Domaines Skiables. de France. La montagne en mouvement

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1 Domaines Skiables de France La montagne en mouvement Magazine d information des opérateurs de remontées mécaniques et domaines skiables Juillet 2012 Alpes ı Jura ı Massif Central ı Pyrénées ı Vosges N 0 30 m LE DOSSIER Améliorer le sentiment de sécurité et réduire l accidentologie : deux enjeux forts pour les domaines skiables Page 11 à 23 ÉCONOMIE Le forfait de ski français toujours le moins cher au monde Page 3 entretien Michel Bouvard, un élu engagé aux côtés des montagnards Pages 8 à 10 DSF n 30 1

2 ÉDitO Depuis quelques semaines, le sujet si sensible du calendrier scolaire fait la une de l actualité. Une brève récente lue dans un grand hebdomadaire a révélé qu en 2011 une réforme prévoyait d amputer purement et simplement d une semaine les vacances de printemps. Nous ne nous expliquons pas qu une telle mesure ait pu être envisagée sans que nous le sachions et qu elle ait même pu être imaginée. Au-delà de l effarement que cette information par voie de presse a suscité, je me dis qu il nous reste encore beaucoup à faire pour sensibiliser les pouvoirs publics sur le fait que notre économie touristique est extrêmement dépendante du calendrier scolaire. Preuve formelle de cette dépendance : depuis 2009, la fréquentation annuelle de nos domaines skiables a baissé de 4 % et celle de la période des vacances de Pâques de près de 50 % selon le cabinet COMETE, du seul fait que les vacances de printemps sont désormais tardives. Sans compter les contrats de saisonniers employés en avril sur les domaines skiables qui sont aujourd hui progressivement réduits. Les effets du rythme 7/2 (7 semaines d école alternées de 2 semaines de vacances) sur notre activité sont en effet, d ores et déjà, indiscutables. Quand on sait par ailleurs qu une baisse de 5 % de nos recettes a pour conséquence une perte de rentabilité de 50 %, on peut comprendre pourquoi nos investissements sont en baisse depuis quelques années. Peut-on, dans le contexte actuel de crise, modifier le calendrier scolaire sans tenir compte de l économie de nos montagnes? Pierre Lestas Président de Domaines Skiables de France Sommaire Économie pages 3-4 Social-Formation pages 5-7 Entretien : Michel Bouvard pages 8-10 Dossier : CHANTIERS D AVENIR pages Pistes et environnement pages Plan Ski Jeunes pages Partenariats pages Autour de nous : Agenda pages DOMAINES SKIABLES DE FRANCE N 30 Magazine d information de Domaines Skiables DOMAINES SKIABLES DE FRANCE Alpespace Bâtiment Annapurna 24 rue Saint-Exupéry Françin Tél. : Fax : Directeur de la publication Laurent Reynaud Coordination et rédaction AXIUBA Communication / Catherine Claude Tél. : Graphisme / Mise en page Originell / Fleur Henno Tél. : Crédits Photos AXIUBA/Domaines Skiables de France, Stef Cande, E-Com Photos, D. Gall, EPSA, Alain Giguet, Montagne Leaders, Shutterstock.com, X, droits réservés. Impression Imprimerie du Pont-de-Claix. 2 DSF n 30

3 ÉCONOMIE k saison d hiver 2011/2012 Les domaines skiables tiennent la promesse de l emploi La fréquentation de la saison devrait s établir environ 3 % au-dessus de celle de 2010/2011 et légèrement au-dessus de la moyenne des quatre derniers hivers. Une bonne nouvelle qui a garanti aux territoires supports un socle d activité et d emploi solide. Le déroulement de la saison montre à quel point les opérateurs de domaines skiables doivent en permanence s adapter pour répondre aux exigences de la clientèle tout en gérant les aléas climatiques et le calendrier. Un vrai parcours du combattant qui met les nerfs à rude épreuve! Tout a commencé à l automne 2011 avec un hiver qui tardait à arriver. La sécheresse et les températures élevées n ont pas permis partout de préparer le manteau neigeux avec une sous-couche de neige de culture. Les premières chutes de neige début décembre ont recouvert d abord le Nord des Alpes puis l ensemble des massifs pour le début des vacances de Noël. Avec la conjonction d un temps maussade et d un calendrier défavorable (Noël et jour de l an tombant un dimanche), à ce stade, la fréquentation était décevante pour les domaines skiables. Le début de l année 2012 a été marqué par des températures polaires qui ont «refroidi» les clientèles de proximité malgré d abondantes chutes de neige en particulier dans le Jura et les Alpes du Nord. Il a fallu attendre les 4 semaines de vacances françaises en février/mars pour retrouver le soleil. Dans presque tous les massifs, les domaines skiables ont bénéficié à cette période d une fréquentation supérieure à la moyenne des quatre derniers hivers. Soleil et neige ont attiré les clients et c est dans le Massif Vosgien, le Massif Central, le Massif Jurassien et les Pyrénées que les vacances d hiver ont connu les plus fortes progressions au regard de cette moyenne. La fréquentation est restée relativement soutenue jusqu au week-end de Pâques (9 avril 2012) puis aura été assez atone, malgré des domaines skiables bien enneigés et un retour des conditions hivernales (vacances de printemps très tardives : du 7 avril au 7 mai 2012). Les enseignements de la saison Les efforts de commercialisation réalisés par les entreprises de domaines skiables et l ensemble des acteurs des stations se sont révélés payants pour continuer d attirer la clientèle française (75 % de la fréquentation) et européenne (25 % de la fréquentation). Quatre ans après l arrivée de la crise sur l Europe, la glisse proposée par les domaines skiables continue d apporter aux territoires support activité économique et emplois. Elle constitue un facteur important d amélioration de la balance commerciale française avec la présence d une forte clientèle étrangère. En station, plus de emplois dépendent de l ouverture du domaine skiable (commerces, hébergements, écoles de ski, services en station, etc.). Une bonne saison, mais pas partout Certains domaines skiables déplorent une très mauvaise saison du fait des conditions d enneigement défavorables cette année (notamment dans les Alpes de Haute Provence, les Alpes Maritimes et les Pyrénées Orientales). L assurance mutualisée des aléas d exploitation Nivalliance sera au rendezvous. Une trentaine de dossiers ont été instruits et le montant des indemnisations (1,7 M ) nécessitera un nouveau rappel de prime auprès de tous les domaines skiables. DSF n 30 3

