CONJONCTURE FRANÇAISE

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1 CONJONCTURE FRANÇAISE Faiblesse de l investissement L amélioration récente du climat des affaires peine à se traduire par une augmentation de l activité. Dans le secteur industriel, la production reste très en retrait des niveaux enregistrés avant la crise financière. Les exportations, dynamiques au premier semestre, ont diminué lors des trois derniers mois connus. La dépréciation de l euro à partir de l été 2014 a constitué une bouffée d oxygène pour les entreprises tournées vers l étranger mais elle bénéficie également à nos partenaires. Ainsi, les exportations françaises de marchandises représentent 12,3 % de celles réalisées par les pays de la zone euro, ratio quasiment stable depuis le printemps Au final, le commerce extérieur aura probablement à peine contribué à la croissance en 2015 compte tenu de la vigueur des importations (malgré la réduction de la facture énergétique). La demande domestique est tirée par la consommation des ménages, les investissements des agents privés comme publics demeurant à la traîne. Après un passage à vide au printemps, les dépenses des Français en biens se sont raffermies de 0,7 % au troisième trimestre, tirées par la progression de leur pouvoir d achat. En même temps, leur taux d épargne reste élevé puisqu il a sans doute dépassé une nouvelle fois la barre des 15 % de leurs revenus au second semestre À moins d une surprise sur les stocks, le PIB devrait augmenter de l ordre de 0,2-0,3 % au troisième trimestre (le chiffre sera publié le 13 novembre par l Insee). Clairement, la reprise manque de souffle. PAGE 10

2 Conjoncture française LA SYNTHÈSE Le climat des affaires se redresse lentement en France. En octobre 2015, l indice mesuré par l Insee auprès des grands secteurs de l économie a atteint 101 après les deux mois précédents (valeur équivalente à la moyenne des dernières décennies). Il est élevé dans le secteur du commerce de détail (110) qui bénéficie de la résistance de la consommation des ménages liée à la faiblesse de l inflation. Cette dernière est à peine positive de sorte que le pouvoir d achat des revenus après impôts des Français augmentera probablement d au moins 1,5 % cette année, après une hausse de 1,1 % en 2014 et un repli lors des deux exercices précédents. En revanche, la situation demeure difficile dans le bâtiment, l indicateur synthétique ressortant aux environs de 90 depuis plusieurs mois. Les entrepreneurs interrogés sont plus nombreux qu en septembre à anticiper un repli de leur activité à court terme. Pourtant, si l amélioration-entretien reste à la peine, le segment du logement neuf retrouve de l allant, à l image des ventes des promoteurs qui ont rebondi au premier semestre. Enfin, l indice de confiance des industriels se maintient autour de 103 depuis l été et celui calculé dans les services où l emploi amorce une reprise augmente de trois points en un mois (). Dans ce contexte, aucun franc redémarrage de l investissement des entreprises permis par la progression des profits après impôts n est observé. Les immatriculations de véhicules utilitaires comme les surfaces de construction non résidentielle évoluent peu et le taux d utilisation des capacités industrielles demeure en retrait de deux points par rapport à sa norme passée. Des économistes de la Banque de France ont récemment souligné le rôle déterminant de la demande anticipée pour expliquer l atonie des dépenses du secteur privé depuis la crise, en France mais aussi dans les autres grandes économies. En effet, les incertitudes sont nombreuses : dans le sillage de la Chine, quasiment toutes les nations émergentes marquent le pas, tandis que, sur le plan domestique, les chefs d entreprise indiquent que leur visibilité reste faible. Les exportations de marchandises depuis la France ont augmenté de 3,5 milliards d euros en moins d un an en juin 2015, stimulées pour l essentiel par la vigueur de la demande hors de l Union européenne. Lors des trois mois suivants, elles ont cédé plus de la moitié du terrain gagné précédemment. Le déficit commercial reste conséquent, même s il se réduit : 38 milliards d euros en rythme annuel actuellement contre une moyenne de l ordre de 60 milliards lors des deux derniers exercices. Il faut notamment relever que le solde avec les États-Unis revient presque à l équilibre pour la première fois depuis le début 2008, alors que le déficit avec la Chine et l Allemagne s affiche à respectivement 29 et 13 milliards d euros. PAGE 11

