Le mont Assiniboine, surnommé le "Matterhorn" des Rocheuses, près de Banff, Alberta.

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1 Le mont Assiniboine, surnommé le "Matterhorn" des Rocheuses, près de Banff, Alberta. (Cliche du Pacifique Canadien)

2 Tbspasdeja rencontre un de ces efflanqués a ft^ure de carême, qui sont toujours portés à S'inquictcr de la corfrulgncc des <xitrc& -puis un autre, qui te recommande de te mettre au re'gimc sans tarder -mais le soir, tu lis dans ton journal que les hommes corpulents sont en meilleure?anté que les. maigres frst-cc qu'après cela, une bonn<? bouteille de black n0p?5t ne met pas le comble a la satisfaction? dites simplement- ÎDatveé S. y p. Y

3 M O N M A G A Z I N E Page I D'UN MOIS A L'AUTRE Jules LARIVIERE L'homme propose et Dieu dispose, dit le proverbe, et je viens encore une fois de vérifier que les proverbes sont l'expression de la sagesse des siècles. J'avais bien résolu, en relisant ma dernière causerie, de ne plu* me laisser prendre à la dernière minute. Et cependant, le prote me réclame ma copie et je n'ai encore rien de fait. ~Allons, de quoi causerons-nous au jourd'h ui? Il fait un temps superbe, du soleil, encore du soleil, gage de printemps prochain après les giboulées de la semaine dernière et la musique du clavigraphe est plutôt pitoyable à celui qui se voit contreint de rester renfermé quand il fait si beau dehors. L es sucres Je me sens pris de nostalgie, je voudrais laisser là bureau et paperasses et suivre l'habitant dans sa sucrerie. A l'approche du printemps, le vieil atavisme de terrien qui sommeille i n moi et somnole si béatement <lliront les mois de poudreries se réveille avec la nature. Demain, l'habitant ira entailler, il a déjà sorti chaudières, chalumeaux, lèchefrites, etc., il n'attendait que le moment où le soleil daignerait bien se montrer en permanence et ce moment semble venu. Allons aux sucres! Hélas! nos bonnes sucreries canadiennes se font de plus en plus espacées, la civilisation en fait disparaître de nouvelles chaque année et nos gens ne semblent pas se soucier de replanter nos érables. Déjà, pour "lichrr" la palette et manger de la trempette, il faut sortir de l'île de Montréal, bientôt, cette belle industrie du sucre d'érable sera à peu près disparue. Mais lorsque le citadin mange le sucre d'érable, sait-il tout ce que ce produit délicieux a coûté de peines et de fatigues à son producteur? Nous, les gens des villes, nous ne connaissons la vie des habitants que par oui-dire et aussi un peu par intuition, grâce à ce vieil atavisme de terrien que je mentionnais plus haut, mais pour apprécier " leur juste valeur les choses de chez nous, il faut H voir vécu la vie de la campagne, non eu visiteur, eu dilettante, mais la vraie rie du fermier canadien et alors, comme nous les apprécierions mieux les bonnes choses de chez nous! J'ai devant ma maison une dizaine d'erodes samedi, pour blet que je rais entailler me donner l'illusion du printemps canadien. Les élections Aurons-nous des élections? Que nous eu ayons ou non cela ne changera rien à la face du -monde, c'est une chose certaine et ce qui est plus certain encore, c'est que les électeurs ne s'en porteront ni plus mal ni mieux; mais une élection est chose si comique que je pense que ynes lecteurs la désirent. Durant une période électorale, je trouve infiniment comique d'aller écouter les orateurs s'engueuler magistralement pour l'édification du populo. Et puis, il y a ce bon peuple, si franc si sincère, qui gobe les balourdises qu'on lui débite, prend fait et cause pour l'un des candidats, croit à ses belles promesses, se fait berner toujours, mais est toujours prêt à recommencer à faire la poire. 5: î M ALBERT PELLETIER Auteur de "Carquoi-" Du travail S os ouvriers demandent du travail, toujours du travail et il semble que les nombreuses améliorations exécutées durant ces derniers mois ne soient que des miettes de )>aiu qu'on leur jette pour les faire patienter, tant le chômage était grand et continue de l'être. Heureusement que 1rs froids semblent être chose du passé et qu'une des souffrances du pauvre te trouve éliminée. L'h eure avancée Dans quelques semaines, nous seront invités à avancer d'une heure les aiguilles de nos horloges. C'est devenu une loi statutaire i/ue chaque année, nous qui vieillissons cependant si rapidement, nous avons à perdre une heure de vie, il est vrai que dans l'automne, nous la regagnerons; mais tout de même, cela nous fait quelque chose de se sentir comme cela, tout à coup, une heure plus vieux... Autour de cette fameuse question de l'avance de l'heure, combien de papier a déjà été barbouillé? Ma ville natale, qui est très conservatrice tout en étant bien libérale en politique n'a encore pu se soumettre à cette innovation et les bons maskoutains s'obstinent à suivre l'heure du bon Dieu, il est vrai qu'on ne semble pas pressé de vivre à Maska! Et d'ailleurs, cette question d'hi lire solaire ou avancée est en somme très puérile, ce qu'il importe surtout, c'est de bien régler nos horloges suivant l'heure convenue, vous réaliserez la vérité de cet avancé quand, devant prendre le train de huit heures, vous regardez les aiguilles de votre hor\oge qui marquent sept heures et demie et qu'au milieu de votre petit déjeuner, vous entendez passer le train, la bonne ayant oublie de vous avertir que l'horloge a une </< mi-heure en retard. Représentant du roi Notre nouveau Vice-Roi arrivera au pays le quatre avril prochain. Lord Bessborough est le quatorzième Gouverneur-Général du Dominion du Canada, il représentera chez nous durant les prochaines quatre années Sa Majesté le Roi Georges V, notre gracieux souverain. La Vice-Royauté du Canada ne semble pas être honneur si alléchant aujourd'hui qu'autrefois. De fait, le Vice-Roi du Canada, qui est ordinairement un homme politique ou de la finance les grands d'angleterre donnent presqu'exclusivement dans ces deux domaines doit abandonner son poste pour venir jouer au jietit roi moderne dans notre pays. Or, il doit être extn nu ment ennuyeux de jouer au roi et au vice-roi, il faut pour cela une vocation particulière et de l'entraiiii ment, tout de même, c'est une "job" que beaucoup d'entre nous ne dédaii/neraioiu pas... L embargo russe Nos gouvernants rienneatl d< décrétai </"' mil produit russe n'entrera désormais au pays. C'est une mesure qui aurait dû avoir été adoptée et par l'univers entier, depuis dattz ans passés. Comment en effet, rivaliser avec la concurrence russe où existe la Conscription du travail, ou une tonne de k charbon peut être extraite des mines, transbordée à Arkangel et livrée à Montreal au prix que les compagnies anglaises paient a huis ouvriers pour l'extraire des mines d'ecosse? Et ce qui est vrai ]>our le charbon l'est égah meut pour le blé et autres produits que nous fournissions autrefois à l'europe. Il ra sans dire que les trafi<iuants vont pousser 1rs hauts cris, le charbon russe leur faisait réaliser de si beaux profits; mais l'ouvrier qui vit de la production indigène comprendra que s'il veut avoir âu travail, il lui faudra garder 1rs marchés qui absorbent les produits qu'il fabrique. A une lectrice Une de mes lectrices pour uni- fois j'ai la certitude absolue d'avoir une lectrice, au moins une et très aimable encore me réclame un prix. Oui, elle m'assure qu'elle a droit a un prix d'endurance, ayant lu mu chronique de février jusqu'au bout. Hélas! Mademoiselle, ji ne fabrique pas dite hi sky et n'en vends pas non plus, comme les promoteurs de la fa>meuse course Québec- Montréal, je ne suis qu'un pauvre collaborateur a uni pauvre revue ayant une bu n pauvre liste de souscripteurs. Il VOUS faudra VOUt contenter de l'honneur... Vous êtes une heroine, aussi tenace et "endurante" que Frank Hoey; mais quant à la prime de cinq mille jiiastres... Mais si vous an: nimi ma chronique, continuez à la lire, ce sera un bon entraînement, et comme, dans la vie, vous aurez besoin d'endurance, ce vous sera utile et mes chroniques auront ainsi servi à quelque chose. Et puis, ne vous arrêtez pas a la chronique, je vous assure que, si l'on excepte nus articles, la revue est réellement intéressante. Puisque vous voulez bien être de nos amis, faites-nous un brin de propagande, nous avons tellement besoin de la collaboration de toutes les bonnes volontés. Un merci tout spécial à vous, gentille lectrice. (Suite à la page 40)

4 MON M A G A Z I N E

5 Mars 1931 M O N M A G A Z I N E Page 3 VOL. V No 11 ABONNEMENT: $2.00 par année, " payable d'avance, pour le Canada et l'empire Britannique. Le numéro, 25 cents. Etats-Unis, $3.00. Autres pays étrangers, $4.00 par année. Les remises peuvent être faites par mandat - poste, lettre recommandée, mandat-express ou chèque auquel on a ajouté le montant de l'échange. Enregistré comme matière de deuxième classe au bureau de poste de Beauceville, P.Q. ^etnp Canadienne de la Famille et du foyer Edouard FORTIN J.-A. FORTIN Directeur Gérant-Général Franccline, secrétaire de la rédaction. A DM1MSTR ATIOX G EN EH AI.E 1725, rue St-Denis, Montréal. Téléphone HARBOUR 821G ATTENTION. Changement d'adresse. Nous changerons l'adresse d'un abonné à sa demande, mais il faut donner l'ancienne adresse en même temps que la nouvelle pour que le changement puisse être fait. Publié le 1er du mois par La Compagnie de publication de "Mon Magazine", Limitée, Montreal. LES NOUVEAUX LIVRES par JULES LARIVIERE BLANCHE D'HABERVILLE, drame en vers, par Georges Monarque Librairie de l'action Canadkmne- Française. ON VEND LE BONHEUR, chroniques, par Jovette Alice Bernier, Librairie de l'action Canadienne- Française. AU PAYS DU SOLEIL, notes de voyages, par Mlle Anita Belkuu, Imprimerie d'arthabaska, Inc. CARQUOIS, Etudes Littéraires, par Albert Pelletier, Librairie de l'action Canadienne-Française, Montréal. Us sont là, sur ma table, trois volumes de prose et un quatrième de prose piquée... des vers, comme disait je ne sais qui, en tout quelque mille pages qu'il m'a fallu parcourir. Non que ce travail m'ait paru une corvée, loin de là! En feuilletant "Carquois", j'ai été tout surpris de découvrir chez cet aimable et si pacifique officier civil qu'est mon ami Albert Pelletier, un être encore insoupçonné, une personnalité hardie, quelque peu frondeuse, un homme vibrant de courageuse sincérité. Mon voyage "Au Pays du Soleil" avec Mlle A- nita Belleau comme cicérone, fut délicieux, cependant qu'à mon retour en terre canadienne, m'attendait avec sa promesse alléchante : "On Vend le Bonheur". Enfin, si je me suis endormi sur "Blanche d'haberville", c'est probablement qu'il était six heures du matin, quoique comme soporifique, les alexandrins de Monarque soient un peu là! Critique littéraire, notes do voyages quelque peu nuancées de roman, chroniques et drame... voilà certes un menu prometteur et si les plats sont bien à point, il y a matièro à régal intellectuel, mais... car il y a un mais... Allons, abordons le menu! BLANCHE D'HABERVILLE, drame en cinq actes, en vers, par Monsieur Georges Monarque pas monarque du drame, c'est cortain. A la lecture d'un livre médiocre écrit en mauvais vers, je me suis toujours demandé quel démon tentateur incitait ainsi les malheureux auuurs à enfourcher Pégase, alors qu'il leur serait si facile d'écrire en prose, ou encore, ce qui serait mieux, de no pas écrire du tout... La manie qu'ont certaines gens d'aligner au petit bonheur d'amorphes alexandrins est en soi uno lubie bien inoffensive pourvu que ces auteurs enfouissent le produit de leurs incubations aussi jalousement que l'avait fait de son secret le barbier de feu le roi Midas... Mais la maladie de se voir imprimé domine tout instinct de prudence et de sagesse... Le talent d'écrivain est un don de Dieu dont le Créateur a été très avare et qu'il n'a départi qu'à de rares privilégiés, parmi les écrivains, les poètes sont très clairsemés et parmi les poè- UL>, les dramaturges sont quantité infinitésimale. Or, Monsieur Monarque, qui n'est ni dramaturge, ni poète ni même écrivain, aborde le genre le plus ardu du domaine littéraire, le drame en vers... Pareillo audace révèle chez son auteur, inconséquence d'enfant terrible ou fatuité à haute pression. Le communiqué aux journaux nous apprend que l'auteur de "Blanche d'haberville" s'est inspiré des "Anckus Canadiens". Comme tous mes semblables, j'avais autrefois lu et relu, de mon temps de collège, le roman de Philippe Aubert de Gaspé et j'en avais gardé un souvenir charmant, souvenir que la lecture du drame de Monarque vient de me gâter- Vraiment, n'était-ce que cela, l'intrigue des "Anciens Canadiens"? Pour m'en rassurer, j'ai relu en diagonale le roman poudreux. Mais oui, à part quelques innovations, souvent malheureuses, de Monarque c'était bien cela, seulement que cela Allons encoro une illusion qui s'en va... Mais à côté de l'intrigue, souvent boiteuse, le roman de Gaspé foisonne de scènes savoureuses, de tableaux pris sur le vif, c'est également une mine de documentation. Or ce que Monarque a transporté dans son drame, ce n'est que l'intrigue, la partie faible du roman, l'intriguo qu'il a mélodramatisée, qu'il a habillée de dialogues froids, de discussions oiseuses, de faux vers cornéliens, de cris et d'imprécations stériles, enfin de tout ce faux-brillant du mélodrame do troisième ordre sans souci de la vérité historique et même... de la vérité simple, sans suite, sans cohésion, sans vie... Ses personnages n'ont rien de réel, de poignant, ce ne sont pas des hommes, ce sont des automates, des pantins doublés de phonographes. Au cours de ces cent soixante pagej, vous chercheriez en vain une seule scène qui soit véritablement touchante ou simplement naturelle, tout y CM emprunté, empesé, conventionnel, pitoyable et faux- Pas un seul vers qui frappe l'esprit du lecteur, le saisisse, le charme et l'émeuve. Si, peut-être celui-ci: "Il faut nous séparer, car la pièce est finie"; Eh! bien, vous êtes encore déçus, lecteurs, car si vous devez, par devoir ou erânerie, vous rendre à la chute finale du rideau, vous aurez à ingurgiter encore plus de mille vers. Au moins, si c'était des... verres 1 On nous menace d'une représentation de "Blanche d'haberville". En notre pays où la critique n'existe pas encore et où, surtout, la "Claque" est inconnue, on peut avoir toutes ku audaces. N'a-t-on pas vu, il y a quelques années, "Aurore, l'enfant Martyre" et l"'aveugle de Saint-Eustache" faire salle comble? Je voudrais dire quelque chose d'aimable à l'auteur que je ne connais pas, qui doit être un charmant garçon dans l'intimité... Ayant moi-même commis quelques péchés de jeanesse, je sais quelle affection aveugle nous portons aux enfants de notre pensée, même si ces pauvres ètroo ne sont que de petits monstres; mais en toute franchise, je ne trouve rien, rien... que le conseil que donnait Boileau, il y a quelques deux siècles et demi: "Soyez plutôt maçon, si c'est votre talent!"» "ON VEND LE BONHEUR" de Mademoiselle Jovotte Alice Bernier, est une platée de délicieux petits Tours; mais comme les petits fours, qui sont savoureux do petit* quantité, au dessert, mais qui deviendraient diablement indigestes s'ils devaient à eux seuls composer tout le repas, les petites pieces qui composent ce volume, écrites au jours le jour, suivant le caprice et l'inspiration du moment qui ont été le rayon de soleil qui perçait à travers la lourdeur de la prose de commande d'un journal, publiées ainsi, à la queue leu leu, ne rendent pas pleinement justice à l'auteur. Il semble d'ailleurs que depuis quelques années, on ait quelque peu abusé de ce genre de productions, surtout nos auteurs féminins. "On Vend le Bonheur" se compose de soixante petites compositions très variées: Impressions personnelles, faits divers, descriptions, contes, gracieux tableautins d'un coin de terre etc., mais le tout soumis à une idée directrice. C'est le bonheur qui passe, à portée de la main, incognito; et qu'on laisse partir sans le reconnaître: "Le bonhojr est un voyageur qui passe incognito- Il est gai, sans turbulence, il est souriant et complaisant, mais fugitif et instable. Le bonheur est un voyageur." "Il passe. Et longtemps après qu'il a disparu, on croit le reconnaître, on cherche ses traits, on se rappelle son travesti. C'était lui!" "Trop près du bonheur, on ne le voit pas: il y a en nous un fonds d'égoïame qui, sans être coupable, est bien puni, quand il nous fait méconnaître les prédilections et les douceurs qui furent notre lot, quand une fois on a laissé la proie pour l'ombre". Ces bonheurs de chaque jour qui passent dans notre vie, elle nous les décrits avec joliesse et nous les fait revivre par la pensée C'est le "Petit Lac Bleu", "un petit lac comme tous les autres petits lacs, je pense bien, mais il me paraissait si grand si grand, avant de lui avoir comparé le fleuve et la mer", c'est le vent du large, le carnaval qui pasne, le printemps qui s'éveille et dont les prunelles sont encore trop alanguies de sommeil, le vont léger "qui vient de loin, en pénombre indécise, en clartés voilées, avec l'impression qui s'étend et s'égare sur les êtres et les choses", le "soir qui flâne et s'attarde dans le mirage, avec son croissant pâle, avec son vent léger, ce soir (qui) empro.nt toute chose d'une sérénité vague et reposante", c'est l'irresistiblo Mai, les lilas qui embaument alors "que le soleil vient boire dans la miniature de leurs calices, dès que l'aube y a laissé sa moiteur", les églantimu qui bordent la route, ces fleurs campagnardes et désinvoltes qui "cachent leurs petites têtes d'or et leur toilette pâle sous les rayons trop ardents" la gloire de l'été, les mânes du passé, la vieille lyre, ces mille et une choses qui composent la vie, dont nous ne savons pas jouir pleinement quand elles passent, dans notre désir morbide de plaisirs et de distractions. Mais l'idée maîtresse du volume échappe Quelquefois au lecteur qui se laisse distraire par le brillant du coloris. Et puis, ces compositions sont souvent inégales, quelques unes d'entre elles sont même banales et détonnent. "Non semper tendit arcum A polio"! Mademoiselle Bernier est une de nos gracieuses poétesses et même lorsqu'elle écrit en prose, elle fait de la poésie, ce qui est charmant; mais elle se permet trop souvent les licences du poète: abus de l'inversion, abus des qualificatifs, emploi du terme vague et surtout foison de cette fausse inversion reléguant le nom à la fin de la phrase pour le remplacer au commencement par un pronom parasitaire: "C'est qu'il était actif et consciencieux, le vieux Maxime"..., "Il vieillissait, Bériot...", "Il ne savait pas discerner, dans son cerveau, le père Maxime.. ", "Il pleurait, le père Maxime...", "Il dit, le vieux sacristain". C'est peut-être caprice de vieux grognon, mais chaque fois que cette tournure bâtarde me tombe sous les yeux, c'est une crispation. (Suite à la page 27)

