Société Coup de foudre moderne : quand l homme s entiche de la machine P.5. Culture La copie de tableaux dépeint une nouvelle réalité artistique P.

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1 vol. XXXIII / no 5 / 24 octobre 2012 Société Coup de foudre moderne : quand l homme s entiche de la machine P.5 Culture La copie de tableaux dépeint une nouvelle réalité artistique P.7 Optique du Québec À Montréal Spécial UQAM Monture à 1/2 prix Vos opticiennes aux portes de l université 375, Ste-Catherine Est (coin St-Denis)

2 Mots tabous Les ex-syndicaliss Quand elle parle de ses luttes syndicalistes d antan, ma grand-tante s énerve. À l époque où les femmes brûlaient leurs brassières et que le macramé était à la mode, elle a usé bon nombre de souliers en manifestant, elle a brandi des pancartes, elle a bloqué des locaux. On dit même qu elle a aidé à briser les machines à laver dans l hôpital où elle travaillait comme moyen de pression. Mais ça, ça reste à confirmer. Loin de se prélasser dans le sud avec sa pension, elle a fondé une organisation artistique dont elle s occupe encore maintenant. Elle est à la retraite depuis une vingtaine d années, mais son horaire est aussi sinon plus chargé que lorsqu elle travaillait. Recherche de commandites par ci, cours de Photoshop par là, une exposition à monter; elle trouve toutefois le temps pour faire signer des pétitions pour dénoncer un quelconque règlement municipal. Ses yeux brillent quand elle raconte ses accrochages avec la mairie de sa ville. L autre jour, elle a d ailleurs dû se rendre à la cour municipale, avec quelques autres personnes, pour avoir fait des demandes «abusives» à la ville. Elle s est empressée de faire savoir qu elle n avait envoyé qu un courriel oui, oui, un seul pour obtenir une information. Je la soupçonne de prendre plaisir à ridiculiser l administration, qui n est pas un exemple de transparence. Elle a d ailleurs été gentiment remerciée après son court témoignage. Ma grand-tante est une femme de tête. Ses 25 ans de militantisme En bref New York et Montréal réunis à la Galerie de l UQAM Simon Mauvieux La Galerie de l UQAM accueille du 19 octobre au 8 décembre l exposition Montréal/Brooklyn Vidéozones, une rencontre artistique entre deux villes phares de l art contemporain. Dans la pénombre de la Galerie s entrecroisent des films, l un projeté contre un mur, les autres sur des écrans. Proposant chacun la vision de l artiste, ils véhiculent leur bagage. Des œuvres lyriques, poétiques, mais aussi sociopolitiques, des recherches sur l image en mouvement, sur le temps, l espace, les paysages en font une exposition très riche. «Vidéozones est une compilation vidéographique d œuvres de sept artistes de Montréal et de six artistes vivant à Brooklyn», souligne le guide remis à l entrée de l exposition. À côté d œuvres plus lyriques, se trouvent des vidéos à caractère politique, comme celle de l artiste new-yorkais Robert Boyd, montage Internet sur les grands bouleversements du XXIe siècle. Émeute de 2001 en Argentine, renversement d Hosni Moubarak en Égypte et émeutes à Londres en 2011, pour ne nommer que ceuxlà, figurent dans sa vidéo. L exposition est co-organisée par La Fabrique d expositions, un collectif montréalais de commissaires, responsable de la sélection des artistes de Montréal, et Boshko Boskovic, commissaire newyorkais qui lui, a sélectionné les artistes américains. «La sélection se compose de six vidéos qui font une division claire entre les œuvres plus lyriques, et celles qui ont un ton socio-politique» explique Boshko Boskovic. Le choix de Montréal s est avéré tout naturel pour le commissaire, qui précise que le talent des artistes le font revenir l artiste chaque année dans la métropole. L exposition fait partie d un immense projet qui réunit deux villes, Montréal et New York, 16 institutions et pas moins de 40 artistes. La Galerie de l UQAM présente cette exposition en partenariat avec Interstate Project, de Brooklyn, Anthology Film Archives et Residency Unlimited, tous deux de New York. Montréal/Brooklyn Vidéozones, présenté à La Galerie de l UQAM jusqu au 8 décembre. lui auraient peut-être valu d être tapochée par une agente 728 de l époque qui la traiterait d «asti de syndicaliss», de «mangeuse de marde», qui sait. Ma grand-tante, qui a côtoyé des adeptes de Marx dans sa jeunesse sans adhérer à l idéologie, a toujours défendu l organisation pour laquelle elle travaillait et les droits de ses travailleurs. Tout ce qu elle fait, elle le fait avec passion, sans compter les heures que ça implique. Le candidat au rectorat Gérald Larose me semble être un de ces passionnés. Même si son équipe a produit une vidéo YouTube dont les prises de vue laissent à désirer, l ex-président de la CSN étale son expérience et décrit ses capacités de gestionnaire. Contre un mur, le regard au loin, il énumère ses multiples fonctions. C est un coloré, Gérald. Celui qui veut une éducation «accessible et en français» ne fera sûrement pas le poids à la CREPUQ s il est choisi, mais avouons quand même que sa présence au sein des recteurs qui crient au sous-financement serait rafraîchissante. On peut bien rire des ex-syndicaliss ou des syndicaliss tout court, dire que leur ère est terminée, qu il est démodé de verser un sac d amiante sur la tête des ministres libéraux. Mais on a besoin de la ferveur de ces militants aux tempes grisonnantes. Que ce soit ma grand-tante qui exaspère le maire ou Gérald Larose qui met l UQAM à l envers avec sa candidature, ils sont des chiens de garde. Pis, entre vous et moi, l Université a besoin de se faire brasser. L écologie sociale sur la facture des étudiants Francois Joly Pour la première fois depuis 2001, cuisine communautaire, cirque urbain et protection des rivières seront financés à même la facture des étudiants de l UQAM. Le Groupe de recherche d intérêt public de l UQAM (GRIP-UQAM) bénéficie cette année d une Cotisation automatique non-obligatoire (CANO) de deux dollars par étudiant par session pour assurer le financement de ses activités. Le GRIP-UQAM, qui regroupe sept comités uqamiens à caractère environnemental et social, était pourtant loin de la banqueroute. L organisme avait amassé près de $ en L UQAM avait versé une contribution directe de $ et les diverses associations facultaires et modulaires, près de $ pour venir en aide au groupe. Avec l ajout de la CANO, son budget passera à près de $ par année. Le coordonnateur général de l organisme, Michael Bophy, explique cependant que le GRIP-UQAM avait grand besoin d une source de financement plus stable. «Nos projets étaient toujours en attente de financement