Des Liens entre IDE et Inégalités internes dans les PED : Une Revue critique de la littérature.

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1 Working paper N Des Liens entre IDE et Inégalités internes dans les PED : Une Revue critique de la littérature. Mamadou Camara 1 CEPN UMR Université Paris 13. Résumé :Les liens entre investissements des fi rmes multinationales et développement de la périphérie ont fait l objet d une controverse qui ne saurait être cantonner dans le terrain idéologique. A la thèse dominante, jusqu au début des années 1980, d une incidence négative des investissements étrangers sur le développement de la périphérie va se substituer une thèse dite modernisante. Cette dernière, apparue depuis la crise de la dette, associe aux investissements directs étrangers de vertus susceptibles de favoriser le développement économique via les effets sur la croissance et le transfert technologique par exemple. Ce papier a pour objet de présenter, dans un premier temps, de façon plus tranchée les arguments développés par ces deux écoles. Les inégalités de revenus ont été mises en avant comme indicateur clé permettant de juger de l incidence positive ou négative de ces IDE sur les économies d accueil. En s appuyant, ensuite, sur un certain nombre d études empiriques, nous montrons de quelle façon il est possible de réconcilier les deux écoles notamment en mettant en évidence les conditions devant être remplies par les pays en développement soucieux de rendre compatible insertion internationale et développement harmonieux. Classification JEL : F23, F43, J31, O11, C33, N35, N36 Introduction La question du financement du développement qui avait retenu l attention des économistes du développement notamment ceux de la Banque Mondiale dans les années 1970 semblait s être résolue à la suite des disponibilités financières importantes issues du recyclage des pétrodollars. Le recours à l emprunt des capitaux internationaux pour financer la croissance avait permis à un certain nombre de PED (pays en développement) de combler le déficit d épargne interne. Mais un autre déséquilibre qui est celui du compte courant persistait et s est accentué, notamment pour les PED d Amérique Latine, à la suite de la montée des taux d intérêt et du cours du dollar à partir des années Ce que l on appelé la crise de la dette déclenchée à partir du Mexique en 1982 fera que l attention des institutions internationales et de nombreux économistes du développement, au cours de la décennie 1980, se focalisera sur la question de l ajustement et de la stabilisation dans la plupart des économies en développement. L échec des politiques d ajustement de première génération et leurs effets pervers vont remettre au goût du jour le débat sur la croissance. Dans un tel débat, la question de «comment pallier le déficit d épargne dans les PED sans avoir recours à l endettement public interne (vu comme source d inflation)» va progressivement mettre les projecteurs sur le financement par investissement étranger. Forts de l argument d une croissance soutenue et d une industrialisation accélérée dans les 1 Ce texte a donné lieu à une présentation au colloque du CEMAFI université de Nice en septembre 2000 et à une autre au Greitd en Avril Je remercie le professeur Claude Berthomieu, Pierre Salama, Jaime Marques Pereira et les différents participants pour leurs remarques. 1

2 pays d Asie du Sud Est grâce aux capitaux japonais et Américains, Androuais (1985), Lim et Fang (1991), l IDE ( investissement direct de l étranger) va être mis au cœur du débat sur la croissance et le développement dans les années Dans le cadre de l hypothèse du petit pays une reformulation du modèle de Strout et Chenry (1966) dans une perspective néo structuraliste, Bacha (1984) permet de donner un fondement aux effets théoriquement attendus par un IDE entrant sur l économie hôte. A cette vision de l IDE comme source de modernisation, on oppose une vision nourrie par les arguments de l école de la dépendance pour souligner les effets déstructurants du capital étranger sur l économie hôte notamment en terme de croissance des inégalités. 1) Intégration par l IDE à l économie mondiale et croissance des inégalités. Les Firmes multinationales jadis vues comme les sorcières de l économie mondiale, vont arriver à retourner l opinion publique en leur faveur à partir du début des années 1980, Andreff (1996). Cette période correspond à la montée des idées libérales dont la critique principale consiste à discréditer les stratégies de développement dans les quelles l Etat joue un rôle prépondérant (Substitution d importations, Secteur public important, répression financière etc.). Dans cette perspective, le courant dit de la «Rent seeking» avec comme chef de file A.O Krueger (1974) va établir un lien de causalité entre la politique commerciale, la croissance et la redistribution des revenus. C est sur cette base que les auteurs de courant voient au protectionnisme commercial une source de constitution de rentes de monopole, de développement d un marché improductif de chercheurs de rente, éléments nuisibles à la croissance et à une distribution plus égalitaire du revenu national. Par ailleurs les pays qui ont choisi de s intégrer à l économie mondiale, (Bhagwati 1982) par le biais du commerce et de l investissement) par une stratégie de promotion d exportation (et par la suite de substitution aux exportations) sont présentés comme ceux connaissant une vigoureuse croissance et une distribution de revenus moins inégalitaire. Cette liaison entre intégration à l économie mondiale et inégalités internes,si elle est soutenable a plutôt fonctionné au cours des années 1990 comme une relation positive. L intégration des NPI à l économie mondiale en s intensifiant, notamment par le biais de l IDE et de la libéralisation commerciale 2 s est soldée par une montée des inégalités dans la distribution du revenu dans la plupart de ces économies, Berry (1997). Il y a donc lieu de s interroger sur la pertinence d un lien entre IDE (en tant que vecteur d intégration à l économie mondiale) et évolution des inégalités dans les NPI. Une bonne partie de travaux qui ne retiennent que l aspect positif des IDE sur le développement, insiste sur la croissance. C est ainsi que le rapport annuel sur l investissement direct étranger dans le monde établi par la CNUCED en 1992 s intitule «les Firmes multinationales comme moteurs de la croissance économique» vient couronner les travaux allant dans ce sens. Le rapport de la même institution pour l année 1994 insiste sur le rôle des IDE dans le 2 Il faut noter que la libéralisation commerciale devrait voir certains flux d IDE enregistrer un rythme de croissance ralentie notamment ceux qui ont eu pour objectif de contourner les barrières commerciales ( cf les IDE Japonais en Grande Bretagne au cours des années 1980). A cette thèse de substitution entre flux d IDE et flux commerciaux s oppose la thès e de complémentarité qui explique comment la montée des IDE a entraîne une intensification des échanges commerciaux. Il s agit dans ce cas d IDE se localisant pour exploiter un avantage comparatif donnant lieu à des exportations de biens vers le marché d o rigine de la firme ou d autres marchés tiers. Même dans le cas où l idée vient se substituer aux importations du pays d accueil ( aux exportations du pays d origine), il est source de création de flux commerciaux notamment en terme d importation de biens intermédiaires. Ce dernier cas permet de réfuter l argument de ceux qui voient en l IDE une source de desserrement de la contrainte externe. 2