4 m ÉCONOMIE Le forfait de ski français toujours le moins cher au monde Publiée en 2011 dans le Swiss Journal of Economics and Statistics, une étude menée par Martin Falk (Austrian Institute of Economic Research WIFO) rappelle que c est en France que l on skie au meilleur prix. Menée sur 241 stations en Autriche, France et Suisse sur la saison d hiver 2010/2011, elle conclut que, à offre de domaine skiable égale, le forfait autrichien serait 7 % moins cher que le forfait suisse, et le forfait français 17 % moins cher. Selon l étude, ces différences de prix se maintiennent quel que soit l emplacement des stations par rapport aux frontières. La France confirme ainsi son statut de forfait le moins cher du monde, déjà mis en exergue par plusieurs études antérieures (Centre Européen des Consommateurs 2010, The World Lift Ticket Price Report ) Prix forfait journée pour des stations possédant environ 250 km de piste À noter : Les conclusions sont les mêmes pour les stations possédant 200 km, 150 km et 100 km de pistes). Parallèlement, Domaines Skiables de France a fait des comparaisons simples du forfait plein tarif des stations du monde entier. Ce panel qualitatif va dans le même sens quel que soit le nombre de kilomètres des stations étudiées. 0 Aspen Snowmass Vail Whistler Blackcomb Gstaad Val d Anniviers Zillertal 3000 Alpe d Huez-Grandes Rousses Serre-Chevalier Le Grand Massif Massif des Aravis Étranger France Source : sites web des stations Ces comparaisons sont l occasion de rappeler que «fabriquer du ski» coûte cher, car les coûts supportés par les entreprises de domaines skiables sont élevés. Les prix des forfaits intègrent notamment la masse salariale, les investissements, l énergie (gasoil, électricité) : toutes choses dont les prix eux-mêmes croissent. Le forfait français ne pourra rester indéfiniment bas sans mettre en péril l équilibre des entreprises. Or de 2007 à 2011, le prix du forfait en France a reculé, en euros constants (corrigé de l inflation), ce qui pose la question de l équilibre budgétaire des entreprises de domaines skiables si la fréquentation n augmente pas. 4 DSF n 30

5 social-formation k La bi-activité des saisonniers se structure Sécuriser le parcours professionnel des saisonniers est un des axes forts du travail de Domaines Skiables de France. La Convention Collective organise pour eux la priorité de réembauchage ou la reconduction des contrats de travail d une saison sur l autre. Mais pour stabiliser encore plus la pluriactivité et maintenir les emplois sur les territoires de montagne, il était indispensable de créer des passerelles avec d autres métiers. C est ce qui existe depuis 1998, par exemple avec le secteur du BTP en partenariat avec le GEIQ BTP Pays de Savoie-Ain (Groupement d Employeurs pour l insertion et la qualification). Un bel exemple qui commence à faire des émules dans d autres métiers. Créé en 1998 à la demande d entreprises du BTP pour leur permettre de recruter, qualifier et professionnaliser leurs futurs salariés, le GEIQ BTP Pays de Savoie et de l Ain a rapidement pris en compte la problématique de l emploi saisonnier. En 2002, face à la réalité des territoires de montagne à laquelle sont confrontés aussi bien ses entreprises adhérentes que ses salariés, le Conseil d administration du GEIQ a décidé de développer une offre de service spécifique «saisonnier». L enjeu était d adapter le fonctionnement classique d un GEIQ (portage de contrats de travail alternant emploi & formation pour ses entreprises adhérentes) au cadre spécifique de la saisonnalité. En effet, à l origine, les contrats de formation en alternance que proposait le GEIQ ne toléraient pas de suspension pour engager une autre activité rémunérée sur une saison d hiver par exemple. Suite à de nombreux échanges avec les services de l État et à plusieurs formules expérimentées, le GEIQ propose aujourd hui un contrat de professionnalisation qui est suspendu durant un temps, majoritairement l hiver, période pendant laquelle le salarié travaille dans le secteur du «tourisme». Ainsi, le salarié est embauché par le GEIQ pour une durée variant de 6 à 24 mois. Durant cette période, il bénéficie d un parcours de formation à la carte pour le préparer à assumer les missions d un métier du BTP au cœur de son projet professionnel. Pendant la saison d hiver, ce contrat est donc suspendu et cette suspension permet au saisonnier de travailler dans une entreprise de remontées mécaniques et de domaines skiables. Ceci va dans le sens de la sécurisation des parcours défendue par Domaines Skiables de France depuis des années. La grande valeur de l alternance repose sur les échanges entre générations. DSF n 30 5

6 m social-formation De vraies convergences de qualification et de saisonnalité Alain Giguet, un des coordonnateurs du GEIQ, est convaincu que cette bataille de l emploi se gagne sur le terrain. «Notre force vient de notre réseau d entreprises partenaires mais aussi du suivi «sur mesure» que nous opérons pour chaque salarié. Au départ, il y a une volonté forte, celle d un saisonnier bien décidé à booster son avenir en restant au pays. Nous l accompagnons, nous le formons et s il a la maturité nécessaire, il porte son projet jusqu au bout. Je revois régulièrement des anciens du GEIQ et je suis heureux de voir qu ils vivent pleinement leur bi-activité, fiers de leurs connaissances et leur savoirfaire dans les deux métiers. Pour résumer, notre mission est de les porter jusqu à ce qu ils soient autonomes et compétents.» Et ça marche. Christelle Chevrier-Gros est pisteur à Crest-Voland en hiver et charpentier hors saison. Aujourd hui le GEIQ a 110 personnes sous contrat. Et les convergences de qualification et de saisonnalité entre le BTP et les domaines skiables, la proximité géographique du recrutement des deux secteurs d activités, leur permettent d envisager leur avenir professionnel à la montagne de manière stable et pérenne. Un «binôme métiers» qui est un vrai trésor par les temps qui courent! Sa collègue Vanessa Jaillet travaille aux remontées mécaniques pendant la saison d hiver avant de prendre son poste dans les travaux publics le reste du temps. Deux filles qui partagent les mêmes valeurs d exigence et d autonomie et qui vivent très positivement leur bi-activité. Moniteur de ski, maçon, employé remontées mécaniques... les métiers de la montagne et du bâtiment répondent aux mêmes exigences de professionnalisme, de sécurité et de rigueur. L alternance ne met pas de côté la formation théorique qui reste essentielle à l acquisition de la qualification. 6 DSF n 30

