Parcours et voix de femmes : Intégration et réseaux sociaux chez des immigrantes récentes à Québec

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1 Parcours et voix de femmes : Intégration et réseaux sociaux chez des immigrantes récentes à Québec Mémoire Catherine Côté-Giguère Maîtrise en anthropologie Maître ès arts (M.A.) Québec, Canada Catherine Côté-Giguère, 2015

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3 Résumé Ce mémoire porte sur le processus d intégration vécu par des immigrantes récentes résidant à Québec. Il leur donne la parole afin qu elles définissent, à partir de leur expérience personnelle, ce qu'est, pour elles, l'intégration. Le mémoire examine également la place qu'occupent les réseaux sociaux dans le quotidien de ces femmes, ainsi que l'importance qu'elles leur accordent. Il ressort que le développement de réseaux sociaux constitue, pour elles, une stratégie d intégration. Paradoxalement, leurs réseaux familiaux, s'ils constituent une source importante de soutien, sont aussi une source de contraintes qui les ralentissent parfois dans l'atteinte de leurs objectifs. Le mémoire montre que même si les femmes rencontrées ont une situation en apparence avantageuse (immigration économique, scolarisation élevée, famille sur place), deux ans après leur installation à Québec, il leur reste encore beaucoup à faire pour atteindre leurs objectifs d'intégration, et l'isolement représente une menace encore bien présente pour plusieurs d'entre elles. iii

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5 Abstract This thesis analyzes the integration process of recent immigrant women living in Quebec City. It allows these women to define integration in their own terms, based on their personal perspectives. Furthermore, this research emphasizes the importance of social networks for these women in everyday life. For them, it appears that building social network constitutes a strategy towards integration. Paradoxically, even if they constitute a great source of support, their family networks sometimes restrain them in the achievement of their goals. In spite of having what seemed to be an advantageous situation upon their arrival in Quebec (family, economic category, highly educated), many of these women after two years in Quebec were still having a lot to go through to reach their own integration goals. Several of them were still facing the menace of isolation. v

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7 Table des matières Résumé... iii Abstract... v Table des matières... vii Liste des tableaux... xi Liste des figures... xiii Remerciements... xvii Introduction... 1 Chapitre 1 : S intéresser aux réseaux sociaux et à l intégration des immigrants au Québec : problématique et méthodologie de recherche... 5 Introduction Les réseaux sociaux et l intégration des immigrants : recension des écrits Pionniers et contemporains, les différentes perspectives des sciences sociales sur les réseaux sociaux et leur rôle dans l intégration des immigrants Réseaux sociaux et immigration au Québec (anthropologie et autres sciences sociales) Zones grises et question de recherche préliminaire Principaux concepts Immigrants Intégration Stratégies d intégration Réseaux sociaux Question de recherche Orientations méthodologiques de la recherche Axes méthodologiques Stratégies de recherche La Ville de Québec comme lieu de l étude Considérations éthiques Collecte de données Méthodes d analyse de données Conclusion vii

8 Chapitre 2 : L immigration au Québec : politiques, structures et informations Introduction Le contexte du Québec par rapport à l immigration Les procédures d immigration au Québec Statistiques de l immigration Les structures d accueil Perceptions et incompréhensions : les filtres de l information «là-bas» et «ici» Là-bas : le recrutement à l étranger, promesses et attentes Ici : une méconnaissance des immigrants Les initiatives de la Ville de Québec en matière d intégration des immigrants Politique municipale Initiatives liées à la Ville de Québec Conclusion Chapitre 3 : Conceptions empiriques de l intégration : au cœur du vécu des femmes immigrantes Introduction Pour mieux comprendre le processus d intégration : regards sur la réalité quotidienne des nouvelles arrivantes Ces femmes qui ont décidé de migrer et de s installer dans la ville de Québec Portraits fictifs Les difficultés des ménages nouvellement installés Douze femmes, douze conceptions empiriques de l intégration, une multiplicité d éléments constitutifs Les sphères d intégration Sphère culturelle Sphère économique Sphère sociale Sphère politique Sphère synergique Sphère socio-culturelle Conclusion Chapitre 4 : Les stratégies d intégration : réseaux sociaux et autres avenues, les femmes immigrantes en tant qu agentes de leur intégration Introduction L appui émotionnel des réseaux sociaux dans l intégration : crucial, mais restreint viii

9 4.1.1 L importance du conjoint et de la famille (nucléaire et élargie) Développer de nouveaux liens d amitié dans la société d accueil, plus facile à dire qu à faire Le maintien des liens transnationaux Les réseaux sociaux comme appui informatif : chercher, apprendre et rendre Découvrir une personne-ressource dans son nouveau milieu, une aide précieuse Le retour du balancier : les femmes immigrantes comme source d information Les stratégies d intégration : y a-t-il d autres possibilités que les réseaux sociaux? Développer un sentiment d appartenance par l implication sociale Les études comme mode d intégration sociale La mobilité secondaire : changer (à nouveau) de milieu de vie Les réseaux sociaux : moyens ou fins de l intégration? Propositions d autres auteurs Positionnement des femmes de cette recherche Conclusion Conclusion générale Bibliographie Annexes Annexe 1 Grille d observation Annexe 2 Schéma d entrevue Annexe 3 Tableaux des réseaux utilisés en entrevues Annexe 4 Capture d écran de l article de Fournier (2011) Annexe 5 Profil des répondantes ix

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11 Liste des tableaux Tableau 1 La catégorie d immigration économique Tableau 2 La catégorie des réfugiés Tableau 3 Exemple des items liés à l immigration d un travailleur qualifié et de sa famille Tableau 4 Les organismes reconnus par le MICC dans la région de la Capitale Nationale (2011) Tableau 5 Synthèse des éléments constitutifs de l intégration, en fonction des sphères Tableau 6 Synthèse des éléments constitutifs de l intégration, en fonction des femmes xi

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13 Liste des figures Figure 1 Répartition des bureaux de recrutement du MICC hors-québec Figure 2 Le processus d intégration des femmes de mon échantillon à travers les différentes sphères Figure 3 Les sphères de l intégration, selon les éléments constitutifs mentionnés par les femmes xiii

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15 À mes familles et pour toutes les autres qui surmontent les épreuves. Ensemble. xv

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17 Remerciements La réalisation de ce projet a été possible grâce à l appui de nombreuses personnes. Je souhaite tout d abord à remercier Manon Boulianne, ma directrice de maîtrise, qui a avancé dans cette longue aventure avec moi. Merci Manon pour ton support constant, ta disponibilité et tes conseils. Je tiens ensuite à remercier mes parents et ma famille qui m ont soutenue tout au long de mon projet d étude. Merci aussi de m avoir transmis des valeurs d ouverture, d écoute et de respect. Au fil des années, différents milieux m ont accompagnée à travers la préparation de ma recherche, la réalisation de mon terrain ainsi que la rédaction de mon mémoire. Je pense tout particulièrement au bureau avec les CatherineS, Andréanne, Vincent, Maude et Philippe qui m ont motivée, à mon «organisme-contact» et Claudie qui m ont ouvert les portes du quartier, ainsi qu au Centre d action bénévole de Québec (CABQ) et à Caroline qui m ont fait confiance. Merci. C est grâce aux femmes qui ont accepté de participer à ma recherche que j ai pu réaliser ce mémoire. Je tiens à remercier toutes les personnes immigrantes que j ai rencontrées dans le quartier où j ai mené ma recherche, nos discussions m ont ouvert une fenêtre sur vos réalités quotidiennes. J ai un immense respect pour la force et le courage que vous démontrez, jour après jour, pour assurer le bien-être de votre famille et pour atteindre vos aspirations. Finalement, un merci très spécial à Ian, qui fût une source d appui et de motivation constante pour mener à bien ce projet. Ta patience et ton calme m ont aidée à être plus sereine, et ta confiance m est précieuse. xvii

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19 Introduction Quelques années avant d entamer ce mémoire, j ai eu la chance de croiser sur ma route différentes personnes ayant des histoires de vie sommes toutes variées, mais toutes liées à un parcours migratoire. Les chauffeurs de taxi que je servais lorsque je travaillais dans un café et qui me racontaient parfois, quelques bribes à la fois, leur quotidien, mais aussi leur passé, me laissaient pensive. Puis, il y eut ces déplacements occasionnels en voiture partagée, entre Montréal et Québec, pendant lesquels j avais l occasion de discuter pendant quelques heures avec chauffeurs et passagers, au gré des rencontres. Plusieurs des personnes immigrantes que j ai ainsi côtoyées partageaient une certaine désillusion par rapport à leur accès au marché du travail québécois. Nombreux sont les cas de médecins, d ingénieurs, d avocats qui souhaitaient immigrer pour des raisons de sécurité, ou pour offrir un avenir différent à leurs enfants, et qui se retrouvaient à cumuler les petits boulots. Il y avait aussi des hommes et des femmes qui avaient dû rapidement quitter leur pays et qui se retrouvaient, quelque peu par hasard, parachutés à Québec. Tous semblaient travailler tellement fort pour s approprier le français. Derrière l amertume face aux obstacles se trouvait presque toujours l envie de continuer, d avancer parce qu on souhaite croire que ça ira mieux plus tard. Il y avait aussi, parfois, chez les non-immigrants, des exclamations, des expressions qui me faisaient réfléchir. «Ils ont juste à s intégrer! Pis s ils ne sont pas contents, ils ont juste à retourner chez eux!» J étais consciente des difficultés, de la lourdeur des procédures que les personnes immigrantes pouvaient rencontrer lorsqu elles souhaitaient faire reconnaître leurs diplômes, leurs expériences antérieures de travail, leurs compétences, mais je ne croyais pas arriver à faire bouger cette bureaucratie du jour au lendemain. Lors de lectures exploratoires, j ai commencé à me questionner sur l intégration : Qu est-ce que c est? Comment les auteurs définissent-ils ce terme? Comment les gens la vivent-elle? S agit-il d une de leurs préoccupations ou simplement une perspective imposée par un regard extérieur? Comment fait-on pour s intégrer? En fait, je trouvais irritant que certains auteurs semblaient éluder la question : ils traitaient d intégration sans jamais véritablement définir le concept, ou encore, ils parlaient de personnes intégrées vs non intégrées ou intégrables vs non intégrables. Est-ce vraiment tout blanc ou tout noir? Qui détermine le moment ou le point à partir duquel quelqu un est intégré? S agit-il seulement de cocher les cases des éléments obtenus (logement, français, amis, emploi ou citoyenneté) sur une ligne du temps? Ces questionnements m ont donc poussée à en savoir plus sur l intégration des immigrants : comment, eux-mêmes, vivent-ils cette «fameuse» intégration? 1

20 À travers mon mémoire, je souhaitais trouver réponse à cette grande interrogation. J ai décidé de donner la parole à des personnes immigrantes pour mieux comprendre leur quotidien, pour cerner davantage comment l intégration se retrouve dans leurs réalités. J ai véritablement voulu faire sortir leurs voix de l ombre, en recherchant les éléments qui, pour eux (ou plutôt pour elles, en l occurrence), sont primordiaux dans leurs perspectives d intégration à la société québécoise. J ai donc procédé à une analyse approfondie, systématique et exhaustive des propos amassés auprès de douze femmes. 1 J ai aussi cherché à savoir quels étaient les impacts et l influence de la famille, des amis et des connaissances dans ce processus d intégration. À différents niveaux, de façon quotidienne, nous faisons tous appel à nos réseaux, que ce soit pour du réconfort, de l information sur les évènements à venir, de l aide à la recherche d un nouvel appartement ou d un travail. Mais qu en est-il des personnes immigrantes? Dans ma propre perspective, plus on vieillit ou lorsqu on change de milieu, plus il est difficile de (re)créer de nouveaux liens. Comment les nouveaux arrivants composent-ils avec cette réalité? Sont-ils en mesure de créer des liens? Avec qui? En fait, en effleurant le concept d intégration, je concevais qu il était possible que chaque personne mette de l avant une priorité différente, l emploi ou les amis par exemple. Ainsi, je me suis demandé comment s opérationnalisaient ces priorités et quel était le rôle réservé aux réseaux sociaux dans le processus d intégration : étaient-ils une fin (l objectif ultime d une intégration réussie serait d arriver à développer de nouveaux réseaux sociaux dans la société d accueil) ou un moyen de l intégration (une façon, un outil, un tremplin pour atteindre les objectifs d intégration qui ont été fixés), ou quelque chose entre les deux? Conséquemment, j ai choisi de me pencher sur les conceptions de l intégration se révélant dans les propos des personnes immigrantes interrogées dans le cadre de ma recherche, ainsi que les caractéristiques et la place consciemment accordée aux réseaux sociaux dans leurs projets de vie, afin d examiner, sur une base empirique, les relations liant réseaux sociaux et processus d intégration. Mon mémoire est structuré en quatre chapitres. Le premier chapitre, contenant le cadre théorique et la méthodologie de la recherche, permet de situer la problématique abordée par rapport aux travaux déjà réalisés sur les mêmes thématiques des réseaux sociaux et de l intégration des immigrants. Il permet aussi de présenter le vocabulaire qui a été choisi à travers quatre concepts principaux : immigrants, intégration, 1 Malgré le choix terminologique posé dans le titre de ce mémoire («immigrantes récentes»), l une des douze participantes est installée au Québec depuis plus de 10 ans. Cette informatrice a été conservée dans mon échantillon car le recrutement s avérait difficile et qu il était intéressant d avoir un cas qui contraste avec les autres au niveau de l analyse. 2

21 stratégies et réseaux sociaux. Ce premier chapitre explicite la question de recherche qui a été retenue, ainsi que l ensemble des approches méthodologiques appliquées lors de la collecte et de l analyse des données. Le deuxième chapitre permet de situer la grande thématique de l immigration dans le contexte québécois. Celui-ci aborde le volet technique, voire théorique, de la migration et de l intégration, par les structures, les politiques et les procédures. Il contient aussi un volet plus empirique, par rapport aux perceptions des immigrants (promesses, embûches, limites) face à l information qu ils reçoivent dans ce processus d immigration, de même sur l apparence d une certaine méconnaissance des membres de la société d accueil envers ces nouveaux arrivants. Le troisième chapitre permet d accéder à la réalité des personnes immigrantes rencontrées lors de cette recherche, à savoir douze femmes résidant dans un quartier spécifique de la Ville de Québec 2. Son point central est évidemment les définitions de l intégration fournies par les participantes, mais il fait aussi une incursion dans le quotidien des informatrices et les difficultés qu elles y rencontrent. Le quatrième chapitre couvre la thématique des réseaux sociaux, toujours dans la perspective de ces douze participantes. Il permet d explorer, malgré leur étendue limitée, comment les réseaux familiaux, aussi bien locaux que transnationaux, de même que les contacts-clés des immigrantes récentes que j ai rencontrées, leur apportent généralement d importants supports émotionnel et informatif. À l occasion, cependant, ils contribuent aussi, indirectement, à les maintenir dans un isolement relatif par rapport à la société d accueil. La conclusion du quatrième chapitre permet de réunir les deux aspects traités dans ce mémoire, à savoir les définitions de l intégration et l importance des réseaux sociaux pour les femmes interrogées afin de démontrer que les réseaux sociaux sont davantage considérés comme un moyen d atteindre l immigration, qu une fin en euxmêmes. Finalement, la conclusion du mémoire rappelle les éléments importants qui ont émergé des propos des immigrantes rencontrées, pour ensuite terminer avec différentes propositions, se basant sur mes constats, pour alimenter les réflexions dans les études ultérieures sur l intégration des immigrants. 2 Ayant le souci d assurer au mieux l anonymat des femmes ayant participé à cette recherche, le nom du quartier observé a été volontairement omis. Ce choix éditorial sera abordé de nouveau au niveau de la méthodologie. 3

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23 Chapitre 1 : S intéresser aux réseaux sociaux et à l intégration des immigrants au Québec : problématique et méthodologie de recherche Introduction Ce premier chapitre a comme objectif de poser les bases théoriques et méthodologiques de cette recherche qui s intéresse au processus d intégration des personnes immigrantes au Québec. Afin de se positionner sur ce sujet, il est important de faire, dans un premier temps, un tour d horizon des auteurs qui se sont penchés sur le rôle des réseaux sociaux dans la réinstallation des personnes et des familles, à la suite d une migration, ainsi que sur ce même processus d intégration. Cette démarche est nécessaire pour mieux comprendre où se situent les connaissances actuelles sur ce thème en anthropologie sociale et culturelle, de même que dans les sciences sociales en général. Ce faisant, cela permettra d éclaircir davantage les perspectives de cette recherche ainsi que les raisons qui ont motivé cet intérêt de se tourner vers l empirie pour comprendre comment le processus d intégration était vécu au quotidien par les immigrants. Tout au cours de ce chapitre, j exposerai l évolution de la question centrale qui sous-tend ce mémoire; elle s enrichira et se précisera au fur et à mesure, tout comme ce fut le cas lors de son développement initial. Ainsi, dans un deuxième temps, je me pencherai davantage sur les concepts qui ont guidé l élaboration de ce projet, afin d expliciter davantage son positionnement par rapport à l intégration. Dans un troisième temps, faisant suite à l enrichissement du lexique et à une formulation finale de la question de recherche, les orientations méthodologiques ainsi que le processus de la recherche-terrain seront exposés. À travers ces propos théoriques et méthodologiques se dessinera la perspective qui a guidé l entièreté de cette recherche. Cette première étape permettra d établir les fondations pour l exploration des thématiques d immigration et d intégration à travers les politiques et les structures en place, dans le contexte de la province de Québec, et puis à l échelle de la Ville de Québec elle-même, qui seront abordées dans le chapitre 2. 5

24 1.1 Les réseaux sociaux et l intégration des immigrants : recension des écrits La question de l intégration des personnes immigrantes semble prendre de l importance, principalement à la lumière des différents évènements médiatisés dans l actualité des dernières années (notamment les «accommodements raisonnables» au Québec ainsi que les problèmes de reconnaissance des diplômes et qualifications). Certaines structures, qui incluent, notamment, des organismes communautaires, sont mises en place pour faciliter le processus d installation des nouveaux arrivants. Malgré tout, le processus d intégration n est pas simple, facile et linéaire; il y a de nombreuses difficultés à surmonter sur le chemin de l intégration. Mais qu attend-on des immigrants? Comment cette intégration est-elle vécue? Et d abord, qu est-ce que l intégration, et peut-on la mesurer objectivement? Quelles sont les dimensions à considérer? Certains auteurs soulignent l intérêt de l approche par les réseaux sociaux pour aborder l intégration, en soutenant que [i]l est maintenant possible d analyser les réseaux sociaux des répondants et la mobilisation de certains types de ressources personnelles (informations, savoir-faire, soutien, etc.). Ces ressources fonctionnent comme des outils de facilitation de l intégration des immigrants sur le plan de l emploi ou de la vie civique. Les réseaux sociaux affectent l intégration des immigrants de différentes façons. [ ] L étude du réseau social permet d explorer d autres aspects du processus d intégration des immigrants. En fait, ce processus est habituellement examiné sur la base d indicateurs économiques et de capital humain plutôt que sur celle du réseau social. (Renaud et al. 2001a : 151) Ainsi, selon Renaud et ses collaborateurs, les réseaux sociaux sembleraient permettre un angle différent pour aborder l intégration des immigrants, une alternative à une approche axée exclusivement sur ses dimensions économiques. S inspirant directement de cette suggestion, l originalité de la démarche de recherche qui se dessine ici est d aborder l intégration des immigrants par l entremise des réseaux sociaux plutôt que par l emploi, thématique plus fréquente compte tenu de l importance économique qui est accordée à l immigration au Québec. 3 Mais jusqu à quel point les réseaux sociaux sont-ils significatifs dans l intégration des immigrants? Évidemment, différents auteurs abordent la présence des réseaux sociaux dans l intégration, la plupart du temps comme un aspect parmi tant d autres, sans leur accorder une attention particulière. Même dans l ouvrage d où provient la citation de départ, les auteurs ont davantage consacré d espace à l emploi (les 35 pages du chapitre 5) 3 À ce sujet, il est possible de relever par exemple les nombreux rapports produits par Statistiques Canada sur le statut économique des immigrants. En effet, comme il en sera question plus loin, l une des motivations gouvernementales à accueillir des immigrants est que ceux-ci pourront pourvoir des postes vacants (spécialisés ou non) et donc contribuer à la santé économique de la province. 6

