tiennent entre le frigo et les deux petits lits ; dans les 20 mètres carrés de la chambre 32 qu ils partagent depuis des années, au 73, rue du faubourg Saint- Antoine, à Paris. Les trente-trois «chibanis», des retraités originaires du Maroc pour la plupart, hébergés dans cet hôtel meublé délabré se battent pour éviter l expulsion : l immeuble doit être démoli. Comble de malchance, leur logeuse a quitté le navire à l automne 2014 avec un an de loyers, après leur avoir caché pendant des mois qu ils allaient être mis à la rue. Dans la chambre de Layachi Aït Baazig et de Saïd Allouche, le superflu n est jamais entré. Les quatre valises suffiront bien pour ranger les deux vies, le jour où il faudra déménager. Pourtant, aucun des deux hommes ne veut partir. A 75 et 81 ans, ils disent n avoir plus le courage de quitter cette pièce dont ils partagent les 520 euros de loyer mensuels. Leurs peaux tannées, leurs rides creusées, racontent les parcours d ouvrier qu ont mené ces Berbères venus dans les années 1970 «pour travailler à l usine» Demander des comptes Layachi et Saïd demandent peu. De leur petite retraite, ils s accommodent. De leur double vie, entre ici et là-bas, ils font leur affaire. Mais ce qu ils voudraient, eux et les autres, c est rester dormir longtemps encore dans les chambres au lino usé de leur immeuble sans douche. Ils tiennent à cette adresse où un de leurs amis, Fraoun Ahmed, a emménagé le 5 mai Saïd, lui, s est installé «Quand on a reçu la procédure d expulsion, on a décidé de ne pas se laisser faire» LAYACHI AÏT BAAZIG «chibani» menacé d expulsion en 1993, après avoir vu tomber les murs de son précédent meublé. «On avait fermé mon hôtel du 195, alors je suis venu là», raconte le vieil homme, fataliste. Et voilà que le même scénario se prépare au 73. Mais pour la première fois de leur vie, ces vieux messieurs se rebiffent. Mardi 10 février, les locataires vont se rendre comme un seul homme au palais de justice, pour demander des comptes à leur logeuse. «On assigne la gérante qui a empoché nos loyers avant de disparaître et ne nous a pas prévenus que la société propriétaire des murs demande qu on parte depuis On ne peut pas se laisser faire à nos âges», lâche un des leaders du groupe. «On continue de payer» La vie au 73 a commencé à dérailler cet été, quand la gérante des lieux les a priés de faire leurs valises. Propriété de la Société immobilière de Seine, le 73 doit être détruit. Le tribunal de grande instance en a décidé ainsi le 26 juin 2014, mais elle demandait depuis quelque temps que tout le monde parte et les locataires n en savaient rien. «Avant, on avait chacun nos vies. On se saluait dans l escalier, mais rien de plus», raconte l un d eux. «Quand on a reçu la procédure d expulsion, on a décidé de ne pas se laisser faire. On a toujours payé nos loyers, on continue de verser de l argent pour entretenir A l hôtel Voltaire, rue du Faubourg Saint-Antoine, dans le 11 e arrondissement de Paris. LAHCENE ABIB l immeuble, on a tous des papiers en règle», résume Layachi Aït Baazig dans les trois mètres carrés de la petite salle du gardien qui sert de local de réunion. Avec l aide de l association Droit au logement (DAL), les hommes se sont constitués en association. Depuis, ils jouent collectif. Il y a ceux qui racontent leur vie aux médias, conscients que leur histoire et leur âge plaident leur cause Un des jeunes du groupe vient, lui, de se former à la sécurité incendie pour répondre aux exigences de la préfecture de police. Il y a urgence car, depuis fin décembre est affiché un «arrêté d interdiction immédiate d habiter», qui «J ai mes repères ici. Je ne suis plus tout jeune» SAÏD ALLOUCHE 81 ans, locataire d une chambre partagée fait planer le risque d une expulsion à tout moment. Trêve hivernale ou pas. Cette crainte a fait monter l angoisse d un cran chez les chibanis. Sur les 33 locataires, majoritairement Berbères d Algérie, dix sont même repartis au bled pour ne pas vivre l humiliation suprême d être jetés à la rue. Les autres se battent pour qu on reloge tout le monde. Peu à peu des propositions arrivent. «On aimerait qu ils puissent rester dans ces murs. Comme ça s est fait avec les locataires du 25 rue Morand dans le 11 e arrondissement. Le meublé est devenu un hôtel social où on a réinstallé les locataires précédents», rappelle Jean-Baptiste Eyraud, le président du DAL qui veut leur éviter d être séparés, envoyés en banlieue. Quitter le quartier serait un déracinement. «J ai mes repères ici. Je ne suis plus tout jeune. Mon médecin est à quelques rues et on a le marché aussi», résume Saïd Allouche. Saïd aime le marché Aligre. Il va y humer les épices et les olives qui lui rappellent sa vie d avant. Les plus courageux marchent encore jusqu à Barbès, voire jusqu au très cosmopolite marché de Montreuil, de l autre côté du périphérique. Parce qu un marché aux mille couleurs c est un peu de Méditerranée à Paris. Et puis il y a les cafés du coin, «là où on voit les amis, où on discute politique» Pour eux, traverser Paris à 80 ans serait une deuxième migration. Presque aussi difficile qu une traversée de la Méditerranée à 20 ans. p maryline baumard A la LMDE, la galère des remboursements continue La principale mutuelle des étudiants, qui gère la Sécurité sociale de base de près d un million de jeunes, a été placée sous sauvegarde judiciaire, lundi 9 février, pour six mois En novembre 2014, quand les médecins ont diagnostiqué une maladie de Hodgkin, un cancer qui touche le système lymphatique, à son fils, Jean-Pierre Legrand ne s imaginait pas qu en plus de devoir affronter la maladie il devrait se battre avec la Sécurité sociale. Depuis cette date, David, tout juste diplômé d une licence de chaudronnerie dans le Pas-de-Calais, essaye en effet de se faire rembourser ses soins et d obtenir le statut d affection de longue durée (ALD), qui permet de bénéficier d une couverture à 100 % de l Assurance-maladie. Le problème de David est qu il était jusqu en décembre affilié à La Mutuelle des étudiants (LMDE). Depuis des mois, la mutuelle connaît des difficultés de gestion et une situation financière critique. Lundi 9 février, elle a été placée sous sauvegarde judiciaire. 43,7 millions d euros C est la somme qui serait économisée si les mutuelles étudiantes étaient supprimées et les étudiants rattachés au régime général, selon un rapport de l IGAS et de l IGF publié en décembre. Une éventualité qui a jusqu ici toujours été écartée par le gouvernement, malgré le vote en novembre d une proposition de loi en ce sens au Sénat. Sur les réseaux sociaux, des étudiants ne cessent de se plaindre des problèmes qu ils rencontrent Après plusieurs démarches restées sans aucune réponse auprès de la mutuelle, la LMDE a fini par annoncer en janvier à David qu il n était plus couvert puisqu il n est plus étudiant. L Assurance-maladie accepte de l inscrire dans la foulée et devrait normalement reconnaître son ALD dans les prochaines semaines. Mais entre-temps, les factures se sont accumulées. Il y en a déjà pour près de euros d hôpital, et le Trésor public envoie déjà ses premières relances. Avec son seul RSA, M. Legrand est incapable de les honorer. «Cela fait quatre mois qu il galère. On a mis nos honoraires en attente avec la pharmacie le temps qu ils règlent la situation», témoigne son infirmière libérale, Sandra Dupuis, habituée aux difficultés de ses patients affiliés à la LMDE. «Ce genre de situation est horrible à chaque fois, mais elle est complexe à gérer avec les délais propres au médecin-conseil et au changement de régime», justifie Frédéric Sauvage, chargé du développement à la LMDE. Si elle est particulièrement grave, la situation de M. Legrand est pourtant loin d être isolée. Sur les réseaux sociaux, des étudiants ne cessent de se plaindre des problèmes qu ils rencontrent avec les services de cette mutuelle, héritière de la MNEF, qui gère la sécurité sociale de base de près d un million de jeunes. Mauvaise gestion Cette galère découle la plupart du temps de l existence de ce régime spécifique de Sécurité sociale, qui impose de réguliers allers-retours entre le régime général et le régime étudiant. Mais la LMDE, qui afficherait près de 5 millions d euros de retards de remboursement, est plus particulièrement critiquée pour ses carences. La Cour des comptes et l association de consommateurs UFC-Que Choisir ont pointé à plusieurs reprises la mauvaise gestion de l organisme. A la LMDE, on assure pourtant que la situation «n a plus rien à voir avec ce qu elle était il y a un an et demi ou deux», époque où il fallait systématiquement attendre des mois pour se faire rembourser. «Certes, cela va mieux depuis septembre. Mais je reçois encore une dizaine de messages par jour. Il y a des étudiants inscrits depuis 2013 et qui n ont toujours pas de carte d affiliation», relativise Gérard Pain. Retraité, il anime depuis cinq ans un blog spécialement destiné à soutenir les étudiants en difficulté avec la LMDE, après que son fils eut rencontré des soucis avec l organisme. Contactés par Le Monde, plusieurs assurés racontent ainsi avoir toujours autant de difficultés à joindre la LMDE. «J ai essayé d appeler plusieurs fois, c était en permanence occupé», témoigne par exemple Morgane Pompon Levainville, 21 ans, étudiante en master à Toulouse, qui a dû se battre pendant près de deux mois pour se faire rembourser sa consultation médicale. Etudiant à l étranger, Basile Narozniak attend lui depuis septembre que la LMDE lui rembourse les euros de son opération du ligament. «L hôpital a retenu le chèque pendant deux mois, mais a fini par l encaisser. Heureusement, mes parents m ont avancé l argent», assure cet étudiant en école de commerce dont le dossier semble s être perdu. «La dernière fois que j ai réussi à les joindre, ils m ont demandé de tout renvoyer.» Madeline Gibard n a, elle, aucune carte Vitale depuis 2009, alors qu elle a terminé ses études en Jusqu ici, «je me suis abstenue de tomber malade ou de me casser quelque chose», raconte-t-elle avec une pointe d ironie. Une fois, elle a même dû recourir à la carte Vitale d une amie. Alors qu elle veut s inscrire comme autoentrepreneuse, elle découvre en mai 2014 que son numéro de sécurité sociale «ne correspond plus à rien». «J ai appelé, envoyé courrier sur courrier, appelé la Sécu plusieurs fois, je me suis déplacé en agence. Et à chaque fois l assurance-maladie me renvoyait vers la LMDE et la LMDE vers l Assurance-maladie.» Pénalisée par une erreur sur son nom de la part de la LMDE, elle ne voit toujours pas comment elle va pouvoir se sortir de ce calvaire administratif. A la direction de la LMDE, M. Sauvage proteste que toutes ces difficultés ne sont pas uniquement de son fait. Il convient toutefois que le service téléphonique reste «catastrophique», avec à peine plus d un appel sur deux décroché. p jean-baptiste chastand ABSENTEISME Une mère condamnée à quatre mois de prison avec sursis La mère d un élève du collège d Escaudain (Nord) a été condamnée, le 5 février, à quatre mois de prison avec sursis pour l absentéisme de son fils. En , scolarisé en 6 e, son fils n était presque jamais venu au collège. L année suivante, il avait manqué 79 demi-journées du premier trimestre de sa 6 e redoublée. Entendue plusieurs fois par les policiers, la mère invoquait les problèmes de santé récurrents de son fils, sans jamais produire de certificat médical. Le rapport des services médicaux n a diagnostiqué aucune maladie chronique chez lui. Contrairement à ce qu a déclaré le ministère de l éducation nationale, s il reste rare, ce type de condamnation, n est pas une première. (AFP.) Précision Contrairement à ce qui est indiqué dans l article «Procès Bettencourt : la vieille dame et l indigne de Maistre» (Le Monde du 5 février), Liliane Bettencourt n a pas, dans les enregistrements clandestins, dit : «Je ne sais plus qui est mon gendre», mais «je ne sais pas qui est mon gendre. Vous le sentez, vous?», et Patrick de Maistre, le gestionnaire de la fortune des Bettencourt, a répondu, «Non, pas du tout» (rires). Ce qui prouve, pour M es Laffont et Haïk, ses avocats, que M me Bettencourt savait bien qui était son gendre et qu elle avait toute sa tête.