7 NOUVEAU Formation «Concertation en situation exceptionnelle» Les 13 Juin et 2 Juillet derniers se tenait à FranCin la première Formation «Concertation en situation exceptionnelle», mise en œuvre par Domaines skiables de France Formation. «Pour la première fois, nous mettons en place une formation concertée avec tous les acteurs de domaines skiables. C est ce qui a motivé Domaines Skiables de France et France Montagnes à s associer pour lancer cette initiative.» Laurent Reynaud, Délégué général de Domaines Skiables de France et Jean-Marc Silva, Directeur de France Montagnes, démontrent ainsi leur volonté commune d être en cohérence sur tous les sujets touchant au développement du tourisme en montagne. Cette formation, animée par Christelle Champion, formatrice en communication et management du risque, avait pour objectifs de transmettre la nécessité d anticiper la mise en place de postures et d outils méthodologiques de communication, pour affronter des situations sensibles ou exceptionnelles, pour les acteurs d un même territoire, et d apprendre à dialoguer et à sortir des attitudes défensives. Manque de neige, accident, risque d opinion, etc. : aucune station n est à l abri de ces situations de crises. «Elles peuvent être maîtrisées convenablement à condition d anticiper une prise de parole et une gestion concertée tout au long de l année.» À condition également d être prêt et de savoir comment gérer tous ensemble ce passage délicat. C est possible grâce à l intelligence collective des participants. «Ils ont souvent les réponses et les formateurs ne sont là que pour formaliser et faire émerger ce qu ils savent déjà». À l aide d exemples concrets apportés par les stagiaires, cette formation a permis de préciser des outils communs à l image de la «cartographie d opinion du territoire», véritable GPS du système socio-économique de la station et qui permet d en comprendre les subtilités, l organisation, les freins et les accélérateurs. Bref, un éclairage riche en potentiel qui permet à tous d acquérir la bonne posture dans ces moments difficiles. m Pour tout renseignement sur les dates de formation à venir, merci de joindre Trois séminaires de formation pour développer la performance ServiCi Institut du Managemement des Services et des Territoires Parce que la formation permet de susciter de l enthousiasme et de l engagement, Domaines Skiables de France Formation organise, cet automne, 3 séminaires à destination des top-managers, managers intermédiaires et saisonniers. En association avec Grenoble École de Management, ces formations ont pour objectif de développer les capacités managériales et les performances au sein des entreprises. Au programme : 1/ Séminaire POSTURE CADRE ET DÉVELOPPEMENT PERSONNEL (70 heures - 10 jours) Validé par un certificat 2/ Séminaire CAPITAL CLIENT (70 heures - 10 jours) Validé par un certificat 3/ Séminaire PARCOURS D INTÉGRATION DES SAISONNIERS (21 heures - 3 jours) Attestation de présence Les sessions auront lieu sur les sites de DSF FORMATION et GRENOBLE ÉCOLE DE MANAGEMENT entre septembre et décembre Ces parcours professionnalisant seront sanctionnés par un certificat et animés par des intervenants de terrain, porteurs de solutions opérationnelles et experts des domaines sur lesquels ils interviennent. Ils sauront transmettre leurs méthodes, outils et compétences. m Pour toute information et inscription, merci de contacter avant le 24 août : DSF n 30 7

8 m entretien Michel bouvard, un élu engagé aux côtés des montagnards Grand spécialiste des finances publiques, Michel Bouvard a été, durant quatre mandats, député de la 3 e circonscription de Savoie. Ne s étant pas représenté aux dernières élections législatives, il conserve aujourd hui ses mandats locaux, notamment celui de vice-président du conseil général de Savoie. Il a, par ailleurs, été pendant 13 ans Vice-président de la Commission des Finances de l Assemblée Nationale. Il est Président de la Commission de Surveillance de la Caisse des Dépôts depuis Tout au long de vos mandats successifs en tant que député depuis 1993, quelles sont les valeurs qui ont guidé votre action au service des territoires de montagne? À la différence de la Suisse, de l Italie où la montagne est reconnue dans la constitution, de l Autriche ou même de l Espagne, la France n est pas un pays de montagne mais un pays avec des montagnes. Il faut donc constamment rappeler à nos interlocuteurs ce qu est la particularité de ces territoires. De même, il faut expliquer à une population de plus en plus urbaine que la problématique de gestion de ces territoires où l homme a toujours été présent doit se faire avec lui et non sans lui, ni a fortiori contre lui. Ceci est vrai notamment dans l approche de la protection de l environnement, qui est un capital dont la valeur n est pas méconnue de ceux qui y vivent puisque génération après génération ils ont entretenu et façonné le paysage d une montagne ouverte à l homme. Mais le combat pour la montagne ne se limite pas au droit à la différence ou à la solidarité dans la prise en compte des handicaps. Il doit aussi intégrer l apport de la montagne à la communauté nationale : son patrimoine naturel, ses ressources énergétiques l hydraulique est de très loin notre première énergie renouvelable -, ses ressources forestières et son économie touristique qui contribue à la balance des paiements. Vos engagements sur les grands dossiers ont permis de belles réalisations au service de l économie de la Savoie : l autoroute de Maurienne, le développement des parcs d activité dont Alpespace où nous sommes installés, la desserte gazière de la Maurienne et du Val Gelon Parmi tous ces combats au nom de l aménagement du territoire, lequel est pour vous le plus emblématique? Il serait difficile d en choisir un Tous ces dossiers répondent à une même préoccupation : doter le territoire d infrastructures performantes de nature à favoriser les implantations d entreprises et le développement économique. L autoroute de Maurienne est sans doute celle qui aura été la plus caractéristique, car au-delà de cette préoccupation première, elle aura assuré plus de sécurité sur un itinéraire où l on comptait les morts chaque année en même temps qu elle aura permis le plus grand programme de protection contre les crues de l Arc et des affluents depuis le règne de Charles-Félix. En matière de transports, vous n êtes pas en reste. On pense au projet Lyon-Turin Ferroviaire, à la régionalisation des services de voyageurs SNCF mais plus proche de notre activité, vous êtes un ardent défenseur des entreprises de remontées mécaniques et de domaines skiables. Quelles sont les raisons cet engagement? L économie de la neige reste au cœur de l économie touristique de la montagne comme créatrice de richesse et d emploi. Il ne peut y avoir de tourisme durable en montagne sans domaines skiables. C est une réalité incontournable. Le développement des stations de ski a joué un rôle capital dans l évolution de nos montagnes, permis de trouver du travail sur place à la population, de préserver des villages qui seraient aujourd hui désertés sans ces domaines. De fait, les domaines skiables font partie du patrimoine des territoires de montagne, de leur identité. Or le développement des stations nécessite un équilibre entre l hébergement, qui assure 8 DSF n 30

