à l attention des investisseurs professionnels Réflexions sur l isr Pour une gestion à valeur ajoutée Volume 3

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1 à l attention des investisseurs professionnels Réflexions sur l isr Pour une gestion à valeur ajoutée Volume 3

2 L ISR : sujet d avenir et thématique en devenir Les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance continuent de progresser et restent malgré la crise fermement ancrés dans les préoccupations des investisseurs. Philippe Marchessaux PDG, BNP Paribas Investment Partners Face à ces évolutions, BNP Paribas Investment Partners poursuit sa démarche d Investisseur Responsable, entamée il y a plus de dix ans. Conformément aux engagements de notre Charte RSE, nous avons mis en œuvre dans nos gestions collectives un ensemble de critères ESG fondés sur le respect du Pacte mondial des Nations Unies. Ces critères, complétés par des normes strictes encadrant les investissements dans les domaines les plus controversés de l économie, constituent aujourd hui un référentiel unique pour l ensemble de nos équipes de gestion. En complément de cette approche transversale, et pour les clients soucieux de donner plus de sens à leur épargne, nous restons fermement convaincus de la valeur ajoutée de stratégies ISR centrées sur les émetteurs et secteurs d activité à la pointe du développement durable. Un an après la parution du deuxième recueil d articles consacrés à l ISR, nous abordons dans ce troisième volume de Réflexions sur l ISR- Pour une gestion à valeur ajoutée un ensemble de questions liées à la responsabilité sociale, la gouvernance d entreprises et l environnement. Nous abordons également ces enjeux sous le prisme des marchés émergents et de la dette souveraine, et complétons notre tour d horizon par un bilan des attentes des institutionnels, acteurs historiques de l ISR, mais aussi des particuliers pour lesquels l impact social et environnemental des fonds est un élément central. Plus qu un idéal ou un acte de foi, le développement durable et l investissement responsable sont devenus une réalité quotidienne. Les solutions sont riches et variées. Il nous revient de les mettre en œuvre, dans ce que nous faisons et dans ce que nous sommes. Bonne lecture!

3 NotRE DéMARChE d investisseur ResPonsable Dans une société en mutation, être gérant d actifs de premier plan nous engage et nous donne des responsabilités. Notre démarche de Responsabilité Sociale et Environnementale (RSE) vise à concilier la performance attendue par nos clients avec les nouveaux enjeux sociaux et environnementaux de ce monde qui change. Elle se structure en deux axes d engagement : 1. Promouvoir des solutions d investissement à valeur sociétale étendue 2. Viser l exemplarité dans notre organisation et notre fonctionnement En intégrant ces enjeux à nos modes de gestion - ce que nous faisons - nous renforçons notre expertise de contrôle des risques tout en identifiant de nouvelles opportunités de croissance. En les appliquant à notre organisation et à son fonctionnement - ce que nous sommes - nous inscrivons l entreprise dans une dynamique de progrès sur le plan de la gestion de ses ressources humaines, de son impact sur l environnement, et de sa relation avec la société. La poursuite de notre engagement s effectue en concertation avec les différentes parties prenantes de l entreprise que sont ses collaborateurs et partenaires sociaux, ses clients et distributeurs, ainsi que les conseillers en investissement et organismes professionnels. Notre engagement RSE s inscrit dans une démarche d amélioration constante et se nourrit d échanges de bonnes pratiques par notre participation aux travaux des instances de places. Elle s appuie sur les Principes de l Investissement Responsable des Nations Unies (UN PRI) dont BNP Paribas Investment Partners est signataire, et s inscrit en cohérence avec la Charte de Responsabilité et les engagements de BNP Paribas pour le développement durable. Un Comité de pilotage, placé sous la responsabilité du Comité Exécutif, coordonne le déploiement et le suivi de nos actions RSE. Chaque année, nous rendrons compte publiquement des progrès et résultats de notre démarche RSE. Philippe Marchessaux Administrateur Directeur Général de BNP Paribas Investment Partners BNP Paribas Investment Partners - Réflexions sur l ISR, pour une gestion à valeur ajoutée - Octobre 2013 I 3 I

