Changements de la structure des populations et vieillissement de la population active

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1 Neuvième séance Changements de la structure des populations et vieillissement de la population active Organisateur : Serge FELD (Département d économie (GRESP) - Université de Liège, Belgique)

2 2 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL

3 Vieillissement démographique et composition socioéconomique de la population en Belgique Nicole FASQUELLE, Christophe JOYEUX, Koen HENDRICKX Bureau fédéral du Plan Belgique Introduction Dans la plupart des pays industrialisés, le vieillissement de la population, soit une part croissante des personnes âgées en son sein, suscite de nombreux débats sur différents sujets : organisation de la société, rapports entre les générations, croissance économique, sécurité sociale et finances publiques. Dans cette communication, certains effets spécifiques de cette révolution grise sont abordés pour la Belgique. Une première partie présente des perspectives démographiques jusqu en 2050, avec une attention particulière pour la structure par âge de la population. La seconde partie traduit ces perspectives de population en une projection des différentes catégories socio-économiques, et en particulier de la population active et des retraits de la vie active en fin de carrière. Cette projection est réalisée dans un cadre général de perspectives financières de long terme de la sécurité sociale et des finances publiques. C est pourquoi, lors de la conclusion, la problématique de la viabilité financière à long terme de la protection sociale belge est également mentionnée. 1. Les perspectives de population pour la Belgique jusqu en 2050 Dans le cadre d une analyse de la composition socio-économique de la population belge, les perspectives démographiques sont très importantes. En effet, le nombre de jeunes, par exemple, détermine les besoins en matière d accueil de la petite enfance et de la population scolaire. La population d âge actif de 15 à 64 ans influence, quant à elle, l offre de travail ou la population active. Enfin la population plus âgée constitue un élément majeur de l évaluation de la population pensionnée. Cette première partie présente d une part les hypothèses et d autre part les résultats des perspectives démographiques réalisées conjointement par l Institut national de statistique et le Bureau fédéral du Plan en 2001 (mais ajustées chaque année par ce dernier avec les dernières données observées), par sexe, année d âge et divers niveaux géographiques. 1.1 Les hypothèses démographiques Le tableau 1 fournit les hypothèses de base des dernières perspectives démographiques officielles pour la Belgique. Elles se rapportent à trois domaines : la fécondité, l espérance de vie (ou la mortalité) et le solde migratoire avec l étranger. TABLEAU 1: LES HYPOTHÈSES DES PERSPECTIVES DÉMOGRAPHIQUES À L HORIZON Taux de fécondité 1,61 1,75 Espérance de vie à la naissance H/F 75,1 / 81,5 83,9 / 88,9 Solde migratoire Source : Institut National de Statistique, Bureau fédéral du Plan, «Perspectives de population », Institut National de Statistique, 2001

4 1156 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL En matière de fécondité, le nombre moyen d enfants par femme en approche transversale, c est-à-dire l indicateur conjoncturel de fécondité 1, est de 1,61 en l an Dans la projection, il est porté à un niveau de 1,75 en Car l approche en termes longitudinaux (en suivant les générations) démontre que la fécondité est en fait plus élevée que ne laisse penser l indicateur du moment, les femmes reportant des naissances à un âge plus élevé. Cependant, les naissances tardives ne suffisent pas à enrayer une fécondité faible. L indicateur conjoncturel de fécondité en 2050 est largement inférieur au taux de renouvellement de 2,1. L allongement de l espérance de vie, même s il est supposé croître moins vite qu au cours des trente dernières années, est important dans la projection puisque si un homme (une femme) né(e) en l an 2000 peut espérer vivre 75 ans (81 ans), un homme (une femme) né(e) en 2050 pourra espérer vivre jusque près de 84 ans (89 ans). On peut préciser que cet allongement de la vie progresse par une baisse de la mortalité à presque tous les âges qui conduit à maintenir des cohortes quasiment entières jusqu à des âgés avancés. Le solde migratoire demeure positif sur l ensemble de la période de projection avec environ immigrants nets par année. Cependant, les observations récentes, normalement plus élevées en raison de l opération de régularisation des sans-papiers menée en 2000 et 2001, et dont il a été tenu compte dans les perspectives, laissent penser que ce chiffre pourrait être structurellement plus important à l avenir. 1.2 Les résultats des perspectives démographiques D après les perspectives démographiques (tableau 2), la population totale de la Belgique augmente encore jusqu à atteindre près de 11 millions de personnes en Mais la structure d âge de cette population est bouleversée : la part des jeunes de 0 à 14 ans diminue, de même que celle de la population dite d âge actif de 15 à 64 ans, tandis que la part des personnes âgées de plus de 65 ans augmente considérablement. Ainsi en Belgique, à partir de 2010, d une part l arrivée à l âge de la retraite des nombreuses générations de l après-guerre issues du babyboom et d autre part la baisse du taux de fécondité conjuguée à la hausse de l espérance de vie entraînent un vieillissement certain de la population. TABLEAU 2 : STRUCTURE D ÂGE DE LA POPULATION ET INDICATEURS DÉMOGRAPHIQUES Population totale (en milliers) Proportion des groupes d âge en % 0-14 ans ans 65 et plus Âge moyen 39,7 40,7 43,5 45,0 Coefficient de vieillissement (65 et plus/0-14) Intensité du vieillissement (80 et plus/65 et plus) Coefficient de dépendance des âgés (65 et +/15-64) Belgique Pour information : pays avoisinants sur base de la projection Eurostat EUROPOP2004 Pays-Bas France Italie Allemagne Source : Bureau fédéral du Plan C est-à-dire la somme des taux de fécondité par âge d une année déterminée

5 VIEILLISSEMENT DÉMOGRAPHIQUE ET COMPOSITION SOCIO-ÉCONOMIQUE DE LA POPULATION EN BELGIQUE 1157 Ce vieillissement de la population se remarque au travers des indicateurs démographiques. L âge moyen de la population passe de 40 ans en l an 2004 à 45 ans en Le coefficient de vieillissement montre qu en 2050, il y aurait 177 personnes âgées de plus de 65 ans pour 100 personnes de 0 à 14 ans contre un ratio quasi unitaire en Le coefficient d intensité du vieillissement illustre également très clairement l accroissement de l espérance de vie puisque la part des personnes très âgées (les plus de 80 ans) par rapport aux personnes âgées (les plus de 65 ans) s accroît largement en 50 ans. Le dernier coefficient présenté, le coefficient de dépendance des âgés (les 65 ans et plus par rapport à la population d âge actif), montre également un accroissement considérable en Belgique et connaît une hausse relativement similaire dans les pays avoisinants, certains pays comme l Allemagne et l Italie étant appelés à connaître un vieillissement beaucoup plus élevé à long terme. L évolution de l ensemble de ces indicateurs indiquant le vieillissement de la population suscite beaucoup d inquiétude en Belgique à propos de la soutenabilité financière de son système de protection sociale. La population de 65 ans et plus est dans sa grande majorité appelée à recevoir une pension légale de l État et est potentiellement consommatrice de soins de santé, tandis que la population de 15 à 64 ans est susceptible de travailler et de payer des cotisations. Or, en Belgique, le système de sécurité sociale est basé sur le régime bismarckien d assurance sociale, ce qui signifie que les dépenses sociales sont en majeure partie financées par les cotisations des travailleurs (un second financement dit «alternatif» et basé sur l impôt étant apparu vers ) et le régime légal de pensions est fondé sur le principe de la répartition (les cotisations d aujourd hui financent les pensions d aujourd hui et les cotisations de demain financent les pensions de demain). Dans ce contexte, il est logique de craindre des difficultés futures importantes de financement des dépenses sociales. 2. Une projection de la composition socio-économique de la population Dans cette deuxième partie, sur base des perspectives démographiques belges, une répartition de la population par catégorie socio-économique est effectuée jusqu en Cette décomposition socio-économique spécifique (voir l encadré ci-dessous) a été retenue car elle permet de déterminer les nombres de personnes bénéficiaires de dépenses sociales liées à l âge. Elle est issue du système de modèles MALTESE 2 développé par le Bureau fédéral du Plan depuis la fin des années 80 afin d appréhender l effet du vieillissement sur les dépenses de protection sociale, dans un contexte de finances publiques globales. Ce système de modèles a été utilisé à de nombreuses reprises, notamment pour simuler les effets de différentes réformes de pensions et pour des exercices internationaux de l OCDE et de la Commission européenne sur les effets à long terme du vieillissement en matière de dépenses sociales. En outre, depuis 2001, en Belgique, ce système de modèles fournit annuellement au Comité d Étude sur le Vieillissement (organe institutionnel belge, mis en place par la Loi du 5 septembre 2001 portant garantie d une réduction continue de la dette publique et création d un Fonds de vieillissement) une évaluation des conséquences budgétaires et sociales du vieillissement de la population. Outre la démographie et la projection socio-économique, l ensemble du modèle tient compte également des évolutions macro-économiques, d hypothèses en matière de politique sociale et budgétaire, ainsi que des paramètres législatifs en matière de calcul des allocations sociales. Les résultats de ces perspectives réalisées pour un horizon aussi lointain que 2050 sont évidemment exploratoires, principalement pour deux raisons. D abord, elles sont effectuées à législation inchangée, tout en intégrant cependant les mesures gouvernementales déjà décidées qui influenceront les modes de calcul des prestations sociales ou les comportements individuels. Ensuite elles sont basées sur de nombreuses hypothèses exogènes 2 Model for Analysis of Long Term Evolution of Social Expenditure

6 1158 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL qu un certain degré d incertitude entoure, qu il s agisse des hypothèses démographiques, socioéconomiques, macro-économiques ou de politique sociale. Encadré : La population démographique et les catégories socio-économiques correspondantes 0-14 ans population pré-scolaire et scolaire ans - population scolaire - emploi par régime - chômage - interruption de carrière à temps plein - population invalide 3 - autre (principalement des femmes au foyer) ans - emploi par régime - chômage - interruption de carrière à temps plein - population invalide - autre (principalement des femmes au foyer) ans - emploi par régime - chômage - chômage âgé - population prépensionnée - interruption de carrière à temps plein - population invalide - population pensionnée - autre (principalement des femmes au foyer) 65 ans et plus - population pensionnée - emploi par régime - autre (principalement des femmes au foyer) 2.1 La méthodologie de la projection socio-économique Une particularité de la décomposition socio-économique doit être pointée : celle-ci est exhaustive en ce sens que par sexe et groupe d âge, voire par année d âge, la somme de l ensemble des catégories socio-économiques concernées est égale à la population démographique du sexe et âge correspondant. La projection s appuie sur une méthode de cohortes. Elle recourt à des probabilités de transition entre deux périodes pour chaque génération. Dans sa forme analytique, on a : TX s,i+1,t+1 = TZ s,i,t x PTX s,i+1,t avec TX = proportion de la catégorie socio-économique X (exprimée en % de la population démographique), s = sexe et i = âge ; 3 Il s agit des bénéficiaires d une allocation d invalidité payée par l INAMI : ce sont des travailleurs reconnus incapables de travailler depuis au moins un an suite à des lésions ou des troubles fonctionnels.

7 VIEILLISSEMENT DÉMOGRAPHIQUE ET COMPOSITION SOCIO-ÉCONOMIQUE DE LA POPULATION EN BELGIQUE 1159 PTX s,i+1,t représente la probabilité d entrée dans la catégorie socio-économique X en provenance de la catégorie socio-économique Z ou la probabilité de maintien dans la catégorie socio-économique X (quand Z = X), de l âge i, 1 an plus tard, lorsqu ils ont atteint l âge i+1. De manière générale, les probabilités de transition ou de maintien socio-économique poursuivent la tendance des comportements des générations passées par sexe et par âge. Néanmoins elles intègrent les mesures déjà décidées par le gouvernement qui influencent ces comportements : il s agit notamment de la réforme des pensions entrée en vigueur le 1 er juillet 1997 et dont la période transitoire prend fin au 1 er janvier 2009, de la réforme des chômeurs âgés non demandeurs d emploi qui relève l âge d accès à ce statut ; ou encore tout récemment des nouvelles modalités de la prépension conventionnelle instaurées par le Pacte de solidarité entre les générations. 2.2 Les résultats de la projection socio-économique La figure 1 fournit l évolution de trois catégories socio-économiques importantes, projetées jusqu en Ces résultats, ainsi que les suivants, sont issus d une simulation la plus récente, réalisée en juin 2006 pour le cinquième Rapport annuel du Comité d étude sur le vieillissement. FIGURE 1 : ÉVOLUTION DES PRINCIPALES CATÉGORIES SOCIO-ÉCONOMIQUES DE 2000 À 2050 EN INDICE (2000 = 100) Source : Bureau fédéral du Plan, projection réalisée dans le cadre du 5 ème Rapport annuel du Comité d étude sur le vieillissement, juin 2006 Cette figure montre une réduction de la population scolaire conformément aux perspectives démographiques qui enregistrent une diminution de la population jeune. Par contre, la population active ne décroît pas autant que la réduction de la population d âge actif le laissait supposer, en raison d une augmentation des taux d activité (voir le point II.2.1). Quant au nombre de pensionnés, il augmente considérablement, comme la population âgée mais également en raison d autres facteurs (voir le point 2.2.2).

8 1160 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL Une analyse plus fine de la population active (qui regroupe les travailleurs et les chômeurs) et de la population retirée de la vie active (soit en fin de carrière soit pensionnée) est maintenant présentée La population active La population active regroupe toutes les personnes présentes sur le marché du travail, autrement dit les travailleurs et les chômeurs. La projection de la population active se base sur la méthodologie des cohortes. Des probabilités de maintien dans cette population active sont calculées par sexe et classe d âge quinquennale (tableau 3). Elles sont observées jusqu en Elles dénotent de perceptibles augmentations dans chaque classe d âge. Cette tendance croissante est poursuivie en projection jusque 2011 pour les femmes et pour certaines classes d âges chez les hommes. À plus long terme, de 2012 à 2050, les probabilités de maintien dans la population active sont maintenues constantes. TABLEAU 3 : PROBABILITÉS DE MAINTIEN DANS LA POPULATION ACTIVE Femmes ans 97,8 99,3 99,8 99,8 99, ans 99,2 99,8 100,2 100,1 100, ans 97,7 100,3 100,8 100,8 100, ans 96,8 99,9 100,8 100,8 100, ans 91,6 92,9 93,1 93,0 93, ans 82,1 85,6 87,0 87,1 87, ans 21,7 23,0 23,0 23,0 23, ans 23,5 23,2 15,5 10,6 8,0 Hommes ans 100,8 101,2 102,1 102,2 102, ans 99,2 99,4 99,3 99,3 99, ans 97,6 99,1 99,4 99,4 99, ans 96,9 99,0 99,4 99,4 99, ans 97,6 97,3 97,3 97,2 97, ans 89,0 93,4 94,6 94,6 94, ans 74,2 74,1 74,3 74,3 74, ans 10,6 10,6 9,7 9,4 7,6 Source : Bureau fédéral du Plan, projection réalisée dans le cadre du 5 ème Rapport annuel du Comité d étude sur le vieillissement, juin 2006 La projection par cohortes permet d appliquer la projection des probabilités de maintien aux taux d activité (la population active exprimée en pourcentage de la population démographique) et fournit les résultats présentés dans la figure 2 en matière de taux d activité.

9 VIEILLISSEMENT DÉMOGRAPHIQUE ET COMPOSITION SOCIO-ÉCONOMIQUE DE LA POPULATION EN BELGIQUE 1161 FIGURE 2 : COURBES D ACTIVITÉ PAR SEXE Taux d'activité masculins Taux d'activité féminins Source : Bureau fédéral du Plan, projection réalisée dans le cadre du 5ème Rapport annuel du Comité d étude sur le vieillissement, juin 2006 Les taux d activité masculins augmentent encore légèrement en projection, de 1 point de pourcent entre 2004 et 2050 (tableau 4). La diminution de la population active masculine est ainsi moins rapide que celle de la population masculine d âge actif. Les taux d activité féminins continuent de s accroître jusqu en 2025 pour rester ensuite constants jusqu en 2050, permettant ainsi à la population active féminine d augmenter légèrement entre 2004 et 2050

10 1162 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL ( unités) malgré une population féminine d âge actif en nette réduction. Globalement le taux d activité s accroît encore de 3,5 points de pourcent entre 2004 et 2050 et la population active ne diminue que d environ personnes alors que la population d âge actif enregistre une chute de plus de unités. TABLEAU 4 : DE LA POPULATION D ÂGE ACTIF À LA POPULATION ACTIVE Hommes - population d âge actif en milliers d unités population active en milliers d unités taux global d activité en % 74,2 + 3,9 + 0,2 + 0,8 + 1,0 Femmes - population d âge actif en milliers d unités population active en milliers d unités taux global d activité en % 59,4 + 6,2 s+ 3,0 + 3,1 + 6,1 Hommes et femmes - population d âge actif en milliers d unités population active en milliers d unités taux global d activité en % 66,8 + 5,0 + 1,6 + 2,0 + 3,5 Source : Bureau fédéral du Plan, projection réalisée dans le cadre du 5 ème Rapport annuel du Comité d étude sur le vieillissement, juin 2006 La population active est ensuite répartie entre l emploi et le chômage via une hypothèse sur le taux de chômage structurel (en % de la population active). En Belgique, le Comité d étude sur le vieillissement opte pour une réduction de ce taux de chômage structurel jusqu à 8% en Avec un taux de chômage avoisinant actuellement les 14% (en concept administratif, c est-à-dire d après les données de l Office national de l emploi belge) et une population active en décroissance modérée, la diminution du taux de chômage implique une très légère croissance de l emploi de 0,1% par an entre 2004 et En conséquence, les taux d emploi belges augmentent en projection mais de manière modérée. Si on les compare aux anciens objectifs de Lisbonne, longtemps considérés comme des références à atteindre en 2010 pour l ensemble de l Union européenne, le taux d emploi global stagne aux alentours de 69% à partir de 2030 par rapport à un objectif de 70%. Par contre, l objectif de taux d emploi féminin de 60% serait atteint dès 2013, tandis que le taux d emploi des personnes de 55 à 64 ans, un des plus bas de l Union européenne, ne parviendrait pas à atteindre 50%, malgré une certaine hausse, sur toute la période de projection. Il faut remarquer que le vieillissement de la population démographique se répercute également sur l emploi : la proportion de travailleurs de plus de 50 ans par rapport aux travailleurs de 20 à 49 ans passe de 27% en 2004 à 38% en Les retraits de la vie active Lorsque l on évoque les retraits de la vie active, on pense immédiatement aux bénéficiaires d une pension de retraite et à la population d âge supérieur à l âge légal de la retraite. L âge légal de la retraite est en Belgique de 65 ans pour les hommes. Pour les femmes, il est actuellement de 63 ans et sera de 65 ans à partir du 1 er janvier Ce relèvement de l âge légal de la pension de retraite des femmes, initialement de 60 ans jusqu au 30 juin 1997, s opère dans le cadre de la réforme des pensions de 1996.

11 VIEILLISSEMENT DÉMOGRAPHIQUE ET COMPOSITION SOCIO-ÉCONOMIQUE DE LA POPULATION EN BELGIQUE 1163 Toutefois, et peut-être davantage que dans les autres pays industrialisés, de nombreuses possibilités ont été, et sont encore, offertes aux travailleurs âgés de quitter le marché du travail avant l âge légal de la retraite. Ces retraits s effectuent au travers de divers dispositifs : la prépension, l interruption de carrière ou la pension de retraite anticipée. Outre ces formes de retrait anticipé, les régimes d invalidité et de pension de survie constituent également des formes d inactivité rémunérée avant l âge légal de la retraite et sont intégrés à l analyse qui suit. Divers indicateurs placent la Belgique en queue du peloton européen en matière d emploi des âgés. Ainsi, selon l enquête sur les forces de travail d Eurostat, le taux d emploi des ans est en 2005 de 31,8% en Belgique pour 44,1% dans l UE des 15. Dans le même ordre d idées, l âge moyen de sortie du marché du travail en 2004 était respectivement dans ces deux entités de 59,4 ans et 61,0 ans. Le tableau 5 illustre la composition socio-économique de la population de plus de 55 ans, par grande classe d âge, pour la dernière année observée, 2004, et la dernière année projetée, Ce tableau ne constitue qu une synthèse de l ensemble des résultats fournis par la projection socio-économique qui est réalisée par sexe, classe d âge quinquennale (voire par année d âge), régime de travail (salarié du secteur privé, salarié du secteur public, indépendant) et par statut familial dans le cas des pensionnés (chef de ménage, isolé ). TABLEAU 5 : COMPOSITION SOCIO-ÉCONOMIQUE DE LA POPULATION DE 55 ANS ET PLUS EN 2004 ET 2050 (EN % DE LA POPULATION DÉMOGRAPHIQUE CORRESPONDANTE) Emploi Total Chômage Âgé Interruption de carrière Prépension Invalidité Pension de retraite et de survie De 55 à 59 ans ,9 13,5 11,0 0,6 6,6 7,8 6, ,7 11,2 4,0 1,1 3,6 10,0 2,9 De 60 à 64 ans ,7 8,1 7,6 0,0 12,2 7,1 46, ,0 10,5 9,7 0,1 11,2 10,2 40,9 Plus de 65 ans ,5 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 101, ,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 113,3 Source : Bureau fédéral du Plan, projection réalisée dans le cadre du 5 ème Rapport annuel du Comité d étude sur le vieillissement, juin 2006 Remarquons que dans la population des bénéficiaires d une pension de retraite ou de survie, certains individus sont comptabilisés deux fois. Ces individus sont ceux bénéficiant d une pension simultanément dans un des deux régimes (ou dans les deux) du secteur privé (pension en tant qu indépendant et/ou salarié) et dans le régime du secteur public. Les statistiques utilisées sont apurées des doubles comptages entre les 2 régimes du secteur privé, les paiements de ces pensions étant assurés par le même organisme. L existence de doubles comptages explique pourquoi, à certains âges, la somme des effectifs des différentes catégories socio-économiques projetés peut excéder la population démographique. Alors que le taux d emploi des ans est de 66% en 2004, il n est plus que de 45% pour les ans et de 19% pour les ans. Le marché du travail des âgés est caractérisé par des retraits anticipés importants. Entre 55 et 59 ans, soit avant l âge de la pension de retraite anticipée (60 ans), les formes privilégiées de sortie du marché du travail sont : le chômage âgé (11%), l invalidité (7.8%), la prépension (6,6%). Ce n est que dans de rares cas

12 1164 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL qu il est possible de bénéficier d une pension de retraite avant 60 ans, les individus pensionnés de 55 à 59 ans sont essentiellement des bénéficiaires d une pension de survie. Par contre, il est possible de bénéficier d une pension de retraite anticipée à partir de 60 ans (sous condition de durée de carrière dans le régime des travailleurs salariés et des travailleurs indépendants). La pension de retraite devient la voie privilégiée de sortie du marché du travail à partir de 60 ans. Les politiques favorisant le retrait de la vie active des âgés ont été initiées suite à la forte augmentation du taux de chômage lors des chocs pétroliers. Le taux de chômage s est toutefois maintenu à un niveau élevé et on a assisté ces dernières années à un changement de cap en la matière, où on s est progressivement dirigé vers une politique encourageant le maintien en activité des âgés. La réforme des pensions de 1996 (relevant l âge légal de la pension de retraite de 60 à 65 ans pour les femmes) ou la réforme du système des chômeurs âgés (où l âge d accès est relevé de 50 à 58 ans) en constituaient les premiers exemples. Tout récemment, le Pacte de solidarité entre les générations (approuvé fin 2005) intégrait diverses mesures allant dans le sens d un encouragement à l activité des travailleurs plus âgés. Il comporte notamment une réforme du système de prépension (relèvement de l âge normal d accès de 58 à 60 ans et durcissement progressif de la condition de carrière pour pouvoir bénéficier d une prépension) et introduit un bonus pension relevant le montant de la pension de retraite pour les individus poursuivant leur activité professionnelle après l âge de 62 ans. Les effets de ces politiques se manifestent dans les résultats de la projection dans lesquels on observe une baisse importante du nombre de chômeurs âgés et de prépensionnés avant 60 ans et un recul du nombre de pensionnés entre 60 et 64 ans. Toutefois la progression des taux d emploi pour les classes d âges élevés s explique aussi par le contexte de progression des taux d activité au sein de la population âgée et par l hypothèse retenue de diminution du taux de chômage structurel. Malgré tout, le taux d emploi des ans resterait en 2050, où il atteindrait 46,6%, en deçà de l ancien objectif européen de Lisbonne. Les pensionnés La projection des effectifs de pensionnés est réalisée à un niveau de désagrégation fin afin de pouvoir calculer le plus précisément possible les dépenses de pensions correspondantes. Les trois principaux régimes de retraite sont distingués : le régime des travailleurs salariés, le régime des travailleurs indépendants et celui de la fonction publique. Une approche par cohorte est également retenue. Le principe général de modélisation est de faire vieillir les effectifs existant de pensionnés et de les alimenter par des entrées reflétant les comportements d entrée récents. Les entrées en pension de retraite de 60 à 65 ans sont calculées d après les probabilités d entrée en pension de retraite à partir des différentes catégories socioéconomiques d un régime. Ces probabilités sont globalement constantes en projection. Elles sont toutefois ajustées afin de respecter une contrainte globale. Cette contrainte porte sur le taux d entrée cumulée (entre 60 et 65 ans) d une génération en pension de retraite. Ce taux reste constant en projection. En d autres termes, le rapport entre le nombre de personnes bénéficiant d une pension de retraite à 65 ans et le nombre de personnes relevant d un des 3 régimes de pension à 59 ans 6 ans auparavant est constant (correction faite toutefois de l évolution de la mortalité). Le nombre total de «pensionnés» 4 de 60 ans et plus passerait de 2 millions en 2004 à 3,6 millions en 2050 (tableau 6). Le principal facteur explicatif de cette évolution est le vieillissement : le nombre croissant de personnes de 60 ans et plus engendre une hausse du nombre de pensionnés. Dans un contexte de progression plus marquée de l espérance de vie masculine, la part de bénéficiaires masculins d une pension augmente également mais moins que le laisserait supposer l unique évolution démographique. 4 Rappelons que certains individus sont comptés deux fois dans la population pensionnée.

13 VIEILLISSEMENT DÉMOGRAPHIQUE ET COMPOSITION SOCIO-ÉCONOMIQUE DE LA POPULATION EN BELGIQUE 1165 TABLEAU 6 : VENTILATION PAR SEXE, RÉGIME ET CATÉGORIE DES PENSIONNÉS DE 60 ANS ET PLUS Nombre total de pensionnés en milliers en % de la population de 60 ans et plus 89,5 100,3 dont hommes 48,5 48,8 dont femmes 51,5 51,2 dont régime salarié 68,6 71,5 dont régime indépendant 13,1 10,3 dont régime fonction publique 18,3 18,2 Nombre de femmes pensionnées en milliers en % de la population de 60 ans et plus 81,0 95,0 dont retraite 71,5 93,1 dont survie 28,5 6,9 dont régime salarié 70,1 72,0 dont retraite 76,8 94,5 dont survie 23,2 5,5 dont régime indépendant 12,7 10,0 dont retraite 72,6 92,3 dont survie 27,4 7,7 dont régime fonction publique 17,1 18,0 dont retraite 48,6 87,7 dont survie 51,4 12,3 Nombre d'hommes pensionnés en milliers en % de la population de 60 ans et plus 100,9 106,6 dont régime salarié 66,9 71,0 dont taux ménage 40,3 17,0 dont autres pensions 59,7 83,0 dont régime indépendant 13,6 10,5 dont taux ménage 57,0 28,3 dont autres pensions 43,0 71,7 dont régime fonction publique 19,5 18,5 Source : Bureau fédéral du Plan, projection réalisée dans le cadre du 5 ème Rapport annuel du Comité d étude sur le vieillissement, juin 2006 Le taux de pensionnement de la population de 60 ans et plus (rapport entre le nombre de pensionnés et la population démographique de 60 ans et plus) augmente également, passant de 90% en 2004 à 100% en Au sein de la population féminine, l augmentation du taux de

14 1166 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL pensionnement est remarquable passant de 81% en 2004 à 95% en Cette augmentation est la conséquence de la progression de l activité féminine qui permet à toujours davantage de femmes de bénéficier de leur propre pension de retraite. Cette progression est toutefois ralentie par la réforme des pensions relevant progressivement l âge légal de la pension à 65 ans. Davantage de femmes bénéficiant de leur propre pension, le nombre de pensionnés de retraite au taux ménage (taux de 75% dont bénéficient les pensionnés de retraite mariés principalement des hommes - dont le conjoint n a pas de revenu propre) diminue. Comme corollaire de la hausse des taux d activité féminin, apparaît également le recul du nombre de bénéficiaires d une pension de survie. La répartition par régime des pensionnés reflète l évolution historique de la répartition de l emploi par régime et l hypothèse qu en projection la création d emploi se concentre principalement dans le régime salarié. 3. Une synthèse des résultats de la projection socio-économique Une synthèse des résultats de la projection socio-économique est présentée au travers de l analyse de certains coefficients de dépendance. Cette dernière section aborde également brièvement la viabilité financière du système belge de protection sociale. Le premier coefficient, le coefficient de dépendance démographique des âgés - déjà présenté au tableau 2 est le rapport entre la population de 65 ans et plus et la population d âge actif (de 15 à 64 ans). Le deuxième coefficient de dépendance est appelé coefficient de dépendance socio-économique parce qu il rapporte la population pensionnée au nombre de travailleurs ou autrement dit le nombre de bénéficiaires d une pension au nombre de cotisants. Les deux derniers coefficients, même s ils vont au-delà de l analyse réalisée jusqu à présent en termes de composition socio-démographique, ne manquent pas d intérêt dans le cadre de l évaluation de la viabilité financière à long terme du système belge de protection sociale : le coefficient de dépendance financier des âgés compare la masse totale des pensions légales payées par l État belge à la masse salariale, tandis que le coefficient de dépendance financier total est le ratio entre l ensemble des dépenses sociales (pensions, soins de santé, chômage, allocations familiales ) et la masse salariale. Comme déjà mentionné ci-dessus, le coefficient de dépendance démographique des âgés augmente considérablement entre 2004 et 2050 puisqu il s accroît de 74%. Le taux de croissance du coefficient de dépendance socio-économique des âgés n est que de 60% en raison d un emploi dont le niveau reste stable, malgré une population vieillissante, grâce à la progression des taux d activité et à la diminution du taux de chômage structurel. Le coefficient de dépendance financier des âgés n augmente que de 50% à l horizon De nombreux mécanismes génèrent une progression des pensions moindre que la progression des salaires : adaptations partielles des pensions au niveau général du bien-être, plafonnement des rémunérations prises en compte pour le calcul de la pension, En outre, si les femmes bénéficient en nombre plus important d une pension, leur pension reste en moyenne inférieure à celle des hommes et ces derniers bénéficient de moins en moins d une pension au taux ménage. L accroissement du coefficient de dépendance financier total est encore moindre : 30% car certaines dépenses sociales telles que les allocations de chômage et familiales se réduiront à l avenir notamment en raison de la diminution du nombre d allocataires. Ainsi, le défi pour les finances publiques belge qui s annonce au travers de l accroissement du coefficient de dépendance démographique des âgés est relativisé premièrement par la progression du taux d emploi, ensuite par les paramètres de calcul des pensions et des autres allocations sociales (ce qui peut soulever toutefois un problème en termes de soutenabilité sociale de ces systèmes, en particulier, du système de pensions).

15 VIEILLISSEMENT DÉMOGRAPHIQUE ET COMPOSITION SOCIO-ÉCONOMIQUE DE LA POPULATION EN BELGIQUE 1167 FIGURE 3 : DES COEFFICIENTS DE DÉPENDANCE (EN INDICE : 2004 = 100) démographique ( ans / ans) socio-économique (nombre de pensionnés / nombre de travailleurs) financier (dépenses de pensions / masse salariale) financier total (ensemble des dépenses sociales / masse salariale) Source : Bureau fédéral du Plan, projection réalisée dans le cadre du 5 ème Rapport annuel du Comité d étude sur le vieillissement, juin 2006 Néanmoins, un surcroît de dépenses sociales est attendu à l avenir et on peut se demander dans quelle mesure il mettra en péril l équilibre des finances publiques. Il y a quelques années, les projections de long terme montraient une réduction continue de la dette publique, permettant ainsi de dégager des marges pour financer les dépenses sociales supplémentaires. Mais le début des années 2000 a connu une croissance économique frileuse et, malgré un budget maintenu en équilibre notamment grâce à des mesures budgétaires ponctuelles, la réduction de la dette fut moindre qu escomptée. En outre, sans nouvelles mesures, pendant la période précédant le papy-boom, entre 2005 et 2010, au lieu de dégager des excédents budgétaires et de les engranger dans le Fonds de vieillissement en vue d assurer le financement futur des dépenses de pensions, l état belge sera en déficit. Les efforts budgétaires réalisés depuis un certain nombre d années devront dès lors être poursuivis afin d assurer le financement à long terme du système belge de protection sociale. BIBLIOGRAPHIE CONSEIL SUPÉRIEUR DES FINANCES, COMITÉ D ÉTUDE SUR LE VIEILLISSEMENT, Rapports Annuels, avril 2002 mai 2003 avril 2004 mai 2005 juin ECONOMIC POLICY COMMITTEE AND EUROPEAN COMMISSION (dg ecfin), The impact of ageing on public expenditure : projections for the EU25 Member States on pensions, health care, long term care, education and unemployment transfers ( ), European Economy, Special Report n 1/2006.

16 1168 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL ENGLERT M., FASQUELLE N., FESTJENS M.-J., LAMBRECHT M., SAINTRAIN M., STREEL C., WEEMAES S., Perspectives financières de la sécurité sociale Le vieillissement et la viabilité du système légal des pensions, Planning Paper 91, Bureau fédéral du Plan, janvier FASQUELLE, N., LOPEZ-NOVELLA, M., WEEMAES, S., Conséquences budgétaires et sociales du vieillissement : des perspectives de long terme, Commission 2 du 16 ème Congrès des Economistes belges de Langue française : Les finances publiques : défis à moyen et long termes, Mons, février INSTITUT NATIONAL DE STATISTIQUE, BUREAU FÉDÉRAL DU PLAN, Perspectives de population par arrondissement, Institut national de Statistique, Bruxelles, 2001

17 Les changements de la structure par âge des professions comme révélateurs de leur histoire et de leurs caractéristiques Hervé GAUTHIER Institut de la statistique du Québec, 200, chemin Sainte-Foy, Québec, Canada, G1R 5T4 Introduction Compte tenu des importants changements de leur structure par âge que connaissent la population et la population active, il est tout à fait normal de s intéresser aux changements dans la structure par âge de groupes particuliers de la population. C est le cas du présent texte qui porte sur la structure par âge des professions. La connaissance de la structure par âge des professions et des transformations que cette structure subit facilite la planification éclairée de la main-d œuvre. Nous verrons que, si les changements démographiques influencent les professions et si les mouvements qui caractérisent la population active touchent aussi de nombreuses professions, celles-ci sont soumises en outre à de nombreux facteurs qui leur sont propres. Après avoir fourni quelques précisions sur la source et la définition des données (première section), nous présenterons un aperçu de l évolution de l âge médian de la population active entre 1991 et 2001 (deuxième section). Nous verrons notamment comment le vieillissement de la population modifie en profondeur la structure par âge de la population active pendant cette période. La troisième section porte sur la variation de l âge médian des grandes catégories professionnelles. Dans la quatrième section, nous analysons la variation de l âge médian des professions par rapport à la variation de leur effectif ; nous verrons aussi quels grands groupes d âge d une profession sont touchés selon que l âge médian augmente ou diminue. Puis, nous comparons l effet de la démographie sur la structure par âge de quatre professions à l effet de la variation des taux d activité dans ces professions. Enfin, à partir de quelques cas, la dernière section montre l intérêt d utiliser les taux d activité par âge selon les générations pour mieux comprendre les changements de structure par âge dans les professions. Sources et définition Les données que nous utilisons proviennent des recensements du Canada. La profession d une personne désigne le genre de travail qu elle fait durant la semaine de référence, soit celle qui précède le recensement. Le travail est décrit à l aide de deux grandes questions : «Quel était le travail ou l occupation de cette personne?» et «Dans ce travail, quelles étaient les activités principales de cette personne?». Si le recensé n a pas d emploi pendant la semaine de référence, les données portent sur l emploi qu il a occupé le plus longtemps depuis le 1 er janvier de l année précédente. Les personnes qui ont deux emplois fournissent des renseignements sur l emploi auquel elles ont consacré le plus d heures. Les chômeurs qui n ont pas eu d emploi pendant cette période ou ceux qui entrent sur le marché du travail et qui n en ont pas encore trouvé un sont classés dans la catégorie «sans objet». La classification des professions comprend 508 groupes de base, 139 sous-groupes, 47 grands groupes et 10 grandes catégories. Dans le présent texte, seuls seront utilisés les grandes catégories et certains groupes de base ; ces derniers seront souvent désignés par le terme «profession». Nous utiliserons les données sur les professions provenant des recensements de 1991, de 1996 et de Statistique Canada a utilisé la Classification type des professions de

18 1170 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL 1991 (historique), qui permet de comparer les données recueillies aux recensements de 1991, de 1996 et de Cette classification ne comporte que quelques changements mineurs dans la classification des professions de 1991 et de Par contre, en raison des importants changements apportés à la classification des professions en 1991, il n est pas possible d établir des comparaisons avec les recensements plus anciens. La définition de la profession au recensement met l accent sur ce que fait la personne plutôt que sur la profession pour laquelle la personne a été formée. Ainsi, un médecin qui est devenu directeur d hôpital ou député à l Assemblée nationale sera compté parmi les «directeurs des soins de la santé» ou les «membres des corps législatifs». Les renseignements sur la profession sont recueillis auprès d un ménage sur cinq. On connaît quelques éléments relativement à la qualité des données. Ainsi, pour le Québec, le taux de non-réponse aux questions sur la profession est de 6,8% chez les hommes et de 6,5% chez les femmes, en La qualité du codage sur la profession a aussi été évaluée à partir d un échantillon de réponses. Cet échantillon a fait l objet d un nouveau codage par des spécialistes et leur code a été comparé au code attribué par l équipe de codeurs du recensement. Pour l ensemble du Canada, le taux d erreur de sortie est de 11,2% pour les grandes catégories de professions et de 21,7% pour les groupes de base. Des erreurs ont pu être corrigées par la suite dans le processus de traitement. Cependant, on ne sait pas dans quelle mesure ces corrections ont réduit le taux d erreur final (Statistique Canada, s. d.). Malgré les efforts déployés pour produire des données de grande qualité, de nombreuses inexactitudes subsistent donc. Peut-être faut-il en tirer une première constatation : le marché du travail est complexe, les emplois et les tâches accomplis dans le système de production sont très variés et ne se prêtent pas facilement à un exercice de systématisation. Il ne faut toutefois pas s empêcher d utiliser cette formidable source de données sur la profession qu est le recensement. La classification comporte un grand nombre de professions que seul un échantillon de grande envergure peut saisir. Population et population active : deux évolutions convergentes selon l âge L âge médian, qui sépare la population en deux parties égales, est un indicateur général de la répartition par âge d une population. En 2001, l âge médian de la population active est de 40,2 ans chez les hommes et de 39,5 ans chez les femmes (voir le tableau 1). Par rapport à 1991, l augmentation a été de 3,3 ans pour les premiers et de 3,8 pour les secondes. Il s agit d un vieillissement appréciable au cours d une période de 10 années.

19 LES CHANGEMENTS DE LA STRUCTURE PAR ÂGE DES PROFESSIONS COMME RÉVÉLATEURS 1171 TABLEAU 1 : ÂGE MÉDIAN DE LA POPULATION ET DE LA POPULATION ACTIVE, QUÉBEC, Population Population Écart active n Sexe masculin ,1 36,9 3, ,2 38,7 3, ,4 40,2 2,8 Sexe féminin ,0 35,7 0, ,1 37,9 0, ,6 39,5-0,1 Sexes réunis ,1 36,4 2, ,1 38,3 2, ,5 39,9 1,4 Variation Sexe masculin 4,3 3,3 - Sexe féminin 4,6 3,8 - Sexes réunis 4,4 3,5 - Source : Statistique Canada, Recensements et estimations de la population En fait, le vieillissement de la population active suit le vieillissement de l ensemble de la population, mais il est un peu moins prononcé : en effet, l âge médian de l ensemble des Québécois s est accru de 4,4 ans durant la même période. Comme pour l ensemble de la population, mais à un degré différent en raison du rôle des taux d activité, la réduction de la proportion de jeunes dans la population et l avancement en âge des générations nombreuses haussent l âge médian de la population active. Cependant, comme il y a peu d actifs dans les âges élevés, la population active échappe au vieillissement par le haut qui est dû à la diminution de la mortalité à ces âges. Par ailleurs, chez les hommes, la baisse des taux d activité a plus d effet chez les jeunes que chez les 50 ans et plus, de sorte que ce facteur a pu contribuer au vieillissement de la population active masculine. Parmi les femmes, la hausse des taux, plus forte chez les 50 ans et plus que chez les jeunes, tend au contraire à vieillir la population active. L évolution de la répartition par âge de la population active entre 1991 et 2001 est marquée par l avance en âge des générations nombreuses du baby-boom, nées entre 1946 et Ces générations ont de 25 à 44 ans en Chez les ans, les générations nombreuses sont remplacées par des générations moins nombreuses : l effectif des ans diminue fortement pendant cette période dans la population et dans la population active (voir le tableau 2). Par contre, entre 45 et 54 ans, des générations nombreuses remplacent des générations moins nombreuses : leur effectif augmente beaucoup. Il en résulte que les ans, qui représentent 29,4% de la population active en 1991, n en forment plus que 20,9% en Pendant la même période, les ans voient leur part s accroître de 17,5% de la population active à 24,1%. Il se produit donc un fort vieillissement interne de la population active qui se répercute sur la hausse de l âge médian. Ce phénomène se manifeste à peu de chose près chez les hommes et chez les femmes.

20 1172 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL L effet des changements dans les taux d activité n a pas du tout l ampleur qu a l effet du vieillissement démographique. Ainsi, si seuls les taux d activité avaient changé entre 1991 et 2001, la proportion d actifs de 50 ans et plus dans l ensemble des actifs serait passée de 16,8% à 17,0%, alors que, si seule la population avait changé, il y en aurait eu 21,5%. L effet démographique sur le vieillissement de la population active est donc beaucoup plus important que l effet des changements dans les taux d activité. Âge médian des grandes catégories professionnelles La Classification type des professions de 1991 (historique) regroupe les professions en 10 grandes catégories. Ces catégories permettent d avoir une vue d ensemble de l évolution de l âge de la population active selon les professions. Chaque grande catégorie professionnelle est formée de plusieurs professions qui ont en commun le fait d exiger une certaine formation (les travailleurs des sciences naturelles, par exemple), de comporter des tâches communes (les gestionnaires, par exemple) ou encore d appartenir majoritairement à un secteur d activité économique (les travailleurs du secteur de la santé ou encore les travailleurs du secteur primaire, par exemple). Les grandes catégories professionnelles ne peuvent pas être homogènes comme c est le cas des professions qui seront données en exemple à la section suivante, mais elles ont l avantage de fournir une vue d ensemble de l évolution professionnelle. La Classification reflète davantage les secteurs et les caractéristiques des tâches accomplies plutôt que le niveau socioéconomique. Ainsi, dans la catégorie D (le secteur de la santé), on trouve aussi bien le chirurgien que l infirmier, ou encore l aide ou l auxiliaire médical. Dans la catégorie B (Affaires, finance et administration) sont regroupés les vérificateurs et comptables, mais aussi les adjoints de direction, les téléphonistes et les commis de bureau. L âge médian de presque toutes les catégories professionnelles augmente (tableau 3). Dans un seul cas, celui des femmes de la catégorie E (Sciences sociales...), l âge médian a diminué entre 1991 et L influence de l évolution démographique, notée à la section précédente, s est donc manifestée avec vigueur dans la structure par âge des catégories professionnelles. Même la catégorie C (Sciences naturelles...), dont l effectif est en forte croissance (+ 32,7% chez les hommes et + 49,1% chez les femmes), a vu son âge médian augmenter assez fortement (2,8 ans et 4,4 ans, respectivement). Les deux catégories professionnelles dont l âge médian s accroît le plus ont cependant un effectif, soit en légère baisse (B Affaires, chez les femmes), soit en quasi-stabilité (D Secteur de la santé, chez les hommes).

21 LES CHANGEMENTS DE LA STRUCTURE PAR ÂGE DES PROFESSIONS COMME RÉVÉLATEURS 1173 Tableau 2 : Population, population active et taux d activité selon l âge Québec, 1991 et Population Population ans ,2 7, ans ,9 8, ans ,1 7, ans ,7 8, ans ,7 10, ans ,8 10, ans ,1 9, ans ,3 8, ans ,8 7, ans ,6 5,5 65 ans et plus ,8 15,8 Total ,0 100,0 50 ans et plus ,5 37,2 Population active Population active ans ,5 5, ans ,1 10, ans ,2 10, ans ,2 10, ans ,1 13, ans ,8 14, ans ,3 13, ans ,2 10, ans ,2 6, ans ,9 2,8 65 ans et plus ,4 1,4 Total ,0 100,0 50 ans et plus ,8 21,8 Taux d'activité ans 41,9 42, ans 77,9 74, ans 80,2 78, ans 80,9 81, ans 82,1 83, ans 81,9 84, ans 79,2 83, ans 71,3 76, ans 55,9 57, ans 32,3 31, ans et plus 6,5 5,6 - - Total 62,4 61,4 - - Source : Statistique Canada, Recensements. Compilation : Institut de la statistique du Québec.