6 Page 4 M O N M A G A Z I N E Mars 1931 ALASKA Pays de l'or, des cimes sauvages et des glaciers... La piste émouvante de '98 Les immenses mines d'or Alaska-Juniau de Juneau. I j D'un mois à l'autre Chronique I Vieux Paysan Gravure Suzor Côté Page Jules Larivière 1 Les Nouveaux Livres Critique Littéraire Jules Larivière 3 : j j Causerie du Directeur l'actualité Edouard Fortin 5 Une cour d'amour au XXe Siècle Nouvelle Camille Bruno 6 Monsieur Alfred Laliberté La Page du Poète! 1 Emmanuel Desrosiers 7 j Galerie Artistique j 10 I Salons du 18e Siècle Henriette Tassé 1 1 La piste qu'ont tracée les chercheurs d'or dans l'alaska semble toujours luire. De Skagway, cette piste, qu'on dirait imaginée aux enfers, grimpe et serpente à travers les spjendeurs inouïes de montagnes que jamais, croyait-on, le chemin de fer nv&erait gravir. Et cependant aujourd'hui, sans effort, vous pouvez suivre ce sentier tragique, à bord d'un wagon-observatoire, bien confortablement assis dans un fauteuil. Ne manquez pas l'alaska l'été. Venez voir ce pays étrange où le Soleil brille à minuit, où vit encore la légende de l'or, fù les fleurs sont géantes et leurs couleurs invraisemblables. Allez-y dans le confort de ces luxueux paquebrts de la Canadian National Steamships. Suivez le fameux passage couvert de 1,000 milles. Côtoyez ces iles enchanteresses, ces glaciers qui se baignent dans la mer, ces monts coiffés de blanc que vous croiriez atteindre avec la main. De Vancouver ou de Victoria à Skagway et retour pour $90, seulement. Toutes les cabines s nt extérieures et le service renommé du Canadien National est assuré. Le Canadien National exploite ses propres lignes de navigation, ses télégraphes, ses messageries, ses postes d'émission de radio, ses hôtels, ses hôtelleries d'été et ses camps à travers tout le Canada. Les clubs et toutes organisations que l'alaska ou les autres sites du Canadien National intéressent, peuvent avoir une idée du voyage projeté en s'adressant à l'agent le plus proche. On enverra un opérateur muni d'un appareil cinématographique et des pellicules dont il a 50 à sa disposition. I L'Homme qui laissa passer l'amour Nouvelle L'Express Maritime Nouvelle Humoristique La double Vie de Maître Heulin La Causerie Féminine La Mode Les broderies Vennat D'une Rive à l'autre Courrier Graphologique La Santé par le Savoir-Vivrc La Bonne Cuisine Sous la lampe Cryptogrammes Roman E. Desrosiers 12 Jules des Grèves 14 Anne Marie Panhéleux 1 5 Annette Duchesne Père Séverant 37 I I I I I j i j! Tante Madelon 24 j i Carol Prezeau 25 I j Dr L. P. Mercier 26 '! Nos Concours Littéraires. Article Primé Josette Boucher 36! j! I Renseignements et brochures illustrées chez les agents du Chemin de fer national du Canada Les billets CANADIEN NATIONAL Le*Plus Grand Chemin de Fer de l'amérique i! j j Le Dernier Mot 40 î

7 Mars 1931 MON M A G A Z I N E Page 5 r CAUSERIE DU DIRECTEUR Sympathie Je m'en voudrais, au début de cette chronique du mois, de ne pas remercier, tout d'abord, cette aimable et sympathique Franceline qui, dans la dernière livraison de "Mon Magazine", a bien voulu annoncer à nos lecteurs la maladie de son directeur et nous dire combien cette épreuve affectait la grande famille' de notre revue. Une telle attention, comme les nombreux témoignages d'amitié qui sont venus d'un peu partout réconforter le j. risontiier des Daines Ho italièi de Québec, si dévouées, si mater nell sont un puissant réconfort aux heures de souffrance et d'épr tous ceux qui m'on apporté s thie. Un Qrand Citoyen ves. Merci à vous, Franceline, et d pontanément leur consolante sympa- La semaine dernière, l'honorable Premier Ministre de notre province, M. Alexandre Taschcreau, entrait dans la soixante-quatrième année de son âge. A cette occasion, la Législature de Québec, sans distinction de parti, lui a offert ses voeux et souhaité qu'il continue encore longtemps son oeuvre de progrès et son déi'ouement à ses compatriotes. C'était une journée mémorable que celle qu'a vécue ce grand compatriote, alors que tous ses collègues, dans un geste de spontanéité charmante et sincère, rendaient hommage à ses incontistabtcs talents et à son mérite incontesté. L'honorable M. Mercier, ministre des Terres, a fait un délicat éloge de son chef, au nom de tous les députés de la droite. Aimable et spirituel comme toujours, avec beaucoup de tact, M. Maurice Duplessis, au nom de l'opposition a loué les qualités de l'homme privé en même temps que l'inlassable activité et ce grand amour du travail dont fait preuve le premier ministre. Si brève que fut cette trêve, ses témoins en ont goûté tout le charme reposant et elle a été douce au coeur du premier. Il a un tout petit peu vieilli, depuis quelques années, l'honorable M. Taschcreau. Sans égard aux années qui s'accumulent sur sa tête, il s'astreint à une tâche gigantesque, formidable nous allions écrire, déraisonnable et il serait à souhaiter qu'il cherche à se débarrasser d'un fardeau que tons ses amis estiment exagéré. Il a largement mérité un repos qui lui permettrait, tout en restant le chef de l'exécutif de la province et du parti libéral provincial/ de conserver longtemps à sa race et à son pays les fruits d'une expérience consommée, d'une vision que,peu d'hommes d'etat possèdent et d'une activité que jamais les échecs ni la fatigue ne peuvent émousser. Nous offrons a ce grand citoyen, à ce chef d'etat distingué, l'hommage de notre profonde admiration et nos meilleurs voeux. Pas Encore Les prophètes de bon augure nous annonçaient un printemps très précoce. A lire leurs encourageantes homélies, on sentait la sève monter au coeur des érables, déborder l'écorce et remplir les chaudières an ventre rebondi. Les eaux naissantes commençaient leur ramage sous la ramure encore frissonneuse des sombres sapins et nos routes, à moitié découvertes, sentaient, par- milliers, la rude et affolante caresse des pneus ailés. Hélas! ce matin, en mettatit à la fenêtre mon nez de convalescent, je vois accourir à l'horizon "le plus terrible enfant que le Nord ait jamais porté dans ses flancs". Vent de nord-est, spécialité prisée des québécois, neige abondante, rafales étourdissantes, convois en retard, traversiers en panne et le reste. Une vraie tempête de janvier. Québec garde bien toujours ses droits et nous ne verrons le printemps. It doux printemps, le radieux printemps qu'à l'heure dite, lorsque nos législateurs quitteront la colline pour regagner leur foyer et fourbir leurs armes pour la prochaine bataille. Et ce, le printemps non pas la bataille, en avril, première quinzaine. Un Beau Succès J'aurais voulu, si la maladie ne m'en eut empêché, souligner, le Moi» dernier, le beau succès, je devrais dire: l'éclatant succès, remporté par les organisateurs du Salon de l'auto, à Montréal, cette année. La chose en valait la peine, car ce succès marque l'immense effort fait par nos vendeurs pour mettre en relief la magnitude de ce commerce et démontrer aux autres villes du Canada l'importance de la première ville du Domànioti comme centre des affaires. Il n'est personne qui ne soit intéressé directement ou indirectement à l'industrie automobile à cause de son rôle dans notre vie économique et sociale. Le Salon annuel de l'auto marque une étape dans le piogrès accompli par cette industrie. Les foules inum n*e«qui l'ont visité sont fai ans doute de beaucoup de curieux et de gens qui ne sont pas toit s capables de s'acheter une voiture, mais elles sont faites surtout ens qui savent s'intéresser. Il ne «mirait en être autrement lorst le monde entier suivant le mot d'un orateur, lors de l'inaugi auguration du Salon est en quelque sorte mû par le moteur à ence, par la mécanisation à outrance. Au Salon, dans un decor magique, se sont déroulés tous les types de voitures, depuis te modeste "bantam" jusqu'au "pullman" luxueux et puissant. Au fait, il n'y a pas de type modeste. Tous les modèles qu'ils se recommandent aux petites bourses par un prix modique de vente, le bon marché de leur entretien, ou aux grands seigneurs de la finance, ont ceci de particulier qu'ils sont plus soignés, plus complets en quelque sorte, plus en toilette que jamais. Il semble que l'apparence et le confort aient été le premier souci des constructeurs bien qu'ils se soient appliqués aussi à parfaire les organes vitnix de la voiture: moteur, transmission, frein. Il y a- donc eu progrès. Mais cela n'a pus empêche les maisons américaines et canadiennes d'offrir leurs nouveaux modèles à prix l'k peu moins élevés que l'an dernier. C'est une des caractéristiques du Salon de Des marques que l'on y voyait, l'un dernier, sonb disparues. Leur absence est compensée par les nouveautés que renferment les modèles de cette année. On ne saurait que complimenter les directeurs du Salon pour le souci qu'ils otit mis à enjoliver les salles et les exposants à organiser leurs stands et à présenter leurs modèles. Le Danger de VHeure Il s'agit du bolchévismc qui ne semblait guère nous intéresser, ces dernières années, mais qui devient, aujourd'hui la menace universelle, l'hydre dont il faut couper la\ tête. La mesure prise par l'honorable M. R. B. Bennett de refuser toute entrée aux marchandises russes dans notre pays mérite d'être approuvée et il faut en féliciter cet homme d'etat, à quelque parti politique que l'on appartienne. Mais ce n'est Tâ qu'une mesure temporaire, une unsure d'urgence et diront 1 audace des bolchévistes, devant la poussée de révolution sociale qui menace d'envahir le monde, il faut adopter les moyens de t prévention nécessaire pour écraser sans pitié la tête des meneurs de ce mouvement qui entraînera les nations vers la ruine, la guerre civile et les pires catastrophes. Depuis trop longtemps déjà, le» puissances européennes, aechristiatmisées et livrées exclusivement au culte du veau d'or, ont agi avec condescendance" et mollesse à l'égard de ces agents de désagrégation sociale. Et pour avoir refusé d'aller, en Russie luême, empêcher ou venger le crime odieux du meurtre des Ramanof, les nations d'europe auront à payer la dette retributive de leur lâcheté. Les dirigeants du bolchevisme ont joué avec aisance et audace de tous les gouvernements. Soutenus par les socialistes, soutenus ;>ar les défenseurs des échanges commerciaux, ils se sont seri'is des ciédits qu'ils obtenaient pour travailler contre le monde civilisé. Les Etats-Unis ont pris dans toute cette affaire une grande part en préparant leur ingérence et peut-être leur domination dans l'économie russe en fournissant à la Russie des ressources qu'elle a utilisées contre l'europe. L'Allemagne, de son côté, avec d'autres arrières pensées, s'est montrée indulgente aux Soviets. Aujourd'hui, le plan quinquennal et le "dumping" commencent à préoccuper sérieusement l'europe, qui se propose simplement de délibérer. Mais pendant ce temps, les Soviets font méthodiquement la guerre révolutionnaire pour ébranler la civilisation qu'ils se proposent de détruire. La Mort d'un Héros Terminons cette chronique sur un deuil, il est vrai, mais sur un deuil qui est une apothéose pour celui qui s'en est allé recueillir, Là- Haut, la couronne des ouvriers du Christ et des saints. Les journaux de ce matin m'apportent la nouvelle de la mort de Sa Grandeur Monseigneur Grouard, évéque en retraite du diocèse du même nom, taillé à même l'immense vicariat apostolique d'art ha haeka-mackcniie. C'est dans ce champ presque sans limites que s'est exercé, durant plus de cinquante ans, l'esprit d'apostolat, le zèle inlassable, le courage et (Suite à la page 36)