venant des différentes instances qui nous aident, notamment des associations étudiantes. Certains projets commençaient souvent plusieurs mois en retard puisqu il fallait attendre que les fonds soient débloqués.» Il ajoute que la nouvelle contribution des étudiants permettra d instaurer des initiatives à long terme pour le GRIP-UQAM et ainsi de mieux réaliser sa mission. L organisme aura ainsi davantage de comptes à rendre aux associations facultaires et modulaires. À l exception de l AFESPED, toutes les associations facultaires auront désormais un membre sur le conseil d administration du GRIP-UQAM. Celles-ci sont dans l ensemble favorables au GRIP, comme le rappelle la responsable aux affaires financières de l AFELC, Maya Almeida Dutilly. «Ceux qui sont en désaccord peuvent facilement faire annuler leur cotisation. C est ce qui explique que celle-ci ait été approuvée à forte majorité par l assemblée générale.» Les étudiants désireux de s impliquer au GRIP-UQAM pourront participer à l assemblée générale du groupe qui aura lieu le 29 octobre prochain. À la une Vols de matériel audiovisuel emprunté Les étudiants victimes de vols de matériel emprunté au Service de l audiovisuel doivent délier le cordon de leur bourse pour rembourser l Université. 5 Société La «lovotique» Si Le Magicien d Oz avait été tourné un demi-siècle plus tard, Dorothée serait peut-être tombée sous le charme de l Homme de fer. Depuis que les robots ont laissé de côté leur carapace d acier, des humains s en amourachent. Culture La reproduction d œuvres d art Du pastiche à la reproduction en série, le marché de l art est submergé par la copie. Les épinglettes de Picasso, les t-shirts de Van Gogh et les bobettes de Warhol changent le rapport à l art. TÉLÉPHONE: L instance décisionnelle de Montréal Campus est la société des rédacteurs (SDR). Pour en faire partie, il faut avoir collaboré à trois numéros ou être membre du personnel régulier. Volume XXXIII, numéro 5 / 24 octobre 2012 Rédacteur en chef / Catherine Lévesque - Chefs de pupitre / UQAM / Étienne Dupuis - Société / Émilie Bergeron - Culture / Audrey Desrochers - WEB / Sandrine Champigny - stagiaire / Laura Pelletier B. - Graphisme de la une / Gabriel Pelletier / Contrôleuse financière / Jessica Pomerleau - Graphisme et montage / Fleur de lysée design graphique - Photographie / Douglas Hines + Émilie Bergeron - illustrations / Andrée- Anne Mercier + Dominique Morin - Illustration de la une / Dominique Morin - Impression / Payette et Simms - Ont collaboré à ce numéro / Marie Bérubé + Myriam Tougas Dumesnil + Louis-Philippe Bourdeau + Camille Carpentier. Publicité / Étienne Gagnon-Lalonde: Prochaine parution: 7 novembre 2012 Dépot Légal: Bibliothèque nationale du Québec - Bibliothèque nationale du Canada Montréal Campus est publié par les éditions Montréal Camping Inc. C.P succ. Centre-Ville, Montréal (QUEBEC) H3C 3P8 Téléphone: / Télécopieur: Courriel: / Internet: Toutes les personnes intéressées à participer à la production du journal Montréal Campus sont invitées à se présenter au local du journal (V-1380), au pavillon V, 209 rue Sainte-Catherine Est, ou encore à se manifester par téléphone au Petites annonces Les vacances gratuites, c est possible! Réunissez un groupe d amis et de collègues pour assister à une activité culturelle ou sportive, prendre part à une réunion de famille, fêter la relâche scolaire ou simplement partir en excursion! Appelez-nous pour les détails! Sommaire 3 7 Suivez Montréal Campus sur le Web Que ce soit sur montrealcampus.ca, Facebook ou Twitter, vous trouverez des articles exclusifs et de l information au jour le jour. 2 Montréal Campus 24 octobre 2012

3 Esprit de clocher CO-CO-CO collégialité Tous les matins, c est la même rengaine. Le vent humide et bactérien du métro me happe, j entre, j ai chaud. Arrivé à la station Berri-UQAM, je souffle en montant les escaliers. Hors d haleine, l air apathique, je peine à trouver mon chemin dans le brouhaha matinal que représente cette station de métro. À l autre bout de la station, un chaleureux cri agit comme une boussole pour mon âme endormie: «L Itinéraiiirre, c est un excellent journal». C est par là que je dois aller. Je me joins alors à la horde d étudiants amorphes, qui, tel un cheptel, se dirige vers l entrée du pavillon Judith Jasmin. Avant de franchir les portes, je suis assailli par un camelot d un journal alternatif qui souhaite aborder avec moi la succession de Castro à Cuba. À l entrée du pavillon, deux étudiants distribuent des tracts d informations sur les prochaines assemblées générales. Quelques pas plus loin, des jeunes gens du Groupe de recherche d intérêt public (GRIP) sensibilisent les étudiants à une problématique écologique. L agitation du campus a vite fait de me sortir de mon marasme matinal. La vie à l UQAM est stimulante. Peu d universités peuvent se targuer d avoir une vie communautaire aussi bouillonnante. Les hautes sphères de l alma mater tirent d ailleurs souvent gloire de leur collégialité, principe même de l érection de l institution. Un très beau principe soit. Un principe qui me rend fier de mon université sans rire. Un principe, cependant, qui me semble aussi brandi par les hautes sphères uqamiennes que lors de la foire d informations universitaires du Cégep de Rimouski, par exemple, pour attirer les gens du bas du fleuve dans ses murs bruns. Cette ô-sacrée-sainte collégialité est souvent mise au rencart quand vient le temps d appuyer des initiatives étudiantes. Soulevée pour la première fois par l Association étudiante du secteur des sciences de l Université du Québec à Montréal, l idée de faire un bilan a fait boule de neige. L organisation des États généraux de l UQAM s est alors mise en branle. On souhaitait alors faire une réflexion sur l évolution de l Université, ses progrès et ses échecs par rapport à ses principes fondateurs. Une réflexion saine pour toute organisation ou toute université dite transparente. L état major, étant dicté par son primat de collégialité, ne pouvait qu être emballé par une telle initiative. Il n en fut rien. L UQAM n a pas manifesté son désaccord face à la tenue d États généraux, elle a fait pire. Inconfortables à l idée que cette organisation remette en question sa façon d agir, certains membres de l administration uqamienne ont plutôt subtilement mis des bâtons dans les roues de l initiative étudiante. Ce n est pas très fin. Par chez nous, on appelle ça de la mauvaise foi. Les organisateurs des États généraux ont eu toutes les difficultés du monde à louer des locaux, se butant à plusieurs reprises à des fins de non-recevoir obscurs. On leur refusait