Discriminations Classe / Genre / Race

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1 Les discriminations que subissent les femmes issues de l immigration postcoloniale ne sont pas dues à des malentendus qu il s agirait de dissiper. Ces discriminations s inscrivent dans des rapports de domination sexistes, racistes et de classe, elles ont une fonction, elles permettent des privilèges. Donc nul miracle possible en la matière : les privilégiés ne vont pas faire le deuil de leurs privilèges, uniquement parce qu ils auront partagé, avec les discriminées, un convivial repas «interculturel». Les discriminations classe/genre/race ne disparaîtront que grâce aux combats pour l égalité que mènent et que continueront à mener les premières concernées ; elles ne disparaîtront que grâce au rapport de force politique qu elles auront réussi à créer. Pour se faire, il est essentiel de : - prendre en compte la spécificité des discriminations subies par les femmes issues de l immigration post-coloniale, - prendre en compte l ampleur des discriminations classe / genre / race, - reconnaître que le sort réservé aux femmes musulmanes voilées, notamment sur le marché du travail, est violemment discriminatoire, - prendre en compte le point de vue et l analyse des femmes racisées concernant la violence qu elles subissent, en termes de savoirs, et dans la construction, la mise en œuvre et l évaluation des actions en leur direction. Ces impératifs contribueront à éviter que les actions de «lutte contre les discriminations» ne participent, en réalité, à reproduire le système discriminatoire, comme c est souvent le cas aujourd hui. FATIMA OUASSAK Discriminations Classe / Genre / Race Discriminations Classe / Genre / Race Mais les acteurs sociaux soucieux de participer réellement à la lutte pour l égalité et contre les discriminations ont un rôle à jouer : il ne s agit pas d être des «émancipateurs» de femmes issues de l immigration souvent perçues comme mineures, faibles et dominées, mais des «facilitateurs». Intervention Formation Action Recherche Repères pour comprendre et agir contre les discriminations que subissent les femmes issues de l immigration post-coloniale

2 Discriminations multifactorielles classe / genre / race Repères pour comprendre et agir contre les discriminations que subissent les femmes issues de l immigration post-coloniale

3 sommaire Partie 1-Introduction... - Comment est apparue en France la question des discriminations classe / genre / race? - De qui parle-t-on dans ce livret? - Quelle utilité peut avoir ce livret pour les acteurs institutionnels et associatifs? - L ambition du livret Partie 2- L ampleur des discriminations multifactorielles : quelques données-clés... - Les chiffres du chômage - Les discriminations dans l accès à l emploi - Concentration des femmes immigrées sur les emplois les plus précarisés - Un champ des possibles limité - Élargissement de la sphère des discriminations - Les discriminations que subissent les femmes voilées sur le marché du travail Partie 3- Les grilles d analyse pour comprendre les discriminations classe / genre / race... - La rupture avec l homogénéité et la solidarité de façade de la classe ouvrière - L approche en termes de cumul des discriminations - L approche intersectionnelle - La critique du concept d intersectionnalité par premières concernées - La rupture avec le féminisme blanc : féminisme indigène, féminisme islamique et afro-féminisme Page 4 Page 12 Page 22 Partie 4- Agir contre les discriminations multifactorielles Les actions de «lutte contre les discriminations» qui renforcent le système discriminatoire - «Elle est discriminée c est à dire qu elle subit des «violences intra-familiales»» - «Elle est discriminée mais c est sa culture qui est problématique» - «Elle est discriminée mais c est parce qu elle se replie sur elle-même» - «Elle est discriminée parce qu elle ne s adapte pas à la société» - «Elle se dit discriminée, mais elle a tendance à être paranoïaque et à exagérer» - «Elle est discriminée car elle parle mal le français» - «Elle est discriminée mais elle n a pas la hauteur nécessaire pour en parler correctement» 2- Quelques repères dans la construction de l action - Accepter que les discriminations que subissent les femmes non-blanches sont spécifiques - Accepter que c est aux seules femmes non-blanches de définir leurs priorités - Agir sur les discriminations subies et non sur les femmes qui les subissent - Prendre au sérieux «le point de vue situé» Partie 5- Exemples de projets... - Le rire de Djamila Bouhired (Centre social Anatole France, Seine- Saint-Denis) - Femmes en lutte contre l islamophobie (Association ARDLFM, Nord) Page 38 Page 54 Références bibliographiques... Page 62

4 4 5 et coloniale impactent toujours les représentations véhiculées aujourd hui dans la société française des femmes issues de peuples anciennement mis en esclavage et colonisés. 2) La deuxième dynamique est celle des luttes de l immigration en France pour l égalité et contre les discriminations racistes vécues par les immigrés, étrangers, avec ou sans titre de séjour (des années 1960, 1970 et 1980). Ces luttes de l immigration concernaient dans leur totalité des personnes appartenant aux classes ouvrières et populaires et étaient principalement des luttes d immigrés masculins et adultes. PARTIE 1- Introduction Il y a plus inconnu que le soldat inconnu, sa femme. Il y a plus inconnu que la femme du soldat inconnu, la femme du tirailleur. 1- Comment est apparue en France la question des discriminations CLASSE / GENRE / RACE? En simplifiant, on peut dire que l émergence depuis quelques années de l enjeu spécifique des discriminations subies par les femmes issues de l immigration post-coloniale, trouve ses racines au cœur de plusieurs dynamiques : 1) La première dynamique est celle des luttes de libération des peuples mis en esclavage et colonisés. D une part ces luttes, et avec elles les figures de ces luttes, nourrissent les résistances d aujourd hui ; d autre part, les représentations des femmes esclaves et indigènes des périodes esclavagiste 3) La troisième dynamique est symbolisée par la marche pour l égalité et contre le racisme des jeunes issus de l immigration post-coloniale en Cette marche met en lumière cette jeunesse et avec elle les discriminations qu elle vit en dépit du fait que les «marcheurs» sont nés et ont été socialisés en France et qu ils sont pour leur grande majorité de nationalité française. Les discriminations ne peuvent plus s analyser simplement comme une xénophobie touchant les étrangers qui disparaîtrait avec le temps et «l intégration» (comme c est le cas pour les Italiens ou les Espagnols par exemple). Le constat d une transmission de génération en génération du stigmate xénophobe quand il s agit de Noirs et d Arabes est de plus en plus incontestable. La révolte des quartiers populaires de novembre 2005 ne fera que renforcer ce constat et les scandales inégalitaires qui le constituent. Alors que les femmes sont également présentes dans ces dynamiques (les médias parleront du phénomène des «Beurs» et des «Beurettes») elles seront englobées dans une approche des discriminations racistes «non sexuées». 4) Parallèlement à cela, depuis les années 1960, une autre dynamique est en œuvre : celle du mouvement féministe. La structuration des mouvements de libération des femmes imposera de manière de plus en plus importante l exigence d égalité dans les relations entre les sexes et la dénonciation du caractère systémique des discriminations sexistes. Même si des femmes issues de l immigration post-coloniale et/ou de milieux populaires sont actives dans ces luttes, elles ne sont pas réellement prises en compte par des mouvements féministes portés par des Françaises blanches, de classes sociales moyennes, voire supérieures.

5 6 7 5) C est au cours des années 2000 que les femmes issues de l immigration post-coloniale vont «réapparaître» dans les médias et les politiques publiques. Cette attention nouvelle a été réduite à une concentration médiatique détournée sur l association «Ni Putes Ni Soumises», invisibilisant l existence de tout un tissu associatif de femmes immigrées ou issues de l immigration post-coloniale, issues des classes populaires, impliqué sur le champ de l égalité depuis plusieurs décennies. Ce décalage entre d une part la parole des femmes issues de l immigration postcoloniale et d autre part la manière dont cette parole a été confisquée, déformée, instrumentalisée et mise en scène dans les espaces politiques et médiatiques, a conduit à ce que les approches institutionnelles et associatives majoritaires des années 2000, jusqu à aujourd hui, ne correspondent pas aux vécus spécifiques et multiples que peuvent connaître ces femmes issues de l immigration en matière de discriminations. Fatiha Damiche est une grande figure des luttes de l immigration en France, elle mènera le combat au sein du Mouvement Immigration Banlieue (MIB) contre ce que le MIB dénonce comme étant «la double peine, la mort en détention, les crimes racistes et sécuritaires, la criminalisation de l Islam et la justice coloniale». Elle dénoncera en particulier «l art et la manière d éclater les familles, de séparer les femmes de leurs conjoints, d enlever les enfants à leurs parents». Militante acharnée jusqu à sa mort le 23 novembre 2007, elle répétait que «qui sème la Hagra, récolte l Intifadah. 6) La loi sur le voile de 2004 a divisé les milieux militants ; cela a été l occasion pour beaucoup de féministes non-blanches de se désengager des milieux féministes majoritaires, et de s organiser autour de problématiques spécifiques, en particulier pour lutter contre les discriminations dont sont victimes les femmes musulmanes. On peut citer entre autres le CFPE (Collectif Féministes Pour l Egalité), le CFI (Collectif Féministes Indigènes), le collectif MTE (Mamans Toutes Egales)... «En France, les polémiques autour du foulard qui se sont succédées, et l ensemble des lois, circulaires et débats parlementaires qui ont eu trait ces dernières années du port du niqab dans les lieux publics, aux «nounous» portant le foulard en passant par les mères voilées accompagnant leurs