3 Conjoncture française 1. MÉNAGES : BONNE TENUE DE LA CONSOMMATION Soutenus par les renégociations milliards d'euros mm2m Flux de nouveaux crédits à l'habitat Source : Banque de France La consommation de biens s est accrue de 0,7 % au troisième trimestre, tirée par toutes les principales familles de produits à l exception de l alimentation. Il faut notamment souligner la vigueur des achats de biens d équipement du logement après une stabilisation au printemps. Ils sont supérieurs de 17 % à leur niveau du début En même temps, les dépenses en automobiles progressent mollement (+ 0,2 %) et le rebond de celles en énergie ne compense guère la baisse observée au trimestre précédent. La faiblesse des taux d intérêt encourage les renégociations de prêts immobiliers. Au total, les flux de nouveaux crédits à l habitat ont franchi pour la première fois la barre des 20 milliards d euros en juillet puis en août 2015, alors qu ils étaient inférieurs à 10 milliards d euros à l été 2014 (source : Banque de France). Malgré le fléchissement des prix, le montant moyen d un prêt était de euros l an passé en regard d environ en Dans le même temps, la durée initiale a légèrement diminué, ressortant à 18,6 ans contre un pic de 20 ans six ans auparavant. Enfin, contrairement aux standards d autres pays, la distribution de crédit en France dépend de la capacité de remboursement de l emprunteur, de sorte que le taux d effort (part des revenus affectés au remboursement) est maîtrisé : l an dernier, il était en moyenne de 29,8 %. 2. ENTREPRISES : ACTIVITÉ INDUSTRIELLE ATONE Encore éloigné des plus hauts précédents % de la valeur ajoutée mm2t Taux d'autofinancement des sociétés non financières Après deux mois de repli, la production manufacturière s est raffermie de 2,2 % en août. Elle a bénéficié du boom de l activité automobile (+ 12,5 %) lié à un aléa positif, l Insee rappelant que certaines entreprises ont avancé leur calendrier de vacances. En fait, au-delà de cet effet favorable, le volume de la production est quasiment stable depuis deux ans et demi, demeurant 16 % en deçà de son pic du début En regard, un redémarrage se fait également attendre pour l ensemble des pays de la zone euro où l écart est de l ordre de 10 % par rapport à cette période ; l activité plafonne à proximité de son niveau d avant-crise en Allemagne mais reste inférieure d un quart en Espagne malgré l amélioration enregistrée récemment. Le taux d autofinancement se redresse depuis l été 2014 compte tenu de la restauration des marges d exploitation et de la poursuite de la chute des intérêts nets versés. Dans le champ des sociétés non financières, celui-ci a atteint un peu plus de 85 % de la valeur ajoutée au second trimestre 2015 contre moins de 75 % en Ce mouvement est encourageant mais il faut garder en mémoire que les entreprises françaises ne sont plus en mesure d autofinancer intégralement leurs investissements depuis la fin des années quatre-vingt-dix. PAGE 12