25 comparativement à 8 pages (chapitre 13) pour les réseaux sociaux au Québec; l importance relative accordée à ce thème semble donc avoir été moindre (Renaud et al. 2001a) Pionniers et contemporains, les différentes perspectives des sciences sociales sur les réseaux sociaux et leur rôle dans l intégration des immigrants Tel que suggéré dans les propos de Renaud (et al.), la perspective des réseaux sociaux représente une avenue intéressante pour aborder l intégration des immigrants en anthropologie, parce qu elle permet de s arrêter davantage aux dynamiques, aux processus et aux relations sociales qu aux seules caractéristiques sociodémographiques des individus, pris isolément. Il ne s agit pas d un chemin totalement inexploré. Bien que mon intérêt se situe davantage au niveau des études québécoises qui ont pu porter un regard sur ces thématiques, je ferai aussi un bref tour d horizon sur les auteurs marquants qui ont utilisé ce concept dans leurs écrits. Enfin, j aborderai succinctement l approche féministe par rapport à la migration et à l intégration des femmes, qui, sans être au cœur de la proposition de départ de cette recherche, présente un certain intérêt par son emphase sur les rapports sociaux de sexes Pionniers des réseaux sociaux en anthropologie Dans la discipline anthropologique, le concept des réseaux sociaux n est pas récent : il a déjà été utilisé notamment par Mitchell (1969), Bott (1971) et Lomnitz (1977). Historiquement, l étude des réseaux sociaux s est présentée comme une alternative à l approche structuro-fonctionnaliste, qui ne répondait pas à la réalité observée par les anthropologues qui commençaient à étudier des groupes en dehors des petites sociétés tribales isolées (Mitchell 1969 et 1974). Selon Mitchell, la mise en forme de ce concept revient à Barnes (1954), avec qui «the notion of the social network was raised from a metaphorical to a conceptual statement about social relationships in social situations. The metaphorical use of the idea of the social network emphasizes that the social links of individuals in any given society ramify through that society» (Mitchell 1974 : 280). Dans le recueil «Social networks in urban situations» dirigé par Mitchell en 1969, différents auteurs étaient réunis pour y présenter des analyses des relations personnelles dans les villes d Afrique Centrale (il s agit en fait du sous-titre de l ouvrage). Le premier chapitre, signé par Mitchell lui-même, avait comme objectif d explorer le concept et l utilité des réseaux sociaux. Dans ce tour d horizon, l auteur soulève que : 7

26 Philip Mayer (1961, 1962, 1964) and his colleague Pauw (1963), for example, specifically used the idea of social network to elucidate the behaviour of different types of migrants and of settled townsmen in the South African town of East London. They have concentrated on the important point made by Bott, that the behaviour of people who are members of a "close knit" group of friends is likely to be considerably influenced by the wishes and expectations of these friends a whole, while those whose acquaintances do not know one another may behave inconsistently for time to time without involving themselves in embarrassment. (Mitchell 1969 : 6) Ainsi, il s agit d une application différente du concept que ne l avaient fait Barnes (1954) et Bott (1971) dans leurs études portant sur la vie urbaine. Barnes (1954) avait utilisé le concept de réseau social afin d expliquer le comportement social des paroissiens à Bremnes, ville située sur une île norvégienne. De son côté, Bott (1971, originalement 1957) s était penchée sur les rôles conjugaux dans les familles londoniennes, comparant les caractéristiques morphologiques des réseaux des familles étudiées avec la répartition des rôles conjugaux dans ces mêmes familles (Mitchell 1969 : 5-6). L application faite par Mayer et Pauw, bien que toujours dans un contexte urbain, s intéressait à des mouvements migratoires internes (entre les villes et le milieu rural) influencés par la disponibilité du travail (Mayer 1962 : 576). Lomnitz (1977) s est elle aussi penchée sur un contexte similaire à Mayer, ayant travaillé sur les quartiers populaires de Mexico, où une partie importante de la population était en fait des migrants venus du milieu rural. Les anthropologues comme Mayer (1962) et Lomnitz (1977) ont posé les jalons pour l utilisation du concept des réseaux sociaux afin de le faire passer aux études sur la migration interne à la migration internationale Contemporains, réseaux sociaux et migration internationale Brettell (2002) explique l évolution de la discipline anthropologique à travers le changement de ses terrains de recherche, donnant naissance à l anthropologie urbaine et à l intérêt envers les migrations internationales. The earliest anthropological research on migration was carried out in Latin America, Africa, and Southeast Asia, sites of traditional ethnographic research. In these locales anthropologists found that people were beginning to leave their villages and move to growing urban centers. As anthropologists followed these migrants into the city they were forced to develop new methods of research, resulting in the birth of urban anthropology. Eventually they turned their attention to international migration patterns, conducting field research among immigrant populations in Europe, the United States, and Australia. (Brettell 2002 : 278) Par l élargissement des thématiques de recherche, les anthropologues ont aussi modifié l angle de leur regard sur les acteurs de ces phénomènes. «Both transnationalism and the study of social networks have shifted the unit of analysis from the individual migrant to the migrant household (Briody 1987). Households and social networks mediate the relationship between the individual and the world system and provide a more proactive understanding of the migrant» (Brettell 2008 :125). Brettell indique donc clairement l importance des réseaux 8

27 sociaux dans la migration et apporte aussi un accent sur le rôle de la maisonnée dans le rapport au monde de l individu. L articulation de la migration et des réseaux sociaux a aussi été relevée par Alan Simmons (1987) qui, dans sa définition même de la migration, amène une suggestion novatrice selon Piché (2013), en y reconnaissant trois paramètres fondamentaux : le changement de résidence, le changement d emploi et le changement de relations sociales (Piché 2013 : 154). Dans cette perspective, la construction et la mise en place de nouveaux réseaux sociaux dans la société d accueil revêt une certaine importance dans «l après» migration. Relevant davantage d un travail effectué dans une perspective démographique, Piché (2013) a entrepris de faire un tour d horizon exhaustif des textes fondateurs des théories migratoires contemporaines, portant son regard sur la période de 1960 à 2000 et retenant vingt ouvrages incontournables. Dans ce même article, Piché (2013) expose l importance des travaux de Stark et Bloom (1985), Boyd (1989) et de l anthropologue Massey (1990) dans l élaboration des théories marquantes des réseaux migratoires, c est-à-dire des réseaux qui sont mobilisés dans le processus migratoire lui-même. Ainsi, parmi ces éléments, ce qui me semble très pertinent de mentionner est l aspect des stratégies familiales, amené au départ par Stark et Bloom (1985), qui souligne l interdépendance mutuelle entre le migrant et sa famille et insiste sur la gestion et le partage des risques. La migration est alors analysée au niveau du ménage et revêt un caractère de sécurité sociale. Au-delà du capital humain si cher à la théorie néoclassique, il existe aussi le capital des réseaux et de la parenté (capital social). (Piché 2013 :160) Boyd (1989) souligne aussi l apport central de la famille en indiquant que «[l]es réseaux constituent ainsi des facteurs médiateurs entre les facteurs structurels (macro) et les acteurs (micro)» (Piché 2013 : ). Il sera intéressant de voir de quelles façons la famille ainsi que les réseaux et stratégies qui s y lient peuvent avoir une influence dans le processus d intégration des personnes immigrantes interrogées dans le cadre de cette recherche L approche féministe de la migration Même s il ne s agissait pas de la perspective de départ de cette recherche, il s est avéré, avec les réalités du terrain et du recrutement, que les personnes interrogées sont des femmes. Bien que cette maîtrise ne se situe pas dans la lignée des études féministes, les réseaux sociaux et les défis d intégration liés à la migration constituent des sujets qui ont été abordés par ce champ d études; c'est pourquoi je souhaite l'aborder brièvement ici. Les études féministes s intéressent notamment aux rapports sociaux de sexe, donc aux relations entre les hommes et les femmes. La migration est un moment de transitions pour les ménages, et cela peut 9

28 évidemment moduler les rapports homme-femme à l intérieur d une famille, d autant plus que les dynamiques familiales dites «de référence» peuvent varier d une société à l autre, entre le pays d origine et la société d accueil. En effet, certaines frictions à l intérieur des couples et des familles, telles qu abordées notamment dans le chapitre 3, témoignent de ces réajustements qui ne sont pas toujours faciles, et dans lesquels les rôles de la femme sont modulés. Pour les femmes, l'immigration entraîne une coupure parfois radicale par rapport au monde des références habituelles qui peuvent être profondément modifiées et influer sur leur insertion sociale et professionnelle : les relations à autrui se transforment (redéfinition des rôles de chaque membre de la famille (Bertot et Jacob 1991), elles peuvent vivre des phases d'isolement, elles intègrent des statuts nouveaux et font face à la dévalorisation de statuts anciens (par exemple, le rôle de mère à la maison), elles subissent souvent une perte criante de capital social lorsqu elles sont issues de sociétés plus traditionalistes (dont les sociétés africaines et plus précisément, musulmanes) tout en étant placées, lors de leur processus d'insertion sur le marché du travail et dans les lieux de recherche d un emploi, devant un contact interculturel nouveau. (Cardu et Sanschagrin 2002 : 88) Moujoud (2008) dénonce toutefois la vision binaire de certaines études entre la société d origine et celle d accueil : La question des effets de la migration sur les femmes se présente fréquemment sous l angle des changements que connaissent les migrantes (et non pas toutes les femmes) ou de leurs acquis dans la société d immigration, par rapport à leur société d origine. Souvent fondée sur la distinction entre deux types de sociétés, cette vision domine dans les travaux sur les migrantes. Elle est binaire et se caractérise parfois par un paradigme évolutionniste qui en constitue la manifestation la plus criante. (Moujoud 2008 :7) La question des modèles familiaux doit donc être abordée avec prudence, et par le biais de l'ethnographie. Par ailleurs, le regard des études sur les migrations ne s est porté que tardivement sur les femmes. Morokvasic (2008) témoigne de l invisibilité ou de l absence des femmes dans l étude des migrations, avant les travaux pionniers des féministes dans les années 1970 et «C est pourtant le questionnement féministe qui sera progressivement le principal moteur de la visibilisation des femmes immigrées dans la recherche et les débats politiques» (Morokvasic 2008 : 15). Il semble également que les recherches féministes au Québec aient été lentes à s intéresser à l intégration des femmes immigrantes, plus de vingt ans après avoir attiré l attention ailleurs sur le continent, selon Maillé (2002). En fait, pour expliquer ce particularisme, il semble que «[d]eux éléments [soient] à considérer : la position du Québec comme société à la marge des autres sociétés capitalistes et coloniales ainsi que l influence du féminisme français, relativement fermé aux débats qui ont émergé dans d autres milieux féministes» (Maillé 2002 : 3). En fait, certaines auteures féministes insistent sur l importance de la prise «en considération des expériences des femmes» (Maillé 2002 : 1) d une part, et d autre part de chercher à aller 10

29 «[à] l encontre du stéréotype de la femme recluse, isolée, qui se dégage de certains travaux sociologiques[ ], la vie au quotidien des femmes immigrées, leur expérience migratoire, apparaît sous un autre jour lorsqu elles prennent la parole elles-mêmes» (Morokvasic 2008 : 31). Dans un article paru dans le périodique québécois Recherches féministes, «Les femmes et la migration : les représentations identitaires et les stratégies devant les obstacles à l insertion socioprofessionnelle à Québec», Cardu et Sanschagrin (2002) entendent justement donner la parole à des femmes. Les principales limitations relevées dans les entrevues menées par les auteures par rapport à l insertion socioprofessionnelle sont la perte de soutien, l insertion sur le marché du travail qui vient après celles du mari et des enfants, la (maîtrise insuffisante de la) langue et la visibilité religieuse (Cardu et Sanschagrin 2002 : ). Des obstacles comme la reconnaissance des acquis, le genre et la maternité sont aussi mentionnés, bien que les deux derniers éléments ne soient pas propres aux immigrantes (Cardu et Sanschagrin 2002 : 106). Étant donné que dans ce mémoire je m intéresse à l aspect des réseaux sociaux, l obstacle de la perte de soutien m interpelle plus particulièrement. [ ] la perte de soutien de la famille dans la possibilité d exercer une activité professionnelle se fait sentir de façon criante, en particulier parce que ce type de soutien assuré par la famille élargie et les réseaux d entraide informel (les amis et amies, et la communauté) a été perdu lors de la migration. Les femmes arrivent donc en terre d accueil dépouillées de cette forme d entraide. Celle-ci existe à Québec par l entremise des services de garde ou d aide domestique, pour lesquels il y a des listes d attente et des frais. Ainsi, la façon de pouvoir s insérer sur le plan professionnel implique, pour ces femmes, d établir des demandes auprès d organismes institutionnels (garderie, service de garde des écoles) pour la prise en charge des enfants et, ce faisant, une redéfinition de son rôle comme éducatrice dans la famille : cette capacité à bénéficier des services aura un impact sur l insertion professionnelle et donc économique des immigrantes. (Cardu et Sanschagrin 2002 : 106) Les stratégies qui sont mises de l avant relèvent alors de la recherche de soutien auprès des proches ou de «réseaux officieux de familles organisées en noyaux d entraide», mais pour l aspect professionnel, l appui ne se situe qu au niveau de «réseaux officiels d aide» (Cardu et Sanschagrin 2002 : 111). Les auteures soulignent également le paradoxe de la famille dans le processus d intégration : Nous pouvons constater que la famille constitue un refuge pour ces femmes, un refuge qui pourtant se révèle parfois un piège étant donné que la famille entraîne souvent un retard dans l insertion à la fois sociale (elles apprennent la langue de la société d accueil plus tardivement) et professionnelle (elles cherchent un emploi plus tardivement et la progression de leur carrière en est d autant ralentie, bien que cet élément ne soit pas propre à l immigration). (Cardu et Sanschagrin ) Ainsi, compte tenu de l accent mis sur la famille, il se peut que l intégration de certaines femmes immigrantes passe au second plan, après celle du mari et des enfants. 11

30 1.1.2 Réseaux sociaux et immigration au Québec (anthropologie et autres sciences sociales) Il est maintenant évident que l étude des réseaux sociaux n est pas une nouveauté en anthropologie ni dans les autres sciences sociales. Au niveau du Québec, différents chercheurs dans ces champs d études se sont penchés sur la question des réseaux sociaux chez les immigrants. Présentant une revue de littérature qui examine la production d études empiriques entre 1976 et 1994, en excluant cependant mémoires et thèses, Une revue des études québécoises sur les facteurs d intégration des immigrants de Piché et Bélanger (1995) veut poser un regard exhaustif sur travaux réalisés sur ces thèmes. Au niveau des réseaux sociaux, seulement deux études sont relevées par Piché et Bélanger pour la période antérieure à 1995, tout en spécifiant que «bien que les variables de réseaux soient centrales dans les nouvelles approches migratoires, très peu d études y font référence» (Piché et Bélanger 1995 : 40). 4 Depuis les années 2000 par contre, quelques recherches québécoises liant les thématiques d intégration des immigrants et des réseaux sociaux, ou autres allusions contigües, me semblent pertinentes à relever ici. Évidemment, toutes les études qui seront mentionnées s intéressent aux personnes immigrantes, mais les réseaux sociaux revêtent différentes dimensions : ils peuvent être un appui à l intégration professionnelle lors de la recherche d emploi et par un support informationnel, considérés à travers l importance de la famille comme réseau initial, un appui émotionnel et aussi une stratégie identitaire. Les réseaux comme appui à l intégration professionnelle Certaines recherches menées auprès des immigrants au Québec dans les dernières années ont souligné, à travers leurs résultats, l utilisation des réseaux sociaux comme un moyen permettant l intégration, qu elle soit sociale, économique ou autre. Ainsi, Lenoir-Achdjian et les nombreux collaborateurs de l ouvrage Les diversités d insertion en emploi des immigrants du Maghreb au Québec 5, issu d une recherche chapeautée par l Institut de recherche en politiques publiques, ont relevé que les Maghrébins s attendaient, en se référant à des organismes d aide à l emploi, à obtenir un réseautage immédiat. «Or, déplorent-ils, ce n est pas le cas [ ] Plusieurs Maghrébins regrettent ainsi qu une approche très utilisée, l intervention de groupe, ne contribue 4 Les deux études répertoriées sont celles de Larose (1994) ayant comme titre Transnationalité et réseaux migratoires : entre le Québec, les États-Unis et Haïti et celle de Ramirez (1984) portant sur Les premiers Italiens à Montréal : l origine de la petite Italie au Québec. (Piché et Bélanger 1995) 5 Les immigrantes sélectionnées pour cette recherche ont été majoritairement admises au Québec selon les critères de la catégorie économique. 12

31 pas à la construction d un réseau professionnel 6 utile» (Lenoir-Achdjian et al : 11-12). Cependant, cette recherche n a fait que relever la déception des Maghrébins de ne pouvoir développer des réseaux professionnels. Il en ressort pourtant une volonté des immigrants de s inscrire dans ce type de réseau afin de faciliter l accession à l emploi qui, de façon éventuelle, leur permettra d atteindre une certaine intégration au niveau économique 7. De plus, en 2000, Brigitte Chavez a rédigé un mémoire de maîtrise en démographie titré Le rôle des réseaux dans l insertion économique d une cohorte d immigrants à Montréal. De cette recherche basée sur les données de l enquête longitudinale sur l Établissement des nouveaux immigrants ( ) découle un constat de «différences, selon l origine nationale, quant aux sources d information et d aide que les immigrants utilisent pour s informer sur les possibilités d emploi et quant au secteur linguistique de l emploi dans lesquels ils s insèrent» (Chavez 2000 : IV). Dans une autre perspective, Pellerin (2013), dans son mémoire de maîtrise en relations industrielles, a mené des entretiens auprès d immigrants économiques de la région de Montréal. Ce mémoire s inscrit dans un projet de recherche plus large titré Intégration sociale et professionnelle des immigrants récents au Québec : obstacles, enjeux et rôles de réseaux sociaux et institutionnels. Pellerin avait comme «objectif principal de montrer dans quelles mesures les informations reçues et perçues par les immigrants qualifiés influencent leur projet migratoire au Québec et orientent le processus d établissement, par là même l intégration» (Pellerin 2013 : ii). Les réseaux ethnoculturels ont été répertoriés par les participants à la recherche comme une source d information, au côté des sources plus formelles comme les séances d information menées par les délégations de recrutement à l étranger ainsi que le site internet du Ministère de l Immigration et des Communautés Culturelles (MICC) (Pellerin 2013 : 134). Cette recherche était donc davantage située sur l intégration socioprofessionnelle influencée par l information reçue; les réseaux sociaux étant ainsi abordés principalement de façon informationnelle et dans la perspective de l insertion dans le marché de l emploi québécois. La famille comme premier réseau social en contexte de migration Michèle Vatz Laaroussi (2001, 2008, 2009) souligne, quant à elle, l importance de la famille dans les stratégies d intégration, la famille étant l une des formes possibles (et initiales) de réseau social. «Cette famille [ ] [était] comme le «bateau-repère» dans lequel elles naviguaient tout au cours de la trajectoire d immigration» et aussi, ensuite, dans le processus d intégration (Vatz Laaroussi et al : 15). De plus, chacun de ses 6 Les auteurs font ici référence à un réseautage dans lequel s insèrent différents professionnels qualifiés pouvant se soutenir dans un cheminement commun de recherche d emploi. 7 Le cas des Maghrébins peut cependant être distinct d autres immigrants provenant d autres régions du monde, puisque ceux-ci proviennent de pays où les réseaux ont une importance accrue dans la recherche d emploi, davantage par exemple que les diplômes. Cette nuance est donc à considérer au niveau de cet exemple, mais cela n en invalide pas non plus les propos. 13