4 sommaire Responsabilité sociale 6 Fabriquer la ville de demain 8 L emploi : le retour des territoires 10 économie sociale et solidaire - Donner un autre sens à son épargne 14 Des investissements qui offrent aussi des rendements sociaux 20 Gouvernance d entreprise 24 La gouvernance d entreprise en Asie émergente 26 Inciter les entreprises à devenir des citoyennes exemplaires 30 Environnement 36 Ressources rares et environnement 38 Vers une meilleure utilisation des ressources 41 Investir dans l eau 46 Cap vers l immobilier durable 50 Gaz de schiste : de nouvelles opportunités pour les compagnie du secteur de l eau 58 Marchés émergents 60 Le Local Content : une panacée à la «malédiction» du pétrole 62

5 Dette souveraine 68 L impact de notre recherche ISR sur la performance obligataire 70 Opinions d investisseurs 76 Investir aujourd hui pour construire demain 78 Mieux valoriser l ISR 84 Zoom sur les expertises ISR de BNPP IP 86 Directeur de Publication : Philippe Marchessaux Responsable Editorial : Anthony Finan Coordination Rédactionnelle : Andrew Craig Conception & Réalisation : Studio Graphique BNPP IP Traductions : Tectrad, CPW Willemetz, Christian Prist

6 La responsabilité sociale d entreprise traite du respect des droits de l Homme, des normes de travail, de la gestion des ressources humaines et de la lutte contre la corruption. Elle revêt un caractère d autant plus important lors des phases de ralentissement économique et pour les entreprises dans les secteurs «à fort impact» social.

7 ResPonsabilité sociale

8 I Convictions I Fabriquer la ville de demain Le développement des villes est un défi crucial à l heure où espace et ressources deviennent des denrées rares. La gestion efficace des grands complexes urbains jouera donc un rôle majeur pour les économies, l environnement, la culture et la politique. La ville, aimant de l Humanité Une personne sur deux vit dans une ville. D ici 2030, les villes concentreront plus de six habitants sur dix selon les projections des Nations Unies 1. L Homme va donc être amené à repousser les limites de la ville. On ne peut s empêcher d imaginer un «entassement sans âme». On pense aussi aux graves défis sanitaires et infrastructurels, puisque les réseaux de transport et d assainissement, entre autres, âgés parfois de plus d un siècle, devront supporter l explosion du nombre de leurs usagers. Les villes sont aussi des vecteurs d échanges économiques et culturels, dont l importance pour la société doit se refléter dans les standards de vie urbains. Croissance démographique 9,0 8,0 8,13 7,0 6,46 6,0 Population totale Population urbaine 5,0 4,07 4,94 4,0 3,0 2,52 2,55 3,31 3,15 3,19 2,0 Population rurale 1,79 1,52 1,0 0,0 0, Source: Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies/Division de la population, Perspectives de l urbanisation mondiale : la Révision 2005 Population (milliards) Comme au Moyen-âge, la montée en puissance des villes se fait aux dépens des Etats. Les villes sont devenues des géants économiques : selon une étude de McKinsey 2, les 600 plus grandes villes mondiales concentrent 1,5 milliard d habitants (21 % de la population mondiale) et 50 % du PIB mondial. Dès 2025, elles abriteront 2 milliards d habitants, soit un quart de la population, et 60 % du PIB mondial. Les villes sont en perpétuelle concurrence pour attirer les investissements, mais elles se battent aussi 1 Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies/Division de la population, Perspectives de l urbanisation mondiale : la Révision 2005 I 8 I BNP Paribas Investment Partners - Réflexions sur l ISR, pour une gestion à valeur ajoutée - Octobre 2013