18 18 enquête MERCREDI FÉVRIER 2015 Enquêteurs sans frontières C est dans les modestes bureaux du Consortium international de journalistes d investigation (ICIJ), à Washington, qu est coordonnée «SwissLeaks», l une des plus vastes enquêtes journalistiques menées sur l évasion fiscale, et dont «Le Monde» est la source annick cojean washington - envoyée spéciale Comment un lieu peut-il à ce point tromper? Comment peut-il camoufler derrière ces cloisons grises, cette enfilade de pièces minuscules et ces bureaux beigeasses, un tel concentré d énergies, de passions, de rêves grandioses et de défis sans frontières? Oh, ces mots, sans doute, n y seront jamais prononcés. Ce n est pas du tout le genre de l équipe qui occupe l endroit. Hors de question, ici, de prendre la pose ou de se mettre en scène. Ou de raconter en détail les nuits fiévreuses passées devant l ordinateur, les centaines d appels vers tous les pays du globe, les milliers de données scrutées, le cœur battant, dans l espoir d une trouvaille, d une information à croiser, vérifier, recouper, partager, qui pourrait s avérer de la dynamite et faire tomber des puissants ; bref, tout ce travail de titans, pendant des mois, pour mettre au jour une injustice et un dysfonctionnement nuisible pour le peuple et la démocratie, quelque part en Europe, en Chine, en Afrique ou aux Etats-Unis ; et quitte à mettre en cause ministres, banquiers, industriels, monarques et présidents. Rien que ça. Oui, ici, dans ce petit espace niché au deuxième étage d un immeuble ordinaire du centre de Washington, à quelques encablures de la Maison Blanche, une poignée de journalistes, noyau du fameux Consortium international de journalistes d investigation (International Consortium of Investigative Journalists, ICIJ) nourrissent l ambition de secouer la torpeur du monde, de traquer la corruption et les abus de pouvoir, d exiger la transparence de l argent public, mais gardent l allure modeste et maintiennent profil bas. Visitons. Au fond du vestibule, à gauche, c est le bureau de Gerard Ryle, patron de l équipe, né en Irlande du Nord, débarqué depuis quatre ans d Australie où il a fait l essentiel de sa carrière de journaliste et gagné en vingt ans une réputation d enquêteur exceptionnel. Il y avait notamment dénoncé, en 2009, une énorme escroquerie, connue sous le nom de l «affaire Firepower», dans laquelle plusieurs gouvernements avaient été abusés. Pour le moment, il est au téléphone avec un rédacteur en chef du Guardian de Londres, et, à moitié allongé sur une chaise, déploie sa longue carcasse fatiguée en passant une main dans ses cheveux gris, taillés en brosse. Il a bientôt rendez-vous avec les avocats de l ICIJ pour tenter de prévenir toute action juridique que pourrait provoquer la publication de «SwissLeaks», la nouvelle enquête brûlante du consortium qui révèle le vaste système d évasion fiscale orchestré par la filiale helvète de HSBC. «UNE VÉRITABLE ARMÉE» Dans le bureau contigu, à droite, Marina Walker Guevara (parente éloignée du Che), son adjointe originaire d Argentine, observe sur un ordinateur portable les échanges sur le forum sécurisé «Voyager» entre des correspondants répartis dans le monde entier et réunis ici en une immense salle de rédaction «virtuelle». Dix-huit sont actuellement en ligne, au Pérou, en Finlande, au Caire, à Berlin, Hongkong, Rome, Dakar, Madrid, Caracas, Karachi Ils pourraient être 154 puisque tel est le nombre de reporters, répartis dans 47 pays, qui collaborent à la vaste enquête actuellement en cours. «Une véritable armée, sourit elle. Animée par une même mission!» Elle en est au fond la rédactrice en chef. Ses doigts pianotent sur le clavier pour passer du forum, conçu pour les échanges cryptés, à une plate-forme de stockage sécurisée où chacun peut apporter toutes sortes de documents. Et cela l épate toujours, ce ton si direct dans les échanges et cette confiance qu ils se font tous. Derrière elle, un tableau blanc comporte une liste de pays, par continent. Mais ce sont trois questions, écrites au sommet, à la main, qui attirent l attention : «Est-ce un sujet d intérêt mondial? Les systèmes censés protéger les gens sont-ils défaillants? Avons-nous une chance d obtenir un résultat?» Trois critères essentiels pour que ces journalistes se saisissent d un sujet et y concentrent toutes leurs forces. Dans la petite pièce de l entrée, Will Fitzgibbon, un jeune Australien passé par Sciences Po, parle au téléphone avec un journaliste du Nigeria. C est un peu le M. Afrique de l équipe. Travaillant pour une enquête personnelle sur les compagnies australiennes minières sur ce continent, il en est devenu le spécialiste et a su y recruter, pour le consortium, des informateurs et des médias dignes de confiance. «Comment ne pourraient-ils pas être intéressés par un sujet sur des comptes bancaires 154 REPORTERS, RÉPARTIS DANS 47 PAYS, COLLABORENT À L ENQUÊTE RÉVÉLANT LE SYSTÈME D ÉVASION FISCALE DE HSBC suisses quand ils apprennent par exemple que tel dignitaire ou tel fils de président est présent sur nos listings?» Plus loin, la jeune Cécile Schilis-Gallego, 23 ans, passée elle aussi par Sciences Po et l école de journalisme de Columbia, s apprête à faire une séance de Skype avec la «data team» de l organisation. Sa boss est à Madrid ; deux de ses acolytes, petits génies de l informatique, travaillent au Costa Rica ; une autre au Venezuela. La distance n a plus aucune importance. Seul le décalage horaire avec l Espagne est à prendre en compte, mais Mar Cabra, à Madrid, semble ne jamais dormir. C est donc ici que s organise depuis plusieurs mois ce qui est certainement la plus vaste opération journalistique réalisée à ce jour. Ici que «SwissLeaks» a été conçue, sitôt les données transmises par Le Monde, et montée au fil des semaines en coordination avec 55 médias répartis dans une cinquantaine de pays. Une ampleur devenue la marque d ICIJ déjà à l origine de nombreux «coups» selon l expression du New York Times, dont le fameux «OffshoreLeaks», cette gigantesque enquête sur les paradis fiscaux publiée en avril 2013 dans des médias partenaires du consortium, du Monde au Washington Post en passant par le Guardian en Grande-Bretagne, l Asahi Shimbun au Japon et le Premium Times au Nigeria. Une mine d informations sur le système financier offshore, étalant au grand jour les opérations opaques de plus de sociétés et trusts et de particuliers, dictateurs, trafiquants d armes, milliardaires, artistes, et démontrant que plus de milliards d euros échappaient chaque année aux administrations fiscales. Une déflagration dans les milieux bancaires et politiques avec des conséquences multiples : modifications de lois dans différents pays, contrition forcée de centaines de contribuables obligés de s expliquer devant leur administration fiscale et de rapatrier leurs fonds, enquêtes officielles et réactions gouvernementales en France, en Grande-Bretagne, en Inde, en Autriche, au Danemark, en Belgique, aux Philippines Inscription du sujet à l agenda du G8 et du G20. Session d urgence du Parlement européen. Sans compter, plus récemment, les critiques à l encontre de Jean-Claude Junker, l ancien premier ministre du Luxembourg, pays particulièrement mis en cause par l enquête «LuxLeaks», au moment de son élection controversée à la présidence de la Commission européenne. Oui, cela s appelle des «résultats» (tels que souhaités sur le tableau blanc). L ICIJ, toujours vigilant sur le dossier, et mettant toutes ses données à disposition de journalistes voulant poursuivre l enquête, en attend encore bien d autres. «Vous savez quoi?, s exclame cinq étages plus haut Bill Buzenberg, le directeur sur le départ du Centre pour l intégrité publique, organisation à but non lucratif et maison mère de l ICIJ. Ce petit groupe qui ne paie pas de mine dans son appartement étriqué, c est l honneur du journalisme! Et c est son avantgarde! Nos journaux vacillent ; beaucoup ont abandonné l investigation, coûteuse et chronophage ; certains vont crever, faute de lecteurs et de pub. Partout dans le métier on cherche des lueurs d espoir. Eh bien il est là, l espoir! Dans ce journalisme indépendant et sans but lucratif, partageur, mondial et incroyablement efficace!» LE TEMPS, LUXE ABSOLU Il bondit et brandit quelques dossiers posés à même le sol de son bureau. «Vous connaissez leurs récentes enquêtes internationales? A chaque fois, de vrais coups de poing!» Voyons : «Le trafic des tissus humains» ou comment le recyclage des cadavres dans l industrie est devenu un commerce international des plus opaques ; «Le pillage des mers» ou comment les flottes asiatiques, européennes et latino-américaines, après avoir épuisé leurs mers, ont dévasté les stocks de poissons dans le Pacifique sud ; «Le commerce mondial de l amiante» ou comment un réseau mondial de lobbies a dépensé 100 millions de dollars (88 millions d euros) pour sauvegarder le marché de ce matériau cancérigène qui pourrait provoquer 10 millions de morts d ici à 2030 ; «Le tabac clandestin» ou comment la contrebande de cigarettes nourrit une économie souterraine dont profitent organisations terroristes, mafias et crime organisé Chaque fois, des journalistes sur le terrain, des analystes de données, une collaboration transfrontières pendant plusieurs mois «Ils renouent en fait avec l essence même du métier : la recherche de ce qu on nous cache», affirme Bill Buzenberg. Bob Woodward, le héros mythique du Washington Post qui, avec son compère Carl Bernstein, avait révélé le scandale du Water-

19 MERCREDI 11 FÉVRIER 2015 enquête 19 Marina Walker Guevara (à gauche) et Gerard Ryle (à droite), respectivement directrice adjointe et directeur de l ICIJ, dans les locaux du consortium, à Washington, le 22 janvier. MELISSA GOLDEN POUR «LE MONDE» gate amenant à la démission de Richard Nixon en 1974, reste considéré comme «la» référence du journalisme d investigation. Et son incarnation à l écran par Robert Redford dans Les Hommes du président (1976), oscarisé à Hollywood, n a fait que renforcer l image du journaliste tenace, intègre, travaillant en solitaire ou en duo. Il n est hélas pas en ville lorsque nous visitons l ICIJ, mais il affirme, dans un courriel, ne pas connaître assez bien ce type de consortium international pour pouvoir en parler. Il oublie qu en juin 2001 il avait accepté l invitation de Charles Lewis, le fondateur de l ICIJ en 1997, à prononcer le discours inaugural d une conférence du consortium sur les nouveaux défis de l investigation. Et que la première question, devant 60 journalistes du monde entier, l avait estomaqué : «Comment se fait-il qu au cours de votre longue et distinguée carrière, vous ayez toujours enquêté sur les abus de pouvoir du gouvernement, mais jamais sur ceux des compagnies privées?» Après un long silence, raconte Charles Lewis, Woodward avait stupéfié son public : «Peut-être n ai-je pas eu le courage de faire ce type de reportage.» Silence. Et il avait alors évoqué le souvenir d un journaliste, travaillant autrefois sous ses ordres, qui surgissait chaque semaine dans son bureau pour le supplier de le laisser entreprendre une vaste enquête sur les compagnies de tabac. Woodward n en voyait ni l intérêt ni la faisabilité. «Eh bien, si je pouvais revenir en arrière, je dirais : vas-y, cherche, on sera patient.» Et d ajouter : «Le plus beau cadeau qu on puisse faire à un reporter, c est la patience, et dire : suis ton instinct, je sais que ça va prendre du temps, je sais que ça va être difficile.» Du temps. Ce luxe absolu. L une des clés de réussite des enquêtes de l ICIJ. Avec, bien sûr, son réseau international. Fini le loup solitaire. Voici la meute, transfrontières. «Recevoir d une source mystérieuse ou que l on décide de garder anonyme un disque dur ou une clé USB contenant des centaines de milliers de fichiers n est que l amorce d un très long voyage», nous explique Gerard Ryle. Les données sont au départ illisibles, foisonnantes, incompréhensibles. Il faut donc un logiciel très puissant capable de les décrypter et de les rendre exploitables. Ensuite, il faut tester l intérêt du sujet auprès d une poignée de médias partenaires dans différents pays le Guardian et la BBC, par exemple, ont immédiatement compris l intérêt de «Swiss- Leaks» au vu de noms britanniques figurant dans le listing. Puis il faut à nouveau faire appel à des spécialistes de traitement de données numériques pour pouvoir allécher le réseau de correspondants d ICIJ ou en recruter en leur fournissant une idée plus précise de ce que pourront livrer les fichiers. Dans le cas de «SwissLeaks», les noms de clients HSBC dans les différents pays sont autant d entrées possibles dans l enquête. Tout cela prend au minimum trois mois avant qu une première réunion entre médias partenaires, à Paris, donne un top départ et que chacun, dans son pays, commence son enquête de terrain et la mène à sa guise, choisissant ses angles, ses personnages et ses priorités, en faisant si possible remonter ses informations au bureau de l ICIJ de Washington, prêt à prendre ponctuellement le relais pour passer à sa place des coups de fil délicats (le travail dans une dictature est souvent risqué pour le journaliste local) et à l alimenter en documents grâce à son pool «data» dirigé depuis Madrid. UN MODÈLE IMITÉ «On se nourrit et on s épaule mutuellement pendant de longs mois, explique Gerard Ryle. Et cette confiance entre partenaires, ces yeux partout sur le terrain local, la force de frappe de notre pôle data décuplent notre force et notre impact.» A l arrivée, chaque média décide lui-même ce qu il publie, selon son support, son propre style et son prisme national. L émission «Panorama» de la BBC fera ses propres révélations. De même que l a fait dimanche 8 février l émission «60 minutes» sur CBS, l un des magazines les plus prestigieux et les plus regardés de la télévision américaine (entre 12 et 18 millions de téléspectateurs) que Gerard Ryle est fier d inclure pour la première fois dans la boucle : «La plupart des grands journaux américains, arrogants, ne sont pas encore rompus à la culture du partage, obsédés par la notion d exclusivité, mais ils y viendront!» Chacun s est cependant engagé, par écrit, à mentionner sa collaboration avec l ICIJ et le rôle spécifique du Monde, comme détenteur initial de l information. Le site Web de l ICIJ publie quant à lui sept articles, sur lesquels il engage sa responsabilité, et que chacun peut reprendre. Ce qui porte l audience globale de «SwissLeaks» à plusieurs dizaines de millions de personnes! «Un immense coup de tonnerre et une petite pierre pour rendre le monde moins injuste, donc meilleur», sourit Gerard Ryle. Ce langage idéaliste n est pas pour déplaire aux collaborateurs de l ICIJ ni à ses fondateurs Bill Kovach et Charles Lewis, deux grandes références du journalisme américain, et tous les deux inquiets du sort réservé à l investigation dans les journaux. «La publication des papiers du Pentagone démontrant les tromperies de l administration Johnson sur la guerre du Vietnam et l affaire du Watergate ont marqué les moments les plus glorieux de la presse américaine dans son bras de fer avec le pouvoir, affirme Lewis qui vient d ailleurs d écrire un livre (935 Lies, PublicAffairs, non traduit) sur le sujet. Les directeurs de journaux montreraient-ils aujourd hui le même engagement courageux? J ai bien peur que la réponse soit non.» Le journalisme d enquête au sein même des rédactions s est érodé sous les pressions financières, la chute du nombre de journalistes («un tiers depuis 2000») et le coût exorbitant «GANGSTERS, TRAFIQUANTS, MAFIAS, LOBBIES, MULTINATIONALES TOUS SE DÉPLOIENT SUR TOUS LES CONTINENTS. ET NOUS SERIONS LES SEULS À RESTER REPLIÉS DANS NOS PAYS? ABSURDE!» GIANNINA SEGNINI journaliste et professeur à l université Columbia des poursuites judiciaires. L obsession du président Obama pour les questions de «sécurité nationale» conduit son administration à poursuivre très sévèrement les auteurs de fuites et à classifier frénétiquement des millions de documents. Parallèlement, note encore Charles Lewis, le nombre de communicants et professionnels des relations publiques ne cesse d augmenter. En 1960, le ratio RP/journalistes aux Etats-Unis était de 1/1. En 2012, il était passé à 4/1. Et de citer plusieurs études montrant que plus de la moitié des articles de certains grands journaux sont fondés uniquement sur des communiqués de presse. C est pour réagir à cette tendance qu il a donc créé en 1989 le Center for Public Integrity, une structure à but non lucratif, destinée à ne faire que des enquêtes de service public : demander des comptes aux élus, traquer la corruption et les mensonges d institutions publiques et privées, démasquer les lobbies. L argent? «Des fondations et mécènes