DAN DOBRE. MÉCANISMES DÉICTIQUES DANS LE DISCOURS DE PRESSE Le quotidien

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1 DAN DOBRE MÉCANISMES DÉICTIQUES DANS LE DISCOURS DE PRESSE Le quotidien

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3 DAN DOBRE MÉCANISMES DÉICTIQUES DANS LE DISCOURS DE PRESSE Le quotidien 2013

4 Referenţi ştiinţifici : Prof. univ. dr. ANCA COSACEANU Prof. univ. dr. MARINA CIOLAC Şos. Panduri, 90-92, Bucureşti ; Telefon/Fax: [email protected] [email protected] Librărie online: Centrul de vânzare: Bd. Regina Elisabeta, nr. 4-12, Bucureşti Telefon: (0040) /2125 web: Descrierea CIP a Bibliotecii Naţionale a României DOBRE, DAN Mécanismes déictiques dans le discours de presse : le quotidien / Dan Dobre. Bucureşti: Editura Universităţii din Bucureşti, 2007 Bibliogr. ISBN Tehnoredactare computerizată : Daniela Mişu

5 À mes parents

6 Toute ma gratitude à mes collègues A. Cosãceanu et M. Ciolacdu Département de français et à N. Soare du Département de géométrie de la Faculté de Mathématiques d avoir eu l obligeance de se pencher sur le texte de cet ouvrage.

7 un ouvrage qui constitue une véritable "somme" dans la mesure où il touche quasiment à tous les domaines de la linguistique [ ]. Il est clair qu il doit être publié, sa hauteur de vue théorique et le sujet (énorme!) traité le prédestinent à une importante publication [ ] ; le seul danger qu'il encourt, c'est celui de la difficulté de lecture. Georges Kleiber Professeur à l Université «Marc Bloch» Strasbourg

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9 INTRODUCTION 0. «Tout ce qui n est pas clair n est pas français» avait écrit Rivarol en 1784 dans son Discours sur l universalité de la langue française. Mais une loi prétendue telle n est pas exempte de distorsions étant donné la complexité des phénomènes linguistiques et discursifs qui décochent souvent des coups bas à ce souci de clarté dont parlait Rivarol ; car, pour ce qui est du phénomène de la deixis par exemple force est de reconnaître la complexité d une réalité linguisticosémantico-pragmatique à même d engendrer au fil du temps tout un foisonnement de théories tantôt excessives, tantôt trop faibles dont G. Kleiber dans une excellente étude 1 rend compte tout en essayant de donner une définition complète de la deixis. 1. Omnis determinatio est negatio 1. Les formes linguistiques, par l intermédiaire des désignations, rendent possible la construction d un réseau systématique d identifications référentielles qui assurent la cohérence discursive. Identifier dans la conception de A. Culioli 2 signifie que toute notion (lexicale, syntaxique, etc.) est appréhendée par le biais de ses occurrences (événements), c est-à-dire à travers des représentations liées à des «situations énonciatives réelles ou imaginaires» 3. La deixis devient ainsi un «agrégat d occurrences» 4 identifiable à un type ou plutôt à un mécanisme type la relation d ostension référentielle, mécanisme organisateur du champ notionnel dont le fonctionnement est constamment rapporté au sujet et au présent de l énonciation, comme conditions sine qua non de l identification des entités déictiques. Le sujet parlant participe à une opération fondamentale de mise en relation de repérage de l occurrence a en tant qu occurrence de la notion A.

10 2 Dan Dobre 2. Le stade le plus archaïque en ontogenèse (psychogenèse de l individu) comme en phylogenèse (psychogenèse de l espèce) est celui où MOI # ICI # MAINTENANT # AUTRES # TOUT # VRAI # UN # RIEN 5 (où # = non discernable de). Au cours du temps, ce signe de l indiscernabilité fera place à celui de la dichotomie ; car, progressivement le MOI se construit par rapport à l AUTRE, il subit un processus d identification à soi-même tout en se différenciant des AUTRES. 3. À cet égard, au niveau du langage, Culioli propose un mécanisme d identification «la structure en came» étayée sur le caractère privilégié du terme positif comme représentant d une lexie qui n est ni positive ni négative mais compatible avec le positif ou le négatif. Elle explique aussi que le schéma d identification «a souvent un marqueur spécialisé (en thaï ou en khmer) et que la négation d une relation d identification est souvent autre chose que la simple adjonction d une négation à la relation positive» 6 (v. le vietnamien et le japonais). Cette mécanique de la cause caractérise de nombreux systèmes ; ainsi on peut figurer le jeu des déictiques il et ce comme il suit : il 2 il pleut il est arrivé 3 personnes il 1 (unique, référence) ça, ce # Celui ci là qui,, etc. ce ci là qui, etc. De il 1 (= représentant unique masculin) on passe à un indiscernable du type il 2 [ dét. masc., indét. fém.]. Ce système permettra la production des énoncés tels que : Les chats, ça griffe ou bien: Aujourd hui, cela a tué. Je parle de l inoffensif. Cela va en

11 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 3 prison pour meurtre. Cela a saccagé sa vie. Cela vous a vue. Cela a été heureux. (où cela réfère à un homme) 7 - le dernier tiré de Giraudoux. Selon Culioli il existe deux manières de concevoir l identification : 1. l identification de a A à une représentation typique (l indiscernabilité qualitative) ; 2. l abolition de la distance qui sépare les occurrences, chacune déjà identifiée, ce qui produit une identification qualitative à travers l altérité situationnelle (élimination des différences qu on considère non pertinentes ou provisoirement suspendues). Les deux types d identification opèrent de concert dans le cas des marqueurs déictiques concevables en tant qu entités différenciées (altérité prise en compte) et simultanément comme agrégat identifié à un centre (altérités éliminées ou suspendues). Le locuteur et le moment de l énonciation (M 0 ) ont cette aptitude à différencier, aptitude qu on pourrait considérer la source de la négation construite. Si l on s en tient à la conception saussurienne de la négativité du signe, il sera facile à postuler dans ce cas une sorte de négation de second degré. 4. Dans l organisation du système déictique le concept «d attracteurs» («l extrême imaginaire qui caractérise la notion portée à son point d excellence ou d achèvement absolu») 8 associé à celui de «gradient d attraction» (gradation visant la propriété constitutive de l ensemble occurrence attracteur) 9 feront leur jeu. Si l on en vient ad rem, cette mécanique de l attraction graduée est saisissable au niveau de toute une série d occurrences qualifiées de déictiques par excellence et d autres entités qui le sont moins et qui parviennent sans coup férir à élargir le domaine de la deixis à toute la langue (anaphoriques, connecteurs logiques, etc.). Il y aura donc un domaine de validation des occurrences et un autre hybride - des altérations - caractérisé par un gradient d attraction moins fort.

12 4 Dan Dobre 2. L amorphe indiscernable et l individualité 1. Du point de vue psychogénétique, le sujet émerge de l amorphe indiscernable, pour accéder à l individualité de la spécificité du moi et de ce fait à l abstraction de l individu fondu dans le moi universel (l ego), donc dans une autre forme d indistinction. L énonciateur fait double jeu : «l un est de renoncement à la deixis particulière pour se fondre dans la deixis universelle, jouer à fond le jeu de la doxa du conformisme ; l autre de singularisation déictique pour devenir le simple relais de déterminations qui le dépassent et (se) jouent de lui, ou la proie des glissements symboliques vers l indifférencié. Donc, une oscillation entre générique et (auto-) génétique» 10. La deixis pure doit être cherchée, selon P. De Carvalho, dans l antériorité en tant que champ de l inconscient, là où s élaborent les représentations symboliques de l UN dans le non-un. C est pourquoi toute actualisation des virtualités ne pourrait comporter qu un supplément de déicticité («émergence partielle et tronquée de l ego, opérateur permanent»). Tout marqueur recèle ainsi «la trace mémorisée de sa genèse» Toute séquence discursive semble être marquée par la deixis essentielle. «Tout énoncé est nécessairement, essentiellement «déictique» en ce qu il fait toujours référence au présent de l énonciation» 12. À cet égard, P. De Carvalho propose, une échelle de désignation où la présence d un sujet de première personne j arrive construit le point de départ de cette échelle (perception immédiate et immanente). D un gradient plus faible, est la déicticité de la séquence il arrive, valeur réalisée par le rang de 3 e personne du sujet et d un présent délocuté. Le troisième énoncé que De Carvalho nous propose le train arrive se situe à l autre bout de l échelle caractérisé par le gradient le plus faible, car «la désignation de l entité personnelle renvoie par transcendance à une propriété définitoire permanente» 13.

13 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 5 L identification des occurrences déictiques est tenue de rendre compte aussi de ses formes fossilisées (une déictique originaire) : les marques du présent indo-européen (le morphème i dans mi, si, ti) conservent la mémoire d une inscription, d une instanciation, d une manifestation du sujet énonciateur. Pour le français, remarquons la même fossilisation dans le cas des formes dites du futur (manger ai, - as, -a), désinences qui ont pour origine la grammaticalisation de l opérateur avoir, du même ordre que celle (moins avancée) de la forme du parfait (ai mangé) ; le français oppose ainsi, dans le domaine de la deixis verbale une série de formes de présentification (mange, mangera, a mangé, aura mangé) et une autre de représentation (mangeait, mangerait, avait mangé, aurait mangé) Dans l espace du discours où s inscrit l énonciateur, la relation ternaire je même autre joue sur les sables mouvants de la remodalisation dynamique et de la renégation de la «topothèse personnelle» 15. Pour s identifier à soi par rapport à l autre (le rapport UN non UN) le je élimine, se démarque par différenciation et négation sans pour autant sortir indemne : il est investi par les traces de cette altérité et il se montre lui même en montrant «le montreur et/ou le témoin ne servant alors que de prétexte à l épiphanie du montreur» 16. NOTES ET RÉFÉRENCES 1 Kleiber, G.,1986 : Déictiques, embrayeurs, token-reflexives, symboles indexicaux, etc, comment les définir?,l information grammaticale,no 30,pp cf. Culioli, A., 1990: Pour une linguistique de l énonciation. Opérations et représentations, t1, Ophrys 3 ibid.: 95 4 Syntagme employé par Culioli à la même page pour définir le champ notionnel. 5 cf. Bourquin, B., 1990: Ambiguïtés de la deixis, in La Deixis, Colloque en Sorbonne, 8-9 juin, PUF 6 Culioli, A., op. cit. : 96 7 ibid : 97, avec réfèrence aux Cahiers pour l Analyse, n o 9, Le Seuil, 1968

14 6 Dan Dobre 8 ibid. : 98 9 idem 10 Bourquin, G., 1990, op. cit. : Culioli, A., op. cit. : De Carvalho, P., 1990 : Deixis et grammaire, in La Deixis, op. cit. : ibid. :97 14 cf. Bourquin, G., op. cit 15 Terme forgé par R Lafont recelant la totalité des hypothèses et des propositions émises. cf. Madray-Lesigne, F., 1990 : L ici et l ailleurs de la personne en discours. Quelques affinités entre personnes, temps et modes en français, in La Deixis, op.cit. 16 Bourquin, G., op. cit. : 387

15 SECTION A : PROBLÉMATIQUE DE LA DEIXIS Chapitre 1 CONCEPTS FONDAMENTAUX POUR LA DÉFINITION DE LA DEIXIS 0. À partir de G. Frege et de sa sémantique logique redoutablement confrontée aux «expressions indexicales», en passant par la Sprachtheorie 1 bühlerienne qui propose une vision d ensemble du phénomène de la deixis circonscrit par une théorie du langage ciblé sur la dichotomie Zeigfeld vs. Symbolfeld et ensuite par les travaux de L. Wittgenstein 2 imaginant l ostension comme un «jeu de langage», la recherche linguistique a été fortement marquée par les deux tomes des Problèmes de linguistique générale 3 d Émile Benveniste et surtout par l appareil formel de l énonciation que l auteur décrit comme jeu de formes spécialement vouées à dévoiler sous l énoncé (par contraste avec les autres structures grammaticales et conceptuelles) le sujet énonciateur 4. Si K. Bühler avait omis de la description de l appareil formel de la deixis les formes verbales, Benveniste assigne à l énonciation tout le paradigme verbal des formes temporelles. D autres travaux tels ceux de M. Bennett 5, A. Burks 6, F. Corblin 7, L. Danon-Boileau 8, T. Fraser et A. Joly 9, D. Kaplan 10, G. Kleiber 11, J. Lyons 12, R. Montague 13, B. Pottier 14 et bien d autres encore ont délimité et analysé sous divers angles le domaine définitoire des déictiques nommés tantôt indexicaux, tantôt embrayeurs, token-reflexives ou déictiques, expressions qui, selon G. Kleiber, se trouvent à l origine de deux mouvements importants en linguistique : «l abrogation du dogme saussurien langue-discours, le cap étant mis sur les terres de l énonciation, et l avènement de la pragmatique par l élargissement de la sémantique vériconditionnelle aux phrases hébergeant les déictiques» 15.

16 8 Dan Dobre Avant d avancer nos propres idées sur la mécanique déictique, il est absolument nécessaire d analyser les principaux concepts qui opèrent dans ce domaine notionnel afin d éviter les éventuelles «délices de Capoue» offertes par telle ou telle théorie au fil du temps. Vu la complexité du phénomène, cette mise au point s avère nécessaire pour parvenir à une sorte de consensus omnium théorique avant de plonger dans l étude du fonctionnement de la deixis dans le discours de la presse écrite.. 1. Objet, lieu et localisation 1. La découverte de B. Russell selon laquelle Zeus a de l être mais pas d existence, (où l être est ce qui appartient à tout terme concevable, à tout objet de pensée possible, en bref à tout ce qui peut figurer dans une proposition vraie ou fausse et à toutes ces propositions elles-mêmes 16 ) conforte la théorie des objets de Meinong qui puisant sa source dans la psychologie de Brentano fait la distinction entre objets (au sens strict : le chat est sur le paillasson le chat EXISTE sur le paillasson) et objectifs (objets des actes cognitifs l ETRE-sur-le-paillasson-du-chat qui SUBSISTE). On peut donc conclure que les objets idéaux subsistent mais n existent pas (existieren) 17. Tout acte cognitif qu un objectif a pour objet constitue un exemple de connaissance de quelque chose qui n existe pas. Meinong se livre a une tentative d ontologisation de la logique de l usage courant qu on fait des expressions référentielles 18 et dans ce sens l une de ses thèses principales le principe d indépendance de l être-ainsi (sosein) vs. l être (sein) 19 aidera à la solution qu il donne au problème de la référence l Aussersein de l objet pur c est-à-dire au problème des existentiels négatifs (les chimères, les cercles carrés sont des objets même s ils n existent pas) auxquels on peut référer. En bref, la philosophie du langage considère comme objet n importe quel élément de l univers physique ou mental, concret ou abstrait, et donc n importe quelle variable susceptible d être instanciée par un nom ou un syntagme nominal 20. Chaque objet occupe une position de l espace physique (par exemple de l espace géographique : Bagdad Irak) ou mental (la psychologie de Brentano dans la théorie

17 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 9 des objets de Meinong), donc, il peut être logé dans tel ou tel lieu spatial ou temporel. Selon Bastuji, il y a un espace temps comme condition de possibilité à l existence réelle ou virtuelle de tout objet physique ou non. L espace est existentiel et l existence est spatiale car toute existence par un besoin intérieur s ouvre sur un «dehors» spatio-mental, physique et virtuel à la fois, ce dernier étant constitué d un «monde des significations et des objets de pensée qui se constituent en elles» Par les opérations de dénomination (et/ou d ostension 22 ) qu impliquent sémantique, syntaxe et référentialité on localise l objet à l intérieur du lieu ou bien on l identifie à celui-ci. La dénomination selon Bastuji 23 - peut être considérée comme relation de localisation supposant le repérage d une variable x (l objet à dénommer) par rapport à une fraction de la praxis délimitée par une notion selon une formule du type : < x ( AĀ ) > définissant une référence virtuelle pour tout lexème ou morphème qui n est pas encore totalement «grammémisé» 24, c est-à-dire vidé de sens descriptif. Les lieux et les objets peuvent donc être définis comme fractions d un espace physique ou virtuel conformément à une relation de localisation à double sens : Lieu Objet sous-tendue à un axe topologique du type : devant derrière, avant après, sur sous, proche lointain, etc. Malgré son asymétrie la relation de localisation peut être réversible et transitive : le lieu des valeurs démocratiques du monde occidental ( objet) est constitué par les tours jumelles et inversement les tours jumelles (=objet) devient le lieu du champ axiologique. À un certain niveau, on peut même poser leur identité en vertu d une indiscernabilité des indiscernables de l espace mental sous-tendu par les deux types d expressions objet architectural vs. énoncé linguistique. 3. Dans son rapport avec l environnement décomposé ou non en «lieu qualifié» 25, l objet se diversifie énormément surtout dans le lexique selon une mécanique psychologique structurée sur certains acquis de la Gestaltheorie. Selon cette Psychologie de la forme, tout acte perceptif est une structure analysable sur l opposition entre la

18 10 Dan Dobre figure (l objet) et le fond (l espace environnant). La forme est une entité dont les frontières la séparent nettement d un fond qui, à la limite, se retrouve subrepticement sans forme ni limite dans les structures de profondeur de la figure. Bref, «notre champ perceptif» est fait de «choses» et de «vides entre les choses» 26, c est-à-dire «d intervalles : tel est, on s en souvient, l un des sens du mot espace» 27. Cette distinction entre entité et intervalles nous servira à la compréhension de la deixis contextuelle et cotextuelle, et aussi à marquer distance que le locuteur met entre lui en situation d énonciation et l objet montré. S il peut manipuler les entités objectales, il ne peut pas manipuler les lieux, car ils «ne sont pas manipulables» 28 du point de vue de leurs propriétés, mais déplaçables dans l espace euclidien qu ils construisent, espace indifférent à leurs contenus. 4. Cette distinction fondamentale entre objet et fond que nous posons avec Bastuji et tout le discours philosophique qui la précède nous permettra d analyser la deixis dans ses parties constitutives que nous rapporterons tantôt à l espace environnant «ad oculos» de l eccéité linguistique, discursive ou extralinguistique, tantôt à l espace «am phantasma» bühlerien. Mais, trancher entre la localisation d une référence constituée et une deixis en tant que construction référentielle s avère une opération très difficile sinon impossible. C est au moins ce qu affirme L. Danon-Boileau 29 qui en faisant référence à l intervention Ambiguïtés de la deixis de G. Bourquin montre les difficultés auxquelles on se heurte dans l analyse des marqueurs déictiques les plus simples. Il se demande, à juste titre, quelle valeur assigner à là dans un énoncé tel que «Monsieur Bühler n est pas là». C est un marqueur de proximité «géographique» identifiable à ici ou bien un lieu commun de pensée entre le locuteur et l interlocuteur, un espace de la consensualité où se construit sans doute la deixis «am phantasma»? Et l auteur de conclure : «... il semble que la répartition traditionnelle de la deixis est en fait acceptable quand il s agit de localiser une référence constituée, mais qu elle cesse de l être s il s agit à proprement parler de construire une référence» 30. Le premier type de localisation vise une deixis ad oculos (coïncidence

19 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 11 entre ce que je pense et ce que je vois) c est-à-dire entre une représentation de l énonciateur et une eccéité, tandis que le second correspond à une deixis am phantasma (coïncidence entre ce que je pense et ce que je pense que tu penses) Situation d énonciation et appareil formel déictique 0. E. Benveniste définit l énonciation comme la mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel d utilisation, par une conversion individuelle en discours 32. C est une mécanique complexe relevant du système 33 et comprenant trois aspects majeurs : 1. la réalisation vocale de la langue (l énonciation phonique différente des divers individus) ; 2. la sémantisation ( la conversion du sens en mots) ; 3. le cadre formel de l énonciation (l emploi des formes linguistiques). Le locuteur s approprie cet appareil formel et, ce faisant, se pose comme sujet de l énonciation à même d employer les virtualités de la langue dans son rapport avec le monde par le biais de la référence et de la co-référence et aussi de certains termes comme ici, ce, celui-ci, etc. indices d ostension déictique. En se posant comme je de l énonciation, il fait émerger un tu transformable à son tour en je au cours du processus de l interlocution. La prise de parole du sujet énonciateur mettant en marche le système énonciatif mène à la production d un objet linguistique de surface qu est l énoncé entité indépendante de diverses énonciations possibles qui le prend en charge. Les déictiques sont des expressions / unités linguistiques présentes dans l énoncé et qui ont pour propriété de «réfléchir» 34 son énonciation, de l embrayer, c est-à-dire d y intégrer certaines dimensions du contexte énonciatif. Comme D. Maingueneau le souligne, les embrayeurs (les déictiques) ne peuvent pas être étudiés indépendamment de leur position par rapport au locuteur, tandis que le référent d un terme comme chat par exemple peut être détecté dans une classe visible de référents en dehors de toute énonciation ; les déictiques sont donc des

20 12 Dan Dobre signes linguistiques circonscrits dans un réseau de relations énonciatives (personnelles, spatiales et spatio-temporelles) qui permettent la conversion de la langue en tant que système de signes virtuels en discours 35. Une situation énonciative comporte donc une série d éléments que D. Wunderlich 36 formalise comme suit : Sit = < Loc, Aud, d, l + p, Phon, Cont, Présup, Intent, Rel> où : Loc = locuteur ; Aud = interlocuteur ; d = moment de l énonciation ; l, p = lieu et espace perceptif du locuteur ; Phon = particule phonologico-syntaxique de l énoncé ; Cont = contenu cognitif de l énoncé ; Présup = présupposition du locuteur nécessairement liée à l énonciation ; Intent = intention du locuteur liée à cet énoncé ; Rel = interrelation locuteur interlocuteur établie par l énoncé. Les présuppositions comportent au moins cinq composantes : 1. Présup. Loc. = connaissances et capacités du locuteur ; 2. Présup. Aud. = ce que celui-ci présume être les connaissances et les capacités du locuteur ; 3. Présup. Aud. p. = ce qu il présume être l espace perceptif de l auditeur ; 4. Présup. Soc. = relation sociale locuteur interlocuteur ; 5. Présup. Text. = ce qu il a compris des énoncés précédents. Cette formule de Wunderlich nous permet d écrire les expressions 37 des trois dimensions déictiques fondamentales qui trouvent leur actualisation dans les entités linguistiques constitutives de l appareil formel de la déicticité Deixis personnelle 1. Sit p = < Loc, Aud, Phon, Cont > je (nous) / tu (vous), pronoms qui occupent des positions réciproquement interchangeables 39 ; nous et vous sont des formes essentiellement complexes, condensées 40 dont la structure varie avec la situation d énonciation : nous = je + je (+ je...) ; vous = tu + tu(+ tu...) ; je + tu (+ tu... ) ; = tu + il (+ il...). je + il (+ il...).

21 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 13 Nous, c est avant tout moi avec toi ou moi avec lui : «il n y a pas réellement multiplication de je mais extension, illimitation» 41 Je / tu, nous / vous forment la «sphère de la locution» qui renvoie à l univers de la non personne (objets et substituts dont parlent je et tu) et que le pronom il incarne. L insertion du récepteur dans l énoncé peut se faire aussi à l aide d un tu (commutable avec on) générique et d un «datif éthique». Le tu générique a pour fonction de «personnaliser des énoncés impersonnels à valeur générale en remplaçant le sujet universel (on en particulier)» 42 : Quand on lui demande quelque chose, il ne te répond même pas. Par le datif éthique le locuteur est inséré à titre de témoin fictif, sans jouer aucun rôle dans le procès, si bien que sa suppression n altérerait en rien l énoncé au niveau du contenu : Les prix te montent à une allure folle depuis deux ans. Les adjectifs et les pronoms possessifs : mon, ton, nos, vos et le mien, le tien, le nôtre, le vôtre sont comme le signale Maingueneau liés à je et tu par des structures du type : Le N de moi, toi, nous, vous ou bien Le de moi, de toi, de nous, de vous. Certes, il y a encore d autres emplois de la déictique personnelle où le sens situationnel et la référence sont différents : marque de respect, amour, ironie, etc. ; nous en ferons usage lorsque la situation se présentera Deixis temporelle Sit t = < M 0, Phon, Cont > Le point de repère des espaces temporels est le moment de l énonciation (M 0 ), le moment où l énonciateur parle. Cette dimension comprend chez Benveniste la totalité des formes temporelles déterminées par rapport à l ego en tant que centre de l énonciation et cela en relation avec le moment de l énonciation

22 14 Dan Dobre constitué par une «forme axiale» verbale le présent. C est à partir de là que naît la catégorie du temps. Pour G. Guillaume le présent était l endroit binômal (les chronotypes α et ω), infinitésimal où s évanouissait le passé pour construire le futur et inversement l endroit où le futur s effondrait dans la poussière du passé. E. Benveniste distingue dans la langue des entités à statut plein et permanent et d autres qui émergent de la situation énonciative et qui n existent que dans le système d entités que l énonciation crée relativement à l «ici maintenant» du locuteur. Dans un énoncé tel que : Le lendemain de la fête Paul s est promené avec Sophie. 43 l adverbe temporel ne serait pas un déictique, car il n est pas rapporté au moment de l énonciation mais au nominal la fête. Les non-deictiques sont donc fixés à l aide des repères présents dans l énoncé. Voyons maintenant, d après D. Maingueneau, l inventaire des entités linguistiques constitutives de l appareil déictique temporel repérables relativement à M 0 : A. visée ponctuelle 1. Le repère (R) = M 0 : actuellement, maintenant, en ce moment, à cette heure, (coïncidence avec M 0 ) ; hier, avant, avant-hier, matin, soir, autrefois, jadis, naguère, récemment, dernièrement, l autre jour, le + N + (dernier / passé), (antérieur à M 0 ) ; demain, après, après-demain, midi, soir, immédiatement, bientôt, le + N + (prochain / qui vient), (postérieur à M 0 ) ; 2. R M 0 (unités qui réfèrent au repère lui-même) : alors, ce + N + (-là), Prép + ce + N + (-là), où : Prép = à, en, (coïncidence avec R) ; la veille, l avant / avant veille, Quantitatif dém + N + avant / auparavant, plut tôt, le N + d avant / précédent, (antériorité au repère) ;

23 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 15 le lendemain, le surlendemain, Quantitatif + N + après / plus tant, le + N + d après / suivant ; B. visée durative 1. Attitude rétrospective : R = M 0 : durée ouverte (le procès dont on veut déterminer l origine dure encore à M 0 ) : Voilà deux heures que je l attends. durée fermée (le procès est achevé et on évalue la distance qui le sépare de M o ) : Il a plu il y a trois jours. Une certaine instabilité est repérable au niveau de certaines unités linguistiques compatibles ou non avec les deux durées à la fois : compatibilité avec les deux durées : ça fait... que, il y a... que, il y aura... que, ça fera... que, il y avait / a eu... que, ça faisait / a fait... que, voilà... que, depuis ; compatibilité avec la durée fermée : il y a, voilà, ça fait, il y a eu, ça a fait, Quantitatif + N + avant / plutôt ; compatibilité ouverte : depuis. 2. Attitude prospective : a. R = M 0 : dans + Quantitatif + N (évaluation précise) ; dans les + Quantitatif + (qui viennent), d ici / avant + Quantitatif + N, sous + Quantitatif + N, sous + N (N= huitaine, quinzaine évaluation approximative) b. R M 0 : R est postérieur ou antérieur à M 0 (évaluation précise) ; Avant / sous + Quantitatif + N, dans les + Quantitatif (+ N) (qui suivent) (évaluation approximative) Deixis spatiale Sit s = < l + s, Phon, Cont (Présup. Aud. s ) > ici / là / là-bas ; là-dessus / ci-dessus ; près (de) / loin (de) ; en haut (de) / en bas (de) ; à gauche (de) / à droite (de), etc. qui sont des adverbes déictiques 44 locutions et «topologiques» 45 (adverbes et locutions prépositionnelles) :

24 16 Dan Dobre Ici a une double valeur référentielle : il renvoie à un lieu qui circonscrit l énonciateur ou bien à un endroit extérieur à celui-ci ; Là est une expression problématique car la notion de proximité qu elle suppose peut fonctionner aussi dans le domaine des jugements de valeur ; Là-bas introduit indubitablement l éloignement de l énonciateur par rapport au référent ; celui, celle / ceux, celles pronoms démonstratifs simples formés par l adjonction du morphème c aux formes toniques du pronom de la 3 e personne ; (celui, celle / ceux, celles) + (-ci) / + (-là) pronoms démonstratifs renforcés par les particules déictiques ci et là ; ceci, cela, ça, ce pronoms démonstratifs neutres ; ce l allomorphe du morphème -c est une forme neutralisée du point de vue des catégories du genre et du nombre. Dans certains contextes, les pronoms démonstratifs sont susceptibles d ambiguïté déictico-anaphorique : Prends ça! (déictique) Il a beaucoup neigé. Ça va produire des embouteillages! (anaphorique) Cette distinction, opérationnelle dans bien des études actuelles et surtout traditionnelles, ne recouvre, au fond, qu un seul phénomène qui puise sa source à une seule Alma mater qu est la déicticité. ce, cet / cette ; ces adjectifs démonstratifs simples : cette fille ; ce + N / + (-ci / -là) adjectifs démonstratifs renforcés : ce jardin-là voici / voilà les présentatifs signes indexicaux des référents nouveaux qui font leur apparition dans le discours. Ce système comporte cinq distributions 46 : a. suivis d une séquence : voilà / voici le riant avril! b. postposés à Pro ou à SN + qui : Le voilà arrivé! En voici! Les beaux gars que voilà! c. noyaux d une holophrase : Voilà. Et voilà!

25 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 17 d. introducteurs d une P conjonctive : Voici / voilà qu il se met à parler! e. suivis d un SN simple ou complexe marquant la suite : Il est disparu (voici / voilà) sept jours. Ces présentatifs ont pour origine la lexicalisation d une phrase impérative : vois-ci / vois-là et présentent une instabilité situationnelle de leurs valeurs. * Au terme de cet aperçu introductif, nous allons essayer de formaliser le phénomène déictique en tant que système ternaire à concaténation inférentielle. Dans cette perspective, chaque unité systémique comporte une entrée (u) et une sortie (y) ; entre les entités systémiques s installe un rapport de simultanéité inférentielle réciproque et d appartenance. Dans une première approximation qui se veut ponctuelle, nous stipulons un je énonciateur, entité centrale à tout phénomène langagier. Il est tenu à être placé dans l espace et le lieu où il parle. Toute émission verbale connaît un moment zéro (M 0 = le présent) de l énonciation, responsable de la création du domaine spatio-temporel passé et futur du discours : Domaine spatio-temporel lieu je Cet emboîtement circulaire figure la simultanéisation fonctionnelle des trois systèmes. Aux frontières des trois unités

26 18 Dan Dobre s installent des relations pouvant recevoir une description linéaire en termes d entrée et de sortie 47. Dans le cas de la deixis, toute entrée subit dans la «boîte noire» où elle est temporairement logée, une transformation (transition φ) en vertu d un paquet ternaire de règles (lois) transformationnelles (RT) : identification différenciation ostension, qui déclenchent par des mécanismes intimes dont nous allons parler au cours de cette étude, le phénomène de monstration référentielle déictique à double volet : explosion référentielle ciblée sur des référents extérieurs et implosion référentielle ciblée cette foisci sur des virtualités propres à l unité déictique (la sui référentialité). À la base de ce paquet ternaire de règles transformationnelles se trouve une règle primitive fondamentale la présence sine qua non du couple je énonciateur M 0 de l énonciation, les deux termes servant de points de repères originaires. Nous proposons ci-dessus un modèle de fonctionnement systémique des entités déictiques : u=je RT φ autre y=tu u=l 0 (il) RT φ autre y=l u=m 1..n 0 RT φ autre y=m 3 À noter que le troisième système ( 3 ) implique et appartient aux deux premiers pris ensemble.

27 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 19 L état du système est une variable en fonction de chaque entrée envisagée séparement ou des trois entrées (je, L 0 M 0 ) à la fois. Autrement dit, toute variation de telle ou telle entrée aura pour effet des changements au niveau des sorties, un repositionnement de ces derniers dans le champ discursivo-interprétatif par le biais de l ostension. Il peut y avoir des variations au niveau : 1. du sujet énonciateur qui de par sa nature est polyphonique, mais garde toujours constante la place sujet (ps) ; 2. des valeurs spatiales v(s) où s = lieu E, E = domaine de l espace ; 3. du champ spatio-temporel v(t) où t T, T = domaine du temps. Dans ces conditions, l expression formalisée du fonctionnement du système déictique ci-dessus peut avoir la forme : v p (S) v 0-n (s) v 0-n (t) où v, par sa variabilité, marque sa dynamique. 3. Sens, référence et ostension 0. Dans le Dictionnaire de la linguistique de G. Mounin, publié en 1974 par J. Roggero et J. Donato, les concepts de sens, référence, ostension et situation d énonciation émergent nettement des définitions que l auteur donne aux termes de déictique et d embrayeurs. Pour ce qui est du premier, la définition étymologique du grec deiktikos (qui sert à montrer, qui désigne) met en exergue la dimension ostensive de toute une classe d unités appelées par Jespersen shifters terme ultérieurement traduit par embrayeur. Cette classe, plutôt formelle d unités sans dénotation concrète et à référence variable, n a d existence qu en relation étroite à la situation : si la situation n est pas connue l identification du référent devient nulle. À la page 121 du Dictionnaire..., l embrayeur est défini par Jespersen en tant qu une «classe de mots (...) dont le sens varie avec la situation (...) : papa, maman, etc.».

28 20 Dan Dobre Pour Jakobson, ces unités sont grammaticales et non lexicales comme chez Jespersen ; leur rôle est d embrayer le message sur la situation par la référence. Et Jakobson de préciser : «Le caractère particulier des embrayeurs ne réside pas dans une prétendue absence de signification unique et constante, mais dans le fait qu ils renvoient obligatoirement au message» que ce soit le mode, le temps ou la personne. Dans ces deux articles de dictionnaire cités d ailleurs par G. Kleiber dans l une de ses publications 48, on remarque le jeu de toute une série d éléments identificatoires branchés sur les concepts de sens, référence, ostension et situation énonciative Sens et référence. «Vacuité» 49 des déictiques? 1. Rejetons d emblée avec Kleiber la théorie selon laquelle une expression déictique n a pas de sens, mais seulement de référence. Ainsi, les pronoms personnels je et tu ont un sens grammémisé, dirons-nous, descriptivement incomplet, même si dans la situation énonciative il n existe pas de personne repérable dans la sphère de l eccéité. C est ce qui explique d ailleurs l impasse à laquelle aboutit une éventuelle comparaison entre : je vs. train, maison, montagne. Le côté descriptif de l expression déictique est donné en général par l «image du miroir» du contenu sémantique de l entité réelle ou abstraite représentée. À la structure grammémique du pronom il par exemple [SUBSTITUT PRON., MASC., SING., DÉLOCUTÉ, ORIENTATION] s ajoutent d autres sèmes plus «descriptifs» : [HUMAIN, MÂLE, ANIMÉ] s il s agit d un homme, [ANIMAL, MÂLE, ANIMÉ] pour un animal et [OBJET CONCRET / ABSTRAIT, -ANIMÉ] pour les objets, ce qui assure une couverture dénotative à l expression déictique en question. Admettons avec G. Kleiber 50 qu entre je et train du point de vue de la dénotativité il n y a qu une différence de degré qui trouve son reflet dans la difficulté d établir les conditions de vérité d un déictique ce qui n entraîne pas l absence de telles conditions de vérité.

29 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien Si l on pense maintenant à B. Russell et surtout à la question qu il s était posée sur l existence / inexistence du sens d une phrase tant qu elle n a pas de référent dans la réalité, on peut affirmer que les déictiques en tant qu expressions à référence unique semblent se retrouver dans la même situation ; mais il faut remarquer que cette insuffisance sémantique de l occurrence est comblée par la présence d un référent contextuel, co-textuel ou extralinguistique diversifié et qui constitue, selon Strawson 51, autant d occasions d usage d une expression. On peut donc distinguer entre expression déictique (occurrence) vs. l usage de l expression (de l occurrence) vs. l énonciation de l expression. Ainsi deux journalistes placés dans un contexte pragmatique identique peuvent faire le même usage de la même expression déictique au cours de deux énonciations différentes : Ce roi belge est sage est une phrase dont deux journalistes, un Français et un Belge, pourront faire usage synchroniquement sans que leurs énonciations différentes en affectent le sens ; mais on peut user différemment de la même occurrence selon que leur référent se place dans un contexte pragmatique différent : Ce roi de France est sage comportera deux usages différents dans deux contextes pragmatiques temporels différents (t 1 t 2, selon qu il y a ou non un roi en France au moment de l énonciation e 1 t 1 et e 2 t 2 ). Voir les deux schémas suivants : 1. journaliste contexte pragmatique (Cp 1, t 0 ) français énonciation (e 1 ) même usage (u) en 2. journaliste contexte pragmatique (Cp 1, t 0 ) belge énonciation (e 2 ) 1. journaliste x u 1 Cp 1 t 1 e 1 2. journaliste y u 2 Cp 2 t 2 e 2 3. À l encontre de Benveniste 52 et de C. Kerbrat-Orecchioni 53 qui reconnaissent aux expressions déictiques un sens et non une classe dénotative, nous soutenons avec Kleiber l idée d un sens descriptif, relativement inné, ajouterons-nous, qui n atteint sa complétude qu en

30 22 Dan Dobre usage. L entité déictique pointe vers un référent selon sa structure sémique, notamment selon son noyau sémique l expression la plus forte de sa charge sémantique. Ces considérations expliquent pourquoi, une séquence du type celui homme est impossible : [pron. dém.] [nom]. Pour ce qui est des unités ici ou maintenant, «l endroit présent» et respectivement «le moment présent», ces deux instances constituent les référents et simultanément les noyaux sémiques des deux occurrences ce qui rend possible l usage de la seule expression déictique en l absence de tout référent «visible» dans l énoncé. Le premier peut parfois être glosé : ici, dans la maison. Même simultanéisation aussi pour les pronoms personnels ; dans le cas de je, par exemple, son noyau sémique [LOCUTEUR] pointe (en vertu du sème + ORIENTATION] vers un objet animé du domaine de l eccéité caractérisé par le même noyau sémique. Au fond, et c est là notre thèse 54, la déixis est une combinatoire à base classématique entre l occurrence et le référent in absentia / ~ praesentia, thèse que nous allons exposer in extenso dans la dernière section de ce chapitre Déicticité et référentialité 1. Certaines théories exposées au Colloque en Sorbonne du 8 9 juin 1990, parties de l idée que le nom commun employé en discours n avait d autre fonction que de construire la référence d un individu spécifique, ont attribué à la deixis une caractérisation inhérente à l emploi pur et simple de toute entité nominale en discours 55. Làdessus, Danon-Boileau reprend de l intervention de P. de Carvalho 56 l exemple suivant sur le latin : pater adest ne veut pas dire «il y a un personnage paternel qui est là», mais «mon père», «ton père» ou «son père» est là. En ce sens, pater est pétri de deixis 57 On peut donc affirmer que le nom commun en discours comporte une déicticité originelle qu on ne pourrait rattacher à la déicticité des démonstratifs, par exemple, mais qui diffère en quelque sorte de la référence des noms propres (N pr.).

31 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 23 Pour ce qui est du sens de la référence de ces derniers, la théorie causale de Kripke 58 s avère insuffisante, car le même nom propre, Paul, peut servir d étiquette à plusieurs personnes. 2. Conrad essaie de la corriger par sa règle pragmatique de référence : «John peut être utilisé afin d accomplir un acte de référence réussi, si et seulement si, il y a dans le contexte exactement un X qui peut être appelé John, et si cet X est effectivement le référent intentionnel, et si l interlocuteur comprend qui c est le référent intentionnel» 59. Conrad n aboutit pas à résoudre complètement le problème en raison de la circularité et des inconvénients que cette règle pose. L essentiel, c est de savoir faire la différence entre la référence «dénominative» ou «propriale» des Npr. vs. la référence «descriptive» des noms communs dont parlent J. Lyons et G. Kleiber. Si pour le mot chat écrit K. Jonasson 60 - la référence est réussie, car le mot n est pas vide de sens (il possède un contenu sémique indéniable), pour le nom propre la situation semble changer étant donné que, selon certains chercheurs, une vacuité sémantique le caractérise intrinsèquement. 3. Avec P. de Carvalho 61 et J.- Cl. Chevalier 62 nous soutenons que tout N pr. possède au moins un paquet restreint de propriétés : Un signifiant sélectionnerait et désignerait en quelque sorte activement les objets, qui à l exclusion de tous les autres correspondent à la «description» qu il propose 63. Dans notre conception, le N pr. est une «étiquette» collée sur une «conserve» vide qui situationnellement est remplie d un contenu. Le contenu peut avoir un sens général valable pour un public très large le cas des personnalités ou bien un sens particulier valable pour un nombre restreint de personnes : famille, groupe professionnel, etc. Dans cette perspective, il faut admettre avec M. Launay 64 que le signifiant par lui-même n est pas en puissance de faire «activement» référence à quoi que ce soit et que c est l usage qu on fait de certaines propriétés qui crée la référence. Il faut donc conclure avec Jonasson qu entre les N pr. et les noms substantifs il n y a aucune différence de nature mais de degré

32 24 Dan Dobre «et c est que ici se révèle le caractère déictique au sens habituel, purement lexico-descriptif, de ce terme des noms propres» 65. Par rapport aux pronoms qui ont un contenu notionnel, les noms s assortissent en plus d une certaine transcendance, ce qui fait que leur «capacité de référence» ne puisse s accomplir qu en fonction du locuteur. 4. Le contenu descriptif des noms communs, propres et même des déictiques semble motiver une certaine gradation de la tension descriptive ; c est dans ce sens-là, qu il faut contredire F. Corblin qui, parti des observations de P. T. Geach 66 sur la «nomination indépendante», doute du contenu nominal du démonstratif et de la capacité de celui-ci d identifier le référent. Il écarte comme non déictique toute expression qui met en jeu le contenu descriptif du mot dans la construction de la référence elle-même. Ainsi, dans une structure du type ce+n, c est l occurrence qui crée la référence que le sens descriptif du N comble par la suite. Selon Danon-Boileau, occurrence et lexème font jouer deux propriétés différentes : pour le nom en tant qu extraction d un objet de la classe des objets et pour l occurrence ce, l ostension, malgré son caractère discriminant, ne peut pas être explicitée. Et Boileau de rappeler également que chez Bühler, dans l analyse de la déicticité d une construction comme ce+livre, l essentiel est de savoir ce qui revient au geste qui accompagne la parole, au déictique ce et au contenu de sens du nom livre. 5. Dans leur intervention, B. Bosredon et Sophie Fischer 67 constatent que l emploi de cette séquence comme étiquette («désignation par nomination») est impossible. Si dans le + N l emploi de l article construit l unicité par auto-repérage de l objet, une sorte de «bouclage» qui transforme une occurrence image en la représentation d un objet «unique» (Le joueur de flûte, par exemple), au contraire, au moyen de ce le locuteur marque une construction référentielle cantonnée dans l acte énonciatif lui-même. Bref, «La deixis permet à l énonciateur et au co-énonciateur de capter un objet en situation selon un processus référentiel qui rajuste perpétuellement cette saisie à partir d un système de repérage propre à l un et à l autre des participants» 68.

33 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 25 Pour que la séquence ce+n soit valide en posture d étiquette légende titre d une oeuvre d art, elle devrait avoir la capacité d instancier une relation prédicative : cet imbécile! ou Ce tableau est un X. Quant à la structure un + N employée dans des exclamations, elle comporte une valeur déictique, mais comme étiquette elle peut être considérée un dérivé par sous-catégorisation 69, et où l indéfini serait un article de second degré 70. Au contraire, le défini semble être par nature le type même du déictique 71 en concurrence avec les démonstratifs qui, dans le courant du terme, constituent les marqueurs déictiques par excellence 72. Dans son intervention déjà citée, P. De Carvalho, parti de N. Beauzée 73, fait remarquer le fonctionnement de l adjectif ce en tant qu article, argument supplémentaire pour justifier une suite comme : article déictique lexème licite pour les langues où la construction d une référence nominale présuppose la présence d un lexème sous forme d argument. Dans ce cas, «la construction de l actance primerait sur la construction de l occurrence» Extraction / détermination 0. La deixis régit, entre autres, certains processus discursifs, et là, les procédés d extraction et de détermination par référentialisation thématique du présentatif c est... qui/que semblent être les plus à même de dessiner, à côté des autres techniques, la structure thématique du discours. Anne Claude Berthoud, confortée par l étude de C. Rouget et L. Salze 75 sur le présentatif c est... qui / que aussi bien que par les remarques faites par L. Danon Boileau et G. Kleiber, sur la deixis définie comme affectation d une propriété différentielle, pose comme essentiels deux types de référentialité de l expression déictique : 1. l extraction (indexicalisation à même d extraire une entité d une classe) : Qui est la femme que tu as aimée? C est cette femme que j ai aimée. 2. la détermination (à effet généralisateur, de conceptualisation par l inscription d un objet particulier dans une classe) :

34 26 Dan Dobre Qui est la femme là-bas? C est cette femme que j ai aimée. À remarquer pourtant que dans ce type de structures il existe une sorte de surréférentialité déictique, valable aussi dans les autres contextes où l occurrence cette est remplacée par un article défini / indéfini ou bien par un pronom démonstratif : Qui as-tu aimé? C est la / une femme que j ai aimée. (extraction) Cette double ostension est-elle nécessaire? Bien sûr que non, car la réponse pourra avoir la forme : C est mon fils / Marie que j ai aimé(e) etc., le double renvoi référentiel ayant un rôle majeur dans le renforcement de l ostension Tout mot grammatical est capable de référence 0. À l opposé de bien des théories qui font les «délices de Capoue» du lecteur, il faut admettre que tout mot grammatical est capable de référence et que dans un syntagme nominal le nom substantif ne fait qu apporter tardivement une identification qualification au référent produit «substantivement» par le démonstratif 76. Le nom devient un apport à un support constitué par différentes sortes d articles. Pour De Carvalho l article institue «dans le présent délocuté une personne 3 e qui reste à identifier par un syntagme nominal et que l article démonstratif ce / cet / cette pose dans l espace extérieur circonscrit présentement et provisoirement par le regard, alors que les articles traditionnellement reconnus pour tels l inscrivaient dans l espace mental du locuteur qui est permanent et antérieur à toute situation locutive» 77. Et De Carvalho de remarquer qu à la différence des démonstratifs latins ou ibériques, l «article démonstratif» ce / cet / cette a pour signifié, entre autres, dirons nous, une prise de position au sens opératif, de renvoi à l extérieur. Ainsi, dans un énoncé tel que : Ce chien qui vient d être écrasé... ce renvoie explicitement au chien qu on a présentement sous les yeux.

35 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 27 Pour ce qui est des pronoms démonstratifs : celui (ce lui), celle (c elle) et ce φ ci/là, ce sont indubitablement des syntagmes «hypostasiés» prêts à l emploi dans des mots composés. Comme tout «article démonstratif», ils ne peuvent pas être utilisés en ostension différée 78, car il «pointent» par le biais du mécanisme classématique que nous allons décrire vers un référent précis. En échange, la «neutralité» de ça permet une confusion référentielle que seule la situation d énonciation peut désambiguïser. Dans : Pierre a acheté ça. 79 ça peut être renforcé gestuellement pour désigner un journal ou bien il peut référer à l entreprise qui l a produit, etc. 80 En guise de conclusion, postulons que toute entité grammaticale de par le sémantisme qu elle suppose est apte à faire un couplage référentiel adéquat Egocentrisme et référentialité 1. Le renvoi que toute unité déictique fait à la situation d énonciation s accomplit par l intermédiaire du sujet locuteur qui, au cours de son activité langagière subjective et objective à la fois projette sa subjectivité première dans le miroir d une autre subjectivité que ce soit individuelle (le tu) ou sociale 81. Dans leur rapport clé avec le réel, les pronoms personnels, qu ils soient existentiels ou ontiques 82, projettent l ici et l ailleurs auxquels se réfèrent les coénonciateurs de l échange verbal 83 et assurent l ancrage fondamental du sujet de l énonciation et l identification du référent de l expression déictique. Le locuteur s ennoblit ainsi du rôle de centre de la deixis, d où la dénomination de particuliers égocentriques forgée par B. Russell assignée aux expressions dont la dénotation est relative au locuteur 84. C est à partir du je qu on calcule l autre 85 en tant que localisation personnelle (tu, nous, vous, mêmes, etc.), spatiale (ici, là, là-bas) et temporelle (maintenant) Comme G. Kleiber l avait déjà remarqué, la thèse de la réduction ultime des déictiques à je, «thèse de l égocentrisme», attire

36 28 Dan Dobre des retombées bénéfiques sur les plans philosophique et psychologique, voire psychanalytique : 1. le moi qui se pose «en tant que prise de pouvoir sur lui et sur le monde» 87 est plus fort que 2. le je par le biais duquel on ne regarde que l image du monde ; c est pourquoi ce je n est pas une forme vide comme l affirme P. F. Strawson 88, il se remplit des traits du locuteur et de l interlocuteur comme images du monde. 3. E. Benveniste en 1966 postulait dans ses Problèmes de linguistique générale l implication réciproque des deux personnes fondamentales qui facilite la construction du domaine de la personne comme une dualité à laquelle s oppose l unicité de la non personne. Ce type de relation ouvre à tu la possibilité de devenir je et inversement, on peut donc parler d un UN devant un AUTRE qui n est que momentanément différent La réflexion philosophique, la polyphonie bakhtinienne et la pragmatique intégrée de Ducrot posent l hétérogénéité du je, son éclatement énonciatif, ce qui nous autorise à lancer la thèse d un «éclatement déictique»correspondant. À cet égard, le discours du journaliste est égocentrique par excellence, tout en étant polyphonique par excellence : rédacteur en chef, patron, chef de parti, personnalité politique, etc. 5. Mais, tout en montrant, le je en situation se montre lui-même. La conquête de son identité subjective se rejoue sans cesse 90 dans le contexte menaçant supposé par le rapport moi (le journaliste) vs. ça les autres (pouvoir, groupes d intérêts, patrons, mafia, etc.) et qui constitue d ailleurs la relation fondamentale à l articulation du MÊME et de l AUTRE. Malgré les contre-exemples fournis par les entités référentiellement opaques (ce chien), apparemment incapables d être identifiées à partir d un centre déictique formé par le je énonciateur 91, nous réaffirmons la mécanique de la situation d énonciation qui permettait des repérages du type : maintenant = le moment où je parle ; ici = l endroit où je parle ; ce chien = le chien dont je parle.

37 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien Dans la perspective du sens grammémique et descriptif des entités déictiques, la sui-référentialité de je (et évidemment des autres unités les «token-réflexives») 92 ne fait que conforter l idée que les déictiques ont leur propre référence. À notre avis, tant que le référent «plein» n est pas en vue pour mettre en branle un éventuel couplage classématique, le sème de l ostension, caractéristique aux déictiques, n oriente pas à lui seul la référence de l entité vers l unité référentielle que ce soit elle-même (d où le terme de «token-réflexives») ou une autre instanciées discursivement. À cet égard, Benveniste écrivait que : «je se réfère à l acte de discours individuel où il est prononcé et il désigne le locuteur» 93. Comme G. Kleiber le remarque dans la publication citée auparavant, la token-réflexivité assignée de manière exclusive aux expressions déictiques finit par être abusive : «je désigne malgré tout le locuteur (c est-à-dire quelque chose d autre que le token du je) 94. Ce token représente à notre avis l expression considérée dans sa valeur absolue Unités topologiques et référentialité 0. À n en pas douter, chaque entité déictique signifie une description définie d un certain type capable d une explosion ostensive extraréférentielle et en même temps d une implosion ostensive («suiréférentielle»). Notre mécanique classématique, fonctionnelle dans le double jeu pavlovien ostension noyau sémique, semble bivouaquer dans le camp des thèses descriptivistes enrichies d une tokenréflexivité non réductionniste qui asserte que «le sens d une expression déictique (d un token-réflexif) est tel que l identification du référent passe nécessairement par la prise en considération de l occurrence (ou token) du déictique» 95. C est pourquoi une étude comme celle de J. Ch. Smith 96 sur les adverbes spatiaux ici / là / là-bas qui sera analysée dans le dernier chapitre de notre ouvrage semble être justifiée. Ces structures sémantiques constituent aussi les référents implosifs sui-référentiels de ces trois expressions linguistiques.

38 30 Dan Dobre Même fonctionnement dans le cas des topologiques dont parle Bastuji : prés (de), devant, dans, sur le bord (de), au bout (de), dans le coin dont le noyau grammémique [+SPATIALITÉ] que ce soit interne / externe est accompagné d autres sèmes tels que : ORIENTATION VERTICALE / ORIZONTALE, FRONTALE, LATÉRALE, ANTÉRIORITÉ / POSTÉRIORITÉ, INFÉRIORITÉ / SUPÉRIORITÉ, À DROITE / À GAUCHE, etc. Ces unités réalisent le repérage locatif de l objet cible par rapport à une entité mieux établie (le site) 97 selon la relation syntaxique : N cible V prép. Locatives N site repérable dans un exemple tel que : Les clés se trouvent dans le tiroir. 98 CIBLE SITE Contextuellement, dans l emploi de telles expressions, le locuteur reste le repère privilégié : «Témoin privilégié, le locuteur peut toujours choisir de se définir comme repère et de faire de cette assertion contextuelle une orientation déictique» Le concept de distance dans le calcul de la deixis spatiale 0. Dans la structuration de la deixis spatiale, à part le locuteur, compris comme origo centre du système, le concept de distance joue un rôle important dans le calcul de la proximité et de l éloignement de l énonciateur par rapport au référent. Selon G. Kleiber, la pertinence de ce concept est translinguistique et transcatégorielle 100 parce qu elle fonctionne tant pour les présentatifs (voici, voilà) que pour les démonstratifs ce N-ci, celui-ci/celui-là ou bien pour les adverbes ici/là/là-bas. Une opposition fondamentale du type proximal/distal n est pas pertinente 101 car les unités linguistiques marquent souvent des valeurs paramétriques intégrant parfois les interlocuteurs mêmes. Dans son intervention au Colloque en Sorbonne du 8-9 juin , Jack Feuillet étudie les divers éléments qui font leur jeu dans la représentation de la distance. Ainsi, il parvient à repérer au niveau des

39 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 31 langues en général trois grands systèmes à orientation différente (unique, double et multiple) où le marquage de la distance se fait à partir de l ego, des autres personnes ou des deux à la fois. Dans ce qui suit, nous allons présenter en synthèse les principales caractéristiques des trois systèmes envisagés parfeuillet. 1. Systèmes à orientation unique. Ce système égocentrique marque la distance par rapport à l origo moyennant une opposition : 1. à deux termes proche/non proche dichotomie la plus répandue dans le monde des langues (français, anglais, allemand et presque toutes les langues slaves et sémitiques, etc.) 2. à trois termes : en latin hic (1 e personne), iste (2 e pers.), ille (3 e pers.) ; en géorgien es (proche du locuteur), eg (proche de l auditeur), is/igi (termes moyens). Étant donné la valeur paramétrique de la distance, «il n est pas toujours facile de décider si le système est plus orienté vers la distance que vers la personne» 103. Mais ce qu il faut surtout remarquer, c est la tendance à la neutralisation des oppositions 104. Le démonstratif indiquant la distance par rapport au locuteur, unité déictique caractérisant le système ternaire, peut présenter des structures différentes, marquant soit la distance relative (proche/moins proche), éloigné 105, soit une opposition du type proche/éloigné/neutre 106. Tout en renvoyant à un référent très éloigné, le troisième terme finit par se rendre invisible à termes multiples. Ce sont des systèmes assez rares. En malgache, par exemple, il y a des marqueurs pour au moins sept valeurs paramétriques différentes : distance nulle ou irréelle, distance réelle mais indéfinie, très faible, faible distance, grande distance et très grande distance Systèmes à double orientation Ce sont des structures déictiques impliquant au moins trois termes orientés simultanément sur le locuteur ou bien sur l auditeur. 1. Dans ce champ épistémologique, les systèmes à trois termes semblent être les plus fréquents ; ils «ont un terme pour exprimer la proximité par rapport au locuteur et un autre pour celle par rapport à l auditeur» 109. Vu que le second (iste du lat., par exemple) est moins marqué sémantiquement (comme hic et ille), il est difficile

40 32 Dan Dobre de savoir si l on à faire à un système orienté sur la distance ou sur la personne 110. W. A. Foley 111, P. S. Aspillera, 112 C. S. Ruiz 113 et d autres ont mis en évidence pour le korafe, le tagalog et respectivement le quechua une zone extérieure à celle de la locution. En korafe, par exemple, à e et à a s oppose o, une location se trouvant en dehors de l espace occupé par le locuteur et l auditeur. Dans d autres langues, comme le japonais ou le drehu, le troisième terme réfère à une entité «mémorielle» ou «invisible». 2. Les systèmes à plus de trois termes orientés vers les personnes sont moins nombreux. Feuillet cite Tucker pour le pokot et Hagège pour le palau où la distance calculée par rapport à l égo connaît des valeurs segmentales telles que : proche ou un peu plus loin de l ego, proche de l auditeur ou éloigné de l un et de l autre. 3. Plus on multiplie le nombre des termes, plus les structures se raréfient. C est le cas des systèmes à plus de quatre termes 114. Le cibemba, par exemple 115, utilise cinq démonstratifs qui, combinés, réalisent des valeurs spatiales différentes relativement aux protagonistes de la communication : ù-nó (très proche du locuteur) / ù- yú (plus proche du locuteur que de l auditeur) / ù-yóò (à égale distance des interlocuteurs) / ù-yò (tout proche de l auditeur) / ù-lyà (éloigné des deux). 3. Systèmes à orientation multiple L un des moyens d actualisation de ces systèmes fait appel aux formes démonstratives qui connaissent des variables morphologiques de genre, de nombre et de cas. Souvent, la nature du référent détermine le choix de l entité déictique, comme en Yidiny 116. En japonais, il existe des formes ciblant les choses, les personnes (des déterminatifs «courtois» et des formes révérencieuses). Plusieurs facteurs interviennent dans l étude des systèmes à orientation multiple : 1. La visibilité : les systèmes à quatre ou à cinq termes peuvent utiliser une occurrence renvoyant à quelque chose d invisible ; et Feuillet cite l exemple du malgache qui possède sept entités pour la référence «visible» et sept autres pour la référence «invisible». Dans la même publication, Anderson et Keenan

41 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 33 découvrent le même phénomène en kwakwalà où les démonstratifs de 1 e, 2 e et 3 e personne sont divisés en visible / non visible, opposition qui ne recouvre pas parfaitement celle de l absent et du présent L étendue : la dichotomie ponctuel / extensif connaît en malgache, par exemple, des actualisations du type distance nulle et irréelle / distance réelle, mais indéfinie. Selon Domenichini- Ramaramanana cité par Feuillet, la subjectivité du locuteur et la massivité objective du référent, personne ou chose, déterminent l opposition ponctuel/extensif. D autres langues, comme les langues esquimaudes établissent des corrélations entre extensivité et mobilité du référent de même qu entre compact (restreint) et stationnaire. 3. La verticalité : certaines langues utilisent des unités pour exprimer la hauteur du référent par rapport au locuteur. En fore, on a le système suivant : distance relative má : (position du locuteur) pi (position de l auditeur) má (proche en haut) mi (proche à la même hauteur) né (proche en bas) Verticalité maré (midistance ; même hauteur) mayà (éloigné en haut) maró (éloigné ; même hauteur) mo (éloigné en bas) (Foley, 1986 apud Feuillet, J., p. 242) 4. La topologie géographique : parfois, les coordonnées géographiques sont grammaticalisées dans les occurrences déictiques : l emplacement de la mer, de la rivière, l aval, l amont, la verticalité de la montagne, etc. Ainsi, le groëlandais parvient à se construire un système déictique complexe de près de 90 termes ; il fait intervenir des éléments comme : les points cardinaux, la verticalité de la montagne par rapport à la mer, l intériorité / l extériorité, etc. Même

42 34 Dan Dobre jeu de l environnement spatial dans la configuration du champ déictique dans le yupik : Étendu restreint obscurci man a tauna tamana tauna ukna aûgna agna qaûgna qagna un a unegna paûgna pagna ingna ikna kiûgna keggna kan a ugna pingna pikna Remarque proche du locuteur proche de l auditeur inna mentionné auparavant s approchant du locuteur amna s éloignant du locuteur akemma de l autre côté qamma à l intérieur ; en amont qakemna à l extérieur camna en bas ; vers la rivière cakemna en aval ; sortie pamna là haut ; éloignement de la pakemna rivière au-dessus (Anderson-Keenan, apud Feuillet, J., op. cit.: 243) La distance ne peut s actualiser qu à partir du locuteur en tant qu origo, élément central du système. À cet égard, trois systèmes essentiels ont découpé la réalité (et ont été découpés par cette même réalité). distal loc proximal moyen aud Espace topologique bidimensionnel 1 Ce système ne retient que la distance relative au locuteur. Il est construit sur les oppositions proximal / distal ou proximal / moyen / distal

43 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 35 loc voisinage du locuteur + + zone neutre + voisinage de l auditeur aud Espace topologique bidimensionnel 2. Ce deuxième système comprend l espace des deux protagonistes de la communication et une zone neutre n appartenant à aucun des deux loc invisible mémoire absence subjectivité visible étendue extériorité intériorité verticalité aud Espace vectoriel multidimensionnel qui résulte du jeu subtile de toute une série de facteurs qui tiennent des données sensibles comme : la vue (visibilité), géométriques (étendue, verticalité, horizontalité, intériorité), géographiques (eau, montagne) ou bien mémorielles, non visibles, absentes ou subjectives. Les valeurs paramétriques instituées par la richesse des expressions déictiques des diverses langues contraintes à faire des découpages généraux et particuliers dans la réalité, peuvent être mieux décryptées si l on fait appel aux concepts mathématiques d espace topologique et d espace abstrait, ce dernier brisant les frontières de la bidimensionnalité s orientant vers le tridimensionnel et même vers l espace à quatre dimensions. Ces concepts mathématiques, nous allons en faire usage pour le calcul des distances déictiques mesurables entre les unités du trinôme ici / là / là-bas (voir le dernier chapitre).

