Evaluation du Projet «Pour un service d hydraulique pérenne» dans l Atacora au Bénin

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Evaluation réalisée avec l appui du F3E pour ELECTRICIENS SANS FRONTIERES (257 Ev) Evaluation du Projet «Pour un service d hydraulique pérenne» dans l Atacora au Bénin Date : Mai 2008 Auteur : Daniel THIEBA SYNTHESE DU RAPPORT FINAL GREFCO 01 BP6428 Ouagadougou 01 Burkina Faso (226) 50 34 21 15. thieba@fasonet.bf 1

Sigles et abréviations A.D.C. A.R. C.P.E. D.G.H. E.S.F. E.S.F.R. G.V. G.S. M.A.E. PADEAR RTV S.B.E.E. SCAC S.D.H. U.P.M. V.D.B. VERGNET Hydro Agent de Développement Communautaire Artisan Réparateur Comité de Point d Eau Direction Générale de l Hydraulique du Bénin Electriciens Sans Frontières Electriciens Sans Frontières Rhône Groupement Villageois Groupe Solidarité Ministère des Affaires Etrangères Projet d Assistance au Développement du secteur de l Alimentation en Eau Potable et de l Assainissement en Milieu Rural Responsable Technique Villageois Société Béninoise d Electricité et d Eau Service de Coopération et d Action Culturelle Service Départemental de l Hydraulique Type de pompe hydraulique à motricité humaine fabriquée en France Vergnet Distribution Bénin Constructeur Français de pompes hydrauliques 2

Le projet pour «un système pérenne d hydraulique villageoise» a été mis en œuvre de 2001 à 2008 (intégrant le suivi et l évaluation) dans l Atacora au Bénin. Une auto-évaluation de grande qualité a déjà été effectuée. La présente évaluation qui s est déroulée sur le terrain du 14 au 26 Janvier 2008 aboutit aux conclusions et analyses suivantes. Les effets du Projet La situation sanitaire dans les localités, en particulier au plan des maladies d origine diarrhéique, a peu évolué ; les indicateurs sont difficiles à maîtriser (enquêtes, relevées, suivi des évolutions ). Il est par conséquent difficile d établir une relation de causalité immédiate entre le Projet et ces données : d abord parce que le Projet est intervenu en quantité limitée et la déclaration des maladies est influencée par d autres facteurs. Le projet a néanmoins sans doute contribué à la réduction des maladies d origine hydrique. On constate ainsi une évolution positive des indicateurs dans les villages ayant fait l objet de réhabilitation des pompes et ayant entraîné une plus grande consommation d eau potable (facteur de réduction des maladies d origine hydrique). On remarque en effet que les populations ont amorcé un changement de comportement dans le sens de la consommation de l eau potable : les points d eau sont utilisés. Les messages relatifs à l hygiène semblent être passés car on observe un bon état de propreté des points d eau, ainsi que l amorce de collecte et stockage de l eau dans des bidons. Par ailleurs, aucun forage n est en panne. Lorsqu une panne survient des efforts effectifs sont mis en œuvre pour procéder à la réparation. Il faut toutefois nuancer ce comportement, car en saison des pluies une fraction importante de la population utilise l eau des puits et des mares, sans doute en partie comme eau de boisson ; l eau abondante dans ce contexte minimise l intérêt de l accès à une eau de qualité. Sur le plan de la scolarisation, on note une amélioration significative de l effectif des jeunes filles scolarisées ainsi que du ratio filles/garçons, ce qui est remarquable. Mais là encore, on peut simplement dire que le Projet y a contribué, car au Bénin, outre les nombreux autres intervenants dans le secteur de l eau, l Etat et la communauté internationale ont réalisé beaucoup d actions importantes pour atteindre cet objectif d accroissement du taux de scolarisation. Il n y a en revanche pas d effets en termes de génération de nouvelles activités à partir des points d eau, vu la faiblesse des opportunités. On peut toutefois penser que le temps dégagé favorise cette dynamique, en réduisant légèrement le temps de collecte de l eau. Concernant Groupe Solidarité, le partenariat n a pas entraîné le renforcement institutionnel de l Association de manière nette. Les aides apportées ont été fort appréciées et utilisées par le personnel salarié. Mais les résultats sont inégaux : un seul est allé au bout de son objectif de formation, pour les autres la reconversion n est pas une réussite. La viabilité du Projet Au plan technique, l option de la pompe Vergnet se révèle pertinente, au vu de ses qualités reconnues par l ensemble des acteurs, notamment les populations, les artisans réparateurs qui la préfèrent aux autres types de pompes. Les compétences techniques des Responsables Techniques Villageois (RTV) comme des artisans réparateurs ne fait pas l objet de doute : ils ont reçu des formations de bonne qualité. Aucun point d eau n est présentement en panne. Ce choix ne signifie toutefois pas que la pompe (au plan technique) et son système de maintenance ne soient à améliorer. 3

