Conseil Economique et Social de la Martinique. Etude prospective sur la jeunesse Martiniquaise: réalités et perspectives

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1 Conseil Economique et Social de la Martinique Etude prospective sur la jeunesse Martiniquaise: réalités et perspectives Représentations, stratégies et aspirations de la jeunesse en Martinique Mai 2009 Victor VAUGIRARD (V.E.V Consulting) Professeur des Universités en Finance, Université de Strasbourg 1

2 Sommaire Synthèse du rapport 4 Introduction 11 Les jeunes dans la dynamique sociodémographique martiniquaise 16 Partie 1. Etat des lieux Etudes et emploi Cadre de vie et conditions de vie Vie pratique ordinaire Loisirs et vie amoureuse Participation à la vie du territoire Perception de l avenir 38 Partie 2. Diagnostic Positionnement identitaire Milieu familial et relations intergénérationnelles Scolarité, études et formation Entreprises et emploi Vie pratique ordinaire Citoyenneté Vie en société et spiritualité Opportunités et menaces Forces et faiblesses 56 Partie 3. Recommandations Rétablir la confiance des jeunes Encourager le respect de certaines valeurs Améliorer l enseignement secondaire Améliorer les perspectives d emploi Développer l autonomie financière des jeunes Renforcer l attractivité du territoire Enrichir l offre culturelle et de loisirs 86 Conclusion 89 2

3 Personnes interrogées 90 Annexe bibliographique 91 Table des matières 93 3

4 Synthèse du rapport Cette synthèse présente les résultats des travaux menés par Victor VAUGIRARD 1 dans le cadre d une étude prospective menée sur la jeunesse martiniquaise 2. Il convient prioritairement de rétablir la confiance des jeunes, individuellement et collectivement. Cela suppose d insuffler une nouvelle dynamique qui passe par une modification de l image intériorisée de la Martinique, en communiquant plus sur les atouts de la Martinique et en montrant que le sort des jeunes est une véritable préoccupation des élus, et par l exemplarité et la valorisation de l histoire de la Martinique. Il convient également de traiter les préoccupations plus concrètes des jeunes, en améliorant les perspectives d emploi, en leur accordant une plus grande autonomie financière et en améliorant leurs conditions de logement. Des exemples d actions correspondantes sont la réalisation de contrats d études prospectives, pour que la formation d aujourd hui soit en adéquation avec les besoins en ressources humaines de demain, la mise en place de formations plus centrées sur l entrepreneuriat et un changement de l image de l entreprise, en relayant une représentation plus positive de l entreprise dans les media grands publics. L épanouissement socioprofessionnel de l homme étant conditionné par sa réussite scolaire, l optimisation de l enseignement est une nécessité impérieuse. Aussi peut-on recommander de reconnaître l enfant comme une personne, et non pas seulement comme un élève, en donnant aux enfants, dès les petites classes, l occasion de se découvrir des capacités dans différents domaines (jardinage, mécanique ) et en ne stigmatisant pas les élèves qui choisissent des voies professionnelles. De plus, le développement des enseignements sur la Martinique (histoire, évènements politiques, savoirs traditionnels ) est de nature à les motiver. Renforcer l attractivité de la Martinique passe par la lutte contre l insécurité et le sentiment d insécurité. En effet, la prééminence des thèmes sécuritaires dans les préoccupations des jeunes martiniquais est également un fait marquant de cette étude. Quelques propositions pour lutter contre l insécurité et le sentiment d insécurité sont la création «d écoles des parents» dans les communes, le tissage de réseaux de périnatalité ou la mise en place de centres médico-sociaux psychopédagogiques. Le respect et la solidarité sont des valeurs qui se délitent, comme conséquence logique de la propension forte à l individuation, des besoins consuméristes exacerbés et de la recherche hédoniste. Les principales recommandations de cette section sont : 1) d axer la spiritualité sur la responsabilisation et la solidarité en encourageant les jeunes à être des acteurs de l organisation d activités évènementielles et 2) de responsabiliser les jeunes à l effort nécessaire pour gagner de l argent en les mettant en situation concrète de gestion financière, ce qui les sensibilisera également à la valeur travail. 1 Victor Vaugirard (V.E.V Consulting), professeur des universités en finance à l Université de Strasbourg ; Tel : ; 2 Avec l expertise scientifique du sociologue Louis-Félix Ozier-Lafontaine et de l institut de sondage LH2 DOM. 4