22 1174 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL TABLEAU 3 : EFFECTIF ET ÂGE MÉDIAN DES GRANDES CATÉGORIES PROFESSIONNELLES SELON LE SEXE, QUÉBEC, 1991 ET 2001 Effectif Âge médian Variation Effectif Âge médian % ans '000 Hommes A Gestion ,9 44,3-3,4 2,4 B Affaires, finance et administration ,6 40,9 3,5 4,3 C Sciences naturelles et appliquées et professions apparentées ,6 37,4 32,7 2,8 D Secteur de la santé ,8 42,7 0,1 4,9 E Sciences sociales, enseignement, administration publique et religion ,4 45,1 2,6 2,7 F Arts, culture, sports et loisirs ,5 38,0 14,8 3,5 G Ventes et services ,4 36,1-1,5 2,7 H Métiers, transport et machinerie ,4 41,4-4,6 4,0 I Professions propres au secteur primaire ,3 40,8-9,6 4,5 J Transformation, fabrication et services d'utilité publique ,1 38,4 11,6 3,3 Profession - Sans objet ,5 38,6 2,4 5,1 Toutes les professions ,0 40,3 2,0 3,3 Population active totale ,9 40,2 2,0 3,3 Femmes A Gestion ,2 41,8 19,3 3,6 B Affaires, finance et administration ,6 41,3-2,7 5,7 C Sciences naturelles et appliquées et professions apparentées ,0 35,4 49,1 4,4 D Secteur de la santé ,2 41,5 13,5 4,3 E Sciences sociales, enseignement, administration publique et religion ,2 39,8 26,8-0,4 F Arts, culture, sports et loisirs ,2 36,0 30,7 2,8 G Ventes et services ,8 35,7 14,7 2,9 H Métiers, transport et machinerie ,8 41,5 10,3 2,7 I Professions propres au secteur primaire ,7 41,6-8,4 2,9 J Transformation, fabrication et services d'utilité publique ,7 40,9 11,8 3,2 Profession - Sans objet ,4 37,8 0,2 4,4 Toutes les professions ,8 39,6 10,9 3,8 Population active totale ,7 39,5 10,5 3,8 Sexes réunis A Gestion ,9 43,4 3,0 2,5 B Affaires, finance et administration ,8 41,2-1,0 5,4 C Sciences naturelles et appliquées et professions apparentées ,8 36,9 35,9 3,1 D Secteur de la santé ,3 41,8 10,2 4,5 E Sciences sociales, enseignement, administration publique et religion ,3 41,8 16,3 0,5 F Arts, culture, sports et loisirs ,9 36,9 22,7 3,0 G Ventes et services ,1 35,9 7,0 2,8 H Métiers, transport et machinerie ,5 41,4-3,7 3,9 I Professions propres au secteur primaire ,8 41,0-9,3 4,2 J Transformation, fabrication et services d'utilité publique ,9 39,3 11,6 3,4 Profession - Sans objet ,4 38,2 1,3 4,8 Toutes les professions ,4 39,9 5,9 3,5 Population active totale ,4 39,9 5,8 3,5 Source : Statistique Canada, Recensements. Compilation : Institut de la statistique du Québec. Variation de l âge médian dans les professions de base Les professions sont davantage explicites sur ce que font réellement les gens que les grandes catégories professionnelles dont il a été question à la section précédente. Elles reflètent davantage aussi l environnement humain des travailleurs et des travailleuses. Parmi les 508 professions que compte la Classification des professions (historique), nous avons retenu, pour chaque sexe, les professions ayant un effectif d au moins personnes en 1991 et en À partir de ces deux critères, trois ensembles de professions ont été obtenus : 81 pour les hommes, 52 pour les femmes et 140 pour les deux sexes. Il faut se rappeler que les professions retenues ne sont pas toujours les mêmes pour les deux sexes; en outre, en considérant les deux sexes ensemble, d autres professions ont atteint le seuil de 5 000, ce qui permet d étudier plus de professions. De façon générale, il y a très peu de professions qui rajeunissent : l âge médian diminue seulement au sein de 13 professions sur les 140 (sexes réunis).

23 LES CHANGEMENTS DE LA STRUCTURE PAR ÂGE DES PROFESSIONS COMME RÉVÉLATEURS 1175 La première question examinée dans la présente section a trait au lien entre la variation de l effectif des professions entre 1991 et 2001, et la variation de l âge médian. Nous avons vu, à la section précédente, que la progression de l âge médian était généralisée, même dans les catégories professionnelles qui ont connu une forte croissance. Le tableau 4 permet de voir si cette relation se vérifie en ce qui concerne les professions de base. TABLEAU 4 : NOMBRE DE PROFESSIONS * CARACTÉRISÉES PAR UNE HAUSSE OU UNE BAISSE DE L ÂGE MÉDIAN SELON LA VARIATION DE L EFFECTIF, QUÉBEC, selon la variation de l'effectif, Québec, Variation de l'âge médian Variation de Sexe masculin Sexe féminin Sexes réunis l'effectif Hausse Baisse Total Hausse Baisse Total Hausse Baisse Total % n Augmentation % ou plus De 25 % à 49 % De 12,5 % à 24 % De 0 % à 12,4 % Diminution De -12,4 % à 0 % De -24 % à 12,5 % % ou moins Total * Professions ayant un effectif de personnes ou plus en 1991 et en Source : Statistique Canada, Recensements. Compilation : Institut de la statistique du Québec. Sur les 79 professions (sexes réunis) dont l effectif augmente, il n y en a que 6 dont l âge médian diminue. On pourrait penser qu un accroissement de l effectif est dû à l embauche de nouveaux travailleurs et donc qu il produit un certain rajeunissement de la profession. Tel n est pas le cas. Il semble bien que l embauche de jeunes travailleurs n exerce pas une influence suffisante pour contrer l embauche de travailleurs à différents âges et, surtout, pour renverser le mouvement créé par l avance en âge des générations nombreuses. Parmi les 61 professions marquées par une diminution de l effectif (sexes réunis), on note une hausse de l âge médian chez 54 d entre elles. Dans ce cas cependant, un tel résultat est moins étonnant dans la mesure où une réduction d effectif dans une profession s accompagne souvent d une réduction de l embauche et, donc, pénalise les jeunes entrants. La seconde question examinée dans la présente section concerne la variation de la proportion des professions par grand groupe d âge. Nous avons réparti, au tableau 5, l effectif de chaque profession en trois grands groupes d âge : les jeunes, de 15 à 29 ans, les âges intermédiaires, de 30 à 49 ans, et les âges avancés, de 50 ans et plus. Très peu de professions rajeunissent : à peine 20 professions sur 140 (sexes réunis) connaissent une hausse de la proportion de jeunes. À l autre extrémité des âges, seulement sept professions voient la proportion des 50 ans et plus diminuer. Ces données par âge ne font que confirmer l étendue du vieillissement dans les diverses professions.

24 1176 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL TABLEAU 5 : NOMBRE DE PROFESSIONS * SELON LE SEXE ET SELON LA VARIATION DE L EFFECTIF TOTAL, DE L ÂGE MÉDIAN ET DE LA PROPORTION DE CHAQUE GROUPE D ÂGE, QUÉBEC, Sexe Effectif Âge médian Proportion des ans Proportion des ans Proportion des 50 ans et plus Hausse Baisse Stable Hausse Baisse Stable Hausse Baisse Stable nombre de professions Hommes Augmentation Hausse Baisse Aucune Diminution Hausse Baisse Aucune Femmes Augmentation Hausse Baisse Aucune Diminution Hausse Baisse Aucune Total Augmentation Hausse Baisse Aucune Diminution Hausse Baisse Aucune * Professions ayant un effectif de personnes ou plus en 1991 et en Source : Statistique Canada, Recensements. Compilation : Institut de la statistique du Québec. Effet démographique et des taux d activité : quelques cas types Nous avons évoqué, à la première section, le fait que le facteur démographique avait beaucoup plus d effet sur le vieillissement de l ensemble de la population active que la variation des taux d activité. Ce n est pas nécessairement le cas pour les professions de base. Nous présentons au tableau 6 quatre professions pour lesquelles l effet de chaque facteur est fort différent. Chacune de ces professions correspond à un type particulier : conducteurs de camion (vieillissement de la structure par âge semblable à celui de l ensemble de la population active), agents et courtiers d assurance (fort vieillissement), institutrices à la maternelle et au primaire (rajeunissement) et éducatrices à la petite enfance (forte croissance de l effectif). Pour une profession donnée, le taux d activité représente le nombre de personnes ayant déclaré cette profession pour personnes du même groupe d âge. La répartition quinquennale de la population et les taux d activité par groupe d âge de cinq ans ont été utilisés pour établir l effet de chaque facteur (démographie et taux d activité). Notons tout d abord que la variation démographique agit dans un sens semblable pour chacun des groupes d âge, sans toutefois que son effet soit identique, car les taux quinquennaux utilisés pour établir cet effet varie d une profession à l autre. La variation démographique cause une augmentation de la proportion des travailleurs de 50 ans et plus et une diminution de celle des ans, mais touche assez peu la proportion du groupe des ans. En comparaison, l effet des taux d activité est beaucoup plus variable. C est que la variation des groupes d âge de la population en âge de travailler est la même, quelle que soit la profession, puisqu il s agit du dénominateur des taux d activité. Au contraire, les taux d activité de chaque profession sont propres à chacune d elles. La profession de conducteurs de camion, chez les hommes, a vieilli au même rythme que l ensemble de la population active de sexe masculin entre 1991 et 2001 : l âge médian y a crû de 3,2 ans par rapport à 3,3 ans. Les deux facteurs ont contribué à faire vieillir la structure par âge de ces travailleurs. Cependant, le facteur démographique a eu plus d importance, si l on se

25 LES CHANGEMENTS DE LA STRUCTURE PAR ÂGE DES PROFESSIONS COMME RÉVÉLATEURS 1177 fie à l effet que ce facteur a eu sur la proportion des jeunes de 15 à 29 ans ( 4,2 points de pourcentage) et sur la proportion de travailleurs âgés (5,6 points de plus pour ce seul facteur). TABLEAU 6 : EFFET DE LA VARIATION DÉMOGRAPHIQUE ET DES TAUX D ACTIVITÉ SUR LA PROPORTION PAR GRAND GROUPE D ÂGE, QUATRE PROFESSIONS, QUÉBEC, Hommes H711 Conducteurs de camions Âge médian (1991 et 2001) : 39,0 ans 42,2 ans ans ans 50 ans et + Total Répartition en % ,1 56,0 21,9 100, ,6 57,4 27,0 100,0 Variation en points de % -6,5 1,4 5,1 - Effet de la variation démographique -4,2-1,4 5,6 - Effet de la variation des taux d'activité -2,4 2,8-0,3 - Effets croisés 0,1 0,1-0,1 Hommes : G131 Agents et courtiers d'assurance Âge médian (1991 et 2001) : 42,0 ans 48,5 ans Répartition en % ,0 55,9 29,1 100, ,1 43,1 44,8 100,0 Variation en points de % -2,9-12,7 15,7 - Effet de la variation démographique -3,5-2,1 5,7 - Effet de la variation des taux d'activité 1,2-10,8 9,7 - Effets croisés -0,5 0,1 0,4 Femmes E132 Instituteurs à la maternelle et au niveau primaire Âge médian (1991 et 2001) : 43,4 ans 40,1 ans Répartition en % ,2 67,1 18,7 100, ,7 50,1 27,1 100,0 Variation en points de % 8,5-17,0 8,5 - Effet de la variation démographique -3,8-0,7 4,5 - Effet de la variation des taux d'activité 14,6-15,8 1,1 - Effets croisés -2,4-0,5 2,8 Femmes G813 Éducateurs et aides-éducateurs de la petite enfance Âge médian (1991 et 2001) : 32,1 ans 36,4 ans Répartition en % ,2 48,4 8,4 100, ,8 56,2 13,1 100,0 Variation en points de % -12,4 7,8 4,7 - Effet de la variation démographique -4,3 1,0 3,3 - Effet de la variation des taux d'activité -7,8 6,9 1,0 - Effets croisés -0,2-0,1 0,4 Source : Statistique Canada, Recensements. Compilation : Institut de la statistique du Québec. La deuxième profession, les agents et courtiers d assurance, a été frappée par un très fort vieillissement de sa structure par âge : l âge médian a augmenté de 6,5 ans, soit une hausse deux fois plus considérable que celle de l ensemble des travailleurs masculins. L effectif total de cette profession a diminué de 39% entre 1991 et Dans ce cas aussi, les deux facteurs ont fait vieillir la structure par âge. Toutefois, c est la variation des taux d activité qui a eu l incidence la plus considérable. La baisse des taux d activité a fait fléchir la part des ans par rapport à celle des plus âgés. Quant aux professions qui ont connu un rajeunissement de leur structure par âge, il est clair que ce sont les taux d activité qui ont joué le rôle principal, puisque la variation démographique exerce un effet contraire. Un exemple en est fourni par les institutrices à la maternelle et au primaire. L âge médian de ce groupe a diminué de 3,3 ans en raison de l effet

26 1178 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL des taux d activité qui ont entraîné une forte hausse de la proportion de jeunes travailleuses et une réduction de celle des travailleuses d âge intermédiaire. La quatrième profession est un exemple de profession en forte croissance. L effectif des éducatrices et aides-éducatrices de la petite enfance a connu une très forte augmentation entre 1991 et 2001 (159%). L âge médian s est accru de 4,3 ans, ce qui est un peu plus que la moyenne générale. Cette profession se distingue des deux autres professions qui ont vieilli aussi (conducteurs de camion et agents et courtiers d assurance) du fait que c est le groupe d âge central qui a enregistré le gain le plus considérable, et ce, en vertu de la forte hausse des taux d activité dans les groupes de 30 à 49 ans. Le rôle de la variation des taux d activité sur la structure par âge des professions n est donc pas toujours minime comme c est le cas de l ensemble de la population active. La variation des taux d activité peut accentuer l effet démographique qui tend à faire vieillir la structure par âge des professions, comme elle peut atténuer cette tendance ou encore être assez forte pour la renverser. Analyse par génération dans les professions de base Ayant pour matériel les professions de personnes et plus, nous avons cherché des évolutions types de l activité professionnelle par génération. L étude des professions par génération n est pas utilisée fréquemment. Mentionnons toutefois l excellent travail de Zighera (1985) sur le taux d emploi par génération en France au cours de la période , qui nous a servi d inspiration dans un travail antérieur (Gauthier, 1997). Favereau, Sollogoub et Zighera ont utilisé cette approche pour l étude de la segmentation du marché du travail (1991). L analyse de l évolution des taux d activité par âge de chaque profession, pour personnes de chaque groupe d âge, permet de neutraliser l effet démographique. On pourrait aussi illustrer les variations en utilisant l effectif de travailleurs de chaque profession par groupe d âge. Cependant, seraient alors combinés les effets des variations des taux d activité et de la structure par âge de la population en âge de travailler. Un groupe de générations est observé dans le temps, à l aide du groupe d âge dont il fait partie. Il ne s agit pas de trajectoires individuelles, mais plutôt de l expérience d un groupe de personnes (Wunsch, 1993 : 16-3). Selon la distinction faite par Louis Henry en 1959 (cité par Wunsch, 1993 : 16-3), ce sont des «données continues» (données longitudinales agrégées) et non des «données suivies» (données longitudinales individuelles). On ne connaît pas le nombre d entrants ou de sortants dans une profession, encore moins les entrées et les sorties, plus nombreuses, puisqu un individu peut changer de profession et revenir à sa profession initiale, ou encore se retirer du marché du travail et y revenir. Avec les données du recensement quinquennal, ce sont les variations nettes que nous appréhendons. En conséquence, lorsque la comparaison entre deux taux d une profession révèle une différence, il ne faut pas interpréter cette différence comme étant les entrées ou sorties de la profession au cours d une période : en fait, il s agit d un solde dans lequel de multiples entrées peuvent être supérieures ou inférieures aux sorties. L évolution des professions au sein des générations est la résultante de nombreux effets (Gauthier, 1997 : 110). Premièrement, des effets du cycle de vie : par exemple, le recrutement pour les professions qui exigent un diplôme s adressera surtout aux jeunes qui entrent sur le marché du travail, alors que les professions qui requièrent de l expérience, telle la profession de directeur, vont être attribuées plus souvent aux personnes d âge mûr. Deuxièmement, des effets de période : par exemple, les générations qui sont arrivées sur le marché du travail au moment du développement d un secteur particulier (le secteur scolaire, les centres d appel, les garderies, par exemple) seront davantage représentées dans les professions qui caractérisent le secteur. Troisièmement, des effets de génération : à titre d exemple, la baisse de l âge de la

27 LES CHANGEMENTS DE LA STRUCTURE PAR ÂGE DES PROFESSIONS COMME RÉVÉLATEURS 1179 retraite tient en partie à des effets de génération, tout comme la hausse de l activité chez les femmes. Enfin, certaines caractéristiques de la profession vont influencer la structure par âge. Ainsi, une profession dont les travailleurs ont de généreux régimes de retraite pourra perdre ses travailleurs âgés plus tôt et vieillir moins qu une profession dont les travailleurs sont privés d un tel avantage. Par ailleurs, une profession pour laquelle on n exige que peu ou pas d expérience et dont les salaires et les conditions de travail sont médiocres attirera des jeunes qui entrent sur le marché du travail, mais ne les gardera pas bien longtemps. Nous relèverons au passage certains de ces effets. La grande variété de ce qui se passe dans les professions sera illustrée par des exemples qui représentent les quatre tendances relevées au point précédent : vieillissement semblable à l ensemble de la population active, fort vieillissement, rajeunissement et fort accroissement d effectif. Pour chaque type de professions, nous ajouterons un second cas. Vieillissement semblable à celui de l ensemble de la population active Un premier groupe de professions connaît, entre 1991 et 2001, un vieillissement qui est presque le même que celui de la population active. En effet, l âge médian des femmes qui exercent la profession de commis aux services à la clientèle et aux renseignements a augmenté de 3,9 ans pendant cette période (de 33,2 à 37,1 ans), comparativement à 3,8 chez l ensemble des femmes faisant partie de la population active. Même phénomène chez les hommes qui sont conducteurs de camion dont nous avons déjà parlé : leur âge médian s est accru de 3,2 ans (de 39,0 à 42,2 ans), par rapport à 3,3 ans parmi l ensemble des actifs. La forte expansion de l effectif des commis aux services à la clientèle (110% entre 1991 et 2001) est liée au développement des centres d appel. La figure 1 illustre l évolution des taux d activité par génération au cours de la période Cette figure, ainsi que les sept autres qui suivent, reprend les données transversales, mais les points sont reliés selon les générations et non par année de recensement. Les données proviennent de trois recensements, de sorte que chaque courbe représente une tranche de 10 ans dans la vie d un groupe de générations. Plus on se déplace vers la gauche, plus les générations sont jeunes. Le point le plus à gauche d une courbe (le 1 er point) correspond toujours à l année 1991 et le point le plus à droite (le 3 e point), à l année Par exemple, la courbe marquée par les points 1, 2 et 3 situe le groupe de générations , lorsque ces générations sont passées du groupe d âge ans en 1991, au groupe ans en 1996 et au groupe ans en L analyse se fait par génération, lorsqu on suit un groupe de générations au fil de l âge, ou pour un groupe d âge donné, en comparant des générations différentes. Ainsi, le taux d activité des générations dans cette profession est passé de 6,4 pour mille à 9,6 pour mille et à 11,4 pour mille à ces âges au cours de la période Il y a donc eu progression de l activité pour ces générations dans cette profession. On voit aussi que ce groupe de générations a des taux plus élevés que les générations plus anciennes ( et avant, soit les courbes à droite) et moins élevés que les générations plus jeunes ( et après, soit les courbes à gauche). La hausse des taux d activité de cette profession est très forte chez les ans d une génération à l autre et elle se produit entre générations jusqu aux ans. Non seulement les taux augmentent-ils d une génération à l autre, mais ils s accroissent aussi pour chaque génération avec l avance en âge, comme c est le cas du groupe de générations dont le taux grimpe de 3 points pour mille pendant la période , entre les âges ans et ans. On peut donc affirmer qu il n y a pas de sélection basée sur l âge à l embauche. La seconde profession, les conducteurs de camion, n a pas connu la forte progression d effectif des commis aux services à la clientèle (18% par rapport à 118%) et elle est exercée surtout par les hommes. Au début de la vie active, il y a baisse du taux d activité à ans et à ans entre les générations (figure 2). Par contre, la progression du taux est assez forte entre les générations aux âges compris entre 30 et 50 ans. Comme dans le cas des commis, on

28 1180 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL observe une hausse des taux d activité avec l âge dans les générations jusqu à un âge avancé (50-54 ans), ce qui dénote une ouverture aux travailleurs d un certain âge. Fort vieillissement Les deux prochaines professions se caractérisent par un vieillissement prononcé de leur structure par âge au cours de la période En effet, l âge médian des agents et courtiers d assurance de sexe masculin s est accru de 6,5 années, passant de 42,0 à 48,5 ans, ce qui en fait l une des professions dont les membres sont les plus âgés. Le mouvement a été encore plus marqué chez les aides et auxiliaires médicaux, de sexe masculin aussi, puisque leur âge médian a fait un bond de 8,0 ans, mais les membres de cette profession demeurent plus jeunes (41,4 ans en 2001). L effectif total de ces deux professions a diminué pendant la période : de 39% chez les agents et courtiers d assurance et de 14 % chez les aides et auxiliaires médicaux. La diminution avec l âge du taux d activité des agents et courtiers d assurance a touché presque toutes les générations (figure 3). Même les générations , qui ont d abord suivi une hausse normale entre ans et ans, période d embauche, ont vu les taux d activité s effondrer dans le groupe d âge suivant, signe de contraintes généralisées. D une génération à l autre, les taux sont en baisse. L embauche de jeunes a été réduite aussi. Cette profession a été touchée par les difficultés économiques de la décennie 1990, outre qu elle a subi une certaine transformation de ses pratiques. En effet, l offre de services est de plus en plus confiée à des personnes qui sont employées par les entreprises et qui prennent contact directement avec les clients sans passer par des agents ou courtiers. La baisse des taux d activité des aides et auxiliaires médicaux touche surtout les générations à qui ont vu leur taux d activité fortement diminuer en avançant en âge. Les générations connaissent une évolution mixte en avançant en âge, puisque le taux augmente, puis diminue. Il faut dire que, dans cette profession, les conventions collectives des services publics de santé protègent les employés plus âgés en fonction de l expérience, alors que les agents et courtiers d assurance d un certain âge, le plus souvent des travailleurs autonomes, ne bénéficient pas d une telle protection. D une génération à l autre, on observe une hausse des taux entre les générations plus anciennes, signe que la profession avait connu une période de croissance qui a été stoppée à partir des générations

29 LES CHANGEMENTS DE LA STRUCTURE PAR ÂGE DES PROFESSIONS COMME RÉVÉLATEURS 1181 Figure 1 Figure 2 0 / 00 18,0 16,0 14,0 12,0 10,0 8,0 6,0 4,0 2,0 0,0 Figure 3 Figure 4 0 / 00 6,0 5,0 4,0 3,0 2,0 1,0 0,0 Commis à la clientèle (B553), femmes, taux d'activité par génération, Québec, Source : Statistique Canada, Recensements. Compilation : Institut de la statistique du Québec Agents et courtiers d'assurance (G131), hommes, taux d'activité par génération, Québec, / 00 30,0 25,0 20,0 15,0 10,0 5,0 0,0 0 / 00 7,0 6,0 5,0 4,0 3,0 2,0 1,0 0,0 Conducteurs de camions (H711), hommes, taux d'activité par génération, Québec, Aides et auxiliaires médicaux (D312), hommes, taux d'activité par génération, Québec, Rajeunissement Même si le vieillissement est le phénomène le plus répandu parmi les professions, un certain nombre de professions vivent la tendance inverse. Avec un âge médian en baisse, les deux exemples présentés ici sont très différents. L âge médian des institutrices à la maternelle et au primaire diminue de 3,3 ans (de 43,4 à 40,1 ans) et celui des ouvriers agricoles, de 1,7 an (de 29,2 à 27,5 ans). Cependant, l effectif des premières augmente de 13% entre 1991 et 2001, tandis que celui des ouvriers agricoles diminue de 24%. La figure 5, qui illustre l évolution des taux d activité des générations par âge chez les institutrices à la maternelle et au primaire, rend compte d une cassure entre les générations et , qui ont bénéficié d une vague d embauche à leur entrée sur le marché du travail, et les générations Bien que l on puisse étudier une période de 10 années

30 1182 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL seulement, on peut supposer que l embauche a été fortement réduite dans cette profession autour des années 1980, au moment où des générations moins nombreuses d enfants sont arrivées dans les écoles. Pendant plusieurs années, l embauche a été restreinte et a conduit à un écart de taux étonnant entre trois groupes de générations : une première baisse importante est visible entre les générations et , puis une baisse encore plus importante entre celles-ci et le groupe À ans, le taux chute de 41,5 pour mille à 17,5 pour mille entre les générations et Les membres de cette profession bénéficient de régimes de retraite qui leur permettent de quitter leur emploi assez tôt, de sorte que la baisse du taux d activité est très importante dans les générations et entre les groupes d âge ans et ans. Par une sorte d effet de balancier, l embauche de jeunes a repris, notamment dans les générations , ce qui a entraîné le rajeunissement de la profession. L évolution des ouvriers agricoles (à distinguer des agriculteurs propriétaires de fermes qu ils cultivent) se fait sur fond de décroissance de l effectif. La baisse des taux d activité intervient surtout avant 50 ans (figure 6). La baisse du taux avec l âge à l intérieur des générations dès le groupe ans reflète le fait qu il s agit d une profession de jeunes : les jeunes quittent la profession pour trouver un autre travail. Par contre, la baisse du taux d activité entre générations au même âge signifie que la profession connaît des difficultés et doit réduire l effectif total. Comme il s agit d un groupe assez jeune, affichant un âge médian de 27,5 ans, il ne pouvait y avoir d importantes réductions d effectif sans toucher les jeunes. Les plus importantes réductions de taux (et d effectif) se sont produites à ans et ans, ce qui a entraîné une réduction de l âge médian. Effectif en forte croissance En démographie, on associe les populations en forte croissance à des populations jeunes. Ce n est pas nécessairement le cas de groupes aussi particuliers que les membres d une profession. L entrée dans une profession peut se faire tout au long de la vie active. Même si nos données nous obligent à parler d embauche nette ou de variation nette, les deux professions en croissance analysées ici montrent bien que, lorsque les besoins existent, une profession peut embaucher au sein d un éventail d âge assez large. Une telle observation n est sûrement pas valable pour les professions qui exigent des études poussées, ce qui sert de barrière à l entrée. La profession d éducatrices et aides-éducatrices de la petite enfance est l une de celles qui connaissent la plus forte croissance entre 1991 et 2001, soit 159%. En fait, c est surtout pendant la période que leur nombre grimpe, ces années étant marquées par le développement des centres de la petite enfance et l expansion des services de garde en milieu familial. Les exigences d embauche ne sont probablement pas toujours très rigoureuses, car la progression des taux d activité se fait jusqu au groupe ans dans les générations (figure 7). Les progrès sont observables pour chaque groupe de générations et entre générations.

31 LES CHANGEMENTS DE LA STRUCTURE PAR ÂGE DES PROFESSIONS COMME RÉVÉLATEURS 1183 Figure 5 Figure 6 0 / 00 45,0 40,0 35,0 30,0 25,0 20,0 15,0 10,0 5,0 0,0 Instituteurs à la maternelle et au primaire (E132), femmes, taux d'activité par génération, Québec, Figure 7 Figure 8 0 / 00 30,0 25,0 20,0 15,0 10,0 5,0 0,0 Source : Statistique Canada, Recensements. Compilation : Institut de la statistique du Québec Éducateurs et aides-éducateurs de la petite enfance (G813), femmes, taux d'activité par génération, Québec, / 00 16,0 14,0 12,0 10,0 8,0 6,0 4,0 2,0 0,0 0 / 00 60,0 50,0 40,0 30,0 20,0 10,0 0,0 Ouvriers agricoles (I021), hommes, taux d'activité par génération, Québec, Professions en informatique (C070), hommes, taux d'activité par génération, Québec, Les hommes qui exercent une profession en informatique suivent une évolution semblable, avec une hausse appréciable de leur effectif (119%) et une légère augmentation de leur âge médian (de 32,0 à 34,3 ans). Quoique la hausse du taux d activité ne soit pas aussi forte aux âges avancés, comme on le constate à la figure 8, cette hausse se prolonge aussi jusqu aux générations , soit jusqu à ans. Les professions en informatique sont exigeantes en ce qui touche le caractère récent de la formation, ce qui limite l embauche chez les plus âgés. Mais, comme dans le cas des éducatrices et aides-éducatrices de la petite enfance, il ne semble pas y avoir de forte sélection en raison de l âge.

32 1184 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL Conclusion La structure par âge des professions est très variée. En outre, les changements de la structure par âge des professions ne sont pas uniformes. La source de cette diversité tient aux facteurs eux-mêmes qui façonnent la structure par âge des professions et en déterminent les modifications. La démographie impose évidemment un rythme général. C est ce qui explique que le vieillissement des professions soit si marqué. La majorité des professions voient leur âge médian augmenter : 127 professions sur les 140 professions dont l effectif est d au moins personnes en 1991 et en 2001 (sexes réunis). Même s il agit dans le même sens pour toutes les professions, l effet du vieillissement démographique n est pas identique, car le taux d activité varie d une profession à l autre. De nombreuses variables interviennent et influencent les taux d activité des professions par âge, qui constituent le second facteur de changements de la structure par âge des professions. C est ce qui explique que ce facteur agit diversement selon les professions. L effet de la variation des taux d activité peut accentuer l effet de la démographie (comme dans le cas des agents et courtiers d assurance qui vieillissent beaucoup plus que l ensemble de la population active), mais il peut le renverser complètement (c est le cas des institutrices à la maternelle et au primaire, dont l âge médian diminue). Parmi les quelques cas que nous avons examinés, nous avons vu que le taux d activité d une profession selon l âge peut être influencé par les changements technologiques (l expansion des centres d appels a favorisé la hausse du taux de commis à la clientèle), par les transformations de l organisation du travail (le recours à des employés plutôt qu à des agents et courtiers d assurance a fait fondre le nombre de ceux-ci et a fait vieillir leur structure par âge), par les besoins de personnel dus au développement d un service (le développement des services de garde, par exemple), par le besoin de remplacement de travailleurs entrés dans la profession à l occasion d une vague d embauche et qui sont rendus à l âge de la retraite (les institutrices, par exemple). L analyse de l évolution des taux d activité par âge et par génération fait ressortir que l effet des variables externes sur la structure par âge s exerce en fonction des caractéristiques propres et de l histoire de chaque profession. Deux professions dont l âge médian évoluent de façon assez semblable à l ensemble de la population active ont été examinées ; dans les deux cas, on observe une hausse des taux d activité par âge d une génération à l autre, mais la hausse débute plus tard, à partir de 25 ans chez les conducteurs de camion, alors qu elle est générale dès le groupe ans chez les commis à la clientèle. En ce qui concerne la diminution de l âge médian, elle peut être due à une évolution très différente des taux d activité des générations par âge, comme on le constate chez les institutrices à la maternelle et au primaire (forte hausse des taux par âge entre les générations plus jeunes et baisse entre les générations plus âgées) et chez les ouvriers agricoles (baisse générale des taux par âge d une génération à l autre). Autre exemple dans le cas de vieillissement très prononcé : la baisse des taux d activité par âge est générale chez les agents et courtiers d assurance, alors que, chez les aides et auxiliaires médicaux, la baisse des taux n intervient qu entre les générations plus jeunes. On est en présence d une grande diversité de situations et d évolutions, observées ici quant aux changements des taux par âge des travailleurs ou travailleuses selon la profession. Cela nous amène à dire que, devant la perspective de la décroissance de la population en âge de travailler, la possibilité du déclin de la population active et son vieillissement, il faudra adopter une approche différenciée et ne pas considérer la population active comme un tout uniforme. Rappelons aussi que, dans les années 1980, le nombre d actifs des ans a diminué de près de personnes au Québec pendant que la population active totale augmentait de

33 LES CHANGEMENTS DE LA STRUCTURE PAR ÂGE DES PROFESSIONS COMME RÉVÉLATEURS : le marché du travail a dû s adapter à ce changement (Gauthier, 1990). Même si l on admet que le marché du travail est doté d une grande capacité d adaptation, il reste qu une certaine planification de la main-d œuvre sera de plus en plus nécessaire. On peut penser que les professions qui connaîtront beaucoup de départs trouveront plus facilement des remplaçants si les salaires sont assez élevés et les conditions de travail, avantageuses. Certaines professions exigent une longue formation : les pénuries risquent d atteindre durement ces professions, si l on ne s est pas préparé à la vague de retraites qui s en vient. Plusieurs professions médicales, vieillissantes, sont dans ce cas. L employeur qui dépend de professions dont le nombre d étudiants est contingenté est particulièrement vulnérable. Par contre, l employeur qui, tout en exigeant une assez bonne formation de ses nouveaux employés, complète leur formation sur place, sera avantagé, car il contrôlera mieux ses ressources humaines. L étude de la structure par âge des professions a aussi des répercussions sur la politique d immigration (la sélection des immigrants notamment) et la politique de santé au travail. BIBLIOGRAPHIE FAVEREAU, Olivier, Michel SOLLOGOUB et Jacques A. ZIGHERA (1991). «Une approche longitudinale de la segmentation du marché du travail», Formation Emploi, n o 33, p GAUTHIER, Hervé (1997). «Les professions», dans BUREAU DE LA STATISTIQUE DU QUÉBEC, D une génération à l autre. Évolution des conditions de vie, vol. 1, chap. 4, p , Québec. GAUTHIER, Hervé (1990). «Changements dans la structure par âge de la population active selon la profession au Québec, », Cahiers québécois de démographie, vol. 19, n o 2, p STATISTIQUE CANADA (s. d.). Profession. Rapport technique du Recensement de 2001 ( XIF), 90 p. WUNSCH, Guillaume (1993). «Cohort Analysis of Vital Processes», «III. Age, Period, and Cohort (APC) Effects. A Descriptive Approach. Editor s note» et «IV. Age, Period, and Cohort Effects. Models», dans D. BOGUE et collab., Readings in Population Research Methodology, vol. 5 : Population Models, Projections and Estimates, Chicago, United Nations Population Fund, p à 16-4, et à ZIGHERA, Jacques A. (1985). «Métiers et générations», dans Denis KESSLER et André MASSON, Cycles de vie et générations, Paris, Économica, p

34 1186 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL

35 Les contradictions du vieillissement de la population active en Italie Giuseppe GESANO Istituto di Ricerche sulla Popolazione e le Politiche Sociali, Consiglio Nazionale delle Ricerche, Rome Francesca RINESI* Doctorat en Démographie, Université de Rome «La Sapienza». 1. Introduction L âge moyen des travailleurs en Italie est passé de 37,1 ans en 1991 à 40,0 ans en Des facteurs démographiques et d autres liés aux comportements de la population envers le travail ont provoqué ce vieillissement. Ce dernier, en effet, s inscrit dans un vieillissement plus général de la population, qui a augmenté la proportion de la population âgée 65 ans et plus jusqu à 20% du total. Dans la même période, beaucoup de choses ont changé dans les attitudes des personnes envers le travail et dans le fonctionnement du marché qui le concerne, et ceci s est traduit par des modifications importantes dans la participation au travail par genre et par âge, aussi bien que dans les conditions d emploi ou de chômage. Le vieillissement de la force de travail est encore un aspect peu considéré par les sujets politiques nationaux et supranationaux. Les Conseils européens de Lisbonne (2000) et de Stockholm (2001) ont abordé cette question dans le cadre plus général de la compétitivité globale et des équilibres sociaux et financiers. Ils ont notamment mis en place le but d élever d ici 2010 à 50% le taux d emploi des ans, lorsque en 2004 le taux moyen de l Union à quinze était de 7 points en dessous et il y avait des états membres, parmi lesquels l Italie, ayant des taux d emploi des personnes âgées d environ 20 points en dessous. Alors que le vieillissement de la population emporte la nécessité de revoir les rapports économiques entre les générations, le vieillissement de la force de travail produit des torsions dans l apparat productif aussi bien au niveau général que dans chaque entreprise, avec des conséquences sur les coûts de production et sur la capacité d innover [Ocde-Oecd, 1998]. En Italie, toutes ces préoccupations ont été exprimées par les trois acteurs sociaux : l État, les syndicats ouvriers et les organisations patronales, qui ont quelquefois indiqué des parcours vertueux, pendant que, au contraire, les travailleurs et les employeurs ont suivi surtout leur intérêt immédiat, souvent favorisés en leurs choix par des interventions publiques peu prévoyantes. Notre étude se propose d illustrer l évolution du vieillissement de la force de travail en Italie à partir des années 90 et jusqu aux données les plus récentes des enquêtes Istat, en analysant ses différents aspects et composantes ( 2). Nous essayerons aussi de donner une idée des réactions des différents sujets sociaux qui sont impliqués dans le marché du travail ( 3). Dans ce cadre, il est important d analyser les changements individuels de condition de travail qui se sont produits d une année sur l autre : ce sera possible en utilisant les données des flux tirées de la section panel des enquêtes Istat. Notre attention portera surtout sur les changements subis par les travailleurs et les chômeurs en âge mûr et avancé ( 4). * L étude a été produite par les deux auteurs indistinctement, mais les élaborations et le texte du paragraphe 4 sont dus en particulier à F. Rinesi.

36 1188 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL 2. Les dynamiques récentes dans le marché du travail en Italie En onze ans, entre 1993 et 2004, le marché du travail en Italie a vieilli d environ un an pour les hommes et de deux ans pour les femmes (Tableau 1). Le vieillissement a eu une composante démographique due au renouvellement et au vieillissement des générations, et une composante liée au fonctionnement du même marché du côté de la demande et de l offre de travail, qui se sont transformées en emploi ou chômage. C est surtout l âge moyen des chômeurs qui a le plus vieilli (+4,3 ans pour les hommes et +4,2 ans pour les femmes), en indiquant un changement important dans la présence du chômage par âge. TABLEAU 1 : ÂGE MOYEN PAR GENRE ET EFFECTIFS DES AGRÉGATS EN ÂGE ANS : ITALIE, 1993, 2000 ET 2004 Agrégats en âge ans Âge moyen (ans) Effectifs Hommes Femmes (H + F ; 000) Population 40,3 41,4 41,9 41,2 42,1 42, Force de travail 39,4 39,9 40,4 36,6 37,9 39, Employés 40,2 40,6 40,9 37,8 38,9 39, Chômeurs 29,4 31,7 33,7 28,9 31,4 33, Source : élaborations sur données estimées à partir des enquêtes Istat, Forces de travail. Les effets des deux composants sont bien illustrés dans les graphiques de Figure 1. Pour les hommes, le vieillissement est dû presque entièrement au facteur démographique, du moment que l âge moyen calculé sur les taux spécifiques n a pas beaucoup changé et, pour les employés, il s est un peu réduit. Pour les femmes, au contraire, le vieillissement est dérivé de la dynamique de la population et des changements d attitude et de comportement sur le marché du travail, qui ont modifié les taux de participation et d emploi féminins par âge. FIGURE 1 : ÉVOLUTION RÉELLE (CALCULÉE SUR LES EFFECTIFS) ET FICTIVE (CALCULÉE SUR LES TAUX SPÉCIFIQUES) DE L ÂGE MOYEN DE LA FORCE DE TRAVAIL ET DES EMPLOYÉS, PAR GENRE : ITALIE, (ans) Forces de travail (15-69 ans) (ans) Employés (15-69 ans) H (effectifs) F (effectifs) H (taux) F (taux) H (effectifs) F (effectifs) H (taux) F (taux) En effet, les âges moyens à l entrée dans le marché du travail et dans l emploi et ceux de sortie n ont pas vraiment changé pour les hommes. Pour les femmes, l âge moyen d entrée en activité a augmenté de 1,7 ans et celui dans le première emploi de 0,4 ans, tandis que les âges moyens de sortie de l emploi ou du marché ont augmentés de plus de 1,5 ans. Par conséquent, les durées moyennes de l emploi ou de la vie active ont peu changé si on les calcule par

37 LES CONTRADICTIONS DU VIEILLISSEMENT DE LA POPULATION ACTIVE EN ITALIE 1189 différence entre les âges moyens respectifs à l entrée et à la sortie, mais elles se sont réduites de plus d un an pour les hommes et ont augmenté de plus de deux ans pour les femmes, si on les calcule comme taux totaux d emploi ou d activité. Il reste la durée réduite de la présence des femmes italiennes sur le marché du travail : un peu plus de 20 ans dans l emploi et moins de 25 ans en activité, selon la somme réduite des taux spécifiques respectifs. Les deux composantes, démographique et comportementale, ont contribué à l évolution des effectifs en activité et en emploi et, par conséquent, des actifs au chômage. Malgré que la population totale ans ait un peu reculé entre 1993 et 2004 ( 317 milliers ou 0,8%), la population active a augmenté d environ 1,1 millions (+5%) et l emploi a augmenté de 1,5 millions (+7%). En même temps, le chômage s est réduit d environ 300 milliers ( 13%). Une partie de ces soldes vient des modifications intervenues dans la structure interne de la population en âge de travail, qui a vieilli, et dont le gros des effectifs a été transféré dans les groupes d âge central, où les taux d activité et d emploi sont plus élevés et ceux du chômage plus bas [Contini et Trivellato, 2005 : 26]. Avec un simple modèle de répartition en composantes, il est possible d estimer la contribution des différents facteurs aux variations d une année sur l autre des effectifs soit dans l emploi, soit dans le chômage. Il s agit d une composante démographique liée aux variations de la dimension et de la structure interne de la population âgée de 15 ans et plus, d une composante qui dérive des variations des taux de participation au marché du travail, spécifiques par genre et par groupes d âge, et d une autre composante qui vient des variations de réponse du marché à l offre de travail et qui est mesuré par les variations des taux d emploi ou de chômage, spécifiques par genre et groupes d âge. Une contribution mixte se produit aussi par les variations simultanées des trois composantes simples, mais sa dimension est toujours petite. Dans la Figure 2, ces contributions sont visualisées avec des histogrammes proportionnels à leur dimension en milliers. Le Tableau 2, au contraire, donne le pourcentage, dans chaque période, des contributions qui ont le même signe du solde, en les rapportant à leur total. Il est évident que l effet population a joué un rôle non négligeable dans les augmentations des employés 1 et, en partie, dans les réductions des chômeurs. En particulier, la composante démographique va augmenter sa contribution dans la croissance du nombre des employés dans les années les plus récentes, alors que son rôle est devenu négligeable dans les réductions des chômeurs. L effet participation au marché du travail a toujours contribué, de façon importante et cohérente, aux variations du nombre des employés : négatives (dans les deux premiers passages) ou positives (sauf entre 2003 et 2004), quand sa réduction s est opposée à une augmentation du nombre des employés due prioritairement aux facteurs démographiques, puis à des taux spécifiques d emploi plus élevés. La nature plus conjoncturelle du chômage a fait dépendre ses variations surtout des variations du taux spécifique correspondant, en 1 On discute sur les effets que l immigration et les régularisations du travail étranger peuvent avoir eu dans la montée récente du nombre des actifs et des employés. Avec beaucoup d approximation, il est possible d estimer à 950 milliers (495 milliers d hommes et 455 milliers de femmes) le solde migratoire en âge central de travail (20-59 ans à la fin de la période). En appliquant à ces estimations les taux d activité et d emploi 2004, spécifiques par genre et groupe d âge, on peut estimer le nombre des actifs et des employés dû aux immigrés : 706 milliers d actifs (424 milliers d hommes et 282 milliers de femmes) ; 632 milliers d employés (389 milliers d hommes et 243 milliers de femmes). Il s agit d estimations au minimum, parce que les taux d activité et d emploi des immigrés sont plus élevés que ceux des italiens, surtout pour les hommes : le tableau compare les taux standardisés d activité, d emploi et de chômage, calculés sur les données du recensement 2001, entre les italiens et les résidents en Italie, citoyennes d un des pays à fort pression migratoire. Population en âge Hommes Femmes ans Italiens Étrangers Italiennes Étrangères Taux d activité 72,9 81,6 49,4 52,9 Taux d emploi 65,9 74,1 42,1 42,4 Taux de chômage 7,0 7,6 7,3 8,9 Sur ce sujet, pour une perspective comparative entre le pays européens voir Feld, 2005.