9 ResPonsabilité sociale pour garantir leur accès à des ressources et des espaces de plus en plus rares. De l expansion à l intensification Le XX e siècle a été celui de l expansion territoriale des villes, propulsée par le développement de l automobile. Les évolutions du XXI e siècle devront s en tenir aux limites géographiques existantes, alors que les territoires qui «nourrissent» la ville sur les plans de l agriculture ou de l eau et la «fournissent» en production manufacturière ou en loisirs, se mesurent sur une échelle de 300 à 600 km, soit 1 ou 2h de TGV. Ce nouveau paradigme constitue surtout un avantage pour les villes au passé industriel et dotées de friches à réhabiliter, comme le montre l exemple du Havre ces 20 dernières années. Gouvernance d entreprise environnement La sobriété énergétique est une nouvelle priorité. L ambition du «tout recyclage» et de l autosuffisance énergétique a gagné en maturité, en partie parce qu il existe maintenant des solutions industrielles pour récupérer, par exemple, l énergie produite par la chaleur des eaux usées. Les mégapoles doivent s assurer un accès portuaire, car 85 % du transport mondial de marchandises transitent aujourd hui par la mer. C est ainsi qu en Chine, Pékin, en concurrence avec Shanghai pour l hégémonie économique dans le pays, développe le port de Tianjin, relié à la capitale par un TGV. En France, le projet du Grand Paris rejoint la vision de Napoléon Bonaparte, qui, en 1802, prétendait que Paris, Rouen et Le Havre formaient une seule et même ville dont la Seine était l artère principale 3. La gouvernance Une ville forte doit se doter d un leadership fort. Michael Bloomberg (New York), Boris Johnson (Londres) ou Bertrand Delanoë (Paris) sont des personnalités fortes, mais ce n est pas le seul ingrédient nécessaire. Les autorités locales devront centrer leurs efforts sur la gouvernance, la transparence, la démocratie et le dialogue pour pouvoir développer les infrastructures et les services qui feront leur attractivité économique et environnementale de demain. Septembre 2012 marchés émergents dette souveraine opinions d investisseurs 2 Mckinsey global Institute Megacity Challenges Study, Siemens study_megacities_en.pdf 3 BNP Paribas Investment Partners - Réflexions sur l ISR, pour une gestion à valeur ajoutée - Octobre 2013 I 9 I expertise isr

10 I convictionsi L emploi : le retour des territoires La 8 e édition du Cercle du développement durable 1 a traité d un sujet déterminant : les Hommes et le travail. Afin de mieux comprendre ce thème complexe et les mutations du tissu industriel ainsi que leur impact sur l emploi et les territoires, un état des lieux des délocalisations est nécessaire. Nous envisagerons ensuite les solutions qui semblent les plus appropriées pour reconquérir l emploi et les territoires. Depuis le début de la crise en 2007, l explosion du chômage dans les pays occidentaux et notamment européens alimente la peur sur l avenir de l industrie. Si, plus de 2,5 millions d emplois industriels ont été perdus en France en trente ans, la tendance semble s être accélérée depuis cinq ans. Selon une idée reçue, les délocalisations expliqueraient ces crises industrielles en France et sur les territoires, ouvrant implicitement le procès de la mondialisation. Or, «les délocalisations ne se traduisent pas nécessairement par des désindustrialisations», avertit El Mouhoub Mouhoud, professeur à Paris Dauphine et spécialiste des questions de mondialisation. Mutations industrielles et délocalisation Deux grands types de délocalisation doivent être distingués. La première catégorie, la plus large, regroupe les investissements directs à l étranger (IDE). Véritable substitution à la conquête de marchés étrangers par l exportation, les IDE sont une réponse des entreprises à l atonie de la demande sur leurs propres marchés domestiques. «Le centre de gravité de la croissance s étant déplacé en Asie, les entreprises ont tendance à aller chercher cette croissance là où elle se trouve», résume El Mouhoub Mouhoud. Sans lien avec les questions de compétitivité-coût ou de différences de coûts de maind œuvre, cette logique d accès au marché n est pas forcément défavorable à la France, elle-même destinataire de nombreux IDE. La seconde catégorie de délocalisation qualifiée de «délocalisation verticale» pose plus cruellement la question du coût du travail. Version moderne et globale de la théorie des avantages comparatifs de David Ricardo 2, elle «consiste à segmenter une chaîne de production en morceaux depuis la conception jusqu à l assemblage final, à délocaliser certains segments de production dans les pays à main d œuvre peu chère 1 évènement incontournable pour les adeptes de l investissement responsable, le Cercle du Développement Durable favorise rencontres et dialogues entre des experts, des investisseurs et des professionnels de la gestion d actifs sur les grandes thématiques de demain et leurs conséquences pour les placements à long terme. La 8e édition intitulée «L emploi : le retour des territoires» s est tenue le 21 novembre David Ricardo est un économiste britannique du XIXe siècle. Il publie en 1817 «Des principes de l économie politique et de l impôt» dans lequel il énonce la théorie associée à l avantage comparatif. I 10 I BNP Paribas Investment Partners - Réflexions sur l ISR, pour une gestion à valeur ajoutée - Octobre 2013