8 Paye 6 M O N M A G A Z I N L : Mars /yil Nouvelle Camille BRUNO Une cour d'amour au siècle C'est grande liesse à X... ce 21 septembre de l'an de grâce Comme au temps héroïque où les paladins arboraient les couleurs des belles, un galant tournoi va s'ouvrir pour la joie de la ville et des environs. Huit jours durant, à grand tintamarre, dame Renommée en a répandu la nouvelle, et de rutilantes affiches ont mis sous les yeux des badauds la façon dont se passeraient les choses soin inutile s'il en fut, car tous les honnêtes gens de X... savent où et comment la Cour d'amour tient ses assises et rend ses arrêts. Voilà, comme disaient nos pères, plus de dix lustres que 1K vieille coutume est remise en honneur, et maintes fois les nourrissons des muses ont bégayé leur joli chant dans la pompe d'une fête provençale. Ces jours là, de par la protection de plusieurs saints attachés au service de la ville, il fait toujours un temps superbe. Dans la grande place où huit rues aboutissent, on improvise un cirque de planches dont une toile aux couleurs gaies enserre étroitement le squelette. Sous cet abri s'entasse, heureuse, une belle fraction d'humanité. Au premier rang s'asseoient les juges, gens de tout lieu, scribes et rhéteurs, en habit de cérémonie ou en robe universitaire, fils du terroir ou nourrissons d'ailleurs, tous citoyens de la patrie pensante et rêveuse. Devant cet aréopage, les concurrents défilent. Des heures durant, sur des lèvres de miel, le beau langage roule son fleuve d'or, et les rimes joyeuses so renvoient leurs échos fidèles. Le bon roi René sourit là-haut, dans son cadre, en constatant que le doux parler de Provence est toujours le même, et qu'il pourrait, le cher Prince, faire un discours en son patois sans qu'on s'ébah'sse à ses mots non plus qu'au contour de ses phrases. Il reconnaît fort bien son peuple dans ce mélange d'artisans et de pouilleux aux faces brunes, aux hardes voyantes, aux attitudes picturales, à la mimique désordonnée, mais il cherche en vain chez ses barons les beaux costumes des temps évanouis. Il n'y a plus que les petites gens pour se montrer en pittoresque attirail, et c'est pitié de voir les gentilshommes vêtus en tabellions ou en magisters. N'importe, les poètes parlent bien, et bonne récompense leur est due. Un éclatant triomphe sera la salaire du lauréat, et la Beauté de son choix sera fière de partager son éphémère couronne. Or donc, le jour est venu, l'heure est proche, de toutes parts on vient vers l'arène. Contre les murs de l'enceinte, on se masse, on se tasse, on se colle près des portes, on se bat à qui passera le premier. Le ciel se pavane en son manteau d'outremer et le soleil rit sous sa crinière d'or pendant qu'une petite brise se promène sur l'assistance, et voyant ses avances bien reçues, s'applaudit d'être venue à la fête. Enfin la cloche sonne, les drapeaux s'agitent, les fanfares éclatent. La cérémonie va commencer. Enfournement. Chaque porte vomit son flot. Les nobles entrent, les marchands pénètrent, les ouvriers se glissent, les sans-le-sou restent dehors. En cinq minutes le cirque est plein. Pourtant quelques audacieux se faufilent encore dans la cohue comme la racine d'une lierre s'introduit aux fentes d'un mur. Pendant que le fretin grouille sur les bancs, les clames de haut parage s'étalent à l'aise dans des loges drapées de velours. C'est ici, roi René, que tu reconnaîtras le sang de tes preux compagnons d'armes. Quelles vieilles et glorieuses armoiries on pourrait, selon l'ancienne mode, sculpter au fauteuil de telle ou telle patricienne! Illustre entre toutes est la famille des Bernatelli. Son chef. Giacomo le Rouge, citoyen de Florence, privé d'un bras au service du pape Clément V, reçut de lui pour récompense un fief en Comtat Venaissin. Au lieu d'y suivre la fortune de son protecteur il se contenta d'envoyer son plus jeune fils y mener les olivades. Quand les Médecis vinrent en France, alors seulement la branche aînée des Bernatelli rejoignit la branche cadette, et par la grâce de Dieu, pullula sur le sol de la patrie adoptive. Mais touf s'use, même la faveur céleste, et à cette heure, le seul rejeton de la génération dernière est une grande et frêle jeune fille, qu'un flatteur murmure vient d'accueillir à son entrée. Elevée loin des villes dans le vieux manoir familial, il a fallu l'occasion d'une féte pour qu'on la conduisit à X... Elle va ouvrir bien grands ses yeux bleus et ses oreilles roses, prendre de ce jour "tout le plaisir qu'il comporte, puis elle s'en retournera dans son nid lointain sans même s'asseoir au banquet final où les privilégiés de la noblesse et des arts videront la coupe fraternelle. Inconsciente de l'admiration qu'elle inspire, elle s'accoude au bord de sa loge et laisse voir son aristocratique beauté. Ployante comme un roseau, sa taille se perd dans des flots de mousseline bleue et son front s'abrite sous un grand chapeau de paille où foisonnent des pâquerettes, mais ce corps diaphane semble fait pour le corsage de brocart à longue pointe, ces bandeaux crêpelés pour le petit bonnet de velours pourpre agrémenté de dentelle d'or, ce cou si noble mérite un fil de perles, ce teint lacté, ces cheveux roux lui viennent des Florentines ses aïeules, dont le Pérugin et Boticelli fixèrent les délicates images. Florissante de jeunesse, elle évoque pourtant le passé charmeur, et ce double attrait la rend incomparable. Assis à ses côtés en adoration, son père et sa mère étendent sur elle leur ombre secourable et sont pareils à deux grands chênes entre lequels croîtrait un lis. La séance est ouverte. Un discours tombe pesamment des lèvres d'un illustre, puis dans l'ordre indiqué s'avancent pour concourir les écoliers en s?aisavoir. Le premier récitant a grand peur et parle vite. Le second prononce mieux et tremble à peine. Le suivant est très brave et chante clair comme le coq au matin. Quelques-uns sont de doctes sires, déjà vainqueurs en d'autres tournois, et sachant par quels artifices on attire la palme rêvée. Quelques autres sont de petits clercs, arrière-neveux de Fortunio, mais ayant mieux mené leur barque, et considérant leur grand oncle comme un bien novice apprenti. D'autres sont de vieux bardes que la jeunesse n'écoute plus, et qui veulent, par un dernier succès, raffermir leur gloire ancienne. Tous ont leur tour, car en ce jour de largesse le temps même n'est pas marchandé. E.t les strophes se suivent, cadencées par les voix chaudes qui les déclament. D'aucuns les font sauter, gaillardes sur leurs pieds courts, et s'arrêter un instant pour repartir de plus belle. D'autres les attardent mollement aux espaces du rêve, ou les égarent aux sentiers du caprice. Il en est qui modulent les vers comme une flûte. Il en est qui les scandent comme un marteau. L'effet est parfois excessif, mais toujours juste et généralement agréable. La forme est soignée, caressée avec un soin jaloux, une minutie savante. Pour le fond, qui donc y songe? Il est clair que tous ces rimeurs n'avaient nulle chose a dire. Ils ont gazouillé en virtuoses, comme le rossignol des jardins. Ils se sentaient habiles, ils ont souhaité de plaire. Tous ont également mérité la palme, et l'embarras du choix peut seul différer le couronnement. Mais patience! Il reste encore un concurrent dont on n'a pas ouï les vers. Pécairé! c'est un paysan pour de vrai, en gilet rouge et veste de toile, la cravate l&che, les guêtres hautes. Bien campé d'ailleurs, la jambe fine et le front largement dessiné. Son visage hâlé respire la franchise, et ses yeux gris racontent des choses lointaines. Oui dà, la naturi» l'a bien loti ce fils-là! Mais le pauvret ne s'en doute guère. Humble et craintif, étourdi par de si belles gloses, il hésite à dire sa harangue. Après ces muses coquettes aux fringants atours, que va-ton nenser de la sienne. Pastoure naïve qui sent le thym et nui sait l'heure aux ombres des platanes? Marins Roucal est de Toulon. Né sur le port, not it sixième d'une nichée pauvre, il s'est élevé tout seul, et quand il lui a fallu beaucoup de soupu il a su nn'il la devait gagner. De bonne heure il s'est anpr's à radouber les navires. Quand l'ouvrage donne, il tade dru sur les carènes et nanse leurs plaies avec amour. Puis quand il n'y voit plus assez clair pour la besoene, il regarde loin, loin, où la mer et le ciel s» confondent. De petites lueurs s'allument dans la ville sombre; Saint Mandrier devient tout rose avec des glacis lilas et vers; les flots, qui jamais ne renosent..acontent des légendes à qui sait les entendre, marmonnant comme une aïeule et larrnoy- ant comme elle au radotage des souvenirs. Marius les écoute à mains jointes, et tout bas il se répète la chanson des flots. A la morte saison, quand tous les bateaux sont au large, il fait sa provision d'hiver, dans le bois de pins, il va scier des planches, et l'ébranlement des ondes parfumées vient enchanter son odorat subtil. Des brindillons craquent sous MU pieds, avec un peu pie de bêtes qui s'ebat dans les feuilles sèches, le bois gémit sous les dents de la scie, les copeaux blonds frisent sous le rabot, beaucoup de nids sont dans les branches, et il tombe au travers des rameaux des gouttes de lumière qui s'en vont danser sur le sol. Le charpentier se sent tout drôle. Il lui vient des mots bizarrement arrangés dont la résonnance lui mouille les yeux. Il croit que les choses ont des âmes qui sont amies de la sienne. Il n'entend pas les camarades qui l'invitent à boire. Il pense aux temps anciens où les fées venaient vous frôler les doigts de leur écharpe, il évoque les châtelaines au col de cygne, les enchanteurs, les nains bienveillants qui hantaient l'écorce des arbres. Il parle haut sans le savoir, et ceux qui l'écoutent disent qu'il a reçu le don des vers. Et puis on l'entretient d'une grande fête où les félibrea vont tous aller. Il ne sait pourquoi il y lève. La gloire ne le tente pas. Qu'en ferait-il? Vainqueur ou non, charpentier comme devant, il épousera la fille au calfat, Prospérine, une belle rougeaude qu'il n'a pas regardée trois fois, et faisant deux parts de sa vie, il continuera ses entrevues furtives avec les néréides et les hamadryades. N'importe, quelque chose l<i pousse. Il cède à sa fantaisie, il voyage, il arrive, il promène lentement sur toutes choses son doux regard surpris, emmagasineur d'images qui peupleront désormais sa pensée. On le pilote, on l'installe, il s'oublie à écouter les autres... et voilà que son tour est venu et qu'il lui faut entrer en lice. Tout simplement, avec l'accent voilé d'un homme qui lève, il dit sa poésie agreste. Cela ne commence ni ne finit; c'est l'épanchement d'une coupe trop pleine d'où le nectar tombe goutte à goutte avec tranquilité, c'est la naïve causerie d'une créature pensante avec la création bienveillante, ce n'est rien et cela met les larmes aux yeux de tous, et quand nfariua a fini nul ne bat des mains de peur que le songe ne s'envole. Alix de Bernatelli demeure penchée au bord de sa loge. Ignorante de ce qu'ils valent, elle n'a pas juge ces accents berceurs, elle les a subis avec le ravissement d'une àmo neuve et pure, elle les a bus comme l'eau des sources, aspirés comme la brise des montagnes. Avec un geste de recueillement sacré elle penche la tète s'jr ses mains jointes. Elle se sent heurojse et en bénit Dieu. Tout à coup la foule sort de son extase après des trépignements forcenés. Des voix énergiques réclament pour le dernier venu la récompense suprême. On veut le couronner sans jugement, sur l'heure, et les gens raisonnables ont fort à fair.i pour qu'on laisse circuler les urnes. Le dépouillement s'opère avec fièvre. Enfin on sait le résultat et c'est bien celui qu'on voulait: Marius Roucal est lauréat de la cour d'amour. Assourdi par de frénétiques clameurs, pressé par une foule enthousiaste qui l'étouffé presque en ses embrassements. le charpentier se fraie un chemin jusqu'à l'estrade. Les yeux baissés il écoute le compliment d'usagti et répond en balbutiant, le plus honnêtement qu'il peut. On l'applaudit encore, et le doyen des juges, un monsieur très décoré qui sourit sous ses lunettes, lui remet la palme d'honneur pour en gratifier la plus belle. Allez! dit-il. Grâce aux muses, vous voici l'égal des rois. Choisissez une reine d'amour et de beauté. A ces paroles l'humble artisan ressent une violente commotion d'orgueil. Ses yeux font le tour de l'assemblée, et plus d'une belle palpite dans l'espoir d'être choisie. Un éblouissement le fait chanceler. Oui, la voilà, c'est bieti elle, il a reconnu la vision coutumière. La voilà, la châtelaine, la fée. la muse vivante à laquelle (Suite à la page 36)

9 Mars 1931 MON M A G A Z I N E Page 7 Les Artistes de chez nous M. Emmanuel DES ROSIERS M onsieur Alfred.Laliberté, R.CA + Un maître en sculpture Professeur à 1 Ecole des Beaux-Arts Monument Dollaid à Montréal, Louis Héhert à Quel, te. Tomheau de Sir ilfrla Laurier à Otta wa. Chef d oeuvre qui 1 immortalisera: Galerie des métiers du Terroir et Légendes Canadiennes Samedi après-midi. Vers l'ouest de la ville, par les rues qui suintent déjà le printemps, au milieu des flaques d'eau sale où la neige fond lenteir.ent, je cherche l'oasis de paix que je trouve enfin rue Sainte-Famille. Le studio s'annonce par une tète jeune et un basrelief peints en vert. J'hésite un moment. Entierai-je dans le temple? Troublerai-je la quiétude du maître qui doit poursuivre un rêve d'art inachevé? Il le faut cependant, car lundi la secrétaire do rédaction viendra me trouver dans le brouhaha des machines d'imprimerie qui "matérialisent" la pensée et s'enquerra : "Vous avez quelque chose?" Comment pourrais-je répondre aux yeux questionneurs de "Franceline": "Je n'ai rien!" Alors? Il n'y a qu'une alternative: entrer! Oui, entrer. Cependant, M. Laliberté ce n'est pas un homme comme un autre, semble-t-il. L'homme qui a conçu le Dollard du Parc La Fontaine doit être un demi-dieu inaccessible, rêveur peut-être, distant. Je suis distrait devant cette vieille demeure de pierre, indécis, timide. J'ai interviewé d'autres artistes. J'ai vu des studios. J'ai scruté les coins d'ombres où s'effaçaient des toiles merveilleuses. J'ai cru que des marbres vivaient. Mais lui, le maître, comment pourrais-je l'affronter? J'entre dans la pénombre, antichambre qui laisse soupçonner de grandes choses car déjà, quoique ce ne soit qu'un couloir, je découvre des toiles, de la sculpture. Montez! Je voudrais être sculpteur. J'aurais eu du charme à interviewer M. Laliberté. Je ne suis qu'un pauvre journaliste ignorant; jetant un regard sur l'intérieur du studio de la rue Ste-Famille, je réalise combien je dois me faire petit, combien je dois écouter. Sans doute l'artiste ne fait pas étalage de grands mots, d'envolées oratoires divinisant son art; je sens quelque chose de surnaturel planer dans cette pièce, quelque chose qui m'étreint: c'est le souffle du génie, c'est le souvenir vivant et perpétuel de la gloire attachée à la sculpture. Nous avons tous admiré, ne fut-ce que dans le dîctionnaire, les pièces de sculpture léguées par l'antiquité et celles, admirables, des contemporains. Les privilégiés, ceux qui ont traversé l'océan, qui sont allés vers le foyer d'art qu'est Paris, ont essayé de percer le mystère des marbres. A certaines statues il ne paraissait manquer que le souffle de la vie; à d'autres, d'inspiration troublante, au ciselé hardi, il semblait qu'elles avaient dû vivre jadis. Qu'ont-ils pensé alors que leurs yeux ne se détachaient pas des monuments élevés par les artisans du burin? Leur rêve naissait peut-être; songeaientils qu'un jour, à leur tour, ils matérialiseraient une pensée d'art sublime? Songeaient-ils que de retour au pays ils fouilleraient la chair du marbre, qu'ils créeraient tels des dieux? Comment définir le génie? Quel est donc ce troublant mystèrti? La douleur ne semble pas étrangère à cette manifestation de beauté. Elle, qui est immatérielle semble se matérialiser dans le marbre. Le recueillement le plus intime se fait jour* il perce dans les traits de glaise des têtes pleines d'expression. L'homme vit dans le silence. Ses groupes de terre lui parlent. Ils lui racontent leur histoire; quelques-uns doivent en avoir de terribles; (Tautres voudraient le plaindre; d'autres le bénir. Volontiers j'écouterais le chuchotement des bronzes et des plâtres. L'horr.jne me tend la main. C'est dans un coin de studio qu'il me reçoit, "un pied à terre" me dit-il. Je sens tout de suite que l'artiste est bon, affable, lui-même. Il bourre sa pipe de blé-d'inde et nous causons; je suis maintenant plus chez-nous. On m'avait dit qu'il ne parlait pas beaucoup mais on m'avait dit également qu'il avait un coeur. Alors, j'écoutais. J'écoutais cette voix douce, je ressentais un charme que je n'avais jamais connu auparavant. L'homme parlait avec son coeur. Il parlait doucement, doucement comme le paysan de nos <{ampagnes qui vit dans le soleil, qui laisse la Nature lui parler. Ce qui nous frappa tout de suite, ce fut un bronze allégorique du "Vaisseau d'or" de NeFligan. Nous en parlâmes. Il fut question de littérature, de nos lettres canadiennes... et de Gill. Tout le monde a connu Gill poète et peintre, tout le monde l'a aimé. Il me semble voir dans le studio de la rue Sainte- Famille cette tête de Dieu grec au i-.irard profond, au port plein de majesté. M. Laliberté a tant de choses à diret que le doux souvenir s'efface. C'est la vie de l'artiste qui passe dans un cortège de chefs-d'œuvre Cet homme vient de la campagne, il est resté can> pagnard dans l'âme. Il est fils de cultivateur, il a remué la terre, le terroir, lui qui laboure aujourd'hui la glaise du studio; il a retourné le guéret qui sent l'humus; il a suivi le sillon où la semetice- s'égare; il a bûché les ormes que les oiseaux remplissaient de chansons; il a écouté, là-bas, sur la terre paternelle le murmure du ruisseau. Il revenait le soir par les sentiers déserts, alors que le couchant, très loin, s'enténébrait, vers la demeure des parents. Sa mère avait sans doute préparé l'omelette au lard parsemée de ciboulette et la miche do-

10 Page 8 M O N M A G A Z I N E Mars 1931 rée apparaissait sur la table rustique. La nuit, dans le grenier solitaire, Laliberté devait songer à un monde magique peuplé d'hommes de marbre. Au cours de ses années de jeunesse l'artiste a dû emmagasiner dans son coeur le trésor de sculptures du terroir que nous admirons, son immense studio. A vingt ans, son rêve d'art* s'ébauchait. pour Paris. Il y reste cinq ans. inestimable dans Il part Il étudie sous Thomas, qui est resté classique, qui n'a pas voulu se départir des canons légués par les Grecs, et sous Injalbert, qui l'est moins. Il obtient une mention honorable au Salon de Paris. Il retourne en France deux autres fois. Il y va surveiller le travail de fonderie des statues des Pè- Laurier, sarcophage porté sur les épaules de neuf femmes représentant les neuf provinces du Dominion. C'est un groupe admirable de beauté, de proportions justes. A Québec, Louis Hébert, devant l'hôtel de ville; à St-Jérôme, le curé Labelle; à Montréal encore la statue du Marché Maisonneuve, etc., etc. Au cours de sa carrière, un artiste comme lui ne pouvait pas ne pas buriner des monuments, la hardiesse de son coup de ciseau étant remarquable, ses compatriotes lui confièrent la réalisation des chefs-d'oeuvre qu'il a exécutés. Pour le Parlement provincial, c'eut Talon, Dorchester, Baldwin, Boucher qu'il fait revivre. A Montréal, nous allions oublier le Monument des Patriotes, la statue de Saint Joseph de l'oratoire, maine du dessin, M. Laliberté le réalise aujourd'hui en sculpture. Après avoir longtemps causé dans un charmant tête-à-tête nous suivons le maître dans le studio immense où sont nés les grands monuments. Il y fait froid, nous restons couverts, mais moi je voudrais rester tête nue devant la maquette de Dollard; je voudrais m'agenouiller devant le sarcophage de sir Wilfrid. Le pèlerinage commence. Le temple est vaste, effroyablement peuplé, plein de muses, rempli du chuchotement de ses innombrables statues. Je voudrais me recueillir, m'arrêter, mais non, je ne le peux pas, il y a tant de choses qui sollicitent mon regard; et l'artiste est là qui fume tranquillement "sa pipe de blé-d'inde". M Vlfred L VLIBERTE, R.C.A., professeur à l'ecole des Beaux-.\rts de Montréal. On voit ici le maître dans un coin de son immense studio de la rue Sle-Famille. Il n'y a là que quelques-unes de ses oeuvres. On peut voir, dans la partie supérieure du cliché, des pièces évocatricefl d<-s métiers et légendes du terroir, sculptures qui forment la plus belle collection d'art qui soit. res Brébeuf et Marquette exécutées pour la ville de Québec. De retour au pays lors de son premier voyage il exécute le buste de Louvigny de Montigny. La bâtisse où il était en exposition ayant été détruite par le feu, il dut le refaire. Ce buste est maintenant la propriété du Musée Fédéral à Ottawa. M. Laliberté qui à fait lui-même sa tète partage avec son ami de toujours, Louvigny de Montigny, la gloire du Musée National. Nous avons de lui de bons monuments, monuments qui consacreront sa gloire, qui feront survivre son nom. Dollard. au Parc La Fontaine est une grande inspiration d'un fait d'armes chanté par nos poètes. Il appartenait à cet artiste de l'immortaliser dans le bronze. A Ottawa le tombeau de Sir Wilfrid les maires Jacques Viger, P. McGill, etc., au bain Maisonneuve, "enfants au bain". Au cours de notre visite rue Ste-Famille, l'artiste nous a révéré une autre face de son génie. Nous avons réalisé que l'oeuvre à laquelle il travaille présentement léguera son nom à la. postérité. Il faut être hardi pour avancer ce que nous avançons, nous le savons. Mais quand l'on saura que Laliberté s'est attaqué à tous les métiers du terroir, à toutes les légendes de notre histoire canadienne, qu'il a fixé dans le bronre quelque deux cent freinte pièces représentant toutes les phases de l'industrie de nos pères et totites les figures de nos légendes, restera-t-on encore étonné k la nouvelle que l'oeuvre de l'artiste passera à l'immortalité? Ce que Edmond-J. Mawicotte a réalisé dans le do- D'abord ce sont les types de chez-nous, figures très rares aujourd'hui, "miroir d'àmes" qui disparaissent vite de nos campagnes: le notaire, l'habitant, le forgeron (le brave forgeron d'autrefois), la fermière), le rebouteux, le patriote, l'organiste, le pécheur, etc., en tout treize figures. Quelques-unes sont couiées dans le bronze, les autres, de plâtre, recevront plus tard le baptême du fondeur. Ces tètes sont étudiées, fouillées, justes. Laliberté les a vues, il les a scrutées. Magique, sous ses doigts, la glaise a vieilli ces visages; elle en a fait des exemples typiques de ce qu'étaient nos pères que n'avait pas encore mordu "le siècle". Nous nous étions arrêtés devant ces vieux masques. Je rêvais aussi à d'anciennes figures, figures