32 membres est aussi contributif au développement des réseaux de sa famille, même les enfants par qui «vont s instaurer les réseaux relationnels qui s ancrent dans le local (le quartier, la ville, le système scolaire) et qui vont s ajouter et se croiser avec ceux du pays d origine 8 et de la famille élargie» (Vatz Laaroussi 2001 : 7). Les réseaux (locaux et transnationaux) comme support émotionnel Les réseaux à titre d appui émotionnel peuvent être interpellés peu importe la distance, car les réseaux sociaux peuvent être locaux ou encore transnationaux. Dans le cadre de sa maîtrise en anthropologie, Maude Garant a exploré les pratiques transnationales entretenues par des immigrants dans la région de Thetford Mines. «Ce type de pratiques, qui évoluent principalement dans la sphère privée, met en évidence l importance du transnationalisme sur le plan affectif. Il a été constaté que les liens transnationaux maintenus par les participants à cette recherche sont majoritairement tournés vers la famille» (Garant 2010 : 100). Ce mémoire relève l importance de l apport affectif des réseaux sociaux transnationaux pour les immigrants. En outre, une enquête longitudinale, publiée sous l égide du Ministère des Relations avec les citoyens et de l Immigration, fut menée par un groupe de chercheurs auprès de 1000 immigrants arrivés en 1989, et ce pendant près de 10 ans. Cette étude relève, pour les immigrants, l importance accordée au voisinage «comme source de soutien et le caractère multiculturel des réseaux [ ] sur qui ils peuvent compter pour obtenir de l aide ou pour se confier» (Renaud et al. 2001a : XXXV). Cependant, dans cette impressionnante étude, les réseaux sociaux n ont pas été davantage dans la mire des chercheurs que l emploi ou que le logement, tel que souligné précédemment. Les réseaux comme stratégie identitaire Lors de sa thèse en anthropologie à l Université de Montréal, Sylvie Fortin (2002) a fait référence notamment aux notions de réseaux et d intégration; sa recherche est intitulée Trajectoires migratoires et espaces de sociabilité: Stratégies de migrants de France à Montréal. «Dans cette étude, nous nous sommes inspirée de l approche réseaux pour saisir l organisation sociale de migrants en contexte d établissement. Nous traitons plus spécifiquement des liens de sociabilité inscrits dans les espaces privés, semi-privés et publics de migrants» (Fortin 2002 : 42-43). Cherchant en quelque sorte à déconstruire, elle aussi, la notion théorique de l intégration qui ne sied pas au terrain, Fortin découvre à la fois des espaces de sociabilité qui se présentent comme des «différents modes d ancrage social» et aussi que «une participation active à la fois sociale, économique et symbolique n enraye pas le besoin, pour certains, de maintenir une spécificité identitaire (autre 8 La conservation de réseaux sociaux avec le pays d origine se nomme transnationalisme. Bien que cet aspect ne se situe pas au cœur de ce projet de recherche, il est impensable de totalement l exclure des types de réseaux sociaux qui sont examinés. 14

33 que celle du groupe majoritaire du lieu hôte) ni, pour l ensemble, de concevoir des attaches en plusieurs lieux» (Fortin 2002 : IV) Zones grises et question de recherche préliminaire Ainsi, malgré la présence des réseaux sociaux dans divers ouvrages récents qui traitent de l intégration des immigrants au Québec, le concept se confond toujours à travers les autres «marqueurs» d intégration (comme emploi, logement et langue) ou encore ouvre la porte à une démarche plus en profondeur sur la création des liens, sans que celle-ci ne soit développée. Également, l intégration est généralement définie dans la littérature de façon hermétique. L intérêt de cette recherche consistait justement à se pencher sur la manière de définir l intégration. Dans cette perspective, il semble important de démontrer la volonté de la recherche de cibler des critères subjectifs de l intégration, c est-à-dire qui proviennent directement des points de vue des immigrants, afin de se différencier des critères objectifs de l intégration (comme l obtention de la citoyenneté ou d un emploi). L utilisation de critères objectifs d intégration ne permet pas une construction inductive de sa définition, dans la mesure où il s agit de cases bien définies, d éléments obtenus ou non. Les critères subjectifs qui ont été soulevés par les immigrantes elles-mêmes comme des constituants de leur intégration dans la société d accueil ont davantage ouvert la recherche et ont offert une flexibilité se voulant représentative du vécu immigrant et non pas dépendant d une vision strictement académique de l intégration. Cette recherche a donc été basée, dans un premier temps, sur la définition accordée par les immigrants à l intégration ainsi que les différents critères subjectifs qui découlent de leur propre vision du processus. Il a par la suite été possible de cerner plus clairement la part occupée par les réseaux sociaux dans leur intégration et les rôles qu ils leur ont accordés. Afin de rendre compte de l angle d approche initialement utilisé pour ce sujet, il semble nécessaire de présenter le questionnement à la base de ce travail qui, par ailleurs, a évolué au gré de mes réflexions : Quels sont les rôles accordés aux réseaux sociaux comme stratégie de l intégration, notamment pour surmonter les différentes difficultés rencontrées lors de ce processus, tel que vécu par les immigrants au Québec en ? 1.2 Principaux concepts Revenons quelque peu en arrière et effectuons un retour sur la citation de Renaud et al., compte tenu de son caractère primordial pour ce projet de recherche, afin d indiquer les outils qui ont servi à le conceptualiser. 15

34 Il est maintenant possible d analyser les réseaux sociaux des répondants et la mobilisation de certains types de ressources personnelles (informations, savoir-faire, soutien, etc.). Ces ressources fonctionnent comme des outils de facilitation de l intégration des immigrants sur le plan de l emploi ou de la vie civique. 9 Les réseaux sociaux affectent l intégration des immigrants de différentes façons. [ ] L étude du réseau social permet d explorer d autres aspects du processus d intégration des immigrants. En fait, ce processus est habituellement examiné sur la base d indicateurs économiques et de capital humain plutôt que sur celle du réseau social. (Renaud et al. 2001a : 151) Ainsi, il paraît important de rappeler que les sujets de cette recherche sont des individus immigrants et que ceux-ci expérimentent leur processus d intégration dès leur arrivée dans leur société d accueil, Québec. Lors de ce même processus d intégration, en calquant les propos de la citation, les réseaux sociaux sont considérés comme des «outils de facilitation d intégration»; dans le cadre de cette recherche, ces outils sont regroupés sous l appellation de stratégies d intégration. Puisque certains liens de base sont maintenant explicités entre les différents concepts proposés à travers la question générale de recherche, il s avère nécessaire d approfondir la compréhension de chacun des concepts, de les lier dans une littérature scientifique actuelle ainsi que de les définir Immigrants Dans le cadre de cette recherche, le vocabulaire «immigrant» a été utilisé puisqu il permettait d expliciter que les individus ainsi présentés ont expérimenté un processus migratoire, ce qui sous-entend un déplacement entre deux endroits distincts. Si on souhaite se référer à une définition formelle, un immigrant est une «[p]ersonne qui immigre dans un pays ou qui y a immigré récemment» où le verbe immigrer indique «[e]ntrer dans un pays étranger pour s'y établir» (Le Nouveau Petit Robert de la langue française 2009). Dans le terme «immigrant», les notions d établissement, de permanence et d amélioration des conditions de vie sont aussi à prendre en considération. Comme le souligne Fenton «in many instances, with the very clear exception of political refugees, the underlying motive for migration is personal and family betterment» (Fenton 2003 : 127). De plus, le choix du nouvel endroit de résidence peut être influencé par l existence de liens entre le pays d origine et le pays d accueil, notamment par la conservation de réseaux sociaux transnationaux (Brettell 2008 ; Hily et al. 2004). En outre, l identification comme «immigrant» reste cependant une étiquette, une identité qui est donnée par la société à ceux qu elle accueille. Ainsi, personne n arrive au pays en se définissant comme tel. Il est aussi 9 Selon mon interprétation, l emploi et la vie civique sont indiqués ici comme des exemples, parmi d autres de facettes de l intégration et celles-ci font écho aux différentes dimensions de l intégration qui seront présentées incessamment. 16

35 important de souligner que même si le mot «immigrant» est occasionnellement employé au singulier, il n en reste pas moins qu il indique un ensemble d individus qui ont à traverser le même type d épreuves associées au processus migratoire et au processus d intégration. Une question semble être intimement liée au concept d immigrant : à quel moment cesse-t-on d être immigrant? En effet, puisque cela dépend en partie d une étiquette et en partie de la réalisation du processus d intégration, est-ce que le statut d immigrant est temporaire ou permanent? Clairement, l aspect de la temporalité y joue un rôle. Cette question a été partiellement résolue grâce aux propos des personnes immigrantes qui ont participé à cette recherche, mais il s agit d un questionnement sous-jacent à la grande thématique de l intégration. J y reviendrai à quelques reprises au fil des chapitres 3 et Intégration Même si je souhaite fortement laisser aux femmes immigrantes interrogées le pouvoir de définir le concept d intégration, il est difficile de faire fi des discussions théoriques qui traitent de ce champ conceptuel. Parler d intégration, c est un peu comme tenter d aborder un terrain miné dans lequel les notions d intégration, d insertion et d assimilation se côtoient et s affrontent à travers les discussions qui font rage en sciences sociales. Pour l instant, il ne ressort, de ce débat, aucun consensus. En tant qu anthropologue, j ai décidé d aborder le terrain dans une perspective interprétative Sélection du vocabulaire : positionnements théorique et politique L intégration est une approche fort importante afin de comprendre et d illustrer le processus vécu par les immigrants lors de leur arrivée et de leur installation dans une société d accueil. L intégration peut être en quelque sorte mise en confrontation avec l idée d assimilation qui vise une fusion complète dans la société d accueil et une disparition des particularités, à savoir : «le processus par lequel un ensemble d'individus, habituellement une «minorité», et/ou un groupe d'immigrants se fond dans un nouveau cadre social, plus large, qu'il s'agisse d'un groupe plus important, d'une région ou de l'ensemble d'une société» (Eisenstadt 2009, emphase ajoutée). Ainsi définie, l assimilation des immigrants proposerait que ceux-ci soient en mesure de se confondre parfaitement à leur nouvel entourage. Au-delà des caractéristiques physiques difficilement modifiables, les immigrants sembleraient contraints, dans cette idéologie d assimilation, de laisser leur passé de côté puisqu il est considéré comme étant fait d habitudes vétustes et non acceptables dans un nouveau cadre (notamment la langue par exemple). Cependant, la politique promue par le Canada est de type «multiculturaliste» c est donc dire que les spécificités de chacun sont acceptées et même mises de l avant. 17

36 On peut la schématiser sous la forme d une mosaïque où tous se retrouvent sur un pied d égalité dans une nation constituée d un ensemble d individus et de groupes ethnoculturels (Bouchard 2012 :30). Le Québec prend davantage une position «interculturaliste» dans laquelle «la diversité est pensée et générée sur la base d un rapport entre les minorités issues de l immigration récente ou ancienne et une majorité culturelle» dite fondatrice (Bouchard 2012 : 32). C est donc un modèle qui est «axé sur la recherche d équilibres [ ] [et qui] met l accent sur l intégration, les interactions et la promotion d une culture commune, dans le respect des droits et de la diversité» (Bouchard 2012 :51). Dans cette perspective, l utilisation de la notion d intégration a été jugée davantage adéquate que celle d assimilation pour tenter de comprendre comment se déroule l installation des immigrants au Québec. L intégration renvoie à la fois «à la nature du lien social dans les sociétés individualistes [et à] la participation des populations migrantes et de leurs descendants à la société dans laquelle ils sont installés» (Schnapper 2007 : 25). En fait, cette «adaptation fonctionnelle» à une nouvelle société peut être envisagée selon différentes dimensions : sociale, culturelle, économique et politique. Tout d abord, l intégration sociale peut être abordée comme une participation notamment dans des structures communautaires ou regroupements informels, qui permettent une implication au niveau social et le développement de réseaux sociaux. L intégration culturelle fait appel à une connaissance, donc un décodage et voir une appropriation, des traits et des codes culturels en vigueur dans la société d accueil (Schnapper 2007 : 13). Ensuite, l intégration économique renvoie davantage au fait d occuper un emploi rémunéré. Pourtant, le simple exercice d une activité rémunératrice ne suppose pas une accessibilité égale à cette intégration; il s agit potentiellement davantage d un premier pas dans le marché du travail. L intégration économique semblerait pouvoir varier en fonction du «statut» de l emploi occupé : officiel ou officieux, sa désirabilité, en lien avec les expériences antérieures ou les diplômes. À cet égard, je me suis référée à la définition de l intégration socioprofessionnelle proposée par Béji et Pellerin qui avancent que «[c]e concept renvoie à une intégration de l individu sur le marché du travail correspondant à ses attentes, notamment en matière d adéquation entre emploi et qualifications» (Béji et Pellerin 2010 : 563). Finalement, l intégration politique fait écho à une participation relative par l exercice des droits et devoirs spécifiques à la communauté d accueil. Cette notion a été perçue dans cette recherche comme recoupant le volet juridique, puisqu il s agit de l exercice des droits et devoirs, par exemple le droit de vote qui sera acquis éventuellement par l obtention de la citoyenneté légale. Elle peut donc aussi se référer à la notion de vie civique présente dans la citation de Renaud et al. (2001a). Chercher à quantifier l intégration me semblait être futile, surtout compte tenu des dimensions qui la composent, mais aussi de l aspect éminemment personnel qui s en dégage. L intégration ne s obtient pas seulement en claquant des doigts. C est un processus qui se compose de différents éléments, en fonction des 18

37 priorités de chacun, et qui se façonne au fil du parcours de vie dans une nouvelle société. En fait, l intégration pourrait être redéfinie d autant de façons qu il y a d immigrants, ou plus précisément en groupes ou catégories d immigrants, puisque ceux-ci partagent des caractéristiques communes (origine culturelle, sexe, catégorie de sélection ). Puisqu il était essentiel pour les objectifs de ce projet de comprendre ce qu «intégration» signifie pour les personnes immigrantes, la sélection des participants a été réalisée dans l optique de la diversité par l exploration d un éventail de points de vue, tout en conservant certains points communs. Ainsi, l un des buts de cette recherche était d aborder l intégration dans les termes des personnes concernées : tout cela justifie d autant plus de ne pas chercher à proposer, a priori, une définition plus étoffée de ce concept, puisque ce dernier a réellement pris forme en fonction des personnes rencontrées L intégration mutuelle : un apprivoisement réciproque Certains auteurs proposent que l intégration est une tâche qui incombe à la fois à l individu 10 et à la société; il s agit d un processus mutuel et réciproque. C est en effet dans ces mêmes termes que Pellerin (2013) l aborde. «L intégration est donc un processus issu d une dynamique mutuelle, ne dépendant ni totalement de l immigré, ni entièrement de la société d accueil. Elle est bidirectionnelle et collective» (Pelletin 2013 : 40). Spencer souligne aussi que «[i]ntegration is not simply about access to the labour market and services, or about changing attitudes or civic engagement; it is a two way process of adaptation by migrant and host society at all of those levels» (Spencer 2003 : 6). La vision de l intégration mise de l avant par Manço est aussi très intéressante puisqu elle souligne un processus commun d ajustement à l autre : «[d]ans tous les cas, l élément intégré n est pas perçu comme devant être neutralisé, comme devant perdre ses caractéristiques initiales, même si des transformations sont supposées, dans le système intégratif comme dans l élément à intégrer» (Tap 1999 : 16). Cette vision d une intégration mutuelle était assez intangible avant la réalisation de mon terrain de recherche. À travers les témoignages des immigrants, notamment dans leurs positions et perceptions en regard des structures et services d accueil mis en place ainsi que sur les attitudes des membres de la société d accueil à leur égard, j ai pu constater que cette proposition trouvait concrètement de nombreux échos. Dans le cadre de cette recherche, je suis partie d un postulat de base : j ai choisi de considérer les immigrants comme des sujets actifs. L immigrant peut donc être perçu à titre d agent; il est un sujet actif qui s inscrit dans la structure des rapports sociaux (Ortner 2006 : 130). Ainsi, l intégration d un individu peut être vue à travers la lunette de l agency; en d autres termes, l immigrant est perçu comme étant dépositaire d une capacité d agir. 10 Cet individu s insère de prime abord dans des catégories sociales, qu il soit homme, femme, Africain, Latino-Américain, etc. qui sont prédéfinies. Cette appartenance à des catégories sociales médiatise l intégration. Aussi, «l individu» n est pas seul dans son intégration dans la société, c est aussi sa catégorie qui est visée et donc d autres que lui vivent cette même situation. 19

38 L agency peut être définie comme étant à la fois l intentionnalité de l atteinte de projets culturellement définis et comme un pouvoir d agir à l intérieur de relations sociales inégales, asymétriques ou de force (Ortner 2006 : 143). Dans ces perspectives, l immigrant est en mesure de se fixer des buts intimement liés à son intégration (maîtrise de la langue, développement de réseaux sociaux, obtention d un emploi, par exemple) malgré la position quelque peu précaire dans laquelle il peut se trouver, notamment en manque de ressources, avec peu de connaissances sur la société d accueil ou dans des situations ou face à des dispositifs de discrimination. Au niveau de la société, l intégration se fait, non pas par les structures sociétales elles-mêmes, mais davantage par les personnes qui se retrouvent dans ces mêmes structures. Ainsi, il me semblait possible de supposer que l intégration se faisait à travers des relations entre des groupes variés (notamment la famille, le voisinage, les collègues de travail ou encore les intervenants en emploi ou communautaires qui sont consultés par l immigrant) et les individus à intégrer. Cette intégration peut aussi être faite par les institutions : à ce moment, on peut parler du gouvernement, par la reconnaissance des diplômes ou même encore à travers les règles d immigration, ou sinon d entreprises qui font l embauche d immigrants. L intégration faite par la société peut être effective à partir du moment où l on reconnaît la pertinence de la contribution ou encore l apport (variété des points de vues et expériences antérieures, diversité culturelle, ) des personnes immigrantes dans le milieu dans lequel elles évoluent. Évidemment, il ne s agissait là que d hypothèses de travail, qui ont orienté néanmoins le choix des thématiques à aborder lors des entrevues réalisées avec les participantes Précisions sur le concept d intégration et mise en garde À la lumière des éléments amenés dans cette section, il semble important d apporter une nouvelle précision concernant le concept d intégration. D autres auteurs (comme Deville-Stoetzel et al. 2012, Guilbert 2010 et Vatz Laaroussi 2001 et 2008, notamment) préfèrent utiliser le terme «insertion» pour aborder le processus d installation des personnes immigrantes dans une nouvelle société. Évidemment, chaque auteur définit un lexique qui lui est propre. À ce propos, dans la perspective de cette recherche, il semblait essentiel de nuancer les notions d intégration et d insertion l une par rapport à l autre, car elles ne sont pas nécessairement contradictoires idéologiquement, comme l assimilation. De plus, cette nouvelle distinction s appuie sur les notions déjà abordées de l intégration comme étant un processus et de l importance de l action à la fois de l individu immigrant et de la société d accueil dans celui-ci. [L] intégration implique fondamentalement l insertion. On doit donc se demander ce qui fait la différence entre intégration et insertion. À titre provisoire, on peut dire que l insertion implique d être dans le système, d y avoir une place (travail, logement, etc.). Pourtant, il ne suffit pas d être inséré pour être intégré. Être intégré suppose de faire partie du tissu social, des réseaux d affiliation et de reconnaissance. (Tap 1999 : 17, emphase originale) 20

