LA VOIX DES COLLINES. Connecter les mutuelles de santé et les coopératives

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1 TRIMESTRIEL D INFORMATION, DE FORMATION ET D ACTION DU MONDE RURAL Numéro double : de janvier à juin 2014 N 9 «Paix et prospérité dans la coopérative!» «Paix et santé dans la mutuelle!» Connecter les mutuelles de santé et les coopératives Appui au Développement Intégral et à la Solidarité sur les Collines 31, AV. des Etats Unis, Quartier KIGOBE SUD - BP 2695 BUJUMBURA (00 257) //

2 SOMMAIRE Editorial Deogratias NIYONKURU... p. 3 Les gagnants au récent jeu concours ouvert aux membres d IGG et les bonnes réponses Jonas Eric UWIZERA... p. 4 Les onze bonnes raisons d élever les cobayes Jonas Eric UWIZERA... p. 5 Connecter les mutuelles de santé et les coopératives Deogratias NIYONKURU & Libère BUKOBERO... Ce que pensent les mutualistes et les coopérateurs Jonas Eric UWIZERA... Le centre de santé le Quinquina ouvre ses portes aux malades Jonas Eric UWIZERA... La Fédération des Mutuelles de Santé des Caféiculteurs du Burundi (FEMUSCABU) fait ses bilans avec la CAM Jonas Eric UWIZERA L université populaire Haguruka va bientôt ouvrir ses portes Deogratias NIYONKURU..... p. 21 Le séchage du manioc dans un séchoir type touraille Chantal NTIMA.... p. 25 Ndava : les apiculteurs réunis au sein d une IGG témoignent Jonas Eric UWIZERA La situation des mutuelles de santé et de l assurance maladie universelle au Burundi Engelbert DUSABIMANA Le miel et ses vertus Jonas Eric UWIZERA... p. 6 p. 17 p. 18 p. 20 p. 28 p. 31 p. 35 Directeur de Publication : Deogratias NIYONKURU Directeur Adjoint : Léon NDIKUNKIKO Redacteur en chef : Jonas Eric UWIZERA Comité de rédaction : Jonas Eric UWIZERA, Deogratias NIYONKURU, Libère BUKOBERO, Estelle DENIEL, Léon NDIKUNKIKO, Donatien MBONABUCA, Emmanuel NINTUNZE, Espérance KANEZA Editeur : ADISCO, 31, Avenue des Etats Unis, KIGOBE SUD, BP 2695 Bujumbura. Tél : // Retrouvez ce journal : Au siège d ADISCO à Bujumbura; au bureaux des fédérations des caféiculteurs à Bujumbura, Gitega, Ngozi? Kayanza, Kirundo; dans les unions des mutuelles de santé des caféiculteurs du Burundi ainsi que dans les coopératives agricoles et des caféiculteurs accompagnées par ADISCO 2

3 Editorial Deogratias NIYONKURU Le développement d un pays ou d un ménage est complexe et chacun y va de son pas en fonction de ses convictions. Pour beaucoup, développement rime avec croissance économique, produit intérieur brut élevé, création accrue de la richesse dit-on. C est sans doute vrai Pour d autres, le développement passe par l amélioration des conditions sociales des hommes et des femmes : un meilleur accès aux soins de santé, à la scolarisation, à une alimentation équilibrée, à un travail décent, à une vie digne dit-on. Ils ont sans doute aussi raison D autres vont encore plus loin et y intègrent l accès à l information, l accès équitable au pouvoir, la répartition équitable de la richesse... Eux aussi ont raison Vous me direz sans doute que les trois ne sont pas contradictoires et que lorsque les revenus d un pays ou d un ménage augmentent, les conditions de vie suivent automatiquement et des peuples mieux éduqués sont à même d exiger plus de démocratie. Hélas là, vous n avez plus raison. Une personne peut gagner beaucoup d argent et les utiliser à des fins qui n améliorent pas forcément sa santé, son habitat, son bien-être. La meilleure illustration nous est donnée par les périodes de paie café ou riz. Le nombre de fêtes explose - les unes plus utiles que les autres - et la consommation de la bière, PRIMUS en tête prend des rythmes effrénés. En moins d un mois, 80% de la paie est déjà retournée en ville, la très grande part via la PRIMUS. Comment expliquer l état de désolation des campagnes africaines quelques jours après l injection de plusieurs milliards de francs sans oublier les nombreux ménages qui se cassent suite à la prostitution et au divorce occasionnés par l illusion d être devenu soudainement riche et important? Les donneurs de leçons vont me sauter dessus par des déclarations faciles que les paysans ne savent pas gérer leur argent, comme si nous les salariés faisions mieux et ne vidaient pas notre salaire dans les cabarets les dix jours qui suivent la paie. Il ne faut pas être un mukizwa ou un born again pour s en convaincre. Au niveau des Etats, la situation est encore plus trompeuse. L augmentation de la richesse peut être concentrée entre les mains de quelques riches quand le reste de la population croupit dans la misère. C est ainsi que seuls 10% de la population détiennent 90% de la richesse mondiale. Dans les pays comme les Etats-Unis, le Brésil, l Inde, la Chine, la richesse est détenue par une petite fraction de la population qui contrôle en prime le pouvoir politique quand l essentiel de la population vit dans une réelle pauvreté malgré les images de réussite que véhiculent les médias sur ces puissances. Le développement qu il soit individuel ou des Etats passe donc par l investissement à la fois dans des initiatives de création de la richesse certes, mais aussi dans celles d amélioration directe de la santé, de la scolarisation, de l habitat, de l accès équitable de tous aux sphères de prise de décision etc. Les pays qui affichent un indicateur élevé de développement humain et donc véritablement développé comme la Suède, la Norvège, le Danemark, la Hollande, la Suisse etc. sont loin d être les plus riches de la planète, mais plutôt ceux qui ont réussi à redistribuer les effets de la croissance économique en investissant dans la protection sociale de leurs citoyens. A contrario néanmoins, des pays comme la Grèce, l Italie et d autres, qui pour des raisons de propagande électoraliste ont investi des moyens qu ils n avaient pas dans des actions sociales sont aujourd hui au bord de la faillite et doivent faire subir à leur population des mesures de rigueur atroces qui compromettent la paix sociale Les familles respectées sur les collines ne sont pas non plus les plus riches, mais plutôt celles qui sont unies et qui mettent un point d honneur à se soigner, à scolariser leurs enfants et vivre décemment de leurs revenus. C est pourquoi que ce soit pour les nations ou les individus, il est très important de coupler des actions de développement économiques à celles de développement social : les secondes n étant jamais la conséquence immédiate des premières. C est pour aider les organisations que nous accompagnons et leurs membres à créer des liens forts entre l économique et le social que nous consacrons le présent numéro de La Voix Des collines à la recherche de voies et moyens pour connecter les coopératives à des mutuelles de santé qui seront progressivement élargies à d autres sphères de protection sociale (invalidité, pension, secours en cas de catastrophes : grêle, sécheresse, inondations...,) en fonction des priorités que retiendront les populations. Le sujet est d autant plus pertinent que notre pays est actuellement fortement engagé dans de longues concertations pour se doter d une couverture maladie universelle. La première décision est déjà tombée. D ici trois ans, tout burundais et tout résident sera obligé de souscrire à une assurance maladie de son choix. 3