6 8 9 enfants dans les sorties scolaires, tout ceci témoigne d une libération de la parole islamophobe. Dirigées à l encontre de femmes et de jeunes femmes, toujours sous couvert de laïcité et de féminisme, ces mesures à caractère raciste et sexiste n ont pas été dénoncées par le mouvement féministe en France, et ont même trouvé dans ses rangs des militantes pour leur apporter une caution «féministe». Nacira Guénif-Souilamas 1 a montré comment de nombreuses féministes en France se sont approprié la rhétorique républicaine, et ont construit leur discours à partir de la figure repoussoir de la «fille voilée» et du «garçon arabe» qui représentent désormais leurs ennemis principaux.» Zahra Ali - Femmes, féminisme et islam : Décoloniser, décloisonner et renouveler le féminisme, rencontre-débat avec Zahra Ali sur les féminismes islamiques, 9 juin 2012, Paris 2. Ce sont les effets de chacune de ces dynamiques, ainsi que leurs interactions et leurs contradictions, qui permettent aujourd hui de poser autrement la question des discriminations multifactorielles classe / genre / race. Manifestation contre le projet de loi interdisant le voile à l école, 18 janvier 2004, Nantes Ce livret s intéresse aux femmes qui se définissent comme Africaines, Maghrébines, Noires, Antillaises, Roms, Arabes, Amazigh, Turques, Asiatiques, Musulmanes, etc. 2- De qui parle-t-on dans ce livret? Ce livret s intéresse aux femmes issues de l immigration post-coloniale, pour lesquelles une réduction culturaliste sert d appui au système de discriminations qu elles subissent de manière spécifique, en comparaison notamment avec les femmes issues des immigrations européennes, qui tendent elles à avoir des taux de chômage et d emplois précaires similaires à ceux du groupe majoritaire, bien moins importants que ceux des femmes issues des immigrations africaines. Car s agissant de l immigration post-coloniale, les discriminations se reproduisent de manière transgénérationnelle. Ce livret s intéresse plus généralement aux femmes non-blanches, ces femmes racisées qui ont comme point commun d être concernées par le système de discriminations classe/genre/race, y compris lorsqu elles sont de nationalité française, nées et socialisées en France. 3- Quelle utilité peut avoir ce livret pour les acteurs institutionnels et associatifs? Les discriminations subies par les femmes issues de l immigration postcoloniales sont encore très largement sous-estimées en France. De surcroît les confusions avec d autres questions, telles que la question de «l intégration» ou des «violences faites aux femmes», sont nombreuses, conduisant : - À rendre illisible la situation, - À obscurcir les buts et objectifs des actions de lutte contre les discriminations multifactorielles classe / genre / race, - À rendre impossible l évaluation de ces initiatives, - À produire une distance sociale entre les institutions et les acteurs associatifs d une part, et les premières concernées d autre part. - A renforcer davantage le système discriminatoire Le constat d un retard dans la compréhension et l action contre les discriminations multifactorielles classe / genre / race est massif. Peu de

7 10 11 choses se font et celles qui se font portent, pour le moins, des ambiguïtés et des contradictions. De plus en plus d acteurs réagissent au décalage important entre d une part les approches et les pratiques majoritaires en matière de lutte contre les discriminations, et d autre part les vécus particuliers des femmes issues de l immigration post-coloniale. 4- L ambition du livret est envisagée, quant à l implication des premières concernées elles-mêmes dans les projets et quant à la méthodologie qui a été adoptée. Ce livret a pour ambition de contribuer à la lutte pour l égalité de traitement que mènent les femmes issues de l immigration post-coloniale, ayant une expérience de vie marquée simultanément, et de manière indissociable, par le sexisme, le racisme et les inégalités de classe. Les femmes issues de l immigration post-coloniale que nous avons rencontrées dans le cadre de nos diagnostics et accompagnements de projet, faisaient les constats suivants : - le constat que l on parle beaucoup d elles mais qu elles sont peu sollicitées pour exprimer leur point de vue, - le primat des facteurs économiques et sociaux dans l explication des difficultés rencontrées, - le sentiment d être fréquemment infantilisées dans les actions qui leur sont destinées, - des thématiques abordées au cours de ces actions qui traduisent davantage les préoccupations des intervenant-e-s que les leurs, - Etc. Cela nous a conduits à vouloir formaliser dans ce livret les éléments de repères qui nous semblent théoriquement et pratiquement incontournables pour pouvoir comprendre et agir en matière de lutte contre les discriminations multifactorielles classe / genre / race. Les objectifs de ce livret sont en conséquence : - d aider les acteurs à prendre la mesure des discriminations multifactorielles classe / genre / race et de leur caractère massif et systémique - de restituer les grandes lignes d un état des savoirs et des pratiques en matière de lutte contre les discriminations classe / genre / race - de formaliser les dérives les plus récurrentes dans les actions en direction des femmes issues de l immigration post-coloniale et de présenter quelques éléments méthodologiques indispensables dans l élaboration de l action. Nous avons souhaité valoriser deux projets (l un en Seine-saint-Denis, l autre dans le Nord) qui nous ont semblé intéressants quant à la manière dont la question des discriminations subies par les femmes non blanches

8 12 13 Nous nous sommes centrés ici sur les données liées à l emploi pour une double raison. D une part la question de l emploi a des incidences fortes sur l accès aux autres biens rares (logement, formation, etc.) et d autre part, et surtout, parce que l emploi apparait en tête dans l ordre des priorités lorsque l on interroge les femmes issues de l immigration postcoloniale. 1- Les chiffres du chômage Manifestation du collectif afroféministe Mwasi et de Assiégées le 1er mai 2015, Paris partie 2- L ampleur des discriminations multifactorielles : quelques données-clés Une des raisons importantes du retard pris dans la lutte contre les discriminations en général, contre les discriminations multifactorielles classe/genre/race en particulier, est la sous-estimation du phénomène. Agir pour l égalité suppose de prendre la mesure des inégalités. En dépit des limites actuelles de l appareil statistique, les quelques données présentées ci-dessous suffisent à souligner le caractère massif, et spécifique, des discriminations subies par les femmes issues de l immigration postcoloniale. Selon l INSEE (Enquête emploi 2013) : Les femmes immigrées ont 3 fois plus de chance d être au chômage qu un homme non immigré. Les femmes immigrées originaires de pays anciennement colonisés connaissent des taux de chômage plus graves encore. Par exemple une femme immigrée d origine algérienne a environ 4 fois plus de chance d être au chômage qu un homme non immigré ; alors qu une femme immigrée d origine italienne ou espagnole n a «que» 1,6 fois plus de chance. C est donc le fait d être immigrée originaire de pays anciennement colonisés (d être non-blanche) et non pas seulement immigrée qui renforce ou non la difficulté d accès au marché du travail. 2- Les discriminations dans l accès à l emploi En 2006, une enquête nationale d envergure par tests de discrimination selon l origine a été menée en France sous l égide du BIT. Les tests ont porté sur des offres d emploi dans les domaines de l hôtellerierestauration, de la vente et du commerce, des services aux entreprises et aux collectivités, des services à la personne, des transports, de l accueil et du secrétariat, du bâtiment et des travaux publics, de la santé et de l action sociale. Ce testing visait à mesurer l ampleur des discriminations raciales à l embauche, à l encontre de jeunes Françaises et Français communément perçus en France comme étant «d origine maghrébine» d une part, «d origine africaine» d autre part. Pour se faire, il a consisté à tester

9 14 15 l effet de la variable du prénom et du patronyme au niveau de la première étape du recrutement, à savoir la sélection sur la base des CV. Les tests de discrimination de l enquête BIT ont donc confronté les recruteurs à deux candidat-e-s de ans, français-e-s, né-e-s en France, ayant suivi leur scolarité et leur formation dans l Hexagone, et apparaissant tout à fait comparables au point de vue de cette formation et de leurs expériences professionnelles. L un-e des candidat-e-s portait un prénom et un nom évoquant une «origine hexagonale ancienne» (candidat-e majoritaire), l autre portait un prénom et un nom évoquant soit une «origine maghrébine», soit une «origine noire africaine» (candidat-e minoritaire). Cette enquête a eu un retentissement important au moment de sa publication dans la mesure où, outre qu elle constituait la première enquête scientifique par tests de discrimination d envergure nationale, ses résultats se sont avérés accablants s agissant de l ampleur des discriminations raciales à l embauche. En effet, cette enquête montre d abord le caractère massif des discriminations raciales à l embauche, et ce quel que soit le secteur d activités testé. Pour ne retenir qu un chiffre global : lorsque les employeurs ont effectué un choix entre les deux candidat-e-s qui leur étaient présenté-e-s, soit dans 70 % des cas, ce choix s est porté 4 fois sur 5 sur le/la candidat-e majoritaire. Collectivement, les employeurs testés ont donc très nettement discriminé les candidats minoritaires. Il apparaît, au vu des résultats de l enquête, que seulement 11% des employeurs ont respecté tout au long du processus de recrutement une égalité de traitement entre les deux candidat-e-s majoritaire et minoritaire. L enquête par testing du BIT confirme que l origine post-coloniale est bien un facteur de discrimination dans l accès à l emploi et dans l ensemble des secteurs investigués et ce tant pour les hommes non-blancs que pour les femmes non-blanches. 3- Concentration des femmes non-blanches sur les emplois les plus précarisés Depuis 1990, le taux d activité des femmes immigrées n a cessé de progresser, mais encore faut-il regarder dans quel type d emplois et pour quel type de secteurs. En 2013, elles étaient selon l INSEE 37% à occuper un temps partiel, c est-à-dire généralement un temps partiel subi. Cette surreprésentation est également valable pour les femmes issues de l immigration post-coloniale nées et socialisées en France. De même les femmes immigrées comme leurs filles françaises sont essentiellement présentes dans : - les emplois de services directs aux particuliers (assistantes maternelles, aides ménagères pour les personnes âgées, femmes de ménage, etc.) ; - les emplois peu qualifiés des activités de service (restauration, hôtellerie, nettoyage, etc.), - les emplois du tertiaire à la chaîne : télémarketing, caissières, etc. Nous sommes donc en présence d une tendance à la spécialisation dans certains secteurs précis, c est-à-dire également d une tendance à une spécialisation ethno-sexuée du marché du travail. Si nous prenons l exemple des emplois de services à domicile, nous sommes en présence d emplois déqualifiés, ayant des horaires décousus et des lieux de travail multiples. Le fait que le lieu de travail soit la sphère privée et familiale a pour conséquence une faible régulation par le droit. Le temps partiel est la règle, ce qui contraint ces travailleuses à avoir plusieurs employeurs pour pouvoir avoir un salaire «suffisant». Soulignons ici la prégnance des explications «culturalistes» permettant de ne pas catégoriser comme étant une discrimination systémique cette surreprésentation des femmes issues de l immigration dans le secteur des emplois domestiques. Les «nounous» issues de l immigration seraient ainsi dotées de «qualités» liée à leur «culture» les prédestinant à ce type d emplois : «les sénégalaises sont douées pour s occuper des enfants», «les marocaines sont douées pour la cuisine et le ménage», etc. «La transformation de l emploi ouvrier qui renaît dans la catégorie des employé-e-s, fragilise la classe ouvrière par l atomisation de ses membres, sans pour autant faire disparaître «la condition ouvrière». Les femmes