sont prêts à financer ce type de travail pourvu qu on aille jusqu au bout de la démarche, et en toute indépendance.» Le modèle s est imposé, nombre d enquêtes retentissantes ont décroché une rafale de prix qui ont accru la confiance et la générosité des mécènes (jamais de subventions gouvernementales, de partis politiques ou de syndicats). Et les structures non commerciales de journalisme d investigation se sont multipliées dans toute l Amérique, publiant leurs enquêtes sur Internet ou les proposant gratuitement aux journaux. Plus d une centaine existent aujourd hui, les deux tiers créées depuis 2004 certaines, comme ProPublica, à la fois très respectée et primée témoignant d un formidable renouveau de ce journalisme exigeant, mais hors presse traditionnelle. En témoigne la migration de journalistes renommés vers ce secteur «à but non lucratif» qui emploie au moins personnes. Le mouvement s étend dans le monde entier : Grande-Bretagne, Italie, Pérou, Danemark, Afrique du Sud, Jordanie. «Y compris en Asie!», sourit Sheila Coronel, qui enseigne désormais à l école de journalisme de Columbia mais qui, journaliste redoutée et traquée du régime Marcos aux Philippines, a commencé par créer en 1989 le premier Centre philippin de journalisme d investigation. Non commercial bien sûr. «A l époque, les journaux étaient aux ordres, les informations TV insipides, des journalistes porte-parole du gouvernement. C était la seule façon de sortir des enquêtes sur la corruption, le trafic humain, l argent sale, le délabrement des services publics, les atteintes à l environnement.» Et puis les lois, les techniques numériques, les réseaux sociaux ont fourni de nouveaux outils. Les journalistes sont devenus plus audacieux et des centres de journalisme d investigation se sont lancés au Népal, en Corée, au Pakistan, en Inde, en Thaïlande Tous cherchent des appuis et collaborations extérieurs, pour travailler sur un même thème, un dossier, une région. Et tous sont passionnés par la démarche de l ICIJ. Fini le splendide et tragique isolement. «RENCONTRER, PARTAGER, ENRICHIR» Comment Giannina Segnini ne serait-elle pas d accord? Elle, c est au Costa Rica, où elle explorait et révélait scandale sur scandale dans le monde politique et économique au sein de son journal La Nacion grâce à une maîtrise inouïe du «data journalisme», qu elle a commencé à collaborer avec l ICIJ. Et cela lui paraît tomber sous le sens. «Mais voyons!, dit-elle lorsqu on la rencontre près de l université Columbia où elle enseigne désormais. Gangsters, trafiquants, mafias, lobbies, multinationales du tabac ou de médicaments, environnementalistes Tous se déploient sur tous les continents. Et nous serions les seuls, nous les journalistes, à rester repliés dans nos pays? Absurde! Il faut nous rencontrer, partager nos connaissances, affiner nos techniques pour explorer, enrichir et mettre en commun nos données!» Elle voyage au bout du monde pour le moindre congrès de journalistes d investigation, anime des réseaux informels, rêve d une sorte «d Interpol des journalistes». Et soutient avec ardeur l ICIJ. «Le modèle traditionnel du journalisme s effondre? Parfait! C est le moment d inventer autre chose. La technologie va nous permettre d exploiter des millions de données dont on ne savait jusqu ici que faire. Réunissons nos intelligences. Associons-nous avec d autres métiers. Et travaillons à l échelle du monde! Nul besoin d attendre Snowden ou d autres lanceurs d alerte. Ouvrons-leur les portes quand ils se présentent mais ne les laissons pas déterminer notre agenda. En matière de technologie et d organisation mondiale, croyez-moi, les gangsters ont sur nous des années d avance!» Nos appels à Madrid, Londres ou Copenhague révéleront la même fougue et le même optimisme, qu il s agisse de Mar Cabra, l Espagnole responsable «data» de l ICIJ, de Juliette Garside, qui a fait partie de la petite équipe du Guardian dévolue à «SwissLeaks», ou de Brigitte Alfter, qui mise sur le journalisme d investigation et plusieurs réseaux de coopération internationale entre enquêteurs pour débusquer les chausse-trappes de la politique et des subventions européennes. «Je ne vois même plus comment faire autrement!», sourit la Danoise qui vient ellemême de rédiger un manuel du journalisme transfrontières. Dans son bureau de Washington, Gerard Ryle va scruter, ces jours-ci, le déluge de réactions provoquées par «SwissLeaks». Il voudrait tant ébranler ce système financier «amoral». Puisse aussi cet immense écho accroître, dit-il, la confiance et la générosité des donateurs du consortium (les fondations Open Society, Ford, Pew, Waterloo ). Son budget annuel tourne autour d un peu plus de 1 million de dollars. Mais tant d autres projets attendent. Passionnants. «Enormes.» p

20 20 débats MERCREDI FÉVRIER 2015 L élimination du candidat de l UMP lors de la législative partielle du Doubs, gagnée de justesse par le député socialiste face à son adversaire frontiste, met au jour les oppositions politiques qui divisent en profondeur l UMP Quelle stratégie à droite face au FN? L UMP doit engager une offensive tous azimuts contre l extrême droite La concurrence interne porte sur les fractures idéologiques Le FN est un adversaire aussi puissant que le PS pour la droite. Il est temps de l admettre, tant la porosité entre l UMP et le parti lepéniste progresse par jean-yves camus La courte défaite de la candidate frontiste lors de l élection législative partielle du Doubs a pu, à juste titre, être saluée par Marine Le Pen comme étant une victoire. Forte progression entre les deux tours, score plus serré que ne le laissaient supposer les appels nationaux à faire barrage au Front national, confirmation que ce parti arrive en tête dans la périphérie rurale des conurbations et accroche la gauche dans des villes de tradition ouvrière, le résultat n est pas mince. Au-delà de l enjeu local, le FN a réussi à mettre en difficulté l UMP : en l éliminant au premier tour puis en la faisant se déchirer comme jamais sur la question du «front républicain». Si la formation de Nicolas Sarkozy est la principale perdante de cette consultation, il existe matière à réflexion pour le Parti socialiste. A deux ans de l élection présidentielle, celui-ci doit comprendre que la bonne gestion par l exécutif de la séquence des attentats ne suffira pas à inverser le cours du quinquennat : l attente principale des Français se porte toujours sur les problèmes économiques et sociaux. Il faut aussi admettre que la formule consacrée selon laquelle le Front national serait un parti antirépublicain, véhiculant le racisme et l antisémitisme, n est plus opérante. Nous arrivons là au cœur du problème : la classification du lepénisme. La notion de République a recouvert successivement dans l histoire bien des nuances : la République en armes, plébiscitaire, autoritaire, parlementaire, puis le régime présidentiel. Nul ne peut dire à quoi la forme du gouvernement ressemblerait si le FN arrivait au pouvoir, mais, formellement, il ne souhaite pas abolir la République. Il faut donc expliquer que celle-ci ne vaut que par les principes d égalité et de redistribution, ce qui implique d argumenter son incompatibilité avec la notion de préférence nationale. C est l acceptation ou le refus du «nativisme», terme de loin préférable à ceux de xénophobie et de racisme, qui constitue le cœur du problème posé par le FN. Quant à l argument de l antisémitisme, il devient irrecevable en raison de l évidente différence de nature entre la rhétorique frontiste et la violence armée des islamistes radicaux. L union nationale par fabio viscogliosi UNE ERREUR JAMAIS RÉPARÉE La droite est la première à devoir clarifier son analyse du phénomène frontiste et les positions qui en découlent, parce que c est pour elle une question de survie. Dès la percée électorale frontiste en , elle a commis une erreur jamais réparée : penser qu elle avait une sorte de légitimité sur l exercice du pouvoir, qui ne pourrait jamais être remise en question par les éternels battus que représente la droite radicale. Le RPR puis l UMP ont minoré le frontisme et apprennent à leurs dépens que la division des droites, qui semblait immuable, entre libéraux, conservateurs et démocrates-chrétiens cède la place à un nouveau schéma, dans lequel les droites nationales-populistes s installent comme quatrième force. Toutefois, si le FN est bien, arithmétiquement, la troisième force politique du pays, cela ne signifie pas qu il ait fini par imposer le tripartisme en France. Le tripartisme signifie en effet la possibilité pour deux au moins des partenaires du jeu de gouverner ensemble. Dans ces conditions, si l on suit le raisonnement de Thierry Mariani, il faudrait que la droite accepte de gouverner avec le FN. Or pour l instant celui-ci reste le «tiers-exclu» et le scrutin majoritaire ne lui permet pas d avoir un réseau d élus locaux de même épaisseur que les deux autres composantes majeures du système des partis. Il n y a, du point de vue de la droite conservatrice, que deux issues : faire sauter le tabou des alliances en espérant que l épreuve du pouvoir soit aussi défavorable au FN qu elle l a été au FPÖ autrichien ou ramener le FN à un étiage si bas que l UMP redevienne le leader naturel de son camp, position qu elle est en train de perdre. On ne peut que se réjouir de voir Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et d autres à l UMP admettre que le FN est dans une dynamique ascendante qui rend plausible l hypothèse de sa victoire. Cela devrait les amener à admettre que l actuel président de l UMP n a pas «tué» le FN lors de la présidentielle de 2007 et que la ligne droitière du précédent quinquennat n a pas asséché les ressources électorales frontistes. Parce que les électeurs du FN veulent, sur l identité nationale, l immigration, l Europe, des changements radicaux que la droite ne sera jamais à même d impulser sans se renier. Il faudrait la sortie pure et simple de l Union européenne, l arrêt total de l immigration, voire l inversion des flux migratoires (et non l immigration choisie), une définition ethnico-religieuse de l identité française et non plus simplement l appel à l assimilation à la culture dominante, jamais précisément définie. Les études récentes montrent que la porosité entre l électorat UMP et celui du FN progresse, que la conclusion d accords locaux n est plus taboue, que le centre de gravité idéologique de l UMP se déplace vers la droite alors que la stratégie de «normalisation» de Marine Le Pen rend pratiquement impossible la réduction de son parti à l extrême droite. Double contrainte qui ne laisse plus le choix à l UMP : elle ne peut que lancer l offensive tous azimuts contre le FN en disant qu il constitue pour elle un adversaire aussi puissant que la gauche. Ensuite, elle doit espérer que son électorat suive. Sans leadership incontesté qui verrait le peuple de droite se ranger derrière son champion, comme c est sa tradition, l affaire n est, à terme, pas gagnée. p Jean-Yves Camus est chercheur associé à l Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et directeur de l Observatoire des radicalités politiques (ORAP) Déroute électorale et scandale financier : Nicolas Sarkozy est comptable de l échec de son parti. Mais les divisions reposent aujourd hui sur les questions de fond par florence haegel Pour Nicolas Sarkozy, la semaine passée a été difficile. Le 1 er février : mise à l écart du candidat UMP lors de l élection partielle du Doubs. Le 3 février : mise en examen de Jean-François Copé dans le dossier sur le remboursement du dépassement de ses frais de campagne présidentielle et mise en minorité lors du bureau politique qui a statué sur la stratégie dite «ni-ni» signifiant la neutralité dans la concurrence entre le PS et le FN. Le 7 février, alors que le conseil national de l UMP se réunit, la publication d un sondage BVA-Orange-iTélé révèle que son image s érode chez les sympathisants UMP, moins convaincus ( 26 points) par sa candidature présidentielle en Enfin, le 8 février, l élection partielle du Doubs témoigne, par la mobilisation électorale entre les deux tours et la hausse du score de la candidate FN, que les électeurs de l UMP se sont largement émancipés des consignes de leur parti. Pour comprendre la situation, il faut faire la part de l héritage et de la nouveauté. Rappelons que M. Sarkozy assume aujourd hui son propre héritage, celui de la période où il a été le leader, de droit puis de fait, de l UMP, entre 2004 et Les difficultés auxquelles il est confronté résultent d un effet boomerang qui se manifeste dans tous les secteurs du parti. Au niveau des finances, d abord. Si M. Copé est accusé d avoir fait rembourser les indemnités du candidat Sarkozy, c est d abord que ce dernier avait dépassé les limites imposées par la loi et trop dépensé d argent. C est ensuite que la confusion des genres conduisait naturellement le parti à aller à la rescousse de l ancien président tout comme, symétriquement, le nom même de Sarkozy attirait les donateurs du parti. Comme l a bien révélé l affaire Bygmalion, l UMP sous Sarkozy a dépensé beaucoup d argent et a établi une confusion des sphères entre l Elysée, le parti et le secteur économique incarné par des officines de communication politique. L UMP paie aujourd hui ces pratiques, qui alimentent inévitablement le score du FN. CULTE DU CHEF Dans le fonctionnement interne de l UMP, l effet boomerang a été aussi particulièrement dévastateur. De 2004 à 2012, la vie démocratique du parti a été gelée. Durant ces années, M. Sarkozy a suspendu l introduction des courants et le vote direct des adhérents pour élire leur président. Cet espace démocratique évidé a été rempli par l entretien du culte du chef, qui constitue un trait génétique de la matrice gaulliste. La sortie de cette période de gel démocratique s est faite brutalement et a débouché sur le psychodrame de la rivalité Fillon-Copé en novembre C est ce traumatisme qui justifie aujourd hui l impératif d unité du parti dont Nicolas Sarkozy s est fait le chantre. L effet boomerang concerne également la question stratégique. Partant d une stratégie assez sophistiquée en 2007, où il s adressait avec un certain succès aux électeurs du FN tout en promouvant une ouverture au centre, voire à gauche, il a progressivement privilégié la cooptation des thèmes du FN et la promotion dans son entourage et au sein du parti d une aile droite rendant ainsi plus poreuses les frontières entre les deux partis, comme l a montré l élection partielle du Doubs. Comme le suggèrent les travaux portant sur les stratégies des partis installés à l égard de la droite radicale en Europe, la cooptation de ses thèmes conjuguée au refus de faire alliance tend à alimenter le succès de la droite radicale. C est ainsi que le piège se referme. Nicolas Sarkozy est donc largement responsable des difficultés dans lesquelles il se trouve aujourd hui. Toutefois, la situation de l UMP comprend aussi des éléments nouveaux. Durant toute cette semaine, les commentateurs ont insisté sur la perte de charisme de Nicolas Sarkozy, privilégiant, comme de coutume, une grille d interprétation fondée sur la personnalisation. Or, la notion de «charisme» est taillée trop grande pour Nicolas Sarkozy, tout comme elle l était aussi pour Jacques Chirac. Adaptée à la situation d émergence de la figure de De Gaulle, la notion de charisme même routinisé va mal à ses successeurs, dont l autorité ne s est jamais imposée selon une logique surplombante et exceptionnelle, mais s est construite à l instar de tous les autres chefs de parti par des arrangements, des alliances, des échanges COMPÉTITION La nouveauté est donc moins dans l érosion d un charisme personnel que dans l ouverture d un véritable espace de compétition interne, ouvert et incertain. Cela tranche avec les situations précédentes, où la compétition était fortement asymétrique, puisque seuls des sous-leaders, des seconds couteaux, entraient en lice, les vrais rivaux préférant s abstenir. La nouveauté réside, d une part, dans la perspective d organisation d une primaire, surtout si elle est ouverte ; d autre part dans l engagement des poids lourds de l UMP dans cette course. C est une transformation décisive pour l UMP. Il faudrait alors se féliciter de cette avancée du pluralisme et de la compétition ouverte dans un parti jusqu ici très verrouillé, comme il faudrait aussi reconnaître que pour une fois, lors de son dernier bureau politique, l UMP a fonctionné de manière collégiale après délibération et en votant. Dans la même logique, on devrait aussi créditer cette nouvelle UMP du fait que la concurrence porte sur des questions de fond. La rivalité Fillon/Copé en 2012 n avait pas contribué à clarifier de manière aussi nette les options stratégiques et idéologiques. Certes, Jean-François Copé avait pris des positions publiques plus droitières que François Fillon, mais la distinction n était pas si nette que cela. Le choix d Alain Juppé de prendre le risque d un positionnement clairement centre droit, avec toutes ses conséquences en matière d alliance (appel au Mo- Dem) et de désignation de l adversaire principal (barrage au FN) tend à structurer et clarifier la compétition. Pour l instant, Nicolas Sarkozy, qui a joué la conquête du parti, se trouve contraint par ce rôle et l exercice de la synthèse, dont il espère qu il lui fournira une image plus pacifiée. Alain Juppé, lui, mise sur l élargissement au-delà du parti et célèbre presque la démocratie participative sur son site «Agis pour la France». Alors, à côté d un Nicolas Sarkozy qui ressemblerait provisoirement à François Hollande, Alain Juppé serait-il inspiré par Ségolène Royal, qui, elle aussi, tentait de contourner son parti et en appelait à des alliances avec François Bayrou? p Florence Haegel est professeure à Sciences Po et auteure des «Droites en fusion. Les transformations de l UMP» (Presses de Sciences Po, 2012)