44 36 Dan Dobre NOTES ET RÉFÉRENCES 1 Bühler, K., 1934 : Sprachtheorie. Die Darstellungfunktion der Sprache, Rééd. 1965, Stuttgart, G. Fischer 2 Wittgenstein, L., 1953 : Tractatus logico-philosophicus. Investigations philosophiques, trad. fr. Gallimard, Paris, Benveniste, E., 1966 : Problèmes de linguistique générale, t I et t II, 1974, Gallimard, Paris 4 cf. De Carvalho, P.,1990 :Deixis et grammaire,in La Deixis,Colloque en Sorbonne 8-9 juin,puf 5 Bennett, M., 1978 : Demonstratives and indexicals, in Montague Grammar, in Synthèse vol 39 6 Burks, A., : Icon. Index, Symbol, in Philosophy and Phenomenological, Research, vol. 9 7 Corblin, F., 1985 : Anaphore et interprétation des segments nominaux, Thèse d Etat, Université de Paris VII 8 Danon-Boileau, L., 1984 : That is the question, in La Langue au ras du texte, F. Atlani (éd), PUL, Lille 9 Fraser, T. et Joly, A., 1980 : Le système de la deixis. Endophore et cohésion discursive en anglais, in Modèles linguistiques, II, 2 10 Kaplan, D., 1977 : Demonstratives. An Essay on the Semantics, Logic, Metaphysics and Epistemology of Demonstratives and other indexicals, dactilographié, 99 pages 11 Kleiber, G., 1981 : Problèmes de référence : descriptions définies et noms propres, Klincksieck, Paris 12 Lyons, J., 1975 : Deixis as a the Source of Reference, in Formal Semantics of Natural Language, E. Keenan (ed), Cambridge, Univ. Press, Londres et New York 13 Montague, R : Pragmatics and Intentional Logic, in Synthèse, vol Pottier, B., 1974 : Linguistique génèrale, Klincksieck, Paris 15 cf.kleiber,g., 1986:Déictiques,embrayeurs,token-reflexives,symboles indexicaux,etc, comment les définir?,l information grammaticale,no 30,pp cf. Russell, B., 1937 : Principles of Math, W. W. Norton and C 0, New York 1903 ; 2 e éd., cf. Linsky, L., 1974 : Le problème de la référence, Éd. du Seuil

45 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien cf. Linsky, L. op. cit. 19 Selon Meinong tout objet comporte ses caractéristiques lui sont propres indépendamment de son existence. Pégasse possède des traits bien définis même s il n existe pas. 20 cf. Dervillez-Bastuji, J., 1982 : Structures des relations spatiales dans quelques langues naturelles, Librairie Droz, Genève - Paris 21 Merleau, Ponty, 1945 : Phénoménologie de la perception, Gallimard, Paris, p Cette dernière étant le noyau sémique de toute entité déictique. 23 cf. Dervillez-Bastuji, J., op. cit. 24 ibid. : ibid.: Merleau-Ponty, M., op.cit. : 23 avec référence à Kochler, Gestalt Psychology, pp Dervillez-Bastuji, J., op. cit. : idem 29 cf. Danon-Boileau, L., 1990 : Présentation, faite aux travaux réunis dans le volume La Deixis, Colloque en Sorbonne, 8-9 juin, PUF 30 idem 31 cf. Danon-Boileau et Tamba, I., 1990 : Epilogue, in La Deixis, op. cit. 32 cf. Benveniste, E.,op.cit.: 1974, t II 33 cf. Maingueneau, D., 1981 : Approche de l énonciation en linguistique française. Embrayeurs, temps, discours rapporté, Classiques Hachette 34 cf. Maingueneau, D., op.cit. 35 idem 36 cf. Wunderlich, D., 1969 : Unterrichten als Dialog. Sprache in tehnischenzeitalter,in Heft,no Certaines notations de Wunderlich seront remplacées par d autres plus courantes dans la littérature française de spécialité. 38 Le dispositif que nous présentons tire ses acquis des études de Benveniste, Maingueneau et Dervillez-Bastuji. 39 cf. Maingueneau, G., op. cit. : tout je est un tu en puissance et inversement. 40 cf. Madray-Lesigne, F.,1990: L ici et l ailleurs de la personne en discours: quelques affinités entre personnes,temps et modes en français,in La Deixis,op.cit. 41 Maingueneau, D., op. cit. : ibid. : 16

46 38 Dan Dobre 43 Exemple tiré de Maingueneau, op. cit. 44 cf. Maingueneau, op.cit. 45 cf. Dervillez-Bastuji, J., op.cit. 46 cf. Dervillez-Bastuji, J., op.cit. 47 voir, à cet égard la Thèorie des systèmes de Zadeh, L. A., Polak, E. (System theory, McGraw-Hill, 1969). 48 Kleiber, G., op.cit. : ibid. : 8 50 idem 51 cf. Strawson, P. F., 1977 : De l acte de référence, in Études de logique et linguistique, Seuil, Paris 52 cf. Benveniste, E., op. cit. : 1966 (t1) 53 cf. Kerbrat-Orecchioni, C., 1980 :L énonciation. De la subjectivité dans le langage, A. Colin, Paris 54 Qui nous aidera plus loin à expliquer le paradoxe déictique étayé sur les concepts de contiguïté et clivage. 55 cf. Danon-Boileau, L.,op.cit. : cf. De Carvalho, P.,op.cit.: ibid. : Kripke, S., 1972 : Naming and Necessity, in Semantics of Natural Language, Reidel Dordrecht, D. Davidson et G. Harman (eds.) (trad. fr. La logique des noms propres, Minuit, Paris) 59 Conrad, B.,1985 : On the reference of Propre Names, in Acta Linguistica Hafniensia, vol. 19 1, p : Le référent intentionnel («intendend referent» trad. faite par G. Kleiber,, in Problèmes de référence : descriptions définies et noms propres, Klincksieck, Paris, p Jonasson, K., 1990 : La référence des noms propres relève-t-elle de la deixis?, in La Deixis, op. cit. 61 voir sa prise de parole ayant suivi l exposé de K. Jonasson au Colloque en Sorbonne, 8-9 juin Chevalier, J.-Cl., 1985 : Un nouveau passage du nord-ouest, in Bulletin Hispanique 87, 3-4, pp Intervention de P. De Carvalho à l exposé de K. Jonasson au même Colloque, op. cit. : Launay, M., 1986 : Effet de sens produit par qui?, in Langages, n o 82, juin apud Jonasson, K., op. cit. : 465

47 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien De Carvalho, P., op. cit. :1990: Geach, P. T., 1962 : Reference and generality, Ithaca and London, Cornell University, Press 67 Bosredon, B., Fischer, S., 1990 : Etiquetage et objets de représentation ou «ce N» impossible, in La Deixis, op. cit. 68 ibid.. : cf. Bosredon, B., Fischer, S., op. cit. 70 cf. De Carvalho, P.,op.cit. : idem 72 idem 73 Beauzée, N., 1767 : Grammaire générale 74 Danon-Boileau, L., Tamba, J., op.cit. : Rouget, C., Salze, L., : C est... qui/que : le jeu des quatre familles, in Recherches sur le français parlé, 7 76 Pour Corblin, par exemple, le démonstratif ne fait que «pointer» vers un référent qui lui est extérieur (Ce lecteur de Joyce). 77 De Carvalho, op. cit.,i990 : cf. Quine, W. O., 1971 : The inscrutability of Reference, in Semantics: an Interdisciplinary Reader in Philosophy, Linguistics and Psychology, D. Steinberg et L. A. Jakobovits (eds), Cambridge University Press 79 Nunberg, G., apud Kleiber, G., op. cit.,i986 : Dans son intervention à l exposé de F. Corblin, au même colloque en Sorbonne, L. Danon-Boileau affirme que ceci, cela, ça sont construits référentiellement par «occurrentialisation» à partir d une notion (on part des «qualités» pour créer une référence) ce qui justifierait indirectement la mécanique classématique que nous allons postuler. 81 cf. Măgureanu, A., 1989 : Le sujet en pragmatique, in Cahiers roumains d études littéraires, Univers, Bucarest 82 cf. Moignet, G., 1965 : Les pronoms personnels français, Klincksieck, Paris 83 cf. Madray-Lesigne, F., op.cit. 84 cf. Kleiber, G., op. cit.: cf. Parret, H., 1980 : Demonstratives and I- Sayer, in The Semantics of Determiners, J. Van des Auwers (ed), Croom Helm, Londres 86 cf. Fraser, T., et Joly, A., 1979 : Le système de la deixis. Esquisse d une théorie d expression en anglais, in Modèles linguistiques, 1, 2, pp Madray-Lesigne, F., op. cit. : 403

48 40 Dan Dobre 88 et qui ne prend de sens qu au cours d un usage particulier de l expression. 89 cf. Benveniste, S., apud Măgureanu, A., op. cit. 90 cf. Madray-Lesigne, F., op. cit. 91 cf. Kleiber, G., op. cit.:1986 : 92 Reinchenbach, H., 1947 : Elements of Symbolic Logic, McMillan, New York et Londres 93 Benveniste, E., op. cit.: : Kleiber, G., op. cit.:1986: ibid. : Smith, J. Ch., 1990 : Traits, marques et sous spécification, in La Deixis, op. cit. 97 Les concepts de Cible et de Site ont été introduits pour la première fois par C. Vandeloise (1986, L espace en français, Paris, Seuil). 98 Borillo, A., 1990 : Quelques marqueurs de la deixis spatiale, in La Deixis, op. cit. 99 Smith, J. Ch., op. cit. : cf. Kleiber, G., Comment fonctionne ici, in Chronos, Colloque de Nice, à paraître 101 On constate souvent des phénomènes de neutralisation de l opposition en question ou bien l utilisation préférentielle du proximal (all dieser) ou du distal (roum. acel). 102 Feuillet, J., 1990 :La structuration de la deixis spatiale, in La Deixis op.cit. 103 ibid : En italien, par exemple, des trois termes questo/codesto/quello on n utilise en réalité que deux : questo pour la proximal et quello pour la distal. 105 Voir en maya: lē winik-a ( this man here ) / lē winik-o ( this man there ) / lē winik-e ( that man at a distance ). v. A. M. Tosser, 1977, A Maya Grammar, New York, Dover Publications, p Comme en looma ni(ne)/na, nu/an. v. V.F. Vydrin, 1987 : Yazuk Looma, Moskva, Nauka. 107 En birom, par exemple: -mó (proche)/-anέ (éloigné mais visible)/rεn (très éloigné, invisible). v. L. Bouquiaux, 1970, La langue birom, Paris, Belles Lettres. 108 cf. Domenichini-Ramiaramanana, 1977: Le malgache, Paris Selaf, DRLAV, 38 (1988), Lexique. Nouveaux modèles, Paris, CRU Paris VIII 109 Feuillet, J., op. cit. : 237

49 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien En japonais, par exemple, so- «peut renvoyer aussi bien à un référent éloigné du locuteur qu à un référent proche de l auditeur».( v. E.F. Bleiler, 1963 : Essential Japanese Grammar, New York, Dover, Publications, p. 29). 111 Foley, W.A., 1986 : The Papuan Languages of New Guinea, Cambridge, University Press 112 Aspillera, P.S., 1969 : Basic Tagalog, Rutland et Tokio, C.E. Tuttle Company 113 Ruiz, C.S., 1976 : Gramatica Quechua Ayacucho-Chanca, Lima, Ministerio de Education 114 cf. Feuillet, J., op. cit. 115 cf. Anderson, S.R., Keennan, E.L., 1985 : Deixis, in Language Typology and Sintactic Description, T. Shopen (ed.), Cambridge University Press, pp cf. Dixon, R.M.W, 1977 : A Grammar of Yidiµ, Cambridge University Press 117 En guarani les occurrences de 2 e et 3 e personne (upe, ako, aipo) renvoient à un référent soit absent, soit invisible (cf. A.S.I. Guaschi, apud Feuillet, J., op. cit.).

50 Chapitre 2 THÉORIES TRADITIONNELLES ET NOUVELLE MODÉLISATION 1. Fonctionnalité et disfonctionnalité des approches sur la deixis 0. L objet de ma démarche est une nouvelle tentative, qui me semble prometteuse et efficace, de définir le mécanisme de fonctionnement de la deixis car, dans notre conception, elle dépasse l hétérogénéité des définitions proposées et adoptées par un grand nombre de théories parfois tiraillées entre une description onomasiologique et une autre - sémasiologique. Tout d abord, nous allons faire défiler par l intermédiaire de l excellente étude de G. Kleiber, publiée par le Centre d Analyses Syntaxiques de l Université de Metz, étude déjà mentionnée, à savoir : Déictiques, embrayeurs, «token-reflexives», symboles idexicaux, etc : comment les définir?, les avantages et les insuffisances des démarches ciblées sur la problématique énoncée. En second lieu, nous allons proposer une interprétation de la mécanique référentielle déictique. * Selon G. Kleiber, les conceptions en vogue relèvent de deux champs d analyse : 1. les approches A qui mettent l accent sur le lieu et l objet de référence et qui travaillent avec des occurrences nommées : déictiques, embrayeurs, speechalternants (Sφrensen) et particuliers égocentriques (B. Russell) ; 2. les démarches B, qui contrairement aux premières ont en vue le mode de donation du référent 1. On opère avec des entités nommées déictiques, embrayeurs (définies dans une autre perspective) mais aussi avec des token-reflexives (H. Reichenbach, 1947) expressions

51 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 43 sui-référentielles (E. Benveniste,1966), index (C. S. Peirce, , etc.) Définition dans la perspective de la distinction lieu vs objet de référence Deixis spatio-temporelle et personnelle 0. Le terme grec deiknumi («montrer par le geste», «indiquer par ostension») invite à une définition très étroite de la deixis (vision purement localisante de type A) ; seuls les présentatifs et les démonstratifs doivent être retenus comme déictiques. Selon T. Fraser et A. Joly (1979) cette interprétation gagne en extension et comprend la dimension temporelle aussi. Avec le temps, les expressions personnelles sont elles aussi intégrées dans le même mouvement définitionnel ce qui fait que finalement la deixis est définie sur l axe triadique fondamental moiici-maintenant qui structure la situation de réalisation de l énoncé. «Les références à cette situation forment la deixis et les éléments linguistiques qui concourent à «situer» l énoncé (à l embrayer sur la situation) sont des déictiques» 2. Insuffisances : il y faut intégrer les démonstratifs et les emplois situationnels de il ; «Autrement dit, ce n est pas seulement le moment d énonciation, l endroit d énonciation qui formaient le cadre déictique, mais également les objets dans la situation d énonciation» 3. En opérant cet élargissement les déictiques se redéfinissent comme : «des entités dont le dénominateur commun est d être localisées dans la situation d énonciation» 4. Cette extension a permis d englober aussi les emplois anaphoriques Déicticité et anaphoricité 0. Une dimension plus large des démarches (A) intègre l anaphore dans le cadre de la deixis malgré la dichotomie site situationnel vs site linguistique (ou textuel). Ainsi :dans : Je suis là,. Je et là sont des déictiques tandis que

52 44 Dan Dobre : dans : Marie est venue. Elle a une belle mine, le pronom elle est une expression anaphorique. C est une distinction très efficace qui a fait fortune mais qui a certains désavantages flagrants comme par exemple l existence des occurrences qui peuvent avoir une double interprétation : les démonstratifs en l occurrence sont censés avoir un emploi déictique ou anaphorique : Gare à ce chien! (ce pointe vers un référent en situation) ; Un garçon arriva. Ce garçon était agité. (ce anaphorique). Il est donc difficile à admettre une analyse «éclatée» de l adjectif démonstratif. Il y a quand même une solution : l élargissement de la deixis à la situation anaphorique par l entremise du fait que «le référent d une expression anaphorique est en quelque sorte également «présent» dans la situation d énonciation» 5, cette dernière incluant ainsi le co-texte. J. Lyons distingue pourtant entre la deixis textuelle (les référents se trouvant dans le contexte plus large) et l anaphore dont le référent est logé dans le co-texte linguistique immédiat. L extension locative du référent de la situation d énonciation stricte en contexte linguistique et textuel immédiat permet le passage des théories A aux théories B marquées par une analyse qui «ne se fonde pas non plus prioritairement sur le lieu de résidence du référent, mais sur les modalités de leur fixation référentielle» Introduction au sens déictique Insuffisances des démarches précédentes 0. Comme on a pu le constater, on en est arrivé à une définition large de la référence déictique, définition co-textuelle et contextuelle directe ou indirecte ce qui permettrait l introduction dans la classe des embrayeurs des descriptions définies et même des noms propres, si ces occurrences répondent au critère référentiel du renvoi à un référent localisé dans la situation d énonciation : Paul, viens ici! Le train arrive! 7

53 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 45 ce qui nous obligera à considérer le Npr. comme déictique. Pour ce qui est de l article défini, il y a une explication possible de sa déicticité étant donné son origine démonstrative. Ce serait d obvier à la distinction emploi déictique / anaphorique et sens déictique, dit Kleiber. Mais, selon nous, comme tout emploi doit avoir un sens situationnel, les champs des deux notions (en situation) se recouvrent. D ailleurs, comme on le verra dans certains autres fragments de cet ouvrage, nous soutenons implicitement par le concept de référence déictique tous azimuts l identité sens déictique emploi déictique/ anaphorique dans une vision spatio-temporelle adéquate. Pris dans un sens onomasiologique le terme expression déictique doit être utilisé comme emploi déictique. Dans une perspective sémasiologique du terme, il s agit d une expression proprement déictique. Il faut conclure avec Kleiber qu une «expression peut être employée déictiquement,( dans le sens restreint de déictique), sans que son sens soit pourtant déictique» 8 Ainsi, dans : Le soleil se lève tous les matins à 6 heures. 9 l article n a rien de déictique ou d anaphorique. Pour qu une expression soit déictique il faut que le sens déictique se superpose à l emploi déictique (voir la liste classique des déictiques). C est d ailleurs une caractérisation supplémentaire rattachée au critère de localisation proposé par les démarches A Remarques sur le sens et la référence des déictiques 0. Kleiber «condamne» quatre thèses défendues insuffisamment par le Dictionnaire de la linguistique de G. Mounin, J. Roggero et J. Donato quant à la définition hétéroclite des deux entrées : déictique (sém.) et embrayeurs (lingv.) ; il rejette les thèses suivantes pour permettre l abandon des démarches A au profit des démarches B : 1. «les déictiques n ont pas de sens, mais seulement des référents dans la situation d énonciation» 10 : Argument : les pronoms personnels sont asémiques, ils n ont pas de signification en eux-mêmes 11. Ce sont des formes vides. 12 Il y a

54 46 Dan Dobre donc une différence dénotative entre chien (forme lexicale) et je (forme pronominale). Contre-arguments : a. la différence dénotative est graduelle ; il y a des unités pleines (chien) et moins pleines (je) qui comportent une représentation mentale un concept semblable à celui de chien. b. il existe une convention attachée à chaque déictique : «s ils n avaient pas de sens on devrait pouvoir les utiliser n importe comment» Les déictiques excluent le sens descriptif. Argument : pas de traits dénotatifs comme dans chien par exemple, même si on leur reconnaît un sens 14. Contre- argument : les entités déictiques possèdent toutes «des traits prédicatifs ou descriptifs, donc des traits sémantiques qui permettent a priori (hors situation ou, si l on veut, en langue) de leur faire correspondre une dénotation, aussi étendue ou vague soit-elle» 15. Ainsi, ici désigne a priori (ou conventionnellement) le lieu, maintenant, le temps, etc. Cette partie descriptive des déictiques joue, selon Kleiber, le rôle d un filtre pour les référents qui ne peuvent pas être montrés en situation énonciative : ainsi je est programmé pour le locuteur et tu pour l allocutaire. 3. Le sens des déictiques varie avec la situation, thèse défendue par Jespersen, Jean Dubois et alii (1972) 16, qu on retrouve aussi dans le Dictionnaire de G. Mounin : Argument : pour qu elle tienne, il faut faire la distinction entre sens stable, constant attaché au type vs sens variable attaché à l occurrence, au token. Ainsi ces déictiques ne sont saturés qu en discours par l introduction d une intension situationnelle correspondant au content de Kaplan (1977) 17. Contre-argument : «si chaque emploi d un déictique signifiait réellement l émergence d un nouveau sens, alors la notion même de sens déictique deviendrait totalement inutile [ ], un déictique se voyant par avance indéfiniment ambigu» 18

55 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien Les déictiques possèdent un sens stable tandis que le référent varie avec la situation d énonciation. Thèse défendue surtout par C. Kerbrat-Orecchionni (1980) 19 : Argument : (A dit) : Je vais partir en vacances. (B répond) : Je restera, par contre ici 20. où le référent de je est à chaque fois différent. Contre-argument : Une telle variation occurrentielle ne survient pas à chaque occurrence : je 1 je 2 : Je 1 suis arrivé fatigué. Il était déjà très tard. Aucun hôtel n était ouvert. Je 2 ne savais où aller. 5. La réfutation de ces quatre thèses met en exergue une constante sémantique fondamentale : le déictique renvoie nécessairement au contexte d énonciation, au hic et nunc de l énonciation. Jakobson apud J. Donato, O. Ducrot et T. Todorov (1972) 21, C. Kerbrat-Orecchioni (1980) ont clairement saisi ce trait fondamental des déictiques, caractérisant surtout les démarches A. En version forte, cette constatation peut s énoncer comme suit : «une expression déictique est une expression dont le sens implique nécessairement que le référent soit présent dans la situation d énonciation» 22 Même si elle convient à la majorité des déictiques, cette version n échappe pas au piège des anaphoriques (qui ont un mode de présence indirect) et des références gestuelles indirectes. Pour illustrer cette dernière situation nous reproduisons avec Kleiber l exemple de G. Nunberg : Pierre a acheté ça, où ça employé gestuellement comporte un double renvoi : à l exemplaire du journal présent et à l entreprise qui publie ce journal et qui est absente. Comme W. v. O. Quine l avait remarqué, ça est employé en ostension différée (objet non présent directement dans la situation d énonciation). Ce dernier cas est appelé par I. Fraser et A. Joly une exophore mémorielle qui est en quelque sorte anaphorique. Cela dit, il faut laisser de côté la version forte au profit d une version faible qui admettra que le référent ne doit pas être «réellement présent dans la situation d énonciation» 23, son identification passant «nécessairement» par la situation d énonciation. Ce qui nous éloigne des conceptions A et fait déraper l analyse vers les théories B.

56 48 Dan Dobre 1.2. Référentialité déictique dans les démarches B L égocentrisme 0. Les déictiques sont égocentriques, car toute identification du référent est en fait «un renvoi au locuteur de l expression déictique» 24. B. Russel les avait appelés particuliers égocentriques. Le moi aide de cette façon à l homogénéisation du processus d identification référentielle des déictiques, car tout est calculé à partir de je : la localisation personnelle (tu, nous, vous, etc.) et spatiale (ici, là, etc. Insuffisances : 1. leur fonctionnement référentiel ne correspond pas à celui des déictiques. Dans ; Ici on fait crédit 25, affiche collée aux fenêtres d un restaurant ici n implique aucune relation avec je même si à l origine de l inscription il y en a eu une. Le renvoi de l occurrence ici n est pas égocentrique mais réflexif si les déictiques du type tu, ici appelés transparents semblent se prêter à une analyse égocentrique, les déictiques opaques dont le renvoi est anaphorique ou situationnel, acceptent difficilement un pareil calcul La sui-référentialité de Reichenbach 0. H. Reichenbach (1947) 27 a saisi, avant E. Benveniste, que la spécificité première des déictiques (ou token-reflexives) consistait en un «retour obligé à leur propre occurrence» 28. Ainsi la notion de situation d énonciation assez vague est remplacée par le concept d occurrence dans le sens d événement (fait spatio-temporel précis). Dans ces conditions, les déictiques peuvent être définis comme : «des expressions qui renvoient nécessairement à leur propre apparition (ou énonciation, ou token, ou occurrence)», 29 définition qui n est pourtant pas très claire vu surtout le sens à donner au syntagme «renvoi à l occurrence».

57 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien Les déictiques expressions sui-référentielles 0. Référant à elles-mêmes les unités déictiques peuvent être considérées comme des expressions sui-référentielles. Selon Benveniste (1966) je réfère «à l acte de discours individuel où il est prononcé et il en désigne le locuteur» 30. C. Blanche Benveniste et A. Cervel (1966) 31, Vuillaume (1980) 32 et F. Récanati (1979) 33 adoptent ce point de vue comme définition forte de la token-réfléxivité. C est une attitude abusive, car on oublie le référent du binôme occurrenceréférent, même si Récanati assigne à l occurrence une double fonction : référentielle, montrer le référent extérieur et suiréférentielle, montrer vers soi-même. Selon Kleiber, cette conception ne peut être défendue. Ce qu on pourrait quand même admettre dans une perspective aréférentielle c est le fait «qu un déictique exige de prendre en considération sa propre occurrence pour trouver le référent visé» Perspective aréférentielle Cette démarche propose deux manières possibles d exploiter le renvoi sui-référentiel : 1. La version réductionniste d origine fregeenne et russellienne Je est défini comme la personne qui dit je, maintenant comme le moment où est prononcé maintenant, ici comme l endroit où est prononcé ici. Les déictiques sont donc des expressions «dont la définition sémantique fait intervenir nécessairement la mention de leur propre occurrence ou celle de la variable de cette occurrence» 35 Contre arguments : 1. la déicticité n est pas totalement évacuée, elle subsiste dans l expression cette occurrence, dans le définiens de la version unitaire et pas seulement. On retrouve finalement le démonstratif de Reichenbach avec sa problématique ; 2. Je = la personne qui dit cette occurrence de je ; le statut du second je étant celui d une occurrence de je ;

58 50 Dan Dobre 3. cette conception aboutit à un sens déictique variant systématiquement avec chaque occurrence - ce qui est inacceptable ; 4. on ne résout pas le problème des déictiques opaques ; 5. les déictiques ne peuvent pas être réduits car leur spécificité résiste à leur irréductibilité. En résumé, les théories réductionnistes de la token-réfléxivité «soutiennent que chaque déictique signifie nécessairement une description définie d un certain type (cf. je = la personne qui dit cette occurrence ; ce chien = le chien que je suis en train de montrer, etc.)» 36. Autrement dit, et c est là la thèse antidescriptiviste «il n y a pas d article défini calqué sur les déictiques» La version non réductionniste de la token-réfléxivité : «le sens d une expression déictique (d un token-réflexif) est tel que l identification du référent passe nécessairement par la prise en considération de l occurrence (ou token) du déictique» 38. On focalise donc l attention sur un trait sémantico-référentiel définitoire, une suite de «dénominateurs communs» des expériences déictiques. Pourtant, l occurrence n est pas totalement capable de détecter le référent sauf les déictiques transparents je, maintenant, ici où s installe clairement une relation-type entre l occurrence et le référent (ex : pour maintenant le référent est le moment de l énonciation, pour je le référent est celui qui dit je). Insuffisances de cette théorie : 1. incapacité d exprimer clairement le trait commun qui focalise la connexion occurrence-référent (ce chien) où la relation occurrence-référent des déictiques transparents ne fonctionne pas de la même façon et ne conduit pas expressément au référent chien. 2. on ne peut pas postuler le même type de relation occurrence-référent dans le cas des déictiques transparents vs opaques Sens indexical des déictiques 39 Dans cette perspective deux analyses sont envisagées : 1. Une analyse causale (perceptuelle ou expérientielle) : Cette théorie stipule qu entre l occurrence et le référent il y a des traits «génétiques» 40, «neuro-physiologiques» 41. Moyennant son

59 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 51 expérience, le locuteur par la perception du référent déclenche automatiquement l apparition de l occurrence déictique. Dans une perspective élargie le choix d une occurrence conduit au référent causalement relié à cette occurrence 42. Une insuffisance majeure : puissance apparemment trop grande si l on fait appel à tous les référents que le locuteur a à l esprit au moment où il prononce l occurrence en question. Ceci donne le feu vert à l introduction des descriptions définies dans les expressions indexicales. Dans notre conception à nous, nous ne croyons pas que ce soit un inconvénient insurmontable étant donné l origine démonstrative de l article défini. 2. Une analyse spatio-temporelle Retenons du thème causal deux éléments : 1. le passage obligé par l occurrence pour identifier ce référent ; 2. la relation temporelle entre l occurrence et l état mental perceptuel du référent. Ce second élément fait glisser l analyse vers une perspective spatio-temporelle de l indexicalité linguistique. Cette théorie se vérifie partiellement dans le cas des monologues, des discours indirects libres, là, où le locuteur est son propre interlocuteur (concomitance entre occurrence et référent). Elle se vérifie aussi dans le cas où le référent est absent de la situation d énonciation (référent mémoriel) : cette femme/ Elle t aura tout pris 43,. En conclusion, cette théorie de la simultanéité entre l occurrence et le référent a une portée limitée. Pourtant Kleiber définit les déictiques comme «des expressions qui renvoient à un référent dont l identification est à opérer nécessairement au moyen de l entourage spatio-temporel de leur occurrence. La spécificité du sens indexical est de donner le référent par le truchement de ce contexte» 44. Quelques précisions s imposent : 1. il n y a pas de condition de présence du référent ; 2. le référent ne doit pas être cherché dans l environnement spatio-temporel de l occurrence, mais par l entremise de ces relations ;

60 52 Dan Dobre 3. il y a ensuite deux types de relations spatio-temporelles : directes (immédiates) - le doigt tendu, ici, maintenant, cette voiture, ce chien et indirectes (différées) - l environnement textuel, situationnel, extralinguistique, l anaphore, l ostension différée (Pierre a acheté ça), etc. Cette théorie spatio-temporelle sur les déictiques semble résoudre bien des problèmes. Elle sera développée entre autres dans notre propre définition des déictiques sous la forme du syntagme référence-ostension tous azimuts. 2. Pour un nouveau modèle de mécanique déictique 0. À partir d une série de percées théoriques sine qua non qui épaulent notre démarche, nous allons essayer dans ce qui suit de proposer une nouvelle interprétation du phénomène étayé sur une mécanique spécifique de la deixis, dans le cadre d un concept plus large de fonctionnement, à savoir celui de l ostensivité tous azimuts Thèse de la mécanique classématique réactivée 0. Comme nous l avons déjà montré sous 3.1(chap.1), les occurrences déictiques ne sont pas vides de sens, ce qui permet un couplage classématique et implicitement la réactivation de la relation d ostension. Au fond, et c est là notre thèse 45, la deixis est une combinatoire à base classématique spécifique, entre l occurrence et le référent implicite ou explicite, fondée sur une mécanique qui lui est propre et dont le statut existentiel du référent actualisé ou non est absolument nécessaire. Cette combinatoire explique l usage référentiel unique des expressions déictiques. En désaccord partiel avec Strawson 46, pour lequel les pronoms je et tu sont des types, des étiquettes qui ne prennent sens qu en en faisant usage, et laissant de côté un certain nombre de théories possibles sur la «vacuité» exclusivement comblable en situation énonciative, nous considérons comme indéfendable ce type de démarches 47 et nous avançons la thèse qu on vient d énoncer sur la mécanique classématique spécifique mise en

61 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 53 oeuvre par les séquences déictiques : la combinaison occurrence + référent ne peut se faire qu en vertu des restrictions sélectives en puissance. Mise en oeuvre correctement par le locuteur, cette mécanique rend fonctionnel le trait sémique caractérisant les entités déictiques l ORIENTATION. Ce «dénominateur commun» 48 nous autorise à lancer une seconde thèse, la thèse de l ostension 49 réactivée. Dans cette perspective, l ostension serait une propriété de second degré qui ne se manifeste qu avec l application d une restriction classématique correcte en tant que «directive» spécifique de l utilisation de l expression déictique. L option inverse semble pourtant être la plus juste car toute ostension en tant que stimulus doit avoir pour effet une réponse classématique adéquate. Et nous sommes tentés de croire que le premier mouvement du locuteur qui veut accomplir un acte verbal d ostension, c est son intention d ostension actualisée mentalement par le référent visé en tant que Premier qui déclenche par la suite le choix d une expression indexicale à même de réaliser avec le référent un couplage correct par la mécanique classématique en tant que Second. Autrement dit, le locuteur prend pour point de mire le référent (il s ORIENTE) et ce n est qu ensuite qu il cherche les moyens pour l atteindre (met en marche la mécanique classématique des unités linguistiques). Ce mouvement nous autorise à proposer une dernière thèse qui nous semble la plus valide à savoir la thèse de la mécanique classématique réactivée - qui est à même de réaliser une relation d accessibilité occurrence-référent, permettant aussi le remplissage partiel de l occurrence de par les sèmes descriptifs du référent ce qui garantit la réalisation de la relation de couplage ostensif entre les deux unités Arguments 0.Notre thèse semble justifiée par toute une série d acquis théoriques que nous avons puisés dans le champ épistémologique des théories de la deixis et que nous exposerons par la suite comme des

62 54 Dan Dobre arguments, disons, indirects, nécessaires pour mieux clarifier le nexus de notre démarche. À cela, s ajoutent les insuffisances constantes dépistées au niveau des théories actuelles. 1. Un premier argument réside dans l incapacité de la théorie de la réduction descriptiviste de G. Frege et B. Russel 50 de définir la spécificité des déictiques à pointer vers le référent. Ces théories tokenreflexives ou non, voient dans chaque occurrence une description déictique d un certain type (voir l exemple classique du je = la personne qui dit je / cette occurrence) qui, selon nous obvierait dans une certaine mesure à la spécificité de l information sémantique nécessaire à la mise en marche de la mécanique combinatoire. Pourtant, il ne faut pas oublier l origine démonstrative de l article défini, ce qui lui assure un certain degré de déicticité. Les modalités réductionnistes 51 parviennent en fin de compte à faire remarquer dans la définition sémantique de leurs unités la nécessité qu il y a de faire mention de leur propre occurrence ou celle de la variable de cette occurrence 52, ce qui assure dans notre optique, d abord, le statut existentiel sine qua non des deux unités, capable de faciliter ensuite la mise en marche de la mécanique combinatoire. Nous croyons aussi avec Récanati 53 que l occurrence procède à un double renvoi : à soi-même (sa token-réflexivité au sens fort) et au référent selon la schéma : x, à la seule différence près (et là nous rejoignons la critique de Kleiber 54 ) qu on ne peut pas se trouver simultanément à deux niveaux d analyse différents : le signe en soi et en contexte. Il faut accepter le fonctionnement en différé de la référence. 2. Les références «directe» et «context-sensitive» de D. Kaplan 55 implique notre idée d accessibilité entre les deux unités. Tels l article ou l adjectif, les déictiques véhiculent à une première analyse leurs propres traits inhérents. Mais la «sensitivité» contextuelle des déictiques est due à la capacité référentielle réactive dynamique, opérée sur une base classématique spécifique. Cette mécanique spéciale diffère de la combinaison syntagmatique habituelle des unités linguistiques par la présence obligatoire de la seconde unité ; par

63 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 55 exemple, je peux dire tout simplement je mange sans être obligé d enchaîner nécessairement un COD précis, actualisé, même si celuici existe à l état diffus dans la sémantèse du verbe en question. En échange, les déictiques renvoient nécessairement à un référent précis. Autrement dit, ils «enchaînent» une autre unité explicite ou implicite. (voir la dichotomie classique transparence vs. opacité). Je ne peux pas dire : je ou ici sans connaître la personne qui parle et respectivement le lieu où je me trouve. Même chose pour les déictiques opaques : il leur faut expressément un référent : ce garçon. Donc, le couplage des deux unités se réalise in absentia ou in praesentia de l unité seconde dans le premier cas et nécessairement in praesentia dans le second. Chose rendue possible par la réactivation de l ostensivité référentielle caractéristique aux unités déictiques. Et comme le référent peut se trouver partout dans la nature (eccéité et mental), dans le texte et l extratexte, l ostension déictique doit fonctionner tous azimuts. C est pourquoi notre option envisage le sens large de la deixis. La présence obligatoire du référent retrouvable dans le champ perceptif (concret ou abstrait) du locuteur et surtout la réactivation de la mécanique combinatoire spécifique à l occurrence, nous autorise à considérer cette dernière une sorte de «tête chercheuse» orientée nécessairement vers sa cible 56. C est une raison de plus pour ne pas confondre les instructions sémantiques avec les expressions synonymiques comme l ont fait les descriptivistes. Cette perspective rejoint l option non réductionniste de la token-réflexivité qui établit simplement que le sens d une expression déictique (d un token-réflexif) est tel que «l identification du référent passe nécessairement par la prise en considération de l occurrence (ou token) du déictique» 57. À notre avis, la «fixation référentielle» 58 de l occurrence n est rendue possible que par la relation d accessibilité établie entre les deux unités et qui est doublement structurée : mécanique classématique + activation ostensive. Par le biais de ce type de relation notre thèse semble réussir à rallier la théorie de la tokenréflexivité (incomplète, car n applicable qu aux déictiques

64 56 Dan Dobre transparents) à une perspective unitaire à même d expliquer aussi le couplage référentiel des déictiques opaques (de type ce). On évite ainsi l éclatement polysémique et homonymique 59 des unités déictiques. 3. D autres acquis théoriques que nous considérons essentiels pour notre thèse se rapportent à la conception des déictiques comme symboles indexicaux. Les concepts de symbole, index et icône ont été lancés par le grand mathématicien, logicien, philosophe et père de la sémiotique Ch. S. Peirce 60. Le symbole est une règle qui détermine son interprétant ; il évoque l objet par convention : by virtue of a law, usually an association of general ideas which operates to cause the symbol to be interpreted as referring to that object 61. L index renvoie à l objet qu il dénote en vertu de ce qu il est réellement affecté par cet objet. Ce n est pas la simple ressemblance avec son objet, c est la modification qu il reçoit de cet objet : «an index is a sign which refers to the Object that it denotes by vitue of being really affected by the Object (...). In so far as the index is affected by the Object, it necessarily has some Quality in common with the Object. It does therefore involve a sort of icon, although an icon of a peculiar kind 62. La conception visant la qualité de symboles indexicaux des déictiques conforte notre thèse sous deux angles : 1. le sens conventionnel dénotatif de l item symbole X nous permet de récupérer le contenu sémantique de l occurrence plus ou moins évidée des sèmes descriptifs mais qui, par ricochet, par un effet de miroir se remplit partiellement de la dénotativité du référent 2. le qualificatif d indexical renvoie à la composante sémantique d orientation, à l indexicalité de l unité déictique. 4. Cette idée «d évocation du référent» (de l Objet de Peirce) nous fait penser à d autres acquis théoriques à même de renforcer notre thèse : l analyse causale perceptuelle ou expérientielle et une autre, spatio-temporelle, ces deux analyses étant considérées comme relativement équivalentes. G. Kleiber fait remarquer chez Peirce une relation existentielle ou ce qu il appelle une connexion dynamique entre l occurrence et son référent. Dans les termes de notre démarche, la connexion porterait sur

65 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 57 la relation entre les deux unités comme accessibilité, tandis que le qualificatif dynamique regarderait l activation de la mécanique combinatoire fondée sur le couplage des catégories primitives proprioceptives greimassiennes repérables au niveau des aspects «génétiques» de C. McGinn 63 et «neurophysiologiques» de M. Devitt 64 qui font l objet de l analyse causale et dans le même contexte, du domaine spatio-temporel. Et G. Kleiber de continuer : «(...) le fait qu une occurrence déictique ait tel ou tel référent, trouve son origine dans l objet luimême, selon la situation simplifiée suivante : le locuteur perçoit l objet (a l expérience directe de l objet) et c est cette perception de l objet qui déclenche l apparition de l occurrence déictique» 65. Apparemment l opération est inverse, mais essentiellement «on remonte à la source, c est-à-dire (on cherche) le responsable de l occurrence» 66. Cette théorie conforte l idée d une relation d accessibilité classématique première qui garantisse le remplissage sémique partiel et ultérieur de l occurrence par le reflet puissant du référent logé au niveau des structures mentales du locuteur. Autrement dit, notre «tête chercheuse» n identifie pas des référents dont le locuteur n a aucune expérience et qui ne lui sont pas accessibles classématiquement. Quelle en est alors la morale causale élargie? «Pour trouver le référent d une expression déictique, il faut considérer l occurrence de ce déictique et essayer de trouver le référent causalement relié à cette occurrence» 67 ce qui expliquerait dans ses grandes lignes notre seconde thèse exigeant l application d une «directive» classématique correcte pour l utilisation de l expression déictique (un élève fera suivre une occurrence comme ce, par exemple, d un nom masc. sg.) Comme nous l avons déjà exprimé sous la forme d une dernière thèse nous croyons que le mouvement est inverse : on choisit d abord le référent à atteindre et presque instantanément, l outil pour le faire. Dans l acte de parole d un natif, les deux opérations placées dans son espace psychologique sont faites simultanément. Dans la pratique scolaire lors des «exercices à trous», les élèves mettent pourtant un certain temps à choisir les adjectifs démonstratifs correspondants aux référents déjà exprimés.

66 58 Dan Dobre Dans le cas du renvoi anaphorique, à côté de l espace psychologique d autres types d espace textuel et extratextuel entrent en jeu. Même si, textuellement, l unité cathaphorique semble être la première, pourtant psychologiquement le référent prend le dessus. 3. Le paradoxe déictique : clivage et contiguïté 0. Les différentes tentatives de délimiter nettement entre anaphore et deixis ne sont pas entièrement satisfaisantes. La description en termes de localisation qui tourne autour de la distinction référence textuelle (endophorique) vs. ~ non textuelle (exophorique) place l existence de la deixis dans l espace textuel de la situation d énonciation et les objets présents dans la situation extralinguistique d énonciation 68. Cette dichotomie entre site énonciatif immédiat vs. site contextuel (là où il faut chercher le bon antécédent) 69 mène entre autres, à la création de deux types de il, ou de cette voiture un déictique et un anaphorique, distinctions complexifiantes et incommodes. 1. Dans une nouvelle perspective les travaux de E. F. Prince 70 et le Ariel 71 introduisent le concept d accessibilité du référent fondamentalement lié aux présuppositions du locuteur sur la récupérabilité du référent par son interlocuteur. On renvoie ainsi à l univers mémoriel de l allocutaire et au concept de nouveauté du référent qui assurerait à celui-ci une visibilité par sa saillance 72. «Dans une telle optique l anaphore devient un processus qui indique une référence à un référent déjà connu par l interlocuteur, alors que la deixis consiste en l introduction dans la mémoire immédiate (...) d un référent nouveau non encore manifeste.» Remarquons avec Kleiber une contiguïté référentielle entre le référent à reprendre et l expression déictique (bien des fois une recatégorisation) qui nous servira à expliquer le mécanisme paradoxal sous-tendu par la praxis déictique et qui pousse en seconde position le concept de situation si souvent invoqué. Ainsi, il est anaphorique dans : 1. un emploi situationnel :

67 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 59 -Attention ne l approche pas! Il est dangereux. (situation-perception préalable au référent) 2. un site textuel : Paul a enlevé son chapeau. Il avait trop chaud. (textemémoire discursive). Un certain type d anaphore l anaphore indexicale n a pas besoin d une relation factuelle avec le référent ; son repérage s effectue indirectement par le biais d une instance intermédiaire discursive directement liée à l occurrence ce qui abolit l obligativité de la coréférence. L expression déictique est telle que par sa médiation ce référent puisse être trouvé, affirme Kleiber dans la même étude 74. H. Portine 75 souscrit à la distinction «standard» en déictique et anaphore. Pour ce qui est de cette dernière, il parle d une reprise directe pure est simple du référent par des unités telles que : il, elle, le, ils, en ou bien indirecte reprise et utilisation de l antécédent pour établir son propre référent : ils et en en particulier. 3. Avant de présenter l essentiel sur le fonctionnement paradoxal des entités anaphoriques et déictiques nous considérons nécessaire d avancer une définition du phénomène en question en termes de conditions de vérité : 1. le déictique n est pas vide de sens, ce qui a pour conséquence : 2. le déictique possède une structure grammémique (sèmes grammaticaux surajoutés au sème noyau + OSTENSION) et descriptive (sèmes descriptifs présupposés des unités lexicales), ce qui a pour conséquence : 3. le déictique a la capacité de référer à une autre entité présente ou non c est une référence tous azimuts endophorique ou exophorique, ce qui nous autorisé à affirmer que : 4. la référence déictique peut être anaphorique ou cathaphorique ; par quelle mécanique? 5. l acte de référer se réalise par la mécanique classématique qui rend possible le couplage ostensif. Remarque : Comme conséquence de 3, on peut admettre le fonctionnent des unités déictiques dans des espaces différents.

68 60 Dan Dobre 4. Ces postulats une fois donnés, attardons-nous un peu sur la typologie de l anaphore proposée par H. Portine dans son exemplier 76 pour mieux mettre en exergue le fonctionnement de la relation déictique/anaphorique : 1. Anaphore par coréférence : Paul est venu hier. Il voulait te voir. 2. Anaphore partitive subsumée par concept : Paul a tué trois lions. Jacques en a tué deux. 3. Anaphore évolutive subsumée par concept : Prenez deux pommes. Pelez-les., Évidez-les,Saupoudrezles de sucre et mettez-les au four. 4. Anaphore par globalisation ensembliste distributive : J ai acheté une Toyota parce qu elles sont robustes. 5. Anaphore par globalisation ensembliste collective : À l hôpital, ils m ont fait une piqûre. Heureusement, l infirmière n était pas brutale. 6. Anaphore associative méronymique : Il s abrita sous un vieux tilleul. Le tronc était tout craquelé. 7. Anaphore associative locative : Nous entrâmes dans un village. L église était située sur une butte. 8. Anaphore associative fonctionnelle : Paul s est inscrit dans un club de foot. Le président lui a fait signer une licence pour deux ans. 9. Anaphore associative actancielle : Paul a été assassiné hier. Le meurtrier court toujours. 10. Anaphore par nom non référentiellement autonome : Ton frère est rentré bredouille de la chasse ; l imbécile avait oublié ses cartouches. 5. Ainsi dans (1), le référent Paul (nominal) est repris par le déictique il (substitut pronominal recatégorisation de l antécédent) possédant un contenu descriptif proche (deux mondes possibles entre lesquels il y a une relation d accessibilité) ce qui nous autorise à admettre une contiguïté entre les deux entités ; on pourrait donc écrire :

69 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 61 Sens 1 Sens 2 AVANT ( ) APRÈS où : = contiguïté descriptive ; = clivage par recatégorisation ; ( ) = direction du fléchage. Le même mécanisme joue dans le cas de ce garçon, occurrence à double emploi : déictique et anaphorique à la seule différence près : la double direction du fléchage ( ) ou ( ). À remarquer pourtant que la nature de ce garçon est plutôt anaphorique que déictique, car le contexte situationnel (la présence du garçon en tant qu AVANT) précède la prise de parole associée éventuellement au geste (l APRÈS). L analyse de (1) peut être répétée pour les exemples (2), (3), (4), (9). Dans (5), (6), (7), (8) la relation «d inclusion appartenance» (partie-tout) justifie en fin de compte la même formule : Sens 1 Sens 2 AVANT ( ) APRÈS où : = contiguïté métonymique ; = clivage lexématique (altérité). Pour ce qui est du dernier énoncé le couplage déictique est assuré par le classème [+DÉTERMINATION] et la différence par la recatégorisation grammaticale. Cette association simultanée d une contiguïté référentielle prioritaire instaurée par le couplage classématique et d un clivage d un certain type postulant l altérité constitue le paradoxe déictique qui caractérise le phénomène de la deixis en général, car les déictiques «standard» plus ou moins sui-déictiques «standard», plus ou moins sui-référentiels n en sont pas épargnés. Reprenons pour exemplifier l occurrence ce garçon : le sens grammémique de l article démonstratif ce est évidemment différent du sens descriptif (lexical) du nom. Pourtant le couplage ostensif se fait en vertu d un classème puisé dans la structure «descriptive» grammémique [+Pd]de l article ce qui permet de l orienter vers un nom et non pas vers un verbe, pronom, etc. On peut donc écrire :

70 62 Dan Dobre ce garçon AVANT ( ) APRÈS (comme préconstruit) (comme réalisateur du préconstruit) Dans regarde ça! l entité ça, qu elle soit en ostension différée ou non, est un substitut du référent. Il y a donc une contiguïté par recatégorisation grammaticale. Même phénomène dans : Tu as vu ce chapeau, là, dans la vitrine? où là est relié par contiguïté sémique [LIEU] à son référent locatif glosé par dans la vitrine. À remarquer que dans ces deux derniers exemples le référent absent linguistiquement n existe que dans la situation concrète de communication, le fléchage pouvant être accompagné d un geste en tant que marque supplémentaire d ostension. On pourrait écrire une formule du type : là R AVANT ( )/( ) APRÈS (comme préconstruit) (comme réalisateur dans la situation) expression qui expliquerait aussi les autres emplois («mentaux») de là. Ici, dans Ici on vend des fleurs où l énoncé est exempt de toute relation avec la situation d énonciation (Je et M 0 ) et où la suiréférentialité est postulée par la condition de vérité (2), se caractérise par le même clivage et recategorisation grammaticale - contiguïté référentielle [LIEU], le fléchage étant du type ( ) réflexif. 6. Dans ces conditions, nous sommes justifié d affirmer un fonctionnement paradoxal des unités déictiques. Ce type de référence ostensive est assuré d un côté par des variables différentielles de nature grammémique et d un autre par un invariant, identificateur

71 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 63 classématique qui statue au fond une indiscernabilité des discernables dans les conditions d une ostension divergente [ ]. Ce paradoxe a donc pour source une mécanique interne de nature sémantique en vertu de laquelle un certain usage de l expression devient possible. NOTES ET RÉFÉRENCES 1 cf. Kleiber, G., 1986 :Déictiques,embrayeurs,token-reflexives,symboles indexicaux,etc,comment les définir?, in L information grammaticale,no 30,pp Dubois, J. et alii, 1972: Dictionnaire de Linguistique, Larousse, Paris, p Kleiber, G., op. cit: 1986:5 4 idem. 5 ibid.:6 6 ibid.: 7 7 idem 8 idem 9 idem 10 idem 11 Voir à cet égard le développement de cette théorie dans P. Ricœur, cf.benveniste, E., 1974: Problèmes de linguistique générale, t1, tii, Gallimard, Paris 13 Kleiber, G., op. cit.:1986: 8 14 cf. Kerbrat-Orecchioni, C., 1980:L énonciation.de la subjectivité dans le langage, A.Colin,Paris 15 Kleiber, G., op. cit:1986: 9 16 Dubois, J. et alii, op.cit. : Kaplan, D., 1977 : Demonstratives. An Essay on the Semantics, Logic, Metaphysics and Epistemology of Demonstratives and other Indexicals, dactylographié 18 ibid Kerbrat-Orecchioni, C., op.cit. : ibid.: 11

72 64 Dan Dobre 21 Ducrot, O. & Todorov, T., 1972: Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage, Seuil, Paris 22 Kleiber, G.,op.cit.:1986. :11 23 ibid.: idem 25 Kleiber,G.,op.cit.:1986 :12 26 ibid.: Reichenbach, H., 1947:Elements of Symbolic Logic,réimprimé New York et Londres 28 idem 29 Idem 30 Benveniste, E., 1966, apud Kleiber, G.,op.cit.:1986: Blanche - Benveniste, C. et Cervel, A., 1966 : Recherches sur le syntagme substantif, in Cahiers de lexicologie, vol. IX, 2, pp Vuillaume, M., 1980 : La deixis en allemand, Thèse d État, Paris IV 33 Récanati, F., 1979a : Le développement de la pragmatique, in Langue française, no 42, pp Kleiber, G., op.cit. :1986 : idem 36 ibid.:15 37 ibid.: idem 39 C. S. Peirce ( ) lance le terme d index., Y. Bar-Hillel (1954) celui d expression indexicale, H. N. Castanedo d indexicaux et la liste peut continuer. 40 McGinn, C.,1981 : The Mechanism of Reference, in Synthèse, vol. 49 no.2, p Devitt, M., 1974 : Singular Terms, in The Journal of Philosophy, vol. LXXI, no. 7, p Kleiber,G., op. cit. : 1986 : ibid.: ibid. : Qui nous aidera dans un travail ultérieur à expliquer le paradoxe déictique étayé sur les concepts de contiguïté et clivage. 46 cf. Strawson, P. F. 1977: De L acte de référence, in Études de logique et de linguistique, Seuil, Paris

73 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien car, entre autres, la logique qu elle met en marche peut aboutir à supposer comme possibles des formes aberrantes du type : il maison, celui montagne, etc. 48 cf. Kleiber, G., op. cit. : Nous employons le terme d ostension dans le sens de référentialité déictique. Dans cette acception il comprend aussi son sens gestuel. 50 cf. V. Schiffer, S., 1981 : Indexicals and the Theory of Reference, in Synthèse vol 49 n 1 pp et repris par G. Kleiber, op. cit. : cf. Reichenbach, H., op. cit. : cf. Kleiber, G., op. cit. : Récanati, F., 1979 : La transparence et l énonciation, Seuil, Paris 54 cf. Kleiber, G., 1984 : Monsieur Auguste est venu : Théorie naïve, théorie de la métanomination et théorie réductionniste, in Recherches en Pragma-sémantique, G. Kleiber (éd) Klincsieck, Paris, pp Kaplan, D., 1977 : Demonstratives. An Essay of Demonstratives and other indexicals, dactylographié, 99 pages cité par G. Kleiber, op. cit. : Voir à cet égard le principe du fonctionnement des «têtes chercheuses électroniques» des missiles orientés par la chaleur dégagée par la cible. 57 Kleiber, G., op. cit. : 1986 : idem. Dans le même texte, Kleiber défend la nécessité d une référence déictique précise remplie par le «dénominateur commun» de ces unités «qui a l avantage toutefois, d être beaucoup plus précis quant au lieu de renvoi exact» (idem). 59 idem 60 Peirce, Ch., S., : Collected Papers, Ch. Hartshorne, P. Weiss et A. Burks (eds), Cambridge Mass. D autres, plus tard, comme par exemple Bar Hillel, (1954, Indexical Expressions, in Mind vol 63, pp ) et surtout A. Burks ( : Icon, index, symbol, in Phylosophy and Phenomenological Research, vol 9) ce dernier employant explicitement le concept de symbole indexical, vont développer la perspective percienne. 61 Peirce, Ch., S. op. cit. : ibid.: McGinn, C., 1981 : The Mechanism of Reference, in Synthèse vol 49, n 2 64 Devitt, M., 1974 : Singular Terms, in The Journal of Philosophy, vol LXXI, n 7, pp Kleiber, G., op. cit. : 1986 : idem

74 66 Dan Dobre 67 idem 68 cf. Kleiber, G., 1990 : Anaphore deixis : deux approches concurrentes, in La Deixis, op. cit. 69 ibid : Prince, E. F., 1981 : Toward a taxonomy of Given New Informations, in P. Cole (ed.) Radical Pragmatics New York Academic Press, pp Ariel, M., 1988 : Referring and Accessibility, in Journal of Linguistics, 24, p voir aussi Bosch, P., 1983 : Agreement and Anaphora. A Study of the role of Pronouns, in Syntax and Discourse, London Academic Press 73 Kleiber, G : op. cit. : Remarque de connivence avec le mécanisme classématique proposé. 75 Portine, H.: Deixis et anaphore. Cliticisation et ordre des clitiques en français, non publié 76 ibid. : 4

75 SECTION B : MÉCANISMES DÉICTIQUES DANS LE DISCOURS DE PRESSE Chapitre 1 DEIXIS PERSONNELLE 1. Valeurs modales de la deixis personnelle dans la presse écrite 1. Tel un chorégraphe, le journaliste en tant qu actant principal d une sémiotique du discours de presse met en scène des êtres en chair et en os pris dans la toile d araignée de la praxis sociale, politique, idéologique et économique. Dans une perspective linguistique, par actant-sujet il faut comprendre un «paramètre métalinguistique indépendant de tel ou tel énonciateur concret» 1 Le journaliste s affirme comme je et asserte son identité par rapport à d autres actants (non sujets) et même à l ego dont il fait partie en tant qu entité régie. Son acte communicationnel le définit car en montrant il se montre lui-même 2 - dans une double relation à l objet : 1. relation binaire R (SO) l objet étant «visé» 3 par le sujet en tant que tu, partenaire de l interlocuteur ; 2. relation ternaire («le sujet est subordonné à un tiers actant (D) siège d un POUVOIR transcendant et irréversible» 4 ) R (S 1 > S 2 ). Dans ces conditions, tout énoncé passe par le crible des compétences linguistiques politiques, idéologiques, culturelles de même que par celui des déterminations psycho-psychanalytiques qui structurent fondamentalement l univers de croyance de l émetteur ; le message devient le produit d un modèle discursif et interprétatif de l événement dont le journaliste use pour combler l horizon d attente du lecteur cuirassé à son tour d un système de filtres structurant un univers de croyance plus ou moins symétrique à celui du journaliste.

76 68 Dan Dobre Derrière cette mécanique communicationnelle des protagonistes médiatiques, se trouve tout un système de valeurs modales dont l actant sujet est submergé : le journaliste a le DEVOIR individuel (de faire) soumis à un FALLOIR générique le POUVOIR (de faire), le SAVOIR (nécessaire pour accomplir X) et non en dernier lieu le VOULOIR (de faire). 2. Le schéma fondamental de la communication de R. Jakobson : contexte Destinateur message Destinataire contact code structure l acte de communication paramétriquement accompli ou inaccompli et de ce faire, la participation, l immixtion et l insinuation du sujet dans l énoncé. Compte tenu des facteurs multiples qui interviennent dans l acte de communication médiatique (idiomatiques, politiques, idéologiques, subordination du sujet émetteur, conflit d intérêts, etc.) nous proposons sur la suggestion de C. Orecchioni 5 un schéma plus raffiné à même de mieux répondre au statut du sujet du discours de presse :

77 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 69

78 70 Dan Dobre 3. Comme E. Benveniste l avait remarqué dans ses travaux 6, la langue s étaye sur la prédication permettant ainsi la formulation des jugements, des appréciations sur les choses, ces dernières s affirmant comme existence «par l intermédiaire des propositions complètes, c est-à-dire, sous la forme de prédication» 7. Tout énoncé du sujet énonçant produit un double acte : un acte linguistique (Il dit que p) et un acte illocutionnaire du type (Il asserte que p) acte performatif implicite (ou explicite) fondamental. Cette dyade définit toute production du journaliste qui sans assumer parfois complètement la responsabilité de ses dires, en parlant (en montrant vers O) il se montre soi-même. N oublions pas le rôle joué par D et l existence de certains facteurs «objectifs» qui semblent épargner au journaliste au moins une partie de ses responsabilités : l appel à l émotionnel constant et perçant de la presse nazie et au rationnel de la propagande communiste. 4. L affirmation et son jugement s étayent sur l immanence du «state» et sur la manifestation du «say» générativistes 8 qui trouvent leurs devanciers dans la Grammaire de Port-Royal où le verbe sert à juger des choses et à les affirmer. Ainsi, si j écris dans la Provence (du 30 sept 2000) : «Sydney : les Bleus, une vraie équipe de rêve», je m affirme comme sujet énonçant (ego) et j asserte conjointement l attribut du sujet énoncé («Les Bleus») : leur exceptionnelle qualité («de rêve») ; on a donc un ego de l acte linguistique et un autre qui se dit (ou que l on dit ego) de l acte de langage (acte logico-sémantique) ; «Le rapport entre ces deux propositions constitue la prédication, à savoir un message linguistique et l assomption de cet usage par un sujet énonçant» Sous le terme d assomption, Jean-Claude Coquet range des lexèmes tels que : jugement, appréciation, affirmation. Se constituant lui-même par ses propres dires, l ego affirme son VOULOIR ou plutôt son méta-vouloir, modalité placée à la frontière entre énonciation présupposée et énoncé posé. Selon P. Ricœur, la volonté (= le méta-vouloir) est une constante de tout discours, elle constitue l affirmation de notre existence 10. Une personnalité politique qui fait campagne, la gauche, la droite tel ou tel groupe social trouve son identité actancielle dans

79 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 71 l acte prédicatif lui-même et en fin de compte dans un méta- VOULOIR exacerbé jusqu au Viol des foules (1952) dont parle Tchakhotine. Cette frémissante émergence du méta-vouloir dans la publicité, dans la communication politique, par exemple, est fondée sur des études plus ou moins scientifiques s égrenant de Pavlov à Freud et où les notions de catharsis et de mimesis ont un rôle important à jouer. 6.Dans la même perspective, P. Martineau, en parlant des méthodes sophistiquées utilisées dans la publicité, affirme : «En dehors de l intérêt économique personnel, la publicité s appuie fortement sur d autres processus psychologiques tels que la suggestion, l association, la répétition, l identification, la fantaisie [ ] ; la totalité des attitudes, le halo des significations psychologiques, les associations des sentiments, les messages esthétiques ineffaçables [s ajoutent] aux simples qualités matérielles» 11. J.-Cl. Coquet parle de «l histoire sémiotique du sujet» 12, le terme d histoire visant toute une infrastructure en tant qu ensemble signifiant où s intègre l histoire individuelle du journaliste, histoire psychanalysable par l intermédiaire de laquelle celui-ci filtre l eccéité et produit par conséquent un certain type de discours. Tout acte prédicatif émis par le je n a d effet que s il est compris par le tu, c est-à-dire par l autre protagoniste fondamental de la sphère de la locution. La transformation du tu en je et inversement, opération courante dans l acte de communication (dialogale par exemple), suppose une base commune de propositions vraies pour les deux protagonistes à même de construire un sens et une signification. 7. Avec F. de Saussure et E. Levinas nous pouvons affirmer que la signification n est pas exprimable à l état pur ; elle se construit en fonction d au moins un autre élément. La signification est une relation et pour avoir une relation il faut bâtir une construction, un système d objets. Les attentats de Madrid de 2004 n ont de signification que rapportés à la guerre d Irak, au soutien porté par l Espagne aux Américains.

80 72 Dan Dobre 8. Dans la réalisation de l acte de communication médiatique, les plans logique, morphosyntaxique et sémantique doivent s accorder afin d identifier un public cible adéquat susceptible d être atteint par le message. La structure du message médiatique reflétera le Tu ciblé, en tant que Tu reconnu et où le journaliste (l homme politique) se reconnaît lui-même. «Quel est ce moi que je suis absolument certain d être? Je suis seulement ce que les autres pensent que je suis. Je suis la somme totale de leurs attitudes. Ils me voient comme un corps physique et aussi comme un symbole auquel ils attachent beaucoup de significations.» Dans un esprit lacanien, la reconnaissance du segment ciblé dans la production discursive de l actant-sujet doit affirmer ou abolir l autre comme sujet 14. L acte de communication réussi implique à cet égard un «effet du miroir». Il s agit de la mise en fonction d une relation modale hégélienne «de volonté à volonté» 15 par l individu qui est «par nature un sujet» Le statut actanciel du journaliste 1. Comme nous venons de le montrer, pour pouvoir rejoindre son public, le journaliste à travers son discours subit une transformation réfléchie (devenir tu) rapportée à l horizon d attente de sa cible : sélection de nouvelles, une certaine interprétation de l événement, etc., et tout ceci dans une visée syntagmatique (dans le temps et dans l espace) ou bien paradigmatique (affirmation de son Je comme expression pure et simple du méta-vouloir et rien de plus). Ce dernier type de statut est assez rare eu égard aux distorsions que le Je subit en fonction des contraintes diverses de nature administrative, socio-politique et idéologique comme d ailleurs en fonction du bouclier filtre du public-cible. Un «Je suis celui qui suis» caractérise les grands journalistes, les fortes personnalités ; l énoncé paradigmatique et l acte performatif en question proclamant l identité actancielle du sujet abstraction faite de toute contrainte extérieure, de tout préconstruit imposé.

81 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 73 Comme J.-Cl. Coquet l affirme cette prétention à être prend souvent la forme /être tout/, c est-à-dire «n être pas tout le reste» 17. Dans une société totalitaire, cette affirmation de l identité équivaudrait à l interdiction même de l acte, car elle ne se retrouve qu à quelques exceptions près dans le programme à suivre, dans la syntagmatique et la paradigmatique totalitaire sujette au compromis. Dans ce cas, le journaliste a préféré à n être pas, être quelque chose / être une seule chose. En effet, n être pas, c est paradoxalement être tout. L actant sous l emprise des contraintes et par un mouvement de dénégation substitue au Je ne veux pas un Je veux quelque chose ce qui équivaut à être quelque chose position intermédiaire entre être tout (identité pure, voix du peuple) et n être rien 18. Au cas de la «pure pensée de soi-même» le VOULOIR subordonne ses prédicats à l identification actancielle, l affirmation d un /Je suis tout/ serait le dérivé d un /Je prétends à être tout/ 19, à être urbi et orbi. Pris dans la toile d araignée de la praxis socioéconomique et politico-idéologique de la société, le journaliste se voit le VOULOIR subordonné, régi ou du moins paramétriquement déterminé. Comme actant assujetti, déchiré par le combat perpétuel pour la liberté d expression (d être soi-même), il est tenu à assumer une identité particulière en tant que moi cerné par certains pans de l eccéité. Ce changement dans la position du VOULOIR implique un changement de signification : de prétendre à, à assumer ce qui justifie J.-Cl. Coquet de proposer le schéma suivant du VOULOIR paradigmatique : Modalité du VOULOIR paradigmatique 20 Présupposé : Posé : Procès généralisant : /Je suis tout/ VOULOIR + suite prédicative > /Je prétends à/ Procès particularisant : suite prédicative + VOULOIR > /J assume/ /Je suis quelque chose/ 2. «/Je suis tout/» voilà une formule intimement liée au problème de la liberté de la presse.