5 Partie 1 Etat des lieux Etudes et emploi Une majorité de jeunes déclarent qu il n est pas facile de poursuivre ses études en Martinique. Les raisons principales de ces difficultés sont le choix trop restreint en matière de formation qui oblige à partir et le manque d aides financières qui sont évoqués de manière plus importante. Des carences sont relevées également pour l information et le conseil concernant les formations. Une grande majorité des jeunes concernés à une opinion défavorable de la formation professionnelle en Martinique, tant en matière de formalités que de facilité d accès aux informations sur les dispositifs et de largeur de gamme de formation. La qualité des centres de formation n est pas non plus exempte de reproches. Concernant l emploi, les constats sont encore plus pessimistes. La quasi-totalité des jeunes Martiniquais déclare qu il est difficile de trouver un travail et les deux principales raisons invoquées pour expliquer les difficultés de l accès à l emploi sont le manque d information concernant les emplois disponibles et la discrimination à l égard des jeunes. L aide dont peuvent bénéficier les jeunes dans leur recherche d emploi suscite des avis mitigés. La mission locale est l organisme obtenant les meilleurs taux de satisfaction. Les jeunes soulignent sa disponibilité et son écoute, ses conseils utiles et ses propositions de formation ou d emploi conformes à leurs attentes. La disponibilité et l écoute de l ANPE est également appréciée par 62% des jeunes ayant été en contact avec elle, mais les conseils et les propositions de formation ou d emploi sont majoritairement estimés inutiles ou nonconformes aux attentes. Les jeunes Martiniquais sont moins attirés par la fonction publique que leurs ainés (35% contre 44% pour l ensemble de la population). La principale raison invoquée par les sondés pour justifier leur préférence du statut d indépendant par rapport à celui de salarié est l indépendance vis-à-vis d une hiérarchie. Cadre de vie et conditions de vie Les jeunes Martiniquais sont majoritairement satisfaits globalement des conditions de vie et du cadre de vie en Martinique et dans leur commune. La sécurité et le logement sont les principaux motifs d insatisfaction. La prégnance du sentiment d insécurité est évidente quand les jeunes sont questionnés sur les thèmes prioritaires à améliorer. Vie pratique ordinaire Le téléphone portable et l Internet sont omniprésents dans la vie des jeunes qui les utilisent souvent pour des motifs relevant de l ordre de la futilité («tchatchage», «le bilan de la journée» ). Le réseau MSN et les SMS sont plébiscités. Les mouvements de mode en provenance des Etats-Unis seraient largement dominants dans les évocations. Les jeunes manifestent peu d intérêt pour la santé, mais connaissent les règles de base et intègrent le risque SIDA dans leur comportement sexuel. 5

6 Loisirs et vie amoureuse Une majorité de jeunes se montre mécontente des loisirs proposés au sein de leur commune et en Martinique. Cette carence perçue au niveau de l offre de loisirs se double d un sentiment de sous-information quant à l offre existante. Concernant les loisirs qu il serait souhaitable de développer, les jeunes Martiniquais optent pour les activités sportives, notamment la natation en piscine, les activités nautiques et le tennis, tous territoires confondus. Parmi les autres activités, ce sont les activités liées aux jeux vidéos-internet et le cinéma, ainsi que les maisons de jeunes et les parcs d attraction qui sont le plus représentés. La dimension ludique et l animation sont prégnantes. Cette attente est confirmée par certains techniciens et élus en charge de la jeunesse. Il serait nécessaire de favoriser la création d espaces pour les jeunes qui soient des espaces «non stigmatisés» et ouverts à tous. Les jeunes mettent en avant plusieurs facteurs qui inciteraient à utiliser davantage les équipements de loisirs et sportifs: la baisse des coûts, l adaptation des programmes, l accessibilité via les transports en commun, l adaptation des horaires et la proximité avec le domicile. Dans le domaine de la vie amoureuse, la hiérarchie des motivations dans le choix des partenaires diffère pour les garçons et les filles. La majorité des jeunes pensent que ce qui compte le plus pour les garçons dans le choix d une partenaire est l attirance physique et l apparence physique, tandis qu ils pensent que ce qui compte le plus pour les jeunes filles est les sentiments et l argent. Participation à la vie du territoire Les jeunes expriment un attachement à la Martinique sans faire d angélisme. Une majorité de jeunes considère que la jeunesse n est pas suffisamment prise en compte dans leur commune et l offre associative apparaît comme insuffisamment développée, les possibilités d expressions des jeunes insuffisantes. Les jeunes manifestent peu d intérêt pour la vie politique en Martinique et ils ne font pas confiance aux élus Martiniquais pour résoudre les problèmes sociaux. De nombreuses actions seraient prioritaires pour améliorer la situation des jeunes en Martinique : faciliter l accès à l emploi des jeunes, favoriser l accès au logement, aider financièrement les jeunes, un meilleur accompagnement des jeunes pour les aider à régler leurs problèmes, le développement des formations, donner plus souvent la parole aux jeunes, le développement des possibilités de loisirs et des lieux de rencontre. Perception de l avenir Les jeunes imaginent leur avenir en dehors de la Martinique. De plus, ils sont remarquablement pessimistes sur l avenir de la Martinique («bétonnage», «guerre civile», manque de respect entre Martiniquais» ). 6