9 le flux de clientèle indispensable pour rentabiliser les remontées mécaniques, et les remontées elle-même, qui doivent être suffisamment nombreuses, rapides et modernes pour séduire la clientèle qui occupera les hébergements. J ai donc été logiquement sensible, dès le départ, aux entreprises de remontées mécaniques. Parmi vos actions en faveur des stations, il y a l obtention récente d un rescrit fiscal pour nos entreprises. Un dossier difficile? Depuis plusieurs années, l administration fiscale tentait de soumettre à la taxe foncière sur les propriétés bâties les pistes, aménagements de pistes et peut-être à terme les retenues collinaires en les assimilant abusivement à «des terrains formant une dépendance indispensable et immédiate de constructions assujetties» ou à des «terrains non cultivés employés à un usage commercial ou industriel, tels que chantiers, lieux de dépôt de marchandises et autres emplacements de même nature». Ces interprétation, pour le moins extensives de l article 1381 du CGI, représentaient un risque élevé pour les sociétés de remontées mécaniques exploitantes. J ai donc soulevé la question lors du débat sur la dernière loi de finances rectificatives pour L honnêteté commande de dire qu une fois prise la mesure du problème la Ministre du Budget d alors, Valérie Pécresse, fut parfaitement coopérative et le rescrit confirmant le caractère non imposable des pistes et aménagements de pistes fut obtenu en quelques mois, mettant fin aux empiétements de certains centres des impôts. Vous avez également beaucoup travaillé sur le dossier de l immobilier de montagne et du foncier. Sur ces sujets, de nombreux diagnostics ont été faits, mais les solutions restent en grande partie à trouver. Quel regard portez-vous sur ces enjeux? L enjeu est fondamental. L équilibre des stations dépend de l équilibre entre hébergements et remontées mécaniques, selon le cycle que je décrivais précédemment. Cet équilibre est d ailleurs également important pour les commerces. Dès lors, l insuffisance des capacités d hébergement peut être fatale à une station. Si, globalement, le volume d hébergements construits jusqu ici est satisfaisant, le vieillissement d une partie des bâtiments et leur inadaptation aux exigences de la clientèle nouvelle constitue un problème majeur, couplé à la banalisation du parc qui transforme chaque année 2 à 3 % des lits en lits froids. L association des maires de stations de montagne estime que 30 à 40 % des lits touristiques des massifs français seraient aujourd hui concernés. La rénovation est donc un enjeu essentiel, d autant que la rareté du foncier ne permettrait pas de compenser par de nouvelles créations, et que cette solution, créant des friches touristiques dans les stations ne serait pas acceptable. Beaucoup de choses ont été tentées en ce sens, comme la création des ORIL-VRT. Force est de constater que le succès n est pas au rendez-vous. Sous l impulsion de Frédéric Lefèbvre, précédent Ministre du Tourisme, de nouvelles pistes sont à l essai pour l immobilier «classique» (SEM, Tiers Investisseurs, fiscalité ), dont il faudra évaluer les résultats. Pour le tourisme associatif, la Caisse des Dépôts et Consignations a lancé l an dernier le fonds Tourisme Social Investissement (TSI), qui vise à séparer propriété des murs et exploitation pour permettre à des pools d investisseurs de prendre en charge, contre loyer, la réhabilitation. Le projet pilote, porté par CapVacances à La Plagne, a été inauguré en février Les délégations de service public de remontées mécaniques sont l objet de nombreux débats. Comment appréciez-vous cette problématique? Cette question doit être appréciée au regard d une économie confrontée directement à la concurrence des Alpes suisses, italiennes et autrichiennes. Il faut des DSP équilibrées, prenant en compte les intérêts des opérateurs. Ce sont elles qui conditionnent la poursuite des investissements, donc la modernisation et l adaptation des domaines skiables aux attentes de la clientèle et aux contraintes climatiques. C est l attractivité des stations qui est en jeu. Or bon nombre de ces délégations vont être renouvelées dans les années à venir. Si le retour in fine aux communes délégataires est de droit et dans l ordre des choses, il doit être possible de trouver un point d équilibre. Il s agit là de l intérêt général de l ensemble des acteurs des stations. Les conditions d indemnisation doivent prendre en compte la part non encore amortie des investissements réalisés, si l on veut éviter un désengagement des opérateurs, de moins en moins nombreux dans une économie de plus DSF n 30 9