82 74 Dan Dobre Les Français et les Britanniques inspirés par la Common law avaient vu dans cette liberté un droit commun à tous les citoyens. De l autre côté de l Atlantique, le Bill of Rights des Américains «finit par s interpréter de plus en plus comme un droit particulier aux propriétaires des journaux et à eux seuls» 21. Les patrons américains sont allés jusqu à invoquer à n en plus finir le Premier Amendament, histoire de mettre à l abri les affaires de leurs institutions de presse ; comme conséquence de cette politique, ils ont combattu une série de lois sociales jugées contraires à leurs intérêts. Par exemple, la loi sur le travail des enfants, «souhaitant qu elle ne s applique ni à leurs coursiers, ni à leurs liftiers» 22 ou bien l Estman Bus and Truck Bill qui pouvait s appliquer à leurs camions de distribution. Quant à la loi de la diffamation, ils ont fait des pressions sur les juges en essayant d intervenir dans leurs verdicts. Ainsi les dérivés du /Je suis tout/ ont privilégié le libre marché des journaux comme entreprise commerciale plutôt que le libre marché des idées. Ceci pourrait mener à un certain impérialisme de ce type d actant social qui, au lieu de servir les intérêts de tous les membres d une communauté, se voit servir ses propres intérêts au nom de sa propre liberté. C est pourquoi la deixis positive du journaliste doit combiner le tout avec quelqu un qui ; celui-ci ne devant pas prétendre à une identité totalitaire assurée par son AVOIR, mais à «faire reposer l identité sur un POUVOIR et un AVOIR antérieurs» 23. Le tout indéterminé doit fondre dans la détermination d un quelque chose assez large, particularisable par la toute-puissance d un ontologique partagé par tous les actants sociaux (la catégorie de l homme doit s actualiser dans la catégorie chacun) ; le VOULOIR quelque chose déterminera un POUVOIR quelque chose > AVOIR quelque chose VOULOIR et prédicat 1. En tenant (AVOIR) une information, en faisant (FAIRE) une enquête, en se posant comme un être tout (ÊTRE) justicier,le journaliste pose une certaine dimension descriptive 24 et en présuppose une autre, modale, du type : il veut le faire (VOULOIR), il peut le

83 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 75 faire (POUVOIR). Cette structure binaire DESCRIPTIF MODALITÉ constitue le bien-fondé de toute démarche journalistique soumise à l influence paramétrique des contraintes différentes qui au plus fort de leur pouvoir sont capables de réduire l actant-sujet à sa non identité : /Je ne peux rien/ donc /Je ne suis rien/, Le journaliste est tenu à informer éclairer, organiser le message à la manière du «roi-philosophe» 25 de Desanti, celui qui sait tout sur l affaire, une sorte de «tisserand suprême» 26 possédant une «science royale» 27 de son métier. Ce n est qu ainsi qu il est exempt d obvier à la fonction de surveillance que la presse est censée avoir. Mais, comme nous l avons déjà suggéré, son SAVOIR (régissant) doit s associer à un POUVOIR (régi) ; on aura donc une suite du type /SAVOIR POUVOIR/. Cette formule intégrera aussi le VOULOIR : SAVOIR POUVOIR VOULOIR > sp-v Ce VOULOIR construit sur l intention d information donne le ton général du texte et du style adopté 28. De par le choix même des termes, l actant-sujet trahit son orientation idéologique ou politique. L ironie, la moquerie émergent dans un titre comme Pompierii şi-au dat foc la cazarmă 29 L accent mis sur le détail provoque un surdosage de l information, opération faite d habitude avec une intention précise. Ainsi, le publicitaire marque un texte de trois pages et demie consacrées, le 8 avril 1999 par Paris Match, à un écrivain qui fut aussi chasseur et en souvenir duquel on propose Une panoplie pour une légende. Le look Hemingway 30. Du fusil à la gibecière le lecteur peut tout acheter à partir de FF. Un autre exemple où le publicitaire marque le texte et jette une image confuse sur la dichotomie information utilitaire / publicité masquée nous est offert par C. Florin Popescu dans son manuel de journalisme 31 : lors de l inauguration d un hôtel dans une station touristique le patron propose aux journalistes présents un séjour gratuit. Même si de pareilles pratiques sont repérables ci et là dans la presse, il ne faut pas généraliser le phénomène, car les journaux qui se veulent d information gardent d ordinaire un ton neutre signe superficiel de la non implication de l actant-sujet, de son VOULOIR

84 76 Dan Dobre (information ciblée par la sélection même qu il opère dans le champ événementiel). Si son message reste strictement branché sur un événement de moindre importance ou bien, par exemple, sur une déclaration de presse reproduite telle quelle (sans aucune intervention commentaire de sa part) on assiste alors à une mésinformation que A. Freund définit comme étant l information tronquée ou même inexistante sur des sujets importants 32. L information exacte et complète doit caractériser les échelles axiologiques, l opinion des gens. Elle se fonde sur des faits vérifiables et sur le bon sens, affirme John M. Lannon N oublions pourtant pas que la communication engendre avec la propagande une superstructure ternaire de modèles que Gilles Achache nomme dialogique, propagandiste et marketing 34. Ces modèles jouent tour à tour un rôle prééminent sans s exclure l un l autre ; ils se superposent et vivent en beau voisinage, «l ensemble formant une gamme étendue dans laquelle puisent aujourd hui les partis et leurs candidats en fonction du contexte, de leurs besoins et de leurs ressources matérielles» 35. Dans cette perspective, l identité du journaliste relève d une triple dimension déictico-modale : 1. il assume son Je comme entité partielle du moi (sp-v) ou bien il identifie son Je à l ego (v-sp) ; 2. il le place ensuite dans le champ du SAVOIR partiel (S p ) ou total (S t ) ; 3. et sur l isotopie d un POUVOIR paramétrique P (1 n) ; on aura donc : S (p,t) P (1..n) V :IP (1..n) À remarquer que dans la pratique, le VOULOIR peut lui aussi être variable allant jusqu à l impérialisme volitif comme conséquence de la variabilité des autres facteurs pris dans le jeu des conflits d intérêts, etc. Il arrive parfois que le VOULOIR excède le SAVOIR et le POUVOIR. La concurrence, par exemple, «conduit aux excès de vitesse» 36 portant atteinte à la maxime de la qualité gricéenne : le 10 mai 1927 tout le monde attendait que la première traversée aérienne de l Atlantique aboutisse. Dans la chasse à courre aux nouvelles, La Presse prit le risque de titrer : Nungesser et Coli ont réussi avant que

85 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 77 l événement se produise réellement ; et on donnait même des détails. En réalité ce fut un désastre, l avion ayant disparu à tout jamais. Cette pratique du SAVOIR submergeant le POUVOIR d accéder à l information trahit en fait une course frénétique au POUVOIR médiatique. À n en pas douter, le SAVOIR, c est le POUVOIR : en Roumaine, par exemple, le PNA (Le Parquet National Anti-corruption) et la justice sont mis en branle souvent à partir des «cas» présentés par la presse. Inversement, ce POUVOIR est entravé par la défense plus ou moins masquée de l accès au SAVOIR. Le journaliste, de par sa simple légitimation devient sujet du POUVOIR. Il a une «force» qui n est pas militaire mais que l institution où il travaille et la société lui confèrent. C est par cette «force» qu il essaye de rétablir la justice. La presse devient ainsi «un quatrième pouvoir» à même de provoquer des séismes politiques parfois catastrophiques La position modale du journaliste s identifie à celle de l actant cartésien 38 : sa dimension actionnelle [le DEVOIR et le POUVOIR] présuppose un SAVOIR centre et un posé le VOULOIR >s vp, où, étant donné toute une série de facteurs du contexte socio-politico-économique, le jeu de l accent mis sur tel ou tel élément change en fonction de l aléatoire du tir au but. La mécanique sémantique mise en œuvre est transitive. La transitivité est assurée par la présence du descriptif AVOIR constitutif d une seconde classe prédicative. On peut donc écrire : Je veux dénoncer tel fait de corruption Je peux le faire (j en ai les moyens) > J ai obtenu l effet escompté (ou un certain effet). Tout énoncé d action doit évoquer le lien entre le DEVOIR, le VOULOIR et le POUVOIR. La volition doit être placée en tête de l action, dirons-nous en paraphrasant P. Ricoeur 39 ; VOULOIR que P, c est déjà se procurer P (le SAVOIR) en premier lieu. Se procurer, s approprier lexémisent le POUVOIR du VOULOIR. La position idéale de l actant journaliste pourrait être décrite comme il suit :

86 78 Dan Dobre Je veux tout > Je peux tout J ai tout / Je suis tout. De quoi ce Je est-il fait? Il est constitué : 1. d un premier palier qui est le reflet de l ego qui suppose le droit absolu de l homme de s approprier toutes les choses, de prendre en son pouvoir l univers tout entier 40 ; 2. d un je collectif surplombant us et coutumes, éthique, amis politiques, etc. ; 3. d un je juridique conféré par la loi de la presse ; 4. d un je individuel conféré par sa personnalité en contexte, produit d une certaine structure psychique et psychanalytique. Une forte personnalité éviterait le pot au noir de la «marchandisation de la politique» 41 ou «le jeu de bonneteau politicien» 42, s opposant contre vents et marées à la moindre pression. Cette identité de la personne situe l actant-sujet sur l isotopie du POUVOIR car «cette identité est fonction des objets du monde dont il se saisit» 43. L AVOIR de l actant-sujet doit lui permettre de s objectiver «de se reconnaître et d être reconnu» 44 à travers les conflits d intérêts qui pourraient le plomber et contre lesquels il doit lever le bouclier de son identité. Les couples modaux / VOULOIR POUVOIR / et / POUVOIR VOULOIR / jouent donc un rôle fondamental dans l établissement de l identité de l actant-sujet. La constitution de cette identité est étayée sur les vœux du sujet 45, ce qui montre clairement que le journaliste situe son «œuvre» sur l isotopie du VOULOIR, constamment déterminée en l occurrence par le POUVOIR Statut du second carré de l identité 1. Comme J.-Cl. Coquet le remarque, la construction de l identité sémiotique de l actant-sujet en général ne se fait qu à partir d un VOULOIR identifiable à un méta-vouloir présupposé par l énonciation. Dans cette perspective, l analyse de l identité du journaliste comporte un parangon déictique à double dimension : 1. une deixis positive / le VOULOIR positif (V)/ ;

87 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien une deixis négative / le VOULOIR entravé, nié, contraint par le conflit déclenché par Human Interest (V)/. Lorsqu il inaugure la suite prédicative, le VOULOIR signifie /prétendre à/ et lorsqu il la conclut, la «politique» du VOULOIR peut revêtir un aspect ternaire : /assumer/ ou /ne pas assumer/ ou bien il combine les deux premières attitudes dans une politique mi-chèvre mi-chou. L action de l actant-sujet est transitive car basée sur l ordre canonique VOULOIR POUVOIR sous-tendu par les structures sémantiquement homogènes /SAVOIR POUVOIR/ (sp) et /POUVOIR SAVOIR/ (ps) où le premier constituant de chaque relation règle le second. Inutile d observer que, négativisé, ce type de relation binômale déclenche souvent des conflits entre les protagonistes de la praxis sociale : procès de diffamation, calomnie, scandales, etc., car d une fausse information (non SAVOIR) procède un faux pouvoir d action (non POUVOIR) ou inversement d une interdiction (non POUVOIR) procède un non accès au SAVOIR. Ainsi la construction de l identité de notre actant comporte les suites modales suivantes 46 : v-ps sp-v v-ps sp-v 2. Ce carré sémiotique structure quatre lectures fondamentales de ses termes: 1. v-ps : l identité du journaliste este totale et positive : Je prétends à toute entité axiologiquement valable pour mon enquête, pour ma campagne de presse, pour la «surveillance» de la société en général : Je veux tout, Je peux tout en tant qu actant individuel et / ou institutionnel. À cet égard, n oublions pas l impérialisme médiatique d un Ted Turner 47 on plutôt d un Citizen Murdoch, cette aventure à la James Bond des médias capable de tout faire pour fabriquer des nouvelles : provoquer des guerres, déclencher l apocalypse même. Football, sexe,

88 80 Dan Dobre politique, Rupert Murdoch se mêle de tout. Il assume parfaitement le rôle du «tycoon sans scrupules» 48. C est dans le même sens qu il faut comprendre les paroles de James Gordon, le créateur du New York Herald Tribune, qui disait fièrement : «I make news». Hearst fit du sensationnel une apothéose «il rêvait comme Bennett d un journalisme faiseur de nouvelles». «Demain, c est nous qui ferons les catastrophes de chemin de fer, c est nous qui provoquerons les épidémies, et comme nous en serons les auteurs, nous en aurons l exclusivité.» 49. C est le moi en quête de la certitude qui s efforce de soumettre la diversité. Dans son effort d identifier, c est lui qui identifie, sinon, c est le déclin, la non survie. N oublions pas non plus le phénomène des «paparazzi» où l investigateur journaliste se fait violeur de secrets, de l intimité des vedettes, remueur de boue, videur de poubelles (les muckrakers de Theodore Roosevelt). Pour éviter l abîme où un tel Caligula de la presse voudrait nous plonger, le journaliste doit soumettre l identité de l ego /le VOULOIR/ à l identité sociale /le POUVOIR/, car autrement en «pouvant tout» il se livre à une solitude éternelle. C est-à-dire à la mort de la démocratie et de la véritable liberté. 2. sp-v : l identité de l actant journaliste est partielle et positive (visée particularisante J assume tel objet de valeur, J ai telle connaissance, tel pouvoir). Ce type d actant est présent dans la presse d opinion, dans les journaux devenus armes de combat. Le journaliste se met derrière telle ou telle valeur qu il défend, telle ou telle personnalité politique (ou bien contre) ce qui n exclut pas une certaine dimension v-ps (on fait tout pour détruire son adversaire politique). Il y a des grands hommes dans l histoire de la polémique étayée sur le sp-v : Paul-Louis Courier qui a vivement combattu les Bourbons, Victor Hugo farouchement opposé à Napoléon le Petit, Émile Zola avec son célèbre J accuse qui a fait toute une époque, Louis Veuillot, le violent pamphlétaire catholique français resté célèbre pour les épithètes dont il apostrophait ses adversaires : bridavoine, pied bot, navet cacombo, vermine, eunuque, babouin, gredin, etc. 50

89 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 81 De nos jours, le journaliste tout en adoptant les valeurs de la démocratie (SAVOIR) peut (POUVOIR) passer à l action pour les implanter et les défendre (VOULOIR) 51. À remarquer aussi la problématique des campagnes de presse dans le contexte plus large de la «marchandisation de la politique» ; lorsque les conseillers en communication construisent autour de certaines valeurs une image vendable, musclée du candidat qui surplombe la formation discursivo-idéologique et dont il devient la locomotive. Deux exemples à cet égard : a. le rôle important joué par Claude Chirac dans les campagnes de son père ; le stage effectué auprès de J-M Goudard, les rencontres avec des conseillers tels que Roger Ailes et John Kraushar (les auteurs de You are the Message 1989) ont beaucoup contribué à sa formation ; b. le même rôle de créateur d image a été joué par les proches de Jean-Marie Le Pen : ses filles, Marine et Jann, son gendre, Samuel Maréchal et l ami de Marine, Eric Jorio 52. Le problème de la reformulation du déjà dit ou du à peine dit où l énonciateur embrasse telles ou telles valeurs dans le cadre d un choix énonciatif particulier et suggère ou exige à tu interprétant de suivre tel parcours sémantique au détriment d un autre, constitue aussi un aspect de la dimension modale en question. Face au dit le journaliste se reformule tout comme le lecteur qui voit l événement confronté à son propre univers de croyance : qui fait quoi, avec qui / quoi, quand, où, comment, à cause de qui, avec quelle finalité 53. Cette opération de réécriture fait appel à un SAVOIR commun à Je et à tu, la dimension descriptivo informative se retrouvant modalisée, submergée par des variations aspectuelles, déictiques, des relations logiques et lexico-sémantiques : le soldat israélien / o soldato israelita 54 / ; un soldata judeu / un soldat juif ; o militar / le militaire ; soldato de Israel / soldat d Israël. La formule modale sp-v prend corps à travers les fonctions suivantes du rewriting en question 55 : a. reformulation linguistique d un message non verbal (photo texte) avec son effet de mise en situation du lecteur ;

90 82 Dan Dobre b. reformulation commentaire avec son effet d orientation interprétative selon une modalisation axiologico-négative ; c. reformulation justification du commentaire ; d. reformulation reprise avec variation aspectuelle suggérant différents points de vue et ajout informatif ; e. reformulation qui introduit différents degrés de détermination ; f. reformulation procédant au développement du noyau informatif avec son effet argumentatif. Cette opération permet aussi selon M. K. A. Carreira de dégager les multiples prises de position des journalistes envers le même événement. 3. v-ps : lorsque l identité de l actant-sujet est totale et négative : Je ne sais rien, Je ne prétends à aucun objet de valeur, car Je ne peux rien, Je ne sais rien. Le journaliste fuit la contradiction ou bien il est forcé directement ou indirectement de la fuir. Il mime une identité comme fuite ou manœuvre devant un Autre tout-puissant. Ce cas représente en premier lieu l impossibilité du journaliste d avoir accès aux informations soit qu on les lui défend (ce qui arrive le plus souvent) soit qu il manque de professionnalisme ce qui a pour ricochet un effet de non SAVOIR, de non accès, même si certains objets de valeur sont déjà acquis. En second lieu, cette formule modale peut lui servir de stratagème, pour se défendre ou pour frapper : il feint de ne pas SAVOIR et de ne pas POUVOIR. En dehors de ces éléments, l Ich-Spaltung 56, la mort et l Autre peuvent constituer à eux seuls une variante de sujet qui, étant l incarnation même de l impraticabilité du sens, 57 peut actualiser aussi le v-ps. 4. sp-v : l identité est cette fois-ci partielle et négative (visée particularisante) : Je n assume pas tel(s) objet(s) de valeur, Je n ai pas telle connaissance exacte, tel pouvoir précis. Un journaliste de Libération, par exemple, écrirait en se réfugiant dans l hypothétique : Le train aurait déraillé vers 20h (refus de prise en charge de la responsabilité de l exactitude de l information) et un autre du Monde aurait certainement écrit : Le train a déraillé à / vers 20h. Le côté négatif de l interprétation des événements fait que la reformulation

91 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 83 semble aussi s enrichir de cette dimension déictique de par la négativité même (le rejet des autres informations) que toute sélection de nouvelles suppose. Même remarque pour les campagnes de presse ou électorales négatives où l on se refuse à assumer tel ou tel objet de valeur de l adversaire. 2. Pour une analyse actionnelle de la démarche du journaliste 1. L action du journaliste est tenue à observer une certaine déontologie 58 jugement professionnel normatif rendu vrai par l observation d une série de faits contingents (empiriques, culturels, politiques, etc.) qui passent par le crible déictique des valeurs modales du type : VOULOIR individuel/institutionnel, DEVOIR FAIRE individuel/institutionnel dépendant d un FALLOIR FAIRE générique et impersonnel caractérisant tout acte de presse. Toute prescription a pour base le principe éthique kantien FALLOIR infère POUVOIR ; le sens du premier terme est générique et impersonnel et se traduit dans la dimension déontique de notre actantsujet par l intermédiaire d un DEVOIR individuel actualisateur de cette immanence toute-puissante Autrement-dit, on assiste à la reconversion du Premier en Second ; la même opération peut être remarquée au niveau du POUVOIR générique(inféré par le FALOIR générique) actualisable en un POUVOIR de RE aboutissant de l action individuelle et dont la lecture est radicale : FALLOIR (générique) 59 POUVOIR (générique) DEVOIR(individuel) POUVOIR(aboutissant) de lecture radicale L échec de l action annule l existence même de ce POUVOIR aboutissant qui reste dans ce cas-là une valeur purement théorique. Comme G. Wright 60 le montre, la définition de FALLOIR ne se fait qu en rapport à Il est défendu que deux termes, donc, interdéfinissables : «Ce qu il faut être fait, c est ce qu il ne faut pas

92 84 Dan Dobre être laissé non fait et vice-versa. Ce qu il faut être laissé comme non fait, c est ce qu il faut ne pas être fait et vice-versa» 61. Toute norme positive caractérisée par IL FAUT est identique à une norme négative telle que IL FAUT QUE NON et réciproquement. À son tour, toute norme négative caractérisée par IL FAUT est identique à une norme positive caractérisée par IL FAUT QUE NON et réciproquement. 62 La déontologie journalistique est une commande de faire (commande positive) et simultanément une interdiction de s abstenir (interdiction négative) et vice-versa. La commande d abstention en tant que commande négative équivaut à l interdiction de faire (interdiction positive) et vice-versa. Le contenu des prescriptions est mixte (actes et abstentions) ; il est actualisé par des commandes et des interdictions tout à la fois, mais dosées différemment. Trois types de FALLOIR interviennent dans la gestion des actes de l actant-journaliste : déontologique, consensuel - civilisationnel et de surveillance de la société et de ses intérêts majeurs. Dans l acte de surveillance, la déontologie apparaît comme une prohibition : du fait qu il est rendu responsable de ses actes, l actant - sujet est «convié» à s abstenir de faire telle ou telle chose ce qui implique qu il peut (POUVOIR) faire cela (où le verbe modal a une lecture radicale : capacité interne, permission, possibilité, mettant de côté les autres valeurs l épistémique et l évidentiel par exemple. Les valeurs modales ci-dessus caractérisent aussi le POUVOIR générique que celui, individuel, aboutissant. 2. Mais ce qui intéresse surtout dans notre cas, c est le côté permissif du POUVOIR et son rapport avec l obligation en tant que norme ; on pourrait, donc, parler des normes permissives et des normes obligatoires. Ces dernières sont, dans un sens plus large, des commandes et des interdictions, tandis que les premières des permissions. La permission de FAIRE peut être interprétée de deux façons : 1. le journaliste peut agir car l interdiction de FAIRE n existe pas ce qui constitue une conception largement répandue visant surtout la problématique de la liberté d expression individuelle transformable institutionnellement dans la liberté de la presse, cette

93 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 85 dernière «farouchement défendue par la corporation» 63. Tout en étant couverte par la première, la liberté de la presse peut transgresser la responsabilité sociale et c est là que l autorégulation déontologique est tenue à intervenir ; 2. la permission équivaut dans une large mesure à l interdiction de porter atteinte à la liberté d action de l actant-sujet : «Or, en remettant ainsi la gestion sociale de la liberté d expression des journalistes, ne fait-on pas de ces derniers une classe désignée née privilégiée de ce qui constitue l un des tout premiers biens de la démocratie pour lors, rendu monnayable?» 64 se demande Libois. Les actes permissifs peuvent être forts ou faibles. Les premiers sont des actes qui ne sont pas interdits mais qui sont soumis à une norme (l autorité normative fixe leur statut normatif).si l on définit la permission en termes de prohibition imposée à une tierce partie, alors du principe kantien découlerait la conséquence suivante : si l actantsujet a la permission de faire qqch., alors il peut le faire. Dans ce cas - là, il est permis implique POUVOIR, ce qui Wright énonce par la formule suivante :» Le fait que qqch. constitue le contenu d une prescription infère le fait que le sujet de la prescription peut faire cela» Quel sens donner au mot infère dans ce contexte? La norme et l habileté sont interrelationnées par une connexion logique. Selon Hume, il faut distinguer entre la norme (FALLOIR) et fait (ÊTRE). Mais, si l on admet que le DEVOIR du journaliste infère l habileté de FAIRE (la capacité interne de son POUVOIR), alors, du fait que qqch. ne peut pas être fait, on peut conclure modo tollente qu il n existe pas un devoir de faire cela. Pourtant, il est à remarquer que le devoir d observer une déontologie journalistique stricte n implique pas nécessairement qu elle est observée, mais une autre conclusion factuelle : elle peut être observée. Même remarque pour la démarche informative constante qui constitue l objectif primordial du journaliste. La norme ne doit pas impliquer les conséquences factuelles de l habileté humaine. Les points de vue de Kant et de Hume ne s excluent pas : Wright croit avoir trouvé une solution dans la confusion faite par les philosophes et les logiciens entre norme et jugement sur les normes. L implication réelle qui est faite vise les

94 86 Dan Dobre jugements sur les normes en termes de VRAI ou FAUX et les jugements sur l habileté humaine. Cette interprétation élimine le conflit entre le principe kantien selon lequel FALLOIR infère POUVOIR et l idée de Hume sur l indépendance logique entre FALLOIR et ÊTRE. Si du point de vue philosophique et juridique on peut parler d une antériorité des faits par rapport aux normes, l action du journaliste est postérieure aux normes déontologiques et surtout culturelles. Ce qui n exclut pas l antériorité de la manifestation des habiletés humaines comme justification de l établissement du code en question. L habileté d agir est une présupposition des normes ; c est dans cette logique de l antériorité et de la postériorité qu il faut comprendre le principe kantien. Pour les normes qui sont des prescriptions, ce principe peut être formulé comme suit : l existence d une prescription qui impose ou permet une certaine chose présuppose que le sujet (les sujets) de la prescription peut (peuvent) faire ce qui a été imposé ou permis. 4. Comme on l a déjà énoncé, le sens du POUVOIR se dichotomise en un sens générique visant la capacité de faire et en un autre, aboutissant, de la réussite factuelle. Le premier sens est impliqué dans notre conception par le FALLOIR générique, le second par le DEVOIR individuel. Si le journaliste échoue dans sa démarche, alors son POUVOIR de FAIRE doit être compris dans le contexte du POUVOIR générique (l habileté de FAIRE) indépendant du pouvoir individuel lié au succès. L interdit annule donc le POUVOIR aboutissant sans porter atteinte au POUVOIR générique de l actantsujet. Dans la pratique médiatique, il s agit d un interdit contingent qui peut revêtir une diversité de formes. À ce niveau-là, on peut parler de norme idéale portant sur ce qu il faut être fait et des normes ciblées sur ce qu il doit, peut ou il ne doit pas être fait. Rapportées au principe kantien, il résulte que l interprétation de ces normes ne doit pas être stricte car l actant-sujet peut fouler aux pieds les coutumes et certaines normes déontologiques. Il faut n implique pas nécessairement ça doit être, à moins que le journaliste, en franchissant les normes morales généralement admises, n invente, ne crée l objet de son savoir sous la pression du déterminisme économique, politique,

95 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 87 technologique ou même de sa propre subjectivité (voir Hearst, Rupert Murdoch, etc.). L «invention» de l information et la mise en scène du «spectacle» médiatique posent un autre problème celui de l abandon de l acte factuel à la faveur de l acte virtuel. Le journaliste peut atteindre ses objectifs de plusieurs façons : 1. il veut X sans agir effectivement pour le réaliser ; dans ce cas-là, il fait marcher son imagination ; 2. il veut X et il désire que cela lui arrive ; il peut provoquer l arrivée de X par certaines attitudes, questions, actions ; 3. il veut X comme but de son action et il se débrouille, agit effectivement pour atteindre son objectif. Cette troisième attitude réclame, ou suppose, qu il sait comment s y prendre, qu il peut faire le nécessaire. Il peut arriver qu il échoue, ce qui justifie la constatation que l «habileté de faire qqch. n est pas une garantie infaillible du succès dans les cas individuels» 66. Car, il peut arriver que l actantsujet, même s il a l aptitude de faire X, ne le fait pas, l évite, se cache derrière tel ou tel obstacle réel ou imaginaire, sous quelque prétexte que ce soit. Le journaliste peut refuser un commandement politique, par exemple, même s il a l aptitude de s y conformer. * Pour bivouaquer normalement dans le camp médiatique, le journaliste est tenu d observer un juste équilibre entre toutes les valeurs modales dont nous venons de nous occuper. Il doit doser action et comportement de façon à ne pas porter atteinte à la responsabilité sociale qui lui incombe, aux droits à l information et, en général, aux autres droits individuels du citoyen. Toute sa démarche doit préserver l harmonie sociale. 3. Le journaliste caché derrière l impersonnel. Analyse de l impersonnel de la une de quelques quotidiens politiques 0. Dans la pléiade des moyens verbaux et non verbaux que le journaliste utilise pour mettre l événement à la une, la phrase impersonnelle est responsable en langue et en discours surtout d une série «d effets de sens» et de significations à même de susciter

96 88 Dan Dobre l intérêt pour une étude approfondie dans le cadre plus large d une sémiotique de la presse. Eu égard à la complexité des relations syntactico-sémantiques fortement contextualisées que les diverses unités linguistiques sont censées entretenir, la mise en exergue de tel ou tel rapport amène le lecteur à mieux saisir l intention du journaliste et même les «implicatures» qu elle déclenche, tout en assumant de ce fait une dynamique discursive informationnelle circonscrite dans le double jeu toujours constant : ontologie événementielle proxémique médiationnelle stratégie politique L impersonnel en langue 0.Nous n allons pas reprendre les démarches linguistiques des recherches déjà faites par : John Anderson (1973) 67, Jacques Damourette et Eduard Pinchon ( ) 68, Robert Martin (1979) 69, Maurice Gross (1968, 1975) 70, Martin Riegel, Jean-Christophe Pellat, René Rioul (1994) 71, Marc Wilmet (1997) 72 ou bien par notre collègue Mariana Tuţescu (1975, 1976, 1977) 73 ; nous nous bornerons à utiliser les résultats de ces travaux pour voir leur fonctionnement en langue et en discours au niveau d un corpus de textes constitué par la une des journaux comme Le Figaro, Tribune de Genève, Le Temps et Le Monde diplomatique 74. Notre investigation sera plus fructueuse si elle porte aussi sur un corpus de quelques rubriques (Débats et opinions, Vivre aujourd hui, Art de vivre, etc.) situées dans les pages intérieures des journaux envisagés. Les parallèles faits par la suite mettront en évidence certaines structures linguistiques et discursives qui constituent autant de réalisateurs de la subjectivité et des stratégies du sujet énonciateur. Du point de vue langue, à la une du Figaro et des journaux suisses envisagés deux classes d impersonnels s imposent : A. le groupe verbal C est à double valeur : 1. de représentatif renvoyant à un autre élément du contexte : a. par un mouvement anaphorique, dont les occurrences ont les formes suivantes :

97 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 89 C est / ~ nég + Nominal déf. / indéf. : C est le bon moment pour acheter ; (F) C est un aveu de faiblesse de notre système de valeur ; (T) C est une histoire belge ; Ce n est pas un vieux pieux.(f) C est +GAdv +Nominal déf. / indéf.: (...) mais c est là le danger. C est aussi un séisme pour le monde politique suisse. (T) ; C est +Gadv : C est tout de même plus fort et moins fatigant. (F) C est + Proposition substantive ou non : Ben Laden se cache toujours en Afghanistan. C est ce qu a annoncé hier l ambassadeur des Talibans au Pakistan (...) ; L ennui, c est (...) qu il y a d autres prêcheurs (...).(F) C est +INF : C est dire si l idée est bonne. (F) b. par un mouvement cataphorique : C est + part. passé : C est décidé : les Israéliens se rendraient (...). (TG) 2. de présentatif : C est + Nominal déf : C est la proposition de P. Martin Lalande (...) qui défend l idée de cette réforme. (F) C est + Gprép. : C est à l aune de granit que l on mesure le deuil ; C est à eux que nous pensons aujourd hui.(f) C est / ~ nég. + Adv +Nominal : Cette décision, ce n est pas seulement Gerald Bühler qui doit la prendre (...). (T)

98 90 Dan Dobre Remarques : 1. Les structures où il (impers) = ce sont très rares : Ils proposent de s élever jusqu à Allah. Avec un pétard. Il est vrai = [C est vrai].(f) où ce est un représentant. À remarquer aussi que le pronom ce dans C est décidé... peut être remplacé par il qui lui transfère sa valeur d anticipant. 2. Par rapport aux autres formes impersonnelles que nous analyserons par la suite, la structure c est, de par la déicticité du pronom, comporte un degré d ostensibilité encore plus fort que celui présenté par une structure du type : Il nous arrivera Mademoiselle Flore Brazier (...) 75 où il arrive renvoie à Mlle F. Brazier. 3. Nous devons être d accord avec M. Tuţescu en ce qui concerne la séquence nominale qui suit le verbe impersonnel le nominatif, «terme qui désigne un patron sémantique de phrase, le cas conceptuellement le plus neutre» 76. Ce trait casuel conforte le rôle de sujet logique que cette séquence peut jouer. B. les impersonnels (ou unipersonnels) fixes (il faut, il s agit, il y a, il est) viennent en seconde place du point de vue fréquence ; ces structures présentent les constituants phrastiques suivants : 1. il faut : il faut / ~ nég.+inf : (...) pour désigner le cadre dans lequel il faut penser à l intérêt général (...) ; (T) Il ne faudrait pas maintenir la Corse dans ses incertitudes (...) Il faudra agir vite. (F) Il faut +GAdv. antéposé + INF : Évidemment, il aurait fallu nourrir l animal cela pendant soixante ans (...).(F) Il faut + Sq 1, 2 + INF : Il faut, pour élever le stèle, disent-ils, trouver un lieu hautement symbolique (...). (F)

99 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 91 À noter l absence dans ces constructions du pronom personnel au datif (ou expérimentateur). 2. il s agit : il s agit + Gprép (Prép +Préd +N) : (...) mettre en place des dispositifs permettant de faire face aux aléas de l existence qu il s agisse des accidents, de la maladie (...) ; Il s agit d une affiche à caractère hautement symbolique ; Il s agira du premier déploiement des troupes au sol (...). (F) 3. il y a a. il y a (existentiel) : il y a +GAdv +Nominal déf. / indéf. : Chez les jeunes croyants il y a aussi les drogués ; Beaucoup d appelés pour un échec. Il y aura des fâchures.(f) b. il y a («locatif / temporel») + GN : Le piercing? Jésus en a eu un, il y a deux mille ans.(f) Remarques : 1. Il y a est considéré par B. Pottier 77 le symbole fondamental de l impersonnel, une entité à valeur présentative existentielle où le morphème locatif y semble loger l information événementielle contenue, à notre avis, par le sujet logique. 2. Nous n avons repéré dans notre corpus aucune structure où il y a constitue un nœud verbal unique dont le complément exige une détermination minimale. Nous n avons pas repéré non plus d unités actualisant le contenu durantiel de il y a, ce qui conforte notre conviction que la locution surprend l irrépétabilité de l événement informatif. 3. Même si le tour il y a comporte une sémantèse verbale de possession AVOIR, on assiste selon G. Moignet à une dématérialisation par subduction. Au cours de sa transformation impersonnelle, c est le support personnel qui en est affecté. Son

100 92 Dan Dobre sémantisme est gardé en tant que tel. L univers-possesseur n est qu un contenant de l événement représenté par le locatif abstrait y. À la différence de il y a, c est renvoie à une existence localisable contextuellement. Et ceci parce que l impersonnel demande parfois de préciser l univers où ce situe l événement comme expression d une «survenance». 4. Il est: il est + (GAdv) +Adj + de+ INF : (...) il est bien difficile de ne pas voir dans ce match (...). (F) C. emploi impersonnel des verbes personnels (sens événementiel) : La France n est encore dans son chemin du paradis, qu au purgatoire puisqu il reste des socialistes.(f) où : il reste des socialistes = les socialistes restent encore. À la une du Monde diplomatique, l impersonnel se raréfie, malgré la surface imprimée deux fois plus grande. Les formes en c est se réduisent : sur 29 structures impersonnelles, 8 phrases sont construites avec c est et cela, tandis que les formes fixes sont plus nombreuses 18, le reste étant illustré par des formes appartenant à d autres classes : il reste, il suffit, il ne fait aucun doute. Cette distribution différente de l impersonnel à la une du Monde diplomatique révèle un changement de stratégie, tenue à s adapter au public-cible du journal : 1. renoncement à la familiarité et à l oralité de c est et de cela dominants à la une du Figaro, ce qui contribue entre autres au maintien réservé adopté par le journal ; 2. mise en discours de l événement qui semble largement préoccuper le journaliste qui amorce déjà des commentaires tandis que Le Figaro les évite (il renvoie l éditorial même dans les pages intérieures) et ne s occupe qu avec l implémentation de l événement dans le cadre d une ambiance d oralité et familiarité capable de réduire la distance proxémique que le Monde diplomatique veut au contraire augmenter.

101 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 93 Comparées à la une, les pages intérieures révèlent une situation bien différente quant à l emploi des formes phrastiques impersonnelles. Dans l éditorial et des rubriques comme Débats et opinions du Figaro, dans les relations et les reportages des journaux suisses, l emploi de l impersonnel s intensifie, la surface imprimée a son importance à elle, mais ce qui est peut-être significatif, c est la diversité des formes impersonnelles qui s accroît. Voilà dans ce qui suit les classes d impersonnels repérés dans le corpus analysé : A. Verbes impersonnels ou unipersonnels fixes : il faut (10 unités), les locutions verbales : il s agit (5), il y a (7), il est vrai / prévisible / curieux / nécessaire (4 au total). B. Groupes verbaux à valeur de présentatifs et représentatifs : c est (17), cela (11), ce (1) : c est bien évidemment inacceptable, ce n est pas seulement la réconciliation (...) qui (...), etc. C. Il est+ part. passé (2) : il est écrit, il n est pas garanti ; Il est+séquence incidente + de +INF (1) : il est, par conséquent, d en remettre ; Il est + GAdv+ de +INF (1) : il est bien de. D. Verbes de modalité employés impersonnellement (3) : il lui arrive, il se fait que, il ne peut s agir. E. Verbes personnels employés impersonnellement (1) : il reste à peine (...) F. Verbes impersonnels + Prép. + INF (4) : il suffit pour s en convaincre, il suffit de mettre, il convient de prendre G. Sembler, paraître (très rares) 78 (1) : il semble humainement impossible d atteindre (...) 3.2. L impersonnel en discours L événement 0. L impersonnel est une entité vide, un «locatif abstrait» 79 incapable de masquer le vrai sujet posé en tant que topic

102 94 Dan Dobre événementiel. Il s accompagne d un je énonciateur, celui du journaliste en tant que locuteur. Selon Marc Wilmet, ce type de topicalisation procure «un sujet grammatical à un énoncé privé de sujet logique 80 ou évince le sujet logique de la première place» 81. La postposition au verbe du sujet logique de par la «rupture narrative» de la phrase assure à celle-ci une valeur «événementielle», ce type de sujet étant partiellement affecté quant à sa valeur agentive (séquences verbales ou nominales), tandis que dans les structures à séquence ø l idée d agent n est pas absente. Le référent sémantiquement vide maintenu par le morphème il dans il y a, il est, il faut, par exemple, ouvre selon H. Weinrich 82 la possibilité de ce qu il appelle un horizon textuel de nature informative : Il s agit d une affiche à caractère hautement symbolique. Il s agira du premier déploiement de troupes au sol. (F) énoncés qui ne sont pas exempts de la subjectivité dont le journaliste fait preuve lors de la sélection opérée dans le champ informationnel. Observons tout de même que ce caractère informatif est fortement marqué par l événement qui fait irruption dans le continuum amorphe de l ontologique Définition et structure de l événement 1. G. Denhière et S. Baudet83considèrent l événement comme quelque chose qui se produit, comme une occurrence à un moment donné d un changement d état du monde dans un champ spatiotemporel de nature conceptuelle. Pour Baudet, l événement est un changement qui fait passer un micro-monde d un état initial ETi à un état final ETf, ETi et ETf étant deux états différents d un monde possible. Si Baudet surprend le côté dynamique de l événement, B. Pottier définit l événement comme une entité existentielle en soi : «Tout ce qui est ou qui se produit dans la société ou dans l imaginaire et qui est conçu par un je»84 - une définition que nous trouvons trop large allant jusqu à identifier l événement à l infini de l espace ontologique. Elle pourrait nous

103 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 95 plonger ainsi dans des débats philosophiques interminables visant la création même du monde. 2. Dans le cas présent qui est celui du discours de presse, le je énonciateur (le journaliste) ne fait que recevoir exprimer interpréter ce qui se produit dans la réalité ou tout au plus ce qui lui est arrivé sur le plan réel ou irréel. À notre avis, il faut imaginer l événement comme une rupture dans le continuum des messages que l extéroceptivité et l intéroceptivité dont nous faisons l objet et le sujet à la fois nous transmettent ; c est une irruption d un contenu nouveau une information. Admettons avec Pottier la formule suivante de l événement85 : EVE = PROPOS MOD ce qui veut dire que la mise en forme du factuel événementiel équivaut à l existence d un noyau appelé PROPOS et une modalisation que le je énonciateur opère à son égard ; pourtant, il faut remarquer que la modalisation du propos n est pas obligatoire. C est extrêmement choquant (F) PROPOS MODALISÉ (...) il s agit d un sursis (MD) PROPOS NON MODALISÉ À son tour, le propos est constitué d entités (Ent) et de comportements (Cp), autrement dit des séquences nominales (SqN), des séquences verbales (SqV), verbo-nominales (SqVN) et des phrases. Les entités sont des existants autonomes indépendants de la sémiotisation dans une langue naturelle86 : Il s agit d une affiche à caractère (...). Il y a aussi les drogués. ( F) 3. Dans ces contextes, l entité devient un support. Au niveau d une phrase simple où le sujet grammatical n est pas vide le propos est généralement confondu au rhème et devient dans la conception de Pottier un apport (ce qui se dit d une entité) : Le chat sourit support apport Mais dans le cas des structures impersonnelles analysées, il faut admettre l existence d un propos constitué soit d une entité (33, 34), soit d un comportement : Il faut le renouer.

104 96 Dan Dobre (...) bien qu il n y ait pas eu de coup d Etat (...), (MD) Il ne faudrait pas maintenir la Corse dans ses incertitudes, (F) Pour exprimer le Cp le journaliste se sert des verbes, des adjectifs, des adverbes, des nominalisations mêmes ou des séquences équivalentes. Le Cp, affirme Pottier, est une construction mentale fortement interprétative 87 et tient de l univers de croyance des humains en général (nourrir l animal) et du journaliste en particulier (c est un aveu de faiblesse). 4. Il faut admettre qu en structure impersonnelle, en langue, le thème se superpose au rhème, tandis qu en discours il se superpose au topic. Ainsi le choix que le journaliste opère dans la multitude d événements du monde réel susceptibles d être médiatisés et posés en contexte impersonnel comme propos a une double forme : entité et comportement ; l énonciateur se cache souvent derrière le sujet impersonnel soucieux qu il est de ne pas prendre en charge la responsabilité de ses affirmations, de ses modalisations. À remarquer qu à la une, les modalisations du propos sont presque inexistantes on n en a repéré que deux : Mais qu importe! Il est vrai. (F) tandis qu à l intérieur des journaux les énoncés impersonnels sont beaucoup plus modalisés : Il sera toujours difficile de faire cohabiter l Europe (...) Pourtant, il n est pas curieux que ce ne soit qu à propos de cette religion. (F) On rencontre même des surmodalisations : Il semble maintenant impossible (...). (T) Il sera ainsi peut-être nécessaire d implanter des canons à eau. (T de G) C est bien évidemment inacceptable. (...) Il ne s agit évidemment pas de promettre à l Etat (...) (F) La modalisation telle qu elle apparaît dans le corpus analysé semble être faite : 1. pour l énonciateur lui-même : Il y a un peu plus de deux (...). (F)

105 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien pour quiconque : Il sera aussi peut-être nécessaire d implanter des canons à eau. (TG) 3. ou pour les deux : Ils proposent de s élever jusqu à Allah. Avec un pétard. Il est vrai. (F) où ce qui est vrai pour moi l est aussi pour les suicidaires. Ces «visées» changeantes sur lesquelles opère le journaliste en tant que seul agent modalisateur, constituent une technique de plus pour satisfaire à telle ou telle stratégie dans l acte de communication que le journal accomplit Chronologie événementielle 1. Tout événement s inscrit sur l axe du temps et connaît un changement de ET i ET f. Ainsi, l énoncé : C est décidé : Les Israéliens se rendraient (...). (F) connaît un développement chronologique du type : ET f ET i Les Israéliens Les Israéliens événement ne se rendent pas se rendraient télique 88 t 0 t 1 IMMOBILISME MOBILITÉ ÉVENTUELLE Dans le cas de l énoncé : C est à eux que nous pensons. (F) l entité à eux constitue l état final d un mouvement chronologique amorcé dans le passé : Ce n était pas à eux c est à eux (...) événement HIER AUJOURD HUI télique

106 98 Dan Dobre 2. Ces deux dernières structures caractérisent l impersonnel dans le corpus analysé où le topic postule une «sémantèse d existence» pour reprendre un syntagme déjà consacré par G. Moignet. Ceci permet de poser l événement non pas comme point de départ, mais comme point d aboutissement, comme le résultat final de la conjecture d un processus ou du contingent. À remarquer que tous les verbes d existence repérés c est, il est, il y a sont à la voix active. Comme nous l avons déjà remarqué, l événement fait son irruption dans un continuum apparemment amorphe des entités et des comportements du factuel. Il ne peut pas laisser de côté d autres événements, d autres états du même événement auxquels il se rapporte inévitablement. Il appartient au continuum discursivo-interprétatif de l information, de l ontologique. Ainsi dans l énoncé : C est l expression d une culture politique. (F) A l événement A laisse présupposer au moins un autre événement, B, par exemple, l expression d une culture apolitique. 3. L invariant conceptuel qui sous-tend le développement logique de A peut avoir la forme : B A t 0-1 t 0 C t 0-2 D t 0-3 où C et D s organisent en paradigme pouvant occuper la place de B ou mieux, constituant pour A un champ d événements-occurrences développé dans une chronologie événementielle décryptable aussi en termes de support - apport 89.

107 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien Catégorisation du propos 0. Toute langue développe un certain nombre de catégorisations et des comportements. Dans la perspective de l impersonnel, le discours de presse et surtout la une semblent mettre en oeuvre des catégories primitives «proprioceptives» comme dirait A. J. Greimas et qui caractérisent ce type de discours : 1. DÉLIMITATION : C est à l aune de granit qu on mesure le deuil. 2. SPÉCIFICATION : Chez les jeunes croyants il y a aussi les drogués. 3. COMPORTEMENT : (...) Il ne faudrait pas maintenir la Corse dans ses incertitudes. (F) 4. APPRÉCIATION : C est le bon moment pour acheter (...). (T) Les trois premières catégories semblent, à notre avis, caractériser les propos de la une Thématisation / topicalisation 1. L ordre des mots dans une phrase assure aux unités linguistiques une signification variable, un «effet de sens» à fort quantum inférentiel. L intention du journaliste, la stratégie du journal en général et surtout de la une, puisque c est justement cette première page qui fait l objet de nos investigations, peuvent être repérées, entre autres, au niveau de la problématique de la thématisation et de la topicalisation des unités énonciatives capables d assurer une dynamique actantielle et communicationnelle «selon laquelle normalement l information va croissant du thème vers le rhème : une fin d énoncé qui n apporterait rien au plan informatif serait inutile» 90. La forme vide du sujet qui entre dans la constitution de la formule prototypique de l impersonnel, même si elle est placée en tête de l énoncé n indique pourtant pas le thème ou le topic de l énoncé, c est-à-dire la référence thématique exacte qui forme le contenu de l information. Ainsi dans :

108 100 Dan Dobre (...) il y a aussi les drogués. (F) Mais il faudra agir vite. (T) le thème sera formé du GN les drogués et respectivement du déterminant agir vite. 2. Pour ce qui est des structures impersonnelles repérées à la une, le procédé de thématisation le plus fréquent semble être l utilisation du présentatif c est...qui / que : C est à eux que nous pensons. (F) Il arrive parfois que la topicalisation en début de phrase d un GN dont le contenu sémantique est expliqué par la suite dans le propos réalise la thématisation et renforce une certaine isotopie thématique : L ennui, c est que dans les quartiers difficiles, il y a aussi d autres prêcheurs (...). (F) Ce qui est intéressant à remarquer, c est que le comportement de Pottier devient au niveau de certains énoncés impersonnels analysés un sur-thème formé à son tour d un thème et d un rhème. Dans : Il ne faudrait pas maintenir la Corse dans ses incertitudes. (F) maintenir la Corse dans ses incertitudes est un sur-thème dont on infère : actuellement la Corse est maintenue dans ses incertitudes, inférence illustrée dans le texte qui suit par une série de thèmes et sous-thèmes à débattre. 3. Dans le débat thème / topic une mise au point s impose. Admettons avec Anne-Claude Berthoud que la thématisation est un phénomène phrastique qui renvoie au phénomène de reprise anaphorique du type Pierre, il n est pas venu où le pronom personnel reprend le nom propre Pierre, alors que le topic est un phénomène de nature discursive défini par l ellipse du complément pronominal Le chocolat, j aime. 91 Du point de vue des «effets de sens», la thématisation a un caractère statique, informationnel tandis que le topic est dynamique, événementiel. Le topic est un actant catégoriel permettant de faire progresser le discours et joue le rôle de centre «d attention ou celui

109 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 101 d organisateur de la mémoire discursive» 92 qui dans notre cas est l information événementielle. 4. Le topic est sensible à une orientation vers l interlocuteur (le lecteur) qui dans une certaine mesure devient un coénonciateur en fonction des «effets» produits au niveau de son univers d attente. Dans une perspective sémio-logique, le topic comme unité discursive marque la dynamique de la construction de l énonciation ou de la méta-énonciation. Les structures verbales il y a, il est sont des marqueurs existentiels du topic qui localisent l existence du référent dans la réalité extralinguistique. Les présentateurs ou les représentatifs (c est...qui, c est) ont pour fonction d installer ou de réinstaller un ou plusieurs événements dans le discours une mise en discours du référent (du topic). Ce - du représentatif c est, par sa valeur déictique, réalise la référenciation complète et «la remise» de l unité événementielle en discours. Une structure comme il y a...qui rompt l ordre canonique du français écrit (SVO) et permet de développer l énoncé selon l ordre logique. L installation du référent-topic en discours connaît d habitude plusieurs étapes qui permettent le développement de l actant de fond (ou catégoriel) conformément à la logique informationnelle, comme dans les énoncés : (...) dans les quartiers difficiles, il y a aussi d autres prêcheurs, barbus ceux-là. (Mise en discours du référent topique suivi d une qualification - barbus) Ils proposent aux jeunes (...) de s élever jusqu à Allah. (F) (Reprise du référent par un nominal, suivie d une nouvelle information, commentaire, etc.) 5. Mis à part les entités linguistiques qui reprennent le topic catégoriel, ce dernier peut être réinstallé et renforcé au niveau même du contenu sémantique du propos, des structures impersonnelles qui s ensuivent par des topics-arguments : S il existe (...) des musulmans modérés (...), il suffit de lire le Coran (...), il est par conséquent d en remettre en question (...). (F. page intérieure)

110 102 Dan Dobre Il y a donc «un ancrage référentiel» mis en oeuvre par toute une série d unités linguistiques (pronoms relatifs et démonstratifs, nominaux ayant le même contenu thématique que le topic, etc.), ce qui mène finalement à poser et à affirmer l existence de l événement. 6. Si un présentatif est nécessaire à toute introduction d un nouveau topic actualisé par un indéfini (il y a un garçon), réciproquement l indéfini devrait être le seul déterminant possible au sein d une structure présentative. L entité indéfinie une fille ne prend sa véritable référence que si elle est reprise sous sa forme pronominale qui ou d un déictique+n : qui est belle, cette fille vit loin. Selon Lambrecht, 93 l utilisation de la structure il y a +SN défini rend possible la dissociation de deux sous-fonctions de ce genre d énoncés : 1. le SN peut être caractérisé comme situationnellement ou cognitivement accessible ; 2. il n est pas encore utilisé discursivement. Comme nous l avons déjà dit, il y a promeut un référent sur l échelle de l accessibilité topicale ou bien en introduit un comme participant (déjà accessible cognitivement ou situationnellement) : (...) Il y a aussi des drogués. Il y aura des fâchures. (F) Il y a X 7. Le topic joue donc sur le support et sur l apport. Ce dernier est constitué principalement de deux types d actes de langage : d affirmation et de jugement (réalisés par les modalisations introduites par le journaliste dans son discours). Si le support manque dans le contexte immédiat de la structure impersonnelle, il doit exister quelque part au niveau de l intra- ou de l inter-discours, car l apport (le comportement) seul ne peut pas exister. Dans : C est aussi un séisme pour le monde politique. C est un aveu de faiblesse de notre système de valeurs.

111 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 103 C est aussi un signe qu il est temps de (...). (T) les structures attributives sont autant d apports à un support le topic catégoriel mis en tête de l article (Devoir et avoir Le scandale LTS). Le support événementiel implanté en début du texte : Ben Laden se cache toujours en Afghanistan. doit être entraîné par la dynamique discursive : C est ce qu a annoncé hier (...). (F) bien des fois argumentativo-conclusive : Beaucoup d appelées pour un élu. Il y aura des fâchures.(f) Dans les énoncés : Évidemment, il faudrait ensuite nourrir l animal Il ne faudrait pas maintenir la Corse dans ses incertitudes. Il faut, pour élever la stèle, disent-ils, trouver un lieu maintenant symbolique. (F) Les syntagmes : nourrir l animal, maintenir la Corse dans ses incertitudes, élever la stèle constituent autant d unités isotopiques actualisant par reprise le topic catégoriel général du texte Chrono-structure du topic 0. Les structures chrono -événementielles du support (S) et de l apport (A) reprennent les deux formules fondamentales de l impersonnel repéré à la une : A. C est : 1. représentant : a. anaphorique : - S+ c est+a : L ennui, c est que (...) il y a (explicite) aussi d autres prêcheurs. (F) t 0-1 t 1 b. cataphorique :- S+ c est + A : C est aussi un séisme (en co-texte pour le monde politique élargi) suisse. t 0-1 t 0

112 104 Dan Dobre - S+c est+(s+a) : C est décidé : les t 0+1 t 1 (repris) Israéliens se rendraient (...). (T) 2. présentatif : S+ c est+ S+que /qui : C est ce qu a annoncé (en co-texte, repris, hier (...). élargi et focalisé) C est la proposition de t 0-1 t 0 (...) qui(...). (F) B. Il y a, il est, il s agit : 1. S+ il y a +A : Mais il faudra agir vite. (T) (en co-texte Évidemment, il faudra élargi) ensuite nourrir l animal. (F) t 0-1 t 0 où le connecteur logico-syntaxique et l opérateur adverbial jouent le rôle de rappel du S co-textuel. 2. il y a / il s agit +S : Chez les jeunes croyants, il y a aussi. t 0 les drogués Il ne s agit pas encore de violence politique. (MD) Conclusions : 1. À n en pas douter, la notion de comportement dont parle Pottier est une construction mentale fortement interprétative qui tient beaucoup plus de la responsabilité de l énonciateur 94 que de la dénomination du support. C est là qu il faut chercher la subjectivité du journaliste. À remarquer aussi que cette unité constitutive du propos peut être exprimée par un syntagme nominal, adjectival, verbal, verbo-nominal ou une phrase ; 2. La fréquence des actes de jugement thétiques (Cp) qui constituent le propos des formes fixes (et surtout de il y a) est très réduite à la une ; elle s accroît sensiblement dans les pages intérieures ; 3. Le Il impersonnel de par sa fonction simultanée en langue (référence au contexte linguistique du texte) ou en discours (référence à la situation) n est ni endophorique ni exophorique 95 ; 4. Tout en identifiant le factuel événementiel modalisé ou non, c est traduit la valeur d inanimé. Il introduit dans le texte de presse la

113 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 105 dynamique événementielle dans le contexte d une oralité et familiarité qui lui est caractéristique. De ce fait, le journal réduit la distance énonciateur-lecteur et réussit à contextualiser l ontologie événementielle par le biais d une proxémique médiationnelle adéquate. La valeur déictique du pronom démonstratif neutre ce indique un étant événementiel fortement ancré dans le présent de l énonciation ce qui assure l actualité du message de l énoncé de presse trait fondamental d ailleurs du discours médiatique en général. 5. À la une le journaliste se cache en général derrière le il impersonnel signe de la causation d univers dont parle R. Martin 96 - pour émerger avec force moyennant la modalisation dans les structures impersonnelles utilisées dans les débats, les commentaires, les reportages que le lecteur retrouve à l intérieur du journal. 6. Comme bien des recherches l ont fait voir, le discours politique est par nature un discours du flou. Les média, partant, semblent se donner pour tâche de le rendre plus clair, moins ambigu au possible. C est ce qui explique la rareté des modalisations de l énoncé impersonnel à la une de même que le besoin de renvoyer l éditorial à l intérieur du journal. NOTES ET RÉFÉRENCES 1 Culioli, A., Desclés, J-P., 1981 : Systèmes de représentations linguistiques et métalinguistiques, Univ. de Paris VII, Coll. ERA 642 numéro spécial, p cf. Bourquin Guy, 1990 : Ambiguïtés de la deixis, in La Deixis, Colloque en Sorbonne, 8-9 juin, PUF 3 Greimas, A. J., Courtès, J., 1979 : Dictionnaire raisonné de la théorie du langage, Hachette, Université, p Coquet, J-Cl., 1989 : Le discours et son sujet, Méridiens Klincksieck, Paris, p. 1 5 cf. Kerbrat Orecchioni, C., 1980 : L énonciation. De la subjectivité dans le langage, III éd, Armand Colin, Paris 6 Benveniste, E., 1966 : Problèmes de linguistique générale, tome I, Gallimard

114 106 Dan Dobre 7 ibid. :154 8 Lakoff, G., 1976 : Linguistique et logique naturelle, Klincksieck, p Coquet, J.-Cl., op. cit : cf. Ricoeur, P., 1969 : Le conflit des interprétations, Le Seuil, Paris 11 Martineau, P., apud Thoveron, G., 2003 : La marchandisation de la politique, coll. Quartier libre, Labor, Bruxelles, p Coquet, J.-Cl., op. cit. : Martineau, P., apud Thoveron, G., op. cit. : cf. Lacan, J., 1966 : Écrits I, Le Seuil, Paris 15 Hegel, G. W. F., apud Coquet J.-Cl., op. cit.: Althusser, L., apud Coquet, J.-Cl., op. cit. : Borges, J. Z., apud Coquet, J.-Cl. op. cit. : cf. Entretien avec J. L. Borges, Le Monde, 18 avril ibid. : Coquet, J.-Cl., op. cit. : cf. Thoveron, G., 1999 : Le troisième âge du quatrième pouvoir, Labor, coll. Quartier Libre, Bruxelles 22 idem 23 Coquet, J.-Cl. op. cit. : À remarquer que le faire, l avoir et l être sont des verbes descriptifs qui caractérisent tout discours en général. 25 Entretien avec J. T. Desanti, Le Monde, 7 mars idem 27 cf. Platon, apud Coquet J.-Cl, op. cit. : Un certain type de texte. 29 Les pompiers ont mis feu à leur caserne, National, 29 iunie cf. Thoveron, G., op. cit. :1999: Popescu, C. F., 2003 : Manual de jurnalism, Tritonic, seria Catedra, Bucureşti 32 cf. Freund, A., 1991 : Journalisme et Mésinformation, Éd. La Pensée sauvage, Paris 33 Lannon, M. J., 1986: The Writing process. A Concise Retoric (second ed) New York, Little Browns and comp. 34 Achache, G., Le Marketing politique, in Hermès, 4 35 Thoveron, G., 2003, op. cit. : 6 36 Thoveron, G.,1999, op. cit. : Voir L affaire Watergate aux Etats-Unis.

115 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien cf. Coquet, J.-Cl., op. cit. 39 cf. Ricoeur, P., 1977 : La sémantique de l action, Éd du CNRS 40 Hegel, G. W. F., 1975 : Principes de la philosophie du droit, Vrin 41 cf. Thoveron, G., 2003, op. cit. 42 Imbert, C., 1997 : Risqué, in Le Point 26 avril 43 Coquet, J.-Cl., op. cit. : ibid. : cf. Mercier Josa S., apud Coquet J.-Cl. op. cit. : Ces structures modales impliquent le niveau descriptif représenté par les verbes : être, avoir et faire (cf. Coquet, J.-Cl., op. cit.). 47 Le patron du Cable New Network assez riche pour payer à lui seul la dette des Etats-Unis vis-à-vis de l ONU (cf. Thoveron, G., 1999, op. cit. : 68). 48 ibid. : ibid.: ibid.: Valable surtout pour les pays de l ancien bloc totalitaire. 52 cf. Thoveron, G., 2003, op. cit. 53 cf. Carreira, M. K. A., 1999 : La reformulation et ses effets dans la presse portugaise et française, in Travaux et Documents, 4, Univ. Paris, 8, Vincennes Saint-Denis 54 ibid. : idem 56 Concept qui signifie la perversion de l individu dans un manque qui méconnaît l Autre. 57 V. Rescio, A., 1975 : Sujet et critique du sujet chez Adorno, in Psychanalyse et sémiotique, Actes du colloque de Milan, «...la déontologie serait l ensemble des règles et principes qui, visant aussi l exercice de la profession, sont formulés par elle-même. Ces règles professionnelles ont une portée strictement morale ou, éventuellement contraignante quand elles sont assorties d un organe disciplinaire interne à la profession..les rapports entre droit et déontologie sont pluriels : impératifs, redondants (protection de la vie privée, refus de la diffamation et de la calomnie), contradictoires (protection des sources des journalistes versus obligation de témoigner dans le cadre d une instruction judiciaire ou d un

116 108 Dan Dobre procès) ou complémentaires (le droit peut-il, sans passer par un juge ou une instance de régulation, prévoir et couvrir l ensemble des cas particuliers qui peuvent se présenter?). Par ailleurs, il faut distinguer l éthique de la déontologie : la déontologie, la morale professionnelle, étant l ensemble codifié des prescriptions, des interdictions de comportement que l éthique légitimerait, fonderait en droit en principes universels. L éthique serait en somme la hiérarchie des valeurs - ou, pour parler comme Kant, la «loi» - que la morale se chargerait de traduire en prescrits et interdits pratiques, en «maximes». Dans le cadre d une profession donnée, la déontologie serait l équivalent de la morale locale, de l ensemble des balises explicites de la pratique professionnelle». (Libois, B.,1994 : Ethique de l information. Essai sur la déontologie journalistique, Philosophie des droits de l homme, G.Haarscher,4-ème édition revue, Éditions de l Université de Bruxelles, p.5). 59 Parfois le FALLOIR ne revêt qu une apparence impersonnelle, car il peut être le résultat d un acte volitif générique exprimé par une autorité normative ou par un consensus civilisationnel. 60 Nos considérations sont fortement inspirées par le célèbre ouvrage de G.Wright Norm and Action, trad. roum. par D.Stoianovici şi S.Vieru, Normă şi Acţiune, Editura Ştiiţifică şi Enciclopedică, Bucureşti, Wright,G.,op.cit.: cf. Wright, G.,op. cit. 63 cf. Libois, L., op. cit. 64 ibid. : 2 65 Wright, G.,op.cit.: ibid.: Anderson, J., 1973: The Gammar of Case. Towards a Localistic Theory, Cambridge at the University Press. 68 Damourette J., Pichon, E., : Des Mots à la Pensée. Essais de Grammaire de la Langue Française, tome IV, Biblithèque du français moderne, D Artrey, Paris. 69 Martin, R., 1979: La forme impersonnelle: essai d une interprétation sémantico-logique, in Festscrift Kurt Baldinger zum 60, Geburstag, Max Niemeyer Verlag, Tubingen.