11 Mars 19 SI MON MAGAZINE P(UI< 'I à peine entrevues alors que je n'étais qu'un enfant, et l'homme à côté de moi inlassablement fumait toujours "sa pipe de blé-d'inde". Les métiers et choses du terroir. L'artiste a touché à tous les sujets. Il semble qu'il n'a rien oublié. Incidemment nous lui parlons de la "Laiterie", c'est un sujet qu'il traitera. Il fera un homme qui mange un plat de lait caillé saupoudré de "sucre du pays" à la porte de la laiterie de pierre. Il y a de tout. Le faiseur de sabots; l'équarissage des billots; le brassin de savon; la baratte; le tissage de l'étoffe; le brayage du lin: le cardage de la laine, la signature du contrat chez le notaire (on y voit et qui manifeste ainsi son pouvoir aux Indiens; la fille volage qui s'arrête le soir devant l'église et qui dans sa hardiesse insulte un revenant (légende naïve où l'on voit que le fiancé dut aller lui-même régler l'affaire avec le mort); la chasse-galerie ("c'est l'aviron qui nous mène, qui nous mène, c'est l'aviron qui nous mène en haut"); la dime du vingtsixième enfant (le bon curé» vient chercher la dîme de la chair: il faut des prêtres et le vingt-sixième enfant lui appartient); la confession au chantier; le semeur (la main large, il répand le blé dans le guéret); le scieur de long; combien d'autres choses encore qui nous échappent? vous faudrait rester des jours "dans cet oasis de paix" pour tout voir, et encore. Qu'advicmlra-t-il de l'oeuvre essentiellement du terroir? Le Musée de la province, à Québec, pourrait en être doté avec avantage. Le gouvernement s'intéresse au travail des artistes, sans doute, mais la collection de M. Laliberté sort de l'ordinaire; elle constitue une galerie trop intéressante pour que les autorités provinciales ne se décident pas à en prendre possession. Il y a beaucoup de travaux à exécuter dans notre pays, le budget est calculé méticuleusement. mais au point de vue éduiationnel on ne pour- LE GROUPE DES MUSES. Ce qui nous frappe en entrant chez M. LaUbertl et qui retient tout d'abord notre attention de profane, c'est le groupe des Muses. Celte pièce aux dimensions de monument possède un cachet de grâce et de beauté surprenant. Là, le maître ne s'est pas éloigné du Canon légué par les Grec, c'csi la méthode classique enseiunee par Chômas. le père qui se donne à son fils, ni l'un ni l'autre ne savent signer, ils touchent la plume cependant que le notaire paraphe le contrat); l'arracheur de dents (la victime est nu-pieds, son corps se contracte sous l'effet de la douleur) ; le loup-garou suivant le chrétien qui depuis sept ans n'a pas fait de Pâques (la fantastique bête possède un corps de boeuf, une tète de cheval et les cornes du diable); le "scélérat" est un colosse qui s'avance hagard, un couteau dans la main; les commères qui se rencontrent et qui tout en tricotant épluchent le voisin; la Corriveau dans sa cage; l'homme à la médaille auquel le diable apparaît (Messire Satan n'ose approcher quoique l'individu soit un renégat, la vue de la médaille sainte l'arrête) ; le bon curé qui circonscrit le feu de forêt Près de la cheminée, nous remarquons le "ber" sur lequel se penche la maman heureuse; deux têtes, celles de son père et de sa mère; un magnifique basrelief. L'oeuvre du sculpteur Laliberté en plus d'être grandiose est très étendue. L'observation de l'artiste est juste. Il n'est pas resté inactif au cours des quelques trente dernières années. Le secret du charme tout canadien-français qui se dégage de chacune de ses pièces du terroir, c'est qu'il est resté humble. Vous ne trouverez pas rue Sainte-Famille le dieu inaccessible que j'appréhendais y rencontrer. Vous y verrez un homme distingué, affable, peutêtre un peu bohème... mais bohème laborieux. Il ra jamais trop faire. L'oeuvre de Laliberté constitue un enseignement vivant; c'est une voix du passé, éloquente, évocatrice d'une industrie disparue ou qui disparait. Elle conservera la grâce de l'âme naïve de nos ancêtres. Elle nous rappellera le souvenir de ceux qui nous ont précédés sur cette Urre canadienne, de ceux qui ont bâti la nation forte à laquelle nous appartenons. Nous irons puiser au milieu de ces bronzes la détermination d'avancer dans le "siècle" et si un jour il nous fallait prendre une grande décision nous irions nous agenouiller devant la statue de Dollard. Il ne faut pas que cette collection soit démembrée, Il appartient à l'etat d'empêcher que ce trésor de sculpture soit éparpillé, aux quatre coins du pays.

12 Page 10 M O N M A G A Z I N E Mari 19 il LA PAGE DU POETE A L'AIME Ne me fais plus souffrir, ô mon Ame ingénue. Accueille mon offrande et comprends ces regrets; Qu'à ma fiévreuse main se rive ta main nue Et qu'à tes doux genoux s'exhalent mes secrets. Sans toi je n'étais plus qu'amertume et sottise: Je déchirais mes jours aux ronciers du chemin. Je frisonnais en l'ombre et tremblais à la bise. Et mes veilles d'extase étaient sans lendemain. J'ai pleuré sur la vie et pleuré sur moi-même. J'ai langui dans l'amour, n'étant point fait pour lui; Mais voici que tu viens et me redis: Je t'aime!... Et l'amour apparaît comme le Soleil luit. Tout est si naturel, délicieux et simple! Telle mûrit la vigne et tel mûrit mon coeur, Fruit longtemps resté vert, trop loin des grappes a m pies Que dorent les midis et dont bout la liqueur. _^ J'uttindais mon Soleil. C'est toi qui me le donnes. Par l'or de tes cheveux, le regard de tes yeux. Par toute la beauté qu'ici-bas tu rayonnes. Par toute la bonté que tu ravis aux cieux. Laisse-moi te plier comme une sainte Vierge; Laisse-moi te parler en te disant les mots Que mu mère m'apprit à la lueur du cierge Qu'elle allumait la nuit ]>onr chasser tous nos maux. Lasse mon front fleurir au sein de ton épaule Et se faner à tout jamais le mal d'antan; Clos mes deux yeux, scelle ma bouche; et, si je frôle De mon ànve ton àme, à moi fais-en autant. Puis, tel un vendangeur auquel sourit la Reine, Ah! laisse-nwi glisser entre tes mains, ce soir. L'humble coeur de nui joie et celui de ma peine, Et que tes doigts sacrés soient mon tendre pressoir! Maurice HEBERT Un jour vous partirez... Un jour, vous partirez pourtant, ô mon amour, Puisqu'ainsi vont nos destinées. Nos chers enchantements seront ces fleurs d'un jour Le lendemain toutes fanées. Vous ne m'aimerez plus et vous vous en irez Sans peur, sans regrets et sans causes, Pensant trouver ailleurs des bonheurs ignorés Pour combler le vide des choses. J'aurai beau vous ouvrir mes bras, vous rappeler, Vous montrer mes yeux pleins de larmes, Ils ne remueront plus votre coeur consolé. Pour vous ils n'auront plus de charmes. ELEGIE Eva SENECAL Par les longs soirs d'hiver, quand je me trouve seul Plié dans mes regards ainsi qu'en un linceul. Ou que dans ma maison vide et jadis si pleine Je vas la lampe en main, ainsi i/u'une àme en peine, A l'aspect du fauteuil recouvert de vieux cuir Où, tour à tour, je vis les miens dépérir. De l'armoire poudreuse et de la table oisive, Trop ample maintt nant pour son dernier convive. Je sens je ne sais quoi d'amer et d'étouffant Qui m'oppresse et me fuit pleurer comme un enfant. Epi faible et tremblant qu'oublia la faucille, J'incline à ce repos que goûte ma famille, Mais bientôt, ô mon Dieu, pour calmer mon émoi, Comme un fidèle ami vous descendez vers moi... Aux sons intérieurs de la sainte parole Mon coeur presque mourant renaît et se console. Et secouant l'effroi du désespoir passé Comme un songe pénible au matin effacé Il bénit le rayon dont l'éclat le- rassure. Ah, pardonnez, Seigneur, à mon triste murmure, Aux larmes dont parfois mes yeux sont inondés; Je ne mérite pas ce que vous m'accordez; Car vous me tenez lieu, sous mon toit solitaire, Et d'épouse, et d'enfant, et de père, et de mère. Jean RE.BOUL ooooqoooo PROMENADE Même quand je te quitte, avec moi je t'emporte. Notre dernier baiser sur le seuil de la porte Prolonge en moi longtemps la douceur de t'aimer. Quand j'écoute, je me surprends à te nommer. Tant notre vie à deux m'a mis cette habitude Au coeur de ne jamais croire à ma solitude. Je vais parmi la foule et je te dis tout bas Des mots, presque étonné qu'on n'y réponde JMS; Mes yeux ont des gaietés qui passent, incomprises... Puis mon goût d'aventures a de brusques reprises, Une femme au détour d'une rue, apparaît. Et voilà que mon coeur est tout-à-coup distrait. Et durant un instant, mon àme désireuse S'échappe et ne se souvient plus qu'elle est heureuse. Je redeviens un peu le rêveur d'autrefois, Soudainement épris de tout ce que je vois: Une bouche qui rit derrière une voilette, Des cheveux dénoués où brille un peigne d'or. Un visage qu'on sent meurtri d'amour encor... L'une, en passant, me plait d'être à peine jolie. Je l'aime, et puis une autre passe, et je l'oublie, Une autre passe encore et sa petite main Fleurit d'un peu de grâce un peu de mon chemin... Et puis, juste au moment qu'une autre me réclame. Je te sens t'éveiller doucement dans mon âme: Tout le reste s'efface et je ne vois plus rien Que ton visage ami se pencher sur le mien. André RIVOIRE

13 M O N M A G A Z I N E Page II Les Salons Français"" Henriette 7 AS S F Salons du 18e siècle Dans aucun temps, dans aucun pays, l'art de parler, sous toutes ses formes n'a été si remarquable qu'au 18e siècle. L'esprit étincelle en mille facettes, il nous surprend par mille tours délicats de la pensée il apparaît dans d'innombrables mouvements de nuances et d'expressions. Est-il rien de plus exquis qu'un langage élégant effleurant d'une aile capricieuse les sujets les plus divers et parfois les plus profonds? La. conversation est une pénétration intellectuelle aussi utile qu'agréable. Les homme*, dit Paul Deschanel, donnaient uns femmes de la solidarité et de l'élévation dan* le juyement; le* femme* donnaient ans homme* eette souplesse d'espiit, cette pénétration, cette connuissnnce de la natme humaine qui e*t leur science instinctive". Au 17e siècle la conversation eut de l'influence sur les moeurs, au 18e siècle, elle en eut sur les idées. La fen nie idéale de la société et de la littérature du 17e siècle était tendre, modeste, pure et loyale mais le 18e siècle nous apporte un type nouveau. Les portraits littéraires ont cédé la place à un mélange de scandale et de bons mots équivoques, de philosophie et de spéculations humanitaires. Nous sommes éblouis par la subtilité et la clarté de l'intelligence de ces femmes. "Quand tear iutel- Igence est cnltivee. dit la Rochefoucauld, je préfère leur société à celle de* homme*. Ou y trouve une douceur que nous ne trouvons pa* parmi non*; et il me *emhle qu'elle* s'expriment avec pllta de préc - *ion et donnent un tom plu* agréable aux chose* dont elle* parlent". On ne peut malheureuse r.ent nier que cette période, qui en France fut si fertile en idées, si active en pensées, si féconde en intelligences fut sans religion, sans morale, sans poésie et sans imagination. L'austère piété de Pascal les enseignements spirituels de Bossuet et de Fénélon, représentent pour la société du 18c siècle la croyance d'un autre âge. Ce fut Voltaire qui donna le ton. La spirituelle marquise de Créqui dit: "qu'aussitôt que l'on fait une mauvaise action, on ne manque jamais de faire une mauvaise maxime. Aa**itot qu'an jeune homme a de* affaire* d'amour, il ne *onhaite p'.us faire ses prières, et quand une femme trompe sou mari elle NNyï de ne plus croire en Dieu". Les Maximes de La Rochefoucauld étaient une règle de vie. L'esprit comptait pour tout, le coeur pour rien. Les seuls péchés qu'on ne pardonnait pas étaient la stupidité et la gaucherie. "Les vertus quoique supérieure* au *enti me ut, ne. ouf pa* au"si agréables"', dit Mme du Deffand. Klle était d'un âge dont elle fut l'une des personalités les plus frappantes. On a dit que l'instruction des femmes du 18e siècle, était rarement profonde. A un abbé qui voulait lui dédier une grammaire, Mme Geoffrin répondait: "A moif me dédier nue f/ra m maire, niais je ne sais même pas epehi". Mme du Deffrand, que Sainte Beuve, classe après Voltaire comme la meilleure classique en prose de l'époque, disait d'elle-même. "Je ne sni* pa* an mot de grammaire ; ma manière île m'exprimer est toujours le résultat de lu chance et indépendante des règles de l'art"... Mais on ne peut supposer que ces femmes qui furent journellement les compagnes et les confidentes d'hommes comme Fontenelle, d'alembert, Diderot, Montesquieu. Voltaire, Helvétius et Marmontel manquaient de connaissances. "('n point de morale, dit Rousseau, ne sera pas mieux discute dans une société de philosophes que dans celle d'une jolio femme de Paris". Parler bien avec esprit ou pousser les autres à bien parler avec esprit fut le principal don de ces femmes. Cet art fut la vie et l'âme de ces salons, l'aimant qui attirait les hommes de lettres les plus brillants. Ils trouvaient des amies, des conseillères dans ces femmes; ils consultaient leurs goûts, cherchaient leurs critiques, recherchaient leur patronnage, et il existait une camaraderie intellectuelle qu'on ne voit dans aucun autre pays comme en France. Il y avait des relations amicales qui étaient intimes sans être répréhensibles, que l'envie et la sottise ne venaient pas troubler. Un homme allait tous les jours chez une femme dont l'esprit lui plaisait sans que peur cela la calomnie s'exerçât sur eux. La science suprême de la Française était une connaissance des hommes, comprenant leurs goûts, leurs ambitions, leurs intérêts, leurs vanités et leurs faiblesses. C'est peut-être cette habitude de camaraderie intellectuelle qui rend compte de la part prépondéiante qu'elle a prise dans la vie politique, soc.ale et littéraire de la France. C'est ce qui lui donna une indéniable suprématie dans les salons, qui ont fai> du Paris la capitale sociale de l'kurope. CATHERINE II CE RUSSIE Nulle part ailleurs les femmes ne sont liées au même degré au succès des hommes. Il y a peu de Français remarquables dont la gloire n'est pas associée au nom d'une femme: Montaigne et Mlle Gournay, La Rochefoucauld et Mme de La Fayette, La Fontaine et Mme La Sablière, d'alembert et Julie de Lespinasse, Joubert et Mme de Beaumont, Chateaubriand et Mme Récamier, Lamartine et Elvire (Mme Charles), Victor Hugo et Juliette Drouet. Près de chaque grand homme il y a une femme dont l'âme est la force créatrice de son génie. Dans le domaine mental l'inspiration de la femme agit inconsciemment sur l'homme pour développer son impulsion créatrice. La femme féconde l'esprit de l'homme. Dans un poème du grand poète indou. Rabindranath Tagore, intitulé The (Irutcfnl il s'écrie: "/ l.uoic that it is because thon hadst loved me that the harvest of my jioetry and music sprouted forth ill radiant exelm in nee all through mg lite in endless forme and fancies". Rabindranath Tagore est peutêtre le plus grand poète de l'heure actuelle. De la calme et pensive marquise de Lambert, qui nomma la moitié des Académiciens de son temps, à l'habile niais peu scrupuleuse Mme de Pompadour, avec qui il fallait compter dans tous les changements politiques de l'europe, les femmes étaient "le pouvoir derrière le trône". Les femmes sont alors selon le mot de Montesquieu "f'ii Etat dans un Etat". Pendant la dernière moitié du 18e siècle le centre de la vie sociale ne fut plus la Cour mais les salons, qui atteignirent alors leur plus haute perfection avec une société brillante et complexe. Il y eut une réaction contre les vices et les folies de la Régence. Si la morale n'était pas meilleure il y avait plus de décorum dans les manières. Les salons types de cette époque ne sont plus ceux de la noblesse mais bien ceux qui sont animes par la présence habituelle des chefs et les droits de l'homme étaient discutées avec autant d'ardeur que les questions de croyance, de sentiment et de morale l'avaient été au siècle précédent. Si les salons du 17e siècle furent le berceau des manières raffinées et d'une nouvelle littérature, ceux de la fin du 18e siècle donnèrent naissance à une nouvelle philosophie. La pensée originale d'hommes comme Voltaire, Rousseau. d'alembert, Diderot, Condorcet avec ses diverses nuances avait trouvé une vogue grandissante. Ce sont leurs théories qui ont déclanché la Révolution française. Mme de Deffrand semble avoir une vision prophétique lorsqu'elle parle des raisonneurs et des beauxarts "qui dirigent le siècle et le poussent à sa ruine". La vogue de ces hommes reçut sa consécration finale dans le patronage des grands souverains d'europe. Voltaire, ami de Frédéric II, jouissait d'une rcnomn:é à la cour de ce monarque. Grimm et Diderot furent les invit s honoiés de la plus libérale des despotes et dissertèrent amicalement de leurs nouvelles théories avec Catherine II, à Sair t Pétersbourg. La grande Catherine en femme d'esprit qu'elle était détruisit d'une bouta.le les éloquents plaidoyers de Diderot: Avec tous vos grands principes, on tait de beaux Unes, mais de ma n va I*I s uttuiie*. \'ou* travaille! *ur du papier, ce qui permet tout et n'oppose aucun obstacle à votre imagination ni à votre plume; quant à moi, IMIIIVIC impcrutiice, je travaille sur l'épiderme humain qui est sensiti) et irritable". Les salons qui à cette période eurent une réputation européenne sont ceux de Mme de Tencin, de Mme Geoffrin, de MTP de Deffand, de Julie de Lespinasse et de Mme de Sabran. Le salon de Mme de Tencin appartient à la première partie du 18e siècle mais son esprit et ses tendances philosophiques le classent parmi ceux de la fin de ce siècle. Celui de Mme du Deffand réunissait les plus intellectuels parmi la noblesse aux hommes de lettres les plus fameux. Les deux mondes se mêlaient mais le ton était essentiellement aristocratique. Celui de Mlle Lespinasse était le lieu de ralliement des Encyclopédistes et fréquente par les rélorrr.citeui s politiques; les rares dons de son hôtesse y attiraient aussi plusieurs personnes du grand monde. Celui de Mme Geoffrin était modéré, quoique philosophique et absolument cosmopolitans Sainte Beuve dit: "qu'il fut le plus complet, le mieux organisé et le mieux "administré" de son temps, le salon le mieux établi qu'il y ait eu en France depuis la fondation des salons, c'est-à-dire depuis l'hôtel de Rambouillet. Le salon de Mme Geoffrin a ete une des institutions du 18e siècle". Mme dci Sabran, alliée aux plus grundes maisons de Fiance, voyait la meilleure compagnie et l'on saluait en elle une des survivantes de l'ancien Régime. Void le texte d'une lettre adiessé à Mme Tasse de!o jwrt de la "Revue des deux Monde*". Madame, Paris, 7 février 1931 Notre directeur, très occupé, a bien voulu me charger de répondre à votre lettre et de vous remercier de votre envoi; ce dernier fort intéressant, d'une documentation très vivante et très sûre. Qu'il est émouvant, Madame, cet ouvrage qui nous arrive de ce Camilla toujours si cher à nos coeurs de ce foyer si lointain et si proche, où rayonne toujours ce qui est encore et ce qui fut le meilleur de notre pays. Notre Directeur est heureux de vous savoir une lectrice de la Revue des Deux-Mondes et que vous avez pu y puiser des renseignements utiles pour vos travaux. En vous renouvelant ses remerciements, je vous prie d'agréer, Madame, l'expression de mes plus respectueux hommages. Jean RENOUARD Le livre de Mme Tassé, "Les Salons Français", se vend chez l'auteur,.'1721 rue Mentana, Montréal.

