Analyse des activités de crédit de la compagnie de la Baie d'hudson. par Gino Lambert, chercheur à la Chaire

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1 Analyse des activités de crédit de la compagnie de la Baie d'hudson par Gino Lambert, chercheur à la Chaire 1997

2 Table des matières Introduction Analyse des taux díintérêt sur les cartes de crédit Analyse des revenus de la baie díhudson Cartes de crédit versus prêts personnels Conclusion Annexe 1 Annexe 2 Annexe 3 Annexe 4 Bibliographie

3 Introduction Cette étude, mandatée par maître Bélanger dans le cadre díun recours collectif intenté contre la Compagnie de la Baie díhudson, síoriente vers une analyse des activités de la dite entreprise, en ce qui concerne le crédit quíelle offre à sa clientèle par le biais des cartes de crédit. La comparaison des taux díintérêt entre, díune part, ceux des cartes de crédit des grands magasins et díautre part, ceux des cartes de crédit Visa et MasterCard ainsi que le taux díescompte de la Banque du Canada et le taux préférentiel, constitue la première partie de notre étude. Nous effectuerons cette comparaison sur plusieurs années afin de vérifier si les taux exigés sur les prêts (taux díintérêt des cartes de crédit dans ce cas-ci) varient proportionnellement avec le coût de líargent emprunté (taux díescompte dans ce casci). La deuxième partie de notre étude sera consacrée à líanalyse des revenus financiers découlant des activités de crédit de la Compagnie de la Baie díhudson. Cette analyse nous permettra ainsi de juger de líimportance des activités de crédit qui prévalent dans les grands magasins tels que La Baie et Zellers. La suite de notre étude sera consacrée à une analyse de cas qui nous permettra de comparer les implications financières découlant du financement obtenu par un emprunt personnel, à celles découlant du financement obtenu par une carte de crédit de la Compagnie de la Baie díhudson. Analyse des taux d intérêt sur les cartes de crédit Afin de pouvoir juger de líimportance des taux díintérêt sur les cartes de crédit offertes par les grands magasins tels que Zeller et La Baie, il est nécessaire de les comparer à ceux exigés par díautres types de financement. Généralement, les taux díintérêt, exigés sur toutes formes de financement, varient en fonction du taux díescompte de la Banque du Canada. Selon le tableau et le graphique présentés en annexe 1, on remarque que le taux díintérêt de base exigé par les institutions financières sur les prêts aux entreprises varie proportionnellement avec le taux díescompte de la Banque du Canada. Toujours à partir du même graphique, on remarque que le taux díintérêt, exigé sur les cartes de crédit Visa et Mastercard, varie en fonction du taux díescompte seulement depuis la fin des années 80. Cette constatation a cessé de síappliquer au cours des deux dernières années alors que le taux díescompte diminuait de quatre points pour se situer à 3,25% en novembre 1996, tandis que, pour la même période, le taux díintérêt des cartes de crédit Visa et MasterCard subissait une baisse de 0,5% à 1,0%. Contrairement à tous les types de financement, le taux díintérêt des cartes de crédit des grands magasins ne varie aucunement avec le taux díescompte de la Banque du Canada. Depuis quíest survenue la hausse du taux díescompte en 1981, les taux díintérêt, appliqués sur les cartes de crédit offertes par les grands magasins, sont demeurés stables. En fait, ils ont augmenté de près de cinq points en une seule année, soit de 1981 à 1982, pour demeurer par la suite à 28,8% au cours des années qui ont suivi. Les grands magasins doivent préalablement trouver des sources de financement afin de leur permettre de faire crédit à leur clientèle respective. Le coût de ces sources variera sensiblement en fonction du taux díescompte de la Banque du Canada, dépendamment s'il síagit díun financement à court ou long terme.par conséquent, le maintient díun taux díintérêt de 28,8% sur leurs cartes de crédit permet aux grands magasins de maximiser leurs revenus díintérêt lorsque le taux díescompte est à son taux le plus bas. La baisse du taux díescompte, survenue depuis 1981, a permis à ces derniers de rentabiliser davantage leurs activités de crédit. Tandis que la marge sur le taux díescompte se situait à près de 6%