7 Partie 2 Diagnostic Positionnement identitaire Les jeunes martiniquais, comme tous les jeunes, développent des stratégies qui traduisent et correspondent à trois grandes logiques : propension forte à l individuation, besoin consumériste exacerbé et recherche hédoniste. Comparativement aux adultes, ils le font de manière plus exacerbée parce que moins soumise à l auto censure des normes sociales. Chaque jeune martiniquais porte en lui et sur lui une synthèse de trois modèles : celui de l antillanité française traditionnelle portée par les parents et/ou grands parents ; celui du modèle français ordinaire ; et celui de la subculture afro américaine venant des banlieues des mégapoles américaines. Mais en fonction des caractéristiques de leurs milieux familiaux, les jeunes pencheront d avantage vers tel ou tel de ces trois modèles sans pour autant se désintéresser et se détourner des autres. Milieu familial et relations intergénérationnelles Les jeunes jugent l attitude des adultes hostile à leur égard et vice-versa, et les enfants ont moins tendance à respecter les adultes qu avant parce ces derniers sont aussi désorientés que les jeunes. Scolarité, études et formation Les élèves expriment majoritairement un désir d écoute et de reconnaissance de la part de leurs parents et de leurs enseignants. Entreprise et emploi La relation entre l entreprise et l emploi est caractérisée par une perception par les jeunes du monde de l entreprise qui s améliore mais un attrait pour l expatriation professionnelle. Vie pratique ordinaire o Argent et consommation : Chez les jeunes «sans problème apparent», on est assez loin de la consommation ostentatoire observable chez bon nombre de Martiniquais. Au contraire, la culture des univers de la pauvreté est dominée à la fois par le manque, la débrouillardise et la surconsommation o Mode : Les jeunes martiniquais mettent en œuvre des stratégies orientées vers les marqueurs afro-américains des modèles qui les séduisent. o TIC : Les téléphones portables et la télévision sont utilisés par les jeunes pour la mise en scène de leurs modèles. Le plus souvent les motifs sont de l ordre de la futilité («le tchatchage»). Les TIC permettent également une pratique intense des «maillages relationnels à distance», tels que les réseaux sociaux. 7

8 o Loisirs : On retrouve en Martinique le bon vieil adage «l oisiveté est la mère de tous les vices». Les jeunes notent l absence d activités après 17hr, même pour les touristes, alors que dans les îles voisines, il y a des transports et de l animation toute la nuit. Les jeunes demandent également plus de responsabilités dans l organisation de manifestations. Citoyenneté Le mouvement populaire de février-mars 2009 a suscité un sentiment d injustice («Les jeunes ont vu des comportements du patronat souvent blanc qu ils ont jugés provocateurs et arrogants») mais a aussi entrouvert une fenêtre d opportunité dans la mesure où les jeunes seraient apparus comme des personnes pouvant s organiser («Depuis la grève le regard sur les jeunes a un peu changé, les gens ont vu qu ils savaient aussi s organiser, avaient une pensée et qu il ne fallait pas seulement se fier à leur look»). Vie en société et spiritualité Le respect et la solidarité sont des valeurs moins respectées en raison de l individualisme croissant. Opportunités et menaces Les opportunités pour les jeunes en Martinique sont : les TIC ; les départs à la retraite à partir de 2015 ; l ambiance favorable à l expression des jeunes en Martinique par les évolutions institutionnelles à venir, les prochaines élections et le mouvement populaire de février-mars 2009 ; la prégnance en France de la nécessité d une amélioration de la situation des jeunes. Les menaces sont : le vieillissement de la population ; la raréfaction des ressources de transfert, la violence et l insécurité ; auxquelles s ajoutent quelques incertitudes : la durée crise économique actuelle et l évolution du capitalisme : ultralibéral ou humaniste? Forces et faiblesses La Martinique dispose de nombreux atouts : un bon niveau de formation générale, l accès à la technologie française et européenne, l existence de modèles de référence y compris dans la Diaspora. Il reste également des créneaux à investir ; le syndrome de la proximité peut donner l audace d entreprendre, la débrouillardise des Martiniquais est légendaire et la diversité ethnoculturelle peut permettre aux Martiniquais d échanger quel que soit le lieu du monde. Mais la Martinique présente aussi quelques faiblesses à surmonter : les unes de nature objective, comme le chômage des jeunes, la vie chère et le manque d autonomie financière des jeunes, le coût et la disponibilité des logements, des parents démissionnaires ou des enseignants dépassés ; les autres de nature psychosociologique : le défaut de confiance en soi, le manque de confiance en l avenir de la Martinique et de confiance en la capacité des adultes et des élus à résoudre les problèmes des jeunes, l existence de représentations discutables et un rapport à l autorité difficile. 8