10 16 17 immigrées figurent parmi les «nouveaux» ouvriers du tertiaire impliqués dans des rapports sociaux et des conditions de travail qui ne permettent pas toujours d éprouver la dimension collective du travail. Malgré leur invisibilisation, en bonne partie socialement construite, sur le marché du travail, leur dispersion dans un secteur d activité tertiaire hétérogène, l invidualisation de leur parcours, leur concentration dans des petites structures et, concomitante de ce phénomène, leur faible syndicalisation, elles n en ont pas moins été érigées en figures de proue de luttes collectives récentes données pour improbables. L écho médiatique autour de l affaire Arcade, entreprise sous-traitante de nettoyage pour une grande chaîne hôtelière, employant une main-d œuvre féminine majoritairement immigrée, a révélé en plein jour les cas de «sous-traité-e-s» du droit social. Le nombre d articles et d interviews passés avec la leader de la lutte, Faty Mayant, mère de famille sénégalaise, syndiquée à Sud-Nettoyage témoigne de l exemplarité de ce conflit sur des terrains multiples : lutte dans un secteur privé peu syndiqué, lutte de femmes et lutte d immigrées. Ce conflit fait écho aux mouvements de lutte menés dans la restauration rapide (Mac Do), la distribution de livres (Maxi Livres), les chaînes de vente de produits culturels (Virgin, Fnac), ou encore les bases de loisirs comme Disneyland. Il n est pas indifférent de noter que la plupart des leaders dans ces conflits sont des jeunes hommes ou femmes «issu-e-s» de l immigration : la question sociale est ainsi portée par ces nouveaux acteurs de la lutte et contribue à la mobilisation des acteurs politiques «traditionnels» dans un spectre politique large (syndicats Sud, CGT, l extrême gauche dans son ensemble, le mouvement altermondialiste, les associations de défense des immigré-e-s).» Sabah Chaïb, Femmes immigrées et société salariale, les cahiers du Cedref, Faty Mayant, déléguée SUD-Nettoyage dans l entreprise Arcade, sous-traitante du groupe Accor pour le nettoyage de ses hôtels, a été licenciée pour faute grave. Elle avait été la porte-parole de la grève des femmes de chambres contre Arcade et Accor qui imposent des cadences infernales et organisent l exploitation des femmes immigrées dans le secteur du nettoyage. Ce conflit, débuté en avril 2002, dura plus d un an. Devant la détermination des grévistes, Accor avait été obligé de céder en mettant en place «une charte de bonne conduite professionnelle et sociale des sous-traitants du groupe Accor», en imposant à Arcade la réintégration des grévistes licenciées et des réponses positives à leurs revendications. 4- Un champ des possibles limité Il n est pas rare de trouver dans les emplois exposés dans la partie précédente des femmes immigrées ou issues de l immigration diplômées. Ces femmes diplômées tendent à s installer durablement dans ce type d emplois alors qu elles l ont occupé initialement comme transition vers un emploi correspondant plus à leurs qualifications. Ces facteurs conduisent à une intériorisation d un champ des possibles restreint. Il y a eu en quelque sorte une production sociale de résignation. Il en découle une conclusion significative : l investissement éducatif des filles non blanches ne les protège pas de la permanence d un taux de discriminations racistes et sexistes très élevé. Une division ethno-sexuée du marché du travail est donc à l œuvre révélant ainsi (de par les emplois concernés, les conditions d horaires, les relations sociales employeur/employées, les lieux de travail, etc.) une discrimination systémique à l égard des femmes issues de l immigration post-coloniale, qu elles soient étrangères ou de nationalité française. 5 - Élargissement de la sphère des discriminations Abdelmalek Sayad 4 soulignait que les discriminations légales autorisent et entretiennent les discriminations illégales sous la forme d «une logique circulaire par laquelle les situations de droit et de fait se soutiennent mutuellement». L existence de discriminations légales dans un domaine de la vie sociale tend ainsi à produire des pratiques discriminatoires illégales dans d autres sphères.

11 18 19 La loi sur le foulard de 2004 a ainsi pu produire un certain «flou artistique» dans d autres espaces sociaux que l école, notamment en matière de droit du travail. Il n est qu à voir les multiples péripéties juridiques dans l affaire de la crèche Baby-Loup de 2008 à aujourd hui. Une femme a-t-elle le droit d être voilée sur son lieu de travail? Une élue a-t-elle le droit de siéger voilée au conseil municipal? Une mère voilée a-t-elle le droit d accompagner son enfant jusqu à sa classe de maternelle ou ne peut-elle le conduire que jusqu à la grille? Une étudiante peutelle être voilée à l université? Telles sont les questions de l après 2004 que l on retrouve à longueur de médias et de discours politiques. Notons l évolution actuelle en France, où des jeunes filles peuvent être exclues de leur collège pour port de jupe estimée trop longue. 6- Les discriminations que subissent les femmes voilées sur le marché du travail Concernant les discriminations violentes et permanentes que subissent les femmes musulmanes voilées, il s agit d un scandale qui ne dit jamais son nom, car la question du foulard en France est toujours posée dans le cadre de débats sur «la laïcité», sur «la compatibilité avec les valeurs de la république», sur «le féminisme», etc. La question n est jamais posée en termes de discriminations, notamment à l emploi, que subissent les femmes musulmanes qui portent un foulard. Or on a bien affaire là à une discrimination raciste et sexiste spectaculaire qui exclut quasi-totalement les femmes musulmanes qui portent un foulard du marché du travail. Fatiha Ajbli 6 a travaillé sur les discriminations que subissent les jeunes musulmanes voilées dès l école, restreignant de fait leur champ des possibles en termes de perspectives professionnelles, discriminations qui se prolongent de manière massive sur le marché du travail. «Nos observations de terrain font ressortir l existence d une posture de repli délibéré des Musulmanes vis-à-vis du monde de l emploi qu elles considèrent comme producteur de violence symbolique. Ce n est pas l envie d exercer une activité rémunérée qui leur manque, mais l idée qu elles pourraient s exposer aux jugements dépréciatifs des recruteurs en raison de leur appartenance religieuse les conduit à rester en retrait et à se cantonner à la sphère familiale. Les premiers effets du stigmate se font sentir sur les bancs de l école et de l université puisqu ils participent à brouiller leur projection professionnelle. L école est, selon toute vraisemblance, la première instance au sein de laquelle les Voilées font l intime expérience de la charge stigmatique de leur appartenance islamique. Au moment même où elles sont enjointes, à l instar de leurs pairs, à se projeter symboliquement sur le marché du travail, elles réalisent qu elles sont porteuses d un bagage identitaire apparemment trop chargé et que leur appartenance trop marquée compromet leur ascension sociale. ( ) Ces éléments doivent intégrer les facteurs liés au cou t psychologique de l exposition aux pratiques discriminatoires liées au voile. Il apparait, en effet, que les Françaises voilées s auto-excluent du marché professionnel aussi pour résorber le cou t psychologique de la stigmatisation. ( ) Ces logiques d auto-exclusion ne doivent toutefois pas occulter le rôle des pratiques discriminatoires des recruteurs dans l analyse explicative de l inactivité des Musulmanes. En effet, nombre d entre-elles tentent de s insérer sur le marché de l emploi mais leur voilure fonctionne comme un critère de non-embauche. (...) Suite à l affaire Dalila Tahiri, du nom de cette jeune téléopératrice réhabilitée dans son entreprise par une décision prudhommale après un licenciement motivé par le refus de la salariée de nouer son voile en arrière, le site Fide s journal.com propose à ses internautes «chefs d entreprises» de répondre à la question suivante : «Seriez-vous pre t a embaucher une jeune femme voile e?». Voici les réponses publiées : «Nous avons peu de clients qui viennent dans la socie te, sauf quelques fournisseurs. Mais, malgre cela, je n embauche jamais de femmes portant le voile et la de cision du conseil des prud hommes me conforte largement en ce sens. Pour moi, c est une question de principe. Je ne suis pas contre la religion, la preuve ma secre taire porte une croix a son cou. Mais le voile, c est quand me me autre chose, non?» (Pierre, gérant d une PME dans le bâtiment Argenteuil). «C est impossible pour moi d envisager d embaucher une jeune femme voile e! Mes clientes ne supporteraient pas! Je n aurais plus qu a fermer ma boutique! Je suis pour la liberte religieuse mais pas pour le voile! Me me si elle n avait aucun contact avec la cliente le, je ne l embaucherais pas! Je pense que ces jeunes femmes devraient solliciter un emploi aupre s de socie te s musulmanes» (Claudia, directrice d un magasin de vêtements Montrouge).

12 20 21 «Je n ai jamais e te confronte a une telle situation mais je ne la prendrais pas! On ne peut imposer a des chefs d entreprises du prive d employer des jeunes filles voile es alors que les administrations refusent de le faire. Et puis, si j accepte le voile, qui me garantit que dans l avenir, elle n aura pas d autres revendications? J ai une petite boite et je ne peux me permettre d avoir des proce s! Quant aux clients, je ne vous raconte me me pas!» (Claude, gérant d une société de publicité Paris). «J embauche, avant tout, des te le prospectrices compe tentes et qui s expriment bien! J en ai toujours dans mes effectifs et je n ai pas de proble me particulier! Pour notre socie te, par exemple, c est une bonne ope ration et ce sont de bonnes recrues ; elles sont souvent diplo me es, surqualifie es pour le type de travail que nous proposons, mais ne trouvant rien dans leurs domaines de compe tence, elles se rabattent sur nous. Il est faux de penser que les clients ne sont pas au courant puisque la plupart du temps ils viennent chez nous, surtout pendant les ope rations de testing. La plupart du temps, ils s en foutent tant qu elle n a pas d accent et qu elle vend bien le produit. Mais, c est vrai qu au te le phone personne ne les voit. Par contre, lorsque le client exige que l ope ration te le phonique soit effectue e au sein me me de son entreprise, son choix ne se portera pas sur une jeune fille voile e» (Simon, gérant d une société de marketing téléphonique Evry). (...) Il apparait que les jugements des employeurs font écho à l opinion dominante et qu ils effacent les critères de compétence professionnelle. Dans leurs propos, ils laissent transparaitre une forme de suspicion à l égard du particularisme musulman et se font les défenseurs de la neutralité. On peut y voir les avatars de la politisation des affaires de foulard et une extension du champ d application de la loi d interdiction des signes religieux ostensibles à l école votée en mars Loin d être une île isolée, les entreprises françaises font partie intégrante de la société. Il n est donc pas surprenant qu elles répercutent en leur sein les débats qui agitent la société. Au fond, la disqualification sociale et la disqualification professionnelle semblent n être que l envers et le revers de la même pièce.» Fatiha Ajbli, Les Françaises musulmanes face à l emploi, le cas des pratiquantes voilées, Thèse de doctorat soutenue à l EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales), 2011 Conclusion Les femmes non-blanches sont structurellement l objet de discriminations majeures, d abord à travers ce qui est toujours dans la société le cœur du système d appartenance sociale : le travail. Elles accèdent systématiquement moins à l emploi à la fois que les hommes blancs, les hommes non-blancs et les femmes blanches. Elles sont plus souvent sujettes au chômage que ces trois catégories, elles sont relativement autant discriminées que les hommes non-blancs face aux hommes et aux femmes blanc-he-s. Quand elles sont voilées, les femmes musulmanes sont quasi-systématiquement discriminées à l embauche. Lorsqu elles occupent un emploi, elles sont plus fortement l objet d une précarité de l emploi et occupent des emplois dévalorisés face à tous les autres, font l objet d une déqualification en occupant plus systématiquement des emplois qui ne correspondent pas à leur formation. Là encore, toutes les données chiffrées ne sont pas disponibles pour permettre de mettre en évidence toutes les réalités, et lorsqu il y a des chiffres, ils sont souvent parcellaires, et cet aspect même contribue à obscurcir et à masquer les réalités. L état de la statistique est un reflet des préoccupations dominantes : les modalités fines des discriminations multifactorielles classe / genre / race ne sont pas (re)connues parce que les outils statistiques ne les appréhendent pas, ne les cherchant pas. Cela contribue à la reproduction des inégalités et discriminations que subissent les femmes non-blanches. Cette occultation dans l appareil statistique se reflète dans tout le système social, au travers des discours politiques, médiatiques, les débats publics, les contenus de diverses formations, etc. Il produit ainsi un contexte global qui pousse les femmes racisées à intérioriser, et à se rendre responsables des difficultés rencontrées. Ainsi, les femmes issues de l immigration post-coloniale tendent statistiquement à sous-estimer l ampleur des discriminations qu elles subissent.