3 processus d industrialisation en Asie Pacifique, alors tributaire d une forte croissance économique. Il faut attendre 1997, pour voir la CNUCED, dans son rapport sur le commerce et le développement discuter des liens entre «globalisation, distribution et croissance». La discussion menée dans le chapitre 3 de ce rapport part du constat selon lequel, la croissance économique s accompagne parfois d une croissance des inégalités et parfois d une réduction. Dans un tableau (P 112), ils montrent que pour la période , la croissance du revenu par tête s est accompagnée d une augmentation des inégalités dans 40% des cas et de leur diminution dans 51% des cas. Alors que pour la période , une croissance positive du revenu par tête s est soldée par une hausse des inégalités dans 49% des cas et par une baisse des inégalités dans seulement 26% des cas. Ce qui semble indiquer que la croissance a perdu beaucoup de son rôle de modérateur des inégalités. Ce fait est donc attribuable à la globalisation. En insistant sur le cas des NPI, on remarque que les inégalités entre la part de la classe moyenne dans le revenu national et celle du quartile le plus riche s est accentuée dans les pays comme :le Brésil (de 13 points entre 1982 et 1989), le Chili (de 19 points entre 1971 et 1989), le Mexique (de 10 points entre ), pour la Thaïlande (de 16 points entre ) et le Venezuela ( de 16 points entre 1979 et 1990). Dans d autres NPI, on a assisté à un phénomène de convergence entre les parts de la classe moyenne et du quartile le plus riche. Par exemple en Colombie l écart s est réduit de 7 points entre 1978 et 1991, en Malaisie de 6 points entre 1976 et 1989, de 3points en Corée ( ) et en Indonésie, de 4 points à Hong- Kong (entre 1971 et 1991). On sait que ces NPI (en plus de la Chine) accueillent près de 80% des flux d IDE en direction de l ensemble des pays en développement, CNUCED (1996). Il est donc intéressant de constater si l on prend chacun de ces pays pris individuellement et en croisant les courbes d évolution des inégalités (mesurées par les coefficients de Gini) et l entrée des capitaux étrangers au cours des années 1990, on pourrait se faire une opinion sur la robustesse d un tel lien et chercher à mettre en évidence les mécanismes par lesquels les IDE entrant affectent la distribution des revenus dans les PED d accueil? Pour un certain nombre de pays, l évolution des inégalités mesurées par l indice de Gini montre bien leur accentuation à partir des années 1980, c est le cas du Chili, du Venezuela, du Brésil, de la Thaïlande, du Mexique. En observant l allure des différentes courbes retraçant l évolution des inégalités, une forme tendancielle en U inversée semble se dégager au cours du temps (voir annexes), c est le cas notamment pour le Brésil, l Indonésie, le Chili, la Thaïlande, la Colombie (à partir des années 1970). Pour analyser les causes dans l évolution des inégalités, les économistes du développement se sont longtemps focalisés sur la vérification de cette courbe dite de Kuznets. Selon Bourguignon et Morrisson (1989) trois phases sont à distinguer dans la chronologie des recherches sur cette question: Le début des années 1970 voit se développer la discussion sur la validité d une courbe de Kuznets (courbe en U inversée) pour chaque pays telle que testée par Paukert (1973) et Ahluwalia (1976). Cette courbe établit un lien entre les phases de la croissance économique et l évolution des inégalités entre différents groupes de revenus. Compte tenu de l absence des données temporelles pour les PED, les auteurs ont progressivement introduit d autres variables (en plus du PIB par tête) aux fins d augmenter le pouvoir explicatif de la courbe en U inversée.comme variables complémentaires, ils introduisent le taux de scolarisation dans le secondaire, le 3

4 pourcentage de la population alphabétisée, le poids de l agriculture dans la valeur ajoutée entre autres. Malgré une incidence (à posteriori) soulignée de ces facteurs sur la croissance de l inégalité, les études ne reposaient pas sur un cadre d analyse théorique pouvant justifier l ensemble de ces variables. Dans les années 1980, l étude d Ahluwalia qui avait enregistré un certain succès auprès d auteurs comme Robinson (1976) va faire l objet d une critique virulente par des auteurs comme Anand et Kanbur (1984), Saith (198 3). Ils estiment que les chiffres utilisés ne sont pas fiables, que les techniques économétriques, et que l hypothèse selon laquelle le transfert de la population active du secteur agricole vers la ville induirait une réduction des inégalités (rural/ urbain) n est pas toujours soutenable. Sans nier, l importance des facteurs comme la croissance, le taux de scolarisation, et les relations agriculture industrie, l ouverture croissante de ces économies au commerce et à l investissement international ayant correspondu avec une montée des inégalités internes à ces pays fondent la pertinence d une interrogation liant IDE et Inégalités. 2) La croissance des inégalités dans le pays «investisseur» à l étranger et /ou importateur de biens : l effet des flux commerciaux. Le débat sur la libéralisation commerciale et les inégalités tel qu'il a été abordé par Wood (1994) met en avant comme variable explicative (du développement des inégalités) la mobilité du capital sous la forme de délocalisations d'activités industrielles donc d'emplois. Les enseignements du modèle de Wood (1994) Le modèle HOS admet comme résultat le fait que toute modification des rapports d'échanges entraîne une modification des prix relatifs. Le théorème de Rybczinsky stipule que la présence ou l'utilisation d'un facteur spécifique dans la production d'une marchandise a pour conséquence de diminuer les proportions des autres facteurs sans entraîner une hausse de leurs prix relatifs. Si l'on devrait se conformer à ces résultats, dans le cadre d'un modèle de commerce Nord / Sud, le mouvement de biens intensifs en travail du Nord vers le Sud devrait conduire à raréfier le travail (surtout non qualifié) au Nord et à son abondance dans le Sud. Par conséquent le prix relatif du travail non qualifié devrait baisser au Sud et augmenter au Nord. Avec l'hypothèse traditionnelle d'immobilité internationale du capital (pas d'ide) le modèle se serait contenté de souligner le renforcement de la spécialisation du Sud dans la production des biens intensifs en travail non qualifié et le Nord dans la fourniture de biens intensifs en travail qualifié (ou en capital). L'originalité du modèle de Wood vient du fait qu'elle ne s'arrête pas à cette conclusion assez banale. Il faut tenir compte de la croissance rapide des importations de produits manufacturés en provenance du Sud comme une réponse à la rareté ou à l'économie de travail non qualifié de la part du Nord. Une telle rareté (ou cherté) a pour conséquence une délocalisation du Nord vers le Sud. Wood (1994, P 175) soutient qu'en supposant que les salaires relatifs sont déterminés par l'intersection entre les courbes d'offre et de demande de travail imparfaitement élastiques, quatre possibilités de combinaison entre mouvement du salaire relatif et dotation relative travail non qualifié/travail qualifié se présentent : 4