l accès à la Salle de reconnaissance, le D-R200, car ce local disait-on, ne pouvait servir qu à accueillir des invités de marque ou à tenir un cocktail. Pas snob rien qu un peu? Sommes-nous au HEC ici? Pis un moment donné, ya ben des maudites limites à nous prendre pour des caves. C est bien beau s enfarger dans les fleurs du tapis, mais quand on le fait par exprès, ça a l air moins vrai. Avec l appui du Syndicat des professeurs de l UQAM, l organisation a finalement pu louer, de peine et de misère, les locaux nécessaires à la tenue de son évènement. Les États généraux n étaient pourtant pas un événement orienté contre l administration de l Université. Tout le monde qui le souhaitait pouvait se prononcer sur différents aspects de la vie uqamienne Il faut croire que certains ont eu peur de ce que d autres auraient pu dire. Je dis ça de même. Étienne Dupuis Chef de pupitre UQAM Vols de matériel audiovisuel emprunté Crache le cash 5h30. Raphaëlle Mercier, étudiante en télévision à l UQAM, quitte la salle de montage vidéo du pavillon Judith-Jasmin, éreintée. La nuit sera courte. Arrivée à l intersection où sa voiture est stationnée, son cœur cesse de battre. En pleine rue, sa vieille Toyota Echo couleur or rouillé gît, valise et portes ouvertes. Le matériel qu elle a emprunté au Service de l audiovisuel s est envolé. Caméra, trépied, perche et éclairage ont disparu, laissant en plan sur la banquette arrière les deux flamands roses en plastique qui ont servi de figurants lors d un récent tournage. Raphaëlle doit rembourser la valeur totale des biens dérobés cette nuit-là, soit la rondelette somme de 7 949,93 $. L UQAM n assure pas ses étudiants en cas de vol. Bon nombre d étudiants ne savent pas qu ils deviennent responsables du matériel qu ils empruntent. «Tout mon entourage croyait que les assurances de l UQAM allaient payer. Mais il n y en a pas, d assurances, pour nous!» L article 6.1 du règlement no 7 relatif à l emprunt d équipement audiovisuel est clair. «Par leur signature du formulaire de prêts, les usagers s engagent à rembourser au Service de l audiovisuel la valeur de remplacement du matériel s il est perdu ou volé.» En empruntant de l équipement à l UQAM, l étudiant en devient automatiquement responsable. L endos du reçu remis aux usagers lors d un emprunt leur suggère d ailleurs de vérifier si leurs assurances personnelles couvrent les appareils prêtés. Ni les étudiants, ni les professeurs, ni le Service de l audiovisuel ne sont assurés. «C est l UQAM qui assure ses pavillons. S il y avait un feu, les assurances couvriraient le réaménagement des lieux, explique le responsable des comptoir de prêts de l UQAM, Sébastien Richard. Dans le cas d un vol, il y a un déductible de $. Seuls les vols vraiment majeurs sont donc couverts» L étudiant ou l enseignant qui emprunte doit, s il désire être protégé, contracter lui-même une assurance habitation pour les biens prêtés. «Il n y a aucun problème à assurer du matériel qui ne nous appartient pas, affirme la responsable du service à la clientèle chez SSQ Assurances, Natasha Couture. Un certain nombre de biens couverts par l assurance habitation peuvent être à l extérieur de la maison.» Autre son de cloche à La Capitale Assurances qui se montre plus réticente à aider les étudiants. «Les compagnies n aiment pas vraiment ça, avance le courtier joint par le Montréal Campus, sans donner de raisons. Ça se fait, mais avec prudence.» Raphaëlle Mercier demeure avec son père. L assurance habitation de ce dernier devrait normalement couvrir le vol des biens empruntés. «Quand on a appelé l assureur, on nous a dit que ce ne serait pas remboursable, déplore l étudiante. Il a fallu qu on se batte. Notre dossier est en évaluation.» Une dépense de plus L achat d une police d assurance uqam représente une dépense supplémentaire dans le budget des étudiants. «Une assurance de base peut coûter 20 $ par mois, précise Martine Huet, courtière chez Desjardins Assurances. Il n est pas certain que le matériel loué soit couvert. Même si elle payait 150 $, l assurance ne couvrirait pas tout.» Le responsable de l audiovisuel, Sébastien Richard, diplômé en cinéma à l UQAM, dit comprendre les universitaires. «Quand j étais étudiant, j espérais ne pas me faire voler, parce que ce n était pas la période la plus faste de ma vie, rigole-t-il. À l époque, personne ne se battait pour être responsable du matériel.» Raphaëlle Mercier reconnaît que le personnel du Service de l audiovisuel a été compréhensif, mais déplore l absence de mécanismes de protection des étudiants. «J ai l impression que je suis impuissante face au vol, dénonce-t-elle. On devrait inclure une cotisation annuelle non obligatoire sur la facture universitaire, pour assurer ceux qui empruntent du matériel audiovisuel.» D après Sébastien Richard, cette solution a déjà été envisagée. Selon lui, les risques Myriam Tougas-Dumesnil Les étudiants victimes de vols de matériel emprunté au Service de l audiovisuel doivent délier le cordon de leur bourse pour rembourser l Université. Les étudiants qui empruntent du matériel à l UQAM sont dépourvus d assurances en cas de vol. d augmentation des fraudes ont surement dissuadé l UQAM. «Ça devient plus facile de dire qu on s est fait voler si on est assuré, relate-t-il. Des gens emprunteraient le matériel et ne le rapporteraient jamais.» Raphaëlle ne sait pas encore si elle devra payer de sa poche l UQAM pour le matériel volé. Le cas échéant, elle désire ne rembourser que la valeur des biens selon l état dans lequel ils étaient au moment de l emprunt. «L UQAM demande de rembourser un montant qui correspond au matériel neuf, parce qu elle veut en racheter, rappelle-t-elle. Mais moi, ce qu on m a prêté, ça ne valait pas ça.» Pour l instant, le montant demeure le même. Près de $ qui, si ses assurances ne la dédommagent pas, seront peut-être portés à sa facture universitaire. Si elle peut emprunter, pour l instant avec l autorisation spéciale du responsable des comptoirs de prêts de l UQAM, Raphaëlle Mercier devra payer l Université dans les plus brefs délais pour pouvoir continuer à tourner. Photo: Émilie Bergeron 24 octobre 2012 Montréal Campus 3