10 m entretien en plus capitalistique et soumise aux aléas climatiques. De façon plus générale, il faut parvenir à stabiliser le cadre général de ces DSP et faire admettre leurs singularités par rapport aux DSP existant dans d autres domaines d activités. En tant qu ancien Président de la Commission Permanente du Conseil National de la Montagne et du Comité de Massif Alpes, comment jugez-vous la politique montagne de la France? Comment la montagne est-elle perçue au Parlement, au gouvernement, et y a-t-il aujourd hui encore une volonté de reconnaître la spécificité montagne? La loi Montagne de 1985 prévoyait la reconnaissance des spécificités de la montagne, jusque dans une adaptation des textes législatifs et réglementaires. Force est de reconnaître que cette reconnaissance reste un combat, comme nous pouvons le constater à chaque loi de finances, à chaque nouvelle réglementation. Beaucoup de mes collègues ont par ailleurs la sensation qu il existerait un lobby montagne fort, ce qui leur donne l impression fausse, et qu il faut à chaque fois corriger, que trop est déjà fait pour elle. Cela étant, le Gouvernement a soutenu en le combat que nous menions avec l Association Européenne des Élus de la Montagne, que je présidais, pour faire reconnaître la spécificité de la montagne dans les textes européens. Beaucoup de dispositions ont aujourd hui été adaptées à la montagne : part superficiaire de la dotation globale de fonctionnement des communes, prise en compte de la voirie, accessibilité des refuges, etc. Nous avons aussi donné au Comité de Massif un pilotage partagé avec une coprésidence entre les élus et les Préfets de Massif, en même temps que des moyens par l inscription des conventions interrégionales de massif dans les procédures contractuelles de l État pour les investissements. Ces moyens sont renforcés dans plusieurs massifs par les programmes européens, dont le renouvellement sera l un des enjeux de la période Quel regard portez-vous aujourd hui sur l économie de la montagne en général et sur le ski en particulier? La montagne française ne doit pas s endormir sur ses lauriers. Elle vit, comme je l indiquais, dans un champ concurrentiel au niveau européen et doit donc valoriser ses atouts : améliorer l accueil, mais aussi s engager résolument dans le renouvellement des clientèles. À cet égard l enjeu est double : les jeunes d une part, qui sont les clients de demain ; les clientèles urbaines de proximité d autre part, qui constituent des gisements de fréquentation pour le ski. Ceci suppose de conforter le partenariat entre l ensemble des acteurs de la montagne pour, d une part reconquérir les classes de neige et favoriser l accueil des familles, et d autre part, développer les produits de ski à la journée d autre part. Il ne faut pas non plus oublier que l économie de la montagne ne se limite pas à la station. Derrière, ce sont des métiers complets à qui bénéficie l économie de la neige : BTP, fabricants de remontées mécaniques et de matériels de gestion de domaine. Ils représentent des milliers d emplois. Enfin, comme nous l avons vu, il nous faut relever le défi du renouvellement du parc d hébergements. Vous allez poursuivre votre action en tant que Conseiller général? Quelles sont les grandes lignes de votre feuille de route? La feuille de route est simple : maintenir les capacités d investissement par une gestion performante des dépenses de fonctionnement et accompagner l action de diversification des stations. Évaluation foncière : des journées de formation très enrichissantes La fiscalité locale directe est une préoccupation des entreprises de domaines skiables et plus particulièrement l évaluation foncière. En effet, depuis plusieurs années, l administration fiscale procédait à des rehaussements d imposition en considérant que les travaux des pistes et les retenues collinaires devaient être soumis à la taxe foncière sur les propriétés bâties. Grâce à la ténacité de M. Bouvard, député de Savoie et à son intervention auprès du Ministre du Budget (voir notre entretien précédent), un rescrit a finalement été publié en février dernier. Ce sujet était au centre des journées de formation organisées par Domaines Skiables de France, le 27 mars à Chambéry et le 13 avril à Toulouse, en collaboration avec un cabinet spécialisé en fiscalité directe locale, le Cabinet Nicorosi. Aujourd hui, grâce à la position écrite de l administration centrale (rescrit), l article 1381 du code général des impôts est complété par un nouvel alinéa : «Les pistes de ski, les aménagements de ces pistes et les retenues collinaires ne sont assimilables à aucune des catégories visées par le présent article.» Les adhérents ont pu faire le point sur l ensemble des autres sujets liés à la fiscalité directe locale : la CFE (Cotisation Foncière des Entreprises), la CVAE (Cotisation sur la Valeur Ajoutée des Entreprises) et la Taxe foncière. C était la troisième année que Domaines Skiables de France organisait ces journées de formation juridique et plus de 45 adhérents y participaient. Devant l intérêt des participants, d autres séances de formation seront organisées dans les Alpes du Sud et le Massif central. 10 DSF n 30

11 Dossier k CHANTIERS D AVENIR Améliorer le sentiment de sécurité et réduire l accidentologie : deux enjeux pour les domaines skiables français Améliorer la prévention des accidents sur les pistes et sur les remontées mécaniques est un défi collectif perpétuellement renouvelé. En mars dernier, le Comité Directeur a missionné un de ses membres, Jean-Yves Salle, Directeur général de Deux Alpes Loisirs et de Serre-Chevalier Valley, pour impulser une démarche transversale qui concerne toutes les commissions. Avec pour ambition de réduire l accidentologie (remontées mécaniques et pistes), d améliorer la sécurité juridique et aussi de diminuer l insécurité que peuvent ressentir certains clients, Domaines Skiables de France engage un chantier majeur pour renforcer l attractivité des domaines skiables. Le cadre est clairement posé. Quelles sont les premières pistes d action? Il y a quatre grandes pistes d actions à explorer : m Améliorer la connaissance des règles de sécurité pour agir sur le comportement des clients, m Travailler avec les professionnels de l encadrement, m Former nos personnels afin qu ils soient acteurs de la prévention des accidents, m Informer et former les entreprises sur les mécanismes de mobilisation de leur(s) responsabilité(s) en cas d accident. Nous ne souhaitons pas transformer les domaines skiables en parcs d attraction où tout serait organisé autour d une sécurisation absolue. Liberté et responsabilité sont des valeurs fortes de la montagne. C est donc bien sûr l information et la responsabilisation de nos clients qu il faut travailler. La première des actions que vous venez de citer agit sur le levier comportemental. N est-ce pas le plus difficile à cerner? C est en effet le défi le plus complexe à relever. Les domaines skiables ont mis en œuvre depuis de longues années toute une batterie de mesures et d actions pour améliorer la sécurité sur les pistes et sur les remontées mécaniques. Ces actions de sensibilisation reçoivent toujours spontanément un accueil favorable de la clientèle. Mais au-delà des effets mesurables sur l accidentologie, en mesurer l effet sur les comportements est très difficile. Or c est là que nous devons agir. Les perceptions et les retours des actions de sensibilisation sont très subjectifs. Cela ne veut pas dire que notre travail est inutile. DSF n 30 11