11 ResPonsabilité sociale et à réimporter le produit fini pour une commercialisation en France, en Europe ou aux états-unis», analyse El Mouhoub Mouhoud. Avec in fine, le remplacement de l emploi dans les territoires par l emploi dans les pays à bas salaire. Rarement liée à des investissements directs à l étranger à peine 5 % des IDE français, cette logique de délocalisation verticale ou de sous-traitance internationale peut prendre plusieurs formes. Une entreprise envoie à l étranger les segments de fabrication qui nécessitent une main-d œuvre importante pour l assemblage avant de réimporter des produits finis qui seront commercialisés en France. Plus pernicieuse est une deuxième catégorie de délocalisation verticale, mise en œuvre par 30 % à 40 % des entreprises. La délocalisation vers les pays à bas salaires s accompagne alors d un alignement du prix de vente final du bien réimporté sur le coût de production français. aux impacts locaux parfois très lourds Dès lors, les délocalisations sont-elles vraiment la cause principale des destructions d emplois en Occident? «Pas plus de 2 % à 3 % des emplois qui disparaissent», calcule El Mouhoub Mouhoud. Rappelant que les emplois manufacturiers ne représentent que 12 % du total des emplois en France contre 75 % pour les services, 7 % pour la construction et 4 % pour l agriculture et l agroalimentaire, il pointe du doigt «Les délocalisations ne se traduisent pas nécessairement par des désindustrialisations.» El Mouhoub Mouhoud le progrès technique et les gains de productivité comme principaux facteurs des autres destructions d emplois. En revanche, les conséquences locales peuvent être très douloureuses. 20 % des 348 zones d emploi recensées par l Insee en France sont frappées par des délocalisations. Les impacts sont parfois terribles avec 80 % à 100 % des emplois locaux touchés. En cause? Trop de mono-activité du territoire, des coopérations décevantes entre grands groupes et PME, et un manque de mobilité du travail, dix fois plus faible en France qu aux états-unis. Reconquérir l emploi dans les territoires La tendance est-elle inéluctable? Les délocalisations sont-elles aggravées par des choix collectifs peu clairvoyants? L examen des différences France-Allemagne est éclairant, Gouvernance d entreprise environnement marchés émergents dette souveraine opinions d investisseurs BNP Paribas Investment Partners - Réflexions sur l ISR, pour une gestion à valeur ajoutée - Octobre 2013 I 11 I expertise isr

12 afin d adopter les meilleures solutions et de sonner la mobilisation. Toutefois, il faut veiller à ne pas surestimer le potentiel des relocalisations. L enseignement des différences franco-allemandes. Face à l enjeu de l emploi industriel, les différences sont nettes de part et d autre du Rhin. En Allemagne, 20 % de l emploi demeure industriel, grâce notamment à entreprises de taille intermédiaires (ETI) de 250 à salariés contre en France. On compte en France moins de ETI industrielles familiales, à comparer à un chiffre cinq fois plus élevé en Allemagne. Selon El Mouhoub Mouhoud, l Allemagne déploie une spécialisation séculaire dans les biens d équipement et les biens intermédiaires, «ce qui fait la force de son industrie et de ses exportations. En revanche, la France a connu une spécialisation complète dans l industrie, avec la perte d avantages dans les biens de consommation. Elle a conservé la spécialisation dans l ultra-haute technologie, mais rien entre les deux, à savoir dans les biens d équipement et de consommation». Pourtant les délocalisations n épargnent pas l industrie allemande, mais celles-ci se cantonnent aux biens intermédiaires, intégrés dans la chaîne de production. Un choix qui procure aux entreprises allemandes un avantage-coûts d environ 20 %. De plus, les PME allemandes, deux fois plus grosses que les PME françaises, sont mieux intégrées dans la chaîne de valeur avec les distributeurs. Ne pas surestimer le potentiel des relocalisations Si le constat est cruel, la reconquête de l emploi par les territoires est-elle pour autant perdue d avance? Elle passe par bien des leviers : attractivité hors coûts, essor d écosystèmes avec de véritables filières industrielles intégrées, intelligence territoriale. En revanche, «il ne faut pas attendre que la France se réindustrialise par le jeu des relocalisations», estime El Mouhoub Mouhoud. Seule une entreprise sur vingt ayant délocalisé fait machine arrière et aucune ne revient jamais à la situation initiale. «Pour dix emplois perdus du fait des délocalisations, un seul emploi est recréé par les relocalisations et l automatisation». Celle-ci est le premier facteur de relocalisation, car elle diminue en proportion dans la chaîne de valeur le poids du travail et ses coûts associés. Ainsi, dans les années 80, les états-unis ont relocalisé leur industrie des semiconducteurs depuis l Asie du sud-est après que le coût du travail a chuté de 40 % à 4 % du coût total du fait de la robotisation et de la miniaturisation. «En termes de prospective, nous pouvons imaginer une tendance, d ici à cinquante ans, à la relocalisation des industries pondéreuses pour lesquelles les coûts d énergie et de I 12 I BNP Paribas Investment Partners - Réflexions sur l ISR, pour une gestion à valeur ajoutée - Octobre 2013