4 uqam La course au rectorat à l UQAM Sur les traces du Corbo Marion Bérubé Le chant du cygne a sonné pour Claude Corbo. Malgré son départ imminent, le recteur cherche à marquer son territoire. 18 septembre Les membres du Conseil d administration (C.A.) de l UQAM sont réunis pour discuter de l avenir de la communauté uqamienne. Le recteur Claude Corbo, qui a annoncé le printemps dernier qu il quitterait son nid le 6 janvier prochain, prend la parole. Il souhaite déposer son mémoire qui dicter à son successeur la voie à suivre. À l issue du vote, tous les membres autour de la table se plient à la volonté du recteur. Tous, sauf le représentant étudiant, Samuel Ragot, qui juge la note inopportune. Aux yeux de plusieurs, dont de nombreux professeurs, ce geste de Claude Corbo démontre sa volonté de garder un pied à l interieur des murs bruns de l UQAM. Selon le mémoire écrit par le recteur sortant, le nouveau dauphin devra détenir des critères bien spécifiques. Le prochain dirigeant devra ainsi développer l UQAM conformément au Plan stratégique et au Plan de retour à l équilibre budgétaire «Le recteur sortant veut transmettre sa mémoire personnelle, estime le président du Syndicat des professeurs de l Université du Québec à Montréal (SPUQ), Jean-Marie Lafortune. À ne se fier qu à ce texte, le futur grand manitou de l UQAM n aura d autre choix que de poursuivre l œuvre du recteur sortant.» Le texte allègue que le prochain pilote doit aussi avoir une «solide expérience en gestion et administration acquises dans des postes de direction supérieure». Selon Jean-Marie Lafortune, ce critère favoriserait le vice-recteur à la vie académique Robert Proulx. «Il a une connaissance plus fine des rouages de l UQAM, indique ce dernier. Il est le candidat de la continuité. Il était en poste lorsque la situation de l UQAM est devenue précaire.» Son opposant, Gérald Larose, ne semble pas inquiet de ce critère. «Les enjeux touchant l UQAM débordent de son enseigne, tout le monde est au fait de ces dossiers», affirme-t-il en ajoutant d un ton assuré qu il connait sur le bout de ses doigts les us et coutumes uqamiennes. Volteface des profs Le SPUQ dénonce la déposition du mémoire de Claude Corbo. Pourtant, ses représentants au C.A. ont voté pour le dépôt de la note. «Les membres du SPUQ au C.A. nous représentent, mais ils votent selon leur opinion», se défend le président. Leur position ne représente pas celle du SPUQ, qui n est pas tendre devant le recteur. «C est une pratique rare que le recteur dépose son mémoire avant que son successeur soit choisi, expose Jean-Marie Lafortune. Ça nous apparait abusif comme geste à poser.» La veille du C.A., les délégués du syndicat avaient pourtant estimé que le dépôt de la note n influencerait pas la suite des chos es. Une membre du comité de sélection du prochain recteur, Danielle Pilette, croit toujours que le dépôt du mémoire n influencera pas l issue du choix. «Les critères de sélection sont ceux qui ont été utilisés lors des dernières courses au rectorat, on en a pris acte pour faire la sélection», ajoute-t-elle. Toujours selon cette dernière, le Plan de redressement et le Plan de retour à l équilibre budgétaire ne sont pas des critères de sélection à proprement parler, mais plutôt des dossiers que doivent connaître les candidats qui souhaitent devenir recteur. Corbo, la belle-mère Là où le bât blesse, c est dans l intention cachée derrière la note de succession, nuance Jean-Marie Lafortune. «Claude Corbo veut un successeur qui va reprendre là où il laissera les choses et il a essayé de transformer ça en critère de sélection», analyse ce dernier. Dès la fin de son mandat, Claude Corbo compte occuper un poste de conseiller à la philanthropie à la Fondation UQAM. D après le président du SPUQ, la note mentionne qu une passerelle serait aménagée de manière à ce que Claude Corbo puisse porter soutien au prochain recteur. «Il cherche ainsi à garder la mainmise sur les grandes instances de l UQAM», conclut Jean-Marie Lafortune. «Je vais souhaiter qu on puisse travailler avec toutes les personnes qui sont disponibles pour faire avancer l UQAM, avance prudemment le candidat Gérald Larose. Claude Corbo fait partie de ces personneslà.» Le chef de cabinet de l autre candidat au rectorat Robert Proulx, René Côté, ne considère pas que la question soit du ressort du successeur. «On n a pas à être favorable ou non au poste de Claude Corbo à la Fondation UQAM; ce n est pas du ressort du prochain recteur», a t-il simplement affirmé. Claude Corbo quittera bientôt le nid uqamien. Si son successeur est prêt à voler de ses propres ailes, il reste à voir si le recteur sortant continuera à survoler les pavillons uqamiens. L administration de l UQAM a refusé les demandes d entrevues du Montréal Campus par «respect pour les candidats en lice». Illustration: Dominique Morin Processus de nomination 6 au 26 septembre : Appel de candidatures Semaine du 24 septembre : Résultat de l appel de candidatures (Ceux qui sont retenus sont convoqués en entrevue) Semaine du 1er octobre : Entrevues Semaine du 9 octobre : Confirmation des candidatures 15 au 26 octobre : Campagne de promotion des candidats 29 octobre au 5 novembre : Consultation de la communauté universitaire 5 novembre : Réunion du comité de sélection et choix du candidat à recommander 27 novembre : Recommandation du comité de sélection au C.A. de l UQAM 27 novembre : Recommandation du C.A. au gouvernement du Québec 7 janvier 2013 : Entrée en fonction du nouveau recteur Un homme d analyse Professeur à l École de travail social de l UQAM depuis 1999, Gerald Larose est détenteur d une maîtrise en théologie et en service social. Il est l auteur de plusieurs ouvrages portant sur les systèmes socio-économiques du Québec et d ailleurs. Gérald Larose est principalement connu en tant que figure québécoise du syndicalisme. Il a été président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) pendant 16 ans. «Pendant ce temps, j ai appris à travailler avec les gens, les écouter et convenir avec eux sur les moyens à prendre pour régler un problème. J ai acquis des capacités publiques pour produire des résultats sociaux», affirme l ancien syndicaliste. Sa décision de se lancer dans la course au rectorat de l UQAM est essentiellement issue du conflit étudiant du printemps passé. Selon Gérald Larose, les universités ont manqué une belle opportunité de lancer un débat de fond sur l importance des études supérieures dans la société. «L UQAM a comme mission de contribuer à cette importance et d en faire une priorité nationale et culturelle et nous avons tous les moyens de le faire», clame le professeur de travail social. Y.P.V.C. Un administrateur-né Robert Proulx est au service de l UQAM depuis Au cours de sa carrière, il a occupé divers postes d enseignements et administratifs au sein de l Université. De 1977 à 1997, Il a été chargé de cours dans la faculté de psychologie, directeur de la section neuro et biopsychologie, pour ensuite devenir directeur du département de psychologie. Pendant les neuf années suivantes, il dirigera plusieurs départements, comités et projets de recherche, notamment, le sous-comité des ressources humaines. Depuis 2008, il est membre du conseil d administration et de la commission d études. Il est actuellement vice-recteur au service à la vie académique. Robert Proulx fait également partie du Comité des affaires académiques de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CRÉPUQ). L actuel vice-recteur à la vie académique s est aussi distingué dans les domaines des sciences cognitives, de l intelligence artificielle puis du génie électrique et électronique. Ses projets de recherche lui ont valu une nomination comme membre senior de l Institute of Electrical and Electronics Engineers (IEE). Y.P.V.C. 4 Montréal Campus 24 octobre 2012