39 L insertion peut être perçue davantage comme une première étape, soit «d entrer» dans le système qu est la société. Manço (dans Tap 1999) laisse penser qu il y a une implication supplémentaire nécessaire pour être un membre social de ce système; il semblerait crucial de faire certains efforts afin de s inclure dans des réseaux sociaux constitutifs de cette société. Une proposition de Dorais (2010) 11 permet de circonscrire la notion de la volonté d agir de l individu, concept avancé précédemment, afin de mettre en perspective les notions d insertion et d intégration. Ainsi, d une part, l insertion pourrait correspondre à une incorporation passive ou non dans les structures économiques et administratives, telle qu orchestrée par exemple par les gouvernements lors de l arrivée et de la prise en charge, le cas échéant, des personnes immigrantes en terre d accueil. D autre part, l intégration serait une participation active, pouvant être réussie ou non, à l organisation sociale du milieu d accueil. Les sphères proposées précédemment sont bien articulées avec cette vision. Cette approche permet aussi de mettre l emphase sur l importance de l intégration mutuelle. Finalement, selon Dorais, il y aurait une autre étape dite d adaptation correspondant à un ajustement culturel, mais ne sous-entendant pas nécessairement une vision d assimilation, à la société d accueil. Néanmoins, il semble risqué, en utilisant le concept d intégration, de tomber dans l illusion qu une fois que celle-ci sera «atteinte», tout ira bien, qu aucun problème ne subsistera. Ainsi, il ne faut pas perdre de vue qu il s agit d une bulle théorique «de référence» puisque, tel que déjà mentionné, les définitions et ce qui est englobé par le terme peuvent largement varier selon les individus. L intégration n est pas non plus un processus facile et linéaire. Il est fort probable que les immigrants soient confrontés à différentes difficultés, qu elles soient de l ordre de la langue, des codes culturels, de la reconnaissance des diplômes ou encore d une incompréhension face aux «différences» inhérentes à leur statut de nouveaux venus. Afin de considérer comment ils arrivent à surmonter ces multiples difficultés, il semble tout à fait approprié de se référer au concept de stratégie Stratégies d intégration Dans l optique de cette recherche, j avais décidé d appréhender les immigrants comme des sujets actifs de leur intégration, comme par exemple lorsque je proposais la notion d intégration mutuelle. Ainsi, selon la perspective qui avait été amorcée précédemment, je souhaitais aborder les nouveaux arrivants comme 11 Les propos recensés de L.J. Dorais proviennent de conseils qu il m a prodigués en vue de la réalisation de ce mémoire. Dans ce contexte, une référence bibliographique n est pas possible. En guise de précision, je souhaite indiquer que M. Dorais a, notamment, travaillé sur le thème des immigrants vietnamiens au Québec (voir particulièrement Dorais et Richard 2007). 21

40 acteurs de leur intégration et donc leur attribuer un pouvoir d agir (agency) afin notamment d atteindre, en fonction de leur intentionnalité et de l usage de stratégies, des projets culturellement définis (Ortner 2006 : 143). Ces mêmes projets, puisque culturellement définis, pourraient être différents de ceux prônés par la société d accueil. Cet élément trouvera réponse notamment à travers l aspect des attentes de personnes immigrantes par rapport à leur intégration, tel que développé dans le chapitre 3. Afin de tenter de définir plus clairement ce concept, il est possible de référer aux propos de Crow qui rapporte que la notion de stratégie «has connotations of comprehensiveness, coherence, long-term perspective and consciousness» (Crow 1989 : 2). La stratégie consiste donc en une action mise en place sciemment, avec un objectif à la clé. Morgan (1989) met en perspective les notions de stratégies, de pouvoir et de ressources, ce qui permet d apporter une nuance à la notion d agency des immigrants : «Resources are bound up with issues of power and structural constraints. Power limits the range and usage of resources just as resources and their deployment become the basis of power. Without resources there can be no strategies» (Morgan 1989 : 27). Autrement dit, même si on postule que les personnes immigrantes ont un pouvoir d agir et mettent de l avant des stratégies visant à favoriser leur intégration à la société d accueil, ces stratégies sont contraintes par les ressources à leur disposition, lesquelles peuvent varier d une personne à l autre, d une famille à l autre ou d un quartier à l autre dépendamment, dans ce dernier cas, des services d aide qui y sont offerts. Aussi, il faut le garder en tête, toute action n est pas nécessairement inscrite dans une stratégie. Néanmoins, j ai retenu cette approche pour bien signaler la position choisie, qui consiste à attribuer une agency aux personnes concernées par ce mémoire. Les stratégies peuvent relever de différents niveaux, ou échelles du social, le micro, le méso ou le macro, sans être exclusives de l un ou de l autre. Même plus, les actions mises de l avant concernent souvent plus d une échelle du social, comme nous le verrons maintenant. Au niveau micro correspondent les stratégies d ordre d individuel; il peut s agir, entre autres, de réseautage, de la consultation d organismes communautaires et de l envoi de curriculum vitae. Cependant, les stratégies utilisées en recherche d emploi, par exemple, ne touchent pas simplement l individu qui souhaite obtenir un travail; leurs dynamiques s élargissent à la famille de cette personne (Normand et Tremblay 2005). En effet, à l instar de la grande majorité de mes informatrices qui ont immigré avec leur famille, toutes les décisions en apparence individuelles influencent directement les autres membres de la maisonnée. Par exemple, opter pour un emploi au salaire minimum ou retourner à l université aura un impact sur les ressources financières dont dispose la famille. C est pour cette raison qu il faut porter attention au niveau méso. 22

41 Le niveau méso renvoie aux stratégies familiales et des maisonnées; celui-ci permet de relever l importance de la famille dans le choix des stratégies (Dorais et Richard 2007; Normand et Tremblay 2005; Vatz Laaroussi 2001, 2008 et 2009). «L insertion 12 sociale de l immigrant passe non seulement par ses réseaux, mais aussi, et surtout lorsqu il est dans des zones à faible densité d immigrants ou sans réseau communautaire de longue date, par sa famille» (Vatz Laaroussi 2008 : 56). Dans cette perspective, l on présuppose que la famille est en quelque sorte un réseau acquis, un «premier lieu de sociabilité» (Dorais et Richard 2007 : 104) pour ceux qui se trouvent en compagnie de leurs proches dans le processus d immigration et d intégration. Toutefois, l absence de la famille en terre d immigration ne doit pas, me semble-t-il, être vue d une manière défaitiste. Selon moi, une telle situation n implique comme conséquence que la hiérarchisation moindre de ce type de réseau dans l intégration d un immigrant. L usage de stratégies influence l individu qui les choisit, mais aussi ceux qui l entourent et, réciproquement, la famille vient imprégner les stratégies et les choix des stratégies : l équation des décisions se doit de prendre en compte ceux qui seront influencés par celles-ci et de qui sont les acteurs qui les influencent (Normand et Tremblay 2005). Finalement, c est aussi dans ces dynamiques [familiales] et au sein de ces trajectoires que se construiront les stratégies qui guideront les choix des immigrants relatifs à leur insertion : accepter un emploi déqualifié à un moment de la trajectoire, reprendre ses études, privilégier la proximité avec le réseau ethnique ou le réseau familial élargi, favoriser l accès aux services pour les enfants, etc. (Vatz Laaroussi 2008 : 56) En ce qui a trait au niveau macro, celui-ci ne fait pas référence aux stratégies des immigrants comme tels, mais plutôt à celles des états et des institutions, en l occurrence les politiques et programmes gouvernementaux, autant au niveau municipal, provincial que fédéral. En outre, Vasta (1993) avait identifié des stratégies qui relèveraient d un niveau situé entre méso et macro. Ces différentes stratégies permettraient aux groupes ethniques, en se basant sur leur identité, de développer leur pouvoir d agir. L instauration d organisations communautaires et de regroupements qui sont visibles et relativement formels peut être perçue comme le développement d une agency commune puisque la capacité d action individuelle augmente par la force des groupes (Vasta 1993 : 220). De plus, il semblerait que «[v]oluntary associations are important mechanisms of social incorporation because they facilitate social contacts» (Brettell 2005 : 266). Même si l emphase de ce projet était mise sur les immigrants eux-mêmes, il semblait ardu de les extraire totalement de tels regroupements, dans la mesure où il semble s agir de l agency, à l intérieur d une stratégie reposant sur l appartenance à un regroupement ou une association. 12 Dans le cas de Vatz Laaroussi, l utilisation de l expression «insertion» correspond à ce qui est défini dans cette recherche comme étant «intégration». Il s agit d un choix terminologique fait par cette auteure pour qui «le choix conceptuel de l insertion permet d éviter les polémiques autour de l intégration, dont un effet pervers serait d amener à un nivellement des immigrants sur le continuum allant des moins intégrés (ou moins intégrables) aux vrais intégrés (ou bons immigrants)» (Vatz Laaroussi 2001 : 178). Cela ne compromet en rien cependant les propos de la présente citation qui sont valides dans ma perspective d intégration. 23

42 1.2.4 Réseaux sociaux Aborder l intégration par le biais des réseaux sociaux m a permis d utiliser un angle d approche différent de celui, plus fréquemment emprunté, de l emploi. Ainsi, comme le rappelle Vatz Laaroussi : Les réseaux sociaux représentent pour les immigrantes et les immigrants un élément incontournable de leur trajectoire, de leur installation et de leur intégration dans un nouveau pays ou une nouvelle ville. Qu on les aborde par leurs liens forts ou leurs liens faibles, dans leurs aspects formels ou informels, ils permettent à la fois socialisation, proximité relationnelle, aide matérielle, information, accompagnement, soutien matériel et affectif. En outre, les réseaux sont les vecteurs autour desquels s articulent les mobilités internationales contemporaines. (Vatz Laaroussi 2009 : 85) Pour les personnes immigrantes, l installation dans un nouveau milieu symbolise la nécessité de développer de nouveaux repères et réseaux sociaux puisque certains ont dû être laissés derrière à cause du parcours migratoire. Cet éloignement ne signifie pas cependant que les ponts sont définitivement coupés, mais simplement que les réseaux existent dans la distance; c est ce que l on appelle en fait le transnationalisme. (Comme l indiquait Brettell, le transnationalisme peut être défini «comme un processus social par lequel les migrants fonctionnent dans des champs sociaux qui vont au-delà des frontières géographiques, politiques et culturelles» (Brettell 2008 :120, ma traduction).) Il faut donc aussi être conscient de la variabilité des réseaux, à la fois dans l espace, mais aussi dans le temps puisque les liens sociaux sont appelés à se modifier au gré des rencontres (et du processus d intégration) (Ryan et al : 675). En effet, Portes et Walton (1981) ont énoncé que la migration pourrait être conceptualisée comme un processus de création et de développement de réseaux (Glick Schiller, Bash et Blanc-Szanton 1992 :10). Un réseau social peut être sommairement expliqué «comme un ensemble régulier de contacts entre des individus ou des groupes d individus» (Laville 2008 : 14). Le réseau social se base sur le développement de liens sociaux, car «[l]a composition d un réseau dépend de l ensemble des relations sociales qu un individu peut établir avec son entourage» (Renaud et al. 2001a : 151). De son côté, Granovetter (2008) propose une théorie des liens faibles. Distinguant la force des liens (forts ou faibles) entre les individus à l intérieur d un réseau, il soutient qu «il est moins important d être fortement inséré dans un réseau que d avoir accès, par des liens faibles, à plusieurs réseaux. Les liens faibles jettent en effet des ponts entre les réseaux et s avèrent pour cette raison décisifs» (Laville 2008 : 12). Dans cet extrait, Laville souligne le caractère décisif des liens faibles, s appuyant sur les propos de Granovetter, en affirmant «que la meilleure façon de trouver un emploi est de passer par des contacts personnels» (Laville 2008 : 12). L appellation des contacts personnels rejoint ici à la fois les simples connaissances et les amitiés plus fortes où donc le réseautage prend tout son sens et 24

43 sa force, le rayonnement des différents réseaux mobilisés rejoignant un maximum d individus afin de favoriser l obtention d un emploi. De nombreux auteurs ont développé des typologies particulières des réseaux en fonction d approches tout aussi variées. Certains ont cependant théorisé le concept de façon telle qu il est possible de rapprocher leurs propositions sous une même appellation. Dans cette optique, je propose trois façons distinctes d aborder les réseaux qui seront reprises dans cette recherche, à savoir les Semblables et l Altérité, en fonction de leurs apports de même qu en fonction de leurs liants Les Semblables et l Altérité dans les réseaux sociaux Cette proposition s inspire à la fois des propos d Hannerz (1992) et de Putnam (2000) qui ont tous deux abordé les réseaux sociaux en fonction de leur ouverture ou fermeture par rapport aux «autres». Ainsi, Hannerz évoque trois tendances possibles pour les réseaux sociaux en milieu urbain : encapsulation, segregativity et integrativity (Hannerz 1992 : 44). Par encapsulation, l auteur identifie des gens qui sont dans des réseaux fortement semblables ou qui offrent un sens («meanings and meaningful forms» (Hannerz 1992 : 44)) cohérent de toute part et dans lesquels les individus maintiennent ces mêmes formes et significations en circulation continue. On parle donc d individus qui se retrouvent, en quelque sorte, dans une sorte de bulle sociale uniforme qu ils contribuent à maintenir. L integrativity est utilisée pour décrire ceux dont les réseaux les mettent en contact avec différents ensembles culturels très divergents; on peut donc l envisager comme une diversité multiple des contacts. Finalement, la segregativity expose la réalité des gens qui disposent de réseaux (deux ou plus) très distincts qui existent donc en parallèle l un de l autre sans se rejoindre. De son côté, Putnam (2000) fait référence au développement de liens en fonction de caractéristiques culturelles. Si celles-ci sont communes, partagées par les membres du réseau, il s agit de bonding, ou encore, si les liens se tissent entre personnes immigrantes et membres de la société d accueil ayant des caractéristiques différentes (ethnicité, classe, genre), il s agit de la création d un pont, du bridging (Ryan et al ; Germain 2003). Cette catégorisation met en exergue la possibilité d aborder les réseaux sociaux en fonction de la «ressemblance» ou de la «dissemblance» de leurs membres. Un réseau faisant à la fois référence au bonding et à l encapsulation serait considéré plutôt fermé envers l extérieur, puisque l ensemble de ses membres présenterait de nombreuses caractéristiques semblables, d où l appellation «les Semblables». «L Altérité» fait davantage référence à la différence entre ces membres, réunissant possiblement à la fois des immigrants et des personnes de la société d accueil par exemple, et se rattacherait aux notions d integrativity et de bridging. Finalement, la notion de segregativity de Hannerz qui ne trouve pas d équivalent chez Putnam 25

44 permet de nuancer cette catégorisation des réseaux sociaux, exposant donc la possibilité pour un individu d avoir des réseaux sociaux différents, certains composés «de semblables» et d autres «d altérité». Il faut aussi avoir à l esprit l espèce de continuum qui existe entre la fermeture et l ouverture des réseaux, car il y a certainement différentes nuances entre ces extrêmes. Au départ, je croyais intéressant d observer dans quelle mesure les réseaux se référant davantage aux semblables influenceraient l intégration. À cet effet, une recherche menée chez des immigrants israéliens provenant de kibboutz et vivant à Los Angeles relève des effets particuliers des réseaux fermés sur euxmêmes. «What we see here is how a reciprocal relationship is established, accompanied by an informal system of social control that preserves the norms and the ties between individuals (Shapira and Ben-Eliezer 1987). This control may represent a negative effect (Portes and Sensenbrenner 1993)» (Sabar 2002: 77). À titre d exemple, l auteur relève la désapprobation du groupe envers l un de ses membres qui souhaitait conjuguer études et travail, ce qui est en opposition avec les conventions établies chez les «non-studyoriented male kibbutzniks» (Sabar 2002 : 77). Le réseau peut donc parfois être une force qui limite les actions de ses membres : certaines femmes de mon échantillon ont mentionné que certains de leurs proches pouvaient à l occasion tenter de contrôler ou de limiter leurs aspirations. Néanmoins, j ai constaté qu il était difficile de classer les réseaux développés par mes informatrices, notamment compte tenu de l ampleur limitée des réseaux recensés, car ils étaient composés en moyenne de quelques individus seulement. Cette discussion sera développée dans l introduction du chapitre Les apports des réseaux sociaux L une de mes hypothèses de départ était que l inclusion dans des réseaux sociaux peut être une stratégie pour faciliter le processus d intégration. Évidemment, le fait de développer un réseau social est déjà, en soi, faire preuve d agency. Néanmoins, une fois élaboré, ce réseau peut lui-même contribuer à l accroissement de l agency des individus qui le composent (Vasta 1993). Outre cet appui au niveau de l agency, Ryan et ses collaborateurs proposent une différenciation des réseaux sociaux en fonction de leurs apports en relevant les propos d autres auteurs : «[they] made an important differentiation between emotional, informational and instrumental support, to which we would also add companionship and socializing» (Ryan et al : 674). Je me permettrais aussi d ajouter à cet ensemble un apport éducatif (Sabar 2002 : 76). Conséquemment, ces différents apports des réseaux sociaux dans la vie des immigrants qui y sont insérés permettront de combler certains besoins, qu ils soient notamment d ordre émotionnel, informatif ou de socialisation. L existence d un réseau social, pour un individu donné, peut aussi influencer son capital social. 26

45 The breadth of the social capital concept reflects a primordial feature of social life namely, that social ties of one kind (e.g., friendship) often can be used for different purposes (e.g., moral and material support, work and nonwork advice).[ ] Social capital's sources lie as do other resources' in the social structure within which the actor is located. Indeed, we can differentiate social capital from other types of resources by the specific dimension of social structure underlying it; social capital is the resource available to actors as a function of their location in the structure of their social relations. (Adler et Kwon 2002 : 17-18) Dans le cas de cette recherche, un nouvel immigrant verra son intégration dans sa société d accueil influencée, notamment, par son réseau social et donc par le capital social dont il dispose (le sien et celui de son réseau), car les réseaux sociaux peuvent être une source de capital social pour leurs membres (Vatz Laaroussi et Bolzman, 2010 : 12). Bourdieu propose que «[l]e volume du capital social que possède un agent particulier dépend donc de l étendue du réseau des liaisons qu il peut effectivement mobiliser et du volume de capital (économique, culturel ou symbolique) possédé en propre par chacun de ceux auxquels il est lié» (Bourdieu 1980 : 2). Selon Adler et Kwon (2002), les auteurs qui se sont penchés sur le capital social présentent des définitions qui sont largement similaires, tout en exprimant des nuances significatives : First, the definitions vary depending on whether they focus on the substance, the sources, or the effects of social capital (Robison et al., in press). Second, they vary depending on whether their focus is primarily on (1) the relations an actor maintains with other actors, (2) the structure of relations among actors within a collectivity, or (3) both types of linkages. (Adler et Kwon 2002 : 19) Cet aspect sur les liens qui unissent les individus me ramène à la section précédente, où il était question, notamment des concepts de bonding et de bridging. En fait, en fonction des liens explorés, Adler et Kwon ont recensés vingt-trois définitions différentes, provenant de vingt auteurs ou groupes d auteurs différents (Adler et Kwon 2002 :19-20). Puisque cette recherche souhaite aborder la question des réseaux sociaux de façon large afin de déterminer leur présence et influence sur l intégration des personnes immigrantes, j ai choisi de relever une définition englobante et qui ne pose pas de distinction entre «semblables et altérité» : «the sum of the actual and potential resources embedded within, available through, and derived from the network of relationships possessed by an individual or social unit. Social capital thus comprises both the network and the assets that may be mobilized through that network» (Nahapiet et Ghoshal 1998: 243). Cette définition est aussi intéressante, car elle souligne la présence de l unité sociale, l importance de la famille dans le processus d intégration ayant été relevée à de maintes reprises dans ce mémoire. Ces propositions des différents auteurs mentionnés mettent de l avant le rôle potentiel que peut jouer le réseau social d un immigrant dans son intégration : le réseau social représente des ressources potentiellement disponibles et mobilisables par l individu afin de l appuyer dans son processus d intégration. Finalement pour Dorais et Richard, le rapport entre capital social et réseau social (et donc d appui à l intégration) est une roue 27