21 MERCREDI 11 FÉVRIER 2015 disparitions & carnet 21 Gilbert Marquis Militant trotskiste En DR Gilbert Marquis, fondateur de la revue Utopie critique, est mort jeudi 5 février. Du monde rural d où son père maréchal-ferrant est issu, il se retrouve dans la banlieue parisienne, immergé dans la classe ouvrière. Son expérience militante commence avec la participation aux brigades de travail pour la défense de la Yougoslavie titiste en rupture avec le stalinisme. Son inscription dans la mouvance trotskiste commence à cette période (1950). Ouvrier chez Chausson puis à Nord-Aviation, son énergie et la fermeté de ses convictions le destinent à une ascension rapide dans l appareil de la CGT. Mais le PCF, où il pratiquait l entrisme, veillait. Cet entrisme (dit sui generis) consistait en une immersion de longue durée dans les structures majoritaires du mouvement ouvrier afin de dégager des pans de leur giron stalinien et réformiste. Il sera l occasion de divisions durables chez les trotskistes. En 1959, Gilbert Marquis sera exclu du PCF à l occasion de la purge qui affecte les animateurs du bulletin d opposition interne «La Tribune de discussion». Désormais, son itinéraire converge avec celui de Michel Raptis (dit «Pablo»), dirigeant de l Internationale trotskiste depuis Il sera son suppléant au Secrétariat international de la IV e Internationale et le gérant de la revue Sous le drapeau du socialisme, organe de la Tendance marxiste révolutionnaire internationale (TMRI). Ce courant se distingue des autres sensibilités trotskistes par les espoirs fondés sur l expérience de la déstalinisation entamée par Khrouchtchev et sur la «révolution coloniale», tout particulièrement en Algérie, au Vietnam et dans les colonies portugaises (Angola, Mozambique, Guinée-Bissau). 21 AVRIL 1930 Naissance à Dangers (Eure-et-Loir) 1950 Adhère à la IV e internationale 1975 Membre du Bureau politique du PSU 1995 Création de la revue «Utopie critique» 5 FÉVRIER 2015 Mort à Paris Autogestion généralisée Lui et Michel Fiant feront preuve d un sens de l organisation et de l initiative inédit, notamment en faveur du FLN algérien. Puis, plus tard, avec le FNL vietnamien. «Pablo» poursuivra l action directement auprès d Ahmed Ben Bella, le premier président de la République algérienne, à travers la mise en autogestion des «biens vacants». L autogestion généralisée était alors perçue comme un moyen de construire un socialisme démocratique. Gilbert Marquis, avec ses camarades (Michel Fiant, Maurice Najman, Henri Benoits ) engagés dans le mouvement de mai 1968, s en saisit pour participer à la rénovation du mouvement ouvrier en créant l Alliance marxiste révolutionnaire (AMR), et en la fusionnant avec le Parti socialiste unifié (PSU) après le départ de Michel Rocard. Même si l entreprise échoua, il continua de militer pour le regroupement des forces anticapitalistes, à travers les Comités communistes pour l autogestion (CCA), la Fédération de la gauche alternative (FGA), les comités Juquin et l Alternative rouge et verte (AREV). En 1984, il est appelé par Ahmed Ben Bella, nouvellement sorti d une longue période de prison et de résidence surveillée, pour s occuper de sa presse. Mais les titres sont régulièrement interdits par les gouvernements français, de gauche comme de droite, au motif que leur publication «contrarie les intérêts diplomatiques de la France». Il y aura ensuite l assassinat à Paris, en 1987, de leur avocat, Ali Mécili, les émeutes de 1988 à Alger, une période terrible s ouvrant en Algérie. Avec l effondrement de l URSS, la perspective d une révolution politique disparaît ; l heure semble venue d un regroupement des trotskistes, à une condition : tirer le bilan de leur combat plus que cinquantenaire. Avec ses camarades français, Gilbert Marquis entre à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR). Mais la désintégration de la Yougoslavie, l intervention américaine en Irak, la construction de l Union européenne, la nouvelle dynamique du capitalisme mondialisée, et aussi le retour manqué à la LCR, le conduisent à estimer que les réponses données aux problèmes du socialisme ne sont pas à la hauteur des enjeux. Il fonde Utopie critique, «une revue internationale pour l autogestion», avec d autres forces et avec sa spécificité. La nation, l Etat, la République commençant à devenir des thèmes de réflexion et d action, il soutient Jean-Pierre Chevènement à la présidentielle de 2002, et plus tard se rapproche du Front de gauche. Sa vie a été consacrée à l internationalisme et à un socialisme à visage humain. p mohammed harbi, historien AU CARNET DU «MONDE» Ginette Albert, son épouse, Ses enfants Et ses petits-enfants, Décès ont la tristesse de faire part du décès de Michel ALBERT, inspecteur général honoraire d EDF, survenu le 8 février 2015, à l âge de soixante-dix-sept ans. La cérémonie religieuse aura lieu le jeudi 12 février, à 14 h 30, en l église Saint-François-de-Sales, Paris 17 e. M. et M me François Blanc, M. Jacques Blanc, M me Frédérique Blanc, ses enfants, Adrien, Pierre, Léo, Basile et Ariane, ses petits-enfants, ont la douleur de faire part du décès du docteur Claude-Jacques BLANC, psychiatre, ancien consultant d Air France, président du Collège COPSYREP-Association Karl Popper, survenu le 3 février 2015, à l âge de quatre-vingt-six ans. Une cérémonie a eu lieu le lundi 9 février, à 13 heures, au crématorium du cimetière du Père-Lachaise, Paris 20 e, salle Mauméjean. Véronique Blain, Sophie Blain-Durazzo, ses illes, Marion et Tristan Durazzo, ses petits-enfants, Antoine Castagnou, Laurence Laureau, son frère et sa sœur, Ses belles-sœurs, son beau-frère, ses nièces, ses neveux Et toute sa famille, ont la tristesse de faire part du décès de Marie-Françoise CASTAGNOU, survenu le 7 février La cérémonie religieuse sera célébrée le mercredi 11 février, à 10 h 30, en l église Notre-Dame-des-Champs, Paris 6 e. Bruno Racine, président Et l ensemble du conseil d administration de la Bibliothèque nationale de France, ont la tristesse de faire part du décès de Assia DJEBAR, écrivain, membre de l Académie française, administratrice de la BnF, survenu le 7 février 2015, à Paris. Ils s associent à la douleur de sa famille et de ses proches. Le secrétaire perpétuel Et les membres de l Académie française, ont la tristesse de faire part de la disparition de leur confrère, Assia DJEBAR, chevalier de la Légion d honneur, commandeur dans l ordre des Arts et des Lettres, décédé le vendredi 6 février 2015, à Paris, à l âge de soixante-dix-neuf ans. Les obsèques auront lieu à Cherchell (Algérie). (Le Monde du 10 février.) M me Marcel Eudes, née Marie-Antoinette Rocher, dite Toinon, son épouse, Véronique Eudes, Béatrice ( ) et Philippe Parini, Isabelle Eudes, Jacques et Christine Eudes, Marie-Laure Eudes, ses enfants, Ambroise, Lancelot, Hortense, Donatien Laeuffer, Philippine Parini, Marguerite, Charlotte Fradin de La Renaudière, Eléonore, Thibault, Gabriel Eudes, ses petits-enfants, ont le chagrin de faire part du rappel à Dieu de M. Marcel EUDES, chevalier de la Légion d honneur, à Paris, le samedi 7 février 2015, dans sa quatre-vingt-cinquième année. La cérémonie religieuse sera célébrée en l église Saint-Germain, à Saint-Germain-en-Laye, le jeudi 12 février, à 11 heures. 67 A, rue du Château des Rentiers, Paris. Sa famille Et ses amis, ont la tristesse de faire part du décès de Patrick JACOB, photographe, survenu le 5 février 2015, à Paris. La crémation aura lieu le mercredi 11 février, à 12 h 30, au crématorium du cimetière du Père-Lachaise, Paris 20 e, entrée par la place Gambetta. M me Edme Jeanson, née Daniela Trolley de Prévaux, son épouse, Blandine Jeanson ( ), Ariane Jeanson, Cosima et Jérôme Mangenot, Maria-Soia de Fouchier, ses illes et son gendre, David et Aurélie July, Timothée Mangenot et Eléonore Fleury, Juliette Mangenot, Valentin Mangenot, Louis de Fouchier, Capucine de Fouchier, ses petits-enfants, Cléo, Milan, Max, Brune et Georges, ses arrière-petits-enfants, M me Antoine Berryer Onfroy de Bréville, M. et M me Philippe Jeanson, sa sœur, son frère et sa belle-sœur, Valérie Legrand et l équipe des personnes qui l ont accompagné, ont la grande douleur de faire part du décès de Edme JEANSON, croix de guerre , oficier dans l ordre des Arts et des Lettres, chevalier de l ordre national du Mérite, président d honneur-fondateur de la Fondation hospitalière Sainte-Marie, président-fondateur des Heures musicales de Lessay, survenu le 7 février 2015, à l âge de quatre-vingt-dix ans. La cérémonie religieuse sera célébrée le jeudi 12 février, à 14 heures, en l église Saint-François de Molitor, 44, rue Molitor, Paris 16 e, suivie de l inhumation au cimetière du Montparnasse, Paris 14 e. Une messe sera célébrée ultérieurement, en l église abbatiale de Lessay (Manche). 18, avenue des Peupliers, Villa Montmorency, Paris. Abbaye de Lessay, Lessay. Gilbert Jolivet, son mari, Corinne et Nicolas Verry, Jean-François Jolivet, ses enfants, Camille, Alexandre, Clarisse et Benjamin, ses petits-enfants, Jean-Claude Peyronnet, son frère, ont la douleur de faire part du décès de Jeanne JOLIVET, née PEYRONNET, ancienne élève de l ENS de Fontenay, agrégée de Lettres, survenu à Maisons-Alfort, entourée des siens, le 7 février 2015, dans sa quatre-vingt-deuxième année. Les obsèques auront lieu le vendredi 13 février, dans l intimité familiale. «La peur et le courage de vivre et de mourir. La mort si dificile et si facile.» Paul Eluard. 28 bis, rue Gabriel-Péri, Maisons-Alfort. M me Germaine Kambouchner, Ses enfants Et ses petites-illes, Les familles Kambouchner, Zalberg, Goldberg, Alfandari et Reix, ont le chagrin de faire part du décès de Jacques KAMBOUCHNER, dit «KAMB», dessinateur de presse et de BD, survenu le 6 février L incinération aura lieu au crématorium du cimetière du Père-Lachaise, Paris 20 e, ce mardi 10 février, à 16 heures. Serge et David Marquis, ses ils, Matthias, Hugo et Eve, ses petits-enfants, Bernard Marquis et Marie-Jeanne Fiant, son frère et sa sœur, Micheline et Nady, ses belles-sœurs, Henri Benoits, son idèle ami, Lucile Jouvin, sa belle-ille, Ses nièces et neveux, ont la tristesse de faire part du décès de Gilbert MARQUIS, ancien directeur de la revue Utopie-critique, survenu le 5 février 2015, à Paris, à l âge de quatre-vingt-quatre ans. La cérémonie aura lieu le jeudi 12 février, à 13 h 30, en la salle du crématorium du cimetière du Père- Lachaise, 71, rue des Rondeaux, Paris 20 e. «Tout se disjoint, oh! mettre tout cela debout! Debout et à la face du monde et solide.» Aimé Césaire. Serge Marquis, 10, rue des Ormes, Charenton-le-Pont. Hugues et Valérie Radet, ses enfants, Philippe Binet, son gendre, Aurélien et Corentin, ses petits-enfants, font part du décès de Claude RADET, survenu le 4 février 2015, dans sa quatre-vingt-unième année. Les obsèques ont eu lieu le lundi 9 février, dans la plus stricte intimité. Paris. Toulouse. Danièle Marc, sa sœur, Le docteur Pierre Chabrat, son frère, Yves Marc et Dany Chabrat, son beau-frère et sa belle-sœur, Julien, Fanny, Isa, Marie, ses neveux, ont la grande tristesse d annoncer le décès du docteur Marie-Claude RAVAULT-CHABRAT, survenu le 7 février Ses obsèques auront lieu le vendredi 13 février, à 9 h 45, au crématorium de Cornebarrieu (Haute-Garonne). Cet avis tient lieu de faire-part. Isabelle Roux-Trescases, chef du service Et l ensemble du Contrôle général économique et inancier, s associent à la douleur de la famille de Alain TESSIER, chef de mission de contrôle général économique et inancier honoraire, décédé le 2 février Tout au long d une carrière dédiée au service public, Alain Tessier a su montrer un engagement et des qualités professionnelles et humaines hors du commun. Ses collègues et amis Ainsi que l association du corps du CGEFi souhaitent témoigner de l amitié et du respect qu ils lui portaient. Les obsèques se sont déroulées le lundi 9 février, à 14 h 30, en l église Saint-Jean-Baptiste de Grenelle, place Pernet, Paris 15 e. Remerciements Les membres de l AEPPC (Association pour l enseignement de la psychothérapie psychanalytique corporelle) remercient chaleureusement ceux qui se sont associés à leur peine, lors du décès le 23 janvier 2015, de Marie-Lise ROUX, psychanalyste SPP, membre fondateur et ancienne présidente de l AEPPC. Signatures Edouard VALDMAN dédicacera son dernier livre Pourquoi? Les Lumières à l origine de l Holocauste jeudi 12 février 2015, à partir de 18 h 30. Librairie L Œil Ecoute, 77, boulevard du Montparnasse, Paris 6 e. Communications diverses Les Amphis de l AJEF La conférence de Benoit Coeuré - Banque Centrale Européenne - prévue pour le mercredi 11 février 2015 est reportée à une date ultérieure. Informations : Pour les enfants pendant les vacances Ateliers pédagogiques Autour des contes d Isaac Bashevis Singer, mercredi 18 février 2015, à 14 h 30, pour les enfants de 8 à 11 ans. La guerre des ondes, mercredi 25 février 2015, à 14 h 30 pour les enfants de 9 à 13 ans. Information et réservation Espace Culturel et Universitaire juif d Europe : jeudi 12 février 2015, à 19 h 30 «A la découverte de l héroïsme juif», Rencontre - «Hommage à Hannah Szenes» par Martine Gozlan, (Marianne). 119, rue La Fayette, Paris 10 e - (PAF.) Université Populaire Medem 2015 «Les connaissances fondamentales sur le judaïsme laïque vivant du 21 e siècle.» Premières séances : Une histoire moderne des monde juifs, par Michel Abitbol, le dimanche 15 février 2015, à 16 heures, et le mercredi 18 février, à 20 heures. Tél. :