5 Cas 1) : l'élasticité de l'offre de travail d'un segment par rapport à son salaire relatif est forte: ici le commerce en augmentant la demande de cette catégorie de travail (i) 3 par rapport aux autres catégories (U) accroît l'emploi relatif et le salaire relatif de (i). Le commerce devient alors une source d'inégalités internes. On ignore, ici, les effets d'entraînement entre les secteurs et le marché de travail est supposé segmenté en fonction de l'appareil productif. Cas 2) : L'offre de travail de la catégorie (i) est parfaitement inélastique à son salaire relatif (cas Lewis?). Le commerce n'affecte pas le salaire relatif mais contribue à améliorer l'emploi relatif des non qualifiés. Il s'agit donc d'effet multiplicateur du commerce extérieur qui permet d'absorber le surplus de main d œuvre. Les inégalités liées au commerce s'observent en terme d'écarts de taux de chômage ou d'emploi de différentes catégories de qualifications. Cas 3) : L offre de travail est parfaitement élastique au salaire relatif: Dans ce cas précis, le nombre de travailleurs de la catégorie (i) est donné. De sorte que toute croissance de la demande de travail liée au commerce international se traduit par une hausse du salaire relatif de la catégorie (i) par rapport aux autres catégories. L'emploi relatif n'est pas affecté car on a une hypothèse implicite selon laquelle les travailleurs d'un secteur ou ayant une qualification particulière sont immobiles. On peut substituer à cette dernière hypothèse une autre en terme de taille de la population (petit pays ou grand pays) ou de structure de l'économie (Pays avec un secteur rural et pays sans secteur rural) pour discuter des cas 2 et 3 et de leurs implications en terme de mesure et d'indicateurs d'inégalités. Cas 4) L'élasticité de l'offre de travail au salaire est nulle. Pour des raisons d'ordre institutionnel le niveau du salaire relatif de la catégorie (i) est fixé. Si le commerce contribue ou induit une croissance de la demande de travail, celle ci se traduit par une augmentation de l'emploi relatif au profit de la catégorie (i). Comme dans le cas 2 les inégalités ne peuvent s'observer qu'en terme d'écarts de taux de chômage intercatégoriels. Dans cette façon de lier commerce Nord/ Sud et inégalités, l'auteur suppose que les prix relatifs des autres facteurs de production comme le capital, la terre et les ressources naturelles ne sont pas affectés par le commerce. Par conséquent si on considère que la plupart des travailleurs sans qualifications dans les PED se trouvent employés dans l'agriculture, on peut être amené à conclure que les effets du commerce et de l'ide sur l'inégalité au Sud sont limités. Ces effets dépendraient des élasticités d'offre et de demande de travail par rapport à la structure sectorielle du travail. L'auteur soutient «que dans l'ensemble de l'économie le salaire moyen des peu qualifiés ( Bas-Ed) pourrait croître par rapport à celui des non qualifiés ( No-Ed) sans qu'il n y ait aucune variation entre le salaire des peu qualifiés dans l'industrie par rapport à celui de la même catégorie employée dans l'agriculture» Wood (1994, P215).Cet exemple peut, à notre avis, s'interpréter de deux façons: - soit la hausse du salaire relatif d'une catégorie est répartie de façon uniforme entre tous les travailleurs de la catégorie quelque soit leur secteur d'activité. - Soit les travailleurs de la catégorie (i) sont mobiles d'un secteur à l'autre de sorte que la hausse du salaire dans un secteur attire d'autres travailleurs de même qualification le temps que s'égalisent les salaires entre tous les secteurs pour cette catégorie. Ce mécanisme de péréquation intersectorielle et intra catégorielle du salaire est il garanti par une législation ou transite il par le fonctionnement du marché du travail? 3 Il s agit généralement des ouvriers non qualifiés dans le Sud et travailleurs qualifiés ( dont ingénieurs et techniciens ) dans le cas du Nord, en vertu des spécialisations commerciales. 5

6 Dans ce dernier cas l'auteur devrait nous amener vers une théorie des marchés de travail selon le niveau de développement et démontrer que les relations villescampagnes à la base d'une mobilité intersectorielle n'ont pas d incidence sur les inégalités intragroupes. Wood ne donne pas de réponse à ces questions. Il se sert de l'exemple que nous venons de souligner pour justifier pourquoi, on doit considérer que les élasticités de l'offre des qualifications au salaire relatif ne sont pas infinies, à la différence du modèle de Lewis (1954). Dans beaucoup de PED coexistent les situations d'abondance de non qualifiés (se trouvant pour la plupart dans l'agriculture) et de rareté de peu qualifiés pourtant demandés par le secteur moderne de l'industrie. Or le secteur moderne est celui qui est le plus affecté par l'insertion dans l'économie mondiale. Cependant il ne nie pas que des facteurs, comme l'éducation ou la formation, qu il qualifie d «autonomes» puissent affecter les écarts de salaires relatifs du fait de la modification des quantités relatives entre différentes catégories de qualifications. Ces changements autonomes qui s'opèrent altèrent pourtant les avantages comparatifs qui déterminent la nature et l'intensité du commerce avec l'extérieur. Mais comme l'auteur le soutient (P217), dans un pays qui est toujours exposé au commerce international les liens directs entre marchés du travail et ouverture devraient être également importants. Wood ne se pose pas la question dans les termes qui nous importent, les conclusions de son analyse ont plutôt servies aux tenants du protectionnisme dans le Nord pour expliquer les effets néfastes de la montée des NPI dans le commerce de produits manufacturés sur les inégalités de salaire au Nord 4 et prôner comme remède une forme de substitution aux importations. Cette critique indique que si Wood peut servir pour expliquer les inégalités dans le pays d'origine de l'ide ou importateur de biens manufacturé fragilisant la situation des travailleurs du secteur exposé, Giraud (1997), il n'apporte pas d'éléments nouveaux quant à une recherche de lien entre inégalités et IDE dans un pays d'accueil. Dans le cadre d'une problématique qui traite de l intégration régionale, son approche peut être utile pour expliquer la dynamique des inégalités dans les pays qui ont plus la caractéristique de pays- source que de celle de récipient des IDE intra régionaux. Ce qui suppose que la portée explicative des inégalités par l'ide dans l'optique de Wood impose comme condition aux pays participant à un processus d'intégration une certaine inégalité de développement. Cette analyse peut donc servir pour expliquer la croissance des inégalités dans les NPI de la première génération (Corée et Taiwan notamment) devenus eux même investisseurs vis a vis des pays de la seconde génération. Pour ce qui concerne les NPI de l Amérique Latine, les flux d IDE intra zones restent assez limités (CEPALC 1999) pour que l approche de wood soit fondée à expliquer la croissance des inégalités au Brésil et en Argentine du fait des IDE sortants. Quelle que soit la mesure utilisée, les études de plusieurs autres auteurs convergent sur le fait que les inégalités de salaires entre travailleurs qualifiés et travailleurs non qualifiés s'accentuent. Cependant on trouve une grande divergence quant aux facteurs qui sont avancés pour expliquer ce fait. Selon Ramey et Borjas (1994) l'ensemble des explications peuvent se ramener à quatre grands types d'arguments: 4 Cette conclusion fondée sur le calcul d'un contenu en emplois d'un montant donné des importations en provenance du Sud a été réfutée du fait que ce ne sont pas les mêmes fonctions de production ( donc pas les même combinaisons des facteurs travail et capital) qui se trouvent au Nord qu'au Sud mais il s'agit d'implantations d'usines du Nord au Sud, Bonaz (1995). 6