46 qui tourne, soulignant que «[p]lus on possède de capital social, plus on peut se mettre en réseau et, par un mouvement de retour, plus on se met en réseau, plus on augmente son capital social» (Dorais et Richard 2007 :70) Le liant à l intérieur des réseaux sociaux Des appellations de sens commun pour les réseaux sociaux étaient aussi envisageables puisqu elles permettaient d expliciter la nature des liens qui unissent les différents membres des réseaux. Ce type de catégorisation risque d amener un chevauchement des différents réseaux puisque des individus peuvent se trouver simultanément dans différentes sphères de la vie de l immigrant. À ce niveau, les différents types possibles sont, me semble-t-il : la parenté, qu elle soit réelle ou fictive, l espace partagé comme le voisinage et la colocation, le milieu de travail, l éducatif, le religieux, l associatif qui fait référence aux regroupements volontaires (comme les loisirs) et finalement l ethnique et le linguistique qui sont plus informels. Ces types de réseaux se situent principalement à un niveau local puisque c est ce qui m intéressait dans cette recherche. N oublions pas le transnationalisme, qui se constitue de réseaux qui s exercent à distance, puisque ces derniers peuvent toujours remplir des fonctions spécifiques pour les immigrants, comme source d affection ou d information, par exemple. Je considère ces trois approches de réseaux sociaux comme distinctes, mais complémentaires, car elles permettent d envisager différemment les relations et ouvrent des voies analytiques fort intéressantes et pertinentes. Il en résulte que j ai décidé d inscrire ces trois approches dans mon cadre conceptuel, et ce, même si elles n ont pas toutes passé le test de la réalité. Ces approches ont guidé le cheminement de cette recherche, notamment lors de la réalisation des entrevues, et dans l analyse. 1.3 Question de recherche À travers leurs processus d intégration, les immigrantes doivent user de stratégies afin d affronter les différents obstacles et difficultés qu elles rencontreront sur leur route. Cette «épreuve» de l intégration soulève la question fondamentale de l objectif derrière cette démarche : à quoi veut-on parvenir, en définitive? La réponse à cette question est provenue de la définition de l intégration qui a été fournie par les immigrantes que j ai approchées. Il faut aussi se remémorer que l approche préconisée pour obtenir cette définition de l intégration a été d employer des critères subjectifs, c'est-à-dire tels qu apportés par les immigrantes, plutôt que de mobiliser les critères objectifs «généralement reconnus» (citoyenneté légale, emploi, lieux de résidence, entre autres). L hypothèse à ce niveau était d envisager que les immigrantes ayant des 28

47 caractéristiques communes (tel le sexe et l'origine géographique, notamment) proposeraient des définitions de l intégration assez semblables. Dans la perspective de l intégration économique, le réseau peut être considéré comme une stratégie qui permettra l obtention d un emploi et donc de tendre vers une certaine intégration économique. Cependant, dans une perspective d intégration sociale, l accessibilité à des réseaux peut être considérée comme une fin en elle-même; on peut alors s intéresser aux stratégies qui permettent le développement de ces réseaux. Tout cela justifie de se questionner sur le rôle ou la place accordée aux réseaux sociaux comme moyens ou fins de l intégration. Dans cette visée, j ai choisi de me pencher sur un groupe de femmes immigrantes résidant dans le même voisinage, comme je l explique dans la section qui suit. À la lumière de l ensemble des réflexions faites autour de la question qui avait été formulée au départ, il me semble nécessaire d en modifier l énonciation. Ainsi, la question de recherche sur laquelle est basée cette recherche est la suivante : En fonction de leur définition de l intégration, comment sont utilisés les réseaux sociaux par les immigrantes dans un quartier spécifique en , dans le cadre de leur processus d intégration? Même si la notion de stratégie n est pas clairement inscrite dans cette question, elle demeure tacitement présente. 1.4 Orientations méthodologiques de la recherche Puisque la question ayant aiguillé la recherche est maintenant clairement formulée, il est important d exposer les choix méthodologiques qui ont guidé sa réalisation. Compte tenu des différents éléments contenus dans cette même question, trois axes méthodologiques ont été développés. À la suite de cette présentation, j aborderai les stratégies de recherche utilisées, en fonction des différents niveaux d information recherchés. Après quoi, les raisons motivant le choix spécifique du lieu de la recherche ainsi que ses particularités seront explicitées Axes méthodologiques La réalisation de cette recherche repose sur un paradigme qualitatif puisque j ai tenté d obtenir le point de vue et les opinions des personnes immigrantes sur leur processus d intégration, et ce, par l entremise d entrevues. Ainsi, comme le mentionnaient Deslaurier et Kérisit «la logistique même de l approche qualitative (terrain, 29

48 observation participante, entrevues non directives, récits de vie) oblige le chercheur à un contact direct avec le vécu et les représentations des personnes qu il étudie» (Deslaurier et Kérisit 1997 : 106). Plus spécifiquement, je souhaitais comprendre le processus d intégration des immigrantes sur deux volets, à savoir la définition qu elles se font de l intégration et l importance des réseaux sociaux dans le processus d intégration, et je formulais l hypothèse qu ils se trouvent liés à un certain niveau qu il me restait à découvrir empiriquement. L originalité de cette recherche consiste à obtenir une définition empirique de l intégration, c'est-à-dire formulée par les personnes immigrantes elles-mêmes en fonction de critères subjectifs, plutôt que d opter pour d autres définitions de l intégration plus académiques et qui semblent parfois être éloignées de la réalité sur le terrain Intégration Mon premier objectif a été d élaborer des définitions empiriques de l intégration. Au fil des entrevues, de façon itérative, j ai été en mesure de développer des éléments de définition de l intégration; ils prennent la forme de grands thèmes récurrents. Lors de l analyse des données, j ai constaté qu en plus d un élément principal, plusieurs femmes mentionnaient des éléments secondaires comme constituants de leur manière de se représenter l intégration. J ai aussi tenté de me détacher d une logique d enchaînement (comme celle qui émane d une affirmation comme : «on doit apprendre le français avant de trouver un travail au Québec») pour me centrer sur l ensemble des propos de chaque femme, car même si l on pourrait penser que la maîtrise du français devrait être sous-jacente à toute autre action liée à l intégration (par exemple poursuivre sa scolarité ou se faire des amis québécois), il ne s agit pas d un élément relevé par toutes. J ai été surprise de constater que certains éléments récurrents dans les propos des femmes ne dénotent pas nécessairement la même chose. À titre d exemple, la «maîtrise du français» se décline de différentes façons : pour une femme, ce thème peut faire référence à la capacité de poursuivre des études à un niveau universitaire en français; pour une autre, à la possibilité de converser avec la caissière à l épicerie et pour une troisième au fait d être capable d utiliser les expressions québécoises couramment. Aussi, il m a semblé pertinent, dans une tentative de faire ressortir certains liens, de mettre en lumière les aspects importants des éléments de définitions fournis par les participantes, par rapport aux sphères de l intégration telles que définies précédemment (sociale, culturelle, économique ou politique), tout en respectant, évidemment, la diversité des points de vue. Ces volontés d empirie et d itération inscrivent cette recherche dans une approche empirico-inductive puisque la recherche s est raffinée en fonction des données récoltées à fur et à mesure de son avancement. Cela 30

49 relève aussi la volonté d être très près de la réalité des personnes immigrantes et de leur cheminement à travers le processus d intégration. Afin d aborder la réalité des personnes immigrantes, il m a semblé nécessaire de connaître le passé pour comprendre le présent. L importance du parcours migratoire ne peut pas être diminuée dans le cadre d un actuel processus d intégration puisque les immigrants arrivent au pays avec maints bagages de vie, parfois complexes. En fonction de cet aspect, j ai recensé ce que l on appelle des histoires de vie. La collecte de ces données m a permis d établir des liens entre les différents éléments de définition de l intégration énoncés par les femmes rencontrées et leurs diverses «caractéristiques» (entre autres leur parcours migratoire, leur pays d origine et leur langue maternelle) Réseaux sociaux Le deuxième objectif de recherche a été d étudier les rôles des réseaux sociaux dans le processus d intégration des immigrantes. Au départ, j avais planifié de subdiviser cet objectif de recherche en trois objectifs secondaires : a) comment s insèrent les immigrantes dans des réseaux sociaux, b) identifier ceux qui les composent et les liens qui les unissent (liants), c) comprendre comment et à quelles fins (notamment par le biais des apports) les réseaux sociaux sont utilisés lors du processus d intégration par les immigrantes. Cependant, la réalité fut toute autre, car la mise en place de réseaux sociaux pour les personnes immigrantes n est pas instantanée, il s agit davantage d un processus, comme l intégration. Ainsi, dans le contexte de mon échantillon - la majorité des femmes étaient au Québec depuis deux ans - les réseaux sociaux étaient plus ou moins au rendez-vous. J ai donc davantage ciblé mon analyse autour des deux principaux appuis recherchés à travers les réseaux existants, qui se sont avérés être, en l occurrence, l appui émotionnel ainsi que l appui informatif, comme je l aborderai plus loin Mise en liens Enfin, le troisième objectif de recherche lie les deux précédents ensemble afin d obtenir des réponses à la question de recherche principale, c'est-à-dire de comprendre comment la définition empirique de l intégration influence l utilisation des réseaux sociaux chez les femmes immigrantes. En fait, une certaine hypothèse de causalité entre les deux éléments avait été envisagée, à savoir que le volet de l intégration sur lequel l emphase est portée (par exemple obtenir un emploi ou avoir des amis) viendrait influencer le genre de réseaux sociaux dans lesquels se trouvent impliquées les personnes immigrantes. À ce niveau, c est en fait l ensemble du questionnement de ce mémoire qui s est joué puisque cette mise en lien a permis de vérifier si les réseaux sociaux sont un moyen ou une fin de l intégration. Les éléments majeurs qui sont ressortis de cette mise en liens sont l importance du temps dans le processus d intégration ainsi que la recherche de liens 31

50 avec des Québécois. Évidemment, lors des entretiens (voir schéma d entrevue en annexe 2), cette thématique faisait partie des questions de mon schéma d entrevue (Selon vous, quels sont les rôles qu occupent actuellement la société d accueil (et ses membres) dans le processus d intégration? Selon vous, devraient-ils occuper d autres fonctions?). Néanmoins, selon moi, ce n est pas nécessairement le fait d avoir abordé un sujet qui importe, dans les propos des participantes, mais bien ce qu elles en ont dit de manière spécifique Stratégies de recherche Comment aborder de façon plus précise les différents éléments soulevés par la problématique présentée? Comme le soutient Brettell, il est impératif pour une approche anthropologique de la migration de s attarder à la fois à la structure, mais aussi à la capacité d agir des immigrants : «An anthropological approach to migration should emphasize both structure and agency; it should look at macro-social contextual issues, micro-level strategies and decision-making, and the mesolevel relational structure within which individuals operate. It needs to articulate both people and process» (Brettell 2003 : 7). Les propos de Brettell permettent d entériner une approche d exploration des niveaux macro-méso-micro qui influencent l intégration des immigrants dans la région de Québec. Envisager le sujet à partir de ces niveaux m a permis de distinguer les différentes unités d analyses : à savoir au niveau micro et au centre de cette recherche les personnes immigrantes elles-mêmes, au niveau méso les maisonnées, et dans une perspective plus secondaire les organismes communautaires, et finalement, en arrière-plan, les politiques gouvernementales au niveau macro. Il faut cependant à la fois tenir compte aussi des sites de collecte de données et surtout, ne pas confondre sites et niveaux d analyse : les sites sont des espaces précis dans lesquels on peut inscrire notamment les organisations, la ville ou encore des publications d une institution précise dans une période de temps définie Niveau micro Les activités réalisées au niveau micro concernent les personnes immigrantes elles-mêmes, qui ont été visées par l échantillonnage nécessaire à cette recherche, à travers notamment des entrevues semi-dirigées et de l observation participante (les techniques d enquêtes seront discutées dans la prochaine section). Par une approche directe des personnes immigrantes, il m a été possible de comprendre leur définition de l intégration, d explorer les différents réseaux sociaux dans lesquels elles s insèrent, de les questionner sur l importance des réseaux sociaux dans leur processus d intégration. Aussi, ce niveau a permis de recueillir les histoires des parcours migratoires et incidemment d établir des liens entre les façons dont sont vécus le processus d intégration et ses objectifs. Il est possible que le temps écoulé entre l arrivée au pays et les entretiens (le 32

51 temps d installation) ait eu aussi une influence sur les réponses des participantes puisque le processus d intégration, tout comme les réseaux sociaux, est modulé par le temps Niveau méso Le niveau méso correspond à l observation participante et à la réalisation d entretiens informels (avec les responsables) menés sur différents sites, au moment, notamment, d activités organisées par des groupes communautaires (comme l organisme de référence dans cette recherche) ou religieux (Saint-Vincent-de-Paul). C est à ce niveau que l on retrouve la maisonnée, puisque toutes les femmes interrogées étaient installées dans le quartier avec leur famille nucléaire (conjoint, mariés majoritairement, avec en moyenne deux enfants). Les groupes communautaires et la maisonnée peuvent eux-mêmes être considérés comme des réseaux sociaux dans lesquels s inscrivent les immigrants; la présence (ou l absence) de la famille influençant très certainement le processus d intégration. L intérêt d étudier ce niveau repose sur les interactions discernables à l intérieur de chacun des groupes, l observation de la dynamique unissant les différents protagonistes et la compréhension de «comment» ceux-ci peuvent influencer les stratégies d intégration développées Niveau macro Le niveau macro peut être considéré davantage en arrière-plan des autres niveaux. Cependant, il semble important de comprendre quelle est la vision de la Ville de Québec face à l immigration, de même que celles des paliers gouvernementaux provinciaux et fédéraux. Le Québec et le Canada ont chacun des politiques et des programmes qui influencent premièrement l entrée des immigrants (sélection) puis leur installation. Pour ce qui est de la Ville, l intérêt a davantage été porté sur les incitatifs en matière d immigration et de rétention, aux mesures d intégration mises en place et aux organismes présents sur le territoire. Ce niveau a été exploré par la consultation des sites internet du Ministère de l Immigration et des Communautés Culturelles du Québec (MICC) 13 et Citoyenneté et Immigration Canada (CIC), ainsi que de nombreux différents rapports statistiques disponibles sur ceux-ci. J ai fonctionné de la même façon pour la Ville de Québec, car différents documents officiels sont accessibles par internet. J ai participé à la consultation publique tenue par la Ville de Québec sur sa politique d immigration (mai 2010). J ai aussi assisté à deux conférences d Abdoul Echraf, co-auteur du document Portrait de la population immigrante de la ville de Québec (2009) et lui ai posé quelques questions sur le portrait et les politiques de la Ville. 13 La dénomination «MICC» sera utilisée tout au cours de ce mémoire pour désigner le ministère québécois responsable de l immigration. Bien que ce ministère soit devenu le MIDI (Ministère de l Immigration, de la Diversité et de l Inclusion) suite aux élections d avril 2014, les documents de références utilisés ainsi que les années durant lesquelles a été menée la collecte de données de la présente recherche justifient le maintien de l utilisation de l appellation «MICC». 33

52 1.4.3 La Ville de Québec comme lieu de l étude J ai décidé de réaliser ma recherche dans la Ville de Québec puisque, dans les études québécoises sur la migration, Montréal est très souvent la ville sélectionnée (notamment Chavez (2000); Fortin (2000) et Pellerin (2013)). Je trouvais intéressant de me pencher sur l immigration à Québec puisque, même s il s agit d une ville d une moindre ampleur en terme de population que Montréal, il s agit tout de même de l un des principaux centres urbains accueillant de l immigration au Québec. La Capitale Nationale (région administrative 03) est en fait la quatrième région administrative projetée comme destination par les immigrants admis au Québec entre 2007 et 2011 à leur arrivée. La région de Montréal est évidemment en tête avec 72,1% des intentions, mais la Capitale Nationale s en tire bien avec des intentions d installation sur son territoire de la part de 4,5% des nouveaux arrivants (Direction de la recherche et de l analyse prospective 2012 : 7) 14. Incidemment, en 2006, c était un résidant sur 22 (donc toujours 4,5%) sur le territoire de la Ville de Québec qui était immigrant (Lessard et Echraf 2009). J ai également choisi de travailler dans un quartier spécifique, au lieu de m'éparpiller à travers la ville 15. L intérêt d utiliser une unité d observation spatialement délimitée réside dans la possibilité de vérifier quel rôle joue la proximité physique dans la création des réseaux sociaux. Cette idée trouvait d'ailleurs écho dans les recherches d Annick Germain (2000 et 2004). Le choix du quartier où s'est déroulée ma recherche-terrain a été déterminé par deux facteurs: il s'agit d'un quartier où se retrouvent bon nombre d'immigrants récemment arrivés à Québec, issus de différents pays, et un organisme du milieu a accepté de collaborer à la recherche. Les activités de l'organisme-contact sont principalement concentrées dans une paroisse, ce qui a directement influencé les lieux que j ai fréquentés, dont l église et l école primaire. Mes informatrices étaient, pour la plupart, résidentes de la paroisse, mais certaines d entre elles habitaient à proximité, dans les limites du quartier, tout en fréquentant majoritairement les activités de cette paroisse Considérations éthiques Avant d aborder les méthodes de collecte et d analyse de données qui ont été utilisées dans cette recherche, il est primordial de faire le point sur certaines considérations éthiques. Des choix importants ont dû être posés lors de la rédaction de ce mémoire afin de le rendre conforme au code d éthique de l Université Laval, régulé 14 Le top 5 des régions administratives comme destination d installation projetée entre 2007 et 2011 était Montréal (72,1%), Montérégie (7,9%), Laval (5,5%), Capitale Nationale (4,5%) et Estrie (2,2%) (Direction de la recherche et de l analyse prospective 2012 : 7). 15 Pour éviter que les personnes qui ont participé à la recherche puissent être identifiées, je tais le nom du quartier en question, de même que celui de l'arrondissement où il se trouve, et j'évite de le décrire davantage. 34

53 par le Cérul. En premier lieu, un formulaire de consentement a été présenté lors de toute participation formelle d un individu lors des entrevues semi-dirigées enregistrées. En second lieu, la confidentialité des participantes de la recherche a été assurée par l utilisation d un pseudonyme pour chacune, lors de la rédaction de ce mémoire. Le quartier où s est déroulée la recherche constitue un petit milieu, une petite communauté. Compte tenu de sa relative proximité géographique avec l Université Laval et un potentiel de diffusion des résultats dans le milieu académique ou communautaire local, j ai décidé de limiter le plus possible les allusions qui pourraient permettre l identification des participantes. Pour cette raison, toutes les références à l arrondissement, au quartier et à la paroisse où résidaient les participantes ont été retirées. De la même façon, j omets de mentionner le nom de l organisme-contact qui a été ma porte d entrée pour le terrain. Dans la suite de ce mémoire, j y ferai référence sous l appellation «organisme-contact». Bien que cette façon de fonctionner limite quelque peu le degré de détails et rend plus difficile la compréhension des dynamiques du quartier, ce choix n a pas été fait à la légère. Il importe de protéger l anonymat des participantes et de leurs familles Collecte de données Mon terrain de mémoire s est échelonné sur une période allant de la mi-mai 2010 à la fin mai Le processus de la collecte de données a grandement été influencé par le développement d un lien particulier avec un interlocuteur privilégié, un organisme-contact. Pour mieux démontrer comment j ai développé le contenu empirique de cette recherche, je vais expliquer concrètement les techniques que j ai utilisées (observation participante, entretiens semi-dirigés et informels), mon mode d échantillonnage ainsi que le déroulement des entrevues et les principaux outils mobilisés. Finalement, j aborderai les méthodes d analyse que j ai employées Interlocuteur privilégié : un organisme-contact Dès le début de mon projet de mémoire, je jugeais essentiel d être connectée directement à la réalité des gens, d où toute l importance même du concept de «terrain», même si j allais mener ma recherche dans la ville où je résidais. Il me semblait approprié d aborder les gens par le biais d un organisme communautaire œuvrant dans le milieu, de me trouver une porte d entrée vers l inconnu. Le concept de la confiance est très important pour arriver à développer des liens avec les gens et obtenir de l information privilégiée. J ai donc décidé d aborder différents organismes communautaires ayant une vocation liée de près ou de loin aux immigrants inscrits dans le répertoire de la Ville. J ai aussi consulté le site internet du 211 (le service 35