9 Partie 3 Recommandations Rétablir la confiance des jeunes Les jeunes martiniquais expriment un manque de confiance multiforme. Il convient donc d insuffler une nouvelle dynamique qui passe par une modification de l image intériorisée du pays, en communiquant plus sur les atouts de la Martinique et en montrant que le sort des jeunes est une véritable préoccupation des élus, et par le renforcement de la confiance individuelle et collective, par l exemplarité et la valorisation de l histoire de la Martinique. Encourager le respect de certaines valeurs Le respect et la solidarité sont des valeurs qui se délitent, comme conséquence logique de la propension forte à l individuation, des besoins consuméristes exacerbés et de la recherche hédoniste. Les principales recommandations de cette section sont : 1) d axer la spiritualité sur la responsabilisation et la solidarité en encourageant les jeunes à être des acteurs de l organisation d activités évènementielles (ainsi, pourquoi ne pas confier aux pastorales des projets pouvant être valorisés dans la Caraïbe ou au Vatican, par exemple des actions humanitaires ou de développement durable) et 2) de responsabiliser les jeunes à l effort nécessaire pour gagner de l argent en les mettant en situation concrète de gestion financière, ce qui les sensibilisera également à la valeur travail. Améliorer l enseignement secondaire La recommandation principale de cette section consiste à reconnaître l enfant comme une personne, et non pas seulement comme un élève, sur le modèle de la Finlande, en donnant aux enfants, dès les petites classes, l occasion de se découvrir des capacités dans différents domaines (jardinage, mécanique ) et en ne stigmatisant pas les élèves qui choisissent des voies professionnelles. De plus, le développement des enseignements sur la Martinique (histoire, évènements politiques, savoirs traditionnels ) est de nature à motiver les enfants. Améliorer les perspectives d emploi Dans le domaine de l enseignement, cela pourrait consister à mettre en place une formation plus centrée sur l entreprenariat, avec des doubles formations en gestion, la revalorisation des travaux de groupes et la formation à l entrepreneuriat des groupes défavorisés. Dans le domaine des filières, il faut identifier les secteurs porteurs par des Contrats d Etudes Prospectives et les structurer en pôles d excellence. Dans le domaine de l insertion socioprofessionnelle, il faut prendre en compte les bas niveaux de qualification validation des acquis de l expérience pour l accès au niveau CAP par exemple, et il faut renforcer la coopération des acteurs de l insertion. 9

10 Pour changer positivement l image de l entreprise, il faut renforcer les actions sur l image de marque des entrepreneurs, relayer une représentation plus positive de l entreprise dans les media grands publics et promouvoir l esprit d entreprise dans la société civile. Renforcer l autonomie financière des jeunes Cette section recommande de renforcer l autonomie financière des jeunes en créant une allocation spécifique et en encourageant à multiplier les tarifs jeunes en Martinique. Renforcer l attractivité du territoire Renforcer l attractivité de la Martinique passe par la lutte contre l insécurité et le sentiment d insécurité en raison de la prééminence des thèmes sécuritaires dans les préoccupations des jeunes. Quelques propositions correspondantes sont : la création «d écoles des parents» dans les communes, le tissage de réseaux de périnatalité ou la mise en place de centres médico-sociaux psychopédagogiques. Il convient également que les media fassent la promotion des réussites des jeunes plutôt que des faits divers et que les adultes soient sensibilisés aux formes d expression contemporaine des jeunes. Dans le domaine de l accès des jeunes au logement, il paraît judicieux d utiliser le domaine public de l Etat qui sera vendu / mis à disposition en Martinique pour construire des logements étudiants ou d insérer dans les futures lois sur l Outremer des dispositions sur la défiscalisation du logement étudiant. Enrichir l offre culturelle et de loisirs Les jeunes sont mécontents de l offre de loisirs et expriment une demande forte pour la dimension ludique et l animation. Les recommandations principales de cette section sont de renforcer l animation socioculturelle, avec davantage d évènements de rue et en professionnalisant l animation, de mailler le territoire de lieux de rencontre et de développer des dispositifs afin de faciliter l émergence de projets à l initiative des jeunes. 10

11 Introduction Ce rapport présente les résultats d une étude prospective menée sur la jeunesse martiniquaise par Victor-Emmanuel Vaugirard (V.E.V) Consulting 3. Ce chapitre introductif décrit succinctement le contexte et les objectifs de la mission, la méthodologie utilisée et le déroulement de la mission ainsi que les difficultés rencontrées. Ce rapport se compose de trois grandes parties. o La première partie, en se fondant sur un sondage téléphonique, des entretiens et des réunions de groupe, réalise un panorama des représentations, stratégies et aspirations des jeunes en Martinique. o La seconde partie fournit un diagnostic approfondi des conditions d existence de la jeunesse. o La troisième partie s attache à fournir des pistes d actions afin de pallier les faiblesses identifiées dans la seconde partie. Conformément au cahier des charges, une synthèse grand public accompagne ce rapport détaillé Contexte de la mission De nombreuses menaces concernant les jeunes Martiniquais pèsent sur la cohésion sociale, telles que l échec scolaire, le bas niveau de qualification, la démotivation, la violence ou les addictions. Le Conseil Economique et Social Régional (CESR) s est donc autosaisi de la question de la complexité actuelle de la vie des jeunes et a souhaité disposer d une étude pour l aider dans la formulation de propositions Objectifs de l étude L étude a pour objet les représentations sociales des jeunes par rapport à la vie actuelle au sein de la société martiniquaise, ainsi que leur projection dans le monde d aujourd hui et l avenir. Les objectifs de l étude peuvent être déclinés de la façon suivante : o Etablir une photographie de la jeunesse et de son environnement, ce qui implique de comprendre : ses difficultés, notamment les phénomènes de démotivation, les éléments de frustration et de violence, les difficultés du dialogue intergénérationnel et les addictions ; 3 Avec l expertise scientifique du sociologue Louis-Félix Ozier-Lafontaine et de l institut de sondage LH2 DOM. 11