7 Une première explication s'intéresse à la mutation de l'industrie (américaine par exemple) par rapport au secteur des services et déduit les implications en terme de dispersion de salaires. Ce sont les travaux de Bluestone et Harrisson (1988). Une deuxième série d'explications avancées par des auteurs comme Borjas, Freeman et Katz (1992) insistent sur le rôle de l'internationalisation de l'économie et du fait de l effet l'immigration sur le marché du travail. Freeman (1991) et Bishop (1991) cherchent l'origine de la croissance des inégalités de salaires dans le recul du syndicalisme et dans la baisse relative de la qualité de l'éducation de base par rapport aux niveaux secondaire et supérieur. Enfin, un certain nombre d'auteurs comme Bound et Johnson (1992), Davis et Haltiwanger (1991) attribuent la montée des inégalités à un biais technologique qui favorise les qualifiés par rapport aux autres catégories de travailleurs. En plus de ces arguments, Ramey et Borjas (1994) soutiennent l'argumentation selon laquelle l'entrée des firmes étrangères dans les marchés concentrés constitue un déterminant à la croissance des inégalités. Ils effectuent d'abord l'analyse de la cointégration pour prouver qu'à long terme la croissance des inégalités s'explique par un plus grand déficit commercial dans le secteur des biens durables. Ensuite cette hypothèse est discutée de façon plus théorique en admettant que la concurrence des importations dans un secteur comme l'automobile a beaucoup plus d'impact négatif sur les salaires ( du fait du niveau d'éducation des salariés) que dans le secteur des biens d'équipements par exemple. D'autres auteurs américains se sont intéressés aux liens inégalités de salaire et ouverture notamment en insistant sur le rôle que la productivité ou le changement technologique peuvent exercer en que intermédiaires. Katz et Murphy (1992), Murphy et Welch (1992), Karni et Zilcha (1994), Hayes et Slottje (1994), Kosters (1 994), Bhagwati et Deheja (1 994). Deardorff et Hakura (1 994). A partir d'une interrogation a priori toute simple, Deardorff et Hakura ( 1994), discute du lien entre le commerce international et les salaires en se demandant «comment le commerce affecte les salaires?». La majorité de ces auteurs, bien qu apportant des explications à la montée des inégalités du fait de l investissement et du commerce, se placent généralement du point de vue du pays investisseur et laissent parfois croire que les inégalités notamment salariales dans les pays qui accueillent ces capitaux ou qui exportent ces biens ont tendance à se réduire. Ce qui est loin d être le cas. 3) Ouverture, Croissance et inégalités dans les pays «récepteurs» d IDE et/ou exportateurs de biens. Pour lier IDE et inégalités, deux types d hypothèses permettent de départager ceux qui pensent que les capitaux étrangers sont source de bien être et donc de réducteur d inégalités ( la thèse modernisante) de ceux qui insistent sur les aspects en terme de déstructuration. a) L hypothèse dite «modernisante» : Elle voit en à la croissance des inégalités, un processus inhérent au développement. La hausse de la part du profit dans le revenu national (au détriment de la part des salaires) en contribuant à augmenter le taux d épargne (des capitalistes) va permettre de financer un investissement de plus en plus important. La hausse du produit qui en découle s accompagne d une absorption du surplus de main d œuvre, 7

8 principal frein à la hausse des salaires. La hausse des revenus salariaux ainsi que la nécessité de la démocratisation de la société ( qui est analysée comme un produit du développement économique) vont concourir à rendre la distribution des revenus plus égalitaires. Dans la perspective de ces auteurs, l entrée des capitaux étrangers en contribuant à une croissance économique plus forte réduit le temps d une distribution inégalitaire du revenu. Selon De Mello (1997) plusieurs études empiriques ont cherché à lier théories de la croissance et IDE. L amendement qu ils font par rapport à la problématique néoclassique de base consiste à considérer la croissance à long terme comme susceptible d être affectée par divers éléments et notamment l IDE. En effet comme le suggère Balasubramanyan et ailii (1996) 5 Si tous les déterminants de la croissance sont supposés endogènes et que l IDE est conçu comme composite bundle 6 du stock de capital, du savoir et de la technologie alors sa contribution peut être perceptible à travers les économies d échelles réalisées, les inputs à technologie élevée dans la fonction de production de l économie pénétrée. Dans cette perspective on ajoute aux arguments traditionnels (A, K et L ) d une fonction de production l argument (F) qui représente les flux de capitaux étrangers. En variation logarithmique, on exprime le taux de croissance de l économie pénétrée (Gy) comme la somme des taux de croissance de la productivité totale des facteurs, du taux d investissement interne, de celui lié aux capitaux étrangers. Par déduction on observe que le résidu de Solow ( taux de croissance de A) ou la part de la croissance non expliquée perd en effet d importance au fur et à mesure que des nouvelles variables interviennent dans la formalisation de la fonction de production. Cette première méthode de formaliser le rôle des capitaux étrangers préjuge que les effets positifs de l IDE l emportent sur ses effets néfastes car l élasticité de la croissance du PIB par rapport aux flux de capitaux étrangers est supposée positive. Or cette élasticité qui traduit les externalités contenues dans le capital étranger non seulement diffère d un secteur à l autre mais il peut, dans certains cas, se substituer à d autres externalités qui auraient été plus structurantes si l Etat avait investi en lieu et place des investisseurs étrangers. Une autre formalisation de la contribution des IDE dans l économie d accueil consiste dans la perspective des modèles AK à dissocier le stock de capital d une part entre stock national et stock d origine étrangère et de considérer, à la suite de Dunning (1981), que l IDE apporte à l économie hôte des actifs intangibles qui ont la caractéristique de permettre, aux firmes implantées dans un premier temps et aux firmes domestiques par la suite, d obtenir des rendements croissants source d une croissance de la productivité et donc de croissance économique. En lieu et place de l argument (F) dans la formalisation précédente, les auteurs introduisent un stock de connaissances (H) 7 qui est lui même une espèce de fonction de matching ou de liaison entre les stock de capital domestique et le stock de capital étranger.liaison dont la nature est déterminée par une élasticité du capital étranger à la variation du stock de connaissances et par une élasticité inter temporelle de substitution entre les deux flux de capitaux (domestique et étranger). La résolution du modèle consiste à 5 Cité par DE Mello (1997) Opcit 6 L expréssion bundle est conservée et signifie littéralement une liasse.l idée qui peut y être contenue peut se traduire par le fait qu un montant donné de capital provenant de l étranger est comme une liasse comprenant plusieurs formes et dont les effets sur l économie locale soient tributaires de cette forme, de sa destination sectorielle par exemple. 7 A l instar des modèles de Romer (1988) et Romer-Rivera Batiz (1991) et à la seule différence que les connaissances au lieu d être fonction des proportions de chercheurs et de travailleurs hautement qualifiés se réflètent dans le dégré de compatibilité entre les structures de production nationales et la structure du capital étranger. 8