117 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien Gross, M., 1968 : Grammaire transformationnelle du français. Syntaxe du verbe, Larousse, Paris : Méthodes en syntaxe, Hermann, Paris. 71 Riegel, M., Pellat, J-Ch., Rioul, R., 1994, Grammaire méthodique du français, PUF. 72 Wilmet, M., 1997 : Grammaire critique du français, Duculot, Belgique. 73 Tuţescu, M., 1975 : Y a-t-il une transformation impersonnelle dans les langues romanes? in Revue Roumaine de linguistique, tome XX, 6, pp : La structure impersonnelle, in Cahiers de grammaire, TUB, pp : Sur la voix impersonnelle, in Revue Roumaine de linguistique, tome XXII, 2, pp Le Figaro de 6-7 octobre 2001, Tribune de Genève du 6 novembre 2002, Le Temps du 6 novembre 2002 et Le Monde diplomatique des mois de juin, novembre, décembre 2002 et de février cf. Damourette et Pichon, apud Tutescu, M, 1975, op. cit. : Tuţescu, M., op. cit.: 1975 : Pottier, B., 1974 : Linguistique générale. Théorie et description, Klincksieck, Paris. 78 Ce qui prouve l intérêt du journaliste à ne pas tomber dans l incertitude d un éventuel monde possible. 79 Tuţescu, M., op. cit. : 1977: 250, voir aussi R. Martin, op. cit. : Que certaines grammaires identifient au locuteur en tant que sujet réel (voir Poisson-Quinton, S., Mimran, R., Mathéo - Le Coadic, M, 2002 : Grammaire expliquée du français, CLE International). 81 Wilmet, M.,op.cit.: 1997 : Weinrich, H., 1989 : Grammaire textuelle du français, Didier / Hatier 83 Denhière, G., et Baudet, S., 1992 : Lecture, compréhension du texte et science cognitive, PUF 84 Pottier, B., 2000 : Représentations mentales et catégorisation linguistique, Editions Peeters, Louvain, Paris, p ibid. : ibid. : 55

118 110 Dan Dobre 87 cf. Pottier, B., op. ci. 88 Denhière G.et Baudet, S., op. cit. : Que nous allons illustrer dans la section consacrée au topic. 90 (Le) Goffic, P., 1993: Grammaire de la phrase française, Hachette Supérieur, Paris 91 cf. Berthoud, A-Cl., 1966: Paroles à propos. Approche énonciative et interactive du topic, Ophrys 92 ibid. : 7 93 Apud Berthoud, op. cit.: cf. Pottier, B., op. cit.: Kleiber, G., 1994: Anaphores et pronoms, Louvain-la-Neuve, Duculot, p Martin, R., op. cit.: 211

119 Chapitre 2 DEIXIS TEMPORELLE 2.1. Préliminaires théoriques Les primitifs temporels Le patron temporel guillaumien. Introduction 0. Les recherches fondamentales de G. Guillaume sur la temporalité s étalent sur un demi-siècle environ, de jusqu aux dernières leçons données à l École des Hautes Études à la fin des années cinquante. Les distinctions basiques qu il opère afin de structurer le système temporel des langues indo-européennes en général et en particulier «l architectonique» du temps des langues (français, allemand, russe et classiques) ont fait école et ont mis en exergue la complexité d un phénomène intrinsèquement lié à l existence humaine. La représentation en discours de la temporalité des formes verbales (niveau de l expression) par le concept d image-temps (niveau de la représentation) déclenche le rouage d une mécanique psychodiscursive du texte la psychomécanique guillaumienne et pose un principe fondamental de sa science du temps : «l expression du temps, fait momentané de discours, et la représentation du temps fait permanent de langue correspondent dans le langage à deux opérations de pensée distinctes, hétérogènes, [ ]. La langue est un système de représentations. Le discours un emploi aux fins d expression du système de représentation qu est en soi la langue» 2 Mais pour ce faire, il faut que le verbe soit incident 3 (se rapporte à) à un support nominal (pronom ou substantif) 4. Si dans certaines langues comme le latin ou l espagnol la personne est incorporée au verbe sous la forme des désinences 5, en français elle est extérieure au verbe même si les désinences verbales la re-marquent. Les formes verbales d une langue vivent dans le lacis

120 112 Dan Dobre des relations d ordonnancement et référenciation qu elles entretiennent les unes par rapport aux autres dans le cadre du système discursif qu elles construisent dans la pratique textuelle. Elles édifient un système référentiel déictique et anaphorique relativement au système énonciatif qui est celui du sujet-parlant. Celui-ci opère par le langage un découpage de la réalité qui devra être porté dans le champ de la concevabilité 6.Dans la conception de Guillaume la concevabilité est la représentation de la percevabilité (de l expérience). Le locuteur journaliste par rapport à l écrivain, par exemple, doit ourdir la trame temporelle de l événement en étroite liaison avec le voir de l expérientiel, avec la réalité événementielle. Sa liberté de manœuvre dans la concevabilité du temps est limitée par la percevabilité réelle du factuel. Il va donc construire les espaces-temps en fonction de la logique du processus événementiel réel. À mon avis, point n est besoin pour lui de faire intervenir dans la relation de l événement sa propre expérience temporelle sauf, peut-être, celle acquise par sa participation personnelle aux faits relatés (relations, reportages) Structure du temps guillaumien 1. La représentation des temps ne peut se faire qu en termes d espace 7. Toute forme verbale est un signifié de puissance représentable spatialement par l image-temps de puissance 8 qui en discours n est qu un signifié d effet propre à une situation temporelle particulière qui a pour revers concevable une image-temps d effet 9. Dans le temps représenté (ou contenant) prend place le temps d événement (ou contenu) la durée proprement dite de l événement qui se trouve dans un rapport d inclusion par rapport au premier 10.

121 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 113 (contenu) Temps d événement - C F Temps d univers (contenant) où: C= le commencement F= la fin du procès ou de l état 2. Toute description de l architecture déictico-anaphorique du discours recouvre avec nécessité une autre distinction fondamentale guillaumienne : temps impliqué le temps inhérent au verbe exprimant l état ou le processus et le temps expliqué - l espace triadique formé de trois époques : passé, présent et futur avec leurs interprétations en l occurrence discursive. L immanence temporelle, notion qui regarde le temps intrinsèque de l événement s oppose à l extériorité de celle-ci la transcendance logée dans les intervalles d AVANT et d APRES : Voilà, par exemple, en figure un présent actuel placé dans l espace d un présent gnomique qui découpe l avant et l après de la transcendance : Pr actuel APRÈS - AVANT C t 0 F

122 114 Dan Dobre 3. Une autre dichotomie guillaumienne qui décrit la mobilité réversible du cinétisme temporel figure un mouvement temporel temps dans la pensée qui vient du futur s effondrant dans le présent le TEMPS DESCENDANT (objectif) s opposant au moment inverse la pensée dans le temps qui, s élevant de la poussière du passé, va vers le futur en passant par le présent TEMPS ASCENDANT.- temps subjectif : PR Comme A. Joly et M. J. Lerouge le remarquaient dans l analyse de l image-temps d une forme verbale cette dichotomie facilitera la description avec précision du cinétisme qui affecte le temps «d univers porteur» et celui qui affecte le temps «d univers porté» Le concept de chronogenèse lancé par G. Guillaume regarde «la représentation spatialisée du temps liée au verbe» 12.Toute forme verbale constitue une position dans la genèse psychique de l imagetemps (la chronogenèse). Une idée très importante de Guillaume qui va porter ses fruits dans la description des relations temporelles discursives, est que tout système temporel institue des successivités, des rapports cinétiques de consécution à même d exprimer en langue le temps opératif 13. La description des relations temporelles déictiques structurant tel ou tel discours, nous oblige de représenter en figures les points et les intervalles de référence, les relations qui s établissent entre ces repères et les espaces temporels que ce soit des relations méronymiques, de mode d action, etc ; on pense donc en figures

123 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 115 comme nous le conseillait Leibnitz. Les coupes verbales de l axe longitudinal représentant le temps chronogénétique sont appelées par Guillaume des chronothèses. Chronothèse 1 (mode quasi nominal) Chronothèse 2 (mode subjonctif) Chronothèse 3 (mode indicatif) Temps chronogénétique Temps in posse Temps in fieri Temps in esse Instant initial Instant médian Instant final Selon Guillaume 14, à l état initial, la chronogenèse reste encore inactive, elle n est qu en pouvoir d opérer ; l image-temps n est pas encore réalisée elle n est qu en puissance de se réaliser. L instant médian présente l image-temps en cours de formation (en devenir). L instant final marque un processus chronogénétique achevé, une image-temps achevée (en réalité). Les trois chronothèses soustendent trois catégories de temps verbaux, respectivement les temps in posse (le mode quasi-nominal), in fieri (le subjonctif) et in esse (l indicatif). La première catégorie, dont l infinitif et les participes font partie, se caractérise par un emploi discursif non autonome. L infinitif, par exemple, possède une souplesse temporelle toujours calquée sur la temporalité du verbe prédicatif dont il dépend 15. Le subjonctif doit avoir pour support un nom ou un pronom. À l exception des énoncés tels que : Qu il parte ou Que Dieu nous en préserve, ses formes dépendent de l indicatif de la phrase régissante.

124 116 Dan Dobre La dernière catégorie, les temps in esse 16 comprend les temps de l indicatif. Le présent joue un rôle central de par le fait qu il délimite les trois époques de l axe chronogénétique : passé vs présent vs futur. Quant au conditionnel celui-ci n est pas considéré par Guillaume un mode, mais un temps futur de l indicatif chargé d un quantum hypothétique plus grand que le futur ordinaire (le futur catégorique). Le mouvement temps in posse in fieri in esse soustend le mouvement virtuel actuel de l image-temps. L infinitif est une «bombe» prototypique virtuelle, un temps à partir duquel procèdent par le biais de la conjugaison les formes temporelles (les token) du système verbal. Même si l ordre chronogénétique guillaumien est discutable car on pourrait imaginer en seconde place comme support du subjonctif les temps de l indicatif il faut reconnaître la consistance du système en vertu de «l incomplétude chronogénétique» 17 que met en exergue le subjonctif dans la chronogenèse Propriétés formelles du temps 0. Avant de passer à la description du mécanisme du fonctionnement des temps nous sommes obligés de présenter d autres «primitifs temporels» essentiels pour la compréhension intrinsèque et extrinsèque de la logique verbale tant dans la phrase que dans le texte. 1. Comme Zwart l avait montré en , les représentations relativistes du temps en physique sont de nature différente par rapport à la représentation du temps en linguistique. Bien avant Zwart, Grünbaum en et Reichenbach en avaient pris la même position. Sujet à la représentation relativiste, le temps en physique n accepte pas le now linguistique et déictique que le texte se crée. Le t o que se donne tel sujet de conscience comme temps-origine de son action est indissociablement un maintenant et un ici que la relativité du temps rend nuls. Si l on laisse de côté la représentation psychologique du temps la ligne semble être géométriquement la figure primitive la plus courante et fonctionnelle dans la

125 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 117 représentation du mouvement spatio-temporel et de ses propriétés. Évidemment, une place à part dans la description des propriétés du temps, doit être accordée à l idée de la continuité du temps, d un certain ordre temporel : antériorité / postériorité, symétrie / asymétrie, orienté / non orienté, etc. 2. À partir de A. N. Prior 21 et de R. Mac Arthur 22, R. Martin et F. Nef donnent la définition dans le langage des prédicats du I er ordre (pour 1-8) et du second ordre (pour 9) les propriétés formelles du temps : Propriétés: 1. Transitivité Λ xy (V z x<z<y x <y) ou G φ GG φ 2. Asymétrie Λ xy (x<y y<x) 3. Irréflexitivité Λ x x<x 4. Succession Λ x V y x < y, Λ x Λ y y < x ou F(φ φ) Λ P(φ φ) 5. Densité Λ xy(x < y Vz, x < y < z) ou : GG φ G φ 6. Discrétion Λ x( Vy f(x < y Λ Vz x< z < y)) Λ x(vy (y <x Λ V z y < z < x)) 7. Linéarité Λ xy(x=y V x < y V y <x) 8. Orientation Λ xy V z(x < z Λ y < z) 9. Continuité Λ A((Λxy ((Ax Λ Ay) x < y) Λ V x Ax Λ V x Ax) V z(λu(z < u Au) Λ Λ u(u < z Au))) où: G = il sera toujours possible que; P = il a été au moins une fois le cas que ; F = il sera au moins une fois le cas que ; = non ; = si alors ; V = ou ; Λ = et ; Λ = quel que soit ; V = il existe ; x, y = entités temporelles ; A = une partie de l axe temporel ;

126 118 Dan Dobre A =l autre partie de l axe temporel ; Z = le point qui divise l axe en A et A, ou le t o ; Φ = une formule ; G φ, F (φ φ), P (φ φ) = des formules ; GG = itération et combinaison des opérateurs Le Z est en termes guillaumiens le présent infinitésimal ou large que nous allons définir plus loin (le t o de la pragmalinguistique actuelle). A et A les deux époques passée et future qui flanquent le présent (l avant et l après). Même si les 5 dernières font encore réfléchir, ces propriétés s impliquent comme suit. Error! Transitivité asymétrie irréflexivité succession linéarité orientation Elles s enchaînent ou se combinent de manière à produire d autres propriétés fondamentales par exemple successivité + linéarité orientation. Ces structures temporelles arborescentes sont réalisées grâce à une transitivité finie tandis que la circularité est sujette à la transitivité non linéaire. Les deux types de transitivité rendent impossibles les structures transitives non orientées Le calcul du temps linguistique 0. Du fait de la diversité des calculs de logique temporelle, il nous est difficile de présenter au moins en partie les résultats techniques comme J. P. Burges l a fait en Ceci ne fait d ailleurs pas l objet de notre étude. Nous nous bornons pourtant au calcul K t (=TL 0 ) de M Kamp 24. Dans cette démarche, fondée sur la théorie des modèles, l auteur s efforce avec succès de l exprimer sous la forme des opérateurs

127 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 119 temporels à partir des primitifs (since et until joints aux connecteurs propositionnels). Comme R. Martin et F. Nef 25 le remarquent, ce calcul est plus acceptable puisque son interprétation plutôt sémantique qu axiomatique semble mieux répondre aux besoins des linguistes. Mais comme les clauses de ce calcul définissent connecteurs et opérateurs en termes de complément, union, intersection sur des ensembles d instants et que ces opérateurs sont sujets à une itérativité incommode, car «elle ne semble pas avoir de correspondant linguistique» 26 (du type GG, HH), nous considérons que leur combinaison (itération d opérateurs différents HG, FP) porte ses fruits linguistiques par l introduction de l intervalle temporel dans la définition du TL o. Ainsi, à partir d une signification pimitive de G H F P illustrée comme suit 27 G p «(à partir de maintenant) il sera toujours le cas que p» (schéma 1) H p «(jusqu à maintenant) il a toujours été le cas que p» (schéma 2) Schéma 1 t 0 P Schéma 2 P P P t 0 t 0 Schéma 3 Schéma 4 t 0 On pourrait interpréter une combinaison FP par exemple comme un futur antérieur et le placer dans un espace (intervalle) temporel propre.

128 120 Dan Dobre Since, until, now, then 1. On a fait intervenir d autres primitifs sémantiques afin de rendre compte de certaines caractéristiques du temps linguistique : les adverbes temporels : since (S), until (U), now (N) dont s occupe H. Kamp et then étudié par F. Vlach. Les deux premiers adverbes jouent un rôle fondamental dans la définition du futur et du passé. La définition de S et de U est la suivante : S pq : depuis qu il a été le cas que p il a été le cas que q U pq : jusqu à ce qu il soit le cas que p il sera le cas que q Ce qu on peut exprimer figurativement de la manière suivante : p q since x q until x p x est identifié au maintenant de t 0 ; ce qui fait que les deux schémas s interprètent de la maniére suivante: S pq : il a été le cas que p et à partir de là jusqu à maintenant il a été le cas que q ; U pq : il sera le cas que p et à partir de maintenant jusqu à alors il sera le cas que q ; Ces assertions logiques sur le fonctionnement de since et until facilitent la définition du passé (P) et du futur (F) : Déf P p = S (p,p p) c est-à-dire «p p»,p a été vrai depuis qu il a été le cas que p ; Déf F p = S (p p, p) c est-à-dire «p p, p» sera vrai depuis qu il sera le cas que p.

129 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien Dans la conception de la deixis et de l anaphore textuelle, étayée sur le centrisme et l allocutisme du système temporel des verbes et de leurs déterminants, les opérateurs now et then sont essentiels. L opérateur now indique le temps de l énonciation de la phrase entière ou comme l exprime heureusement Needham cité par R. Martin et F. Nef : «le point de vue du locuteur domine tous les contextes subordonnés» 28. Sa présence dans la phrase le rend visible (non transparent, dans les termes de Kamp, tandis que son absence transparent. Le «maintenant» de la locution fixe la référence temporelle essentielle du texte. Pour le discours de presse il s exprime par la date de parution du journal qui constitue une référence temporelle cruciale. Ceci n exclut pas la présence des autres «maintenants» possibles dans le texte parsemés en tant que points référentiels secondaires. L opérateur then joue un rôle inverse que celui de now en tant qu opérateur d anaphorisation temporelle construisant le système temporel allocentrique. Ces deux derniers types d opérateurs réalisent «le passage d une logique du temps à évaluation relative à un seul point, à une logique du temps à évaluation relative à deux points 29. Si le t 0 est fixe, t (then) est mobile. Ainsi dans (2,voir p.121) l intervalle du Pqp ne réfère pas directement à t 0 mais à un autre moment placé avant t Dans la perspective aspectuelle des phrases statives fréquentatives et duratives Frank Vlach 30 définit l intervalle tel qu il le conçoit dans le cadre de son système TA 31 : «si γ est une phrase qui consiste en une phrase non temporelle Φ modifiée par un adverbial de fréquence η, alors γ est vraie pour un intervalle i si et seulement si la distribution sur i d intervalles pendant lesquels Φ est vraie est de la sorte spécifiée par η. Ceci rend Max shave every day vraie pour l intervalle de la semaine dernière, ce qui semble correct. En ajoutant cela à ce qui concerne les adverbiaux duratifs, nous pouvons voir que Max shave every day last week est vraie à l intervalle de la semaine dernière si et seulement si Max shave est vraie à quelque instant chaque jours de la semaine dernière.» Certes, de pareilles définitions peuvent être données pour d autres types d adverbiaux, duratifs par excellence et qui pourrait

130 122 Dan Dobre poser parfois des problèmes comme dans l exemple suivant tiré de Vlach qui à son tour cite Dawty 32. Ainsi, une phrase comme : 1. John slept in his office frequently for six weeks (Jean a dormi fréquemment dans son bureau pendant six semaines) est vraie si et seulement si: 2. John sleep(s) in his office frequently (Jean dort / a dormi dans son bureau fréquemment) est vraie à chaque sous-intervalle d une période de six semaines. Si l on suppose cette théorie correcte, la phrase (1) compte comme constituant la phrase (2). La difficulté qui surgit, c est de voir comment décider si (2) est vraie à l instant i dans les termes des intensions des constituants de (2), c est-à-dire John sleeps in his office six weeks. Le raisonnement ne doit pas être formulé en termes de valeurs de vérité de John sleeps in his office à i. Vlach suppose qu il faut opérer peut-être en termes de valeur de vérité à proximité de i.. il n y aurait qu une seule possibilité, celle de dire que (2) est vraie à i si et seulement s il existe un intervalle j incluant i, tel que John sleeps in his office est vraie à de fréquents intervalles à l intérieur de j. mais ceci n est que la répétition de la vérité pour un intervalle dans T.A. Il est donc à remarquer avec Vlach qui si l on peut soutenir une théorie concurrente des duratifs par rapport aux adverbiaux fréquentatifs, cette théorie semble échouer à fournir les valeurs de vérité correctes car ce qui est vrai à i n est pas vrai pour tout l intervalle de six semaines. Pour que ce soit le cas, il faudrait que les intervalles soient régulièrement distribués sur toute la période, ce que la phrase ne laisse pas entendre. 4. Concluons avec Vlach que l interprétation d un adverbial de fréquence définit la vérité des fréquentatives pour un certain intervalle. L interprétation des autres adverbiaux, ponctuels, par exemple, définissent la vérité des phrases à un intervalle. «La définition de l intension pour T. A. est ainsi une définition récursive simultanée de la vérité à, dans et pour un intervalle.» 33 Comme pour la majorité des cas, la même phrase peut être considérée comme vraie à la fois à et dans des intervalles. Vlach a introduit dans son système les définitions supplémentaires suivantes :

131 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien Une phrase Φ est vraie dans un intervalle i si Φ est vraie à quelque sous-intervalle de i. ; 2. Une phrase Φ est vraie à un intervalle i si Φi est un intervalle minimal tel que Φ est vraie dans i. Ainsi, la définition (1) rend vraie une phrase comme ; max build a house et elle rend vraie maintenant une phrase telle que Max build a house in La définition (2) rend possible pour une phrase quantifiée d être vraie à un intervalle : Max built three houses (Max construire 3 maisons) ; Max build few houses. (Max construire peu de maisons). La seconde phrase n est pas vraie à un intervalle «parce que si elle est vraie dans un intervalle c est, pour ainsi dire, au moins aussi vraie dans n importe quel plus petit intervalle» 34 tandis que si la première phrase peut être vraie à un intervalle, alors il existe un intervalle minimal dans lequel Max construit trois maisons Les intervalles 1. La formalisation du temps linguistique retrouve sa plénitude dans cette double indexation du temps : ponctuelle et spatiale. On passe de l évaluation priorienne ponctuelle des phrases à l évaluation par intervalles ou périodes de temps. L imparfait, temps par excellence imperfectif, marque un procès en déroulement à travers un intervalle temporel qui a t 1 comme point de départ et touche t o le présent de l énonciation. 1. Il présidait France Télécom depuis octobre (F. 2005) Parfois, le déterminant adverbial marque le procès en déroulement : 2.À Matignon, où ces derniers jours on déplorait le système de défense d Hervé Gaynard, [ ] on assurait hier que le ministre n avait pas été poussé à démissionner. (F., 2005)

132 124 Dan Dobre Contextuellement, même le passé composé et le passé simple, temps de l accompli dilatent leur «espace ponctuel» : 3. Chef d entreprise, mais aussi politique, il a siégé avec Raffarin au Conseil régional de Poitou-Charentes de 1988 à (F. 2005) 4. Je franchis lentement le seuil Quant à l architecture temporelle des énoncés du texte, les instants et les intervalles vont de pair dans la construction de la référence temporelle sur laquelle s étaye la déicticité et l anaphoricité des temps verbaux. Du point de vue de leurs propriétés topologiques de fermeture et d ouverture, on distingue huit types d intervalles 37. [t 1 t 2 ] +, t 2 [t 1 t 2 [ [t 1, + [t fermé i.e. inclus ]t 1 t 2 ] + t 2 [ ]t ouvert i.e. exclu ]t 1 t 2 [ ]t 1, + À remarquer aussi qu entre deux intervalles x et y, il peut y avoir plusieurs types de relations : x y se toucher : se recouvrir ponctuellement : x y ou totalement : y avoir le même début : x x y ou la même fin : y x 3. Selon la longueur segmentale de l intervalle temporel représenté : les recoupages sont à géométrie variable x y x y

133 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 125 L intersection avec les points référentiels temporels x peut se faire : en début d intervalle: x y à la fin: y x x à l intérieur: y à l intérieur par itération: x 1 x 2 x 3 y x 4 5. Si l on a un ensemble d intervalles de T qu on note par [T] on peut définir un sous-intervalle I, I I (un membre de T) ssi I [T] et I I. Ce système des primitifs temporels va nous aider à évaluer les énoncés du point de vue du procès et à décrire les jointures temporelles du texte. Ainsi dans (2) l architechtonique des temps verbaux peut être figurée comme se suit : à démissionner t 3 t 2 Le ministre n avait pas pensé Hier, on assurait t 3 t 2 t 0 Les derniers jours on déplorait t 1 t 0

134 126 Dan Dobre Le modèle Gosselin 1.Les points référentiels et les intervalles vont nous aider à décrire et à expliquer la cohérence temporelle étayée sur les relations déictiques et anaphoriques des temps verbaux. Le modèle temporel de structuration du discours s intègre dans le modèle général sémanticopragmatique d interprétation. Dans cette perspective, le modèle de L. Gosselin 38 propose de construire quatre types d intervalles temporels à partir d une série d instructions codées par les morphèmes lexicaux, grammaticaux et les constructions syntaxiques. Ces intervalles qu on mettra ensuite en relation donneront une représentation spatio-temporelle du texte, de la référence temporelle dans le discours : 1. l intervalle de l énonciation [01,02] ; 2. l intervalle du procès [B1,B2] ; 3. l intervalle de référence [I,II] correspondant à ce qui est montré du procès sur l axe temporel ; 4. l intervalle circonstanciel [ct1, ct2], dont la présence est sporadique. Le dispositif de Gosselin facilite la définition spatiale de l aspect par la position de l intervalle de référence relativement à celle du procès : ils peuvent coïncider : il mangea une poire (le passé simple, aspect accompli) ; ensuite, l intervalle de référence peut être inclus dans celui du procès : il mangeait depuis cinq minutes ou bien il peut lui être postérieur (accompli) : il est rentré depuis cinq minutes ou antérieur (prospectif) : il va pleuvoir. Le temps absolu selon Gosselin résulte de la position de l intervalle de référence par rapport au moment de l énonciation : Aspect aoristique : B1 = 1, B2 = 11 ; temps présent : I II ; Aspect inaccompli : B1 < I, II < B2 ; temps passé : II < 01 ; Aspect accompli : B2 < I ; temps futur 02 < I. Aspect prospectif : II < B1. Son système diffère de la conception traditionnelle selon laquelle la définition du temps ressort de la position du procès par rapport à t 0, mais il a l avantage «d éviter l indécidabilité qui devrait logiquement affecter un grand nombre de relations temporelles dès lors que l on substitue des intervalles aux points» 39.

135 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 127 Au niveau du texte, il faut calculer les relations entre les intervalles, les bornes des intervalles, t 0 (et d autres points de repère textuels dont on discutera plus loin). Pour exemplifier le modèle calculatoire de Gosselin soit les énoncés suivants : 1. «Cela m a à peine étonné. Je connaissais un de ces trois Marocains et il était suspect dans le quartier». (L 2004) 1 I II B 1 B B 1 I II B 2 3 B 1 I II B 2 2. Dans une vision traditionnelle si l on représente ces intervalles par des segments on aura la figure suivante (les fléchettes marquent la référence temporelle) : m a étonné Je connaissais Il était suspect t 0 Le passé composé étant un accompli, il est représenté par un point, suivi d un segment en pointillé pour marquer son lien avec le présent de l énonciation. Quant à la détermination adverbiale à peine,

136 128 Dan Dobre ce point peut être dilaté et transféré en segment (intervalle circonstant).dans cette même vision, nous préférons le point pour marquer plus nettement l accompli. 2. S ouvre aujourd hui une période constitutionnelle (L., 2004) où l intervalle du présent est identique à l intervalle décrit par le déictique aujourd hui : C 1 C 2 B 1 B 2 t 0 01/02 s ouvre aujourd hui De telles représentations doivent observer les principes suivants: 1. la temporalité de chaque énoncé doit être définie en relation avec un seul intervalle d énonciation ; 2. les régissantes, les indépendantes, ou les subordonnées doivent chacune être décrites par au moins un intervalle de procès et au moins un intervalle de référence ; 3. tout circonstant temporel est exprimable par un intervalle circonstanciel. Au niveau du texte de presse et des relations interphrastiques qu il présente, il faut faire intervenir un autre principe la mise en l œuvre d un intervalle d énonciation général le t 0 de l énonciation identique à la date de parution du journal et en vertu duquel on réalise l architechtonique déictico-anaphorique textuelle et sa cohérence. 3. Pour ce qui fait l objet de notre démarche, la représentation par intervalle du moment de l énonciation (t 0 ) n est pas foncièrement

137 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 129 importante, mais il faut reconnaître son rendement dans la description des variantes aspectuo-circonstancielles. 4. Dans la construction des modèles temporels au niveau des phrases complexes et des textes, Gosselin propose une représentation par étages, une idée que nous trouvons très utile pour augumenter la lisibilité du modèle tant du point de vue linguistique que du point de vue déictico-anaphorique. 3. Pour la première fois depuis cinq ans, le taux de chômage a atteint la barre symbolique des 10 %. Une dégradation du marché de l emploi qui n a épargné aucune catégorie, hommes, femmes, seniors ou chômeurs de longue durée. Au mois de janvier 2005, la France comptait demandeurs d emploi au total. (F. 2005) ct 1 ct 2 B 1 B 2 comptait janvier B 1 / B 2 n a épargné ct1 ct 2 B 1 / B 2 a atteint depuis cinq ans t Date de parution le fév. où les flèches montrent les situations de référence temporelle entre les intervalles.

138 130 Dan Dobre Certes, dans le traitement phrastique et textuel de la temporalité, il peut souvent arriver des conflits qui doivent être résolus par toute une série de procédés logiques, sémantico-méronomyques, etc. 40 Le modèle Gosselin conçoit l interprétation temporelle d une séquence comme une construction de structures d intervalles comme effet des contraintes pragma-linguistico-référentielles. Dans sa conception, la cohérence correspond à la compatibilité entre ces contraintes qui, selon nous, assurent la référence temporelle et la rendent capable de structurer un système déictico-anaphorique évident Relations primitives entre intervalles 1. Les types de relations primitives qui s installent entre les bornes du même intervalle ou des intervalles différents sont au nombre de trois 41 : 1. identité : B 1 B 2 B 1 = B 2 2. identité infiniment proche : B 1 /B 2 B 1 α B 2 3. succession des intervalles : B 1 B 2 B1 { B 2 rapport de précédence) 2. Tout intervalle a une durée, ce qui s écrit : [i, j], i<j. Les relations entre les intervalles s établissent à partir des relations entre les bornes 42. Soit les deux intervalles suivants : [i, j], [k,l] : 1. antériorité : [i,j] ANT [k,l] = df j<k :

139 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 131 L affaire s est achevée hier [le 25] avec la démission du ministre. L affaire avait commencé le mardi 15 janvier. (F., 2005) i j k l a commencé le 15 janvier s est achevée hier (le 25) 01 / 02 L inchoativité du verbe commencer qui est basique pour la progression du procès remplira subséquemment l intervalle [i,l] ; 2. postériorité, où le FUTP se situe postérieurement à l intervalle du PC: [i, j] POST [k,l] = l<i : ( ) les causes sociales de l abstention n ont pas beaucoup changé elles se seraient même aggravées (L., 2004) k/l i j n ont pas changé se seraient aggravées La postériorité se retrouve aussi dans la succession naturelle des procès : certes, l on dira que les causes ( ), on soulignera que la région ( ). on relèvera encore que (L., 2004) k l l i j j m n n on dira on soulignera on relèvera c est-à-dire : [i, j] POST [k,l] ; [m, n] POST ([i,j] [k,l]) = df. l<i, j<m, etc. 3. simultanéité : [i, j] SIMUL [k, l] = df (i l ) & (k j)

140 132 Dan Dobre Dans une définition «large» de la simultanéité on a en figure les intervalles suivants : On se résout quand même assez mal à ce que ( ). Même si l on peut attendre d un séisme électoral ( ). (L., 2004) Il a pris conscience qu il devait démissionner. (F., 2005) k j l i on se résout il a pris conscience même si l on peut attendre il devait démissionner 4. recouvrement qui peut être selon nous a. partiel : [i, j] RE [k, l] = df. (i<k) & (j>l) Anne Murel est directrice de recherche au Ceviprof. Elle est l auteur de nombreux ouvrages sur l abstention ( ) (L., 2004) où est l auteur est un présent large, continu, dont l axe temporel est recoupé par le fait d être directrice (on suppose au moins qu elle ne s est pas mise à publier ses ouvrages à partir du moment même de sa nomination) : i k l j est directrice est l auteur b. total, ce qui serait identique à la relation de : 5. coïncidence de Gosselin : [i. j] CO [k,l] = (i=k) & (j=l) Ils se bercent d illusions en croyant que (L., 2004)

141 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 133 D aspect inaccompli, le champ temporel du gérondif tout en étant coextensif au verbe prédicatif se superpose sur l intervalle de ce dernier : k l l j ils se bercent en croyant L infinitif aussi emprunte l intervalle temporel du verbe prédicatif : sa tension interne est parfaitement plaquée sur un intervalle du type k/l comme celui du PC de l exemple suivant : ( ) le gouvernement a tout fait pour minorer l importance ( ) (L., 2004) 6. accessibilité : [i, j] ACCESS [k, l]= (i k) & (j l) De [I, j] on peut accéder à [k, l]: C était pourtant une des promesses des grandes mobilisations tricolores [Le vote]. En deux ans, tout serait-il oublié? Pour avoir accès à l intervalle de serait-il oublié, il faut partir de c était une des promesses. i k c était une des promesses l j en deux ans ( ) serait-il oublié On s imagine facilement que le procès du verbe oublier a commencé depuis l acte de promesse. 7. succession [i, j] SUCC [k, l] = df k<i:

142 134 Dan Dobre Certes l on dira que On relèvera encore que (L., 2004) k/i j l 8. précédence : Du point de vue figuratif, cette relation est représentée par la même image que le rapport de recouvrement. Il est vrai que sa formalisation semble être différente (i < k) par rapport à (i < k) & (j > l), mais au fond, elle pourrait s écrire de la même façon. C est pourquoi nous croyons nécessaire de préciser cette notion selon que : a. [i, j] précède [k, l] sans intersection ni coïncidence des bornes : i j k l c est-à-dire [i,j] < [k,l]. b. avec coïncidence d une des bornes : i k j l c est-à-dire [i,j] < [k,l] & [k=j] c. avec recouvrement : i k l j Dans ce dernier cas, la précédence serait une relation dérivée du recouvrement. Certes, certains de ces primitifs relationnels peuvent être redéfinis de plusieurs points de vue :

143 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien terminologique (intervalle exclu, inclus, etc.) ; 2. fonctionnel syntaxique (intervalle qui pourrait jouer le rôle de tête fonctionnelle, isotopique), donc au niveau d une grammaire de texte ; 3. ou bien d autres critères. Remarquons pourtant que ces primitifs ont une fonction basique dans la structuration d un appareil relationnel à même de représenter le moment temporel au niveau de la phrase et du texte Systémique des temps verbaux «Le temps impliqué» Contribution guillaumienne 1. Une contribution guillaumienne très importante à la description de la deixis spatio-temporelle en discours réside dans le fait qu en chronogenèse chaque étape dans la formation de l imagetemps doit fournir une représentation du temps d univers contenant et du temps d univers contenu. La deixis naît dans la chronogenèse et, saisie discursivement, elle vise la référence temporelle d un espace à l autre par le biais, entre autres, du support de la sémantèse verbale une isotopie thématico-topicale qui fera aussi l objet de nos réflexions. 2. Le point crucial de la référence temporelle est constitué par le moment de l énonciation noté ordinairement par t 0. L interpolation dans l infinitude du temps de la finitude temporelle 43 qu est le présent réalise la distinction entre le passé (P) et le futur (F), les trois époques structurant le temps expliqué guillaumien. L introduction de l actualité, terme qui embrasse à la fois le présent absolu et relatif, constitue le propre du présent guillaumien ; nommé «absolu» ou encore «présent vrai», «instant de conscience actuelle» ou «instant de parole», ce «moment de l énonciation» n est pas identique à l époque présente 44. Guillaume distingue donc entre «le présent de la parole» et la «forme temporelle dite de présent» car pour lui le présent fait époque.

144 136 Dan Dobre 3. Au présent, le temps guillaumien comporte deux chronotypes : ω et α, le premier assurant le passage vers le passé et le second vers le futur 45 ω α PASSÉ FUTUR Sens de la marche du temps La juxtaposition de ces deux chronotypes est une condition nécessaire et suffisante pour la conception du présent ; la réunion des deux parcelles ne peut «donner que du temps qui ne sera ni futur ni passé, c est-à-dire présent» 46. Les deux chronotypes ne pouvant pas être disjoints ne vivent qu en synthèse et déterminent par déduction le système entier des temps français. Le corollaire de cette formule est que la disjonction des deux chronotypes est condition nécessaire de la conception du passé et du futur 47. Ces deux époques multipliées par 2 formes temporelles et par 2 objets (tensif et extensif) auxquelles s ajoutent les deux constructions de présent structurent le paradigme des temps verbaux, 10 au total 48 : Aspect tensif Aspect extensif PRÉSENT (ω et α juxtaposés) J aime J ai aimé PASSÉ (ω et α alternants) 1. avec ω = J aimais J avais aimé 2. avec α = J aimai J eus aimé FUTUR (ω et α alternants comme limite d origine) 1. avec ω = J aimerai J aurai aimé 2. avec α = J aimerais J aurais aimé

145 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 137 A. Joly et M. J. Lerouge modifient légèrement le schéma du temps expliqué de Guillaume pour mettre en exergue un présent étroit qui tend vers l infinitésimal et un présent large qui se nourrit simultanément des deux époques P et F 49 : large chronogenèse = marche à l étroit PASSÉ= FUTUR = marche au large étroit marche au large PRÉSENT Dans les termes de la théorie des systèmes de L. A. Zadeh et E. Polak 50, le présent est un système consistant et discret qui comporte un nombre fini d états. L entrée et la sortie sont réciproquement réversibles 51. De l étroitesse infinie du présent, il résulte selon Guillaume un présent transpositif qui n interpole ni n extrapole rien. C est un point versif point de passage dans les deux sens qui intériorisent : 1. la version descendante du temps dans la pensée, temps qui vient du futur (Σ f ) qui l apporte allant au passé qui l emporte (Σ pas ) ; pas de présence active de la personne pensante. 2. la version ascendante subjective - la pensée dans le temps, temps qui remonte du passé au futur et qui suppose la présence active de la personne pensante. C est le temps de la subjectivité. 4. Systémique du fonctionnement du présent Notons par : U = l entrée du système ; Y = le sortie du système ; y(t) = le signal de sortie dont la valeur est choisie dans l ensemble Y des valeurs de sortie ;

146 138 Dan Dobre u(t) = le signal d entrée dont la valeur est choisie dans l ensemble U des valeurs d entrée ; Σ = le système ; τ = le moment, temps initial ; T = l ensemble des moments temporels (τ T) ; p = le présent ; f = le futur ; pas = le passé ; X = l ensemble des états ; = l égalité par définition. Voilà maintenant, en termes systémiques, la mécanique du fonctionnement du présent telle que nous la concevons : t > 0 t > 0 y (t pas n ) p u (τ f ) u τ pas ) pas t = 0 f y (t fn ) C ω C α où : 3. p = U (τ p ], Y [u τ f ) et où τ p y pas ce qui nous autorise à réécrire ainsi l espace p : p = U (y pas ), Y [u τ f ) ; 4. f = U [u τ f ), Y (t fn ) ; 5. pas = U (τ pas ), Y (u y pas.]. Observons le jeu des parenthèses : elles marquent l expansion ou la finitude du système. Puisque l incidence et la décadence changent de sens selon la subjectivité du locuteur la sortie devenant entrée et inversement

147 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 139 nous nous trouvons en la présence de trois modules linéaires constants. 5. À partir de la théorie des systèmes dynamiques de R.E. Kalman et all., on définit la fonction d entrée sortie d un système linéaire constant dans les paramètres suivants : 1. on note par Ω l espace de toutes les fonctions d entrée qui ont une base compacte et qui tend vers t = 0 pour t > 0 ; 2. on note par Γ l espace de toutes les fonctions de sortie définies rien que pour t > 0. Alors, pour interpréter la fonction f : Ω Γ on applique une grandeur d entrée t = 0 et on observe la grandeur de sortie qui doit marquer dans notre cas une expansion vers le futur ou vers le passé. Ces trois modules s inscrivent sûrement dans le système linéaire du temps qui a une fonction d entrée sortie f équivalant à une fonction K linéaire (K champ arbitraire du temps). Ainsi Ω et Γ peuvent avoir une structure spatiale vectorielle dimensionnelle linéaire. Dans ce cas, f peut être écrit f = f 3 f 2 f 1 ou f 1 = surjection (du passé ou du futur) ; f 2 = isomorphisme (du présent) ; f 3 = injection du passé et du futur. Si l on note par X = l image de f 1 et par Z = l image de f 2, on obtient un diagramme commutatif des moments temporels suivant : Ω X f 1 f 2 isomorphisme épimorphisme f f 3 Γ 6. Dans la conception de Guillaume, le mouvement FUTUR PASSE FUTUR engendre une série de thèmes du présent à partir desquels on dérive une multiplicité de sous-systèmes, tous organisant des espaces temporels différents que le concepteur du programme doit envisager dans l établissement des micro objectifs didactiques :

148 140 Dan Dobre A Thème versif Le temps descend. Version Pas. F La pensée ne réagit pas. Pas d inversion»» Résultat : Pas. F B Thème inversif Le temps descend. Version Pas. F La pensée réagit en Inversion Pas. F renouvelant le temps. Résultat : O C ω. O C α C Thème aversif Le temps descend. Version Pas. F La pensée réagit en Inversion Pas.» renouvelant le passé, mais la réaction ne va Résultat : pas au-delà. O C ω F Ces trois thèmes du présent organisent d autres représentations mentales qui constituent autant d espaces temporels modularisables, comme par exemple : I. Thèmes binaires A. Thème versif (Pas. F) u p1 Imparfait Conditionnel y pa cursif Présent cursif (futur hypothétique) u pas1 u f1 y p1 y f Ex: Pierre travaillait (était en train de travailler). Ex: Pierre travaille. Ex: Pierre travaillerait si

149 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 141 y pas2 Imparfait précursif Ex : (Le lendemain) Pierre arrivait toujours joyeux et. B. Thème aversif (O C ω. F) u p1 Conditionnel Présent précursif (futur hypothétique faible) u pas2 y p1 u f Ex : (Le lendemain) Pierre arrive tout joyeux et. II.Thème non binaire Inversif (O C ω. O C α ) Ex : Je savais que Pierre travaillerait. y f2 y pas3 Prétérit défini Pas de présent u pas0 Futur catégorique Ex : (Dès lors) Pierre travailla. Ex :Pierre travaillera. y f Modélisation du système verbal 0. Le sens du présent comme celui des autres temps verbaux est généralement un sens déictique : «tous les temps expriment une relation directe ou indirecte avec le moment de la parole» Pour décrire le système verbal,. O. Jespersen avait proposé la structure suivante : Aa Ab Ac B Ca Cb Cc PQP IMP FUTP PR FA FUT (PA) (PS)

150 142 Dan Dobre Ce système où les temps expriment directement ou indirectement une relation avec t 0 est présenté par Jespersen comme universel, ce qui expliquerait l absence du PC français (ou du Present Perfect anglais). En même temps, il empêche une bonne compréhension des relations entre les temps composés et les temps simples car la relation qui existe entre le PQP et l IMP, le FA et le FUT, le FAP et le FUTP, le PQP et le FA est la même que celle qui existe entre le PC et le PR Pour remédier à cette situation, Reichenbach 54 introduit un point référentiel secondaire R qui peut être antérieur, postérieur ou simultané au t 0 de la parole (S), ce qui lui permet de produire un système temporel à neuf temps. S R R R E E E E E E E E E Past Simple Future Present Present? Future Simple? Perfect Past in the Past Perfect Perfect Future où : E = l endroit où se trouve la situation décrite dans la phrase (l événement point of event). Les temps peuvent être maintenant décrits en fonction de trois points : E, R, S : le PRÉSENT : S, R, E ; le PASSÉ SIMPLE : R, E S ; le PASSÉ COMPOSÉ : E R. S, etc. Pourtant, bien des problèmes restent irrésolus : la dimension aspectuelle surtout qui n est pas prise en compte dans la description primaire des temps (E doit être «étendu» 55 pour rendre compte des temps imperfectifs) et encore la nature ponctuelle de R qui ne lui permet pas une lecture «intermédiaire» 56 (aspectuelle), R étant tout au plus imaginé comme une projection de S. Ainsi la formule reichenbachienne ne constitue qu un primitif dans l analyse de l ordonnancement temporel des séquences d énoncés et des textes. Les inconvénients des deux systèmes portent en particulier sur la partie avenir de l axe, faits d ailleurs justifiés par quelques données morphosyntaxiques comme : l inexistence en français d une forme spécifique du futur du futur 57, le blocage de la formation d un futur

151 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 143 dans les passés récents 58. C est pourquoi il faut y remédier par la construction d un système verbal où la relation basique est la suivante 59 : S R R I I où : R = point référentiel ; S = moment de la parole ; I = intervalle occupé par la situation décrite dans la phrase (états, procès, activités et actions). 3. À partir des systèmes de Jespersen et de Reichenbach, Co Vet opère des modifications qui permettent de mettre mieux en évidence les rapports déictiques exprimés par les temps du français. D abord, il introduit un point référentiel supplémentaire, auxiliaire, ce qui lui permet d obtenir le système suivant valable surtout pour le russe et le hongrois 60 : S R r R r I I I I IMP FUTP PR FUT Ensuite, Co Vet construit un nouveau système valable pour le français, l allemand et l anglais à partir de quatre points référentiels organisés en deux sous-systèmes parallèles, le premier étant centré sur la relation r = S et l autre autour du rapport R < S: 61 S R I I I I R r PC PR FA FUT r I I I I PQP IMP FAP FUTF PA (PS)

152 144 Dan Dobre Description des temps 0. Toute description des relations déictico-anaphoriques temporelles au niveau de la phrase et du texte suppose d abord une description du mécanisme du fonctionnement des temps. Nous ne nous proposons pas d entrer dans le vif des débats traditionnels et modernes sur la temporalité ; on tentera pourtant de présenter en synthèse le noyau dur de tel ou tel espace temporel pris à part par le biais des travaux de P. Imbs 62 et surtout du modèle formalisé de L. Gosselin Le Présent (PR) 0. Guillaume l avait déjà placé au centre du système verbal. Il suppose l existence des autres formes verbales, y compris les espaces aspectuels des formes périphrastiques. Le fondement des analyses sur la référence temporelle en discours est constitué par le réseau des références qui se tissent autour du présent. Nous ne passerons pas en revue les valeurs aspectuelles et temporelles dont s occupe P. Imbs, par exemple ; ce sera fait là où l analyse du texte proposé plus loin, l exigera. Dans les termes de l analyse formalisée par Gosselin, le présent ne code qu une seule instruction de nature temporelle : [I, II] SIMUL [O1, O2] Du point de vue aspectuel, l inaccompli est fondamental car entre l intervalle du procès et celui de référence il y a une relation de recouvrement: [B1, B2] RE [I, II] Dans la théorie traditionnelle, le présent coïncide avec le t o de l énonciation, mais les deux chronotypes guillaumiens font que la coïncidence [procès] CO [O1, O2] ne soit pas toujours parfaite même si [I, II] CO [O1, O2] ; le résultat est un présent inaccompli et autonome (non anaphorique). On peut donc écrire : [B1, B2] CO [O1, O2] [I, II] CO [O1, O2] (le présent ne coïncide pas toujours avec t o ) :

153 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 145 Il a de tout petits rires pour ponctuer ses phrases. (L., 2005) ce qui s écrit : B1 < I = O1 O2 = II < B2. Avec un circonstanciel non transparent (par exemple : aujourd hui, à présent ou transparent si c est le cas), l intervalle de référence est lié à l intervalle circonstanciel et non à celui de l énonciation en vertu de la relation de proximité relative :... les socialistes (...) reviennent donc à présent au pouvoir après huit ans de gouvernement du parti populaire (PP) de José Maria Aznar. (L., 2005) où l intervalle de référence est lié à celui de l énonciation par l intermédiaire de [ct1, ct2] : B1 < I = ct1 < O1 O2 < ct2 = II < B2 Même s il est intrinsèquement ponctuel l intervalle infinitésimal du procès peut être dilaté: 1. sans déterminations contextuelles temporelles : Dans le palais de la Jeunesse la bonhomie du service d ordre contraste avec la rigidité des funérailles de hauts dignitaires. B1 = I < O1 O2 < II < B2 (M., 1989) 2. avec déterminations temporelles : Aujourd hui, plus de la moitié des salariés gagnent entre 1 et 1,6 Smic. (L. T., 2005) 3. par itération avec / sans déterminant adverbial : Le rite russe de présentation des mots à demi-ensevelis et le visage couvert ne parviennent pas à créer l illusion du simple sommeil. (M., 1989) ou bien par un adverbe de type encore marquant une expansion : Sans doute, le groupe souffre-t-il encore d un manque de travail en commun. (M.,1989)

154 146 Dan Dobre Le passé simple (PS) 0. Il présente une valeur aspectuelle du type fermé non adjacent ou compact 64. Tel le futur, il s oppose à la fois au présent et à une forme en ais 65. Selon Imbs, la définition la plus adéquate du passé simple, c est sa faculté de se construire en série avec lui-même, qui «dérive de son aptitude à projeter dans le passé les événements qui se présentent par nature en série et constituent ainsi une histoire» 66. «Tel un fruit mûr qui se détache de l arbre et continue à exister sans lui» 67 le PS marque l antériorité de l intervalle de référence par rapport à celui de l énonciation : [I, II] ANT [O1, O2] la disjonction [I, II] V [O1, O2] étant vraiment irréparable. Dans une perspective traditionnelle, A. Culioli le définit sous un double aspect : d un côté, dans un rapport de non repérage relatif à une détermination contextuelle et d un autre côté, dans un rapport de repérage à une détermination contextuelle 68, ce qui fait penser Gosselin à une coïncidence [I, II] CO [B1, B2], le premier intervalle étant saturé par le prédicat lui-même. Parfois, dans les textes de presse, le PS peut apparaître en succession linéaire exprimant la succession chronologique des procès : Placé en garde à vue, Schroder fut remis en liberté, mais devant les variations de ses différentes déclarations le magistrat instructeur l inculpa d homicide et l écroua le 28 septembre. (Fr-S, 1989) ([B1 = I II = B2] < [B 1 = I II = B 2] < [B 1 = (I = ct1) (II = ct2) = B 2]) [O1, O2]. Dans ce cas, la cohérence textuelle temporelle est assurée par une relation de «co-appartenance à la même vue» 69 qui tient d une isotopie thématique qui prend sa source en général dans le support du verbe. Certes, l intervalle ponctuel du PS peut être dilaté ; voilà un exemple donné par A. Molendijk : Il se mit à chanter. Il chanta à merveille.

155 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 147 où l intervalle «chanter à merveille» peut être décrit par un segment temporel du type «et il a continué de cette façon jusqu à la fin». Des déterminants comme : pendant le concile, pendant douze ans, à partir de 1964 ont le même rôle d élargissement de l intervalle sans exclure pour autant une valeur itérative : George prit son café pendant un quart d heure. ou bien en figure : I = ct1 ct2 = II B1 B2 pendant un quart d heure Dans la conception de L. de Saussure 70, le PS délivre une instruction de progression temporelle par défaut 71, c est-à-dire une instruction qui s applique en l absence de contrainte plus spécifique. La description d une «procédure du PS» faite dans les paramètres établis par Reichenbach aura en vue les éléments suivants : 1. E, R-S : l événement et le point de référence appartiennent au passé ; 2. Incrémenter la valeur de R si possible (instruction par défaut) (coïncidence entre l intervalle de référence et le procès en termes gosseliens) ; 3. Si un connecteur demande l inversion temporelle, appliquer l inversion ; 4. Si une relation conceptuelle accessible demande une encapsulation appliquer la règle. Ce qui est spécifique au PS vise seulement les points 1 et 2 y compris la règle de l inversion si c est le cas. Une nouvelle procédure plus spécifique aura la forme 72 : 1. E, R-S ; 2. R : = R + 1 ; 3. E : = R ; 4. Si une contrainte demande l inversion, vérifier s il s agit d un connecteur ; 5. Si une contrainte demande l encapsulation, appliquer la contrainte. À remarquer aussi que le PS progresse sur l axe du temps tout en développant un certain ordre temporel. Il s agit plutôt d un «ordre

156 148 Dan Dobre référentiel» qui fait indubitablement son jeu au niveau des structures déictico-anaphoriques de la temporalité textuelle. En termes reichenbachiens et sur la proposition de Kamp et Rohrer, on peut dresser le schéma de la progression du PS 73 : E1R1 E2R2 E3E4 S schéma que nous traduisons dans les termes de Gosselin (qui permettent le jeu des circonstants) sous la forme : ct1 ct2 ct 1 ct 2 ct 1 ct 2 I II I II I II B1 B2 B 1 B 2 B 1 B 2 O1/O2 Appliqué à l énonce: Placé en garde à vue... le schéma se réécrit de la façon suivante : ct1 ct2 I/II I /II I II B1/B2 B 1/B 2 B 1 B 2 O1 O L imparfait (IMP) 0. Très fréquent dans le texte de presse, l imparfait exprime dans la conception traditionnelle de P. Imbs un temps continu de durée indéterminée et dont l intervalle est découpé par des instants discontinus, lieux des événements. L imparfait n a en soi ni commencement ni fin à moins que quelque circonstant n intervienne pour le délimiter. Sa formule en termes gosseliens est la suivante : [I, II] ANT [O1, O2] ; [B1, B2] RE [I, II] où le dernier membre formalise l inaccompli. Les circonstants contextuels qui désignent l intervalle de référence délimitent le procès et facilitent parfois la coïncidence de

157 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 149 l intervalle de référence de l imparfait avec celui d un autre procès du contexte. L imparfait satisfait à la cohérence ce qui le rend non autonome (anaphorique) et le situe dans une relation de simultanéité ou de recouvrement par rapport à d autres procès du contexte : 1. simultanéité : Malgré le deuil, malgré une atmosphère plombée par le poids des cercueils (...), l ambiance était à la fête. (L., 2004) où l intervalle du participe passé se superposé à celui inaccompli de l imparfait : B1 < I II < B2 ; II < O1 O2 ; 2. recouvrement : Mais la manière dont Aznar a géré la tragédie du 11 mars n était pas moins impardonnable. (L., 2004) B1 < I (II < O1 O2) < B2 RE B1 = I II = B2 < I = O1 O2 = II où en représentation figurative : i k l j i j = l imparfait; k l = l acte de gestion de la crise ; l j = ce qui reste d impardonnable après la gestion de la crise et qui tend à l infini : >. Une cascade de prédicats à l imparfait qui excluent l itération et instaurent la simultanéité des procès recouvrent de la valeur de l inaccompli l ensemble de la série des procès : Moi, j aimais bien le prof de math. Il était beau, intelligent. Pour moi, les profs, ils devraient être des seigneurs pas des mecs voûtés. Je ne voulais pas être dans le gris. (L., 2004) Il s agit aussi bien d un imparfait de narration que d un imparfait itératif. La série événementielle n étant pas terminée,

158 150 Dan Dobre l attention du lecteur reste en éveil. L énoncé contient une série d intervalles coïncidents : Procès 1 Procès 2 Procès 3 Procès 4 [B1, B2] [I, II] [B1, B2] [I, II] [B1, B2] [I, II] [B1, B2] [I, II] RE RE RE RE Parfois, il peut arriver que l intervalle de référence se trouve «saturé» par un intervalle circonstanciel de localisation temporelle détaché ou non :... on assurait hier que le ministre... (F., 2005) [ct1, ct2] [B1, B2] [I, II] ; [ct1 = I < B1 B2 < II = ct2] < [ O1, O2] RE La typologie de l imparfait ne nous intéresse pas. Elle ne fait pas l objet de notre démarche. Pourtant, il faut remarquer avec G. Genette 74 deux cas distincts correspondant à l analyse des focalisations : interne, lorsque le procès est «saturé» par un procès de conscience récupéré contextuellement et externe lorsque le destinataire construit un sujet de conscience non présent dans le contexte 75 (commentaires sportifs, nouvelles radiophoniques, etc.). Notons avec L. de Saussure la «procédure» de l imparfait : 1. P E ; 2. Si R E est pertinent, réaliser l opération P : = R ; 3. Sinon, trouver dans le contexte (focalisation interne) ou construire (focalisation externe) un sujet de conscience tel que le moment de conscience C puisse être dans E. Réaliser : P : = C Pour ce qui est de l ordre temporel, remarquons avec le même auteur que pour l imparfait descriptif (par exemple, l instruction de CO

159 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 151 directionnalité est nulle puisque < R E > entrave toute progression par rapport à un autre événement (R). Si EO correspond au point E de l autre événement et E à la référence temporelle du procès à l imparfait, on pourrait écrire l algorithme minimal de l IMP descriptif R : = EO (on attribue à R la valeur E de l événement antérieur) ; 2. R E ; L ordre temporel entre un événement donné en contexte (noté EO) et le procès (P) de l IMP peut s exprimer sous la forme de l algorithme suivant 77 : Instancier la variable P (P E ) ; SI (R E) produit de l effet ALORS P : = R ; FIN Usage descriptif, recouvrement sur R ; SI (EO E) produit de l effet ALORS P : = EO ; FIN Usage descriptif, recouvrement sur EO ; SINON SI C disponible tel que (C E) produit de l effet ALORS P : = C ; FIN Usage interprétatif 1, ordre temporel possible ; SINON Créer C tel que (C E) P : = C ; FIN Usage interprétatif 2, ordre temporel possible Le passé composé (PC) 0. La double constitution des temps composés (auxiliaire + participe passé) observe dans le modèle Gosselin, les instructions suivantes : 1. participe passé : [B1, B2] CO [I, II] (aspect aoristique) ; [I, II] ANT [I, II ] où I, II est l intervalle de l auxiliaire. 2. auxiliaire au présent : [B 1, B 2] RE [I, II ] aspect inaccompli sur l état résultant [I, II ] SIMUL [O1, O2] c est-à-dire [I, II ] CO [O1, O2] à cause du liage de l intervalle de référence à celui de l énonciation

160 152 Dan Dobre Exemples : 1. sans circonstant : N. Sarkozy a profité de ces mauvais résultats... (F., 2005) ce qui se traduit schématiquement de la manière suivante: B 1 B 2 I/II I /I B1/B2 O1/O2 O1/O2 2. avec circonstant :... les attentats de jeudi qui ont fait 200 morts I/II ct1 B1/B2 ct2 O1/O2 (L., 2004) jeudi L affaire Gaymard s est achevée hier avec la démission du ministre. I/II ct1 B1/B2 O1/O2 hier Le PC connaît deux effets de sens : un effet aoristique inchoatif, ponctuel et dans ce cas il est remplacé par le PS (saillance prépondérante du procès marqué par le participe passé) et un autre accompli (un PC discursif) qui ne regarde que l état résultant situé comme présent sous un aspect inaccompli. Dans l exemple : L église anglicane (...) est entrée depuis trois ans dans une période de crise. (F., 2005) la borne finale du procès [B1, B2] - la plus saillante - correspond à la borne initiale de l état résultant B2 = B 1 : ct1 = B2 = B 1 ct2 = I = O1 O2 = II < B 2 Soit en figure :

161 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 153 ct1 ct2/b 2 B2 I II B 1 O1/O2 Gosselin en conclut que ce type de procès appartient à la classe des accomplissements ou à celle des achèvements. Les circonstants temporels et aspectuels jouent un rôle important dans l identification du PC aoristique / ~ discursif. Les déterminants adverbiaux à valeur de passé (hier, la veille, l avantveille, etc.) et ceux du type [en+durée] et [pendant + durée] indiquent la valeur aoristique du PC. L autre effet de sens est obtenu, par exemple, à partir d un déterminant comme [pendant+durée]. Dans les termes de L. de Saussure la procédure du PC présente les opérations suivantes : 1. établir la sémantique de base : < E-S > ; 2. rechercher un état résultant ; 3. sinon, récupérer et construire un point R tel que < E, R-S >. Pour ce qui est de l ordre temporel, remarquons que le PC «ne délivre pas d instruction par défaut : elle n est impliquée ni par la sémantique de base ni par l usage de l accompli, ni par l usage de l antériorité, et cela, on le remarque une fois de plus, en dépit du caractère perfectif de la représentation des procès qu il provoque. Son rôle essentiel est par défaut de dire quelque chose du présent de l énonciation et lorsque ce n est pas vraisemblable ou possible contextuellement, de permettre la récupération d un procès sans contraindre aucunement l ordre qui sera décidé uniquement en fonction d indications contextuelles» 78. À défaut d autres informations contextuelles (relations contextuelles ou connecteurs), l ordre temporel du PC est implicite Le plus que parfait (PQP) 0. Du point de vue morphologique, le PQP est un imparfait composé ; il est symétrique du conditionnel passé qui est un imparfait de futur composé : 1. le participe passé qui entre dans sa structure a une valeur relative d antériorité : [I, II] ANT [I, II ].