38 1190 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL augmentation quand le nombre des chômeurs a augmenté (entre 1993 et 1998), en réduction quand il s est réduit (à partir de 1998). FIGURE 2 : COMPOSANTES DE LA VARIATION ANNUELLE DES EFFECTIFS EMPLOYÉS OU EN CHÔMAGE : ITALIE, , HOMMES ET FEMMES, ÂGE 15 ANS ET PLUS (000) Emploi (H + F ; 15+ ans) Mixte Emploi Activité Population (000) Chômage (H + F ; 15+ ans) Mixte Chômage Activité Population TABLEAU 2 : SOLDE ANNUEL DE L EMPLOI ET DU CHÔMAGE ET POURCENTAGES DE CONTRIBUTION DES EFFETS DOMINANTS : ITALIE, , HOMMES ET FEMMES, ÂGE 15 ANS ET PLUS Valeurs absolues (000) Somme des effets Solde dominants Pourcentages sur la somme des effets dominants Population Taux d activité Taux d emploi ou de chômage Mixte Emploi, H+F, 15+ ans ,4 50, ,4 61, ,2 38,1 1, ,2 36,9 0, ,3 84, ,8 66,2 23,7 0, ,5 44,8 49,5 0, ,8 47,9 50, ,5 57,3 25,1 0, ,1 55,0 1,5 0, ,3 28,7 Chômage, H+F, 15+ ans , , ,4 2, ,9 1, ,8 55,2 2,0

39 LES CONTRADICTIONS DU VIEILLISSEMENT DE LA POPULATION ACTIVE EN ITALIE ,0 62, ,2 82,7 0, ,7 3,3 83, ,6 77, ,9 50, ,1 96,4 0,5 N.B. : = composante avec le signe inverse à celle de la somme des effets dominants. Source : élaborations sur données tirées des enquêtes Istat, Forces de travail. Dans l ensemble de l emploi masculin, la dynamique démographique a toujours joué un rôle positif, alors que les reculs des années 90, comme les augmentations d après 1998, ont été déterminés par les effets du même signe des variations des taux spécifiques d activité plus que par celles des taux d emploi. Pour les femmes, leur participation au marché du travail a augmenté chaque année de la période, excepté la première et la dernière ; pour elles, la contribution des variations démographiques a été plus faible et contradictoire, mis à part les dernières années. En résumant, les variations concernant l ensemble de l emploi dans la période ont été déterminées surtout par les variations de la participation au marché, c est à dire par l attraction ou la répulsion que ce dernier a exercé sélectivement sur les hommes et les femmes des divers âges. Les facteurs démographiques et surtout le vieillissement de la population en âge de travail ont contribué significativement à l augmentation de l emploi masculin à cause du déplacement des générations les plus nombreuses dans les groupes d âge où les taux d emploi sont les plus élevés. Ça n est pas le cas pour les femmes, parce qu elles sont encore en train d augmenter leur participation et emploi dans les âges mûrs et avancés. Dans ces âges de la maturité et de la première vieillesse, c est à dire entre 50 et 70 ans, les variations des effectifs et de la structure interne de la population ont généré des variations de l emploi importantes pour les hommes, plus faibles pour les femmes, dans tous les cas avec une contribution négative jusqu en 1995, ensuite positive. En effet, à partir de 1995, l entrée des générations nées après la deuxième guerre mondiale est en train de causer une augmentation importante de la population dans ces âges. Sa conséquence sur les agrégats du marché du travail varie selon les taux d activité, d emploi ou de chômage, spécifiques par genre et âge, avec les taux féminins d activité et d emploi qui ont augmenté en mesure importante dès 1994, c est à dire après la première intervention législative sur l âge minimal à la retraite 2, et ceux masculins qui, au contraire, ont continué à descendre jusqu en Pour ce qui concerne les chômeurs en ce groupe d âge, il faut remarquer que leur petit nombre a augmenté d une année à l autre jusqu en 1999, surtout pour les hommes, en témoignant ainsi la diffusion de ce problème aussi dans les classes d âge mûr et avancé, où il est beaucoup plus difficile de sortir de cette condition. Nous reprendrons cet argument plus loin avec une analyse des flux à partir des données individuelles suivies. Le renouvellement des générations dans la population en âge de travail pose des problèmes qui sont surtout liés à la dimension variable des effectifs, mais il donne aussi des changements qui peuvent se tourner en positif, comme un niveau d instruction croissant ou une attitude plus déterminée des femmes à rester dans le marché official du travail. Le Tableau 3 présente des exemples qui comparent entre elles soit des générations jeunes soit des générations mûres. Les données sont tirées des enquêtes Istat sur les forces de travail de 1993, 1998 et 2003 ; leur lecture doit être faite en comparant entre les lignes les différentes valeurs 2 Cette réforme, approuvé en 1992 et appelée brièvement «Réforme Amato», a imposé, entre autres, la croissance progressive de l âge minimal pour la retraite-vieillesse jusqu à 60 ans pour les femmes et 65 ans pour les hommes et de la durée minimale de la contribution de 15 à 20 ans à l âge minimal de 57 ans. En même temps, les droits des employés dans le public ont été réduits à ceux des privés.

40 1192 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL que les générations ont présenté à l âge ans ou à l âge ans pour ce qui concerne leur effectif, leur niveau d instruction par genre, et leurs taux féminins d activité ou de chômage. Le passage à l âge de 30 ans des générations du baby-boom est bien mise en évidence par la montée et puis la réduction des effectifs : il faut remarquer qu après 1964 la dimension des générations nées en Italie a été presque toujours décroissante jusqu au milieu des années 90, et qu on peut attendre des augmentations des effectifs en jeune âge de travail seulement si les générations se sont enrichies entre-temps par l arrivée des immigrés étrangers. En âge ans sont passées les générations nées pendant et après la deuxième guerre mondiale, en apportant une certaine augmentation des effectifs : les générations suivant le boom de l après-guerre ont été presque constantes à la naissance jusqu à la fin des années 50, mais leur survivance s est améliorée progressivement, de sorte que leur passage à 50 ans pourra résulter croissant. Après 2010, les générations du baby-boom entreront dans l âge de la maturité et la croissance de leurs effectifs provoquera un vieillissement encore plus évident de la force de travail. TABLEAU 3 : EFFECTIFS, NIVEAU D INSTRUCTION MOYEN PAR GENRE ET TAUX FÉMININS D ACTIVITÉ ET DE CHÔMAGE À ET ANS, POUR QUELQUES GÉNÉRATIONS : ITALIE Année de naissance Effectifs (000) Niveau d instruction (ans) Taux féminins (%) Hommes Femmes Activité Chômage Valeurs calculées à ans Générations jeunes : ,2 10,1 61,5 12, ,5 10,7 65,1 14, ,9 11,3 69,3 11,0 Générations mûres : Valeurs calculées à ans ,0 7,1 37,5 4, ,1 8,0 40,7 6, ,8 9,0 50,9 4,5 Source : élaborations sur données tirées dés enquêtes Istat, Forces de travail. La progression du niveau d instruction 3 est claire et spécialement évidente pour les femmes jeunes et en âge mûr. Chez les jeunes, les hommes ont été dépassés par les femmes, qui ont atteint les diplômes universitaires dans une proportion supérieure à 15% (12% pour les jeunes hommes). À l âge ans, la croissance du niveau moyen d instruction est surtout attribuable à l introduction, au début des années 60, de l école moyenne obligatoire, qui a intéressé sélectivement les générations nées avant et après 1948 environ. Il est possible de mesurer l impact de ces améliorations du niveau d instruction sur la participation au marché du travail par des modèles usuels de standardisations. Avec les effectifs de 2003 et les taux d activité contemporains, spécifiques par genre, âge et niveau d instruction, les variations de la structure de la population par niveau d instruction qui sont intervenues entre 1993 et 2003 ont apporté plus d un million d actifs supplémentaire (+4,4%) : 941 milliers de femmes (+9,9%) et 127 milliers d hommes (+0,9%). Mais, à cause de la diminution parallèle des taux d activité parmi les jeunes hommes, l effet a été négatif pour eux dans le groupe d âge ans ( 4,4%), alors que pour les hommes de 50 ans et plus il a été de +148 milliers (+4,4%). Pour les femmes, le gros de l impact a concerné les âges centraux de 3 Le niveau moyen d instruction a été évalué par l attribution d une durée fixe à chaque diplôme atteint : 5 ans au première niveau (pareil à l ancien «certificat d étude» français) ; 8 ans au deuxième (pareil au «BEPC» en France); 11 ans aux diplômes techniques sans accès à l université ; 13 ans aux autres diplômes secondaires ; et 17 ans à tous les diplômes universitaires.

41 LES CONTRADICTIONS DU VIEILLISSEMENT DE LA POPULATION ACTIVE EN ITALIE à 49 ans (+608 milliers ou +11,2%), mais les femmes actives âgées 50 ans et plus ont reçu une contribution de +319 milliers (+18,5%) seulement par le changement intervenu dans leur composition par niveau d instruction. Le chômage aussi a vécu des effets différents selon le niveau d instruction. La hausse des dernières années 90 et la baisse des premières années 2000 ont touché les générations de façon différente en fonction du genre, de l âge et du niveau d instruction : la hausse a concerné davantage les niveaux d instruction les plus bas et, pour les hommes, les actifs entre 30 et 44 ans ayant un diplôme technique sans accès a l université ; la baisse a exclu, en comparaison, les hommes et les femmes ayant le diplôme pareil au BEPC, et elle a favorisé les diplômes des deux types d écoles supérieures, surtout chez les jeunes femmes, et les diplômes universitaires à tous les âges des femmes. En résumant, les modifications qualitatives de l offre du travail, ici mesurées par les niveaux d instruction, ont permis une participation au marché plus diffusée parmi les femmes et, en particulier, ont contribué à les retenir en activité aussi en âge central et avancé. Pour les jeunes filles, mais surtout pour les hommes, l effet de leur meilleure instruction sur leur emploi a joué à travers l incidence différentielle du chômage, qui a favorisé l emploi des plus hauts niveaux dans la phase critique jusqu en 1998, aussi bien que dans la reprise économique suivante. Du côté de la demande, la flexibilisation du travail a changé sensiblement la structure de l emploi. À partir des précédentes formes de travail faussement non-salarié (le contrat de collaboration coordonnée et continue ou certains contrats de missions, tous les deux ayant des limites légaux à leur application) et de règles particulières à l entrée (contrat formation-travail pour jeunes gens de moins de 30 ans), une loi, approuvée en 1997 et nommée «Paquet Treu» du nom du ministre du travail du gouvernement de centre-gauche de l époque, avait étendu leur application en introduisant aussi des nouvelles formes de rapports de travail. Celles-ci ont été encore multipliées et étendues dans leur application par une loi approuvée par le gouvernement de centre-droite en TABLEAU 4 : TRAVAIL NON-SALARIÉ OU SALARIÉ AVEC DES LIMITATIONS DE DURÉE OU D HORAIRE PAR GROUPE D ÂGE : ITALIE, (H+F ; % SUR LES TOTAUX CORRESPONDANTS) Groupe d âge (ans) Travail non-salarié (% de l emploi total) Travail salarié à (% du travail salarié total) Temps déterminé Horaire partiel ,2 20,1 19, ,4 19,9... 8,9 9, ,6 26,8 26,1... 6,2 7,7... 6,8 8,8 50 et plus 43,1 42,1 37,4... 4,9 5,3... 6,7 7,4 Total 28,5 28,4 27,2 6,2 8,9 9,9 5,4 7,3 8,5 Source : élaborations sur données tirées dés enquêtes Istat, Forces de travail. L évolution jusqu en 2003 de quelques indicateurs indirects de la présence de formes de contrats «atypiques» est présentée dans le Tableau 4. Tandis que le travail non-salarié s était un peu réduit, surtout à cause d une réduction des exploitants agricoles âgés encore en cours ( 19% entre 1993 et 1998 ; 26% entre 1998 et 2003), les formes d emploi limitées en durée du contrat ou en horaire hebdomadaire s étaient répandues, en particulier chez les femmes et les jeunes travailleurs. Ce n était pas encore une «précarisation» diffusée de la main d œuvre, 4 Cette loi est indiquée officiellement comme loi 30/ , mais ses auteurs persistent à l appeler «Loi Biagi» en la faisant dériver du Livre blanc sur le marché du travail en Italie, préparé en 2001 sous la direction de l économiste Marco Biagi, qui ensuite fut assassiné par les «Brigate Rosse» en mars 2002.

42 1194 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL et il faut reconnaître que cette flexibilisation du marché du travail a bien aidé la demande à croître pendant la reprise économique à partir de Les évolutions successives, mesurées sur les données de 2005, ont fait que, maintenant, un travailleur salarié sur dix et une travailleuse salariée sur sept travaillent avec un contrat temporaire, et qu un/e employé/e sur cinq travail à temps partiel (jusqu à trente heures hebdomadaires). Cette situation est bien différente par genre et âge : l emploi à temps partiel est diffusé chez les femmes employées de tous âges beaucoup plus que chez les hommes dans les mêmes groupes d âge, en faisant entrevoir des attitudes différentes par genre aussi dans l offre de travail ; les contrats temporaires sont plus diffusés chez les jeunes, mais la précarisation du travail a augmenté également dans les autres groupes d âge pour l entrée tardive des jeunes générations dans le marché du travail et pour leur permanence en ces types de rapport, aussi bien que pour la transformation à tous âges d une partie des contrats de travail sans limitation de durée en quelques formes atypiques de contrat 5. De cette façon, la composante démographique, avec ses renouvellements et ses déplacements de générations a contribué elle-même aux changements de la structure de l emploi. Mais il peut craindre que les jeunes générations qui viennent d être employées avec ces contrats «atypiques» resteront longtemps précaires. La flexibilisation des travailleurs en âge mûr, d autre part, entraîne un risque plus élevé de sortir du marché du travail avant le moment donné. 3. Les réactions des acteurs sociaux La conscience du vieillissement de la force de travail est encore faible et peu diffusée parmi les acteurs macros et micros du marché du travail. Les premières c est à dire le gouvernement, les syndicats ouvriers et les organisations des employeurs ont appuyé leur attention surtout sur les conséquences du vieillissement démographique sur le système des pensions et, en particulier, sur la prévoyance sociale. Plusieurs changements sont intervenus pendant les années 90 et plus récemment, en modifiant les règles d âge ou de séniorité pour aller à la retraite, aussi bien que le mécanisme et le rapport entre rétributions et pensions. Les employeurs, d un côté, et les travailleurs, de l autre, ont dû raccorder l application de ces nouvelles règles, bien que échelonnée dans le temps, avec les difficultés qui ont découlé des bilans publics réduits par les critères de Maastricht et suivants et de la chute de compétitivité du système productif italien devant la globalisation et la concurrence des nouveaux producteurs de l Asie. Depuis 1992, les réformes du système des pensions publiques sont en train de porter progressivement à 65 ans pour les hommes et 60 ans pour les femmes l âge normal pour la retraite-vieillesse et à 40 les années de contribution nécessaires pour la retrait-ancienneté, à l âge minimal de 57 ans. Plus récemment, avec le but de limiter les retraites d ancienneté les employés du secteur privé qui mûrissent entre 2004 et 2007 l ancienneté minimale avant l âge pour la retraite-vieillesse ont eu la possibilité de rester au travail deux ans encore, en gagnant en argent leurs retenues sociales. En revanche, nous pouvons remarquer l absence des mesures du gouvernement adressées à la permanence au travail des travailleurs âgés selon les indications de plusieurs sommets politiques (par exemple, les G8 de Montréal 2002 et de Londres 2005) ou économiques, et à la prolongation de la vie active selon les principes du «vieillir en restant actif» [Oms, 2002]. 5 Cette transformation peut avoir impliqué pas mal de travailleurs âgés de l industrie. En effet, la proportion des travailleurs non-salariés âgés de 55 ans et plus a augmenté dans ce secteur de 43% en 1997 à 50% en Parallèlement, mais pour tous les employés plus âgés, la proportion des contrats à temps déterminé et de ceux à horaire réduit a presque doublé.

43 LES CONTRADICTIONS DU VIEILLISSEMENT DE LA POPULATION ACTIVE EN ITALIE 1195 Presque tous les acteurs du marché du travail sont d accord sur l exigence d élever l emploi dans les âges mûrs et lors de la première vieillesse pour affronter, d une part les défis des équilibres de la prévoyance sociale, d autre part ceux de la productivité du système productif avec une population qui vieillit rapidement. Mais des différences émergent dans la mesure, le temps et les moyens des interventions destinés à cette fin. Il s agit des différences qui viennent des réactions particulières des différents acteurs devant des changements des règles, en cours ou encore à venir, qui vont modifier des comportements et des attentes habituelles. Cela comporte des contradictions quelquefois frappantes entre les affirmations de principe et les actions courantes, surtout celles au niveau individuel. Les lignes directrices du gouvernement de centre-droite, qui a gouverné l Italie entre mai 2001 et mai 2006, sont contenues dans le Plan National d Action pour l Emploi 2004 (NAP). À propos du travail des personnes âgées, il rappelle que la «Réforme Biagi prévoit plusieurs interventions qui, directement ou indirectement, sont finalisées à encourager la permanence ou le retour des personnes de cinquante ans et plus dans le marché du travail» [Ministero del Lavoro e delle Politiche Sociali, 2004 : 13]. Parallèlement, la réforme du système des retraites de 2004 a introduit pour les employés âgés du secteur privé les facilités temporaires à rester que nous avons citées plus haut. De plus, le NAP attribue aux programmes de formation permanente des effets positifs pour l emploi des personnes âgées. Dans le programme de la coalition de centre-gauche qui a gagné les récentes élections politiques, l allongement de la vie active est considéré comme physiologique en raison des incréments de la vie moyenne et des modifications des rapports entre temps de vie et temps de travail. Cet allongement sera favorisé par des systèmes de contribution fictive pour les travailleurs qui restent au travail, aussi bien que par des allègements fiscaux pour les employeurs qui maintiennent au travail leurs employés de plus de cinquante ans. Ceci devra être suivi par des politiques visant au «vieillissement actif», en développant en particulier un environnement plus favorable à l emploi des personnes en âge mûr avec des schémas mixtes pension-salaire, des horaires réduits et des cours permanents de mise à jour [L Unione, 2006 : 171]. Ces programmes et ces politiques ne diffèrent donc pas beaucoup entre droite et gauche, mais l attention au problème ne semble pas prioritaire pour les deux, et les mesures proposées, même si elles vont dans la bonne direction, semblent craindre de trop déranger les «droits acquis» et les attentes des travailleurs âgés en regard de leur retraite. En outre, les deux coalitions, dans leur période de gouvernement, ont bien souvent accordé aux employeurs en crise le recours à la «Caisse intégration des salaires» et à des formes de retraite anticipée. Les principaux syndicats ouvriers ont souligné que le vieillissement de la population a créé un nouveau cadre dans les rapports entre travail et non-travail, mais ils refusent des allongements automatiques de la vie active, surtout s ils sont imposés par la loi [Visentini, 2006 : ]. Dans leurs documents officiels, une attitude défensive prévaut, en insistant pour une application différé dans le temps des mesures approuvées au bout des années 90 et évoquant au plus la libéralisation de l âge à la retraite [Cgil, Cisl, Uil, 2004]. Les employeurs, de leur côté, ont souvent affirmé dans leurs associations la nécessité de renvoyer l âge minimal à la retraite, mais il y a eu beaucoup de crises et de restructurations industrielles qui ont débauché les travailleurs les plus âgés 6. Dans les documents officiels et surtout dans les études et les articles du côté patronal sur ce sujet on assiste à une prise de conscience croissante de la dyscrasie entre les principes affirmés par les organisations collectives et le comportements réels de nombre d associés, qui sont peu convaincus ou tout à fait contraire à retenir leurs employés plus âgés. On réclame surtout pour la carence 6 Sur ce sujet, voir les considérations développées à la fin d une étude pour le Ministère du Travail sur les choix travail/retraite des personnes âgées [CeRP & LABORatorio R. Revelli, 2003 : ].

44 1196 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL d interventions politiques dans ce domaine, mais on note aussi la résistance des employeurs à organiser des cours de mise à jour adressés spécifiquement aux travailleurs âgés Les conséquences sur le comportement des travailleurs âgés Les changements concernant les règles de la retraite et ceux dus aux restructurations du système productif sont entrés en collision avec les attentes et les décisions des travailleurs pour rester ou sortir du marché du travail. De l autre côté, la facilité ou la difficulté d emploi ont rendu concrètes ces décisions en passant s il le fallait à travers le chômage. Il est donc nécessaire d analyser ce qui c est passé au niveau individuel dans les transformations qui se sont produites sur le marché du travail italien dans les dix dernières années. L étude des données de stock des principaux agrégats du marché du travail ne permet pas de parvenir à une analyse exhaustive de son fonctionnement. En effet, cette perspective nous cache les dynamiques des flux d entrée et de sortie des ces agrégats. Par conséquent, afin d étudier la mobilité des travailleurs dans le marché du travail italien on a fait appel à la construction des matrices de transition entre les conditions professionnelles (employé, demandeur d emploi et non-force de travail) d une année à l autre, entre 1993 et Le plan d échantillonnage utilisé par l Istat dans son enquête sur les forces de travail prévoit que la moitié des familles qui font partie d un échantillon sont interviewées de nouveau un an après [Istat, 2002]. Grâce à ces données, on peut calculer les probabilités de transition d une condition à l autre et de permanence dans la même condition de la population vue dans une perspective longitudinale. Comme on pouvait le prévoir, la permanence dans la condition initiale l emporte largement sur les changements, en particulier dans l emploi et dans les non-forces de travail. Les seules personnes qui sont à la recherche d emploi semblent, en moyenne, avoir presque la même probabilité de rester dans cette condition ou d en sortir en allant dans l emploi ou dans les non-forces de travail. Ces comportements ne se sont pas beaucoup modifiés pendant la période (Figure 3). En effet, la permanence dans l emploi a un peu augmenté, surtout pour les femmes et pour les travailleurs en âge plus avancé : les unes à cause d une «fidélisation» croissante à l emploi, les autres comme conséquence des changements des règles à la retraite. D un autre côté, on remarque que les sorties des non-forces de travail sont déjà presque nulles dans le groupe d âge ans, en confirmant que les sorties du marché du travail sont à peu près définitives à ces âges. 7 Des enquêtes menées sous la direction de Antonio Golini par le Département de Démographie de l Université de Rome «La Sapienza» et l Isfol, ont confirmé une duplicité dans l attitude de nombreux employeurs envers les travailleurs âgés : les craintes concernent la flexibilité et la productivité de ces derniers les emportent souvent sur l appréciation de leur plus grande confiance et expérience dans les rapports de travail ; mais ce sont les différences de coûts directs et indirects et la flexibilité des nouveaux contrats qui leur font préférer les travailleurs jeunes aux plus âgés [Golini et Gilli, 2005].

45 LES CONTRADICTIONS DU VIEILLISSEMENT DE LA POPULATION ACTIVE EN ITALIE 1197 FIGURE 3 POURCENTAGE DE PERMANENCE DANS L EMPLOI OU DANS LES NON-FORCES DE TRAVAIL, PAR GENRE ET GROUPES D ÂGES : ITALIE, (%) 100 Permanence dans l emploi (%) 100 Permanence dans les non-forces de travail H F H F H F H F H F H F Pour mettre en évidence les effets du vieillissement nous avons limité notre analyse aux travailleurs entre 50 et 64 ans. En Italie, le taux d emploi de cette catégorie, notamment des femmes, est remarquablement bas (autour de 40%), surtout si l on compare à celle des autres pays européens. Dans la période , néanmoins, le taux d emploi des travailleurs âgés est monté grâce à une permanence dans l emploi plus diffusée, comme illustré dans la Figure 4. Ce sont surtout les femmes qui ont augmenté leur permanence aux âges qui précèdent la retraite, mais les hommes aussi sont restés employés plus longuement. Le taux de transition emploi-chômage 8, au contraire, n a pas beaucoup changé, sauf pour des conjonctures un peu plus intenses en quelques années. Cette transition, en effet, dans ce groupe d âge continue à concerner en moyenne moins de 1% des déjà employés. On peut conclure que les personnes en âge avancé sortent en majorité définitivement du marché du travail au moment où elles quittent leur emploi. Malgré la présence réduite des chômeurs en âge avancé (1 2% de la population), il est important de noter que leur permanence dans cette condition est large : entre 2002 et 2003, la probabilité de rester chômeur pour les personnes entre 50 et 64 ans a été de 50% pour les hommes et de 40% pour les femmes. Les autres femmes âgées à la recherche d emploi sont passées de préférence aux non-forces de travail (50%), alors que les hommes se sont répartis entre la rentrée en emploi (28%) et la sortie du marché du travail (23%). Ça n a pas beaucoup changé en dix ans. Mais, bien que numériquement peu importante, la permanence élevée dans le chômage dénonce une condition difficile de longue durée et tout à fait probable l impossibilité pour une partie des chômeurs en âge avancé de rentrer dans l emploi : dans ce cas-là, le chômage est seulement la prémisse d une sortie définitive du marché du travail dans l attente de mûrir les droits pour la retraite. 8 Pour réduire les effets du passage entre 50 et 64 ans des générations très différentes par dimension, nés pendant et après la deuxième guerre mondiale, le taux de transition de l emploi aux autres conditions ont été standardisés par groupes d âge quinquennaux en utilisant la structure moyenne de la période.

46 1198 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL FIGURE 4 : PROBABILITÉ ANNUELLE DE TRANSITION ENTRE LES CONDITIONS DE TRAVAIL DES PERSONNES ÂGÉES ANS, PAR GENRE : ITALIE, (% SUR LA CONDITION INITIALE) de l'emploi: 100% Hommes, ans aux non-forces de travail au chômage à l'emploi de l'emploi: 100% Femmes, ans aux non-forces de travail au chômage à l'emploi 95% 95% 90% 90% 85% 85% 80% 80% du chômage: 100% 90% 80% 70% 60% 50% 40% 30% 20% 10% 0% Hommes, ans aux non-forces de travail au chômage à l'emploi du chômage: 100% 90% 80% 70% 60% 50% 40% 30% 20% 10% 0% Femmes, ans aux non-forces de travail au chômage à l'emploi Conclusions Le vieillissement démographique du marché du travail italien a été renforcé par des changements dans le comportement des personnes âgées envers le travail : pour les hommes, ils sont dus surtout à un moindre recours, dans les dernières années, aux retraites anticipées ; pour les femmes ils sont issus d une «fidélisation» croissante au travail par les générations nées à partir des années 50, mais aussi de l élimination des privilèges à la retraite qui étaient surtout l apanage des employées de sexe féminin dans le publique. Nos élaborations sur les données de la décennie ont mesuré les différentes contributions de ces facteurs, mais ils ont également mis en évidence l apport positif dû au renouvellement des générations à cause d une meilleure instruction des jeunes gens, et les changements qui sont en train de venir des reformes des contrats de travail.

47 LES CONTRADICTIONS DU VIEILLISSEMENT DE LA POPULATION ACTIVE EN ITALIE 1199 Dans un future proche, l application de règles plus sévères pour prendre sa retraite devraient élever les taux d emploi des personnes âgées jusqu à 60 ans, pour les femmes, et jusqu à 65 ans, pour les hommes. En même temps, les générations nombreuses nées pendant les années 60 se déplaceront progressivement dans les âges mûrs, tandis que des générations peu nombreuses continueront à entrer dans le marché du travail, dans les âges plus jeunes. Le vieillissement de la force de travail italienne va donc s aggraver. L abandon des privilèges et une modification profonde dans les attitudes envers le travail en âge avancé et dans les attentes concernant la retraite s imposent, en appliquant diffusément au niveau individuel chez le travailleurs aussi bien que chez les employeurs les principes et les mesures que les sujets sociaux ont élaboré depuis longtemps. BIBLIOGRAPHIE CERP & LABORATORIO R. REVELLI, Scelte lavorative di pensionamento degli anziani in Italia, Roma, Ministero del Lavoro e delle Politiche Sociali < > CGIL, CISL, UIL, Costruiamo il futuro, Document de l Assemblé unitaire des délégués du 10 mars 2004 < CONFINDUSTRIA, Invecchiamento della popolazione e occupabilità dei lavoratori anziani: la necessità di nuovi assetti organizzativi aziendali. < 04D1EF2?openDocument&MenuID=A6AD7AB9EF265258C1256EFB > CONTINI B., TRIVELLATO U., «Dinamiche e persistenze nel mercato del lavoro italiano : una sintesi», in : Eppur si muove Dinamiche e persistenze nel mercato del lavoro italiano (B. Contini et U. Trivellato eds.), Bologna, Il Mulino. FELD S., «Labor Force Trends and Immigration in Europe», International Migration Review, 39/3, pp GOLINI A., GILLI D. (eds.), Aspettative e comportamenti di individui e aziende in tema di invecchiamento della popolazione e della forza lavoro. I risultati di due indagini, ISFOL Dipartimento di Scienze demografiche dell Università di Roma «La Sapienza», Roma, Ministero del lavoro e delle Politiche sociali, I libri del Fondo sociale europeo < xiizh4zllf7kp3k6gp3caek3ip3kt2ff6wnrhgwso5emhdahhe/indice.pdf > ISTAT, La mobilità nel mercato del lavoro : principali risultati. Aprile 1998 aprile 2002, Roma, Istat (Approfondimenti Lavoro 1) < L UNIONE, Per il bene dell Italia Programma di Governo < MINISTERO DEL LAVORO E DELLE POLITICHE SOCIALI, Piano d azione nazionale per l'occupazione < OCDE-OECD, Work Force Ageing: Consequences and Policy Responses. Working Paper AWP 4.1. < OCDE-OECD, Ageing and Employment Policies Italy, Paris, Ocde-Oecd.

48 1200 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL OMS, Vieillir en restant actif. Cadre d orientation. Contribution à la Deuxième Assemblée mondiale des Nations Unies sur le Vieillissement, Madrid. < VISENTINI L., «Il problema dell età pensionabile: un punto di vista sindacale», Quaderni europei sul nuovo welfare Svecchiamento e Società, 3, pp

49 Les variations passées de la fécondité roumaine et ses effets futurs sur la population active et le système de protection sociale Vasile GHETAU Académie des sciences, Bucarest, Roumanie Alain PARANT Institut national d études démographiques, Paris, France Les très fortes variations de la fécondité observées en Roumanie depuis la Deuxième Guerre mondiale sont un phénomène unique en Europe, au moins par leur amplitude : effondrement de 1955 à 1966, pendant la période d installation du régime communiste et des très profonds changements économiques et sociaux qui l ont accompagné ; effondrement favorisé par une législation très libérale sur l avortement ; exceptionnelle remontée en 1967 et maintien à des valeurs élevées durant les décennies , en relation avec la politique nataliste imposée par l ancien régime ; nouvel écroulement à partir de 1990, consécutif aux bouleversements politiques et à la transition à marche forcée vers l économie de marché. Ces mouvements contraires, subits et de grande amplitude ont très fortement empreint la structure par âge de la population. Et elles laisseront leur marque longtemps encore, affectant le volume et la structure par âge de la population active, ainsi que les divers rapports de dépendance économique. À l évidence, les politiques d emploi et de protection sociale devront évoluer pour intégrer les effets à long terme de ces revirements démographiques du passé. 1. Fécondité, natalité : le cas d école roumain La figure 1 illustre l évolution, de 1950 à 2005, de l indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) et du nombre annuel de naissances vivantes en Roumanie. Ce qui frappe, en premier lieu, c est la correspondance des deux courbes : une baisse ou une hausse de l ICF se traduit sans délai par une baisse ou une hausse des naissances. C est, ensuite, l ampleur et la brutalité des mouvements, de baisse comme de hausse. La chute de l ICF, observée de la mi-décennie 1950 à 1966, est à l inverse de la tendance générale en Europe et n a d égale que celle du Japon sur la même période. L explosion de 1967 n a aucun équivalent ; elle est la marque indubitable d une impossibilité soudaine et totale de limiter les naissances : par proscription absolue de l avortement, en l occurrence, sans capacité de report sur une contraception moderne et efficace. La baisse du début des années 1990 qui réduit de moitié l ICF et le nombre annuel de naissances vivantes en 3-4 ans à peine est, elle aussi, tout à fait remarquable.

50 1202 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL FIGURE 1 : ROUMANIE, NAISSANCES VIVANTES ET INDICATEUR CONJONCTUREL DE FÉCONDITÉ. 2. Un agencement cataclysmique des générations La figure 2 met en évidence les altérations profondes qui ont affecté la pyramide des âges de la Roumanie depuis 1956 et qui, pour l essentiel, trouvent leur origine dans les chambardements passés de la natalité. Parler, ici, d un agencement cataclysmique des générations le long de cette pyramide ne relève pas de la métaphore ; c est un agencement unique en Europe. FIGURE 2. ROUMANIE, PYRAMIDES DES ÂGES (POUR 1000 PERSONNES AU TOTAL). Recensement de février A B Hommes Femme

51 14 C B D E LES VARIATIONS PASSÉES DE LA FÉCONDITÉ ROUMAINE ET SES EFFETS FUTURS Hommes 8 6 Estimation au 1er juillet Femme A : Générations creuses de la Première Guerre mondiale B : Générations creuses de la Deuxième Guerre mondiale C : Chute de la natalité des années D : Générations nombreuses, effet de la politique très fortement nataliste E : Générations creuses nées depuis Conséquences pour le futur Dans cette communication, on se propose d apprécier les effets des fortes variations de la natalité de la seconde moitié du XX ème siècle sur le volume et la structure par âge de la population active au cours des prochaines décennies, selon diverses variantes de projection. Données de base et méthodologie Les données utilisées, diffusées par l Institut national de la statistique (INS), concernent, au premier chef, la population totale. On dispose, pour elle, d une répartition par sexe et par âge au milieu de l année 2005, d une série longue de taux de fécondité par âge et de tables de mortalité détaillées. D autre part, pour l année 2004, l enquête Emploi de l INS qui est parfaitement alignée sur les standards d Eurostat fournit une distribution des taux moyens d activité par sexe et par âge (âge quinquennal) déduite de taux trimestriels. Les projections de la population active découlent des perspectives de population totale par application à celles-ci de la série des taux d activité par sexe et par âge de 2004 maintenus constants sur toute la période de projection. Deux raisons ont présidé à cette hypothèse de constance de la participation de la population roumaine à l économie. D une part, l objectif n était pas d élaborer des projections aussi fines que possible de la population active de la Roumanie mais, plus modestement, d explorer les changements structurels que cette population active pourrait subir en rapport direct avec les fortes variations passées de la fécondité et de la natalité. D autre part, conjecturer ce que pourrait devenir l emploi en Roumanie alors que celle-ci se trouve engagée dans une phase d intenses réformes structurelles et qu elle est à l aube d intégrer l Union européenne deux faits aux conséquences éventuellement très contrastées sur l emploi et sa distribution par sexe et par âge est apparu autant hasardeux que superflu.

52 1204 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL Perspectives de population totale Trois perspectives ont été élaborées à l horizon 2050, par application de la méthode des composantes, pour la population roumaine estimée au 1er juillet Ces trois futuribles démographiques diffèrent exclusivement par l hypothèse de fécondité. La migration internationale n a pas été incluse dans l exercice pour deux raisons. La première tient au fait que la composante connue (officielle) des échanges migratoires avec l étranger est faible et montre de plus une grande stabilité ces dernières années : émigration annuelle nette d environ personnes. La seconde raison est liée à l absence d éléments véritables d appréciation de certains phénomènes. Par exemple, si plus d un million de Roumains résident actuellement dans un pays de l Union européenne (UE15) et si l on ne peut exclure que nombre d entre eux reviendront en Roumanie, on ne peut pas pour autant écarter l hypothèse qu une large part restera définitivement dans les pays d accueil. Mais combien d expatriés pourraient retourner au pays? À quel âge et quand? Et combien pourraient ne jamais revenir? Comment la prochaine entrée de la Roumanie dans l UE va-t-elle également perturber le futur jeu migratoire international? La persistance d un substantiel écart de niveau de vie entre la Roumanie et la plupart des autres États membres et la possibilité progressivement donnée aux ressortissants roumains de profiter de certaines opportunités d emploi dans ces derniers ne pourraient-elles pas fortifier la propension des plus jeunes, notamment à l émigration? Dans quelle mesure la réorientation des fonds structurels européens vers les nouvelles régions périphériques de l UE ces fonds qui ont formidablement contribué au développement économique de l Irlande, du Portugal, de l Espagne et de la Grèce pourraient-ils, au contraire, freiner cette même propension à émigrer? Pour la mortalité, marquée par une évolution passée assez singulière par rapport à celle des pays européens de l Ouest (figure 3), un seul cheminement futur a été envisagé, la baisse anticipée des risques de décès par âge se traduisant par un accroissement important de l espérance de vie à la naissance. Celle-ci passe, respectivement : de 68 ans actuellement à 73 ans en 2025 et 76 ans en 2050 pour les hommes ; de 75 ans à 79 ans et 82 ans pour les femmes. Cette hypothèse est très proche de celles qui ont été retenues par la Division de la Population des Nations unies pour la révision 2004 des perspectives démographiques mondiales (2005) et par Eurostat (2006). Pour la fécondité, trois variantes ont été imaginées : la variante 1 consistant en un maintien pérenne du faible niveau actuel (1,3 enfant par femme) 1 ; la variante 2 illustrant un redressement limité jusqu à 1,8 enfant par femme en 2010, niveau supposé ensuite constant ; la variante 3 éclairant un renouveau plus marqué : 1,8 enfant par femme en 2010 et hausse continue jusqu au niveau de remplacement atteint en Les variantes 2 et 3 sont des variantes de rupture : préoccupées par la situation démographique du pays et, plus particulièrement, par l extrême faiblesse de la fécondité, les autorités sont supposées réagir et prendre des mesures correctrices plus ou moins amples selon le cas et peu ou prou suivies d effets. 1 La chute récente de la fécondité roumaine ne saurait être uniquement imputée à la crise économique et sociale de la transition. Le niveau relativement élevé d avant 1990 (2,2 enfants par femme) s expliquant largement par une très incitative politique nataliste, l abrogation des réglementations très restrictives en matière de contraception et d avortement, consécutive au changement de régime politique, ne pouvait qu induire une forte baisse, qui est intervenue avant la crise économique et sociale de la transition, en

53 LES VARIATIONS PASSÉES DE LA FÉCONDITÉ ROUMAINE ET SES EFFETS FUTURS 1205 FIGURE 3 : ROUMANIE, ESPÉRANCE DE VIE À LA NAISSANCE SELON LE SEXE. Projections de population active Articulées sur les projections de population totale, trois projections de population active ont été construites, fondées sur l hypothèse unique de constance des taux d activité par sexe et par âge à leurs niveaux de 2004 ; des taux d activité qui diffèrent assez nettement de ceux des pays plus développés dont la France (figure 4). FIGURE 4 : TAUX D ACTIVITÉ SELON LE SEXE ET L ÂGE EN ROUMANIE ET EN FRANCE EN Taux d'activit - p. 100 Hommes - RO Hommes - FR Femmes - RO Femmes - FR

54 1206 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL Pour les hommes comme pour les femmes, les taux roumains apparaissent systématiquement plus faibles que les taux français aux âges adultes ; plus particulièrement entre 40 et 55 ans, ce qui peut tenir à une sous-déclaration de l activité professionnelle et/ou une invalidité plus répandue parmi les actifs vieillissants. Au-delà de 60 ans, les courbes se croisent, la faiblesse relative des pensions de retraite versées par le système de protection sociale roumain contraignant très fréquemment les personnes à prolonger leur activité professionnelle jusqu à des âges parfois très avancés (notamment dans le secteur agricole, où figurent 30 % de la population active). Résultats Population totale Malgré une évolution très favorable de la mortalité, et hors toute émigration internationale, le maintien de la fécondité à son très bas niveau actuel induit une détérioration rapide et profonde de l édifice démographique roumain (figure 5 et annexe 1). Une émigration externe pendant les prochaines années ne ferait qu aggraver cette sombre perspective. La population de la Roumanie ne pourrait guère retrouver une allure un peu plus équilibrée qu après plusieurs décennies (8 à 10) de redressement soutenu de la fécondité (figure 6 et annexe 2). FIGURE 5. ROUMANIE, PYRAMIDES DES ÂGES SELON PROJECTION VARIANTE 1 (FÉCONDITÉ 1,3).

55 LES VARIATIONS PASSÉES DE LA FÉCONDITÉ ROUMAINE ET SES EFFETS FUTURS 1207 Le maintien de la fécondité à son niveau actuel de 1,3 enfant par femme entraînerait, à long terme, toutes choses égales par ailleurs : une baisse drastique de la population d âge actif : la population âgée de 20 à 64 ans ne s élèverait plus ainsi qu à 9 millions à peine en 2050, soit une baisse de 4 millions par rapport à l effectif actuel ; un vieillissement général accru se traduisant notamment par un quasi-doublement de la proportion de personnes âgées de 65 ans ou plus (de 14,8% à 29,9%), accompagné d une forte gérontocroissance (la population âgée de 65 ans ou plus croîtrait de 3,2 millions à 5 millions en moins de 50 ans) ; une substantielle détérioration du taux global de dépendance démographique : quand pour 100 adultes, on compte actuellement 24 personnes âgées de 65 ans ou plus, on en dénombrerait 54 en 2050 et le nombre total de personnes à charge (jeunes et âgées) culminerait alors à 82. Le redressement de la fécondité freinerait la détérioration démographique, mais il ne produirait cependant ses effets bénéfiques qu à très long terme (au-delà de 2050 ; annexe 2). Pendant toute la première moitié du siècle, le nombre total de personnes à charge de 100 adultes continuerait de croître, par action conjuguée du vieillissement et de l augmentation de la population jeune. Les données du tableau 1 sont, à cet égard, parfaitement explicites. FIGURE 6. ROUMANIE, PYRAMIDES DES ÂGES SELON PROJECTIONS VARIANTE 2 (FÉCONDITÉ 1,8) ET VARIANTE 3 (FÉCONDITÉ 2,1) V Hommes V Femmes

56 1208 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL V V TABLEAU 1 : ROUMANIE, RAPPORTS DÉMOGRAPHIQUES SELON TROIS VARIANTES DE PROJECTION Année 60 ans ou plus / ans 65 ans ou plus / ans ans et 60 ans ou plus / ans 0-19 ans et 65 ans ou plus / ans 85 ans ou plus / 60 ans ou plus 65 ans ou plus V1 V2 V3 V1 V2 V3 V1 V2 V3 V1 V2 V3 V1= V2=V3 V1= V2=V Sources : Estimations 2005 : Institutul NaŃional de Statistică, 2005a, 2006a, 2006b. Projections spécialement élaborées pour la communication. V1=19 V2=17 V3=17 V1=23 V2=20 V3=18 V1=23 V2=22 V3=22 V1=27 V2=25 V3=22

57 LES VARIATIONS PASSÉES DE LA FÉCONDITÉ ROUMAINE ET SES EFFETS FUTURS 1209 Population active Sauf redressement de la fécondité, la population active roumaine connaîtra, à taux d activité par âge constants, une considérable fonte de ses effectifs (figures 7 et tableau 2). FIGURE 7 : ROUMANIE, PROJECTIONS DE POPULATION ACTIVE. Dans cette variante de projection, de 2005 à 2050, la perte serait d un tiers (-3,2 millions) et à hauteur de 66%, elle se produirait de 2030 à 2050, lorsque les effets de la baisse de la fécondité des années 1990 et suivantes se feront pleinement sentir.

58 1210 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL TABLEAU 2 : ROUMANIE, PROJECTIONS DE POPULATION ACTIVE. e nte 1 nte 2 nte 3 Population active totale (âgée de15 ans ou +) Effectif (en milliers) Taux global d activité (1) (en %) Population active par groupes d âges (en milliers) ans ans ans 65 ans ou + Population active par groupes d âges (en %) Total ans ans ans 65 ans ou + Âge m (en ann , ,0 12,2 42,4 40,6 4,8 40, , ,0 11,7 40,7 43,0 4,7 40, , ,0 8,8 41,3 45,0 4,9 41, , ,0 8,3 37,8 48,4 5,5 42, , ,0 8,3 34,9 50,7 6,1 42, , ,0 8,6 30,3 54,6 6,4 43, , ,0 8,8 30,6 53,1 7,5 44, , ,0 8,6 31,7 51,2 8,6 44, , ,0 8,2 32,9 49,0 9,9 44, , ,0 7,8 32,8 48,4 11,0 44, , ,0 12,2 42,4 40,6 4,8 40, , ,0 11,7 40,7 43,0 4,7 40, , ,0 8,8 41,3 45,0 4,9 41, , ,0 8,3 37,8 48,4 5,5 42, , ,0 8,7 34,7 50,5 6,1 42, , ,0 10,3 29,8 53,6 6,3 43, , ,0 11,0 31,0 50,8 7,2 43, , ,0 10,1 34,3 47,6 8,0 43, , ,0 9,6 37,3 44,2 8,9 43, , ,0 9,6 36,9 44,0 9,5 43, , ,0 12,2 42,4 40,6 4,8 40, , ,0 11,7 40,7 43,0 4,7 40, , ,0 8,8 41,3 45,0 4,9 41, , ,0 8,3 37,8 48,4 5,5 42, , ,0 8,7 34,7 50,5 6,1 42, , ,0 10,4 29,7 53,6 6,3 43, , ,0 11,6 30,8 50,5 7,2 43, , ,0 11,3 34,2 46,7 7,8 42, , ,0 10,8 37,9 42,7 8,6 42, , ,0 10,6 38,6 41,7 9,0 42, Note : (1) Actifs de 15 ans ou plus pour 100 personnes de 15 ans ou plus. Source : Institutul NaŃional de Statistică, 2005c ; International Labour Office, Projections spécialement élaborées pour la communication.

59 LES VARIATIONS PASSÉES DE LA FÉCONDITÉ ROUMAINE ET SES EFFETS FUTURS 1211 La dynamique de la période retient de façon particulière l attention. Malgré un faible recul de la population totale âgée de 15 ans ou plus, la population active s accroît, pour sa part, modestement. Le léger tassement de la première tient à une substitution simplement partielle des générations nées pendant la Seconde Guerre mondiale par les générations nées durant la décennie Le faible croît de la seconde s explique par la forte progression au sein de la population active des générations massives nées juste après L avance en âge de ces dernières induit une régression mécanique du nombre d actifs dans la tranche d âges ans, caractérisée en outre par des taux d activité également un peu plus faibles que dans les tranches d âges supérieures. L augmentation de la population active tire vers le haut le taux global d activité, un peu plus élevé en 2010 et 2015 qu en La croissance des ans se poursuivra au-delà de 2015, jusqu en 2030, mais ses effets sur le taux global d activité seront compensés par la baisse importante des ans. Par la suite, le déclin se généralisera sous le double effet d une baisse accélérée de la population et de la détérioration de la structure par âge (figures 8 et 9). FIGURES 8 : ROUMANIE, PROJECTIONS DE POPULATION ACTIVE PAR ÂGE (EFFECTIFS EN MILLIERS) Population active totale : V1=V2=V3=10 millions Population active totale : V1=V2=V3=9,7 millions

60 1212 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL 2050 : Population active totale : V1=6,7 millions ; V2=7,7 millions ; V3=8,2 millions La détérioration de la structure par âge altèrera profondément les rapports de dépendance économique (figure 10 et tableau 3). Quand, aujourd hui, le nombre total d inactifs pour 100 actifs s établit à 116, il pourrait fluctuer, en 2050, entre 145 (projection Variante 1) et 155 (projection Variante 3), l essentiel de la hausse résultant de l explosion du nombre des inactifs âgés : de 27 pour 100 actifs à 62. Synonyme théoriquement d un avenir à très long terme plus souriant, un net regain de la fécondité (par rapport au simple maintien du niveau actuel) n en aurait pas moins pour effet d alourdir le rapport global de dépendance de quelque 10 points de pourcentage en FIGURE 9 : ROUMANIE, ÂGE MÉDIAN DE LA POPULATION ACTIVE, SELON TROIS VARIANTES DE PROJECTION

61 LES VARIATIONS PASSÉES DE LA FÉCONDITÉ ROUMAINE ET SES EFFETS FUTURS 1213 FIGURE 10 : ROUMANIE, RAPPORT GLOBAL DE DÉPENDANCE ÉCONOMIQUE, SELON TROIS VARIANTES DE PROJECTION DE LA POPULATION ACTIVE Conclusions Pour avoir connu des hauts et des bas de fécondité très prononcés, la population roumaine présente aujourd hui un profil démographique général extrêmement perturbé. Dans un environnement international incertain et sur fond de profondes mutations politiques et économiques internes, la Roumanie va devoir faire face à un vieillissement accéléré et massif de sa population avec des capacités de main-d œuvre en voie de substantielle réduction. Si le redressement de la fécondité et de la natalité apparaît comme le moyen à privilégier en priorité pour garantir l avenir à très long terme de la population roumaine, il ressort cependant que, durant la phase de transition, il va également contribuer à alourdir à taux d activité inchangés la charge supportée par la population active et créatrice de richesses.