9 déterminer les valeurs de ces élasticités et d enduire l impact sur l économie selon les signes obtenus. Ainsi, en supposant que l élasticité d un flux d IDE à la croissance du stock de capital est positive, une élasticité inter temporelle de substitution positive exprime un lien de complémentarité (ou effet de «crowding in» souligné par nous ) ou de crowding out entre capitaux nationaux et étrangers. Ces résultats sont ceux mis en avant par Rosenstein-Rodan et les économistes du développement. Le taux de croissance de l économie est positivement affecté par les capitaux étrangers si la condition nécessaire et non suffisante de complémentarité existe mais de surcroît les rendements du capital domestique à l échelle doivent être croissants. Or pour arriver à un tel résultat, l économie en question doit connaître un certain degré d industrialisation. Ce qui signifie que l IDE ne peut expliquer le décollage industriel. Un tel résultat est très intéressant car il admet implicitement que l IDE contribue positivement à la croissance des pays qui connaissent déjà la croissance (est ce le cas des économies d Asie du Sud Est à partir de la fin des années 1970?). De même l idée selon laquelle les capitaux étrangers contribuent à augmenter le stock de connaissances sous entend une certaine capacité du pays d accueil à maîtriser les technologies étrangères par imitation. Ce qui rejoint en quelque sorte l interprétation du rattrapage que fait Abramovitz (1986) consistant à considérer que les pays dont les techniques de production sont les moins avancées bénéficient d un potentiel de croissance plus élevé, dans la mesure où ils peuvent intégrer (appliquer) les techniques mises en œuvre par les pays en pointe du progrès technique. Or il est admis que pour pouvoir bénéficier de la technologie existante le pays en question doit posséder une certaine capacité sociale à maîtriser les compétences. Capacité qui se définit en fonction des variables comme le nombre d années de scolarisation, l efficacité des institutions financières, politiques, commerciales et industrielles. En fait ces éléments sont pour la plupart ceux que Adelman et Morris (1973) ont avancé comme facteurs explicatifs d une différenciation internationale de l inégalité. Pour de rendre compte de l impact de l IDE sur la réduction des inégalités, une autre méthode consiste à évaluer le effets directs et indirects des implantations étrangères sur l emploi local, CNUCED (rapport sur l investissement 1994), même si il est difficile de déterminer quantitativement les rapports exacts entre ces deux agrégats, Lall (1995).Ces effets dépendent d un certain nombre de facteurs comme la taille mais surtout le mode d implantation. Une création à partir de zero crée une nouvelle unité de production qui contribue à augmenter la capacité de production de l économie hôte et permet donc de générer des emplois nouveaux. Par contre, un IDE ayant simplement la forme d une acquisition (en cas de privatisation) peut, dans un cas extrême, provoquer des restructurations qui induisent des destructions d emplois préexistants. En plus de ces effets immédiats, les effets «ultérieurs» dépendent selon Lall (1995) d une série d autres facteurs comme la stratégie de l investisseur étranger concernant le niveau et la rapidité d incorporation des technologies nouvelles, l orientation commerciale ainsi que des liens avec les entreprises locales. Partant, de cette hypothèse, on admet l idée selon laquelle l implantation des zones franches d exportation dans plusieurs PED en contribuant à l augmentation de l emploi tend à rendre la répartition fonctionnelle du revenu national plus favorable aux salariés. Mais cet argument occulte le fait que les salaires dans les filiales étrangères (notamment des expatriés) sont généralement plus élevés que ceux en vigueur dans les entreprises purement domestiques. Plusieurs études monographiques du BIT concernant les effets en terme d emplois des multinationales 9

10 dans les PED permettent de fonder l idée d une contribution positive (dans le sens de défavorable) de l IDE sur les inégalités. C est ainsi que pour la Malaisie, l étude de Yew (1988) montre que le salaire moyen des locaux dans les filiales des firmes multinationales est plus élevé que salaire moyen dans des firmes locales dans 3 cas sur 5 dans l alimentation, dans 4 cas sur 5 dans la chimie et dans les produits minéraux non ferreux et 7cas sur 9 dans la branche de l équipement électrique. En effectuant une comparaison entre expatriés et employés locaux dans les filiales des firmes multinationales, il trouve que dans seulement un cas sur 31, le salaire des locaux est supérieur à celui des étrangers (dans le secteur des produits minéraux non ferreux), tandis dans 4 cas, les étrangers sont mieux rémunérés que les locaux, dans 50% des cas le salaire est le même quelque soit le statut de l employé. Ces résultats légitiment donc la portée de la thèse qui voit en l IDE une source de croissance des inégalités dans les pays d accueil. b) L hypothèse de la «dépendance» ou l IDE comme source de domination de la périphérie et producteur d inégalités La position relative d un pays dans l économie mondiale détermine l incidence que son insertion internationale peut avoir sur sa distribution interne du revenu. Selon cette vision, les firmes multinationales emploient pour l essentiel l élite locale qui peut parfois gagner plus de dix (10) fois le salaire moyen. De plus, l implantation des filiales qui utilisent des technologies plus intensives en capital contribue à détruire des emplois notamment non qualifiés par substitution du capital au travail. La coalition entre l élite locale cherchant à maintenir et accroître ses privilèges et les investisseurs étrangers, si elle aboutit parfois à une hausse de la part des revenus salariaux ( ceux des locaux) n aboutit pas à une baisse de l inégalite, Tsai (1995). Cette coalition à trois (Etat, élite locale et investisseurs étrangers) constitue une entrave à la mise en œuvre des politiques distributives plus favorables aux couches inférieures de la population. Sur le plan théorique, une telle causalité entre degré de contrôle par le capital étranger et niveau d inégalité a été mise en évidence par des auteurs comme Bornschier et Chase- Dun (1975), Bornschier (1983). Cet auteur fut l un des premiers à expliquer que les IDE participent à réduire les inégalités dans le pays d origine et à les augmenter dans le pays d accueil. IL s agit donc d un renversement de l hypothèse qui va être défendue par les économistes internationalistes dans les années 1990, notamment ceux dans la lignée de Wood. Bornchier (1983) se propose de fusionner en une seule approche les deux paradigmes qui ont été mobilisés pour expliquer la croissance des inégalités dans les années Le premier paradigme fondé sur la relation entre niveau de développement et inégalité (courbe de Kuznets), décrit le passage d une économie dominée par les activités agricoles et un faible niveau du PIB par tête vers une économie qualifiée de «système industriel périphérique» dans lequel subsiste un système agricole important. Dans ce type d économie la hausse du PIB par tête se traduit par une hausse de l inégalité. Lorsque cette économie à «système industriel périphérique» voit diminuer le poids du secteur agricole sa courbe d inégalité amorce une pente descendante. C est ainsi que les économies qui arrivent au stade de «système industriel du centre» se caractérisent par un niveau de PIB par tête élevé et une inégalité fortement réduite par rapport aux phases antérieures. Le second paradigme dit «d économie mondiale» repose sur l hypothèse selon la quelle, il existe une division mondiale et hiérarchisée du travail, que la firme multinationale constitue un acteur important dans 10