13 Gouvernance d entreprise environnement marchés émergents dette souveraine ResPonsabilité sociale transport vont augmenter», prédit l universitaire, «tandis que les industries légères et les services seront de plus en plus délocalisés pour compenser les surcoûts liés à la relocalisation des activités pondéreuses». La fin des problèmes? Loin de là! «Aujourd hui, la fragmentation de la chaîne de valeur que nous connaissons pour l industrie s étend aux services», s alarme le professeur pour lequel le choc est encore à venir. Avec les technologies de l information et de la communication, les services deviennent à leur tour délocalisables, c est-à-dire susceptibles d être dispensés à distance. 30 % des emplois des services dans les pays de l OCDE seraient concernés. «Les pouvoirs publics doivent anticiper ce nouveau choc sur les territoires» sous peine de voir la crise de l industrie apparaître comme simple annonciatrice d une série de bouleversements beaucoup plus douloureux! Janvier 2013 Tertiarisation du marché du travail (en 1980 et 2011) Distribution en % 100 % 90 % 80 % 70 % 60 % 50 % 40 % 30 % 20 % 10 % 0 % États Unis Canada France Allemagne Royaume Uni Agriculture Industrie Services Japon Corée en 2011, près de 8 actifs sur 10 en france, aux états-unis, au canada et en Grande bretagne travaillent dans le domaine des services. les services comprennent les transports, la communication, les services aux collectivités, le commerce, la finance, l administration publique, les services aux ménages et d autres services divers. l'industrie regroupe la manufacture, l exploitation minière et la construction. l'agriculture comprend l agriculture, la sylviculture, la chasse et la pêche. opinions d investisseurs BNP Paribas Investment Partners - Réflexions sur l ISR, pour une gestion à valeur ajoutée - Octobre 2013 I 13 I expertise isr

14 I La Lettre ISR I Économie sociale et solidaire Donner un autre sens à son épargne La crise de 2008 a accentué chez l épargnant la volonté de donner un autre sens à son épargne même si la rentabilité reste encore un critère important. L investissement socialement responsable a été précurseur dans cette quête en introduisant des critères extra-financiers comme filtre à l analyse financière traditionnelle. Apparue en 2001, l économie sociale et solidaire a été introduite dans les supports d investissement de l épargne salariale. Cette épargne salariale solidaire a progressé de manière sensible au cours de ces 5 dernières années. Quelles sont les clés de ce succès? Un tournant décisif en 2008 La crise financière qui a touché le monde en 2008 a rappelé que la finance n était pas nécessairement une fin en soi mais plutôt un moyen mis au service de l économie. Il s en est suivi une recherche de sens de l investissement qui a permis un aboutissement dans l investissement socialement responsable pour lequel des critères extra-financiers assurent un filtre contre certains excès rencontrés et l investissement solidaire qui remet l être humain au centre de l action économique. On peut Patrick lamy donc affirmer que dans les effets collatéraux de la crise, l investissement Directeur des affaires juridiques et fiscales de solidaire a été mis en valeur et a poursuivi sa progression dans le cadre de BNP Paribas ERE l épargne salariale. Cet état de fait a été amplifié par les politiques qui ont étendu l obligation d offrir un fonds solidaire dans un dispositif de PERCO à l ensemble des plans d épargne salariale. Certains grands groupes français ont souhaité jouer un rôle actif en ce domaine. Plutôt que de mettre en œuvre cette disposition à minima, elles ont transformé des fonds diversifiés existants en fonds solidaires. Cette transformation a pour effet d investir immédiatement des sommes plus importantes et d associer les partenaires sociaux et les salariés, notamment quant au choix des partenaires solidaires. Dans certains cas, l abondement réalisé sur les fonds solidaires a permis également de convaincre les réticents de faire le pas en faveur de cette forme de placement. I 14 I BNP Paribas Investment Partners - Réflexions sur l ISR, pour une gestion à valeur ajoutée - Octobre 2013