13 quasi-tous ne prennent pas en compte les discriminations racistes quand elles sont islamophobes, les percevant comme plus légitimes (de l ordre de l opinion). Manifestation des femmes de chambre du Hyatt Paris, septembre PARTIE 3- Les grilles d analyse pour comprendre les discriminations classe/genre/race Les discriminations que subissent les femmes non-blanches habitant les quartiers populaires sont massives et incontestables. Mais il y a une difficulté à traiter le sujet car, comme le disait Abdelmalek Sayad 6, l immigration et les immigrés représentent un «objet surdéterminé dans la mesure où il concerne une population socialement et politiquement dominée». En France, - nombreux (institutions, militants, associatifs) sont ceux qui réduisent les discriminations multifactorielles à la question sociale, ou à des discriminations de genre, ou de race, ou du moins qui hiérarchisent les facteurs de discriminations - nombreux sont ceux qui ne traitent pas réellement des discriminations, mais traitent d autres problématiques («violences faites aux femmes» par exemple) Des ruptures théoriques importantes ont permis une avancée de la réflexion, importante pour «lire» les discriminations classe/genre/race et restituer au mieux l expérience des femmes racisées, importante aussi pour éclairer l action. Car les avancées se sont faites rupture après rupture. Fréquemment, les ruptures sont difficiles, c est-à-dire qu elles doivent s imposer en dépit des critiques qui sont faites à celles qui les avancent : celles qui osent la rupture sont accusées de diviser le groupe discriminé et/ou dominé, faisant ainsi «le jeu de l ennemi»; elles sont accusées d être paranoïaques, hystériques, ou de jouer les victimes ; elles sont accusées de prêter le flanc à l instrumentalisation et à la récupération; elles sont accusées d être «communautaristes», etc. «Je peux en raconter des racismes asphyxiants et chaque fois on m a dit que c était un «malentendu», que j avais du «mal comprendre» et qu en plus les formes de ma colère la disqualifiaient. J étais «trop agressif, écorché». Mais écorché par qui?» M.L. - Cases Rebelles, Extrait de J ai séparé nos routes, juin La rupture avec l homogénéité et la solidarité de facade de la classe ouvrière, Jusqu à la décennie 80, l immigration est quasi-absente des recherches sociologiques et historiques. Elle semble être un domaine réservé à l économie et à la démographie. Le monopole de la science économique n était que le reflet d une perception de l immigré réduite à son statut de travailleur en transit. Les immigrés étaient des ouvriers et ceux-ci avaient tendance à être perçus comme un groupe social homogène.

14 24 25 Cette essentialisation de la classe empêche la reconnaissance des inégalités de traitement et discriminations spécifiques vécues par les immigrés. A partir de la fin de la décennie 60, et en particulier depuis la décennie 70, le développement de luttes autonomes des ouvriers immigrés et en particulier des O.S., les revendications spécifiques mises en avant, les silences et prudences des organisations ouvrières vis-à-vis de ces mouvements sociaux, etc., ont contraint le monde de la recherche à ébrécher l essentialisation de la classe ouvrière. A partir de la marche pour l égalité en 1983, c est la question de l origine qui a été mise en avant par les jeunes français(e)s issus de l immigration post-coloniale pour expliquer les discriminations vécues. Confrontée à la même essentialisation de la classe ouvrière, les féministes matérialistes ont été elles aussi amenées à des ruptures théorique et pratique. Pour les femmes également, l inégalité spécifique tend à être niée et/ou sous-estimée. Cette spécificité d oppression n est prise en compte que comme une conséquence secondaire de l exploitation capitaliste. De même la mise en avant des revendications spécifiques a été fréquemment reçue comme division face à «l ennemi principal». Au prétexte de prendre en compte cet «ennemi principal», était ainsi occultées la logique patriarcale et son articulation systémique avec le mode de production dominant. Comme pour l immigration, ce qui est sous-estimé ici, c est la fonction économique et sociale des inégalités entre travailleurs et travailleuses c est-à-dire ici des discriminations sexistes. «L expérience politique du MTA est intéressante pour plusieurs raisons. Tout d abord, elle signifie l émergence d une nouvelle génération de militants de l immigration en France, socialisée politiquement dans les «années 1968». En rupture avec l ordre national du pays d origine, le MTA est l illustration des premières fissures dans le mythe du retour. Les militants du MTA sont en effet parmi les premiers à s intéresser à la condition immigrée sur le territoire français et à la considérer comme une cause légitime à défendre. ( ). Ensuite, cette volonté d autonomie par rapport aux pays d origine s articule avec une autonomisation vis-à-vis de l extrême gauche française en général, et la Gauche Prolétarienne en particulier. Cette relative distanciation s explique par des divergences politiques mais aussi par les difficiles relations entre Français et Arabes au sein des comités Palestine.

15 26 27 Le problème de la répartition du pouvoir et de la faible prise en compte des revendications des travailleurs immigrés par les syndicats d usine amène le MTA à envisager le projet d un «syndicat arabe». L autonomie est un enjeu politique majeur en ce sens que le MTA doit éviter le double isolement (politique et social) tant par rapport à la «communauté arabe» qu à la société française. Une véritable alchimie politique se déclenche lors des grèves générales contre le racisme de Enfin, l expérience du MTA est significative des logiques de contrôle de l immigration post-coloniale. Les militants vont faire face à une répression féroce et à une alliance objective entre l Etat, les amicales, la Mosquée de Paris et les principaux syndicats. Cette stratégie d endiguement de l action du MTA montre la capacité de l Etat à neutraliser et/ou intégrer les mouvements subversifs des hérétiques de l ordre national». Abdellali Hajjat, «L expérience du Mouvement des travailleurs arabes», in ContreTemps, n 16, mars L approche en termes de cumul des discriminations L approche en termes de cumul des discriminations est le résultat d un long processus de prise de conscience de la spécificité de la domination vécue par les femmes noires aux U.S.A. et par les femmes issues de l immigration et leurs filles dans les pays européens. Elle émerge après de nombreux conflits au sein des mouvements ouvrier, féministe et antiraciste. C est en se confrontant aux difficultés à faire entendre leurs revendications au sein de ces organisations que se théorise l idée d un cumul des discriminations : - Les femmes ouvrières ont été confrontées à la négation de la question de l égalité sociale au sein du mouvement féministe et de la question de l égalité entre les sexes au sein du mouvement ouvrier ; - Les femmes noires ont été confrontées à la négation de la question de l égalité raciale au sein du mouvement féministe et de la question de l égalité entre les sexes au sein du mouvement pour l égalité raciale ; - Les femmes ouvrières noires ont été confrontées à la négation des discriminations racistes et sexistes au sein du mouvement ouvrier et à la négation des discriminations racistes et de l oppression de classe au sein du mouvement féministe. Angela Davis 9 par exemple décrit de la manière suivante la relation des femmes ouvrières noires avec le mouvement des suffragettes : «Sur les huit millions d ouvrières qui travaillaient au début du XXème siècle, plus de deux millions étaient noires. La triple oppression qu elles subissaient en raison de leur sexe, de leur classe d origine et de leur race donnait du poids à leur revendication. Cependant, le racisme était si ancré dans le mouvement des suffragettes que les portes ne furent jamais réellement ouvertes aux femmes noires». La théorie du cumul est donc d abord le résultat de l affirmation des femmes racisées refusant de prendre une seule porte d entrée dans l analyse des discriminations qu elles subissent. Elle est la première et la plus fondamentale des ruptures effectuées pour comprendre les mécanismes qui se jouaient dans les discriminations classe / genre / race. Elle s est faite au sein du mouvement féministe et marxiste des femmes racisées parce que noires-américaines. 3- L approche intersectionnelle L approche en termes de «cumul des discriminations» est dominante en France bien que largement remise en cause dans d autres pays. Elle conduit à rechercher la part des discriminations racistes, sexistes et des inégalités de classes dans le processus de discrimination subi. Malgré le fait que ce concept ait émergé pour prendre en compte plusieurs des dimensions de la discrimination subie, il ne prend pas en compte le caractère spécifique de l oppression et de l exploitation qu il cherche à décrire. L approche en termes de cumul est encore plus pernicieuse lorsqu elle s exprime en termes de sous-groupes : «les femmes sont opprimées et parmi elles, les femmes immigrées le sont plus encore», ou «les immigrés sont opprimés et parmi eux, les femmes immigrées le sont plus encore». Si l on prend le premier exemple, cette lecture invisibilise les rapports sociaux qui existent entre femmes blanches et femmes non-blanches ; or, l un des apports fondamentaux des féministes noires-américaines, c est la mise en perspective d un «racisme genré», concept introduit par Philoména Essed 10. Il n y a donc pas une discrimination sexiste d une part et une discrimination raciste d autre part qui se cumuleraient, tout comme il n y a pas une identité raciale d une part et une identité de genre