4 Conjoncture française 3. COMMERCE EXTÉRIEUR : MOINDRE DEMANDE DE L ASIE Baisse au troisième trimestre 46 milliards d euros Exportations de biens intermédiaires Les exportations françaises de marchandises (hors matériel militaire) ont reculé au troisième trimestre, pour la première fois depuis le printemps Elles ont en effet cédé 1,5 % en euros, surtout en raison de la contraction des livraisons aéronautiques et spatiales (- 5 %) après il est vrai un record au deuxième trimestre. Ces dernières avaient jusque-là été stimulées par la dépréciation de l euro puisque, selon les douanes, environ les deux tiers des exportations vers les États-Unis sont facturées en dollars. Les ventes de biens intermédiaires sont également mal orientées, notamment en raison de la faiblesse de celles réalisées par le secteur pharmaceutique. Seules les expéditions de produits agroalimentaires affichent des résultats positifs (+ 1,2 %) Source : Douanes Les ventes vers les pays situés hors de l Union européenne ont diminué de 3,3 % à l été 2015, affectées par la moindre demande de toutes les grandes zones, à l exception des États-Unis. Celles vers le Proche et Moyen-Orient, l Europe hors UE et l Asie se sont repliées de respectivement 16 %, 6 % et 4 %. En même temps, les expéditions vers l Union européenne ont stagné grâce en partie à la résistance de celles vers l Espagne. Les achats à l étranger se sont repliés de 1,6 % au troisième trimestre sous l effet du plongeon de plus de 20 % des importations aéronautiques du fait du reflux des échanges avec l Allemagne dans le cadre de la fabrication coordonnée d airbus. De surcroît, les approvisionnements d hydrocarbures poursuivent leur mouvement baissier amorcé au début 2013 (- 12 % en un trimestre). À l inverse, les importations d automobiles ont augmenté de 5 %. 4. PRIX : PRESSIONS À LA BAISSE Les cours mondiaux des matières premières au plus bas depuis début 2007 = (en devises) L indice des prix à la consommation a reculé de 0,4 % en septembre, en lien avec la poursuite du repli des prix des produits pétroliers et la baisse saisonnière dans les services. Sur un an, l inflation est nulle pour le deuxième mois consécutif. Ce nouvel accès de faiblesse ne se retrouve en revanche pas dans l indicateur d inflation sous-jacente (elle exclut les produits à tarif public et à prix volatils), qui s inscrit à + 0,6 % l an depuis le mois de mai, rythme le plus élevé de ces deux dernières années. Dans l énergie (8,2 % du total), les prix ont diminué de 1 % en un mois en septembre, tirés par l évolution dans les seuls produits pétroliers (- 2,2 %). Ces derniers passent sous leur creux du mois de janvier, revenant à un plus bas depuis mars Ce résultat tient bien entendu au repli des cours du pétrole sur les marchés internationaux. Ainsi, le baril de Brent s est maintenu sous les 43 en septembre, soit une chute de 43 % sur un an Ce résultat, conjugué aux pressions baissières sur les cours des autres matières premières, notamment industrielles (- 8,4 % sur un an pour les prix à l importation) et dans une moindre mesure agricoles (- 2,1 %), se traduisent par une réduction drastique des consommations intermédiaires des entreprises en euros. Au final, une partie de ces mouvements se retrouvent dans les prix à la production de l industrie pour le marché français, qui affichent un recul de 2 % sur douze mois en août. PAGE 13