22 22 culture MERCREDI FÉVRIER 2015 pppp CHEF-D'ŒUVRE pppv À NE PAS MANQUER ppvv À VOIR pvvv POURQUOI PAS vvvv ON PEUT ÉVITER PORTRAIT milan - Envoyé spécial Entre son premier long-métrage, Corpo celeste (2011), et son deuxième, Les Merveilles, qui sort ces jours-ci, Alice Rohrwacher a «grandi». Le compliment vient de haut : c est sa sœur aînée, Alba, actrice dans Les Merveilles et dans une trentaine d autres films, qui le décoche. Cela n a pas empêché sa cadette, cependant, de garder quelques idées fixes. Comme celle de commencer ses films toujours de la même manière : dans un noir complet, que troublent peu à peu des lueurs éparses. Il y a là tant de délicatesse qu on pourrait craindre que les deux jeunes femmes ne soient éblouies par les projecteurs braqués, depuis un an, sur elles : à la surprise générale, Les Merveilles a remporté le Grand Prix du dernier Festival de Cannes, tandis qu Alba a reçu le Prix d interprétation en septembre, à Venise, pour Hungry Hearts, réalisé par son compagnon, Saverio Costanzo. «Alice et Alba sont deux belles personnes, elles prennent tout cela avec beaucoup d humilité», tempère Hélène Louvart, qui a éclairé Corpo celeste et Les Merveilles. La chef opératrice loue la «netteté» du regard d Alice : «Sur le tournage, elle savait déjà par quel plan elle voulait ouvrir le film des téléphones portables ou des phares de voiture, qui brillent comme des lucioles dans la nuit.» Pour justifier pareille entrée en matière, la réalisatrice n est pas du genre à convoquer Pasolini les références et citations tous azimuts, très peu pour elle, grazie : «Je voulais amener le spectateur avec douceur du noir de la salle de cinéma vers la lumière de l écran ; et puis, dans le noir, on entend mieux les bruits», dit-elle simplement, avec cette manière si charmante qu ont les Italiens de faire gazouiller les «ui». «Contrairement à beaucoup de jeunes cinéastes, Alice ne se laisse pas écraser par le poids de la cinéphilie, poursuit Hélène Louvart. Elle préfère regarder autour d elle. Cette qualité d écoute et d observation, cette culture de la vie, elle la partage avec sa sœur, Alba.» Alors écoutons-les Alice, coque d iphone fuchsia sur pull marine, de passage à Paris pour y promouvoir son film ; Alba, bonnet noir sur veste grise, en vadrouille à Milan où elle donne des cours de théâtre nous raconter leur drôle de vie, dont les contours planent, malgré un épais voile fictionnel, sur Les Merveilles. Leur père violoniste hambourgeois, venu faire grincer le capitalisme en terre toscane, dans les années 1970 ; leur mère institutrice ombrienne, avec laquelle il s installe non loin d Orvieto pour y élever abeilles, chèvres, poules et tutti quanti. «Les Merveilles porte un regard très tendre sur leurs combats, confie Alice. Ils ont refusé le terrorisme des Brigades rouges, et préféré continuer la lutte à la campagne. La famille, une notion contre laquelle leur génération s était battue, est devenue l un des derniers champs utopiques. Ils nous ont transmis l idée selon laquelle il ne doit pas y avoir de frontière entre la vie et le travail alors, autant choisir un métier qui nous plaît.» Alice et Alba Rohrwacher, sœurs lumière Elévées dans la campagne ombrienne, parmi les poules, les abeilles et les gauchistes, la réalisatrice et l actrice irradient dans «Les Merveilles», Grand Prix du Festival de Cannes en 2014 «COMME DES EXTRATERRESTRES» Quand ils ne s occupent pas de la fille d Alice, âgée de 8 ans, les parents Rohrwacher cultivent toujours leur miel un savoir-faire qui fut précieux sur le tournage des Merveilles, dont ils coordonnèrent les scènes d abeilles. «Le film porte moins la marque de leur histoire que de leur générosité», souligne Alba, qui y interprète, avec une aisance désarmante, un rôle de mère de famille qu elle n est pas encore, à 35 ans, dans la vraie vie. Petite, Alba jouait du piano ; sa sœur, de l accordéon ; les «ui» de ses gazouillis sont à la fois plus mats et plus aigus que ceux d Alice, née deux ans après elle. Adolescente, elle est entrée «en guerre» contre les choix de ses parents : «Nous nous sommes retrouvés à la campagne, sans électricité ni téléphone, quand tout le monde la quittait. Les gens nous regardaient comme des extraterrestres. Même s il a fait de moi qui je suis, cet isolement m a pesé, c est sûr.» Un cirque pose régulièrement son chapiteau près de la ferme familiale. En secret, les fillettes rêvent d une vie de saltimbanque : «Je pensais qu Alba deviendrait acrobate ; moi, je me voyais clown, rigole Alice. Elle donnait déjà cette impression de force, malgré sa maigreur ; sa capacité de concentration une faculté qui a toujours distingué les grands artistes, selon moi m épatait déjà. Alba était celle qui ouvrait la voie.» Et qui, bientôt, la fera zigzaguer : la jeune fille se lance dans des études de médecine, puis bifurque prestissimo vers le Centro sperimentale di cinematografia, à Rome, la plus prestigieuse école de cinéma du pays. Michelangelo Antonioni, Gabriel Garcia Marquez ou Marco Bellocchio avec lequel elle tournera trois films y ont été élèves ou professeurs ; Alba s y forme au métier d actrice. «Le médecin cherche ce qu il y a à l intérieur du corps, analyse-telle. Le comédien, ce qui en sort.» Alice, de son côté, fait du yoyo. Elle s installe à Turin, où elle s inscrit en lettres classiques, et suit les cours d écriture d Alessandro Baricco ; puis en Calabre, où elle s initie au documentaire, au sein d un collectif, et tourne sa première fiction, Corpo celeste. L histoire d une petite Suissesse qui découvre, à la diable, la ferveur religieuse du sud de l Italie et les métamorphoses de son corps adolescent. L épure des Merveilles est déjà là, en germe cette manière très fine de passer les frontières qui séparent le trivial du merveilleux, l enfance de l âge adulte, l exil de l enracinement. «Les acteurs de fiction me semblent moins faux que beaucoup de protagonistes de UN CIRQUE POSE RÉGULIÈREMENT SON CHAPITEAU PRÈS DE LA FERME FAMILIALE. EN SECRET, LES FILLETTES RÊVENT D UNE VIE DE SALTIMBANQUE documentaires, juge-t-elle. L impureté est le meilleur moyen d atteindre la pureté.» Voyez Alba, dont la première apparition, dans Les Merveilles et Hungry Hearts, a lieu aux toilettes : «Ce sont des scènes prosaïques, mais pas lourdes, estime l actrice. Elles donnent des indices sur la suite du film : l importance des rites familiaux dans Les Merveilles, celle de la nourriture et de la claustrophobie dans Hungry Hearts.» Deux femmes ont particulièrement compté dans la formation des sœurs, qu elles mentionnent chacune sans se concerter : la metteuse en scène Emma Dante, oscillant entre théâtre et cinéma, et la chantre du métissage littéraire, Elsa Morante. «Auprès d Emma, j ai répété pendant un an et demi une pièce qui a finalement été annulée au dernier moment, se souvient Alba. Sa rigueur, sa force sont toujours en moi.» «J admire la capacité de Morante à mêler le fantastique et le quotidien», avoue Alice. «Ses romans racontent très bien comment, pour les enfants, une succession de tracas peut prendre des allures de fin du monde», renchérit Alba. C est là l un des points communs de Corpo celeste et des Merveilles : la tension y naît d une collision de microévénements (la coïncidence des pre- mières règles et de la première communion dans Corpo celeste ; l apparition simultanée d un chameau, d un producteur télé, d une flaque de miel et d une blessure à la main dans Les Merveilles), grossis à la loupe enfantine et transalpine. «Les Italiens ont tendance à dramatiser les choses accessoires, et à dédramatiser les choses importantes», ironise Alba. Après un détour par l Allemagne, Alice est revenue «provisoirement» vivre dans le giron familial, sous les ombrages d Ombrie, où elle «prend [son] temps». Elle aime les films «ouverts», ceux de son maître, Roberto Rossellini, ou de la jeune garde italienne, Pietro Marcello, Michelangelo Frammartino ou Roberto Minervini, prompts, comme elle, à panacher les genres et les idiomes. «La crise économique a réveillé le cinéma italien, l a fait sortir de son pré carré, dit-elle. C est étrange, les Italiens se sont progressivement détachés de ce qui les rassemblait, la politique, le football, l Eglise L art reste l un de nos derniers rituels.» «L Italie est toujours plus belle quand on y retourne que quand on la quitte», soupire Alba. Par commodité professionnelle, elle habite la Ville éternelle ; elle parle de Rome

23 MERCREDI 11 FÉVRIER 2015 culture 23 Alice et Alba Rohrwacher. MARCO LA CONTE Plongée dans la mécanique infernale de l affaire Clearstream Vincent Garenq tente d éclairer le feuilleton en suivant le travail du journaliste Denis Robert, campé en héros par Gilles Lellouche Une fantaisie familiale au goût de miel comme d un «marécage, beau et dangereux à la fois», dont elle s extirpe dès que le travail l appelle et il l appelle souvent. La comédienne, qui parle déjà couramment, comme Alice, l allemand, le français et l anglais, vient d apprendre l albanais pour les besoins de Vergine Giurata, le premier film de sa compatriote Laura Bispuri, dévoilé au Festival de Berlin. Dans un village reculé des Balkans, elle campe une dame qui, après avoir fait vœu de chasteté, acquiert le droit de se vêtir et de se comporter comme un homme. TÉLÉPATHIE Pas très high-tech, la Rohrwacher, qui pose ce mois-ci en garçonne, cigare à la main, pour la couverture du GQ transalpin : Hungry Hearts la montre en mère technophobe et givrée, le prochain Bellocchio en nonne du Rinascimento. Nicolas Saada, qui vient de la diriger dans son second long-métrage, Taj Mahal, se dit impressionné par sa «compréhension cosmogonique du film» : «Au premier jour de tournage, à Bombay, elle m a offert un tissu représentant quatre oiseaux, et m a dit : Voilà les quatre personnages principaux. C était exactement ça.» Le cinéaste vante son «intensité», son «éclat» hors d âge : «La finesse de ses traits m évoque les peintres du début de la Renaissance, Giotto, Piero della Francesca» auxquels on ajoutera, pour la longueur du cou et la blondeur des tempes, certains Botticelli, quand Alice tiendrait, elle, des figures plus rondes et sombres du Corrège ou du Titien. Sur le tournage des Merveilles, les sœurs n avaient nul besoin de se parler avant les scènes, se rappelle Hélène Louvart. «Ou alors elle s isolaient pour échanger à demimot, et le silence se faisait instantanément autour d elles», enchaîne la chef opératrice, qui a retrouvé là cette «télépathie» si particulière unissant les fratries de cinéma, et qu elle avait déjà observée sur les plateaux des sœurs Otero ou des frères Recha. «Les gens sont-ils mieux seuls, ou ensemble?, se demande Alice. Les relations entre les personnes m intéressent davantage que les personnes elles-mêmes» ni l ombre ni la lumière, mais le chemin qui va de l une à l autre. p aureliano tonet LES MERVEILLES pppv Certains films ne sont tellement pas comme les autres qu ils semblent nous arriver par des voies un peu miraculeuses, secrètes, et destinées à le rester (nos plus plates excuses au très bon distributeur de ce film, qui ne pense sans doute pas dans les mêmes termes et aura raison de déchirer ce journal en mille morceaux au moment où il lira ces lignes, autant profiter d ailleurs de cette opportunité tant qu il y a du papier ). On doit donc s expliquer. Quelques exemples, pris au hasard des disciplines, parleront mieux que tout : Paul Klee dans la peinture, Gérard Manset dans la chanson, Bruno Schulz dans la littérature, F murr dans le dessin, Jacques Rozier dans le cinéma, Dario Fo dans le théâtre, le collectif Ivan Mosjoukine dans le cirque, etc. Voyez le corpus : insolite, pétillant, rêveur, joyeusement mélancolique, détaché autant que faire se peut des canons et des contingences. En un mot, de la grâce à revendre. Ainsi vont Les Merveilles, deuxième long métrage d Alice Rohrwacher, film italien étrange et poétique comme il en arrive de temps à autre, sauvant discrètement la production transalpine de l hydre amorphe du divertissement post-berlusconien. Nous sommes donc quelque part en Ombrie, pépite rurale tapie dans l ombre de sa riche voisine toscane. C est la nuit. Une fillette, toutes lumières allumées, se concentre pour faire caca. La maisonnée, du coup, se réveille, l entoure, s inquiète, vu qu il manque une porte à la salle de bains, la cadette proposant qu on en profite pour faire des crêpes. Impossible intimité, chaleur endogamique du cocon, tribu solidairement rétive aux normes sociales mais en payant parfois difficilement le prix dans une ferme isolée, vétuste et rafistolée : nous tenons là, en un plan, le sujet de notre film. La forme suit : pellicule aux couleurs saturées, image piquée, caméra portée et panoramiques hasardeux. Belle contrefaçon de super-8 familial, encore que le tournage de ce genre de film à rayonnement réduit l équipe artistique et technique à la manière d une famille. Ridicule et prodigieuse à la fois Drôle de famille donc, avec une palanquée de filles, la mère Angelica, les filles Luna, Caterina, Marinella et Gelsomina, Coco, autre fille à l origine indererminée, et Martin, un adolescent délinquant mutique, placé dans la famille en programme de réinsertion. Wolfgang, le père, vraisemblablement venu de terres germaniques, est un grand barbu gueulard, dépenaillé, toujours en colère, aimant à sa manière, capable de se ruiner pour ses filles en leur offrant un chameau qui ne sert à rien. Il faut dire qu une double malédiction pèse ce sur diable d homme. La difficulté de faire vivre sa famille selon des principes d autonomie hérités du mouvement alternatif. Et le fait d être un mâle, fût-il dominant, dans ce gynécée. Du moins a-t-il fait de l aînée Gelsomina (une pensée pour La Strada de Fellini), douce fille pleine d abnégation, sa chose dans la bonne marche de la petite entreprise familiale, qui vit chichement de la fabrication de miel artisanal. Le prix à payer, cher pour tous, l est particulièrement pour l adolescente. L intrigue se noue insensiblement autour d une émission de télé-réalité «Le Pays des merveilles» qui débarque dans la région pour y organiser un concours d artisanat local richement doté. Monica Bellucci, déguisée en reine des coquillages, en est la présentatrice potiche, ridicule et prodigieuse à la fois, qui salue dans la population locale «des Etrusques vivant comme dans la préhistoire». Tandis que la famille est sous le coup d un arrêté d expulsion pour défaut de conformité de son laboratoire, Gelsomina, qui se prend parfois à rêver d une vie «normale», inscrit en douce la famille au concours, au mépris de l avis paternel. On laissera au spectateur la liberté de découvrir les séquences très inspirées qui scellent cette rencontre. Magnifique idée, qui organise la rencontre la plus antinomique et loufoque qui soit, entre l Italie muséifiée vendue par la télévision commerciale et le rêve en miettes de l utopie communautaire, tel que cette famille tente de le perpétuer. A ce titre, le film dresse un état des lieux contemporain de nos sociétés, la parabole des abeilles comme corps social et comme corps mystique y figurant une sorte d idéal hors de la portée humaine. L insecte aura du moins servi le portrait sensible de la douce Gelsomina, jeune fille-abeille déchirée entre le magnétisme de la ruche familiale et la griserie de l envol individuel. p jacques mandelbaum Film italien d Alice Rohrwacher. Avec Maria Alexandra Lungu, Sam Louwyck, Alba Rohrwacher. (1 h 50). L ENQUÊTE pvvv Lorsque, en février 2001, le journaliste Denis Robert et l ancien dirigeant de Cedel International, Ernest Backes, publièrent Révélation$ aux éditions Les Arènes, peu de monde avait entendu parler de l existence des chambres de compensation internationales situées au Luxembourg. L une d entre elles, Clearstream, était accusée dans ce livre d avoir mis en place un vaste système de comptes non publiés permettant l effacement, totalement illégal, de transactions financières, elles aussi frauduleuses. En clair, il était reproché à Clearstream de favoriser, à une très grande échelle, l évasion fiscale et le blanchiment d argent. Démarrait alors le premier volet de l affaire Clearstream, bientôt suivi d une soixantaine de procès et, pour finir, en février 2011, au bout de dix ans de procédure, d un arrêt de la Cour de cassation reconnaissant la validité de la démarche de Denis Robert. Entretemps, un deuxième volet de cette affaire gigogne vint complexifier encore davantage les choses. «Affaire EADS», «Affaire du corbeau», «Affaire des frégates de Taïwan» : l affaire Clearstream 2 est un enchevêtrement d affaires criminelles et financières considérables. Instruits par de nombreux juges d instruction, parmi lesquels Renaud Van Ruymbeke, sur fond de bagarres terribles entre groupes industriels et hommes politiques concurrents, ces dossiers donnèrent lieu à de multiples rebondissements, le plus ahurissant étant la révélation d un listing (totalement fabriqué) Même s il se situe parfois aux limites de l abscons, le film rend assez bien compte des faits de comptes occultes appartenant à diverses personnalités du monde politique et de la finance. D innombrables articles et de nombreux livres furent consacrés à ces affaires. Et voilà qu aujourd hui un film, L Enquête, de Vincent Garenq, en fait en quelque sorte la synthèse. Le défi était grand. Comment rendre claires des affaires à ce point imbriquées les unes dans les autres? Comment expliquer des montages, des circuits financiers à la fois sophistiqués et occultes, alors même que le secret défense fut sans cesse mis en avant par le pouvoir politique pour masquer la réalité des faits? Même s il se situe parfois aux limites de l abscons, le film rend assez bien compte des faits. Opacité organisée On pourrait en discuter le parti pris, le fil conducteur dont il se sert pour mettre au jour ces affaires : Denis Robert, campé ici par Gilles Lellouche en véritable héros du journalisme d investigation. L important n est pas là. Il est dans ce que mettent au jour ces affaires, cette opacité organisée à la fois au plus haut niveau de l Etat et au cœur des plus grandes entreprises, industrielles et financières, visant à empêcher la justice, le juge Van Ruymbeke en premier lieu, de faire son travail. Certains acteurs du film sont étonnants, à commencer par Charles Berling, qui incarne un juge Van Ruymbeke particulièrement véridique. Les deux protagonistes de l affaire du corbeau, Imad Lahoud et Jean-Louis Gergorin, sont interprétés par deux acteurs ahurissants de ressemblance, Laurent Capelluto et Eric Naggar. Passons vite sur l interprétation, forcée, pour le moins, de Gilles Lellouche et sur la mise en scène, plus convenue que celle de Présumé coupable, le précédent film de Vincent Garenq. Et revenons au fond du film et à ses résonances avec l actualité de ces derniers mois. Trois mois après la sortie de Révélation$, les juges Eva Joly, Renaud Van Ruymbeke, Jean de LES DATES 2001 Parution de Révélation$ de Denis Robert et Ernest Backes aux éditions Les Arènes Clearstream, l enquête, le livre que Denis Robert a consacré au deuxième volet de l affaire Clearstream, paraît chez le même éditeur. 