16 28 29 d autre part : l expérience du sexisme n est pas la même pour une femme blanche et pour une femme non-blanche, l expérience du racisme n est pas la même pour un homme non-blanc et une femme non-blanche. Une présence féministe Noire s est développée, très évidemment, en lien avec la deuxième vague du mouvement des femmes Américaines qui a commencé à la fin des années soixante. Les Noires, les autres femmes du Tiers monde et les travailleuses ont été impliquées dans le mouvement féministe dès ses débuts, mais notre participation a pâti à la fois des forces réactionnaires à l extérieur et du racisme et de l élitisme à l intérieur même du mouvement féministe. En 1973, des féministes Noires, principalement basées à New York, ont senti la nécessité de former un groupe féministe Noir en tant que tel. Celui-ci est devenu le National Black Feminist Organization (NBFO). La politique des féministes Noires possède également un lien évident avec les mouvements pour la libération Noire, tout particulièrement ceux des années soixante et soixante-dix. Beaucoup d entre nous ont été actives dans ces mouvements (Droits civiques, nationalisme Noir, Black Panthers) ; nos vies ont été profondément marquées et transformées par leur idéologie, leurs objectifs et leurs tactiques. Ce sont nos expériences et nos désillusions à l intérieur de ces mouvements de libération, ainsi qu à la périphérie de la gauche masculine blanche, qui nous ont poussées à développer une politique qui soit antiraciste, à la différence de celle des femmes blanches, et antisexiste, à la différence de celle des hommes Noirs et blancs. Déclaration du Combahee River Collective dans «Black Féminism, anthologie du féminisme africain-américain, , textes choisis et présentés par Elsa Dorlin, ed. l Harmattan, Il n est pas anodin de souligner que le concept d intersectionnalité est pour la première fois mis en avant par une juriste en 1991, Kimberlé Crenshaw 12, dans un article portant sur les violences subies par les femmes racisées dans les quartiers pauvres aux États-Unis. La date souligne l ancienneté du débat outre-atlantique. L origine juridique souligne pour sa part les limites de l approche en termes de cumul des discriminations pour les plaintes des femmes racisées. La législation étatsunienne contraignait en effet à choisir une des discriminations pour qualifier la plainte. L approche intersectionnelle invite à distinguer ce qui est arbitrairement regroupé. Ainsi par exemple les travaux de bell hooks 13 déconstruisent la catégorie «femmes» pensée comme universelle et son homogénéité supposée : bien que beaucoup de femmes souffrent du sexisme, cela ne suffit pas à forger une sororité, «un lien entre toutes les femmes». Au contraire, les positions de classe et de race créent des différences de statut social, de style et de qualité de vie qui l emportent sur l expérience que les femmes partagent. Les travaux de Barbara Ellen Smith 14 précisent les processus de production de ces différences de statut social entre femmes : non seulement les femmes blanches bénéficient indirectement, par leurs liens familiaux, d avantages liés à la dimension genrée et racisée de la domination de classe (le patronat et l encadrement sont essentiellement composés d hommes blancs qui sont aussi leurs maris, leurs pères ) mais de surcroît, en tant qu employeurs de personnel domestique, elles se retrouvent bien souvent en situation d exploiter les femmes noires très nombreuses dans ce secteur d activité. Est ici mis en exergue le paradoxe central du féminisme contemporain : ce n est pas seulement que les identités de race et de classe et autres facteurs génèrent des conflits parmi les femmes, mais que c est le genre lui-même qui est source de différence. C est la manière même dont le genre est construit, différentiellement selon la position de classe et de race, qui se prolonge sous la forme d un rapport d exploitation entre employeuses et employées. La prise en compte des rapports sociaux qui se tissent entre femmes blanches et femmes non-blanches dans le monde du travail est donc à introduire dans l analyse.

17 30 31 Ce modèle d analyse opère les ruptures suivantes : - La rupture avec l idée de l existence séparée des rapports sociaux de sexe. Ceux-ci n existent jamais seuls mais sont toujours concomitants avec d autres rapports sociaux constituant ce que Patricia H. Collins 15 a appelé une «matrice des oppressions», - La rupture avec l idée d un cumul mécaniste des discriminations, le terme «matrice» renvoyant à l idée d interrelations et de croisements, - La rupture avec l idée d une priorité d une oppression portée par un rapport social sur celles portées par les autres rapports sociaux. 4- La critique du concept d «intersectionnalité» par les premières concernées La publication en 1973 par un groupe de sociologues noirs aux Etats- Unis d un livre au titre évocateur marquera une évolution au sein de l université états-unienne : «La mort de la sociologie blanche» 16. Cette publication est le résultat d une longue remise en cause initiée dès que les premiers Noirs accèdent à l université. Naîtra alors la «Standpoint theory» (théorie du point de vue situé) qui insiste sur le caractère situé de toute connaissance, inévitablement située dans la position sociale et dans l histoire de l observateur comme dans celle de l observé. Le «point de vue situé», en particulier celui des femmes racisées, premières concernées par les discriminations classe/genre/race, ainsi que celui des universitaires français, ont peu de succès au sein de l institution universitaire française, en particulier dans les milieux qui «travaillent» le concept d intersectionnalité. Qui parle? La question n est pas au centre du débat. Assister à un séminaire sur «l intersectionnalité» en France, c est être face à une estrade d où parlent, quasi-exclusivement, des chercheur-e-s blanc-he-s. Lire les travaux sur l intersectionnalité en version universitaire française, c est lire un objet, l articulation classe/genre/race aux Etats-Unis telle qu interprétée par les universitaires français, totalement coupé de ce qui lui donnerait du sens en France : l Histoire de la France esclavagiste et coloniale, l Histoire des luttes pour la libération et les indépendances, l Histoire des luttes de l immigration en France, l Histoire des luttes des femmes racisées en France, etc. Ceci explique certainement en partie pourquoi les femmes racisées que nous avons pu rencontrer, y compris parmi les plus militantes, rechignent à mobiliser le concept d intersectionnalité, notion qu elles reconnaissent comme ayant été le produit des luttes des femmes noires aux Etats- Unis, mais qu elles perçoivent aussi comme étant devenu, ici, un objet dépolitisé, illisible, désincarné, non-mobilisable sur le terrain, et par rapport auquel elles se sentent étrangères voire exclues. Fatima Ait Ben Lmadani et Nasima Moujoud 17 proposent des éléments d analyse pour comprendre pourquoi en France, l intersectionnalité se fait sans les premières concernées. «À la fin des années 1980, dans «Can the Subaltern Speak?», Gayatri Chakravorty Spivak 18 s interrogeait sur la place des populations représentant les ex-colonisé-e-s dans un monde de suprématie occidentale. Cette philosophe indienne issue des Subaltern Studies évoquait la tendance qu ont certaines personnes (antiracistes, anticolonialistes...) représentant les ex-colons à s exprimer au nom et à la place des excolonisé-e-s. Spivak évoquait le contexte académique occidental dans lequel l homme blanc de classe supérieure serait la voix privilégiée pour «étudier» les subalternes. Or, en dépit de sa «féminisation» et de son histoire théorique et politique, le féminisme universitaire français majoritaire présente un exemple notable de cette tendance du monopole de la légitimité de la science. L une des manières d appréhender cette tendance est de se pencher sur la façon dont le Black feminism a été reçu en France et dont des chercheur-e-s majoritaires (au moins du point de vue de leur position au sein de l académie) s en sont saisi. (...) Le Black feminism et le féminisme postcolonial constituent des champs de recherche et de réflexion qui se sont imposés depuis le début des années Le féminisme français majoritaire reprend et traduit les principaux apports de ces courants. Or, cette réception a deux principales particularités. D abord, ces deux courants ne sont pas conjointement analysés dans les travaux majoritaires. Ainsi, les références/traductions du Black feminism font l économie d une analyse historique de l intersectionnalité dans le contexte français. De même, les «nouveaux» travaux se référant à la «colonialité» ou aux études postcoloniales occultent l intersectionnalité des rapports sociaux de pouvoir ainsi que son inscription dans l histoire coloniale. Ensuite, la réception de ces deux courants s inscrit dans le prolongement du traitement hégémonique

18 32 33 des «subalternes». Elle se développe sous le joug de l invisibilisation des savoirs de minoritaires ex- colonisé-e-s par la France, qui ont très peu de places dans les listes d auteur-e-s, références, citations, comités scientifiques, colloques, correspondant-e-s à l étranger...mis-es en évidence dans les revues, colloques et «nouveaux» travaux français se référant au Black feminism, au féminisme postcolonial, féminisme au pluriel, intersectionnalité, imbrication des rapports sociaux de pouvoir ou genre en contexte (post)colonial.(...) Que fait le majoritaire pour donner la parole au minoritaire et, surtout, que fait-il pour délégitimer cette parole? La réponse à cette question amène à se pencher sur la particularité historique du racisme et de la domination dans le contexte français et au sein de ses divers espaces, féministe, universitaire, militant et professionnel. Elle pose la question de la particularité de la réception française majoritaire du Black feminism : ne sommes-nous pas en train de reproduire des logiques racistes, classistes et sexistes, tout en disqualifiant les racialisées d ici et en instrumentalisant les racialisées de là-bas? (...) Il ne suffit pas de se référer à des théories d ailleurs pour décoloniser le savoir d ici. La décolonisation du savoir ne peut se construire en dehors de la critique de son «propre» contexte historique, politique et théorique.» Fatima Ait Ben Lmadani et Nasima Moujoud, Peut-on faire de l intersectionnalité sans les ex-colonisé-e-s?, Mouvements, avril Sabah Chaïb 19 montre comment les luttes des femmes sans-papiers sont invisibilisées ou disqualifiées, notamment parce qu elles remettent en question l illusion de la «mobilisation de classe». «Si des mots sont bien de retour, à l instar des mots «classes sociales» ou «exploitation», les femmes immigrées témoignèrent de l actualité de la question sociale en France ainsi que l idée d une internationale des travailleur e s en prise aujourd hui avec la question de la mondialisation/ globalisation des échanges et des migrations. Le conflit des femmes grévistes enrichit l inventaire des mobilisations collectives d immigré-e-s, jusque-là essentiellement portées par des hommes immigrés, salariés dans l industrie, sans pour autant renouveler forcément les répertoires de la lutte. Bien que des femmes immigrées grévistes aient existé par le passé, leurs histoires restent encore largement méconnues. Alors que le mouvement des «sans-papiers» a fait l objet de nombreuses analyses en termes de mobilisations collectives, la féminisation de l expression «sans-papière» par les intéressées elles-mêmes est une réalité encore peu étudiée. Cela révèle combien les femmes immigrées en tant qu actrices au sein de structures associatives et en tant que catégorie sociale à l origine de mouvements de lutte, restent encore peu étudiées en France, qu il s agisse du passé lointain ou proche (les années soixante-dix) et du présent. De même, l articulation de ces mouvements avec les acteurs «traditionnels» des mouvements sociaux et les relations entretenues avec eux mériteraient de plus amples études. A ce titre, la mobilisation des catégories de l ethnicité bien plus encore que celle du genre, divise les acteurs «traditionnels» et apparaît bien souvent illégitime, car synonyme de la fragmentation et de l affaiblissement des mobilisations de classe.» Sabah Chaïb, Femmes immigrées et société salariale, Les cahiers du Cedref, La rupture avec le féminisme blanc en France : le féminisme indigène, le féminisme islamique et l afro-féminisme Les femmes issues de l immigration post-coloniale s appuient de plus en plus sur leur propres références historiques, politiques et culturelles pour se libérer, celles-ci étant posées comme l une des conditions majeures pour une véritable libération. Ainsi, l auto-organisation des femmes racisées est pensée aujourd hui comme nécessaire pour construire un cadre de solidarité et de défense collective, face à une oppression spécifique. Nous proposons ici quelques exemples de positionnements de féministes qui ont comme point commun une prise de distance avec le féminisme blanc, de s appuyer sur un héritage et des références propres, et de lutter contre toutes les formes d oppressions que subissent les femmes racisées.