5 Dossier dépendances modernes Société Le cri Méfaits divers Quand Neil Armstrong a pointé le nez en dehors d Apollo 11, toute la planète avait les yeux rivés sur son pied. La semaine dernière, Felix Baumgartner a lui aussi attiré les regards en sautant du plus haut, le plus courtement vêtu. Nul besoin de tout l attirail d une navette, un tout léger parachute suffit. L hypersexualisation spatiale, quoi. Et se prostituer pour Redbull, un coup parti, pourquoi pas? La compagnie a diffusé le compte à rebours de ce plus haut saut au monde, de la cime de la stratosphère. Huit millions de personnes ont répondu à l appel. Pour ainsi dire, ils ont contribué, en masse, à la stratégie communicationnelle de Redbull. Blague à part, en dépit de la prostitution atmosphérique, on peut dire que ces astronautes ont réussi leur vie. Ils peuvent enfin se dire, «ça y est j suis dans les pages d histoire, maintenant j peux me la couler douce. J peux même aller en politique comme Marc Garneau». Bon. Trêve de plaisanterie et de mauvaise foi. Comme Jean-François Nadeau l a si bien dit dans Le Devoir, ce fut «un petit pas pour l homme et un grand du côté du vide». Le «vide», c est le mot juste. S il a relevé le défi et accoté la vitesse du son, c est bien au vide que Baumgartner a laissé place. Le vide vu dans ces 8 millions de paires d yeux qui ont eu l envie simultanée de voir l autre performer. Quand tout ce à quoi on performe, nous, c est travailler, dormir, parfois voyager, puis revenir, bosser, d arrache-pied, étudier, somnoler et très peu s éveiller, sempiternellement comme cette phrase de s étirer. Le vide comme l absence d un but en or, du but en blanc, pour les gens qui ne sont pas astronautes. Si l Homme carbure au café, au fil de nouvelles infini qui déferle. Si l Homme ne dort pas, il ne saurait vous dire pourquoi. Il y a longtemps qu il dort debout et qu il est aseptisé, finalement, à tout ce pour quoi il se tenait éveillé. Mais à voir quelqu un faire le saut, plus rapide que le son, de fébriles petites étincelles s allument dans le regard boursouflé du commun des mortels. Avec tout ce qui aura été dit sur cet exploit, à la radio, dans les journaux et même sur les médias sociaux, personne n aura pu répondre à ma question. Qu entend-on quand on voyage à la vitesse du son? J ai pensé d abord qu on percevait l équivalent d un acouphène de mille milliards de décibels plus intense. Mais ensuite je me suis dit, c est ça, probablement que ce qu a entendu le nouveau héros cyber planétaire, c est le silence. Le silence pur et dur. Pour être franche, je n ai pas cherché plus loin. Cette réponse, non vérifiée, m a plu. Je n ai jamais entendu le silence absolu. Vous non plus d ailleurs, n essayez même pas de me faire croire le contraire. Et même si le silence, dans son absolutisme, nous était audible, personne ne saurait le supporter. Ce serait une angoisse totale pour une société hyperactive comme la nôtre. On ne peut se passer du bruit. Chaque nouveau-né qui vient au monde brise la barrière du silence, pourfend l air, une fois de plus en l espace d un seul cri. Quand Felix Baumgartner a atterri de sa chute livre, le silence absolu, qu il a momentanément percu, a brutalement été brutalement été brisé. Mille cris de nouveaux-nés ont résonné dans ses tympans. Émilie Bergeron Chef de pupitre Société La «lovotique» J aime mon robot Laura RoXXXy a tout pour plaire: chevelure blonde, yeux de biche, corps de mannequin. Lorsque son copain lui susurre des mots doux à l oreille, elle tourne la tête machinalement, puis attend plusieurs secondes avant de simuler l excitation de sa voix saccadée. RoXXXy n est pas une femme ordinaire, mais plutôt le tout premier robot sexuel à grandeur humaine, créé par l ingénieur en intelligence artificielle Douglas Hines. Des citoyens de divers pays se la procurent au coût de $US. Les scientifiques conçoivent des machines d un réalisme à s y méprendre, ouvrant la voie aux relations amoureuses entres les humains et les robots. Sur Internet, des individus avouent s être amourachés d un robot ou d une personnalité virtuelle. Depuis 2006, le chercheur et professeur à Taïwan, Hooman Samani, s intéresse à ce phénomène qu il a nommé «lovotique» néologisme formé des mots «amour» et «robotique». Méconnues au Québec, les poupées intelligentes de Douglas Hines RoXXXy et son homologue masculin Rocky perceront bientôt le marché de la Belle Province. «Je discute actuellement avec des sex shops montréalais qui sont intéressés à vendre mes produits», révèle l ingénieur américain d une voix curieusement robotique. Malgré son cœur synthétique, l humanoïde permet à plusieurs d échapper à la complexité d une relation traditionnelle, d après le professeur en psychologie à l UQAM, Frédérick L. Philippe. Pour lui, la lovotique répond aussi au besoin d appartenance de l être humain. «On a tous besoin de prendre soin de quelqu un et qu on prenne soin de nous», explique le professeur. «Ceux qui ne ressentent pas d amour dans leur entourage seront portés à compenser auprès de machines ou de personnages virtuels», ajoute son collègue Stéphane Dandeneau, lui aussi professeur en psychologie à l UQAM. L être humain, grâce à son imagination fertile, va s inventer une relation avec le robot. «Le phénomène s apparente à l amour que ressentent des enfants et des adolescents pour un acteur ou un chanteur», poursuit Stéphane Dandeneau. Enivrés, ils vont parfois jusqu à embrasser les photos de l artiste qui habite leurs rêves. Contrairement à une image de vedette, toutefois, l avatar n est pas un objet vide, puisqu il a une personnalité, projette des valeurs et possède des caractéristiques humaines. Son intelligence artificielle lui permet de berner l Homme, croit le professeur uqamien spécialisé en philosophie de l intelligence artificielle, Pierre Poirier. «Parce qu il cligne des yeux, ou parce qu il suit son