54 d information et de référence de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches) pour trouver de façon plus exhaustive les ressources en question. Je souhaitais inclure des personnes de différentes origines dans mon échantillon, pour les raisons exposées précédemment. Après quelques contacts infructueux, j ai finalement trouvé un organisme qui a accepté de collaborer à la recherche. À la suite d une première rencontre avec une agente de milieu, l un des trois employés de l organisme, et un représentant du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de la Vieille- Capitale, il a été convenu que je pourrais m intégrer aux activités d un nouveau programme qui débutait justement peu de temps après cette rencontre Techniques d enquête utilisées Différentes techniques d enquête ont été utilisées afin d obtenir mes données. L observation participante ainsi que les entrevues semi-dirigées sont à l origine de la majorité du contenu recueilli et constituent le cœur de mon travail. Ces données ont été enrichies par l apport d entretiens informels et de recherche documentaire afin d étayer les perspectives des organismes, structures et institutions par rapport à l intégration des immigrants. Pour rencontrer des gens, dans un premier temps, j ai misé sur des activités auxquelles participait ma première informatrice-clé, une agente de milieu de mon organisme-contact. Les bureaux de l organisme étaient ouverts aux gens du quartier, mais ils étaient peu nombreux à y passer de façon non annoncée ou improvisée, donc les contacts se faisaient davantage à l extérieur. Au début de mon terrain, je souhaitais que les gens s habituent à ma présence, étant donnée ma participation aux mêmes activités qu eux. J étais toujours claire sur mes intérêts de recherche, mais je souhaitais, évidemment, faire de l observation participante lors des activités et que les gens ne se sentent pas «forcés» de participer à ma recherche. J ai donc réalisé mon entrée dans la paroisse en étant présente à certains moments importants, sur une base hebdomadaire, et en m impliquant dans les différentes activités de la communauté. Selon Schensul et ses collaborateurs, «l observation participante est un moyen de collecte de données qui nécessite que le chercheur soit présent, s implique et note ses observations de la routine des activités quotidiennes avec les gens qu il observe dans le contexte du terrain» (Schensul et al : 91, ma traduction). Ainsi, l observation participante correspond à une approche du terrain intéressante puisqu elle permet d être présent, de développer des liens avec les différents acteurs et d'amorcer une réflexion sur les dynamiques observées. Chaque semaine, je souhaitais être présente à la distribution alimentaire de la paroisse, chapeautée par la Saint-Vincent de Paul, ainsi qu au café-rencontre qui la précédait. Aussi, l organisme-contact avait son propre café-rencontre, un moment réservé dans ses locaux où les intervenants 36

55 étaient présents et disponibles pour accueillir les gens du quartier. Évidemment, il y avait les activités mensuelles du nouveau programme de l organisme-contact. J ai aussi participé et collaboré à la réalisation (notamment en animant un kiosque et en prenant part à la fabrication des décorations) de certaines activités ponctuelles comme la fête annuelle du quartier et la fête de Noël. Lors de la période estivale, alors que la Saint-Vincent de Paul faisait relâche et que la distribution alimentaire était alors sous la responsabilité de bénévoles temporaires, j allais participer au tri, à la préparation et au partage des denrées. J ai aussi eu l occasion de réaliser des entretiens informels lors de l observation participante, me permettant de prendre davantage contact avec les personnes immigrantes afin de mieux saisir leurs réalités d une façon préliminaire et possiblement d infirmer ou de confirmer des constatations initiales. Ces entretiens informels m ont aussi permis de soulever des thèmes qui n ont pas encore jusqu à présent été abordés par cette recherche, mais se trouvent au cœur des préoccupations des immigrantes. J ai réalisé quelques entretiens informels avec des responsables de services au niveau communautaire (Saint-Vincent-de-Paul, Café- Rencontre, école primaire). Afin de mieux structurer mes efforts de recension, j ai fait appel à une grille d observation (annexe 1) où j ai noté à la fois des observations générales et spécifiques (comme les interactions et le développement ou l existence de réseaux sociaux), en plus d y noter des interprétations personnelles et préliminaires. Évidemment, à un niveau plus formel, un journal de bord a été complété au rythme de mes présences dans le quartier, ce qui, en plus de notes de terrain, m a permis de noter l ensemble des réflexions liées à la réalisation du terrain. La recherche documentaire a été utile à titre de complément aux données amassées grâce aux entrevues (informelles ou semi-dirigées) et à l observation participante. Ainsi, l analyse des documents produits par la Ville de Québec au niveau de l immigration (comme la valorisation et les incitatifs à l immigration ou encore les programmes d insertion proposés) est pertinente afin de mieux comprendre les objectifs de Québec, et donc de l arrondissement, dans l accueil de migrants. Il a aussi été nécessaire de se pencher sur les éléments normatifs et législatifs relevant des gouvernements québécois et canadien puisqu ils ont joué un rôle dans le processus migratoire des participantes. Les résultats de la recherche documentaire seront présentés dans le chapitre 2. En plus des entretiens informels et de la recherche documentaire, un aspect significatif de ma collecte de donnée a été la réalisation d entrevues semi-dirigées. Comme le soulignent Schensul et ses collaborateurs, 37

56 les entrevues semi-dirigées combinent la flexibilité d entrevues ouvertes et non structurées avec la directionnalité et les objectifs d un instrument de sondage afin de produire des données qualitatives et textuelles centrées à un niveau factuel. Les questions dans un guide d entrevue semi-dirigée sont déjà formulées, mais les réponses à ces mêmes questions sont ouvertes; elles peuvent prendre de l ampleur selon la volonté du chercheur et de la personne interviewée et peuvent être davantage explorées. (Schensul et al : 149, ma traduction) Voilà donc tout l intérêt d opter pour des entrevues semi-dirigées, c'est-à-dire d avoir un plan d entrevue ainsi que des questions préparées pour être certaine de traiter de l ensemble des points souhaités, tout en laissant une grande liberté aux participants dans leurs réponses. L avantage de l entrevue semi-dirigée se situe également dans la possibilité de suivre le même plan pour plusieurs entretiens. Les annexes 2 et 3 contiennent le schéma d entrevue ainsi que les outils de collecte qui ont été développés à cette fin. Toutefois, dans la perspective d une recherche itérative, les questions ont été légèrement modifiées en cours de réalisation du terrain pour mieux coller au vocabulaire des personnes rencontrées. Les entrevues se sont déroulées en laissant le choix aux femmes du moment et du lieu, en fonction de leurs horaires puisque la grande majorité des femmes avait des enfants d âge préscolaire. La plus grande partie des entrevues ont eu lieu au domicile des femmes; ce choix, bien pratique pour elles, car elles n avaient pas besoin de se déplacer, me permettait aussi de voir leur réalité quotidienne. Un seul entretien s est déroulé dans un lieu public, un café du quartier, et deux autres ont été organisés dans un lieu neutre, à savoir un local de réunion à l Université Laval. Les entrevues formelles ont duré entre 45 et 120 minutes, la durée moyenne se situant autour de 90 minutes. Un seul entretien s est déroulé en deux séances, par manque de temps de la participante. Lors de mes entrevues, j avais planifié à l origine l utilisation d un tableau (voir annexe 3) pour structurer nos discussions sur les réseaux sociaux de mes interlocutrices. Au départ, j espérais arriver à le remplir en discutant avec les femmes sur ce thème, mais cela semblait difficile. Ainsi, sans le remplir formellement (en écrivant dans les cases), j ai ensuite tenté de le faire verbalement, en me servant du tableau comme d un guide. Néanmoins, l approche semblait difficile; j ai senti que cela ajoutait de la formalité à notre discussion (enregistrée). Je crois que, en partie du moins, la quantité limitée de liens sociaux qui avaient été développés par les femmes immigrantes au moment des entrevues peut en avoir gêné quelques-unes dans cette tâche. Certaines n étaient pas à l aise ou embarrassées de verbaliser les contacts limités qu elles avaient développés au Québec. Ainsi, les techniques d enquêtes utilisées dans cette recherche ont été relativement diversifiées (observation participante, entretiens informels et semi-dirigés et recherche documentaire), tout en étant cohérentes avec 38

57 celles habituellement employées dans une collecte de données réalisée sur un terrain de recherche tel qu effectué en anthropologie Échantillonnage et recrutement Au départ, je souhaitais me référer à une procédure d échantillonnage par contraste. Comme le présente Pires, «le but de l échantillon par contraste avec entrevues est d ouvrir les voies à la comparaison (externe) ou à une sorte de " totalité hétérogène ". On entreprend ici la construction d une mosaïque ou d une maquette par l entremise d un nombre diversifié de cas» (Pires 1997 : 157). L objectif avec ce type d échantillonnage, n était «donc pas de viser une représentativité numérique dans l échantillon [ ], mais tout simplement d avoir un ou deux exemples par groupe» (Pires 1997 : 158). À titre de dénominateurs communs, car il faut aussi des ancrages, j avais ciblé le genre des répondantes (l entrevue semi-dirigée exploratoire réalisée avec un homme n a pas été retenue) et évidemment leur quartier de résidence. Le hasard a fait que les premières femmes rencontrées étaient du même statut d immigration (économique, elles étaient des travailleuses qualifiées) pour la plupart, j ai donc décidé d aller de l avant dans cette même veine. Aussi, coïncidence peut-être, la majorité d entre elles vivaient au Québec depuis environ deux ans. Les éléments différenciés se situaient au niveau du pays d origine, de la maîtrise du français et de leurs occupations (en francisation, aux études, emploi de subsistance, à la maison). Ainsi, en tout, j ai retenu et analysé les douze entrevues semi-dirigées que j ai réalisées avec des femmes immigrantes résidant dans un quartier spécifique de la Ville de Québec. Le principe de saturation fait habituellement référence à une trentaine d entrevues. Cependant, à la fin de mes douze entrevues, j ai constaté que les réponses des femmes interrogées se rejoignaient. La saturation est moins un critère de constitution de l échantillon qu un critère d évaluation méthodologique de celui-ci. Elle remplit deux fonctions capitales : d un point de vue opérationnel, elle indique à quel moment le chercheur doit arrêter la collecte des données, lui évitant ainsi un gaspillage inutile de preuves, de temps et d argent; d un point de vue méthodologique, elle permet de généraliser à l ensemble de l univers de travail (population) auquel le groupe analysé appartient (généralisation empirico-analytique). (Pires 1997 : 157, emphases originales) Je crois que dans le contexte particulier du quartier, les données amassées sont représentatives de l ensemble des propos du groupe ciblé. La paroisse et ses alentours représentaient un petit milieu. Cette spécificité dans l espace et dans le temps, puisque la réalisation des entrevues s est échelonnée entre l été 2010 et le printemps 2011, apporte donc une qualité distinctive de cette recherche : elle permet de comprendre et d analyser un instantané, une photo de la réalité de ces femmes à une période précise. Bien que mon analyse se soit efforcée de bâtir des ponts entre leurs réalités et les recherches antérieures d autres chercheurs, il est convenu que mes résultats seront spécifiques à ces paramètres. 39

58 Le recrutement a été ardu, car les femmes rencontrées lors des activités étaient souvent les mêmes. Au hasard des rencontres lors d activités de l organisme-contact ou d autres activités communautaires, j ai approché directement des femmes que je sentais réceptives dans un premier temps. Les entrevues qui ont été menées auprès des femmes que je connaissais étaient un peu plus faciles puisque j étais déjà au fait de leur contexte général de vie et pouvais plus rapidement faire des liens entre mes questions et leurs réalités. Ensuite, après quelques entrevues réalisées, il devenait plus difficile de rencontrer de nouvelles personnes. Un message général a été envoyé aux contacts de l organisme qui était mon interlocuteur privilégié afin de faciliter mon recrutement de nouvelles informatrices. C est grâce à ce moyen que j ai obtenu un contact dans le «réseau» brésilien, ce qui m a permis de réaliser des entretiens avec des femmes de cette origine. J ai donc eu recours à la méthode boule de neige pour le recrutement d autres participantes, en complément de la rencontre préliminaire d immigrants par le biais de l organisme Méthodes d analyse de données Le caractère itératif de la recherche, c'est-à-dire de réaliser le terrain et de faire une partie du traitement des données simultanément, m a permis de voir évoluer ma recherche et d apporter quelques corrections, surtout au niveau des entrevues semi-dirigées, afin d obtenir des données intéressantes. Ainsi, j ai réalisé une partie de la transcription des entrevues, qui ont été enregistrées, en parallèle avec l exécution du terrain. Cette façon de fonctionner m a permis d alimenter mes réflexions entourant la recherche et d aller chercher confirmation ou infirmation de mes impressions auprès des personnes participant au projet. L analyse a été faite en partie grâce à des regroupements thématiques des éléments présentés dans les définitions de l intégration, telles que proposées par les participantes, et en fonction des sphères de l intégration. Ces regroupements font aussi écho aux dimensions d intégration sous-jacentes au schéma d entrevue comme les attentes (à la fois les leurs et celles de la société d accueil), le sentiment d appartenance ou encore des perceptions de racisme. Dans mon analyse des réseaux sociaux, j ai constaté qu il était difficile de respecter les différents outils développés au moment où j élaborais le devis de recherche (les Semblables et l Altérité dans les réseaux sociaux, l apport ainsi que le liant des réseaux sociaux), car la réalité était plus complexe qu anticipée. L analyse des entrevues transcrites s est effectuée manuellement en dégageant les thèmes principaux (en particulier des éléments de définition de l intégration et la présence des réseaux sociaux) et secondaires d intérêt et qui en ont émané, ajoutant à l arborescence au fil des entrevues traitées. Ainsi, la méthode utilisée 40

59 s apparente à la théorisation ancrée proposée par Paillé (1994). Cette analyse des données des entrevues a aussi été soutenue d une part grâce à un retour sur les notes de terrains qui sont venues alimenter les réflexions découlant de ces analyses et, d autre part, de l analyse des données documentaires retenues afin notamment de mieux comprendre les vues de la Ville de Québec au sujet de son immigration. Conclusion À travers ce premier chapitre, j ai souhaité poser les jalons de ma recherche, autant aux niveaux théorique et conceptuel que méthodologique. J ai fait état de ma question de recherche en la positionnant par rapport aux études déjà menées au Québec et en définissant le vocabulaire que j ai choisi d utiliser. J ai aussi opérationnalisé ma question de recherche en trois axes distincts, me permettant de structurer mon processus d analyse et d alimenter mes réflexions. J ai souhaité expliciter toute ma démarche de terrain, dont mes considérations éthiques par rapport à la recherche, ma collecte de données et mon processus d échantillonnage, ainsi que mes démarches d analyse. Je crois que l ensemble de ces éléments réunis permet de passer véritablement au cœur de l analyse du vécu quotidien des immigrantes de Québec qui ont pris part à la recherche, en lien avec la question de l intégration. Néanmoins, au préalable, il faut explorer davantage les structures et politiques qui existent au niveau du pays, de la province et de la ville, pour mieux comprendre comment et de quelles façons sont sélectionnés, accueillis puis accompagnés les nouveaux arrivants. 41

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61 Chapitre 2 : L immigration au Québec : politiques, structures et informations Introduction La compréhension du processus migratoire des femmes interrogées dans cette recherche exige que je m attarde sur les différents éléments qui peuvent avoir influencé leur départ, leur arrivée, leur installation ainsi que leur processus d intégration. Les femmes que j ai recensées dans cet échantillon représentent majoritairement la catégorie économique, c est-à-dire que leur immigration découle à la fois d un choix personnel, elles ont pris la décision de s établir au Canada, et d une décision de la société d accueil, elles ont été sélectionnées en fonction de leur apport économique potentiel au Québec. Le Québec possède des politiques migratoires distinctes des autres provinces et territoires et même, à certains égards, différentes de celles qui régissent le gouvernement fédéral. Afin de mieux cerner les bases sur lesquelles a reposé l immigration des femmes de mon échantillon, je présenterai les catégories d immigration ainsi que les conditions d obtention de la résidence permanente. Dans un deuxième temps, je m attarderai sur pourquoi les gens immigrent et sur le type d informations dont ils disposent préalablement à la migration. Finalement, je considérerai les politiques et structures d accueil locales puisque ma recherche porte spécifiquement sur la Ville de Québec. 43

62 2.1 Le contexte du Québec par rapport à l immigration Dans le Québec contemporain, les questions d intégration des immigrants, d accommodements, de reconnaissance des expériences professionnelles et des diplômes, d intolérance ou de racisme font régulièrement les manchettes. La préservation de sa culture à la fois distincte et francophone constitue l une des principales trames de l histoire du Québec, et ce, depuis les grands bouleversements sociaux de la Révolution tranquille. Au cœur de ce débat, toujours d actualité, se situe la place de l immigrant dans une société d accueil qui se considère à la fois fragile et minoritaire. Que ce soit le débat entourant la Charte de la laïcité en 2013, la «crise» des accommodements raisonnables (le code de vie d Hérouxville en 2007) et son corollaire, la commission Bouchard-Taylor (2008), dont le rapport a été déposé en 2008 à la suite de consultations publiques menées à travers la province, ou les paroles de l ancien premier ministre Jacques Parizeau à la suite de l échec du référendum de 1995 (l argent et les votes ethniques), l intégration de l immigrant à la société québécoise représente un enjeu politique depuis près de 20 ans. La place publique offre un constat paradoxal au nouvel arrivant, particulièrement celui qui a le statut d immigrant économique. Les politiques publiques, tant au gouvernement du Québec qu au gouvernement fédéral, visent à favoriser l entrée au Canada de personnel qualifié à haute valeur ajoutée. Ainsi, d une part, il est jugé essentiel, pour son apport économique et son savoir-faire, souvent de pointe mais, d autre part, il est souvent perçu par les Québécois comme une menace au caractère distinct de leur société. Les politiques d immigration et leurs détails d application (quotas, pays d origine désignés, programmes temporaires) sont fréquemment modulés au gré de directives d ordre administratif ou politique. Habituellement, les grandes lignes demeurent sommes toutes fixes, mais parfois les pouvoirs publics apportent des changements ponctuels à leur mise en pratique. Ainsi, les prochaines sections visent à présenter un survol rapide d informations d intérêt concernant l immigration au sens large Les procédures d immigration au Québec En fonction d une entente établie avec le gouvernement fédéral, c'est-à-dire l Accord Canada-Québec relatif à l'immigration et à l'admission temporaire des aubains qui a été mis en place en 1991, le Québec sélectionne ses immigrants de type «travailleurs qualifiés». À l échelle canadienne, le ministère dit Citoyenneté et Immigration Canada (CIC) est responsable de l'application de la politique et des lois sur l'immigration. En vertu de l accord, le Québec dispose d une autorité spécifique dans la sélection de ses immigrants, par rapport aux autres provinces canadiennes. Outre les travailleurs qualifiés, Québec peut aussi sélectionner certains types de réfugiés à l étranger. Néanmoins, la province ne possède pas une pleine autonomie puisque le Canada 44

63 dispose de pouvoirs spécifiques car il «est le seul responsable de l admission des immigrants sur le territoire canadien» (MICC 2011a : 4). Au niveau spécifique de l immigration permanente, le Québec détermine chaque année la quantité d immigrants qui seront accueillis sur son territoire. «Sommairement, le Québec assure la sélection des immigrants du volet économique, des réfugiés se trouvant à l étranger et des demandes traitées pour des considérations humanitaires ou d intérêt public. Le Québec délivre un certificat de sélection aux candidats qui satisfont à ses exigences», le CSQ (Certificat de sélection du Québec) (MICC 2011c : 7). Dans le cas des immigrants économiques, les critères, colligés dans une grille de sélection, sont déterminés par la province. Le Québec bénéficie donc d une situation particulière car le gouvernement fédéral effectue la sélection pour les autres provinces canadiennes. Soulignons toutefois que seul le gouvernement fédéral «a le pouvoir d accorder le statut de résident permanent aux candidats qui ont été sélectionnés par le Québec» (MICC 2011c : 7). Bref, le Québec possède une maîtrise relative de son immigration puisque le gouvernement fédéral doit confirmer l admission des immigrants au Canada. Il en résulte un processus où les deux ordres de gouvernement sont impliqués dans la venue des nouveaux arrivants Les catégories d immigration À la fois au Québec et dans le reste du Canada, il existe deux grandes classes d immigration, à savoir la permanente et la temporaire. Ces appellations, somme toute assez explicites en elles-mêmes, distinguent une visée d installation. Je ne m attarderai pas à l immigration temporaire puisque la question du processus d intégration ne vise pas les personnes concernées par cette catégorie. Je me concentrerai plutôt sur l immigration de type économique, et plus précisément sur les travailleurs qualifiés, catégorie qui regroupe la majorité des femmes de mon échantillon. Rappelons que l immigration permanente se divise en quatre grandes catégories : l immigration économique, le regroupement familial, les réfugiés et la catégorie «autres». Immigration économique L immigration économique est composée de quatre sous-catégories. Afin de présenter succinctement ces informations, elles ont été regroupées dans un tableau synthèse : 45