4 en 1981, elle grimpait à un taux record dépassant les 25% en 1996 (voir tableau en annexe 1). En tenant compte du fait que le coût du financement de la Compagnie de la Baie díhudson pour líannée 1996 síélevait à environ 9,5%, on réalise que sa marge bénéficiaire brute avant les frais díexploitation autres que ceux díintérêt síélève à près de 19% pour la même période (28,8% - 9,5%). À la lumière de ces informations, il est raisonnable díaffirmer que la baisse substantielle du taux díescompte enregistrée au cours des dernières années aurait dû entraîner une baisse importante des taux díintérêt sur les cartes de crédit des grands magasins. Analyse des revenus de crédit de la compagnie de la baie d Hudson Le manque de transparence des états financiers de la Compagnie de la Baie díhudson ne permet pas de connaître la somme des revenus attribuable à ses activités de crédit. Par conséquent, nous avons été dans líobligation díévaluer ces revenus à líaide des données financières divulguées par díautres grands magasins de vente au détail de taille équivalente. Tous les calculs et les hypothèses émises sont présentées à líannexe 2. Selon notre évaluation, les revenus découlant des activités de crédit de la Compagnie de la Baie díhudson síélevaient à $ en 1995 et à $ en Déduction faite des dépenses díexploitation, le bénéfice avant impôt associé aux activités de crédit síélève à $ pour líannée 1995 et à $ pour líannée Le secteur díactivités de la Compagnie de la Baie díhudson étant la vente au détail, il est étonnant de constater que les bénéfices tirés des activités de crédit de cette entreprise ont constitué 71% des bénéfices totaux avant impôt pour líannée 1995, et 43% en Cartes de crédit versus prêts personnels Cette partie de líétude illustre, à líaide díexemples pratiques, la différence qui existe entre, díune part, un financement obtenu par le biais díune carte de crédit de grands magasins et díautre part, un financement sous forme de prêt personnel obtenu auprès díune institution financière. Tous les calculs y afférent sont présentés à líannexe 3. La table díamortissement des paiements effectués sur les cartes de crédit est présentée à líannexe 4. En supposant quíun individu paie mensuellement le solde minimum exigible sur sa carte de crédit (4% du solde ou 10$), il aura déboursé, sur une période de remboursement totale de 12 mois, 15,74$ en frais díintérêt sur un emprunt de 100$, ce qui constitue 15,7% (15,74$/100$) de la somme empruntée. Sur une période de remboursement identique, le même individu aurait payé seulement 4,95$ en frais díintérêt sur un emprunt personnel, soit une somme plus de trois fois inférieure, représentant seulement 5% de la somme empruntée (hypothèse 2). Une somme de 500$ contractée sur une carte de crédit de la Compagnie de la Baie díhudson obligerait le client à effectuer 80 paiements minimums (6.67 ans), incluant les frais díintérêt qui síélèveraient à 489$, représentant ainsi 98% de la somme empruntée (489$/500$). Dans ce cas, le client débourse la même somme en frais díintérêt que la somme empruntée. Un tel emprunt par le biais díun prêt personnel pour une période de paiement identique (80 mois) obligerait líindividu à débourser un total de 167$ en frais díintérêt, soit seulement 33% de la somme empruntée.