12 m Dossier À Serre-Chevalier par exemple, nous avons mis en place un dispositif baptisé «Pisteur Prudent» qui s adresse aux enfants. Ils sont pris en charge par une équipe de pisteurs secouristes qui les sensibilise au comportement de sécurité sur les pistes. À l issue de la formation, l enfant se voit remettre un livret et un signe distinctif à porter sur lui. Il est invité à corriger les comportements inappropriés de retour dans sa propre famille Les retours sont excellents et pointent la nécessité d impliquer les gens pour réduire le sentiment d insécurité. Cette action montre qu on peut parler des dangers sans stigmatiser le ski sur piste. Mais c est un exercice délicat. Pour autant nous ne remarquons pas d effets tangibles sur les comportements. Faut-il arrêter? Je ne le crois pas. Je compare nos actions à la sécurité routière où on met en place un arsenal répressif avant de former et d informer. Chez nous c est différent : nous devons avant tout prévenir par l information. La répression n est ni souhaitable ni possible. Comment réduire ce sentiment d insécurité? Ce sentiment est avant tout une manière d appréhender les choses pour ceux que nous aimons. Les très bons skieurs n en sont pas exempts lorsqu ils skient avec leurs enfants. Et ce sentiment qui grandit avec l augmentation de la fréquentation et l arrivée de matériels plus rapides, n est corroboré par aucune augmentation de l accidentologie réelle. Beaucoup a été fait en matière de prévention, même si tout reste toujours à renouveler, à réinventer. Agir sur le comportement est donc la seule alternative restante. Et très honnêtement, nous ne savons pas clairement ce qui marche, hormis de capitaliser sur les expériences probantes en France ou ailleurs. Mais là aussi attention aux différences culturelles : ce qui marche en Autriche ne touchera pas forcément le skieur français ou espagnol. Quelles sont les actions percutantes qui vous viennent à l esprit? Sans citer d actions précises, on peut noter que ce qui est efficace repose sur le fait que le skieur doit devenir l acteur visible de sa propre sécurité. Et pour arriver à diffuser cette idée, en complément des actions auprès de la clientèle, l implication des personnels de nos entreprises est essentielle. C est la raison pour laquelle, dans mes équipes, j ai demandé à tous les managers de se mobiliser sur le sujet. Et de faire de cette mission un axe très important du travail quotidien. Sans jamais renoncer et sans relâcher la pression, au risque de voir immédiatement la perception de la sécurité se dégrader. Les entreprises de domaines skiables sont très attentives et ce d autant plus que nous les informons en continu de toutes les conséquences en matière de responsabilité. 12 DSF n 30

13 SÉCuritÉ k La mission qui vous est confiée est donc complexe. Êtes-vous confiant? Le programme lancé par Domaines Skiables de France est ambitieux et nous sommes très transparents sur le fait que nous n avons pas l habitude de travailler sur le comportement. Nous sommes toutefois confiants pour une raison : nous avons une obligation de résultat car la sécurité est à terme un critère très important pour le choix de nos destinations de vacances. Je pense sincèrement qu il faut que nous sortions en partie de nos réflexes «techniques» pour répondre de manière plus «sociologique» à la question du sentiment d insécurité et du comportement. Peut-être faut-il, dans nos communications, remettre au goût du jour des valeurs de respect et de solidarité qui sont d ailleurs des valeurs partagées par les montagnards. à commencer en interne dans nos entreprises. Je crois aux vertus du management éthique car tout commence par là. Donner du sens aux choses, même à une pratique de loisirs, permet d avancer sur le terrain de la sécurité, j en suis convaincu. Les médias peuvent-ils jouer un rôle dans la sensibilisation des skieurs à être plus responsables sur les pistes? Concernant la sécurité, les médias relayent déjà les nombreuses actions mises en place par les stations. Concernant l accidentologie sur les pistes, il y a un gros effort de communication à faire de notre part pour faire comprendre notre travail et le défi à relever. Nous avons remarqué que les journalistes étaient plus réactifs sur les accidents de remontées mécaniques que sur les accidents sur les pistes. C est un phénomène sociétal classique. Si nous sommes plus clairs dans nos messages, les médias pourraient être des relais efficaces pour transmettre des messages utiles aux skieurs. Réduire l accidentologie et le sentiment d insécurité, Un nouveau défi pour Domaines Skiables de France Le mot du Président De toutes les exigences des opérateurs de domaines skiables la sécurité est assurément celle qui est la plus importante. Les opérateurs de remontées mécaniques et de domaines skiables doivent faire face à des enjeux de sécurité dans le cadre de leurs missions d exploitation des remontées mécaniques et des pistes de ski alpin. Au cours de ces dix dernières années, le nombre d accidents ou le nombre de contentieux est toujours le même. Or, dans le même temps, la réglementation et les nouveaux dispositifs de sécurité n ont cessé d évoluer. C est donc qu il faut maintenant agir sur les comportements en trouvant les bons leviers pour les influencer positivement. Le risque et l esprit de responsabilité Notre sécurité dépend avant tout de l appréciation que nous avons du risque. L esprit de responsabilité autrement dit la conscience que nous avons de répondre, quoiqu il arrive, de nos actes peut influencer efficacement les comportements. Ce qui signifie sans doute que la sécurisation à outrance dans lequel nous nous enfermons peu à peu n est pas forcément la meilleure option. Au contraire : trop de sécurité peut nuire à la vigilance et engendrer des comportements à risque. Il faut plutôt travailler sur les comportements et sur les notions clés du risque et de responsabilité. Et dans le même temps améliorer le «porter à connaissance» envers les usagers et envers nos exploitants sur la notion de responsabilité et la réglementation. C est tout l enjeu du chantier engagé par Domaines Skiables de France décidé en avril dernier et piloté par Jean-yves Salle (Deux Alpes/Serre Chevalier). Pierre Lestas DSF n 30 13