19 34 35 Née en 1772, Solitude est la fille d une esclave africaine violée par un colon. Figure emblématique du marronnage en Guadeloupe, Solitude a combattu contre le rétablissement de l esclavage par Napoléon. Après la bataille de Matouba en 1802, elle est capturée, enceinte. Solitude sera pendue par les colons au lendemain de son accouchement, au cri de «Vivre libre ou mourir!». Son enfant sera vendu comme esclave le jour de sa naissance. «Sous le Haut Marrainage de Solitude, héroïne de la révolte des esclaves guadeloupéens contre le rétablissement de l esclavage par Napoléon, de Jamila Bouhired, révolutionnaire algérienne et de nos mères immigrées (...) Nous, en tant que femmes vivant en France, héritons des acquis des luttes des féministes françaises. Mais en tant que femmes racialisées, nous remettons en question les diktats de l universalisme blanc et masculin et du féminisme blanc qui dénient toutes autres visions du monde ou vécus. Le féminisme occidental n a pas le monopole de la résistance à la domination masculine. Nous refusons les présupposés idéologiques selon lesquels le féminisme serait incompatible avec la foi religieuse, notamment en portant et défendant la parole féministe des femmes croyantes. Nous assumons et revendiquons nos identités plurielles, aux contours variables faites aussi de contradictions et d imperfections. Nous refusons l injonction à la déloyauté envers les nôtres avec tous les sacrifices que cela suppose : rupture familiale, guerre et concurrence des sexes, mise à distance de nos cultures chaque jour mises en accusation. Nous interpellons nos communautés et l ensemble de la société. Nous dénonçons et nous nous battons contre les systèmes d oppression. Nous ne voulons pas «conscientiser» les femmes issues de l immigration, dont nous sommes, ni les juger sur des critères «d émancipation» subjectifs. Chaque femme est en droit de choisir son mode de vie en continuité, en composition ou en rupture avec sa culture, sa tradition ou sa religion. Nous revendiquons l autonomie de nos luttes et de nos trajectoires. Dans notre société, racisme et sexisme sont intimement imbriqués. Nous subissons des oppressions de classe, de genre et de néo-indigénat qui se renforcent mutuellement. Notre parole est seule légitime pour faire état de la réalité de ces oppressions croisées. Cette parole est radicalement anti-raciste et anti-sexiste. Nous n établissons pas de priorité entre ces luttes intrinsèquement liées. Nous dénonçons catégoriquement toutes les violences sexistes et racistes que nous subissons quelles qu elles soient et d où qu elles viennent. Nous ne tairons pas notre combat féministe sous prétexte que la lutte anti-raciste est prioritaire. De la même façon nous ne tairons pas notre combat anti-raciste pour servir de relais, au nom d un pseudo-féminisme, à la diabolisation des Noir-e-s, des Arabes, des Musulman-e-s et d autres populations stigmatisées racialement. Nous refusons d être l enjeu de la concurrence et de la bataille que se livrent le patriarcat des dominés et celui des dominants. Par conséquent, nous nous inscrivons dans ce féminisme paradoxal afin de ne plus jamais être le cheval de Troie de la suprématie blanche ou les traîtresses à l ordre communautaire. C est à ce prix que l on pourra se battre contre les représentations coloniales, indigénisantes et folklorisantes des femmes noires, arabes et musulmanes, véhiculées dans les discours dominants, les politiques publiques et les espaces médiatiques. C est ainsi que l on pourra casser les stéréotypes de la beurette, de la maman-nourricière et infantilisée, de la musulmane manipulée ou de l africaine exotique.» L Appel du Collectif des Féministes Indigènes : stop au féminisme néocolonial et paternaliste! «Je considère que ce sont bien les grilles de lectures patriarcales et misogynes des hommes à travers l histoire qui ont dénaturé l essence égalitariste et libératrice de l islam et que les Textes sacrés, en eux-mêmes, ne sont pas essentiellement porteurs de sexisme et de machisme. J appelle, comme les premiers réformistes musulmans, à un retour

20 36 37 aux sources scripturaires de l islam, et à une réforme profonde de sa jurisprudence pour garantir l égalité à l intérieur du cadre religieux musulman. Le féminisme islamique que je défends pose ainsi la nécessité de décoloniser le féminisme hégémonique. Je ne conçois mon engagement féministe que dans une perspective anticoloniale et antiraciste, mais aussi ancrée dans un héritage spirituel et intellectuel qui considère le religieux comme un levier possible d émancipation. En affirmant tout cela, je me confronte ainsi aux dogmatismes de celles et ceux qui opposent de manière essentialiste islam et féminisme, qu ils soient «féministes» occidentaux ou conservateurs musulmans. Le combat est double pour moi : lutter contre le racisme et l héritage colonial de la pensée dominante et du féminisme majoritaire en France, et lutter à l intérieur du cadre musulman pour une réhabilitation de l héritage égalitariste des Textes sacrés et pour une réforme de fond de la jurisprudence musulmane établie.» Zahra Ali, Décoloniser le féminisme hégémonique, à propos de l ouvrage collectif Féminismes islamiques, ed. La Fabrique, «Derrière AssiégéEs des femmes et (quelques) hommes racisées en résistance qui se positionnent pour l articulation : anti-raciste ET antisexiste ET anti-homophobe ET anti-transphobe ET anti-capitaliste ET anti-islamophobe ET anti-politique de respectabilité. Afro-féminisme, black-féminisme, féminisme islamique, décolonial, luttes des travailleuses du sexe, autant de démarches qui pensent l articulation race, genre et classe. Une position indispensable tant le féminisme blanc est éloigné des impératifs des femmes racisées. Le féminisme blanc est l exemple type du faux allié mais vrai oppresseur. Dans le même temps si nous soutenons les personnes racisées capitalistes dans leur combat contre le racisme, nous refusons néanmoins le remplacement du capitalisme blanc par un capitalisme de la diversité. En tant que système d appropriation et d accumulation, il sera toujours question d inégalités et de mauvaises répartitions des richesses. La démarche intersectionnelle c est aussi mettre en lumière les spécificités du sexisme et de l homophobie dont sont victimes les personnes racisées, que ce soit dans ou en-dehors de nos communautés. Notre objectif est de promouvoir l humanité et la dignité de toutes les personnes racisées. Il ne s agira pas de combattre uniquement le racisme du plafond de verre alors que nous sommes nombreu.se.x au niveau du plancher collant. Nous ne le savons que trop bien : nulle libération n est possible en perpétuant un système oppressif. Toutes nos vies ont de l importance car dans cette lutte pour l émancipation de toutes les racisées : ON EST ENSEMBLE.» Assiégées, citadelle des résistances : Nous, Conclusion Les luttes de l immigration et les luttes des femmes racisées en France ont mis à mal plusieurs illusions qui fonctionnaient comme des incantations : non, le monde ouvrier et les classes populaires ne sont pas unis et solidaires face à «l ennemi principal» ; Et non, les femmes ne sont pas unies et solidaires face à l autre «ennemi principal». Les femmes racisées subissent une oppression spécifique qui se trouve à l intersection des inégalités de classe, du racisme et du sexisme, oppression qui mobilise les représentations de la femme non-blanche construites en partie pendant la période coloniale. Les femmes racisées s organisent aujourd hui pour revendiquer, entre autres, leur autonomie politique. Elles inscrivent leur lutte dans l Histoire coloniale et post-coloniale, et revendiquent des ressources politiques, culturelles et spirituelles propres pour se libérer, réellement. Elles revendiquent également ce qui est l un des apports majeurs du Black feminism : que le point de vue soit situé. Qui parle?