4 Courrier des lecteurs Les gagnants au récent jeu concours ouvert aux membres d IGG et les bonnes réponses Chers lecteurs, membres d IGG; Nous avons constaté avec satisfaction que vous êtes nombreux à nous lire. Cela nous montre que les informations que nous vous donnons cadrent bien avec vos aspirations et vos besoins et notre voix ne raisonne pas dans le désert. Nous sommes donc heureux de vous annoncer les heureux gagnants au jeu concours du précédent numéro de La Voix des Collines. N 8 Plus de 450 membres d IGG ont participé à ce jeu concours. Après un dépouillement minutieux des réponses reçues, seuls 16 lauréats ont donné toutes les bonnes réponses et seront primés. D aucuns l ignorent, la lecture est la source de connaissances dont vous avez besoin dans votre vie quotidienne! Comme vous avez manifesté un vif intérêt pour le jeu concours et donc pour la lecture, nous avons augmenté le paquet de la prime de francs bu à Fr Bu. Chacun des 16 gagnants va donc recevoir une somme de francs burundais en plus d un octroi gratuit du présent numéro d un numéro de ce magazine. Merci de vous adresser aux animateurs d ADISCO pour recevoir vos lots. La liste des participants gagnants est la suivante : Nsaguye désiré, zone rukeco, commune Busiga, IGG icowamaze, Ngozi tél : , TUYIKEZE Eliane, colline MPONDOGOTO, zone Rukeco, Busiga, Ngozitél / ZIHUWIRUKA Epitace, COLLINE MASANGO, zone Masango, commune Bukinanyana, Cibitoke, IGG TAMBUKA, NDABARUSHIMANA Victoria, colline Rugari, zone Mihigo, commune Ngozi, tél : / NKURUNZIZA Joselyne, colline Rutake, zone Ruce, commune Rugazi, Bubanza NYANDWI Désiré, colline Ruziba, zone Ruziba, commune MUGINA, Cibitoke,IGG Twiyungunganye, tél : / NDAYIZEYE Julienne, colline Nyarunazi, commune Rutegama, Muramvya,IGG BANGUKA, coopérative turamirize HATUNGIMANA Gloriose, colline Nyabisaka, commune Ndava, Mwaro NTAWUYAMARA Raphael, colline Songore, commune Kabarore, Kayanza, IGG ubwiza buca mu kanwa, tél : HAKIZIMANA M.Magnignifique, colline Ntaho, zone Mugomera, commune Busiga, Ngozi, IGG tuvyurane, tél : HATUNGIMANA Elina, colline Nyamyeha, zone Ndora, commune Bukinanyana, Cibitoke NDORICIMPA Donavine, colline Kayange, commune Musigati, Bubanza, IGG Dukundane dukore dutezanya imbere MUBERANCISHO Anastase, colline Gitumba, zone Nyamakarabo, commune Mugina, Cibitoke, IGG Tugwizumwimbu, tél: NDACAYISABA Elysée, colline Rushima, zone Ruziba, commune MUGINA, Cibitoke, IGG Dutezimbere umwuga wo kwubaka, tél: / BUCUMI Calinie, colline Masango, commune Bukinanyana, Cibitoke, tél : BARIMURWANKO Céleus, colline Kibati,commune Bukinanyana, Cibitoke,IGG Twungukubumenyi, tel : Les bonnes réponses : La question posée était la suivante : Montrez sur cette image de la Une de ce numéro de La Voix des Collines quatre éléments qui montrent que les paysans sont escroqués par les commerçants véreux. Ces quatre éléments étaient les suivants : 1. Une balance cadenacée avec une chaine qui indique qu il s agit d une balance truquée 2. Le commerçant s est placé sur le chemin qui mène au marché ou vers la coopérative pour bloquer les paysans afin qu ils ne puissent pas négocier de prix favorable au marché ou à la coopérative 3. Des mots doux et trompeurs que le commerçant utilise pour les attirer à vendre leurs produit chez lui au lieu de continuer leur route vers la coopérative ou le marché 4. Beaucoup de billets de banque dans la main que le commerçant tient à découvert pour que les paysans qui voient ces liasses ne puissent résister à la tentation. Ils sont victime de la hantise du cash! Telles sont donc les bonnes réponses que certains d entre vous ont donné. Aimons la lecture, source de connaissances dont nous avons besoin dans notre vie quotidienne. Jonas Eric UWIZERA, Redacteur en chef En hausse Madame Annociata SENDAZIRASA, Ministre en charge de la protection sociale, pour avoir parcouru tous le pays pour expliquer que la CAM est réservé aux couches les plus pauvres et que les autres doivent adhérer aux mutuelles de santé En baisse Le consultant en charge de la stratégie d appui aux organisations paysannes qui s est permis de rédiger une stratégie sans consulter les concernés et qui cherche à la leur imposer à tout prix 4

5 Les onze bonnes raisons d élever des cobayes Bonjour ADISCO Je m appelle NZORUBARA Jérôme ; je voudrais connaitre les avantages que présente l élevage des cobayes et pourquoi cet élevage ne se développe pas au Burundi. Cher Jérôme ; L élevage des cobayes a longtemps été marginalisé ou est peu connu au Burundi d où son invisibilité malgré son existence dans les ménages à faibles revenus. Cependant, ce type d élevage pourrait aujourd hui être le meilleur moyen d avoir accès à des protéines animales de qualité, à faible coût et en un temps très court. Cet élevage se rapproche de l élevage traditionnel des lapins. Comme certains d entre vous l ont déjà constaté, l élevage des cobayes présente de nombreux avantages tant sur le plan pécuniaire, que nutritionnel. Les avantages sont très nombreux et nous en donnons ici que quelques-uns : 1. Développement rapide : c est un animal qui croît rapidement, les animaux arrivent à maturité et peuvent être vendus 5 à 6 mois après leur naissance. 2. Facilité de manipulation : le cobaye est un animal de petite taille et par conséquent manipulable par n importe qui dans le ménage. 3. Richesse de la chair : les cobayes fournissent une viande riche en protéines comme la viande de poulet. C est une viande blanche, pauvre en graisse et en cholestérol. 4. Simplicité des techniques : l on n a pas forcément besoin de connaissances poussées pour débuter un petit élevage de cobaye. 5. Faible coût d investissement : pour commencer un élevage, on n a pas besoin d un grand capital. Les besoins de départ sont réduits. 6. Alimentation peu couteuse : les cobayes ne sont pas exigeants en termes d aliments. Ils consomment principalement le fourrage et les graminées. 7. Forte prolificité : c est un animal qui se reproduit très rapidement. Une femelle peut donner facilement plus de seize petits en un an. 8. Fourniture de fumier : en plus de la viande, les cobayes peuvent fournir des déjections utilisées comme fumier. 9. Bonne source de revenus : les cobayes se vendent facilement et à bon prix. La plupart d éleveurs vendent leurs bêtes sur place à la maison sans avoir besoin de se rendre au marché. Dans certains pays d Afrique au sud du Sahara, le cobaye est le premier animal sur lequel toute la formation en élevage se construit. 10. Modestie des surfaces utilisées : l élevage des cobayes n exige pas de grandes surfaces. On peut élever plus de quinze bêtes par mètre carré. 11. Faible vulnérabilité aux maladies : Les cobayes ne sont pas très vulnérables aux maladies comme les lapins par exemple. C est donc un élevage avec peu de risques. Allez, lancez-vous, vous nous direz des nouvelles! Le gros des éléments de réponses ont été tirés de La Voix du Paysan N 272 de janvier 2014 Jonas Eric UWIZERA 5

6 Dossier Connecter les mutuelles de santé et les coopératives Introduction Un adage burundais dit «Nyamwigendako ntarimira impeshi», pour dire qu une personne solitaire ne peut pas semer lors de la courte saison agricole de février. Les initiatives les plus porteuses passent par la mise en commun des moyens humains, matériels et financiers, à l instar des fusions en vogue au sein des grandes entreprises capitalistes. Aujourd hui, il existe dans le monde rural burundais plusieurs types d organisations comme les associations, les groupements pré-coopératifs, les coopératives, les tontines, les mutuelles de santé communautaires, les unions, les fédérations et confédérations, et j en passe. ADISCO s est donné pour mission d accompagner et de renforcer les dynamiques socio-économiques dont deux sont particulièrement importantes : les mutuelles de santé et les coopératives agricoles multi filières. Ces deux dynamiques ont fait l objet de plusieurs numéros de la Voix des collines et sont donc assez bien connues de nos lecteurs. Le présent numéro explore les voies et moyens de mieux interconnecter ces deux dynamiques sur lesquelles repose le mouvement social Haguruka que nous accompagnons. La question est d autant plus pertinente que la politique nationale de protection sociale adoptée par le Gouvernement du Burundi en avril 2011 avec l appui du Bureau international du travail a clairement indiqué que pour assurer une protection sociale aux populations rurales et à celles du secteur informel, la vision est de connecter les initiatives d économie solidaire dont les coopératives représentent le modèle par excellence à des actions de protection sociale (mutuelles de santé, assurance récoltes, assurance décès, pensions, chômage, invalidité, etc..). Rappelons d ailleurs que dans les mois qui viennent, l adhésion à une assurance maladie sera rendue obligatoire au Burundi. Le programme triennal de l ADISCO avec ses principaux partenaires techniques et financiers a également pour objectif de renforcer et interconnecter ces deux dynamiques en vue d améliorer la cohérence et la durabilité de nos interventions. Comprendre la coopérative et le mouvement cooperatif Le mouvement coopératif est extrêmement important pour le développement. La résolution n 49/155 du 23 décembre 1994 de l Assemblée Générale des Nations Unies a reconnu et décidé que les coopératives sont des facteurs indispensables du développement économique de tous les pays. Elle a même consacré le premier samedi du mois de juillet de chaque année comme «journée des coopératives». Le Sommet Mondial sur le Développement Social tenu à Copenhague en 1997, a demandé à tous les gouvernements de favoriser l émergence d entreprises coopératives dans tous les secteurs de la vie économique comme moyen de réduction de la pauvreté et facteur d intégration sociale et économique des groupes sociaux les plus défavorisés. La recommandation n 127 de l Organisation Internationale du Travail (OIT) reconnaît aux coopératives leur rôle moteur dans le développement socio-économique des pays en voie de développement en insistant sur leur indépendance dans le secteur privé. Le mouvement coopératif au niveau mondial est reconnu à travers l Alliance Coopérative Internationale (ACI), une Organisation non gouvernementale indépendante qui unit, représente et dessert les coopératives dans le monde entier. 6