14 Page 12 M O N M A G A Z I N E Mars 1931 Nouvelle L'h omme qui laissa p asser I Emmanuel Desrosiers amour î \ i+,. + i C'est l'histoire d'un homme qui aima ou qui crut aimer, d'un homme qui n'était pas comme les autres mais qui avait un coeur. Cette année-là l'automne était venu très tôt, assombrissant les choses, jetant un voile de tristesse sur les grands bois déserts et troublant l'onde de la baie que l'été avait endormie. Sur les rives, lavées par les pluies, minées par l'incessant travail des torrents, la rafale avait ébranché les vieux saules dont les racines se déchaussaient sous l'effort de la vague continuelle; l'un des peupliers de la route avait été couché par l'ouragan et son grand corps n'était qu'à demi mort lorsque le cortège des nuits glacées apparut. Dans le parc, où, rabougris et si pleins de tristesse les arbustes s'étiolaient, les bêtes ne pouvant plus mordre le pré, s'étaient blotties près des meules de paille humide et attendaient comme si la mort y devait passer. Le jour, le ciel restait morne, sans éclat et sans feu et dès lors que le soir très loin encore, était pressonti, les brumes se massaient dans les nues et la plus effroyable des nuits ne tardait pas à venir. Les ténèbres aux figures de monstres s'installaient partout, s'emparaient des espaces et chuchotaient des récits d'épouvante. C'était en 1918, dernière année de la guerre. Partout il y avait des deuils, partout il y avait des coeurs à saigner, des âmes à souffrir. La perturbation universelle était présente en tous lieux, il n'y avait pas une conscience qui n'eut été touchée par l'effroi né du cataclysme. Pierre Bouchard, trente ans, n'avait pas voulu se marier à cause de la guerre qui ne semblait jamais devoir finir. Il craignait la tueuse, il redoutait ses coups, ses traîtrises Et comme il attendait la fin du bouleversement universel, son coeur se ferma à l'amour, il pensait que tout était mort en lui et que jamais plus il n'aimerait. Les cendres que l'on accumule dans ce foyer ardent qu'est le coeur humain ne sont jamais assez épaisses pour étouffer les braises de... l'amour. Il ne le savait pas! Professeur, très instruit, il avait jeté son dévolu sur la littérature. Il lisait, lisait incessamment. Sur la fin de 1918 c'était Thiers avec les batailles de Napoléon: de grands noms qui passaient, Lannes à Essling, Ney; la Bérésina, les Rostopchine et Moscou. Il mêlait ces gloires napoléonniennes à celles de la France contemporaine, rêvait d'écrire une épopée des hauts faits d'armes dè nos soldats canadiens-français. La fièvre se calma après la guerre... tout rentra dans l'oubli... Le coeur de Pierre Bouchard resta endormi. Il n'avait pas oublié, lui, ces années malheureuses, peut-être à cause de son coeur qu'il avait senti mourir peu à peu à mesure que la guerre avançait. Il songeait à l'effroyable vision commencée en Les nations haletantes, angoissées, se préparaient fiévreusement au combat. Les peuples belliqueux d'europe n'attendaient que le signal de la lutte. Qu'importait pour eux la vie de termites qu'ils devaient mener pendant quatre ans, qu'importait l'affreux holocauste des chairs jeunes et magnifiques; qu'importait le grand sanglot qui devait couvrir l'europe, les ailes déployées de la mort sur l'immense champ des armées, le bruit terrible des armes entrechoquées, qu'importait aussi la certitude des profondes perturbations sociales qui ne manqueraient pas de se produire dans les gouvernements monarchiques. L'ordre fut donné d'ensanglanter l'europe. Il songeait que la guerre l'avait rendu égoïste. Il aurait pu se marier quand même, mais il avait passé l'âge... lui semblait-il dâ se mettre en ménage... et pour bien des raisons et la principale c'est qu'il avait pris le pli du célibat. Il passait ses étés à la campagne et avait des amis qui le suivaient à sa maison rustique où il avait aménagé une bibliothèque bien fournie et où se rassemblaient les "esprits forts" du lieu. C'était pour lui un divertissement, mais quand l'automne venait avec son cortège de tristesses; que la lune se promenait dans l'espace infini; que sa lueur pâle mettait des ombres de squelettes au bord des routes, dans les clairières, partout où les arbres dressaient leurs grands bras morts vers le firmament tout bleu; à l'heure où les enfants dormaient dans leurs couchettes closes; où les moineaux des plaines se taisaient sous les fourches des ormes; quand la neige tombait comme le duvet des mouettes au temps de la mue; que les flocons blancs tourbillonnaient sous le vent de décembre et se reposaient doucement, doucement sur les viuilles pierres moussues des sentiers déserts, sur les perches des clôtures sur les toits des bergeries, dans la ravine où un pauvre ruisseau achevait de mourir; quand la masse blanche tombait toujours et que bientôt tout disparaissait sous l'épais linceuil que l'hiver étendait sur la nature endormie, l'homme était pris à son tour de tristesse. Tristesse indéfinissable, mal de vivre, retour sur le passé. Il se reprenait à espérer que la littérature le calmerait; tôt, il avait peur, et de l'objet de son admiration de jadis (il aimait Nelligan) : il s'écriait: "non, non, Nelligan, c'est la tentation, les retours douloureux et inutiles sur la grande idole du passé!" Son soeur se remettait à souffrir. Il avait peur de sombrer lui aussi, il craignait que sa carène d'or touche recueil. Pourquoi? il ne savait pas. La Nature elle-même lui faisait peur, il se croyait seul de son espèce, seul à ne pas aimer. Il aurait voulu mourir certain soir que la nuit était affreuse, que les paquets de ténèbres croulaient aux détours des routes. Il aurait voulu partir car il lui semblait que quelqu'un se cachait au delà de l'ombre immense, génie qui tenait dans ses mains les tempêtes, les aquilons les bourrasques, les bises... et sa douleur. Il rentrait chez lui effrayé et il rêvait. "Les pieds sur les chenets, le front terne d'ennui". Quand la mélancolie le prenait, une vieille blessure de son coeur s'ouvrait à nouveau. Il avait été malheureux toujours pensait-il. Il avait un ami, beau jeune et fier et la guerre l'avait couché au bord d'une route en fin d'été Son âme de poète avait imaginé que sa mort était survenue le soir à l'heure où les pâtres rassemblent les brebis aux pieds des collines. Les soldats avançaient, la guerre les tenait dans ses puissantes serres, ils allaient vers un détour de route où la faucheuse les guettait. Lui, il s'était sans doute penché afin de cueillir une fleurette que le sang des morts n'avait pas encore éclaboussée quand un morceau de ferraille lui laboura épouvantablement le torse. Il le voyait crisper ses mains dans l'herbe haute, se retourner à demi et se préparer à mourir. Près de lui, dans le chemin creux que la nuit tachait déjà, d'autres soldats incessamment passaient et allaient vers la mort qui les attendait plus loin. Il lui semblait que son ami dut voir, dans ce soir tragique, les taubes évoluer dans le firmament rouge, comme autant de corbeaux repérant les cadavres. Il songeait à l'heure douce de la défaillance, alors que les gouttes de son sang avaient coulé toutes, toutes. Maintenant, Pierre Bouchard avait quarante ans. Avec les années les souvenirs de la grande guerre ne s'étaient presque pas atténués. Il regrettait cependant ces années. Il les regrettait parce que c'est alors qu'elles s'écoulaient qu'il avait senti qu'il aurait pu aimer comme les autres. Tout était fini, il le réalisait bien... Il avait aimé. Il se rappelait maintenant une lettre bordée de noir dont les feuillets s'étaient couverts de larmes; longtemps, longtemps, il avait pleuré. Il relisait dans ses paperasses des phrases écrites jadis: "L'être que je chérissais le plus au monde n'est plus. Il est disparu à jamais. Je sais qu'il s'est enfoncô pour toujours dans la froide nuit du tombeau. Ne plus le revoir jamais! Oh! ce que le coeur d'un homme peut contenir de tristesse! C'est un secret terrible que celui d'un deuil qui dure toujours. Le coeur se change en une tombe secrète où des cyprès étranges croissent, torturés". Au bout d'années, le souvenir de cette douleur subsistait. Maintes fois, à travers les marbres froids du cimetière il promenait son ennui pendant que la brise chantait sa chanson triste dans l'herbe folle et que quelque oiseau de ténèbres passait à tire d'ailes au-dessus du champ des morts. Dans son journal intime où s'était plu à raconter sa peine, à la resasser, pour la garder toujours vive et douloureuse, il lisait encore: Il lisait encore: "Il repose au fond du sillon affreux que le fossoyeur creusa par quelque nuit lourde et ténébreuse. Là, sous mes pieds, des ossements que l'humidité doit rendre affreux. Certain soir j'imaginai que le firmament était un immense catafalque; avec les heures, cela changeait. Un catafalque? Oh! non. Des murs se dressaient entre la terre et le ciel, murs de Cyclopes, et bientôt s'élevaient au charnier de Titan. Il se peuplait de fantastiques et grotesques figures: gnomes, farfadets aux formes squelettiques. Cela changeait encore et toujours". Il ne chantait sa douleur que par les soirs sans lune, il avait alors des veillées de rêves magnifiques. Quand l'août épanouissait les fleurs des tertres et que la chaleur d'été obligeait les corolles à donner leur parfum, il allait, désoeuvré, errer parmi les tombes. Il regardait se dérouler les orbes du couchant et il vibrait à l'approche du soir. Son coeur continuait de saigner, mais la douleur s'atténuait... Certes, il ne fallait pas trop remuer les cendres sous lesquelles couvait tout un monde de sanglots. Aujourd'hui, il regrettait cette mélancolique existence. Il songeait qu'il aurait pu réagir. Il était trop tard. Il avait aimé? Mais non, n'avait pas aimé, ce n'est pas cela l'amour! Un jour, Pierre Bouchard laisse la ville méchante. La rivière des Prairies chante sur ses rives; elle glisse doucement, berce non loin des barques légères, et il rêve, du soleil plein les yeux.

15 Mars 1931 MON M A G A Z I N E Page IJ Pourquoi sa mélancolie revient-elle? Il lui semble qu'il est vieux déjà, quarante ans, et ses membres s'ankylosent, deviennent paresseux; pojt-être est-il hypocondriaque? il ne sait pas. Il lisait et la brise légère l'aidait à tourner les feuillets de son livre: C'était la vie passionnée de Maître François Villon, le vieux poète du Moyen- Age, l'homme qui errait de par la France, s'acoquinant aux reîtres, dévalisant les passants, fouillant même les dessous d'autel pour y trouver les vases sacrés qu'il revendait aux receleurs, et qui revenait fatigué, vieilli plus le même, chanter sa complainte magnifique près de Notre-Dame. Il évoquait le souvenir du Paris d'alors, berceau d'une langue torturée, mâle, pleine de heurts, mais combien belle df'jà, lorsqu'un cri d'enfant déchire l'air, une plainte terrifiée arrive jusqu'à lui. L'homme regarde vite vers les flots que le soleil dore encore malgré le jour qui s'en va. Un bambin s'y noie, il ne voit plus que deux petites mains qui s'agitent. L'onde attire le petit corps pris de syncope. L'homme va-t-il hésiter? Non, en hâte il se dirige vers la grève, l'enfant déjà est disparu. Pierre Bouchard nage vers un remou noir que surplombe un rocher solitaire. Arrivera-t-il trop tard? Sans doute le courant a entraîné l'enfant que la mort a déjà dû frapper. Il nagvi désespérément, se couche sur l'onde calme. 11 n'est pas un athlete, la vie sédentaire l'a apesanti, cependant son coeur est resté jeune, très jeune, presque le coeur d'un enfant. Il avance vers l'endroit où il a vu disparaître le bambin. L'eau n'est pas profonde, il voit couché sur les roches le corps menu. Il plonge, le ramène à la surface et atteint la grève. Que faire? Est-il mort? Il s'énerve puis se calme et commence la "rythme des noyés". Personne n'est visible aux alentours, le site est désert, sauvage presque, aucun être humain ne p:ut l'aider. Il s'acharne à vouloir ramener la v.e dans ce c:rps léger. Le bamb:n peut avoir onze an;, douze ans peut-être. C'est l'image de la plus belle jeunesse. L'enfant ne bouge pas, il est mort semble-t-il. Au front de l'homme de grosses gouttes de sueur perlent. Une heure passe et toujours l'image de 1 au-delà plane sur ce tableau terrible d'un nomme aux prises avec la mort Soudain le torse de l'enfant s'est bombé sous l'effort des aspirations de l'homme qui depuis longtemps colle ses lèvres contre les siennes. Ses joues se colorent, il est sauvé. Le soleil est encore brûlant et la bise légère est tombée; c est à peine si elle joue à t.avers les grandes herbes du rivage. Personne n'est venu, l'enfant était apparemment seul en cet endroit. Ses y:ux s'ouvrent doucement, doucement, et il regarde vers les nues lointaines. Qui est-il? Quel est son nom? l'homme r'en sait rien. Tout-à-coup le pauvre petit appelle: "Maman, maman!" et tend les bras vers je ne sais quelle vision dorée. L'homme re sait pas qu'un enfant c'est une fragile machine, une frêle chose, un monde de tendresse et... de mystères. Et, lui, il ne s'est ras marié, il a voulu rester "libre", les enf ints, il en a rarement connus et il ne les a jamais étudiés. Le bambin le regarde maintenant étonné et puis d.s larmes de ses yeux s'écoulent. C'est la faiblesse sans doute, pense l'homme. Et le petit continue de pleurer, il pleure sans rien dire. Le sauveteur est ému, il se hasarde à 1 prendre dans ses bras, il le rassure doucement emme l'aurait fait une maman. Un auto passa. Vite, les occupants de la voiture prirent l'enfant avec eux et le dirigèrent vers l'hôpital. Ce fut tout. Il regardait s'éloigner l'équipage. Il ne connaissait pas le nom du petit, il ne savait rien de ses parents. lirait et qu'il se sentirait bien seul quand le déclin viendrait. Il pensait qu'à l'approche de l'hiver de sa vie, son foyer serait désert. Son foyer! sa pauvre chambre de pension, pièce exiguë, sans charme, sans chaleur! Il se sentait seul, effroyablement seul et pris d'une tristesse infinie. Il lui semblait maintenant que l'église était froide, le silence du temple lui pesait. Il voulut sortir lui aussi, se mêler aux passants de la rue, oublier dans la cohue des hommes. Voici qu'au détour d'un pilier il se trouve soudain face à face avec un enfant, un enfant qu'il reconnut. Le bambin esquisse un mouvement de recul et malgré la sainteté du lieu et le respect dû au sanctuaire, se jette à son cou et le serre bien fort dans ses petits bras. Il sentit la caresse chaude de la joue veloutée de l'enfant et le contact délicat du jeune corps qui vibrait. Il avait reconnu le garçonnet qu'il avait retiré de la rivière. La scène s'é;ait déroulée très vite, une femme s'était approchée surprise et demanda à mi-voix: Que fais-tu, Raymond? Tu connais le mon- Oui dit l'enfant de sa jolie voix de soprano clair, c'est mon sauveteur. Ils sortirent tous trois de l'église. Le ciel s'était couvert de gros nuages gris qui couraient ameutés vers le sud et la foula pressée déferlait sans cesse rue Notre-Dame. Ils furent quelque temps sans parler. La femme se décida la première: "Vous avez sauvé mon Raymond, monsieur, je vous en remercie du plus profond de mon coeur. Le cher enfant vous Raymond a\ait douze ans. C'était un joli bambin exubérant de jeunesse, quelquefois mélancolique et porté à la rêverie, très affectueux, cajoleur même. Pierre Bouchard avait promit à la mère mourante qu'il continuerait d'élever l'enfant. Il en ferait on petit homme honnête, façonnerait son coeur, élèverait son âme. Un jour, au hasard, il entra à Notre-Dame. La r agie des tours de la vieille église, perdue dans le centre des affaires, submergée par les temples du dollar plus hauts que ses flèches, avait exercé sa rêverie sur son âme. L'ombre comme toujours hantait le grand vaisseau gothique. Là, il pouvait prier d ucement, se remémorer tant de choses et surtout penser au bambin qu'il avait retiré de l'onde mauvaise. Des touristes s'attardaient dans les allées, nénétraient dans la chapelle des mariages, scrutaient à leur retour la chaire magnifique et retourraient grossir la cohue de la Place d'armes. Il rriait dans son coeur, le regard fixé sur le scintillèrent de la lampe du sanctuaire. Il était malheureux, il ne savait pas. Ce n'était peut-être que de la mélancolie qui le faisait souffrir. Il avait peut-être manqué sa vocation. Pourquoi ne s'était-il pas marié, puisqu'il aimait les enfants? Il n'avait jamais pensé à cela. Il n'avait pas réalisé qu'il vieila reconnu, et comme le hasard nous a bien servis. Je croyais ne jamais pouvoir vous remercier Je serais restée si seule, monsieur. Je ne me serais jamais consolée de la disparition de mon enfant". Ce disant, elle regardait son fils qui l'écoutait. Elle reprit: "Pauvre petit, il a été longtemps malade. Il vous appelait, et pourtant il ne savait pas votre nom. La ville est grande, monsieur, comment vous trouver sans indice au milieu de ce monde inconnu qu'est pour moi Montréal? Tout à l'heure rous étions entrés allumer un cierge à vos intentions devant la statue de Thérèse de Lisieux et soudain Raymond vous rencontre. Vous occupez une grande place dans le coeur de mon fils..." L'homme écoutait rêveur et toujours malheureux malgré la présence de l'enfant qu'il aimait. Il refarda la femme. Elle était grande, svelte, distinguée. Il était gêné de la voir si près de lui, de l'entendre lui adresser la parole. Il voulut partir: Vous m'excuserez bien, madame, je suis très ému, il me faut vous quitter. Comme il prenait congé, il se sentit retenir le coude: par Mais, monsieur, vous viendrez chez nous. Le bambin le regardait les yeux embués, la figure suppliante. Il céda à la prière de la mère et promit une visite. Il irait puisqu'on l'avait invité, il n'y avait pas de mal à cela. C'était même un devoir pour lui de continuer l'acte de dévouement qu'il avait commencé alors qu'il avait sauvé la vie de l'enfant. Il se présenta donc par un soir d'automne. Le petit Raymond avait beaucoup de joie de revoir le "monsieur". Us parlèrent longuement dans la pénombre d'un coquet salon tout blanc. Au début de la soirée, il y avait un peu de retenue mais plus tard, la maman causant, l'enfant s'était rapproché de celui qui était déjà son grand ami. Il le regardait, l'écoutait, l'admirait. L'heure vint de se séparer. Il promit de revenir. Il revint souvent. Il se plaisait dans la compagnie de cette femme jeune encore et le joyeux babillage de l'enfant le charmait. Une pensée lui vint, pensée folle songeait-il. Cependant ça c'était vu! Il aurait voulu unir sa destinée à celle des deux êtres qu'il fréquentait, les chérir toujours, les aimer de toute la force de son âme de célibataire. C'est le coeur toujours gros qu'il réintégrait sa froide demeure sans amour. Raymond avait douze ans. C'était un joli bambin exubérant de jeunesse, quelquefois mélancolique et porté à la rêverie, très affectueux, cajoleur même. Il montait sur les genoux de son grand ami et lui contait tant de choses qup l'li"mme «'état pris à l'aimer d'une amitié plus trn1r\ La maman était heureuse. Tout ce qui touche aux enfants les touche également et la veuve chérissait elle aussi ce "vieux garçon" si bon Un soir Pierre Bouchard fut appelé au téléphone. Monsieur Pierre, disait la v:>x lointaine, venez chez rous à la campagne, maman vou-' droit vous voir. Elle est très malade. Cette même soirée, il partit pour la banlieue. Le médecin consulté lui dit que la mort de la femme était inévitable. C'était un? question d'heures Pierre, habitué depuis longtemps à bien des douleurs, accepta cette autre sans rien dire. L'enfant b prit par la main et le conduisit près de sa mère mourante. Monsieur Pierre, je m'en vais! V us aimez mon Raymond? Quand je serai partie, il sera seul ici-bas. Voulez-vous l'adopter? L'homme, inconscient, se jeta dans les bras de la moribonde, en sanglotant. Il se releva censolé car il avait enfin trouvé un objet à son d.v uemeit. Il cont'nuerait d'élever le petit Raymond, il en ferait un p:tit homme honnête, il façonnerait son coeur, élèverait son àme. Il le promit à la mourante. C'était en novembre, le malin. Les lueurs tauves de l'aube dansaient sur la muruill.- et ensanglantaient le grand Christ de plâtre jauni. Malgré ces incursions du soleil dans la chambre de l'agonisante l'oeuvre effroyable de la mort ne fut pas troublée, c'était le dernier matin. L'attente d'un événement inévitable, fut-il joyeux, provoque l'angoisse. L'attente de cette séparation d'un être cher avait quelque chose d'indicible. Pourquoi donc, elle, entre tant d'autres, allait mourir? La mort se faisait lente, et épouvantablement silencieuse. On eut dit que la moribonde tâtonnait dtjà dans les ténèbres, cherchait un appui qui manquait. Puis se soulevant à demi, elle se plaignit d'avoir froid. La mort venait. Ceux dont les yeux ne se dessillent jamais ne peuvent comprendre que Dieu ne peut rien faire qui ne soit dans l'ordre de son immuable gouvernement de tous les êtres. Un instant s'écoula. Au dehors, le firmament était tout embrasé et là-bas, vers la colline, les ormes dénudes semblaient frissonner malgré le matin vermeil. Par les routes rien ne passait, à peine si dans le lointain, la pâle fumée osait trembler un moment aux bords des cheminées. La mère était morte.