64 Tableau 1 La catégorie d immigration économique Travailleurs qualifiés Travailleurs autonomes Entrepreneurs Investisseurs Objectifs d'établissement Occuper un emploi Créer leur propre emploi Créer ou acquérir une entreprise Investir au moins $ sur une période de 5 ans Critères de sélection - Grille de sélection - Potentiel d adaptabilité Grille de sélection (semblable à celle des tr. qualifiés) Autonomie financière Montant pour les trois premiers mois du séjour Avoir net minimal de $ Avoir net d au moins $ Avoir net d au moins $ (MICC 2011b) Propre au gouvernement du Québec, la grille de sélection utilisée découle de ses processus internes de sélection des immigrants. Il s agit dans les faits d un système de pointage qui tient à la fois compte des facteurs personnels (tels l âge, la connaissance du français et de l anglais, les enfants à charge) et professionnels (comme la formation et les expériences de travail). En outre, les immigrants économiques, lorsqu ils sont sélectionnés, obtiennent automatiquement leur résidence permanente. Regroupement familial Le regroupement familial représente une autre catégorie de l immigration permanente : il s agit d un citoyen canadien ou d un résident permanent majeur qui décide de parrainer un proche. Pour ce faire, il est nécessaire de démontrer une capacité de subvenir aux besoins de la personne parrainée. La durée de cet engagement est variable, allant de trois ans à plus de dix ans pour les jeunes enfants (jusqu à leur majorité). Il est possible de parrainer les personnes suivantes : - son époux, conjoint de fait ou partenaire conjugal; - un enfant à charge ou enfant à adopter; - un autre enfant de 18 ans et moins, orphelin et apparenté; - un ascendant (père, mère, grand-père, grand-mère). Les personnes qui sont parrainées dans le cadre du regroupement familial «ne font pas l objet de sélection professionnelle. Ils obtiennent la résidence permanente grâce à l engagement que leur proche parent souscrit en leur faveur» (MICC 2011a : 8). 46

65 Réfugiés La catégorie des réfugiés s avère relativement complexe car il existe différentes «voies» par lesquelles une personne peut être reconnue comme réfugiée. De façon générale, il incombe au gouvernement canadien de déterminer qui est reconnu comme un réfugié en fonction de la Convention de Genève (la Convention des Nations Unies relative au statut des réfugiés), et quels sont les individus qui se trouvent dans des «situations semblables» devant bénéficier de la protection canadienne. Rappelons que le Québec peut sélectionner certains réfugiés à l étranger. Tableau 2 La catégorie des réfugiés Type de réfugiés Individus visés Conditions particulières Il peut s agir de réfugiés au sens de la Convention de Genève ou d une Des agents examinent les personne protégée (ou à protéger) qui demandes et celles jugées est visée par la Convention contre la admissibles sont évaluées par Ceux qui font la demande d asile torture ou risquant des traitements ou la CISR, la Commission de une fois au Canada peines cruelles ou inusitées, tel que l immigration et du statut de défini par la Loi sur l immigration et la protection des réfugiés (il s agit d une réfugié (il s agit d un tribunal administratif). loi canadienne). Ceux qui font une demande à partir de l étranger, qui sont situés outrefrontières Réfugiés à la charge de l État Réfugiés et personnes en situation semblable accueillis dans le cadre du Programme de Parrainage Collectif Il peut s agir de réfugiés au sens de la Convention de Genève (outrefrontières) ou de pays d accueil. - Doit se trouver à l extérieur du Canada - Doit être reconnu comme réfugié au sens de la Convention de Genève - Doit être sélectionné par le Québec - Parrainage opéré par une OBNL, un groupe de résidants du Québec ou une OBNL jumelée à un résidant par rapport à une personne dans une situation de détresse. - Engagement lie le parrain à cette personne en l obligeant à répondre à ses besoins et de faciliter son intégration au Québec. Ils arrivent au Québec en ayant déjà leur titre de résident permanent. Ils doivent remplir sensiblement les mêmes conditions que celles pour les réfugiés à la charge de l État (MIDI 2014b; CIC 2014a) 47

66 Catégorie «Autres» Relativement nébuleuse, cette catégorie compte pour un pourcentage minime des immigrants qui s installent au Québec chaque année. Il s agit de manière plus spécifique de «diverses catégories particulières sélectionnées pour des motifs humanitaires ou d intérêt public.» (MICC 2011a: 11) Parmi les quatre grandes catégories présentées, notons que le parcours administratif des travailleurs qualifiés représente la majorité des informatrices de cette recherche. En fait, deux de ces femmes avaient un profil d immigration un peu différent : l une avait immigré de façon temporaire au Québec comme étudiante (cycle supérieur) à l Université Laval et a ensuite décidé de s installer ici et une autre accompagnait son mari qui avait été directement recruté à l étranger par une compagnie. Même si ces deux femmes ne sont pas de la catégorie des travailleurs qualifiés, les raisons de leur installation au Québec, les défis qu elles rencontrent au quotidien dans leur processus d intégration, le statut de professionnelle qualifiée qu elles avaient dans leur pays d origine respectif, entre autres, sont similaires au vécu des autres femmes interrogées Exemple du parcours migratoire administratif d un travailleur qualifié : étapes et exigences La sélection (Québec) et l admission (gouvernement fédéral) sont obligatoires pour les travailleurs qualifiés qui souhaitent s installer au Québec. La sélection faite par le Québec se traduit par l obtention du CSQ (Certificat de Sélection du Québec) selon des objectifs qu il a lui-même fixés (grille de sélection). Ainsi, pour un individu qui a obtenu son CSQ, il est obligatoire d obtenir également son admission sur une base canadienne. L admission correspond à la demande de résidence permanente. Afin de l obtenir, il est nécessaire de faire la demande de résidence et de passer l examen médical, ainsi que le contrôle de sécurité. Toutes ces étapes doivent être réussies avec succès pour tous les membres de la famille de l appliquant. À la suite de la sélection et de l admission, l immigrant qui deviendra un nouvel arrivant au Canada est résident permanent ce qui «lui confère les mêmes droits que ceux de tout citoyen canadien, à l'exception du droit de vote et du droit d'obtention d'un passeport canadien. Après trois ans de résidence permanente 16, ces droits peuvent être octroyés au candidat s il présente une demande de citoyenneté canadienne» (MICC 2011e). 16 Parler de trois années consécutives de résidence est en quelque sorte un raccourci car le gouvernement canadien spécifie que «[p]our pouvoir présenter une demande de citoyenneté canadienne, vous devez avoir vécu au Canada pendant au moins trois ans (1095 jours) au cours des quatre années (1460 jours) précédant la présentation de votre demande» (CIC 2014b). 48

67 Selon les participantes à la recherche, environ deux ans sont nécessaires pour le traitement du dossier. Il faut faire parvenir les documents obligatoires par la poste, confirmer les ressources financières des demandeurs, payer en dollar canadiens les frais pour étude du dossier (en personne ou par la poste). Par la suite, l appliquant doit se déplacer pour des entretiens ou des évaluations, notamment à propos de sa maîtrise des langues officielles. La somme des frais engendrés par le processus administratif entourant l acte d immigrer peut représenter une charge financière importante notamment à cause du taux de change en vigueur lors des démarches réalisées à partir d un autre pays. À titre d exercice, je me propose de compiler certains chiffres, mais surtout des types de dépenses, en fonction des informations disponibles. Si on prend l exemple d une famille fictive de deux adultes et de deux enfants qui font une demande comme travailleur qualifié pour le requérant principal : Tableau 3 Exemple des items liés à l immigration d un travailleur qualifié et de sa famille Étapes Exigences et documents Montant Traitement des demandes 2 x 550$ + 2 x150$ Pré-migration Frais relatifs au droit de résidence permanente Obtention de documents - examens médicaux - certificats de police - examens d ADN - frais de traitements pour toutes autres demandes associées à la demande de visa de résident permanent, telle qu une autorisation de retourner au Canada. 2 x 490$ Migration Billets d'avion? Installation Pour obtenir la citoyenneté Autonomie d'au moins trois mois Achat de meubles, vaisselle, literie, vêtements d'hivers, biens divers Octroi de citoyenneté Droit d'être citoyen??? 100$ par pers. 100$ par pers. (CIC 2011a et 2011b) 49

68 Rapidement, l on constate que l acte d immigrer requiert une certaine capacité à fournir un effort financier soutenu sur une période de temps relativement longue, et ce, en fonction des différentes exigences et documents à remettre. En outre, le coût des billets d avion pour toute la famille ainsi que la nécessité, paradoxale, de démontrer leur autonomie financière pour leurs trois premiers mois d installation fait rapidement «grimper la facture» de la migration. De façon succincte, en s en tenant aux grandes lignes, le parcours administratif pour quelqu un qui souhaite immigrer au Québec comme travailleur qualifié ressemble à ceci: Lorsqu il fait sa demande et s il récolte assez de points dans la grille de sélection, il pourra obtenir son CSQ. Après quoi il devra soumettre son dossier pour être admis par le Canada. S il est admis, il obtiendra sa résidence permanente. Il pourra ensuite immigrer au Québec. Après trois années consécutives de résidence permanente au Canada, il pourra faire sa demande pour la citoyenneté canadienne et devra réussir l examen pour l obtenir. Cette section a permis d explorer les différentes catégories d immigration permanente au Québec et de s attarder plus spécifiquement au cas des travailleurs qualifiés de la catégorie de l immigration économique, puisqu il s agit de la réalité de la majorité des femmes de mon échantillon. À l aide d exemples, j ai tenté d illustrer le temps nécessaire ainsi que les coûts liés à la migration. Il s agit souvent d un aspect que la population en général ignore; nous sommes rarement conscients de tous les coûts, monétaires ou non, qui sont liés à la migration. Dans le cas des travailleurs qualifiés, la démarche se fait habituellement après avoir mûrement réfléchi son désir de migration ainsi qu en fonction de sa capacité d assumer les divers coûts y étant reliés Statistiques de l immigration Après m être attardée au processus de sélection des immigrants, je crois d intérêt de présenter sommairement les données concernant l ampleur de la présence immigrante au pays ainsi que dans la région de Québec. En 2011, selon les données recueillies lors de l Enquête nationale auprès des ménages, la population née à l étranger (immigrants) représentait 20,6% de la population au Canada (environ personnes), 12,6% au Québec ( personnes) et 5,4% dans la Ville de Québec ( personnes) (Statistiques Canada 2013a :4; 2014a et 2014b). Les immigrants représentaient 4,5% de la population totale de la Ville de Québec en 2006, comparativement à 2,9% en 2001 (Lessard et Echraf 2009). Les données présentées correspondent majoritairement aux recensements de 2006 et de 2011, c est-à-dire aux statistiques qui correspondent le mieux aux réalités que j ai observées sur le terrain. Ces données se 50

69 voient complémentées par des informations en provenance d autres sources, notamment de Lessard et Echraf, qui emploient également le recensement de 2006 comme source primaire. (Lessard et Echraf sont les auteurs d un document produit par la Ville de Québec en 2009). Les réformes apportées par le gouvernement conservateur à la version détaillée du questionnaire du recensement de 2011, soit la fin du recensement obligatoire à formulaire détaillé, rendent sensibles les comparaisons avec les recensements antérieurs. En effet, il faut noter que les données du recensement de 2006 s avèrent être les dernières provenant d un recensement «classique» et qu à cette fin elles constituent une source d une grande importance que l on peut difficilement laisser de côté, et ce, malgré le décalage temporel. Également, les chiffres du recensement de 2011, à savoir l Enquête nationale auprès des ménages (ENM), seront aussi présentés 17. En 2010, le Québec a accueilli un total de nouveaux arrivants : 69,5% d immigration économique (dont 62,8% de travailleurs qualifiés), 20,0% pour le regroupement familial, 8,7% de réfugiés et de personnes en situations semblable et 1,7% d autres immigrants (Direction de la recherche et de l analyse prospective 2011a :1). En 2011, le Québec a accueilli un total de nouveaux arrivants : 69,8% d immigration économique (dont 60,9% de travailleurs qualifiés), 19,4% pour le regroupement familial, 9,7% de réfugiés et de personnes en situations semblable et 1,1% d autres immigrants (Direction de la recherche et de l analyse prospective 2012a :1). Le poids de l immigration sélectionnée par le Québec en 2011 était de 74,9% (75,3% en 2010), soit les immigrants de la catégorie économique et une partie des réfugiés. Je constate que, pour les années 2010 et 2011, la majorité de l immigration permanente au Québec (plus de 60%) est composée de travailleurs qualifiés. Le taux de scolarisation des immigrants reçus par le Québec en 2010 s avère très élevé : près des 2/3 (65,7%) des immigrants permanents accueillis en 2010 possèdent 14 années et plus de scolarité (parmi les personnes âgées de 15 ans et plus) (Direction de la recherche prospective 2011b). Pour la Ville de Québec, «en 2006, 65,3% des immigrants établis à Québec avaient un diplôme postsecondaire, un niveau qui se compare avantageusement à d autres RMR. Globalement, les immigrants présentent une scolarité supérieure à celle de la population d accueil» (Lessard et Echraf 2009 : 9). À titre comparatif, selon l ENM de 2011, 64,1% des Canadiens ont un diplôme d études postsecondaire (Statistiques Canada 2013b : 4). 17 Voici l avertissement qui est mentionné sur le site du MICC - MIDI : «La comparaison entre les données de l'enm de 2011 et celles du questionnaire des recensements précédents, notamment celui de 2006, doit être faite avec prudence. En effet, ces deux sources de données représentent des populations différentes puisque la participation à l ENM se fait sur une base volontaire contrairement au recensement. La marge d erreur est par conséquent beaucoup plus grande dans l ENM» (MIDI 2014a). 51

70 En outre, plus de la moitié (65,1 %) des immigrants établis au Québec en 2010 déclarent connaître le français. Pour les immigrants sélectionnés dans la sous-catégorie des travailleurs qualifiés, cette proportion grimpe à (77,3%) (Direction de la recherche prospective 2011b). Ces chiffres démontrent l importance du phénomène de l immigration au Québec (près de nouveaux arrivants chaque année) ainsi que la proportion de gens qui se situent dans la catégorie économique, destinés à venir gonfler les rangs de la population active en intégrant le marché du travail. Afin de répondre à cet important volume annuel de nouveaux arrivants, le gouvernement du Québec doit assurer des services d encadrement (par certains Ministères et organismes communautaires œuvrant localement) aux immigrants afin de les appuyer dans leurs démarches d intégration Les structures d accueil Le gouvernement du Québec a mis en place différentes structures pour accueillir, encadrer et faciliter l intégration des personnes immigrantes : certaines d entre elles relèvent du MICC, des organismes communautaires ou encore d Emploi-Québec et du ministère de l Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) (Direction de la planification 2011 : ). De même, certains organismes communautaires reçoivent l appui du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Le MICC offre des services à l attention des personnes immigrantes en amont du processus de migration et une fois qu ils sont en sol québécois. Aussi, le MICC et les organismes communautaires sont liés par les programmes d aide financière qui permettent aux organismes d offrir des services à la clientèle immigrante et d être reconnus comme tels par le Ministère. Un nombre important d organismes communautaires offre des services pour les personnes immigrantes (exclusivement ou inclusivement pour différentes clientèles) sans nécessairement être liés au MICC. Le MSSS qui agit régionalement par l Agence de la santé et des services sociaux, appuie quelques organismes dédiés spécifiquement à cette clientèle dans la région de la Capitale- Nationale. De plus, le volet de la francisation constitue un élément important de la structure d accueil des nouveaux arrivants, notamment dans le cas des travailleurs qualifiés (faciliter l accès au marché du travail). Les différents ministères et organismes québécois concernés travaillent de concert afin d appuyer les personnes immigrantes, l objectif étant de favoriser l intégration de ces dernières par le biais notamment de la francisation, de la reconnaissance de leurs compétences professionnelles ainsi que par leur intégration au marché du travail. 52

71 Le ministère de l Immigration et des Communautés Culturelles (MICC) 18 Le MICC constitue le joueur incontournable au niveau de l immigration au Québec. Il existe des bureaux de recrutement à l étranger (j y reviendrai dans la section ) qui font la promotion de l immigration au Québec auprès des travailleurs qualifiés. À cet égard, le site internet du Ministère, tout comme le site d Immigration-Québec, constituent des outils promotionnels importants; il est intéressant de relever qu ils sont disponibles en français, anglais et espagnol. Le MICC produit différents guides et documents informatifs (exemples des thèmes abordés : les valeurs communes de la société québécoise et les professions et métiers réglementés). Il offre aussi des cours de francisation en ligne et, dans différents pays, il est associé à des partenaires pour cette même offre de service. Une fois au Québec, le Service Immigration-Québec se charge de l accueil et des premières démarches d installation; il organise en outre des séances d information de groupe pour les nouveaux arrivants. Le MICC a aussi des programmes de régionalisation de l immigration afin d inciter les immigrants à s installer hors de la Région Métropolitaine de Montréal. Au niveau de l emploi, le Ministère diffuse de l information sur les professions et les métiers réglementés (séances individuelles ou en groupes. Il a aussi développé un Centre d expertise sur les formations acquises hors du Québec (CEFAHQ) afin d évaluer de façon comparative les études réalisées hors du Québec Les organismes communautaires Au moment de mener ma recherche sur le terrain, le MICC reconnaissait 150 organismes communautaires procurant divers services gratuitement aux nouveaux arrivants, sur l ensemble du territoire de la province. Les domaines couverts par ceux-ci sont assez diversifiés et représentent les principaux besoins de base des immigrants : accueil; accompagnement personnalisé; aide à l'intégration; adaptation au marché du travail; cours de français adaptés; soutien à des clientèles particulières (par exemple, les femmes et les familles défavorisées) (MICC 2009a). À cette époque, il existait trois différents programmes d aide financière pour des organismes communautaires partenaires du Ministère (MICC) car «[a]fin de soutenir et d orienter l action des organismes à but non lucratif souhaitant contribuer à l accueil des immigrants et à leur insertion dans la société, le Ministère administre divers programmes d aide financière» (MICC 2011d). Ces programmes étaient : 18 Aujourd hui (2014) le ministère de l Immigration, de la Diversité et de l Inclusion (MIDI). La justification de l emploi de l appellation MICC plutôt que MIDI a déjà été faite en note de bas de page, dans la section

72 - le Programme d Accompagnement des Nouveaux Arrivants (PANA), qui «est destiné à soutenir les organismes communautaires qui souhaitent apporter leur contribution à l intégration sociale et économique des nouveaux arrivants à la société québécoise» (MICC 2011d); - le Programme Régional d Intégration (PRI) qui «soutient les actions concertées des partenaires locaux et régionaux en vue d accroître l apport de l immigration au développement démographique, économique, social et culturel du Québec» (MICC 2011d); - et le Programme Action Diversité (PAD) «à l intention des organismes qui réalisent des projets structurants pouvant contribuer significativement à l atteinte des objectifs du Ministère en matière de diversité afin de favoriser la pleine participation des Québécoises et des Québécois de toutes origines au développement de la société québécoise» (MICC 2011d). Pour la région de la Capitale Nationale (03), les représentants régionaux du Ministère sont au nombre de huit, le tableau 4 présente cette liste. Tableau 4 Les organismes reconnus par le MICC dans la région de la Capitale Nationale (2011) Programmes du MICC PANA PRI PAD Organismes de la région 03 bénéficiant de ces programmes Centre multiethnique de Québec inc. Service d'aide à l'adaptation des immigrants et immigrantes (S.A.A.I.) Service d'orientation et d'intégration des immigrants au travail de Québec (SOIIT QUÉBEC) Groupe Intervention Travail (GIT Société inc) Centre R.I.R.E «R pour Rattrapage académique, I pour Intégration socioprofessionnelle, R pour Rapprochement interculturel et E pour Éveil aux technologies de l informatique» (Centre R.I.R.E. 2014) Centre de formation Option-Travail Ste-Foy Conférence régionale des élus de la Capitale-Nationale Service d'orientation et d'intégration des immigrants au travail de Québec (SOIIT QUÉBEC) Bienvenue à Limoilou (MICC 2011d) Dans le cas particulier de la Conférence Régionale des Élus de la Capitale Nationale, l organisation s inscrit dans un partenariat avec Ministère de l'immigration et des Communautés culturelles, le Bureau de la Capitale- 54