162 154 Dan Dobre Entre l intervalle de référence et celui du procès s établit une relation de coïncidence qui l enrichit d une dimension aoristique: [I, II] CO [B1, B2] 2. l auxiliaire à l imparfait a une valeur temporelle absolue de passé : [I, II ] ANT [O1, O2] ; il est d aspect inaccompli sur l état résultant : [B 1, B 2] RE [I, II ] Par rapport au PC, l intervalle de référence de l auxiliaire n est pas saturé par [O1, O2] ; de ce fait il exige un autre liage à un autre intervalle du contexte 79, que ce soit l intervalle de référence d un verbe ou celui d un circonstant : On assurait hier que le ministre n avait pas été poussé. (F., 2005) [I, II] [B1, B2] [I, II] [B1, B2] [I, II ] RE CO ANT CO L affaire avait commencé le mardi 15 février avec les révélations du «Canard enchaîné». (F., 2005) [ct1, ct2] [I, II] [B1, B2] [I, II ] CO ANT RE Le PQP peut réaliser deux effets de sens typiques des temps composés : 1. l aoristique : dans l exemple ci-dessus, avait commencé peut être remplacé par commença et on pourrait écrire : [B1 = I = ct1 ct2 = II = B2 < I < II ] < [O1, O2]. Même opération de remplacement par un PS dans un énoncé comme : En juin 1988, François Mitterrand avait proposé aux chefs d État et de gouvernements des sept grands pays... (L., 1980)

163 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien l accompli : sens très rare même dans les textes littéraires. Il se rencontre surtout en fin de paragraphe pour exprimer un état résultant d actions précédemment énoncées ; voilà un exemple repris à Imbs : J allais la prendre, nous dînions, nous allions au spectacle, nous soupions souvent et j avais dépensé le soir quatre ou cinq louis. (Al. Dumas fils) En récit, la combinaison PS + PQP a pour résultat une régression du temps. Des éléments du texte peuvent intervenir et obtenir une progression, un ordre positif de la combinaison. Comme L. de Saussure 80 le remarque, la procédure du PQP mène soit à un usage descriptif, soit à un usage interprétatif pertinent pour l ordre temporel ; l instant de conscience C fournit nécessairement le R. Les deux (r et C) sont à même de saturer le procès ce qui explique la nécessité d introduire une variable sousdéterminée P : Procédure 1. Instancier une variable P (E > P ET P > S) 2. E > e 3. SINON (R = O) ET (R E) produit un effet ALORS P : = R ; FIN ; 4. SINON SI (C E) produit un effet ALORS P : = C ; FIN Le Futur (F) 0. Le futur s apparente au conditionnel car tous les deux sont des formes en r. Il comporte des valeurs temporelles et modales qu on a essayé de réduire à un dénominateur commun le concept logique de «probabilité» 81. R. Martin décrit le F en termes d image d univers 82. Le futur linguistique est défini en tant qu opérateur temporel de dicto qui prend en charge la vérité non plus au moment de l énonciation, mais à des instants ultérieurs à celui-ci. L évocation de l avenir par le recours au futur linguistique suppose la confrontation de deux univers de croyance : U je univers du LE en t 0 ;

164 156 Dan Dobre U je univers du LE en t 0 + k > t 0, univers qu il prend en charge au moment t 0, c est-à-dire : [I, II] POST [O1, O2], où LE = locuteur-énonciateur. Le futur peut être envisagé comme générateur d univers, représenté en images. Dans le modèle de Gosselin, en vertu du principe de dépendance contextuelle de l intervalle de référence, ce temps se trouve généralement lié à [B1, B2] avec lequel il doit coïncider d où l aspect aoristique du procès. Même si le F peut être envisagé comme un temps ramifié, nous adoptons la représentation linéaire du procès qui est inchoatif, postérieur et ponctuel porteur d une relation de succession par rapport aux autres procès au futur qui apparaissent dans le même contexte : 1990 sera l année de la Malaisie ; fêtes, manifestations, expositions, rencontres sportives et culturelles s y succéderont. (Fr.-S., 1989) Du point de vue aspectuel, l aoristique marque le plus souvent le futur simple, celui-ci étant compatible avec des circonstanciels tels [en + durée] et [pendant + durée]. Tant que l événement est de nature transitionnelle le futur aoristique pourra être remplacé par un PS : Sollicitée en 1962, dès l élaboration du premier dossier de recours en grâce par l insistant Monsignore Duquaire, Angèle Jeanblanc finira par signer une attestation selon laquelle Touvier a procédé à leur libération. (L., 1980) À la différence du PC et du PS, il peut se combiner avec la périphrase verbale [être entrain de + INF], avec le circonstanciel [depuis + durée] ou avec désormais, dorénavant pour réaliser l inaccompli :... qui leur évitera désormais de faire la queue pour l allocation d accueil de 100 marks... (M., 1980) relation temporelle qu on peut formaliser comme suit :

165 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 157 [O1, O2] > [ct1 = I < B1 / B2 > II = ct2] Remarquons avec Gosselin que les effets de sens non typiques du futur aoristique sont rigoureusement les mêmes que ceux du PS, notamment : 1. il ne peut pas être inchoatif : si le verbe du procès a la borne finale plus saillante que la borne initiale et qu il se trouve en présence d un circonstanciel de durée ou d une quantification plurielle et déterminée sur le SN objet du type : Il dormira deux heures et il boira trois bières il ne peut pas exprimer une succession de procès : si les énoncés changent de thème (atteinte à l isotopie thématique) et que les procès présentent une relation d identité ou de dépendance causale (relation méronomyque). Soit l exemple suivant pour la relation d identité : DEC qui souscrira pour une trentaine de millions de francs (...) et deux établissements financiers (...), qui amèneront chacun 10 MF. Cegid S. A., le holding du groupe participera... (L., 1980) ou en figure linéaire : Procès 1 Procès 2 Procès 3 I / II I / II I / II O1/O2 B1 / B2 B1 / B2 B1 / B2 Mais, comme les intervalles des trois procès coïncident, une représentation stratifiée, par étages sera meilleure : CO

166 158 Dan Dobre I/II B1/B2 I/II B1/B2 I/II B1/B2 où: e = événement O1/O2 Vu qu il s agit d un temps symétrique du PS, la procédure du F comporte une formule du type: R-S, E. Les instructions par défaut (instructions qui s appliquent normalement) et les instructions contraintes (nécessaires au moment où l application des premières est impossible à cause d un conflit) peuvent être décrites symétriquement aux instructions du PS. En faisant confiance au modèle gosselien, voilà cette symétrie actualisée dans un énoncé tel que : On ne se rappellera jamais assez que la leçon du 21 avril (...) fut que l abstention doublée d une dispersion de suffrages... (L., 2004) ce qui s exprime par le schéma temporel suivant : ct1/ct2 I/II I,II B1/B2 O1/O2 ct1 B1, B2 ct Le conditionnel (C) 0. Cette forme verbale se situe du même côté que le futur. Les deux formes verbales ont le même radical et surtout l indice r qui leur assure la capacité d orienter le procès vers le non actuel du potentiel et de l irréel de l avenir. Mais, la terminaison ais, basique pour l imparfait, loge le procès dans un espace temporel symétrique à l imparfait. «Morphologiquement parlant, le conditionnel se définit comme un début de futur tournant à l imparfait (...) le conditionnel e 3 e 2 e 1

167 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 159 ne sera jamais tout à fait un futur, ni tout à fait un imparfait, mais oscillera constamment entre les deux.» 84. La variabilité de ses valeurs sera déterminée par deux facteurs : la combinatoire du système temporel et le cadre syntaxique où il est logé. Selon R. Martin 85 le conditionnel peut être décrit en deux sousensembles : conditionnel d univers et conditionnel des mondes possibles. Si ce dernier vise le si hypothétique ou les structures équivalentes, le premier est corrélatif de que, de si interrogatif ou des formes d interrogation directe ; il s agit d un conditionnel de changement d univers. Rapporté au futur, le conditionnel d univers et le conditionnel des mondes possibles placent leurs intervalles postérieurement : O1, O2 FUTUR cond. d univers cond. des mondes possibles Rapporté à un temps passé, il est toujours postérieur : I/II B1/B2 temps conditionnel O1/O2 passé 1. Le conditionnel présent Gosselin, aussi nous fait observer que le conditionnel présent instaure la postériorité de l intervalle de référence [I, II] par rapport à un autre intervalle de référence noté [I x, II x ] appartenant à un autre procès situé dans le passé : [I, II] POST [I x, II x ] ANT [O1, O2]. Comme le futur, sa valeur aspectuelle est déterminée contextuellement, le sens aoristique lui étant prêté par un contexte tel que :... qui pensait que je marcherais avec les télés et les programmateurs en radio. I x < II x < B1 = I II = B2 où: II x < O1 O2 c est-à-dire : (L., 1980)

168 160 Dan Dobre I x < [II x < (O1 O2)] < B1 = I II = B2 [B1, B2] [I X, II X ] POST [I, II] [B1, B2] [O1, O2] RE CO ANT soit en figure stratifiée : e 2 B1 B2 e 1 B1 B2 O1/O2 Lorsque plusieurs prédicats au conditionnel se succèdent, ils apparaissent comme liés par une relation de co-appartenance à une même série de changements. Le présence d un déterminant circonstanciel rend le procès au conditionnel inaccompli (la valeur de futur accentuée fait plonger sa temporalité dans l irréel hypothétique) : Le futur président a l intention, dès son avenir au pouvoir, de prendre des mesures de choc : il réduirait le nombre des universités, licencierait des fonctionnaires, enverrait au congrès des projets de loi. (M., 1980) Soit en représentation stratifiée O1/O2 B1 B1 B1 ct1/ct2 B2 Mais comme il est difficile de réaliser toutes ces opérations simultanément, on pourrait reconfigurer ce schéma dans la perspective d une certaine succession événementielle : B2 B2 e 3 e 2 e 1

169 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 161 B1 B2 e 3 B1 B2 e 2 B1 B2 e 1 O1/O2 ct1/ct2 Le procès au conditionnel peut se dérouler entre des bornes fixées par les circonstants temporels. Si le 26 février 2005 Le Figaro écrivait : Il ne devrait pas y avoir besoin d émettre un nouveau communiqué jusqu au lundi 28 février à h. alors le procès s inscrit sur l axe temporel comme suit : ct1 = B1 = I ct2 = B2 = II O1/O2 28 févr h 26 févr. Comme le conditionnel ne peut pas se concevoir en dehors de la conjecture, son intervalle de référence appartient ou bien à I x, II x de la proposition principale ou bien à celui d un autre énoncé du texte. 2. Le conditionnel passé Selon Gosselin le conditionnel passé reçoit les instructions suivantes : a. le participe passé : [I, II] ANT [I, II ] et [I, II] CO [B1, B2] (antériorité et aspect aoristique) b. l auxiliaire : [I, II ] POST [I X, II X ] et [I X, II X ] ANT [O1, O2], ce qui veut dire que sa valeur temporelle est relative à un point de repère situé dans le passé et occupe une position de postériorité relativement à ce repère. Le conditionnel passé peut exprimer l accompli : Le Parti Populaire (PP) se serait bien passé d une telle leçon à la veille des élections générales, au cours de la «journée de réflexion» où les déclarations et la surenchère politique n ont en principe pas lieu. (L., 2004)

170 162 Dan Dobre ou bien l aoristique : Le gouvernement surtout s est accroché à la thèse d un attentat ETA qui lui aurait profité électoralement. (L., 2004) 2.2. Mécanique déictique temporelle Le chronogramme première étape dans la définition de la référence temporelle textuelle.étude d un éditorial. 1. Étant donné les principes d analyse qu on vient implicitement d exposer, fondés en majeure partie sur le modèle gosselien et la mécanique temporelle décrite par l intermédiaire des quatre types d intervalles au niveau des énoncés, nous pouvons passer maintenant à une première étape de description du fonctionnement de la deixis temporelle le chronogramme gosselien qui ordonne par étages les espaces temporels des formes verbales au niveau du texte. Le texte proposé à l analyse, c est l éditorial de P. Sabatier Mensonge paru le 15 mars 2004 dans Libération. Cette première étape de la description de la référence temporelle exige le découpage du texte en énoncés et en phrases (parfois l énoncé est identique à la phrase et la description stratifiée des événements temporels par l intermédiaire de la logistique figurative des intervalles assure une image d ensemble du texte). Comme les espaces temporels des infinitifs et des participes sont plaqués sur ceux des formes verbales qui les précèdent (les verbes prédicatifs) nous n avons pas considéré nécessaire de les extraire du contexte comme événements distincts (d autant plus qu ils ne constituent pas des phrases). 2. Voici maintenant le chronogramme que nous avons établi : E Enoncés et phrases Ph Chronogramme Les électeurs espagnols ct1/ct2 E 1 ont sanctionné la faute I/II Ph commise par Aznar. 1 B1/B2 15 mars 2005 O1 / O2

171 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 163 E 2 ceux qui lui imputent une responsabilité dans le carnage du 11 mars en Ph 2 raison de son engagement en Irak [ils] ont certes tort. Ph 3 Ils se bercent d illusions Ph en croyant 4 E 3 qu une non participation à la guerre d Irak est une assurance tout risque Ph 5 contre la folie meurtrière des islamo terroristes. La boucherie travestie en «guerre sainte» d Al- E 4 Quaeda et de ses émules vise tous les «croisés» et Ph 6 les «Juifs». E 5 La France aurait tort de se croire à l abri des Ph 7 trains de la mort. [la manière] dont Aznar a E 6 géré la tragédie de 11 ct2 Ph mars 8 Mais la manière [...] n était pas moins Ph 9 impardonnable. 14 mars jour des élections (sous-entendu) ct1 ct2 11 mars B1<I / II<B2 O1 / O2 B1<I / II<B2 O1 / O2 B1<I / II<B2 O1 / O2 B1<I O1 B1<I O1 / / / / II<B2 O2 II<B2 O2 I II B1 B2 O1 / O2 ct1 I/II B1/B2 avec dilatation possible de l intervalle I/II B1 O1 / O2 B2 O1 / O2

172 164 Dan Dobre E 7 Les manoeuvres du pouvoir qui a cherché à cacher les indices poitant vers la piste islamiste Ph 10 pour accréditer la «piste ETA», en manipulant les médias, [les manoeuvres] étaient inquiétantes. Ph 11 Elles «équivalaient à un mensonge d État E 8 qu on attribue à l incompétence ou à un cynisme électoral sans vergogne. E 9 Les Éspagnols ne s y sont pas trompés. E 10 Bush et Blair ont agi de même au sujet des armes de destruction massive en Irak. Des soupçons légitimes et des préoccupations réelles avaient été manipulés pour justifier des décisions purement politiques, en application du principe ancien, jadis énoncé par Talleyrand, E 11 Ph 12 Ph 13 Ph 14 Ph 15 Ph 16 I/II B1/B2 avec dilatation possible de l intervalle I/II B1 I/II B1 I/II B1 O1 / O2 B2 O1 / O2 B2 O1 B1<I O1 / O2 / / II<B2 O2 O1, O2 ct1/ct2 (I /II )I/II I/II ( ) B1/B2 B1/B2 O1 / O2 a géré ct1/ct2 (I /II ) I/II I/II B1/B2 B1/B2 O1 / O2 ( ) a géré qui veut Ph 17 B1< I O1 / / II<B2 O2

173 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 165 qu «en politique ce qui est cru est plus important E 11 que ce qui est vrai». C est ignorer que l arme la plus E 12 puissante des démocraties est la confiance que les citoyens accordent à leurs gou vernants. Au moment même où les terroristes font la guerre E 13 aux démocraties Ce mensonge d État est irresponsable Car c est la pire des armes de destruction E 14 massive : Il annihile la crédibilité Ph 18 Ph 19 Ph 20 Ph 21 Ph 22 Ph 23 Ph 24 Ph 25 Ph 26 Ph 27 ct1(11mars) E 15 Aznar a perdu la sienne, et les élections avec Ph 28 I/II B1/B2 Remarques : B1< I / II<B2 O1 / O2 B1< I / II<B2 O1 / O2 B1< I / II<B2 O1 / O2 B1< I / II < B2 O1 / O2 B1< I / II < B2 O1 / O2 B1< I O1 B1< I O1 / / / / II < B2 O2 II < B2 O2 B1< I / II<B2 O1 / O2 B1< I / II < B2 O1 / O2 B1< I O1 / / II < B2 O2 ct2 (14 mars) 1. Les éditoriaux sont en général des discours fortement déictiques 86. Car la plupart des procès ont les intervalles plaqués sur [O1, O2], autrement dit, les espaces temporels référent directement à la situation et rarement indirectement (les PQP, par exemple) ; ceci prouve le fort ancrage du commentaire dans la situation, dans notre

174 166 Dan Dobre cas, la situation après les élections espagnoles fortement déterminée par un point de référence mémoriel (11 mars) mentionné dans le texte. 2. Au niveau des phrases Ph 17 Ph 20 et Ph 25 les fléchettes symétriques en pointillé marquent la valeur gnomique du présent. 3. La cohésion temporelle ne serait pas complète si elle se réduisait à la cohérence purement temporelle telle qu elle apparaît dans les chronogrammes gosseliens 87. Comme tout apport doit avoir un support thématique, dans le cas du texte analysé, le posé thématicotopical général le mensonge 88 - sera repris tel un fil rouge à travers le texte dans la sémantèse verbale (sanctionner, tromper, manipuler, etc.) que dans les structures topicales et non topicales (impardonnable, irresponsable, etc.), les structures topicales construisant elles-aussi une isotopie du support verbal. Entre ces unités discursives et le titre s établit une relation d accessibilité qui constitue l ossature isotopique aidant à la cohérence de la référence temporelle. 4. Une analyse par chronogramme met en relief un temps «artificiellement arrêté» qui ne visualise pas les relations chronologiques représentant les conditions de vérité temporelle du texte. Les relations perceptives de la dynamique sujet-objet se trouvent à la base des figurations aspectuo-temporelles à même de construire certaines dimensions sémantiques de l énoncé et du discours. Dans le traitement phrastique et textuel de la temporalité on a souvent une série de conflits 89 dont la résolution tient de toute une série de procédes logiques, sémantiques méronomyques. Le modèle gosselin conçoit l interprétation temporelle d une séquence comme une construction de structures d intervalles comme reflet des contraintes pragma-linguistico-référentielles. Dans cette conception, la cohérence correspond à la compatibilité entre ces contraintes, évitant ainsi les «ruptures» référentielles temporelles ce qui facilite la structuration d un système deictico-anaphorique pertinent.

175 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 167 Commentaire 0. Les analyses qui suivent vont mettre mieux en évidence l action concertée des facteurs que nous venons d exposer et qui sont capables d orienter déictiquement les espaces temporels au niveau du texte. 1. Comme on l a déjà fait remarquer, E 1 au PC (ONT SANCTIONNÉ) se trouve discursivement dans une relation résultative (de cause à effet).c est une conséquence de l acte de mensonge mémoriel actualisé sous la forme concentrée du titre. La saturation de la relation d ostension temporelle est multiple : 1. au niveau topical, il y a une isotopie thématique : mensonge faute ; 2. au niveau inférentiel, il subsiste une relation logique d implication du type : [si MENTIR, alors SANCTIONNER]. Évidemment, d autres éléments peuvent concourir à la réalisation de la cohérence discursive des deux énoncés, comme par exemple le complément d agent par Aznar qui reprend le thème - topic de la phrase simple assertive Aznar a menti. L intervalle du procès au PC coïncide avec son intervalle de référence : [I, II] CO[B1, B2] tandis qu entre l intervalle de référence du procès et celui de l auxiliaire il y a un rapport d antériorité : [I, II] ANT [I, II ]. Conjugué au présent, l auxiliaire exprime uniquement la valeur de présent, [I, II ] SIMUL [01, 02], ce qui fait que le procès est lié à t 0, dans notre cas au moment actuel où le journaliste s exprime (le jour d après les élections de dimanche 14 mars). Le point de référence mémoriel [A MENTI] a pour effet discursif la création d un texte qui se développe entre un double constat-résultat : initial (Les électeurs espagnols ont sanctionné la faute commise...) et final (Aznar a perdu [sa crédibilité] et les élections avec). Le contenu propositionnel d un pareil résultat est sémantiquement le même : Aznar a été puni. 2. E 2 a la valeur d une thèse qui va être argumentée par la suite. L intervalle du procès IMPUTENT renvoie au précédent ONT SANCTIONNÉ par le biais :

176 168 Dan Dobre 1. d une relation discursive de narrativité ; 2. d une relation isotopique-topicale de type anaphorique (les électeurs espagnols...ceux qui...) ; 3. par une relation inférentielle du type : posé : imputer une responsabilité ; présupposé : commenter une faute ou bien logico-argumentative (niveau topoï associés au topics) : Si l on commet une faute, alors il y a une responsabilité ; 4. en termes de monde possible, il faut remarquer aussi l existence d une relation d accessiblité sémique entre [SANCTIONNER] et [IMPUTER]. Le présent ne code qu une seule instruction temporelle [I, II]SIMUL [01, 02], mais du point de vue aspectuel, c est un présent duratif situé dans un temps indivis, la contrainte aspectuelle sur la simultanéité imposant un aspect inaccompli : {B1, B2]RE[I, II]. Ce présent duratif globalise l afflux des reproches faits à Aznar ; il se compose des deux chronotypes guillaumiens ω et α situés des deux côtés du t 0 infinitésimal. La présence du circonstant le 11 mars pose la borne initiale de cet état de choses qui s étend jusqu au 15 mars, date de parution de l article. Configurant le chronotype ω du passé, la durativité passe audelà de t 0, car l encyclopédique l y entraîne. Dans la Ph 2 de E 2, l espace temporel ONT TORT, tout en référant à IMPUTER, se simultanéise à ce dernier, lui assurant son autonomie. Cette structure indivise de l espace temporel n exclut pourtant pas une certaine prééminence du moment actuel (t 0 ), ce qui fait que ces deux procès revêtent une valeur actuelle, descriptive. Le passage d un type à l autre est imperceptible eu égard à leur simultanéisation dans le temps indivis de l actualité (à remarquer pourtant que l actualité d une nouvelle peut varier en extension temporelle). 3. Dans E 3 Ph 4, la référence actuelle et donc l autonomie de [ils] se bercent d illusions est assurée par les éléments suivants : 1. une isotopie thématique : ceux qui [ils] ils de nature anaphorique - (recatégorisation pronominale) ; 2. une relation discursive d explication par rapport à E 2 ;

177 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien une référence virtuelle branchée sur le même intervalle t 0 occupé par le procès de E 2 Ph 2, et E 2 Ph 3, c est un présent actuel d aspect duratif centré déictiquement sur soimême (sui-référentiel). Dans Ph 4, le prédicat nominal EST UNE ASSURANCE est un présent actuel. L ostension référentielle est réalisée par l intermédiaire : 1. d une relation discursive d explication par rapport à E 3 Ph 3, E 2 Ph 4 ; 2. d une référence virtuelle (la concordance des temps avec Ph 4 ) ; 3. de l isotopie topicale : illusion assurance. Le prédicatif une assurance sature le verbe ÊTRE qui est rendu aussi capable de référer à SE BERCER D ILLUSIONS par le biais du gérondif EN CROYANT qui emprunte l intervalle du précédent. Entre E 3 et E 2 il y a une relation moins topicale (d intensité faible) au niveau des syntagmes : le carnage du 11 mars folie meurtrière ; 4. d une double inférence : - sémantique : posé : se faire des illusions ; présupposé : avoir tort ; posé : une non participation est une assurance ; présupposé : se bercer d illusions ; - argumentative : s ils ont tort, alors ils se font des illusions ; s il y a une assurance, alors ils se bercent d illusions. 4. VISER de E 4 Ph 5 est «centré» ostensivement par les éléments suivants : 1. la relation discursive d explication par rapport à E 2 ; 2. l isotopie sémantique entre le thème topical de E 4 Ph 6 et une autre d une intensité topicale réduite la folie meurtrière ; 3. au niveau inférentiel : posé : la boucherie travestie ; présupposé : la folie meurtrière (et le carnage du 11 mars dans E 2 ) ;

178 170 Dan Dobre argumentatif : s il y a une folie meurtrière (boucherie), alors elle vise tous les croisés et les Juifs. 5. Le conditionnel présent de E 5 marque la postériorité de l intervalle de référence [I, II] par rapport à un autre intervalle de référence que Gosselin note par [I x, II x ] appartenant à une autre proposition située dans le passé : [I, II]POST[I x, II x ], ce dernier étant antérieur à t 0 : [I x, II x ]ANT[01, 02]. Même si au niveau phrastique il y a une rupture thématique, le fil topical (à l abri des trains de la mort) sature, à part le niveau inférentiel, l ostensivité temporelle du conditionnel, ce dernier renvoyant au repère temporel verbal de E 2 Ph Entre l intervalle du procès du PC et son intervalle de référence il y a une relation de coïncidence [B1, B2]CO[I, II]. L auxiliaire exprime la situation résultant de ce procès qui est ellemême un procès (généralement un état) noté [B 1, B 2] qui se voit associer un second intervalle de référence [I, II ]. Comme on l a déjà remarqué sous 1, les deux intervalles de référence se trouvent dans un rapport d antériorité. La simultanéisation [I, II ]SIMULT[01, 02] marque l aspect inaccompli. Le repère circonstantiel ct1ct2 (le 11 mars) recouvre l intervalle [B1, B2] et tend vers le présent du 15 mars en passant par le vote du 14 mars : [ct1ct2]re[b1, B2]. La saturation de l intervalle temporel de E 6 Ph 8 est réalisée par les éléments suivants : 1. une relation d élaboration (avec E 2 ). Dans le schéma argumentatif du texte E 6 constitue une seconde thèse à démonter ; 2. une isotopie topicale entre deux unités rhématiques d intensité topicale réduite : la tragédie du 11 mars (E 6 Ph 8 ) et le carnage du 11 mars (E 2 Ph 2 ) ; 3. une inférence sémantique du type : posé : la gestion de la tragédie est impardonnable présupposé : il est susceptible d en être responsable; et une autre, argumentative d équivalence, telle que : la tragédie du 11 mars le carnage du 11 mars. L intervalle à l IMPARFAIT de Ph 9 renvoie par la mécanique intrinsèque des formes verbales à l intervalle A GÉRÉ de Ph 8.

179 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 171 Conclusion Nous pensons que les commentaires qu on vient de faire, sont suffisants pour mettre en évidence le fonctionnement de la relation d ostension temporelle dans le cadre du mécanisme proposé. Les trois blocs du modèle (chronogramme, relations discursives, isotopies) agissent de concert en orientant déictiquement l intervalle subséquent vers un autre espace temporel, toujours précédent, retrouvable dans l immédiateté énonciative ou bien dans un contexte discursif plus éloigné, situé parfois dans l extratextuel Isotopie «thématico-topicale» et ostension temporelle Redéfinition du concept de thématisation 0. Tout essai de redéfinition du concept de thématisation devra avoir en vue la source première du phénomène ; celle-ci ne pourra être repérable qu au niveau de l intention du locuteur de mettre en exergue telle ou telle unité de la chaîne langagière par un certain accent informatif d intensité variable. L intention est rendue responsable de la mise sur pieds de toute une technologie de thématisation, rhématisation, topicalisation, focalisation repérable aux divers niveaux d analyse : phrastique, discursive, informationnelle qui, à travers le temps, ont constitué les points de mire des différentes tentatives plus ou moins réussies de définition de la thématisation topicalisation (TT). En ce qui nous concerne, notre tentative rejoint la dimension psychologique de certaines recherches, surtout dans ce qu elles proposent comme Premier (le point de départ psychologique) et non comme Second (le positionnement fixe phrastique ou discursif) prêté à la relation structure grammaticale / informationnelle (voir à cet égard Travnicek cité par S. Prévost (1998) 90 et surtout Halliday (1985) 91 ). Pour nous, la TT est tenue de représenter un investissement dynamique des unités phrastico-discursives par une entité psychologique d information première (un Premier) repérable, par la

180 172 Dan Dobre suite, sous forme actualisée (un Second) aux différents niveaux d analyse du message. La TT est une entité psychique, dynamique, fonctionnelle et actualisable, un «virus» capable d investir à quelques exceptions près 92 les unités constitutives de la chaîne textuelle. L opération d investissement se réalise par la mise en marche de toute une série de techniques dont la recherche use couramment. Arguments 0. Notre position est confortée par toute une série de constatations déjà faites par le travail immense de la recherche. 1. Mathesius 93, par exemple, est conscient de la nécessité d un ordre psychologique «normal» de la «projection» des représentations mentales dont la structuration modulaire qu elles supposent doit avoir un point d origine (il parle d un point de départ de la phrase situé, selon nous, dans la sphère du Second). Il s agit donc, d un ordre naturel de déploiement correspondant au système psychologique que chaque langue met en place à sa façon (voir la position du verbe en allemand par rapport au français) et d un contexte dans lequel ces représentations émergent en surface. 2. Ce premier argument en construit un deuxième : rapportée à la continuité de l espace psychologique, la dichotomie information connue / ~nouvelle n existe pas, car poser une information nouvelle (inconnue) équivaudrait à la rupture d une discontinuité et cela d autant plus que cette «seconde information» puise sa source au même endroit : le savoir encyclopédique du locuteur. L impression de nouveauté est donnée par cette même position seconde subséquente aux autres unités textuelles informatives où elle est insérée comme actualisation d une représentation mentale. Le nouveau doit être cherché chez l interlocuteur. Dans ce sens, Firbas 94 a correctement saisi l inconsistance de l opposition connu / nouveau étudiée dans la perspective de l approche fonctionnelle ; il soutient, entre autres, l idée d un continuum informatif à partir duquel la notion de dynamisme communicationnel sera ultérieurement développée. L échelle

181 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 173 informationnelle qu il propose est réalisée sur la base de trois catégories d éléments : thématiques, rhématiques et unités intermédiaires entre les deux premières Dans ce contexte, il faut remarquer que la notion de «thématicité» (= TT) est susceptible de variation graduelle d intensité 96. La théorie de l intensité thématique est susceptible de résoudre bien des difficultés ; si dans : Le carburateur, Paul a réussi à le démonter l entité informative première est évidente, dans : Paul a réussi à démonter le carburateur la nécessité d introduire une différenciation graduelle de l intensité tout en précisant le niveau d analyse est obligatoire car la théorie de l aboutness est difficile à appliquer. 4. La TT peut se manifester contextuellement et cotextuellement en surface du texte aussi bien qu au niveau inférentiel. Ce dernier aspect fait que la relation présupposé focus reprenne sous un autre angle l opposition connu / nouveau sans parvenir à mettre en place une mécanique explicative suffisamment efficace. Les difficultés rencontrées par ce type d analyse, d ailleurs relativement productive, s expliquent encore par l investissement toujours changeant opéré par l entité psychique à différentes strates du message. 5. Au niveau du discours, l introduction dans certaines recherches du couple terminologique topic / comment ne change pas grand-chose 97. En dernière instance, il est réductible à la distinction thème / rhème. Une notion intéressante qui conforte notre théorie est le concept de D-thème 98 défini comme une proposition ou un ensemble de propositions exprimant l intérêt immédiat du locuteur, autrement dit le Premier comme point de départ intentionnel situé dans l espace psychologique du sujet parlant. Même si tiraillée entre contextualité, cotextualité et pragmatique, la thématisation est essentielle à la pertinence thématique ou «isotopique» 99 du texte. Elle y retrouve son «primum

182 174 Dan Dobre movens» dans l espace psychologique du locuteur se plaçant à l origine du given de Chafe 100, au fond, la représentation que le sujet se fait de ce savoir. Conclusions : 1. Les unités textuelles sont soumises à un investissement thématique dynamique et progressif saisi au niveau des unités appartenant à différentes perspectives d analyse. C est une entité mouvante revêtant des formes multiples selon la manière dont telle ou telle langue découpe la réalité. 2. À part les percées théoriques sur lesquelles s étaye notre vision du phénomène, l aporie épistémologique existant à l heure actuelle s explique par le penchant presque constant des démarches visant à prendre pour point de mire un Second sans approfondir la systématique mentale du langage en tant que Premier. Disséquer les niveaux d analyse est une opération absolument nécessaire mais il faut avoir en vue le fonctionnement systémique global de cette entité première, sa capacité tous azimuts d investir les unités du message Isotopie thématico-topicale Pertinence et référence 0. Le paradigme fodorien du traitement de l information 101 sera repris dans la perspective pragmatique de la psychologie cognitive par Sperber & Wilson 102. Dans ce contexte, les transducteurs fodoriens donnent une traduction des énoncés avant d être traités, dans une deuxième étape, par le système périphérique linguistique (phonologie, syntaxe, sémantique niveau codique). La troisième étape fournit au système central la forme logique des énoncés qui en donne une interprétation complète par l entremise d un mécanisme inférentiel de nature hypothético-déductive. Notre démarche prendra en compte ces deux dernières étapes : le dépistage linguistique des topics et de leur niveau inférentiel sémantico-argumentatif.

183 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 175 Largo Sensu 103, le contexte consiste en un ensemble de propositions puisées dans trois sources : 1. l interprétation des énoncés précédents conservée dans la mémoire à moyen terme ; 2. l environnement physique où a lieu la communication ; 3. la mémoire à long terme caractérisant le système central. À ce dernier niveau, les concepts de la forme logique sont structurés sur trois types d information : 1. logique (inférence, contradiction, etc.) ; 2. encyclopédique (réseaux champs sémantiques et isotopies engendrés autour de l objet en question) ; 3. lexicale (actualisation des concepts en surface lexicale). Ces trois sources constituent l environnement cognitif de l individu qui est à son tour la source des propositions contextuelles choisies sur la base du principe de pertinence défini comme principe fondamental de la communication ostensive. Le principe de pertinence est énoncé par Sperber et Wilson comme suit : «Tout acte de communication ostensive communique la présomption de sa propre pertinence optimale» 104. La pertinence une fois circonscrite, les deux auteurs définissent à la même page la présomption de pertinence optimale : Pertinence 1. «Toutes choses étant égales par ailleurs, plus un énoncé, interprété par rapport à un contexte, produit d effets contextuels, plus cet énoncé est pertinent ; 2. Toutes choses étant égales par ailleurs, plus un énoncé, interprété par rapport à un contexte, demande d efforts de traitement, moins cet énoncé sera pertinent. Présomption de pertinence optimale 1. L ensemble d assomptions [I] que le locuteur a l intention de rendre manifeste à son interlocuteur est suffisamment pertinent. 2. Le stimulus ostensif est le plus pertinent que le locuteur pourrait utiliser pour communiquer [I]». Le contexte par rapport auquel l énoncé sera interprété (plus précisément dans notre cas le(s) centre(s) d intérêt qu il présente) sera formé par un quantum d assomptions contextuelles à même d être

184 176 Dan Dobre cohérentes avec le principe de pertinence. Tout énoncé est «un acte de communication accompagné d une présomption de pertinence optimale» 105. Voici la définition de ce type de communication : «Le locuteur produit un stimulus qui rend mutuellement manifeste à l interlocuteur et au locuteur que le locuteur a l intention au moyen de ce stimulus, de rendre manifeste ou plus manifeste à l interlocuteur un ensemble d assomptions» 106. Les informations linguistiques les marqueurs topicaux dont on va s occuper doivent être complétées par l encyclopédique des informations non linguistiques. Les premières peuvent s inscrire dans la perspective d une sémantique instructionnelle de type Ducrot (pragmatique ou rhétorique intégrée) ou bien dans la lignée d une approche des formes d une conception linguistique des topics (P. Cadiot, A.- Cl. Berthoud, A. Grobet et même G. Kleiber). Quant aux informations non linguistiques, il faut envisager un niveau inférentiel d analyse : les présuppositions et les topoï de Ducrot Niveau d actualisation de l entité psychique 0. Dans ce qui suit, nous allons reprendre en raccourci les principaux concepts correspondant aux différents niveaux d analyse et les utiliser, dans l établissement de l isotopie thématique du texte de presse qui fera plus loin l objet de notre analyse. 1. Selon Nølke 107, la définition du couple thème-rhème puise son origine dans les travaux anciens, de Platon et d Aristote. Au fil du temps, les chercheurs en ont élaboré d autres ; il existe au moins dix propositions de définition ce qui prête à une certaine confusion étant donné les différents niveaux de définition, et surtout à la netteté variable des oppositions établies. Du point de vue du niveau d analyse, les définitions actuelles en comportent quatre : syntaxique, logique et pragmatique, phonétique, fonctionnel ayant trait à l énonciation. Il existe donc, comme A.- Cl. Berthoud le remarque, «une instabilité définitionnelle», «une hétérogénéité des frontières notionnelles» 108 qui obligent le chercheur, à l assaut du texte, de faire sa propre option.

185 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 177 H. Nølke dans sa Linguistique modulaire prend en compte le niveau syntaxique de la dichotomie thème-rhème. Ce dont on parle est exprimé par le premier segment de l énoncé. L expression thématique, au sens de Stanislas Karolak 109 est donc le plus souvent le premier segment de l énoncé. Cette structure sera le corrélatif de la structure sémantico-logique en thème-rhème étudiée par l École polonaise, dans le cadre d une grammaire à base sémantique. «Étant définie au niveau de la phrase (syntaxique), elle sera établie indépendamment de toute considération textuelle» 110 (sauf le test de la négation qui ne s applique pas sans référence au contexte note Nølke à la même page) ; ce type d analyse, similaire à l approche fonctionnelle de Prague qui admet l opposition en question mais seulement au niveau phrastique, nous permettra de cerner l action du principe de la pertinence textuelle au niveau des champs thématico-rhématiques isotopiques. La règle principale de cette «grammaire» est la règle de Halliday, selon laquelle «le premier segment de la phrase constitue le thème, en précisant que par segment il faut entendre le constituant» 111. Si l on change d optique, on peut affirmer que les deux entités ne sont pas tellement distinctes, car elles connaissent un «dynamisme communicationnel» dont parle Firbas, une sorte de continuum 112. Le thème phrastique et le thème discursif peuvent coïncider ; au niveau discursif le premier devient topic. 2. Selon K. Lambrecht ou Cadiot 113, dans le traitement du thème les deux démarches conceptuelles (sémasiologique) et formelle (onomasiologique) mènent à la constatation qu il y a une absence de correspondance biunivoque. Ainsi, la première démarche constate les façons très différentes sous lesquelles le thème se manifeste, tandis que la seconde relève de ce que ce même marqueur peut opérer de diverses manières. 3. Au niveau discursif, le topic se place ou bien dans l optique d un investissement informationnel (information ancienne vs ~ nouvelle) ou bien dans une perspective cognitive visant surtout le focus et la saillance fondés sans doute sur la même projection psychique du cognitif. Quant à la définition du focus les positions sont

186 178 Dan Dobre toujours divergentes : certains spécialistes l opposent au thème, d autres le considèrent comme centre d intérêt, élément focalisé. Dans les déclaratives simples, «le domaine de focalisation simple s étend du verbe sémantique jusqu au dernier segment tonique» 114 (jusqu à la fin de l intonème conclusif). Mais il arrive fréquemment que le thème et le rhème coïncident, le thème devenant l objet d un investissement psychique focalisé syntaxiquement. Un événement important se produisit. Dans cet exemple repris à Nølke, l information nouvelle (le rhème) est identique au thème, autrement dit le thème, c est le rhème. Dans les clivées, le domaine de focalisation coïncide avec le rhème. 4. Avec le concept de présupposition locale, R. Martin 115 semble croire à une affinité sémantique entre les notions de thème et de présupposition stratificationnelle. Ce dont on parle, dénoté par le thème, est en effet présenté comme un acquis préalable à l énonciation 116. À ce propos, Nølke avance deux métarègles entre lesquelles il y a une relation d interdépendance : 1. le rhème fonctionne comme domaine de focalisation simple ; 2. le thème fait partie du domaine du présupposé stratificationnel. Les structures simples peuvent être transformées en structures spécialisées par des mécanismes thématisants et rhématisants (syntaxiques ou prosodiques). Dans : Le voleur a été arrêté par la police. nous avons affaire à une thématisation non spécialisée. La thématisation spécialisée connaît des mécanismes thématisants du type : C est le voleur qui a été arrêté. (Que) le voleur ait été arrêté... et des mécanismes thématisants comme : Le voleur, lui il a été arrêté Vu le principe de nouveauté informationnelle qui caractérise le discours de presse, une intervention dans l organisation syntaxique du couple thème-rhème des structures informationnelles, contextuelles (encyclopédiques) s avère absolument nécessaire.

187 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 179 On peut même parler d une structuration polyphonique 118 de l information investie car elle peut être présentée de diverses façons : connue/inconnue, présupposée / posée (supposée), mais toujours enchaînée dans un continuum dynamique et progressif. Si au niveau de la phrase la thématisation vise une série de procédés syntaxiques de marquage du topic (dislocation, détachement, reprise anaphorique, etc.), au niveau discursif, la thématisation, par exclusion implicite, place le topic au centre de l attention, en le particularisant. Dans ce cas, elle s identifie à la topicalisation discursive assurant la pertinence textuelle. Voilà pourquoi nous avons avancé l idée d un concept unitaire (la TT, supportant le même investissement psychique) et binaire marquant le niveau d analyse où l on se place. Ainsi, au niveau énonciatif, nous parlons d une topicalisation isotopique ou d une isotopie topicale des objets discursifs Le topic 1. Selon Berthoud 119, dans la phrase, le topic suppose une conception statique d un état informationnel. Dans le discours, il emprunte le caractère dynamique de l entité psychique. Le topic discursif se construit dans et par l activité discursive comme actualisation du Premier : «il n est pas antérieur à la prise de parole, mais s élabore au fil du discours, en se transformant dans la programmation pas à pas des énoncés» 120. La transformation des objets de discours avec lesquels on opère est due tant à l intervention de l information nécessaire au développement constructif du texte, qu à l organisation argumentative de celui-ci. Le topic est très sensible au récepteur. La construction du système topical se fait en étroite liaison avec l univers de croyance et d attente du locteur. On assiste a une co-construction 121 du topic absolument nécessaire au succès de l acte de communication. 2. Dans la perspective sémiologique, le journaliste est obligé de construire une représentation discursive, une schématisation relevant de la logique naturelle et opérant avec des objets cognitifs et non langagiers. On est amené à faire des opérations d ancrage des thèmes

188 180 Dan Dobre suivis des rhèmes qu on pourrait représenter par des catégories primitives. On arrive ainsi à mettre en évidence des structures d objets inscrits par des marques linguistiques dans des configurations globales. Comme nous l avons déjà fait remarquer, dans la pratique courante, un topic discursif se superpose parfois à un thème, à un énoncé, paragraphe, résumé de texte ou même à un titre. Dans ces conditions, le titre de presse comme dans le cas de l éditorial qu on va analyser peut devenir une encapsulation des autres topics, tout en traversant les dimensions conceptuelle et formelle de ceux-ci, c est une macro-structure Berthoud propose une approche des formes, une conception linguistique du topic qu elle définit essentiellement en termes de marquages linguistiques 123 à fonction pragmatique saisis eux-mêmes «comme trace des objets de discours» 124. On pourrait avoir des «topics-syntagmes», des «topics-énoncés» ou des «topicsmacrostructures». Il s agit donc des unités «constitutivement discursives» et pas seulement dirons-nous car les topics peuvent connaître des réalisations itémiques. Évidemment, dans ces conditions l organisation morphosyntaxique, par exemple, apparaît comme modèle d une visée thématique spécifique, autrement dit le discursif organise le linguistique : Hier soir, le roi, il a aboli la loi en question. (sens actif) Hier soir, la loi en question a été abolie. (sens passif) À remarquer que les deux exemples ci-dessus ont le même thème. Entre le discursif et le linguistique, il y a à n en pas douter une interprétation simultanée, les deux champs de manifestation construisant un modèle qui définit les énoncés comme conglomérats de formes linguistiques, morphosyntaxiques, ces dernières apparaissant comme traces d opérations énonciatives. 4. De la vision statique rendue par la macrostructure compositionnelle, l analyse de notre texte est passée à une vision dynamique caractérisant toute argumentation, car tout mouvement mental argumentatif est étayé sur des articulations logiques et des pointages successifs qui construisent une isotopie topicale, à même de

189 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 181 rendre le discours pertinent et saturer la relation d ostension temporelle. Le titrage de l éditorial de P. Sabatier par le SN Mensonge contraction de la phrase minimale Aznar a menti est un acte qui ancre l entité psychique informationnelle première dans le topic fondamental du texte, dans ce que Schegloff appelle «l anchor position» 125 comme préliminaire conversationnel au discours dialogal, mais que nous appliquons aussi aux textes de presse étant donné leur construction co-participative intrinsèque et surtout l existence d un Premier intentionnel. C est une position centrale à partir de laquelle le «topic fondamental» devient intrinsèquement l «objet de départ» des productions qui s ensuivent et surtout la tête du schéma topical isotopique. L isotopie topicale ou thématique (la TT) établie autant par les articulations logiques que par le contenu sémique de ses unités réalise une interdépendance séquentielle, une succession, une dynamique argumentative du discours. Cette dynamique est alimentée au travers des décrochements propres à l anchor position, acte par lequel le discours puise dans le réservoir à objets des topics secondaires rendant ainsi possible le fonctionnement argumentatif du texte. Si, dans un discours conversationnel, par exemple, l introduction des nouveaux topics se fait par une stratégie interrogative du type Quoi de neuf?, dans notre éditorial, cette pratique stratégique se trouve diversifiée : constatation, description, explication-justification, hypothèse, etc. Cette stratégie des itemised news enquiries ou news announcements fait dépendre la production du texte exclusivement du locuteur (journaliste) et a pour base le continuum informatif puisé dans son savoir encyclopédique. 5. Mais il y a aussi des structures informationnellement neutres. Tel est le cas de la proposition assertive canonique (SVO) à sujet nominal ou pronominal où le sujet est un topique non marqué 126 (ou au moins marqué d une faible intensité topicale) : Les électeurs espagnols ont sanctionné la faute... [ils] ont certes tort.

190 182 Dan Dobre Le même rôle peut être joué par les sujets verbalisés par des syntagmes indéfinis 127 : Des soupçons légitimes et des préoccupations réelles avaient été manipulés... La tournure au passif si elle n est pas nécessairement liée à la volonté du locuteur de «thématiser au sens fort» 128 permet pourtant de présenter comme topic un argument du verbe qui n était pas prédestiné à l être. C est un type de topicalisation caractéristique à l écrit plutôt qu à l oral. Le rôle topical plus faible du sujet dans les SVO n affecte pas l interprétation de l information rhématique des autres expressions référentielles du contexte :... le mensonge d État est irresponsable. Il annihile la crédibilité. où la crédibilité possède un degré de topicalité plus fort au point de vue informationnel que l anaphorique il chargé seulement de la tâche isotopique. 6. Nous pensons avec A. Grobet et d autres que la contextualisation au repérage topical est absolument nécessaire ; elle permet de briser le non marquage informationnel de la structure canonique assertive. Ainsi dans : Les Espagnols ne s y sont pas trompés. la structure topicale est activée par le contexte : le mensonge d État, l incompétence et le cynisme électoral sans vergogne (E 8 voir les pages suivantes) Détermination du topique 0. Notre analyse se propose de repérer une isotopie thématique au niveau phrastique et une autre topicale au niveau discursif. Nous allons voir comment toutes les deux agissent de concert en se suppléant l une à l autre dans la construction de l ordonnée et de l abscisse isotopique. La progression du discours est assurée entre autres par une triple isotopie : thématique (le thème phrastique), topicale (niveau discursif) et non topicale (unités phrastiques qui au niveau du contenu sémique réalisent des isotopies locales). La

191 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 183 majorité des unités qui construisent ce réseau thématico-topical et non topical sont des extensions du verbe. Les formulations possibles du topic pourraient constituer une «famille paraphrastique issue d une même structure notionnelle exprimable directement ou de façon relationnelle» 129 ce qui justifie la notion thématique de Culioli qu il voit dériver de la notion lexicale Marqueurs préliminaires comme actualisateurs du Premier 0. Ce sont des marqueurs qui embrayent sur l acte de discours. 1. marqueurs argumentatifs (unités qui focalisent l attention du lecteur) : a. syntagmes nominaux métasémémiques : la boucherie travestie, les trains de la mort, le carnage du 11 mars ; b. syntagmes verbaux : Ils se bercent d illusions ; c. groupes adverbiaux :... du principe ancien jadis énoncé par Talleyrand, Bush et Blair ont agi de même où les deux unités soulignées sont des «marqueurs de parcours» 130, car elles permettent de revenir à un point antérieur de l argumentation que ce soit un repère contextuel ou extratextuel. Ces marqueurs peuvent se combiner opérant un marquage multiple du topic en question. d. marqueurs de discours rapporté (ils se limitent à évoquer un dire précédent par un tiers) : Ceux qui lui imputent une responsabilité... ; [ils] ont certes tort ; ils se bercent d illusions en croyant qu une non participation ; [Talleyrand] veut qu en politique, ce qui est cru... ; C est ignorer [le gouvernement ignore] que l arme la plus puissante..., etc. Pour l analyse du corpus proposé, nous ne considérons pas nécessaire d élargir le sens de la notion de discours rapporté au discours énoncé par le locuteur comme le fait Berthoud ; notre texte

192 184 Dan Dobre ne se prête pas à ce genre de marques dépistées, par exemple, dans les cours universitaires : J avais abordé, Je vous avais parlé, etc. 2. marqueurs cognitifs (qui expriment en topicalisant des concepts et des notions structurant la vision du locuteur, son point de vue, son avis). Deux types sont plus fréquents : a. la structure performative inférentielle du type : J affirme que avec ses variantes : Je prétends que p, Je conviens que p, Je confirme que p, Je t annonce que p 131, etc. b. les isotopies sémiques établies au niveau des items lexicaux. Ce sont des marqueurs de «continuité sémantique» responsables de la pertinence textuelle : mensonge (faute, crédibilité, irresponsabilité, confiance, etc.) Marqueurs d introduction du topic 0. Identifier le topic implique une catégorisation et une différenciation par rapport à d autres topics possibles et aux non topics. Les marqueurs essentiels pour l ancrage du topic dans le discours semblent être les suivants : 1. le sujet. Le sujet et le topique coïncident souvent 132. Il a souvent un rôle anaphorique renvoyant à d autres thèmes du contexte. Ils de Ils se bercent d illusions pointe et reprend Ceux qui (lui imputent une responsabilité...) de l énoncé précédent. Selon G. Kleiber, le pronom personnel il est un marqueur de continuité thématique. Il porte en soi une information ancienne, connue. Il entre dans une structure du type : X est à propos du référent du pronom :... le mensonge d État est irresponsable. Il annihile la crédibilité. Le même rôle de continuité thématique est joué par le pronom elle et constitue avec sa forme de masculin «le signal de maintenance du thème». Le pronom neutre c de car c est la pire des armes... reprend par recatégorisation le mensonge d État de l énoncé précédent. Parfois c reprend des phrases entières ou même tout un énoncé. C de c est

193 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 185 ignorer que... (E 12 Ph 21 ) reprend tout l énoncé E 11 même si celui-ci est caractérisé par une diversité de thèmes et de rhèmes qui introduisent des référents nouveaux. Le référent-sujet est soumis à une contrainte de «légèreté informationnelle» («Light Subject Contraint») 133 qui dépend à la fois du coût de son activation et de son importance référentielle. Le sujet comme le topic sont caractérisés par un état d activation donné ou accessible. À partir de ces remarques, «il est possible de défendre l hypothèse selon laquelle la fonction syntaxique de sujet constitue pour le français tout au moins un facteur de topicalité» 134, empreint de secondarité par rapport au Premier. La prise en compte de la fonction syntaxique de sujet détermine le calcul de la topicalité des autres fonctions syntaxiques, ce qui a pour conséquence l introduction de la notion de «degré» topical. Pour Furukawa 135 qu on a déjà cité, la notion de «thématicité» est susceptible de variation de degrés car il se peut que les autres constituants syntaxiques (les extensions verbales COD ou COI) aient aussi un degré de thématicité (lire «topicalité») bien qu ils paraissent moins thématiques que le sujet. Ainsi les «degrés thématiques» s échelonnent selon une échelle syntaxique telle que : Sujet > COD > COI> OPrép > SN possessif > O de comparaison schème proposé par E. Keenan et B. Comrie 136. Cette hypothèse portant sur le degré thématique élevé du sujet paraît séduisante et fonctionnelle pour les structures simples. Dans les structures plus complexes la situation devient plus problématique : a. entre les deux unités, il peut y avoir une équivalence de degré introduite par un verbe équatant 137 : Elles équivalaient à un mensonge d État ;... le mensonge d État est irresponsable. C est la pire des armes de destruction massive. b. ou bien il peut y avoir un déséquilibre quant à l intensité topicale : Aznar a perdu la sienne et les élections avec. 138

194 186 Dan Dobre Tout ceci a amené la recherche à relativiser l importance du rôle du sujet grammatical dans le marquage du topic dans la mesure où ce rôle varie en fonction de l environnement syntaxique et contextuel. 2. la rhématisation. Le contrôle du texte et de sa construction argumentative étant placés sous la responsabilité du journaliste, celuici en tant que «locuteur» procède à l alimentation du discours par des développements thématiques sous la forme des rhématisations qu on a appelées des topics locaux ou secondaires. Il s agit d une production de topics agencés dans des schémas isotopiques logico-argumentatifs : R 1 R 2 R 3 R 4 Les électeurs espagnols ont sanctionné la faute commise... Elles équivalaient à un mensonge d État car c est la pire des armes de destruction massive.... lui imputent une responsabilité dans le carnage de 11 mars. La France aurait tort de se croire à l abri des trains de la mort. [la manière] dont Aznar a géré la tragédie du 11 mars. Mais la manière [...] n était pas moins impardonnable. [les manœuvres] étaient inquiétantes.... l arme la plus puissante des démocraties est la confiance. Il annihile la crédibilité. Les énoncés constituant R 1, R 2, R 3, R 4 mettent sur pied autant de champs sémantiques à l intérieur desquels il s instaure une relation isotopique secondaire qui, à côté des isotopies thématiques et parfois des éléments non topicaux, construisent la cohérence et la pertinence discursive. Et si en surface, il peut arriver des ruptures apparentes, la pertinence est assurée au niveau des présuppositions et des topoï. 3. le déterminant indéfini. L indéfini apparaît comme la trace de l opération langagière» 139 qui consiste à poser pour la première fois l existence de quelque chose ou à apporter un référent à l existence. Il s agit d un acte unique : a. spécifique : un SN est repéré par rapport à la situation d énonciation (valeur plutôt qualitative que quantitative) :

195 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien ceux qui lui imputent une responsabilité dans le carnage... b. générique : un SN représente toute la classe :... une non participation [...] est une assurance tout risque... Il y a des situations où la lecture est double : Elles équivalaient à un mensonge d État. où le SN peut être interprété dans le sens de la classe ou de l extraction situationnelle. Il se retrouve tant au niveau du thème que du rhème étant d ordinaire accompagné de marques existentielles. 4. les marqueurs existentiels opèrent un certain ancrage dans la réalité extralinguistique par des marqueurs comme : il y a, il est, soit, SN + être + attr., être (existentiel) : [les manœuvres] étaient inquiétantes, ce qui est cru, est vrai, c est ignorer...,... l arme la plus puissante des démocraties est la confiance, une non participation [...] est une assurance, où les thèmes peuvent être des SN définis / indéfinis précédés d un adjectif démonstratif ou même de pronoms. Le présentatif et l indéfini ont un rôle spécifique dans la prédication d existence : l indéfini n installe pas en lui même le référent, il participe à cette installation qui devra être renforcée 140 par un deuxième maillon accompagné d une détermination (qu elle soit définie ou d un autre type) : Elles équivalaient à un mensonge d État qu on attribue à... où la détermination par la relative assure suffisamment d épaisseur référentielle à un mensonge d État. Selon Ducrot, l indéfini ne réfère pas en tant que tel à un particulier : ce n est que lorsque un livre est repris par ce livre dans la deuxième partie de l énoncé qu il possède un référent. Ainsi ce livre devient topic tout en opérant une extraction de la classe. Mais du point de vue informationnel, le topic doit être un livre (en tant que «nouveauté» informationnelle), sa reprise avec ce possédant un degré de topicalité plus réduit. 5. détermination définie et marqueurs existentiels. La structure SN + être (ou verbe équivalent) est un énoncé de type topic-comment.

196 188 Dan Dobre Dans ce contexte, le SN n a pas le statut de nouveau topic (NT), son degré de topicalité étant plus réduit : [les manœuvres] étaient inquiétantes, le mensonge d État est irresponsable. Ces deux cas réalisent une «simili-introduction» ou une «similiréintroduction» 141. La thématisation argumentative des objets de discours manifeste un processus de construction ou de déconstruction du topic par l introduction des nouveaux objets sans pour autant porter atteinte à la cohérence textuelle car celle-ci est soutenue par d autres schémas topicaux surtout secondaires. 6. les déictiques sont peu représentés dans notre corpus ; ils sont pourtant introduits par le pronom démonstratif surtout à valeur anaphorique : C est ignorer, Ceux qui lui imputent..., C est la pire des armes. Ce sont des marques topicales et topics tout à la fois Construction des schémas isotopiques topicaux 1. Notre corpus comporte des topics fondamentaux fortement investis par l entité psychique et des topics d intensité secondaire en tant que supports et déterminants du verbe. Topics fondamentaux Thèmes Ph 1 Les électeurs espagnols Ph 10 Les manœuvres du pouvoir Ph 25 le mensonge d État Ph 28 Aznar Rhèmes Ph 1 ont sanctionné la faute Ph 3 [...] ont certes tort Ph 15 [...] ne s y sont pas trompés Ph 22 est la confiance Ph 27 annihile la crédibilité Ph 28 [...] a perdu [...] les élections Ce ne sont qu apparemment des brad new topics. Ils construisent entre eux des isotopies tant au niveau du contenu sémique qu on niveau inférentiel, ce dernier étant le produit logique du continuum informatif déclenché par l entité psychique investie discursivement.

197 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 189 La pertinence isotopique se réalise aussi par l intervention des topics secondaires qui parviennent à consolider le liage entre les énoncés et les grandes unités topicales : A. Thèmes-topics secondaires Champs isotopiques : 1. Ph 2 Ceux qui Ph 3 ceux-ci Ph 4 Ils Ph 14 Les Espagnols Ph 23 Les citoyens 2. Ph 16 du principe de 3. Ph 9 la manière Talleyrand Ph 8 [la manière] Ph 17 qui veut Ph 11 les manœuvres Ph 18 ce qui Ph 12 Elles Ph 16 [cela] Ph 20 ce qui Ph 21 c 4. Ph 15 Bush et Blair Ph 16 Des soupçons [...]et des préoccupations Ce sont des présent topics organisés en champs sémantiques isotopiques. Ils sont produits en général par des recatégorisations. Ces transformations instaurent une approche progressive du topic secondaire à partir d un topic général. Les topics locaux introduisent des champs événementiels ou des zones de pensée différentes : B. Rhèmes-topics secondaires Champs isotopiques : 1. Ph 2 le carnage du 11 mars Ph 5 la folie meurtrière Ph 7 des trains de la mort Ph 8 la tragédie du 11 mars 2. Ph 4 se bercent d illusio ns Ph 5 est une assuranc e 3. Ph 9 n étaient pas moins impardonnables Ph 10 cacher les indices Ph 11 étaient inquiétantes Ph 13 incompétence ou cynisme électoral Ph 25 est irresponsable 4. Ph 15 arme de destruction massive Ph 22 l arme la plus puissante des démocraties Ph 24 font la guerre aux démocraties Ph 26 la pire des armes de destruction massive Ces topics sont eux-aussi des transformations et des recatégorisations des topics fondamentaux par l intermédiaire des tours de parole ou topic-comment : les B3, par exemple, sont autant de commentaires des manœuvres du pouvoir et implicitement du mensonge et de la faute d Aznar.

198 190 Dan Dobre Même si, en dehors des champs sémantiques établis d autres topics sont repérables, ils n en participent pas moins à la construction du liage isotopique. Ainsi le thème-topic la boucherie de Ph 6 renvoie au syntagme topical la folie meurtrière de l énoncé précédent (E 3 ) et en même temps au carnage du 11 mars de E 2 Ph Nous présentons dans ce qui suit le repérage thématicotopical complet effectué sur le corpus proposé : E Enoncés et phrases Ph Les électeurs espagnols ont sanctionné la faute commise E 1 par Aznar. Ph 1 Ceux qui lui imputent une responsabilité dans le carnage du 11 mars en raison de son engagement en Irak Ph 2 E 2 [ils] ont certes tort. Ph 3 Ils se bercent d illusions en croyant Ph 4 E 3 qu une non participation à la guerre d Irak est une assurance tout risque contre la folie meurtrière des islamo Ph 5 terroristes. La boucherie travestie en «guerre sainte» d Al-Quaeda E 4 et de ses émules vise tous les «croisés» et les «Juifs». Ph 6 La France aurait tort de se croire à l abri des trains de la E 5 mort. Ph 7 [la manière] dont Aznar a géré la tragédie du 11 mars Ph 8 E 6 Mais la manière [...] n était pas moins impardonnable. Ph 9 Les manoeuvres du pouvoir qui a cherché à cacher les indices pointant vers la piste islamiste pour accréditer la Ph 10 E 7 «piste ETA», en manipulant les médias, [les manoeuvres] étaient inquiétantes. Ph 11 Elles «équivalaient à un mensonge d État Ph 12 E 8 qu on attribue à l incompétence ou à un cynisme Ph électoral sans vergogne. 13 E 9 Les Espagnols ne s y sont pas trompés. Ph 14 E 10 Bush et Blair ont agi de même au sujet des armes de Ph destruction massive en Irak. 15

199 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 191 Des soupçons légitimes et des préoccupations réelles avaient été manipulées pour justifier des décisions Ph purement politiques, en application du principe ancien, 16 E 11 jadis énoncé par Talleyrand, qui veut Ph 17 Qu «en politique ce qui est cru Ph 18 [cela] est plus important Ph 19 que ce qui est vrai». Ph 20 C est ignorer Ph 21 que l arme la plus puissante des démocraties est la Ph E confiance que les citoyens accordent à leur gouvernants. Ph 23 Au moment même où les terroristes font la guerre aux Ph démocraties, 24 E13 Le mensonge d État est irresponsable. Ph 25 Car c est la pire des armes de destruction massive : Ph 26 E 14 Il annihile la crédibilité Ph 27 E 15 Aznar a perdu la sienne, et les élections avec Ph Inférence, argumentativité et pertinence 1. Notre corpus est un texte fondamentalement argumentatif. Entre le titre et le texte (notamment l énoncé E 1 qui est un constatrésultat et E 15 la conclusion finale) il y a une relation logique du type : Si MENSONGE alors SANCTION (PERTE DES ÉLECTIONS) faute crédibilité manœuvres confiance Cette relation logique est une «encapsulation» d une chaîne logique inférentielle opérant avec d autres topics dans le cadre d une argumentation discursive faible opposée à un argumentativisme radical linguistique. J.-C. Anscombre et O. Ducrot 142 refusent de faire de l argumentation un cas particulier d inférence. Pour eux,

200 192 Dan Dobre l argumentation se situe tout entière au niveau du discours, l inférence étant liée à des croyances relatives à la réalité, c est-à-dire à la façon dont les faits s entre-déterminent, et ils donnent la définition suivante de l inférence : «Le locuteur L d un énoncé fait un acte d inférer si, en même temps qu il énonce E, il fait référence à un fait précis X qu il présente comme point de départ d une déduction aboutissant à l énonciation de E» 143. Ainsi, en énonçant E 1, le journaliste infère le Mensonge (structure superficielle et mémorielle tout à la fois) tout en le recatégorisant par le terme faute. En contexte, la structure logique de l inférence est la suivante : a. Prémisse contextuelle Si MENSONGE alors SANCTION b. Prémisse donnée MENSONGE c. Conclusion SANCTION (perte des élections) La conclusion est tirée sur la base d un schéma argumentatif des topiques auxquels on associe une série de topoï comme par exemple : 2. Isotopie topicale et inférences argumentatives niveau actualisateur (Second) de l investissement thématique Énoncés TOPICS INFÉRENCES SEMANTIQUES TOPOÏ Thèmes Rhèmes Posé Présupposé Inférences argumentatives les électeurs sanctionner la sanction mensonge S il y a mensonge (faute) E 1 espagnols faute la faute commise alors il y a sanction (imputation de E 2 E 3 ceux qui [ils] ils imputer une responsabilité dans le carnage du 11 mars ont certes tort être une assurance contre une non la folie participation meurtrière imputer une responsabilité se faire des illusions une non participation est une assurance responsabilité) faute commise S il y a imputation alors : 1. il y a une faute commise 2. ils ont tort (à propos de la guerre en Irak) avoir tort se bercer d illusions S ils ont tort alors ils se font des illusions s il y a une assurance alors ils se bercent d illusions

201 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 193 E 4 la boucherie travestie viser tous les «croisés» et les «Juifs» la boucherie vise le carnage du tous les «croisés» 11 mars et les «Juifs» la France n est pas à l abri S il y a folie meurtrière (boucherie) alors elle vise tous les «croisés» et les «Juifs» E 5 la France se croire à l abri des trains de la mort la France aurait tort elle se fait des de se croire à l abri illusions des trains de la mort s il y a boucherie alors la France n est pas à l abri des trains de la mort. E 6 [la manière] mais la manière [la tragédie du 11 La manière de mars] n était pas gestion de la moins tragédie est impardonnable impardonnable commettre une les trains de la mort faute équivalent à la tragédie du 11 mars E 7 les cacher les manoeuvres indices du pouvoir [les manoeuvres] les manoeuvres du pouvoir sont inquiétantes manière impardonnable de gestion la manière impardonnable de gestion de la tragédie équivaut aux manoeuvres inquiétantes du pouvoir E 8 elles on équivaloir à un un mensonge mensonge d État d État attribuer à l incompétence ou au cynisme électoral faute commise manoeuvres, manières inquiétantes, impardonna - bles, incompétence ou cynisme les manoeuvres inquiétantes du pouvoir équivaut à un mensonge d État Ces topoï, étayés sur les relations logiques d implication et d équivalence, manipulent les topics repérés à l aide des marqueurs linguistiques, encyclopédiques ou psychologiques et constituent la base sur laquelle on focalise les entités superficielles. Pour éviter les ruptures de pertinence, l un des facteurs essentiels du choix d un autre topos, c est l environnement discursif Temps et relations discursives 0. L ostension temporelle, mis à part l ostension inhérente au système grammatical lui-même, fait appel à d autres éléments pour réaliser un certain ordre temporel : les relations entre les énoncés. La

202 194 Dan Dobre SDRS (Segmented Discourse Representation Structure) propose à cet égard une représentation segmentée de la structure du discours configurant un modèle qui associe un ensemble E d éléments abstraits avec un ensemble de conditions dans lesquelles une relation de discours est attribuée aux positions des éléments de E 145. Ces relations entre les énoncés du texte semblent être cruciales pour la détermination d un certain ordre temporel textuel et la construction du dispositif argumentatif discursif. L éditorial, les commentaires, les lettres ouvertes sont par excellence des discours argumentatifs. Les électeurs espagnols ont sanctionné la faute commise par Aznar ; c est la première phrase de l éditorial «Mensonge» de P. Sabatier. C est un CONSTAT-RÉSULTAT émis immédiatement après la défaite électorale du 14 mars. Il introduit un posé la sanction infligée par les Espagnols à Aznar à valeur d effet produit par l acte de MENTIR du président du Parti Populaire nominalisé par le titre. 1. D après Lascarides & Asher les relations discursives fortement argumentatives sont au nombre de cinq 146 : 1. l explication (a, b) : le procès décrit dans le segment b explique / justifie / cause... celui décrit dans le segment de discours a. Ce type de relation a pour effet d inverser l ordre temporel, l ordre naturel étant ba. Ce type de relation peut se propager à travers plusieurs énoncés comme c est le cas dans notre texte : Ceux qui lui imputent une responsabilité dans le E 1 carnage du 11 mars en raison de son engagement en E Irak ont certes tort. Ils se bercent d illusions en croyant qu une non participation à la guerre d Irak est une assurance E E 2 tout risque contre la folie meurtrière des E islamoterroristes. La boucherie travestie en «guerre sainte» d Al E 3 Queda et de ses émules vise tous les «croisés» et les «Juifs» La France aurait tort de se croire à l abri des trains E 4 de la mort.

203 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 195 où les procès E 2, E 3, E 4 même s ils recouvrent l intervalle du présent actuel ont tort et imputent connaissent une double extension de leurs intervalles : - vers le passé (E 2 ) par le biais d une référence mémorielle (des débats qui ont eu lieu avant (et pendant) l intervention espagnole en Irak aux côtés des Alliés) ; - vers un futur hypothétique (E 3, E 4 ) qui réfère lui aussi à t 0 de l énonciation. L hypothèse instaure l ordre temporel désinversé (a, b) et projette la relation d explication dans un monde contrefactuel. C est, à l origine, le fonctionnement chronotypique ω et α guillaumien qui enrichit ce type de relation proposée par Asher et Lascarides par une double visée rétroactive et prospective par rapport au t 0. t 0 E 2 E 3 E 4 C est un présent d accès épistémique (cognitif) caractérisé par un paramètre t pv (pv = point de vue) d accès épistémique à P. Le t pv coïncide avec t 0 et même le dépasse en extension et l interprète (I pv ). Autrement dit, P est disponible pour I pv au moment t pv = t 0 sous la forme d une connaissance qui a été acquise (ou qui fait l objet d une hypothèse) à un instant antérieur ou postérieur à t pv = t 0 et qui est extraite par I pv de sa base de connaissances au moment t pv = t l élaboration (a, b) : c est une relation de type partie-tout car le procès décrit par b est une partie du procès a 148. Entre a et b il y a une simultanéisation temporelle : E 1 Bush et Blair avaient agi de même au sujet des armes de destruction massive en Irak.