62 1214 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL Année TABLEAU 3 : ROUMANIE. POPULATION ACTIVE, RAPPORTS DE DÉPENDANCE ÉCONOMIQUE SELON TROIS VARIANTES DE PROJECTION Rapport global de dépendance économique (nombre total d inactifs pour 100 actifs) Inactifs âgés de moins de 20 ans pour 100 actifs Rapports de dépendance économique par âge Inactifs âgés de 20 à 64 ans pour 100 actifs Inactifs âgés de 65 ans ou plus pour 100 actifs Variante Variante Variante Sources : Projections spécialement élaborées pour la communication.

63 LES VARIATIONS PASSÉES DE LA FÉCONDITÉ ROUMAINE ET SES EFFETS FUTURS 1215 BIBLIOGRAPHIE ATTAL-TOUBERT K., DEROSIER A., Enquête sur l emploi Le chômage augmente légèrement, Insee Première, 1009, 2005, Insee, Paris. COUNCIL OF EUROPE, Recent demographic developments in Europe 2000, Council of Europe publishing, Strasbourg. GHETAU V., Evolutia fertilitatii in Romania. De la transversal la longitudinal, Bibliotheca Demographica, 5, 1997 (Évolution de la fécondité en Roumanie. Du transversal au longitudinal), Centre d information et de documentation économiques, Bucarest. GHETAU V., Projections de la population de Roumanie (sous presse), Institutul National de Statistica, Anuarul demografic al Romaniei 2001 (Annuaire démographique de la Roumanie 2001), INS, Bucarest. INSTITUTUL NATIONAL DE STATISTICA, 2005a. Populatia Romaniei la 1 iulie 2005 (La population de la Roumanie au 1 er juillet 2005), INS, Bucarest. INSTITUTUL NATIONAL DE STATISTICA, 2005b. Anuarul statistic al Romaniei 2004 (Annuaire statistique de la Roumanie 2006), INS, Bucarest. INSTITUTUL NATIONAL DE STATISTICA, 2005c. Forta de munca in Romania. Ocupare si somaj in anul 2004 (La main-d œuvre en Roumanie. Occupation et chômage en 2004), INS, Bucarest. INSTITUTUL NATIONAL DE STATISTICA, 2006a. Nataliatea in anul 2005 (La natalité en 2005), INS, Bucarest. INSTITUTUL NATIONAL DE STATISTICA, 2006b. Mortalitatea in anul 2005 (La mortalité en 2005), INS, Bucarest. INSTITUTUL NATIONAL DE STATISTICA, 2006c. Anuarul statistic al Romaniei 2005 (Annuaire statistique de la Roumanie 2005), INS, Bucarest. INSTITUTUL NATIONAL DE STATISTICA, 2006d. Tabele de mortalitate pentru perioada (Tables de mortalité pour les années ), INS, Bucarest. INTERNATIONAL LABOUR OFFICE, Yearbook of Labour Statistics 2005, Geneva. LANZIERI G., Long-term population projections at national level. Statistics in focus, Population and Social Conditions, nr. 3/2006, Population, Eurostat, Luxemborg. POPULATION DIVISION OF THE DEPARTMENT OF ECOPNOMIC AND SOCIAL AFFAIRS OF THE UNITED NATIONS SECRETARIAT, World Population Prospects : The 2004 Revision, United Nations, New York. UNESCO, Statistical tables, Folders. UNITED NATIONS, Manual V, Methods of projecting the economically active popultion, United Nations, New York. UNITED NATIONS, Projection Methods for Integrating Population Variables into Development Planning. Volume I Methods for Comprehensive Planning, Module Two, Methods for preparing school enrolment, labor force and employment projections, United Nations, New York.

64 1216 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL Annexe 1 : Roumanie, Caractéristiques de la population dans l hypothèse d une fécondité maintenue constante à son niveau de 2005 (1,3 enfant par femme) : Variante 1. Année Population totale (en milliers) Population féminine âgée de 15 à 49 ans (en milliers) Taux brut de natalité (en pour 1000) Hommes Espérance de vie à la naissance (en années) Femmes ,2 68,5 75, ,8 69,6 76, ,5 70,7 77, ,8 71,8 78, ,8 73,0 79, ,1 73,6 79, ,9 74,1 80, ,0 74,7 80, ,9 75,3 81, ,6 75,9 82, ,2 78,0 83, ,8 80,8 86,5 Taux brut de mortalité (en pour 1000) Population âgée de 60 ans ou plus (en milliers) Part de la population âgée de 60 ans ou plus dans la population totale (en pour 100) Population âgée de 65 ans ou plus (en milliers) Part de la population âgée de 65 ans ou plus dans la population totale (en pour 100) , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,6 Sources : Estimations 2005 : Institutul NaŃional de Statistică, 2005a, 2006a, 2006b. Projections spécialement élaborées pour la communication.

65 LES VARIATIONS PASSÉES DE LA FÉCONDITÉ ROUMAINE ET SES EFFETS FUTURS 1217 Annexe 2 : Roumanie, Caractéristiques de la population selon deux variantes de redressement de la fécondité Redressement I : 1,8 enfant par femme à partir de 2010 : Variante 2. Redressement II : 1,8 enfant par femme en 2010 et 2,1 enfants par femme à partir de 2020 : Variante 3. Population totale (en milliers) Population féminine âgée de 15 à 49 ans (en milliers) Taux brut de natalité (en pour 1000) Espérance de vie à la naissance (en années) Taux brut de mortalité (en pour 1000) Année Hommes Femmes V2 V3 V2 V3 V2 V3 V2 V3 V2 et V3 V2 et V ,2 10,2 68,5 75,8 12,1 12, ,3 13,3 69,6 76,5 12,5 12, ,0 13,0 70,6 77,3 12,4 12, ,5 12,1 71,8 78,1 12,3 12, ,7 11,2 73,0 79,0 12,2 12, ,7 11,1 73,6 79,6 12,5 12, ,1 11,5 74,1 80,1 13,3 12, ,5 12,2 74,7 80,7 13,8 13, ,5 12,6 75,3 81,3 14,0 13, ,1 12,4 75,9 82,0 14,3 13, ,3 12,9 78,0 83,8 15,0 12, ,9 12,3 80,8 86,5 13,5 11,0 Année Indicateur conjoncturel de fécondité (enfants par femme) Population âgée de 60 ans ou plus (en milliers) Part des 60 ans ou plus dans la population totale (en pour 100) Population âgée de 65 ans ou plus (en milliers) Part des 65 ans ou plus dans la population totale (en pour 100) V2 V3 V2 et V3 V2 V3 V2 et V3 V2 V ,8 1, ,0 20, ,6 14, ,8 1, ,4 21, ,2 15, ,8 2, ,8 22, ,6 16, ,8 2, ,0 22, ,0 17, ,8 2, ,5 24, ,3 17, ,8 2, ,5 26, ,5 19, ,8 2, ,8 28, ,1 21, ,8 2, ,3 29, ,1 22, ,8 2, ,3 30, ,5 23, ,8 2, / ,4 26, / ,3 20, ,8 2, / ,7 27, / ,5 22,3 Sources : Estimations 2005 : Institutul NaŃional de Statistică, 2005a, 2006a, 2006b. Projections spécialement élaborées pour la communication.

66 1218 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL

67 Le vieillissement de la force de travail en Italie. Une analyse des taux de population active ( ). F. GREGUOLDO Doctorant, Département de Démographie, Université de Rome «La Sapienza» et Département de Statistique, Université de Turin M. Reginato Professeur de Démographie, Département de Statistique, Université de Turin Introduction Au sein de la communauté scientifique, il y a un large consensus sur le fait que le changement démographique aura un impact massif à tous les niveaux de la société et particulièrement dans le domaine du travail. Il y a également une conscience croissante que, puisque l âge de la population augmente progressivement, les forces du travail ne peuvent pas être indéfiniment rajeunies. Ce constat vaut particulièrement pour l'italie où la combinaison d une espérance de vie des plus élevées et d un taux de fécondité les plus bas parmi les pays développés conduira bientôt le pays à une dépendance démographique et économique très forte. En fait, il est prévu que les rapports de soutien diminuent très brusquement dans les cinquante prochaines années, à cause d un taux global de fécondité stablement bas et de la sortie du marché du travail des baby-boomers. Le but de cette contribution est de donner des mesures alternatives à la dépendance, en analysant l'effet de la productivité et de la consommation par des rapports de soutien pesés. Connaissant la valeur des rapports de soutien réels, on examinera leur sensibilité à la productivité et à la consommation à l'aide des index donnés et divisés par âge. Il est d'importance cruciale d étudier la dépendance à l aide des index d âge puisqu'il est évident que les jeunes et les personnes âgées ne jouent pas le même rôle économique. Ces groupes produisent et consomment très différemment et ils pourraient constituer un poids tout à fait relatif dans le fardeau économique. Ainsi, l âge n est pas la seule variable importante. Dans la deuxième partie de cette contribution, on tiendra compte de l impact de la question du genre sur la dépendance. Le but ici est de prouver qu en haussant graduellement le taux d'emploi féminin italien jusqu au niveau actuel du taux suédois, les rapports de soutien n atteindront pas le fort déclin prévu, même en tenant compte des indicateurs de productivité et de consommation. Nous allons articuler notre réflexion en trois parties. Dans un premier temps, nous décrirons les caractéristiques démographiques italiennes générales, tout en soulignant, en même temps, les aspects de la dépendance démographique autant que des tendances pour le développement de la population active. La deuxième partie focalise son attention sur la méthodologie et sur l'application des index mentionnés en lien aux rapports de soutien. Nous avons obtenu huit mesures différentes. Nous décrirons les aspects positifs et négatifs de chacune d elles avec un cadre des options politiques possibles quant à leur impact sur le marché du travail. Ces résultats serviront de base aux considérations de la partie finale, qui traite d une des possibles options politiques, c est-à-dire l augmentation de la participation féminine au marché du travail. En outre, les taux d'emploi féminins ajustés - obtenus par un accroissement linéaire - seront appliqués aux rapports de soutien mentionnés. Leur sensibilité à la consommation et à la productivité sera également examinée. Tous les résultats seront finalement récapitulés dans la partie conclusive.

68 1220 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL La dépendance démographique 1. Population globale Avec 57 millions d habitants, l'italie a la population la plus nombreuse des États européens méridionaux. Pendant le siècle passé, la population italienne est passée de 50 millions en 1960 aux 57 millions de Il est prévu une réduction à 48 millions pour La population se développe actuellement à un taux annuel de 9,8 qui est principalement dû à un taux d'immigration très élevée qui compense totalement le taux d'accroissement naturel négatif (- 0,7 ). Bien que l Italie éprouve un des plus bas taux de fécondité parmi les pays développés, celui-ci semble sujet à une légère augmentation depuis les dix dernières années. Après un pic négatif en 1998 (1,19), le taux de fécondité a commencé à augmenter lentement, atteignant à nouveau la valeur de Mais cette dernière tendance semble être trop faible pour faire face au cours historique de la basse fécondité en Italie où le taux de fécondité est en dessous de 2,0 depuis La croissance du nombre absolu de personnes âgées et le taux de mortalité brut en légère augmentation qui lui est consécutif, en dépit d'un taux de natalité brut stable, sont à la base du taux d accroissement naturel négatif mentionné. Dans la période donnée, la structure de la population vieillit rapidement et les données prouvent que le groupe de personnes âgées 65+ se développe beaucoup contrairement au groupe de personnes âgées 0-14 qui est légèrement en diminution (schéma 1). SCHÉMA 1 : POPULATION ITALIENNE, 1960, 2005, 2050 (SCÉNARIO MOYEN) Source : notre élaboration sur des données ISTAT (scénario moyen); la dernière catégorie d'âge est de 90+.

69 LE VIEILLISSEMENT DE LA FORCE DE TRAVAIL EN ITALIE 1221 Les projections (scénario moyen) 1 pour les années à venir prévoient une pyramide de population totalement renversée : la population jeune disparaîtra progressivement, avec pour conséquence une population active âgées. En outre, la population au-dessus de l'âge 90 augmentera brusquement, particulièrement les femmes. En 2020, la population des nouveaunés comptera autant de personnes que la classe d'âge Les rapports de dépendance Le schéma 2 trace les rapports de dépendance totale et celui des personnes âgées. Les deux rapports augmenteront sensiblement dans un avenir prochain, augmentant le fardeau de la dépendance de 0,4 unité de 2005 à En particulier, en 2050 il est prévu que la dépendance totale soit de 1,0, signifiant que la population active serait aussi importante que la dépendance en termes absolus. Les contributions des catégories jeunes et personnes âgées aux changements de pourcentage dans le rapport de dépendance totale sont représentées par le schéma 3. La catégorie d'âge 65+ contribue presque totalement au fardeau de dépendance, particulièrement à partir de 2030 lorsque la tendance globale du rapport s opposera à la tendance du rapport de dépendance des personnes âgées. La petite réduction du fardeau à la fin de la période donnée est fondamentalement due à l entrée dans la population active du petit groupe restreint des baby-boomers de SCHÉMA 2 : RAPPORTS DE DÉPENDANCE RÉELS ET PROJETÉS (SCÉNARIO MOYEN), ITALIE, dépendance des âgés dépendance totale dépendance des âgés, femmes dépendance totale, femmes Source : notre élaboration sur les données Eurostat Toutes les prévisions montrées sont calculées avec le scénario moyen. L espérance de vie est prévue améliorer soit pour les hommes soit pour les femmes. La fécondité augmente sensiblement pour les premières années après Pour les migrations internationales, un quota de 121 mille immigrants par an est calculée et maintenue stable jusqu en 2050.

70 1222 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL SCHÉMA 3 : CONTRIBUTIONS DES JEUNES ET DES PERSONNES ÂGÉES AUX POURCENTAGES DE CHANGEMENT DANS LE RAPPORT DE DÉPENDANCE TOTALE, ITALIE, dépendance totale Source : notre élaboration sur les données Eurostat. 3. La population active Des 7 millions de personnes additionnés à la population totale entre 1950 et 2000, la majorité s ajoute à celle âgée de plus de 65 ans tandis que seulement une petite partie autour 1,5 million entrera dans la population active (20-64) dans les prochaines années. Mais, déjà dans la situation actuelle, en raison de l effet d un taux de fécondité de près de 1,1, l'italie ne peut pas compter sur une grande réserve de main-d œuvre. En particulier, le nombre absolu de personnes âgées de diminue à partir de 2005, parce que la cohorte des premiers babyboomers sort du marché du travail (schéma 4). Le processus de vieillissement des personnes âgés de sera soutenu et se combinera avec la diminution de la population totale. La force de ce processus dépendra des tendances du taux de fécondité. Selon les projections de scénario moyen, le groupe des âgés de 30 à 50 est censé se réduire de 8% jusqu'en 2030, quant au groupe des il est prévu qu il sera le 42% de la main-d œuvre globale (schéma 5). Néanmoins, ces tendances dépendent totalement des hypothèses de migration. S il n est pas possible à long terme d équilibrer les effets du vieillissement par la seule immigration contrairement à ce qu une partie de l'opinion populaire pense la composition des tendances migratoires est d'importance cruciale dans le développement futur de la population active.

71 LE VIEILLISSEMENT DE LA FORCE DE TRAVAIL EN ITALIE 1223 SCHÉMA 4 : POPULATION POUR GROUPES D'ÂGE, ITALIE, millions moin de 19 ans plus de 65 ans Source : notre élaboration sur les données Eurostat SCHÉMA 5 : STRUCTURE DE LA POPULATION DE LA CATÉGORIE D'ÂGE DES 20-64, ITALIE, % 90% 80% 70% 60% 50% 40% 30% 20% 10% 0% Source : notre élaboration sur les données Eurostat

72 1224 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL La dépendance économique 1. Les rapports de soutien Les changements démographiques influencent l'économie parce qu ils changent la quantité relative des populations autosuffisantes et des populations dépendantes. Nous analysons ce phénomène en étudiant plusieurs types de rapports de soutien, ajustés par les facteurs particulièrement sensibles de l'économie, à savoir la productivité et la consommation. Ici ces variables sont prises en considération comme index par âge. En particulier, les index de productivité 2 (Skirbekk, 2005) ont été estimés par grands groupes d âge en tenant compte des niveaux d expérience professionnelle et du changement technologique, alors que les index de consommation 3 (Cutler, 1990) sont fondés sur les hypothèses des besoins des personnes en trois groupes d âge. La troisième variable de contrôle est le taux d'emploi 4, qui est considéré comme constant à la valeur de La combinaison de ces profils donne les types suivants de rapports de soutien: α α N i i i i i= 25 i= 15 1 = α 99 2 = 99 N i i= 1 i= N ER PI N i i i i i= 25 i= 15 3 = α 99 4 = 99 S N i i i i i= 1 i= 1 N i ER PI N α 1 est le rapport de soutien normal, mais la population active est considérée à partir de 25 ans, cet âge étant plus réaliste à la situation de marché du travail italien ; α 2 représente la population active ajustée au taux d'emploi et à l index de productivité. La population active est considérée de 15 à 80 ans ; α 3 est très semblable à α 1 mais la population totale est corrigée par l index de consommation ; α 4 est la somme de l ajustement fait au numérateur dans α 2 et au dénominateur dans α 3. La combinaison des index donne huit mesures différentes de rapport de soutien, puisque α 2 et α 4 sont calculés pour les trois index de productivité. Ces mesures sont plus ou moins biaisées selon la valeur de l index considéré. En les comparant à α 1 tous autres index prévoient une situation plus mauvaise pour l avenir parce que soit la consommation, soit la productivité augmente le fardeau de la dépendance des personnes âgées. Le cas extrême est la mesure α 4 : S N 2 Index de productivité Groupes d âges < PI1 L expérience professionnelle augmente la productivité pour 10 ans 0,57 0,64 1 1,06 0,86 0,66 PI2 Le changement technologique diminue l importance de l expérience professionnelle 0,64 0,72 1 0,99 0,77 0,56 PI3 Expérience professionnelle nulle 0,97 1,05 1 0,79 0,59 0,39 3 Index de consommation Groupes d âges < >64 Index 0,72 1 1,27 Cutler a développé ces index sur la base des dépenses non médicales privées, des dépenses pour l éducation publique et du soin médical. 4 Les données sur les taux d'emploi sont de l Eurostat.

73 LE VIEILLISSEMENT DE LA FORCE DE TRAVAIL EN ITALIE 1225 ici la productivité est totalement déplacée sur la catégorie de la main-d œuvre jeune, alors que la consommation est censée être plus haute pour les personnes plus âgées. Ainsi, la différence entre α 1 et α 4 est la plus importante parmi tous rapports calculés, donnant respectivement une valeur finale en 2050 de 0,45 et de 0,21 (tandis que α 2 vaut 0,22 et α3 0,44). Nous soulignons que tous les rapports ont été calculés pour les hommes, les femmes et la population totale, afin d observer des effets de genre. Mais l espace qui nous est imparti pour cette contribution ne permet pas d analyser les 24 résultats de la combinaison du genre et des index que nous avons cherchés. Ainsi, nous avons donc choisi de comparer les rapports entre les cas de la population totale α 2 et α 4 qui ont tous deux l index de productivité 3, parce qu il s est avéré être celui qui permet les observations les plus fines par rapport à nos hypothèses. En conclusion, toutes les mesures éprouvent un «effet miroir», qui a pour résultat leur changement relatif à 2000 et qui crée une situation totalement inversée avant et après cette année-là. Ceci est dû au changement démographique qui s est produit autour de 2000 où les contributions des jeunes et des personnes âgés ont changé le poids relatif dans le rapport de dépendance totale. 2. Les résultats Le tableau 1 et le schéma 6 montrent le changement de pourcentage dans les quatre mesures alternatives du rapport de soutien. À ce stade, nous pouvons émettre plusieurs considérations. D'abord, comme prévu par le rapport de dépendance, il y a un déclin à long terme dans le rapport de soutien. Le déclin mesuré est plus sensible concernant la productivité que la consommation. Considérant α 2, PI 3 et α 3, le déclin dû à la consommation est de moins de 4% alors que l index de productivité atteint plus de 6%. Il en va de même pour α 4, PI 3 qui contient les deux effets dans ses résultats. TABLEAU 1 : POURCENTAGES DE CHANGEMENT DANS LES RAPPORTS DE SOUTIEN (RELATIVEMENT À 2000), QUATRE MESURES ALTERNATIVES, POPULATION TOTALE, ITALIE, Années α 1 α 2, PI 3 α 3 α 4, PI ,61 3,75 3,85 2, ,07 4,82 3,51 1, ,37 7,19 5,24 1, ,04 8,06 6,33 3, ,56 7,83 7,45 3, ,82 5,91 4,26 2, ,51 2,94 3,30 0, ,03 0,18 1,16 0, ,00 0,00 0,00 0, ,66 1,65 0,13 2, ,06 5,10 0,91 6, ,67 8,96 3,23 10, ,61 12,96 4,65 14, ,48 16,74 7,05 18, ,90 20,05 11,07 22, ,24 22,48 15,89 25, ,25 24,08 20,17 27, ,32 24,81 22,34 28, ,32 24,85 22,29 28,51 Source : notre élaboration sur les données Eurostat

74 1226 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL SCHÉMA 6. RAPPORTS DE SOUTIEN RÉELS ET PROJETÉS (RELATIVEMENT À 2000), QUATRE MESURES ALTERNATIVES, POPULATION TOTALE, ITALIE, α1 α2, PI3 α3 α4, PI3 Source : notre élaboration sur les données Eurostat En second lieu, le créneau démographique ne semble donc pas être un scénario plausible pour l Italie. Selon les mesures pesées pour la productivité (α 2, PI 3 et α 4, PI 3 ), le point maximal dans les rapports de soutien aurait eu lieu dans les années 90, avec un fort déclin par la suite. Contrairement à ceci, dans le cas de α 1 et de α 3, le commencement de l augmentation de la dépendance économique est prévu en Ainsi, dans les deux cas, l Italie sera bientôt sous le seuil de une personne active pour un individu dépendant, atteignant ainsi la limite jamais atteinte de 0,75 en 2045 (cas α 2, PI 3 et α 4, PI 3 ). Il faut noter qu éviter le scénario de l index de productivité 3 ralentirait le déclin de 15 ans. Ceci étant donné que le point plus négatif de α 2, PI 3 est égal à la valeur de 0,75 de α 4, PI 3 en Le schéma 7 explique mieux ce concept. L image montre la contribution des jeunes et des personnes âgées au changement de pourcentage dans le cas α 1 et α 2, PI 3. Comme on peut l observer, la réduction du groupe des jeunes et le nombre croissant de personnes âgées forment une combinaison particulièrement négative pour la dépendance économique, ayant pour résultat les rapports très élevés mentionnés ci-dessus. Troisièmement, les changements des rapports de soutien entre l année 2000 et 2050 sont habituellement plus grands et dans certains cas sensiblement plus élevés que ceux entre 1960 et Ils subissent tous l effet miroir qui change leur position relative avant et après l année Le cas extrême est le cas α 4, PI 3, avec un déclin global presque de 31% entre 1960 et 2050, mais avec le point le plus négatif égal à moins de 6% dans la période et de 28,5% dans la période En conclusion, l incertitude de ces prévisions doit être soulignée puisqu il y a des différences substantielles dans les scénarios de fertilité et de migration. Bien que la tendance décroissante de la dépendance économique ne soit pas renversée même dans le cas du scénario le plus positif, avec l aide d une légère augmentation du taux de fécondité et le contrôle des flux migratoires, ce fardeau ne devrait pas être aussi lourd que comme il est actuellement prévu.

75 LE VIEILLISSEMENT DE LA FORCE DE TRAVAIL EN ITALIE 1227 SCHÉMA 7 : CONTRIBUTIONS DE JEUNES ET PERSONNES ÂGÉES AUX POURCENTAGES DE CHANGEMENT DANS Α 1 ET Α 2, PI 3, POPULATION TOTALE, ITALIE, jeunes, α1 jeunes, α2pi3 personnes âgées, α1 personnes âgées, α2pi3 Source : notre élaboration sur les données Eurostat Emploi féminin: une option politique pour équilibrer le fardeau Jusqu ici, les carrières des femmes ont été régulièrement interrompues pendant de longues périodes, et se sont souvent terminées plus tôt que celles des hommes. En conséquence, l'énorme investissement dans l'éducation et la formation des femmes a été, dans ce cas de figure, complètement gaspillé. Ce modèle caractéristique de l emploi féminin doit être changé à l avenir afin de donner des réponses au changement démographique, puisque le travail féminin peut représenter un réservoir de secours. Réservoir sur lequel on pourrait compter pour compenser la contraction démographiquement déterminée de la population active masculine qui aura lieu dans le futur le plus proche. Il est particulièrement important pour la question qui nous intéresse ici, de savoir ce qui arriverait aux rapports de soutien si l Italie atteignait en 2050 les taux d emploi féminins de la Suède aujourd hui. Il est vrai qu un repère national de cette sorte est, à bien des égards, problématique puisqu il ne tient pas compte des caractéristiques nationales spécifiques. Le tableau 2 montre les taux d emploi féminin italiens en 2000, qui correspondent également à la situation actuelle, et leur évolution s ils augmentaient d ici 2050 jusqu à atteindre les taux d'emploi féminin suédois de 2000 (correspondant donc à la dernière colonne du tableau 2). On voit clairement que les taux italiens sont fortement inférieurs aux taux suédois et que pour atteindre le niveau suédois, en 50 ans, le taux d'emploi féminin italien devrait croître approximativement de 30%. Cette augmentation est ici calculée avec un simple accroissement linéaire. Le plus grand changement serait censé se produire dans la catégorie d'âge 50-64, avec une augmentation de 44,4% alors que la catégorie d'âge croîtrait de 27,3% seulement. Ce modèle rend bien compte de ce qui caractérise le marché du travail italien dans le sens que le recrutement de la main-d œuvre féminine n est de loin pas suffisant et que, de surcroît, il exclut les groupes plus âgés aussi bien, dans ce cas, les

76 1228 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL hommes que les femmes. Grâce aux réformes récentes dans le système italien de retraite, ce dernier manque est susceptible de réduire ces effets négatifs dans les années suivantes. TABLEAU 2 : TAUX D'EMPLOI FÉMININ AJUSTÉS (%), ITALIE, Groupe d âge ,3 10,8 13,3 15,7 18,2 20, ,5 37,4 41,3 45,3 49,2 53, ,7 53,4 58,1 62,8 67,5 72, ,1 59,8 64,6 69,4 74,2 79, ,8 61,2 66,5 71,9 77,2 82, ,0 60,8 66,6 72,4 78,1 83, ,3 57,0 63,7 70,4 77,0 83, ,2 48,1 57,0 65,9 74,7 83, ,0 33,7 44,4 55,1 65,8 76, ,8 14,9 22,0 29,0 36,1 43, ,5 1,7 2,0 2,3 2,5 2,8 Source : notre élaboration sur les données Eurostat Cependant, même si elle devrait être un des buts prioritaires sur l agenda politique, l augmentation de la main-d œuvre féminine comme option politique a toujours été laissée de côté. On en voit la raison sur le schéma 8, qui trace la tendance future pour les rapports de soutien ajustés (avec astérisque) combinés avec la tendance passée et future pour le rapport α 2 PI 3, calculé comme mentionné dans le paragraphe ci-dessus. Ainsi on peut voir, qu avec une augmentation de 30% dans le taux d'emploi féminin en 2050, la tendance dans le rapport de soutien féminin serait complètement inversée, elle commencerait à hausser déjà en Pour la fin de la période , il y aurait 0,25 femme active de plus qu en 2000, avec une augmentation très forte de 0,15 femme parmi ces 0,25 pour la période Il est encore plus important de prendre en compte la tendance pour le rapport de soutien total. La hausse dans l emploi féminin compenserait le déclin du rapport de soutien de 20% dès Ceci implique qu avec une hausse de 30% pour 2050 dans le taux d'emploi féminin, le déclin du rapport de soutien total ralentirait de plus de 10% vers la fin de la période, donnant des taux finals de 0,27 (ajusté) et de 0,22 (normal). Il est plausible qu une hausse de 30% dans le taux d'emploi féminin ne soit pas réaliste, même si réparti sur 50 ans au vu de la situation actuelle en Italie. Mais il est important de souligner la puissance de cette variable pour ralentir le processus de dépendance, qui est vraie même lorsque la population totale est pesée avec l index de consommation. Pour avoir une idée de cette puissance, le schéma 9 trace la combinaison de la productivité et des scénarios de taux d emploi pour les rapports α 2 et α 4 concernant les femmes. Cette figure combine les rapports corrigés avec ceux qui ne le sont pas et met en évidence l effet de l index de consommation (la différence entre les lignes droites et pointillées).

77 LE VIEILLISSEMENT DE LA FORCE DE TRAVAIL EN ITALIE 1229 SCHÉMA 8 : RAPPORTS DE SOUTIEN RÉELS ET PROJETÉS (RELATIVEMENT À 2000), RAPPORTS AJUSTÉS AUX TAUX D EMPLOI FÉMININ AJUSTÉS, FEMMES ET POPULATION TOTALE, ITALIE, α2 PI3*, femmes α2 PI3, femmes α2 PI3* Source : notre élaboration sur les données Eurostat SCHÉMA 9 : RAPPORTS DE SOUTIEN RÉELS ET PROJETÉS AJUSTÉS AUX TAUX D EMPLOI FÉMININ CORRIGÉS, ITALIE, taux d'emploi productivite α2 PI1 α2 PI2 α2 PI3 α4 PI1 α4 PI2 α4 PI3 Source : notre élaboration sur les données Eurostat

78 1230 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL En cas d augmentation du taux d emploi féminin, sans surprise, les rapports de productivité descendraient et les rapports de taux d'emploi augmenteraient ; l index de consommation baisserait les rapports, donnant une importance plus grande à la consommation des personnes âgées. Naturellement, la productivité diminue quand le poids de l expérience professionnelle, dans l index de productivité, baisse. À partir de 2030, l effet positif de l augmentation des taux d'emploi féminins pourrait s avérer en atteignant des niveaux significativement élevés et devenant pratiquement ainsi la seule variable qui ralentirait la dépendance. Cependant, une situation plus favorable ne serait possible qu à partir de 2025 et à la condition que les rapports de productivité ne soient pas trop bas. En conclusion, la consommation, liée à la productivité, augmente la dépendance dans toutes les combinaisons des rapports de soutien, en particulier à partir de Le tableau 3 compare les rapports normaux avec les combinaisons de α 2 PI 3 et de α 4 PI 3 des rapports de soutien pour la population totale ajustés aux taux d emploi féminin (avec astérisque). Il est observable que, dans un contexte de déclin réduit de soutien, la consommation augmenterait le fardeau de dépendance seulement de 4,5%, alors que le gain dû à l emploi féminin augmenté, était toujours autour 20%. Il faut encore ajouter que pour les rapports ajustés, le fardeau de la consommation est de 1% plus élevé que pour le rapport normal, et que les taux ajustés rejoignent le point le plus négatif en 2045 à différence des taux normaux qui le rejoignent en TABLEAU 3 : PROJECTION DE CHANGEMENTS RELATIFS (%) DES RAPPORTS DE SOUTIEN AJUSTÉS (AVEC ASTÉRISQUE) ET NORMAUX, POPULATION TOTALE, ITALIE, Année α 2 PI 3 * α 2 PI 3 α 4 PI 3 * α 4 PI ,00 0,00 0,00 0, ,99 1,65 0,46 2, ,04 5,10 1,01 6, ,56 8,96 3,12 10, ,30 12,96 5,32 14, ,01 16,74 7,57 18, ,63 20,05 9,85 22, ,65 22,48 11,49 25, ,84 24,08 12,16 27, ,89 24,81 11,47 28, ,95 24,85 9,58 28,51 Source : notre élaboration sur les données Eurostat Mais il y a des problèmes qui réduisent partiellement les aspects positifs de cette mesure. Si ces indicateurs montrent la manière de diminuer la dépendance économique, la réalité comporte des difficultés spécifiques dans la vie des femmes qui travaillent, comme l obtention et la durée des congés maternité ou l accès aux crèches. Ces obstacles sont loin d être résolus et rendent difficilement conciliable la vie de famille et une hausse en l emploi féminin. En outre, les tendances du comportement de genre confirment une perpétuation des inégalités dans la distribution du temps du congé parental. Ainsi, augmenter le taux d emploi dans ce contexte aggraverait probablement les différences de genre existantes sans encourager une plus grande participation des hommes. Sans équilibre des genres dans les rôles au sein de la famille, il y aurait également un risque de perdre le capital humain féminin. Ceci, non seulement parce qu elles ne participeraient pas au marché du travail, mais également parce qu elles seraient

79 LE VIEILLISSEMENT DE LA FORCE DE TRAVAIL EN ITALIE 1231 forcées de quitter pour une relativement longue période leur emploi pendant la maternité et perdraient ainsi de leur expérience professionnelle. Conclusion En termes de rentabilité, les mesures qui peuvent sembler souhaitables voire nécessaires dans le cas de figure italien comportent, on le voit, de graves limites dans la réalité. Les modèles de la productivité et de la consommation pourraient être complètement différents que ceux utilisés dans le rapport de soutien montré, et personne ne peut prévoir si l emploi féminin augmentera et à quel niveau. Mais ces analyses de sensibilité avec lesquelles nous avons souligné le fardeau alarmant de la dépendance ne sont qu un exemple permettant d illustrer comment tous les acteurs démographiques appropriés - employeurs, employés, politiques, institutions sociales, etc. - devraient être engagé sur cette question. Concernant le vieillissement de la main-d œuvre, il est clair que la situation n aura aucun sursis avant que la réforme récente du système de retraite ne produise ses effets sur les problèmes de la retraite anticipée et du chômage des âgés. Pour cette raison, dans le cadre des politiques du marché du travail, des mesures spécifiques pour les travailleurs plus âgés continueront à être indispensables pour encore plusieurs années à venir. Même si de manière générale, beaucoup de mesures telles que la création d emplois, la formation ou les subventions aux coûts salariaux, notamment, s avèrent nécessaires, il reste indispensable de concentrer les énergies sur le maintien des personnes âgées dans le marché du travail. Dans la mesure où la population de ce groupe est en augmentation, il est nécessaire de penser à de nouvelles formes d'emploi et d occupation pour eux, parce qu il est peu réaliste de penser qu ils pourront exercer le même travail pour toute la durée de la vie. Du côté de l'emploi féminin, il est essentiel que les conditions pour augmenter leur taux de participation soient créées aussitôt que possible. L idée d un ensemble de mesures comprenant des facilités d assistance à l enfance et des pratiques alternatives en matière de temps de travail est très importante parce que les initiatives de ce type sont essentielles pour éviter les répercussions négatives qu un taux de participation féminin accru peut avoir sur le développement démographique à long terme. En conclusion, il semble donc qu un dialogue et une inscription sur l agenda politique des problématiques que nous avons soulignées s imposent. Il serait souhaitable que l orientation de ces politiques se fasse dans le sens d une clarification des modèles de comportement et d action. À court terme, au vu de la hiérarchisation des urgences, les modèles devraient conduire à satisfaire en premier lieu les intérêts des personnes les plus âgées qui sont encore sur le marché du travail. BIBLIOGRAPHIE AA.VV., «Vivre et travailler plus longtemps», OCDE. BOULDING K., «Kenneth Boulding on Possible Consequences of Increased Life Expectancy», Population and Development Review 29 (3) : BUCK H., KISTLER E., MENDIUS H.G., «Demographic change in the world of work», Bundesministerium für Bildung und Forschung, Stuttgart. BÖRSCH-SUPAN A., «Labor market effects of population aging». Discussion Paper , Mannheim Research Institute of the Economics of Aging.

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81 Scénarios de l évolution démographique de la Suisse et projections de la population active Raymond KOHLI Office fédéral de la statistique, Neuchâtel, Suisse Introduction Comme dans tous les pays développés, la population de la Suisse vieillira rapidement et de manière importante ces prochaines années. À partir des données des nouveaux scénarios de l évolution démographique de la Suisse on se propose, dans un premier temps, de présenter la transformation de la structure par âge de la population de la Suisse. Dans une deuxième partie, les projections de la population active, établies à partir des scénarios démographiques, sont exposées en décrivant la méthode utilisée, les hypothèses retenues et les résultats obtenus. Pour terminer, afin de mettre en évidence l influence respective des migrations et de la fécondité sur la population active future, des variantes des projections, établies à partir d hypothèses différentes, sont analysées en détail. 1. Les scénarios de l évolution démographique de la Suisse 1.1 Les hypothèses des scénarios démographiques Pour établir des scénarios de l évolution démographique de la Suisse, l Office fédéral de la statistique (OFS) utilise, comme la majorité des institutions effectuant de tels calculs, la méthode des composantes. Cependant, les perspectives de population de l OFS se distinguent de la plupart des projections démographiques officielles des autres pays par le fait qu elles ventilent la population en 3 groupes de nationalité : Suisses, ressortissants de l EEE 1, ressortissants d un pays hors EEE. Cette distinction est importante pour établir des hypothèses, car ces groupes ont des comportements migratoires et féconds très différents. Par ailleurs la politique migratoire mise en place dans le cadre des accords bilatéraux entre la Suisse et l Union Européenne distingue les catégories de nationalité indiquées ci-dessus. Ainsi, l accord sur la libre circulation des personnes entre la Suisse et l UE s applique aux personnes de nationalité suisse et aux ressortissants d un pays de l EEE, alors que l immigration des étrangers ayant une autre nationalité est réglementée selon une nouvelle loi relativement restrictive. Cette ventilation nécessite donc d établir des hypothèses distinctes pour chacune de ces catégories de nationalité. Cependant, pour des raisons de concision, nous ne présentons ici que les valeurs pour l ensemble de la population (voir tableau 1). La combinaison des hypothèses moyennes constitue le scénario «moyen», la combinaison des hypothèses hautes le scénario «haut» et la combinaison des hypothèses basses le scénario «bas». Ces deux dernières combinaisons ne reposent sur aucune considération démographique. Elles ont en effet été choisies dans le seul but de déterminer une fourchette plausible pour l effectif total de la population. En plus de ces 3 scénarios de base deux autres scénarios alternatifs sont calculés : «vieillissement accentué» et «vieillissement atténué». Le premier ne 1 Espace Économique Européen (EEE) : les 15 anciens pays de l Union Européenne (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Royaume- Uni et Suède), les 10 nouveaux (Chypre, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, République tchèque, Slovaquie, Slovénie), plus l Islande, le Liechtenstein et la Norvège.

82 1234 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL se distingue du scénario «bas» que par l utilisation de l hypothèse «haute» 2 de mortalité et le second ne se distingue du scénario «haut» que par l utilisation de l hypothèse «basse» de mortalité. Ces deux derniers scénarios permettent de déterminer des limites inférieure et supérieure probables du rapport de dépendance des personnes âgées. Ces hypothèses ont été établies en fonction des tendances des principaux indicateurs démographiques transversaux, d indices longitudinaux, des valeurs utilisées par les pays voisins de la Suisse et par Eurostat pour ces pays, des nouvelles réglementations sur les migrations et des niveaux moyens des immigrations et émigrations observés lors des dernières décennies. Indicateurs TABLEAU 1 : HYPOTHÈSES POUR LES SCÉNARIOS DÉMOGRAPHIQUES Obs. A «moyen» B «haut» C «bas» D «vieillissement accentué» E «vieillissement atténué» ICF 1,42 1,40 1,65 1,15 1,15 1,65 Espérance de vie masculine à la 78,6 85,0 87,5 82,5 87,5 82,5 naissance Espérance de vie féminine à la 83,7 89,5 91,5 87,5 91,5 87,5 naissance Nombre d immigrations Nombre d émigrations La transformation de la structure par âge de la population de la Suisse Selon le scénario «moyen» A , la population de la Suisse qui s élève en 2005 à 7,5 millions de personnes augmentera encore jusqu en 2036 et atteindra alors 8,2 millions d habitants. Ensuite, elle diminuera de plus en plus rapidement jusque vers Enfin, la diminution se stabilisera à environ -0.25% par année. En 2065, la population s élèvera à 7,8 millions de résidents permanents. L accroissement entre 2005 et 2035 sera de 9,3% et la baisse entre 2035 et 2065 de 4,5%. La croissance de la population entre 2005 et 2065 sera donc en définitive de seulement 4,4%. Les scénarios «bas» et «haut» indiquent que la variation au cours de cette période se situera très probablement entre une diminution d environ 20%, soit 5,8 millions habitants en 2065, et une augmentation d un peu plus de 30%, soit 9,9 millions de personnes en 2065 (voir figure 1). 2 La dénomination hypothèse «haute» correspond dans ce cas à une espérance de vie à la naissance plus élevée que pour l hypothèse «moyenne» et le contraire pour l hypothèse «basse». N.B. : Pour les hypothèses de migrations, cette dénomination correspond au niveau du solde migratoire.

83 SCÉNARIOS DE L ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DE LA SUISSE ET 1235 FIGURE 1 : ACCROISSEMENT DE LA POPULATION TOTALE EN % ENTRE 2005 ET 2035, ET, ENTRE 2005 ET 2065 SELON LES 3 SCÉNARIOS DE BASE ET LES 2 SCÉNARIOS ALTERNATIFS. A ' '000 B '686'000 +2'463'000 C '000-1'643' D '000-1'190'000 E '352'000 +1'920' La structure par âge de la population de la Suisse se transformera au cours des soixante années à venir. Comme pour l ensemble des pays occidentaux, l arrivée des générations issues du baby-boom dans le groupe d âge des 65 ans ou plus lors des prochaines années accélérera le rythme de vieillissement de la Suisse. Ce sera surtout entre 2020 et 2035 que l augmentation du pourcentage de personnes de 65 ans ou plus sera la plus importante. Cette proportion augmentera en effet de 4.4 à 7,6 points de pourcentage selon les scénarios (voir figure 2). Cet accroissement sera dû aux enfants de la deuxième vague du baby-boom (les personnes nées entre 1955 et 1970) qui atteindront lors de cette période l âge de la retraite. Il faut rappeler à ce sujet que les naissances ont été les plus nombreuses en Suisse dans les années 1960 avec un pic en 1964 de près de naissances vivantes (en 2004, naissances ont été observées en Suisse). En ajoutant encore à ce nombre, les personnes nées en 1964 ayant immigrés lors de ces 40 dernières années, on trouve qu à la fin de l année 2004 le nombre de résidents permanents de 40 ans dépassait les personnes. Il faut noter par comparaison qu en 1979 près de 83'500 personnes ont fêté leur 40 ème anniversaire en Suisse et un peu moins de personnes ont atteint l âge de 65 ans en Le pourcentage de personnes de 65 ans ou plus augmentera donc dès aujourd hui et de plus en plus rapidement jusqu en Selon le scénario «moyen», plus de personnes atteindront 65 ans cette année-là. Ensuite, l accroissement annuel de cette proportion baissera très rapidement et, dès 2055, le pourcentage de personnes de 65 ou plus se stabilisera.

84 1236 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL FIGURE 2 : POURCENTAGES DE PERSONNES DE 65 ANS OU PLUS EN 2005, EN 2020, EN 2035, EN 2050 EN 2065 SELON LES 3 SCÉNARIOS DE BASE ET LES 2 SCÉNARIOS ALTERNATIFS A B C D E Selon le scénario «moyen», c est-à-dire, si les taux de fécondité se stabilisent plus ou moins aux valeurs actuelles et si le solde migratoire fluctue autour de personnes par année, la population âgée de 0 à 19 ans baissera régulièrement lors des prochaines décennies. Cependant avec une fécondité un peu plus élevée de 1,65 enfants par femmes et un solde migratoire annuel moyen de personnes, comme dans le scénario «haut», cette population pourrait encore s accroître (voir figure 3). Selon le scénario «moyen», le nombre de personnes âgées de 20 à 64 ans augmentera jusqu en 2018, ensuite cette population baissera peu à peu. Des migrations et une fécondité correspondant aux valeurs du scénario «haut» pourraient cependant empêcher cette baisse et stabiliser cette population au niveau atteint vers 2020 (voir figure 3). Comme évoqué auparavant, le nombre de personnes en âge d être à la retraite augmentera d une manière certaine. Cet accroissement se poursuivra dans tous les cas jusqu aux environs de Ensuite, en fonction d un plus ou moins fort progrès de l espérance de vie, du niveau des migrations et de la fécondité de ces prochaines décennies, cette population pourra aussi bien augmenter, que se stabiliser ou diminuer. La hausse du nombre de personnes de 65 ans ou plus entre 2005 et 2035 sera donc sans aucun doute plus élevée que 60% et sera en fait probablement proche de 80% (voir figure 3).