12 ses attentes, par exemple en matière de cadre de vie, de loisirs, d accompagnement socioprofessionnel ; o Formuler des propositions dans le but d améliorer les conditions d existence de l ensemble de la jeunesse martiniquaise, ce qui implique : d acquérir des outils pour susciter des échanges avec les jeunes d appréhender les voies de la réussite d un certain nombre de jeunes de comprendre pourquoi certaines actions ont réussi par le passé et pourquoi d autres actions / politiques n ont pas fonctionné Méthodologie employée La réalisation d une telle étude a supposé bien évidemment que des investigations soient menées bien au-delà d une approche statistique par sondage ; des entretiens et réunions de groupes ont permis d aborder les éléments qualitatifs de la condition de la jeunesse Martiniquaise. Un comité de pilotage a été constitué pour suivre l étude, comprenant les membres de la Commission formation, emploi, insertion et dialogue social du CESR et d un agent administratif du Conseil Régional affecté au CESR Analyse documentaire L analyse documentaire aura pour objet de collecter les données statistiques sur la jeunesse Martiniquaise, de passer en revue les principales politiques et actions menées au profit de la jeunesse depuis une dizaine d années et d analyser les mesures prises aux plans national et international, dans une optique d identification des meilleures pratiques. Les travaux de sociologues et écrivains Antillais et Français ont été également consultés. Une liste bibliographique et de sites Internet figure en annexe Entretiens Des entretiens avec les acteurs institutionnels en prise directe avec les jeunes sont destinés à collecter des éléments qualitatifs sur la jeunesse et afin de bénéficier de leur expérience. Les entretiens ont permis notamment de prendre la mesure de l opinion dans les milieux : - du monde éducatif : Rectorat, UAG, associations de parents d élèves, éducation spécialisée, CCEE - des responsables de l emploi et de l insertion : ANPE, ASSEDIC, Mission locale et PLIE, Agence départementale d insertion, associations d insertion de jeunes délinquants - de l information des jeunes : Centre Régional Information Jeunesse (CRIJ), CIO (Rectorat), CROUS 12

13 - des socioprofessionnels et autres responsables du monde économique et social: CCIM, CGPME, ADEM, JCE, Contact-Entreprise, Centre régional de l économie sociale et solidaire (CRESS) - Structures d Etat et associatives dédiées aux jeunes : DDJS, Association pour le développement des jeunes en Martinique (ADJM), Association Enfance et Partage - des loisirs et du sport : associations sportives, associations culturelles et festives - des structures dédiées à la protection de la jeunesse et des publics en difficultés: Direction départementale de la protection judiciaire de la jeunesse, DDASS, associations de prise en charges de toxicomanes - des collectivités locales : communes, Conseil Général (DGA éducation, culture et sport), Conseil Régional - des policiers et militaires - des personnalités qualifiées : sociologues, écrivains Il s est agi d obtenir de ces publics leur avis de professionnels sur la jeunesse en Martinique, leur évaluation de la performance et du niveau d adaptation des politiques et moyens mis en œuvre dans l île, ainsi que leurs suggestions pour l amélioration de ces dispositifs et donc des conditions d existence de la jeunesse en Martinique. La liste des personnes à rencontrer a été établie en coopération avec le CESR en tout début de projet, à partir d une proposition de départ de l équipe. En outre, le CESR avait déjà entendu de nombreuses personnes en charge de problèmes rencontrés par la jeunesse pour rédiger le cahier des charges de l étude, et l équipe a pu bénéficier des enseignements de ces entretiens (collectés par le CESR) lors des diverses réunions avec le CESR. La liste des institutions et personnes ressources rencontrées et le calendrier des entretiens figure en annexe Sondage téléphonique auprès des jeunes de 16 à 25 ans Une enquête téléphonique a été menée auprès de 400 jeunes sur l ensemble du territoire. Elle a permis d interroger aussi bien des élèves et étudiants que des personnes en situation d emploi ou à la recherche d un emploi. Ce sondage a été effectué selon les règles de l art : Un échantillon de 400 personnes 4 a été sélectionné de manière aléatoire selon la méthode des quotas, avec un souci de représentativité de la jeunesse Martiniquaise : sexe, âge, statut scolaire / emploi, commune de résidence. L enquête téléphonique a eu pour objectif de faire transparaître l opinion des jeunes sur leur situation, c'est-à-dire d obtenir des données sur la façon dont la population jeune perçoit la vie actuelle à la Martinique, les difficultés et avantages qui y sont associés, et quelle est sa projection dans le monde d aujourd hui et l avenir. 4 L intervalle de confiance correspondant est de +/- 3% 13