204 196 Dan Dobre Des soupçons légitimes et des préoccupations réelles avaient été manipulés pour justifier des décisions purement politiques en application du E 2 principe ancien, jadis énoncé par Talleyrand, qui veut qu «en politique, ce qui est cru est plus important que ce qui est vrai». où l énoncé (E 2 ) met à l oeuvre des détails pour décrire le processus d élaboration de l action posée par l énoncé (E 1 ). Il y a même une simultanéité des deux procès exprimés par le PQP 1, et PQP 2 [PQP 1 ] SIMUL [PQP 2 ], le PQP 2 (de E 2 ) se trouvant dans une relation de recouvrement avec l intervalle gnomique du présent du dicton ([PQP 2 ] RE [ PR]), soit en figure : PR gnomique B 1 PQP 1 B 2 B1/B2 B1 PQP 2 B2 PC O1 O2 [AZNAR A MENTI] 3. la narration (a, b) : entre les deux procès il y a un rapport de consécution ; mais b n est pas une conséquence causale de a. La temporalité progresse par l ajout d un autre intervalle temporel. Cette progression temporelle est soutenue à partir du niveau argumental et présuppositionnel, la consécution des deux procès ne se réalisant que par le biais des autres éléments du contexte. Évidemment, c est le cas du passé simple qui à l exception des reportages et des relations est très rare dans le discours de presse. Soit pourtant l exemple suivant repris à L de Saussure : Jean se leva. Max le salua. Les deux procès [SE LEVER] et [SALUER] n introduisent pas normalement de relation narrative de consécution ; mais vu la présence de leurs arguments-sujets, Jean et Max entre lesquels il peut y avoir une certaine relation proxémique (par exemple, de chef à subalterne), leurs intervalles sont saturés et mis dans un rapport de consécution. Dans notre corpus, une relation de narration semble s établir entre E 1 et E 2 :

205 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 197 Les électeurs Espagnols ont sanctionné la faute commise E 1 par Aznar. Ceux qui lui imputent une responsabilité dans le E 2 carnage du 11 mars en raison de son engagement en Irak ont certes tort, la saturation de la relation d ostension étant réalisée tant au niveau thématique (Ceux qui) et rhématique (faute responsabilité). 4. l arrière-plan (a, b) : b décrit un état et donne les circonstances (ou la «toile de fond») où l événement de a a lieu. Entre a et b il n y a pas de relation causale, mais les deux sont en relation de recouvrement. Soit les énoncés : Mais la manière dont Aznar a géré la tragédie du 11 E 1 E 2 mars, n en était pas moins impardonnable. Bush et Blair avaient agi de même au sujet des armes de destruction massive en Irak. (E 2 ) constitue le décor «impardonnable» suggéré par le marqueur de parcours de même sur lequel on projette l événement de (E 1 ). 5. le résultat (a, b) : le procès de b est le résultat causé par l événement a. Ce résultat peut apparaître dans le discours comme : a. l effet d un événement mémoriel ; ainsi l énoncé : Les électeurs espagnols ont sanctionné la faute commise par Aznar. est le résultat, la conséquence finale d un événement a existant à l état mémoriel, hors texte, actualisé par une phrase minimale telle que Aznar a menti et reprise sous la forme nominale du titre. b. le résultat d un procès contextuel : l irresponsabilité que le mensonge d État incombe (E 1 ) a pour effet l opérationnalisation de la pire des armes de destruction massive la perte de la crédibilité (E 2 ) : E 1 E 2 Au moment même où les terroristes font la guerre aux démocraties, le mensonge d État est irresponsable. C est la pire des armes de destruction massive : il annihile la crédibilité.

206 198 Dan Dobre où le résultat apparaît sous la forme d une conclusion naturelle du développement argumentatif discursif. Ce qui est intéressant dans notre texte, c est l emplacement du dispositif argumentatif à l intérieur de deux énoncés résultatifs : le topic du posé thématique qui ouvre le texte est un énoncé-résultat équivalant au topic de l énoncé final, conclusif de la démonstration : SANCTION DE LA FAUTE = PERTE DES ÉLECTIONS Nous avons retrouvé la même structure argumentative dans un autre éditorial paru le 17 mars 2004 dans le même journal : le posé thématique est une constation résultative à valeur gnomique : On se résout quand même assez mal à ce que le drame ou le psychodrame collectif deviennent les seuls moteurs du civisme contemporain. relativement à un événement mémoriel, la leçon des élections du 21 avril. La généricité de ce premier énoncé est en fin de texte particularisée par deux énoncés-résultats : Car s abstenir, c est bien souvent voter par défaut pour son pire ennemi. autrement dit : Abstention piège à cons, en quelque sorte. énoncé à verbe copule elliptique. 2. Toutes ces relations sont basées sur la logique de la normalité ou du cas général : «ces inférences mettent en jeu ce que la théorie appelle le common sense entailment et qui pourrait se traduire entraînement selon le bon sens» 149 où le terme entraîner pour un procès veut dire engendrer, produire un autre procès. Pour dresser le schéma des relations discursives dans Mensonge, nous prenons comme unité de travail l énoncé en tant qu unité de signification autonome et subséquente située entre deux blancs sémantiques.

207 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 199 Schéma des relations discursives dans Mensonge E 0 = [Aznar a menti] = Mensonge (énoncé mémoriel) R N E 1 E 2 Ex Ex Ex El N E 3 E 4 E 5 E 6 E 10 Ex Ex El E 7 E 8 E 11 R E Déicticité et anaphoricité temporelle Temps absolus / temps relatifs Ex El E 12 E C est une distinction qui, à travers le temps, a fait l objet de réflexion parmi les philosophes de la langue et les linguistes. De son évolution, nous n allons retenir que quelques repères qui nous semblent les plus importants pour le concept de déicticité temporelle. 1. En 1660, la Grammaire de Port Royal d Arnauld et Lancelot distinguait pour la première fois les temps simples (présent, prétérit et futur) des temps composés «parce qu on a voulu aussi marquer chacun de ces temps avec un rapport à un autre» Plus tard, en 1747, Girard a repris cette distinction à quelques différences près ; il y ajoute le passé antérieur, s occupe des formes du subjonctif et n accorde au futur simple qu une seule fonction 151 : Indicatifs Absolus Relatifs Présent Je fais Je faisais Prétérit J ai fait J avais fait E 14 E 15 Ex R

208 200 Dan Dobre Aoriste Je fis J eus fait Futur Je ferai J aurais fait Subjonctifs Absolus Relatifs Présent Je fasse Je fisse Prétérit J aie fait J eusse fait 3. Sans nous attarder sur les contributions de Destutt de Tracy (1803), C. Ayer 152 (1851), F. Brunot (1922), nous considérons importantes les recherches de H. Yvon (1955) qui compliquent de manière profitable la distinction en question. Il touche à l exclusivité de l appartenance des temps verbaux aux deux catégories. Il remarque aussi que les absolus peuvent s employer relativement 153 sans rendre compte pourtant du fait que l inverse n est pas foncièrement possible (le PQP par exemple ne pouvant pas être employé absolument) Temps déictiques / temps anaphoriques 0. À partir des années soixante 154, la dichotomie temporelle absolus / relatifs fait place à une autre, nouvelle : temps déictiques / temps anaphoriques étayée sur le concept de référence faite soit à la situation énonciative, soit à un autre intervalle temporel différent de t McCawley (1971) 155 et B. Partee (1973) 156, partant des pouvoirs anaphoriques du pronom personnel, essayent de découvrir la même capacité monstrative dans le domaine temporel. Comme Kleiber le fera voir plus tard, tout rapprochement avec le fonctionnement d une autre catégorie grammaticale translatée au niveau de la temporalité comporte de sérieux inconvénients. Ce que nous trouvons intéressant chez Partee, c est qu elle ne parle pas de temps anaphoriques, mais d emplois anaphoriques. Elle parvient aussi à repérer la relation instaurée entre le procès et les circonstants. 2. D. Wunderlich (1970) 157 et Co Vet (1981) 158 émettent l hypothèse selon laquelle tous les temps sont déictiques puisqu ils expriment une relation directe ou indirecte par rapport au moment de l énonciation.

209 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien F. Houweling (1986) 159 plonge lui aussi dans le lacis soustendu par la dichotomie en question. Selon lui, tous les temps non déictiques ne sont pas de vrais temps anaphoriques ce qui justifie une nouvelle distinction qu il fait entre temps anaphoriques purs (IMP. PR. FUT) / ~ anaphoriques hybrides (PQP, PA) ces derniers identifiant un intervalle différent de celui identifié par leur antécédent. Pour les anaphoriques purs, il établit un rapport de simultanéité ce qui amènera Lo Cascio à défendre un point de vue contraire : pas de coïncidence avec leur antécedent. 4. Parti d une idée d Ayer, selon laquelle le temps d une principale est toujours déictique et celui d une subordonnée toujours anaphorique, Lo Cascio (1989) 160 considère que la validité d une pareille hypothèse est satisfaite au niveau phrastique et non textuel 161. Ce qui est scandaleux, c est que le PQP temps fréquemment anaphorique apparaît également dans la principale. Ce conflit est résolu par Adelaar et Lo Cascio en argumentant que le PQP n est pas logé dans une vraie principale. Leur exemple que nous reprenons en français 162 relève en fait du style indirect libre : La dame dit qu elle avait reçu une lettre de son mari. Elle avait aussi reçu un bouquet de fleurs. énoncé qui peut être réécrit comme suit sans que le sens en soit affecté : La dame dit qu elle avait reçu une lettre de son mari. (Et QU ) elle avait aussi reçu un bouquet de fleurs. C est une lecture possible, mais comme l énonciateur de Elle avait aussi reçu peut être le narrateur et que son contenu propositionnel peut être indépendant de la conscience du personnage, on conclut avec Vetters que les temps anaphoriques peuvent être employés tant dans la principale que dans la subordonnée. Une autre conséquence de cette analyse est que l opposition temps absolu/~relatif devra être envisagée au niveau textuel là ou agissent toute une panoplie de facteurs qui assurent la pertinence et la référence temporelle Plus tard, en 1989, C. Vetters donne une extension du modèle phrastique de Lo Cascio, au niveau du texte. Vetters introduit un GPT (given-primary-time). Il s agit d un moment présent, fondamental au

210 202 Dan Dobre point de vue chronologique retrouvable en divers endroits du texte. Tous les temps directement liés à lui sont des temps déictiques tandis que les temps grammaticaux qui ont un second temps en leur dépendance seront des temps anaphoriques. Dans le cas de l éditorial, le GPT doit s identifier au t 0 de l énonciation, c est-à-dire à la date de parution du journal. En figure, ces relations temporelles peuvent avoir la forme : GPT ( t 0 date de parution) SV 1 SV 2 SV 3 SV 4... n SV 12 SV 13 (=SV 14 = SV n ) 6. Dans son excellente étude sur les théories de la deixis temporelle de 1993 intitulée : Lorsque l anaphore se lie aux temps grammaticaux 164, G. Kleiber présente systématiquement et dans une perspective critique l essentiel des différentes démarches faites dans ce sens, à travers le temps. Ses critiques, bien des fois profitables et tranchantes pour la réflexion, n offrent pas pour autant de solution globale au problème. Dans ce qui suit, nous allons reprendre les principales articulations de la réflexion kleiberienne Temps grammaticaux 0. La théorie selon laquelle tout temps grammatical est déictique doit être révisée, car certains temps grammaticaux fondamentalement déictiques sont affectés des emplois, des valeurs anaphoriques. Ce qui reste pertinent, c est la définition du temps par rapport à t 0. Cette redéfinition de la relation déictique emprunte deux voies possibles : 1. une méthode onomasiologique opérant un transfert des principaux acquis anaphoriques au domaine temporel ; 2. une méthode comparative centrée surtout sur le rapprochement fonctionnel : temps anaphorique pronom personnel.

211 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 203 Dans le premier cas, on doit noter deux types de définitions possibles : a. traditionnelle qui oppose anaphore et deixis par une différence de localisation : textuelle (anaphorique) vs. situation immédiate de localisation (déictique) ; b. cognitive qui fait appel aux contraintes textuelles. On met en place un référent déjà connu (manifeste ou saillant) auquel l anaphore fait référence et un autre référent, nouveau, non encore saillant ou manifeste pour la définition de la deixis. Pour ce qui est de la méthode comparative (voir McCawley, Lo Cascio, Vetters déjà cités) le rapprochement temps pronom porte surtout sur les anaphoriques. Cette démarche a fourni des modèles attrayants et des règles de fonctionnement surtout intraphrastiques. Lo Cascio et Vetters construisent une sorte de «grammaire du liage temporel» développé parallèlement à une grammaire du liage nominal Déicticité textuelle 1. L approche coréférentielle de F. Houweling 165 prend pour modèle les pronoms anaphoriques mais plonge dans l ambiguïté car elle est sujette à une double définition des temps déictiques : 1. un temps déictique identifie un temps de la situation extralinguistique (tel un pronom anaphorique) ; 2. un temps déictique n est pas un temps coréférentiel (il introduit un intervalle temporel nouveau). La difficulté chez Houweling, c est que les deux définitions divergent lorsqu on les applique aux temps composés relationnels (ceux-ci ne sont plus autonomes ni coréférentiels «puisqu ils introduisent un temps nouveau différent de celui de leur antécédent textuel» La démarche non coréférentielle est une conception défendue entre autres par Hinrichs (1986) 167 qui stipule que l antécédent temporel peut être exprimé en dehors d un autre temps par des intervalles temporels actualisés linguistiquement par d autres unités notamment les circonstants temporels 168.

212 204 Dan Dobre Nous devons pourtant admettre qu on ne peut avoir une deixis temporelle que si l intervalle temporel en question est calculé en fonction de t 0. L insuffisance d une telle démanche se fait remarquer dans deux directions : 1. incapacité de résoudre le problème du surnombre des temps passés, «ceux-ci pouvant tous être anaphoriques» 169 ; 2. marge de manoeuvre très large entre catégorie temporelle et emploi (usage) du temps ce qui fait que finalement la distinction est indécidable Démarche mémorielle 0. Elle a été suggéré par Partee (1984) 170 et suivie par Tasmowsky-De Ryck (1985) 171 et Co Vet (1981) 172. L anaphore temporelle est définie par un remake cognitif actualisé par un intervalle référentiel déjà saillant, soit par une mention antérieure dans le texte, soit par la situation extralinguistique. La déicticité sera définie par l absence d un intervalle manifeste. C est au fond l opposition texte/situation d énonciation récupérée sous la forme de la dichotomie ancien vs. nouveau. Même si elle s avère fondamentale pour des cas isolés (les imparfaits de rupture), elle finit pourtant à faire de tous les temps, des temps anaphoriques Localisation par points de référence 1. Cette perspective se retrouve par fragments dans les ouvrages déjà cités. L idée fondamentale est de lier la distinction en question non plus au procès mais à l intervalle temporel qui sert à le localiser. Kamp et Rohrer 173 ainsi que Molendijk (1990) 174 se refusent à la translation expression nominale expression temporelle. Pour éviter l inconvénient qu une pareille opération suppose, les deux auteurs croient pouvoir l éviter par le glissement de l opposition ancien/nouveau de l intervalle du procès au point de référence : soit le temps grammatical indique qu il faut introduire un

213 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 205 nouveau point de référence qui remplace l ancien, soit il marque que l ancien point de référence restera en vigueur. Ainsi dans : Pierre entra. Marie téléphonait. l imparfait maintient l ancien point de référence, tandis que dans : Pierre entra. Marie téléphona. le point de référence introduit par la première phrase est remplacé par un second introduit par la phrase suivante Dans la même lignée s inscrit le modèle Lo Cascio Vetters. Si Lo Cascio considère le temps de la principale comme déictique et celui de la subordonnée comme anaphorique 176, les contraintes du texte oblige Vetters à renoncer au principe de la déicticité dans la principale mais n offre pas en échange de solution acceptable, car à côté du GPT il introduit un autre critère : si le temps simple introduit un nouveau moment qui fait avancer le récit, alors il s agit d un déictique. Ce qu il faut retenir de ce modèle, c est qu il donne lieu à une analyse par strates des relations déictiques et anaphoriques au niveau du texte. Malgré les critiques de Kleiber (statut peu clair du GPT, impossibilité de combinaison du passé simple avec un circonstant déictique tel hier, tandis que le passé composé l accepte ce qui fait penser à un autre point de référence que t 0 ), le projet foncièrement intuitif de Lo Cascio semble productif et confère au texte une image qui serait à la base de la monstration référentielle que l analyse déictico-anaphorique suppose. Conclusions : 1. L opposition déictique/anaphorique ne fournit pas de meilleure classification des temps grammaticaux malgré la diversité des angles sous lesquels le problème a été envisagé : a. temps ou emplois anaphoriques et déictiques ; b. rapprochement des structures nominales, le temps anaphorique n étant pas un substitut ou un représentant du temps antécédent ;

214 206 Dan Dobre c. localisation texte/situation d énonciation ; d. référent déjà manifeste/référent nouveau, localisation par points de référence, la conception mémorielle, etc. 2. Il y a donc une divergence de démarches qui justifie la divergence des résultats bien que subsistent des zones de consensus assez larges. À notre avis, le plus important consensus avec lequel nous aussi nous sommes d accord est que l analyse de la déicticité/anaphoricité est fondée sur un phénomène fondamental de référence. Si deiktikos du grec veut dire référence, monstration, dans notre conception comme d ailleurs subrepticement chez les auteurs de nombreux d ouvrages tout intervalle temporel se construit relativement à un autre. Cet «autre» peut être le présent de l énonciation, un circonstant temporel, situationnel ou mémoriel, un intervalle du procès d un autre temps grammatical (co-textuel, contextuel ou même mémoriel). 3. Dans ces conditions, l opposition déictique/anaphorique devient un problème secondaire, son axe sémantique étant la référence temporelle, essentielle d ailleurs pour notre théorie de la monstration temporelle à saturation multiple La référence temporelle 0. L évolution du concept de référence temporelle s étale du XVIII-ème siècle (Beauzée) jusqu à la fin du XX-ème (Kamp & Rohrer, Asher, Molendijk, Moeschler, etc) tout en passant par les contributions directes ou indirectes de Reichenbach, Guillaume, Damourette et Pichon de même que par la tradition de l Aktionsart de la sémantique philosophique (Vendler, Parsons). La représentation du temps a en vue trois dimensions : aspect ou classe aspectuelle, référence temporelle (impliquant le système de repérage temporel intrinsèque aux verbes) et enfin les relations temporelles. La référence temporelle est rendue fonctionnelle par le phénomène de saturation des intervalles qui circonscrivent leur configuration référentielle à partir des circonstants, relations discursives et de la structure des arguments topicaux et non topicaux.

215 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 207 Dans un énoncé comme : Ils se bercent d illusions en croyant qu une non participation à la guerre d Irak est une assurance contre la folie meurtière des islamo-terroristes. (L., 2004) le prédicatif une assurance et le sujet une non participation les deux termes caractérisés par une certaine équivalence sémantique (synonymie contextuelle) instaurent aussi la même relation avec le G prép. d illusions tout en saturant une relation d ostention temporelle partant du prédicat nominal est une assurance vers le prédicat verbal ils se bercent d illusions. Le gérondif en croyant emprunte l intervalle de ce dernier. Certes, dans le «centrage» référentiel, la concordance des temps joue un rôle crucial qui tient de la mécanique intrinsèque aux temps grammaticaux. Quelques repères dans la définition et la modélisation du concept de référence temporelle : Kamp et Rohrer (1983) Dans leur conception chaque texte peut être réduit à une structure de représentation discursive (SRD), où, dans la configuration de la temporalité, le point référentiel reichenbachien est essentiel. Il existe deux types d intervalles référentiels : 1. un intervalle préétabli (already existing reference point) et si celui-ci n existe pas, il y en aura un nouveau ; 2. un «new reference point» 178. Les phrases qui rapportent un fait au PS introduisent normalement un point référentiel nouveau. Pour le traitement des phrases au PS à l IMP, PQP et FUTP les deux linguistes stipulent une série d instructions qui doivent faire partie de la SRD. Mais comme Molendijk le constate, les acquis théoriques proposés par Kamp et Rohrer ne s appliquent qu à des textes relativement simples, caractérisés par la contiguïté des phrases rapportant des faits reliés par une relation temporelle directe.

216 208 Dan Dobre Autre trait typique à ces textes : les entités reliées temporellement par les phrases qui y figurent sont mentionnées explicitement. Molendijk observe pourtant que dans la pratique, une phrase P reliée par exemple à une phrase précédente P par un rapport de simultanéité, peut ne pas être précédée immédiatement par P. Il se peut de même que le procès de la phrase P renvoie à un fait qui n a pas été mentionné explicitement Molendijk (1993) 0. Pour y remédier, Molendijk propose l interprétation de la relation en termes de présupposition et d implication. En 1980, Co Vet définissait une implication Q qu une phrase P possède de la manière suivante : si de la vérité à un moment t de la forme intemporelle de P, on peut conclure à la vérité de Q à t ou à un moment t immédiatement postérieur à t 180. Ainsi, dans : Chirac a choisi, et vite. (P., 2005) le verbe est censé avoir entre autres implications [IL DÉCIDER] qui est vrai aussi à un moment t postérieur à [IL CHOISIR]. Dans le même ouvrage, la présupposition temporelle est définie comme toute présupposition qui implique que ce qui est présupposé est antérieur au présupposant. Dans ces conditions, la présupposition de l énoncé cidessus est le fait que Chirac était en état de choisir. Ces deux notions viennent s ajouter aux facteurs capables d orienter les procès vers des intervalles présupposés ou impliqués : «X s oriente vers un fait Y, X est relié temporellement à la phrase rapportant Y, X s oriente vers la tranche temporelle correspondant à Y» 181. Ce sont des expressions équivalentes pour marquer un même fait : l ostension déictique (et sa nature référentielle) est capable d orienter l intervalle d un procès vers un autre point/intervalle temporel. La règle qui s applique dans ce cas est la suivante :

217 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 209 «Soit : P (une phrase appartenant à un texte T) : P une phrase qui précède P dans T (précédence directe ou indirecte) : Si P possède une implication ou une présupposition discursive Q qui est identique à une implication ou à une présupposition discursive Q rattachée à P, (alors) P s oriente temporellement vers Q (=Q), non vers (le laps de temps occupé par) le fait mentionné explicitement dans P» 182 Voilà comme exemple l énoncé suivant : Il n aura pas tenu trois mois. En démissionnant hier de son poste de ministre de l Économie et des Finances, Hervé Gaymard a battu le record détenu par Alain Madelin. (P., 2005) Les deux unités phrastiques ont la même présupposition : ÊTRE DANS UN ÉTAT COMPROMETTANT ce qui fait que le procès battre le record pointe vers l intervalle tenir. Évidemment, il y a encore, comme on l a déjà mentionné, d autres éléments qui concourent au ciblage référentiel temporel : la structure topicale aussi bien que la relation discursive de narration instaurée entre les deux unités phrastiques sujettes à la pertinence textuelle Moeschler (1998) J. Moeschler définit la référence temporelle comme la référence à des moments de temps via des expressions temporelles, comme les temps verbaux, les adverbes temporels ou encore les connecteurs temporels. Dans sa conception, l interprétation d un énoncé implique une double analyse : «procédurale» et «contextuelle» 184 fortement centrée sur les déterminations linguistiques 185 : proposition, attitude propositionnelle du locuteur, implication. 2. À notre avis, nous considérons qu un modèle discursif qui prendrait en charge entre autres le calcul des propositions rendra inefficace l effort de description de la référence déictique. Moeschler parle d une référence temporelle actuelle vs référence temporelle virtuelle. La première est définie comme la localisation de

218 210 Dan Dobre l événement sur l axe temporel réalisée par tel ou tel énoncé. Cette localisation se fait par rapport à t 0 ou bien par rapport à un point de référence R. «En d autres termes, l interprétation complète de l énoncé passe par la détermination de sa référence temporelle actuelle» 186. La référence actuelle désigne donc un instant de temps (point ou intervalle). La référence temporelle virtuelle porte sur sa signification temporelle, à savoir [sur] l ensemble des conditions qui déterminent sa référence temporelle actuelle 187. Dans ces conditions, elle devient un potentiel de référence décrite à travers la mécanique intrinsèque des temps verbaux (les procédures) qui introduite en contexte, saturée par le contexte, celui-ci la rend autonome. Ainsi la mécanique intrinsèque (virtuelle) du présent s actualise au moment de l émission de la phrase par un intervalle plus ou moins ponctuel : la référence au moment t 0 de l émission de l énoncé est une référence actuelle. Un circonstant comme maintenant comporte, lui aussi, une référence virtuelle [LE MOMENT PRÉSENT] qui, en emploi, s actualise différemment : 1. référence actuelle à t 0 de l énonciation ; 2. référence à t 01-n réalisée par un «maintenant» fictionnel ou du récit ; 3. référence à l intervalle dilaté d un t 0 réalisée par le «maintenant» de la publicité (Maintenant notre voiture se vend mieux). 3. Il est bien évident que la référence actuelle peut être déictique ou anaphorique. Ce qui pour Moeschler comporte deux conséquences : d une part, l actualité référentielle actuelle n est pas conférée à une expression temporelle non autonome 188 et d autre part, la nécessité d un point de référence pour déterminer la référence temporelle actuelle d une expression temporelle non autonome ; ces conséquences expliquent l existence de deux phénomènes liés au discours : la permanence et le changement 189 ce qui assure la cohérence temporelle phrastique et discursive, autrement dit, un certain ordre temporel dont la structuration doit s étayer sur la célèbre maxime gricéenne «soyez ordonné» 190

219 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 211 Dans : [les manœuvres du pouvoir] étaient inquiétantes. Elles équivalaient à un mensonge d État. (L., 2004) les deux intervalles verbaux coïncident ; mais entre les énoncés : Les manoeuvres du pouvoir qui a cherché à cacher les indices... et [Ces manœuvres] étaient inquiétantes. (L., 2004) il y a un recouvrement partiel et une relation discursive de cause à effet (une certaine façon d agir qui a pour effet l inquiétude). Le même rapport est repérable au niveau des intervalles temporels : le prédicat nominal renvoie au passé composé de la première phrase de l énoncé, l imparfait étant anaphorique et non autonome. 4. Même si en l occurrence la référence temporelle n est pas déterminée, elle peut trouver son point de référence (comme dans l exemple ci-dessus au niveau cotextuel). Mais il existe aussi une référence mémorielle hors texte : Les électeurs espagnols ont sanctionné la faute commise par Aznar. (L., 2004) Le PC renvoie à l acte de [MENTIR] d Aznar, point référentiel extratextuel, la sanction (la perte des élections) constituant la conséquence de son acte et implicitement l un des topics fondamentaux de l éditorial de P. Sabatier. Au niveau co-textuel, un intervalle temporel prend pour point de référence un autre intervalle situé précédemment à une distance textuelle variable. Ainsi le PC de l énoncé : Mais la manière dont Aznar a géré la tragédie du 11 mars... (L., 2004) sert de point référentiel au PC ont agi d un énoncé situé à une distance textuelle appréciable :

220 212 Dan Dobre Bush et Blair ont agi de même au sujet des armes de destruction massive en Irak. (L., 2004) 5. Comme on l a déjà remarqué, d autres unités lexicales contribuent au «centrage» de la référence ; ainsi, dans l exemple cidessus, la locution adverbiale de même joue un rôle majeur 191 dans la réalisation de la non autonomie référentielle du verbe déterminé malgré le statut déictique du PC (référence au t 0 ) qui lui assure normalement son autonomie. Tout en étant déictique, il est cotextuellement anaphorique. Il faut être d accord avec Moeschler sur la constatation que «hors emploi, l expression [temporelle] ne peut avoir qu une référence virtuelle» 192. Ce rôle est joué par le temps grammatical. En emploi, les temps reçoivent une référence actuelle déictique et/ou anaphorique selon le cas 193. Dowty 194 et Cooper 195 ont abordé via le principe d interprétation des discours temporels le problème de l ordre temporel dans une perspective sémantique (règles sémantiques associées aux temps verbaux) adaptée pour une approche formelle. Kamp 196 et Rohrer 197 ont abordé le même problème que Reinhart reprendra plus tard dans le cadre de sa théorie de la forme. Toutes ces contributions reformulées par Moeschler sont centrées sur une constatation générale : le temps avance en fonction du changement du point de référence : «Un nouveau point de référence est introduit avec le passé simple, à savoir une phrase narrative (d avant-plan) réalisant un accomplissement/un achèvement» 198 Moeschler corrige la thèse de la référence temporelle en introduisant les notions de coréférence et d enchaînement : «Lors de l enchaînement de deux énoncés la référence temporelle du nouvel énoncé est conservée, s il est en relation de coréférence temporelle avec l énoncé précédent ; elle change (i.e., le temps avance), s il n est pas en relation avec le premier» L absence du passé simple (de la narration) dans les éditoriaux est une marque essentielle de «stabilité» temporelle axée sur le présent de l actualité, car la coréférence permanente aux autres intervalles d arrière-plan, la coïncidence avec ceux-ci ou avec le

221 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 213 présent structure la non progression du temps d ailleurs caractéristique à ce type de discours. Tout mouvement de changement de la référence temporelle est marqué linguistiquement, sémantiquement ou inféré pragmatiquement La référence anaphorique 0. Il existe deux versions de ce type de relation temporelle : 1. la version faible : seuls l IMP, le PQP et le FA ont besoin d un point d ancrage dans le texte ; 2. la version forte qui affirme l anaphoricité de tous les temps. Pour pallier à l aporie manifeste dans ce champ épistémologique, Gosselin propose son propre modèle explicatif inscrit dans la perspective de l anaphore temporelle. Selon lui, les temps verbaux «ne sauraient servir directement de point d appui à la formulation des règles sur les relations temporelles interphrastiques. Il nous paraît, en revanche, possible d associer de telles règles aux intervalles eux-mêmes, qui se trouvent donc conçus comme des entités linguistico-cognitives doués de propriétés spécifiques» 200. Dans sa conception, la relation anaphorique s impose avec nécessité entre un intervalle de référence [I, II] (sémantiquement non autonome) et un autre intervalle du contexte. S il s agit d une relation d identité référentielle (de coréférence) alors elle se traduit par la coïncidence nécessaire des deux intervalles appartenant à une même vue du procès. Dans ce cas, on peut affirmer que l intervalle du procès [B1, B2] n est pas anaphorique, il entretient une relation référentielle (coréférence, partie-tout, etc.) avec d autres intervalles du texte. Gosselin reconnaît la nécessité de prendre en calcul une série de contraintes pragmatico-référentielles génératrices de conflits pour la résolution desquels il propose des mécaniques régulières. Dans un énoncé tel que :... on assurait hier que le ministre «n avait pas été poussé à démissionner...» (L., 2005)

222 214 Dan Dobre il y a une identité entre l intervalle de assurait et l intervalle du circonstant hier, donc une coréférence avec le PQP tandis qu entre le PQP et l IMP une relation de référence (anaphorique). Le PQP tend à se saturer en pointant vers l IMP dont l intervalle de référence est inclus dans celui du procès (aspect inaccompli) et coïncide avec [ct1, ct2]. Ainsi on peut affirmer que tout l ensemble IMP + [ct1, ct2] sert de point (intervalle) de référence au PQP. Théoriquement, il existe plusieurs types de relations sujettes à s instaurer entre l intervalle de référence et le procès : 1. inclusion dans le procès : [B1 I, II B2] ; 2. coïncidence avec le procès ou avec un circonstant : [B1 = I, B2 = II], [ct1 = I, ct2 = II] ; 3. saillance phrastique ou transphrastique ; 4. saillance événementielle (contextuelle et co-textuelle) et mémorielle (hors texte) ; 5. référence «encapsulée» : suite d intervalles temporels en référence à un seul et unique intervalle Mécanique déictique : modèle de l ostension temporelle à triple saturation Éléments pour une modélisation 1. Tout modèle est une représentation relative au discours D qui détermine m vrai par rapport à une situation donnée, encodée par le modèle M. La totalité des membres de m doivent être mis en relation aux objets du M comme reflet des propriétés primitives et des relations spécifiées par m dans M. Il y a donc une relation d enchâssement de cette représentation dans un modèle encodant les faits fondamentaux relatifs à la capacité des espaces, par exemple, à porter sur d autres espaces temporels, à réaliser un «tableau de la réalité» 201 ostensivotemporelle phrastique ou transphrastique. Dans une représentation discursive formée d un enchaînement de deux phrases simples telles que : Pedro possède Chiquita. Il la bat. 202

223 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 215 un modele SRD (Structure de Représentation Discursive) stipule une paire <U M, F M > où le premier élément constitue l univers de M, et F une fonction qui assigne à chaque mot non logique de la phrase une extension appropriée relative à U M. F assigne à Pedro et Chiquita notés par u et respectivement par v la fonction de membres particuliers de U M considérés comme des porteurs de ces noms. La même fonction assigne aux verbes possède et bat une extension des ensembles de paires d éléments de U M. Ainsi a (= u) est en relation de possession à b (= v). La SRD est correcte au modèle M si et seulement s il y a une fonction F qui fait correspondre u à un membre a de U M et v à un membre b de U M «de façon que toutes les significations atomiques [de la SRD] soient vraies dans M des individus correspondants. Par conditions atomiques, j entends ici celles qui ne peuvent être réduites d avantage» 203. C est-à-dire, u= Pedro, v = Chiquita, u possède v, u bat v. F doit être telle que a = F M (Pedro) ; b = F M (Chiquita) ; <a, b> F M (possède) et <a, b> F M (bat). Dans l analyse de la relation d ostension temporelle un pareil modèle nous offre des suggestions intéressantes ; mais il ne peut pas être utilisé en tant que tel du fait que par la réduction du texte aux conditions primitives des phrases constitutives on ne parvient pas au traitement de la cohérence déictico-anaphorique des formes verbales, au problème de l aspect, des relations discursives entre les énoncés comme l un des éléments basiques de l ostension temporelle. 2. Pour élargir la perspective, à côté du calcul de la proposition et du prédicat (qui relance en ce qui nous concerne l opposition thème / rhème), on a dû faire intervenir les «opérateurs temporels», «propositionnels», qui, appliqués à une phrase φ, ont pour effet de produire une phrase complexe vraie à t, si φ est vraie durant un ensemble donné d instants. Ce type d opérateur ouvre la voie à d autres types, Pφ (il était le cas que ϕ) et G φ (il sera toujours le cas que ϕ) qui modifieront le modèle M initial par l introduction des termes non logiques pour les moments arbitraires du temps. M pourra devenir un triplet <π, U, F> où π symbolise l ordre linéaire, c est-à-dire une paire T,<. Cette paire consiste en un

224 216 Dan Dobre ensemble de moments de temps et une relation d ordre i, e t 1 <t 2 portant sur T (=le domaine [U, F]). Un pareil modèle stipule la valeur de vérité de φ relativement à M au moment t T m. Ce modèle est toujours insuffisant car il n encode pas toute l information dont nous avons besoin pour décrire la mécanique de la référence temporelle textuelle fondée tant sur d autres intervalles temporels que sur une série d éléments non verbaux du contexte. Il se situe au niveau du chronogramme gosselien, première étape dans la description de notre relation référentielle. 3. La nécessité d opérer avec des instants ou des intervalles se situe toujours à ce premier stade de l analyse. Un actant a peut être mis extensionnellement en relation avec un intervalle i de trois manières : 1. a appartient à l extension du prédicat P de φ tout au long de i (coïncidence avec l intervalle i) extension positive ; 2. a n appartient pas à P, il est exclu totalement de i extension négative ; 3. a appartient à l extension de P pour certaines parties de i (recouvrement partiel) ni extension positive ni négative (modèle partiel). La dilatation du point de référence reichenbachien, l aspectualité en général, nous oblige de travailler avec des modèles à intervalles. Formellement un pareil modèle se définit comme une structure <π, U, G> où π symbolise un ordre temporel, U une fonction qui assigne un ensemble à chaque intervalle déterminé par T,< et G une fonction qui assigne à chaque intervalle i et à chaque prédicat primitif une paire d extensions appropriées, i.e., si, par exemple, P est un prédicat unaire, G(i, P) est une paire de sous-ensembles disjoints de Ui ; si P est un prédicat binaire, G(i, P) est une paire d ensembles disjoints de U, etc Dans ce contexte, Kamp définit la notion d intervalle déterminé par l ordre linéaire T,< de la manière suivante: i est un intervalle de T,< ssi i T et pour tout t 1, t 2, t 3 < T si t 1 < t 2 < t 3 et t 1,

225 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 217 t 2, t 3 T alors t 2 T. Ainsi les intervalles t 1, t 2 t 3 se voient assigner des relations aisément définissables en termes de leur relation entre les instants : 1. i 1 i 2 (ou i 1 précède complètement i 2 ) ssi pour tout t 1 i 2 et pour tout t 2 i 2 ; 2. i 1 0 i 2 (ou i 1 recouvre i 2 ) ssi i 1 i 2 = (zéro). La création de pareils modèles (à instants ou à intervalles) servent surtout à la description linéaire du temps, à l introduction d un ordre temporel surtout au niveau phrastique et suggère des applications productives au niveau de la chronologie transphrastique décryptable elle aussi selon la formule T,<. Leur fonctionnement s avère pourtant inefficace quant à la modélisation du contraste IMP vs. PS et là, le modèle gosselien semble avoir pris la relève. D ailleurs, Kamp remarquait dans la même étude que «la fonction de ces temps est en partie de guider le locutaire dans la manière dont il convient qu il se représente l information contenue dans le discours» 205 Les SRD proposées par Kamp visent donc l ordre temporel et l aspectualité. Il propose un schéma d enchaînement des événements (e, d 1, d 2 ), états ou intervalles qui recouvrent partiellement e (événement représenté dans la SRD) celui-ci pouvant être même ponctuel 206 : d 1 e d 2 Ce recouvrement partiel des ellipses affirme figurativement qu en occurrence, un intervalle d 2, par exemple, renvoie, est lié à un autre intervalle de la chaîne. Autrement dit, la structure temporelle encodée dans une SRD peut apparaître en «réponse» ou en «extension» à une structure temporelle discursive précédente. On instaure ainsi un ordre temporel d instants ou d intervalles ou les deux à la fois.

226 218 Dan Dobre Un autre phénomène qui complique la description, c est que parfois un événement qui tout en étant ponctuel comporte une structure interne à même d «encapsuler» d autres événements. Ceux-ci sont des sous-événements référant au premier Modèle de l ostension temporelle textuelle 1. Comme la viabilité de l opposition déictique vs. anaphorique est toujours remise en question, nous proposons de dissoudre cette dichotomie locative plutôt controversielle que productive dans un concept plus général, celui de référence. En ce qui nous concerne, pour mieux rappeler le terme grec de deiktikos et marquer une continuité référentielle textuelle, nous préférons le terme d ostension, t déjà utilisé dans notre ouvrage. Kleiber lui-même affirme la nécessité d un autre type de continuité référentielle, «la relation temporelle anaphorique ne suffisant pas à la garantir» 207. Ce terme exclut aussi toute idée de reprise anaphorique faite par la même catégorie grammaticale ou par une autre. 2. Notre modèle reprend une idée d Asher 208 et surtout de sa théorie des représentations discursives (Segmented Discourse Representation Theory) en vertu de laquelle toute unité introduite dans le modèle abstrait (le SRD de Kamp) doit être rattachée à une autre unité représentée dans le modèle par une relation que nous avons nommée d accessibilité (RA) qui rend au niveau de membres U M les extensions possibles. Mises à part les relations discursives dont parle Asher nous introduisons aussi dans notre modèle les relations non topicales subsumées à l isotopie «thématico-topicale» du discours. Notre modèle comporte deux blocs : 1. bloc de la réalité discursive : U P univers des membres particuliers concrets ; 2. bloc U A l univers des membres abstraits. Chaque univers (bloc) est triplement structuré, U A étant le reflet abstrait (représentation) de U P. Ainsi ce dernier comprend les trois compartiments suivants :

227 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 219 a. la mécanique de la référence actuelle (ordre temporel phrastique et discursif MRA) 209 ; b. les unités thématico-topicales et non topicales susceptibles de contribuer à la «saturation» de la relation d ostension temporelle (TT-nT), manipulées isotopiquement et inférentiellement ; c. les relations discursives capables de faire le même jeu (RD). Ces trois secteurs sont réalisés par la présence d une série d entités lexématiques (u, v, z) à un ou plusieurs membres : u 1, u 2, u 3 ; v 1, v 2, v 3 ; z 1, z 2, z 3... qui trouveront leur reflet sous la forme a 1, a 2, a 3 correspondant à la série ; b 1, b 2, b 3 relatifs à la série v et c 1, c 2, c 3 représentant la dernière série de particuliers discursifs. Une fonction f fait correspondre à un membre u un membre a, à v un membre b et ainsi de suite. Entre les membres U P et leurs représentations de U A, il y a une relation d accessibilité qui rend les mondes possibles (éventuellement extensionnels) et fixe le statut MRA, TT-nT ou RD des entités en question. Le U A construit ainsi une SRD de significations primitives, atomiques de ses membres. Par leur quantum sémique et leurs inférences sémantiques et logico-argumentatives, les unités TT-nT et RD suppléent fréquemment l absence de charge sémique descriptive de la sémantèse verbale ajustant le tir ostensif directement (saturation totale) ou indirectement (saturation partielle) sur une cible temporelle précédente. La contribution première à l instauration d une relation d ostension temporelle est à n en pas douter due à la mécanique intrinsèque de fonctionnement de formes verbales, à la référence virtuelle. À cet égard, le chronogramme gosselien aussi bien que la modélisation logique de l ordre temporel déjà présentée nous semble suffisants. La problématique posée par la non linéarité accidentelle de l ordre temporel concerne surtout le texte littéraire. Vient ensuite la construction, thématico-topicale du support verbal, topicale et/ou non topicale en général 210 qui opère dans le champ des extensions verbales suggérées par Kamp : «nous avons

228 220 Dan Dobre besoin pour beaucoup de verbes de deux extensions plutôt que d une : [ ] bien qu il existe des connexions plus ou moins systématiques entre ces extensions...» 211. Le troisième palier est constitué des relations discursives établies au niveau des énoncés. À cet égard, la typologie de Lascarides et Asher nous semble la plus fonctionnelle. Nous allons en faire une présentation appliquée à notre corpus dans la section suivante. Pour que la relation d ostension temporelle soit repérable textuellement, il faut au moins qu un des paliers des deux blocs soit activé. Ainsi, on pourrait avoir affaire à une saturation simple, grammaticale, disjointe des autres extensions verbales du type «concordance» : Il croit qu elle était malade. Ou bien une saturation de type conjoint qui fait intervenir au moins un autre palier : Cine-şi minte şeful, riscă slujba. 212 (7 plus 2005) Quant à ce dernier exemple, il y a plusieurs remarques à faire : 1. les deux unités verbales ont le même support thèmatique le pronom Cine ; 2. les deux arguments verbaux şeful et slujba (des COD en roumain) sont tous les deux des topics entre lesquelles il y a une relation d accessibilité instaurée au niveau des catégories sémiques ; 3. MENTIR et RISQUER, à leur tour, réalisent une relation d effet conséquence de par les catégories sémantiques et logiques primitives qu ils comportent (MENTIR, c est PRENDRE DES RISQUES). Ainsi la relation d ostension est saturée (RISQUER réfère à MENTIR) par l effort conjoint de TT-nT (a, b) et de RD (c) ces dernières translatées au niveau phrastique. 3. Voilà la configuration en schéma du modèle que nous proposons :

229 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 221 MARQUEURS VIRTUALITÉS Palier 1 MRA (u) (a) [a 1 RA a 2 RA a 3... ] Palier 2 TT-nT (v) f (b) [b 1 RA b 2 RA b 3...] (correspondance) Palier 3 RD (z) (c) [c 1 RA c 2 RA c 3... ] RO RO NIVEAU MANIFESTE Actualisation des catégories primitives. U p NIVEAU IMMANENT Catégories virtuelles, primitives. Significations minimales (sémiques). U A où RO note la relation d ostension temporelle au niveau des paliers actualisés par les unités lexicales et linguistiques en tant que marqueurs de la RO. NOTES ET RÉFÉRENCES 1 Guillaume, G., : 1911 : Études de grammaire logique comparée. Les passés de l indicatif français, allemands et russes, Librairie Fiscbacher, Paris 1929 : Temps et Verbe, Collection linguistique, no XXVII publiée par la Société de linguistique de Paris à la Librairie ancienne Honoré Champion 1945 : L Architectonique du temps dans les langues classiques, I ère édition parue à la Maison Einer Munksgaard, Copenhague Les deux derniers ouvrages ont été republiés en un seul en 1965, Librairie Honoré Champion, Paris 2 Guillaume, G. apud Joly A. et Lerouge M. J. Problèmes de l analyse du temps en psychomécanique, in La Psychomécanique et les problèmes de l énonciation, (PPE), présenté par A. Joly, PU de Lille, 1980 : 14 3 Guillaume nomme incidence «le rapport d un apport de signification (le verbe) à un support de signification» PPE p. 11 ; voir aussi : Principes de linguistique théorique (PLT), 1973, Québec, Paris. 4 En fait, il est incident à une personne ordinale, celle qui change de rang.

230 222 Dan Dobre 5 En latin, par exemple, bebit, III e pers, sg. et en espagnol pour les premières trois personnes : bebo, bebes, bebe. Ce sont des prédicats-phrase. 6 Guillaume, G. apud. Joly, A.Lerouge,M.J. ;in PPE, p cf. Guillaume G., 1964 : Langage et science du langage, (LSL), Nizet, Paris ; Québec, PU de Laval, p Par exemple, toutes les virtualités expressives du présent, futur, etc. dont certaines ne sont pas présentes en l occurrence discursive. 9 Le sens temporel en l occurrence. 10 apud Joly, A., Lerouge, M. J., in PPE, p ibid: ibid: Ce concept de temps opératif exprime «le temps abstrait porteur des successivités systématiques dont le lieu est la langue» PPE p. 20. Autrement dit, ce concept vise la construction schématique, donc figurale du moment mental temporel. 14 Guillaume, G., 1965: Temps et verbe suivi de L architectonique du temps dans les langues classiques, (TV), Librairie Honoré Champion, Paris 15 cf. Imbs, P., 1960: L emploi des temps verbaux en français moderne, Klincksieck, Paris 16 Cette trichotomie in posse vs in fieri vs in esse a été ultérieurement abandonnée par Guillaume. 17 Joly A.,Lerouge,M.J.,op.cit.:22 18 Zwart, 1973: The Flow of time, in Space, Time and Geometry, P Suppes éd. pp Grünbaum 1968 : The Status of Temporal Becoming, in The Philosophy of Time, Gale, éd 20 Reichenbach, H 1957 : The Philosophy of Space and Time, New York 21 Prior, A. N., 1967: Past, Present and Future, Oxford Univ. Press, Oxford 22 Mac Arthur, R. 1975, Tense Logic, Dordrecht, Reidel, Synthese Library, n o Burges, J. P., 1978: Logic and time, in Journal of symbolic logic, p. 11, vol 44 n o 4, pp Kamp M, 1968: Tense Logic and the theory of Liniar Order, thèse UCLA, R. Montague chairman 25 Martin R, Nef F., 1981: Temps linguistique et temps logique, in Langages 64, déc 26 ibid.

231 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien idem 28 Martin R. et Nef, F., op. cit. : ibid; Vlach F., 1981 : La sémantique du temps et de l aspect en anglais, in Langage, 64 dec., p Ce système formalisé est le résultat d une tentation d étude PTQ «The Pproper Treatment of Quantification in english de R. Montague», Formal Philosophy, Yale, ibid.: ibid.: ibid. : idem 36 Chandler apud Martin R., Nef F. op. cit.: ibid : Gosselin L., 1999: La cohérence temporelle: contraintes linguistiques et pragmatico-référentielles, in Travaux de linguistique, no 39 dec. 39 Gosselin L, op. cit.: 32 (notes) 40 Soit les phrases: 1. Luc s arrêta pendant une heure ; 2. Luc s arrêta. Il restait sans bouger. En (1) il y a un conflit entre un procès ponctuel (un achèvement selon Vendler) et un complément de durée. Gosselin propose une double solution : par itération (en créant une série non ponctuelle) ou par un glissement vers la phrase résultante (non ponctuelle) : Luc est resté arrêté pendant une demi-heure. En (2) le conflit entre la ponctualité du passé simple et l inacompli de l imparfait se résout de façon tout à fait comparable à ce qui se produit pour (1), par un glissement vers la phrase résultante (comme déformation minimale de la représentation) (cf Gosselin L. op. cit : 18). 41 cf Gosselin L. 1996: Sémantique de la temporalité en français (STF), Duculot 42 ibid: cf. Guillaume, G., op.cit. : cf. Guillaume, G., op.cit. : ibid.: ibid. : idem 48 ibid. : 53

232 224 Dan Dobre 49 Joly, A., Lerouge, M. J., 1980 : Problèmes de l analyse du temps en psychomécanique, in La Psychomécanique et les théories de l énonciation, PU de Lille, p Zadeh, L. A., Polak E., 1969 : System theory, McGraw-Hill 51 cf. Dobre, D., 2003 : Fondements théoriques pour la définition des objectifs de l enseignement / apprentissage d une langue étrangère, pp Vet, C : La notion de «monde possible» et le système temporel et aspectuel du français, in Langages, no. 64, déc. 53 cf. Co Vet, op. cit. 54 Reichenbach, 1947 : Elements of Symbolic Logic, réimprimé : New York et Londres, The Free Press, de Saussure, L., 2003 : Temps et pertinence, De Boeck, Duculot, p idem 57 *Claire ira avoir trente ans., (Co Vet, op. cit. : 111) 58 *Claire viendra d arriver., (idem) 59 idem 60 ibid. : idem 62 cf. Imbs, P., op.cit. : cf. Gosselin, L., op.cit. : cf. Culioli, A., apud Simonin, G.-J., 1984 : Repérages énonciatifs dans le texte de presse, in La langue au ras du texte, A. Grésillon et J. Lebrave, PU de Lyon 65 Le passé simple s oppose à l imparfait qui se termine toujours en ais, tandis que le futur s oppose au conditionnel, terminé toujours en rais (Voir P. Imbs, op. cit.: 82). 66 Imbs, P., op. cit. : idem 68 cf. Culioli, A., apud Simonin, G.-J., op. cit. 69 Gosselin, L., op. cit. : cf. (de) Saussure, L., op.cit. : voir aussi : Kamp & Rohrer, 1983 : Tense in Text, in Bauerle, R., Schwarze, C., Berlin and New York, De Gruyter, pp de Saussure, L., op. cit. : ibid.: Genette, G., 1972 : Figures, III. Seuil, Paris

233 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien de Saussure, L., op. cit. : idem 77 ibid.: ibid. : cf. Gosselin, L., op. cit.: de Saussure, L., op. cit. 81 cf. Imbs, P., op. cit. 82 cf. Martin, R., 1985 : Langage et temps de dicto, in La pragmatique des temps verbaux, Langue française, no. 67, Larousse, Paris 83 Gosselin, L., op. cit. : 1996 : Imbs, P., op. cit : Martin, R., 1992 : Pour une logique du sens, PUF 86 Nous avons fait la même constatation en analysant d autres éditoriaux : «Un séisme oublié», par exemple, (Libération,du 17 mars 2004) se caractérise par la présence suffocante des temps absolus (déictiques), notamment le présent et le futur ou des temps qui empruntent l intervalle processuel du présent. Le texte n utilise qu un seul temps relatif ce qui en dit long sur l ancrage déictique dans le maintenant de l énonciation du discours de presse en général. 87 Là-dessus nous allons voir le rôle important joué par le support thématique du verbe qui peut être le même (par besoin d isotopie) ou différent. Mais, même s il est différent, il peut y avoir une cohérence anaphorique de nature inférentielle : Il pleurait, Pierre avait terminé son travail. Mis à part le recouvrement caractérisant les deux espaces temporels entre les deux procès, il peut y avoir une inférence du type : S il pleut, il ne peut pas aller à la plage. 88 Qui constitue d ailleurs le titre de l article défini en principe comme un concentré sémantique du contenu idéatique et idéologique du texte. 89 Voir la note Prévost, S., 1998 : La notion de thème : flou terminologique et conceptuel, in Cahiers de praxématique, no Halliday, M. A. K., 1985 : An Introduction to Functional Grammar, E. Arnold (ed) 92 Par exemple, les adverbes extraprédicatifs : * C est heureusement que Pierre est venu, adverbes qui ne sont pas focalisables par une pareille technique. Mais, il faut admettre qu ils le sont de par leur position même dans la phrase.

234 226 Dan Dobre 93 Mathesius, 1929 : Zur Satzperspektive im modernen English, in Archiv für das Studium der neueren Sprachen und Literatur, n Firbas, J.,apud Berthoud,A-Cl.,1966 : Paroles à propos. Approche énonciative et interactive du topic, OPHRYS, Paris 95 Parfois, il peut arriver que tous les éléments soient nouveaux (Voir l introduction au présent ouvrage) ; c est un argument supplémentaire en faveur de la thèse selon laquelle dans l opposition connu / nouveau, «la nouveauté» n agit pas comme distinction toujours efficace. 96 cf. Furukawa apud Grobet, A., 2002 : L identification des topiques dans les dialogues, Duculot, Bruxelles et surtout N lke, H., 1994 : Linguistique modulaire : de la forme au sens, Peeters, Paris Dans une analyse plus approfondie, ce dernier accepte l existence des structures thématiques hiérarchiques entre lesquelles il y a des différences d intensité de degrés de thématicité comme dans l exemple suivant : À Paris, les rues sont sales. où À Paris constitue le thème scénique plus fort par rapport à les rues. 97 Lyons, J., 1970 : Linguistique générale : introduction à la linguistique théorique, Larousse, Paris 98 Keenan, E., Schieffelien, B., 1978 : Topic as a Discourse Notion : A Study of Topic in the Conversations of Children and Adults, in Ch. N. Li. Subject and Topic, Inc. 99 dont parle dans une perspective sémantique,, J. M Adam., 1990 : Éléments de linguistique textuelle, Bruxelles, Mardaga 100 Chafe, W., 1976 : Givenness, contractiveness, definiteness, subjects, topics and point of view, in N. Li (ed) Subject and Topic 101 Fodor, J. A., 1983 : The Modularity of Mind, Cambridge Press / 1986 : La modularité de l esprit, Minuit, Paris 102 Sperber, D., & Wilson, D., 1986 : Relevance. Communication and Cognition, Oxford, Basil Blackwell 1989: La Pertinence. Communication et Cognition, Minuit, Paris 103 cf. Moeschler, J., Reboul, A., Luscher, J.-M., Jayez, J., 1994 : Langage et Pertinence. Référence temporelle, anaphore, connecteurs et métaphore, PU de Nancy 104 Sperber, D., & Wilson, D., apud Moeschler et alii, op. cit. : idem 106 idem

235 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien cf.n lke, H., op.cit. : cf.berthoud, A.- Cl., op.cit. : cf. Karolak, S., 1987 : Structure thème-rhème des métaphrases (phrases universelles), in S. Karolak (éd), Structure thème-rhème dans les langues romanes et slaves, Université de Silésie 110 N lke, H., op. cit.: idem 112 cf. Firbas, J., apud Berthoud, A.- Cl. 113 cf.lambrecht, K., 1986 : Topic, Focus and Grammar of Spoken French, University of Berkeley-UMI, Berkeley Cadiot, P., 1992 : Matching Syntax and Pragmatics: a Topology of Topic - related Constructions in Spoken French, Linguistics, 30, pp N lke, H., op. cit. : cf. Martin, R., 1992 : Pour une logique du sens, PUF 116 cf. N lke, H., op. cit. 117 Exemples empruntés à N lke, op. cit. 118 Cette idée d intensité variable de la thématicité se retrouve dans une formule très connue de G. Genette (Nouveau discours du récit, Seuil, Paris, 1983 et de Mieke Bal Narratologie, Klincksieck, 1977) : focalisation zéro = focalisation variable et parfois zéro applicable au niveau discursif secondaire. Par focalisation, écrit Genette, dans le même ouvrage, on entend une restriction de «champ» c est-à-dire une sélection d information. Par cette opération, on pose l existence d un «foyer situé» qui, en «focalisation interne» (dans le texte narratif), coïncide avec un personnage, tandis que dans un discours coïncide, selon nous, avec un topic exprimable par un item, syntagme nominal, verbal ou énoncé. À Genette, on peut emprunter aussi le syntagme de «focalisation externe». Pour nous, ce concept viserait une entité exophorique, mémorielle, donc extérieure au texte. 119 cf. Berthoud, A.- Cl., op. cit. 120 ibid.: Terme que nous empruntons à Berthoud qui l emploie pour le discours dialogal. 122 cf. Van Dijk, T. A., Kintsch, W., 1984 : Toward a Model of Text Comprehension and Production, Psychological Review, 85, Le terme de linguistique comporte dans le cadre d une approche intégrée de la pragmatique un sens plus large celui d une projection formelle des

236 228 Dan Dobre différents niveaux d opérations, prédicatives et énonciatives au sens de Culioli. Berthoud dissout la distinction sens linguistique vs. ~discursif telle qu elle apparaît chez R. Eluerd (1985, La Pragmatique linguistique, Nathan, Paris) et chez A. Berrendonner (1981, Éléments de pragmatique linguistique, Minuit, Paris). 124 Berthoud, A.- Cl., op. cit.: cf. Schegloff, E., 1980 : Preliminaries to preliminaries: Can I Ask You a Question?, in Sociological Inquiry, 50, pp cf. Grobet, A., op. cit. 127 cf. Muller, C., 1999 : La thématisation des indéfinis en français: un paradoxe apparent, in Guimier, C., (éd), pp ibid : cf. Simeoni, D., Fall, K., apud Berthoud, A.-Cl., op. cit : cf. Berthoud, A.-Cl., op. cit. 131 cf. Berrendonner, A., op.cit. : Lambrecht, K., 1944: Information Structure and Sentence Form. Focus and the Mental Representations of Discourse Referents, Cambridge, Cambridge University Press cf. Chafe, W. L., 1994: Discourse, Consciousness and Time. The Flow and Displacement of Conscious Experience, in Speaking and Writing, Chicago, University Press of Chicago 133 cf. Chafe, W. L., op. cit. 134 Grobet, A., op. cit. : cf. Furukawa, N., apud Grobet, A., op. cit. 136 cf. Keenan, E. et Comrie, B., apud Grobet, A., op. cit. 137 cf. Kleiber, G., 1994 : Anaphores et pronoms, Duculot 138 Du point de vue phrastique, cette égalité est possible mais discursivement, contextuellement, Elles est plus faible car anaphorique tandis qu un mensonge d État est un rhème qui apporte une information complètement nouvelle. 139 Culioli, A., 1985 : Notes du séminaire de DEA, Département de linguistique, Université Paris VII 140 idem 141 cf. Berthoud, A.-Cl., op. cit. : Auscombre, J.-C., Ducrot, O., 1986 : L argumentation dans la langue, Mardaga, Bruxelles 143 ibid. : 10

237 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien cf. Moescher, J., 1996 : Théorie pragmatique et pragmatique conversationnelle, A. Colin, Paris 145 cf. Asher, N., apud L. de Saussure, 2003 : Temps et pertinence, Duculot, Bruxelles 146 cf. Lascarides, A., & Asher, N., apud L. de Saussure, op. cit. : Voir Vogeleer, S., 1994 : Le point de vue et les valeurs des temps verbaux, in Travaux de linguistique, 29, Duculot 148 Par exemple, une «phrase préparatoire de l événement» (Barwise & Perry, apud L. de Saussure, op. cit. : 66). 149 Berthonneau, A.-M., Kleiber, G., 1993 : Pour une nouvelle approche de l imparfait : l imparfait, un temps méronomique, in Langages, 112, pp Nous n avons pas considéré nécessaire d introduire aussi le concept de relation méronomique car il embrasse des catégories diverses qui tiennent de la logique, du conceptuel et de l encyclopédique, un bric-à-brac qui porte atteinte à sa précision. 150 Arnauld, A., & Lancelot, C., apud Vetters, C., 1993 : Temps et deixis, in Le temps de la phrase au texte, Carl Vetters (éd), PU de Lille, p cf. Vetters, C., op. cit. : L idee d Ayer est qu il faut fonder cette dichotomie sur la nature de la proposition : les temps simples expriment une idée temporelle «absolument complète» tandis que les temps relatifs ont comme «propriété essentielle de se rapporter à une autre idée de temps : ce sont l imparfait et le conditionnel qui sont aussi usités comme des temps absolus» (voir C. Ayer, 1851 : Grammaire comparée de la langue française, Fishbacher, Paris, Ayer, C., apud Yvon, H., 1951 : Convient-il de distinguer dans le verbe français des temps relatifs et des temps absolus? in Le français moderne, 19, pp On dira après sa mort qu elle fut une héroïne où le PS exprime l antériorité par rapport au futur. Exemple repris de N. Ruwet par C. Vetters, op. cit : Voir Heger, K., 1968 : Problèmes de l analyse onomasiologique du temps verbal, in Linguistica Antverpiensia, 2, pp McCawley, J.-D., 1971: Tense and Time Reference in English, C.-J. Fillmore & D.-T. Langendon (eds), Studies in Linguistics Semantics, New York, Holt, Rinehart & Winston, pp

238 230 Dan Dobre 156 Partee, B., 1973: Some Structural Analogies between Tenses and Pronouns in English, in The Journal of Philosophy, 70, pp Wunderlich, D., 1968 : Tempus und Zeitreferenz im Deutschen, Max Hueber Verlag, München 158 Vet, C., op.cit. : 1981 : Houweling, F., 1986: Deictic and Anaphoric. Tense Morphemes, in V. Lo Cascio & A. Von Stechow (eds), Temporal Structure in Sentence and Discourse, Dordrecht, Foris, pp Lo Cascio, V., 1986 : Temporal Deixis and Anaphor in Sentence and Text, in Temporal Structure in Sentence and Discourse, V. Lo Cascio & C. Vet (eds), Dordrecht, Foris, pp Ceci expliquerait le double comportement de l imparfait : déictique dans la principale et anaphorique dans la subordonnée. 162 Vetters, C., op. cit. : (de) Saussure, L., op.cit. : publiée dans le volume: Le Temps de la phrase au texte, C. Vetters (éd), PU de Lille 165 Houweling, F.,op.cit.: Kleiber, G., op. cit. : Hinrichs, E., 1986 : Temporal Anaphora in Discourses of English, in Linguistics and Philosophy, 9, pp À cet égard, Kleiber (op. cit.: 137) reprend de Partee les exemples suivants : Le 3 septembre 1945, Renée eut une idée brillante ; Quand Jean vit Marie, elle traversait la route, où les expressions temporelles soulignées servent d intervalle référentiel. 169 idem 170 Partee, B., 1984 : Nominal and Temporal Anaphore, in Linguistics and Philosophy, 7, pp Tasmowsky-De Ryck, L., 1985 : L imparfait avec ou sans rupture, in Langue Française, 67, pp cf.vet, C., op.cit. : Kamp, H., & Rohrer, C., op.cit.: apud Kleiber, G., op. cit. : cf. Kleiber, G., op. cit. 176 Vu que tout temps de la régissante peut apparaître dans la subordonnée, il considère nécessaire d introduire une seconde règle qui stipule que tout

239 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 231 temps déictique peut aussi s employer anaphoriquement (cf. Kleiber, G., op. cit.). 177 Kamp, H., & Rohrer, C., op. cit. : apud Molendijk, A., 1993 : Présuppositions, implications, structure temporelle, in Le temps de la phrase au texte, PU de Lille, p Webber, B.-L., 1988 : Tense and Discourse Anaphor, Computational Linguistics, 14, pp cf. Vet, C., 1980 : Temps, aspects et adverbes de temps en français contemporain. Essai de sémantique formelle, Droz, Genève 181 Molendijk, A., op. cit.: idem 183 Moeschler, J., 1998 : Introduction. Temps, référence et pragmatique, in Temps des événements, Kimé, Paris 184 ibid : cf. Sperber, D. & Wilson, D., 1989: La pertinence, communication et cognition, Minuit, Paris 186 Moeschler, J., op. cit : 1998 : Moeschler, J., 1993 : Aspects pragmatiques de la référence temporelle : indétermination, ordre temporel et inférence, in Langages, 112, déc. 188 Une expression temporelle autonome n a pas besoin d autres informations pour le calcul de la référence, elle est sui-référentielle (ex. en 1989), tandis que d autres expressions comme les adverbes : demain, hier, etc. ont besoin du t 0 d énonciation. Les temps relatifs, de même, ne sont pas sui-référentiels. 189 Moeschler, J., op. cit. : 1993 : Dans le contexte de l analyse de la référence temporelle, le sens de cette maxime veut dire que les événements doivent être racontés dans l ordre naturel de leur production : coïncidence, antériorité, postériorité, succession, etc. 191 Évidemment, d autres éléments prennent part au processus de saturation référentielle ; le topic (ce dont on parle), relations méronomiques ou bien la sémantèse des deux unités verbales caractérisées par le sème commun [+ACTION]. 192 Moeschler, J., op. cit. : 1993 : Voir à ce sujet l impasse théorique à laquelle est arrivée la description de l opposition déictique vs. anaphorique.

240 232 Dan Dobre 194 Dowty, D.R., 1986 : The effects of aspectual class on the temporal structure of discourse: semantics or pragmatics?, in Linguistics and Philosophy, 9, pp Cooper, R., 1986: Tense an discourse location in situation semantics, Linguistics and Philosophy, 9, pp Kamp, H., 1981: Événements, représentations discursives et référence temporelle, Langages, 64, pp Kamp, H., et Rohrer, C., op.cit.: Moeschler, J., op. cit., 1983 : idem 200 Gosselin, L., 1996 : Sémantique de la temporalité du français, Duculot 201 Kamp, H., 1981 : Événements, représentations discursives et référence temporelle, in Langages, 64, p. 39. Ce syntagme utilisé par Kamp rappelle certains passages de Tractatus logico-philosophico de L. Wittgenstein. 202 cf. Kamp, H., op. cit : ibid : ibid : ibid : ibid : Berthonneau,A.-M., Kleiber, G., op. cit. : Asher, N., 1993 : Reference to abstract objects in discourse, Dordrecht, Kluwer 209 Le correspondant du membre a dans U A est u de la MRV (mécanique de la référence virtuelle, la structure temporelle intrinsèque aux formes verbales). 210 Nous comprenons par thème-topic, le thème phrastique (actualisé par le sujet) à rôle topical («ce dont on parle») ; voir A.-Cl. Bethoud,op.cit. : Par non-topical, nous comprenons les déterminants verbaux à faible valeur topicale. 211 Kamp, H., op. cit. : 1981 : Qui ment à son chef, risque son emploi.