85 SCÉNARIOS DE L ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DE LA SUISSE ET 1237 FIGURE 3 : ÉVOLUTION DE LA POPULATION DE 0-19 ANS, DE ANS, DE 65 ANS OU PLUS ET DE LA POPULATION TOTALE, INDICE BASE 100 EN 2005 SELON LES 3 SCÉNARIOS DE BASE ET LES 2 SCÉNARIOS ALTERNATIFS ans A B ans 180 C D E ans ou plus 220 total Les projections de la population active 2.1 La méthode et les hypothèses Dans ce qui suit, nous allons décrire la méthode utilisée et les hypothèses retenues pour les projections de la population active établies à partir des scénarios démographiques. En raison de la relative complexité de cette méthode, cette dernière ne sera pas expliquée d une manière détaillée. Seule la démarche effectuée pour faire ces calculs sera donnée. Pour le calcul de base des projections de la population active, on utilise les résultats de l enquête suisse sur la population active (ESPA). Sur la base de ces données, il est tout d abord testé dans quelle mesure le taux d activité à un âge donné peut être expliqué par la caractéristique de la population à cet âge, comme par exemple la part des personnes en formation (selon le type de formation), la répartition de la population selon le plus haut niveau de formation achevé, le nombre d enfants par femme, la part des personnes en retraite anticipée, la part des personnes invalides. À partir de ces analyses statistiques, en considérant d une part les taux d activité actuels, d autre part l évolution prévues de certains indicateurs démographiques et en faisant certaines hypothèses sur l évolution future de ces caractéristiques, les taux d activité futurs sont calculés. Les hypothèses principales du scénario «moyen» sont une augmentation de la part des personnes accomplissant une formation de degré tertiaire (université, haute école spécialisée, ) jusqu en 2020 suivie par une stabilisation, l élévation du niveau de formation dans l ensemble de la population et un taux de retraite anticipée se stabilisant aux valeurs actuelles. Les autres scénarios ne se distinguent de celui-ci en ce qui concerne ces hypothèses que par la poursuite de la croissance de la proportion de personnes achevant une formation élevée à partir de Dans le scénario «moyen», on suppose que certaines mesures sont prises permettant aux femmes d avoir des enfants et de continuer d exercer une activité

86 1238 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL professionnelle favorisant une légère hausse des taux d activité pour celles-ci. Dans le scénario «haut», on suppose une politique familiale coordonnée et efficace permettant aux femmes de concilier vie familiale et vie professionnelle, d où une incidence limitée de l augmentation du nombre d enfants sur les taux d activité des femmes. Dans le scénario «bas», il est supposé un statu quo en matière de politique familiale et une augmentation de la volonté d exercer une activité professionnelle de la part des jeunes femmes ayant pour conséquence une hausse un peu plus importante des taux d activité des femmes de 25 à 30 ans en parallèle avec la baisse de la fécondité (voir figure 4). FIGURE 4 : TAUX D ACTIVITÉ PAR ÂGE DES FEMMES DE NATIONALITÉ SUISSE EN 2004 ET EN 2065 SELON LES 3 SCÉNARIOS DE BASE 100% 90% 80% A B C % 60% 50% 40% 30% 20% 10% 0% Une population active plus âgée et probablement moins nombreuse Selon le scénario «moyen», la population active, qui s élève à 4,2 millions de personnes en 2005, augmentera jusqu en 2018, à près de 4,5 millions, et ensuite diminuera. En 2065, elle se montera à un peu moins de 4 millions d actifs. Entre 2005 et 2020, la variation sera de 6,2%, de 2020 à 2035, elle sera de -4,0%, de 2035 à 2050, de -3,3% et de 2050 à 2065, de -4,3%. La diminution entre 2020 et 2035 sera due principalement au passage à la retraite des enfants de la deuxième vague du baby-boom, numériquement nombreux. Les éventuelles diminutions ultérieures seront, quant à elles, dues en grande partie à la baisse du nombre de nouveaux actifs entrant sur le marché du travail. Comme le montrent les scénarios «haut» B et «vieillissement atténué» E , une migration plus importante additionnée d une fécondité en hausse pourrait permettre de conserver le nombre d actif atteint aux alentours de 2020 au-delà de cette date, même de l augmenter légèrement (voir figure 5). Par contre, si le solde migratoire devenait rapidement nul et si la fécondité baissait encore à moins de 1,2 enfant par femme comme dans le scénario «bas» C ou le scénario «vieillissement accentué» D , la population active chuterait considérablement dès 2020.

87 SCÉNARIOS DE L ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DE LA SUISSE ET 1239 Il faut noter que la population active vieillira au cours des 15 prochaines années. En effet, la part des actifs de plus de 50 ans passera de 27% en 2005 à plus de 31% en 2020 dans tous les scénarios (voir figure 6). Ce vieillissement est également dû aux personnes nées lors de la seconde partie du baby-boom qui dépasseront peu à peu le demi-siècle au cours de cette période. La libre circulation avec l Union européenne pourrait même accentuer ce phénomène en permettant à plus de travailleurs européens de s établir durablement en Suisse et d y prendre leur retraite. Comme les âges de la majorité de ces derniers sont situés entre 30 et 50 ans, ils devraient venir alourdir les générations déjà nombreuses qui vont atteindre 50 ans au cours de ces deux prochaines décennies. Des migrations plus importantes non accompagnée d une augmentation de la fécondité ne semblent ainsi pas constituer une solution très efficace pour ralentir le vieillissement de la population active. Le rapport entre le nombre de retraité et le nombre de personnes actives de 20 à 64 ans augmentera très rapidement au cours de ces prochaines années. Il passera d un peu plus de 30 personnes en âge d être à la retraite pour 100 personnes actives de 20 à 64 ans actuellement à plus de 60 retraités pour 100 actifs en Il dépassera avec certitude la valeur de 40 vers 2020, atteindra probablement le niveau de 50 en 2030 et se stabilisera vraisemblablement à un peu plus de 60 dès Les différents scénarios nous indiquent que ce rapport se situera certainement entre 50 et un peu plus de 75 en 2065 (voir figure 7). FIGURE 5 : VARIATION DE LA POPULATION ACTIVE EN %, ENTRE 2005 ET 2020, ENTRE 2020 ET 2035, ENTRE 2035 ET 2050, ENTRE 2050 ET 2065, SELON LES 3 SCÉNARIOS DE BASE ET LES 2 SCÉNARIOS ALTERNATIFS A B C D E

88 1240 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL FIGURE 6 : POURCENTAGE DE LA POPULATION ACTIVE DE PLUS DE 50 ANS DANS LA POPULATION ACTIVE TOTALE EN 2005, EN 2020, EN 2035, EN 2050 ET EN 2065, SELON LES 3 SCÉNARIOS DE BASE ET LES 2 SCÉNARIOS ALTERNATIFS A B C D E FIGURE 7 : ÉVOLUTION DU RAPPORT ENTRE LE NOMBRE DE PERSONNES DE 65 ANS OU PLUS ET LE NOMBRE D ACTIFS DE ANS ENTRE 2005 ET 2065 (EN %), SELON LES 3 SCÉNARIOS DE BASE ET LES 2 SCÉNARIOS ALTERNATIFS A B C D E

89 SCÉNARIOS DE L ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DE LA SUISSE ET L influence des migrations et de la fécondité sur la population active future 3.1 Les hypothèses des variantes Des variantes du scénario «moyen» ont été établies en modifiant à chaque fois les hypothèses d une seule composante de l évolution démographique : fécondité, mortalité et migrations. Les hypothèses modifiées pour chaque variante sont données dans le tableau 2. Le but de ces variantes est d étudier l influence de chaque composante de l évolution démographique sur la population active et sur les différents indicateurs décrivant l état de cette dernière. Les principales constatations sont d abord que les migrations ont une influence importante sur la grandeur de la population active, mais qu elles n ont que peu de poids en ce qui concerne son vieillissement. On suppose ici bien entendu un flux migratoire relativement régulier. Dans le cas de flux plus chaotiques, comme par exemple des valeurs modestes sur une longue période suivies d un afflux important, l influence pourrait être très différente. La fécondité influence vraiment l effectif de la population active qu à moyen terme, mais il suffit qu elle s élève très rapidement au niveau de remplacement pour que le nombre d enfants augmente à vive allure dès que ce niveau est atteint, ce qui entraîne après quelques décennies une hausse très rapide de la population en âge de travailler. Dans ce cas un solde migratoire se réduisant peu à peu pourrait éventuellement éviter une explosion de l effectif de la population active. La mortalité est bien entendu un facteur que l on ne désire contrôler que dans le seul sens de sa réduction, mais on peut cependant constater que c est dans le cas où l espérance de vie ne progresse plus dès aujourd hui que le rapport de dépendance des personnes âgées est le plus bas par rapport à toute les variantes et scénarios, à l exception toutefois sur le long terme de la variante «remplacement des générations». Il faut noter que la mortalité n a pas une influence importante sur la grandeur de la population en âge de travailler. Par contre, son niveau est prépondérant pour l évolution de la population âgée. TABLEAU 2 : HYPOTHÈSES DES VARIANTES Variantes A «fécondité plus forte» A «fécondité plus faible» A «remplacement des générations» A «plus haute espérance de vie à la naissance» A «plus basse espérance de vie à la naissance» A «plus aucun progrès de l espérance de vie à la naissance» A «solde migratoire élevé» A «solde migratoire nul» A «mondialisation des migrations» Hypothèses modifiées Fécondité : hypothèse haute Fécondité : hypothèse basse Fécondité : 2,1 enfants par femmes dès 2020 pour toutes les nationalités Mortalité : hypothèse haute Mortalité : hypothèse basse Mortalité : quotients de mortalité stabilisés aux valeurs observées en 2004 Migrations : hypothèse haute Migrations : hypothèse basse Migrations : solde migratoire nul pour les ressortissants de l EEE dès 2020 et solde migratoire de 30'000 pour les ressortissants de pays hors EEE dès 2020, hypothèse «moyenne» pour les Suisses

90 1242 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL 3.2 Les rôles respectifs de la fécondité et des migrations Dans ce paragraphe, nous allons déterminer plus spécifiquement quelle est l influence respective des migrations et de la fécondité sur l évolution future de la population active. Nous allons ainsi nous concentrer sur les variantes de fécondité A-01, A-02 et A-03, ainsi que sur les variantes de migrations A-07 et A-08 (N.B. : la variante A-09 n apporte pas d éclairage supplémentaire, seule la répartition entre ressortissant de l EEE et d un pays hors EEE est modifiée). Sur la figure 8, on constate que pour presque toutes ces variantes, la population active diminue depuis 2025 ou même avant. On observe clairement que les migrations ont une influence importante sur le niveau de l effectif des actifs déjà à court terme, alors que la fécondité n a d influence sur ce dernier qu à partir d une trentaine d année. Dans le cas d un solde migratoire nul, comme dans la variante A-08, la population active baisserait très tôt et très rapidement, alors qu un solde migratoire de l ordre de personnes par années, comme dans la variante A-07, pourrait limiter passablement la diminution de cette population. Si la fécondité se stabilisait aux valeurs actuelles et si la mortalité baissait selon les tendances, il faudrait donc dès 2020 des migrations nettes moyennes de plus de personnes par années pour stabiliser le nombre d actif en Suisse. Cela n aurait toutefois que peu d impact sur le vieillissement de la population. En 2065, le rapport entre les personnes de 65 ou plus et les personnes actives de 20 à 64 ans dépasserait, selon les variantes A-07 et A-08, 59 personnes de plus de 64 ans pour 100 personnes active entre 20 et 64 ans, tandis que selon les variantes A-01 et A-03, ce rapport serait plus bas que 57 retraités pour 100 actifs (voir figure 9). Si la fécondité augmentait à nouveau dès aujourd hui jusqu en 2020 et atteignait à cette date le niveau de remplacement des générations, c est-à-dire, 2,1 enfants par femmes, non seulement la population active augmenterait dès 2025 et serait 20% plus élevée que l actuelle en 2065, mais le rapport des retraités sur les actifs serait plus bas que 50 en 2065 et sa tendance serait à la baisse. Si par contre la fécondité restait stable et le solde migratoire se maintenait à personnes par années, comme dans le scénario A-07, ce rapport continuerait d augmenter à partir de 2035 et se stabiliserait à 60 vers On constate en effet une convergence des rapports des variantes A-07 et A-08 vers celui du scénario A-00. La variante A-07 semble ainsi montrer que les migrations non seulement ne peuvent avoir qu une influence très limitée sur ce rapport, mais qu en définitive elles auraient plutôt tendance à stabiliser sur une plus longue période le niveau de cet indicateur à une valeur élevée. Les variantes A-01 et A-03 indiquent par contre qu une hausse de la fécondité pourrait entraîner une baisse plus rapide de ce rapport. En conclusion, une politique encourageant les migrations nombreuses permettrait de vraisemblablement conserver des effectifs d actif à un niveau comparable à celui observé aujourd hui, mais aurait pour conséquence un rapport des retraités sur les actifs se stabilisant plus longtemps à un niveau difficile à supporter par la population active ou les retraités, alors qu une politique encourageant efficacement une hausse de la fécondité n aurait pas d effet immédiat sur le nombre d actif, mais ferait sûrement baisser plus rapidement ce rapport à des niveaux permettant avec moins de difficultés d assurer des retraites viables pour les personnes âgées.

91 SCÉNARIOS DE L ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE DE LA SUISSE ET 1243 FIGURE 8 : ÉVOLUTION DE LA POPULATION ACTIVE, INDICE BASE 100 EN 2005, SELON LE SCÉNARIO «MOYEN» ET LES VARIANTES DE FÉCONDITÉ ET DE MIGRATIONS A A A A A A FIGURE 9 : ÉVOLUTION DU RAPPORT ENTRE LE NOMBRE DE PERSONNES DE 65 ANS OU PLUS ET LES ACTIFS DE ANS ENTRE 2005 ET 2065 (EN %), SELON LE SCÉNARIO «MOYEN» ET LES VARIANTES DE FÉCONDITÉ ET DE MIGRATIONS A A A A A A

92 1244 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL 4. Conclusion L évolution démographique aura des effets importants sur le marché du travail de la Suisse. Actuellement, les générations qui sont en âge de prendre un premier emploi sont plus nombreuses que celles qui prennent leur retraite. De ce fait, le nombre de personnes actives s accroîtra encore légèrement ces prochaines années. Selon le scénario «moyen» (A ), à partir de 2018, l effectif de la population active commencera à décroître en raison du ralentissement de la croissance démographique et du vieillissement de la population et cela malgré une augmentation probable des taux d activité des femmes de plus de 25 ans. La diminution se poursuivra tout au long de la période de projection. Cette évolution de la population active est une tendance lourde pour la période comme le montrent les différentes variantes du scénario «moyen». En effet, les hypothèses de fécondité et de migrations les plus vraisemblables ne modifient guère cette évolution. Ainsi, un solde migratoire moyen de personnes par année, relativement élevé sur une longue période pour la Suisse (1,8 millions sur 60 ans, soit un quart de la population actuelle de la Suisse), retarderait tout au plus le début de la diminution et en atténuerait légèrement l ampleur mais ne la stopperait pas. Il faut toutefois noter qu une combinaison entre une augmentation régulière de la fécondité et un solde migratoire élevé permettrait un léger accroissement de la population active, comme le montre le scénario «haut» (B ). De même, une rapide (et peu crédible) augmentation de la fécondité au niveau de remplacement des générations dès 2020 (variante A ) entraînerait une forte croissance de la population active dès C est pour cette variante que l on trouverait même l effectif d actifs le plus élevé en 2065.

93 L impact de l évolution des migrations et des niveaux d instruction sur le taux d emploi dans les trois régions de Belgique André LAMBERT ADRASS, Belgique 1. Introduction Le vieillissement démographique marque la société belge de son empreinte depuis trois décennies et ce processus va s accentuer dans les années à venir. Son impact sur la répartition par âge de la population totale et de celle d âge actif d une part, sur le volume de l emploi d autre part est cependant différent selon que l on étudie la Wallonie ou la Flandre. Les raisons en sont des différences de mortalité (plus élevée en Wallonie), de fécondité (moins basse en Wallonie) et de niveau d instruction (plus bas en Wallonie). Or on sait que le niveau d instruction est corrélé positivement au taux d emploi. On présentera d abord un aperçu des différences entre la Wallonie et la Flandre en matière de répartition de la population par âge et sexe, de participation à l emploi et de répartition du niveau d instruction. On réalisera ensuite quelques scénarios d évolution du taux d emploi et/ou du niveau d instruction et/ou de mouvements migratoires internationaux, et on observera l évolution démo-sociale à partir de deux indicateurs, le volume de l emploi et la charge sociale. L observation des modifications du volume de l emploi intéresse surtout les responsables économiques inquiets à l idée que la population active occupée puisse diminuer. La charge sociale (le rapport de tous les «dépendants» aux seuls actifs occupés) est un indicateur simple de l évolution de la protection sociale. Cet exercice prospectif est appliqué aux trois régions de Belgique. On gardera simplement à l esprit dans les domaines de la population, de l emploi et de l instruction, la région bruxelloise se comporte plutôt comme une grande métropole qu il vaudrait mieux comparer à Anvers ou Liège plutôt qu à des régions comme la Flandre ou la Wallonie. Dans les lignes qui suivent, on ne comparera donc pas la Région de Bruxelles-Capitale aux deux autres régions; les résultats de simulation seront cependant produits pour les trois régions. 2. Un vieillissement démographique différencié La figure 1 présente pour l année 2003 les pyramides des âges flamande et wallonne. On distingue nettement deux divergences : il existe un grand nombre de flamands autour de l âge de 40 ans ; ce sont les survivants du baby boom qui a été beaucoup plus prononcé en Flandre qu en Wallonie ; en dessous de l âge de 55 ans, la pyramide wallonne est quasi cylindrique tandis que la pyramide flamande ne cesse de s éroder certes de façon irrégulière depuis quatre décennies.

94 1246 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL FIGURE 1 : PYRAMIDES D ÂGE FLAMANDE ET WALLONNE En résumé, on observe une situation de plus grand vieillissement en Flandre. Si les tendances se poursuivent, les questions sociales (charge sociale, volume d emploi) se poseront donc avec beaucoup plus d acuité en Flandre qu en Wallonie. 3. Des régions différenciées sur le plan de l emploi La plupart des documents relatifs à l emploi comparent dans l espace et/ou le temps des taux d emploi globaux (généralement les actifs occupés de 15 à 64 ans sur l ensemble de la population de ces âges). En procédant de la sorte, on ne tient pas compte de la répartition par âge de la population active ou non à l intérieur de la tranche des ans : il se pourrait fort bien que deux populations qui ont toutes deux les mêmes taux d emploi par âge aient des taux d emploi globaux différents, simplement parce que l une est plus vieille que l autre et que les taux d emploi sont différenciés par âge. Un moyen simple de remédier à cet inconvénient et de pouvoir procéder en toute sécurité à des comparaisons spatiales ou temporelles est de calculer un indice synthétique d emploi, à l instar de ce que font les démographes avec l indice synthétique de fécondité, encore appelé «nombre moyen d enfants par femme». L indice synthétique d emploi est obtenu en additionnant les taux d emploi par âge ou par classes quinquennales d âge et en divisant le résultat obtenu par le nombre de taux. En procédant de la sorte, on «réduit» tous les effectifs par âge à une même constante (généralement 1000), ce qui permet d obtenir une mesure qui soit indépendante de la composition initiale par âge. Le tableau 1 propose les indices synthétiques calculés à partir des recensements belges depuis 1970, pour la Flandre et la Wallonie, en distinguant selon le sexe.

95 L IMPACT DE L ÉVOLUTION DES MIGRATIONS ET DES NIVEAUX D INSTRUCTION SUR LE TAUX D EMPLOI 1247 TABLEAU 1 : INDICES SYNTÉTIQUES D EMPLOI (SOMME DES TAUX PAR ÂGE ENTRE 15 ET 64 ANS, EN POUR1000) EN FLANDRE ET EN WALLONIE DE 1970 À 2001 (SOURCE INS, CALCULS ADRASS) Flandre Wallonie Hommes Femmes Total Hommes Femmes Total Cinq constatations peuvent être tirées : Les hommes travaillent de moins en moins, même entre 1991 et Les femmes travaillent de plus en plus. Les hommes flamands travaillent toujours plus que les hommes wallons. Jusqu en 1981, les femmes wallonnes travaillaient comme les femmes flamandes. Depuis, les flamandes surpassent les wallonnes. Au total, l intensité du travail est restée presque constante au cours des trois décennies passées en Flandre, tandis qu'elle a diminué de 7,5% en Wallonie. L écart Wallonie/Flandre, qui était de 4,3% en 1970 est monté à 14,1% en Des régions différenciées sur le plan de l instruction On a réparti la population par sexe et âge selon trois niveaux d instruction : Bas : sans diplôme plus élevé que celui des enseignements secondaires inférieurs. Moyen : le diplôme le plus élevé est celui d un enseignement secondaire supérieur. Haut : personne disposant d un diplôme de niveau supérieur ou universitaire. Au tableau 2, on compare les pourcentages de personnes de bas niveau d instruction en On observera incidemment que quelle que soit la région, les jeunes femmes possèdent un niveau d instruction supérieur à celui de leurs collègues masculins. TABLEAU 2 : PROPORTIONS DE PERSONNES DE BAS NIVEAU D INSTRUCTION EN WALLONIE ET EN FLANDRE EN 2001 (EN O / OO) Âges Hommes 2001 Femmes 2001 Wallonie Flandre Rapport W/F Wallonie Flandre Rapport W/F

96 1248 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL L avantage comparatif de la Flandre concerne tous les âges en dessous de 60 ans pour les hommes et de 55 ans pour les femmes. Quand on compare les rapports Wallonie/Flandre de 2001 avec ceux de 1991, on constate que l écart relatif s est creusé pour les deux sexes, au détriment de la Wallonie, sauf pour les ans (mais une grande partie de la population est encore scolarisée) et pour les ans où cet écart est resté constant. Or, un niveau d instruction élevé est plus qu une caractéristique désirable pour ellemême : elle entraîne une participation à l activité économique plus intense (tableau 3). TABLEAU 3 : CLASSEMENT DES RÉGIONS SELON L INDICE SYNTHÉTIQUE D EMPLOI AVEC DISTINCTION DU NIVEAU D INSTRUCTION ET DU SEXE EN 1991 ET 2001 (SOURCE INS-RECENSEMENTS, CALCULS ADRASS). Classement Indice Population Indice Population Flandre, Hommes, haut 706 Flandre, Hommes, haut Flandre, Hommes, moyen 672 Wallonie, Hommes, haut Wallonie, Hommes, haut 651 Flandre, Hommes, moyen Wallonie, Hommes, moyen 593 Flandre, Femmes, haut Flandre, Hommes, bas 588 Wallonie, Hommes, moyen Flandre, femmes, haut 564 Wallonie, Femmes, haut Wallonie, Hommes, bas 532 Flandre, Hommes, bas Wallonie, Femmes, haut 482 Flandre, Femmes, moyen Flandre, Femmes, moyen 442 Wallonie, Hommes, bas Wallonie, Femmes, moyen 423 Wallonie, Femmes, moyen Flandre, Femmes, bas 335 Flandre, Femmes, bas Wallonie, femmes, bas 255 Wallonie, Femmes, bas (Dans ce tableau, les indices synthétiques ont été calculés sur la population des ans) À niveau d instruction égal, on travaille donc moins en Wallonie qu'en Flandre. De plus, la Wallonie est caractérisée par une plus forte proportion de personnes de bas niveau d instruction, dont la propension au travail est plus faible. Enfin, l écart relatif par rapport à la Flandre sur le plan de l instruction s est aggravé entre 1991 et L outil de simulation de scénarios et les hypothèses démographiques L outil de simulation suit la méthodologie démographique des projections de population dite «des composants» dans une perspective systémique. Les composants de l outil sont les populations classées par sexe, âge, région et niveau d instruction. Chaque année, on applique à ces populations des probabilités ou des taux par sexe et âge dans les domaines de la mortalité, de la fécondité, des immigrations et des émigrations internes au pays ou de et vers l extérieur. Les individus qui ne migrent ni ne meurent se retrouvent l année suivante avec un an d âge en plus. Les probabilités ou taux peuvent varier dans le temps. Tous les scénarios produits ci-dessous sont basés sur la poursuite des niveaux actuels de fécondité et sur les tendances actuelles d'évolution de la mortalité. La fécondité, généralement exprimée en «nombre moyen d enfants par femme» n est jamais constante au cours du temps. En Belgique, elle se situe dans les limites de 1,5 à

97 L IMPACT DE L ÉVOLUTION DES MIGRATIONS ET DES NIVEAUX D INSTRUCTION SUR LE TAUX D EMPLOI ,0 enfants. Depuis une vingtaine d années, la Wallonie se caractérise par une fécondité légèrement plus élevée qu en Flandre, de l ordre de 0,1 ou 0,2 enfants en plus, et Bruxelles dépasse encore les scores wallons du même ordre de grandeur. Dans les scénarios présentés ci-dessous, la fécondité est déclarée constante aux niveaux estimés pour les huit premiers mois de 2004 : à Bruxelles, elle était estimée à 1,90 enfants, en Flandre à 1,62 enfant et en Wallonie à 1,74 enfant. La mortalité ne cesse de décliner depuis un siècle. On gagne environ un quart d année d espérance de vie tous les ans. Est-ce que cette tendance va se poursuivre? Va-t-on atteindre très prochainement une espérance de vie «limite»? La tendance va-t-elle perdurer durant plusieurs décennies? Ne peut-on pas craindre une dégradation du fait de troubles socioéconomiques ou politiques comme en Russie depuis la chute du communisme, ou encore à cause de la dégradation de l environnement physique? Dans l ignorance des réponses à ces questions, on a choisi l hypothèse de la poursuite de la croissance de l espérance de vie, à partir des niveaux atteints en 2004 pour les hommes et les femmes de chacune des trois régions. Ainsi, les espérances de vie de Wallonie passeront de 73,3 ans et 80,4 ans respectivement pour les hommes et les femmes en 2002 à 83,9 ans et 88,5 ans en Les mouvements migratoires constituent le troisième moteur de la dynamique démographique : lorsqu on réalise une approche tri-régionale, comme c est le cas ici, il est nécessaire de prendre en compte les volumes et les répartitions par âge des migrants. Il est aussi indispensable de considérer les entrées et les sorties et de distinguer les mouvements internes au pays des mouvements de et vers les autres pays. Les taux de migration internes sont supposés constants. En ce qui concerne les migrations internationales, on a choisi trois scénarios : on a d abord simulé un scénario absolument irréaliste, où l on supprime tout mouvement migratoire. Ce scénario est destiné à montrer en creux l impact des migrations sur la croissance démographique, et partant, sur l emploi ; soit les mouvements migratoires internationaux restent semblables à ce qu ils étaient durant la période , période finalement assez représentative des mouvements migratoires plus anciens. Dans ce cas, les soldes migratoires régionaux sont respectivement d environ personnes pour Bruxelles, pour la Flandre et pour la Wallonie ; soit les mouvements migratoires internationaux futurs ressembleront à ce qu ils ont été durant la période : dans ce cas, les soldes régionaux sont de à Bruxelles, de en Flandre et de en Wallonie. Ces soldes sont en partie la conséquence du processus de régularisation des «sans-papiers». Est-ce un événement particulier ou le début d un processus récurrent? Ces deux dernières hypothèses peuvent être qualifiées de «raisonnables» ou réalistes. 6. dynamiques de l emploi et de l instruction Dix scénarios ont été retenus. Dans les quatre premiers, on ne distingue pas la population selon le niveau d instruction. On applique aux différents effectifs (par région, sexe et âge) les taux d emploi qui les caractérisent en Les quatre scénarios se différencient uniquement selon le volume des migrations retenu : outre les trois hypothèses migratoires présentées au paragraphe 5, on a imaginé un scénario dans lequel les soldes migratoires sont encore trois fois plus élevés que dans l hypothèse de migrations fortes, basées sur l observation Grâce à ces quatre scénarios, on pourra mettre en évidence l impact des migrations sur l avenir de l emploi au sein des régions belges (scénarios 1, 2, 3 et 4).

98 1250 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL Dans les deux scénarios suivants, on applique progressivement les taux d emplois du Danemark (les plus élevés d'europe) par sexe et âge aux populations régionales belges. On a réalisé ces scénarios afin de savoir si une intensification de l emploi pourrait contrer les effets du vieillissement, et si oui, dans quelle mesure. Ici aussi, on a testé le «modèle danois» selon les deux hypothèses migratoires «raisonnables» (scénarios 5 et 6). Deux autres scénarios testent l impact de l instruction sur l emploi, dans les deux hypothèses migratoires «raisonnables», afin de mesurer l impact qu aurait éventuellement l accroissement progressif mais certain des niveaux d instruction régionaux (scénarios 7 et 8). Les deux derniers scénarios enfin fonctionnent aussi avec l hypothèse d emploi selon l instruction, dans le contexte de migrations modérées (observation ) : dans le premier, on aligne progressivement les niveaux d instruction wallons sur ceux en vigueur en Flandre ; dans le second, on imagine que la tendance des femmes à intensifier leur participation à l emploi perdurera jusqu au moment où l emploi féminin comptera pour 90% de l emploi masculin (scénarios 9 et 10). L emploi est uniquement analysé du côté de l offre de travail (ou demande d emploi). On analyse ici l éventail des potentialités sous les dix combinaisons d hypothèses en espérant que la demande de travail pourrait absorber l offre, la question étant ici de savoir si le vieillissement ne va pas aboutir à une contraction des postes de travail et/ou à des accroissements énormes de charges sociales. 7. Le contexte démographique : les populations vont-elles diminuer? Cette première question est contextuelle à la problématique de l emploi : on sait que le vieillissement sera inéluctable. On sait aussi que la fécondité n atteint nulle part en Belgique le niveau de deux enfants par femme, nécessaire au maintien de la population en l absence de migrations. La question est donc plus précisément celle-ci : les mouvements migratoires sont-ils suffisants pour contrer le déclin virtuel découlant d une fécondité en dessous de deux enfants? Le tableau 4 indique clairement que les populations des trois régions continueraient toutes à croître jusqu en 2025 si les niveaux de fécondité et de migrations modérées (calculées sur la période ) perduraient. À partir de cette date, la Flandre connaîtrait un léger déclin mais aurait encore en 2040 un volume de population supérieur à celui de Bruxelles et la Wallonie continueraient de croître jusqu en 2040! À titre documentaire, on a indiqué également les volumes de population sous trois autres scénarios migratoires, dont les deux derniers sont absolument irréalistes! TABLEAU 4 : VOLUME DES POPULATIONS RÉGIONALES DE 2002 À 2050 EN BELGIQUE SOUS LES HYPOTHÈSES DE POURSUITE DES TENDANCES DE LA MORTALITÉ ET DES NIVEAUX DE FÉCONDITÉ ET DE MIGRATIONS (SELON LES MOYENNES ). EN GRAS, L'EFFECTIF MAXIMAL ATTEINT (SOURCE INS, CALCULS ADRASS). Bruxelles Flandre Wallonie Belgique

99 L IMPACT DE L ÉVOLUTION DES MIGRATIONS ET DES NIVEAUX D INSTRUCTION SUR LE TAUX D EMPLOI migrations élevées migrations élevées triplées pas de migrations La figure 2 présente, pour le scénario développé au tableau 4, les pyramides d âge des effectifs absolus de Flandre (en noir) et de Wallonie (en filigrane). Le vieillissement flamand y est beaucoup plus prononcé que celui de Wallonie. FIGURE 2 : PYRAMIDES FLAMANDE ET WALLONNE (EN POINTILLÉ) EN 2050 A la figure 3, on compare les pyramides wallonnes de 2002 à celle de 2050 (en pointillé). Même si en 2050, la Wallonie est moins vieille que la Flandre, elle a malgré tout subi un vieillissement important. FIGURE 3 : LES PYRAMIDES DE WALLONIE EN 2002 ET 2050 (POINTILLÉS)

100 1252 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL 8. Panorama des 10 scénarios à l horizon 2050 L année 2050 n est pas une année fétiche, mais elle permet de caractériser simplement dans le long terme les formes que pourraient prendre notre environnement démo-social. Entre 2002, l année de départ des scénarios, et 2050, les évolutions ne sont certes pas linéaires mais elles épousent les transformations des effectifs et des structures par âge définis par les hypothèses démographiques retenues. Les tableaux 5 et 5 bis présentent les niveaux de la charge sociale en TABLEAU 5 : CHARGE SOCIALE EN 2050 SELON LES DIX SCÉNARIOS (EN O / OO ; CALCULS ADRASS) Scénario Bruxelles Flandre Wallonie En En 2050 : 1 Sans migrations et emploi indistinct Migrations modérées et emploi indistinct Migrations élevées et emploi indistinct Migrations très élevées et emploi indistinct Modèle danois et migrations modérées Modèle danois et migrations élevées Migrations modérées et emploi et instruction Migrations fortes et emploi et instruction Migrations modérées et emploi et instruction et alignement wallon Migrations modérées et emploi et instruction et alignement féminin à 90% Scénario TABLEAU 5 BIS : CHARGE SOCIALE EN 2050 SELON LES DIX SCÉNARIOS, RAPPORTÉE À LA SITUATION EN 2002 (CALCULS ADRASS) Bruxelles Flandre Wallonie En En 2050 : 1 Sans migrations et emploi indistinct Migrations modérées et emploi indistinct Migrations élevées et emploi indistinct Migrations très élevées et emploi indistinct Modèle danois et migrations modérées Modèle danois et migrations élevées Migrations modérées et emploi et instruction Migrations fortes et emploi et instruction Migrations modérées et emploi et instruction et alignement wallon Migrations modérées et emploi et instruction et alignement féminin à 90%

101 L IMPACT DE L ÉVOLUTION DES MIGRATIONS ET DES NIVEAUX D INSTRUCTION SUR LE TAUX D EMPLOI 1253 Scénario TABLEAU 6 : EFFECTIFS OCCUPÉS (EN MILLIERS) EN 2050 SELON LES DIX SCÉNARIOS (CALCULS ADRASS) Bruxelles Flandre Wallonie En En 2050 : 1 Sans migrations et emploi indistinct Migrations modérées et emploi indistinct Migrations élevées et emploi indistinct Migrations très élevées et emploi indistinct Modèle danois et migrations modérées Modèle danois et migrations élevées Migrations modérées et emploi et instruction Migrations fortes et emploi et instruction Migrations modérées et emploi et instruction et alignement wallon Migrations modérées et emploi et instruction et alignement féminin à 90% Scénario TABLEAU 6 BIS : ACTIFS OCCUPÉS EN 2050 RAPPORTÉS À LA SITUATION EN 2002, SELON LES DIX SCÉNARIOS (CALCULS ADRASS) Bruxelles Flandre Wallonie En En 2050 : 1 Sans migrations et emploi indistinct Migrations modérées et emploi indistinct Migrations élevées et emploi indistinct Migrations très élevées et emploi indistinct Modèle danois et migrations modérées Modèle danois et migrations élevées Migrations modérées et emploi et instruction Migrations fortes et emploi et instruction Migrations modérées et emploi et instruction et alignement wallon Migrations modérées et emploi et instruction et alignement féminin à 90% Les quatre premiers scénarios apportent les enseignements suivants : Quels que soient les niveaux des migrations (soldes nuls ou positifs), la charge sociale augmente : les migrations ne combattent donc pas vraiment le vieillissement démographique. Plus la migration est élevée (solde très positif), et moins vite la charge sociale augmente. Mais des soldes migratoires positifs élevés ne contribuent que faiblement au ralentissement de la hausse de la charge sociale. Les migrations ne sont donc pas un remède efficace au vieillissement, même si elles devenaient très élevées (scénario 4), la charge sociale

102 1254 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL augmenterait encore de 12% tandis que la population du pays serait multipliée par 2,4 ; cette perspective semble insoutenable à maints égards! Quelle que soit l hypothèse migratoire, la charge sociale flamande grandit significativement plus rapidement que celle de Wallonie, même si, en valeur absolue, elle demeure toujours inférieure à celle de Wallonie. Les scénarios 5 et 6 dans lesquels on applique progressivement les taux danois aux populations régionales, sont assurément efficaces. Par construction, les variations régionales face à l emploi ne dépendent plus en 2050 que de la structure d âge. Celle-ci étant un peu moins vieille en Wallonie, il est normal que les scores wallons soient un peu plus enviables que ceux de Flandre. On constate que : sous le modèle danois, seule la Wallonie parvient à maintenir son coefficient de charge dans des valeurs proches de celles observées actuellement ; le fait que le modèle danois se développe sous des hypothèses de migrations modérées ou fortes est quasi sans importance : c est une confirmation supplémentaire de l inefficacité relative des migrations dans la lutte contre le vieillissement ; L enseignement le plus important de ces deux scénarios «danois» est que même sous ces conditions, la situation flamande se détériorera jusqu à des niveaux légèrement plus mauvais que les niveaux wallons, du fait de son plus grand vieillissement. Autrement dit, la Flandre va prochainement connaître des modifications sociales beaucoup plu sensibles que la Wallonie, du fait du caractère plus prononcé de son vieillissement démographique. Les quatre derniers scénarios apportent d heureuses surprises. Certes, les charges sociales observées en 2050 sont plus élevées que celles produites par les scénarios danois, mais on sait que ceux-ci impliquent une modification substantielle des taux d emploi principalement après l âge de cinquante ans. On retient que : Si on accepte l hypothèse que le niveau de participation effective à l activité dépend du niveau d instruction, alors le développement de cette instruction au cours du temps, du simple fait de l arrivée sur le marché de l emploi de générations plus instruites qu avant, produit certes une élévation de la charge sociale mais cette hausse n atteint en Wallonie que 47% de la croissance attendue lorsqu on ne prend pas en compte la dynamique de l instruction. En Flandre, la hausse est cependant de 60%, ce qui confirme les différences de réactivité entre les deux grandes régions belges. Ici aussi, les migrations ne jouent qu un rôle secondaire. On note qu en Flandre, la liaison de l instruction à l emploi produit des effets comparables au scénario d application des taux danois. Il se pourrait que les taux d emploi danois soient élevés simplement parce que le niveau d instruction local y est considérablement plus élevé qu en Belgique, mais cette hypothèse n a pas été étudiée. L alignement progressif des niveaux d instruction wallons sur ceux de Flandre (scénario 9) réduisent la charge sociale à la valeur 2178 au lieu de 2315 lorsqu on projette dans le futur la réalité wallonne d aujourd hui. Cet écart est la mesure de la moins grande efficacité du système wallon de l instruction, décrit au paragraphe 4. Si par ailleurs on accepte la liaison de l instruction à l emploi et qu on fait en même temps l hypothèse que la tendance à la hausse de la participation des femmes à l activité continuera de se développer à l avenir, alors on observera en Wallonie une hausse de seulement 6,7% de la charge sociale à l horizon En Flandre, la hausse sera presque quatre fois plus importante (26,1%). On doit souligner que dans les dix scénarios, les tendances d évolution de la charge sociale en Flandre sont toujours considérablement plus élevées qu en Wallonie, conséquence du vieillissement démographique plus rapide de la Flandre. En valeurs absolues, la charge

103 L IMPACT DE L ÉVOLUTION DES MIGRATIONS ET DES NIVEAUX D INSTRUCTION SUR LE TAUX D EMPLOI 1255 sociale wallonne demeure cependant quelque peu supérieure à celle de Flandre, conséquence de la faiblesse du «couple emploi-instruction» dans le sud du pays. En 2002, le rapport entre les charges sociales wallonne et flamande était de 1,32. Compte tenu des évolutions contrastées des deux régions, il avoisinera 1,15 en 2050 dans les scénarios 1 à 4, 7 et 8. Il serait de 1,07 dans le scénario 9, de 1,11 dans le scénario 10 et de 0,95 en cas d adoption du modèle danois (scénarios 5 et 6). L observation des tendances des volumes de personnes actives occupées permet évidemment de tirer des conclusions analogues. On doit souligner que dans l éventail de scénarios produits (à l exception du scénario 4 dont l existence ne sert qu à montrer l inanité d une politique migratoire volontariste), la Flandre perd toujours des effectifs : au minimum 10,6% dans le scénario danois avec migrations élevées (scénario 10) et 34,7% dans le scénario 1 ; sous ce scénario, la Wallonie ne perd «que» 24,3% de ses effectifs. Il lui arrive même de limiter très fortement la contraction de son volume d actifs occupés, voire de l augmenter, lorsqu au choix on relie l instruction à l emploi, ou qu on aligne l instruction sur le modèle flamand ou qu on adopte des comportements danois. 9. Observations finales Des différences apparemment faibles en fécondité et en mortalité induisent à moyen et long terme des schémas de vieillissement contrastés. S il est impensable d augmenter la mortalité pour compenser le vieillissement, il n est peut-être pas insensé de tenter d obtenir une fécondité de l ordre de 1,8 à 2 enfants par femme. Cette option, qui amènerait un vieillissement soutenable semble imprononçable en Europe aujourd hui ; on se demande pourquoi! Dans tous les scénarios présentés ci-dessus, on n a jamais imaginé une participation à l activité après l âge de 65 ans. Seuls les scénarios 5 et 6 (modèle danois) obligent une élévation des taux d emploi entre les âges de 50 ans et 64 ans. Certes, dans les scénarios liant l instruction à l emploi, on arrive aussi à une élévation de l emploi dans cette tranche d âge mais elle est la simple traduction d un comportement observé aujourd hui et qui se généraliserait progressivement du fait que de plus en plus de personnes d instruction moyenne ou élevée occuperont l espace de travail et que ces populations ont «naturellement» des taux d emploi plus élevés, particulièrement au delà de l âge de 50 ans. Que l on cesse donc de laisser entendre que le travail professionnel devrait déborder l âge de 65 ans. On a vu qu il existe des possibilités de contrer les effets du vieillissement sans aboutir à ces extrémités. De même, on dit souvent que notre scolarisation, par sa durée, soustrait des effectifs au marché du travail. Mais les résultats présentés ci-dessus montrent bien que des objectifs ambitieux peuvent être atteints sans même remettre en question les processus de scolarisation en vigueur aujourd hui. Dans le passé, l ADRASS a montré que la variation de la durée de scolarisation n a que des effets réduits ET temporaires. Le plus grand vieillissement flamand se marque significativement dans les résultats des scénarios. C est la raison pour laquelle il serait utile de renouveler l intérêt pour des études dans le domaine démographique, y compris celles qui ne sont pas directement liées à des questions d emploi ou de sécurité sociale. On peut citer la place des personnes âgées dans la vie sociale, les tendances de la fécondité ou celles de la mortalité selon les sous-régions, ou encore les évolutions temporelles des probabilités de décès selon les âges, sans oublier l équilibre à conserver entre de hauts taux d emplois féminins (et masculins) et une fécondité satisfaisante. Certes, la démographie n est pas l unique variable déterminante dans l évolution de la vie sociale mais elle est un élément important, qui pourrait même devenir crucial dans le cas où la région adopterait les comportements démographiques observés dans des pays tels l Allemagne, l Espagne ou, à un degré plus contraignant encore, en Europe centrale et orientale.

104 1256 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL Enfin, l analyse des scénarios liant l emploi au niveau d instruction donne à penser qu il est toujours nécessaire de considérer les effets du facteur temps : ces scénarios montrent que le seul changement quasi automatique - de composition par niveau d instruction de la population peut modifier substantiellement les perspectives de vieillissement en les ramenant à des niveaux gérables. Cette liaison est une bonne illustration de l intérêt qu il y a à développer des perspectives interdisciplinaires dans une optique dynamique et systémique. Dans cette optique, le présent exercice pourrait sans doute être approfondi tout en évitant de créer un outil tellement compliqué qu il en devient ingérable et peu compréhensible par les utilisateurs.

105 Projections de la population active au Canada, Laurent MARTEL, Eric CARON MALENFANT Division de la démographie, Statistique Canada. Samuel VÉZINA Étudiant en démographie à l Université de Montréal. Au moment de la rédaction de cet article, l auteur travaillait à Statistique Canada. Alain BÉLANGER Institut National de Recherche Scientifique, Montréal, Canada. Au moment de la rédaction de cet article, l auteur travaillait à Statistique Canada. La faible fécondité et le vieillissement de la population, qui s accélérera dans les années à venir, posent de nombreux défis au Canada. L un des plus importants et des plus d actualité concerne la population active qui connaît déjà 1 et continuera de connaître de profonds et rapides changements dans les décennies à venir. Sous l effet du vieillissement de la génération des boomers, le nombre et la proportion de travailleurs âgés au sein de la main-d œuvre se sont fortement accru au cours des dernières années. Les boomers atteignent désormais l âge de la retraite et commencent à quitter plus massivement la population active. Par ailleurs, le nombre de jeunes entrants sur le marché du travail plafonne et pourrait diminuer dans l avenir en raison de la faible fécondité observée au cours des dernières décennies. À l opposé, les taux d activité continuent leur croissance au Canada. Cette hausse des taux d activité, chez les hommes, depuis une dizaine d années principalement au-delà de 50 ans et chez les femmes de tous les âges, pourrait compenser une partie des effets des changements démographiques à venir. Ces changements qui affectent et affecteront dans l avenir la population active pourraient avoir des effets significatifs sur le marché du travail, sur le potentiel de croissance de l économie canadienne, sur les revenus des gouvernements et sur certains programmes sociaux, notamment ceux financés au moyen de régimes dits par répartition. Dans ce contexte, il apparaît pertinent et utile de décrire et d analyser l évolution future possible de la population active au Canada ainsi que dans les provinces. Au moyen de projections de la main-d œuvre, cet article vise à répondre aux questions suivantes : une baisse de la population active canadienne dans les prochaines décennies est-elle inéluctable? Quel en serait l effet si la récente hausse des taux d activité se poursuivait comme on l observe actuellement chez les travailleurs âgés? Quel serait l effet d une immigration plus soutenue sur la population active canadienne? En répondant à ces questions, cet article contribuera à mieux cerner les leviers d action disponibles pour préparer la société canadienne aux changements démographiques à venir. Concepts et méthodes La population active est définie comme l ensemble des individus âgés de 15 ans et plus qui travaillent ou qui sont à la recherche d un emploi. Il s agit donc du bassin de travailleurs employés ou disponibles pour l emploi dans une population. Le taux global d activité de la 1 Sunter, D. «Démographie et marché du travail», L emploi et le revenu en perspective, no au catalogue, Printemps 2001, pp

106 1258 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL population correspond au pourcentage de la population âgée de 15 ans ou plus dans la population active. Cet indicateur résume l importance de la population active par rapport à la population totale de 15 ans et plus, laquelle inclus, en plus de la population active, les étudiants, les personnes retraitées, les personnes occupées à long terme par des obligations familiales et les autres personnes n étant pas à la recherche d un emploi. Les projections de la population active réalisées dans le cadre de cet article sont dérivées en appliquant aux résultats des plus récentes projections démographiques pour le Canada et les provinces 2 des taux d activité par âge, sexe et province. Quatre scénarios d évolution future de la population active Quatre scénarios de projections de la population active ont été élaborés dans le cadre du présent exercice (Tableau 1), scénarios qui combinent des hypothèses relatives à la croissance de la population et des hypothèses quant l évolution future des taux d activité selon l âge. TABLEAU 1 : SCÉNARIOS DE PROJECTION DE LA POPULATION ACTIVE CANADIENNE Croissance démographique (3 hypothèses) Taux d activité (2 hypothèses) 1 - Scénario de croissance faible Croissance faible Taux 2005 constants 2 - Scénario «situation récente» Croissance moyenne Taux 2005 constants 3 - Scénario «activité à la hausse» Croissance moyenne Taux à la hausse 4 - Scénario de croissance forte Croissance forte Taux à la hausse Trois hypothèses ont été retenues quant à la croissance future de la population. Elles correspondent aux scénarios de croissance faible, moyenne et forte des plus récentes projections démographiques. Le scénario de croissance moyenne repose sur des hypothèses reflétant en général le prolongement des tendances récentes observées dans chacune des trois composantes de la croissance de la population (fécondité, mortalité et immigration). Le scénario de croissance faible suppose une fécondité, des espérances de vie et un niveau d immigration plus faibles que le scénario de croissance moyenne alors que c est l inverse avec le scénario de croissance forte. Ces trois scénarios réunis offrent une fourchette raisonnable de possibilités quant à l évolution future de la population canadienne, reflétant l incertitude inhérente à tout exercice de projection. Le lecteur intéressé plus particulièrement à la composante démographique des présentes analyses est invité à se référer à l annexe 1 de cet article. Deux hypothèses concernant les taux d activité selon l âge ont été formulées. La première suppose des taux d activité constants à leur niveau observé en 2005 dans l avenir. La seconde suppose la poursuite des tendances haussières observées au cours des dix dernières années au moyen des données de l Enquête sur la population active. Le lecteur trouvera davantage de détails sur ces hypothèses à l annexe 2. La combinaison de trois hypothèses de croissance démographique et de deux pour les taux d activité permettait de formuler six scénarios d évolution future de la population active. Quatre ont été retenus. Le scénario 1, dit de «croissance faible», conjugue une croissance démographique faible et le maintien des taux d activité à leurs niveaux observés en 2005 dans l avenir. Le scénario 2 suppose lui aussi le maintien des taux d activité récemment observés au Canada, mais les combine à une croissance moyenne de la population plutôt que faible. En comparant les scénarios 1 et 2, il est possible d isoler l effet qu aurait un ralentissement de la 2 Statistique Canada. «Projections démographiques pour le Canada, les provinces et les territoires, », no au catalogue.