3 FÉVRIER 2011 La Cour de cassation met fin à toutes les procédures en diffamation lancées à l encontre de Denis Robert depuis dix ans par Clearstream et consorts. Maillard, ainsi que les procureurs Bernard Bertossa et Benoît Dejemeppe avaient, dans une tribune publiée dans Le Monde du 10 mai 2001 et intitulée «Les boîtes noires de la mondialisation financière», appelé à prendre la mesure de l «impact» du livre. «La publication de Révélation$ doit permettre aux citoyens européens de comprendre le rôle des chambres de compensation et par-là même d éclairer la mondialisation financière d un jour nouveau, écrivaient alors ces magistrats. Une solution parmi d autres consisterait à placer ces institutions sous le contrôle d une organisation internationale qui pourrait jouer le rôle du tiers de confiance. Un progrès capital serait ainsi accompli dans la réconciliation entre la finance et la démocratie.» Presque quatorze ans plus tard, et après les révélations de LuxLeaks, on en est à peu près au même point. p franck nouchi L Enquête, un film français de Vincent Garenq avec Gilles Lellouche, Charles Berling, Laurent Capelluto, Florence Loiret Caille (1 h 46) vous invite... àl Odéon-Théâtre del Europe aux Ateliers Berthier 17 e Pour assister à une représentation de TOUJOURS LA TEMPÊTE De Peter Handke Mise en scène Alain Françon création Avec Pierre-Félix Gravière, Gilles Privat, Dominique Reymond, Stanislas Stanic, Laurent Stocker de la Comédie-Française, Nada Strancar, Dominique Valadié, Wladimir Yordanoff. Mardi 3mars 2015 à19h30** Dimanche 15 mars 2015 à 15 heures*** Pour recevoir votre invitation* valable pour 2 personnes, téléphonez au (0,34 /mn, hors surcoût éventuel opérateur) **le mercredi 18 février,à partir de 15 heures (pour le 3 mars) ***le mercredi 4 mars, à partir de 15 heures (pour le 15 mars) *10 invitations offertes aux premiers appelants,conformément au règlement du jeu. Offre gratuite, sans obligation d achat, jusqu à concurrence du nombre deplaces disponibles. Lerèglement du jeu déposé chez M e Augel huissier de justice àparis, est adressé gratuitement sur demande à:jeu LesOffresCulturelles du Monde -80, boulevardauguste-blanqui Paris. Les demandes de remboursement des frais de participation (selon modalités définies dans le règlement) doivent parvenir àlamême adresse. Les informations recueillies à cette occasion sont exclusivement destinées au Monde et à ses partenaires. 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24 24 culture MERCREDI 11 FÉVRIER 2015 Le grand écart identitaire d Iyad, Arabe et Israélien A travers les déchirements d un jeune lycéen, Eran Riklis aborde une nouvelle fois le conflit au Proche-Orient MON FILS pppv Trop de violence, trop de haine : début juillet 2014, l écrivain et journaliste Sayed Kashua annonçait dans le journal Haaretz qu avec sa femme et ses trois enfants il quittait Israël pour aller vivre et enseigner dans l Illinois, aux Etats-Unis. Ecrivain et journaliste arabe israélien, il adressait un salut tendre et désespéré à ses amis juifs restés en Israël, parmi lesquels l écrivain Etgar Keret. Trois mois plus tard, «Le Monde des livres» publiait des extraits de la correspondance échangée entre les deux amis. «Me croiras-tu, Etgar, si je te dis que ce qui arrive à ce pays [Israël] me tient encore à cœur? écrivait Kashua. Je me suis obstinément considéré comme un citoyen de ce pays, un citoyen qui n en a pas d autre. Je voudrais qu il y fasse bon vivre pour mes enfants, des enfants arabes, au même titre que pour les enfants juifs, dont le bien-être m importe tout autant.» Avant de quitter Israël, Sayed Kashua avait écrit un scénario inspiré de deux de ses romans : Les Arabes dansent aussi et La Deuxième Personne. De ce travail, un film est né, Mon fils, réalisé par Eran Riklis, cinéaste israélien à qui l on doit, entre autres films, le magnifique Les Citronniers. Mon fils débute en 1982, au moment de la guerre du Liban. A la télé, des manifestants crient «Begin, Sharon, stop the war!». «Que Dieu protège Arafat!», clame pour sa part Salah, le père d un garçon prénommé Iyad. Comme 20 % des Israéliens, Iyad et sa famille sont arabes. Des Arabes israéliens vivant dans une ville arabe israélienne. A l école où se rend Iyad, on chante l hymne israélien. Mais quand on lui demande la profession de son père, au lieu de répondre «cueilleur de fruits», il répond fièrement : «Terroriste!» Tawfeek Barhom dans le rôle d Iyad. DR Quand on lui demande la profession de son père, au lieu de «cueilleur de fruits», il répond fièrement : «Terroriste!» Une intégration difficile Ne surtout pas croire qu Iyad est un illuminé. Très bon élève, voilà même qu on lui propose on est alors en 1988 d intégrer le lycée israélien de sciences et techniques. «La meilleure école du pays!», clame fièrement son père. Le jour de la rentrée, les voilà partis tous les deux pour Jérusalem. Le cœur gros d avoir abandonné sa famille, Iyad est accueilli par la charmante directrice du lycée. Très vite, il se rend compte qu il est le seul élève arabe. Bien que parlant couramment hébreu, son intégration sera d autant plus difficile qu il est affublé d un léger trouble de l élocution. Moqué, ostracisé par une partie de ses camarades, Iyad trouve deux âmes sœurs : la belle et généreuse Naomi, dont il ne tarde pas à tomber amoureux ; et Yonathan, un garçon atteint d une grave maladie dégénérative et dont il décide de s occuper. Arabe et Israélien ; Arabe israélien ; Israélien, tout simplement : la vie d Iyad relève du grand écart identitaire. Même s il voulait à toute force s intégrer dans la société israélienne, il y aura toujours quelqu un comme la mère de Naomi pour préférer avoir une fille lesbienne ou atteinte d un cancer plutôt qu amoureuse d un Arabe. Le sort d Iyad semble scellé : aussi intelligent et beau soit-il, il ne sera jamais un citoyen israélien comme les autres Lorsque Edna, la mère de Yonathan, rencontre Iyad, ses préoccupations sont tout autres. Arabe ou juif, peu importe. La question pour elle est de savoir si ce lycéen pourra lui être de quelque secours. Très vite, cette avocate, séfarade d origine marocaine, comprend que non seulement Iyad lui donne force et courage, mais qu en plus, il est en passe de devenir le «deuxième fils» de la maison. On ne racontera pas la fin du film, bouleversante. Un subterfuge énorme, à la mesure de l absurdité de ces conflits identitaires. Mon fils est une suite d histoires d amour à ce point entremêlées qu elles en deviennent inextricables. Comment peut-on être à la fois arabe et israélien? Chanter l hymne israélien tout en encourageant «Saddam»? Rêver de «libération» tout en n aspirant qu au bonheur? Déchiré dans son identité, un personnage en convient : «En 1969, on pensait pouvoir libérer la Palestine des juifs. Aujourd hui, on veut juste vivre dignement.» C est toute la force du cinéma de Riklis de donner à voir et à ressentir cette absurdité. Deux peuples pour une même terre, pour un même Etat. Ni manichéisme ni caricature : ancré au plus profond de la société israélienne, Mon fils est un beau film, remarquablement interprété. p franck nouchi Film israélien d Eran Riklis. Avec Yaël Abecassis, Tawfeek Barhom, Michael Moshonov, Ali Suliman, Laëtitia Eïdo (1 h 44). Yaël Abecassis, au féminin absolu «il paraît que, pour les Italiens, j ai le visage de Marie», dit Yaël Abecassis. On ne s en étonne qu à moitié : l expression «visage de madone» semble avoir été inventée pour ce front haut, ce regard tranquille, mais prompt à retenir les ombres un instant mater, l instant d après mater dolorosa. Il y a plus de quinze ans qu elle a joué en Italie, dans le téléfilm Maria, figlia del suo figlio, le rôle de la mère du Christ. Mais il continue d être diffusé, et Marie garde, dans l imaginaire italien, les traits de l actrice israélienne. Hors de l Italie, c est l inverse : il y a dans presque chaque rôle de Yaël Abecassis un peu de la Vierge Marie. Depuis ses débuts, elle joue des mères, ou des femmes qui affrontent l idée de la maternité comme Jacob affronte l ange : dans le noir, mais les yeux grands ouverts sur l hypothèse du sacré. Dans Kadosh (2003), son premier film avec Amos Gitaï, elle est une épouse sans enfants, puis, dans Va, vis et deviens, de Radu Mihaileanu, elle est maman universelle, mère de famille israélienne adoptant un petit juif éthiopien. En ce début d année, Yaël Abecassis est encore, dans Rendez-vous à Atlit, une mère en goguette, jouant sans mesquinerie à la célibataire. Dans Loin de mon père, qui sortira le 25 février, elle accompagne une jeune femme victime d inceste vers le renoncement à la maternité. Cette semaine, dans Mon fils, elle interprète une mère seule auprès d un fils handicapé, auquel elle trouve un frère de cœur, peutêtre un second fils pour elle. Des mots de poète Les pères sont loin, mais il y a dans cette galerie de mères tout un cosmos. L individu y affronte la politique («C est la même chose, rappelle-t-elle, lorsqu on vit dans un pays en guerre»), la vie s y heurte à la mort, le sacré germe au cœur du quotidien. Derrière chaque légèreté ou grâce, l ombre d une souffrance qu elle affine d un rôle à l autre, et dont elle parle avec des mots de poète. «Il n y a rien de plus beau, ditelle, rien de plus pur que la souffrance des femmes. Je m excuse presque de le dire, mais je pense que la femme dans son obscurité, dans le moment où elle est seule, est beaucoup plus forte que l homme.» Petite-fille d une triple divorcée fondatrice d une association d aide aux femmes battues, Yaël Abecassis se dit féministe, mais à rebours de celles qui brûlent les soutiensgorge. L essence de la féminité, elle l a trouvée, comme au cinéma, dans la maternité, auprès de ses deux fils. Elle a appelé l aîné Mori, «mon maître», convaincue que c était elle qui avait le plus à apprendre de lui. Devenue actrice par hasard, elle s est faite productrice par conviction, avec l ambition d aider les femmes à devenir cinéastes. Sa première production, Aya, est en lice pour l Oscar du meilleur court-métrage. «La femme doit réécrire l Histoire, assène-t-elle. Ce sont des ambitions avant de dormir, mais il faut rêver!» Elle a rajouté cela en riant, mais son rire a sonné comme un défi. p noémie luciani Des super-héros gavés de guimauve Pour son nouveau dessin animé, Disney détourne, sans convaincre, des personnages de la maison Marvel LES NOUVEAUX HÉROS pvvv Le nouveau Disney animé est arrivé sur les écrans. Il est en apparence hybride et japonisant, cool et high-tech. En fait, c est une vieille guimbarde familialiste et moralisante qui n a rien trouvé de mieux à faire que de mettre l univers des super-héros, travaillés en guimauve, à la hauteur de bambins qui regardent déjà depuis belle lurette les originaux. Disney adapte ici, de fait, une histoire de la maison d édition Marvel, dont il s est rendu propriétaire en 2009, Big Hero 6. En réalité, le film s éloigne énormément de la bande dessinée, pour mieux créer une comédie d action qui se veut la synthèse entre les univers Marvel et Disney, procédé qui ne manque pas d ôter à l un et à l autre ses plus efficaces prérogatives (on peut penser, dans cet ordre d idées, au destin du Studio Pixar sous l égide du même repreneur). L histoire, située dans un futur indéterminé, est celle d Hiro Hamada, jeune orphelin de San Fransokyo et petit génie de la robotique, qui perd son grand frère Tadashi, universitaire et inventeur lui aussi, dans un tragique incendie. Celui-ci s est déclenché alors que Hiro présentait un projet révolutionnaire destiné à lui faire intégrer le laboratoire où travaillait son frère : un système de microrobots répondant à la pensée de leur utilisateur. Dans l incendie, Hiro perd à la fois son frère et son invention. Mais il ne tarde pas à s apercevoir qu un dangereux criminel est la cause de ces deux malheurs. Bouillie relativement insipide Hiro va le combattre. Il est aidé en cela par le robot que Tadashi a inventé il se nomme Baymax, c est une sorte de bonhomme Michelin tout mou promu infirmier ainsi que par le cercle des anciens amis de son frère. Hiro invente pour chacun d entre eux un avatar guerrier spécifique, le plus farfelu consistant à transformer le pacifique et coolissime Baymax en une sorte d Ironman mâtiné de Goldorak, certes replet mais néanmoins efficace. On ne manque pas de penser très fort à Kung Fu Panda, grand merci aux studios Dreamworks. Leur adversaire masqué, l odieux Yokai, semble, lui, descendre en droite ligne du tentaculaire Docteur Octopus de Spiderman 2. Voilà donc un dessin animé qu on pourra regarder comme un divertissement spectaculaire de plus, mais que son principe d emprunt et de synthèse généralisé finit par faire ressembler, sur le plan de son identité artistique, à une bouillie relativement insipide. Lui manque cette irrévérence qui, en lieu et place du sentimentalisme, ferait mieux passer le tic du clin d œil permanent dont il souffre. p jacques mandelbaum Film d animation américain de Don Hall et Chris Williams (1 h 42).

25 MERCREDI 11 FÉVRIER 2015 culture 25 Grey, avant les «Nuances» La sortie DVD de «La Secrétaire» coïncide avec l adaptation du roman DVD Alors que la machine de guerre Cinquante nuances de Grey prend d assaut les salles du monde entier, on aurait presque tendance à oublier qu un autre Mr. Grey, avocat de profession, initiait il y a déjà plus de dix ans sa jeune secrétaire, la timide Lee Holloway, aux pratiques sadomasochistes. La Secrétaire, sensation «sexy» du cinéma indépendant que Metropolitan ressort dans une copie Blu-ray correcte, réussissait sur ce sujet scabreux à désamorcer tout voyeurisme ou moralisme, par une attention redoublée à la secrète pulsation de ses personnages. Steven Shainberg, qui ne retrouverait pas de sitôt une telle inspiration (l échec de son dernier film, Fur, a laissé sa carrière au point mort), faisait preuve d une grande finesse psychologique et signait une comédie tordue («quirky», dirait-on en anglais), d un humour sous-jacent, glissant comme une savonnette, et finalement moins excitante que constamment étonnante. Le film eut d abord la belle intuition de faire se croiser l excellent James Spader dans son dernier rôle marquant après Crash (David Cronenberg, 1996) avec l éclatant début de Maggie Gyllenhaal, actrice formidable de malléabilité physique et émotionnelle, parfaite dans le rôle de Lee, jeune femme portée sur l automutilation et à peine sortie de l hôpital psychiatrique. çon de rendre intelligible la complète réversibilité du mécanisme de domination : si le pouvoir semble d abord du côté du patron, on comprend qu il n en réside pas moins dans le consentement de la jeune femme, dont les exigences désirantes commandent souterrainement les actes de son partenaire notamment lors de ces passages où l on voit Lee commettre volontairement des fautes pour déclencher sa punition. S établit un vertigineux circuit de demandes et de réponses qui rend justice à la complexité de la relation SM. Shainberg décrit, avec une complète lisibilité et une conception inventive du décor (le cabinet comme jardin intérieur), les flux de désirs en circulation dans Grey entreprend de corriger sa recrue, jusqu à ce que la démarche prenne une tournure physique Maggie Gyllenhaal. PROD DB/DOUBLE A/DR Odres et punitions C est pour échapper à son environnement familial étouffant et désespérément normatif entre un père alcoolique, une mère surprotectrice et un petit ami d une désolante conformité qu elle prend des cours de dactylographie et décroche un poste dans le cabinet d E. Edward Grey, un avocat étrangement nerveux et visiblement tracassier. De réprimande en semonce, Grey entreprend de corriger sa recrue, jusqu à ce que la démarche prenne une tournure physique. S installe alors entre eux un jeu d autorité érotique, fait d ordres et de punitions, auquel Lee se soumet et qui, en quelque sorte, va expulser sa souffrance hors d elle-même et libérer enfin sa féminité. La grande originalité du film tient moins à ce qu il fasse de la soumission de son héroïne une forme d émancipation, qu à sa face rapport ritualisé, dont la vertu est d accueillir l altérité de deux inadaptés dans un monde qui ne reconnaît pas leur jouissance. Bien sûr, La Secrétaire ne parvient pas à s extirper complètement de la téléologie hollywoodienne et réserve une fin quelque peu décevante, qui sonne comme un retour aux normes. Mais il faut voir l ensemble comme une comédie romantique, dont Shainberg aura singulièrement renouvelé l attirail avec une somme d objets et de postures inédits (fessée, ustensiles érotiques, etc.), sillonnant de cuir et de clous le drôle de chemin que Lee et Grey auront à parcourir pour arriver l un à l autre. p mathieu macheret Film américain de Steven Shainberg (2002). Avec Maggie Gyllenhaal, James Spader, Jeremy Davies. (1 h 49). Metropolitan Video. F I L M S K Lire l intégralité de la critique sur Lemonde.fr (éditions abonnés) pppv À NE PAS MANQUER Les Merveilles Film italien d Alice Rohrwacher (1 h 50). Mon fils Film israélien, français et allemand d Eran Riklis (1 h 44). ppvv À VOIR Il est difficile d être un dieu Film russe d Alexeï Guerman (2 h 50).