regard, le robot arrive à faire croire à l humain, durant quelques secondes, qu il est vivant.» Amours imaginaires S amouracher d un humanoïde est aberrant et alarmant aux yeux du philosophe et homme de lettres Jacques Dufresne, qui ne mâche pas ses mots. «Les histoires de pauvres types complètement rejetés par les femmes qui compensent par des robots, je trouve que ça n a pas de sens, s exclame-t-il. C est réduire l amour à la sexualité.» Le concepteur de RoXXXy, Douglas Hines, n y voit pas de problème, puisque la poupée intelligente est là pour tenir compagnie à l acheteur. «L individu interagit avec le robot comme si c était une vraie personne, donc c est certain qu il développe de l affection pour lui.» Un tel amour n est pas une déviance psychologique en soi, estime le professeur Frédérick L. Philippe. C est lorsqu il trouble les relations humaines d un individu qu il le devient. «C est comme manger du McDonald s, lance-t-il en ricanant. De temps en temps, ce n est pas un problème, mais si on y va tout le temps, ce l est.» Inquiet, Jacques Dufresne, lui, voit en de telles explications une banalisation du phénomène. «L être humain se déshumanise au profit de la machine qui s humanise.» Pelletier B. Si Le Magicien d Oz avait été tourné un demi-siècle plus tard, Dorothée serait peut-être tombée sous le charme de l Homme de fer. Depuis que les robots ont laissé de côté leur carapace d acier, des humains s en amourachent. Intelligence thérapeutique L intelligence artificielle a plus d avenir pour des fins thérapeutiques qu amoureuses, croit le professeur uqamien spécialisé en philosophie de l intelligence artificielle, Pierre Poirier. «On a vu l arrivée de phoques électroniques dans certains Centre d hébergement et de soins longue durée (CHSLD) du Québec, l hiver dernier. Ils tenaient compagnie et rassuraient les personnes âgées.» Pierre Poirier fait aussi référence à Eliza, une thérapeute virtuelle qui a été populaire dans les années 70. «Au départ, les gens pensaient se confier à une vraie personne. Lorsqu ils ont appris que ce n était qu un programme d intelligence artificielle, ils ont tout de même continué à l utiliser. Ça leur faisait du bien de se vider le cœur.» L histoire derrière RoXXXy Le chercheur britannique en intelligence artificielle David Levy prédit même que d ici 40 ans, des humains et des engins se marieront. Frédérick L. Philippe doute cependant que ces cérémonies formeront des unions heureuses. «Une relation entre une machine et un être humain ne sera jamais pleinement satisfaisante», admet-il. Personne ne veut d un amour unidirectionnel, ni d un partenaire qui ne le contredit jamais, selon lui. Même si les prototypes deviennent plus sophistiqués, les experts ne seront jamais capables d imiter parfaitement la complexité humaine. «Les machines bloqueront toujours devant certains sujets de conversations, prévoit Pierre Poirier. Même si l humain se laisse prendre au jeu, il finit par se rappeler qu il a affaire à un robot.» Pour l instant rares sont ceux qui font leur coming-out robotique. D ici quelques années, l Homme de fer disposera peutêtre du cœur qu il convoite tant pour lier sa destinée avec celle de Dorothée. Peiné d avoir perdu son père et son ami, l ingénieur en intelligence artificielle Douglas Hines décide de recréer artificiellement leurs personnalités dans son ordinateur. Il peut alors discuter avec eux comme s ils étaient toujours vivants. C est en s inspirant de ce prototype qu il développe le produit qui le rendra célèbre: RoXXXy, le premier robot sexuel à grandeur humaine. Créer une machine capable de réagir aux propos d un être humain n est pas un jeu d enfant. «Ça demande une excellente compréhension du cerveau humain», déclare le chercheur et directeur du laboratoire Héron de l Université de Montréal, Claude Frasson. Photo: Douglas Hines 24 octobre 2012 Montréal Campus 5

6 Société Dossier dépendances modernes La «nomophobie» Anxiété portative Louis-Philippe Bourdeau Plusieurs fervents utilisateurs de téléphones cellulaires vont jusqu à halluciner la sonnerie de leur appareil. La peur inextricable de se retrouver sans portable leur donne des sueurs froides. Posé à sa droite sur la table, le cellulaire de Stéphanie vibre pratiquement chaque minute. Impossible pour elle de ne pas jeter un regard furtif au message qu elle vient de recevoir. Accro sans scrupules, selon ses termes, la jeune étudiante fait partie de ceux qui n envisagent plus leur vie sans téléphone portable. «Il y a des jours où je voudrais le lancer par la fenêtre, mais sincèrement, je ne crois pas en être capable», confie-t-elle. Savoir son téléphone loin d elle la rend irritable et anxieuse. La «nomophobie» diminutif français de no mobile phone phobia - serait l expression de cette société bousculée par l arrivée des téléphones portatifs. Une enquête menée par le UK Post Office en 2008 montre qu un propriétaire de cellulaire sur deux est fortement angoissé lorsqu il ne lui est pas possible de l utiliser. Chez les ans, ce sentiment d inconfort touche trois personnes sur quatre. Même si elles sont inquiétantes, ces statistiques sont encore insuffisantes pour poser un diagnostic médical, selon la professeure agrégée en toxicomanie de l Université de Sherbrooke, Magali Dufour. «Le cellulaire est un phénomène social récent et l effet de nouveauté fait toujours un peu peur. Il ne faut pas sauter aux conclusions trop rapidement en croyant dur comme fer qu il y a un enjeu plus sérieux derrière.» Bien qu elle ne nie pas le malaise, la professeure spécifie que plusieurs années d étude pourraient être nécessaires afin d établir un réel pronostic. Pour la spécialiste, les conséquences psychologiques qu éprouve un «nomophobe» ne sont pas comparables à un trouble de dépendance ou à une phobie. L isolement et le désinvestissement social sont cependant des signes précurseurs d un réel problème et non pas d une simple anxiété. Celle qui est aussi membre de l Institut universitaire sur les dépendances y distingue le développement d une mauvaise habitude sociale. «Nous ne nous sommes pas encore donnés de règles en société. Les gens doivent apprendre à utiliser le cellulaire de la bonne façon et doivent comprendre qu il n est pas essentiel de constamment l avoir sur soi.» Sans toutefois s alarmer, Stéphanie est consciente de la relation problématique qu elle entretient avec son téléphone. Elle ne peut pas partir à l école sans son cellulaire. Si elle l oublie, elle doit faire marche arrière. Pour la doctorante en psychologie de l éducation, Catherine Légaré, la vitesse imposée par cette technologie explique ce genre d agissements. «Les