73 Nationale, le ministère de l'emploi et de la Solidarité sociale, le Forum jeunesse de la région de la Capitale- Nationale et la Ville de Québec, établissant l Entente spécifique sur l'accueil et l'intégration des personnes immigrantes dans la région de la Capitale-Nationale (MICC 2011g). Cette entente a permis à la CRÉ-CN de mettre en place le Programme Actions Milieux Immigration (AMI) sur une période de deux ans et d ainsi soutenir des projets novateurs d organismes de la région, notamment le Réseau de soutien à l intégration de la clientèle immigrante (RICSI) du Centre multiethnique de Québec et PastecQ (Projet d Accompagnement et de SensibilisaTion à l Engagement Citoyen au Québec) du Centre d action bénévole de Québec (CRÉ-CN 2011). Dans le cas de cette entente spécifique, le financement était de type ponctuel et donc non récurent, ce qui signifie qu à la fin de celle-ci, les différents projets développés par les organismes communautaires de la région de Québec devaient se tourner vers d autres sources de financement afin d assurer un continuum de service. Le labyrinthe des services Au niveau des services sociaux et communautaires, les organismes qui accueillent et appuient les personnes immigrantes s avèrent parfois difficiles à trouver ou à discerner pour les principaux intéressés. En effet, comment chercher un service dont on ne connaît ou n imagine même pas l existence? Le manque d information et de réseautage sont présents aussi au niveau des organismes : ils connaissent parfois mal ce que leurs homologues offrent comme activités ou comme services. Bien que certains organismes aient l opportunité de siéger sur des tables de concertation, des comités ou autres instances qui valorisent les échanges entre les différentes organisations, il y en a plusieurs pour qui ces contacts sont moins fréquents. Dans la course constante aux subventions à laquelle ils doivent (tous) prendre part, il existe parfois une chasse gardée des initiatives qui empêche leur rayonnement et leur prise en compte par les autres organismes. À l intérieur du cadre bien défini par les subventions, il est important de considérer que les clientèles sont spécifiquement et explicitement défendues : vous pouvez aider cette catégorie d immigrants, mais pas cette autre; vous pouvez les accompagner, mais pour un maximum d heures défini; vous devez fournir ce type d aide ou de service, mais pas un autre. Malheureusement, il devient souvent difficile pour les personnes immigrantes de naviguer dans ce sectionnement de services, et ce, de l aveu même des femmes interrogées. Et puis, il y a les services qui s adressent à la population en général, auxquels les personnes immigrantes devraient aussi, théoriquement, avoir accès. Toutefois, on omet parfois de transmettre cette information d intérêt aux nouveaux arrivants. 55

74 Les organismes soutenus par le MSSS Le ministère de la Santé et des Services sociaux est représenté régionalement par les Agences. En effet, l Agence de la santé et des services sociaux de la Capitale Nationale soutient de façon récurrente certains organismes communautaires de son territoire. «L Agence s est dotée, le 12 mars 1998 (résolution 45-CA-07) de la Politique de reconnaissance et de soutien des organismes communautaires. [Le Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC) peut être accessible aux] organismes communautaires qui agissent dans le secteur de la santé et des services sociaux dans la région de la Capitale-Nationale» (ASSS CN 2011 : 112). Ainsi, pour l année budgétaire , l enveloppe du PSOC était de 36,5 M $ et elle se répartit entre 235 organismes qui ont bénéficié du soutien financier du PSOC dans la région de la Capitale-Nationale : 206 organismes en promotion et services et 29 en maintien à domicile. (ASSS CN 2011 : 112) Bien qu il n y ait pas d enveloppe spécifiquement orientée vers les personnes immigrantes, selon les volets subventionnés présentés dans le rapport annuel de gestion, cette thématique est évidemment couverte par certains organismes. Le financement accordé aux organismes se fait selon deux volets précis : le financement de base et le financement par objectif. Du côté du financement de base, celui-ci est décomposé en quatre catégories distinctes : aide et entraide, sensibilisation, promotion et défense des droits, hébergement communautaire et milieu de vie. Au niveau des organismes dont la mission vise plus particulièrement les personnes immigrantes, il y a notamment : le Service d'aide à l'adaptation des immigrants et immigrantes (S.A.A.I.) ainsi que le Mieux être des immigrants qui se trouvent dans la catégorie aide et entraide, la Maison des femmes immigrantes (MFI) dans hébergement communautaire et le Centre international des femmes (CIFQ) dans milieu de vie (ASSS CN 2011 : ). Par contre, je ne suis pas en mesure déterminer d autres organismes qui se situent dans cette perspective au niveau de sensibilisation, promotion et défense des droits, ni dans le financement par objectif. Puisque les organismes sont présentés sous forme de listes, sans indication quant à leur mission ou les clientèles desservies, il est ardu d identifier ceux qui pourraient desservir la clientèle immigrante, outre ceux qui portent cette «distinction» dans leur appellation même. Néanmoins, dans un rapport portant sur les subventions aux catégories d'organismes communautaires régionaux et nationaux du Québec en , on retrouve la catégorie «communautés culturelles et autochtones». Les organismes qui s y retrouvent ont reçu près de 1,7 M $ pour l entièreté du territoire québécois pour cette période, par rapport à l ensemble des 463,8 M$ reçus par les organismes (MSSS 2011 : 12). Évidemment, compte tenu de la quantité d organismes qui offrent des services déterminés pour la clientèle immigrante à travers la province, il y a fort à parier que d autres sommes, provenant de différentes catégories du PSOC, ont soutenu une partie de ces organismes. 56

75 À l évidence, l Agence de la santé et des services sociaux de la Capitale Nationale possède une sensibilité à l égard des besoins des nouveaux arrivants, puisque différents organismes de la région bénéficient de son soutien financier. Par le fait même, dans la section services à la population, une page de son site internet est dédiée aux services aux communautés ethnoculturelles, aux autochtones et aux personnes d expression anglaise, qui expose plus en détail les services du CFIQ, de la MFI, du Mieux-être des immigrants et du S.A.A.I., de même que la Commission de la santé et des services sociaux des premières nations du Québec et du Labrador et les Services communautaires de langue anglaise Jeffery Hale (ces deux derniers n étant pas indiqués dans la liste des organismes subventionnés spécifiquement par le PSOC en ). Malgré l identification de certaines ressources précises, il ne faut pas perdre de vue que d autres organismes qui ne sont pas étiquetés «clientèle immigrante» peuvent aussi avoir des services accessibles à l ensemble de la population (incluant les immigrants) Les institutions de francisation Différentes institutions d enseignement situées dans la Ville de Québec offrent des cours de francisation. C est le MICC qui oriente les étudiants et qui choisit d inscrire les étudiants chez l un ou l autre de ses partenaires : cégeps, universités, organismes communautaires et commissions scolaires. Les facteurs qui guident le MICC dans le choix d un milieu de francisation pour un étudiant spécifique sont la scolarité de celui-ci, sa connaissance d une autre langue et sa connaissance de la graphie latine. Toutes les femmes de mon échantillon qui ont eu besoin de cours de francisation se sont prévalues des services offerts par l Université Laval. Seule Magda a fréquenté le Cégep, à une époque où elle résidait en Montérégie. Le niveau de scolarisation préalable des personnes immigrantes justifie cette orientation. En effet, le programme offert à l Université répond à des critères très précis; il «rejoint les adultes immigrants scolarisés ayant le statut de résidents permanents et habitant au Québec depuis cinq ans ou moins» (École de Langues 2011). Au Cégep de Sainte-Foy par exemple, différentes approches sont offertes : le Programme d intégration linguistique des immigrants (PILI) et le Centre d auto-apprentissage du français pour immigrants (CAFI). Le PILI propose deux programmes différents de francisation : l un de trois sessions pour un total de 990 heures (donc 330 heures par session) pour la clientèle ayant plus de neuf années de scolarités et un autre de quatre sessions représentant un total de 1100 heures (donc 275 heures par session) destiné à la clientèle qui a une scolarité inférieure à neuf années (Cégep de Sainte-Foy 2014). Le PILI offre donc des cours intensifs à temps complet. Le CAFI, comme son nom l indique, est axé sur l auto-apprentissage; sa formule flexible est accessible gratuitement aux adultes non-francophones qui souhaitent améliorer leur français, autant à l oral qu à l écrit. 57

76 Emploi Québec et MELS : mesures facilitatrices pour l emploi Des partenariats ministériels entre le MICC et Emploi-Québec ainsi que le MELS permettent au MICC de s assurer que des services sont dispensés pour les clientèles immigrantes au niveau de la facilitation professionnelle. Au niveau d Emploi-Québec, le service de placement en ligne fait partie des services généraux que peuvent utiliser les immigrants. Cependant, il existe des programmes spécifiquement créés pour cette clientèle comme PRIIME (Programme d'aide à l'intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi) pour faciliter la première expérience de travail québécoise du nouvel arrivant dans son domaine de spécialisation professionnelle et IPOP (projet Intégration en emploi de personnes formées à l'étranger référées par un ordre professionnel). Il y a aussi différentes passerelles pour favoriser l emploi en région ainsi que des services d accompagnement personnalisé et de maillage professionnel offerts par les Centres Locaux d Emploi (CLÉ). Du côté du MELS, il existe les Services d accueil, de référence, de conseil et d accompagnement (SARCA) dans les centres d éducation aux adultes et de formation continue qui fournissent un support à la clientèle âgée de seize ans ou plus, peu importe qu elle soit d origine immigrante ou non. L ensemble des SARCA (accueil de premier niveau, accueil de second niveau, information, exploration des acquis, orientation professionnelle et accompagnement) viennent soutenir l adulte, inscrit ou non en formation générale ou en formation professionnelle, dans sa démarche de réalisation d un projet professionnel ou de formation. (MELS 2014) Le MELS, par le biais de ces institutions d enseignements pour la clientèle, offre aussi de la reconnaissance des acquis et des compétences (RAC) ainsi que des formations d appoints par rapport à certains ordres professionnels. Il est important de relever que la francisation se retrouve aussi dans ces partenariats, car Emploi-Québec et le MELS œuvrent à différents niveaux de cette thématique, l un sur le plan professionnel et l autre éducationnel Les services spécifiques du quartier Bien que relativement limités, les organismes et activités communautaires du quartier, et de la paroisse plus spécifiquement, ont permis de relier les femmes immigrantes aux ressources et services accessibles dans la communauté. J étais bien consciente de cette réalité lors du choix de l arrondissement. À travers leurs propos, j ai pu recenser les structures suivantes : l organisme-contact, la Saint-Vincent de Paul et le Café Rencontre, ainsi que l école primaire. 58

77 La première ressource mentionnée est l organisme-contact qui fût ma porte d entrée dans le quartier. Grâce à des activités et diverses fêtes (de quartier et de Noël), c est un organisme dynamique et présent spécifiquement à l échelle du quartier. Par ses responsabilités de l aide alimentaire et du vestiaire communautaire, la Société Saint-Vincent de Paul est bien souvent présente hebdomadairement dans la vie de plusieurs femmes de l échantillon. Un parrain ou une marraine est identifié pour chaque bénéficiaire. C est cette personne qui s occupe du dossier (visite du logement, évaluation des besoins et des ressources financières), qui peut aussi faire les accompagnements en véhicule pour le retour à la maison avec des denrées. Il ne faut pas croire que le recours à l aide alimentaire se fait de gaieté de cœur. Pour certaines, le constat est difficile à faire, comme pour Reanna qui s impliquait bénévolement pour ce type de cause dans son pays et qui, ici, en devenait la bénéficiaire. Dans les femmes qui été rencontrées lors de la recherche, au moins la moitié d entre elles ont bénéficié du soutien de l aide alimentaire, à un moment ou à un autre. Comme le soulignait Tremblay, la nécessité de cette demande d aide témoigne d un échec dans le processus, d une incapacité de subvenir à ses besoins par ses propres moyens (Tremblay 2007 : 52). Mais au-delà de la première demande, certaines femmes doivent aussi composer avec des lendemains un peu plus difficiles lorsque cet apport de denrées s arrête sans préavis apparent. Les relations avec la Saint-Vincent de Paul ne sont pas toujours faciles, dépendamment des personnes responsables des dossiers, car aux dires de certaines femmes, les critères d admissibilités et les raisons pour mettre fin à l aide ne sont pas toujours clairs (clairement compris ou expliqués, difficile à dire). Ces éléments trouvent écho dans les propos de Tremblay (2007); malgré le fait qu il n indique pas l origine des personnes interviewées, les gens qui font appel à l aide alimentaire semblent connaître des expériences similaires. Même si les intervenants rencontrés par Tremblay parlent de pauvreté chez les usagers, celle-ci se décline, comme le mentionne l auteur, en pauvreté économique, mais aussi sociale. La «pauvreté» des femmes immigrantes se situe, au même titre que les usagers de l aide alimentaire au Saguenay-Lac-St-Jean, au niveau des connaissances, de l information, des droits, et évidemment au niveau des services qui leur sont accessibles (Tremblay 2007 : 47). De plus, dans cette recherche, il est possible de constater que les intervenants et les usagers ont des perceptions totalement différentes par rapport à la «participation» aux services d aide alimentaire. Les intervenants mettent le service au centre de leurs interprétations, tendant à définir les usagers par leur pauvreté et à ne les envisager qu en tant que personnes recevant des services. À l inverse, les usagers se placent dans une position de stratège utilisant plusieurs types de ressources et plusieurs modes de solidarité. Les positions de sujets recherchées par ces types d acteurs sont donc fort différentes, ce qui peut expliquer les divergences quant à l utilisation des services offerts par les organisations. (Tremblay 2007 : 45, emphase originale) 59

78 Ces explications mettent en perspective les propos des femmes immigrantes interrogées dans ma propre recherche, certaines amères ou d autres satisfaites des services et de l encadrement reçus par la Saint- Vincent de Paul, car leurs rapports avec leurs parrains-marraines étaient très variables. Troisièmement, instauré par des bénévoles du quartier, le «Café Rencontre» se tient tous les jeudis avant la distribution alimentaire, dans la même salle située sous l église de la paroisse, au moment où je mène ma recherche. Le café, les jus et les biscuits, ainsi que les bénévoles affables, accueillent les gens durant l heure précédant la distribution de denrées alimentaires. C est un prétexte aux rencontres et aux discussions, un espace ouvert et accessible avant l attente de la pige de son numéro. Finalement, l école primaire du quartier est un point de référence majeur pour les parents du quartier qui ont des enfants d âge scolaire. Même s il ne s agit pas d un organisme communautaire à proprement parler, cette école se retrouve véritablement au cœur de la vie communautaire de la paroisse. L école elle-même ainsi que son espace (bâtisse, locaux, terrain) sont des lieux de rassemblement pour les gens du quartier. Visiblement, malgré le nombre limité d organisations situées sur le territoire du quartier, celles-ci jouent un rôle essentiel dans le quotidien des femmes immigrantes. Néanmoins, afin de pouvoir bénéficier de tels services, il faut en connaître l existence, point de vue abordé précédemment sous l aspect du «labyrinthe de services»; accéder à l information est donc capital Un accès à l information parfois parcellaire Les femmes immigrantes rencontrées dans cette recherche ont témoigné d un accès difficile à l information; parfois erronée ou tout simplement inexistante. L aspect de la reconnaissance des diplômes a été épineux pour certaines : il s avère souvent difficile d avoir toute l information sur les démarches à entreprendre avec les ordres professionnels, notamment les équivalences que l on peut ou doit recevoir. C est aussi la bureaucratie québécoise qui, parfois, présente ses limites, comme l a constaté Elina, dont le mari a dû faire des démarches en Colombie auprès de son école secondaire afin d obtenir deux notes séparées sur son bulletin pour les cours de chimie et de physique car c est de cette façon qu est construit le cursus scolaire au Québec. Clara, elle, s attendait à devoir refaire son baccalauréat en droit et l information qu elle possédait s avérait juste et claire à cet égard. Il est donc pertinent de rappeler l importance de bénéficier de sources d information fiables. L intégration des personnes immigrantes repose en partie sur l information qui leur est fournie et l accessibilité aux services. Néanmoins, malgré une situation d arrivée enviable (en famille, femmes scolarisées, avec parfois certains moyens financiers), il semble difficile pour les femmes rencontrées d obtenir «l heure juste». 60

79 En définitive, le MICC met en place différents services et programmes pour encadrer l installation des nouveaux arrivants au Québec (accueil, francisation, reconnaissance des compétences, et autres). Le cheminement à travers ces ressources s avère parfois ardu pour les personnes immigrantes, surtout lorsque certains services ne sont pas «étiquetés» spécialement pour cette clientèle. Culturellement, les attentes envers le gouvernement ou les structures d accueil peuvent varier; la prise en charge et l accompagnement, ainsi que les services offerts au Québec sont des variables face auxquelles les nouveaux arrivants ne sont pas toujours préparés ou informés. 2.2 Perceptions et incompréhensions : les filtres de l information «là-bas» et «ici» En discutant avec les personnes immigrantes rencontrées sur le terrain et en naviguant sur internet, j ai constaté que l aspect de l information s avérait très important dans la préparation de la migration mais aussi dans l installation. Je me suis rendue compte que plusieurs personnes déploraient le manque de justesse de l information qu elles avaient reçues. En naviguant sur Internet, on constate rapidement que l information trouvée n est pas toujours uniforme; pourtant, les délais, les coûts variables et les démarches qui y sont proposées modulent les attentes. Ainsi, à la lumière des propos des femmes rencontrées, je trouve pertinent d aborder de façon relative les informations véhiculées autour de la thématique de l immigration, à la fois «là-bas» par le recrutement qui est fait à l étranger (bureaux de recrutements et publicité) et «ici» par les médias et les journaux qui diffusent des représentations tordues de la réalité (images biaisées et erreurs dans les journaux). Les filtres qui sont imposés à l information qui est diffusée modulent les perceptions de part et d autre, des immigrants et de la société d accueil Là-bas : le recrutement à l étranger, promesses et attentes Sur quelles informations les futurs immigrants basent-ils leurs décisions? Quelles sont les sources d information utilisées? Sont-elles «exactes»? Le gouvernement du Québec (MICC) dispose de bureaux de recrutement afin d augmenter son attrait et sa visibilité auprès d immigrants potentiels, principalement de la catégorie dite économique (travailleurs qualifiés ou autonomes, entrepreneurs et investisseurs). Cependant, 61

80 de l avis de mes informatrices et de d autres commentaires de personnes immigrantes publiés dans des blogs ou des articles de journaux, il semble que le portrait de la migration y est parfois un peu embelli Les bureaux de recrutement Puisque le Québec effectue sa propre sélection d immigrants de la catégorie économique, il doit être présent «sur le terrain» pour rencontrer les candidats, se faire connaître, etc. Le Québec (MICC) dispose de points de service dans ses principaux sièges à l étranger. Figure 1 Répartition des bureaux de recrutement du MICC hors-québec (MICC 2011f) Les points de service desservent des zones géographiques établies. À titre d exemple, le bureau du Maghreb doit couvrir toute l Afrique et celui de Sao Paulo, l Amérique du Sud. Des séances d information sont organisées de façon périodique dans les différents pays couverts par les bureaux «locaux» d immigration du Québec. Néanmoins, je me questionne sur la facilité pour un individu en provenance d un pays d Afrique subsaharienne de se rendre au bureau du Maghreb afin de régler une formalité administrative. Plusieurs des femmes rencontrées ont mentionné, de façon marquée, que la présence des bureaux d immigration et leurs séances d information ont constitué la source de leur motivation de migration. Ce fut le cas de Magda, Lanna et Clara, toutes trois Brésiliennes d origine, et de Teresa de la Colombie. 62

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