15 Gouvernance d entreprise ResPonsabilité sociale Encours de l épargne solidaire En millions d euros Épargne salariale solidaire Épargne bancaire (livrets, OPCVM) Épargne investie dans le capital d entreprises solidaires Les trois familles d épargne solidaire progressent, avec des taux de croissance homogènes compris entre 11,3 et 18,7 %. En dix ans, les encours d épargne solidaire ont été multipliés par 12. Sur cette période, la croissance a été particulièrement forte pour l épargne salariale solidaire qui constitue désormais plus de la moitié de l épargne solidaire totale. La publication du baromètre FINANSOL devrait nous permettre de vérifier si cette tendance se confirme à fin environnement Source : Finansol Comment investir dans l épargne salariale solidaire? Pour un gestionnaire, investir dans l épargne solidaire suppose d identifier une entreprise solidaire éligible! Ce point est surprenant alors que les besoins en ce domaine sont énormes. Néanmoins, si toutes les grandes entreprises solidaires sont désormais connues, il reste une multitude d entreprises solidaires qui sont plus discrètes malgré leurs besoins de financement. FINANSOL joue ici un rôle important en mettant en relations entreprises solidaires et financeurs. Mais ce n est pas encore suffisant. être adossé à un grand réseau bancaire est ici une chance puisque l engagement en faveur du développement de l épargne sociale et solidaire pris par le Comex de la Banque en janvier 2013 permet de mobiliser le réseau des chargés d affaires. Ces derniers peuvent identifier des entreprises solidaires au sein de leur fonds de commerce, voire comme prospects. C est ainsi que peuvent être noués des liens directs entre ces entreprises solidaires et le gestionnaire. marchés émergents dette souveraine La deuxième étape à franchir est la connaissance de l entreprise solidaire et notamment, établir une première évaluation de l impact social de ses activités. Est-elle vraiment une entreprise solidaire? Cette question parait surprenante compte tenu de l exigence de disposer d un agrément solidaire pour être éligible aux investissements de l épargne salariale solidaire. Dans la réalité, elle l est moins qu il n y parait compte tenu de conditions d attribution assez «souples» de l agrément par les préfectures La rencontre d une entreprise agréée solidaire qui n exerce pas de réelle activité solidaire n est pas un cas d école. La vigilance sur ce point est donc nécessaire compte tenu d un risque d image auquel le gestionnaire pourrait être associé. BNP Paribas Investment Partners - Réflexions sur l ISR, pour une gestion à valeur ajoutée - Octobre 2013 I 15 I opinions d investisseurs expertise isr