7 A la fin de 1995, l ACI regroupait 765 millions d adhérents, soit près à 3 milliards de personnes concernés par ce mouvement international (ACI) ou presque la moitié de la population mondiale. Au niveau Africain, le Réseau d Appui au Développement des Capacités pour les Coopératives (RADEC-COOP) dans la plate-forme pour le renouveau coopératif en Afrique a défini des orientations claires en Mai 1995 qui rentrent dans la droite ligne de la vision de l ACI, de la recommandation 127 de l OIT de 1995 ainsi qu à celle du Sommet Mondial sur le Développement Durable de Copenhague. Au Burundi, bien que le mouvement coopératif et associatif y soit connu depuis la période coloniale comme axe prioritaire des programmes de développement socio-économique par les différents gouvernements, moins de 10% de sa population appartient à un réseau du mouvement coopératif ou associatif. Ce niveau, comparé à la situation mondiale, montre que le Burundi est nettement en arrière. Le Mouvement coopératif et associatif existe au Burundi depuis plus d un demi-siècle. Malgré une expérience relativement riche, il accuse beaucoup de difficultés à s enraciner, à être autonome et à produire des résultats socio- économiques tangibles et pérennes au profit de ses membres et partenaires. Pourtant, une série de politiques successives et de moyens humains, matériels et financiers importants ont été mis en œuvre pour permettre son essor. Les résultats liés à ces investissements importants n ont pas été satisfaisants. La solution au problème consiste à mettre en place les conditions d existence du mouvement coopératif au profit des coopérateurs et qui soit réellement attractif et de développer des mesures de contrôle qui les sécurisent. Les coopérateurs doivent se sentir réellement propriétaires- usagers de leur coopérative. L éducation et la formation en général et l éducation coopérative dans la totalité des sphères de responsabilité du pays constituent le principal enjeu de développement du secteur et partant celui du Burundi. Le coopératisme est donc une doctrine, une philosophie qui fait de la coopération «une méthode d action économique par laquelle des personnes ayant des intérêts communs constituent une entreprise où les droits de chacun à sa gestion sont égaux et où le profit est réparti entre les seuls associés au prorata de leurs activités 1». 1. Le coopératisme est bâtie sur les valeurs de : 2. l auto- promotion de l entreprise coopérative et de tous ses membres, 3. la responsabilité mutuelle dans l entraide, 4. l égalité dans la gestion de l entreprise coopérative, 5. l équité dans la jouissance des résultats, 6. l honnêteté dans les transactions avec la coopérative et avec les tiers, 7. la liberté d initiative, 8. la solidarité dans l action, 9. la responsabilité sociale. C est aussi un système économique. Le mouvement est né au 19 ème siècle en 1844 à Rochdale en Angleterre par 28 ouvriers tisserands qui ont fondé «La Société des Equitables Pionniers de Rochdale» basée sur les premiers principes fondamentaux qui sont à la base de toutes les sortes de coopératives. Les fondateurs du système ou de la coopérative l ont créée pour lutter contre le capitalisme et les abus qu il a générés. Son objectif n est pas de maximiser le profit mais plutôt de rendre le maximum de services à ses membres au moindre coût en supprimant notamment les intermédiaires et en répartissant entre eux les excédents éventuels dégagés en fin d exercice comptable, sous forme de ristourne. Actuellement, la définition universelle d une coopérative est la suivante est la suivante : la «coopérative est une association autonome de personnes volontairement réunies pour satisfaire leurs besoins économiques, sociaux et culturels communs au moyen d une entreprise dont la propriété est collective et où le pouvoir est exercé démocratiquement 2». Le fonctionnement et la gestion de l entreprise coopérative sont sous-tendus par les valeurs qui sont : 1. l autonomie 2. la responsabilité à l égard de soi 3. la démocratie 4. l égalité en droits et décisions 5. l équité dans la jouissance des bénéfices 6. la solidarité en devoirs 7. la prise en charge et la responsabilité personnelle et mutuelle. Suivant la tradition de leurs fondateurs, les adhérents des coopératives croient dans les valeurs morales que sont l honnêteté, l ouverture, la responsabilité sociale et le souci des autres. Les valeurs coopératives sont rendues opérationnelles à travers les principes coopératifs et l identité coopérative qui ont été actualisés et définis lors du 31 ème congrès de l ACI réuni à Manchester en septembre Ainsi, les principes coopératifs définis à cette occasion sont : 1.1. l adhésion volontaire et ouverte Ce principe signifie que la porte est ouverte à tous ceux qui peuvent utiliser les services de la coopérative et sont prêts à accepter les devoirs des membres, sans discrimination fondée sur le sexe, l origine sociale ou raciale, les convictions politiques ou religieuses Le pouvoir démocratique exercé par les membres Les coopératives sont des organismes démocratiques administrés par leurs membres. Ces derniers participent à la définition des règles de conduite et aux décisions de la coopérative. Les hommes et les femmes élus sont redevables de leurs actes devant les adhérents. Dans les 1 Définition donnée par Larousse 2 ACI, 31 ème Congrès, Manchester,

8 coopératives primaires, les membres ont des droits de vote égaux «un homme, une voix quel que soit le nombre de parts sociales ou d apports additionnels» et les coopératives aux autres niveaux sont organisées démocratiquement La participation économique des membres Les membres contribuent équitablement au capital de la coopérative et l administrent démocratiquement. Au moins une partie de ce capital est généralement le bien commun de la coopérative. Le cas échéant, les membres reçoivent une rémunération limitée au capital souscrit et libéré pour être membre. Les membres affectent les excédents à tout ou partie des objectifs suivants : développer leur coopérative, éventuellement constituer des réserves dont une partie au moins est indivisible, accorder aux membres des avantages proportionnels à leurs opérations avec leur coopérative, appuyer d autres activités approuvées par les adhérents et mettre en œuvre des actions sociales au profit de la communauté L autonomie et l indépendance de la coopérative Les coopératives sont des organismes autonomes d auto- assistance administrés par les membres. Au cas où elles concluent des accords avec d autres organismes y compris les pouvoirs et administrations publics et de tous les partenaires en appui techniques ou financiers, elles le font à des conditions qui garantissent l administration démocratique par leurs membres et préservent l autonomie de leur coopérative L éducation, la formation et l information Les coopératives dispensent à leurs membres, leurs représentants élus, leurs directeurs et leurs salariés une éducation et une formation qui leur permettent de contribuer effectivement au développement de leur coopérative. Elles informent le grand public et particulièrement les jeunes et ceux qui forment l opinion, de la nature et des avantages de la coopération L inter coopération ou coopération entre les coopératives Les coopératives servent leurs membres le mieux possible et renforcent le mouvement coopératif en œuvrant ensemble par l intermédiaire de structures locales, nationales, régionales ou internationales Le dévouement à la collectivité L engagement envers la société implique le sens de solidarité avec les membres non coopérateurs de la communauté. Les coopératives servent le développement durable de leur collectivité par des politiques approuvées par leurs adhérents. La recommandation 127 du BIT invite les Etats membres à créer aux coopératives des «conditions au moins égales à celles d autres entreprises». Par ces faits et principes, la coopérative est différente de la société commerciale fondée sur la doctrine de la maximisation du profit. Quelles que soient la nature et la typologie de la coopérative, le membre coopérateur incarne les statuts de propriétaireusager d où il peut être client, fournisseur, travailleur de la coopérative ou combiner plusieurs de ces statuts. Les membres de la coopérative sont donc des entrepreneurs dans une entreprise pouvant revêtir une ou plusieurs fonctions de producteurs, de professionnels ou de consommateurs de biens et des services en amont ou en aval. Ceci est donc incompatible avec la société commerciale qui distingue clairement la clientèle des travailleurs et des propriétaires. Aussi, la société coopérative est à capital et personnes variables. Dans cette logique, le sociétaire entre et part avec sa part sociale. Ceci n est pas réalisable dans la société commerciale où pour y entrer, l assemblée générale doit augmenter le capital ou si quelqu un désire vendre ses parts ou actions, la sortie est alors conditionnée par la disponibilité d un acheteur de ses actions. 8