vies se développent de façon très rapide autour de ces outils. L instantanéité prime en tout temps et c est un peu de là que proviendrait le caractère addictif». Cinq ans après sa mise en marché et l adoption massive par la clientèle, le téléphone intelligent est mis au banc des accusées par l étude du UK Post. Catherine Légaré relie clairement son utilisation à l arrivée de la nomophobie et à une hausse drastique de l anxiété. Freiner cette tendance sera difficile, alors que les détenteurs canadiens de ce type d appareil représentaient 45% de tous les utilisateurs du téléphone mobile au pays en 2011, selon le Centre francophone d informatisation des organisations. Conscientisation en cours La chercheure en psychologie de l éducation, Catherine Légaré, perçoit le début d une conscientisation quant aux effets néfastes de cet usage. Une fois l effet de nouveauté estompé, elle croit que les gens retrouveront le bon sens face à leurs gadgets. «Les gens vont s habituer et vont trouver le comportement qui leur convient.» Elle estime que ce phénomène devrait inévitablement se reproduire dans le cas des téléphones intelligents. Pour Stéphanie, le cheminement vers la conscientisation sera laborieux, bien qu elle consente à faire des efforts. D ici là, son téléphone restera en tout temps allumé, même la nuit, tout près de son oreiller. Outil de mobilisation L appareil intelligent a poursuivi la mutation de la communication déjà enclenchée. Elle possède désormais un aspect plus rassembleur qu il ne faut pas négliger. «Les médias sociaux et le mobile ont servi d outils pour que des individus puissent s organiser ensemble. Ça a permis à des gens qui ne se connaissent pas de se synchroniser et de mettre au point des actions collectives», résume la coordonnatrice du Groupe de recherche et d observation sur les usages et cultures, Mélanie Millette. Pour elle, l émergence d actions collectives spontanées, comme les flashmobs, a été rendue possible grâce à l aspect «facilitateur» de ces technologies. Illustration: Andrée-Anne Mercier RABAIS sur bases en bois franc. 3855, Saint-Denis Montréal futondor.com 6 Montréal Campus 24 octobre 2012

7 En coulisse Le syndrome de Foglia Octobre. C est un mois ennuyant. Vous ne trouvez pas? Il y a, certes, les couleurs dans les arbres, mais les sentiers pédestres du Québec sont embourbés comme le pont Champlain un mercredi matin. Si tu veux voir les couleurs le rouge écarlate des érables de Lanaudière, le jaune paille des bouleaux de la Montérégie y a trop de monde et c est raté. Octobre, bref, c est un mois ennuyant. Parce qu à part les couleurs, il ne se passe rien. En octobre, donc, je m emmerde. Il mouille. Il fait simili-froid, simili-chaud. Je mets mon manteau? Ma veste? Un foulard? Pas de foulard? C est emmerdant. Assise à mon bureau, je regarde par la fenêtre la monotonie automnale, j ai une chronique à écrire et je n ai rien à vous dire d intéressant. Alors je fais un pastiche de Foglia. Je parle pour rien dire, mais en bout de ligne, vous verrez, ça voudra peut-être dire quelque chose. *** En parlant de pastiche. Ça me fait penser aux copies. Dans mon iphone, j ai la discographie complète de Beck, de Kanye West, de Joseph Arthur, des Beatles évidemment. J en écoute souvent, des Beatles. Surtout à vélo, le samedi matin, tranquille. «Her name was Magil and she called herself Lil, but everyone knew her as Nancy». Ma préférée. J ai toute cette musique sur mon iphone et je n ai pas déboursé une cenne pour les obtenir. Oui, oui. Je suis un pirate. Je suis un flibustier de l art, un brigand 2.0. Ce sera dit. Ma tendre colocataire a collé trois petites affiches du très populaire Andy Warhol sur notre vieux réfrigérateur. Le soir avant de m endormir, j écoute des Prison Break. Je sais, je su is quatre ans en retard. Par contre j ai vu le film Looper avant même qu il sorte en DVD. Bruce Willis n y est pas particulièrement bon, au fait. Je me procure avec un plaisir non dissimulé des copies d œuvres d art inspirantes avec lesquelles je décore mon petit appartement. Je ne me targue pas d avoir des œuvres authentiques : j en ai des copies qui m ont coûté 20 $ et ça convient parfaitement à mes objectifs de décoration. Je ne me pose pas plus de questions. Pour tout vous dire, je télécharge aussi illégalement de la musique, des films, j écoute des téléséries en streaming. Encore là, je ne me pose pas plus de questions. Vous le savez, je ne suis pas la seule. Êtes-vous des pirates, vous itou? *** Là où le bât blesse, c est lorsqu on copie les artistes québécois. Alors là, pas touche! J ai des principes, quand même J ai mon propre code éthique en matière de téléchargements illégaux et autres pirateries numériques. Je me pensais original. Mais il paraît que non : il est tout ce qu il y a de plus commun. La plupart des gens de ma génération ont adopté un tel code éthique sans me le dire. Selon une étude de Culture Montréal publiée à la fin septembre (La participation culturelle des jeunes à Montréal Des jeunes culturellement actifs), les 18 à 24 ans observent «une certaine éthique de téléchargement, [ ] soit une conscience de l importance de rémunérer les artistes québécois». Je me dis que ça fait déjà bien ça de pris. Et que pour ma discographie complète des Beatles, tant pis. Je me fais l avocat du diable et je vous fait un aveux : il n y a rien de très grave dans le fait de télécharger illégalement de la musique des artistes américains ou européens déjà multimillionnaires. Je me dis que, quelque part, toutes ces copies permettent de faire vivre l art, assurent la pérennité des créations artistiques. Aujourd hui, on vit l art autrement. Est-ce que ça en vaut la chandelle? À vous de me le dire. À chacun son éthique. *** Lance Armstrong s est finalement vu privé de ses sept titres de champion du Tour de France. «Ben bon pour lui, nanana nana», que je vous entends dire. Au fond, c était le meilleur des tricheurs. Audrey Desrochers Chef de pupitre Culture La reproduction d œuvres d art Paul Maréchal est fan d Andy Warhol. Quelques précieux exemplaires des travaux du père du pop art sont mis en vedette dans son bureau qui déborde de peintures et d affiches de tous genres. Le professeur spécialisé en marché de l art et en évaluation d œuvres à l UQAM s empresse de retourner une sérigraphie signée de la main de Warhol. À l endos, une étampe en certifie l originalité. L authentification d œuvres est une pratique courante, voire nécessaire dans le domaine de l art visuel pour éviter la prolifération de faux tableaux. Bien que les contrefaçons se font de plus en plus rares sur le marché de l art, selon le