14 m Dossier remontées mécaniques Sous l égide du Ministère des Transports, le service Terchnique des Remontées Mécaniques et des Transports Guidés (STRMTG) surveille l accidentologie des transports par câble en France. un moyen de transport sûr et fiable pour des clients responsables «Si la descente est un sport d évolution libre, la montée en revanche relève du transport public. Son accidentologie est comparable, voire meilleure, que celle des autres transports collectifs.» 3,5 nombres d accidents graves pour 100 millions de passages 3,0 On recense entre 600 et 700 millions de passages sur les remontées mécaniques françaises chaque année (plus grand parc de remontées mécaniques du monde). 2,5 2,0 1, sur 8 saisons Source STRMTG Répartition des causes d accidents Tiers : 5 % Le tiers est à l'origine de l'accident en interférant avec le système ou l'usager Système : 3 % Le système est à l'origine de l'accident Usager : 92 % L'usager est à l'origine de l'accident 15 Source STRMTG 14 DSF n Grâce à des contrôles très rigoureux, les défaillances matérielles ne sont à l origine que de 3% des accidents

15 sécurité k Répartition des accidents graves par types d appareil pour l ensemble du trafic 15 Source STRMTG TK débrayable sur 8 saisons : 25 TSF sur 8 saisons : 72 TSD sur 8 saisons : 31 moyenne de 2004 à 2011 des passages recensés sur les remontées mécaniques Télésiège fixe : 173 millions Source STRMTG Téléski à perche débrayable : 179 millions Télésiège débrayable : 161 millions Autres remontées mécaniques : 160 millions Total : 679 millions DSF n 30 15

16 m Dossier pistes nombre de passages RM pour une intervention de secours stabilité de l accidentologie depuis 10 ans État des lieux en chiffres Nombre de passages RM pour une intervention de secours En , le nombre d interventions de secours est en baisse sensible en raison de bonnes conditions d enneigement enregistrées sur une grande partie des domaines skiables en France. Source DSF/SNOSM. 16 DSF n 30

17 sécurité k Sous l égide du Ministère de l Intérieur et du Ministère des Sports, le Système d Observation de la Sécurité en Montagne (SNOSM) surveille l accidentologie de la glisse sur pistes et hors pistes. «À la descente, le pratiquant doit maîtriser sa vitesse et sa trajectoire. L accidentologie sur les domaines skiables n est pas différente des autres sports d évolution libre.» «Les collisions sur pistes représentent une petite part de l accidentologie totale. La plupart du temps, le pratiquant chute seul.» Bilan 2010/2011 (hors avalanches et recherches) SUR PISTES Blessés Décédés traumatiques Indemnes Interventions % COLLISIONS HORS COLLISIONS HORS PISTE Source SNOSM DSF n 30 17

18 m Dossier les stations jouent la carte de la sécurité Depuis maintenant de nombreuses années, Les stations se penchent sur la prévention des accidents et le sentiment d insécurité sur les pistes. C est l occasion de revenir sur quelques-unes de ces nombreuses initiatives en station. stratégiques (croisements, pieds de mur, zones de vitesse ) et aux heures de pointe (retours station en fin de journée par exemple). Étant composée de plusieurs pisteurs, ces patrouilles sont plus visibles qu un pisteur isolé. Elles se voient également de loin grâce à des bannières «prévention», disposées en chicane sur les pistes. Leur rôle est de faire ralentir et d être visibles par les pratiquants des sports de glisse, dans ces endroits qui peuvent être générateurs de stress, afin que ceux-ci se sentent rassurés par la présence et la surveillance de pisteurs. Les pisteurs ne sont pas des gendarmes. Mais ils sont légitimes auprès de nos clients pour conseiller, alerter les skieurs dangereux sur les risques qu ils prennent et qu ils font prendre aux autres. Tout doit se passer dans l échange et le dialogue. L idée est aussi de créer un moment de contact.» Les Arcs misent sur une présence humaine légitime et crédible Station internationale recevant des visiteurs de toutes les cultures et de tous les niveaux, la station de Tarentaise joue la carte de la sécurité en misant sur la légitimité des pisteurs-secouristes pour faire passer les messages auprès des clients. Pour Cédric Perretier, Directeur du Service Pistes et Sécurité d ADS aux Arcs, «même si le nombre d accidents sur les pistes reste stable malgré une forte augmentation de la fréquentation cette année, il est impératif de rassurer les clients sur notre capacité à encadrer les comportements qui peuvent représenter un danger ou provoquer un ressenti de danger sur les pistes. C est aussi notre réponse aux résultats des enquêtes clientèle qui font régulièrement écho au sentiment d insécurité ressenti sur les pistes.» Car malgré la création il y a plusieurs années de zones de «ski tranquille» sur chaque secteur, spécialement aménagées et délimitées pour mettre le débutant en confiance, les 500 hectares du domaine en voient passer de toutes les couleurs! «Pour répondre à cette inquiétude, Les Arcs ont mis en place des «patrouilles de prévention» composées de plusieurs pisteurs secouristes qui, spécifiquement dans un rôle de prévention, d information et de conseils, vont se positionner à des endroits Il suffit d ailleurs d aller tester sa vitesse sur le «Speed test», un espace dédié à cet exercice à proximité du départ du télésiège des Plagnettes, pour comprendre que le choc ou la collision peuvent avoir des conséquences importantes à grande vitesse. Les cellules chrono permettent d afficher la vitesse à l arrivée. Et d écouter les professionnels expliquer qu à 80 kilomètres/ heure, un choc contre un obstacle ou une personne, c est l équivalent d un accident de la route, ça remet les idées en place! Cédric Perretier en est convaincu, le sentiment d insécurité vient de là. De la propre perception du skieur de sa pratique et de ses capacités. «Les skieurs sont plutôt moins sportifs aujourd hui et le matériel 18 DSF n 30