9 Comprendre la mutuelle de santé et le mouvement mutualiste La mutualité en Europe est également un mouvement lancé au 19 ème siècle, parfois un peu avant, par des travailleurs qui voyaient leurs collègues mourir sans pouvoir se soigner parce que les patrons ne prenaient pas en charge leurs soins de santé. Ces ouvriers se sont d abord organisés pour créer des caisses de solidarité pour se secourir mutuellement. En Afrique, la mutualité est très bien connue. Plusieurs associations mettent en place des caisses de secours ou des caisses de solidarité qui permettent d assister les membres lors des événements heureux ou malheureux. Il est néanmoins important de distinguer les tontines des mutuelles. Dans les tontines (IGG, SILC, MUSO, etc.) on cotise de l argent de sorte que chaque membre en profite à tour de rôle, alors que dans les caisses de solidarité ou mutuelles, vous cotisez sans certitude que vous serez assistés. Plusieurs tontines néanmoins organisent à coté de leur mission principale économique une caisse de solidarité et ont donc déjà anticipé la connexion dont nous parlons ici. L esprit mutualiste est donc un élan de solidarité alors que les tontines et coopératives sont plutôt des organisations économiques. 2.1 Pourquoi les mutuelles de santé en Afrique? Après les indépendances, les pays africains ont adopté la gratuité des soins de santé pour leurs populations. Mais ce modèle n a pas fonctionné faute de moyens et les structures sanitaires se sont progressivement effondrées. C est alors que l initiative de dite de Bamako en 1987 oblige tous les États à instaurer une participation des populations aux coûts de la santé et même plus tard à prendre en charge tous les coûts. Même si cette initiative a amélioré le fonctionnement des structures de soins, elle a pour conséquence qu une bonne partie de la population se trouve exclue de manière provisoire ou définitive de l accès aux soins de santé. La situation s aggrave particulièrement avec les ajustements structurels des années 90. C est ainsi que vers 1995 commence une réflexion en Afrique de l Ouest et de l Est sur des mécanismes solidaires de prise en charge du risque maladie par le crédit santé, le pré paiement, puis les mutuelles de santé. C est aussi à cette date que se réunissent plusieurs acteurs à Abidjan qui édictent les principes fondateurs de la mutualité de santé dans un document connu sous l appellation de la plateforme d Abidjan qui fondera la naissance des mutuelles de santé. Plus tard, le BIT créera un service spécialisé en appui aux mutuelles de santé communautaires dénommé BIT STEP et qui jouera un rôle fondamental dans la promotion des mutuelles de santé en Afrique en produisant des manuels de formation, en organisations des formations et des fora d échange sur la mutualité. 2.2 Définition d une mutuelle de santé Selon le BIT, une mutuelle est une association volontaire de personnes (donc à adhésion libre), à but non lucratif (qui ne recherche donc pas le profit), dont le fonctionnement repose sur la solidarité entre ses adhérents. Sur la base des décisions des adhérents et au moyen de leurs cotisations, la mutuelle mène, en leur faveur et en celle de leur famille, une action de prévoyance, d entraide et de solidarité dans 9

10 le domaine du risque maladie. De ce fait, une mutuelle constitue un mouvement social. Une mutuelle de santé est donc une association dotée d organes de gestion et de gouvernance: qui se choisit des promoteurs: le comité d initiative qui collecte des cotisations fixe en fonction de ces cotisations les risques à couvrir négocie avec les formations médicales la prise en charge pour ses adhérents. met en place un système de gestion. La Mutualité est un mouvement social au sein duquel les adhérents ne sont pas des consommateurs passifs mais des acteurs engagés dans un processus d émancipation individuelle et de développement collectif. Les mutuelles de santé, même si leur objet principal porte sur la santé peuvent développer d autres activités et devenir alors des mutuelles tout court. Les activités à développer portent sur les besoins exprimés par les adhérents. On peut citer : Proposer une couverture santé Proposer des garanties de prévoyance (couvrant les risques de décès, Invalidité, Dépendance) et de pensions Proposer de l épargne- crédit Garantir des risques divers (sécheresse, grêle, inondation, vieillesse, naissance d un enfant etc.) Une mutuelle dont les services deviennent ainsi élargis s appelle mutuelle tout court ou mutuelle de solidarité et de développement MUSDEV 2.3 Les principes de base d une mutuelle de santé Selon le BIT, les mutuelles de santé sont régies par sept principes de base qui sont : la solidarité, l autonomie et liberté, la participation démocratique, l épanouissement de la personne, but non lucratif, la responsabilité dans la gestion et le comportement responsable des membres, la dynamique du mouvement social comme l illustre le schéma 1 Schéma 1. Les principes de base d une mutuelle de santé selon le BIT Source : BIT/STEP, WSM et ANMC, 2000 : Mutuelles de santé en Afrique : caractéristiques et mise en place, manuel des formateurs, BIT STEP Ces principes peuvent être explicités dans les paragraphes qui suivent ainsi Solidarité La solidarité constitue le socle d une mutuelle de santé, car en effet, le membre adhérent paie sa cotisation indépendamment de son risque personnel de tomber malade. La cotisation est la même pour toutes les personnes, quel que soit l âge, le sexe et l état de santé de la personne. D autre part, chaque adhérent bénéficie des mêmes services, en cas de maladie. La mutuelle de santé crée ainsi un mécanisme de solidarité entre les malades et les personnes saines, entre jeunes et vieux, ainsi qu entre les personnes de différentes catégories sociales et professionnelles. La solidarité se manifeste aussi à travers l engagement bénévole des membres en faveur des groupes vulnérables, à l instar des personnes âgées, des handicapés et des malades. C est ainsi que quand le chef de ménage reste longtemps alité, il est de tradition que les voisins s occupent des enfants et entretiennent parfois son champ ou son troupeau d élevage. Néanmoins, plusieurs mutuelles de santé ont mis en place des systèmes de cotisation par paliers en fonction des revenus des ménages considérées. La mutuelle de la fonction publique du Burundi perçoit par exemple 4% du salaire de base de chaque travailleur et crée ainsi une nouvelle forme de solidarité entre les riches et les pauvres. Autonomie et liberté Une mutuelle de santé est une structure communautaire où les décisions relatives à l organisation (statuts et règlements d ordre intérieur et au fonctionnement, contrats avec les prestataires des soins) sont toujours prises de façon souveraine par les membres, sans immiscions des autorités politiques, religieuses et patronales. Cette autonomie est importante, car elle permet de mieux défendre les intérêts particuliers de la mutuelle qui peuvent diverger avec ceux des autorités et autres personnalités ci haut mentionnées. C est pourquoi la mutuelle de santé devrait dans la mesure du possible éviter les subventions et plutôt œuvrer à s autofinancer à travers un équilibre 10