11 la structuration de la division du travail au niveau mondial. Dans cette économie mondiale, le centre est spécialisé dans le contrôle du capital,de la technologie et de l innovation tandis que la périphérie est cantonnée dans la production de biens standardisés pour le centre et son propre marché interne. La montée de l IDE contribue à une hiérarchisation croissante du contrôle du capital et à une hétérogénéité croissante dans l ensemble du système d organisation. La conséquence est une accentuation de la dispersion des revenus et une complexification de la structure des revenus. Ce lien entre firmes multinationales et distribution inégalitaire du revenu ne vient pas uniquement de la nécessité d une correspondance entre «hiérarchie spatio-économique» et «hiérarchie socioéconomique», il est également soutenu par un aspect socio politique venant du fait de la coalition entre l Etat périphérique, l élite économique locale et les investisseurs étrangers. Selon Bornschier (1983) cette coalition d une classe minoritaire opposée à la majorité de la population contribue à marginaliser davantage cette dernière par le processus de la production mondiale. L auteur suggère d intégrer ces deux paradigmes en partant du concept de pouvoir de Lenski selon lequel «le surplus croit avec la complexité des systèmes de production», «la répartition de ce surplus est fonction du pouvoir que l on détient dans le système», ce qui a pour tendance une augmentation de l inégalité à l intérieur du système de production. Pour fonder une telle hypothèse, les auteurs ont effectué une étude empirique qui permet de lier croissance des inégalités et pénétration du capital étranger (dont on verra un extrait dans l annexe). En estimant une équation qui a comme variable expliquée les coefficients de Gini, et comme variables explicatives, le PIB par tête, le PIB par tête au carré, le type de système économique mesuré par le ratio (investissement public) sur (investissement total) le taux de pénétration de capitaux étrangers mesuré comme la pondération entre le ratio du (stock de l IDE / capital national) fois (IDE/ population active). Il introduit également dans l équation ratio de la pénétration étrangère pour les pays industrialisés.la régression aboutit au résultat selon lequel : l inégalité croit au fur et à mesure que la pénétration étrangère croit dans les PED. Pour la période , une hausse du capital étranger d un pour cent induit une croissance de l indice de Gini de %. Pour les pays développés le coefficient de corrélation négatif montre qu une sortie du capital vers la périphérie permet de réduire les inégalités. Ce raisonnement peut trouver un fondement dans l idée selon laquelle le contrôle par l DE accroît les perpectives de croissance au centre et profite à ses salariés. L hypothèse de Kuznets semble se vérifier dans la régression faite par Bornschier (1983) comme le montrent le changement du coefficient de corrélation lorsque la croissance s accélère. Pour justifier l évidence d un impact négatif de l IDE sur la distribution de revenus, Dixon et Boswell (1996) suggère de faire la différence en terme de productivité entre un investissement domestique et un investissement étranger. Leur raisonnement est fondé sur l observation selon laquelle,les profits réalisés à la suite d un investissement se réinvestissent de moins en moins (voir nos calculs en annexe), ce qui constitue une ponction sur l économie d accueil qui enregistrera ainsi une faible croissance et une augmentation de l inégalité. En réfutant la vision conventionnelle selon laquelle l IDE contribue à plus de croissance, ils s en prennent à un tenant de cette thèse optimiste qu est Firebaugh G (1992) qui considère que le taux d investissement étranger se calcule comme le rapport entre le flux annuel et le stock d IDE et ne cherche pas à dissocier capitaux de long terme (source d accumulation du capital) de capitaux de court terme. Ils révèlent l erreur d interprétation des 11

12 auteurs de l école «modernisante» qui ne se rendent pas compte qu une diminution du stock d IDE se traduit mécaniquement par une hausse du taux d investissement étranger tel qu ils le calculent. Ce simple effet de «dénominateur» qui constitue en réalité un manque pour l accumulation du capital permet de remettre en question l idée qui fonde un lien positif entre capitaux étrangers et croissance. D ailleurs d autres auteurs comme J Kentor (1998) montre que les PED qui ont une forte dépendance vis a vis de l IDE sont ceux qui ont enregistré les taux de croissance les plus faibles entre 1945 et Dans la même perpective d une mise en évidence des effets néfastes de l IDE sur la distribution des revenus, les auteurs comme Crotty, Epstein et Kelly (1999) mettent en avant le rôle de trois facteurs qui sont : le faible niveau de la demande effective dans le pays d accueil, la nature de la concurrence et les rôles qui reviennent au pays et à l étranger dans le jeu mondial. Leur modèle part de l hypothèse selon laquelle la concurrence entre pays (ou communautés) pour attirer les investissements étrangers les met en position de faiblesse par rapport aux firmes multinationales. Les pays qui ne possèdent pas de stock d IDE sur leur territoire ont tendance à offrir des incitations fiscales et salariales susceptibles d attirer des capitaux. Cette volonté d attirer des capitaux étrangers est encore plus forte dans des pays touchés par le sous emploi massif. Ces mesures d incitation interviennent donc lorsque deux régions au moins offrent les mêmes avantages à la localisation. Il s agit donc d un engagement de ressources par la communauté qui sans être déterminant pour la décision de s implanter ou non de la part de la firme multinationale lui permet d empocher au passage des ressources financières parfois importantes. Michalet (1999), parle ainsi de l illusion des incitations comme facteurs d attractivité des capitaux étrangers car «la décision de s'implanter est prise indépendamment de l'existence des incitations ( ) dans les cas où le projet est rentable, l'investisseur viendra de toute façon si les avantages de localisation offerts correspondent à sa stratégie de croissance global». Pour réduire leur coût d installation, les investisseurs étrangers font jouer la surenchère entre plusieurs sites potentiellement équivalents situés dans des pays différents ou dans un même pays. Comme le rappellent Crotty, Epstein et Kelly (1999) l Etat de la concurrence, dans ce qu ils appellent le «neo liberal regime», qui est de type coercitive, influe sur le pouvoir de négociations des syndicats et des pays. Ce qu ils obtiennent en contrepartie de l implantation des firmes étrangères n est pas souvent à la hauteur des ressources engagées et des concessions faites. C est ainsi que la Banque Mondiale (2000) reconnaît que les politiques d'incitations peuvent parfois attirer quelques investissements, mais pour la société les pertes sont globalement souvent plus fortes que les gains 8. c) Vers une réconciliation des approches «optimiste» et de la «dépendance». On a eu à présenter deux courants d opinion opposés quant à la nature du lien entre IDE et inégalités. Les uns (qualifiés) d optimistes à travers une vision néoclassique de l investissement estiment que les capitaux étrangers au même titre que l investissement local en permettant une croissance économique plus soutenue et plus rapide accélère la transition d une société inégalitaire (peu développée et plus agraire) vers une société à «système industriel» se rapprochant de la norme du centre et par conséquent plus égalitaire. Le second courant qui s appuie sur l idée de 8 World Bank (2000), Development Report, p