241 Chapitre 3 DEIXIS SPATIALE 0. Le traitement de la problématique spatiale de la deixis pourrait s étendre sur des centaines de pages. Notre perspective d analyse est plus restrictive : elle ne portera que sur le repérage du fonctionnement de notre mécanique combinatoire classématique à réactivation ostensive au niveau du trinôme ici/là/là-bas et de la préposition locative. Dans le premier cas, la contiguïté spatiale installée entre les domaines d intégrité des trois unités «adverbiales» est une autre modalité de fonctionnement de notre mécanique. La contiguïté suppose, au fond, un couplage «classématique» à valeur réactive la monstration d un référent. Pour ce qui est des prépositions locatives, cette mécanique est plus complexe encore : on pourrait parler d un double couplage classématique ayant pour effet l orientation de la cible vers le référent (site). 1. Enquête sur la deixis de l ici / là 0. La dernière décennie du XX-ème siècle vit paraître toute une pléiade d études sur la triade ici / là / là-bas : J. C. Smith 1989, 1992, 1995, M. Perret 1988, 1991, 1992, 1994, L. Guénette 1995, J.-M. Berberis 1998, G. Kleiber 1993, 1995 a, b, 1997 a, b 1, etc. Toutes ces publications ont constaté la grande diversité d emploi de ces unités linguistiques ce qui a relativement mis en difficulté la recherche en quête de distinctions nettes, indubitables. Les différents plans et perspectives d analyse : énoncé / énonciation, discours / récit, discours oral / ~écrit, catégories sémiologiques et grammaticales, mode de donation du référent ont mis le projecteur sur des entités qui apparemment situées sur le sol solide des théories traditionnelles se voient maintenant plongées dans les sables mouvants d une réalité diverse et parfois difficilement ordonnable.

242 234 Dan Dobre Notre démarche passera d abord en revue la problématique du «système synchronique instable» 2 des unités ici / là dans deux perspectives : la première traditionnelle et la seconde novatrice de G. Kleiber qui redéfinit le mécanisme déictique en question à partir d une nouvelle conception. Ensuite, nous allons essayer de décrire les principaux traits de cette mécanique déictique à l aide de quelques acquis mathématiques de la théorie de l espace, en soulignant le parallélisme avec notre propre conception déjà exposée. Le dernier volet de la présente étude visera une enquête sur la typologie de ces unités repérées au niveau de cinq quotidiens : deux roumains (Gândul et Libertatea du 29 sept 2006) et trois français (Le Figaro du 24 juin, Libération du juin et partiellement La Tribune du juin 2005). À cette occasion, nous allons analyser un autre type d ici,à savoir l ici implicite du journaliste dont les effets discursifs et informationnels réalisés par rapport à l événement pourront faire l objet d une étude à part Les approches traditionnelles 1. Comme G. Kleiber (1995b) l a déjà montré, tout le monde s accorde à considérer ici et là 3 comme des expressions déictiques ou embrayeurs qui réfléchissent leur énonciation et instituent les partenaires de la communication 4. Ces deux adverbes raccordent l énoncé et l énonciation sous le rapport du repérage spatial et temporel En 1926 et beaucoup plus tard, en 1967, Brunot et respectivement Le Bidois & le Bidois avaient défini ici comme adverbe de proximité et là comme adverbe d éloignement 6 : «ici désigne, dans le style direct, le point ou l espace dans lequel se situe le locuteur, dans le style indirect, le point ou l espace que le narrateur présente comme le plus proche de lui, tandis que là [ ] évoque par opposition tous les deux styles, un point ou un espace éloigné du locuteur et du narrateur» 7. Berrendonner propose «à (proximité de) l endroit où je suis» comme «paraphrase» de ici et «à (proximité de) l endroit où je ne suis pas» comme paraphrase de là 8.

243 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 235 Pour là-bas, le Trésor de la langue française (t10, p. 881) se contente de remarquer que c est le marqueur «d un lieu éloigné» se trouvant «à une distance plus ou moins grande du lieu où se trouve le locuteur» dont il est question dans le discours. 3. Si l analyse traditionnelle faite en termes de proximité et d éloignement doit admettre la distinction terme marqué / ~ non marqué comme dans le schéma ci-dessous : ici là là-bas +proche -proche - proche -éloigné -éloigné +éloigné terme marqué 9 terme non marqué 10 terme marqué 11 dans l analyse énonciative, ici représenterait l engagement du locuteur tandis que là présenterait une double possibilité selon le rôle attribué au locuteur : 1. l engagement de l interlocuteur aux côtés du locuteur (définition inclusive) ; 2. dégagement de la première personne ou bien un engagement de la deuxième personne (définition exclusive). Pour ce qui est de là-bas, celui-ci est considéré un déictique de la 3 e personne représentant le dégagement aussi bien du locuteur que de l interlocuteur. Les défauts de cette analyse résident au niveau de l occurrence là-bas (considérée comme terme non marqué et caractérisée par le trait [-interloc], ce qui exclut la possibilité que cet adverbe désigne un interlocuteur éloigné), et font penser à une solution fondée sur la «minimisation des traits» - théorie de la sousspécification d Archangeli élaborée en 1984 comme reflet des règles phonologiques visant le segment vocalique non marqué qui servira de voyelle d hésitation et de voyelle épenthétique. En représentation sous-jacente, l occurrence là peut satisfaire aux fonctions sémantico-pragmatiques analogues à ces fonctions phonologiques Toujours dans une perspective traditionnelle, Jacqueline Dervillez-Bastuji en parle de la constitution d un système ternaire «synchroniquement bien attesté tant par les emplois que par les fréquences et qui entrent en concurrence avec le système ancien»

244 236 Dan Dobre binaire 14. Ce dernier articulait les deux formes selon la variation de proximité et de pertinence dans certaines limites. Le système ternaire envisage deux formes polaires ici/là-bas et asserte une troisième occurrence là comme «forme neutralisée de grande extension» 15. Dans une perspective sémantique, Bastuji essaye d illustrer les oppositions ici/là, ici/ là-bas de même que la neutralisation de la première, mais sa tentative pèche par nombre d insuffisances. Ce qui est pertinent pourtant dans la conception traditionnelle que nous envisageons ce sont les trois conclusions qui clôturent sa démonstration : 1. la capacité des déictiques de renvoyer tant à la situation concrète d énonciation qu à un segment de l énoncé «dont ils sont l image ou l anticipation (anaphoriques discursifs)» 16 ; 2. la pertinence de la distinction [± proximité] accompagnée dans bien des cas d une opération d ostension ; 3. la nécessité d une étude diachronique des déictiques afin de pouvoir justifier le système synchronique en place. 5. Dans un autre cadre théorique, M. Parret 17 explique autrement la distribution d ici / là / là-bas en français moderne : les unités polaires ici / là-bas seraient des adverbes spatiaux tandis que là un adverbe situationnel. Elle parle ensuite de la token-réflexivité d ici hypothèse, entre autres 18, reprise et approfondie par Kleiber à l opposé de là-bas conçu comme non sui-référentiel. 6. Al. Cuniţă de l Université de Bucarest 19 s appuyant surtout sur les recherches de L. Guénette 20 et J.-M. Berberis 21 redessine d une manière très claire et systématique les dimensions spatiale et temporelle des occurrences ici / là, unités tantôt déictiques, tantôt anaphoriques, selon que le repérage est assuré par l énonciation ou par l énoncé. Le renvoi au repère des deux unités se fait avec difficulté car la nature du repère est complexe impliquant souvent «une pluralité de facteurs», ce qui expliquerait, entre autres, la capacité d ici et de là de fonctionner dans des situations diverses. En structure de profondeur, cette propension à la diversité serait justifiée, selon Cuniţă, par un évidement sémantique (ou subduction) qui «aussi considérable qu il soit, ne va pas jusqu à altérer l instruction minimale, peut être mais essentielle distance, cette instruction s actualiserait ensuite, suivant

245 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 237 les conditions d emploi créées par l énonciation de type discours et par celle de type histoire, dans l un ou l autre des deux domaines spatial ou temporel» 22 repérés dans le champ de l écrit ou de l oral, ajouterions-nous avec Kleiber. Dans la même perspective traditionnelle, admettons qu ici renvoie à l espace occupé par l ego du locuteur et que cet espace puisse se développer encore de façon concentrique 23 tant sur le terrain du réel que sur celui de l abstraction ; car la diversité des espaces débouche sur une diversité de la deixis 24 : a. Il fait chaud ici ; a. Ici, il fait chaud (sur une carte postale, par exemple) version écrite de (i) ; b. Viens ici! c. Ici, on ne fume pas (sur un panneau par exemple) ; d. Déchirez ici! Appuyez ici! (sur un paquet de café ou sur un commutateur électrique) ; d. Vous êtes ici (sur un plan avec une flèche) version ostensive de iv ; e. Pose-le ici! (avec ostension). (G. Kleiber, op. cit : 1993, Cahiers de linguistique française, 14, p. 87) où la «dilatation» de l espace d ici varie en fonction du contexte situationnel ; dans (a) il peut recouvrir la dimension d une chambre, d un auditoire, d une ville, d un pays ou d une région géographique tout entière, tous ces champs d application pouvant constituer les valeurs vectorielles de l espace d ici. Là renvoie à un espace que le locuteur construit dans un mouvement centrifuge d expansion 25 instituant l espace de l interlocution : - Asseyez-vous là! - Tu peux déposer les boîtes là. Soudain le timbre électrique vibre longuement dans l office :

246 238 Dan Dobre - Restez là! dit Madame Degony, retenant ses enfants qui voulaient la suivre. (Trésor de la langue française, CHARDONNE, Épithal, 1921 : 23) Là est le synonyme d ici dans une lecture spatiale lorsqu on opère la transposition des événements de l axe noncal [moi maintenant ici] sur l axe toncal [lui alors là-bas] 26 : J ai mal là, j ai une douleur là. Je ressentais un petit pincement au côté droit, là, sous les côtes ; il n y couperait pas : c était la crise de foie. (Trésor de la langue française, GIDE, Faux-monn, 1925 : 944) «- Et là, ça te fait mal?». Je palpe l avant bras gonflé, puis le bras jusqu aux ganglions enflammés de l aisselle. (Trésor de la langue française, MARTIN du G. Thib, Consult, 1928, p. 1053) Comme le présent chapitre a pour objet l étude de la dimension spatiale de nos occurrences, nous laissons de côté la déicticité temporelle qui constitue le second volet des unités envisagées. C est une décision purement technique car leur pouvoir ostensif regarde aussi la dimension temporelle 27. La théorie de la relativité pourrait d ailleurs mettre en évidence le lien intime entre ces deux entités. Pour toute illustration, voilà un exemple de solidarité, de coïncidence même spatio-temporelle : Ici l empereur cessa de parler et la salle retentit d applaudissements. (GENLIS, Cher. cygne, t.1, 1795 : 29) où ici = en ce point / à/en ce moment (du discours). 7. S inscrivant toujours dans la perspective traditionnelle, A. Borillo 28 considère les unités de la triade ici / là / là-bas comme des adverbes de lieu définis en fonction de deux paramètres : la distance (proximité, éloignement) et l énonciateur (source) désigné généralement par l ego l origine polarisante servant de site au repère ciblé. La présence de l ego-site se fait ressentir soit :

247 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien explicitement (par un pronom personnel ou adjectif possessif (par exemple) : Le chat dort près de moi. Le téléphone est sur la table / à ma portée / à votre portée. (apud A. Borillo, op. cit. : 101) 2. implicitement : a. de par la relation déictique ici ego : Tout près d ici vous trouverez plusieurs magasins d alimentation. (apud A. Borillo, op. cit. : 102) b. de par l absence même de toute marque du rôle polarisateur de l ego qui fonctionne ainsi implicitement comme repère, le contexte à lui seul pouvant opérer la désambiguïsation déictico-anaphorique : La gare est tout près, on peut y aller à pied. (apud A. Borillo, op. cit. : 12) La gare est tout près d ici. (interprétation déictique) La gare est tout près de cet endroit-là. (interprétation anaphorique) Parfois, l ego se situe par rapport à un site qu il mentionne explicitement soit : 1. par la double mention du N site : Le livre est là-bas, dans le coin de la pièce. 2. par la spécification du N site à l aide des démonstratifs : ce N-ci, ce N-là : Le téléphone est dans cette pièce-ci. (apud A. Borillo, op. cit. : 105) A. Borillo s occupe aussi de la problématique de la reprise anaphorique opérée par les clitiques y et en et surtout par l adverbe là (fonction amplement discutée par G. Kleiber). Dans sa conception, là reprend des syntagmes prépositionnels (SPrép) ou des syntagmes nominaux (SN) : Il s assit sous un arbre. Il s installa là. Il sortit de la gare. Près de là, il trouvera un café encore ouvert. (apud A. Borillo, op. cit. : 109)

248 240 Dan Dobre 8. Toutes les démarches qui ont pris le locuteur comme origo 29 «repère basique» 30 en fonction duquel on calcule le rapport site cible ont été appelées par G. Kleiber des approches égocentriques. Mis à part cette perspective d origine «fregeenne» et «russelienne», d autres études, puisant leur origine dans la token-réflexivité reichenbachienne reprise et développée par E. Benveniste, et ensuite par les approches de B. Benveniste, F. Récanati, etc, ont pris l occurrence elle-même pour repère : ici est défini comme un adverbe sui-référentiel (ou auto-saturé 31 ). Récanati lui découvre une double référence : à soi-même et à un référent situé à l extérieur sans remarquer les plans différents d analyse qui s imposent : ici réfère à un lieu autre que celui impliqué par l occurrence en soi. Ce sont les théories nommées par Kleiber occurrentielles Insuffisances des démarches traditionnelles 0. Dans un effort de reconsidération des acquis théoriques traditionnels et surtout de redéfinition des unités déictiques en question à la lumière d une série d hypothèses de travail novatrices, G. Kleiber fait voir d abord les limites des recherches traditionnelles standard. Nous faisons référence surtout à son article de 1995 intitulé D ici là et vice-versa : pour les aborder autrement. Ces remarques critiques, particulières et d ordre général, reprennent les zones du flou et du pot au noir qui caractérisent certains secteurs où la pensée traditionnelle trébuche tout en essayant de dépouiller une systématique de ses défroques : 1. Le là non marqué constitue le principal obstacle auquel se heurte les deux types d approches qu on vient de présenter : comment expliquer l identité ici là 32 du moment que ces deux unités instituent une opposition de par toute une série de contextes où leur substitution réciproque est rendue nulle? La forme «neutre» proposée par K. Togeby 33 et C. Kerbrat- Orecchioni 34 cités par Kleiber est un «artifice commode» à «vocation légitime», car l intervention de la dichotomie cas marqué / ~non marqué mettra sous le projecteur certaines de ses défaillances :

249 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien si là commute avec ici, la même occurrence ne peut pas en faire autant avec là-bas ; 2. la «synonymie» ici = là ne fonctionne pas dans bien des contextes ; 3. la «synonymie» n est pas parfaite car il subsiste le sentiment du «différent» (voir la valeur d insistance pour ici) 35. Ces trois difficultés sont autant d arguments qui poussent Kleiber à remettre en cause avec M. Perret 36 la validité de la thèse de la neutralité de là. 2. À ces défaillances particulières des théories classiques s ajoutent au moins trois autres de nature générale : 1. L analyse superficielle d ici est une démarche faite dans une perspective réductrice. Il s agit au fond d une définition «monofonctionnelle faisant jouer deux paramètres : le locuteur (y compris la version énonciative de J. C. Smith dont on a déjà parlé) et le lieu paramétriquement variable allant de la coïncidence d avec le lieu où se trouve le locuteur (sui-référentiel) jusqu à un point relativement proche de celui-ci : Il fait chaud ici (dans une pièce-lieu où se trouve le locuteur) ; Pose-le ici! (lieu différent de celui occupé par le locuteur et qui est indiqué par geste) ; Éteignez votre cigarette ici! 37 (lieu toujours différent du lieu physiquement occupé par le locuteur, mais précisé par la localisation de son occurrence). Pour ce qui est de la définition d ici, malgré les difficultés par exemple soulevées par la mise en place d un origo exprimé par le locuteur l apparition d un origo second 38 les emplois suiréférentiels de là qui portent atteinte au traitement de l opposition entre un PRO-saturé et un PRO-lacunaire doivent nécessairement admettre la présence du locuteur. L émission de toute unité linguistique (et ici en est une) implique obligatoirement la présence d un locuteur et d une place où elle puisse avoir lieu, les autres unités déictiques ou non ne pouvant que la supposer. Leur calcul fait intervenir d autres paramètres encore. C est la matrice d ici, les autres types qui compliquent les choses ne sont que des produits secondaires

250 242 Dan Dobre et contigus calculés toujours à partir d un ici primordial et des paramètres de l unité référentielle. Dans : Éteignez votre cigarette ici! on a affaire à deux types d unités déictiques, l existence du second étant «dérivée» de l existence du premier comme origo : 1. l ici implicité du locuteur qui asserte p et qui le réfléchit, l énonciateur occupant un lieu dans l espace (près de la cheminée, par exemple) ; 2. l ici émis par le locuteur en référence à l objet et qui réfléchit le lieu que ce dernier occupe dans l espace (devant la cheminée, sur la table). Ce qui peut être figuré de la manière suivante : Sujet énonciateur ici implicite ici explicite lieu occupé par le locuteur lieu occupé par l objet L existence du Second étant nécessairement justifiée par l existence du Premier, l unité déictique apparemment évidée de traits sémiques se remplit de ces traits-là dès que le référent est en vue en réactivant sa virtualité combinatoire. Dans : Déchirez ici!, c est le même schéma qui joue sur le même phénomène : la saturation sémique de l unité déictique par les traits du référent «lieu exact où il faut déchirer». Cette capacité de l occurrence en question d être appliquée à des référents spatiaux différents explique son opacité. 2. Définition inexistante de la notion de «lieu». La définition de cette notion à côté éventuellement de celle de place ou d endroit devra se faire relativement au concept d espace. Kleiber constate avec surprise l absence de toute définition plus ou moins rigoureuse de ces entités. Il opère pourtant quelques distinctions comme celle entre l espace tridimensionnel (l espace géographique, etc.) et bidimensionnel (celui d une carte, par exemple), opposés à des

251 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 243 espaces abstraits notionnels, «phatiques», déictiques, etc. Mis à part nos commentaires faits dans le premier chapitre, nous croyons que dans la définition de la notion de lieu il faut faire intervenir deux repères basiques : le site et la cible. Ces deux paramètres semblent, à notre avis, expliquer la différence entre les occurrences déictiques des énoncés suivants proposés à l analyse par Kleiber : 1. Il fait chaud ici (énoncé émis par un professeur se trouvant dans une salle de cours devant ses étudiants) ; 2. Viens ici! (invitation faite par le même professeur à l un de ses élèves d aller au tableau noir). On constate que (1) reste valide dans n importe quel point de la salle où le professeur se déplace (donc il peut changer de place à l intérieur du même lieu). Mais la situation ne se répète pas dans le cas de(2) À notre avis, dans l espace de (1) il se produit une «neutralisation» du site et de la cible, une «coïncidence», tandis qu en (2) le jeu des deux paramètres vectoriels dans le même espace bat son plein, instituant des lieux différents. Dans une autre section de cet ouvrage, nous allons essayer de donner une définition plus exacte de ces notions car leur définition explicite pourrait aider à une meilleure compréhension des phénomènes en question. 3. Ici et là : même systémique spatiale? G. Kleiber se demande à juste raison si les deux entités jouent dans la même catégorie, s ils sont des adverbes spatiaux appartenant au système déictique et, par voie de conséquence, s ils peuvent être définis à partir des mêmes traits oppositifs structurant le système L hypothèse novatrice de G. Kleiber 0. La position «classique» exposée ci-dessus est rejetée par Kleiber ; son hypothèse est que les deux unités en question jouent dans des catégories différentes. L option traditionnelle pour la distinction terme marqué /~non maqué «n est finalement qu un pisaller» conclut Kleiber qui propose une solution radicale : ici est un symbole indexical opaque et là un adverbe anaphorique. 39

252 244 Dan Dobre 1. La première occurrence fonctionne pleinement comme déictique ou embrayeur. Elle se sépare des symboles indexicaux transparents de par le fait que le référent lié à l occurrence peut varier selon l emploi ce qui la rapproche clairement de la classe des démonstratifs du type ce pays où ce renvoie à plusieurs référents possibles : 1. le pays dans lequel se trouve celui qui prononce cette occurrence de ce pays ; 2. le pays que je montre du doigt sur une carte en même temps que je prononce cette occurrence de ce pays, etc. Selon la variation de l élément intermédiaire qui conduit de l occurrence d ici au lieu visé par ici (discours écrit / oral, avec geste ou sans geste, etc.), G. Kleiber a pu distinguer au moins cinq types d emplois spatiaux différents d ici (supra ). À remarquer pourtant que dans Il fait chaud ici l occurrence est auto-saturée renvoyant au référent-locuteur même de l énoncé. Dans les autres cas, entre l ici implicite du locuteur et l ici du nouveau référent il y a une différence spatiale. Pourtant, on pourrait donner une définition unitaire de ces emplois comprenant une partie instructionnelle (le statut de symbole indexical opaque) et une partie descriptive visant la catégorie des référents spatiaux. 2. Quant à là, il faut le comprendre comme expression anaphorique ne reprenant pourtant pas comme dans la conception classique un antécédent textuel. Il s agit plutôt de ses emplois «situationnels» ou «non textuels» saisis dans la perspective mémorielle de la dichotomie référent nouveau / référent déjà donné ou manifeste ou encore accessible. 40 Dans Pose-le là! (avec geste), là marque un lieu nouveau contigu à un lieu déjà donné et qui est porté à l attention de l interlocuteur. On réalise ainsi une «cohésion» spatiale, l occurrence là se subordonnant à une situation spatiale déjà donnée. Tout en conduisant vers un lieu nouveau, l unité déictique marque un lieu anaphorique avec le type de situation en question. 41

253 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 245 Ainsi on assiste à une double opération, de continuité et de mise en avant, souligne Kleiber, avant d avancer pour l adverbe là la définition suivante formée d une partie instructionnelle et d une autre descriptive : «là est un adverbe anaphorique, qui ne s emploie qu en connexion avec une situation activant déjà la notion de lieu, soit pour renvoyer à un lieu déjà saillant (explicite ou implicite), soit pour introduire un lieu nouveau. Là dénote la catégorie des référents spatiaux.» Cette position de Kleiber ne fait que renforcer notre propre thèse énoncée dans le premier chapitre. Le renvoi anaphorique de là opéré par recatégorisation grammaticale ne fonctionne que par la mise en marche d une mécanique classématique opérationnelle simultanément dans deux systèmes de référence (caractérisés sémantiquement par un ensemble de sèmes et classèmes) et qui est capable d activer ostensionnellement l occurrence. Une fois le référent posé (l espace premier), l apparition de l unité déictique / anaphorique est justifiée et possible. Dans les termes de la théorie de la relativité, il est à remarquer aussi qu entre l ici implicite du locuteur et l ici du nouveau référent il y a toujours une différence temporelle de t 0 à t 1 qui doit normalement se traduire dans une différence vectorielle spatiale. 4. Nous croyons que les deux positions vont dans le même sens et s appuient réciproquement d autant plus qu elles peuvent prendre place dans le même modèle topologique mathématique dont il est incongru de douter Structures spatiales d ici/là 1. Structures topologiques. Une structure topologique sera définie comme un ensemble T caractérisé par certaines propriétés qui nous donnent la possibilité de reconnaître si une application f de T sur une autre structure T est continue ou non 43. Pour ce faire, on pourrait considérer les espaces métriques de l analyse fonctionnelle, la continuité (voire la contiguïté) résultant immédiatement du concept de distance applicable aux espaces n-dimensionnels ; les espaces

254 246 Dan Dobre métriques sont par définition des ensembles où l on a défini une distance d(p, q) où par p il faut comprendre dans notre cas un point identique à la position du corps du locuteur réfléchi par la tokenréflexivité d un ici Premier ; q exprime un point réalisé par un ici Second recouvrant un référent second. Étant donné que les espaces métriques sont trop restrictifs, on est finalement arrivé à définir la continuité d une application f d un ensemble de points X sur un ensemble de points Y, si l on connaît les ensembles ouverts en X et en Y. L application f est continue ssi l image inverse de tout ensemble ouvert en Y est ouvert en X. La définition suivante de l espace topologique semble être la plus convenable pour l étude de la topologie 44. Un espace topologique T est un ensemble muni d un système O de sous-ensembles de T ayant les propriétés suivantes : 1. T et l ensemble vide appartiennent à O ; 2. la réunion d un nombre arbitraire d ensembles de O est aussi un ensemble de O ; 3. l intersection d un nombre fini d ensembles qui appartiennent à O appartient à O. Les ensembles O s appellent des ensembles ouverts de T. Ces trois axiomes correspondent exactement aux propriétés du système de sous-ensembles ouverts des ensembles de points déjà énoncées de façon que tout ensemble de points formant un espace abstrait y compris ses sous-ensembles (les divers types d ici) relativement ouverts constitue un espace topologique. L une des propriétés essentielles de l espace d ici est certainement la possibilité de la continuité (contiguïté) des applications sur T d une série de points en prolongement de ceux-ci, réalisant l ensemble T de là. Cette contiguïté saisie par Kleiber s opère par recatégorisation : symbole indexical adverbe anaphorique. En termes mathématiques, une application f de T à T s appelle homéomorphique, si elle est bijective, c est-à-dire f et f --1 sont continues. Deux espaces topologiques T et T s appellent homéomorphes s il y a un homéomorphisme de T à T. L espace T est un espace connexe si pour toute paire (p, q) d éléments de T il y a une

255 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 247 application continue d un intervalle en T de manière que les extrémités de l intervalle s appliquent sur p et respectivement sur q. Dans la topologie générale, à coté des axiomes définitoires cidessus, il existe d autres axiomes parmi lesquels l axiome de séparation de Hausdorf qui peut servir dans l explication de la disjonction des deux domaines T et T. La propriété de la continuité peut être considérée aussi comme axiome fondamental de la génération de T : pour p, q de T, il y a des ensembles disjonctifs ouverts ( T ), X et Y de manière que p X(x 1, x 2, x 3 ) et q Y(y 1, y 2, y 3 ) ce qui veut dire que les paramètres locuteur et lieu saillant ne peuvent pas être écartés dans la détermination de là et même de là-bas (voir l échec partiel de Smith). T aussi est un espace connexe. Tout espace métrique est un espace topologique caractérisé par des ensembles ouverts qui se définissent comme dans les espaces euclidiens. «Soit M un espace métrique, p un élément de M (l ici du locuteur) et ε un nombre positif (valeur de la distance) ; ε voisin de p en est défini par l ensemble de tous les points de M dont la distance à p est moindre que ε. Un sous-ensemble X de M est ouvert, si pour tout élément p de X il y a un ε-voisinage de p contenu entièrement en X.» 45 Ainsi M devient un espace topologique. On peut mesurer la distance entre le locuteur et le cendrier où l interlocuteur doit éteindre la cigarette, entre le locuteur et la case qu il faut cocher, etc. Le T (l espace de là) lui aussi est mesurable produisant à chaque fois des vecteurs différents. 2. L espace abstrait. L espace topologique n est utilisable que dans un sens purement locatif, celui de la situation du référent de nos occurrences sur un terrain physique, concret. Pour essayer d expliquer la totalité des différents emplois d ici / là, il faut penser à un espace abstrait multidimensionnel, représentable géométriquement par une sphère ou hypersphère formée d une multitude de points (positions) occupés par les divers emplois de nos occurrences : spatiaux, temporels, interjectifs, etc., et où l espace topologique ne soit que la représentation de l abstraction (voir la représentation géométrique de la temporalité).

256 248 Dan Dobre Ainsi ici dans son espace abstrait construit un système référentiel (SR1) formé par la multitude de positions occupées en référence vectorielle avec l ici du locuteur situé sur l axe basique moiici-maintenant, le centre générateur du mouvement déictique. Sans être accusés de revenir aux théories égocentriques, il faut admettre comme Premier la présence de l intention ostensive dont la source ne peut être que l espace psychologique du locuteur. Comme Benveniste l affirmait quelque part dans ses Problèmes de linguistique générale, la langue est faite de prédications et pour que l émission d une prédication soit possible il nous faut un locuteur situé dans l espace et dans le temps, les deux derniers paramètres n existant pas sans le premier. En admettant l idée de l espace abstrait, nous avons admis aussi sa représentation topologique. Une série d éléments de l espace abstrait : x 1, x 2,, x n tendent vers une valeur ultime de cet espace x = lim x n délimitant ses frontières. À remarquer que le nombre d emplois d ici/là déterminé par une profusion de contextes vectoriels tend + (les valeurs métriques des points) sans l atteindre, tandis que le n de là-bas qui tend lui aussi vers est susceptible d atteindre cette valeur ultime. En termes d espace euclidien, les éléments du SR1 ou du SR2 qui sont des espaces référentiels n-dimensionnels (SR 1 n, SR 2 n ) sont des systèmes ordonnés de n nombres réels : x = (ε 1, ε 2,, ε n ). Une chaîne d éléments : x n = (ε 1 (n), ε 2 (n),, ε n (n) ) tend vers un élément ε i où i = 1, 2,, n. Si l espace euclidien a la dimension 5 (par exemple, SR5) : 1. Éteignez votre cigarette ici ; 2. Appuyez-ici! (sur le bouton d une machine) ; 3. Déchirez-ici! (sur le haut d un paquet de café) ; 4. Vous êtes-ici (sur la carte du plan du quartier aux bouches du métro parisien) ; 5. Cochez ici (sur le formulaire à remplir) 46, alors le SR5 est composé de la totalité des quintuples x = (ε 1, ε 2, ε 3, ε 4, ε 5 ) des nombres réels, constituant autant de points dans le sens de la géométrie analytique de l espace. Compte tenu des remarques ci-dessus, les espaces abstraits d ici/là/là-bas peuvent être topologiquement représentés par le schéma suivant :

257 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 249

258 250 Dan Dobre La continuité SR1 SR2 a fait parler les linguistes d «instabilité» du système (voir J. Dervillez-Bastuji, par exemple). Elle explique pourtant la «synonymie» ici = là comme première phase dans la construction du système où la recatégorisation et les valeurs métriques ne font pas encore leur plein jeu pour construire le domaine d intégrité de là. La synonymie est située dans l espace géométriquement séquent de SR1 et SR2 [où T = T ] constituant un sous-ensemble de points dont la localisation est simultanée dans les deux systèmes. L occurrence d ici, commutée sur un autre référent (ci et là par exemple) dont la définition vectorielle se fait par contiguïté accumulative d ensembles de points, doit être reconfigurée catégoriellement. Le lieu dénoté étant un lieu «nouveau et saillant», le là devient ainsi l incarnation d un ici calculé à partir d un origo de III e degré À cet égard, la théorie mathématique des anneaux, nous offre un modèle de fonctionnement de là par rapport au noyau fort d ici (à l exclusion du sous-ensemble synonymique). Ainsi, on pourrait affirmer que l ensemble SR2 est un anneau si l on peut définir sur lui deux opérations : l addition et la multiplication. Notons par a un point dans SR1 et par b un point faisant partie de l ensemble des points marquant l opération de continuation dans SR2 ; le symbole c indique le référent dans l espace SR2. Alors, l addition et la multiplication doivent être liées par deux règles de distributivité a(b + c) = ab + ac et (a+b)c = ac + bc comme produit scalaire de deux vecteurs qui est de nature différente (une autre catégorie) ce qui justifie la théorie de Kleiber sur l anaphoricité de là et la recatégorisation. L anneau est associatif, car la multiplication est associative (un nouveau lieu associé au premier). Dans ce contexte, là pourrait être défini comme adverbe anaphorique associatif. Quant à ici, nous nous voyons obligés d affirmer, à l encontre de Kleiber et de la solution vuillaumiene 48 qu il propose, à part la valeur indubitable de symbole indexical de l occurrence, une valeur adverbiale anaphorique réalisée par les mêmes mécanismes que ceux qui ont conduit à SR2, mais à l intérieur du même espace, ce qui est théoriquement possible. L axiome disjonctif de Hausdorf de même

259 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 251 que la possibilité de la continuité des applications justifient aussi notre propre thèse, celle de la mécanique classématique réactivée par le fait même que, par exemple, le classème [+ transivité] de la sémantèse d un verbe transitif connaît un prolongement, dans le contenu sémique de l unité nominale susceptible de le déterminer, cette dernière étant définie par les grammaires comme une expansion verbale. Le premier type d ici (celui du locuteur) est sui-référentiel stable et transparent, solidement fixé dans l axe noncal moi-ici-maintenant. La classe d ici située dans un espace différent de celui du locuteur calcule les éléments de ses sous-ensembles à partir d un origo secondaire qui référentiellement tend à l infini. Ce type d ici est opaque Typologie spatiale des occurrences d ici/là L occurrence ici 0. Mis à part la zone d intersection T/T (ou SR1 / SR2), les ensembles de points constituant le reste majoritaire du domaine sont considérés dans les mathématiques supérieures des corps ou des domaines d intégrité qui reprennent en grandes lignes les axiomes déjà énoncés à propos de la définition de l espace topologique. Étant donné que notre investigation regarde les valeurs spatiales de nos deux occurrences, nous considérons suffisante la définition topologique des deux espaces et le concept de domaine d intégrité appliqué dans les deux cercles en dehors de la zone d interférence. Le schéma ci-dessus figure le partage des zones déjà discutées dans les deux T : T Domaine d intégrité d ici (anneau) T Domaine d intégrité de là (anneau)

260 252 Dan Dobre À partir des études kleibériennes et de nos propres investigations, nous sommes en mesure de conclure sur une possible typologie des occurrences analysées et formalisées qui sera testée par la suite à travers le corpus déjà annoncé : A. Niveau non actualisé de l occurrence 1. L ici implicite du journaliste 49 qui est du type : x infér = f(y infér )tr, où : x infér = l ici implicite du loc., point du système topologique sous-jacent ; y infér = le référent journaliste ; tr = token-reflexivité. Ce type d ici est ingéré par une structure performative telle que : Moi, ici, j affirme que... et répond à la contrainte de l engagement du locuteur de Smith ; et comme le journaliste peut se situer dans n importe quel point de l espace euclidien de type géographique plusieurs situations peuvent apparaître : a. inclusion du lieu du locuteur dans le lieu de l événement (ici englob) : (Moi, journaliste me trouvant à Bordeaux j affirme) : Bordeaux fait revivre la Garonne. ( F.) ou bien : (Moi, journaliste à Libertatea, me trouvant à Bucarest j affirme) : Capitala se mută sub pământ. 50 (L.) Le lieu visé par ici est effectivement déterminé par rapport au locuteur qui endosse le statut d un origo premier. D habitude les structures nominales, prépositionnelles, etc. circonscrivent l espace où le journalise est inclus : Tony Blair présente son «plan B» pour l Europe. Les investissements de la Zone euro ont chuté. (T.) Les Néerlandais assument leur «non». (Reportage de Sabine Cessou, à Amsterdam)

261 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 253 Des sur-titres comme Finances, Marchés, Entreprises désignent un lieu concentrique implicite, circonscrit avec précision et surtout tridimensionnel. Dans ce cas, il est rare que l ici du journaliste (rédaction, maison, visites sur le terrain, etc.) en soit exclu. b. inclusion ou non inclusion du lieu occupé par le journaliste dans le lieu de l événement (selon le cas) : 8000 embauches pour Carrefour La société Eurotunnel réduit la voilure. Gaz de France séduit les investisseurs. (T.) Entre l ici implicite du journaliste et le là du référent (Carrefour, la société Eurotunnel, Gaz de France), placé dans un espace topologique il y a un segment vectoriel créé à partir d un origo premier. Ce là implicite, vu dans la perspective de l objet référentiel qu il dénote, est au fond un autre ici implicite d origine secondaire, un secondary origo dont parlait W. Klein. À remarquer aussi que l ici implicite du journaliste a un sens dénotatif-descriptif et non procédural. Pour augmenter la précision dans la détermination de ces espaces concentriques on opère des restrictions progressives à partir des étages supérieurs de la titraille vers les structures inférieures : Titre : Marché de l art (première restriction : le SPrép) Sous-Titre : Les nouveaux amateurs russes dopent les ventes anglaises (deuxième et troisième restriction : SN, Dét. verbal) (F.) B. Niveau actualisé de l occurrence 2. a. ici - symbole indiciel, token-réflexif visant la personne du locuteur : x 1 = f(y 1 )tr ; où : x 1 = l ici du locuteur ; y 1 = la personne du journaliste ; tr = token-réflexivité ; b. x 2 = f(y 2...n ) esp. ext. engl./~engl. ; où : x 2 = l ici du loc. ; y 2...n = exprime un ensemble de points référentiels (un espace) situé à l extérieur du locuteur, mais englobant / ~englobant le locuteur.

262 254 Dan Dobre Les propriétés de cette occurrence restent les mêmes si des transformations paramétriques interviennent (changement de place du locuteur à l intérieur des limites de l espace en question). C est le cas, de Il fait chaud ici analysé par Kleiber, où le lieu visé est déterminé par la position du locuteur et le changement de place (= endroit) n affecte pas l ensemble. Même situation dans l exemple ci-dessous tiré d un reportage (le je est un je multiple) : Nadia Matar, l une des initiatrices du Maoz Hayam, juge que personne n a le droit de chasser des Juifs de la Terre promise. «Nous sommes ici pour défendre la civilisation judéo-chrétienne, affirme-t-elle. Cette terre a été promise aux Juifs et Sharon veut la donner aux Arabes. Nous n avons rien contre eux.» (Les colons préparent «fort Chabrol à Gaza», F.) L exemple suivant peut nous faire plonger dans le doute : le journaliste se trouve-t-il à l extérieur ou l intérieur de l exposition? Il faut opter pour la seconde solution étant donné que le commentaire qu il fait est le résultat d une «intériorisation» obligatoire dans l espace de l exposition, même s il peut être écrit au-dehors, à la maison, par exemple : Il ne reste qu une semaine pour aller voir l exposition de l année, à la fois par sa complexité, son hermétisme parfois, son nombre de pièces exposées (700!) et par son ambition. Elle tient au rêve d un seul, Jean-François Chevrier (théoricien de l art et professeur aux Beaux-Arts de Paris). Pour lui, la «poétique» de Mallarmé, un projet de vie inclus dans l espace littéraire, non seulement a influé le cours de l art de la fin du XIX e et du XX e siècle, mais surtout permet de remuer de fond en comble les catégories où l on classe les oeuvres dans les tiroirs de mouvements, de ressemblances formelles, de ces problématiques matérielles couleur, dessin, figure, abstraction, etc.

263 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 255 Soit ici l espace, mobile, flexible, changeant et cosmique, de la plus violente négation et du plus grand mystère. De l utopie et du crachat. (L art à l état critique, L.) Même situation dans un texte roumain où le journaliste aurait pu poser la question des affiches «sur les lieux», c est-à-dire dans les bureaux des représentants de l Inspection du Travail (situation que nous croyons la plus probable) ou bien il aurait pu utiliser le téléphone ce qui l aurait positionné en dehors de l ici du nouveau référent : Cele din urmă au fost trimise Agenţiei Naţionale pentru Romi pentru difuzarea către comunităţile de romi prin birourile teritoriale ale acesteia. Însă se pare că afişele cu pricina au intrat în pământ. Reprezentanţii Inspecţiei Muncii au dat din umeri, când i-am întrebat despre buclucaşele afişe. Aici nu ştie nimeni nimic de nici un afiş. Toţi dau din umeri, ne-a răspuns Nicolae Dantes Bratu, inspector general adjunct la Inspecţia Muncii. 51 (Guvernul sparge aproape un milion de euro pe fluturaşi, G.) 3. Le locuteur journaliste devient lecteur d un ici englobant un autre référent personne ou non. x 3 = f(y 2...n ) espace extérieur non englobant. Ce type d ici diffère de celui d Ici on parle alsacien de Kleiber (espace englobant le locuteur) pour s approcher de Ici on ne fume pas, écriteau accroché au mur extérieur d un restaurant : 52 Comme pour les pédophiles aux États-Unis, on pourrait mettre des écriteaux sur leur maison «Ici vit le juge X qui a libéré un assassin». On organiserait des chartes de magistrats expulsés vers des pays. (22, v là les juges, L.) 4. L ici anaphorique est l occurrence la plus fréquente que nous avons rencontrée dans le corpus analysé ; il s installe comme continuité à l intérieur du même espace topologique (domaine d intégrité). Ce n est plus un symbole indexical mais un adverbe

264 256 Dan Dobre anaphorique obtenu par une opération d addition et recatégorisation (multiplication) : x = fc rx ; où : anaph p (ε1..n ) x = l ici du loc ; fc rx = fonction de continuité projective rétrospective ; p (ε1..n ) ε 1...n = sous-ensemble de points référentiels Ajunşi în exotica localitate din Portugalia, Madeira, echipierii Rapidului nu s-au lăsat impresionaţi de peisaj, mărturisind că pentru vacanţe îşi vor face timp altădată, acum mulţumindu-se să facă doar câteva poze în timpul unei plimbări. Este foarte frumos aici, dar noi nu am venit în vacanţă... Rapid nu e Robinson Crusoe, să naufragieze pe insulă. Noi am venit în Madeira să obţinem biletele pentru grupe şi o să plecăm de aici fericiţi!, a spus Costin Lazăr. 53 (Războiul din insulă, L.) et les nids de poule. Un grouillement qui s arrête brutalement à Darcha. C est ici, dans le silence de ce village, à 3300 mètres d altitude que (...). (Les Cols buissonniers, L.) On a quitté la capitale du melon gascon certes à regret mais en se consolant de la prochaine étape, Moncrabeau, la capitale des menteurs...! Ici, tous les ans, une singulière académie élit le roi des menteurs. Le restaurant le Phare (à 200 km de la mer) propose quelques spécialités qui valent vraiment le détour. (La Gascogne au fil de la Baïse, F.) Si la verdure anglaise réussit beaucoup mieux à Amélie Mauresmo demi-finaliste ici même l année dernière que la terre ocre de Roland-Garros, les choses s annoncent infiniment plus compliquées au prochain tour (huitièmes de finale). (Mauresmo en confiance, mon fils craque, L.)

265 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 257 L ambiguïté typologique de certains ici dépend de l endroit occupé par le corps de celui qui parle : si le sportif se trouve dans l espace du circuit d Assen, l ici est un symbole indexical du type 2b, sinon l ici du locuteur devient anaphorique : Situé dans la province de la Drethe, au nord des Pays-Bas, le circuit d Assen a gardé ce côté atypique qui en fait l un des plus beaux du championnat du monde (...) Franco Uncini, lui, comprend les pilotes et relativise leurs critiques. «J ai été pilote, j ai gagné ici en 1982, je comprends ce qu ils veulent dire», explique monsieur Sécurité (...). (Le lifting raté du circuit d Assen, L.) Le référent spatial et/ou notionnel de l ici anaphorique peut se trouver dans un autre texte (dans un lead par exemple) : Jean Van de Velde a créé la surprise, hier, en prenant la tête de l Open de France ; le Montois, lourdement handicapé ces dernières années par un genou blessé, a brillé en égalant le record du parcours (64). Reste à Jean le revenant à continuer sur sa lancée. «Le golf paraît simple avec un 64! mais ce n est pas tous les jours comme cela... Une carte comme celle-là, on la range dans son armoire à souvenirs.» Mais l ambition du Montois est de retour : «Jean-François Remesy a gagné ici, alors tout est possible. Je le prends en modèle, avant c était l inverse. (Jean Van del Velde de retour, F.) 5. L ici cathaphorique qui est du type : x = fc px où fc p p = fonction de continuité cathaph p (ε1..n ) projective prospective : «Nous avons tenu pendant la saison chaude, mais nous ne pouvons pas rester ici pendant la mousson», s inquiète Elajiammah, 70 ans, en désignant les fuites

266 258 Dan Dobre dans le toit de la minuscule pièce où elle vit avec ses quatre petites filles. (Six mois après, le tsunami omniprésent, L.) 6. L ici anaphorique et cathaphorique à la fois: x = (fc r + fc p)x anaph+ cathaph p p (ε1..n ) : Ils rachètent un appartement délabré de 23 m 2, font appel au Bureau des Mésarchitectures de Didier Faustino, pour mettre au jour ce lieu hybride. Joli réflexe pour éviter le piège de l architecture nomade, adaptée au mode de vie de cadres sup toujours entre deux avions et trois conference calls. Clinique. Ici, l hybridité est inhérente au lieu même : Faustino fait abattre la cloison, reprendre les murs et nettoyer ce tout petit espace de 3,26 m sur 8 m. («Café au lit» fait son heure, L.) 7. L ici mixte (spatio-temporel) : x sp+ t = f[sp(ε ) t (t ) ], où : x = l ici du référent 1..n 0..n où les deux points topologiques (spatial et temporel) se superposent et sont calculés en fonction d un référent extérieur (journal, film) à l ici sui-référentiel du journaliste : C est le gros défaut de ces films de genre devenus rendez-vous de connivence. On attend le frisson comme un plat du jour réchauffé à l infini. Et ici, le chef de cuisine a manqué d invention et d initiative. (Les micro-ondes de l angoisse, Le Figaro) De nombreux lecteurs ont réagi. Nous publions ici quelques-unes de leurs lettres. Les Réactions à la lettre d Émilie «stagiaire bac + 7». (L.) Remarque : nous n avons pas repéré dans notre corpus un ici du type : Cochez-ici! Déchirez-ici! ce qui nous fait supposer que ce type occurrentiel caractérise surtout les discours techniques.

267 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien L occurrence là 0. La continuité spatiale d une application opérée dans le domaine d intégrité d ici mène par addition et multiplication à la production de l occurrence spatiale là. Les autres «valeurs» de là saisies dans son espace abstrait ne font pas l objet de la présente démarche. Le seul type repéré dans notre corpus est le là anaphorique : là anaph = fc p rx(=ε 1..n ), où : x= l ici du loc. Exemples tirés de Libération : Mais il n y a plus personne pour s occuper des champs, or ils vont rester là des années. (Six mois après, le Tsunami omniprésent) où là village, terme contextuel, activé. De son vrai nom Osama Mustafa Hassan, l iman aurait ensuite été transporté sur la base américaine d Aviano, près de Trévise, puis sur celle de Ramstein, en Allemagne, où est basé le commandement européen de la CIA. De là, Abu Omar aurait été réexpédié vers Le Caire, puis incarcéré et torturé. (Treize agents de la CIA recherchés par l Italie) Après une matinée arc-boutés sur les bâtons de marche, nous apercevons enfin le sommet avec ses drapeaux de prière flottant au vent. Ces bouts de tissus colorés et couverts de textes religieux sont attachés là entre deux pieux, afin de remercier les dieux qui nous ont accompagnés dans cette ascension. (Les cols buissonniers) Remarque : entre deux pieux est une précision à localisation cathaphorique du repère anaphorique sommet. Sa première mue, il la réalise à l age de 19 ans. Jan Fabre n est alors qu un adolescent qui a grandi dans le quartier populaire de la gare centrale d Anvers ou s agglutinent Africains, Turcs et Chinois, là où désormais

268 260 Dan Dobre s élève Troubleyn, son théâtre aux allures de Facory à la Warhol. (Bourreau du corps) Parfois la fonction de continuité peut s appliquer à des ensembles de points constituant un domaine notionnel : Les élus locaux de gauche ont obtenu un délai d examen supplémentaire et la promesse de négocier certains points du transfert (assurance, primes, contrats aidés...) là où l ancien Premier ministre voulait leur forcer la main. (Budget 2006 : Matignon ménage les fonctionnaires) Les locutions adverbiales ici et / ou là 0. Les domaines d intégrité des deux occurrences se retrouvent conjointement (ici et là) ou disjointement (ici ou là), sans interférer : S observe en Europe, ici et là, un même désir de revenir à des valeurs universelles, en allant à contrecourant du matérialisme et du laïcisme... (Le bloc-notes d Ivan Rioufol) À noter encore ici et là, pas mal de sweat-shirts à capuche façon néoprène. (Chronique Bourlingueurs au grand style) Reynolds savait manier l allégorie et la parabole, et jusqu à l hyperbole, laissant dire et écrire ici ou là qu il était «le plus grand peintre que l Angleterre ait vu depuis Van Dyck». Info ou intox, il n en devient pas moins une figure de la nuit londonienne. (Reynolds, paparazzi du XVIII e ) Un seul contexte nous fournit une dernière forme, par-ci par-là assez rare : Laissé dubitatif par le service et les volées du Belge, le numéro un français ne grappillait que quelques

269 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 261 points par-ci par-là sur les mises en jeu de son adversaire. (Rafael Nadal tombe de son piédestal, F.) Remarques : 1. Les occurrences ci-dessus ont été dépistées surtout dans des reportages, relations et chroniques et rarement dans les commentaires ce qui fait penser à une typologie textuelle encline au décryptage spatial. 2. L interprétation de certains contextes reste à faire car toute une série d éléments situationnels endophoriques ou exophoriques peuvent intervenir. L application du concept de distance textuelle peut avoir des «effets déictiques surprenants». 3. Dans l établissement d une typologie spatiale plus complète encore d ici, la recherche devra opérer sur une typologie discursive variée. La preuve en est le non repérage dans notre corpus du type kleibérien Cochez ici!, Déchirez ici!. 2. Dimension déictique de la préposition 2.1. Préliminaires théoriques 0. La sémantique cognitive a regroupé toute une série de théories qui se sont donné pour but la clarification des processus cognitifs nécessaires à la production et à la compréhension des expressions spatiales 54. L objet de ces investigations est constitué par les conditions d application de certaines unités linguistiques en tant que conséquences de la situation énonciative réelle. Autrement dit, l emploi de la préposition X est un reflet des conditions offertes par le contexte. Dans cette perspective, le signifié de la préposition équivaut à la conceptualisation présidant à l application. Les prépositions sont regardées «comme autant de manières de coder certaines conceptualisations de la réalité externe» 55. Ces conceptualisations sont représentables 56 et varient selon la «variabilité indéfinie des

270 262 Dan Dobre contextes» 57. Le reflet mental de la diversité contextuelle se fait ressentir au niveau du prototype sous deux formes : modification intrinsèque de celui-ci 58 ou bien la supplémentation extérieure à la structure de base 59 (l image schématique est particularisée ou enrichie). Quant à la temporalité inférée par les processus mentaux euxmêmes et celle des prédications proprement dites, il faut accepter avec Langacker l identité entre le temps des opérations mentales et le temps de la prédication Détermination perceptuelle et cognitive de l emploi prépositionnel 1. Les prépositions spatiales orientent un objet-thème (CIBLE) par rapport à un objet de référence (SITE) 60. Par cible et par site nous devons comprendre des objets concrets : Veillée d armes contre l Irak. (MD) ou bien abstraits (notionnels) : Menaces sur la distribution de la presse. (MD) Le site doit posséder une série de propriétés (plus grand, plus complexe, géométrique, etc.) 61 qui lui assurent une prééminence physique surtout sur la cible à localiser. L étendue, la complexité du site rendent les deux énoncés ci-dessus acceptables. Parfois, le locuteur peut manifester une préférence pour l emploi de telle ou telle préposition. Jackendoff parle d un «système de la préférence à même de satisfaire des contraintes multiples 62. Ainsi, par commodité ou par certains traits du psychisme humain, les Anglais préfèrent employer above (étant donné son sens ascendant actualisant le vouloir générique transcendent de l homme) que below 63. La tendance ascendante des aspirations de l homme s explique par son désir permanent d accéder à un niveau supérieur. (N oublions pas qu au cours de son évolution, le sol a été pris comme repère inférieur de la localisation).

271 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 263 Il peut arriver que le site soit elliptique ce qui suppose un changement de catégorie grammaticale de la préposition (adverbe). Dans l enquête que nous avons faite au niveau des énoncés-titre, nous avons fréquemment constaté l absence de la cible et non du site (toujours présent). La cible, d habitude le sujet, est inférée : En côte d ivoire ; Descente aux enfers ; Entre les lignes. (MD) Comme nous l avons déjà montré le site doit être assez grand et bien délimité pour être facilement repérable : La taille admise dépend fondamentalement de la distance entre le lieu d énonciation et le site. Le point de vue adopté mentalement par le locuteur pour conceptualiser le site détermine également la taille possible de ce dernier Si la cible peut être mobile par rapport au site celui-ci est généralement fixe. La préposition à par exemple, renforce cette asymétrie. Ainsi, les phrases à site mobile sont inacceptables : * Jean est couché à son tigre apprivoisé. 65 En échange, si le site est fixe et la cible mobile, les phrases sont plus acceptables : Le chien est à l arbre (le chien est attaché à l arbre) ; Le banc est à l arbre (si l on a enchaîné le banc à l arbre par crainte de voleurs) La position du site doit être précise, connue. Elle doit être «spécifiée» comme le dit Cervoni, localisée dans le savoir commun des locuteurs. L incidence des sites exprimés par des noms propres, des syntagmes définis ou indéfinis joue gros jeu sur l acceptabilité des prépositions en général et de la préposition à en particulier. Ainsi, si une phrase à SN indéfini actualisant le site est inacceptable : * Léopold est à une maison ; * Léopold est à une maison infâme. (inacceptable malgré la détermination épithétique), une autre qui introduit des spécifications (lieux définis) est par contre acceptable : Léopold est à une maison que tout le monde connaît.

272 264 Dan Dobre (spécification dont le sens fait partie de la connaissance partagée des protagonistes de la communication) 67 On constate donc, avec Vandeloise, que l emploi de la préposition à est toujours possible si son site est un nom propre ou un SN déterminé (spécifique). C est une première constatation qui nous fait penser au rôle du référent dans l emploi déictique des «occurrences» prépositionnelles. On peut donc affirmer que plus la référence est spécifiée (le contenu sémémique est consistant), plus la déicticité est rendue fonctionnelle. Si la préposition à, en tant que «tête chercheuse» (s ) oriente vers un SN défini précédé des quantitatifs le, la, les 68, c est aussi parce que ces prédéterminants ont à l origine un trait de déicticité : Il est au bureau du deuxième Sélection et conceptualisation de l espace 1. L. Talmy (1983) 69, C. Vandeloise (1986), G. Lakoff (1987) 70 se sont efforcés de décrire les conditions perceptives qui favorisent le choix de telle ou telle préposition aussi bien que la conceptualisation de l espace en fonction de ces conditions. Leurs constatations mènent à l élaboration de deux thèses contraires, la seconde étant pourtant la plus forte : 1. les conditions réelles du monde perçu déterminent partiellement le choix des unités prépositionnelles aptes à rendre l énoncé acceptable ; 2. les prépositions sont capables d imposer des schématisations de l eccéité. 2. Pour rendre cette seconde thèse valide, il faut que le référent satisfasse des conditions minimales déterminant une schématisation qui lui soit propre. Remaquons que la propriété commune aux référents des énoncés suivants est d être linéaires et unidimensionnels, ce qui explique le même choix prépositionnel :

273 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 265 The trickle flowed along the edge ; The snake lay along the edge ; There was milk along the edge. 71 C est un argument supplémentaire à l appui des théories causales visant la prééminence du référent dans le choix de l unité déictique et implicitement de notre propre thèse de la mécanique classématique réactivée, car la relation d accessibilité établie entre les deux unités passe par le classème que les deux structures sémémiques impliquent. 3. Étant donné les conditions d applicabilité variables des prépositions, ces unités deviennent polysémiques. Les schémas dérivent les uns des autres ayant comme effet une hétérogénéité des processus de schématisation. Selon Vandeloise, les emplois «excentriques» d une préposition dérivent de sa structure prototypique par le biais d une nouvelle schématisation 72 qui instaure ainsi une nouvelle relation d ostension déictique conforme aux contraintes d application respectives Difficultés 0. Pourtant, remarquons avec Fortis qu il y a des situations en sémantique cognitive où les difficultés ne nous épargnent pas : 1. le pouvoir limité des schématisations. Ainsi, les schémas fondamentaux de over (au nombre de six) ne recouvrent pas toutes les particularisations de l unité en question qui a besoin d autres schémas, c est ce qui fait affirmer Fortis que «leur niveau de schématisme les place au-delà du niveau privilégié de traitement conscient». Autrement dit : «la conceptualisation active dans le traitement d une préposition pourrait donc impliquer des composants superflus» la spécification intégrale ou minimale : comme la spécificité de la préposition est difficilement décelable en dehors du contexte, il arrive parfois qu il y ait tendance à intégrer aux acceptions prototypiques, d autres traits sémantiques potentiellement actualisables dans des situations particulières. En revanche, la systémique d une étude globale de la langue permettra une meilleure répartition de la contribution sémantique des unités linguistiques.

274 266 Dan Dobre 3. les modes de conceptualisation sont linguistiquement relatifs : il s agit au fond de l universalité des représentations opérées. Avec Levelt 74, Fortis avance que le système de référence de la localisation des objets pourrait prétendre à l universalité. Il comprend essentiellement un thème (la cible) et un site (éventuellement un site secondaire). 4. la validité psychologique de la conceptualisation. Selon Vandeloise 75, la psychologie sert à suppléer au manque de contraintes de la sémantique linguistique (voir à cet égard, l excellente intuition guillaumienne qui nous a offert un modèle sémantico-cognitif efficace et qui est à l heure actuelle toujours en place). Malgré les difficultés auxquelles se confronte la sémantique cognitive, la recherche ne peut se passer des acquisitions d une théorie générale de la préposition placée sous le signe de la sémantique, car «tout dans le langage est au service du sens» 76. Les diverses perspectives : la logique, la linguistique fonctionnelle, la syntaxe et la pragmatique ne font qu éclairer sous divers angles le même objet et contribuer à la description et à la définition de son statut en langue et discours. Dans le domaine des conceptualisations, le modèle guillaumien reste à l heure actuelle même le plus fiable La réflexion guillaumienne 0. Placée dans l en deçà des structures, dans une zone appelée «idéation de structure» 77, c est-à-dire devant le vide que l esprit rencontre dans la description des faits, la réflexion guillaumienne occupe le vacuum «déflexif» et «réflexif» par des considérations sémantico-cognitives structurelles et fonctionnelles : «la structure est faite quand le fonctionnement commence», affirme Guillaume dans sa Leçon du 20 déc., 1951 : Transprédicativité des prépositions. La dichotomie fondamentale Espace vs Temps détermine la structuration générale des parties du discours se reflétant dans la distinction linguistique du Nom et du Verbe : «Le contraste d un univers espace et d un univers temps est rendu en langue par celui du nom et du verbe et cette

275 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 267 distinction marque l ouverture l horizon d ouverture du système des parties du discours» 78. La séparation V vs N est figurée dans sa Leçon du 12 avril (1956 : 1) comme suit : y x x y où le segment yy indique le prolongement continuel dans le système du plan de N et du plan de V. Ce schéma essentiel délimite dans les deux colonnes le plan des autres parties du discours (PD). Ces unités se situent à des distances variables selon le principe d incidence 79. Ainsi les PD prédicatives reçoivent une «représentation cinétique géométrale» 80 où l on peut distinguer trois étapes 81 : étape I étape II étape III x x Nom substantivation / substantif adjectivation/adjectif adverbe O 1 O 2 O 3 y 1 verbe verbe conjugué personnellement O 0 y

276 268 Dan Dobre Ces PD sont nommées par Guillaume prédicatives car «la relation considérée reste fondamentalement celle non outrepassée, de prédicat à sujet» 82. Au-delà de la prédicativité s ouvre la transprédicativité en tant que volet transcendent de la première. Par transcendance, il faut comprendre un mouvement qui prend son point de départ à l endroit où un mouvement antérieur s est terminé. C est un mouvement orienté vers une infinitude faisant suite à une plénitude atteinte 83. C est dans ce champ transprédicatif que Guillaume place la préposition dont le système se présente comme «une sorte de calque de la binarité nom/verbe» 84 : nom verbe système prédicatif Fermeture et réouverture d un nouveau système à de Dans ce schéma, à et de ne figurent qu en tant que symboles de la catégorie. 2. Prépositions et «saisies» guillaumiennes. La «saisie» est une technique capable de reconstituer les systèmes dont la langue se recompose. «L essentiel de cette technique consiste à se représenter chaque phénomène linguistique sous l aspect premier de son développement longitudinal et à en faire l analyse, ainsi que le fait la pensée elle-même au moyen des coupes transversales portées par le travers du développement longitudinal» 85.

277 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 269 Dans ce sens, A. Rocchetti, 86 cité par Cervoni (note 45, op. cit. : 147), distingue entre : Vado a Milano («saisie» précoce et de mouvement orienté) vs Sono a Milano («saisie» tardive, absence de mouvement). Voilà en figure ces types de mouvement : a di S 1 S 0 où : S 1 marque le mouvement en perspective (=le sens de ad du latin) ; S 0 indique le mouvement parvenu à son terme. Son statisme s oppose au dynamisme de S 1. Ce mécanisme est prototypique pour toute une série de saisies qui, situées entre les deux extrêmes, donnent à la préposition des effets de sens variés contextuellement. Ce schéma de Rocchetti est basé sur les notions d approche et d éloignement guillaumiennes à même d établir une ordination dans la langue. Ce ne sont pas des «mouvements perçus», mais des «notions de mouvements» 87 représentables à l état pur par le schéma suivant : approche position position éloignement Comme Cervoni le remarque, ces deux notions apparaissent souvent dans divers passages des «Leçons» sous les noms d afférence et d efférence par rapport à un objet référentiel. Elles instituent ainsi une description «cinétique» de la préposition, élément fondamental pour la dimension déictique qu elle implique. 3. Module et argument. Dans l effort guillaumien de jeter les bases d une théorie de la préposition, la distinction : module vs argument, placée au seuil d aperture du système des parties de

278 270 Dan Dobre discours transprédicatives inaptes à l adjectivation 88, occupe une place de choix. Le module de la préposition est un petit système binaire constitué de deux mouvements («afférence» et «efférence» référés à une limite) 89 : Le second élément de la distinction sert à argumenter le premier de diverses manières «tout en restant constant». Exemple : soit à / de. On peut avoir un argument de direction, la limite étant Paris : Paris à de Je vais Je viens Le cas est d une netteté parfaite. 90 La «direction», l «appartenance», la «possession», etc. constituent en fait, surtout dans le cas des prépositions vides, le contenu sémantique descriptif dont l «occurrence» se charge en usage contextuel afin d orienter la cible par rapport au site. 4. Préposition et «signifié de puissance». Les signes guillaumiens existent à deux niveaux : celui de «puissance» (en langue, signe unaire) et celui «d effet» (en discours, signe polyvalent). Par rapport à d autres conceptions, statiques et purement logiques 91, la théorie de Guillaume est dynamique : ces unités linguistiques connaissent une genèse, un mouvement de pensée dont le prototype pour le français est constitué par le couple afférence/efférence illustré par les prépositions à et de. Selon Cervoni, cette conception est supérieure à celle de Brøndal sous trois aspects : 1 si pour ce dernier les prépositions sont des «concepts de l espèce la plus générale», Guillaume va plus loin en avançant l hypothèse de l idéation préalable issue du mouvement fondamental universel singulier / singulier universel ; 2 le signifié des prépositions est de nature cinétique car il résulte de la réitération d un mouvement structurel à même de charrier de la matière notionnelle ; 3 les cinétismes créateurs de prépositions ont pour base ce binarisme fondamental issu de l intuition guillaumienne. Ces signes

279 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 271 «d effet» retrouvables en discours sont autant d actualisations du «signifié de puissance» Incidence 0. La transprédicativité de la préposition qui veut dire non incidence à un support, donc incidence hors catégorisation, finit au niveau de la langue par «échoir... à un vide» 92. En discours, ce vide actualise un intervalle entre deux termes prédicatifs où la préposition «échoit» ce qui vaut à «l incidence» de la préposition la qualification de «diastématique» (alors que l incidence des parties de discours prédicatives est dite «sémantique»)» 93. Dans la conception de Guillaume, l incidence de la préposition est réalisée entre deux supports sémantiques (A et B). Elle remplit un intervalle vide appelé «diastème» 94. Pourtant, en syntaxe résultative, elle établit un rapport entre A et B. Ce rapport est bilatéral, sémantico-syntaxique et on peut admettre avec G. Moignet 95, l existence d une double incidence des unités prépositionnelles capables de jouer un rôle dans l apport de sémantèse 96. Ce regard de deux côtés rend la préposition en quelque sorte comparable au verbe transitif 97, idée qui conforte l interprétation déictique de l unité prépositionnelle par ingurgitation et transfert de sémantèse Vacuité sémantique des prépositions. 1. L impression de «vide sémantique» est produite par une distinction du type à, de / avec, sous, avant, après où les unités du second membre de l opposition semblent avoir une charge sémantique plus évidente. La commutation des deux premières avec zéro ne fait que renforcer l idée de vacuité sémique : traiter d un sujet = traiter un sujet, atteindre au but = atteindre le but 98. Même oscillation dans le cas des divers verbes tels que commencer à/de, continuer à/de, etc. La syntaxe génétique n a assigné à ces deux unités que le rôle de combler «l hiatus» installé entre les unités lexicales d une phrase. En fait, en termes guillaumiens, l intervalle installé entre des unités

280 272 Dan Dobre comme : j arrive... Bucarest, Le père... mon amie, se mettre... travailler doit être «argumenté» par des arguments de direction, appartenance, inchoativité pour la bonne grammaticalité du produit langagier. 2. Apparemment vides en langue, ces prépositions actualisent discursivement des «tokens d effet» qui les remplit de contenu sémique. Sans ces traits sémiques et classématiques leur mécanique combinatoire serait nulle, incapable de réaliser des couplages lexicaux comme base de l activation de la relation d ostension. Ce remplissage sémantique est effectué à gauche et à droite. Le transfert de sèmes venant du terme A est le plus fréquemment réalisé par la transitivité du verbe. «La transitivité est une propriété sémantique qui consiste à orienter une substance vers un au-delà en le suggérant.» 99. G. Moignet reprend cette idée du transfert de substance orientée et la rattache à l incidence 100. Il distingue une partie active (causative) incidente au sujet et une autre passive (résultative) qui dans le cas des verbes transitifs directs est incidente à l objet en tant qu «au-delà». Même mécanique dans le cas de la transitivité indirecte : la sémantèse du verbe infère une certaine idée dont l expression est assumée par un élément externe relié au verbe par une sorte de «rallonge» 101 pour que l accessibilité de A à B s établisse. La préposition à semble avoir perdu de sa valeur propre jusqu à devenir un simple morphème de transitivité 102. La mise en place d un pareil statut des prépositions a été facilitée en général par l incomplétude sémantique du groupe verbal. Cervoni 103 exclut d emblée l idée de vacuité sémantique qui assigne par ricochet un rôle purement grammatical aux prépositions. Dans sa conception, il envisage une description sémasiologique de ces unités et avec Moignet, qui a été le premier à le démontrer, il admet une différence de densité sémantique entre à/en et de. Moignet parvient à distinguer dans la classe des prépositions une zone de sémantèse transcendante des prépositions monomorphématiques (à, en, de) et une zone de sémantèse immanente plus dense sémantiquement des prépositions di- ou triphonématiques (dans, vers, par, pour, sans, sur, dès, chez, entre), avec étant la seule formée de quatre phonèmes 104.