16 Paye 14 MON M A G A Z I N E Mars 1931 No live I le h i un or istiq ue Jules des Grèves U Express Maritime Voici ce que m'a conté Jean Sérien, élève du collège de X. Je suis un septième garçon, ce qui ne veut pas dire que j'aie un don. Il est vrai qu'entre l'ainé de mes frères et moi, il y a sept filles. J'ai d'ailleurs trois frères et quatre soeurs plus jeunes que moi. Toute cette vaine littérature à seule fin de vous dire que je suis le quatorzième enfant d'une famille de vingt et un et tous bel et bien vivants. Notre famille n'est pas la seule qui soit aussi nombreuse dans notre village, presque touui notre concession a obtenu la prime du_gouvernement pour douze enfants vivants et quand 7e parlais des belles familles canadiennes de notre rang à Monsieur Joseph Laperrière, notre professeur d'histoire du Canada, je le voyais jubiler: "Ah! la merveilleuse fécondité de nos mères canadiennes-françaises, s'écriait-il enthousiasmé, elle est le gage certain de notre survivance!" Représentant une élite, un coin de terre où se» serait conservé aussi intégralement la tradition saine de robustesse et de santé morale et physique, je devins bientôt son élève favori. Souvent, les jours de congé, il m'amenait à sa chambre, m'offrait des cigarettes et me posait des questions sur mon village et ses habitants. Au bout de deux mois, il connaissait tous les gens de notre concession, le nombre d'enfants dans chaque famille, il s'intéressait à eux comme à des familiers; quand je recevais des lettres de mes parents, j'étais obligé de lui communiquer toutes les nouvelles du village; les naissances, les mariages et les décès et à chaque nouveau baptême, il s'exclamait avec enthousiasme: "Quel pavs merveilleux! ElMOK un petit canadien-français catholique! Qui osera affirmer maintenant que notre race est appelée à disparaître?" Je suis élève du collège de X; mais j'habite à plus de soixante milles de cette ville, dans un rang double de la paroisse de Z. Le chemin du roi qui passe devant notre maison marche en parallèle, à deux arpents de distance à peine, du chemin de fer Canadien National et nous avons même une petite station à moins d'un mille de chez nous à l'endroit où le chemin de fer coupe la montée Saint-Louis. Je ne sais pas pourquoi je vous donne tous ces détails qui doivent vous paraître insignifiants; mais pour de pauvres habitants perdus dans une concession, avoir un arrêt de chemin de fer à proximité de la maison est chose très importante, si bien que depuis vingt cinq ans que cette station existe, la population a plus que triplé et notre rang semble un petit village. Avant de quitter le collège, en juin dernier, je suis allé rendre visite à mon professeur d'histoire du Canada, ce bon Monsieur Laperrière et comme je lui donnais une dernière poignée de main: "Que dirais-tu, si tu me voyais arriver un de ces bons jours, pendant les vacances? Mais Monsieur l'abbé, j'en serais très heureux et mes parents donc! Vraiment? Je ne vous dérangerais pas? Ma mère serait fière comme une reine de voir qu'un prêtre se soit dérangé pour venir me voir... C'est pour le coup qu'elle tuerait le coq! Non, je ne voudrais pas. Si tu veux me promettre que si je vais te voir, je ne causerai aucune somme additionnelle de travail à tes parents, j'irai passer quelques jours chez vous, j'irai voir de mes propres yeux cette population robuste, ces belles et nombreuses familles canadiennes qui vous entourent. Naturellement, je promis et partis joyeux comme un prince tout fier d'annoncer à mes parents qu'au cours de la vacance, un Monsieur njêtre viendrait me rendre visite. Quelques semaines passèrent et je commençais à croire que Monsieur Jos. avait oublié sa promesse, quand un soir, une lettre de lui m'annonça sa visite pour le lundi suivant. A cette nouvelle, il y eut bien un peu d'émoi dans la maison et dans le rang, pensez-donc, recevoir la visite d'un Monsieur prêtre! Si j'avais écouté maman, la moitié de la basse-cour y aurait passé et ce n'est qu'après un véritable plaidoyer que je réussis à arrêter son holocauste au coq <ft à un cochon de lait. Enfin, Monsieur Jos. arriva et en moins de deux heures toute gêne disparut. Notre visiteur ne consent^ pas à aller s'asseoir à la table que ma mere avait préparée à son intention dans la grande maison, il tint absolument à prendre place à la grande table de famille, que mes soeurs aînées avaient mise comme d'habitude dans la cuisine d'été, il se mit à la portée de tous, s'intéressant aux travaux des champs, aux cancans de rangs à tous ces mille et une insignifiances qui sont le fond de la vie de la campagne. Dès le soir de son arrivée, tout le monde l'adorait. Mais moi, je n'étais pas assez naïf pour croire que Monsieur Laperrière avait quitté ses chers livres, ses cahiers, ses manuscrits à seule fin de connaître mes parents et de venir causer vaches et chevaux avec mon père et mes frères. C'était de la documentation vivante qu'il était venu chercher et dès le lendemain, je l'invitai à faire le tour du rang. Attelle le Gris, Jean, me dit papa. Laissez le Gris où il est, mon cher Monsieur, ce qu'il nous faut, à Jean et à moi, c'est une bonne promenade. A ce soir. Mais vous allez venir dîner. Monsieur le curé? Ne nous attendez pas, je suis un marcheur infatiguable, je ne sais quand je m'arrêterai et si la faim nous prend, nous trouverons bien une bouchée quelque part. Si j'avais su, je vous aurais préparé un panier, dit maman. Ne vous inquiétez pas. Madame, nous nous débrouillerons bien. Et nous voilà partis. Chez Meunier, notre voisin d'en face, tous 'es enfants étaient dans les fenêtres pour nous voir partir. Jolie nichée, dit Monsieur Jos.! Oh! ils ne sont que dix-sept <ux Bien, mon petit Jean, ajouta-t-il en sortant un calepin et un crayon de sa poche, si tu veux, nous allons faire un recensement des familles du rang. Allons. Meunier... Son nom de baptême? Louis. Et les enfants: Louis, Pierre. Aglaé, Armande. Jean, Paul, Rosalba, Jérôme. Joseph. Rosalma. Albina, Louisa. Maria, Roch, Cécile, Gaston et Napoléon. Ici. c'est mon cousin Jean Laplume, cinq enfants: Louis, Paul. Arthur, Lucienne et Rosa. Seulement cinq enfants? Mais. Monsieur, il faut leur laisser le temps, ils ne sont mariés que depuis sept ans! Ah! Ici, un autre de mes cousins, Louis Laplume, quatorze enfants. Et ce fut un recensement en règle de tous les habitants du rang, il me fallut donner les noms et âees de< parents et enfants sans oublier les "petits défunts". Pierre Lozier et ses vingt quatre enfants; Louis Couture, quatorze; Jean Lauzon, dixhuit; Paul Serien, mon oncle, dix neuf. etc. Rendus chez Louis Bertrand, où le chemin du roi fait une courbe vers Saint J. il était midi. Continuons-nous plus loin? C'est la limite du rang. Mais certainement. Nous arrêtâmes quelques instants chez Paul Lalime et mon professeur enregistra ses neuf enfants Puis ce fut, à une dizaine d'arpents plus loin. Louis Tremblav dont les six enfants ne semblèrent pas enthousiasmer outre mesure Monsieur Jos. Pour la première fois, je remarquai que plus on s'éloignait du chemin de notre rang, moins les familles nombreuses étaient fréquentes. Enfin, à deux heures, nous arrivâmes chez mon oncle et parrain. Pierre Serien. Mon oncle Pierre, outre qu'il est mon parrain, est cplui de mes oncles que j'aime le mieux. Comme il n'a na< d'enfant et qu'il est riche, il paie mon collège et chaque fois oue je le rencontre il a toujours quelques monnaies à me passer, pour mes menus plaisirs. Chw mon oncle Pierre, nous dînâmes et anrès nnus être reposés quelques instants, nous reprimes le chemin de la maison. Durant le trajet de retour. Monsieur Jos. me parut plutôt préoccupé, il ne m'adressa que de rares paroles, semblait songeur; je mis sur le compte de la fatigue que moi-même, d'ailleurs, je commençais à éprouver, ce quasi silence. Il était près de six heures quand nous arrivâmes a la maison, juste à temps pour se mettre à table et au contact de cette exuberance de gaieté qui se dtgage d'une nombreuse famille attablée devant un succulent repas, la bonne humeur de mon professeur lui revint tout à coup. Il était maintenant huit heures, les petits étaient montes se coucher, mes autres frères et soeurs vaquaient aux divers travaux du soir et mon père, ma mère, Monsieur Jos. et moi, nous étions assis sur la terrasse, devant la porte. Et où étes-vous allés comme ça, cet après-midi? demanda mon père. Nous avons fait le recensement du rang. Saviez-vous que dans les trente sept maisons de cette partie du rang, il y a plus de cinq cents enfants? Tant que ça? Il est vrai que les petits mangeux de bouillie arrivent drus comme mouches chez nous. Il est une chose que je ne puis m'expliquer. Dès que nous laissons le rang, cette admirable fécondité semble diminuer et n'atteindre qu'à peine la normale. J'avais jamais remarqué ça; mais puisque vous m'y faites penser, c'est bien vrai tout de même. Prenez les autres rangs, il n'y a pas tant d'enfants qu'ici. Mais je vais vous dire. Monsieur le Curé, il y a une cause à ça. Je serais curieux de la connaître. C'est assez difficile à expliquer. Monsieur le Curé, mais, vous savez, s'il a tant d'enfants dans le rang, je vais dire comme on dit, ça dépend de "L'express Maritime". De l'express Maritime? Comment cela? Je ne sais pas comment vous expliquer cela... Jean, va donc chercher ma blague à tabac dans la batterie, tu fermeras la porte comme il faut avant de t'en revenir. Je venais de voir mon père bourrer sa pipe et remettre sa bourse à tabac dans sa poche et je compris qu'il voulait simplement m'éloigner. Aussi, je ne fis qu'un crochet et reviens vers la maison pour entendre, de derrière les persiennes, l'explication que papa allait donner. Comme je vous le disais Monsieur le Curé, ça depend de l'express Maritime. L'Express passe chez nous à quatre heures et demie du matin. Vous avez dû remarquer que la ligne du chemin de fer longe le chemin du roi. Nous autres, les habitants, nous nous couchons de bonne heure, le soir et comme nous sommes bien fatigués, on s'endort tout de suite. On pourrait bien dormir jusqu'à sept heures; mais il y a l'express Maritime. À un demi mille de la montée Saint Louis, elle vous lance un Pou!... Pou!... Pouuuuuuuuu! on se réveille en sursaut. On pourrait se rendormir, mais voilà la cloche: dling! dlang! dling! dlang!... et puis la sonnerie de la traverse à niveau: Dringdring dringdring... et cela tant que les douze ou quinze voitures n'ont pas passé le chemin. Vlan! ça y est. tout le monde est réveillé... A quatre heures et demie, il est encore trop à bonne heure pour se lever, cinq heures et demi, c'est bien assez vite. D'un autre côte, si on se rendort, on s'expose à passer tout droit... Ca fait que... Enfin, vous comprenez? ajouta-t-il en éclatant de rire. Oui! je comprends, répondit Monsieur Jos.. qui. lui aussi, riait de bon coeur. Je refis le crochet que j'avais fait précédemment et vins annoncer à mon père que je n'avais pas pu trouver sa bourse à tabac. Je suis distrait, me répondit-il, je l'avais dans ma poche. Il regarda Monsieur Jos. et maman et tous trois partirent d'un franc éclat de rire. J'avoue que je n'ai rien trouvé de comique dans l'explication qu'a donnée papa et que je ne comprends pas l'influence que peut avoir le passage de l'exprès-.maritime sur le norr.hre d'enfants de notre rang, mai* comme Monsieur.los. a semblé trouver très prohante cette exnlicat'on et que tous trois v ont trouvé matière à rire, il faut croire qu'elle est comique et probablement que vous êtes plus fute que moi, Monsieur Jules des Grèves et que vous devez savoir... Alors?... Alors. Jules des Grèves a écrit cette nouvelle...