14 Réunions de groupes pour les ans et les jeunes en décrochage social Des jeunes ont également été consultés au moyen de réunions de groupes, pour ceux qui n étaient pas interrogeables directement par sondage téléphonique : o Les jeunes de ans o Les jeunes en décrochage social Les jeunes en chantier d insertion ont également été consultés en réunions de groupes, en raison des problèmes spécifiques auxquels ils sont confrontés et qui ne peuvent pas faire l objet d une interrogation dans le temps limité d un sondage téléphonique. La représentativité des groupes interrogés a été assurée de la façon suivante : o Taille des groupes : entre 8 et 10 individus o Parité hommes femmes o Représentation des quatre micro-régions de la Martinique o Inclusion des instituts d enseignement spécialisés, outre les collèges et lycées o Représentation égale des tranches d âge ans et ans pour les ans o Représentation égale des ans, ans et ans pour les personnes en insertion Ces réunions de groupes ont permis d aborder, outre certaines sous-variables du sondage téléphonique, les thèmes complémentaires suivants, d un point de vue qualitatif : o Nouveaux moyens de communication et rapport à la modernité o Scolarité et insertion o Consumérisme, mode, rapport à l argent o Regards croisés villes campagnes o Perception du monde de l entreprise o Milieu familial et relations intergénérationnelles o Citoyenneté et rapport à l autorité o Santé, comportements déviants et violence o Spiritualité o Vision de l avenir 1.4. Déroulement de la mission et difficultés rencontrées Déroulement de la mission La mission s est déroulée en 2009 selon l échéancier précisé dans le tableau ci-après (La lettre Q désigne les quinzaines de jours ; COPIL veut dire comité de pilotage): 14

15 Modules Q1 janvier Q2 janvier Q1 et Q2 février et Q1 mars Q2 mars Q1 avril Q2 avril Q1 mai Q2 mai Notification du marché 12 janvier COPIL1 Réunion de lancement de la mission Sondage téléphonique Entretiens Réunions de groupe 27 janvier GREVE POUR LE POUVOIR D ACHAT ET CONTRE LA PROFITATTION Diagnostic COPIL 2 Clairance du rapport d étape (5 février-14 mars) 29 avril Recommandations COPIL 3 Clairance du rapport final 3 juin Difficultés rencontrées Les différents entretiens et les réunions de groupes se sont bien déroulés. Les jeunes et les personnes en charge de la jeunesse en Martinique sont désireux d exprimer leurs idées et de partager leurs expériences. La principale difficulté a été la grève pour le pouvoir d achat qui a paralysé la Martinique du 5 février au 14 mars Cette grève a stoppé la conduite de l étude durant 5 semaines et certains thèmes envisagés, comme la perception des motivations des patrons, ont été retirés, par peur d un biais systématique dans les réponses des personnes interrogées, encore sous le coup de l émotion de ces évènements. 15

16 Les jeunes dans la dynamique sociodémographique martiniquaise Les jeunes : des acteurs déterminants dans les mutations en cours Lorsque l on aborde l étude de la part des dimensions sociétales prise par la population jeune, il est indispensable de prendre en compte au départ les aspects quantitatifs du poids démographique des catégories d âge concernées ; la Martinique n échappe à la règle. Partout, il y a lieu en effet de bien comprendre en quoi ces dimensions sont productrices ou reproductrices d enjeux à l échelle de la société toute entière. Production d enjeux dans le sens qu il appartient aux générations adultes d apporter les solutions nécessaires à la réalisation de l intégration sociale des jeunes dans le système sociétal. Reproduction dans la mesure où les jeunes sont des acteurs qui introduisent des enjeux spécifiques, dans la mesure où ils traduisent et véhiculent des idées, des valeurs et des modèles, autrement dit des manières de faire et de penser liées au pays lui même et aussi à son environnement. Dans le contexte actuel de très grande mutation de civilisation que vit la Martinique, acteurs capteurs d innovation et de novation apportées par les modes en cours, les jeunes martiniquais sont à la fois des passeurs et des facilitateurs de changements culturels. Traduction de cette logique générale: plus leur place dans la démographie sera grande, plus forte sera leur impact à ce niveau. D autant plus que, dans le cas de la Martinique, il s agit d une jeunesse qui majoritairement a bénéficié d une instruction de bon niveau et aspire à être en phase avec le reste du monde. Pour saisir l importance quantitative du fait démographique «jeunes» et évaluer sa force de détermination dans la construction de la société, il faut retenir que son poids social résulte des modèles dominants de socialisation qui y ont cours dans la société. Pour aller vite, il faut retenir que pour les décideurs, l instruction, l éducation, la formation et l insertion des jeunes constituent indéniablement des priorités déclarées et reconnues, même si les investissements dans ces domaines ne sont pas toujours à la hauteur des besoins. Nous sommes dans un contexte où chaque jeune peut être un acteur individuel dans son entourage s il le souhaite ; en tout cas, il peut, dans une très large mesure, affirmer son individualité propre. Quelque soit le mode et le degré d individuation qu il a choisis de mettre en œuvre, le jeune martiniquais, comme tout jeune du monde, le fait en fonction de la personnalité et le potentiel de ressources acquis à travers son éducation familiale. C est dire que même dans une île de taille restreinte, les particularités des familles et l extrême diversité de celles-ci, rendent très hétérogène le tissu social. Si la démographie fournit une photographie, mais replacée dans le contexte de sa réalité sociale, elle aide à coup sûr à comprendre la dynamique induite par le poids social des jeunes. Par voie de conséquence, elle permet, notamment, de saisir en quoi les enfants et les adolescents, cristallisent et orientent à la fois les problématiques de socialisation et celles de l insertion. Plus les jeunes seront nombreux, plus donc les implications socioculturelles liées à leur positionnement social seront compliquées parce qu exigeantes. Plus la mise en œuvre de ces deux fonctions demandera aussi, de la part de l organisation sociale, la mobilisation de ressources importantes. 16