16 Il est également important de rechercher une certaine cohérence entre les actions menées. Lorsqu il s agit d épargne salariale la recherche d un fil conducteur lié à des actions génératrices de créations d emplois correspond à un critère pertinent pour les salariés. D un point de vue philosophique, il s agit alors de permettre à l épargne salariale de constituer une bouée de sauvetage susceptible de faire remonter des individus vers le monde du travail. Les entreprises d insertion et le microcrédit qui permet la création d entreprises individuelles sont des axes essentiels mais pourtant pas suffisants. Il convient aussi que chaque investisseur puisse se retrouver dans l ensemble des actions solidaires menées. Aussi, il est indispensable d élargir le cadre à l habitat social (là encore des entreprises comme Habitat et Humanisme favorisent le logement d insertion), à la fin de vie (Entreprendre et Humaniser la Dépendance permet à des personnes âgées aux moyens financiers limités de finir leur vie décemment dans des maisons de retraite spécialisées), à l aide internationale (notre Partenaire SIDI finance des projets de développement dans des pays du tiers monde) et au handicap (on retrouve souvent ici la notion d insertion). Enfin, dernière étape de l investissement, plus traditionnelle, il s agit de l analyse de risques. Cette étape est primordiale puisqu il s agit de sécuriser les placements réalisés par les salariés. Mais là encore, il existe des particularités. La principale d entre elles réside dans l existence de subventions publiques pour financer en partie ces entreprises solidaires. Ce point est intrinsèquement un point faible puisque l état des finances publiques peut conduire à une suppression de celles-ci. Reste que le recours à l épargne solidaire constitue une diversification des sources de financement. Ceci suppose que les entreprises solidaires disposent d un modèle économique susceptible d assurer le rendement et surtout le remboursement des sommes prêtées Développer l Entrepreneuriat social : un axe prioritaire pour le Groupe BNP Paribas Partenaire de l ADIE depuis de nombreuses années, BNP Paribas a démontré son intérêt pour ce secteur. Néanmoins, en 2012 la Direction générale a souhaité lancer un groupe de travail pour, dans un premier temps, établir la cartographie de l existant au sein du Groupe. Cette démarche a abouti au constat que des actions avaient été entreprises. Ainsi, on pouvait identifier des actions menées par la Banque Privée, BDDF et «BNPP ERE» via l épargne salariale. Il apparaissait que ce dernier domaine d activité était en pointe tant en termes d actifs gérés dans ce cadre que du nombre de Partenariats solidaires. Le groupe de travail a permis de coordonner toutes les actions menées en ce domaine au sein du groupe et de fixer un plan de développement ambitieux susceptible de montrer l engagement de BNP Paribas. Ce plan a été entériné par le Comex de BNP Paribas réuni le 21 janvier Parmi les améliorations concrètes qui pourraient être citées au crédit de ce groupe I 16 I BNP Paribas Investment Partners - Réflexions sur l ISR, pour une gestion à valeur ajoutée - Octobre 2013

17 ResPonsabilité sociale de travail, les synergies déjà multiples par ailleurs entre BDDF et BNPP ERE, se sont traduites par une recherche d entreprises solidaires clientes ou prospectes du réseau et de surcroit éligibles aux investissements d épargne salariale solidaire. Cette action se traduit par l arrivée de nombreux dossiers qui vont permettre l investissement des sommes recueillies en très forte croissance de nos fonds solidaires (cf graphique). Gouvernance d entreprise Quel avenir pour l épargne solidaire? Comprenant que le financement des entreprises solidaires était générateur de création d emplois et pouvait être assuré par le secteur privé, le Gouvernement, en l occurrence le Ministre Benoit HAMON, a mis en chantier un futur projet de loi sur le développement de l économie sociale et solidaire. Il s agirait de conserver le socle actuel de l épargne solidaire en y ajoutant un, voire deux étages, d entreprises à utilité sociale. Bien qu ouvert à toutes les formes d épargne, l épargne salariale solidaire constituerait le volet essentiel des financements. Cela signifie que le ratio actuel d investissement solidaire compris entre 5 et 10 % pour un FCPE pourrait être porté au-delà de 15 %. Dans ce cas de figure, les pouvoirs publics n excluent pas la possibilité d un avantage fiscal encore non défini à ce jour. Reste à savoir si l accroissement du risque ainsi généré ne serait pas de nature à refreiner l engouement des épargnants salariés pour ce type d épargne. En effet, le ratio actuel permet au reste du portefeuille du fonds soit 90 % des actifs de compenser la moindre rentabilité et de mutualiser le risque. Ces protections seraient moindres avec un investissement diversifié de 70/75 %. environnement marchés émergents Autre point d attention également, il faudrait avoir la certitude de trouver des entreprises éligibles dans lesquelles il sera possible d investir en respectant les principes d impact social et d analyse de risque rassurante décrits ci-dessus. Sur le premier point, la future loi devrait revoir les conditions actuelles d agrément qui sont peu satisfaisantes : un agrément solidaire ne correspond pas toujours à une entreprise solidaire! L agrément est aujourd hui attribué par les préfectures et parfois par défaut. Conscient de cette anomalie, le Gouvernement cherche à resserrer les conditions d attribution. Cette évolution devrait permettre d éviter l arrivée «d aventuriers» de la finance, intéressés par la manne financière susceptible de se concentrer sur ce créneau. L Europe n est pas en marge de cette démarche puisque le Parlement et le Conseil européen ont adopté en mars 2013 les règlements sur les fonds d entrepreneuriat social européens et les fonds de capital-risque européens. Il s agit ici de favoriser la création de passeports permettant la distribution de produits de ce type partout en Europe. dette souveraine opinions d investisseurs L épargne solidaire a permis de créer plusieurs dizaines de milliers d emplois depuis sa création. Les entreprises solidaires présentent des caractéristiques sociales qui privilégient souvent le bien-être de l individu au détriment de la seule performance BNP Paribas Investment Partners - Réflexions sur l ISR, pour une gestion à valeur ajoutée - Octobre 2013 I 17 I expertise isr