17 Mars 19)1 M ON M A G A Z I N E Page 15 ROMAN Anne-Marie PAXHELEl A La double vie de Maître (Suite de la livraison de février) Heulin Elle hausse les épaules et s'active à fermer la déchirure d'un talon. Les doigts de l'homme s'immobilisent sur les pailles flexibles. Il murmure: Va-t-on rester tous deux comme ça, à se meurtrir le coeur?... Elle laisse tomber son ouvrage et se cache la figure des deux mains. Doucement, il lui découvre les yeux et demande, ému par leur angoisse: Si je t'ai fait de la peine, dis-le moi? Pourquoi vas-tu si souvent chez elle? Par pitié... Tu dis ça... Il s'irrite et lâche les mains qu'il avait gardées. Que j'ai t'i fait pour démériter ta confiance? Soudain les mensonges des dernières semaines se dressent dans son souvenir, il n'ose plus protester de son intégrité, ses accents se font humbles et douloureux. C'était pas assez des reproches d'argent, v'ia que tu m'injuries dans ma tendresse. Comme il lui parle doucement! Sur ses paupières, il passe ses doigts qu'il retire humides. Elle le regarde, oppressée... Mon Pierre, je n'suis qu'une pauv' femme ben fière de t'obéir. On n'est jaloux que par trop d'amour. Un tel élan de foi et de tendresse aurait dû cicatriser toute meurtrissure mais, depuis son crime. Heulin est dominé par une sensibilité presque morbide; plusieurs jours passent sans qu'il puisse parvenir à chasser de sa mémoire les répliques qui l'ont blessé. Conscient de ses ressentiments involontaires, il redoute que sa femme ne les discerne aussi. Un matin de la semaine suivante, du hangar où il fend du bois, il la voit traverser la cour, les yeux baissés sur son tricot. Comme elle parait soucieuse! Ne souffre-t-elle pas de le sentir si rancunier? S'il lui faisait un sacrifice coûteux, capable de lui rendre joie et confiance? Valentine? J'arrive, dit-elle, en le rejoignant. De sa hache tendue, Pierre désigne une énorme bûche. Vlà de quoi se chauffer pour la nuit de Noël. Elle s'assied sur une brouette, ses longues aiguilles cliquetant sous ses doigts agiles. Ca durera plus que ma veillée. Toute seule au coin du feu, j'aurais guère d'agrément. Je me passerai de messe de minuit pour rester avec toi. Elle se tait, mais quelle gratitude au fond des yeux levés sur lui. Pierre ne sent presque plus le renoncement qu'il s'impose... Et voici qu'un nouveau bonheur le pénètre, bonheur de sentir quel oubli de soi, quel bon sens avisé dictent les paroles qu'elle prononce enfin; il les écoute, avec cette gratitude des coeurs aimants pour les êtres aimés qui révèlent leur? qualités secrètes. Manquer le réveillon du père? La première fois depuis nos noces, tu n'v penses pas... Ah! je l'entends, le vieux, rire avec ses invités: une mère garder son homme pour bercer la marmaille!... A tout coup j'aurai mon plaisir après la grand'messe; dînerat-on pas chez l'ancien, Marie et moi? Et bien, j'irai puisque c'est ton idée... Il s'est rendu à ses raisons, tout content de n'être point sevré des allégresses annuelles. Cependant cet acquiescement si facile lui parait jaillir d'un fond d'égoïsme qui le fait rougir. Va-t-il donc reprendre d'une main ce qu'il offrait de l'autre? Non certes! Il cherche, il trouve promptement le moyen de compenser la satisfaction que Valentine refuse. Surtout, manque pas de mettre ton sabot parmi ceux des petits... Mon Pierre... Il a repris son travail, ses coups résonnent comme un chant de triomphe. E.lle,silencieuse, savoure la tendresse qui déborde de son âme, et réfléchit, ses paupières battant sous l'émotion d'une lutte intime. Ecoute, Heulin... Il cesse de besogner. A l'heure des vêpres, faudra nous rejoindre en carriole avec tes gàs, et le soir on ramènera le père chez nous, manger l'oie aux marrons. Mais qui gardera not'dernier? Qui fera la cuisine? Elle l'enveloppe d'un long regard abandonné. Hélène donc, et ses enfants soupeiont à not' table avec elle. Vivement, il fiche son outil dans un tronçon de chêne et vient embrasser la paysanne. T'es une r emme de coeur, Valentine... CHAPITRE VII La veille de Noël, encore sous l'impression si douce de l'union retrouvée, Pierre prend le chemin de Loroux. Sa fille trottine à ses côtés. Il rit de la voir effleurer d'une menotte respectueuse la blouse neuve qui préserve ses habits de noces, et s'extasier avec l'admiration facile des petits. Au détour d'un sentier, cessant de caresser la manche bleue luisante, l'enfant désigne une forme sombre et menue courbée vers le sol. Tiens, Reine qui ramasse de l'herbe pour ses lapins. La petite Ménandeau, l'entend. M redresse et sourit. Viens donc avec moi, je vas faire un bout de conduite à papa. La main dans la main, les deux fillettes précèdent l'homme qui s'amuse de leur babil: mais bientôt son coeur se serre en écoutant la fille de Jérôme expliquer. Moi, l'année dernière, j'ai eu deux grosses pommes rouges et une jolie sarcelle bleue. J'en voudrais ben une autre, à c't'heure qu'on a si souvent du pain sec. Pourtant j'aimerais 'core mieux une poupée. De ses lèvres, le mot s'est envolé gonflé de rêves. Fais comme moi demande au petit Jésus... Reine secoue la tô^-e. Aux pauvres, i n'donne que des affaires utiles; maman l'a dit... La frêle voix s'est bris e dans un «anglot. Marie est toute remuée. Elle fait quelques nas en silence puis, vive, saisit son amie par le cou. Pleure pas que j'te dis... s'i r.'apporte une poupée, tu l'auras... C'est tout le portrait de ma défunte mère, songe Heulin, mais i ne faut pas que son bon coeur la prive, je trouverai le moyen de contenter tout le monde et Valentine ne manquera pas de m'approuver. Les enfants congédiés, il poursuit plus rapidement sa marche. Une bise aigrelette lui pique la peau; le ciel gris et bas semble se rapprocher du sol dur où les vignes tordent leurs souches tourmentées; les pièces de terre ondulent, mornes et brunes, sépaii es par des haies qui ne montrent plus que leur* épines et par la route grise qui sonne sous ses sabots. A sa droite, une brume voile l'horizon, si large quand le ciel est clair. Déchirant les vapeurs floconneuses, les clochers de Nantes émergent, flous et lointains. "Vrai temps de saison", rr.urmure-t-il; et il scande le pas en fredonnant un vieux Noël. Mais bientôt son chant traîne et s'éteint. Où donc est l'allégresse des années passées, l'allégresse limpide, exaltante, dont nul remords ne brisait l'élan? Le Loroux approche, amas de maisons sans greniers, aux toitures de tuiles à pentes douces; quelques demeures bourgeoises dominent, hospitalières et cossues sous leurs ardoises qui luisent. Dans la rue de la cure, Pierre interpelle Marion Bodin assise derrière sa fenêtre. Aurez-vous le temps de m'attifer une poupée d'ici minuit? A vot' service, maître Heulin... Satisfait, il se hâte vers la rue des N'onains où Mirette et sa mère tiennent boutique. Derrière les vitres de leur étroite croisée, une poupée bourrée d'étoupes, suspendue â une ficelle, balance son corps de coton rose: longue taille de guêpe aux membres écartés. Son visage de carton bouilli aux yeux trop bleus, aux joues trop rouges, aux lèvres trop souriantes se couronne d'une chevelure en filasse jaune d'or. A force de naïveté, sa laideur est sympathique, touchante même. Il entre et s'informe du prix qui le fait hésiter. Prenez-la, maître Heulin, c'est n'a dernière, j'en ai vendu quatre depuis jeudi que votre femme m'a étrennée. Comme ça Marie aura la brune et la blonde, deux soeurs jumelles quoi... C'est pas pour Marie, mère Gàtineau, mais pour la Reine à cette pauvre Guillet. Mettez 'core un couteau de corne et puis le gros poupard qu'est là-haut, Jean et Nanette seront contents avec ça... Le gros poupard? Prends l'échelle, Mirette, et passe le moi. Le visage vers les rayons de bois, le tailleur demande avec un sourire goguenard que Pierre, trop droit, ne saurait pressentir: Et pour Hélène, qu'allez-vous prendre? Rien, comme de juste... Il poursuit ses emplettes mais sans entrain. Sous ces poutres mal équarries, jadis tout respirait la joie: dans leur bocal de verre, les billes d'agate luisaient, minuscules arcs-enciel; les sucreries multicolores. les surprises de papier glacé, jetaient dans tous les coins des notes vibrantes rouges, jaunes, vertes, bleus d'azur, gaies comme des rires d'enfant... Mais qu'elle est triste, ce soir, cette boutique étroite et basse, chichement ouverte sur des rues sans vie! Plus triste encore fut le frugal souper du beau-père; jamais le vieux n'avait eu ces plaisanteries forcées, cette jovialité fatigante et fausse. Déformant toutes choses par sa propre mélancolie, Heulin est trop replié sur lui-même pour discerner celle des autres; il ne perçoit pas quelle resignation affligée nuance l'adieu de Goulven à l'issue du repas. Alors, mon fî, tu pars chez le barbier?... Va donc, avec des gàs de ta classe tu te secoueras un brin... A pas lents, le paysan gagne le seuil. Il sort. Une gouffée d'air froid balaie la cuisine chaude où Perrine, à grand vacarme, lave les plats de faïence et les couverts d'étain. A peine a-t-il refermé la porte qu'une aigre voix monte, brutale et satisfaite. I' vieillit, vot'gendre, père Guersac! Les camarades de Pierre l'ont accueilli bruyamment... Assis sur les chaises, les comptoirs, ils risquent d'impatients coups d'oeils vers l'arî ière-boutique où, à la lueur des lampes à huile, le barbier et ses aides frottent de mousse neigeuse des joues tannées. Groupés dans un angle, des vieux parlent politique. Leur doyen, le père Cavolaud, maigre et fibreux comme un cep de vigne, hoche sa tête aux yeux blancs et serre les poings sur son bâton. Ah! mes gàs, quand le roué reviendra... Son Antigone, en câline rapiécée, surgit de l'ombre et soupire: Vous n'en s'rez point pus riche, mon père, vous n'en s'rez point pus riche... Ça fait rien, tais toué... Les éclats de rire retentissent: à Pierre, ils semblent aussi luguores que des cris d'oiseaux dans la nuit. Nerveusement il attend son tour. Enfin, le voici livré aux ciseaux, aux rasoirs, aux savonnettes et, bientôt libre de partir; mais il ne se décide plus à quitter cette compagnie tapageuse, où il peut s'isoler dans un silence qui reste inaperçu. Des carillons s'égrènent dans la nuit. Les maisons se vident; emmitouflés de cache-nez et de châles, les gens s'interpellent avec bonne humeur et s'engouffrent dans l'église vibrante de cantiques. Heulin voit Guersac en face de la chaire; il s'arrête près d'un pilier. L'ombre est trop dense pour qu'il puisse lire dans son gros paroissien aux tranches jaspées, mais il connait par coeur et se redit tout bas le cri de triomphe et de reconnaissance: "Un enfant est né, un fils nous a été donné..." Six ans plus tôt, c'était huit jours après la naissance du petit Pierre cette allégresse catholique avai» éveillé dans sa chair un écho inoubliable et puissant que chaque Noël, depuis, faisait retentir. Cette année, il n'éprouve que de la honte d'avoir transmis la vie... lui, un homicide... Il voudrait oublier. Comment donc arrêter le flot montant des souvenirs? Soulevées par la vague de tristesse, des images affluent en sa mémoire: il revoit les inondations, les

18 Page 16 M ON MA G A Z I N E Mars 1931 digues rompues, la Loire s'enflant Kiurde et brutale au-dessus des champs dévastés, grondant à l'assaut des fermes, roulant de ses remous jaunâtres les barques des sauveteurs. Vers lui nulle main secourable ne peut se tendre. Depuis minuit la neige tombe, fine, serrée, feutrant le sol d'un clair tapis. Après deux heures de réveillon, Pierre regagne son village, panier au bras, lanterne en main, abrité sous l'immense parapluie prêté par Guersac. En dépit du froid rude, une douce, une brûlante chaleur anime son sang; est-ce le vin qui caresse encore son gosier?... Aidé de Perrine, le bonhomme a bien fait les choses... trop bien même... Sur la haie blanche il voit courir les flammes bleues de l'omelette au rhum; cette neige? mais c'est la graisse éblouissante du lard rose et doré; et ce bruit sec? des blanches qui craquent, ou les noix brisées par les convives? Diable de père Goulven... soigner son muscadet, remplir les verres, ça le connaît... "Assez, assez, papa" Allez-y voir... "A ton âge, fiston, ça se porte de première classe"... Et marchez donc, encore un bouchon qui saute.. Vieux dur-a-cuire... il peut boire tout son saoul sans être une miette dérangé... Un gendre moins solide au poste, quelle honte! Pour ne pas humilier le beali-père il a fallu se raidir, tout avaler... D'ailleurs il n'est pas gris... qui donc oserait dire qu'il est gris?... On ne peut pas le nier, le jour du tirage au sort il avait pris un coup de trop... mais avant, mais depuis, jamais... pas cette nuit, surtout, un autre homme vivait en lui à la messe qu'il se sent si gai, si fort... C'est drôle, et s'imposait au réveillon... pâle, soucieux, "rapport" à des choses qu'il vaut mieux oublier... Les invités se gaussaient de sa mine de carême... Le joyeux Pierre s'est mis de la partie et le triste Heulin lui a cédé la place... A regret, faut ben le dire... voulait-i pas le contraindre à refuser les tournées, à taire ses gaudrioles? Mais Pierre a son honneur, il n'a pas flanché, aussi le voilà content... Grâce à lui, la vie de tous va devenir si belle... Sa petite Marie, les deux autres petites filles, comme elles berceront leurs poupées... ça l'attendrit jusqu'aux larmes... et Jean qui n'avait pas de couteau... Enorme monceau de neige, la maison d'hélène s'estompe dans la nuit. Aux tremblotantes lueurs de sa lanterne le paysan distingue la porte vermoulue et les planches dont il l'a naguère consolidée... S'il entrait doucement, bien doucement, fairv l'office du petit Jésus?... Hier, il avait compté sur Valentine; dès son lever, avant le réveil des enfants, elle serait allée chez les voisins;... mais mieux vaut ne point lui causer cette nuit... Pourquoi, demande l'homme triste? Pierre lui doit-il des raisons? En tout cas, ce n'est point qu'il rougit de se montrer saoul, car il est dans tout son bon sens... à preuve, la bonne idée qu'il vient d'avoir... Précautionneusement ses doigts font jouer le loquet. L'huis sans serrure et jamais verrouillé* selon l'habitude de certaines campagnes honnêtes et confiantes tourne sans plus de bruit qu'un lièvre fuyant sur la mousse. Le paysan pose sa lanterne à même le sol battu. Un faisceau lumineux s'étale vers la cheminée; six pommes rutilent dans des petits sabots de hêtre. A pas, de loup, sur ses gros (haussons bleus, il traverse la pièce et, les gestes ouatés de silence, s'agenouille, décharge son panier, dispose avec complaisance la robe azur de la poupée blonde, la cape rouge du poupard, puis, satisfait, se relève. Il regarde les dormeurs: Reine, doucement, respire, dans un autre lit la mère gémit, se retourne, près de l'innocente accablée de torpeur. A gauche, il devine le grabat dont il a réparé les montants; couché en chien de fusil, Jean y ronfle sourdement. En face de tant de misère et de faiblesse, i'obsédant souvenir surgit. Heulin se hâte de sortir. Dehors il retrouve dans ses veines l'ardeur des vins capiteux, et dans son coeur l'insouciance et la gaité. Rentré chez lui, il s'attarde dans la cuisine, garnissant les sabots avec des soins minutieux. Son adresse le remplit d'orgueil. Il faut pourtant regagner la chambre où tous reposent. A contre-coeur il s'y résigne. C'est toi? Vous avez passé une bonne soirée? Je te conterai ça demain, Valentine, je dors debout... C'est l'homme sage qui a parlé... Pierre s'en rend compte, mieux valait le laisser répondre... Il se glisse entre les draps et tout, joie, tristesse, sombre dans l'oubli. CHAPITRE VIII Huit vibrations argentines refoulent sous leurs ondes le silence de la chambre et se mêlent au tic-tac du balancier, au grincement de l'antique horloge gainée de bois. Le paysan ouvre les yeux. Ce tintamarre lui déchire le cerveau, combien sa tête est douloureuse, qr.e s'est-il donc passé après la messe de minuit? Il se lève et s'habille tandis que, lentement, les images assoupies se réveillent et renforcent l'acre dégoût qu'il a toujours depuis son péché: lui, 'Heulin le sobre" comme on l'appelle, il a noyé sa raison par peur des moqueries! Sa vanité le perdra... Il croyait s'arrêter à temps, dès qu'il eût cessé d'être un trouble-fête, mais déjà c'était trop tard... pourvu qu'il n'ait rien trahi de ses secrets... Tremblant, il entend venir Valentine... A-t-elle, ou non, vu son ivresse? connaît-elle sa sotte équipée? sa jalousie va-t-elle renaître? Elle enti-.', la joie aux lèvres... - Mon homme, t'a deviné mon désir... Ses yeux rayonnent d'amour sous l'arc des bruns sourcils qui tendent à se rejoindre. Elle coiffe d'un dé d'argent son doigt bourrelé, d'engelures et, levant le rideau de la croisée, fait miroiter dans la lumière les ciselures fines. Pierre la regarde avec angoisse, il ne sait comment amorcer les confidences qui vont troubler ce bonheur... Une exclamation le fait sursauter: Mâtin, les belles affaires qu'ils se sont pavées... et ça crie misère... S'aoprochant de la fenêtre, il voit les Ménandeau qui traversent la cour... Ecoute..., c'est moi qui leur ai donné... Quand donc? La porte s'ouvre, brusquement poussée par Marie et ses frères. Entourée d'enfants aux sourires épanouis. Hélène parait, son maigre visage illuminé de gratitude; elle écarte les plus petits et pénètre avec l'aîné dans la pièce. Oue vous êtes bons pour nous... Ah! Maîtresse Heulin, faut-il que vous soyez habile... être venue comme ça de nuit, sans réveiller personne... Les lèvres serrées. Valentine écoute; à cause de Jean mieux vaut taire son indignation au risque de passer pour dupe. Mais qu'il est cruel de paraître accepter les effusions d'une hvpocrite qui sans doute triomphe et vous nargue en secret... Ses yeux durs, sa pâleur et celle de son mari, trahissent le bouleversement de leurs âmes. Jugeant plus discret de rie point demeurer en tiers, alors qu'un dissentiment trop visible sépare les deux époux, Hélène se rétire en remerciant encore. A peine seule avec Pierre, sa femme lui saisit les poignets entre ses doigts qui sa crispent... Cette nuit... Valentine, sur mon honneur... Des menteries! Tu sauras m'en forger... ça te connaît comme la chambre des veuves... Elle tremble si violemment qu'il a nitié d'elle. Sans relever l'insulte, il la contraint à s'asseoir et, refoulant tout orgueil, tente à genoux de la consoler. Le regard perdu dans le vide, elle le laisse parler. A pein»* semble-t-elle l'entendre; sur ses joues décolorées, les larmes roulent sans arrêt. Tu me crois, n'est-ce pas?... Tu sais bien qu'hélène est un honnête femme? Elle se lève. Il veut la retenir, mais d'un geste rude elle le repousse. *» * Elle a pris le chemin du Loroux sans avoir voulu lui répondre. La matinée se traîne morne et lente; que de nuages s'amoncellent contre leur amour, contre sa propre sécurité... Aura-t-il le courage de rejoindre sa femme chez Guersac; après les mots imprudents qu'il a pu dire quel accueil lui réserve le vieux? Les Moynard et les autres convives, quels racontars ne vont-ils pas répandre? La certitude d'avoir parlé ne serait pas plus terrible que les appréhensions parmi lesquelles il se débat. Tout en pansant les animaux il rumine son angoisse. Petit Pierre et Valentin trottinent sur ses pas, les doigts violets et le nez rouge; ils ré pètent indéfiniment, dansant d'un sabot sur l'autre: P'tit soleil du bon Dieu, ouvre tes portes Pour réchauffer mes pieds et mes menottes. Combien ces enfantillages l'agacent! Les marmots seraient bien mieux auprès du feu qu'à piétiner dans la neige. Il les fait rentrer, jette du sarment sur les braises et veille quelques minutes la marmite qui mijote. Plus d'une heure encore avant midi... Il appelle Jean Ménandeau, le charge de surveiller les enfants et la soupe, puis se dirige vers le Bas- Pé: "En dix minutes, je serai chez les Movnard et je saurai à quoi m'en tenir". Devant lui les champs moutonnent, immaculés; des fleurs de cristal pendent aux branches, et le soleil à travers les nues amincies diffuse un pâle rayonnement. La nature entière est une symphonie discrète qui se nuance du gris perle au blanc lumineux. Incapable d'en apercevoir la tranquille harmonie, Pierre a l'impression de fouler un linceul tendu et qui moule les plis du terrain. Dévalant, grimpant tour à tour, il atteint les "cent marches" creusées à même les parois d'une faille, belle ce matin comme un marbre pur. Au bas de cet escalier rustique s'abrite la borderie des Moynard. Les femmes qui s'activent dans la grande salle le voient descendre et rient entre elle, cordiales et moqueuse. Cette gaîté de bon aloi dont son ivresse nocturne est cause, le fâche, mais le rassure en même temps. L'aïeule vient sur le pas de la porte, et désignant un bâtiment quelque peu en retrait: Allez donc rejoindre nos hommes, i sont "à faire des lois" au bout de la barrique avec le promis de not' Cendrine. Trois générations de Moynard dix-huit à quatre-vingts ans font les honneurs du cellier aux Cavolaud. oncle et neveu. Heulin. c'est le bon moment, un coun de muscadet? Non?... pas possible? Mon cru vaut le cru de Guersac... Tu ne renâclais pas au réveillon... i Justement, assez comme ça... Jamais assez... proclame Cavolaud, lyrique. Le muscadet, y a pas au monde deux vins pareils; et dans le Nantais y en a pas de meilleur nu'au Loroux; et dans le Loroux pas de meilleur que chez les Moynard... et chez Moynard pa<= de meilleur que celui-là... pa< vrai. Baptiste?... Pour sûr. tonton... C'te barrique, comment qu'on va l'appeler? Courte-vie... Tout de même. Baptiste, faut qu'on en laisse pour ta noce. On rit, on trinque, on se congratule. Tu pars déià, mon Pierre? Faut ben, j'suis d'euisine. Il regagne son village, on poids de moins sur les épaules... L'aménité de tous ces buveurs montre qu'il n'a rien révélé dans son ivresse. Cependant de lourds soucis continuent de l'accabler, et deviennent d'autant plus obsédants qu'ils cessent d'être refoulés par une crainte plus grave. Il ne peut dîner que du bout des lèvres, et c'est en vain qu'il essaie de se distraire en s'occupant de ses petits gâs. Vers la fin du repas, Hélène arrive et met la pièce en ordre pendant qu'il attelle; puis elle commence à dépouiller de leurs écales les châtaignes destinées à farcir l'oison. Il s'attarde à la regarder. Rien qu'à respirer auprès d'elle, un calme bienfaisant le pénètre, le comble, lui tient lieu de toute pensée. Pourtant, il faut partir...»» La cariole file vers le Loroux... Petit-Pierre et Valentin rient aux cahots qui les secouent et s'amusent des formes étranges dont la neige affuble certains arbres rabougris. Leurs saillies laissent l'homme indifférent. Sa pensée reste accrochée à l'image contemplée tout à l'heure, si tranquille et sereine... Malgré ses chagrins, Hélène n'a point de ces sautes d'humeur qui donnent de l'agrément aux passions naissantes, mais qui fatiguent à la longue et altèrent l'amitié; si Valentine avait ce caractère paisible, ses devoirs envers les deux voisines ne se heurteraient point. Après la scène de ce matin, comment continuer de secourir l'une sans aigrir les ressentiments de l'autre? Etant le maitre, il pourrait agir à son gré, sans s'occuper des soupçons et des plaintes de sa femme, mais ce serait finir de tuer en elle la confiance et la paix. A bien réfléchir, d'ailleurs, il n'a le droit de commander que si le bien du foyer est en jeu, en dehors de là, une épouse n'a point à se soumettre... Mais où le devoir n'oblige plus, l'amitié peut demander encore: à force de douceur et d'adresse, il parviendra bien à convaincre Valentine d'être généreuse envers Hélène... Pourtant, s'il n'arrive pas à l'y décider? Il faudra donc réduire les services qu'il rend à la veuve, la voir le moins possible? Une recrudescence de tristesse l'envahit... Inquiet, il s'interroge: "Elle me tient donc ben au coeur?" Pierre est trop franc pour s'abuser. Son honnêteté foncière, que n'entamèrent jamais les compromissions sentimentales, réagit spontanément contre l'amollissante certitude: Pas de ça... ma femme est ma femme... Il se peut qu'elle ait quéques défauts, mais le neuvième com irandement est là... la vraie vérité: c'est moi de nous deux qui a le plus besoin de pardon. * Glacés de neige, les toits du Loroux brillent sous le ciel grisâtre. Après avoir remisé son attelage à "L'aigle d'or" Heulin s'en va,, les deux bambins à ses côtés, vers la maison de Guersac. Comme au temps où il se rendait "fréquenter" Valentine, son coeur bat sous sa veste, mais ce n'est plus de joie. Il a les jambes molles en faisant jouer le loquet... Sitôt que le battant s'entrebâille les enfants se faufilent dans la cuisine; lui s'attarde sur le seuil. Des bonjours ravis se croisent. Déjà l'aïeul est occupé à faire sauter ses petits-fils : Plus haut, pépé, plus haut! Hop-là, p'tit Pierre! hop-là, Tintin! Tenant ce dernier dans ses bras, Goulven se tourne vers son gendre: Que je vive encore quinze ans pour apprendre et laisser le métier à ce gàs-là, puis je mourrai content. Posant le gamin à terre, il offre ses mains tendues au paysan avec l'habituelle cordialité, puis il chuchote en désignant des yeux Valentine assise, immobile, face à la cheminée: Elle est en rogne après toi, mon (Suite à la page 28)