107 PROJECTIONS DE LA POPULATION ACTIVE AU CANADA, croissance démographique sur la population active, l évolution future des taux d activité étant la même dans les deux cas. Le scénario 3 marie, à la croissance moyenne de la population, la poursuite des tendances haussières des taux d activité telle qu observée depuis une dizaine d années chez les hommes surtout après 50 ans et chez les femmes à presque tous les âges. La comparaison des scénarios 2 et 3 permet de dégager l effet d une hausse de l activité sur l évolution future de la population active, la croissance démographique étant la même dans les deux cas. Enfin, le scénario dit de «croissance forte» suppose à la fois une croissance démographique forte et la poursuite des tendances haussières des taux d activité. En le comparant au scénario 3, il est possible de mesurer l effet que pourrait avoir une hausse de la fécondité et de l immigration sur la population active. Les scénarios de croissance faible et forte permettent également de limiter la fourchette de projection l incertitude inhérente tout exercice de projection. Résultats : Croissance des effectifs de la population active dans trois scénarios sur quatre La Figure 1 présente les effectifs observés ( ) et projetés ( ) de la population active du Canada. Dans trois des quatre scénarios, la croissance des effectifs de cette population devrait se poursuivre de manière ininterrompue jusqu en Selon le scénario 2, lequel prolonge la tendance récente, la population active compterait 19,4 millions de personnes en 2031, soit une hausse de 9,0% par rapport aux 17,8 millions de personnes qu elle comptait en Si les taux d activité continuaient d augmenter (scénario 3), les effectifs de la population active atteindraient 20,5 millions de personnes en 2031, soit 1,1 millions de plus que dans le scénario 2. Il s agirait, dans le cas du scénario 3, d une augmentation de 15,9% entre 2005 et Si on combinait à ces taux d activité une plus forte croissance de la population (scénario 4), la population active compterait 21,8 millions de personnes en 2031, une croissance de 22,9% par rapport à son niveau de FIGURE 1 : EFFECTIFS DE LA POPULATION ACTIVE AU CANADA SELON 4 SCÉNARIOS, Millions Faible croissance Situation récente Observé Activité à la hausse Forte croissance

108 1260 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL Seul le scénario 1 de faible croissance n entraîne pas de hausse continue d ici Selon ce scénario, les effectifs de la population active atteindraient un sommet de 18,6 millions de personnes en 2017 puis déclineraient légèrement par la suite pour atteindre 18,1 millions en Il est cependant intéressant de remarquer que ce nombre demeurerait supérieur à celui observé en 2005 (17,8 millions). Avec un taux d accroissement annuel moyen variant entre 0,1% (scénario 1) et 0,8% (scénario 4) entre 2005 et 2031, la croissance de la population active serait cependant inférieure au cours de la période de projection à celle observée de 1980 à 2005 (1,5%). Il s agit d une conséquence de l arrivée à l âge de la retraite des boomers. Par exemple, entre 2011 et 2015, les taux de croissance annuels de la population active chuteront d au moins 50% dans tous les scénarios. mais une baisse inéluctable du taux global d activité de la population canadienne Le taux global d activité, c est-à-dire ce que représente la population active en proportion de la population canadienne âgée de 15 ans et plus (Figure 2), permet de mieux cerner l ampleur des changements à venir. Le taux global d activité connaîtrait une importante baisse d ici 2031 selon tous les scénarios de projection. D environ 67% en 2005, le taux d activité passerait à environ 58% en 2031 dans l hypothèse du maintien des taux d activité à leur niveau récemment observés (scénarios 1 et 2). La baisse serait moins prononcée pour atteindre un niveau de 62% en 2031 si les taux d activité continuaient d augmenter comme c est le cas depuis une dizaine d années (scénarios 3 et 4). FIGURE 2 : TAUX GLOBAL D ACTIVITÉ AU CANADA SELON 4 SCÉNARIOS, % 68% 66% 64% 62% 60% 58% Observé Croissance faible 56% 54% Situation récente Activité à la hausse Croissance forte 52% Il est également intéressant de remarquer que selon les scénarios 1 et 2, le taux global d activité passerait sous le plus bas niveau observé depuis 1981 (64% en 1982) dès Cette échéance serait repoussée à environ 2025 dans le cas des scénarios 3 et 4, soit une décennie plus tard. Cette baisse inéluctable du taux global d activité résulte d abord d un phénomène d ordre démographique, le vieillissement de la population. Ce phénomène, qui découle de la faible fécondité depuis trois décennies et de l allongement constant de l espérance de vie, sera exacerbé dans les prochaines années par l arrivée à 65 de la génération des boomers. Il est à

109 PROJECTIONS DE LA POPULATION ACTIVE AU CANADA, prévoir que les départs à la retraite, notamment des boomers, seront nombreux et surpasseront le nombre de personnes entrant sur le marché du travail et ce, même si les taux d activité devaient poursuivre leur tendance à la hausse. L effet qu aurait la poursuite de la hausse des taux d activité n est cependant pas négligeable pour l avenir de la population active. Le contraste des scénarios 2 et 3, qui ne sont différents que par les hypothèses portant sur les taux d activité, montre que si la baisse du taux global d activité est inéluctable, cette baisse pourrait non seulement être atténuée, mais aussi retardée, si les taux d activité continuaient de croître dans les années à venir. Selon le scénario 3 en effet, la baisse ne débuterait qu en 2012 après avoir égalé un niveau historique à près de 68% ; deux Canadiens sur trois âgés de 15 ans et plus seraient alors sur le marché du travail à ce moment. Par la suite, le taux global d activité demeurerait supérieur d environ 4 points de pourcentage sur toute la période de projection à celui observé dans le scénario 2 et atteindrait un niveau proche de 62% en On pourra enfin remarquer que l évolution future du taux global d activité n est que marginalement affectée par les différents scénarios de croissance démographique, peu de différences étant observées entre les scénarios 1 et 2, ainsi qu entre les scénarios 3 et 4 qui ont des hypothèses communes quant aux taux d activité selon l âge mais différentes au niveau de la croissance démographique. Une reprise de la fécondité ou une augmentation des niveaux d immigration au Canada n auraient qu un effet très mineur sur le taux global d activité dans l avenir et ne saurait enrayer la tendance à la baisse. La démographie est donc la cause des évolutions à venir ; elle n est pas la solution, du moins à court et moyen termes. Sensiblement moins d actifs pour chaque retraité dans 25 ans Le nombre d actifs pour chaque personne retraitée est un indicateur utile notamment lorsqu il s agit de considérer la pression qui s exerce sur les programmes sociaux publics de retraite et de santé financés au moyen de régimes dits par répartition. Dans tous les scénarios, le nombre de travailleurs pour chaque personne inactive de 65 ans et plus chuterait de moitié entre 2005 à 2031, passant d environ cinq aujourd hui à peine plus de deux en 2031 (Figure 3). En 1981, ce rapport était supérieur à cinq travailleurs pour une personne âgée inactive. Ces résultats suggèrent également que ni une hausse de la fécondité, ni une hausse de l immigration, ni même la poursuite de la hausse des taux d activité ne permettraient de renverser la tendance à la baisse. Encore une fois, le passage de la vie active à la retraite des générations nombreuses du baby-boom et l arrivée d effectifs proportionnellement moins importants de jeunes expliquent en grande partie ce phénomène.

110 1262 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL FIGURE 3 : NOMBRE DE PERSONNES ACTIVES POUR CHAQUE PERSONNE ÂGÉE INACTIVE AU CANADA SELON 4 SCÉNARIOS, Faible croissance Situation récente Observé Activité à la hausse Forte croissance Une personne active sur cinq sera âgée de 55 ans ou plus d ici 15 ans Outre la diminution inéluctable du taux global d activité de la population canadienne, un autre défi se présente : le vieillissement de la population active. On peut mesurer ce phénomène en calculant le pourcentage que représentent les actifs âgés et donc proches de la retraite (55 ans et plus) au sein de la population active. Cet indicateur prévoit que la proportion de la population active qui sera âgée de 55 ans et plus atteindrait entre 18% et 20% en 2021, soit environ le double de ce qui pouvait être observé au milieu des années 1990 (Figure 4). Autrement dit, environ un actif sur cinq en 2021 sera âgé de 55 ans ou plus comparativement à environ un sur sept en FIGURE 4 : PROPORTION DE PERSONNES ACTIVES ÂGÉES DE 55 ANS OU PLUS AU SEIN DE LA POPULATION ACTIVE AU CANADA, % 20% Observé Croissance faible Situation récente Activité à la hausse Croissance forte 15% 10% 5% 0%

111 PROJECTIONS DE LA POPULATION ACTIVE AU CANADA, Le vieillissement de la population active serait un peu plus marqué selon les scénarios 3 et 4 qui poursuivent les tendances à la hausse des taux d activité par âge, particulièrement après 50 ans. Cela s explique du fait que ces scénarios maintiendraient plus longtemps en activité les travailleurs âgés. Baisse du taux global d activité dans toutes les provinces, mais à des intensités différentes Bien que la baisse du taux global d activité ainsi que le vieillissement de la population active s observerait dans toutes les provinces canadiennes, leur intensité varierait d une province à l autre sous l effet d une évolution différentielle de la croissance démographique et des taux d activité. Pour cette raison, les résultats à l échelle nationale ne peuvent être généralisés à toutes les provinces. Le Tableau 2, qui présente l effectif de la population active ainsi que le taux global d activité en 2005 et 2031 pour chacune des provinces, permet de cerner l ampleur des différences à l échelle provinciale. TABLEAU 2 : EFFECTIFS DE LA POPULATION ACTIVE ET TAUX GLOBAL D ACTIVITÉ PAR PROVINCE EN 2005 ET 2031 SELON QUATRE SCÉNARIOS Scénario 1 Scénario 1 Scénario 1 Scénario 4 Nombre Taux Nombre Taux Nombre Taux Nombre Taux Nombre Taux Terre-Neuve-et-Labrador 253, % 197, % 202, % 231, % 237, % Ïle-du-Prince-Édouard 77, % 72, % 75, % 77, % 79, % Nouvelle-Écosse 498, % 429, % 444, % 479, % 495, % Nouveau-Brunswick 398, % 332, % 341, % 370, % 380, % Québec 4,113, % 3,780, % 4,003, % 4,296, % 4,521, % Ontario 6,940, % 7,593, % 8,198, % 8,706, % 9,368, % Manitoba 647, % 646, % 688, % 721, % 763, % Saskatchewan 540, % 472, % 487, % 503, % 520, % Alberta 1,903, % 2,089, % 2,191, % 2,312, % 2,425, % Colombie-Britannique 2,322, % 2,504, % 2,697, % 2,759, % 2,953, % Canada 17,755, % 18,143, % 19,356, % 20,526, % 21,819, % Seules trois provinces l Ontario, l Alberta et la Colombie-Britannique verraient les effectifs de leur population active plus élevés en 2031 qu en 2005 et ce, selon tous les scénarios élaborés. Ces provinces sont aussi les seules à l heure actuelle à connaître une croissance démographique proche ou supérieure à la moyenne canadienne ou proche de celle-ci. À l opposé, trois des provinces atlantiques (Terre-Neuve-et-Labrabor, Nouvelle- Écosse et Nouveau-Brunswick) ainsi que la Saskatchewan présenteraient, en 2031, une population active moins nombreuse qu en 2005 selon tous les scénarios. Cette population serait tantôt à la baisse, tantôt à la hausse selon les scénarios à l Île-du-Prince-Édouard, au Québec et au Manitoba. Par contre, le taux global d activité diminuerait entre 2005 et 2031 dans toutes les provinces et selon tous les scénarios. C est à Terre-Neuve-et-Labrador avec les scénarios 1 et 2 que ce taux atteindrait, en 2031, son plus bas niveau à environ 45%, suggérant que plus d une personne âgée de 15 ans et plus sur deux serait alors inactive dans cette province. À l opposé, l Alberta connaîtrait, en 2031, un taux global d activité proche de celui observé au Canada en 2005 dans tous les scénarios. Conclusion Les projections de la population active réalisées pour cet article permettent d anticiper quelques tendances pour le futur. Le plus important est la baisse inéluctable du taux global d activité au Canada et dans toutes les provinces, une tendance également observée dans

112 1264 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL d autres pays industrialisés comme l Allemagne 3 ou les États-Unis 4. C est une conséquence projetée de la faible fécondité et du vieillissement de la population canadienne, vieillissement qui sera exacerbé dans les années à venir par l arrivée à l âge de la retraite des boomers. Une hausse de la fécondité ou de l immigration n aurait qu un effet marginal sur l évolution attendue du taux global d activité, du moins à court ou à moyen termes. Second constat, la poursuite de la hausse des taux d activité par âge permettrait de retarder de quelques années la baisse du taux global d activité. Et cette évolution procurerait au Canada une possibilité d exploiter une «fenêtre d opportunité» pendant encore quelques années. Il pourrait profiter d un taux global d activité atteignant un niveau historiquement élevé pour préparer la société canadienne à la baisse de la population active et au vieillissement démographique. Troisième constat, le vieillissement rapide de la population active continuera au moins jusqu au début des années 2020 d avoir des effets sur le marché du travail, constituant pour les employeurs canadiens un défi important quant à la gestion et au renouvellement de leur maind œuvre. L augmentation du nombre de travailleurs âgés pourrait également avoir des effets sur la productivité du travail. Quoi qu il en soit, nul doute que la baisse attendue dans l avenir de la population active aura de nombreuses implications sur l économie et la société canadienne. De nouveaux équilibres seront probablement à trouver afi n d assurer la pérennité des régimes de retraite et de santé actuels, la baisse de la population active ayant un effet non seulement sur le rapport de cotisants/prestataires mais aussi sur le volume des revenus fiscaux des gouvernements. Elle affectera également le potentiel de croissance de l économie canadienne puisqu il repose essentiellement sur deux facteurs : la part de la population au travail et la productivité. Cet article montre que la croissance économique dans l avenir reposera moins sur la démographie et davantage sur les gains en productivité, gains qui pourraient cependant venir atténuer les conséquences de l évolution plus lente, voire de la baisse de la population active. Les tendances de la population active devront faire l objet d une attention particulière si le Canada veut relever les défis d une société vieillissante tout en assurant sa prospérité économique. 3 Fuchs, Johann (2006). «Ageing Labor Force in Germany». 4 Toossi, Mitra (2005). «Labor Force Projections to 2014: Retiring Boomers», Monthly Labor Review, November, Vol. 128, no 11, pp

113 PROJECTIONS DE LA POPULATION ACTIVE AU CANADA, Annexe 1 : Les scénarios démographiques Les trois scénarios de croissance démographique qui ont été retenus sont tirés des dernières Projections démographiques pour le Canada, les provinces et les territoires, , publiés par Statistique Canada en Le tableau A.1 rappelle brièvement, pour le Canada seulement, les hypothèses de fécondité, de mortalité et d immigration de ces scénarios. TABLEAU A.1 : SCÉNARIOS DE CROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE RETENUS, EXEMPLE DU CANADA * Fécondité (nombre d enfants par femme) Mortalité (espérance de vie à la naissance) 1 - Scénario de croissance faible 1,3 enfants Hommes : 81,3 ans Femmes : 85,3 ans 3 - Scénario de croissance moyenne 1,5 enfants Hommes : 81,9 ans Femmes : 86,0 ans 6 - Scénario de croissance forte 1,7 enfants Hommes : 82,6 ans Femmes : 86,6 ans * : Ces hypothèses varient évidemment selon la province considérée. Immigration (taux) Population du Canada en ,5 pour mille 36,3 millions 7,0 pour mille 39,0 millions 8,5 pour mille 41,8 millions : Dans les scénarios de croissance faible, moyenne et forte, cela implique respectivement , et immigrants reçus en Source : Statistique Canada. Projections démographiques pour le Canada, les provinces et les territoires, , no au catalogue, 213 p. Bien qu ils engendrent des résultats différents quant à l évolution de l effectif de la population en âge de travailler au Canada, tous ces scénarios démographiques montrent que la proportion de la population totale que représente la population en âge de travailler diminuera au cours des vingt prochaines années, passant d environ 70% aujourd hui à environ 62% au tournant des années 2030 (Figure A.1). Le bassin de travailleurs potentiels se réduira donc dès 2011 sous l effet d une hausse rapide du nombre de sortants de cette population, les premiers boomers atteignant, cette année-là, l âge de 65 ans. C est que les boomers ne seront pas remplacés par des générations suffisamment nombreuses, héritage de trois décennies de faible fécondité au Canada. Les différents niveaux d immigration que supposent les scénarios retenus ne changent que peu les tendances à venir, illustrant bien qu une hausse de l immigration ne saurait empêcher la baisse de la population en âge de travailler. 5 L effectif futur de la population en âge de travailler dépend en grande partie de l évolution de la fécondité et de l immigration. Selon le scénario de croissance moyenne des projections, la population en âge de travailler atteindrait environ 24 millions d individus en 2011 puis fluctuerait peu par après, la sortie des baby-boomers de cette population étant compensée par une immigration suffisamment soutenue, voisine du niveau moyen au cours des dernières années. Le scénario de croissance faible suggère en revanche que la population d âge actif atteindrait un maximum de 23,7 millions d individus en 2017, puis déclinerait après sous l effet d une faible fécondité et immigration. Le scénario de croissance forte suggère enfin que la population d âge actif croîtrait sans interruption sur toute la période de projection, atteignant 25,8 millions d individus en 2031, conséquence de l hypothèse d un niveau d immigration plus fort que celui qui est actuellement observé.

114 1266 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL FIGURE A1 : POURCENTAGE QUE REPRÉSENTE AU SEIN DE LA POPULATION TOTALE LA POPULATION EN ÂGE DE TRAVAILLER (15-64 ANS) AU CANADA SELON 3 SCÉNARIOS, Observé Scénario croissance faible Scénario croissance moyenne Scénario croissance forte Toutes choses étant égales par ailleurs, notamment en ce qui a trait à l activité, la baisse importante au cours des vingt prochaines années de la proportion de la population totale que représente la population en âge de travailler aura un effet à la baisse sur le taux global d activité. Tous les scénarios de projection conduisent égale ment à la poursuite du vieillissement rapide de la population en âge de travailler, la proportion des individus âgés entre 55 et 64 ans passant de 16% en 2006 à 22% en 2021 (Figure A.2). À partir de ce moment, au moins un actif potentiel sur cinq sera âgé entre 55 et 64 ans au Canada. FIGURE A2 : POURCENTAGE DES ANS AU SEIN DE LA POPULATION EN ÂGE DE TRAVAILLER (15-64 ANS) AU CANADA, Observé Scénario croissance faible Scénario croissance moyenne Scénario croissance forte

115 PROJECTIONS DE LA POPULATION ACTIVE AU CANADA, Annexe 2 : Les hypothèses concernant les taux d activité Deux hypothèses quant à l évolution future des taux d activité ont été élaborées dans le cadre des présentes projections de la population active. La première hypothèse maintient constants sur toute la période de projection les taux d activité par âge, par sexe et par province observés en Cette hypothèse permet de projeter l évolution future de la population active si la situation récente quant à l activité persistera au cours des prochaines décennies. La deuxième hypothèse poursuit quelques années encore les tendances à la hausse observées depuis La projection des taux d activité se fait séparément pour les hommes et pour les femmes. Plus précisément, pour les hommes, les taux d activité par groupes d âge ont été projetés linéairement jusqu en 2011 à partir des tendances observées au cours de la dernière décennie. Cette période de référence ( ) a été choisie afin de tenir compte des récentes hausses de l activité des hommes âgés entre 15 et 24 ans ainsi que chez ceux de 50 ans et plus (Figure A.3). Les taux d activité atteints en 2011 sont par la suite maintenus constants sur le reste de la période de projection pour tenir compte du fait qu ils ne peuvent raisonnablement pas dépasser un certain niveau. FIGURE A3 : TAUX D ACTIVITÉ OBSERVÉS ( ) ET PROJETÉS ( ) DES HOMMES AU CANADA SELON LE GROUPE D ÂGE Chez les femmes, les taux d activité sont, pour la plupart des groupes d âge, en constante progression depuis les années 1970 (Figure A.4). Récemment, l activité des jeunes femmes âgées de moins de 30 ans est proche voire supérieure entre 15 et 19 ans à celle des hommes, suggérant que l allure de la courbe de l activité selon l âge des femmes pourrait dans un avenir proche être similaire à celle des hommes, bien qu à un niveau légèrement inférieur. On remarque par ailleurs une augmentation de l activité des femmes âgées de 50 ans et plus comme c est aussi le cas chez les hommes

116 1268 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL FIGURE A4 : TAUX D ACTIVITÉ OBSERVÉS ( ) ET PROJETÉS ( ) DES FEMMES AU CANADA SELON LE GROUPE D ÂGE Afin de tenir compte de l évolution différente des taux d activité féminins depuis trois décennies ainsi que du fait qu il est probable que l activité des femmes sur le marché du travail ressemble de plus en plus à celle des hommes dans l avenir, on a projeté des rapports, par groupe d âge et par province, des taux d activité féminin aux taux masculin. L évolution observée entre 1976 et 2005 de ces rapports a ensuite été extrapolée jusqu en La méthode d extrapolation de ces ratios par âge et par province diffère parfois d un groupe d âge à l autre pour que celle-ci s ajuste le mieux possible aux tendances observées depuis trois décennies. Les taux d activité projetés des femmes pour la période sont ensuite obtenus en multipliant ces rapports par les taux masculins précédemment projetés. À partir de 2021, les taux d activité féminins obtenus sont maintenus constants sur le reste de la période de projection. Le tableau A.2 compare les taux d activité projetés selon ces deux hypothèses à ceux projetés par l Actuaire en chef du Canada dans son 21 ème Rapport actuariel modifiant le rapport actuariel du Régime de Pensions du Canada. On constate que les taux d activité de l hypothèse «taux à la hausse» sont très proches, pour la plupart des groupes d âge, à ceux projetés par l Actuaire en chef du Canada. L activité projetée par ce dernier pour les groupes d âge et au-delà de 60 ans est légèrement inférieure, suggérant que l hypothèse «taux à la hausse» formulée dans la présente étude est une projection un peu plus favorable de l activité future au Canada.

117 PROJECTIONS DE LA POPULATION ACTIVE AU CANADA, TABLEAU A.2 : TAUX D ACTIVITÉ PROJETÉS EN 2031 PAR GROUPES D ÂGE ET SEXE SELON STATISTIQUE CANADA ET L ACTUAIRE EN CHEF DU CANADA Scénario 1 (taux constants) Scénario 2 (taux à la hausse) Actuaire en chef Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes ans 51,8 54,9 58,5 62,0 56,0 57, ans 79,8 76,1 82,1 78,3 83,0 79, ans 90,3 81,2 90,8 85,4 93,0 84, ans 93,1 81,5 94,2 87,0 94,0 85, ans 93,2 81,4 93,4 87,0 94,0 85, ans 92,6 83,1 93,3 88,6 94,0 86, ans 91,4 82,2 92,2 86,4 94,0 86, ans 88,0 77,1 89,8 84,2 91,0 80, ans 76,2 60,4 79,2 74,2 79,0 63, ans 53,9 35,0 60,4 47,7 56,0 36,0 65 ans et plus 12,1 5,0 13,1 5,6 n.d. n.d. : En Source : Statistique Canada, Division de la démographie et Actuaire en chef du Canada, 21 e Rapport actuariel modifiant le rapport actuariel du Régime de Pensions du Canada, p. 72.

118 1270 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL

119 L augmentation des taux d activité chez les travailleurs âgés du Québec : une solution à une éventuelle baisse de maind œuvre? Pierre-Olivier MÉNARD et Jacques LÉGARÉ Département de démographie - Université de Montréal Tout comme un grand nombre de pays industrialisés, le Québec connaîtra au cours des prochaines années un important vieillissement de sa population. La hausse de l espérance de vie et la baisse de la fécondité enregistrées depuis les dernières décennies, sont à la base de cette nouvelle dynamique. De plus, pour amplifier les effets négatifs de ce phénomène, le baby boom ( ) et le baby bust, qui le suivit, ont été plus importants que dans le reste des pays industrialisés (Légaré et Alix, 2004). Présentement, les 65 ans et plus représentent 14% de la population (Gauthier, 2004). Ce pourcentage devrait plus que doubler pour atteindre 30% aux environs de 2051 (Gauthier, 2004 et Légaré, 2003). Comme le montre le graphique 1, le ratio de dépendance démographique des personnes âgées 1 connaîtra une augmentation rapide entre 2010 et 2030, à un point tel, qu il atteindra 50% aux environs de La situation du Québec est peu enviable sur ce point : après avoir eu un ratio de dépendance démographique des personnes âgées parmi les plus faibles dans le monde industrialisé, le Québec aura l un des plus élevés au cours des années à venir. GRAPHIQUE 1 : RATIO DE DÉPENDANCE DÉMOGRAPHIQUE DES PERSONNES ÂGÉES (65+/15-64), AU QUÉBEC ET DANS DIFFÉRENTS PAYS INDUSTRALISÉS, * ROC (Rest of Canada) : Le Canada sans le Québec. Source : Calculs des auteurs à l aide des données des Nations-Unies, de Statistique Canada (recensements de 1951 à 1966) et des estimations de population ( ) extraitent sur la base de données CANSIM. 1 Le ratio de dépendance démographique des personnes âgées estime le rapport entre les retraités (les personnes âgées de 65 ans et plus) et les actifs (les personnes âgées de ans).

120 1272 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL Cette structure par âge vieillissante laisse présager de multiples difficultés pour le Québec. Le marché du travail sera possiblement l un des secteurs les plus affectés. En effet, d ici les prochaines années, un nombre croissant d individus prendront leur retraite créant ainsi un déficit important sur le marché de l emploi. De plus, en étant moins nombreuses, les nouvelles générations ne réussiront pas à remplacer les générations qui quitteront sous peu leur travail. Comme le montre le graphique 2, depuis déjà 35 ans, l indice de remplacement de la main-d œuvre est en baisse au Québec 2. Concrètement, dans les années , pour chaque sortant potentiel du marché du travail (55-64 ans), il y avait deux entrants potentiels (20-29 ans). En 2006, ce rapport ne sera plus que de 1 pour 1 et deviendra inférieur à 1 dès Cette nouvelle dynamique causera une diminution significative de la population active au cours des prochaines années. GRAPHIQUE 2 : INDICE DE REMPLACEMENT DE LA MAIN-D ŒUVRE, QUÉBEC, Source : Calculs des auteurs et Institut de la statistique du Québec (scénario de référence). Cette baisse de la population active sera non seulement provoquée par une structure par âge vieillissante, mais aussi par une sortie de plus en plus hâtive du marché du travail. Depuis 1976, les taux d activité des hommes de 50 ans et plus ont connu une importante diminution. Entre 1976 et 2005, le taux d activité des ans a diminué de 18,3 points de pourcentage, passant de 65,7% à 47,4% (Gauthier et al., 2006) Néanmoins, depuis 2001, une légère hausse est observable. Chez les femmes, le mouvement inverse s est produit. Depuis 1976, l activité des femmes a considérablement augmenté. Cette hausse reflète l entrée massive de ces dernières sur le marché du travail. Notons toutefois que les femmes se retirent du marché du travail encore plus rapidement que les hommes. Ces variations de l activité provoquent donc un avancement de l âge à la retraite, ou plus précisément du retrait du marché du travail. En effet, tel qu il est possible de le constater sur le graphique 3, en 1976, l âge moyen à la retraite oscillait aux environs de 65 ans. Depuis 1991, il est près de 61 ans. Ces départs hâtifs ont pour conséquence de provoquer une diminution des 2 L indice de remplacement de la main-d œuvre représente le ratio entre le nombre d entrants potentiels dans la population active (les ans) et le nombre de sortants potentiels (les ans). Pour les années 2006 à 2051, l indice de remplacement de la main-d œuvre est calculé à partir du scénario de référence des projections de population de l Institut de la statistique du Québec (ISQ).

121 L AUGMENTATION DES TAUX D ACTIVITÉ CHEZ LES TRAVAILLEURS ÂGÉS DU QUÉBEC 1273 taux d activité des 50 ans et plus, lesquels sont plus faibles que ceux enregistrés dans le reste du Canada (ROC) (voir le graphique 4). Bien que le départ à la retraite peut représenter pour certains un moment heureux -pour d autres beaucoup moins-, cette nouvelle tendance n a rien d encourageant pour les dirigeants politiques. GRAPHIQUE 3 : ÂGE MOYEN À LA RETRAITE, QUÉBEC, 1976 À 2004 Source : ISQ Annuaire québécois des statistiques du travail. Portrait historique des conditions et de la dynamique du travail. Vol 1 (2). GRAPHIQUE 4 : TAUX D'ACTIVITÉ PAR ÂGE AU QUÉBEC ET DANS LE RESTE DU CANADA (ROC), 2004 Source : Calculs des auteurs et Statistique Canada, Enquête sur la population active.

122 1274 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL En effet, au niveau social, cette baisse appréhendée du nombre de travailleurs laisse présager le pire. Les programmes sociaux québécois reposent, dans la majorité des cas, sur le principe de la répartition (PAYG-PAY AS YOU GO). Ce sont donc les travailleurs actuels, qui paient pour les inactifs d aujourd hui. Il est donc difficile d imaginer qu un tel système puisse supporter simultanément une baisse de son nombre d actifs et une hausse du nombre d inactifs. Sur papier, il existe des solutions. Une hausse des taux d activité des travailleurs âgés pourrait bien constituer une approche concrète pour limiter cette baisse appréhendée de la population active. Étant donné l important bassin de travailleurs que constitueront les baby boomers, une augmentation des taux d activité des travailleurs âgés pourrait bien avoir un impact considérable sur la population active du Québec. C est précisément sur cette approche que portera la présente étude. Ainsi, pour la période 2005 à 2051, nous évaluerons l impact d une hausse des taux d activité chez les travailleurs âgés dans le contexte québécois. Plus précisément, nous ferons augmenter les taux d activité de ce groupe d individus selon trois simulations. Il est toutefois important de souligner que nous simulerons uniquement l offre de travail. Par le fait même, tous les aspects entourant la demande de travail future ne seront pas pris en compte. Il serait alors inapproprié de parler de pénurie de main-d œuvre. Concepts, méthode et sources de données : La présente section résumera les principales étapes de la méthode et les sources de données qui seront employées dans cette étude. Cependant, avant de commencer à simuler une quelconque augmentation des taux d activité des travailleurs âgés, il importe de définir clairement les concepts qui seront employés dans ce texte. Définition des concepts Le tout premier concept à expliquer est sans aucun doute celui de la population active. Selon le Guide de l Enquête sur la population active de Statistique Canada (2005), la population active est constituée de la «population civile de 15 ans et plus (à l exclusion des pensionnaires d établissements) ( )» (Statistique Canada, 2005). Une personne est donc «dite active si elle a un emploi ou si elle recherche activement un emploi (personne en chômage). Une personne est dite inactive dans les autres cas» (Régie des rentes du Québec (RRQ), 2004). À titre d exemple, une personne retraitée est considérée comme inactive. Le taux d activité est donc le rapport entre les actifs et l ensemble de la population. Ce rapport peut être calculé par âge ou pour la population totale. Le deuxième concept à expliquer est celui de «travailleurs âgés». Tout au long de cette étude, cette expression désignera les travailleurs âgés de 50 à 70 ans. Cette division peut sembler arbitraire. Cependant, étant donné le continuel avancement de l âge moyen à la retraite, l âge de 50 ans nous semblait un point de départ acceptable. De plus, étant donné que les taux d activité sont assez faibles au-delà de l âge de 70 ans, nous considérons donc cet âge comme la borne supérieure. Sources de données : Deux principales sources de données seront utilisées pour la réalisation de cette étude : les projections des taux d activité et les projections de population. Chacune d entre elles sera maintenant brièvement présentée. Projection des taux d activité de la Régie des rentes du Québec (RRQ) de 2005 à 2055 : À titre de régime public, l un des principaux objectifs de la RRQ est de fournir une couverture financière de base aux travailleurs lors de leur retraite. Pour assurer la viabilité du

123 L AUGMENTATION DES TAUX D ACTIVITÉ CHEZ LES TRAVAILLEURS ÂGÉS DU QUÉBEC 1275 système pour les années à venir, cet organisme doit impérativement connaître le nombre de cotisants pour les années futures. En effet, bien que cet organisme dispose d une réserve lui assurant une certaine stabilité face à une quelconque augmentation du nombre de bénéficiaires, le financement de ce dernier repose en grande partie sur le principe de la répartition. L une des méthodes utilisées pour parvenir à connaître le nombre de participants au Régime est de projeter les taux d activité. Cette projection est faite par âge et par sexe sur une période de 50 ans (2005 à 2055). Évidemment, à l aide de modèles statistiques, nous aurions pu créer de telles projections. Toutefois, nous voulons que notre analyse emploie des chiffres officiels du Gouvernement du Québec. C est pourquoi nous avons opté pour les données de la RRQ. Dans l ensemble, ces dernières proposent une diminution du taux d activité global (des 15 ans et plus), et ce, tant chez les hommes, que chez les femmes. Cependant, chez les ans, la RRQ prévoit une hausse plus ou moins forte selon les groupes d âges. Cette augmentation devrait être observable chez les deux sexes. Projection de population de 2001 à 2051 Pour pouvoir appliquer les projections de taux d activité présentées à la section précédente, il faut connaître la taille de la population pour ces mêmes années. La deuxième source de données qui sera utilisée dans cette étude sera les perspectives de population de l Institut de la statistique du Québec (ISQ). Globalement, l ISQ propose trois scénarios : le D (faible), le A (référence) et le E (fort). Étant donné les objectifs de notre étude, notre choix s est arrêté sur le scénario de référence (A). En effet, celui-ci calcule la taille de la population dans l éventualité où l évolution démographique des dernières décennies se poursuivrait. Pour la période de 2001 à 2051, cette projection suppose un indice synthétique de fécondité au niveau de 1,5, un solde migratoire total positif de personnes et une espérance de vie pour les femmes passant de 85,7 ans en 2025 à 88,6 ans en 2050 et chez les hommes de 80,9 ans en 2025 à 85,5 ans en Ce scénario propose alors une projection de population reflétant les comportements démographiques actuels. Celui-ci répond donc parfaitement aux besoins de notre analyse. Cette étude veut mettre l emphase sur une augmentation des taux d activité pour faire croître la population active et non sur une quelconque variation de la fécondité et/ou de l immigration tel que proposé dans les autres scénarios. Bien que le scénario choisi ait un caractère conservateur, les hypothèses de ce dernier laissent quand même croire qu il y aura d importants bouleversements démographiques dans le Québec de demain. La fécondité des couples québécois oscille depuis 25 ans aux environs de 1,5 enfant par femme. L hypothèse de fécondité reflète donc une évolution similaire. Ainsi, naissances devraient être enregistrées annuellement jusqu en 2018 (ISQ, 2004). Par la suite, ce nombre diminuera jusqu au niveau de (2035). De plus, c est sur la base de l évolution des trente dernières années que l ISQ propose ses hypothèses de mortalité. Selon celles-ci, le nombre annuel de décès devrait passer de (2001) à environ (2040). Le Québec peut donc s attendre à connaître un important déséquilibre de son accroissement naturel (le nombre de naissances moins le nombre de décès). Selon le scénario de référence, le nombre de décès sera plus grand que celui des naissances aux environs de Finalement, la migration devrait retarder le début de la baisse de la population québécoise. Résultats : Deux types de résultats seront principalement présentés ici. La projection de la population active et les résultats des différentes simulations visant à maintenir celle-ci. En ce qui concerne

124 1276 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL les scénarios particuliers, en plus des résultats, nous exposerons brièvement la méthode utilisée pour arriver à nos fins. Projection de la population active Plusieurs méthodes permettent d effectuer une projection de la population active. La plus simple d entre elles consiste à «combiner, pour chaque catégorie de sexe et d âge, une projection de population et une projection de taux d activité» (INSEE, 2004). Vu la qualité et l accessibilité des données dont nous disposons, la présente analyse s appuiera sur cette approche. Dans le cas présent, cette projection s étendra sur une période de 46 ans comprise entre 2005 et GRAPHIQUE 5 : POPULATION ACTIVE OBSERVÉE ( ) ET PROJETÉE ( ) À L'AIDE DES PROJECTIONS DE TAUX D'ACTIVITÉ DE LA RRQ ET DU SCÉNARIO DE RÉFÉRENCE (A) DES PERSPECTIVES DE POPULATION DE L'ISQ, QUÉBEC, Source : Calculs des auteurs à l aide des projections de population de l ISQ et des projections de taux d activité de la RRQ. Comme on peut le voir sur le graphique 5, la population active du Québec diminuera de manière importante au cours des prochaines années. Selon ces estimations, elle sera croissante jusqu en Par la suite, elle commencera une lente diminution, qui se poursuivra jusqu en De 2011 à 2051, la population active du Québec devrait perdre au total personnes, soit une diminution de 15,7%. La population active retrouverait alors la taille qu elle avait en Par rapport à 2004, qui était la dernière année connue au moment de l étude, il s agit d une perte de personnes, soit une baisse de 13,3 %. Scénario 1 : Quels devraient être les taux d activité nécessaires chez les travailleurs âgés pour maintenir la population active québécoise au niveau de 2004? Sans constituer une alternative possible, il est tout de même important de mesurer quels devraient être les taux d activité nécessaires, chez les ans pour éviter une baisse de la population active. La toute première étape à effectuer avant d en arriver à la simulation, est l évaluation de la diminution à venir. Pour y arriver, nous avons établi que l année de référence sera Ce choix est notamment dû au fait que celle-ci est la dernière année connue, mais aussi parce

125 L AUGMENTATION DES TAUX D ACTIVITÉ CHEZ LES TRAVAILLEURS ÂGÉS DU QUÉBEC 1277 qu elle représente une année record au Québec. C est en effet en 2004, que l activité des Québécois a été la plus élevée (65,9 % pour l ensemble de la population). Pour évaluer le déficit, il faut soustraire la taille de la population active totale d une année future, à la taille de la population active de Cette approche nous montre que de 2020 à 2051, la taille de la population active sera inférieure à celle de Il en résulte donc d un déficit «d actifs» entre ces années. Après avoir évalué celui-ci, il suffit de répartir ce dernier proportionnellement à la taille qu occupe chacun des groupes d âges quinquennaux (50-54, 55-59, et 65-69) dans l ensemble des travailleurs âgés. Finalement, il est possible de calculer le taux d activité nécessaire dans chacun des groupes d âges pour en arriver au maintien de la population active. Le tableau 1 montre les résultats issus de cette approche. Concrètement, pour maintenir la population active du Québec au niveau de 2004, il faudrait que le taux d activité global des travailleurs âgés passe de 55 % en 2006 à 88 % en Bref une hausse de 33 points de pourcentage sur une période de 45 ans. Plus précisément, chez les ans, dès 2035 le taux d activité de ce groupe d âges devrait dépasser la limite physiquement possible de 100 %. Ce phénomène est aussi observable chez les ans. Elle se manifeste cependant 10 ans plus tard, soit en TABLEAU 1 : TAUX D ACTIVITÉ NÉCESSAIRES CHEZ LES ANS POUR MAINTENIR LA POPULATION ACTIVE DU QUÉBEC AU NIVEAU DE ans ans ans ans ans ,0 74,3 46,5 11,7 55, ,3 82,3 55,4 17,6 60, ,3 89,9 64,1 23,2 67, ,5 95,2 69,7 28,1 74, ,5 99,3 74,2 31,9 78, ,8 103,8 79,0 36,0 82, ,6 109,7 85,2 41,5 87,7 Source : Calculs des auteurs à l aide des perspectives de populations de l ISQ et des projections de taux d activité de la RRQ. Bien qu irréalistes ces premiers résultats montrent bien à quel point la baisse de la population active du Québec sera importante et combien il sera difficile de la freiner. Il est donc nécessaire d évaluer l impact d alternatives plus réalistes. Scénario 2 : Le Québec et l OCDE : quel serait l impact d appliquer les taux d activité des travailleurs âgés de certains pays de l OCDE aux travailleurs âgés du Québec? Bien que la réalisation de ce scénario n apparaisse pas très complexe, son exécution requiert tout de même quelques précisions. Le tout premier point à mentionner concerne le choix des pays auxquels le Québec est comparé. Nous avons choisi de limiter la comparaison aux pays de l OCDE. Les pays membres de cette organisation doivent respecter un certain nombre de critères d adhésion, les rendant ainsi jusqu à un certain point semblables. Nous nous assurons ainsi que le Québec soit comparé à des États qui lui sont similaires. Ce groupe n est toutefois pas homogène. Certains d entre eux ont des taux d activité beaucoup plus élevés que d autres, le Québec y occupant une position intermédiaire. C est

126 1278 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL pourquoi, nous avons choisi de déterminer les «exemples à suivre» et les «mauvais exemples» 3. Le tableau 2 résume la classification des pays. TABLEAU 2 : LISTE DES PAYS DE L OCDE QUI SONT CLASSÉS COMME «MAUVAIS EXEMPLES» ET «EXEMPLES À SUIVRE», 2004 «Mauvais exemples» «Exemples à suivre» Autriche Pays-Bas Allemagne Mexique Belgique Pologne Australie Norvège Espagne Slovaquie Canada 4 Nouvelle-Zélande France Turquie Corée OCDE Grèce Danemark Portugal Hongrie Finlande République Tchèque Irlande Grande-Bretagne Suède Italie Islande USA Luxembourg Japon Source : OCDE, Base de données sur la population active. À l aide de ce classement, nous appliquerons les taux d activité observés chez les travailleurs âgés (50-69 ans) en 2004, à la population projetée du Québec au même âge. Plus précisément, les taux d activité des travailleurs âgés augmenteront linéairement sur une période de 40 ans. Pour les autres groupes d âges, les ans, nous avons fait varier leurs taux d activité selon les projections de la RRQ présentées plus haut. Le tableau 3 présente les principaux résultats obtenus. Dans l ensemble, aucun des niveaux d activité des travailleurs âgés des pays sélectionnés ne pourrait freiner complètement la baisse de la population active du Québec. Néanmoins, dans certains cas, la baisse est moins importante que dans d autres. TABLEAU 3 : TAILLE TOTALE DE LA POPULATION ACTIVE DU QUÉBEC, SEXES RÉUNIS, SELON UNE AUGMENTATION DES TAUX D ACTIVITÉ DES TRAVAILLEURS ÂGÉS (50-69 ANS) VERS CEUX D AUTRES PAYS INDUSTRIALISÉS (SUR UNE PÉRIODE DE 40 ANS) ET UNE VARIATION DES TAUX D ACTIVITÉ DES ANS FIDÈLE AUX PROJECTIONS DE LA RRQ, Pays de l'ocde Taille totale de la population active Baisse en % par rapport à ( ) Allemagne ,7 Australie ,4 Canada ,6 Corée ,9 Danemark ,4 Finlande ,9 Grande-Bretagne ,1 Islande ,3 Japon ,4 3 Un pays est classé comme un «exemple à suivre» si les taux d activité, en 2004, de deux des quatre groupes d âges constituant les travailleurs âgés (50-54, 55-59, et 65-69), pour les deux sexes réunis, sont plus élevés que ceux du Québec en Dans le cas présent, le Canada inclus le Québec.