281 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien Vertu relationnelle des prépositions 1. L unité prépositionnelle institue, comme on l a déjà montré, une relation entre deux termes, A et B. Il s agit d une incidence de nouveau type que G. Guillaume appelle «bi-latérale». Si pour V. Brøndal les prépositions ont un caractère relationnel particulièrement accusé 105, B. Pottier souligne, en échange, la substance sémantique réelle qu elles possèdent, différente de celle du lexème 106. Ce sont des éléments qui expriment une «prise de position relativement à la substance prédicative d un ou plusieurs lexèmes» 107. Les deux termes doivent se situer dans la sphère de l eccéité où la présence explicite est en principe obligatoire pour le terme B, ce qui justifie l existence des énoncés du type : Au-dessus de la mêlée. (P) Sur fond de discrimination. Dans les «corridors de développement de l Union Européenne». (MD) Si B est implicite la préposition devient «ipso facto» un adverbe 108. Pottier s y oppose et continue de considérer préposition une pareille unité même si elle et placée devant un nominal absent. Selon nous, la position de Pottier est plus raisonnable, car tout en acceptant l absence du terme A on infère la même possibilité pour le terme B. Pourtant, il faut remarquer la présence nécessaire d au moins un terme (A ou B) pour que la vertu relationnelle de la préposition ne soit pas mise en doute. Quant au terme B, c est un nominal : nom, pronom, infinitif, forme en ant du verbe, syntagme prépositionnel, phrase nominalisée 109. Ce qui est très intéressant pour le transfert sémique du terme B vers l unité prépositionnelle et implicitement pour le mécanisme déictique que nous voulons décrire, c est l affirmation suivante de G. Moignet : certains mots de la langue ont la «capacité d intégrer en eux la substance notionnelle d une phrase pour en faire un nom de discours» 110.

282 274 Dan Dobre 2. Il y a des situations où la préposition est dépourvue de toute fonction relationnelle, n ayant de rapport syntaxique qu avec l élément qui suit. C est un article ou «particule transprépositionnelle» 111. Le dédoublement de de, par exemple, (a. préposition représentant l état plénier de la lexie de et b. particule) s explique par la théorie de la «subduction ésotérique» (ordination sémantique) guillaumienne. La particule est l état subduit de la préposition. Le transfert de sémantèse verbale assure à côté de l injection sémique effectuée par le référent le fonctionnement en «régime de croisière» déictique de la préposition. Pour ce qui est de la deixis spatiale, les verbes locatifs jouent un rôle fondamental dans la mécanique ostensive en question. Du point de vue fréquence, ils occupent une place de choix dans le type de discours analysé Les verbes locatifs. Complémentation construite avec à 0. Jean-Paul Boons appelle verbe locatif «tout verbe ou emploi de verbe dont la complémentation nucléaire (ce qui implique de manière stricte, non circonstancielle) met en jeu une relation locative entre deux arguments au moins» 112. Dans l enquête que nous avons faite au niveau des verbes locatifs dont la complémentation est construite avec la préposition à, nous avons été obligés d admettre parfois l existence d un argument implicite. Ainsi, si dans une construction du type : Max adosse une bibliothèque contre le mur 113, les deux arguments sont actualisés par les lexèmes bibliothèque (la cible), le mur (le site), dans un énoncé-titre elliptique tel : descente aux enfers, le premier terme nous (ou le je du journaliste) étant sous entendu. Notons avec é = l état, i = l état initial, f = l état final, c = le corrélat du lieu (la cible) et Pr = le procès, = l implication, et essayons de voir dans ce qui suit comment la charge sémantique du verbe est transmise à la préposition (surtout dans le cas des prépositions considérés «vides») qui oriente la cible vers un certain site, vers un référent qui lui aussi peut remplir le «vacuum»

283 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 275 prépositionnel d une certaine information sémique (classématique). Or, la suppression de toute distance locuteur-site entraîne l inacceptabilité d une phrase comme : * Baudouin vient à sa chambre Typologie des verbes locatifs 1. Selon Boons la présence dans une phrase processive d une relation locative initiale ou finale est suffisante pour réaliser la nucléarité du complément prépositionnel impliqué par cette relation. Les compléments qu il appelle «médians» ne seront considérés nucléaires que lorsqu ils sont construits avec un verbe locatif comme dans l exemple suivant : Max balade le chien <cm> dans le parc <lm> Le chien <c> est dans le parc <l>. 115 Dans la typologisation faite au LADL qui obéit aux principes du lexique grammaire, le concept de polarité aspectuelle du verbe est essentiel. Ainsi les verbes locatifs peuvent être caractérisés par une polarité aspectuelle purement finale (FU type : adosser), initiale (IU type : dévisser, défricher) ou bipolaires téliques (BB type : muter, migrer) qui impliquent le passage d un état initial à un état final. Dans ce dernier cas, la répartition de l information sur les deux états est équilibrée 116. L unipolarité n exclue pas l existence d un état médian ; vadrouiller, par exemple, sera défini comme MU(médian unipolaire) car il ne comporte aucun passage d un état initial à un état final. 2. Notre enquête 117 vise une série d énoncés-titres où les verbes locatifs sont construits avec la préposition à. Les classes décelées sont les suivantes : A. Nominalisation du procès verbal : descente (< descendre), retour (< se retourner), réunion (< se réunir) : Sous-classe 1 : Descente aux enfers : [nous moi] <c> DESCENDRE <mb> à N <lf> ; Retour sur la crise des missiles à Cuba : [nous, le monde] <c 1 > RETOURNER <b> sur SN <lf 1 c 2 > à N <lf 2 >. Caractéristiques :

284 276 Dan Dobre a. verbe implicite à un seul argument ; b. le sujet - l argument manquant - est implicite : moi, le journaliste, et respectivement nous, le monde ; c. le procès marque un parcours, une trajectoire ce qui le rend médian. Cette trajectoire est orientée vers un point final. La vocation ostensive des processifs orientés DESCENDRE et RETOURNER est transmise à la préposition à dans le premier exemple et respectivement, à sur dans le second (première étape de la projection, sur un locatif notionnel) et à la préposition à (seconde étape de cette même projection, sur un locatif topologique géographique). d. retourner, est un verbe bipolaire télique, à complément nucléaire non circonstanciel. Sous-classe 2 : Réunion I (13, 15) / Aujourd hui à Cagnes-sur-Mer ; Réunion II (13, 30) / Aujourd hui à Enghiem-Soisy. Caractéristiques : a. la processivité cette fois-ci centripète est impliquée par la sémantèse du verbe se réunir, plusieurs trajectoires étant orientées vers un point central (le site) : x b. la limite finale est temporelle et spatiale tout à la fois ; c. le terme corrélat est inféré (sportifs, supporters, journalistes) et la lf est un point topologico-géographique déterminé ; d. la description locative de la relation d orientation ostensive prépositionnelle est la suivante : [nous = sportifs, supporters, journalistes] <c> ÊTRE adv à N <lf>. B. Verbe complètement elliptique à deux arguments lexémisés : Sous-classe 1: De l antiterrorisme à la guerre.

285 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 277 Caractéristiques : a. le verbe est complètement exclu de la phrase. Il ne subsiste qu au niveau inférentiel : on évolue de N 1 à N 2. Il est bipolaire et médian : [nous évoluons] <mb> de N 1 <c> à N 2 <lf>. b. la location comme le corrélat sont notionnels ; c. le parcours est une trajectoire. Sous-classe 2: Le trottoir rapide à l arrêt. Le trottoir <c> rapide à l arrêt <lf> : N 1 Être à N 2. Caractéristiques : a. l ellipse du verbe statique (la lecture est statique et non pas processive) ; b. le verbe est locatif non médian. C. Verbe explicite à un seul argument, <c> implicite Partir au Canada, pourquoi pas : (PARTIR de N 1 [<c>] à N 2. Cette fois-ci, il s agit d un verbe de déplacement, apparemment unipolaire car ciblé sur un état initial ; mais comme on ne peut pas partir sans jamais arriver à un point final (ne fût-ce que le point de départ lui-même), on pourrait interpréter ce verbe comme bipolaire (la classe BB de Boons 118 ), car l énoncé ci-dessus veut dire : Changer de domicile de France (de N 1 ) au Canada (à N 2 ) 119. L information du verbe est projetée sur la préposition à orientant ainsi la cible présupposée (nous les Français sans emploi) vers le site un locatif topologique en tant que complément nucléaire et limite finale (lf). Le niveau second de lecture : Nous sommes au Canada (lecture statique) est rendu inexistant de par la structure implicite hypothétique de l énoncé : Si on partait au Canada formule inférée par l adverbe interrogatif négatif pourquoi pas. Tout en orientant le procès du verbe (y compris la cible) vers le site, la préposition à devient processive marquant un trajet à parcourir. À remarquer aussi la télicite d un pareil verbe, i.e. il implique le passage d un état initial à un état final sans que ce changement ne suppose la négation pure et simple du premier comme dans le cas de

286 278 Dan Dobre défricher <IU>. Partir au Canada, c est déménager d un lieu à un autre pour exercer, en général, la même profession (v. supra 116). Conclusion Notre enquête n est pas faite sur un corpus exhaustif (voir note54). Ce qui serait d ailleurs impossible à moins que ce ne soit un travail d équipe. Mais elle a mis en évidence le transfert sémantique nucléaire opérée sur la préposition dite «vide» et implicitement sur la complémentation en tant que site. Certes, l information sémique transférée varie quantitativement selon la nature plus ou moins «pleine» de l occurrence prépositionnelle, selon sa «disponibilité classématique» à même de réactiver en contexte l ostensivité de l unité linguistique en question. On peut aussi affirmer qu une structure comme être à,structure existentielle, locative et ostensive, engendre un emploi déictique de type sui-référentiel de la préposition, la cible «se superposant» plus ou moins au site Prépositions et verbes de mouvement relation d accessibilité 1. L analyse du rapport entre le verbe de déplacement (vdp) et la préposition locative qui lui est associée (Prépl) permet de constater qu entre l information nucléaire du verbe et l unité prépositionnelle il s installe une relation locative à double volet : une relation de congruence 120 où la préposition apparaît comme redondante par rapport au verbe et une relation de non congruence lorsque l unité prépositionnelle «apporte une ou plusieurs informations autres que celles impliquées par le verbe» 121. Pour mieux mettre en évidence le type de relation sémantique entre un verbe de déplacement et la préposition qu il accepte pour construire une relation locative, D. Laur met en marche toute une combinatoire possible de propriétés à partir de laquelle il établit une typologie du déplacement qui ne fait pas l objet proprement dit de notre enquête. 2. Selon D. Laur, trois facteurs de catégorisation sémantique interviennent dans la définition des vdp :

287 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien la polarité aspectuelle de J. P. Boons 122 : (i) = initiale (le lieu initial du verbe servant de point de départ pour le calcul du déplacement partir) ; (f) = finale (lieu d aboutissement du mouvement arriver, entrer) ; (m) = médiane (marque le lieu où se trouve la cible pendant le déplacement passer, courir, graviter). 2. la relation de localisation : a. interne, si le vdp marque l inclusion ou le contact (initial, final, médian) de la cible d avec le lieu de référence (sortir, arriver) ; b. externe, si le vdp décrit au contraire une disjonction (initiale, finale, médiane) de la cible et du lieu de référence (s éloigner, s approcher, graviter). 3. le déplacement par rapport au LRV. Le verbe décrit : a. le passage d une localisation à une autre (changement du lieu de référence sortir, entrer) ; b. le déplacement orienté ou non dans l espace sans impliquer une disjonction entre l état de départ et d arrivée (marcher, s approcher, graviter, retourner) Propriétés du corpus analysé 1. Formes du vdp. Une première constatation concerne le nombre réduit de verbes de déplacement au niveau des énoncés-titres. Les deux sources, Le Parisien et Le Monde Diplomatique, ne nous ont fourni que deux exemples de vdp finis : D autres objets ont été lancés du véhicule ; Les militants du non entrent en campagne. (P) Pourtant, les vdp peuvent revêtir la forme d un infinitif : Partir au Canada, pourquoi pas ; Se reconvertir dans le tourisme n est pas un échec. (P) ou bien la forme d un nominal : Arrêt sur images ; Descente aux enfers ;

288 280 Dan Dobre Retour sur la crise des missiles à Cuba. (MD) constituant en fait autant de constructions spécifiques de ce type de discours. 2. Facteurs de catégorisation sémantiques. Les propriétés décelées dans notre corpus sont présentées dans le tableau suivant : initiale (i) finale (f) médian (m) changement du lieu de référence (1) interne (int.) partir (de) lancer de entrer en s arrêter sur descendre à non changement du lieu de référence (1 ) interne (int.) retourner sur orientation (2) interne (int.) externe (ext.) se reconvertir dans Pour ce qui est des prépositions nous les avons recensées comme suit: Interne (int.) Externe (ext.) Prépositions positionnelles Prépositions directionnelles Initiale (i) Finale (f) Médiane (m) à, dans, en, sur de

289 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 281 Les prépositions décrivent le contact et l intériorité de la cible avec le site de même que le point inital de départ du mouvement; leur structure catégorielle permet par une relation de congruence le couplage avec le vdp 123. Compte tenu des propriétés, énumérées par D. Laur et repérées dans notre corpus, nous constatons la présence d une relation d accessibilité entre le vdp et la Prépl réalisée par au moins un trait commun aux deux unités 1. lancer de partir de [i,1, int.] [i, int.]; 2. entrer en [descendre à] [f,1,int] [int] ; [(s )arrêter sur] 3. se reconvertir dans : [f,2,int.] [int.] ; 4. [(se) retourner sur] : [f,1,int.] [int.] où 1, 2, 3, 4 correspondent à des classes de déplacement différents 124. Conclusions : 1. Sur le plan cognitif, la combinatoire des traits sémantiques vdp + Prépl met en évidence une relation d accessibilité d une unité à l autre. Le verbe semble «cibler» l unité prépositionnelle à travers les propriétés acceptées par cette dernière afin de pointer le mouvement de la cible vers le site. 2. Sur le plan linguistique, «Quelle que soit la combinaison concernée, le verbe détermine toujours la propriété changement de lieu ou orientation, cette propriété lui étant spécifique.» 125. Quant à la préposition, elle détermine la «localisation interne ou externe de la cible par rapport au lieu de référence à l issue du procès. Lorsqu elle est directionnelle, elle détermine en plus la polarité du déplacement, en congruence (sortir de) ou non (arriver de) avec le verbe.» 126

290 282 Dan Dobre 3. Cette sémantique du déplacement résultant selon J. Dervillez Bastuji et D. Laur d une interrelation entre les propriétés des divers constituants «des différentes structures implique à n en pas douter l idée sous-jacente d ostension, d orientation vers un lieu de référence précisé ou non. Pour que la «monstration» soit valide, il faut, du côté droit cette fois-ci de la préposition qu au moins un processus d investissement sémique minimal ait lieu La deixis des prépositions Cinétisme sous-jacent fondamental 0. La distinction «mouvements notionnels» vs «mouvements perçus» sous-tend le couple oppositionnel devenu classique langue vs discours. L argumentation espace-temps des prépositions ne s établit qu en discours, dans la momentanéité que celui-ci infère ; «en langue, la préposition l ignore», affirme Guillaume dans la note 1 de la Leçon du 14 déc La déicticité proprement dite n a rien à voir avec les «mouvements notionnels» d approche et d éloignement ; elle doit être cherchée au niveau des «mouvements perçus» à travers l argumentation comme «effet discursif» du cinétisme sous-jacent guillaumien. Une fois l espace diastémique rempli, toute une mécanique d orientation de la cible vers le site se met en marche. Dans cet engrenage, l horizon d aperture des prépositions à et de en constitue l essentiel. Sa simplicité maximale est la source première de toute une panoplie notionnelle à même de produire, en discours, des entités diverses. Si à l origine le couple à et de n a pas d affinité particulière avec l espace, cette dimension leur sera discursivement induite tant au niveau de leurs propres emplois qu au niveau surtout des autres dérivés, plus spécialisés tels que dans, sur, sous, etc. La déicticité des unités en question peut être ponctuelle (voir à cet égard le rôle des verbes statiques ou dynamiques (voir aussi le rôle des verbes de déplacement). Les prépositions «vides» comme à, par exemple, possèdent une marge de variation statique/dynamique

291 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 283 considérable 127. C est une réalité qui s explique, entre autres, par la polyvalence et la gradualité de la densité sémantique dont parlait Moignet Obligativité existentielle des termes A et B 0. Pour que l orientation de la cible soit possible, la préposition développe ce que G. Guillaume nommait une «incidence bilatérale». Brøndal 128 aussi avait insisté sur le caractère relationnel particulièrement accusé de l unité prépositionnelle installée dans l espace diastémique délimité par A et B. La mécanique déictique ne peut fonctionner en dehors de l existence implicite ou explicite de ces deux bornes. L existence in praesentia ou in absentia (mémorielle) du couple AB est absolument nécessaire car elle facilite : 1. le transfert/l injection des propriétés sémiques (si cela est nécessaire, comme dans le cas des prépositions «vides») des deux supporters vers/dans l unité prépositionnelle afin de mettre en marche la mécanique classématique ; 2. l enclenchement classématique par le biais de l endockage de propriétés communes déjà existantes dans la sémantèse prépositionnelle, permettant ainsi l émergence de la relation d accessibilité ; 3. la réactivation, par voie de conséquence, de la relation d orientation-ostension contribuant ainsi au repérage contextuel du sens et de la signification Incidence et orientation 0. Caractérisée par une double incidence syntaxique, la préposition «regarde des deux côtés vers son avant et vers son après» 129.Cependant, du point de vue déictique, ce regard est uniquecelui de la cible vers le site. Tel le verbe transitif qui est le signe d une «mutation de l activité d un causatif en la passivité d un effectif» 130,

292 284 Dan Dobre la préposition opère le même type d opération, progressive ou régressive : Le chien est dans la cour. intériorisé intériorisant CIBLE SITE Le jardin est visité par Pierre. intériorisant SITE intériorisé CIBLE Outre les déterminations verbales et référentielles de la préposition, sa sémantèse même implique une certaine «vision». À cet égard, rappelons le trinarisme de Pottier, (vision prospective, coïncidente et rétrospective) qui s efforce de développer le modèle binaire qui reste pourtant le plus productif Pragmatique des prépositions 1. Les dimensions sémantiques et syntaxiques des unités prépositionnelles ne peuvent pas fonctionner en dehors du contexte énonciatif où l énoncé est ancré. À l encontre de Cervoni qui affirme qu «il n existe pas de préposition que l on puisse qualifier de déictique» 131, nous croyons que la déicticité de ces unités émerge en emploi comme effet de sa structure et de son fonctionnement. Cet effet discursif est dû aussi, entre autres, à une série de facteurs de nature pragmatique : intentionnalité, disposition des interlocuteurs dans l espace, distance, cible/site, données encyclopédiques, etc. 2. Dans le calcul déictique des prépositions, la position spatiale du locuteur et/ou de l interlocuteur est déterminante. Selon la position de l énonciateur, on peut déterminer l avant et l arrière d un objet dépourvu d orientation propre. Cette spécification 132 se fait moyennant un système de coordonnées indirectes d orientation extrinsèque contextuelle (polarisation site) pour suppléer l absence des coordonnées d orientation intrinsèque (polarisation = site).

293 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 285 Dans le premier cas, le rôle de la polarisation est joué par un autre objet : 1. la cible elle-même si celle-ci possède en propre une autre orientation : Le chien est devant l assiette. comme tout pas d orientation intrinsèque être vivant, il est orienté selon les trois axes(polarisateur) 2. un observateur pris pour témoin de la configuration cible/site. S il est le locuteur, alors il impose par son ici même une orientation déictique à la relation spatiale. À sa place, l interlocuteur ou un témoin quelconque peut servir d observateur. «Vue sous cet angle l orientation déictique n est qu un cas particulier de l orientation contextuelle». 133 P 1 P 6..n P 2 P 3 cible / site P 5 orbite de l observateur résultant de ses positions possibles Le schème Pprécédent 4 montre comment l ici changeant de l observateur (P 1... P n ) peut inverser complètement le sens de la préposition : Le chien est derrière l assiette. 3. Le co-texte temporel prédéterminatif ou sémantique des supports élèvent le degré de déicticité des prépositions. 1. Selon Cervoni 134 les prépositions depuis et dans employées avec le présent ou avec le passé composé et respectivement avec le

294 286 Dan Dobre futur simple/composé ou présent à valeur de futur sont déictiques ; utilisées avec un imparfait ou un passé du subjonctif leur déicticité devient inacceptable. Il pleut depuis trois jours. vs. Il pleuvait depuis trois jours quand l accident se produisit ; Il partira dans trois jours vs. Il faudra que vous ayez quitté la ville dans les trois jours qui suivront la sentence. 2. Un autre cas intéressant est celui des prépositions dites «vides» qui se voient renforcer leur déicticité par contraction avec l article défini «le» : Partir au Canada ; Bastia n a jamais gagné au Parc. (P) 3. Sans porter atteinte à la déicticité des déterminations cotextuelles de nature sémantique, ces dernières peuvent affecter les propriétés prototypiques de la préposition : du sens spatial de sur (positionnement sur une surface) on obtient un sens directionnel locatif : Dès demain, froid sibérien sur la France (sur prototypique) ; Feu sur les entreprises publiques en Europe (sens dérivé directionnel). 4. Les connaissances situationnelles et encyclopédiques jouent gros jeu dans le calcul de la déicticité prépositionnelle. En voilà un excellent exemple tiré du même ouvrage de Cervoni où la désambiguïsation de à tient surtout du savoir encyclopédique du récepteur ou bien du savoir que celui-ci possède en commun avec le locuteur : Il s est suicidé au café, où le syntagme prépositionnel prend une valeur locative (l endroit du suicide), temporelle (au moment où il prenait son café), instrumentale (le café moyen de son acte), causale (le café cause de sa mort). Le titre de presse et surtout la publicité jouent souvent sur l ambiguïté. C est une stratégie pour capter de l attention du lecteur, pour le prendre dans les mailles du texte écrit ou imagé.

295 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 287 Dans : Plein feux sur Manon Lescaut, (P) il ne s agit pas du roman de l Abbé Prévost, mais du cheval «incontournable» de Pierre Levesque, capable de gagner pour la cinquième fois la course hippique à Enghien-Soisy. Pour que l effet soit maximal, le journaliste porte l ambiguïté à son comble ; un titre comme : Entre les lignes... (MD) invite le lecteur à parcourir le labyrinthe des interprétations possibles : les lignes de combat en Irak, les lignes du texte entre lesquelles on peut lire un certain message, les «lignes» de la contestation de la guerre toujours amplifiée aux États-Unis. Les diverses localisations auxquelles renvoie la préposition interfèrent à tel point que toutes les interprétations restent simultanément valides. En guise de conclusion, remarquons que dans la désambiguïsation des syntagmes prépositionnels, le sémantisme du lieu de référence est déterminant. La préposition ne fait qu orienter vers le référent, le localiser dans divers champs ontologiques que seuls les facteurs pragmatiques peuvent différencier Mécanique déictique de la préposition 0. Les acquis théoriques que nous venons d exposer structurent l architecture intrinsèque des niveaux d analyse suivants : (1) sémantique, (2) syntaxique et (3) pragmatique. 1. Retenons, dans ce qui suit, pour chaque niveau à part, ceux qui vont nous conduire à dresser un schéma prototypique du fonctionnent déictique de l unité prépositionnelle : A.niveau sémantique : 1. toute théorie générale de la préposition doit être placée sous le signe de la sémantique car «tout dans le langage est au service du sens» ; 135

296 288 Dan Dobre 2. la «transprédicativité» guillaumienne et, dans ce contexte, sa structure fondamentale binaire Module («afférence» et «efférence») vs. Argument (charge sémique, direction, appartenance, etc.) ; 3. la dichotomie «signifié de puissance» (en langue) vs «signifié d effet» (en discours) assure aux prépositions une genèse, un mouvement de pensée les rendant ainsi dynamiques, cinétiques ; 4. le vacuum apparent de certaines prépositions (à et de) est rempli par un double transfert de substance : a. du côté du verbe locatif ou de déplacement de la même manière que dans le cas de la transitivité ; b. du côté du site (le référent). D ailleurs, la théorie causale affirme la prééminence du référent dans le choix de l unité déictique. 5. dans la conception guillaumienne, le choix d une préposition s effectue en vertu d un accord sémantique, une «convenance» entre le sémantisme de l unité prépositionnelle et l «argumentation» qui s est développée dans le diastème 136. B. niveau syntaxique : 1. l incidence transprédicative diastémique ; elle remplit un vide ; 2. la double incidence les termes A et B. On établit un rapport sémantico-syntaxique bilatéral dont l existence des deux termes in praesentia ou in absentia est obligatoire. C. niveau pragmatique : 1. les prépositions spatiales orientent un objet thème (CIBLE) par rapport à l objet de référence (SITE), les deux repères étant des entités concrètes ou notionnelles ; 2. les conditions réelles du monde influencent le choix de l unité prépositionnelle. Les dérivés du schéma prototypique constituent autant d effets des variations des conditions pragmatiques. 2. Outre ces trois paliers sémiotiques de l analyse du signe, notre modèle de fonctionnement déictique, comme «signifié d effet» de la préposition, comporte deux niveau constitutifs fondamentaux :

297 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien structural : (sémantique) : - la charge sémémique des trois composantes du système ARB ; (syntaxique) : - enchaînement syntaxique et incidences. Structuration phrastique cible-site ; (pragmatique) : - structure pragmatique du contexte d application. Données énonciatives. 2. fonctionnel : - enclenchement classématique ayant pour effet l actualisation du cinétisme sous-jacent des prépositions sous la forme d une visée ostensive incidente à un référent spatial temporel ou personnel.

298 290 Dan Dobre Structure de la factualité (réalité découpée par la langue) Pression de la réalité sur la langue pragmatique syntaxe sémantique Structure de surface (actualisation) C incidence V transfert sémique enclenchement classématique incidence P transfert sémique enclenchement classématique incidence S visée déictique m a étonné sémantique Structure de profondeur Je connaissais Il était suspect syntaxe t 0 pragmatique Projections des représentations mentales

299 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 291 Remarques : 1. L axe syntagmatique de l actualisation des structures de profondeur de la langue («signifié de puissance», module guillaumien prépositionnel, préférences du locuteur, etc.) est le lieu où la pression de la factualité sur l expression langagière se fait pleinement ressentir (métamorphose de l eccéité référentielle, nouvelle taxinomie relationnelle référent locuteur, proxémique, etc.). Les structures de profondeur reflètent la factualité, et cette dernière, à son tour, se reflète dans les premières. 2. Le transfert sémique S P, nous l avons marqué en pointillé, car il n a lieu qu avec les prépositions «vides». Tous ces développements théoriques, nous font conclure à l existence d une mécanique déictique prépositionnelle à même d orienter en discours la cible vers le site en fonction d une structure sémiologique où le sémantique a la prééminence dans la réactivation et l actualisation déictique du cinétisme sous-jacent guillaumien. Conclusion finale Tous ces mécanismes que nous avons mis en évidence sont des modèles de fonctionnement fondamentaux qui mettent en place une systémique de la deixis capable de réaliser une ostension tous azimuts au niveau de n importe quel type de discours. Le corpus utilisé, formé de textes tirés des quotidiens, nous a servi de banc d essai de ces structures et surtout de notre thèse de la mécanique classématique réactivée. Certes, dans l utilisation des divers mécanismes, il existe des différences spécifiques qui tiennent naturellement de la spécificité de l objet textuel envisagé dans notre cas le quotidien : problématique du sujet, le moment de l énonciation caractéristique au discours de presse et non pas en dernier lieu la dimension spatiale de l axe déictique basique. Et ce n est pas tout :il reste encore, peut être, d autres mécanismes à découvrir...

300 292 Dan Dobre NOTES ET RÉFÉRENCES 1 Berberis, J-M., 1998 : Identité, ipséité dans la deixis spatiale : ici et là, deux appréhensions concurrentes de l espace, L information grammaticale, n o 77, pp Guénette, L., 1995 : Le démonstratif en français. Essai d interprétation psychomécanique, Champion, Paris Kleiber, G., 1993 : L espace d ICI : sur la pragma-sémantique des adverbes spatiaux : le cas d Il fait chaud ici, in Cahiers de linguistique française, 14, p a : Pour une nouvelle approche des adverbes spatiaux ici et là, in SYPNICKI, J (éd), Les acquis de la linguistique et l enseignement du français langue étrangère, Lódz, Wydawnictwo Uniwersitetu Lódzkiego, pp b : D ici à là et vice-versa : pour les aborder autrement, in Le Gré des Langues, n o 8, pp a : Pourquoi faut-il éteindre la cigarette ici et non là, in Bogacki & Giermak Zielinska (eds), Espace et temps dans les langues romanes (Notes du 8 e Colloque de Linguistique Romane et Slave, 1996, Varsovie, Institut de Philologie Romane de l Université de Varsovie, 1997, pp ) 1997b : Ici on ne peut pas utiliser là, in Figueroa 19 & Lago (eds), Estudios in homenaxe ás profesoras Françoise Jourdan Pons e Solina Sánchez Regueira, Université de Saint-Jacques de Compostelle, Département de Philologie Française et Italienne, pp Perret, M., 1988 : Le signe et la mention. Adverbes embrayeurs ci, ça, là, iluec en moyen français (XIV e XV e siècles), Droz, Genève 1991 : Le système d opposition ici, là, là-bas en référence situationnelle, in A. Ezkénazi & M. Perret (éds), Études de linguistique française à la mémoire d Alain Lerond, Numéro spécial LINX, Université de Paris X, Nanterre, : OR et CI de référence textuelle, in M.-A. Morel & L. Danon-Boileau (éds), in La deixis PUF, Paris : Énonciation et grammaire du texte, Nathan Université, Paris Smith, J.-C.., 1989 : A pragmatic view of French deixis, in York Papers in Linguistics, n o 14, pp

301 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien Dervillez-Bastuji, J., 1982 : Structures des relations spatiales dans quelques langues naturelles, Introduction à une théorie sémantique, Genève, Droz, p Ici < lat. pop. ecce hic (forme renforcée de hic) et là < lat. illac. 4 cf. Maingueneau, D., 1998 : Analyser les textes de communication, Paris, Dunod 5 Voir à cet égard les excellentes études de G. Kleiber 1995a, b et de Al. Cuniţă, 2003 : De la dimension spatiale à la dimension temporelle : les adverbes ici et là, in Dix ans de SDU, EUC, Univ. «Ovidius» Constanţa. 6 apud Smith, Ch. J., 1990 : Traits marqués et sous spécification : application à la deixis, in La Deixis, Colloque en Sorbonne, 8-9 juin 7 Wagner et Pinchon, apud Smith, Ch. J., op. cit. : 1990 : idem 9 Perret, M., op. cit. : 1988 : cf. Togeby K., 1982, Grammaire française (publié [sic] Magnus Berg, Ghani Merad et Ebbe Spang-Hansen) vol. 1 : Le nom, København, Akademisk, Forlag 11 cf. Smith, Ch. J., op. cit. : «Dans le français familier et explétivement, là se dit quand on insiste sur quelque circonstance, quand on excite l attention ou le souvenir de celui à qui l on parle» (Littré, 1875, s.v. là 10, t.3, p. 225) ; - «S emploie dans les dialogues pour appeler l attention des interlocuteurs, soit pour les mettre en garde ou l exhorter, soit pour l apaiser, le rassurer» (Robert, s.v., t.4, p. 9) ; - «S emploie dans un dialogue à l adresse d une personne pour la calmer, l apaiser, la rassurer ou l exhorter, sert à renforcer ce qui vient d être dit, et sert de simple appui au discours» (Trésor de la langue française, s.v. là, 111, t.10, p. 880). 13 cf. Dervillez-Bastuji, J., op. cit. 14 ibid : idem 16 ibid : cf. Parret, M., op. cit.: L origine de la sui-référentialité doit être cherchée chez Reichenbach. 19 cf. Cuniţă, Al., op. cit. 20 Guénette, L.,op. cit. 21 Berberis, J.-M.,op. cit.

302 294 Dan Dobre 22 Cuniţă, Al., op. cit. : cf. Kleiber, G., op. cit.: 1997a 24 cf. Vuillaume, M., 1990 : Grammaire temporelle des récits, Paris, Minuit 25 cf. Berberis, J.-M., op. cit. 26 On peut dire la même chose des unités de là, jusque-là rapportées aux formes d ici, jusqu ici (cf. Al. Cuniţă, op. cit.). 27 Surtout dans des locutions où ici marque le point de départ de l aboutissement dans le temps : D ici à ce que ma vaste opération soit finie, je suis dans les embarras les plus étroits. (Trésor de la langue française, LAMART, Corresp, 1830 : 6) Là peut être aussi synonyme d alors, à ce moment là, maintenant : Mais là elle se reprit et rectifia : «Il aurait dit pour qu il en eût trouvé l occasion, dans ces épouvantables jours. C est là qu il sent la partie perdue. (Trésor de la langue française, FIÉVÉE, Dot Suzette, 1798 : 148) 28 Borillo, A., 1998 : L espace et son expression en français, OPHRYS 29 cf. Bühler, K., 1934 : Sprachtheorie : Die Darstellungsfunktion der Sprache, Fischer, Iena 30 Kleiber, G., op. cit. : 1995b : 8 31 cf. Perret, M., op. cit. : cf. Togeby, K., 1961 : Structure immanente de la langue française, Larousse, Paris 33 cf. Togeby, K.,op. cit. : cf. Kerbrat-Orecchioni, C., 1980 : L énonciation. De la subjectivité dans la langage, Armand Colin, Paris 35 cf. Dervillez-Bastuji, J., op. cit. : Perret, M., op. cit. : Exemples puisés à Kleiber, op. cit. : 1995 b 38 Klein, W., 1982: Local Deictics in Route Directions, in R. J. Jarvella & W. Klein (eds), Speech, place and action, John Wiley & Sons, LTD, Chichster, pp cf. Kleiber, G., op. cit. : 1995b 40 La paternité de cette conception a été empruntée par Kleiber aux travaux de P. Bosch : 1983 : Agreement and Anaphora, Academic Press, London et B. Wiederspiel;

303 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien : Sur l anaphore : du modèle «standard» au modèle «mémoriel» in Travaux de linguistique et de philologie XVII, , conception qui en remonte d ailleurs à Appolonios Dyscole, III e après J-C. 41 cf. Kleiber, G., op. cit. : 1995b 42 ibid : Postelnicu, V., Coatu, S., 1980 : Mică enciclopedie matematică (trad.roum. d après Kleine Enzyklopädie der Mathematik (1971) et Mathematics at the glance (1975) 44 ibid : ibid: Pour (3), (4), (5) le jeu des espaces bidimensionnels par rapport à la tridimensionnalité locuteur-objet fait que les choses se compliquent : du point de vue métrique, le calcul d ici devra prendre en considération les repères situés sur des plans différents mais tous localisables dans son espace abstrait. 47 L origo de 1 e degré est l origo du locuteur et celui de deuxième est l origo secondaire. 48 G. Kleiber puise dans le modèle vuillamien des diverses temporalités, susceptible de déboucher sur la problématique de la deixis des espaces multiples, une solution qui, à notre avis, complique le problème et rend l instrument de travail moins efficace. 49 Le corpus de cette analyse visant l ici implicite est surtout constitué des titres de La Tribune du 24 juin Les autres types d ici seront exclusivement étudiés sur le corpus des quatre journaux déjà mentionnés. 50 «La capitale déménage dans le souterrain». 51 Les dernières ont été envoyées à l Agence Nationale des Roms pour être diffusées dans les communautés de Roms par l intermédiaire de ses bureaux territoriaux. Mais, à ce qu il paraît, les affiches en question semblent s être volatilisées. Interrogés, les représentants de l Inspection du Travail ont haussé les épaules. «Ici personne ne sait rien sur les embêtantes affiches. Tout le monde hausse les épaules» nous a répondu Nicolae Dantes Bratu, inspecteur général adjoint au Département de l Inspection au Travail. (Le Gouvernement jette par la fenêtre un million d euros pour des feuilles volantes, Gîndul) 52 Posé sur l une des parois intérieures, l ici implicite du journaliste aurait pu s inscrire dans un espace topologique englobant.

304 296 Dan Dobre 53 Arrivés dans l exotique localité portugaise, Madeira, les équipiers du Rapide ne se laissèrent par pris par le paysage, remettant à plus tard les vacances. Pour l instant, ils se contentèrent de quelques photos qu ils firent pendant une promenade. «C est très beau ici, mais nous n y sommes pas venus pour les vacances»... Le Rapide n est pas Robinson Crusoe, pour qu il naufrage sur une île. Nous y sommes venus pour l attestation des groupes et nous partirons d ici heureux», a déclaré Costin Lazăr. (La guerre de l île, Libertatea) 54 cf. Fortis, J.-M., Sémantique cognitive et espace, CNRS, Univ. Paris VII inedits/ fortis_espace.html 55 ibid : 1 56 Sous la forme de modèles de représentations : graphiques, trimorphiques, morphodynamiques et de modèles visant les relations intermodéliques. Dans la conceptualisation des structures prépositionnelles le premier type semble avoir la prééminence (Voir Pottier, B. : 2000 : Représentations mentales et catégorisations linguistiques, Editions Peeters, Louvain-Paris). 57 ibid. : 2 58 «Les millions d objets qui nous entourent peuvent être assimilés à un continuum dans lequel il faut faire des coupes, des regroupements, notre mémoire ne pouvant retenir des millions d expressions. Le choix lexical d un locuteur est donc une identification partielle entre un objet (vu ou imaginé) et une expression virtuellement satisfaisante : la recherche du contenu de cette coïncidence suffisante est l objet de la première étape de l analyse sémantique» (Pottier, B., 1963 : Recherches sur l analyse sémantique en linguistique et en traduction mécanique, Nancy, Université, p. 10). Certaines unités linguistiques expriment dans la langue le prototype d une propriété : blanc comme neige, plus vieux que Mathusalem (cf. Pottier, B., op. cit.: 2000 : 28). 59 cf. Jackendoff, R., 1983 : Semantics and Cognition, Cambridge, Mass MIT Press. À partir des principes de Jackendoff, Kintsch, dans The representation of meaning in memory (1974, Hillsdale, Mass, Lawrence Erlbaum), introduit dans l analyse les structures symboliques quand il nous explique que la forme de surface «I m starved»est le résultat d une structure logique telle que : «(STARVE, I) & (WANT, I, DINNER)», p cf. Vandeloise, C., 1986 : L espace en français, Paris, Seuil

305 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien cf. Talmy, L., apud Fortis, J.-M., op. cit. 62 Jackendoff, R., 1987 : Consciousness and the computational mind, Cambridge, Mass, MIT Press 63 Selon H.H. Clark et W. G. Chase (1972 : On the proces of comparing sentences against pictures. Cognitive Psychologie, 3) above est le terme non marqué et sera utilisé de préférence car below nécessite un temps d encodage supplémentaire. 64 Cervoni, J., 1991 : La préposition. Etude sémantique et pragmatique, Duculot, Paris 65 cf. Vandeloise, C., 1988 : Les usages spatiaux statiques de la préposition, in Cahiers de lexicologie, 53, 2, pp idem 67 idem. 68 Wilmet, M., 1997 : Grammaire critique du français, Hachette, Duculot, Paris 69 Talmy, L., 1983 : How language structures space, in H. Pick & L. Acredolo, ed. Spatial orientation: theory, research and application, New York, Plenum Press 70 Lakoff, G., 1987: Women, fire and dangerous things : what categories reveal about the mind, Chicago III, University of Chicago Press 71 Fortis, J.-M., op. cit. : 8 72 Si la préposition dans a pour site un contenant, dans l énoncé : L oiseau vole dans le pré (le pré = surface plane), son schéma prototypique doit être reconceptualisé permettant de dériver cet usage d un sens focal d inclusion : ou bien le pré est conceptualisé comme un volume ou bien l oiseau est représenté par sa projection au sol. 73 Fortis, J.-M., op. cit. : cf. Levelt, W. P. M., 1989 : Speaking From intention to articulation, Cambridge, Mass, MIT Press 75 cf. Vandeloise, C., op. cit. : Cervoni, J.,op. cit. : Guillaume, G., apud J. Cervoni, op. cit. : Guillaume, G., 1956 : Leçon du 26 avril, p Ce principe postule l existence d un mécanisme d apport d une matière notionnelle à un support. 80 Guillaume, G., 1956 : Leçon du 12 avril, p cf. Guillaume, G., 1956 : Leçon du 19 avril

306 298 Dan Dobre 82 Guillaume, G., 1956 : Leçon du 12 avril, p. 5 Ainsi, le verbe conjugué devient lui-même un «adjectif personnel». Dans ces conditions, il n est pas abusif de considérer que le champ de la prédicativité est celui des parties de discours aptes à l adjectivation. 83 «Selon la loi fondamentale de la pensée (guillaumienne) qui veut que toute marche à l étroit se complète par une marche au large, une fois atteinte la finitude ultime qu est l adverbe, s ouvre une nouvelle infinitude où, cette fois, le mouvement structurel ne rencontrera plus de finitude». (Cervoni, J., op. cit. : 69). 84 Guillaume, G., 1954 : Leçon du 20 mai, p Guillaume, G., 1964 : Langage et science du langage, Nizet, Paris, Québec, PU de Laval, p Rocchetti, A., 1982 : Sens et forme en linguistique italienne. Études de psycho-systématique dans la perspective romane, thèse d État, Université Paris III, 2 vol., 654 pages 87 Guillaume, G., 1951, Leçon du 12 décembre, (a), p cf. Guillaume, G., 1954, Leçon du 5 mai 89 Guillaume, G., apud Cervoni, J., op. cit. : Guillaume, G., 1951 : Leçon du 6 déc (a), p cf. Brøndal, V., 1950 : Théorie des prépositions. Introduction à une sémantique rationnelle, trad. fse. par P. Naert, Copenhague, Munksgaard, XXII 92 Guillaume, G., 1951 : Leçon du 14 déc., A, p Cervoni, J., op. cit. : cf. Cervoni, J., op. cit. 95 Moignet, G., 1974 : Sur la «transitivité indirecte» en français, in Trav. Ling. Littér., 13, I, pp car la préposition introduit la «complétence du verbe» (ibid : 283). 97 idem 98 cf. Cervoni, J., op. cit. 99 Pottier, B., 1974: Linguistique générale, Paris Klincksieck 100 Moignet, G., 1973 : Incidence verbale et transitivité, in Trav. Ling. Littér., II, 1, pp Moignet, G., 1974 : Sur la «transitivité indirecte» en français, in Trav. Ling. Littér. 13, I, pp cf. Blinkenberg, A., 1960 : Le problème de la transitivité en français moderne. Essai syntactico-sémantique, Copenhague, Munksgaard

307 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien cf. Cervoni, J., op. cit. 104 cf. Moignet, G., apud J. Cervoni, op. cit. : cf. Brøndal, V., op. cit. : cf. Pottier, B., 1962 : Systématique des éléments de relation, Paris Klincksieck 107 ibid : Moignet, G., 1981 : Systématique de la langue française, Paris Klincksieck, p cf. Moignet, G., op. cit. : ibid : ibid : Boons, J.-P., 1987 : La notion sémantique de déplacement dans une classification syntaxique des verbes locatifs, in Langue Française, n o 76 déc., pp ibid : cf. Vandeloise, C., 1987, La préposition à et le principe d anticipation, in Langue française, n o 7, 6 déc. 115 Boons, J.-P., op. cit. : Les deux états, initial et final, sont essentiels au procès et sont de même sorte tout comme dans l exemple suivant, à savoir des postes administratifs : Ei : Max n est pas sur un poste militaire. Max est sur un poste civil. Pr : On a muté <bb> Max <c> (d un poste <li> civil + sur un poste <lf> militaire. Ef : Max est sur un poste militaire Max n est pas sur un poste civil 117 est réalisée sur un corpus d énoncés-titres tirés de deux quotidiens français : Le Parisien n o du 26 févr et Le Monde diplomatique, n o 584, nov Boons, J.-P., op. cit. : 11. Citons dans la même catégorie un verbe comme migrer ou muter. 119 Autrement dit: [la situation économique fait] migrer les Français de N à N. 120 cf. Laur, D., 1993: La relation entre le verbe et la préposition dans la sémantique du déplacement, in Langages, n o 110, juin, pp Dans : Paul est parti de la maison,

308 300 Dan Dobre les propriétés sémantiques de la préposition se retrouvent complètement dans la structure sémique du verbe de déplacement partir : vdp (i, 1, int.) Prépl (i, int.) où 1 = changement de lieu de référence. 121 ibid : 57. Pour tout exemple, voir à la page 58 une construction du type : Paul s est enfui loin de chez lui. Vdp (i, 1, int.) Prépl (ext.), où ext. = position externe. 122 Boons, J. P.,op. cit. 123 La relation de congruence et de non congruence a permis à D. Laur (1993 : 64) de dégager deux règles d interprétation locative. Ces règles permettent de calculer la localisation de la cible relativement aux différentes phases temporelles de déplacement (avant, pendant, après). Elles ont permis aussi de déterminer le rôle du vdp et de la Prépl dans divers couplages : «Règle n o 1 : lorsque la Prépl est positionnelle (lorsqu elle décrit simplement une relation de localisation interne ou externe), le verbe détermine la polarité aspectuelle et le changement de lieu ou l orientation. Cela signifie que le verbe, selon sa polarité, décrit Ns comme le lieu initial, final ou médian au déplacement ; le verbe indique également si le déplacement résulte ou non d un changement de lieu de référence. La préposition, quant à elle, décrit Ns comme le lieu interne ou externe par rapport auquel Nc est localisé au terme du procès : Pierre est arrivé à la maison. -> la localisation finale interne de Pierre dans la maison résulte d un changement de lieu. Avant le procès, Pierre n était pas dans la maison ; après le procès, Pierre est dans la maison. Cette règle est toujours valable sauf quand le verbe est initial ou médian interne, auquel cas la localisation de Nc au terme du procès est toujours valable : Marie est sortie dans le jardin. Règle n o 2 : lorsque la Prépl est directionnelle (lorsqu elle combine une polarité aspectuelle avec un trait interne ou externe), le verbe ne fait qu indiquer si le déplacement résulte ou non d un changement de lieu de référence : Paul s est enfui par le jardin. -> la localisation médiane de Paul dans le jardin résulte d un changement de lieu. Avant et après le déplacement, Paul n est pas dans le jardin ; Paul est dans le jardin seulement pendant le déplacement».

309 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien Une catégorisation précise de 440 vdp et 200 Prépl, nous est présentée par D. Laur dans son ouvrage : Sémantique du déplacement et de la localisation en français : une étude des verbes, des prépositions et de leurs relations dans la phrase simple. Thèse de linguistique de l Université Toulouse Le Mirail, Toulouse, ibid. : op. cit. : idem 127 cf. Gougenheim, G., 1959: Y a-t-il des prépositions vides en français?, in Le français moderne, n o 27, 1, pp cf. Brøndal, V., op. cit. : Moignet, G., op. cit. : 1974 : idem 131 Cervoni, J., op. cit.: Voir à cet égard la démonstration de A. Borillo que nous reproduisons en synthèse d après son article : Quelques marqueurs de la deixis spatiale, in La Deixis, Colloque en Sorbonne, 8-9 juin, ibid. : cf. Cervoni, J., op. cit. 135 Cervoni, J., op. cit.: apud Cervoni, J., op. cit. Pour préciser la source de cette «argumentation» Cervoni pense au développement d une composante sémantico-logique au niveau du modèle guillaumien.

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329 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 321 Sperber, D., & Wilson, D., 1986 : Relevance. Communication and Cognition, Basil Blackwell, Oxford 1989 : La pertinence, communication et cognition, Minuit, Paris Strawson, P. F., 1977 : De l acte de référence, in Etudes de logique et linguistique, Seuil, Paris Talmy, L., 1983 : How language structures space, in H. Pick Tasmowsky-De Ryck, L., 1985 : L imparfait avec ou sans rupture, in Langue française, 67, pp Thoveron, G., 1999 : Le troisième âge du quatrième pouvoir, Labor, coll. Quartier Libre, Bruxelles 2003 : La marchandisation de la politique, coll. Quartier libre, Labor, Bruxelles Togeby, K., 1961 : Structure immanente de la langue française, Larousse, Paris 1982, Grammaire française (publié [sic] Magnus Berg, Ghani Merad et Ebbe Spang-Hansen) vol. 1 : Le nom, København, Akademisk, Forlag Tosser, A. M.,, 1977 : A Maya Grammar, Dover Publications, New York Tuţescu, M., 1975 : Y a-t-il une transformation impersonnelle dans les langues romanes? in Revue Roumaine de linguistique, tome XX, 6, pp : La structure impersonnelle, in Cahiers de grammaire, TUB, pp : Sur la voix impersonnelle, in Revue Roumaine de linguistique, tome XXII, 2, pp

330 322 Dan Dobre Van Dijk, T. A., Kintsch, W., 1984 : Toward a Model of Text Comprehension and Production, Psychological Review, 85, 5 Vandeloise C., 1986 : L espace en français, Paris, Seuil 1987 : La préposition à et le principe d anticipation, in Langue française, n o 7, 6 déc : Les usages spatiaux statiques de la préposition, in Cahiers de lexicologie, 53, 2, pp Vet, C., 1980 : Temps, aspects et adverbes de temps en français contemporain. Essai de sémantique formelle, Droz, Genève 1981 : La notion de «monde possible» et le système temporel et aspectuel du français, in Langages, no. 64, déc. Vetters, C.(coord.), 1993 : Le Temps de la phrase au texte, (éd), PU de Lille Vlach F., 1981 : La sémantique du temps et de l aspect en anglais, in Langage, 64 déc. Vogeleer, S., 1994 : Le point de vue et les valeurs des temps verbaux, in Travaux de linguistique, 29, Duculot, Bruxelles Vuillaume, M., 1980 : La deixis en allemand, Thèse d État, Paris IV Vuillaume, M., 1990 : Grammaire temporelle des récits, Paris, Minuit Vydrin, V.F., 1987 : Yazuk Looma, Nauka, Moskva Webber, B.-L., 1988 : Tense and Discourse Anaphor, in Computational Linguistics, 14, pp Weinrich, H., 1989 : Grammaire textuelle du français, Didier / Hatier, Paris.

331 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 323 Wilmet, M., 1997 : Grammaire critique du français, Hachette, Duculot, Paris Wittgenstein, L., 1953 : Tractatus logico-philosophicus. Investigations philosophiques, 1961, trad. fr. Gallimard, Paris Wright,G., 1982 : Normă şi acţiune (Norm and Action), trad.roum. par D.Stoianovici şi S.Vieru, Editura Ştiinţifică şi Enciclopedică,Bucureşti Wunderlich, D., 1968 : Tempus und Zeitreferenz im Deutschen, Max Hueber Verlag, München Wunderlich, D., 1969 : Unterrichten als Dialog. Sprache in tehnischenzeitalter, in Heft, no 32 Zadeh, L. A., Polak, 1969 : System theory, McGraw-Hill E., Zwart, 1973 : The Flow of time, in Space, Time and Geometry, P Suppes éd. pp

332

333 INDEX A accessibilité sémique : 168 ; adverbe anaphorique : ; afférence/efférence : , ; anaphore : ; indexicale : 59 ; temporelle : 204 ; anaphoricité : ; anaphorique (mouvement) : ; ancien/nouveau : 204 ; appareil formel déictique : ; attracteur : 3. C champs(rhématico-thématiques) isotopiques : 177, 189 ; chronogenèse : 114, 116 ; chronogramme : ; chronothèse : 115 ; chronotypes : 136, 168 ; cohérence temporelle : 126, 146, 166, 210 ; discursive : 167, 186 ; cohésion spatiale : 244 ; contiguïté spatiale : 233 ; coréférence temporelle : D degré topical/thématique : 185 ; déicticité : 24, 43-44, 90, 205, 282 ; (supplément) : 4 ; temporelle : 199 ; textuelle : ; déictiques opaques : 50 ; deixis (deiktikos) : 1, 7, 19, 22, 24-25, 27, 43, 52, 55, 206, 282 ; ad oculos : 10 ; am phantasma : 10, 11 ; essentielle : 4 ; négative : 79 ; positive : 78 ; pure : 4; temporelle : 162, 202, 204 ; textuelle :44 ; (ostension) tous azimuts : 55, 174 ; universelle : 4 ; déontologie : 83 ; diastème (espace diastémique) : 271, 282 ; dilatation de l espace : 237 ; distance : 30-35, 235, 238 ; donation (mode) du référent : 42, 232. E éclatement déictique : 28 ; ego : ; égocentrique/égocentrisme : 27-28, 48, 240 ; embrayeur : 7, 11, 19-20, 42, 45, 244 ; emploi déictique/anaphorique : 45, 200, 205 ; espace abstrait : 35, , 259 ; topologique : 34-35, 246, ; vectoriel : 35 ; exophore mémorielle : 47.

334 326 Dan Dobre F focalisation interne/externe : 150, 171 ; focus : 177. I Identification (des occurrences) : 3, 4, 18 ; image-temps de puissance : 112 ; d effet : 112 ; incidence : 271, , 288 ; bilatérale : 283 ; indexicaux : 7 ; inférence : , ; intensité thématique : 173 ; intention d ostension : 53 ; intervalle temporel : 119, , , , , 209, 211 ; de procès : 126, 145, 167, 170, 213 ; de référence : 126, , 167, 170, ; investissement thématique : 174 ; isotopiques(unités) : 103 ; isotopie sémantique : 169 ; thématique : 146, 157, , 182, 186 ; thématico-topicale : , 181, 192. L lieu : 8-9, 42, 242, 255 ; localisation : 8-9 ; cataphorique : 259 ; temporelle : 149, 203 ; textuelle : 203. M mécanique déictique : ; classématique réactivée/combinatoire : 29, 52-55, 245, 251, 291 ; prépositionnelle : ; mécanisme d identification : 2 ; modèle déictique systémique : ; de l ostension temporelle : ; topologique : ; module et argument : , O objet (de référence) : 8-10, 42 ; orientation : 53, ; origo : 8, 30-31, 240, ; ostension : 19, 24, 29, 43, 169, 218 ; différée : 27, 47, 62 ; réactivée : 53 ; temporelle :167, 171 ; tous azimuts :55, 174, 291 ; ostensive (communication) : 175. P paradoxe déictique : ; particuliers égocentriques : 27, 48 ; permission : ; perspective aréférentielle : ; pertinence : , 186 ; optimale : ; prescription : ; proximal/distal : 30, 34.

335 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien 327 R référence : 19-24, 26, 218 ; anaphorique : ; déictique tous azimuts : 45 ; mémorielle : 211 ; temporelle :126, 144, 150, , 209, ; actuelle/virtuelle : , , 212 ; référent déjà donné(connu)/nouveau : ; reformulation : ; relation d accessibilité : 53, 218, 281, 283 ; de congruence/non congruence : 278; discursive :168, , 211, 220 ; d ostension (temporelle) : 167, 171, ; inférentielle : ; isotopique topicale : 168 ; rhématisation : 171, 186 ; rhème : 173, 176, 178 ; rhème-topique secondaire : 189. S schéma isotopique topical : 188 ; sens déictique : 19-22, 44-46, 140 ; descriptif : 46 ; indexical : 50 ; signifié d effet : 112 ; de puissance : 112 ; structure de représentation discursive : 207, ; situation d énonciation (énonciative) : 11-12, 47 ; sui-référentialité/référentiel : 29, 43, 48-49, 239 ; symbole(s) indexical(aux) : 42, 56, 246 ; opaque : 243, 246 ; systèmes à double orientation : ; à orientation multiple : 32 ; à orientation unique : 31 ; déictique et anaphorique : 112, 166. T temps absolus/~relatifs : ; continu : 148 ; déictiques/anaphoriques : , 205 ; d univers contenant/contenu : 135 ; grammaticaux : , 205 ; thématisation argumentative : 188; - topicalisation/thématicité : , , , 181, 185 ; thème : 96, 99, 173, 176, 178 ; binaire/~non binaire : ; -topic : 189 ; -topic secondaire : 189 ; versif/inversif/aversif : ; token-reflexives : 7, 29, 42, 54 ; token-réflexivité : 29, 50, 240 ;

336 328 Dan Dobre topic : 96, 98-99, , 177, , 183, ; catégoriel : 103 ; /comment : 173 ; topoï : 176, 186, ; topologiques (unités) : ; transcendance : 24, 113, 268 ; transprédicativité des prépositions : , 287. V vectoriel (valeur) : 237.

337 SOMMAIRE INTRODUCTION... 1 SECTION A : PROBLÉMATIQUE DE LA DEIXIS Chapitre 1 CONCEPTS FONDAMENTAUX POUR LA DÉFINITION DE LA DEIXIS Objet, lieu et localisation Situation d énonciation et appareil formel déictique Deixis personnelle Deixis temporelle Deixis spatiale Sens, référence et ostension Sens et référence. «Vacuité» des déictiques? Déicticité et référentialité Extraction / détermination Tout mot grammatical est capable de référence Egocentrisme et référentialité Unités topologiques et référentialité Le concept de distance dans le calcul de la deixis spatiale...30 NOTES ET RÉFÉRENCES...36 Chapitre 2 THÉORIES TRADITIONNELLES ET NOUVELLE MODÉLISATION 1.Fonctionnalité et disfonctionnalité des approches sur la deixis Définition dans la perspective de la distinction lieu vs objet de référence Deixis spatio-temporelle et personnelle Déicticité et anaphoricité Introduction au sens déictique Référentialité déictique dans les démarches B L égocentrisme La sui-référentialité de Reichenbach Les déictiques expressions sui-référentielles...49

338 330 Dan Dobre Perspective aréférentielle Sens indexical des déictiques Pour un nouveau modèle de la mécanique déictique Thèse de la mécanique classématique réactivée Arguments Le paradoxe déictique : clivage et contiguïté...58 NOTES ET RÉFÉRENCES...63 SECTION B : MÉCANISMES DÉICTIQUES DANS LE DISCOURS DE PRESSE Chapitre 1 DEIXIS PERSONNELLE 1. Valeurs modales de la deixis personnelle dans la presse écrite Le statut actantiel du journaliste VOULOIR et prédicat Statut du second carré de l identité Pour une analyse actionnelle de la démarche du journaliste Le journaliste caché derrière l impersonnel. Analyse de l impersonnel de la une de quelques quotidiens politiques L impersonnel en langue L impersonnel en discours L événement Définition et structure de l événement Chronologie événementielle Catégorisation du propos Thématisation / topicalisation Chrono-structure du topic NOTES ET RÉFÉRENCES Chapitre 2 DEIXIS TEMPORELLE 2.1. Préliminaires théoriques Les primitifs temporels Le patron temporel guillaumien. Introduction...111

339 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien Structure du temps guillaumien Propriétés formelles du temps Le calcul du temps linguistique Since, until, now, then Les intervalles Le modèle Gosselin Relations primitives entre intervalles Systémique des temps verbaux. «Le temps impliqué» Contribution guillaumienne Modélisation du système verbal Description des temps Le Présent (PR) Le passé simple (PS) L imparfait (IMP) Le passé composé (PC) Le plus que parfait (PQP) Le Futur (F) Le conditionnel (C) Mécanique déictique temporelle Le chronogramme première étape dans la définition de la référence temporelle textuelle. Étude d un éditorial Isotopie «thématico-topicale» et ostension temporelle. Redéfinition du concept de thématisation Isotopie thématico-topicale Pertinence et référence Niveau d actualisation de l entité psychique Le topic Détermination du topique Marqueurs préliminaires comme actualisateurs du Premier Marqueurs d introduction du topic Construction des schémas isotopiques topicaux Inférence, argumentativité et pertinence...191

340 332 Dan Dobre Temps et relations discursives Déicticité et anaphoricité temporelle Temps absolus / temps relatifs Temps déictiques / temps anaphoriques Temps grammaticaux Déicticité textuelle Démarche mémorielle Localisation par points de référence La référence temporelle Kamp et Rohrer (1983) Molendijk (1993) Moeschler (1998) La référence anaphorique Mécanique déictique : modèle de l ostension temporelle à triple saturation Éléments pour une modélisation Modèle de l ostension temporelle textuelle NOTES ET RÉFÉRENCES Chapitre 3 DEIXIS SPATIALE Enquête sur la deixis de l ici / là Les approches traditionnelles Insuffisances des démarches traditionnelles L hypothèse novatrice de G. Kleiber Structures spatiales d ici/là Typologie spatiale des occurrences d ici/là L occurrence ici L occurrence là Les locutions adverbiales ici et / ou là Dimension déictique de la préposition Préliminaires théoriques Détermination perceptuelle et cognitive de l emploi prépositionnel Sélection et conceptualisation de l espace Difficultés La réflexion guillaumienne...266

341 Mécanismes déictiques dans le discours de presse. Le quotidien Incidence Vacuité sémantique des prépositions Vertu relationnelle des prépositions Les verbes locatifs. Complémentation construite avec à Typologie des verbes locatifs Prépositions et verbes de mouvement relation d accessibilité Propriétés du corpus analysé La deixis des prépositions Cinétisme sous-jacent fondamental Obligativité existentielle des termes A et B Incidence et orientation Pragmatique des prépositions Mécanique déictique de la préposition NOTES ET RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIE INDEX...325

342 Tiparul s-a executat sub cda 3325/2013 (continuare tiraj) la Tipografia Editurii Universităţii din Bucureşti

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