19 Man 1931 M O N M A G A Z I N E Page 17 I L/t CAWSELQIE rruininr J La vraie place de la femme. j! As-tu lu l'encyclique du pape, dans { laquelle Sa Sainteté s'élève contre les j abus du féminisme? Il y a, dans ses! amendements, une phrase dont le sens j me ravit: "La vraie place de la femi me est sur ce siège vraiment royal, j où elle a été élevée par l'evangile, et { dans l'intérieur des murs domesti-. ques". Tu te souviens de nos dispu- ' tes avec vos ainées à propos du bon et du mauvais féminisme, et mes clai meurs contre l'enseignement moderne! conçu de telle sorte qu'il vous oblige- rait à ces excès de sciences dont la i meilleure raison était que le bachot! et la licence les exigeaient.! Faites-leur apprendre le sanscrit si telle est votre fantaisie, mais, pour î l'amour de Dieu... (et je ne croyais i pas si bien dire...), que vos filles ap- prennent l'art de la vie et tout ce qui i les prépare à leur rôle familial... Nous étions quelquefois si excitées! par la discussion, les arguments con- { tradictoires se heurtaient d'une telle violence que personne ne s'y reconnaisj sait plus, et nous finissions par rire } de la passion apportée au jeu. i Te voilà assise sur ton trône royal, ' petite Colette, et, si tu t'offres quel- { ques meditations, tu dois songer que j la trigonométrie t'est d'un assez fai- ' ble secours. C'est que tu entres dans I la vie, la vie vraie, et elle aussi, à i chacun de ses angles, accroche un j poème et un problème. Pour l'ins- I tant, tu considères tous ces angles j avec un peu d'inquiétude et beaucoup! de bonne volonté, mais tu en ignores I les formules. Tu ressembles, en cela, I à beaucoup de tes compagnes. Le ] courant moderne n'a plus le temps de prévoir pour vous les murs domestiques. On a' tout appris... le tout d'un programme, bien entendu... et on s'aperçoit que ce qu'on sait n'est pas d'un usage très comestible. On a une petite àme étonnée qui a des illusions comme l'oiseau a des ailes. Mais on se demande par quel bout commencer l'ouvrage nouveau. Garde-les, ces chères illusions; sans rêve, tu ne serais pas une femme; mais emprisonne-les, ou, plutôt, metsles au service de cette existence quotidienne si belle, quand on lui fait honneur. Montes-en les degrés avec le plus de dignité que tu pourras. Prends soin de ta bonne humeur, elle est un élément précieux, et ennoblis ta tâche "aux travaux ennuyeux et faciles" par l'intelligence, par l'ordre et même par l'esprit que tu apporteras. Et, d'abord, as-tu réglé ta maison? Le matin, à heure fixe, chantes-tu la bonne chanson primitive et Drosaïque du foyer? Composes-tu cette symphonie familière qui a son 1er mouvement: l'organisation nette et claire de la journée? Et puis., son Aiitlniile, écho émouvant de ta vie intérieure. Ensuite, son Scherzo, qui, léger et preste, fredonne la part du plaisir. Enfin, son Finale, conclusion d'une oeuvre harmonieuse... Car chaque jour est un morceau d'art; il y faut de l'inspiration et de la méthode; le souffle classique et l'esprit des modulations; le sens du thème qui, malgré l'heure changeante impose son rappel et discipline cette mélodie qui n'est, chaque fois, "ni tout à fait la même ni tout à fait une autre". Pour tout dire, je te demande, des l'aube. aube raisonnable, mettons neuf heures, un brin de génie. Et, s'il te plaît, tu songeras à la nourriture du corps, à celle de l'esprit, sans oublier celle de l'âme. Mais, d'abord, attardons-nous un instant à cette bonne nourriture matérielle, qui fait les repas joyeux. Crois- Ce au'il en restait. Si invraisemblable que paraisse le fait que je rais vous citer, et surtout le mot qui le termine, il est bien réridique. En longeant l'autre jour, une des rues commerciales du quartier St-Roch de Québec, j'entendis deux vieux ouvriers à tête grise, se disputer à la porte d'une épicerie, mai» ils se disputaient proprement, gravement, avec la soli unité pâteuse des gens qui ont eu soif, et des gestes professionnels trahissant leur metier. L'un, le plus petit, qui avait la tenue d'un forgeron ou d'un serrurier, d'un homme de fer en tout cas, levait et laissait retomber alternativement sou bras, comme s'il enfonçait un gros clou; l'autre le plus grand, portait une équerre qui le signait menuisier, étendait le bras droit dans toute sa> longueur, et le ramenait aussitôt, comme s'il rabotait une planche quelconque, et le spectacle en râlait bien vn autre. De quoi discutaient-us? Quel était le motif de leur querelle? Je ne m'en souviens pas bien, mais je me rappelle qu'à un certain moment le menuisier à bout d'arguments sans doute déclara: "D'abord à quoi bon discuter arec un homme "qu'a" pas de religion"! "Pas de religion"! s'écria le serrurier indigné, qui i H em/a dans le ride un prodigieux coup de marteau. "Pas de religion"! "Non t'a pas de religion", "si tu en as, dis laquelle? un homme qui ra seulement fias à la un sse le dimanche". Et l'autre fit cette étonnante et simple réponse, mais <iui résumait tout un passe, et encore un peu de présent peutêtre: "J'ai la religon de la première communion". J'affirme avoir bien entendu, et je fus même heureuse pour le bonhomme à l'équerre, qu'il se fut exprimé avec tant île bonheur et tant d'inattendu. Depuis, j'ai compris, en y réfléchissant que ceux-là qui se disent trop forts, trop bien, trop grands, trop fins, pour pratiquer, pour se dire croyants, ont néanmoins, encore au fond de l'âme, la relii.iou de la première communion, et ce sera peut-être celle-là, qui leur parlera un jour. Puissent-ils l'entendu! moîi sous ses airs grossiers, elle est d'importance et de style. Le bienmanger révèle mille qualités inventives de la part de Ta maîtresse de maison et un souci charmant d'offrande. Je crois à la poésie intime de la table, symbole d'apaisement. Ses aspects réalistes cachent un lyrisme où le sentiment a sa part; elle offre mieux que des mets, elle marque l'instant de la detente. Et, comme dit l'ecriture, "l'époux chante les louanges de celle qui fait la maison aimable"... Mais, voilà, sais-tu faire la cuisine?... J'aimerais assez entendre tes propos avec Mlle ton cordon bleu. Es-tu plus calée qu'elle? L'est-elle plus que toi? Ou pataugez-vous toutes deux à la recherche du menu, sans être bien sures d'en trouver l'âmi», et sans que vos talents combinés sachent mêler le pittoresque à l'économie? Ne prends pas exemple sur cette petite Solange, ton amie, qui disait: "Moi, j'aime les cornichons et la salade avec, si on veut, un bout de charcuterie. Mon mari adore la choucroute. Alors, c'est simple. Un jour, nous mangeons la choucroute à la brasserie; le lendemain, les crudités de ia maison. Pour la commodité du service, il n'y a pas mieux". Annette DUCHESNE niums décorent à merveille la maison dans des vases de faïence rustique. En septembre-octobre viennent les dahlias si riches de tons et si beaux dans un cristal de Bohème. A cette n mem-lature on peut ajouter Evidemment, mais que deviennent les fleuri sauvages qui se conser les estomacs à la cinquantième choucroute vent desséchées et (turent fort 1 ngme! et comment passe la trentiètemps: camomille, houx, menthe, orgie de cornichons? Ces régals, bryone, ronecu, lavande, fougère mâle qui sentent leur bohème, peuvent sont admirables dans un aquarium se.t.bler drôles par hasard; mais ils trarsformé en jard : nière. Dans un sont à la table ce que les calembours ancien -eau de puits on groupe: Sureau, sont à l'esprit, et je défie bien qu'ils Torbier, Chèvrefeuille, Arnica, laissent cette impression de bonne Sauge, avivées par ces admirables compagnie, ce charme du repas mitonné feuillage rouge vif des arbres du Cation. si propice au génie île la conversanada. Si, comme je le crains, tu es MARCE CLERY. brouillée avec le principe de la poule au pot, excite ton imagination sur ce problème de qualité: suis quelques cours; initie-toi aux secrets de la sauce RUBRIQUE CANADIENNE mousseline et du soufflé doré à point; achète des livres spéciaux qui Petite Beauceronne St-Georges deviennent chefs-d'oeuvres à l'instant de Beauce demande à correspondre qu'ils sont clairs. Lis des recettes avec jeunes gens canadiens, sértéux. comme des poèmes. Essaye-les bravement. Tante MADELON Au revoir, petite Colette! Remonte sur ton siège royal, c'est bien un trône. Et tu as le meilleur des gouvernements: le bonheur d'autrui. Yvonne SARCE.Y Toutes les fleurs Les fleurs, douces petites choses parfumées sont la plus radieuse parure du home; qu'imp.rte leur sorte, modestes ou précieux produits des serre elles ont toujours pour nous le mèm? attrait et la même valeur decorative. De Novembre à Février, les chrysanthèmes à l'odeur blond.' et amère régnent en maîtres, leurs pompons échevelés sont ravissants en gr isse touffes dans un large vase de cuivre; ii obtient d'heureux mélanges dj tons avec les blancs "Soeur Mélanie", les rouges fonces "Julie Lagranère", les oranges "Soleil d'or" avivés par les "Cottage Pink" du pourpre le plus rayonnant. A la même époque on a le mim sa, les orch : dées aristocratiques, les narcisses blancs et jaunes, les violettes claires et foncées; les jacinthes blanches et r ses viennent en mars avec les coucous. En Avril, Mai, c'est une débauche de teintes et de variétés; tulipes, myosotis, les premières sont ravissantes dans une faïence Italienne. Puis on marie les blancs muguets aux pensées dans un vase de poterie blanche, on assemble les opulentes pivoines dans une grande cruche à lait d'étnin ill l'ancien temps. Juin aporte les pavots avec lesquels on fait des b uquets à la japonaise, pour cela! n en place un ou deux dans un vase à long col avec une branche de feuillage sombre, du laurier par exemple, dans le mémo goût vont deux iris et des feuilles de lierre. Les rhododendrons dans un vase de grés sont au : si à recommander ainsi que les bruyères blanches et vases dans les iai tin èces basses. En Juillet voici les roses de toutes sortes, rien ne va mieux qu'un vase assorti à leur teinte, puis les campanules d'un gris bleu pâle charmantes iluns l'argent d'un vase moderne, ainsi que les hydrangeas à leur aise dans une grand.' carafe. Les eillets poivrent l'atmosphère au mois d'août, le gypsophile est lemon Heu'.- compagnon; les a-tres de Chine, les clématites, les raina Marguerite-, les hortensias, les géra Va ton chemin sans plus t'inquiéter: La route est droite et tu n'as qu'à monter... Pour arrêter la rhutr de* rhrvfiti Frictionner une ou deux fois par semaine, vigoureusement le cuir chevelu avec la lotion suivante: Iodure de potassium 10 gr.; huile d'amandes douces 100 gr.

20 Page 18 M O N M A G A Z I N E Mars 19 il!#\ MCE) Les échar )es seront La mode fait preuve de tact et d( très en vogue mes ure dans 1 es circonstances Vous devrez, madame, posséder ce printemps un certain nombre d'écharpes de soie dans les dessins de plaid, rayures et quadrillés, si vous voulez suivra la mode. Négligemment nouée au cou, formant parfois 1e joli noeud "Ascot" une écharpe aux teintes vives ou sombres, appareillant ou faisant contraste avec votre robe ou manteau, sera indispensable pour la rue ou le voyage. Il va sans dire que la tenue sportive comporte nécessairement une écharpe, mais c'est surtout avec le tailleur qu'elle garnira le mioux l'encolure, sans oublier le confort qu'elle assure. Modèle fourni par Dupuis Frères Limitée Une roi rone noire Pour le bureau ou lo voyage, une jolie robe de crêpe romain, canton, plat ou de crêpe satin est toujours du meilleur goût. Le modèle que vous voyez à droite est très uni, la garniture de l'o.icolure s'étendant jusqu'au revers en pointe du corsage qui s'agrémente de trois boutons. Corsage bloussant et ceinture à la hauteur normale de la taille. La jupe, très godée est d'un effet très jeune. Modèle fourni par Dupuis Frères Limitée Personne ne songe à regretter l'année qui vient de se terminer. Elle se signala par toutes sortes de bouleversements, par des cataclysmes terrestres et célestes, par des krachs financiers et des désordres politiques, par des ruines, des deuils, des larmes... Jamais année ne fut plus franchement mauvaise. Seule, la mode nous continua vaillamment le sourire de ses chiffons. Aussi, tout à fait mal venus les gens qui s'acharnent à nous vouloir démontrer que les maisons de couture et de mode sont à la veille de faire faillite et que les femmes renoncent désormais à s'habiller. Pour un peu, à les entendre, nous serions tout près de les voir toutes revêtir la robe de bure. Certes, il y a crise; et fort sages sont les femmes qui réduisent leurs dépenses, économisent sur leurs toilettes. Mais elles y apportent un tel savoir-faire qu'elles restent, qu'elles resteront toujours, et quand même, élégantes... Les couturières simplifient de jour en jour la mode, après quelques vains essais dans le sens d'une mode plus riche, plus compliquée, plus turbulente. Elles se sont rendu compte que l'heure actuelle, pleine de difficultés, n'était pas aux folles élégances, mais à l'élégance tout court, ce qui est très différent. Elles ont donc allégé les robes de garnitures inutiles, supprimé les poufs et les drapés, recourant au seul jeu des découpes pour obtenir formes et façons nouvelles. Moins d"'ensembles" pour le matin, mais des tailleurs à la blouse très ouvragée; moins de manteaux pour l'après-midi, mais des petites vestes courtes. Des robes jeunes, pratiques, surtout pratiques, en parfait équilibre avec notre nouveau genre de vie. Et de ce principe, découlent de charmantes improvisations qui rendent la mode du printemps aussi attrayante qu'élégante et facile à porter. Elles nous montrent, ces robes, quelques ravissants tissus de fantaisie où dominent écossais et pois; mais, c'est encore les tissus unis qui l'emportent. Malgré la prenante séduction des crêpes lamés pour le soir et des taffetas fleuris, on accueille plus volontiers la mousseline-chiffon, dont la simplicité s'accorde mieux avec la simplicité que nous imposent les événements. La réapparition de la traîne aura été de courte durée. Nos robes du soir s'arrêtent plus volontiers autour des pieds, en vrai cercle, ou bien d'une manière irrégulière obtenue par des pointes, des pans, les uns plus courts et les autres olus longs, ce qui, à mon avis est très jr»li. Les corsages sont de plus en plus ajustés; ils enserrent étroitement le buste dont ils soulignent la gracilité. La taille oscille entre la ceinture et les han-

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