(Le Monde daté 10 février) Spartacus & Cassandra Documentaire français de Ioanis Nuguet (1 h 20). pvvv POURQUOI PAS L Enquête Film français de Vincent Gareng (1 h 46). Les Nouveaux Héros Film d animation américain de Don Hall (1 h 42). Africaine Film français de Stéphanie Girerd (1 h 37). Alors qu elle croyait ne retrouver au Sénégal que ses parents, Géraldine doit affronter sa sœur Alice, qui la martyrisait petite, et qu elle ne voit plus depuis des années Si la relation entre les sœurs est intéressante et bien interprétée, le film gère moins bien la plongée de Géraldine dans la culture sénégalaise, et sa tenue en pâtit. p n. lu. Casting sauvage Film français de Galaad Hemsi (1 h 15). A partir d une idée de scénario très simple, Galaad Hemsi a décidé de tourner son film à l intérieur de la salle où il organisait son casting, choisissant chaque fois, au montage, la meilleure scène. En résulte un film patchwork, qui pose, de manière plutôt ludique, quelques questions sur la nature du cinéma, mais dont l intérêt se dilue malheureusement sur la longueur. p i.r. Une histoire américaine Film français d Armel Hostiou (1 h 25). Centré sur le personnage attachant et insupportable, auquel Vincent Macaigne a habitué le public depuis qu il est devenu la figure de proue du cinéma d auteur français, cette comédie du remariage semble tout miser sur le chic de son casting, de son décor, de ses références au «mumblecore» new-yorkais. p i. r. NOUS N AVONS PAS PU VOIR Cinquante nuances de Grey Film américain de Sam Taylor Johnson (2 h 05). Un village presque parfait Film français de Stéphane Meunier (1 h 37). «Un frisson dans la nuit» ressort en salles A 40 ans, en 1971, fort de la notoriété acquise grâce à la série «Rawhide» et à sa collaboration avec Sergio Leone, Clint Eastwood réalise Un frisson dans la nuit. Il se donne le rôle de Dave Garner qui anime une émission de radio, à Carmel-by-the-Sea en Californie. Chaque soir, une fidèle auditrice lui demande de passer le morceau Misty d Erroll Garner. Dans son bar habituel, Dave rencontre Evelyn (Jessica Walter) qui s avère être sa mystérieuse fan. Ils passent la nuit ensemble. L aventure sans conséquence vire au cauchemar. Pressenti pour interpréter le rôle principal, Steve McQueen décline la proposition, au motif que le personnage féminin est plus fort. Il n a pas tort. Pourtant, le film fut taxé de misogynie. ILa copie restaurée rend justice aux couleurs chaudes de la Côte ouest. D étonnantes scènes d amour bucoliques ajoutent à la sensualité. Dans ses embardées amoureuses, le film annonce déjà le Clint Eastwood sentimental de Breezy. Et dans sa violence, on sent poindre le baroquisme de L Homme des hautes plaines, tous deux réalisés en p sandrine marques Film américain de Clint Eastwood. Avec Clint Eastwood, Jessica Walter, Donna Mills (1 h 42). L épopée de deux jeunes Roms condamnés à la rue Du quotidien d une fratrie à la dérive, Ioanis Nuguet réalise un film lumineux SPARTACUS & CASSANDRA ppvv Cela faisait trois ans que Ioanis Nuguet, jeune réalisateur de 31 ans passé par le théâtre et l Indonésie, promenait sa caméra dans un campement rom quand, un beau soir, un petit bonhomme à la bouille ronde et au regard brûlant nommé Spartacus lâche un rap devant son objectif et, dans l instant, le convainc de tourner un film sur lui. Le gamin et sa sœur Cassandra, respectivement 13 et 11 ans, traversent alors une situation impossible : hébergés dans un cirque sauvage bientôt démantelé en Seine-Saint-Denis, l administration judiciaire les rattrape, leur enjoignant de choisir entre des parents qui vivent de mendicité dans la rue ou une famille d accueil qui mettrait un toit sur leur tête et la stabilité dans leurs études. Le choix paraît tout indiqué ; pour les enfants, il ne l est évidemment pas. Si le mélange fiction-documentaire est devenu la tarte à la crème d un certain cinéma d auteur, Ioanis Nuguet, lui, filme sans se préoccuper des catégories, au plus près des êtres et de ce que leur réalité recèle de mythes en puissance. A commencer par les prénoms en titre des enfants, annonciateurs d épopées, pour en arriver à cette nuée de proches qui les entourent : un père alcoolique, gros bébé immature et instable, sous les pleurnicheries duquel se cache une maîtrise ès manipulations et chantage affectif ; une mère pythie perchée entre ici et ailleurs, le visage taillé à la serpe et les yeux vert émeraude fichés dans une folie qui la rend absente à elle-même, jamais plus heureuse qu à la cueillette du muguet ; enfin, Camille, une admirable jeune femme de 21 ans, d une maturité bluffante, qui parle roumain, se bat pour faire vivre son cirque, prête main-forte aux enfants, leur sert de mère, de prof, de coach, de guide, d amie. Des acteurs de haut vol, moins des personnes que des personnages déjà riches de mille fictions instinctives et qui scintillent dès qu on les place devant une caméra. Celle-ci, d ailleurs, semble d une légèreté immatérielle, sachant admirablement se faire oublier. Poème de l enfance éclaté Pris entre tous les feux, entre tous les discours, qu ils soient d intimidation ou d apitoiement, Cassandra et Spartacus résistent, se tiennent droit et avancent comme ils peuvent, dans le rayonnement de leur jeunesse. Qu ils soient des héros, c est tout ce que le film essaie de nous dire. C est peu, mais il ne faut pas oublier quel sinistre traité sociologique lesté de mauvaise conscience il aurait pu être. A la place, Nuguet entraîne sa caméra dans de subites embardées, reliant sans cesse ses personnages aux saillances du monde alentour, allant chercher tantôt un éclat de lumière, un bruissement de nature, une luisance du bitume, un recoin de chapiteau, comme pour saisir l essence d une liberté qui, malgré tout, traverse toute chose. Il en tire à l arraché un poème de l enfance éclaté et vivant, cassant les chronologies trop explicatives et les déterminismes indiscutables. p m. ma. Film français de Ioanis Nuguet. Avec Cassandra Dumitru, Spartacus Ursu, Camille Brisson (1 h 21). BOX OFFICE Nombre de semaines d exploitation Nombre d entrées Nombre d écrans Evolution par rapport à la semaine précédente Total depuis la sortie Papa ou maman La Nuit au musée Jupiter : le destin Taken % La Famille Bélier % Imitation Game % La Grande Aventure AP: Avant-première Source : Ecran Total Toute première fois % Les Souvenirs % It Follows * Estimation Période du 4 février au 8 février inclus Les spectateurs ont répondu présent à la proposition de mauvais esprit parental de Papa ou maman, propulsant cette comédie nationale en tête du classement avec plus de cinq cent mille entrées en quatre jours. La performance est d autant plus notable qu il s agit d un premier long-métrage. Ce premier de la classe tricolore est talonné par deux concurrents hollywoodiens, La Nuit au musée : le secret des pharaons et, plus lointainement, Jupiter : le destin de l Univers, qui démarre petitement pour une production d un tel calibre signée des Wachowski, il est vrai distribuée sur moins de quatre cents copies. It Follows, belle découverte horrifique d un jeune réalisateur américain, remplit en revanche son contrat en attirant cinquante mille spectateurs.

26 N 3 FÉVRIER télévisions MERCREDI 11 FÉVRIER 2015 «Chefs», une série trois étoiles Une habile intrigue vous conduit dans les coulisses des grandes cuisines S É L E C T I O N D U M E R C R E D I Divertissement FRANCE 2 MERCREDI H 50 SÉRIE Loin des émissions de téléréalité sur la cuisine qu elle a expérimentée avec «Qui sera le meilleur pâtissier?», France 2 a, sans doute, trouvé avec «Chefs», produit par Calt Productions, sa série française de référence. En six épisodes, les deux scénaristes Arnaud Malherbe (également réalisateur) et Marion Festraëts revisitent à travers une habile intrigue (dont nous ne dévoilerons rien), les coulisses des grandes cuisines françaises où l assiette est souvent parfaite pour le client, mais les rapports humains peu ragoûtants. C est après avoir visionné un documentaire sur les coulisses d un grand restaurant que ces anciens journalistes de presse écrite ont, disent-ils, décidé de se lancer dans cette série qui a été récompensée, le 7 février au Festival de la fiction de Luchon, par une «mention spéciale» dans la catégorie «meilleure série». Pendant des mois, ils ont enquêté dans les cuisines des grands chefs (Pierre Gagnaire, Guy Savoy et bien d autres), observé les bons gestes, compris la transmission du savoir et capté les rapports de force et parfois de violence entre les hommes et les femmes d une brigade souvent humiliés, toujours sous tension et en concurrence. David Toutain, étoile montante de la gastronomie, a veillé au grain pendant le tournage. Filmée quasiment en huis clos, la série évolue au fil des épisodes entre la salle du restaurant où tout n est que calme et volupté pour les sens, et la cuisine, qui a tout d une arène à l intérieur de laquelle s affrontent cuisiniers et commis sous les exigences du «chef» aux allures de matador. Anne Charrier (Delphine) et Clovis Cornillac (le chef). CHRISTOPHE CHARZAT / CALT/ FTV Série très gustative Sans abuser des métaphores culinaires, cette série est très gustative. Les scénaristes ont osé imaginé et créé un univers ou le rêve a aussi sa place. On y apprécie la subtilité de la mise en scène pour faire partager au téléspectateur la saveur et le goût d un mets. On s attarde sur une belle scène avec comme musique de fond Le Petit Bal perdu, chantée par Bourvil, ou sur les séquences à la manière des films noirs d avant-guerre avec ses «gueules cassées». Les ingrédients sont excellents et l assaisonnement scénaristique fait toute la différence. Il y a d abord l histoire que les deux auteurs ont savamment découpée avec des arches narratives qui donnent au récit une grande fluidité. Puis, il y a les personnages avec «le chef» (dont on ne connaît pas le nom), maquignon bougon aux pieds d argile qui garde jalousement ses secrets intimes et culinaires. Ce dernier est magistralement interprété par Clovis Cornillac qui tient sa brigade d une main de fer et toute la série d une main de maître. A ses côtés, de jeunes talents tels Hugo Becker (dans le rôle de Romain, jeune délinquant en probation, Prix du meilleur espoir masculin à Luchon), ainsi que Nicolas Gob ou Joyce Bibring. Et dans les seconds rôles, des acteurs confirmés qui impriment leur talent sur la série : Robin Renucci en manipulateur cynique et féroce, Annie Cordy en mamie de plus en plus pétillante, Etienne Chicot en petit truand, et la chanteuse Juliette, que tout délinquant aimerait, sans doute, avoir comme agent de probation. La série s arrête sur une séquence qui ouvre la suite pour une deuxième saison à ce «Chefs» qui, une nouvelle fois, renforce la qualité des séries françaises. On attend donc la suite avec impatience. p daniel psenny Chefs, créée par Arnaud Malherbe et Marion Festraëts. Avec Clovis Cornillac, Hugo Becker, Anne Charrier (Fr., 2015, saison 1, 2/6 x 52min). Les caméras planquées de François Damiens en Corse Le comédien n a pas son pareil pour titiller, agacer le quidam qu il croise, grimé ou non, voire lui faire gober des choses improbables. Telle cette dame à l aéroport, prête à voyager en soute avec un chien pour éviter de prendre place aux côtés de détenus de la prison de Bordeaux. Ce soir, sur l île de Beauté, les zygomatiques seront à la fête. D8 20 H 50 Magazine La Maison France 5 Direction le Calvados pour visiter le château les Parcs fontaines, à Deauville. La visite sera ponctuée de nombreux reportages sur le Salon Maison & Objet ou l art d aménager une chambre supplémentaire, sur le mobilier évolutif qui s adapte au fil du temps à l âge des enfants, ou encore Alice Riehl, sculptrice de porcelaine. FRANCE 5 20 H 40 Film La Vengeance Le mystère du couple ou l enfer selon Kubrick Pour son dernier film, le réalisateur américain a renoncé à trouver une solution au conflit dont il s est emparé OCS CITY MERCREDI 11-20H40 FILM Le dernier film de Stanley Kubrick a reçu de telles attentions qu on aurait pu en conclure que les discours autour de lui finiraient par rendre plus ordinaire sa découverte. Au contraire. Kubrick ne se contente pas de satisfaire notre curiosité, il en fait l un des sujets d Eyes Wide Shut. Tourné à Londres et situé dans un New York reconstitué à la perfection, créant du coup un onirisme qui sied bien à Rien qu un rêve, la nouvelle de Schnitzler adaptée par Kubrick, Eyes Wide Shut s ouvre sur un magnifique appartement de l Upper West Side. Là, Alice (Nicole Kidman) se déshabille puis revêt une robe de soirée. Elle doit se rendre avec son mari, le docteur Bill Harford (Tom Cruise), à une fête de Noël organisée par Victor Ziegler, homme énigmatique interprété par Sidney Pollack. On ne le sait que trop, le sujet d Eyes Wide Shut est le sexe, même s il est ici une préoccupation d ordre mental. Dans l une des scènes les plus impressionnantes, Bill et Alice reparlent de leur soirée de Noël en fumant un joint. Irritée ou peut-être stimulée par l acharnement de son mari à lui expliquer qu il ne la tromperait jamais, Alice se lance dans une longue tirade sur le mariage, la jalousie et la différence entre les sexes. Couple authentique Bill la regarde démolir ses certitudes puis lui avouer la forte attirance sexuelle qu elle a éprouvée un jour pour un officier de marine. Un désir irrépressible qui l aurait, sur le moment, poussée à laisser tomber sa famille pour le suivre. Cette scène montre très bien pourquoi Kubrick tenait à engager un couple authentique tant la gêne de Cruise est palpable à l écran. Le choix de l acteur pour ce qui était annoncé par la Warner en 1995 comme un «thriller sexuel» apparaissait comme des plus étranges. Or, Kubrick a offert à Tom Cruise un rôle pour lequel il ne pouvait manifester que les plus grandes qualités : un homme impuissant, refusant le passage à l acte, toujours placé en infériorité vis-à-vis de ses partenaires. Le nanisme de Tom Cruise est l un des effets visuels les plus saisissants du film. Cet écrasement progressif de la figure d une star, la mise en pièces de son machisme n était donc envisageable qu avec un comédien qui portait en lui cet amoindrissement. p samuel blumenfeld Eyes Wide Shut, de Stanley Kubrick. Avec Tom Cruise, Nicole Kidman, Sidney Pollack (Etats-Unis, 1998, 160 min). aux deux visages de Marlon Brando (Etats-Unis, 1961, 135 min). Avec Marlon Brando, Karl Malden, Katy Jurado. L histoire d une implacable vengeance : celle de Rio, un ancien pilleur de banques évadé de prison, sur Dad Longworth, son complice, parti avec le butin du vol d une banque. Un curieux western psychologique où Brando, dans son unique réalisation, traite de conflits névrotiques à partir du thème de l homme solitaire et signe un film qui déjoue les conventions du genre. OCS GÉANTS 20 H 40 GRILLE N PAR PHILIPPE DUPUIS I II III IV V VI VII VIII IX X SOLUTION DE LA GRILLE N HORIZONTALEMENT I. Rentre-dedans. II. Ibéride. Aria. III. Mémo. RPR. Tel. IV. Arêtières. V. Ile. Editions. VI. Lu. Anomalies. VII. La. Caner. Goa. VIII. Este. Sedan. IX. Usure. Seront. X. Refend. Sénés. VERTICALEMENT 1. Rimailleur. 2. Eberluasse. 3. Némée. Tuf. 4. Trot. Acéré. 5. Ri. Iéna. En. 6. Edredons. 7. Déprimées. 8. Retardes. 9. Da. Sil. Are. 10. Art. Oignon. 11. Nie. Néo. Ne. 12. Salissants. HORIZONTALEMENT I. Permet de trouver la diférence. II. Lui-même et pas autre chose pour les philosophes. Descend des monts Cantabriques. III. Un peu de stress. On l imagine grosse, vieille et moche. IV. Le juste milieu. En mer Egée. V. Laisse de côté. Pas bien élevées. VI. On en tombe de bonne heure. Le soleil levant lui a fait bonne impression. Parti au pouvoir. VII. Enveloppés la vie durant. Se déplace jusqu à nous. Bâtisseur de pyramides. VIII. Toujours bien inspirée. Est sous les drapeaux. IX. Suit la dizaine. Engendra Zéphyr et l Etoile du Matin. X. Passages du privé à la nation. VERTICALEMENT 1. Dès que ça bouge, il se remue. 2. Font au mieux. 3. Dans nos habitudes. Réfractaire au laboratoire. Fit l innocent. 4. Laissât sur place. Familier de Hanoï. 5. Cuisine de Provence. Grande et belle de Floride. 6. Lettres de retrait. De beaux draps pour partir. 7. Légère, très légère. 8. Mesure pour un ichier. Fait la liaison. 9. Avait prise. Personnel. 10. A fait chanter l Aiglon. Circule aux Philippines. 11. Refuge en cas de crise. Première victime des gaz de combat. 12. Rendis indispensable. SUDOKU N & CIVILISATIONS AFRIQUE 4800 F CFA; ANTILLES-RÉUNION 6,50 ; BELGIQUE LUXEMBOURG 5,95 ; CANADA 8,95 $CAN; LIBAN LBP ; MAROC 60 MAD ; SUISSE 9,50 CHF; TUNISIE 12 DTU; PORTUGAL 6,50. & CIVILISATIONS ET VENISE SORTIT DE L EAU COMMENT LA CITÉ DES DOGES S EST IMPOSÉE LE CODE DE HAMMURABI AVANT MOÏSE, LES PREMIÈRES TABLES DE LA LOI SOLIMAN ET ROXELANE L AMOUR D UN SULTAN ET D UNE ESCLAVE NAPOLÉON LA FOLLE RECONQUÊTE DES CENT-JOURS NOUVEAU Chaque mois, un voyage à travers le temps et les grandes civilisations à l origine de notre monde CHEZ VOTRE MARCHAND DE JOURNAUX 0123 est édité par la Société éditrice du «Monde» SA Durée de la société : 99 ans à compter du 15 décembre Capital social : ,70. Actionnaire principal : Le Monde Libre (SCS). Rédaction 80, boulevard Auguste-Blanqui, Paris Cedex 13 Tél. : Abonnements par téléphone : de France (0,34 TTC/min) ; de l étranger : (33) ; par courrier électronique : Tarif 1 an : France métropolitaine : 399 Courrier des lecteurs blog : ; Par courrier électronique : Médiateur : Internet : site d information : ; Finances : ; Emploi : Immobilier : Documentation : http ://archives.lemonde.fr Collection : Le Monde sur CD-ROM : CEDROM-SNI Le Monde sur microfilms : La reproduction de tout article est interdite sans l accord de l administration. Commission paritaire des publications et agences de presse n 0717 C ISSN Présidente : Corinne Mrejen PRINTED IN FRANCE 80, bd Auguste-Blanqui, PARIS CEDEX 13 Tél : Fax : Imprimerie du «Monde» 12, rue Maurice-Gunsbourg, Ivry cedex Toulouse (Occitane Imprimerie) Montpellier («Midi Libre»)