17 Les jeunes martiniquais, des acteurs au poids démographique déterminant vivant dans un milieu complexe Or, nous sommes précisément en Martinique, dans le cas d une population relativement jeune et d un contexte éminemment compliqué du point de vue des stratégies de socialisation et d insertion de ces mêmes jeunes. Rappelons que sous l angle de leur enculturation, c'est-à-dire de l intériorisation des normes et des valeurs proposées par le milieu culturel aux jeunes, la sphère culturelle martiniquaise est dans son ensemble hypercomplexe. C est un milieu de vie qui se structure à partir non seulement de fondements originels de civilisation très divers (Européens, Africains, Caribéens, etc ), mais aussi d influences des cultures modernes contemporaines telles qu elles sont profondément imprégnées de la fulgurance des progrès technologiques. En son état actuel, ce contexte culturel martiniquais, biotope de la maturation des jeunes, est loin de constituer un cadre global cohérent et favorable à l intériorisation de repères socioculturels équilibrés et stabilisés. Il revient principalement aux cadres primaires de socialisation, en tout premier lieu les familles, de réaliser cette tâche immense qui consiste à établir à leur propre niveau, les conditions de cette cohérence et de favoriser l émergence de cette stabilisation des normes et des valeurs au profit des enfants. Les familles composant le tissu social martiniquais ne possédant pas les mêmes ressources éducatives, il y a tout lieu de croire que les disparités socio économiques et culturelles impacteront de façon très diversifiées la dynamique globale de socialisation. Pour ne viser ici que celles de nature socio économique, nous retiendrons un fait majeur qui illustre bien les enjeux liés à la socialisation des jeunes et aux effets de rupture produits par les mutations en cours: la fraction des jeunes de 16 à 25 ans actuels, nés dans les années sont, pour une grande part d entre eux, membres de familles monoparentales dirigées par une femme âgée de 32 à 40 ans en Il s agit très souvent de la première vague de femmes qui ont connu, et qui connaissent encore, les affres du chômage de très longue durée et de la précarité des revenus quasi exclusivement constitués d allocations. La grande majorité d entre elles n a connu que quelques périodes courtes de vrai travail. Les trajectoires souvent chaotiques de leurs enfants, devenus adolescents et jeunes adultes de ces premières années du troisième millénaire, mettent bien en évidence les conséquences du type de socialisation qui a prévalu au plan de la maturation des enfants et des adolescents. Feurstein, un des pères de la remédiation cognitive insiste dans ses travaux sur le parcours de déprivation à la fois de ressources cognitives, affectivo éducatives et socio économiques marquant les milieux pauvres. L esquisse des inconvénients de certaines conditions qui peuvent marquer l itinéraire d une catégorie de jeunes est là pour montrer l importance de l enjeu de la socialisation et de l insertion, eu égard, comme nous l avons dit précédemment, du poids démographique de cette jeunesse. Concernant plus généralement sa place quantitative au sein de la société martiniquaise, il s agit, soulignons le, d une population relativement jeune, même si globalement l ensemble martiniquais connait un net vieillissement démographique. Néanmoins, il reste que les moins de vingt ans représentent le quart de la population totale (25 %) ; (à titre comparatif, pour l hexagone, ils sont 20%). 17