127 L AUGMENTATION DES TAUX D ACTIVITÉ CHEZ LES TRAVAILLEURS ÂGÉS DU QUÉBEC 1279 Mexique ,5 Norvège ,1 Nouvelle-Zélande ,8 OCDE ,8 Portugal ,6 République Tchèque ,3 Suède ,0 USA ,5 Source : Calculs des auteurs à partir de la base de données sur la population active de l OCDE et de perspectives de population de l ISQ. Les résultats sont assez variés. Dans l ordre, c est l Islande (-6,3 %), le Japon (-13,4 %), la Nouvelle-Zélande (-13,8 %) et la Suède (-14,0 %), qui donnent les meilleurs résultats. Pour ce qui est du Japon et de la Suède, ces résultats ne sont pas tellement surprenants. Ces pays sont en effet reconnus pour avoir des niveaux d activité élevés, après l âge de 50 ans, en comparaison avec les autres pays industrialisés (Guillemard, 2006). Notons ici qu il est possible de s interroger sur les résultats obtenus avec les taux d activité de l Islande. Sans vouloir mettre en doute les données de l OCDE, il faut se souvenir que l Islande a une population totalisant approximativement personnes en 2005 (PRB, 2006). Il serait donc possible de voir ici un effet de petits nombres. D autres résultats sont aussi intéressants. Comme on peut l observer dans le tableau 3, le Québec aurait aussi avantage à prendre exemple sur la Norvège ou sur la Corée. En rejoignant les taux d activité de ces deux pays, la population active du Québec diminuerait respectivement de 14,1 % et de 14,9 %. Il est toutefois à noter qu en comparaison avec les projections de la RRQ, à l exception de l Islande, les taux d activité d aucun pays ne sont assez élevés pour faire augmenter la population active au dessus de la projection que nous avons faite précédemment. Selon cette dernière, entre 2004 et 2051, la population active devrait diminuer de 13,3 %. Il est aussi possible de faire le raisonnement inverse : quelle serait la taille de la population active du Québec si les taux d activité des travailleurs âgés variaient vers ceux de pays où les taux d activité sont plus faibles que ceux du Québec. Comme il est possible de le voir dans le tableau 4, le Québec n a pas du tout avantage à prendre exemple sur ces pays. Dans l alternative où les travailleurs âgés auraient une activité semblable à celle de ceux de la Belgique, la population active diminuerait de 27,3 % en 46 ans, soit une perte d un peu plus d un million de travailleurs. TABLEAU 4 : TAILLE TOTALE DE LA POPULATION ACTIVE DU QUÉBEC, SEXES RÉUNIS, SELON UNE AUGMENTATION DES TAUX D ACTIVITÉ DES TRAVAILLEURS ÂGÉS (50-69 ANS) VERS CEUX D AUTRES PAYS INDUSTRIALISÉS (SUR UNE PÉRIODE DE 40 ANS) ET UNE VARIATION DES TAUX D ACTIVITÉ DES ANS FIDÈLE AUX PROJECTIONS DE LA RRQ, Pays de l'ocde Taille totale de la population active Baisse en % par rapport à 2004 ( ) Belgique ,3 Italie ,3 Turquie ,4 Pologne ,4

128 1280 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL Source : Calculs des auteurs à partir de la base de données sur la population active de l OCDE et de perspectives de population de l ISQ. Finalement, ce scénario ne serait pas complet sans que nous comparions les résultats obtenus à une augmentation de l activité dans l ensemble des groupes d âges. En reprenant les taux d activité de l Alberta, qui est la championne des provinces canadiennes en matière d activité, la population active du Québec diminuerait tout de même de 13,1 % par rapport à Notons toutefois que ces résultats impliquent une diminution moins importante de la population active que ceux issus de la projection faite à l aide des taux de la RRQ. Scénario 3 : Quel serait l impact d une augmentation des taux d activité des femmes vers ceux des hommes? Une autre solution envisageable serait l augmentation des taux d activité des femmes par rapport à ceux des hommes. Bien que ceux-ci aient beaucoup augmenté au cours des dernières années, ils ne rejoignent pas encore ceux des hommes. Cette différence est particulièrement importante chez les femmes âges de 50 ans et plus. Comme le montre le tableau 5, à ces âges, les écarts sont marqués. De plus, avec une mortalité favorable, c est dernières vivent plus longtemps que les hommes et une hausse de leurs taux d activité pourrait bien avoir des effets significatifs. TABLEAU 5 : DIFFÉRENCE EN POINTS DE POURCENTAGE ENTRE LES TAUX D ACTIVITÉ DES HOMMES ET DES FEMMES AU QUÉBEC, à 54 ans 11,2 6,5 4,5 4,5 55 à 59 ans 21,5 9,8 3,7 4,2 60 à 64 ans 20,7 15,6 6,0 3,5 65 à 69 ans 9,4 7,6 4,5 3,0 70 ans et plus 3,7 2,8 1,5 0,9 Source : Calculs des auteurs à l aide des projections des taux d activité de la RRQ. Pour cette simulation, nous nous proposons de faire augmenter les taux d activité de ces dernières vers ceux des hommes. Toutefois, étant donné que depuis des décennies, les taux d activité des femmes sont inférieurs à ceux des hommes, nous supposerons quatre types d augmentation. Dans le premier cas, les femmes auraient dès 2005 les mêmes taux d activité que ceux des hommes. Cette simulation servira de référence par rapport aux autres. Dans les trois autres alternatives, les taux d activité de ces dernières représenteraient 90 %, 80 % et 70 % de la différence entre les taux des hommes et ceux des femmes. Par exemple, en 2015, à ans, les hommes ont un taux d activité de 80 %, tandis que les femmes en ont un de 60 %, il y a donc une différence entre les sexes de 20 points de pourcentage. Pour cette année, dans ce groupe d âges, le taux des femmes augmenterait jusqu à 78 % dans le cas de la simulation à 90 % et à 76 % dans le cas de la simulation à 80 %. Ces trois dernières projections représentent donc un plus grand réalisme. Certaines études soulignent en effet que malgré les augmentations importantes des dernières années, la conjoncture sociale et économique ne favorisera pas d autres montées importantes du taux d activité des femmes (RHDCC, 2000). Pour ce qui est des taux d activité des ans, ils varieront selon les projections de la RRQ. 5 Les données présentées dans ce tableau s interprètent comme suit : en 2005 chez les ans les femmes avaient des taux d activité 14% inférieur à celui des hommes.

129 L AUGMENTATION DES TAUX D ACTIVITÉ CHEZ LES TRAVAILLEURS ÂGÉS DU QUÉBEC 1281 GRAPHIQUE 6 : POPULATION ACTIVE OBSERVÉE ( ) ET PROJETÉE ( ), SELON DIFFÉRENTES AUGMENTATIONS DES TAUX D'ACTIVITÉ DES FEMMES, QUÉBEC, Source : Calculs des auteurs à l aide des projections de taux d activité de la RRQ et des perspectives de population de l ISQ. Comme le montre le graphique 6, dans l éventualité où les taux d activité des femmes augmenteraient jusqu au niveau de ceux des hommes (100%), et ce, dès 2005, la population active diminuerait tout de même de 12,2 % (entre 2004 et 2051). Cette baisse serait encore plus prononcée dans le cas où les taux des femmes égaleraient 90 %, 80 % et 70 % de la différence entre les sexes. Respectivement, la population active chuterait de 12,3 %, 12,4 % et de 12,5 % (toujours entre 2004 et 2051). Ces résultats montrent une fois de plus, qu une augmentation du taux d activité des travailleurs âgés ne suffira pas à freiner complètement la baisse de la population active. Toutefois, dans l ensemble des cas, les résultats obtenus ici montrent une baisse de la population active moins importante que dans la projection faite avec les taux de la RRQ. Cette dernière prévoit qu entre 2004 et 2051, la population active du Québec devrait diminuer de 13,3 %. Conclusion Les résultats obtenus ne permettent pas de conclure qu une hausse de l activité des travailleurs âgés pourrait avoir un impact significatif sur la taille de la population active du Québec. Comme montré dans la première simulation, pour que les travailleurs âgés supportent à eux seuls la baisse de la population active, il leur faudrait des taux d activité irréalisables. Cependant, tel que vu dans le deuxième scénario, le Québec devrait tout de même s inspirer de certains pays de l OCDE (l Islande, du Japon, de la Nouvelle-Zélande et de la Suède). Dans ces pays, les personnes âgées de 50 ans et plus ont non seulement des taux d activité élevés, mais ils les ont depuis longtemps. Tout porte à croire que les programmes et les politiques de ces pays favorisent le maintient sur le marché du travail des personnes approchant l âge de la retraite. En ce qui concerne les femmes, une hausse de leurs taux d activité pourrait avoir un impact considérable en comparaison avec les autres scénarios. Bref, dans le meilleur des cas, les dirigeants québécois doivent espérer que les projections de taux d activité de la RRQ s avèrent vraies. Parmi toutes les alternatives testées jusqu à maintenant, c est cette dernière qui en arrive aux meilleurs résultats. Le Québec pourrait alors

130 1282 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL se rabattre sur des alternatives démographiques, telle une hausse de l immigration ou la mise en place d importants programmes visant une hausse de la fécondité. BIBLIOGRAPHIE GAUHTIER, Hervé «Les personnes âgées et le vieillissement démographique». Pp dans Vie des générations et personnes âgées : aujourd hui et demain Volume 1. Hervé Gauthier et al. Ste-Foy. Institut de la statistique du Québec. GAUHTIER, Hervé, Pierre-Olivier MÉNARD, Corinne DESFOSSÉS et Anne-Marie FADEL, «Participation au marché du travail, retraite et travailleurs âgés» Pp dans Vie des générations et personnes âgées : aujourd hui et demain Volume 2. Hervé Gauthier et al,. Québec. Institut de la statistique du Québec. GUILLEMARD, Anne-Marie «Quel âge pour l emploi, quelle nouvelle gestion des âges au travail?». Pp dans Les nouvelles frontières de recherche au sujet de la retraite. Leroy O. Stone. Ottawa. Statistique Canada. LÉGARÉ,, Jacques «Un siècle de vieillissement démographique». Pp dans La démographie québécoise. Victor Piché et Céline Le Bourdais (éd). Montréal. Les Presses de l Université de Montréal. LÉGARÉ, Jacques et Carolyne ALIX «Du mariage à l union libre, des enfants illégitimes aux naissances hors mariage : au Québec, plus qu un changement de vocabulaire!». Pp , Des curés aux entrepreneurs : la Vendée au XX ème siècle. Alain Gérard (éd.), La Roche-sur-Yon. Perrin. INSTITUT NATIONAL DE LA STATISTIQUE ET DES ÉTUDES ÉCONOMIQUES (INSEE) «Projections de population active à l horizon de 2050» Note de l INSEE. En ligne. INSTITUT DE LA STATISTIQUE DU QUÉBEC Si la tendance se maintient Perspectives démographiques, Québec et régions Québec. Institut de la statistique du Québec. 38 p. MCDONALD, Peter et Rebecca KIPPEN «Labor Supply Prospects in 16 Developed Countries, ». Population and Development Review. 27, 1 ; POPULATION REFERENCE BUREAU (PRB) Statistiques disponibles en ligne: RÉGIE DES RENTES DU QUÉBEC (RRQ) «Analyse actuarielle du Régime de rentes du Québec au 31 décembre 2003». Québec. Régie des rentes du Québec. 150 p. RESSOURCES HUMAINES ET DÉVELOPPEMENT DES COMPÉTENCES CANADA (RHDCC) «Participation des femmes au marché du travail : le rattrapage tire à sa fin». Bulletin de la recherche appliquée 6, 1. En ligne. (page consultée le 25 février 2006). STATISTIQUE CANADA Guide de l enquête sur la population active. Ottawa. Statistique Canada.

131 Situation conjugale et emploi en Europe : illustration pour les cohortes (50-59 ans en 2004) Jim OGG Research Fellow, Young Foundation et chercheur associé à la Direction des Recherches sur le Vieillissement, Paris. Sylvie RENAUT* Chargée de recherche, Direction des Recherches sur le Vieillissement, Caisse Nationale d Assurance Vieillesse, Paris. Introduction Pour les cohortes contemporaines qui se trouvent en deuxième partie de carrière ou qui approchent l âge de la retraite, l intérêt de comprendre l interaction entre la situation conjugale et familiale et la participation à la vie active devient important. Les générations nombreuses nées après la guerre se différencient des précédentes à la fois du point de vue des comportements individuels et de l environnement familial (Sirenelli, 2003 ; Harkin et Huber, 2004). La fécondité des femmes des générations a baissé et l instabilité conjugale, notamment dans les pays de l Europe du nord, a augmenté. Ces générations, dites parfois du «baby-boom» 1, ont vécu une période de véritable explosion de la culture de consommation et de loisirs. Les femmes ont gagné en autonomie, parfois remis en question les rôles traditionnels dans le couple et se distinguent des générations précédentes par leur participation croissante au marché du travail. L arrivée de ces générations en fin carrière se fait dans un contexte de forte appréhension quant aux conséquences du vieillissement de la population et à la question des retraites. Même si l ampleur du sujet et la mobilisation politique pour s emparer de ce débat diffèrent en Europe, les données «phares» retenues par l Union européenne ciblent un taux de 50% pour l emploi des ans, d ici à 2010 (Conseil de l'union Européenne, Lisbonne, 2000) et un âge moyen de liquidation des droits à la retraite atteignant 65 ans d ici 2010 (Conseil de l'union Européenne, Barcelone, 2002). Si chacun s accorde sur ces objectifs, on observe que la situation des seniors sur le marché du travail varie très largement d un pays à l autre et au sein de chaque pays. Cette diversité s explique à la fois par les mesures particulières internes aux pays pour «retenir» ou «repousser» les seniors hors du marché de travail et par les choix individuels qui sont la résultante de contextes nationaux différents. Par exemple, les règles d accès et de passage à la retraite sont fortement différenciées du nord au sud de l Europe. Dans chaque pays, tous les quinquagénaires n ont pas connu une carrière démarrée jeune et continûment ascendante, le chômage de longue durée n épargne pas les travailleurs «âgés», les mesures de préretraite ne couvrent pas tous les secteurs d activité, tandis que l invalidité ou la longue maladie apparaissent parfois comme un autre moyen de sortie de l activité professionnelle. * Les auteurs souhaitent remercier Arnaud Bringé et Eva Lelièvre, Institut National d Etudes Démographiques, Paris, pour leurs commentaires sur une première version de ce texte. 1 Ce concept de «baby-boom» reflète davantage l idée d une transformation des modes de vie et beaucoup moins l augmentation des naissances après la guerre qui a affecté les pays d Europe de façon extrêmement variable et sur des périodes et des durées différentes (par exemple, l Allemagne et même l Autriche n ont pas connu ce «boom» des naissances que la France a connu durablement).

132 1284 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL Au-delà des aspects macro-économiques, - considérations internes au marché du travail, au mode de rémunération ou d indemnisation du chômage, d accès à la retraite, etc.-, la littérature et les recherches sur les facteurs personnels qui influencent la poursuite de l activité professionnelle après 50 ans témoignent de l importance des dimensions sociodémographiques. C est l état de santé qui est souvent cité en premier lieu (Banks et Casanova, 2003 ; Phillipson et Smith, 2005 ; Blanchet et Debrand, 2005 ; OECD, 2006 ; Barnay et Debrand, 2006). Un meilleur niveau de santé, qu il soit mesuré par une auto-évaluation ou par des mesures objectives de handicap, est plus fréquent parmi la population en emploi. La satisfaction au travail est également un facteur important (Blanchet et Debrand, 2005). Un niveau élevé d éducation, une catégorie socioprofessionnelle supérieure et des revenus plus confortables sont positivement associés au maintien en emploi. Dans l ensemble, ces facteurs sont relativement bien connus, même si l interaction avec les dispositifs en vigueur (politiques de préretraite, prestations en cas de longue maladie ou d invalidité) sont plus complexes. En revanche, l influence de la vie conjugale et familiale sur les choix personnels après 50 ans est moins bien connue. Et pourtant, les situations individuelles vis-à-vis de l emploi sont aussi déterminées par les situations des autres membres du ménage (Phillipson et Smith 2005). Plusieurs recherches ont montré que les personnes en couple ont un taux de participation au marché du travail supérieur à celui des personnes seules, notamment pour les hommes (Lissenburgh et Smeaton, 2003 ; Banks et Casanova, 2005 ; Whiting, 2005). L interdépendance des choix conjugaux, les arbitrages au sein du couple sur les questions d emploi, en termes de temps de travail ou de cessation d activité, peuvent se doubler d autres contraintes familiales qui pèsent tout particulièrement sur les femmes et parfois sur leurs conjoints, lorsqu il y a encore des enfants «à charge», un parent âgé en mauvaise santé ou des petits-enfants à garder. Les travaux qui mettent en évidence les arbitrages au sein du couple concernant la vie active (Hurd, 1990 ; Blau, 1998 ; Banks et Casanova, 2005) existent mais ils nécessitent d être approfondis du point de vue des générations nées immédiatement après guerre. L objectif de notre recherche est d examiner l influence relative de certaines caractéristiques individuelles sur l emploi des hommes et des femmes âgés de 50 à 59 ans en 2004 dans dix pays européens, et de les mettre en perspective avec d autres caractéristiques macro sociales propres à chaque pays. Autrement dit, nous cherchons à évaluer d une part, si les caractéristiques individuelles (ou de couples) associées à l emploi se retrouvent plus ou moins dans tous les pays étudiés et d autre part, s il est possible d isoler des effets collectifs relevant du pays (niveau macro) des effets individuels que sont les caractéristiques personnelles (niveau micro) ou des caractéristiques des couples? Dans un premier temps, le cadre d analyse propose une présentation descriptive du taux d emploi entre 50 et 59 ans dans dix pays européens, à la fois du point de vue des individus et du point de vue des couples. Ensuite, nous revenons sur le choix de la méthode utilisée, qui fait appel aux analyses multivariées assez classiques avec des modèles de régressions logistiques, complétées par des analyses multiniveau, qui doivent nous aider à mieux rendre compte des effets de contexte liés aux pays. Les résultats sont alors déclinés selon le schéma d analyse suivant : le pays intervient d abord comme dimension explicative de l emploi, au même titre que les autres variables ; ensuite, l effet des caractéristiques individuelles sur l emploi est observé pour chaque pays ; enfin, le mutiniveau vise à comprendre l interaction entre les deux niveaux d analyse, celui du pays et celui de l individu (ou du couple). Cadre d analyse, la population en emploi L enquête SHARE 2 présente l intérêt d interviewer en face-à-face toutes les personnes de 50 ans et plus résidant dans le ménage, y compris leur conjoint éventuel, même si celui-ci a 2 Voir encadré

133 SITUATION CONJUGALE ET EMPLOI EN EUROPE 1285 moins de 50 ans au moment de l interview. La connaissance de l information individualisée pour les deux membres du couple offre la possibilité de travailler sur l interdépendance des choix personnels dans le couple et les enjeux de la situation conjugale et familiale vis-à-vis de la situation professionnelle. L échantillon retenu compte personnes âgées de 50 à 59 ans en 2004, dont pour lesquelles l information sur la situation vis-à-vis de l activité et de l emploi (durée du temps de travail) est parfaitement connue. Parmi celles-ci, personnes vivent en couple dans ménages. Pour personnes vivant en couple, l information est également complète pour le conjoint, ce qui représente finalement couples pouvant participer à l étude. Les données individualisées sont donc disponibles pour seulement une partie des couples puisque les conjoints n ont pas tous répondu au questionnaire. Ceci peut éventuellement induire un biais de sélection des ménages retenus pour l analyse mais, sans raison explicite de non participation, il est difficile d en mesurer les véritables effets. Le choix des cohortes s inscrit dans le prolongement de travaux antérieurs sur les données SHARE qui ont porté, sur le soutien fourni par les quinquagénaires à leurs parents âgés (Ogg et Renaut, 2006a) et, sur la confrontation des comportements d aide et des normes de responsabilité vis-à-vis des parents âgés (Ogg et Renaut, 2006b). En effet, ces cohortes âgées de 50 à 59 ans en 2004, qui sont en deuxième partie de carrière ou en cessation d activité ont, du point de vue de leur situation familiale, une forte probabilité d avoir leurs parents en vie et des enfants et sont, du point de vue de leur situation matrimoniale et conjugale, les premiers à connaître de façon significative des ruptures conjugales, non liées au veuvage. L enquête SHARE (encadré) Cette étude utilise les premières données disponibles de l enquête SHARE - Survey of Health, Ageing and Retirement in Europe -, menée auprès des personnes de 50 ans et plus. Ces données restent provisoires et pourront donner lieu à corrections ultérieures. La collecte des données de l enquête SHARE a été principalement financée par la Commission Européenne dans le cadre du cinquième programme commun de recherche-développement (PCRD). Un financement additionnel a été fourni par le National Institute on Ageing américain. La base de données SHARE est présentée dans Börsch-Supan et al. (2005) et les détails méthodologiques sont développés dans Börsch-Supan and Jürges (2005). En France, le terrain réalisé par l INSEE et coordonné par l IRDES, a bénéficié de financements complémentaires apportés par la CNAV, le COR, la DREES, la DARES, la Caisse des Dépôts et Consignation et le commissariat Général au Plan. 3 Ce programme européen est longitudinal et le premier passage a eu lieu en 2004, en Allemagne, Autriche, Danemark, Espagne, France, Grèce, Italie, Pays-Bas, Suède et Suisse. L enquête traite des thèmes liés au vieillissement et à la retraite à partir de questions harmonisées pour les dix pays participants. Pour situer les populations du point de vie de leur mode de vie en couple et en ménage, on observe que 80% des européens environ, nés entre 1945 et 1954, déclarent vivre en couple, 83% en Italie où l on observe le taux le plus élevé et 72% en Suède, pour le taux le plus bas (Graphique 1). Les écarts entre pays sont faibles au regard de ceux observés sur le type de 3 IRDES Institut de Recherche et Documentation en Économie de la Santé; COR Conseil d Orientation des Retraites ; DREES Direction de la Recherche, des Études, de l Évaluation et des Statistiques ; DARES Direction de l Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques.

134 1286 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL ménage. Au sud de l Europe, deux-tiers des Italiens, des Espagnols ou des Grecs cohabitent avec leurs enfants adultes et/ou des parents âgés. Au contraire, dans le reste de l Europe, environ 20 % des personnes entre ans vivent seules. GRAPHIQUE 1 : SITUATION CONJUGALE ET COHABITATION FAMILIALE ENTRE 50 ET 59 ANS (EN 2004) Danemark Suisse Suède Allemagne Autriche Pays-Bas France % en ouple % cohabitants Grèce Espagne Italie Source : Share 2004, exploitation Cnav. Champ : 7739 personnes nées entre La question de l emploi des seniors, sous tend nécessairement celle du non-emploi et de l inactivité. Néanmoins, dans cette première approche, nous choisissons de limiter le champ d observation à celui de l emploi dans les différents pays. L analyse de l activité (emploi et chômage) aurait conduit à multiplier les configurations possibles à la fois du point de vue des individus et du point de vue des pays. En effet, la reconnaissance de l état de chômeur, tout comme les règles d indemnisation (durée, montant, etc.) diffèrent selon les pays mais aussi parfois selon la situation conjugale, certains pays pouvant en tenir compte dans les règles d indemnisation. En choisissant de centrer l analyse sur l emploi au lieu de l inactivité, il s agit moins de traiter des déterminants collectifs «supra-individuels» incitant à la sortie précoce du monde de travail, que d identifier les facteurs personnels explicatifs de l emploi, voire de la durée du temps de travail hebdomadaire, puisque nous abordons également la question du temps partiel. Le taux d emploi des hommes et des femmes entre 50 et 59 ans fait ressortir trois groupes de pays : l Europe du nord, avec la Suède et le Danemark, plus la Suisse, où environ 80% de la population est en emploi ; l Europe du sud, avec l Espagne, la Grèce, l Italie, plus l Autriche, où moins de 60% de la population est en emploi ; l Europe continentale, avec l Allemagne, la France et les Pays-Bas, où le taux d emploi est d environ 60% (Graphique 2). Les différences de taux d emploi entre les pays, beaucoup moins marquées pour les hommes que pour les femmes, traduisent des pratiques sexuées à la fois, du côté de la tradition et de la culture, avec une moindre participation des femmes au marché du travail au sud, et également du côté des pratiques institutionnelles, âge d accès à la retraite différent pour les hommes et les femmes dans certains pays. En Suède et au Danemark, où plus de la moitié des quinquagénaires vivent en couple seul, on observe une faible différence dans le taux d emploi des femmes et des hommes. Au contraire, au sud de l Europe, là où la cohabitation familiale est la plus répandue,

135 SITUATION CONJUGALE ET EMPLOI EN EUROPE 1287 le taux d emploi des femmes y est aussi plus faible. Enfin, le taux d emplois des femmes est aussi faible aux Pays-Bas et en Autriche. GRAPHIQUE 2 : TAUX D EMPLOI DES HOMMES ET DES FEMMES ENTRE 50 ET 59 ANS EN 2004 (%) Italie Grèce Espagne Autriche Pays-Bas France Allemagne Taux d'emploi des FEMMES Taux d'emploi des HOMMES Suisse Danemark Suède Source : Share 2004, exploitation Cnav. Champ : 7739 personnes nées entre Le taux d emploi selon la situation conjugale est fortement différencié d un bout à l autre de l Europe (Graphique 3). Au Danemark, en Suède, en Suisse, ou encore aux Pays Bas, la population en emploi est plus importante au sein des couples (autour de 80%) qu elle ne l est pour les personnes sans conjoint (entre 60% et 75%). Au contraire, en Italie ou en Espagne, le taux d emploi des personnes ne vivant pas en couple est plus élevé que celui des personnes en couple. Faut-il y voir un effet individuel de sélection des populations qui vivent seules ou en couple sur la base de traditions et considérations culturelles selon qu elles résident au nord ou au sud de l Europe? Ou bien, s agit-il d un effet collectif plus ou moins protecteur des systèmes de protection sociale, plus généreux au nord par rapport au sud, où l on ne pourrait survivre seul hors du marché du travail et hors de la famille? Au sein de la population en emploi, le temps partiel, correspondant pour cette étude à moins de 30 heures hebdomadaires, concerne moins d un cinquième des quinquagénaires européens, mais les différences sont très fortes d un pays à l autre (Graphique 4). Près de 30% des Néerlandais, suivis des Suisses, travaillent à temps partiel tandis que c est deux fois moins fréquent chez les Espagnols, les Suédois, les Danois ou encore le Autrichiens. Globalement, les personnes en couple travaillent plus souvent à temps partiel que les personnes seules, mais ce n est pas le cas en Suède ni au Danemark. Ces résultats suggèrent que pour partie, le temps partiel s explique par l environnement institutionnel, et pour partie par des choix personnels à l intérieur du couple. Ainsi en est-il des Pays-Bas où le travail à temps partiel est le plus répandu quelle que soit la situation conjugale. Dans la population féminine, plus largement concernée pas le temps partiel, près de 60% des Néerlandaises travaillent moins de 30 heures par semaine pour un tiers des femmes en emploi entre 50 et 59 dans les dix pays observés. À l opposé, ce sont les Danoises, les Suédoises ou bien les Espagnoles qui ont des durées de travail plus longues. Le temps partiel féminin est fortement dépendant de la situation conjugale : les femmes en couple sont presque

136 1288 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL deux fois plus nombreuses à travailler moins de 30 heures par semaine (près de 37%) au contraire des femmes seules (20% à temps partiel). Néanmoins, la situation de couple n explique qu une partie de la variabilité des taux observés par pays. GRAPHIQUE 3 : TAUX D EMPLOI ET SITUATION CONJUGALE ENTRE 50 ET 59 ANS EN 2004 (%) Italie Grèce Espagne Autriche Pays-Bas France Allemagne Suisse Taux d'emploi PERSONNE SANS CONJOINT Taux d'emploi PERSONNE en COUPLE Danemark Suède Source : Share 2004, exploitation Cnav. Champ : 7739 personnes nées entre GRAPHIQUE 4 : PARMI LES PERSONNES EN EMPLOI, TEMPS PARTIEL ET SITUATION CONJUGALE ENTRE 50 ET 59 ANS EN 2004 (%) Espagne Suède Danemark Autriche France Italie Allemagne Grèce % à temps partiel PERSONNE SANS CONJOINT % à temps partiel PERSONNE en COUPLE Suisse Pays-Bas Source : Share 2004, exploitation Cnav. Champ : 5226 personnes en emploi nées entre Note : temps partiel=moins de trente heures par semaine.

137 SITUATION CONJUGALE ET EMPLOI EN EUROPE 1289 Alors que 80% des quinquagénaires européens vivent en couple, la situation d emploi des deux conjoints est très variable d un bout à l autre de l Europe, tout comme le recours au temps partiel. Au Danemark et en Suède, mais également en Suisse, la proportion des couples biactifs est très élevée, et voisine 75%, 80% (Graphique 5). Ce résultat était attendu compte tenu des observations précédentes qui ont montré un taux d activité des hommes et des femmes très proches dans ces pays. Un deuxième groupe de pays, avec l Allemagne, la France et les Pays- Bas, affiche un taux de double activité dans les couples autour de 50%, tandis qu en Espagne, en Grèce ou en Italie, la double activité dans les couples concerne moins du tiers des ménages. GRAPHIQUE 5 : LA SITUATION DE L EMPLOI DANS LES COUPLES Italie Grèce Espagne Autriche Pays-Bas France Allemagne Suisse Danemark Suède aucun emploi dans le couple un emploi dans le couple deux emplois dans le couple 0% 20% 40% 60% 80% 100% Source : Share 2004, exploitation Cnav. Champ : 2791 couples avec un conjoint né entre 1945 et Méthode, du multivarié au multiniveau Pour identifier l influence de la situation conjugale sur la population en emploi, nous proposons d utiliser des modèles de régression, successivement sur les deux variables dépendantes que l on cherche à expliquer : être en emploi (oui/non) sur le champ des individus nés entre 1945 et 1954, double activité dans les couples (oui/non) sur le champ des couples pour lesquels au moins l un des conjoints est né ente 1945 et La méthode que l on suit procède d une démarche pas-à-pas dans la mesure où l on se propose d observer les données sous trois angles : en premier lieu, nous observons la probabilité d être en emploi (ou dans un couple bi-actif), avant et après l introduction du pays comme variable explicative dans le modèle ; ensuite, nous observons la probabilité d être en emploi dans chacun des 10 pays (une régression par pays) 4 ; enfin, pour tenir compte de l effet pays dans un modèle global, nous observons la probabilité d être en emploi (ou dans un couple bi-actif), à l aide d une analyse multiniveau. 4 Les observations sont trop peu nombreuses pour mener la même opération dans le champ des couples.

138 1290 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL a) Les caractéristiques individuelles dans les modèles de régression logistique De façon à expliquer au mieux les différences de probabilité d emploi, on choisit de retenir dans les modèles de régression deux groupes de variables explicatives qui visent à caractériser pour les unes, le positionnement social de l individu (ou du couple), pour les autres l environnement conjugal et familial, de l individu (ou du couple). La première caractéristique individuelle est l âge que l on a choisi de centrer et réduire. L analyse descriptive a montré la forte interaction entre le sexe et la situation conjugale pour certains pays, ce qui nous conduit à faire figurer, pour la situation de couple, une dimension croisée à quatre modalités : homme vivant en couple - femme vivant en couple - homme ne vivant pas en couple - femme ne vivant pas en couple. On retient ensuite quatre variables explicatives, caractéristiques de l environnement familial : le type de ménage, le nombre d enfants, le style de vie, la présence d ascendants. Pour le type de ménage, on oppose les ménages composés d une seule personne ou de deux personnes formant un couple à toutes les autres situations de cohabitation. Le nombre d enfants est décliné en trois modalités : aucun enfant - un ou deux enfants - trois enfants et plus. À travers le style de vie, classique ou moderne, on cherche à prendre en compte l évolution des formes de conjugalité. Dans ce contexte, le style de vie «moderne» regroupe, à la fois, les personnes divorcées, séparées, vivant maritalement mais aussi les personnes qui, du point de vue de leur statut matrimonial, se déclarent veuves ou célibataires tout en vivant en couple, ou encore les personnes qui se déclarent mariées sans vivre en couple. Du côté du style de vie «classique», se regroupent les personnes mariées vivant en couple et les personnes veuves ou célibataires qui ne vivent pas en couple. Enfin, la présence des ascendants vise à prendre en compte l allongement de la vie et de la coexistence de plusieurs générations familiales dont les conséquences pourraient aussi conditionner le maintien en emploi des européens confrontés au grand âge de leurs parents et/ou beaux-parents. Quant aux caractéristiques du positionnement social, on retient trois variables explicatives : la santé subjective, le niveau d éducation et les revenus du ménage. Pour chacune d elles, la construction des modalités tient compte des différences potentielles de niveau par pays. Ainsi, pour les revenus, on utilise les quintiles de revenus du ménage calculés pour chaque pays, 5 ce qui permet de classer le ménage dans la tranche de revenus correspondant à celle de son pays (même lorsque le montant des revenus dans chaque tranche varie d un pays à l autre). On procède de la même façon pour l éducation et la santé. Sur la base de la Classification CITE qui compte 7 niveaux d éducation, 6 on scinde la population de chaque pays en trois groupes de niveau inférieur, intermédiaire et supérieur. La santé subjective résulte de la combinaison de deux échelles utilisées dans SHARE, 7 à partir de laquelle on scinde la population de chaque pays en trois groupes qui conduisent à classer les individus selon leur niveau de santé, bon, intermédiaire ou moins bon. Cette façon de procéder permet de rendre compte de la situation individuelle relativement à celle du pays. L observation du comportement des couples vis-à-vis de la double activité impose d adapter certaines variables explicatives pour faire figurer les caractéristiques individuelles propres à chaque conjoint. Ainsi en est-il de l âge, pour lequel on choisit de retenir l âge moyen des deux conjoints et la différence d âge entre l homme et la femme. Pour le type de 5 Les revenus manquants ont fait l objet d imputations calculées par l équipe SHARE. 6 CITE, Classification Internationale Type de l Éducation conçue par l Unesco en 1997, avec sept niveaux, depuis le niveaux 0 correspondant à l éducation pré-primaire, jusqu au niveau 6 correspondant au 2 ème cycle de l enseignement supérieur ; c est l équipe SHARE qui a assuré le passage des niveaux d éducation par pays à la classification CITE «Diriez-vous que votre santé est : 1.très bonne 2.bonne 3.moyenne 4.mauvaise 5.très mauvaise». 2. «Diriez-vous que votre santé est : 1.excellente 2.très bonne 3.bonne 4.acceptable 5.médiocre».

139 SITUATION CONJUGALE ET EMPLOI EN EUROPE 1291 ménage, le nombre d enfants, la présence des ascendants et les revenus du ménage, on procède strictement de la même manière qu au niveau individuel. En revanche, le style de vie tient compte de la situation globale du couple, selon le statut matrimonial déclaré pour chaque conjoint. Autrement dit, sont reclassés en «moderne» les couple dans lesquels l homme ou la femme se déclare : veuf(ve), célibataire, divorcé(e), séparé(e) ou vivant maritalement. Enfin, pour l éducation et la santé, les données sont individualisées pour l homme et la femme, selon deux modalités qui distinguent un niveau d éducation supérieur (oui/non), une bonne santé (oui/non). b) Les effets fixes et aléatoires dans l analyse multiniveau 8 Le recours à l analyse multiniveau se justifie par la mise en perspective d observations situées à deux niveaux distincts, hiérarchisés et qui ont chacun leurs propres déterminants. Les individus, ou les couples, sont «emboités» dans le pays et, de ce point de vue, on peut estimer que les ressortissants d un même pays ont des caractéristiques communes : par exemple, ils partagent un même système de protection sociale et, plus ou moins, les mêmes traditions et pratiques culturelles. Ainsi, à l intérieur d un pays, les observations ne sont pas indépendantes les unes des autres, ce que ne prennent pas en compte les modèles de régression logistique. En effet, dans ces analyses, on considère que les caractéristiques de l individu (ou de son ménage) sont les seules à jouer sur les comportements individuels, en dehors de tout effet de contexte. L objectif de l analyse multiniveau est donc de nous aider à comprendre en quoi les variations observées dans la variable à expliquer relèvent de l individu ou du groupe : dans la probabilité d être en emploi, quelle est l importance du niveau micro, de l individu, de ses choix personnels et quelle est celle du niveau macro, du pays, des contraintes structurelles? 9 Chaque niveau hiérarchique peut donc être décrit par des caractéristiques propres. Pour le premier niveau, celui des individus (ou des couples), nous utilisons les mêmes caractéristiques individuelles déjà décrites. Mais, pour chacune de ces variables explicatives, l introduction d un deuxième niveau hiérarchique apporte une nouvelle source de variation aléatoire pour les pays. Autrement dit, à côté des effets fixes liés aux caractéristiques individuelles, peuvent exister des effets aléatoires liés au contexte, c est-à-dire au pays. Le modèle mutiniveau permet de tester, à la fois, les effets fixes (au niveau individuel) et les effets aléatoires (au niveau pays) d une même variable explicative sur le phénomène à expliquer. Par ailleurs, en plus des caractéristiques individuelles, on peut introduire d autres variables explicatives, des facteurs contextuels caractéristiques des pays. Ainsi, on peut tester l effet de facteurs contextuels construits à partir des caractéristiques individuelles dans chaque pays. C est par exemple le cas du nombre moyen d enfants, du nombre d enfants résidant dans le ménage, du taux moyen de cohabitation ou du taux de personnes ayant adopté le style de vie «moderne». On peut également tester l effet de facteurs contextuels, indépendants des données observées mais qui correspondent à des indicateurs caractérisant les pays. C est le cas d indicateurs construits par Eurostat 10 tels que le produit intérieur brut par tête, les dépenses de protection sociale, les dépenses publiques pour les mesures relevant de la politique de l emploi. 8 Voir en annexe, la présentation des modèles et des notations. 9 La variable à expliquer étant dichotomique [être en emploi oui/non] ou [couple bi-actif oui/non], nous faisons le choix d utiliser le logiciel MLWin plus accessible dans la manipulation des paramètres pour un modèle non linéaire que la procédure Proc NLMixed de SAS. En cela, nous suivons les conseils d Arnaud Bringé à l Ined que nous remercions pour son accompagnement dans l approche de ce nouvel outil. 10 Le recours aux indicateurs fournis par Eurostat nous a conduits à retirer la Suisse des analyses multiniveau.

140 1292 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL 2. Résultats, l influence de la situation conjugale sur la population en emploi a) sur l ensemble des individus Le premier modèle (tableau 1, modèle 1a) rend compte des tendances globales de l emploi des seniors en Europe. Le taux d emploi individuel est d autant plus élevé que l on est loin de l âge légal de la retraite. On retrouve l effet principal d un bon état de santé qui est positivement associé avec la probabilité d être en emploi, tout comme un niveau d éducation supérieur. À l opposé, le taux d emploi est potentiellement plus faible dans le premier quintile de revenus du ménage. Concernant la situation conjugale, dans toutes les configurations autres que la situation de référence, celle d un homme en couple, la probabilité d être en emploi est significativement plus faible, tout particulièrement pour les femmes en couple. Les personnes ne vivant pas en couple, hommes ou femmes, ont la même probabilité d être en emploi. Le fait d adopter un style de vie qualifié de «moderne», notamment avoir connu le divorce, une séparation, vivre hors mariage, etc. augmente de façon significative la probabilité de travailler. À l inverse, la cohabitation, qui concerne principalement le fait de vivre avec de grands enfants sous le même toit, ou dans certains cas avec des parents âgés, a un effet négatif sur le taux d emploi. L absence d enfant, ou au contraire le fait d avoir au moins trois enfants, joue négativement sur l emploi par rapport à la situation de référence (avoir un ou deux enfants), cependant, le coefficient négatif n est pas significatif pour les familles nombreuses (3 enfants ou plus). L ajout de l effet relatif des pays (tableau 1, modèle 1b) confirme les résultats de l analyse descriptive avec des probabilités d emploi significativement supérieures dans les pays de l Europe du Nord (Suède, Danemark) et en Suisse et plus faibles dans les pays du sud (Italie, Grèce, Espagne) et en Autriche. Par rapport à la France, situation de référence dans le modèle, les taux d emploi observés aux Pays-Bas ou en Allemagne n apparaissent pas significativement différents, ce qu illustre bien le Graphique 2. La dimension pays modifie les effets de la cohabitation et du nombre d enfants. La probabilité d être en emploi est significativement plus faible dans les familles de trois enfants ou plus tandis que l effet de la cohabitation est moins discriminant. Autrement dit, ce sont des caractéristiques qui n ont probablement pas les mêmes effets selon les pays. En ce qui concerne les couples (tableau 2, modèle 2a), les effets des caractéristiques explicatives sur la double activité vont dans le même sens que ce que l on observe au niveau individuel. On retrouve les effets de l âge : la double activité est potentiellement plus répandue dans les couples les plus jeunes et lorsque la différence d âge entre les conjoints est la plus faible. L effet revenu est d une certaine façon endogène : les doubles actifs ont potentiellement des revenus plus élevés que les autres, mono-actifs ou sans emploi. Les caractéristiques individualisées pour l homme et la femme mettent en évidence les différences d effet en termes d éducation et d état de santé. La double activité n est pas sensible au niveau d éducation de l homme tandis qu il joue fortement pour la femme. En revanche, l état de santé de l homme est plus discriminant que celui de la femme. Lorsque l on ajoute la dimension du pays (tableau 2, modèle 2b), l opposition nord-sud apparaît encore plus fortement qu au niveau individuel. On retrouve les éléments présentés dans le graphique n 6 : plus forte probabilité de double activité dans les couples en Europe du nord, plus faible au sud, autour de la situation de référence en Europe continentale. Il est intéressant d observer les modalités dont l effet est modifié par la prise en compte du pays. Ainsi est-ce le cas, comme au niveau individuel, de la cohabitation et du nombre d enfants : l effet négatif de la cohabitation sur la double activité n est plus significatif, tandis que pour les familles de 3 enfants et plus, l effet négatif devient significativement plus important. Sinon, la différence d âge entre les deux conjoints n explique pas la double activité, pas plus que le style de vie dont l effet positif, fortement réduit, n est plus significatif.

141 SITUATION CONJUGALE ET EMPLOI EN EUROPE 1293 Pour résumer, qu il s agisse du modèle individuel (1a) ou de couple (2a), chaque caractéristique explicative est discriminante de la probabilité d être en emploi, ou de la double activité. L ajout de la dimension pays (modèles 1b et 2b) ne change ni le sens des coefficients, ni l importance des effets de la santé subjective, du niveau d éducation ou des revenus du ménage sur la probabilité d emploi. En revanche, les effets changent pour les caractéristiques liées à l environnement familial : le type de ménage n est plus significatif, tout comme celui du style de vie au sein des couples ; pour le nombre d enfants, c est moins l absence d enfant qui joue que la présence de 3 enfants ou plus. TABLEAU 1 : PROBABILITÉ D ÊTRE EN EMPLOI POUR LES INDIVIDUS ENTRE 50 ET 59 ANS (2004) Situation de couple Type de ménage Style de vie Nombre d enfants Présence d ascendants Santé subjective Niveau d éducation Revenus du ménage Pays Modèle 1a Modèle 1b Paramètre (écart-type) Paramètre (écart-type) Constante 1,806 (0,104) 1,869 (0,141) Âge (normalisé) -0,352 (0,029) -0,349 (0,030) Homme en couple (référence) Femme en couple Homme sans conjoint Femme sans conjoint Cohabitant Non cohabitant (référence) Moderne Classique (référence) Pas d'enfant 1 ou 2 enfants (référence) 3 enfants & + Oui Non (référence) Bonne Intermédiaire (référence) Moins bonne Supérieur Intermédiaire (référence) Inférieur 1 er quintile 2 e quintile 3 e quintile (référence) 4 e quintile 5 e quintile Suède Danemark Pays-Bas Allemagne Suisse Autriche France (référence) Italie Espagne Grèce -1,237 (0,063) -0,880 (0,145) -0,892 (0,115) -1,274 (0,066) -0,812 (0,148) -0,799 (0,118) -0,483 (0,059) -0,112 (0,065) 0,540 (0,102) 0,308 (0,106) -0,371 (0,094) -0,224 (0,097) -0,031 (0,062) -0,201 (0,065) 0,200 (0,059) 0,132 (0,061) 0,218 (0,068) -0,688 (0,065) 0,637 (0,073) -0,313 (0,062) -0,712 (0,084) -0,295 (0,084) 0,153 (0,088) 0,181 (0,091) Source : Share 2004, exploitation Cnav. Champ : personnes nées entre 1945 et ,150 (0,070) -0,780 (0,068) 0,638 (0,075) -0,300 (0,067) -0,745 (0,086) -0,334 (0,087) 0,137 (0,091) 0,167 (0,094) 1,001 (0,130) 0,565 (0,144) -0,039 (0,117) 0,203 (0,125) 0,980 (0,180) -0,536 (0,132) -0,776 (0,125) -0,387 (0,128) -0,694 (0,128)

142 1294 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL TABLEAU 2 : PROBABILITÉ DE DOUBLE ACTIVITÉ DANS LES COUPLES OÙ L UN DES CONJOINT A ENTRE 50 ET 59 ANS (régressions logistiques) Modèle 2a Modèle 2b Paramètre (écart-type) Paramètre (écart-type) Constante -0,381 (0,136) -0,479 (0,199) Âge Âge moyen du couple -0,717 (0,055) -0,709 (0,058) Différence âge homme-femme -0,169 (0,049) -0,047 (0,052) Type de ménage Cohabitant -0,594 (0,097) -0,043 (0,109) Non cohabitant (référence) Style de vie Moderne 0,494 (0,186) 0,132 (0,194) Classique (référence) Nombre d enfants Pas d'enfant -0,464 (0,19) -0,4 (0,197) 1 ou 2 enfants (référence) 3 enfants & + -0,119 (0,096) -0,397 (0,104) Présence d ascendants Oui 0,384 (0,107) 0,346 (0,113) Non (référence) Homme : niveau d éducation Supérieur 0,081 (0,107) 0,138 (0,113) Autre (référence) Homme : santé subjective Bonne 0,468 (0,101) 0,466 (0,107) Autre (référence) Femme : niveau d éducation Supérieur 0,679 (0,113) 0,582 (0,121) Autre (référence) Femme : santé subjective Bonne 0,485 (0,135) 0,435 (0,142) Autre (référence) Revenus du ménage 1 er quintile -0,633 (0,159) -0,558 (0,168) 2 e quintile -0,811 (0,145) -0,835 (0,154) 3 e quintile (référence) 4 e quintile 0,325 (0,126) 0,363 (0,134) 5 e quintile 0,384 (0,129) 0,411 (0,137) Pays, Suède 1,367 (0,204) Danemark 0,755 (0,217) Pays-Bas -0,029 (0,178) Allemagne 0,186 (0,187) Suisse 0,994 (0,266) Autriche -0,161 (0,218) France (référence) Italie -1,32 (0,221) Espagne -0,681 (0,23) Grèce -1,165 (0,209) Source : Share 2004, exploitation Cnav. Champ : 2791 couples avec un conjoint né entre 1945 et 1954

143 SITUATION CONJUGALE ET EMPLOI EN EUROPE 1295

144 1296 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL b) Pays par pays Pour interpréter l effet pays et identifier les différences entre les pays, on se propose d observer strictement les mêmes modèles de régression pour chaque pays. Les tendances dégagées dans les premières analyses sur les caractéristiques de position sociale sont largement confirmées : effet négatif et significatif de l âge, d une santé moins bonne, d un niveau d éducation inférieur et de revenus faibles sur la probabilité d être en emploi (Tableau 3). Néanmoins, il faut noter que si le sens de l effet est le même, l importance de l effet sur la probabilité d être en emploi diffère d un pays à l autre. En Suède, c est l état de santé subjective qui est le plus discriminant, devant le revenu, comme en Espagne. En Allemagne, en Autriche, ou en Italie, le niveau d éducation est primordial. Et enfin, c est l effet revenu qui est plus important au Danemark, aux Pays-Bas ou en Grèce. Du point de vue des caractéristiques liées à l environnement familial, en Europe du Sud et aux Pays-Bas, la variable d interaction sexe et vie en couple est la toute première variable explicative de la probabilité d être en emploi. Pour les autres caractéristiques, les effets du type de ménage, du style de vie, du nombre d enfants, ou de la présence des ascendants, apparaissent très atténués, pays par pays, relativement aux observations sur l échantillon global. Le sens de l effet de certaines caractéristiques peut être opposé selon les pays : pour le type de ménage, la cohabitation est associée positivement à l emploi en Autriche et négativement en Italie ; la présence d ascendants a un effet négatif sur la probabilité d être en emploi en Espagne et en Italie, et un effet positif ailleurs. Lorsque l on cherche à hiérarchiser les caractéristiques explicatives selon l importance des effets, on observe qu en Suède, au Danemark ou aux Pays-Bas, la probabilité d être en emploi est significativement plus faible pour les personnes qui ont trois enfants ou plus, relativement à celles qui ont un seul ou deux enfants. C est particulièrement vrai en Suède où, du reste, l absence d enfant est aussi négativement associée à la probabilité d être en emploi. Enfin, il est à noter qu aucun effet significatif des caractéristiques, type de ménage, style de vie, nombre d enfant, présence d ascendant, ne ressort pour l Espagne ou la France. Comment expliquer que des facteurs individuels comme ceux de l environnement familial qui apparaissent discriminants du taux d emploi en Europe dans les premiers modèles, ont des effets largement «dilués» au niveau de chaque pays? c) L apport du multiniveau C est véritablement la difficulté de différencier les effets qui seraient liés aux individus, de ceux qui seraient constitutifs de leur appartenance au pays qui nous a conduits à travailler sur l analyse multiniveau. Dans ces modèles hiérarchiques, il s agit d explorer les deux niveaux de caractéristiques : les caractéristiques individuelles de premier niveau pour les individus (ou les couples) et les caractéristiques de niveau 2 pour le pays. Dans une toute première étape (tableau 4, modèle vide 4a), nous faisons figurer dans l équation uniquement l effet aléatoire pour le niveau agrégé, c est-à-dire le pays, sans aucune variable explicative. Nous observons la constante (effet fixe) pour le premier niveau (individus) et la constante du deuxième niveau, qui rend compte de la variance de la probabilité d être en emploi entre les pays : 0,227 (0,110). La significativité de l effet confirme l existence d un effet aléatoire au niveau pays ce qui nous permet de poursuivre l analyse. Dans une deuxième étape (4b), nous introduisons les caractéristiques individuelles, les mêmes que celles figurant dans la première régression (voir modèle 1a). Il s agit uniquement d observer les effets fixes des caractéristiques individuelles. La variance passe de 0,227 à 0,261, ce qui laisse penser que l effet de certaines caractéristiques individuelles diffèrent selon les pays.