On remarque en effet qu en cas de panne, la durée est parfois longue (plus de 30 jours dans certains cas). Cela s explique principalement par l indisponibilité des pièces détachées au niveau des commerçants distributeurs. Le système de distribution est très défaillant, mettant en cause la responsabilité de Vergnet Distribution Bénin (VDB, représentant de Vergnet au Bénin). En outre, l augmentation récente des prix des pièces détachées aggrave cette situation. Dans une perspective plus lointaine, le métier d artisan réparateur n est pas attractif et ne permet pas d investissement dans l outil de travail. Résultat : la population est vieillissante et les savoirs faire risquent de disparaître. Au plan financier, le montant des ressources financières est inférieur à 50 000 F CFA pour 75% de CPE (Comité de Point d Eau), c'est-à-dire insuffisant pour faire face à l amortissement, encore plus pour répondre aux grosses pannes de manière immédiate. Le système de cotisation comme mode de financement est inefficace, celui du paiement de l eau aux tarifs et modalités actuels est plus performant mais encore insuffisant pour faire face de manière durable à la situation. Sur le plan organisationnel, les CPE ont conservé les différents postes définis, et les fonctions sont remplies ; des femmes y figurent partout. Toutefois, les capacités s affaiblissent ou disparaissent en ce qui concerne la gestion comptable (cahiers). Les chargés de réparation primaire et d hygiène parviennent à jouer convenablement leur rôle. L efficacité de la stratégie d intervention Globalement la stratégie s est révélée cohérente dans sa formulation sur bien des plans (prise en compte du système de maintenance, travail en partenariat avec une ONG locale, formation et recyclage, synergie avec le Service de l hydraulique, recours à l éducation des enfants scolarisés pour une diffusion dans la société ). Toutefois, des zones d ombre hypothèquent la consolidation du projet : - l hypothèse selon laquelle, en laissant les populations choisir librement leur système de cotisation on arriverait à des choix optimaux, s est révélée inexacte ; - l hypothèse de l intérêt commercial de VDB pour le système n est pas vérifiée ; il manque un système contractuel ou incitatif dans lequel le rôle de chacun est déterminé clairement ; - l hypothèse de l attractivité et de l intérêt des artisans pour le métier est infondée dans les conditions actuelles : niveau de rémunération qui ne permet ni les révisions périodiques, ni l investissement pour renouveler l outil de travail ou encore l achat d un moyen de locomotion ; - l hypothèse d une capacité de gestion qui s auto - entretiendrait au niveau des CPE n est pas vérifiée : les compétences en matière de tenue de compte et de gestion ont presque partout disparues ; - l hypothèse de la reprise et de l utilisation des kits d animation dans les écoles ne s est pas effectuée pour les raisons suivantes : dans la majorité des cas, les directeurs d école sont partis avec les kits, dans d autres cas, ils n ont pas été incités à utiliser les kits ; Par ailleurs, on a pensé qu en réhabilitant les pompes, les acteurs locaux joueraient pleinement leur rôle après l arrêt du projet. La mise en place de Personnes Ressources ou des centres d'appui aux CPE à la fin du projet devait permettre d'assurer le suivi de l action, mais ceci n a pu se concrétiser. 4