11 constant entre les cotisations et les dépenses. L autonomie de la mutuelle de santé s exerce, cependant, dans le cadre et respect des lois du pays. C est ainsi que les mutuelles de santé sont astreintes à l enregistrement officiel, à avoir des statuts et règlements d ordre intérieur, ainsi qu à tenir une comptabilité régulière, etc. Participation démocratique Une mutuelle de santé est une association facultative. L adhésion des membres est donc volontaire, libre et ne souffre d aucune discrimination raciale, ethnique, politique, religieuse ou sociale. Tous les adhérents ont les mêmes droits. C est ainsi qu ils ont la possibilité de participer activement dans les instances de prise de décisions en devenant membre d une de ces instances dirigeantes. Les élections se font selon le principe d une personne, une voix, rendant ainsi les mutuelles, un lieu d apprentissage de la démocratie et de la transparence. Par ailleurs, les mutuelles de santé adoptent toujours des structures de gestion très décentralisées afin de promouvoir la participation communautaire dans la prise de décisions. Autant les adhérents d une mutuelle de santé ont les mêmes droits, autant ils ont les mêmes obligations, en commençant par l obligation de paiement de la cotisation, mais aussi d exercer un contrôle social pour éviter les abus de consommation des soins. Epanouissement de la personne L adhésion à une mutuelle de santé témoigne d un besoin de s associer à d autres pour réaliser ensemble ce qu on n a pas pu faire individuellement, et partant, assurer l épanouissement de tout un chacun parmi les membres. Bien plus, les mutuelles de santé, en promouvant l équité dans l accès aux soins permettent à une catégorie de la population la plus démunie d avoir la possibilité de jouir d un des droits les plus fondamentaux de la personne: le droit à la santé. Les sessions de formation et les programmes d éducation à la santé sont autant de voies qu utilisent les mutuelles de santé pour épanouir davantage les membres. De même, tous les autres principes de base régissant la mutuelle de santé concourent sans nul doute à l épanouissement global du membre. But non lucratif Une mutuelle de santé, par définition, est à vocation sociale et ne pourrait par conséquent viser à réaliser des profits. Cela ne voudrait pas pour autant dire que les mutuelles de santé ne devraient pas respecter les principes de gestion comptable et financière saine. Loin de là, car une mutuelle de santé viable est celle qui équilibre ses dépenses et recettes. Si au cours de l exercice, un surplus est dégagé, ce dernier pourrait servir soit à constituer un fonds de réserve pouvant aider en cas d épidémie, soit à améliorer les services existants ou à augmenter le paquet de soins offerts aux membres, soit à réaliser toute autre chose s inscrivant dans la mission générale de la mutuelle. Responsabilité dans la gestion et le comportement des membres Dans le contexte d une mutuelle de santé, la quête du bien être sanitaire se réalise à travers une mise en commun des ressources financières. Cette mise en commun en appelle à une plus grande responsabilisation du 11

12 membre quant à sa propre santé et à celle des autres. Ni les objectifs, ni les principes ci hauts mentionnés de la mutuelle ne sauraient être réalisés si, par exemple, la gestion financière et administrative de la mutuelle n est pas rigoureuse et si les membres n adoptent pas d attitudes responsables dans la consommation des soins. Ainsi donc, la mutualisation du risque maladie requiert une plus grande responsabilisation, autant de la part des membres que des gestionnaires de la mutuelle. Dynamique d un mouvement social Les mutuelles de santé qui sont créées par les membres pour réaliser un idéal commun d épanouissement et du développement de la personne, font partie d un vaste mouvement social œuvrant aussi pour la même cause dans d autres domaines. Des mécanismes de collaboration et de synergie devraient être mis en place pour sauvegarder les intérêts des membres adhérents de tous ces différents mouvements sociaux. C est ainsi que par exemple les mutuelles de santé peuvent et devraient nouer des actions de collaboration avec les coopératives de crédit et d épargne œuvrant dans la même juridiction ou vice versa pour une meilleure réalisation des objectifs de deux mouvements sociaux respectifs. Car en effet, si la coopérative d épargne et de crédit peut renforcer la capacité financière des ménages membres de la mutuelle, cette dernière grâce au mécanisme de solidarité et de mutualisation du risque maladie, permet aux ménages de payer moins d argent dans la prise en charge des soins et partant de protéger les revenus des membres. Ces derniers sont ainsi mis en épargne ou utilisés à d autres fins, étant donné qu il y a encore une multiplicité des besoins non satisfaits dans le monde rural. Pertinence d une connexion entre une coopérative et une mutuelle de sante communautaire 3.1. Le concept de la connexion Le «développement humain» se définit comme le processus visant à élargir au maximum les possibilités offertes aux femmes et aux hommes pour vivre le mieux possible. Ces possibilités sont envisagées sous plusieurs niveaux comme pouvoir mener une vie saine et longue, être en mesure d acquérir des connaissances, l accès aux ressources indispensables à un niveau de vie décent etc. Cette notion comporte aussi d autres aspects moins matériels sans lesquelles la qualité de vie d une personne serait très réduite comme l accès aux libertés politiques, économiques et sociales et culturelles. Le développement humain s intéresse donc à la fois aux questions de production et de distribution des biens et services ainsi qu à celles relatives à l utilisation des potentialités humaines. Dans cette perspective, la possibilité de disposer d un meilleur revenu ne peut pas être une fin en soi, mais un moyen d acquérir un bien être réel. Le développement humain de l individu concerne donc l ensemble des problèmes que pose une société, qu il s agisse de la croissance économique, des échanges, de la question de l emploi, de celles des libertés politiques ou des valeurs culturelles. La mutuelle de santé et la coopérative constituent de véritables espaces de socialisation où toutes les dimensions ci-dessus s interpénètrent. Au regard des différentes dimensions du développement humain, la structuration en coopératives représente un moteur de croissance économique alors que les mutuelles de santé contribuent à améliorer l état sanitaire des populations et à les prévenir contre les différents risques qui peuvent survenir soit annihiler les acquis économiques (sécheresse, maladies du bétail, grêle, inondation etc.), soit pour les nombreuses formations au sein de ces entités participent également à améliorer le niveau de connaissances des membres. La relation entre revenu et santé se trouve constamment en équilibre pour un ménage qui choisit d adhérer en même temps à une mutuelle et à une coopérative. La connexion entre une activité économique rentable et une action qui améliore directement les conditions de vie des populations comme leur état sanitaire est la seule démarche cohérente de développement. Il est clairement prouvé que l augmentation des revenus d un ménage ou d un pays ne conduit pas forcément à l amélioration des conditions de vie. L argent peut être investi dans la recherche effrénée d encore plus d argent comme le font souvent les commerçants africains qui continuent à vivre dans des conditions minables ; Il peut être gaspillé dans des actions de prestige : les fêtes en particulier qui sont devenues une véritable gangrène de notre pays ou encore dans des futilités comme les boissons, la prostitution, la prise d une seconde femme. Il est connu que lors des récoltes de café, de riz en saison sèche, l essentiel des revenus généré repart dans les sociétés brassicoles et seule une petite fraction sert véritablement au développement des ménages. Aujourd hui, la quasi-totalité des experts du développement ont fini par accepter que l investissement dans le social (santé, éducation, ) est parfois plus rentable que les investissements directs dans l amélioration directe dans des actions économiques. La santé et la scolarisation en particulier sont des investissements directs de tout développement, même si on ne peut les financer qu au travers des actions génératrices de revenus. Le développement intégral passe donc par une connexion d initiatives économiques et d initiatives sociales. La connexion entre une mutuelle de santé et une coopérative représente donc un choix stratégique fondamental sans oublier qu il s agit des meilleures stratégies de renforcement d un mouvement social. Nos ancêtres l exprimaient si bien lors des échanges de vœux lors des salutations: Gira amahoro n amahonda, Gira inka n ibibondo, Gira amagara wongere ugane pour dire (traduction libre) Paix et prospérité, que prospèrent tes vaches et ta progéniture, que fleurissent ta santé et ta bananeraie. 12

13 Au-delà des ces considérations théoriques, la connexion entre une mutuelle de santé et une coopérative est une préoccupation fondamentale des populations. En effet, une étude réalisée par ADISCO en 2013 dans les communes Rutegama, Mugina et Kabarore respectivement en province Muramvya, Cibitoke et Kayanza indique que les risques principaux auxquels font face les populations sont les suivantes (tableau 1). Tableau 1. Principaux risques/menaces auxquels font face les populations burundaises Déterminants du socle de protection sociale RUTEGAMA KABARORE MUGINA fréquence % fréquence % Fréquence % Soins généraux de santé Alimentation Sécurité des revenus Payer l université et les frais à l école secondaire Sécheresse Vieillesse Hospitalisation Contribution aux frais funéraires Enterrement avec dignité Inondation Vol systématique Invalidité Habillement Grêle Taille de l échantillon Les menaces majeures qui pèsent sur les populations burundaises sont donc : la maladie, la faim ou la malnutrition, les difficultés à scolariser les enfants, le manque de revenus, la vieillesse et les calamités naturelles. La connexion entre une coopérative et une mutuelle de santé constituent des cadres appropriés pour trouver des réponses à ces questions La connexion entre une mutuelle de santé et une coopérative présente des avantages pour chaque entité, mais également pour les deux à la fois Les avantages que peut tirer une coopérative d une connexion avec une mutuelle Les coopératives peuvent tirer de très nombreux avantages d une connexion avec la mutuelle. Nous citerons rapidement les éléments ci-après : 1. La maladie est le principal facteur qui pousse les paysans à brader leurs récoltes à vil prix, à vendre leur production sur pied ou à s endetter auprès d usuriers. Si tous les coopérateurs adhèrent à la mutuelle, ces phénomènes vont baisser, voire disparaitre. Les opérations de stockage, de transformation et de commercialisation de la coopérative vont donc s améliorer et la coopérative deviendra plus forte et plus viable 2. La santé des coopérateurs s améliore de sorte qu ils peuvent améliorer la production à apporter à la coopérative. Une coopérative de personnes maladives ou qui consacrent l essentiel de leurs revenus aux soins de santé n a aucune chance de prospérer 3. Les mutuelles de santé disposent souvent de fonds de réserve qui dorment sur des comptes bancaires peu productifs et qu une coopérative peut valoriser pour des opérations de courte durée et même de plus longue durée. 4. Presque toutes les mutuelles de santé des caféiculteurs du Burundi ont investi dans des opérations rentables (stations de lavage de café, pharmacies, unités de transformation, champs de café ou d eucalyptus etc.). qui sous peu vont permettre à leurs membres d en tirer profit. Le coopérateur qui adhère à la mutuelle de santé en profitera immédiatement 5. Lorsque les mutuelles vont commencer à développer de nouveaux produits comme l assurance sécheresse, grêle, inondation, ce sera la production des coopérateurs qui sera assurée de sorte qu après une crise, la reprise sera facilitée. Les avantages reciproques d une connexion entre une coopérative et une mutuelle 13