18 L offre de socialisation : l enseignement et la formation Par rapport à une population estimée en début janvier 2009 à environ habitants, le nombre de jeunes de moins de 25 ans serait de Quatre autres indications statistiques sont utiles pour mesurer cette offre de socialisation et de formation : - L effectif de l enseignement public et privé du 1 er degré : il est de (données de 2006) - L effectif de l enseignement public et privé du 2 nd degré : il est de (données de 2006) - L effectif des grands établissements (IUFM, prépas, écoles de commerce, paramédicales, sociales etc compris) : il est de élèves - L effectif de l université : il est de 5337 étudiants en 2008 Ces données livrent une information significative : - Sur les jeunes de moins de 25 ans, le nombre en cycle d enseignement tous degrés et statuts confondus serait de l ordre de Ajoutons les 5200 jeunes en apprentissage, en CCD et en CDI, nous aboutissons à un chiffre d environ jeunes. Les jeunes de bas niveau de qualification et inactifs : un nœud pesant et révélateur de la problématique sociétale martiniquaise Si comme les chiffres le mettent évidence, les institutions des domaines de l enseignement, de la formation et de l insertion sont nombreuses, il reste que environ jeunes martiniquais seraient hors tout cycle de formation et d emploi. Parmi eux, la grande majorité de jeunes adultes de 16 à 25 ans est constituée d inactifs et de sans qualification ou munis d un niveau V (CAP, BEP). L activité ne leur est pas non plus favorable, puisque comme le font remarquer G. FORGEOT et J. NACITAS dans un article intitulé «L emploi se porte mieux» : «l activité se concentre davantage encore sur les personnes de 25 à 54 ans, les plus jeunes étant de moins en moins présents sur le marché du travail» page 24 in Emploi chômage- revue Antiane de l INSEE septembre Une situation de crise qui aggrave les processus d insertion En définitive, la capacité d absorption en termes d emploi du tissu économique martiniquais reste limitée, en tout cas, pas à la hauteur de la masse de jeunes arrivant annuellement sur le marché du travail. La nouvelle conjoncture de crise généralisée qui est celle de la Martinique de l année 2009, vient surajouter tout un ensemble de déterminants de récession économique, sur un contexte déjà bien rétréci dans ses perspectives de débouchés offerts aux jeunes en phase d insertion. 18

19 Or, il s agit d une jeunesse majoritairement instruite. Lorsqu elle ne l est pas suffisamment, elle possède en tout cas un degré de conscience lui permettant de connaitre le niveau des standards à atteindre et à capitaliser, pour répondre favorablement à ce triple besoin qui caractérise les temps modernes, à savoir : - L individuation c'est-à-dire l affirmation des désirs de chacun à satisfaire ses aspirations à construire une identité propre dans l univers de sa vie. - Le consumérisme en tant que moyen stratégique d accès au confort matériel procuré par la possession des objets signes des temps actuels. - L hédonisme, comme recherche d un mode de vie habité par un maximum de plaisirs permettant de surmonter l imprévisibilité souvent malheureuse et la morosité de la routine du quotidien. La jeunesse : un moment de la vie d intense et crucial questionnement Tout au long de l étude du positionnement social et des stratégies de la jeunesse martiniquaise, il y a lieu de garder à l esprit cette interrogation essentielle : selon quelles modalités, les jeunes martiniquais de l époque actuelle mettent-ils en œuvre leurs stratégies pour traduire ces trois grandes logiques et correspondre aux standards proposés par la marche du monde actuelle? Comment négocient-ils les ajustements entre, d une part, les capacités acquises de leur milieu et de leur trajectoire de socialisation et, d autre part, les sollicitations et les contraintes qui s imposent à eux? En un mot, comment dans la Martinique du début du troisième millénaire, eux, petits-fils et arrière petits-fils de la départementalisation, comment résolvent-ils leur dilemme de vie dans l univers grandissant de la mondialisation? 19

20 Partie 1 Etat des lieux L état des lieux de la jeunesse martiniquaise est articulé autour des axes suivants: Etude et emploi Cadre de vie et conditions de vie Vie pratique ordinaire Loisirs Participation à la vie du territoire Perception de l avenir 1.1. Etudes, formation, insertion et emploi Résumé Une majorité de jeunes déclarent qu il n est pas facile de poursuivre ses études en Martinique. Les raisons principales de ces difficultés sont le choix trop restreint en matière de formation qui oblige à partir et le manque d aides financières qui sont évoqués de manière plus importante. Des carences sont relevées également pour l information et le conseil concernant les formations. Une grande majorité des jeunes concernés à une opinion défavorable de la formation professionnelle en Martinique, tant en matière de formalités que de facilité d accès aux informations sur les dispositifs et de largeur de gamme de formation. La qualité des centres de formation n est pas non plus exempte de reproches. Concernant l emploi, les constats sont encore plus pessimistes. La quasi-totalité des jeunes Martiniquais déclare qu il est difficile de trouver un travail et les deux principales raisons invoquées pour expliquer les difficultés de l accès à l emploi sont le manque d information concernant les emplois disponibles et la discrimination à l égard des jeunes. L aide dont peuvent bénéficier les jeunes dans leur recherche d emploi suscite des avis mitigés. La mission locale est l organisme obtenant les meilleurs taux de satisfaction. Les jeunes soulignent sa disponibilité et son écoute, ses conseils utiles et ses propositions de formation ou d emploi conformes à leurs attentes. La disponibilité et l écoute de l ANPE est également appréciée par 62% des jeunes ayant été en contact avec elle, mais les conseils et les propositions de formation ou d emploi sont majoritairement estimés inutiles ou nonconformes aux attentes. Les jeunes Martiniquais sont moins attirés par la fonction publique que leurs ainés (35% contre 44% pour l ensemble de la population). La principale raison invoquée par les sondés pour justifier leur préférence du statut d indépendant par rapport à celui de salarié est l indépendance vis-à-vis d une hiérarchie. Seront abordés successivement dans cette section : Emploi et formation professionnelle Raisons des difficultés de trouver un emploi Un attrait pour la fonction publique moindre que les aînés 20

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