21 38 39 Partie 4 : Agir contre les discriminations multifactorielles 1- les actions de lutte contre les Discriminations qui renforcent le système discriminatoire A- «Elle est discriminée c est à dire qu elle subit des «violences intrafamiliales»» Lors de nos ateliers, il a été répété que les mondes médiatiques, politiques et institutionnels parlaient beaucoup des femmes issues de l immigration post-coloniale, mais qu ils ne leur demandaient que rarement leur avis. La question des «violences faites aux femmes» telle qu elle est généralement abordée est une des questions qui soulèvent le plus de colère. En particulier l amalgame entre cette question et celle des discriminations subies est fortement contestée : la question des violences «faites aux femmes» ou «intrafamiliales», telle qu elle est habituellement posée, est perçue comme masquant celle des discriminations structurelles ou institutionnelles, et comme contribuant à stigmatiser encore davantage les populations issues de l immigration post-coloniale. C est le sens de l interpellation des militantes du Collectif des Féministes Indigènes. «Personnalités politiques, intellectuel-le-s, féministes, représentants institutionnels... en France, se penchent avec humanisme et compassion sur le sort des femmes issues de l immigration post-coloniale que NOUS sommes. Ils nous encouragent à nous émanciper, à nous défaire de notre état de nature, ou, pour les plus évoluées d entre nous, de notre état de sousculture. Ils nous protégent contre nos maris, nos pères et nos frères supposés culturellement violents, violeurs et voileurs. Ils sont les boucliers sans lesquels nous sommes vouées à demeurer soumises, mariées de force à des brutes, excisées..., et peut-être même lapidées. De leur vigilance zélée dépend notre libération. Ils parlent en notre nom. Pour notre bien... Messieurs-Dames, le Collectif des Féministes Indigènes a le plaisir de vous annoncer la fin de la comédie. Il vous prie de ravaler vos larmes et de remballer vos bons sentiments. Ce discours néocolonial et paternaliste est une VIOLENCE que nous n acceptons plus. Nous refusons la dépossession et l instrumentalisation de nos luttes. Nous refusons catégoriquement que des personnes non concernées par des discriminations racistes et sexistes parlent en notre nom. Comme nous refusons le discours stigmatisant et essentialisant des femmes issues de l immigration, qui prêtent leurs voix au discours dominant, structurellement raciste et opportunément féministe. Parler à notre place, c est nous spolier de nos vies, nous déposséder de nos parcours et de notre vision du monde. C est aussi saboter nos luttes quotidiennes. Nous ne sommes pas dupes de cette instrumentalisation qui fait de nous des victimes idéales.» Collectif des Féministes Indigènes 23 Amandine Gay, militante afro-féministe, dénonce les représentations coloniales, racistes et misérabilistes véhiculées à travers le traitement médiatique des femmes excisées. «D abord, cette problématique appartient à un mode de représentation qui tend à «étrangéiser» les femmes noires de France. Chaque fois que les médias en parlent c est pour aborder le domaine du corps, qu il s agisse de beauté ou de santé, comme dans le cas de l excision; leur extériorité

22 40 41 géographique (la vie en banlieue ou les femmes migrantes/primoarrivantes); ou encore leur conformité ou non aux parcours établis. Elles ne peuvent pas être citées parmi d autres dans des articles sur les femmes chefs d entreprise, sur le cinéma, sur la cuisine, sur la politique... L excision est l une des thématiques de prédilection du discours médiatique misérabiliste sur les femmes noires. Pourtant, cette pratique ne concerne qu une infime minorité: les femmes excisées sont en France si l on en croit l INED, pour une population évaluée, en l absence de statistiques ethniques, de 3 à 5 millions de Noir.e.s. (...) On pourrait aisément soutenir de même que les excisées sont les uniques Noires dont la condition émeut autant la bourgeoisie. L enjeu actuel, si l on souhaite rendre le discours de lutte contre l excision audible dans toute la population noire, est de dépasser les postures ethnocentrées et paternalistes sur cette question, d interroger le continuum de représentations coloniales à l origine de l obsession des institutions et des médias français blancs à propos de l excision. Ce travail de déconstruction des représentations et des discours issus de l ère coloniale commence avec la prise en compte de la parole des Afrodescendantes de France qui se trouvent être excisées; et le recentrement de la narration sur leur point de vue de femmes noires vivant et/ou nées en France.» Amandine Gay, Le discours sur l excision doit changer, Slate, 6 février B- «Elle est discriminée mais c est sa culture qui est problématique» Les raisonnements culturalistes consistent à rechercher des causes culturelles pour expliquer les difficultés et les inégalités subies par un sujet ou un groupe social. Nous avons fréquemment rencontré ces raisonnements au cours des diagnostics que nous avons menés et actions que nous avons accompagnées. Le culturalisme opère une double opération : avec d une part, une homogénéisation des cultures (par exemple la «culture africaine» ou la «culture arabo-musulmane» sont perçues comme des blocs homogènes), et une surreprésentation du facteur culturel d autre part. Le culturalisme réussit ainsi le tour de force de reconnaître les inégalités réelles mais de nier les discriminations, renvoyant ainsi aux individus et à leur «culture» la responsabilité de leur situation. Ceci est lourd de conséquences en termes d actions : il ne s agit plus de combattre les discriminations, mais d adapter les personnes en les transformant culturellement. Ainsi, si les femmes issues de l immigration maghrébine sont plus souvent au chômage ou font des études moins longues que les femmes blanches, on va l expliquer par le fait que, entre autres, la «culture arabo-musulmane» ne leur laisse que peu d initiatives, et on va les inciter à s émanciper de leur milieu familial. Si les femmes issues de l immigration africaine ont des difficultés à élever leurs enfants, on va l expliquer en référence à leur «culture africaine», à «l éducation africaine» non adaptée, et on va mettre en place des actions de «parentalité» pour y remédier. «L attention portée aux femmes immigrées originaires des pays «tiers» et l intérêt des acteurs institutionnels sur les facteurs d ordre culturel, confortent dès lors le schéma selon lequel l immigré est force de travail et la femme immigrée est culture. S opère ainsi doublement l invisibilisation du travail salarié des femmes immigrées : par le silence et l oubli des faits du passé et du présent ; par la construction sociale d un problème social, à savoir la résolution des différences culturelles constituées comme entrave à l emploi des femmes immigrées». ( ) Le discours communément produit sur les femmes immigrées tient l existence de handicaps socioculturels dont elles seraient porteuses, comme autant d obstacles et de «stigmates» sur le chemin d une autonomie sociale et professionnelle ( ). Tout se passe comme si le concept d adaptation appliqué aux femmes immigrées équivalait dans sa construction sociale et son mode de prescription d actions, au concept d employabilité en usage aux Etats-Unis dans les années soixante-dix pour la catégorie des handicapés et des chômeurs. Ce concept repose à l origine sur l idée de l existence de handicaps médicaux ou socioculturels comme freins à l accès à la sphère professionnelle.» Sabah Chaïb, Femmes immigrées et société salariale, les cahiers du Cedref, C- «Elle est discriminée mais c est parce qu elle se replie sur ellemême» Le concept de communautarisme, que les différents interlocuteurs ne définissent jamais, est en permanence à la une des journaux. Il suggère l existence d un danger du fait d une ou plusieurs communautés repliées elles-mêmes et se donnant d autres lois que la république. La simple évocation du terme suggère un danger : pour les libertés individuelles,

23 42 43 pour les droits des femmes... Il est de bon ton de condamner tous les communautarismes mais les exemples invoqués désignent quasiexclusivement le communautarisme musulman, islamique, islamiste. Le concept de communautarisme suggère qu une catégorie sociale s exclut elle-même du contrat social et des avantages qu il devrait comporter. Les inégalités et discriminations subies résultent ainsi de la seule responsabilité des membres de la communauté en question. La conclusion est logique : c est le communautarisme qui engendre la discrimination. Nul besoin de lutter contre les discriminations, il suffit d éradiquer le communautarisme pour qu elles disparaissent. A l extrême, la logique conduit à considérer comme du communautarisme le fait de vouloir lutter contre les discriminations. Dans ce contexte, la question de l accès à l égalité pour les femmes nonblanches est souvent analysée non pas comme résultat du processus d éradication des discriminations subies mais comme le résultat du processus de rupture avec la «communauté» : ainsi pour s émanciper, la femme non-blanche doit impérativement rompre avec son milieu familial d appartenance. Hazel Carby 26 interroge cette conception individualiste de l émancipation des femmes qui pose la nécessité de rompre avec sa famille d appartenance. Elle évoque les ressources qu offre la famille étendue ayant des effets matériels concrets sur l autonomie des femmes. La famille élargie, loin d être toujours et uniquement une entrave, est aussi une ressource, loin d être toujours et uniquement un enfermement, est également une condition d accès à l extérieur de l espace domestique et d aménagement avec les contraintes familiales : «Même le soin des enfants dans une métropole est un gros problème dans une métropole. Si tu vis dans un village, dans une famille étendue, tu sais que si ton enfant est dehors quelque part, quelqu un sera là pour le surveiller. Si ton enfant est dans la rue, et que la voisine voit qu il y a une embrouille, cette femme va prendre la responsabilité de s en occuper. Mais à Brooklyn ou à Londres, tu es coincée dans ton appartement. Tu es là, avec ton gamin, et tu ne peux pas t attendre à ce que, si ton enfant va dans la rue, quelqu un s en occupe. Tu sais que la garderie c est fichu, tu n as pas la famille étendue, donc tu as un gros problème sur les bras. Alors, quand ils parlent de la réduction du travail domestique, on sait très bien que c est un mensonge.» Houria Tahrir 27, féministe anti-raciste, considère que l instrumentalisation de «l émancipation» des femmes arabes et musulmanes a notamment pour fonction le maintien du système patriarcal dans la société française. «Aujourd hui, cette dichotomie tradition/modernité se retrouve dans les discours dominants dont la femme musulmane et arabe est l objet en France. Représentée comme «prisonnière» des traditions faisant barrière à son émancipation, souffre-douleur de l homme arabe et musulman (auquel on accole l image du pervers aux mœurs douteuses, déterminé à soumettre sa femme) ; on racialise ce qu on «identifie» comme du sexisme en vue de hiérarchiser les rapports sociaux de genre. Par là même on ne fait que stigmatiser toujours plus les arabes, les musulmans et la femme musulmane. Ainsi on minimise voire occulte le sexisme de la société française, parce que celle-ci est «moderne» et on nie le caractère général des rapports de domination hommes/femmes (ce qui constitue pourtant le credo des féministes blanches». Houria Tahrir, Femme Arabe, Musulmane et rapports sociaux de pouvoir, Le Grand Soir, 20 mars D- «Elle est discriminée parce qu elle ne s adapte pas à la société» Si le problème central des discriminations est le communautarisme et/ou la culture des femmes non-blanches, alors il faut agir sur ces facteurs et donc adapter ces personnes à la «culture française». Une telle approche tend à intégrer dans les actions les dimensions de l intime pouvant aller jusqu au viol d intimité. A noter le caractère sexuellement marqué de cette approche : les actions en direction des hommes issus de l immigration s autorisent beaucoup moins cette ingérence dans la sphère de l intime. Cette ingérence s argumente autour de discours sur «l intégration», sur «l apprentissage des codes sociaux», sur les «valeurs de la république», sur «la libération des tabous culturels», sur «l émancipation des femmes ayant des freins culturels à la modernité», pour citer quelques expressions que l on retrouve dans les projets d action.