professeur. Depuis quelques années, la photographie, l impression et Internet ont contribué à une toute nouvelle forme de reproduction et de diffusion légale des œuvres. Désormais plus facile d accès, le domaine des arts visuels se voit contraint à redéfinir la notion fondamentale d authenticité. «Il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas admettre que l emprunt, la citation, le pastiche et la réappropriation sont des tendances fortes et bien installées depuis plusieurs années», soutient l enseignante spécialisée en philosophie de l art au Collège Montmorency, Mélissa- Corinne Thériault. Si les faux tableaux se raréfient, la reproduction d œuvres n est pourtant pas chose du passé. La copie, très différente du faux de par l intention derrière sa fabrication (voir encadré), se répand dans les demeures et sur les écrans à vitesse grand V. Les techniques de reproduction modernes permettent aux tableaux de Picasso ou de Léonard de Vinci de se retrouver autant sur une affiche que sur une tasse de café. Aux yeux de Mélissa-Corinne Thériault, cette surexposition aux œuvres célèbres est en train de faire descendre de leur piédestal les travaux des grands maîtres. «La copie en mode industriel change notre rapport à l œuvre, explique-t-elle. On est dans une ère où copier des tableaux est relativement facile. À partir du moment où l œuvre n est plus sacrée, notre façon de la traiter est banalisée.» Résultat, les multiples reproductions de la Joconde ont tant modelé notre perception qu une fois devant l original au musée du Louvre, le spectateur reste de glace. Cu lt u re Des tonnes de copies Camille Carpentier Du pastiche à la reproduction en série, le marché de l art est submergé par la copie. Les épinglettes de Picasso, les t-shirts de Van Gogh et les bobettes de Warhol changent le rapport à l art. «La copie en mode industriel change notre rapport à l œuvre. On est dans une ère où copier des tableaux est relativement facile.» -Mélissa-Corinne Thériault, professeure en philosophie de l art À ne pas confondre La contrefaçon (ou le faux) : une pratique criminelle qui consiste à reproduire l œuvre d un artiste célèbre et la vendre en la faisant passer pour vraie. Selon le spécialiste des crimes de l art Alain Lacoursière, les faussaires sont généralement des artistes déchus, de bons techniciens qui manquent d esprit créatif. La copie : une reproduction faite à la main ou une photographie d une œuvre. Elle est vendue sans la prétention d être la version originale. Le pastiche : consiste en la réappropriation d une œuvre en ensemble ou en partie d un artiste par un autre. Un contrat d acquisition protège généralement les droits de l œuvre originale. Selon la professeure, l omniprésence de la copie augmente la tolérance du public à son endroit et jette de l ombre sur le mérite accordé à l artiste. «Je crois que notre rapport à l authenticité est en train de changer», avance-t-elle. La chargée de cours en histoire de l art à l UQAM, Marie-Ève Charron, abonde dans le même sens. La citation et le pastiche ont acquis une place importante dans l art contemporain, croit celle qui est aussi critique en art visuel au quotidien Le Devoir. «Aujourd hui, le fait que l œuvre soit faite de la main de l artiste n est plus le seul critère qui en détermine la véracité», tranche-t-elle. Depuis les ready-mades et les pastiches de Marcel Duchamp au début du 20 e siècle, le monde artistique est confronté à un réel changement de paradigme. L artiste dada a d ailleurs été un des précurseurs du pastiche avec L.H.O.O.Q., une reproduction de la Joconde à laquelle il a ajouté une élégante moustache. Marie-Ève Charron croit qu aujourd hui, la valeur d une œuvre ne réside pas dans le savoir-faire de l artiste, mais bien dans l idée qui en émane. «L œuvre peut très bien ne pas être de la main de l artiste, mais l idée, elle, est unique. Ce déplacement élargit les frontières de l art.» L artiste ne démontre donc plus de virtuosité dans le savoir-faire, mais «peut imaginer un concept et réinventer les manières de faire de l art», ajoute-t-elle. Le faux mis à mal S il y a toujours eu des faussaires de tableaux, la contrefaçon n a jamais été un problème de taille sur le marché de l art canadien et l est encore moins aujourd hui, affirme le professeur à l UQAM Paul Maréchal, catégorique. «La dernière histoire de faux au Canada remonte à tellement longtemps que je ne saurais vous dire quand», ajoute-t-il en haussant les épaules. L industrie de la contrefaçon a pourtant un bon potentiel lucratif, le marché de l art étant très prolifique à l heure actuelle. Selon Paul Maréchal, pour qu un tableau soit la cible des contrebandiers, l original doit se chiffrer à une valeur d au moins $. La fausse version est souvent vendue à un prix comparable. Bien que plusieurs faussaires se soient enrichis de par le passé, vendre un faux tableau aujourd hui relève presque du miracle. Les nouvelles technologies de pointe permettent plus aisément d identifier l âge des matériaux la peinture et la toile que les faussaires maquillent souvent pour leur donner un aspect ancien. «C était beaucoup plus facile de «La valeur d une œuvre ne réside pas dans le savoir-faire de l artiste, mais bien dans l idée qui en émane.» -Marie-Ève Charron, chargée de cours à l UQAM contrefaire il y a 20 ou 30 ans», estime le professeur. Il regrette cependant que la copie soit trop fréquemment confondue avec les faux tableaux. Submergé dans une société d images, le commun des mortels fait difficilement la distinction entre les deux formes de reproductions, plaidet-il. Selon lui, pas le choix d initier très tôt la jeunesse aux rudiments du langage plastique pour éviter la multiplication «d illettrés en arts visuels». Assis à son bureau, il contemple fièrement l œuvre de son idole. S il a la chance d en posséder une authentique, d autres amateurs d art peuvent se procurer facilement Campbell s Soup Cans dans la mer de copies disponibles sur internet. 24 octobre 2012 Montréal Campus 7

8 Suivez Montréal Campus sur le Web Que ce soit sur montrealcampus.ca, Facebook ou Twitter, vous trouverez des articles exclusifs et de l information au jour le jour. Depuis plus de 25 ans Toute la technologie à votre service Tous les services au même endroit Dre Joëlle Marcil Chirurgien Dentiste À deux pas de vous Dre Roxane Katiya Chirurgien Dentiste URGENCE , rue Sherbrooke Est, Montréal (Québec) Orthodontie invisible - Invisalign Membres de l A.S.E.Q Saint-Denis Métro Papineau 45 coin Sherbrooke Ligne verte Métro Sherbrooke 24 est coin Papineau Ligne orange

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