5 Conjoncture française Ainsi, l inflation dans les produits manufacturés (25,8 % du total) ressort en glissement annuel à - 0,9 %, malgré le rebond mensuel de 1,4 % en septembre lié à la fin des soldes d été. Dans l alimentation, (16,6 % du total), la progression des prix sur un an (+ 0,9 %) ne tient qu à la forte hausse enregistrée pour les seuls produits frais (+ 7,4 %), une stabilisation étant à l œuvre depuis plusieurs mois dans le reste de l alimentation. Enfin, dans les services (47,4 % du total), l inflation plafonne depuis le début de l année autour de 1,3 % à l exception de l aléa de mars, rythme qui demeure faible en regard des standards passés (hausse de l ordre de 2,5 % entre 2002 et 2010). Inflation nulle en 2015 Selon les chefs d entreprise, les perspectives de prix à trois mois restent dégradées, que ce soit dans l industrie ou les services, ne laissant entrevoir aucune reprise marquée de l inflation à court et moyen terme. De plus, les tensions sur le marché du travail sont très faibles (plafonnement du taux de chômage à 10 % de la population active) ce qui freine l augmentation du salaire de base (+ 1,2 % sur un an au deuxième trimestre). Par conséquent, la hausse de l indice des prix à la consommation en moyenne annuelle 2015 serait à peine positive, puis accélèrerait modérément l an prochain à 0,7-0,8 %, en lien avec un léger redressement des cours du pétrole et l amélioration progressive de la situation sur le marché du travail. 5. FINANCES PUBLIQUES : DÉFICIT TOUJOURS ÉLEVÉ Globalement, le scénario macroéconomique retenu dans le Projet de loi de finances est celui d une croissance en volume du PIB français de 1,5 % en Toutefois le FMI anticipe une expansion un peu moins marquée (+ 1,2 %), tout comme le consensus des économistes, moins optimiste sur l évolution des investissements des entreprises. Il faut également noter que le gouvernement s attend à une accélération de la masse salariale (qui entraînerait une collecte plus élevée des cotisations sociales) alors que la désinflation salariale se poursuit. Les perspectives sur l inflation (+ 1 %) s inscrivent en ligne avec celles des prévisionnistes. Poursuite de la hausse des dépenses Alors que le déficit des administrations publiques ne se réduit qu à la marge, la trajectoire des recettes comme des dépenses n est pas assurée. Les recettes de l État augmenteraient de 9,4 milliards d euros entre 2015 et 2016, notamment grâce à la TVA (+ 3,2 milliards) et aux impôts sur les revenus (+ 2,7 milliards). De leur côté, les dépenses de l État progresseraient de 8,5 milliards malgré les «économies» annoncées (ces dernières correspondant en fait à un moindre accroissement des dépenses par rapport à leur tendance naturelle). Au total, les dépenses publiques grimperaient de 16 milliards en un an (+ 1,3 %), ressortant aux environs de milliards d euros hors crédits d impôts. En volume, elles afficheraient donc une hausse de 0,3 %, objectif jugé «particulièrement ambitieux» par le Haut Conseil des finances publiques. PAGE 14

6 Conjoncture française REPÈRES STATISTIQUES CROISSANCE variation annuelle en % 2014 T2-15 PIB 0,2 1,1 Demande interne 0,6 0,7 Ménages 0,1 1,0 Consommation privée 0,6 1,5 Investissements en logement - 5,3-4,6 Entreprises 3,5-1,5 Investissements 2,0 1,3 Exportations 2,4 7,7 Importations 3,8 6,0 PRODUCTION MANUFACTURIÈRE début 2004 = PIB 4 variation sur un an en % PARTAGE DE LA VALEUR AJOUTÉE SOCIÉTÉS NON FINANCIÈRES CHARGES SALARIALES 68 en % de la VA TAUX DE MARGE 34 en % de la VA PAGE 15

7 Conjoncture française REPÈRES STATISTIQUES PRIX À LA CONSOMMATION MOYENNE ANNUELLE 145 PONDÉRATIONS EN 2015 (en %) variation 1998 = Indice Indice 140 Alimentation 16,6 annuelle hors général en % tabac Tabac 2,0 Services ,5 1,5 130 Énergie 8,2 Alimentation ,8 2,8 Produits manufacturés 25,8 Ensemble ,1 0,1 120 Services 47, ,5 1,5 Ensemble, ,1 2, ,0 1,9 Produits manufacturés ,9 0, ,5 0, FINANCES PUBLIQUES ANNÉE 2014 Administrations milliards en % publiques d euros du PIB Dépenses 1 226,4 57,5 dont intérêts de la dette 46,1 2,2 dont rémunérations 278,2 13,0 Recettes 1 141,6 53,5 dont prélèvements obligatoires 957,7 44,9 Solde - 84,8-4,0 Dette publique 2 037,8 95,6 DÉFICIT DES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES (en % du PIB) PAGE 16

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