5 Pour un financement de 1000$ contracté sur la carte de crédit de la Compagnie de la Baie díhudson, un individu devrait payer 1 197$ en frais de financement sur un total de 120 paiements (10 ans), représentant 120% de la somme empruntée. Dans cet exemple, le client débourse une somme en frais díintérêt plus importante que le capital obtenu. Un emprunt identique obtenu par le biais díun emprunt personnel, amorti sur une période semblable (120 mois), obligerait líindividu à débourser 520$ en frais díintérêt, ce qui représente seulement 52% de la somme empruntée. Si un individu décidait de rembourser un emprunt personnel en effectuant des paiements mensuels égaux à ceux quíil aurait dû effectuer si le financement avait été obtenu par le biais díune carte de crédit de la Compagnie de la Baie díhudson (hypothèse 1), la période de remboursement total, pour des emprunts de 100$, 500$ et 1000$, serait respectivement de 11 mois, 49 mois (4.08 ans), et 71 mois (5.92 ans) au lieu de 12 mois, 80 mois (6.67 ans) et 120 mois (10 ans). En comparaison avec une carte de crédit de la Compagnie de la Baie díhudson, líindividu débourserait sur un emprunt personnel de 100$, 2,5 fois moins en frais díintérêt (11$). Pour des emprunts respectifs de 500$ et 1000$, le même individu débourserait 3,3 et 3,1 fois moins en frais díintérêt (377$ et 906$). Ces résultats sont présentés en annexe 3. Ces exemples pratiques nous permettent de constater que les frais de financement acquittés par les consommateurs sont nettement plus élevés lorsque líemprunt est effectué par le biais díune carte de crédit que si il síagit díun emprunt personnel. Conclusion La présente étude consistait à étudier, sous différentes facettes, les activités de crédit de la Compagnie de la Baie díhudson. La première partie de líétude, qui a trait à líanalyse de différents taux díintérêt, démontre que celui appliqué sur les cartes de crédit des grands magasins ne varie aucunement en fonction du taux díescompte de la Banque du Canada. Alors que les taux díintérêt appliqués sur les cartes de crédit Visa et MasterCard se situaient entre 17,5% et 18,5 % en 1996 (taux qualifié díexcessif par un groupe de députés díarrière banc), que le taux díescompte se situait à un taux plancher record de 3,25%, celui des cartes de crédit des grands magasins se montait à 28,8%, soit une différence respective de 10% et de 25% par rapport aux deux autres. Étant donné que le coût du financement de la Compagnie de la Baie díhudson varie sensiblement en fonction du taux díescompte de la Banque du Canada, la fixation díun taux díintérêt fixe de 28,8% sur ses cartes de crédit níest aucunement justifiée. La deuxième partie de notre étude appuie davantage cette conclusion en démontrant líimportance des revenus réalisés par la Compagnie de la Baie díhudson sur ses activités de crédit. Les bénéfices quíelle en retire sont si importants, quíil y lieu de síinterroger sur sa nature commerciale : síagit-il díune entreprise de vente au détail ou díune institution financière? Plus précisément, les bénéfices avant impôt tirés de ses activités de crédit ont constitué 71% de líensemble de ses bénéfices en Cette proportion était de 43% en Finalement, líanalyse de cas effectuée dans la troisième partie de notre étude démontre que le financement obtenu par le biais díune carte de crédit de grands magasins coûte, en frais díintérêt, une somme trois fois plus importante quíun financement obtenu par une institution financière, sous forme díun prêt personnel.

6 ANNEXE 5 Années Rapport du crédit à la Prêts sur cartes de crédit consentis consommation au revenu par les banques en pourcentage personnel disponible (%) de leurs prêts à la consommation ,60 14, ,76 15, ,09 16, ,75 17, ,95 19, ,55 20, ,54 19,88 Sources: Bureau du surintendant des faillites, "Faillites et propositions signalées selon les principaux centres urbains", Industrie Canada, "Coût d'utilisation des cartes de crédit", Bibliographie Banque du Canada, " Statistiques financières de la Banque du Canada ", fiche F1, 1981 à Industrie Canada, " Coût díutilisation des cartes de crédit ", Presse Canadienne., " Cartes de crédit : des députés fustigent les cartes de crédit ", La Presse, 21/11/96. Rapports annuels, Compagnie de la Baie díhudson, 1995 et Rapports annuels, Canadian Tire, 1995 et 1996.

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