14 4.2. Les avantages que peut tirer une mutuelle d une connexion avec une coopérative La mutuelle de santé peut également tirer des avantages importants de la connexion avec une mutuelle de santé à l instar de ceux qui suivent : 1. Les coopératives sont des organisations économiques qui augmentent les ressources des membres. Un mutualiste membre d une coopérative en tire des revenus qui lui permettent de payer plus facilement sa cotisation, lors de la commercialisation des produits, ou par prélèvement sur les ristournes. Les coopératives améliorent donc le taux de recouvrement des cotisations et le taux de fidélisation des mutuelles de santé. 2. Les coopératives offrent à leurs membres des services qui diminuent leur vulnérabilité comme le stockage, le fonds pérenne intrants, la commercialisation groupée, des véritables filets de sécurité pour les mutualistes 3. Les coopératives offrent des appuis à leurs membres pour améliorer leur système de production et de vente; ce qui améliore leur revenus et facilite en principe le paiement de la cotisation. 4. Les coopératives sont obligées d utiliser une partie de leurs revenus pour des actions sociales. Si elles décident d investir ces fonds dans la santé des membres et de la communauté, la cotisation des mutualistes s en trouvera diminuée. 5. Les coopératives qui disposent de réserves peuvent les prêter aux mutualistes en difficulté de paiement de leur cotisation qui rembourseront petit à petit, une stratégie à envisager avec prudence Les avantages réciproques de la connexion entre une mutuelle de santé et une coopérative Comment organiser la connexion? 5.1. Objectifs de la connexion La connexion d une mutuelle de santé et d une coopérative : deux initiatives d économie sociale et solidaire qui se sont construits séparément est un processus complexe, qui, mal conduit peut fragiliser les deux entités ou créer des compétitions dommageables de leadership. Il faut donc éviter toute précipitation et se donner du temps. Il est très important d insister sur le fait que l objectif n est pas de fusionner les deux entités qui sont régies par des lois différentes. Les mutuelles de santé sont régies par la loi sur les organisations mutuellistes et le code de la protection sociale en révision alors que les coopératives sont régies actuellement par le code des sociétés privées et à participation publique. Une loi régissant les seules Au-delà des avantages que tire chaque dynamique de l autre, l interconnexion offre des avantages supplémentaires aux deux entités dont nous citerons les suivantes : 1. La réduction des coûts de gestion pour les deux entités. Une fois connectées, les deux dynamiques peuvent mutualiser plusieurs services : louer un bureau unique, utiliser le même gérant ou le même comité de surveillance, assurer des formations communes, acheter en commun du matériel (un ordinateur, une photocopieuse etc.), organiser des assembles générales conjointes, s échanger de l expertise ou du conseil, appui dans le règlement des conflits, mener des campagnes conjoints de plaidoyer ou de prévention, envisager ensemble des actions pour l ensemble de la communauté etc. 2. Améliorer les adhésions aux deux structures d une part grâce aux services plus attractifs offerts aux membres et grâce à des moyens et des leaders plus nombreux pour la sensibilisation.et qui utilisent des canaux de sensibilisation plus diversifiés. La connexion conduit forcément à l augmentation des effectifs qui engendreront des économies d échelle pour les deux structures. La coopérative sera d autant plus forte qu elle aura de clients/membres. Pour la mutuelle de santé, l accroissement des adhésions conduit à la diminution de la sélection adverse ainsi qu à des économies d échelle en particulier pour les couts fixes (salaires, loyers, coûts d animation etc.) 3. Les organisations doublent leurs chances de recevoir du soutien technique et financier et de développer ainsi des projets connexes étant donné que certains bailleurs de fonds s intéressent plutôt à l amélioration des revenus (création de la richesse disent-ils) alors que d autres donnent la priorité à l amélioration des conditions sociales. Des fonds de crédit ou des fonds rotatifs, peuvent par exemple être plus facilement trouvés et qui bénéficieront aux deux structures. 4. Le mouvement social ainsi crée devient plus fort, reconnu par un nombre plus important d acteurs avec des partenariats diversifiés (Ministère de la santé, ministère de l agriculture, ministère du développement communal, ministère en charge de la protection sociale etc.). La communauté se reconnaitra également mieux dans un tel mouvement qui contribue à la fois dans l amélioration de ses ressources et de ses conditions de vie. Un tel mouvement social contribue à améliorer la cohésion sociale du milieu. coopératives est actuellement en discussion. L objectif poursuivi est donc de créer des mécanismes qui rendent obligatoire et automatique l adhésion aux deux structures et de mettre en place des organes de coordination et de concertation afin de mutualiser au maximum les services offerts par les deux entités. Tout mutualiste deviendra ainsi coopérateur et tout coopérateur mutualiste de manière automatique Les mécanismes de connexion La connexion consiste donc à rendre obligatoire l adhésion de tout mutualiste à une coopérative et de tout coopérateur à une mutuelle. Cette obligation ne doit pas 14

15 se faire ni de manière brutale ni par la méthode forte, ce qui risquerait de mettre en péril les deux dynamiques. Il s agit dans un premier temps de mettre en place des incitants qui poussent les membres à adhérer aux deux organisations. L organisation de la connexion prend des formes différenciées suivant que l on part d une mutuelle de santé ou d une coopérative. Voici quelques pistes qui devront être adaptées à chaque situation et décidée de manière consensuelle par les assemblées générales des deux structures. Il s agira de mettre en place des règles obligatoires auxquelles personne ne pourra se soustraire. a. Cas des coopérateurs non encore mutualistes 1. L affectation du fonds social obligatoire des coopératives pour couvrir une partie des cotisations (donc un subventionnement des cotisations) ; 2. Le prélèvement automatique de la cotisation sur les ventes des produits ou sur les ristournes ; 3. La jonction des avances de warrantage ou des crédits éventuels d intrants avec le paiement de la cotisation ; 4. La constitution d une grille d avantages/services dont ne bénéficieraient que les adhérents aux deux systèmes ; 5. L organisation de la sensibilisation pour une adhésion massive aux mutuelles. b. Cas des mutualistes non encore coopérateurs 1. Paiement échelonnée des parts sociales à la coopérative au travers des cotisations plus élevées. 2. Conversion des fonds rotatifs des mutuelles en parts sociales dans les coopératives 3. Conversion des bénéfices générés par les AGR des mutuelles en parts sociales dans les coopératives (cas des stations de lavage, cas des plantations de café ou d eucalyptus) 4. Organisation de la sensibilisation pour une adhésion massive aux coopératives La démarche de la connexion consiste donc à aider les mutualistes et les coopérateurs à décider des mécanismes les plus pertinents dans leur situation qui permettraient de rendre obligatoire l adhésion au maillon manquant. L animation d un tel système passe par plusieurs étapes qui doivent être adaptées à chaque situation. Les etapes à suivre pour stimuler la connexion Nous avons identifié cinq étapes à suivre pour réussir une connexion, Etape 1. Réaliser le diagnostic de la situation Il s agit de comprendre comment fonctionnent les deux structures, quels sont les ressources dont elles disposent, les investissements réalisés (disposer d un bilan détaillé de chaque structure), quels sont les membres qui appartiennent déjà aux deux organisations, quels sont les éléments des statuts ou du règlement intérieur qui favorisent ou s opposent à la connexion et quel espace géographique les structures occupent etc. En effet, certaines mutuelles de santé couvrent deux à trois stations de lavage qui ont chacune leur coopérative de café. La situation est particulièrement marquée en province Kayanza où les mutualistes sont dispersés dans plusieurs coopératives dont quelques-unes ont déjà construit leur station de lavage. La situation peut être encore plus compliquée dans certaines régions où coexistent des coopératives de café et celles vivrières appuyées par l ancien programme Haguruka. Il est prévu de travailler à la fusion (pas à la simple connexion) de ces deux entités en vue de réaliser des économies d échelle. Il s agit ici de déterminer les chances de succès de la connexion, les facteurs favorisants et les contraintes majeures à surmonter et juger de la pertinence et des points d attention d une telle initiative. Etape 2 : Comprendre l intérêt de la connexion Il s agit d organiser un atelier de réflexion sur les avantages, les inconvénients, les opportunités et les défis de la connexion des deux structures dans leur propre contexte. L atelier réunira une quarantaine de responsables de ces organisations incluant leurs conseils d administration, les comités de surveillance, les gérants et les membres simples. Il s agit de les aider à avoir une compréhension commune du processus, de ses avantages et défis et de décider de s y engager ou non en connaissance de cause. Il faut éviter la précipitation et donner le temps au temps. Etape 3 : Identifier ensemble les mécanismes d incitation à l adhésion automatique aux deux structures Il s agit de réfléchir ensemble aux mécanismes qui rendent l adhésion automatique aux deux structures et d en déterminer exactement le mode opératoire. Si par exemple on décide de prélever les cotisations sur les ristournes, il faut déterminer le montant exact à prélever, comment on l inscrit dans les livres de la coopérative et ceux de la mutuelle, déterminer une compensation pour ceux qui auraient déjà une autre assurance maladie ou pour ceux qui auraient déjà adhéré aux deux systèmes. Cette étape peut être com- 15