13 la dépendance cherche à mettre en évidence les mécanismes à travers lesquels, l IDE engendre une croissance plus faible, des inégalités plus importantes. La prise en compte des phénomènes de pouvoir et de hiérarchie dans la structuration de l économie mondiale, le type et le comportement des élites locales sont vues comme des facteurs fondant la pertinence d un lien néfaste entre IDE et développement de manière générale. Une série d études empiriques ont cherché à trancher la controverse entre ces deux courants. C est le cas de Tsai (1995), qui teste l évolution de l inégalité mesurée par le GINI (en %)en fonction du PIB par tête, du ration (IDE/PIB), du ratio (Dépenses publiques sur PIB), du ratio (Main d ouvre agricole/main d œuvre totale), le ratio ((exportations +importations)/ PIB) et d un ratio mesurant le capital humain. Ce qui nous importe ici est le signe de l élasticité du Gini au ratio (IDE/PIB). Les tenants de la vision conventionnelle s attendent à ce que son signe négatif alors que ceux de la dépendance s attendent à un signe positif. A partir d un échantillon 53 observations, l auteur présente des spécifications de plus en plus fines cherchant à confirmer les deux types d hypothèses. De façon générale, il ressort que pris globalement les PED dans l accueil des IDE accentuent leurs inégalités. L élasticité du Gini au ratio (IDE/PIB) est positive. La prise en compte de seuls PED qui ont la caractéristique d avoir respectivement : un stock d investissement étranger dépassant un point du PIB (Cas 2), une ouverture croissante à l économie mondiale (cas 3), un investissement public conséquent dépassant le seuil de 23% de la FBCF, cas 4) laissent le coefficient inchangé. Cependant la prise en compte des spécificités géographiques avec une introduction dans l équation d un ratio (IDE/PIB) spécifique pour l Amérique Latine et pour l Asie du Sud, entraîne pour les autres PED une élasticité négative du Gini au ratio (IDE/PIB). Ce qui signifie que dans les deux zones les plus dynamiques, la montée de l IDE se traduit par une croissance des inégalités tandis que dans les autres PED qui enregistrent sans doute un stock d IDE plus faible, l apport d un investissement nouveau contribue à améliorer la répartition du revenu. Ce qui nous ramène à penser que les liens entre IDE et inégalités internes sont donc fonction du niveau de développement atteint, des investissements passés. Dans les NPI qui ont accueilli le plus d IDE, les filiales des firmes étrangères ont vu leur part dans les profits réalisés par l ensemble des firmes augmenter. Cette part est passée pour celles installées au Mexique de 12.7% à 34.3 % entre 1985 et 1993, à Singapour de 39.2% à 44.6% entre 1987 et Pour ce qui est du Mexique la montée de l IDE dans les maquilladoras a contribué à une montée des inégalités salariales, Feenstra et Hanson (1997), Robertson (2000). Cette liaison entre inégalités salariales et IDE dans le cas du Mexique trouve un fondement dans le fait que le «déplacement de la frontière» ( en tant que zone de localisation d industries intensives en travail) créée à l intérieur du pays plusieurs zones de différenciation en terme de niveaux techniques de production utilisées, de qualifications exigées et de salaires pratiquées, Salama (1999). Dans les nouvelles régions du Mexique qui accueillent les maquilladoras comme le Yucatan, on observe à la fois une contribution positive de l IDE sur l emploi et le commerce et une croissance des inégalités salariales entre ouvriers de la même catégorie selon qu ils travaillent dans le textile, l électronique ou dans les industries manufacturières à techniques de production plus complexes, Perez et Camara (2000). Pour conclure, on peut dire que les pays en développement dans leur volonté d attirer des capitaux étrangers aux fins d intégration à l économie mondiale et d industrialisation doivent s inspirer davantage des pays d Asie du Sud Est qui ont réussi (jusqu avant la crise de 1997) à concilier attractivité des IDE et modération des 13

14 inégalités. Les NPI de la première génération comme la Corée en ayant atteint une certaine maturité de développement ont préféré se défaire des industries intensives en travail au profit d autres pays de la région comme l Indonésie. Un tel comportement tout en permettant à la Corée d éviter un dualisme de son économie, constitue un moyen de renforcer l intégration régionale. Les IDE accueillis par les pays doivent donc concorder avec la hiérarchie des avantages comparatifs. Construire de tels avantages en investissant dans les infrastructures et dans l éducation semble être la voie qui permet de concilier développement et équité. Les pays d Amérique Latine qui ont accueilli l IDE de façon passive ont pu s industrialiser sans sortir du sous développement dont les corollaires sont la pauvreté et les inégalités. L explication d une différenciation entre l Amérique latine et l Asie pacifique dans l articulation IDE/ inégalités se trouve dans une de nos contributions récentes 9 Bibliographie Adelman I.A and Morris C.T (1973), " Economic growth and social equity in developing countries ", Stanford Univerty Press. Androuais A (1985) " Les investissements japonais en Asie du Sud Est : compléments ou concurrents de l'industrie au Japon ", Revue d'économie politique n 3. Bacha E (1984) " Growth limited supplies and foreign exchange : a reapprosal of two gap model in economic structure ", Colombia University Press. Berry A (1997) " Confronting the income Distribution Threat in Latin America ", in A. Berry (editor " " Trade Liberalization and income inequality in Latin America ", Bhagwati J.D.(1982) " Directly Unproductive Rent seeking actives ", Journal of Political Economy n 5. Borjas, G.J and Ramey V (1994) " The relationship between wage inequality and international trade ", in Bergstrand et ailli ( editors) " The Changing Distribution of income in an open U.S. Economy ", North-Holland. Bornchier V ( 1983) " World economy, level development and income distribution : an integration of different approaches to the explanation of income inequality ", World development, vol 11 N 1. Bourguignon F et Morrisson C (1989) " Commerce extérieur et distribution du revenu ", Centre de développement de l'ocde, Paris. Perez C et Camara M (2000), " IDE et industrialisation tardive : Le cas de l'industrie sous traitante d'exportation à Yucatan ", mimeo, GREITD, Université Paris 13, Septembre. CEPAL (2000) " Foreign Investment in Latin America and the Caribbean ", Nations Unies, Santiago. Chenery H.A. and Strout (1966) " Foreign assistance and Economic development ", American Economic Review n 56, september. CNUCED (1994) " World investment report: Transnational corporations, Employment and Workplace ", New York, Nations Unies. CNUCED (1996) " World investment report : Multinationals : engines of growth ", New York, Nations Unies. CNUCED (1997) " Trade and Development Report, 1997) : Globalization, Distribution and Growth " Nations Unies, Génève. CNUCED (1999) " World investment report FDI and the Challenge of Development ", Nations Unies, New York. Croty, Epstein and Kelly (1999) «Multinational Corporations in the neo liberal regime»in Baker, Epstein and Pollin (editors) «Globalization and Progressive Economic Policy», Cambridge University Press. De Mello L.R. (1997) " Foreign investment in developping countries and Growth : a selective survey " Journal of the development studies, Vol 34, N 1 octobre. Deardorff A and Hakura D (1994) " How Does trade affect wages " in J. Bhagwati and M Kosters ( editors " Trade and Wages, Leveling wages down ", The AEI ( American Enterprise Institute) Press. 9 M Camara (2002) «IDE, intégration régionale et convergence/divergence des revenus : les léçons des NPI d Amérique latine et d Asie du Sud Est», communication aux 6 ème rencontres Euro- Méditéranneennes, CEMAFI, Université de Nice Septembre. 14