18 financière. Interrogé récemment, un chef d entreprise solidaire à qui l on demandait comment il réinvestirait ses bénéfices générés en 2012, répliquait par cette phrase sibylline : «15 nouveaux emplois!». Il s agissait ici d une entreprise employant des handicapés au reconditionnement et à la vente d ordinateurs à prix modiques. D emblée ces éléments nous rendent sympathique ce secteur. On peut se poser la question soulevée par certains de l arrivée d un nouveau modèle qui recentre l être humain au centre de l économie. Utopie? Mais, reprenant Victor Hugo, elle sera peut-être la réalité de demain. Printemps 2013 Le financement solidaire En millions d euros La forte progression des financements solidaires est à la mesure des besoins. La crise économique accentue le domaine d intervention solidaire notamment en ce qui concerne les actions liées à l insertion Source : Finansol Actifs gérés (en millions d euros) déc.12 MULTIPAR SOLIDAIRE OBLIG SR MULTIPAR SOLIDAIRE DYNAMIQUE SR Source : BNPP IP I 18 I BNP Paribas Investment Partners - Réflexions sur l ISR, pour une gestion à valeur ajoutée - Octobre 2013

19 opinions d investisseurs dette souveraine marchés émergents environnement Gouvernance d entreprise ResPonsabilité sociale BNP Paribas Investment Partners - Réflexions sur l ISR, pour une gestion à valeur ajoutée - Octobre 2013 I 19 I expertise isr

20 I convictionsi Des investissements qui offrent aussi des rendements sociaux D ici 2050, le monde évoluera plus vite que jamais : la population mondiale passera de 7 à 9,3 milliards d habitants 1, le pourcentage de personnes de plus de 65 ans doublera et plus de 70 % de la population mondiale sera urbaine 2. Si nous voulons qu une croissance économique durable dans tous les pays accompagne cette évolution, un changement radical de notre modèle de croissance économique s impose. Helena viñes fiestas Co-responsable de la recherche ISR, BNPP AM, Paris Si les estimations de croissance globale du PIB sont relativement positives (un taux annuel moyen de 3 % d ici 2050) 3, elles ne tiennent pas compte de la raréfaction des ressources naturelles et de l accroissement parallèle de la demande. Pour gérer ce problème, la solution passera par l amélioration et le développement de technologies, de produits et de services qui contribueront à relever ces défis et à répondre aux besoins de la société. Les entreprises concernées constituent la base de notre approche d investissement. Nous examinons ici deux des défis les plus critiques auxquels le monde est confronté et la manière dont les entreprises peuvent contribuer à les relever : fournir de la nourriture de qualité à plus de 9 milliards de personnes et construire des centres urbains durables. Malnutrition et sous-nutrition : nourrir 9 milliards d êtres humains En , et de nouveau en 2011, les prix des matières premières agricoles ont atteint des sommets, marquant ainsi la fin d une période commencée au début des années 1970, période durant laquelle le prix réel des cultures vivrières (riz, blé et maïs) chutait d année en année 4. Les raisons de cette inflation résultent de la combinaison de plusieurs facteurs : un accroissement de la demande en Inde et en Chine, un changement de régime alimentaire privilégiant des quantités de viande plus importantes au détriment des céréales, une utilisation accrue du maïs comme carburant et des facteurs externes à l agriculture, tels que la chute du dollar américain. Plus simplement, le problème réside aujourd hui dans le déséquilibre croissant entre l offre et la demande. En outre, le 1 Fonds des Nations Unies pour la population 2 Perspectives de l environnement de l OCDE à l horizon 2050 : Synthèses http ://www.oecd.org/fr/env/indicateursmodelisation-perspectives/ pdf 3 Ward Karen (janvier 2012), The World in 2050 : From the Top 30 to the Top 100, HSBC Global research 4 The Economist, The 9 billion-people question, 24 février I 20 I BNP Paribas Investment Partners - Réflexions sur l ISR, pour une gestion à valeur ajoutée - Octobre 2013

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