16 binée avec la seconde si les mutualistes/coopérateurs semblent déjà acquis à la cause de la connexion. La réunion décidera également du délai que les structures se donnent pour atteindre une connexion parfaite. Lorsque se pose la question de l étendue géographique différenciée des deux structures, nous suggérons que les différentes coopératives puissent négocier ensemble avec la mutuelle et désignent un comité mixte unique de négociation. Un tel mécanisme pourra faciliter la mise en réseau de ces coopératives au niveau communal ou à un niveau plus élevé afin de mutualiser un certain nombre de leurs services (par exemple traiter le café de l autre en cas de panne de leur machine, plaidoyer commun, approvisionnement commun en carburant, lubrifiant, en treillis, commandes groupées en pièces de rechange etc. Il est peu probable en effet que ces petites unités puissent atteindre leur viabilité. On ferait ainsi d une pierre deux coups. Etape 4. Organiser des AG mixtes pour adopter les mécanismes préconisés et élire le comité de coordination Répétons que la démarche de connexion ne vise pas la fusion des deux organisations qui relèvent de législations différentes. Chaque organisation gardera son statut juridique et ses responsables, mais mettront en place un comité de coordination des deux structures. Une assemblée générale conjointe sera donc organi- sée pour adopter officiellement la connexion, adopter les procédures de cette connexion et élire un comité de coordination qui sera chargé de piloter le processus de connexion. S il s avère que les textes statutaires d une des organisations peuvent s opposer à la connexion, on profitera de l occasion pour le faire. L assemblée générale adoptera également un délai pour une interconnexion parfaite. ADISCO, elle aussi actuellement organisée en programmes d appui différentiés aux deux structures, devra mettre à la disposition du comité de coordination des cadres et des animateurs chargés de les accompagner. A terme, les animateurs pourraient devenir multifonctionnels et assumer l animation/accompagnement organisations interconnectées. Etape 5. Animer et mettre en œuvre le processus de connexion Une fois, le mécanisme et les comités en place, il faudra travailler à l opérationnalisation de la connexion. Sans être exhaustif, les actions à réaliser seront les suivantes : 1. Elaborer un plan d action conjoint 2. Organiser la sensibilisation/animation du processus de connexion 3. Développer les outils de gestion nécessaires à la connexion 4. Mettre en place des mécanismes de gestion et de suivi financier afin d optimaliser l utilisation des ressources communes ou individuelles des structures. Conclusion La connexion d une mutuelle de santé et d une coopérative présente des avantages importants pour les deux structures. Il s agit d aider les populations à améliorer leurs revenus et à les orienter vers des services sociaux qui améliorent leurs conditions de vie. Le mécanisme bien pensé et porté par des leaders engagées conduit à améliorer à la fois le niveau de vie et les condition sociales des populations qui organisent ainsi une véritable protection sociale et deviennent moins vulnérable au risque maladie, invalidité, vieillesse, catastrophes naturelles etc. C est l unique voie vers le développement intégral, que ne peut permettre la seule augmentation des revenus. Néanmoins, la complexité qui naît du réseautage nécessite des points d attention pour son opérationnalité. C est pourquoi : 1. Le mode de connexion doit être étudié avec soin et obtenir une adhésion populaire. Rien ne doit être forcé ou précipité. 2. Il faut en particulier éviter de faire peser un poids trop important aux adhérents ou à des organisations encore fragiles. Mais en même temps, il faut oser, parce que la connexion participe dans l amélioration de la viabilité des deux structures. 3. Les nouvelles institutions en situation de connexion doivent également tirer profit de leur savoir-faire financier et des réseaux existants pour s assurer l accès à des services de réassurance 4. Des pare-feu doivent être mis en place pour protéger l institution contre certains risques. Mélanger des types de risques différents, par exemple le risque de crédit et le risque d assurance, peut conduire à des difficultés financières, si one ne procède pas de manière bien réfléchie. 5. La capacité des services d assurance à faire face aux besoins des clients/membres individuels dépend largement de l efficacité de la connexion concernée, pour les deux modèles présentés ici. C est pour cette raison qu investir de manière importante dans le renforcement des capacités au niveau de la connexion peut générer des retours significatifs. Alors que les entreprises capitalistes se préoccupent des intérêts de leurs actionnaires, les coopératives se préoccupent des besoins de leurs membres en matière de services et les mutuelles quant à elles offrent une protection sociale à leurs clients. Chacune de ces institutions a raison en fonction de sa philosophie et de ses 16

17 orientations stratégiques. Aucune n a le monopole des actions sociales et solidaires ou d actes citoyens. L économique a besoin du social et de l environnemental responsable pour être pérenne. Les régulations doivent venir des systèmes d (auto) évaluation portant sur des critères de performance globale, de structures juridiques adaptées. Le réel défi à relever est d entreprendre autrement et ensemble pour une économie des valeurs ajoutées. Notre réflexion ouvre toutes les voies possibles, et représente à la fois un enjeu et un défi important pour nos sociétés qui peinent à sortir de la pauvreté. A notre humble avis, c est cette réflexion qui, une fois mûrie par tous ceux qui en ont la responsabilité aujourd hui, permettra aux générations futures de connaître un avenir prometteur et fera décoller le développement économique et social du Burundi. Deogratias NIYONKURU et Libère BUKOBERO Ce que pensent les mutualistes et les cooperateurs Jacqueline NYABENDA de la colline et commune Busiga, MUTUALISTE Le vieux Chrysanthe nous a sensibilisés pour adhérer à la mutuelle de santé. La carte d adhérent nous aide beaucoup depuis que nous l avons acquise. Les coopérateurs devraient aussi être des mutualistes et vice versa. Les bienfaits qu ils tireraient de cette adhésion réciproque sont nombreux. On ne peut pas avoir une bonne santé sans les bonnes pratiques agricoles que la coopérative nous a apprises et qui nous permettent aujourd hui de mieux produire en quantité et en qualité. Nous produisons plus et trouvons facilement de quoi manger, de quoi stocker à la coopérative pour attendre les meilleurs moments de vente, et quand on a à manger, la famille est en bonne santé et on devient moins vulnérable à la maladie. La mise en œuvre des bonnes pratiques que la coopérative nous a apprises requiert une bonne santé qui dépend à son tour d une bonne alimentation. Je trouve donc que c est très important de lier les deux parce que les deux concourent à un même résultat, celui de nous permettre de bien vivre et de nous épanouir. Personnellement je suis la gérante du stock de la coopérative, il arrive parfois qu il nous manque des fonds pour organiser le warrantage parce que le crédit arrive tardivement. Si par exemple nous étions connectés à une mutuelle ayant des réserves suffisantes, nous pourrions contracter une avance auprès de la mutuelle en attendant l arrivée du crédit bancaire et la coopérative pourrait mieux gagner. MPONEYEKO Chrysanthe, de la colline et commune Busiga La connexion coopérativemutuelle est plus qu une nécessité. La mutuelle est pour la coopérative ce que le moteur est pour une voiture et vice versa. La mutuelle a besoin de la coopérative pour ses services qui permettent aux membres de se développer et la coopérative a besoin de la mutuelle pour la santé de ses membres. La coopérative et la mutuelle en tant qu institutions pourraient en plus bénéficier des avantages de financement réciproques et progresser davantage dans le développement. Propos recueillis par Jonas Eric UWIZERA 17