15 Dixon W.J and Boswell (1996) " Dependency, disarticulation and Denominator effects : another look at foreign capital penetration " American Journal of Sociology, Vol 102, N 2. Dunning J.H. (1981) " Explaining the international direct investment position of countries : towards of Dynamic or development approach ", Welwirchafliches archiv 111. Feenstra et Hanson (1995) " Foreign Direct Investment and relative Wages :Evidence from mexico's maquiladoras ", NBER Working Paper N 5122 May Giraud P.N (1997) «L inégalité du Monde : Economie du monde contemporain», Folio, coll poche. Hayes and ailli (1994 " Productivity and income inequality growth rates in the United States " in Bergstrand et ailli. Katz et Murphyy (1992) " Changes in relative wages, : the supply and Demand factors ", Quarterly Journal of Economics, 107, February. Kentor J " The long term effects of foreign investment dependence on Economic Growth, ", American journal of Sociology, vol 103 N 4. Kosters M ( editor) " Workers and their wages ", washington D.C. : The AEI press. Lall S (1995) " Emploi et investissements étrangers : quelles orientations pour les pays en développement ", Revue Internationale du Travail, vol 134 N 4-5, Bureau international du travail Genève. Michalet CH A (1999) " La Séduction des Nations ou Comment attirer les investissements ", Economica, Paris. Roberston R (2000) " Trade Liberalisation and Wage inequality : lessons from mexican experience ", World Economy. Salama P (1999) " Globalisation, inégalités territoriales et salariales ", mimeo, GREITD, Université Paris 13. Sebastien Edwards (1997) " Trade policy, Growth and income Distribution " American Economic Review, Vol 87, May. Tsai P-L (1995) " FDI and Inequality : further evidence ", World development, vol 23, N 3. Wood A " The North South trade and inequality ", North Holland. Yew S.Y " Employment effects of multinational enterprises in Malaysia ", BIT, Multinational Enterprises Programme, Working papers N

16 Annexes Etude Empirique de Bornchier (1983) Estimation de l'équation GINI= cste +alog(pib/h) + blog (PIB/H)^2 +cts+ d(tpfmn)+e(tpfmn.dummypd) +fdummypd +U Variables Valeur des coéfficients Students Significativité cste Log(PIB/H) S Log(PIB/H)^ S TS S TPFMN O S TPFMN.DPD S Dummypd S R^ Seuil à partir de la quelle la liason s'établit est de 275$ US en TS ou type de système économique se mesure comme le taux d'investissement public dans le total des investissements sur la période On calculera le taux de pénétration des firmes multinationales ( qui mesure le dégré de dépendance vis à vis de l'économie mondiale) comme: la racine carrée du produit KFMN/K.KFMN/L avec K le stock de capital et L la population active. Etude Empirique de Tsai (1995) Cas 1: Ensemble des observations variables Valeur du coéfficient Students % de significativité Constante LogPIB/H Log(PIB/H)*0, Log(IDE/PIB)% (Gp/PIB)% -O (POPA/POPT)% O ((X+M)/PIB)% TcPIB Tscolp -0.7 NS Tscolsec -0.7 NS N d'observations 53 R

17 Cas 2: Seuls sont pris en compte les pays dont le stock d'investissement est supérieur à 1 point du PIB variables Valeur du coéfficient Students % de significativité Constante LogPIB/H Log(PIB/H)*0, Log(IDE/PIB)% (Gp/PIB)% (POPA/POPT)% O.6 NS ((X+M)/PIB)% TcPIB NS Tscolp NS Tscolsec -0.5 NS N d'observations 48 R Cas 3 : Seuls sont pris en compte les pays qui satisfont au cas2 avec un commerce extérieur qui dépasse 1point du PIB variables Valeur du coéfficient Students % de significativité Constante LogPIB/H Log(PIB/H)*0, Log(IDE/PIB)% (Gp/PIB)% NS (POPA/POPT)% O.14 NS ((X+M)/PIB)% TcPIB NS Tscolp NS Tscolsec -O.OO1 NS N d'observations 43 R 2 O.6663 c Cas n 4 : On exclut de l'échantillon du cas n 3 les pays dont les dépenses publiques dépassent 23% du PIB variables Valeur du coéfficient Students % de significativité Constante LogPIB/H Log(PIB/H)*0, Log(IDE/PIB)% (Gp/PIB)% NS (POPA/POPT)% 0.15 NS ((X+M)/PIB)% TcPIB NS Tscolp NS Tscolsec 0.02 NS N d'observations 40 R

18 Spécification du modèle avec prise en compte des zones géographiques ( Asie du Sud Est et Amérique Latine Variables Valeur du coéfficient Students Significativité CAS1 CAS2 CAS3 CAS4 CAS1 CAS2 CAS3 CAS4 CAS1 CAS2 CAS3 CAS4 Constante LogPIB/H Log(PIB/H)*0, Log(IDE/PIB)% NS NS NS NS (Gp/PIB)% (POPA/POPT)% NS ((X+M)/PIB)% O3 NS NS NS NS TcPIB NS NS NS NS Tscolsec NS NS NS NS AL NS NS NS NS ASE LOG(IDE/PIB)%AL (ns) 1.03(ns) 0.77(ns) 0.77(ns) LOG(IDE/PIB)%ASE (ns) Nbre observations R 2 O

19 NPI d Amérique Latine Contribution des profits réalisés par les firmes multinationales à l'accumulation du capital dans les pays hôtes.(tidepack), on considère que la part des profits non distribués est réinvestie. Argentine IDE Revenu IDE Dividendes et profits distrib TIDEPACK 88% 36% 53% 72% 52% 45% 42% 51% Brésil IDE Revenu IDE Dividendes et profits distrib TIDEPACK 18% 14% 35% 21% 20% 3% 7% Chili IDE Revenu IDE Dividendes et profits distrib TIDEPACK 0% 0% 0% 0% 0% 1% 0% 0% Mexique IDE Revenu IDE Dividendes et profits distrib TIDEPACK 55% 46% 57% 44% 56% 74% 72% 72% Colombie IDE Revenu IDE Dividendes et profits distrib TIDEPACK 14% 6% 11% 9% 9% 17% 17% 14% Vénezuela IDE Revenu IDE Dividendes et profits distrib TIDEPACK 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% Calculs effectués à partir des données du «balance of payment statical yearbook» du FMI, édition de

20 NPI Asiatiques Contribution des profits réalisés par les firmes multinationales à l'accumulation du capital dans les pays hôtes.(tidepack) Corée IDE Revenu IDE profits distrib IDEPACK TIDEPACK 6% 6% 6% 6% 6% 8% 2% 3% Singapour IDE Revenu IDE Dividendes et profits distrib TIDEPACK Thailande IDE Revenu IDE Dividendes et profits distrib TIDEPACK 0% 0% 0% Indonésie IDE Revenu IDE Divi dendes et profits distrib TIDEPACK 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% Malaisie IDE Revenu IDE Dividendes et profits distrib TIDEPACK 5% 4% 3% 3% 3% 4% 9% Calculs effectués à partir des données du «balance of payment statical yearbook» du FMI, édition de

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