Le Service Départemental de l Hydraulique (SDH) n a pas non plus joué son rôle dans le suivi et la formation des CPE et le suivi & régulation du système de maintenance, idem pour VDB pour l approvisionnement en pièces au plan local. Le transfert de compétences à une ONG locale à travers le partenariat n a pas été suffisant en l absence d objectifs clairs, de stratégie globale en conséquence, et de suivi. Les changements intervenus sur la gestion de l eau Les changements les plus importants concernent : - la mise en œuvre d une politique de l eau sur l horizon 2005-2015 qui fixe les principes suivants o la décentralisation du processus de décision à travers les communes qui planifient à partir de la demande des usagers ; avec notamment l institution généralisée du système de paiement de l eau et la responsabilité de gestion par la commune avec une clé de répartition définie (CPE, fontainier, commune) o la promotion du secteur privé dans les activités de construction, d exploitation, de suivi et d intermédiation sociale avec un effort consenti pour appuyer la professionnalisation de tous les acteurs, notamment les acteurs locaux opérant dans le secteur o le renforcement de la déconcentration technique et administrative de l administration centrale dans son rôle de régulateur du secteur - l intervention du PADEAR (Programme d Assistance au Développement du secteur de l Alimentation en Eau Potable et de l Assainissement en milieu rural) dans la localité, engagée pour financer l ensemble des réalisations sur l horizon 2015, et de nouveaux autres intervenants. Conclusions et recommandations Le Projet a des points forts qui résident dans le choix de l option technique de la pompe, comparativement aux autres pompes agréées au Bénin. En outre, de manière générale les comités de points d eau sont en place, fonctionnent et les pannes font tant que bien que mal l objet de réparations lorsqu elles interviennent puisqu au passage de la Mission aucune pompe n était en panne. Les effets & impacts sont perceptibles sur l éducation des jeunes filles, mais moins nets sur la santé. Du fait d une utilisation accrue de l eau potable, et d un accès plus facile et rapide du fait de la réhabilitation, les acteurs conviennent que le Projet a contribué positivement à la situation, à côté d autres intervenants. Toutefois il y a des points faibles et des lignes d amélioration importantes : le système de mobilisation des ressources financières ne permet pas d assurer l amortissement et de réparer les grosses pannes dans un court délai. Par ailleurs, sur le plan technique l option de la pompe Vergnet a un défaut majeur : la résistance de la membrane qui se détériore très vite. De plus le système de distribution des pièces détachées est défaillant, les pièces n étant pas disponibles dans les magasins. Les artisans réparateurs ne sont en outre pas encouragés dans leur travail à cause du système de rémunération. Au total, le point faible du projet est précisément la pérennité des ouvrages réhabilités. La mise en place des communes offre des opportunités non seulement pour compléter les réhabilitations restantes, mais aussi et surtout contribuer à asseoir une stratégie visant la pérennité des ouvrages, en s appuyant sur les acquis du Projet et d autres interventions récentes. L intervention devrait se faire en appui à la maîtrise d ouvrage des communes, conformément à la politique nationale pour l eau potable (2005-2015). ESF 5

devrait agir auprès du groupe Vergnet pour examiner les possibilités d amélioration technique, et d amélioration des services de distribution au Bénin. Sur un moyen terme ESF pourrait monter un projet centré sur la réhabilitation des pompes restantes et l amélioration de la stratégie de maintenance ; dans le processus de montage et de mise en œuvre, le partenariat avec une ONG béninoise expérimentée dans le secteur de l eau serait utile. 6