18 News Le centre de santé le Quinquina ouvre ses portes aux malades Yoba, un quartier populaire à cinq cents mètres du centre de la ville de Gitega, la deuxième du pays. Sur la route asphaltée Bujumbura-Gitega, une infrastructure aux couleurs flambant neuves donne sur la route.une petite menuiserie bloque un tout petit peu la vision panoramique sur les locaux. C est le centre de santé le Quinquina couplé avec la pharmacie qui porte le même nom. Ce projet de grande envergure est l initiative de la coopérative TERIM- BERE des mutuelles de santé des caféiculteurs du Burundi avec l appui de ses partenaires locaux à savoir l ADISCO et l honorable NDIHOKUBWAYO Norbert. Ce centre de santé et la pharmacie desservent aujourd hui les habitants de Yoba et l ensemble de la zone en médicaments et soins de santé primaires couplés à des services d hospitalisation. Les petites comme les grandes gens de la petite ville y affluent pour les soins médicaux. L ouverture solennelle de cette infrastructure médicale a eu lieu le samedi 25 janvier 2014 en présence d une forte délégation de la Mutualité socialiste Solidaris, de solidarité socialiste et du syndicat belge Horval. Le gouverneur de la province Gitega, Monsieur Sylvestre SINDAYIHEBURA, a fait savoir dans son mot d accueil que la problématique de la santé communautaire est pour le gouvernement du Burundi l une des préoccupations majeures et qu il y attache une attention particulière, soulignant le fait que cette thématique est inscrite dans le cadre stratégique de lutte contre la pauvreté). Il n a pas manqué d apprécier le travail que font les organisations d appui dans ce domaine de santé. Nous saluons les efforts de certaines organisations comme ADISCO et d autres partenaires de la santé, qui ne ménagent aucun effort dans la sensibilisation de la population en matière de santé et leur engagement à aider les paysannes et les paysans à mettre en place les mutuelles de santé communautaires, afin de pouvoir couvrir les soins de santé sans devoir vendre leurs terres ou leurs biens familiaux, a-t-il observé. Comparant le centre de santé à un enfant qui vient de naître et qui doit faire objet d un suivi particulier, le gouverneur de la province de Gitega a ainsi invité les organisations bailleurs à continuer à appuyer ce genre d initiatives rares pour le pays. 18

19 Le conseil d administration de la coopérative TERIMBERE, à travers Monsieur MAJAMBERE Alexis, a de son côté fait savoir que ce projet va permettre aux mutualistes d avoir accès aux médicaments, une occasion offerte aussi à toute la population avoisinante, mutualistes ou non. Il n a pas manqué de souligner le défi de la mauvaise privatisation de la filière café imposée par la Banque Mondiale qui permet aux commerçants véreux et sans scrupule, de s accaparer de toute la filière café qui donnait aux paysans plus de 55% de revenus et plus de 80% des devises à l Etat. Les caféiculteurs mutualistes se voient ainsi privés de leur principale source de revenu au profit des multinationales qui, au départ promettaient monts et merveilles quant aux prix à offrir aux caféiculteurs, mais qui, aujourd hui, leur tournent le dos, pour leur offrir des prix de misère a-t-il martelé. Selon toujours la même source, le prix au paysan du café cerise est passé de 630 fbu par Kg en 2011 à 470 fbu en 2012 et cette situation a poursuivi sa courbe descendante en Le Secrétaire Général de SOLIDARIS, Mutualité socialiste de Mons et de la Wallonie Picarde, Monsieur Jean Pierre GENBAUFFE, dans son discours, a indiqué que son organisation s oriente dans cette logique de soutien au mouvement mutuelliste et a encouragé la coopérative TERIMBERE, porteuse de ce projet de santé communautaire, à toujours aller de l avant. Les visiteurs ont eu l occasion de visiter le centre de santé et les malades qui y sont hospitalisés. Ils ont constaté que les équipements doivent encore être améliorés et ont promis à ce centre de santé une aide en équipements appropriés pour les malades. La coopérative TERIMBERE n en est pas à son premier coup d éclat, il y avait à peine trois mois, le 22 octobre 2013, le ministre Président de la Wallonie et de la fédération Wallonie Bruxelles, Monsieur Rudy DEMOTTE, avait inauguré la pharmacie le Quinquina logée dans les locaux de ce centre de santé et s était offert l opportunité de discuter avec les paysans coopérateurs et mutualistes sur les questions qui hantent le secteur de la santé et de la filière café. C est donc un pas important que les mutuelles de santé communautaires viennent de franchir au Burundi avec l ouverture de cette structure de soins au centre du pays. Ce projet pilote ouvre ainsi une série de perspectives d extension au niveau national, avec l ambition de mettre en place d autres pharmacies et centres de santé dans l avenir. Nous rappelons que l ADISCO a lancé depuis 2008 un vaste programme de promotion des mutuelles de santé communautaires au Burundi. La fédération des mutuelles de santé au Burundi (FEMUSCABU) et la coopérative TE- RIMBERE des mutuelles de santé communautaires en sont les uns des résultats dont l organisation est fière dans ce domaine. Jonas Eric UWIZERA 19

20 La Fédération des Mutuelles de Santé des Caféiculteurs du Burundi (FEMUSCABU) fait ses bilans avec la CAM C est la toute première sortie médiatique que la Fédération des Mutuelles de santé des Caféiculteurs du Burundi (FEMUSCABU) a organisé, mercredi 26 mars 2014 à City Hill Hôtel à Bujumbura. Cette conférence de presse à l intention des journalistes et des différents acteurs du secteur de santé et de la protection sociale avait pour objectif d informer l opinion publique sur la dichotomie entre les mutuelles de santé des caféiculteurs du Burundi et la Carte d Assistance Médicale (CAM) promue par le gouvernement, ainsi que de formuler des pistes de sortie de cette dichotomie. Comme l a indiqué le président de la FEMUSCABU, Monsieur Jean Berchmans HAVYARIMANA, les mutuelles de santé des caféiculteurs connaissent un regain d intérêts auprès des paysans caféiculteurs, après un coup dur leur infligé par l avènement de la CAM (carte d assistance médicale). Les chiffres montrent en effet qu en , plus de ménages avaient la carte d adhérent à une mutuelle de santé. Cela représentait plus de bénéficiaires répartis à travers tout le pays, à l exception des provinces Ruyigi, Cankuzo et Bujumbura qui ne sont pas inclus dans la zone d action du programme. Le dynamisme qui avait marqué l année 2012 au sein des mutuelles, a connu une chute remarquable du nombre d adhérents aux mutuelles de santé, passant de à ménages bénéficiaires en une seule année. Cependant, les faiblesses qui ont caractérisé la CAM en 2012 justifient une augmentation très significative d adhérents aux mutuelles de santé en 2013, avec un chiffre record de ménages-bénéficiaire, chiffres révélés lors de cette conférence de presse. Les difficultés liées à l utilisation de cette carte surtout pour les transferts des malades en situation d urgence, le payement des factures sous forme de forfaits, son incohérence avec les politiques nationales en matière de protection sociale, telles sont les grandes entraves relevées par le président de la FEMUSCABU à l utilisation de la CAM. Contrairement à la CAM, les mutuelles de santé communautaires présentent des avantages évidents : leur solvabilité. Cela permet aux mutuelles de santé d entretenir de bonnes relations avec les formations sanitaires avec lesquelles elles ont signé des conventions de collaboration, a souligné le président de la FEMUSCABU. Les responsables de la FEMUSCABU promettent de poursuivre les activités de plaidoyer et de sensibilisation afin 20

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