19 sécurité k permet d aller vite sans avoir de bases techniques très grandes et sans véritable contrôle de ses trajectoires. Nous sommes passées en 2 décennies d une culture sportive et montagnarde du ski à une culture plus urbaine, technologique et sans limites. Les clients arrivent de toute l Europe en quelques heures. Les appareils de remontées mécaniques les montent à mètres et c est parti pour les joies de la glisse sans contrainte.» Dans cette consommation ultrarapide, le respect, l attention aux autres et la prise en compte de l aptitude physique et technique n ont pas toujours droit de cité. Les domaines skiables ont mis en œuvre des actions très importantes sur le profilage, la circulation, les croisements des pistes. Filets, matelas et panneaux ont fleuri en France plus qu ailleurs. De nombreuses campagnes de signalisation, y compris au niveau national, ont été menées tous azimuts (cf. page 30). «Un domaine skiable est avant tout un espace naturel, qui, bien qu aménagé et sécurisé au niveau des pistes de ski, n est pas aseptisé comme peut l être un parc d attraction. L usager des pistes a un rôle primordial, au niveau de sa sécurité et de celle des autres : c est bien à lui d adapter son comportement aux conditions et de respecter la signalétique et les messages de prévention mis en place par les services de pistes. C est une question de bon sens.» Aux Arcs comme dans de nombreuses autres stations, le travail de prévention passe donc par l information. Il faut sans cesse trouver de nouvelles idées et de nouveaux moyens pour alerter tout en maintenant la confiance et l envie. Sans trop en faire car à trop sécuriser, on obtient l effet inverse et les skieurs sont moins vigilants. «Depuis deux ans, nous essayons d épurer nos messages, d en faire moins mais mieux ciblés.» Aux Arcs, les pisteurs-secouristes sont investis de cette mission avec toute la légitimité que leur confère leur connaissance du milieu et de la pratique. «Sur les pistes, tout passe par eux car les skieurs les reconnaissent comme des experts crédibles.» Tous les matins, ils interviennent sur Radio Arcs, parlent des exercices de préparation, des conditions de neige et de météo, de la nécessité de lever le pied avec l arrivée de la fatigue de milieu de semaine «Depuis deux ans, nous distribuons un flyer dessiné par un de nos pisteurs. Cette année, nous allons plus loin avec une collection de cartes postales reprenant les grands messages sécurité. Et nous invitons les clients à aller au-devant des pisteurs puisque ce sont eux qui les distribueront au moment des échanges.» Face au progrès technique, aux innovations technologiques, on voit bien que la perception de la sécurité reste un sentiment humain. La réponse choisie par Les Arcs qui passe par le dialogue et la présence physique de professionnels qui rassurent et qui transmettent des valeurs anciennes est sans doute une des meilleures pistes qui soit! Saint-François Longchamp SOLIDAIRES EN CAS DE RISQUE D AVALANCHE À Saint-François Longchamp, à l initiative du service des pistes, les pisteurs-secouristes enfilent une chasuble de couleur fluo sur laquelle sont portés des messages de sécurité pour marquer le risque d avalanche à partir de l indice 4 sur 5. Cette initiative spontanée de la part de l ensemble des personnels a un fort impact sur le client : il réfléchit à deux fois avant de sortir des pistes ces jours-là. Les saisies RETOUR D EXPERIENCE ET AMÉLIORATION Très couramment, dans les systèmes d assurance qualité des entreprises de domaines skiables généralement certifiées ISO 9001, on trouve des actions de retour d expérience de type «analyse des points noirs». Ainsi, aux Saisies, les accidents font l objet d une saisie particulière sur une main courante par la régulatrice (suivi des accidents par date, lieu, piste). Ces données sont analysées pour ensuite mettre en œuvre des actions de balisage ou d aménagement par le service des pistes. DSF n 30 19

20 m Dossier PYRÉNÉES De Glisse pas perso, «la comm qui déchire» à la relation directe client/pisteur Nous vous avions parlé de cette communication décalée et originale destinée à faire émerger des comportements citoyens sur les domaines skiables (à la fois pistes et remontées mécaniques) dans le n 21 de Domaines Skiables de France. Cette initiative, destinée aux ados, avait été mise en place dans les Alpes du Sud avec succès. Mais c était dans les Pyrénées qu était né le concept en Aujourd hui, les «saute pas sur ta grandmère, ça pourrait être la tienne!» ou «Porte ton casque, il y a d autres façons de se fendre la gueule!» ont laissé progressivement la place à d autres formes de communication tant dans les Pyrénées que dans les Alpes du Sud. Christine Massoure, Directrice générale de N Py en convient «il n y a pas une solution miracle pour réduire l incivilité et faire prendre conscience aux trouble-fête qu ils doivent adapter leur comportement.» C est dans la multiplication des idées, dans l adaptation aux changements culturels et dans l implication des professionnels sur le terrain que se jouent les changements. Aujourd hui, les stations NP y ont intégré dans les programmes d animations sur les pistes, des temps dédiés au client. Les rencontres avec les pisteurs autour d un café permettent de passer des messages simples sur le port du casque et des lunettes, l adaptation des tenues pour les enfants ou le contrôle de la vitesse. «Cette sensibilisation permanente doit impérativement être initiée par les responsables. Le rôle de l encadrement et sa présence sur le terrain sont essentiels à la réussite de ces actions.» Elles viennent s ajouter à d autres dispositifs incitatifs comme par exemple le lien entre la gratuité du transport pour les enfants de moins de 5 ans et le port du casque. Ou les tests de vitesse sur le terrain permettant de mesurer les risques en cas de chute ou de collision. Ce n est donc pas un hasard aujourd hui si les principaux partenaires de NP y en matière de sensibilisation à la sécurité sont des compagnies d assurance et des mutuelles de santé! Remontées mécaniques et sécurité : un travail de sensibilisation permanent Avec la même détermination que la sensibilisation à la prudence sur les pistes, les domaines skiables diffusent en permanence aux usagers toutes les règles de bonne conduite sur les remontées mécaniques. Sur de nombreux domaines skiables, les campagnes de sécurité ont un volet «remontées mécaniques». À l exemple de l Alpe d Huez qui intègre ces conseils sur les plans des pistes ou du partenariat avec les moniteurs de ski qui doit être poursuivi (cf. Domaines Skiables de France n 26 Février 2011). 20 DSF n 30

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