145 SITUATION CONJUGALE ET EMPLOI EN EUROPE 1297 TABLEAU 3 : MULTINIVEAU, EFFETS FIXES ET ALÉATOIRES : PROBABILITÉ D ÊTRE EN EMPLOI ENTRE 50 ET 59 ANS EN 2004 Modèle 4a Modèle 4b Modèle 4c Modèle 4d Modèle 4e Modèle 4f Effets fixes Constante (0.161) (0.200) (0.153) (0.196) (0.226) (0.231) Caractéristiques individuelles * Homme en couple (référence) Femme en couple (0.063) (0.187) (0.188) (0.190) (0.194) Homme sans conjoint (0.144) (0.145) (01.46) (0.146) (0.148) Femme sans conjoint (0.116) (0.116) (0.117) (0.117) (0.119) Facteurs contextuels (pays) Style de vie (0.296) (0.423) Dépenses pour l emploi (0.369) (0.318) Effets aléatoires (pays) σ 2 uo (constante) (0.110) (0.126) (0.059) (0.048) (0.043) (0.059) σ u30 (covariance) (0.070) (0.059) (0.056) (0.078) σ 2 u3 (femme en couple) Variance résiduelle entre pays pour «femme couple» (0.144) (0.146) (0.148) (0.155) σ 2 u0 + 2 σ u30 + σ 2 u3 Réduction de la variance entre pays (/au modèle 4c, en %) - homme en couple ou personne sans conjoint - femme en couple 20% 28% 31% 33% 1% 71% (*) Tous les autres effets fixes des caractéristiques individuelles figurent dans l équation de chaque modèle mais ils ont été volontairement omis dans le tableau pour en faciliter la lecture et l interprétation ; voir en annexe, le détail des étapes du multiniveau. Source : Share 2004, exploitation Cnav. Champ : personnes nées entre 1945 et 1954 Ensuite, la troisième étape consiste à observer l effet combiné des effets fixes et aléatoires des caractéristiques individuelles. Nous allons donc tester l effet aléatoire de chaque caractéristique individuelle liée à l environnement conjugal ou familial et qui se rapporte à notre problématique. Il s avère que pour le type de ménage, le style de vie, la présence d ascendants et le nombre d enfants, il n y a aucun effet aléatoire des caractéristiques individuelles sur la variance de la probabilité d être en emploi entre les pays. Autrement dit, il n y a pas d effet spécifique sur l emploi de ces caractéristiques selon les pays. En revanche, en ce qui concerne la situation de couple, la probabilité d être en emploi varie très fortement selon les pays pour la caractéristique «femme en couple» : la variance résiduelle entre les pays est alors fortement réduite, de 0,261 à 0,111 (modèle 4c). D ailleurs, lorsque l effet aléatoire lié à la caractéristique observée est non nul au niveau du groupe, on observe une forte augmentation de la dispersion de ce paramètre (Courgeau 1997). Et c est bien ce que l on note pour la caractéristique «femme en couple» : dans le modèle 4b, la valeur

146 1298 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL du paramètre estimé est -1,193, l écart-type vaut 0,063 ; dans le modèle 4c, la valeur du paramètre est inchangée à -1,207, alors que l écart-type est multiplié par 3, il vaut 0,187. L effet conjoint des effets fixes au niveau individuel et des effets aléatoires au niveau pays permettent de connaître les gains de variance entre les pays expliqués pour la caractéristique «femme en couple» et pour toutes les autres situations, c est-à-dire pour une personne ne vivant pas en couple ou pour un homme en couple. Comme attendu, compte tenu des analyses antérieures, la variance de la probabilité d être en emploi entre pays est beaucoup plus élevée pour une femme en couple que pour les autres situations : 0,564 contre 0,111. Enfin, dans l étape suivante, il reste à tester la combinaison de cet effet aléatoire avec les facteurs contextuels qui peuvent avoir un effet fixe sur la probabilité d être en emploi au niveau du pays. Parmi les quatre facteurs contextuels construits à partir des données de l enquête Share, le facteur caractérisant le style de vie moderne est celui qui permet de réduire le plus la variance résiduelle entre pays. Autrement dit, un taux plus élevé de personnes partageant un style de vie moderne est positivement associé avec la probabilité individuelle d être en emploi. La constante au niveau pays passe de 0,111 à 0,089 (modèle 4d) et les gains sur la variance entre les pays sont, pour les femmes en couple, plus importants que pour les autres situations : 28% contre 20%. De la même façon, parmi les trois autres facteurs contextuels issus des données Eurostat, l indicateur de dépenses publiques en faveur de l emploi est celui qui permet de réduire le plus la variance du taux d emploi entre les pays : la constante passe de 0,111 à 0,077 (modèle 4e). Dès lors, les gains obtenus sur la réduction de la variance entre les pays sont du même ordre pour les femmes en couple et pour toutes les autres situations, autour de 30%. Enfin, dans un dernier modèle qui combine les effets fixes des caractéristiques individuelles et des facteurs contextuels et les effets aléatoires au niveau du pays et pour la caractéristique «femme en couple», on observe que la constante au niveau pays est inchangée à 0,110 (modèle 4f) par rapport au modèle 4c (constante 0,111). Dans cette configuration, la réduction de la variance entre les pays est surtout sensible pour la caractéristique «femme en couple», les gains se portant exclusivement sur celle-ci, 71% contre 1% pour les autres situations. Et maintenant, du côté des couples, pour analyser la double activité en tenant compte du 2 ème niveau, le pays, nous procédons strictement de la même façon que pour les individus (Tableau 5). Pour le modèle vide, sans effet fixe, la variance entre les pays de la probabilité de double-activité dans un couple est de 0,515 (modèle 5a). Le test, significatif au seuil de 5% (prob=0.039), permet d envisager l existence d un effet pays. L introduction dans le modèle des effets fixes pour toutes les caractéristiques individuelles ne change pas la constante au niveau pays : 0,511 (modèle 5b). La recherche d un effet aléatoire pour chacune des caractéristiques du couple liées à l environnement familial, ne révèle aucun effet significatif. Ce résultat est plutôt conforme à ce que nous avons trouvé pour les modèles individuels précédents, puisque la seule caractéristiques ayant un effet aléatoire était la situation de couple, qui est ici neutralisée puisque la population étudiée est précisément celle des couples. En revanche, l ajout des variables contextuelles testés dans les modèles c est-à-dire le style de vie (modèle 5c) et les dépenses publiques en faveur de l emploi (modèle 5d) permettent, chacune, de réduire la variance entre les pays : la constante au niveau pays passe respectivement à 0,156 (modèle 5c) et à 0,261 (modèle 5d). Enfin, dans le dernier modèle, c est la combinaison des deux variables contextuelles qui permettent d expliquer au mieux la variance résiduelle entre les pays, pour atteindre 0,098 (modèle 5e).

147 SITUATION CONJUGALE ET EMPLOI EN EUROPE 1299 TABLEAU 4 : MULTINIVEAU : PROBABILITÉ DE DOUBLE ACTIVITÉ DANS LES COUPLES OÙ L UN DES CONJOINT A ENTRE 50 ET 59 ANS EN 2004 Modèle 5a Modèle 5b Modèle 5c Modèle 5d Modèle 5e Effets fixes Constante -0,093 (0,242) -0,537 (0,275) -1,427 (0,266) -1,561 (0,386) -1,746 (0,282) Caractéristiques individuelles * * * * Facteurs contextuels (pays) Style de vie 1,886 (0,390) 1,475 (0,378) Dépenses pour l emploi 2,040 (0,648) 1,015 (0,501) Effets aléatoires σ 2 uo (constante) 0,515 (0,250) 0,511 (0,249) 0,156 (0,083) 0,261 (0,132) 0,098 (0,056) (*) Tous les effets fixes des caractéristiques individuelles figurent dans l équation de chaque modèle mais ils ont été volontairement omis dans le tableau pour en faciliter la lecture et l interprétation. Source : Share 2004, exploitation Cnav. Champ : 2670 couples avec un conjoint né entre 1945 et 1954 Discussion La question de l influence des caractéristiques économiques et sociales (état de santé, niveau d éducation, revenus) sur l emploi est largement connue et étudiée dans la littérature économique. En revanche, le poids incontestable de ces variables dans la probabilité d emploi peut conduire à masquer l étude et l influence des caractéristiques conjugale et familiale sur le maintien en emploi après 50 ans. En effet, les travaux traitant de l interaction conjugale et familiale sur l emploi concernent davantage les jeunes couples et la conciliation ou non- de l activité féminine en présence d enfants en bas âge. Notre problématique déplace la question sur les quinquagénaires avec l hypothèse que les générations qui ont connu une forte évolution de leur mode de vie, et notamment des nouvelles formes de conjugalité, pourraient modifier leur rapport à l emploi, et cela dans un contexte où la prolongation de l activité devient de plus en plus nécessaire. Des différences extrêmement fortes se maintiennent à travers l Europe sur le taux d emploi entre les hommes et les femmes et selon la situation de couple. D une part, le taux d emploi des femmes et des hommes est équivalent au nord de l Europe et, au contraire, beaucoup plus faible pour les femmes au sud de l Europe. D autre part, au nord de l Europe, les personnes qui ne vivent pas en couple sont moins souvent en emploi que les personnes en couple et, on observe l effet inverse au sud de l Europe. Les analyses conduites pays par pays révèlent des différences d effet des variables explicatives sur la variable dépendante. De façon plus précise, en Europe du Sud et aux Pays-Bas, la variable d interaction entre sexe et vie en couple est la première variable explicative de la probabilité d être en emploi mais, en revanche, elle n est pas significative au nord de l Europe. Cependant, dans les travaux de comparaison internationale, les analyses pays par pays ne sont pas toujours possibles, à cause de la faiblesse des effectifs observés par pays ou bien à cause du nombre de pays à observer. Il en résulte que l appartenance des individus à différents pays n est généralement prise en compte que sous la forme d une variable explicative, au même titre que n importe quelle autre variable explicative individuelle. Dans cette approche, on explique les comportements individuels uniquement par les caractéristiques individuelles, par des choix personnels indépendamment de tout effet de contexte, de toute contrainte structurelle. Or, on sait qu à l intérieur d un pays, les observations ne sont pas indépendantes les unes des autres : on se situe dans un système hiérarchisé, à deux niveaux : des individus «emboités» dans le pays, partageant des caractéristiques communes.

148 1300 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL Dès lors, les résultats de l analyse multiniveau mettent directement en évidence l importance de la situation conjugale au niveau individuel et au niveau du pays. Individuellement, la probabilité d être en emploi est significativement plus faible pour une femme en couple par rapport à un homme en couple mais, en même temps, la très forte variabilité entre les pays signifie que ce n est pas toujours le cas, quel que soit le pays et qu il faut en tenir compte. De plus, les résultats montrent également l intérêt de traiter des nouvelles formes de conjugalité puisqu elles ont un effet positif sur l emploi, dans les pays où on trouve une plus grande diffusion du style de vie moderne. Pour résumer, la situation d emploi entre 50 et 59 ans en Europe apparaît plus fréquente dans les pays qui ont vu les femmes gagner en autonomie, remettre en question les rôles traditionnels dans le couple. Autrement dit, dans certains pays, la réserve d emploi se situe clairement du côté des femmes. Promouvoir l activité professionnelle des seniors, ce serait aussi promouvoir l emploi des femmes, ce qui suppose sans doute aussi des politiques publiques d accompagnement pour leur permettre d accéder au marché de l emploi, hors des contraintes familiales de la production domestique de soins aux plus jeunes puis aux plus âgés. Ces activités, que les pays du nord ont «externalisé» hors de la sphère familiale, sont assurées dans le ménage dans les pays du sud de l Europe, dont le niveau particulièrement élevé de la cohabitation familiale est une illustration. Mais, plus largement, ces résultats montrent aussi que la question de l emploi des quinquagénaires en Europe ne peut s affranchir de la prise en compte de caractéristiques qui relèvent de la sphère privée, et, en particulier, des formes de conjugalité des hommes et des femmes. En effet, si les ruptures conjugales, qui touchent aussi les quinquagénaires, n ont pas la même ampleur dans tous les pays, la tendance montre tout de même une augmentation générale. Dans ce contexte, on peut faire l hypothèse que les seniors pourraient être incités à prolonger leur activité professionnelle, ne serait-ce que pour se prémunir, pendant leur retraite, du risque de pauvreté qui touche davantage les ménages isolés. C est particulièrement vrai pour les femmes qui ont désormais acquis davantage de droits personnels à une pension de retraite. Par ailleurs, concernant l interaction conjugale dans les décisions de maintien en emploi, certaines tendances commencent à émerger, avec la décision des hommes de différer leur passage à la retraite pour le faire coïncider avec celui de leur épouse. C est ce que met en évidence une étude australienne sur le retour des seniors (55 ans et plus) sur le marché du travail observé depuis 2000 (Kennedy, Da Costa, 2006). Celui-ci résulterait d un durcissement des conditions permettant de bénéficier d'une pension d'invalidité et de mesures fiscales incitatives, mais aussi de ce nouveau comportement des hommes attendant de cesser leur activité en même temps que leur conjointe. BIBLIOGRAPHIE BANKS, J. et CASANOVA, M. (2003) Work and retirement, in Marmot, M., Banks, J., Blundell, R. Lessof, C. et Nazroo, J., Health, Wealth and Lifestyles of the Older Population in England : The 2002 English Longitudinal Study of Ageing, , London, The Institute for Fiscal Studies. BARNAY T. et DEDRAND T. (2006) L impact de l état de santé sur l emploi des seniors en Europe, Questions d économie de la santé, IRDES, n 109, juin. BÖRSCH-SUPAN A. et al., Health, Ageing and Retirement in Europe: first results from SHARE, Mannheim: MEA, ( /documentation)

149 SITUATION CONJUGALE ET EMPLOI EN EUROPE 1301 BÖRSCH-SUPAN A., JÜRGES, H. (coord.), (2005). The Survey of Health, Ageing and Retirement in Europe, Methodology, University of Mannheim, MEA. BLAU, D.M. (1998) Labour Force Dynamics of Older Married Couples, Journal of Labor Economics, no. 16(3), BLANCHET, D. et DEBRAND, T. (2005). Aspirations à la retraite, santé et satisfaction au travail : une comparaison européenne, Questions d économie de la santé, IRDES, n 103, décembre. COURGEAU D. (2004). Du groupe à l individu. Synthèse multiniveau. Éditions de l Ined. COURGEAU d., BACCAÏNI B., (1997). Analyse multi-niveuax en sciences sociales, Population, n 4, EUROSTAT (2005). L Europe en chiffres, Annuaire Eurostat GOLDSTEIN, H. (2003). Multilevel Statistical Models, Third edition, Kendall s Library of Statistics, London. HANK, K. and JÜRGES, H. (2007). Gender and the Division of Household Labour in Older Couples. A European Perspective, Journal of Family issues, Vol. 28, n 3, HARKIN, J. et HUBER, J. (2004). Eternal Youth : How the baby boomers are having their time again. London, Demos. HURD, M. (1990). The Joint Retirement Decision of Husbands and Wives, in Issues in the Economics of Ageing, Wise, D. (ed.) The University of Chicago Press, KENNEDY, S., DA COSTA, A., (2006). Older men bounce back : the re-emergence of older male workers, Domestic Economic Division, The Australian Treasury. LE CONSEIL DE L'UNION EUROPÉENNE (2000), Conclusions de la Présidence Conseil Européen de Lisbonne r1.en0.htm LE CONSEIL DE L'UNION EUROPÉENNE (2002), Conclusions de la Présidence Conseil Européen de Barcelone LISSENBURGH, S. et SMEATON, D. (2003). Employment Transitions of Older Workers : the role of flexible employment in maintaining labour market participation and promoting job quality, Bristol/York : Policy Press/Joseph Rowntree Foundation. OGG, J. et RENAUT, S. (2006a). The support of parents in old age by those born during : a European perspective, Ageing and Society, 26, OGG J. et RENAUT S. (2006b). Les quinquagénaires européens et leurs parents. De la famille ou de l État, qui doit s occuper des ascendants? CNAF, Informations Sociales, n 134. ORGANISATION DE COOPÉRATION DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUES (2006). «Vivre et travailler plus longtemps», OECD, Paris. RASBASH J., STEELE F., BROWNE W., PROSSER B. (2004). A User s Guide to MlwiN, Centre for Multilevel Modelling. University of Bristol. RAY J.-C. (2002). Les gains d activité des jeunes adultes européens sont-ils lies à la générosité des transferts sociaux? Une analyse au moyen des modèles multi-niveaux. CEPS/INSTEAD, Document PSELL, n 132. SÉDILLOT, B. et WALRAET, E. (2002). La cessation d activité au sein des couples : y a-t-il interdépendance des choix?, Économie et Statistiques, INSEE, n , pp

150 1302 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL SINGER, J., (1998). Using SAS PROC MIXED to Fit Multilevel Models, Hierarchical Models, and Individual Growth Models, Journal of Educational and Behavioural Statistics, Vol. 24, n 4, SIRENELLI, J-F., (2003). Les baby-boomers : une génération , Fayard, Paris. WHITING, E. (2005). «The labour market participation of older people», Labour Market Trends, Vol. 113,

151 SITUATION CONJUGALE ET EMPLOI EN EUROPE 1303 Annexes Les étapes de l analyse multiniveau Notation : Variable à expliquer (ou variable dépendante) : Y Variables explicatives : X Effets fixes des variables explicatives caractéristiques individuelles : Xij pour le niveau 1, l individu i facteurs contextuels : Xj pour le niveau 2, le pays j Effets aléatoires des caractéristiques individuelles, niveau 2 (pays j ) Modèle 4a : on observe si la probabilité d être en emploi varie selon les pays (modèle vide). Logit (Π ij ) = Y ij = β 0j β 0j =β 0 +u 0j σ 2 u0=var (u 0j ) β 0j : la constante aléatoire est composée de deux termes : β 0 un effet fixe et u 0j un effet aléatoire (effet spécifique du pays) sachant que u 0j suit une loi normale de moyenne zéro et de variance σ 2 u0 variance entre les pays : σ 2 u0 =0,227 Modèle 4b : on fait entrer les caractéristiques individuelles et on observe les effets fixes, au niveau individuel, sur la probabilité d être en emploi Y ij = β 0j + β 1 X 1ij + β 2 X 2ij +β 3 X 3ij (femme en couple) +. + β n X nij β 0j =β 0 +u 0j σ 2 u0=var (u 0j ) variance entre les pays : σ 2 u0 =0,261 effet fixe (niveau individuel) pour la caractéristique «femme en couple» : β 3 = -1,193 (0,063) Modèle 4c : on teste les effets aléatoires (niveau pays) des caractéristiques individuelles sur la probabilité d être en emploi Y ij = β 0j + β 1 X 1ij + β 2 X 2ij + β 3j X 3ij (femme en couple) + + β n X n ij β 0j =β 0 +u 0j σ 2 u0=var (u 0j ) β 3j =β 3 +u 3j σ 2 u3=var (u 3j ) variance entre pays : σ2u0 =0,111 variance résiduelle entre pays pour la caractéristique «femmes en couple» : σ 2 u3= 0,564 effet fixe (niveau individuel) pour la caractéristique «femme en couple» : β 3 = -1,207 (0,187) (forte augmentation de la dispersion du paramètre β 3 qui témoigne de l effet aléatoire non nul de la caractéristique «femme en couple» : β 3j =β 3 +u 3j ). Avec cet effet aléatoire, apparaît un nouveau paramètre : σ u30, la covariance entre les termes u 0j et u 3j. La variance résiduelle entre les pays dépend des effets aléatoire des caractéristiques individuelles : Var (u 0j + u 3j )= Var (u 0j ) + 2Cov(u 0j + u 3j ) + Var (u 3j ) 2 = σ 2 u0 + 2 σ u30 + σ 2 u3 Modèle 4d : on ajoute, au modèle 4c, un facteur contextuel (niveau pays) : on observe l effet fixe de cette variable explicative «style de vie moderne» sur la probabilité d emploi. Y ij = β 0j + β 1 X 1ij + β 2 X 2ij + β 3j X 3ij (femme en couple) + + β n X n ij + β n+1 X n+1 j (style de vie moderne)

152 1304 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL β 0j =β 0 +u 0j σ 2 u0=var (u 0j ) β 3j =β 3 +u 3j σ 2 u3=var (u 3j ) effet fixe, positif (non significatif) : βn+1 = 0,482 (0,296) La variance résiduelle entre les pays est réduite pour la caractéristique «femme en couple» : de 0,564 à 0,404 ; dans les autres situations (hommes en couple et personnes sans conjoint, elle passe de 0,111 à 0,089). Modèle 4e : idem que pour le modèle 4d, on teste l effet fixe d un facteur contextuel (niveau pays) traduisant le niveau de dépenses publiques pour l emploi dans chaque pays (indicateur eurostat) Y ij = β 0j + β 1 X 1ij + β 2 X 2ij + β 3j X 3ij (femme en couple) + + β n X n ij β 0j =β 0 +u 0j σ 2 u0=var (u 0j ) β 3j =β 3 +u 3j σ 2 u3=var (u 3j ) + β n+2 X n+2 j (dépenses publiques pour l emploi) effet fixe, positif (non significatif) : βn+2 = 0,697 (0,369) La variance résiduelle entre les pays est réduite pour la caractéristique «femme en couple» de 0,564 à 0,404 ; dans les autres situations (hommes en couple et personnes sans conjoint, elle passe de 0,111 à 0,077). Modèle 4f : dans ce dernier modèle, on teste ensemble l effet de deux facteurs contextuels, Y ij = β 0j + β 1 X 1ij + β 2 X 2ij + β 3j X 3ij (femme en couple) + + β n X n ij + β n+1 X n+1 j (style de vie moderne) β 0j =β 0 +u 0j σ 2 u0=var (u 0j ) β 3j =β 3 +u 3j σ 2 u3=var (u 3j ) + β n+2 X n+2 j (dépenses publiques pour l emploi) On observe une forte réduction de la variance entre pays pour la caractéristique «femme en couple», de à Autrement dit, l introduction des facteurs contextuels contribue à expliquer une large part de la variance entre pays pour cette caractéristique «femme en couple». En revanche, cela laisse inchangée la variance (toujours beaucoup plus faible) pour les autres situations. Indicateurs Eurostat TABLEAU A 1 : FACTEURS CONTEXTUELS TESTÉES DANS LES MODÈLES Suède Danemark Allemagne France Pays-Bas Espagne Grèce Autriche Italie PIB par tête 0,83 0,93 0,62 0,65 1,00 0,37 0,00 0,95 0,56 Dépenses totales de protection sociale 1,00 0,81 0,76 0,81 0,61 0,00 0,48 0,71 0,49 Dépenses publiques pour l emploi 0,47 1,00 0,73 0,55 0,60 0,41 0,00 0,35 0,20 Valeurs moyennes agrégées par pays Nombre d enfants 1,00 0,56 0,07 0,66 0,55 0,75 0,00 0,29 0,31 Nombre d enfants dans le ménage 0,10 0,00 0,17 0,43 0,26 1,00 0,92 0,21 0,86 Ménages cohabitant 0,10 0,00 0,22 0,41 0,19 1,00 0,81 0,20 0,90 Style de vie moderne 1,00 0,93 0,33 0,56 0,17 0,26 0,00 0,79 0,01 Note : Pour ces deux séries de facteurs, nous avons choisi de recoder systématiquement chaque variable de façon à ce que le pays avec le score le plus faible prenne la valeur zéro, tandis que le pays avec le score le plus élevé prenne la valeur 1.

153 SITUATION CONJUGALE ET EMPLOI EN EUROPE 1305 Situation de couple TABLEAU A 2 : PROBABILITÉ D ÊTRE EN EMPLOI ENTRE 50 ET 59 ANS EN 2004 taux d emploi 67.5% (9 pays, sans la Suisse) Effets fixes Logit simple Multiniveau (modèle 4b) Multiniveau (modèle 4e ) Constante (0.105) (0.200) (0.226) Caractéristiques individuelles Age (normalisé) (0.030) (0.029) (0.029) Homme en couple (référence) Femme en couple (0.064) (0.063) (0.190) Homme sans conjoint ( (0.148) (0.144) (0.146) Femme sans conjoint (0.118) (0.116) (0.117) Type de ménage Cohabitant (0.060) (0.063) (0.064) Non cohabitant (référence) Style de vie Moderne (0.104) (0.101) (0.103) Classique (référence) Nombre d enfants Pas d'enfant (0.097) (0.096) (0.097) 1 ou 2 enfants (référence) 3 enfants & (0.063) (0.063) (0.063) Présence d ascendants Oui (0.060) (0.060) (0.060) Non (référence) Santé subjective Bonne (0.069) (0.068) (0.068) Intermédiaire (référence) Moins bonne (0.066) (0.066) (0.067) Niveau d éducation Supérieur (0.074) (0.073) (0.074) Intermédiaire (référence) Inférieur (0.063) (0.065) (0.065) Revenus du ménage 1er quintile (0.086) (0.085) (0.085) 2e quintile (0.086) (0.085) (0.085) 3e quintile (référence) 4e quintile (0.090) (0.089) (0.089) 5e quintile (0.092) (0.091) (0.092) Facteur contextuel (pays) Dépenses pour l emploi (0.369) Effets aléatoires (pays) σ 2 uo (constante) (0.126) (0.043) σ u30 (covariance) (0.056) σ 2 u3 (femme en a couple) (0.148) Source : Share 2004, exploitation Cnav. Champ : personnes nées entre 1945 et 1954 Pour résumer, la probabilité d être en emploi pour les quinquagénaires européens est liée à la fois aux effets fixes et aléatoires des caractéristiques individuelles et aux effets fixes des facteurs contextuels (Tableaux A2 & A3). On peut observer que les paramètres estimés dans les modèles logit (1 ère colonne) sont relativement proches des paramètres estimés dans le multiniveau pour les effets fixes individuels (2 ème colonne). En fait, ces paramètres et leur écart-type, sont encore plus proches des modèles logistiques intégrant la dimension pays (voir les tableaux 1 & 2, 2 ème colonne).

154 1306 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL TABLEAU A 3 : PROBABILITÉ DE DOUBLE ACTIVITÉ DANS LES COUPLES OÙ L UN DES CONJOINT A ENTRE 50 ET 59 ANS EN pays (sans la Suisse) 50% de bi-actifs Logit simple Multiniveau (modèle 5b) Multiniveau (modèle 5e) Effets fixes Constante -0,428 (0,139) -0,537 (0,275) -1,746 (0,282) Caractéristiques individuelles Age Age moyen du couple -0,724 (0,056) -0,638 (0,055) -0,707 (0,059) Différence âge homme-femme -0,153 (0,050) -0,027 (0,049) -0,024 (0,053) Type de ménage Cohabitant -0,153 (0,196) -0,045 (0,102) -0,042 (0,109) Non cohabitant (référence) Style de vie Moderne 0,509 (0,191) 0,141 (0,183) 0,142 (0,194) Classique (référence) Nombre d enfants pas d'enfant -0,516 (0,196) -0,405 (0,191) -0,449 (0,201) 1 ou 2 enfants (référence) 3 enfants & + -0,113 (0,098) -0,343 (0,098) -0,389 (0,104) Présence d ascendants Oui 0,361 (0,110) 0,298 (0,107) 0,325 (0,115) Non (référence) Homme niveau d éducation Supérieur 0,065 (0,110) 0,134 (0,133) 0,405 (0,142) Autre (référence) Homme santé subjective Bonne 0,734 (0,115) 0,533 (0,114) 0,604 (0,121) Autre (référence) Femme niveau d éducation Supérieur 0,454 (0,103) 0,396 (0,101) 0,450 (0,107) Autre (référence) Femme santé subjective Bonne 0,461 (0,138) 0,373 (0,133) 0,405 (0,412) Autre (référence) Revenus du ménage 1er quintile -0,704 (0,165) -0,550 (0,161) -0,586 (0,73) 2e quintile -0,795 (0,149) -0,718 (0,146) -0,775 (0,156) 3e quintile (référence) 4e quintile 0,355 (0,129) 0,355 (0,126) 0,405 (0,134) 5e quintile 0,387 (0,132) 0,367 (0,129) 0,426 (0,137) Facteurs contextuels (pays) Style de vie 1,475 (0,378) Dépenses pour l emploi 1,015(0,501) Effets aléatoires (pays) σ 2 uo (constante) 0,511 (0,249) 0,098 (0,056) Source : Share 2004, exploitation Cnav. Champ : 2670 couples avec un conjoint né entre 1945 et 1954

155 Les mutations du marché du travail au Portugal Analyse des données des IOF S, relatives à la dernière décennie du XX ème siècle José Rebelo dos Santos, Escola Superior de Ciências Empresariais do Instituto : Robel odos santos Maria Filomena Mendes, Univesidade de Evora José Eliseu Pinto Introduction Ces dernières décennies ont marqué le monde occidental de changements démographiques profonds, qui se sont traduit par un fort vieillissement de la population et dont les répercussions ne seront comprises que plus tard. Le Portugal n est pas une exception et, bien qu il ne soit pas encore l un des pays européens les plus vieillissants, la baisse de l indicateur conjoncturel de fécondité nous mène vers un profond vieillissement, dont les conséquences ne peuvent nous laisser indifférents. Dans cette étude, nous nous proposons d analyser les changements vérifiés en termes de structures d âge, en nous appuyant sur les Enquêtes des Budgets des Familles (Inquéritos aos Orçamentos Familiares - IOF S), de 1989/90, 1994/95 et 2000/01, menés par l Instituto Nacional de Estatística (INE) et dont les objectifs sont : Étudier l impact des changements démographiques récents au Portugal sur la structure de la population en âge actif et de la population active ; Analyser les contraintes résultantes pour le marché du travail. En termes méthodologiques, nous avons commencé par recoder les variables pour, ensuite, identifier et analyser d éventuelles relations entre la condition face à l emploi (variable dépendante) et le groupe d âge, le niveau d instruction et le sexe (variables indépendantes) ; cette étude a commencé avec une analyse de l homogénéité (HOMALS) suivit d une analyse logit multinomiale. Au niveau de la structure, nous commençons par caractériser le vieillissement de la population portugaise au cours des dernières cinquante années, en nous appuyant sur les données des recensements menés entre 1950 et 2001, pour ensuite pouvoir centrer notre étude par rapport à l analyse des IOF S, et enfin présenter et analyser les résultats. 1. Caractérisation et causes du vieillissement de la population 1.1 L évolution de la population résidante Depuis la moitié du XX ème siècle jusqu au début du XXI ème siècle, la population portugaise s est considérablement accru, passant de près de mil habitants à près de mil habitants. Au cours de cette même période, le nombre de jeunes a considérablement baissé et celui des personnes âgées a beaucoup augmenté, mouvements associés aussi bien à la baisse de la natalité qu à l allongement de la longévité. Le Portugal ne substitue plus les générations depuis 1980 et présente un fort déclin des valeurs de l indicateur conjoncturel de

156 1308 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL fécondité au cours de cette décennie. Le maintien de faibles niveaux de fécondité jusqu à présent est la cause principale du vieillissement, observable inévitablement dans un avenir proche. Un autre élément à prendre en compte est le rôle des migrations internationales, étant donné que le Portugal a été un pays d émigration jusqu aux années 90, ce qui a contribué à l augmentation du vieillissement ; au cours des 10 dernières années, le Portugal est devenu un pays d immigration, ce qui a potentiellement contribué a ralentir le vieillissement au cours de la dernière décennie du XX ème siècle. L élément migratoire, contrairement à la fécondité et à la mortalité, peut, à court terme, être affecté par des décisions d ordre politique (Feld, 2004), qui peuvent soit encourager soit entraver l entrée et la sortie de personnes, avec des répercussions inhérentes sur la structure d âge de la population. Le Portugal est devenu un pays doublement vieilli. La proportion de personnes âgées (65 ans et plus) et des grands âgés (80 ans et plus) sur la structure de la population a remarquablement augmenté, d une part, due à la baisse du nombre de naissances et, d autre part, par l allongement de l espérance de vie. La baisse continue des taux de mortalité, en général et en particulier des plus âgés, se traduit en une aggravation du vieillissement (Coleman, 2003). De cette façon, le vieillissement ne se réduit pas au nombre de personnes âgées et au fait qu elles soient de plus en plus âgées. Le vieillissement est général, touchant tous les groupes d âge qui intègrent la population en âge actif, avec les tranches plus âgées qui assument un poids plus important sur l ensemble de la population en âge actif. Parmi les jeunes, on observe aussi un vieillissement croissant, étant donné qu ils représentent une part de moins en moins importante de la population totale et de la population en âge actif. Le vieillissement mène, non seulement, à un accroissement de l âge moyen de la population, mais il peut aussi être à l origine d une diminution du volume de la population en âge actif, dans la mesure où les cohortes plus âgées sont substituées par des cohortes plus jeunes et moins nombreuses (Carone, 2005). À court terme, cette situation pourrait être minimisée par l encouragement à l immigration, car celui qui immigre est, en général, jeune ; mais à moyen et long terme le problème finirait bien par ressurgir car les immigrants vieillissent aussi (Ekamper, 2006). Même si l on prétend recourir à l immigration pour ralentir le vieillissement, le Portugal devrait «importer» immigrants par an, pendant 20 ans, pour qu en 2021 la relation statistique entre personnes actives et personnes âgées soit maintenue au même niveau que 2001 (Rosa, Seabra, Santos, 2003). Pour la plupart des auteurs, le recours à l immigration pour résoudre la situation du vieillissement en Europe Occidentale est impraticable considérant, parmi diverses raisons, le haut volume de flux d entrées que cela impliquerait (Feld, 2000a). Dans le cas portugais, et parce que nous avons été un pays d émigration, le vieillissement reflète aussi le retour des émigrants qui, entre temps, sont à la retraite et reviennent à leur pays d origine. D après les données officielles 1, bien qu elle existe toujours, l émigration a connue une baisse, par la forte chute de l émigration à caractère permanent (mouvements de sortie vers un pays étranger, avec l intention de s y maintenir pour des durées supérieures à un an), étant donné que l émigration temporaire (mouvements de sortie vers un pays étranger, avec l intention de s y maintenir pour des durées inférieures à un an) s est accrue ces dernières années, ce qui représente trois fois le flux de l émigration à caractère permanent (Peixoto, 2004). Le vieillissement de la population portugaise est le reflet de l évolution qu a souffert la structure d âge au long de la deuxième moitié du siècle passé. La structure actuelle est le résultat de l évolution de la natalité, la mortalité et les migrations pendant tout le XX ème siècle. 1 À partir de 1992, les données concernant le nombre d émigrants sont estimées à partir de l application d une enquête par questionnaire auprès des familles, Enquête aux Mouvements Migratoire de Sortie (Inquérito aos Movimentos Migratórios de Saída), de l INE.

157 LES MUTATIONS DU MARCHÉ DU TRAVAIL AU PORTUGAL Structure d âge Les principaux changements de la structure d âge, au cours de ces 50 années, sont : La diminution très substantielle des individus de moins de 15 ans ; La diminution moins visible du groupe d âge des ans ; L augmentation des individus de tous les groupes d âge, dont le plus nombreux est celui des ans. Il faut aussi noter la forte hausse des classes d âge correspondant à la population âgée. TABLEAU 1 : ÉVOLUTION DE LA POPULATION RÉSIDANTE PAR GROUPES D ÂGE Groupes Les deux sexes (HF) d âge Source : INE, Recensements (tableau réalisé par les auteurs) Sur ce tableau 1, il est possible d observer quelques situations relativement aux dix dernières années, comme par exemple, l accroissement remarquable des grands âgés et la baisse également évidente du nombre de jeunes. Pour mieux comprendre le phénomène de vieillissement et de dépendance (sur le plan démographique et économique), nous analyserons quelques indices et ratios, essentiellement construits à partir des relations proportionnelles entre les segments (potentiel ou effectivement) actifs ou inactifs de la population. L effort de la population en âge actif pour soutenir les jeunes et les personnes âgées potentiellement inactifs, présente une inflexion, après un accroissement continu jusqu au début des années 70, engageant une réduction progressive de l ordre de 5,5% entre 1991 et La contribution à cette baisse généralisée est, naturellement, inverse pour les deux groupes considérés : pour la même période, alors que le poids des jeunes diminue 21,5%, celui des

158 1310 POPULATION ET TRAVAIL - DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE ET TRAVAIL personnes âgées augmente presque de 18%. Dans leurs différentes proportions, le sens de ces tendances est commun aux deux sexes. Ainsi, l évolution apparemment optimiste de cet indicateur cache, en effet, un scénario doublement préoccupant : une forte contraction du contingent des futurs actifs, en synergie démographique négative avec une expansion significative de ceux qui ont dépassé l âge actif (tableau 2). TABLEAU 2 : RAPPORTS DE DÉPENDANCE DES JEUNES, DE DÉPENDANCE DES PERSONNES ÂGÉES ET DE DÉPENDANCE TOTALE Rapport de dépendance des jeunes 2 Rapport de dépendance des personnes âgées 3 Rapport de dépendance totale 4 Années HF H F HF H F HF H F ,4 49,4 43,6 11,0 9,0 12,8 57,4 58,5 56, ,4 49,7 43,4 12,7 10,6 14,6 59,1 60,3 58, ,0 49,6 42,8 15,6 13,2 17,8 61,7 62,8 60, ,5 42,6 38,4 18,2 15,2 20,9 58,6 57,9 59, ,1 31,6 28,7 20,5 17,5 23,4 50,6 49,1 52, ,6 24,6 22,7 24,2 20,6 27,7 47,8 45,2 50,4 Source : INE, Recensements (tableau réalisé par les auteurs) TABLEAU 3 : INDICATEURS DE DÉPENDANCE ÉCONOMIQUE, DE VIEILLISSEMENT ET DE VITALITÉ Années Indicateur de dépendance économique effective des personnes âgées 5 Indicateur de dépendance économique totale 6 Indicateur de vieillissement 7 Indicateur de vitalité 8 HF H F HF H F HF H F HF H F ,6 3,4 49,2 183,2 71,4 573,0 23,7 18,3 29,3 422,1 546,6 341, ,0 4,4 73,9 189,6 64,1 755,1 27,3 21,3 33,6 365,8 470,4 297, ,6 7,4 61,0 190,6 83,4 489,5 34,0 26,7 41,5 294,4 374,5 241, ,9 15,9 51,1 161,6 89,9 299,7 44,9 35,7 54,4 222,9 280,2 183, ,5 21,0 47,1 142,3 94,5 213,6 68,1 55,3 81,5 146,9 180,9 122, ,1 25,6 47,1 125,1 94,4 163,7 102,2 83,6 121,8 97,8 119,7 82,1 Source : INE, Recensements (tableau réalisé par les auteurs) L analyse des indicateurs qui mettent en relation la population effectivement inactive avec la population active employée nous permet d évaluer le phénomène de dépendance audelà du plan strictement démographique (tableau 3). Nous constatons, ainsi, que l évolution en croissance consistante, observable à travers le rapport de dépendance économique des personnes âgées (+11,5%, de 1991 à 2001) est, malgré tout, très amortie par la contention de 2 Population entre 0 et 14 ans, en pourcentage de la population de ans. 3 Population de 65 ans ou plus, en pourcentage de la population de ans. 4 Population entre 0 e 14 ans plus la population de 65 ans ou plus, en pourcentage de la population de ans. 5 Population non active de 65 ans ou plus, en pourcentage de la population active employée de ans. 6 Population totale moins population employée, en pourcentage de population active employée de ans. 7 Population de 65 ans ou plus, en pourcentage de la population entre 0 et 14 ans. 8 Population entre 0 et 14 ans, en pourcentage de la population de 65 ans ou plus.

159 LES MUTATIONS DU MARCHÉ DU TRAVAIL AU PORTUGAL 1311 l accroissement du sexe féminin. Quant au ratio qui illustre la dépendance économique totale, on observe à nouveau un comportement identique à celui de son congénère, déjà commenté antérieurement : une réduction de la dépendance (-12,1%, entre 1991 et 2001), une fois de plus, aux dépens de la forte contraction du contingent des inactifs jeunes mais, à présent, montrant les évolutions de rythme différentiel, selon le sexe (-0,1%, pour le sexe masculin, contre - 23,3%, pour le féminin, pour la même période). Quant au vieillissement démographique, mesuré à partir de la relation entre les deux extrémités de la structure d âge âgées/jeunes- on prend en considération l expressivité des variations en pourcentage présentées par cet indice de dépendance, pendant la dernière période intercensitaire référencée ( ) : +50,2%, pour les deux sexes (51,2%, pour les hommes, 49,5%, pour les femmes). Une référence au fait, également significatif, de l inversion du poids relatif des jeunes face aux personnes âgées, au long de cette même période. D une situation où il y a plus de 4 jeunes par personne âgée, au milieu du siècle passé, nous sommes passé à une autre où, pour la première fois, ce chiffre se situe en dessous de l unité dépassant la population de 65 ans ou plus, en volume, le contingent de jeunes entre 0 et 14 ans, avec une hausse supérieure à 33%, en 10 ans seulement. GRAPHIQUE 1 : POPULATION EN ÂGE ACTIF : AUTRES INDICATEURS Source : INE, Recensements (tableau réalisé par les auteurs) Les autres ratios qui ont connu une majoration continue et consistante de leur valeur sont ceux qui mettent en relation les effectifs plus jeunes et les plus âgés de la population en âge actif (indice de substitution et indice de vitalité), et qui démontrent spécifiquement le vieillissement progressif de ce segment de la population. Le premier ratio, qui se traduit dans la proportion entre les effectifs des groupes décennaux qui limitent cet intervalle, met en évidence une certaine résilience des actifs potentiels, de par l évaluation du caractère stationnaire des valeurs présentées depuis Le deuxième ratio, obtenu à partir de la relation proportionnelle entre les deux sous-groupes qui partagent ce même ensemble en intervalles d âge égaux, révèle une tendance convergente pour la parité entre la part la plus jeune et la plus âgée, en partant d une situation avantageuse pour la première, plus d une fois et demi supérieure, au cours de la moitié du XX ème siècle. Enfin, une brève allusion au fait que les effets inducteurs du vieillissement démographique et de la dépendance économique, décrits antérieurement, soient atténués par l effet contraire d une participation croissante de la population en âge actif au marché du travail, comme le démontre l évolution positive de cet indicateur, bien que celle-ci soit due,

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