27 MERCREDI 11 FÉVRIER 2015 styles 27 Photographie extraite de la série «Two Directions». MAIA FLORE/AGENCE VU C A R N E T D E R O U T E Combiné Tanzanie-Zanzibar pour baroudeurs amoureux Visite des parcs de Tarangire et du Serengeti ainsi que du cratère de N Gorongoro avec un chauffeur-guide privé francophone. Ce séjour inclut quatre nuits en Tanzanie, dont deux au Tarangire Treetops, avec ses lodges de luxe dans les arbres. Extension au Zanzibar dans l une des quinze villas privées du Kilindi. A partir de euros TTC par personne pour dix nuits, vol inclus. Ateliersduvoyage.com Insolite, aventurier, seul ou à plusieurs, le voyage de noces s est adapté aux nouveaux contours du couple et de la famille Les itinéraires bis de la lune de miel Robinson chic à Angkor et Song Saa Private Island Cette formule comprend la visite du mythique ensemble de temples khmers, dont un survol en ballon, et une promenade en bateau sur le Tonlé Sap, avant trois nuits dans l antichambre du paradis. Guide privé francophone. A partir de euros par personne pour sept nuits/dix jours, vol inclus Voyageursdumonde.fr Duo en quête de frisson : lagon ou raid lapon? Villa sur pilotis de 259 m 2 à plancher de verre avec accès direct sur le lagon d une île atoll des Maldives ou raid au guidon d une motoneige dans la nature lapone dont une nuit emmitouflés dans une cabane en bois? Lagon à partir de euros par personne pour sept nuits/ dix jours en petit déjeuner. Raid à partir de euros/personne pour sept nuits en pension complète. Vols non inclus. Votrevoyage.fr VOYAGE Dans les agences de voyages, les «Nous nous marions en juin, mais ne partirons qu en janvier» pour des critères climatiques inhérents à la destination cohabitent avec «Les Maldives? Franchement, si on pouvait éviter» Les envies de lune de miel changent. Outre-Manche et outre-atlantique notamment, de nouveaux concepts émergent, parfois détonants. Au rayon minimaliste, la «minimoon», lune de miel éclair de quelques jours. Dans un registre convivial, celle qu on appelle la «buddymoon» est à partager entre amis. Le «honeyteering» désigne, lui, un voyage de noces consacré à une cause humanitaire ou écologique Plus étonnante encore, la société japonaise Cerca propose à ses clientes le «solo wedding», ou mariage en solitaire. En fait de jour J, c est un ersatz qui est proposé à ces femmes célibataires, facturé tout de même euros. La soif d originalité aurait-elle définitivement enterré la lune de miel à papa? La solution du «entre amis» Archétype de ces nouveaux noceurs, la blogueuse française Nathalie Bernard, La Mariée en colère, revendique son approche à contre-courant des préparatifs du mariage. A cette aune, elle a expérimenté le buddymoon avec un couple d amis. Et conclut : «Entre potes, ce n est pas du tout la même chose, mais ce sont aussi des crises de fou rire et des moments intenses.» De surcroît, voyager à plusieurs mutualise budget et aptitudes de chacun. «Se retrouver loin de chez soi avec des amis permet de se sentir plus en sécurité», confie Nathalie Bernard, qui souligne aussi des intérêts plus triviaux, comme la possibilité de se reposer sur les éventuelles compétences linguistiques de compagnons de voyage. Pratique pour les cancres en anglais. «Dans les années 1960, seuls 10 % des nouveaux mariés avaient connu une période de cohabitation préalable au mariage ; au début des années 1980, 60 % d entre eux étaient dans ce cas», souligne Michel Bozon, directeur de recherche à l Institut national d études démographiques, dans «Sociologie du rituel du mariage» (Population, 1992). Si le sociologue observe que le passage par une période de vie commune avant le mariage modifie le contexte et le contenu du rite matrimonial, Agnès Seban, directrice artistique du Salon du mariage, à Paris, fait un parallèle similaire avec le voyage de noces. «Il est rarissime que le couple nouvellement marié ne vive pas déjà ensemble et ne soit jamais parti en voyage, constate-t-elle. Mais la lune de miel est un projet particulier que le couple n a encore jamais réalisé.» «On sort de plus en plus du voyage standard les pieds dans l eau aux Seychelles ou aux Maldives pour vivre une expérience originale, partir à l aventure, vers des destinations insolites», constate Eric La Bonnardière, cofondateur du site Evaneos.com, formule en «contrepied du voyage standardisé». Toutefois, ceux qui s inscrivent dans cette tendance aventurière La société japonaise Cerca propose à ses clientes le «solo wedding», ou mariage en solitaire, facturé euros sont majoritairement des voyageurs experts aux demandes plutôt exceptionnelles : un lodge au Zimbabwe construit sur un sommet avec accès par passerelle privative, quand ce n est pas un dîner aux chandelles au beau milieu de la jungle guyanaise avant une expédition nocturne d observation des caïmans. Voyage de noces en famille «Ceux pour qui c est le premier beau voyage, qui se sont limités jusqu alors à l Europe, privilégient, eux, une destination standard», confirme M. La Bonnardière. «Le budget alloué au voyage de noces est plutôt conséquent, note-t-il, c est souvent la première occasion pour nos clients, de 25 à 35 ans en moyenne, de se lâcher et de vivre des expériences fortes.» Emilie de Beaumont, directrice marketing de l agence de voyages spécialiste du sur-mesure Voyageurs du monde, reconnaît que les requêtes qu elle reçoit sont dans l ensemble «assez classiques» et convient que «les dix jours de découverte associés aux cinq jours de balnéaire restent le nerf de la guerre». Mais on observe aussi une progression notable du voyage de noces en famille. Il concerne tant les familles recomposées que les couples avec enfants en bas âge qui prorogent leurs justes noces ou que les couples de longue date, mariés sur le tard, accompagnés de leurs adolescents. «Si les Seychelles et la Polynésie sont la carte postale du voyage de noces», selon Emilie de Beaumont, les couples accompagnés de leurs enfants font le choix du culturel et du balnéaire vers des destinations relativement adaptées au séjour en famille, et sûres, comme l Asie du Sud-Est, la Thaïlande, l Indonésie ou la Tanzanie. «Ce qui n exclut pas qu un séjour commencé avec les enfants soit suivi par un quatre à cinq nuitées en duo dans un bel hôtel», constate-t-elle. Les «honeymooners» privilégient également les adresses impliquées «dans la politique environnementale ou sociale. Ils sont très sensibles à ces critères, mais il faut que cela reste dans la dimension du plaisir. S ils font les vendanges, par exemple, explique M me de Beaumont, ce n est pas tant pour le tissu social que pour l expérience qu ils pourront relater à leur retour». Nombre de professionnels confirment que les voyageurs sont en quête d authenticité et cherchent à donner du sens à leur escapade à deux : «A leur retour, ils valoriseront davantage l hébergement et le repas pris chez l habitant qu ils n évoqueront les moments exclusifs, un peu narcissiques, partagés à deux.» Si la lune de miel tend à sortir des sentiers battus, les classiques perdurent. «La demande type cible un voyage de noces original et, au final, on retrouve toujours les trois ou quatre mêmes architectures de voyage», s amuse Emilie de Beaumont. p marlène duretz Fairedelaculture votrevoyage IMMATRICULATION N :IM

28 MERCREDI 11 FÉVRIER 2015 suite de la première page FRANCE CHRONIQUE par gérard courtois Nicolas Sarkozy, en panne de GPS QUAND ON A GÉRÉ LES AFFAIRES DE LA FRANCE ET DU VASTE MONDE, IL N EST PAS TRÈS GRATIFIANT DE SE COLTINER CES ARRIÈRE-CUISINES ÉLECTORALES ET PARTISANES Il y eut ensuite ces maudits attentats terroristes de début janvier. Depuis deux ans, Nicolas Sarkozy répétait à qui voulait l entendre que son successeur n était pas à la hauteur de la fonction. François Hollande lui a apporté un démenti cinglant lors de ces événements dramatiques. L actuel chef de l Etat a pleinement assumé son rôle, tandis que l ancien, jouant des coudes pour figurer au premier rang de la manifestation du 11 janvier à Paris, était la risée du monde entier. Piteux résultat, au match de la «présidentialité». Enfin, vint cette calamiteuse élection législative partielle du Doubs. Dès le premier tour, le 1 er février, son candidat était écarté par le FN et le PS, alors que l UMP s était qualifiée pour le second tour dans toutes les partielles organisées depuis En guise d «effet Sarkozy» sur les électeurs de droite, on pouvait rêver mieux! Quant à être le meilleur rempart contre l extrême droite, ce dont s est toujours targué l ancien président de la République, le résultat parle de lui-même : non seulement la candidate du FN a progressé de près de 9 points au premier tour par rapport à 2012, mais elle a encore amélioré son score de plus de voix au second tour et frôlé la victoire. Or, elle ne s est pas contentée de mobiliser des abstentionnistes du premier tour ; elle a également attiré sur son nom bon nombre d électeurs de droite. Manœuvre surprenante Il est vrai que ceux-ci avaient de quoi être déroutés par le psychodrame qui a agité l UMP pendant cet entre-deux-tours. Dès le 2 février, plusieurs caciques en particulier Nathalie Kosciusko-Morizet et Alain Juppé ont sèchement récusé la stratégie «ni FN ni PS» en vigueur depuis les cantonales de Sans craindre de heurter la majorité des cadres et militants de l UMP, ils ont affirmé haut et fort que la priorité était de faire barrage au Front national, quitte à voter pour le candidat socialiste. En réponse, Nicolas Sarkozy a engagé une manœuvre surprenante. Alors qu il avait lui-même imposé le «ni-ni» à ses troupes il y a quatre ans, il a défendu une position moins tranchée, recommandant aux électeurs de droite de ne pas voter pour le FN, mais, pour le reste, de faire ce qui leur chantait. Loin d apaiser les tensions, cette attitude ondoyante les a exaspérées. Pis, elle a été écartée par son propre bureau politique, qui a voté un retour au strict «ni-ni». L épisode est surréaliste quand on songe à l impérieuse autorité exercée par M. Sarkozy sur son camp pendant des années. Reste à comprendre ce faux pas. Il peut résulter, d abord, d une certaine lassitude. Quand on a, cinq ans durant, géré les affaires de la France et du vaste monde, il n est sans doute pas très gratifiant de se coltiner ces arrière-cuisines électorales et partisanes. D ailleurs, comme pour s en évader, Nicolas Sarkozy n a pas renoncé, le 2 février, à s envoler vers Abou Dhabi pour y faire une conférence rémunérée, au moment même où son parti se déchirait. Etonnante désinvolture. Deuxième explication, privilégiée par le président de l UMP : son attitude relève d une «stratégie réfléchie». Pour remporter la primaire de la droite en 2016, puis la présidentielle en 2017, il a besoin d un parti rassemblé. Tout risque de dispersion, voire d explosion de son camp serait rédhibitoire et doit être écarté, même au prix d inhabituelles concessions aux uns ou aux autres. L Elysée, demain, vaut bien quelques camouflets, aujourd hui. En outre, dès lors qu il considère la gauche disqualifiée et la présence de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle plus que plausible, Nicolas Sarkozy sait qu il aura besoin, pour l emporter, des voix du centre et d une partie de la gauche. Autant, dès à présent, leur donner des gages en se montrant moins droitier qu il ne le fut. On peut douter, cependant, que l ancien président ait vraiment évolué. Bien sûr, il a eu ce ferme propos, le 7 février, devant le conseil national de l UMP : «Jamais je ne chercherai à copier des gens pour qui je n ai pas de respect : je pense aux dirigeants du FN.» Comment oublier, pourtant, que copier le FN fut précisément ce qu il fit durant sa campagne de 2012, jugeant «Marine Le Pen compatible avec la République» et épousant sans vergogne ses thèmes, ses obsessions et son langage. p FRANCE-MAROC : FIN DE LA BROUILLE La brouille est un classique des relations franco-marocaines. A intervalle régulier, Paris et Rabat s offrent une bonne petite crise. Comme si, entre la République française et la monarchie alaouite, vieux couple s il en est, on était condamné à ces périodes de tension, puis à se rabibocher avec la même nécessité. Il en fut ainsi au milieu des années 1960, lors de l assassinat à Paris du chef de l opposition marocaine, Mehdi Ben Barka, au début des années 1980 encore, puis dix ans plus tard avec le livre de Gilles Perrault Notre ami le roi (Gallimard, «Folio»), pour ne citer que quelques exemples. La brouille franco-marocaine a cela de commun avec le jasmin au printemps : elle ne dure pas, pour des raisons liées à l Histoire, la proximité géographique et les relations humaines. C est ce que nous venons de vivre avec le dernier épisode de la saga. François Hollande a reçu, lundi 9 février, le roi Mohammed VI, pour mettre un terme à un différend vieux d un an. Cette fois, le «partenariat d exception» franco-marocain a été malmené en février 2014, avec la venue de policiers français à la résidence de l ambassadeur du Maroc à Neuilly afin d y Tirage du Monde daté mardi 10 février : exemplaires remettre une convocation visant Abdellatif Hammouchi, le patron du contre-espionnage marocain, accusé de «complicité de torture» par deux ressortissants marocains. Colère de Rabat, qui décida de suspendre l accord de coopération judiciaire liant la France et le Maroc. Plusieurs autres incidents diplomatiques suivirent, mettant tous en cause de hauts responsables marocains. En mars 2014, le chef de la diplomatie, Salaheddine Mezouar, a fait l objet d un contrôle inopiné à l aéroport de Roissy - Charles-de-Gaulle. Sur fond de rivalité historique algéro-marocaine et de rapprochement de la France avec l Algérie dans le cadre de sa lutte contre le terrorisme au Sahel, la brouille a pris de l ampleur. Il a fallu deux journées de travail entre les ministres de la justice pour signer un nouvel accord de coopération judiciaire. Sans doute peut-on reconnaître une certaine maladresse diplomatique de la part de Paris dans cette affaire. Fallait il pour autant suspendre un accord judiciaire dont dépend le quotidien de tant de personnes de chaque côté de la Méditerranée? Car, au cœur de cette vieille relation, il y a bien autre chose que des enjeux stratégiques ou économiques communs. Il y a une proximité humaine exceptionnelle : 1,3 million de Marocains résident en France, plus de Français au Maroc. Le gel de la coopération a affecté de nombreux aspects de cette histoire : mariages mixtes, déplacements d enfants, prisonniers en attente de transfèrement, enquêtes en cours, échange de renseignements dans la lutte antiterroriste. La brouille ne pouvait durer. Entre la République et la monarchie, les sensibilités peuvent être différentes, les susceptibilités à vif, les pratiques judiciaires ô combien différentes, mais l addition des intérêts communs finit par l emporter. Tant mieux. p

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