24 44 45 «Arrachage de voile a Alger sur la voie publique par la population europe enne au cri de «Vive l Alge rie française, mai 1958» Une telle logique d adaptation des femmes non-blanches se traduit par une lutte de chaque instant contre la «culture» de ces femmes pour la limiter, la restreindre, la gommer, la détruire et y substituer cette autre culture qui est présentée comme celle du pays d accueil, considérée comme monolithique, intangible, supérieure, et universelle. «Affiche de propagande re alise e par le 5e me bureau d action psychologique de l arme e française, incitant les femmes musulmanes a se de voiler» «Frantz Fanon a abordé sous le titre «La bataille du voile» 28 l enjeu central constitué par le thème du dévoilement des femmes algériennes durant la domination coloniale française. Le voile des femmes a été considéré comme le symbole par excellence de la nature rétrograde de la société algérienne, et la colonisation fut présentée comme une mission de civilisation qui se donnait pour objectif premier de «libérer» les algériennes du patriarcat arabo-musulman, dont elles étaient victimes, en les dévoilant. Des mises en scène de cérémonies de dévoilement sur la place publique à Alger, dont la plus célèbre a été celle du 13 mai 1958, furent largement diffusées et présentées comme la preuve du bienfondé de la présence française en Algérie. Ainsi, l argument de l émancipation et de la libération des femmes musulmanes a été central durant la colonisation, et ce féminisme colonial a servi d assise à la prétention à civiliser le «monde musulman». Zahra Ali, Femmes, féminisme et islam : Décoloniser, décloisonner et renouveler le féminisme, rencontre-débat avec Zahra Ali sur les féminismes islamiques, 9 juin 2012, Paris. 29

25 46 47 E- «Elle se dit discriminée, mais elle a tendance à être paranoïaque et à exagérer» Les femmes issues de l immigration post-coloniale, nées et socialisées en France, pour la plupart de nationalité française, sont de ce fait moins dépendantes de telle ou telle action ou de tel ou tel organisme que les femmes immigrées ; les possibilités de refuser «l offre» sont plus grandes. Fréquemment elles peuvent être amenées à boycotter les actions qui les ont comme public cible. De nombreux acteurs rencontrés considèrent que le travail est plus difficile avec les femmes issues de l immigration qu avec les femmes immigrées. La plus grande dépendance des femmes immigrées est ainsi interprétée comme signe d une motivation plus grande. En revanche, on retrouve plus fortement les femmes non-blanches nées et socialisées en France dans les actions d insertion et de préparation à l emploi. A ce niveau, le discours dominant est celui de la victimisation : alors que les données statistiques attestent de discriminations classe/ genre/race massives, la dénonciation de l inégalité de traitement par ces femmes est appréhendé comme «exagération», «carence psychologique», «masquage et justification de ses difficultés personnelles ou de son incompétence»... Il en découle dès lors des orientations en termes «d adaptation» des personnes mais cette fois sous l angle d une pathologie à soigner. Cela pousse les femmes discriminées à taire ce dont elles sont victimes, sous peine d être perçues comme marquées par la pathologie. Je me permets d'insister, nul n'a le droit de vous empêcher de sortir et de vous émanciper, ni votre frère, ni votre père, ni personne! A vérifier, mais il n'est écrit nulle part dans le Coran que vous n'avez pas le droit de venir à l'atelier de demain. F- «Elle est discriminée car elle parle mal le français» Pour les femmes immigrées et plus particulièrement celles qui sont arrivées récemment en France, c est la question de l apprentissage de la langue française qui est prépondérante dans les actions que nous avons eu l occasion de rencontrer. C est la méconnaissance de la langue qui tend à être perçue comme le seul problème que rencontrent ces femmes. C est donc l apprentissage de la langue qui est proposé comme remède aux difficultés rencontrées. Le droit à la langue est bien entendu un véritable besoin (notons au passage le glissement dans le discours politique et institutionnel entre «droit à la langue» et «devoir de langue»). Ce qui est problématique c est la réduction des difficultés rencontrées à cette seule dimension, ce qui conduit à ne percevoir les inégalités de traitement que comme le résultat d une incompréhension. Le résultat en est l absence de préoccupations sur les discriminations classe/genre/race que subissent ces femmes. Pourtant, leur absence de «maîtrise» de la langue française n empêche pas de nombreuses femmes immigrées d être employées, par exemple, dans les secteurs du nettoyage ou de l hôtellerie. Ce qui est problématique également, c est le type de relations qui s instaure avec les femmes immigrées au sein de ces actions d apprentissage de la langue. L approche culturaliste y est prégnante. Parfois explicitement, des objectifs de «socialisation», d «éducation», «d apprentissage des valeurs de la république», «d apprentissage de l autonomie individuelle» sont présents dans les projets. Généralement cela reste néanmoins de l ordre de l implicite, et sur le mode de l évidence, des objectifs d action en termes de transformation des personnes prennent le pas sur l objectif de l apprentissage de la langue. Avec une tendance à s autoriser une ingérence dans la sphère intime. G- «Elle est discriminée mais elle n a pas la hauteur nécessaire pour en parler correctement» La place des femmes non-blanches dans les échanges et initiatives en matière de lutte contre les discriminations qu elles subissent est très marginale. Elles sont absentes des colloques et autres séminaires dans l espace médiatique et institutionnel, ou alors elles sont cantonnées à la fonction de témoin : la femme non-blanche ne serait pas assez objective, trop marquée par la victimisation. On veut bien lui laisser la parole mais uniquement pour dénoncer «l oppression familiale» ou «l héritage culturel archaïque». Abdelmalek Sayad soulignait qu une

26 48 49 des caractéristiques du «bon immigré» dans l imaginaire collectif est son invisibilité. En France, c est quand ils deviennent visibles que les immigrés, et leurs filles, posent problème. 2- Quelques repères dans la construction de l action A- Accepter que les discriminations que subissent les femmes non blanches sont spécifiques Les discriminations multifactorielles ne sont pas une simple déclinaison des discriminations sexistes, elles ne peuvent pas non plus être réduites aux discriminations racistes, ni aux inégalités de classe, ni même à un cumul mécanique des trois. Les discriminations que subissent les femmes non blanches sont spécifiques, et nécessitent donc une grille d analyse et des moyens d action pour les combattre tout aussi spécifiques. Si cette spécificité n est pas prise en compte dans la construction de l action, seront plaqués des objectifs et des méthodes inadaptés, ce qui conduira inévitablement à un échec. Échec souvent imputé aux femmes racisées elles-mêmes (si ça ne marche pas, c est à cause de leur culture, de leur religion, de leur incapacité...) - éléments de vigilance Veiller à produire une connaissance minimum commune sur l Histoire militante et théorique concernant les discriminations classe/genre/race, ainsi que sur l Histoire des luttes des femmes racisées en France. - éléments méthodologiques Constituer un groupe de conscientisation avant la formalisation des objectifs et des moyens, et produire un document synthétisant les travaux du groupe, constituant ainsi des leçons pour l action. B- Accepter que les priorités des femmes non-blanches sont spécifiques et que c est à elles seules de les définir Les femmes non-blanches, parce qu elles sont discriminées racialement, et parce qu elles subissent plus lourdement les inégalités de classe, n ont pas la même expérience des discriminations que les femmes blanches. Même leur expérience du sexisme n est pas la même. C est pourquoi l expérience des femmes racisées engendre des points de vue et des objectifs qui sont différents de ceux des femmes blanches. Les priorités ne sont pas les mêmes, en particulier concernant le rapport à la famille, à la religion, et aux groupes d appartenance. Quand les priorités spécifiques des femmes racisées ne sont pas prises en compte, les objectifs et les moyens qui sont ceux des femmes blanches sont imposés aux femmes racisées, qui ne peuvent se reconnaître dans l action, et réagissent souvent en ne participant que très peu, ou en ne venant tout simplement plus. Comble de l ironie, ces silences et ces absences de la part des femmes racisées sont souvent interprétés comme des preuves qu il y a un problème avec la famille, avec la religion ou avec les groupes d appartenance des femmes racisées. Ce qui renforce encore les postures culturalistes, maternalistes et infantilisantes vis-à-vis des femmes racisées, les sommant de s émanciper de leur famille et de leurs groupes d appartenance. - éléments de vigilance Considérer l ordre des priorités des femmes racisées comme devant définir les objectifs et les méthodes de l action. Considérer le faible degré de participation des femmes racisées et leur absentéisme comme un indicateur des décalages qui tendent à s instaurer, notamment entre intervenant-e-s et participantes. - éléments méthodologiques Dès les premiers temps de l action, corriger les objectifs et moyens à partir des priorités, qui se formalisent de plus en plus, des femmes racisées. Introduire dans l évaluation des premiers temps de l action l évaluation des rapports sociaux qui s installent entre les différents acteurs.

27 50 51 C- Agir sur les discriminations subies et non sur les femmes qui les subissent Concernant les actions définies en direction des femmes racisées, l essentiel de celles que nous avons rencontrées se construit à partir d une logique d adaptation des personnes : coaching, stage sur la présentation de soi ou sur l élaboration du CV, amélioration de l image et de la confiance en soi, etc. Ce type d action induit des effets de culpabilisation, et n agit pas sur les causes réelles des discriminations. C est donc abusivement que ces actions s auto-désignent comme étant de «la lutte contre les discriminations». En effet, les discriminations désignent un traitement inégalitaire et non une impréparation des femmes. Il s agit donc d agir sur les facteurs et les responsables de ce traitement inégalitaire, et non sur les victimes. Cette dérive est lourde de conséquences : faire de la «lutte contre les discriminations» un processus de fourniture et de préparation d une main-d oeuvre précarisée, aboutissant à un tri sélectif entre les «adaptées» et les «inadaptées». Cela produit chez les victimes de discriminations de la résignation («il faut être réaliste», «rien d autre n est possible»), et de la culpabilisation («je suis responsable de cet échec»). Cela s accompagne d une pression au changement pouvant aller jusqu au viol de l intimité des femmes racisées («Vos vêtements font déguisement africain», «vous devriez porter un foulard de couleur, et puis vous devriez aussi le nouer derrière la tête plutôt que devant, d ailleurs vous feriez mieux de l enlever carrément pour trouver un emploi...», etc) - éléments de vigilance - Avoir une approche en termes d élargissement du champ des possibles pour les femmes victimes de restriction du champ des possibles, et non en termes de changements individuels que doivent opérer les femmes racisées pour s adapter au champ des possibles réduit qui leur est imposé. - Prendre au sérieux le fait que la définition des frontières de l intimité appartient aux femmes racisées elles-mêmes et donc leur permettre d évaluer elles-mêmes, en amont de toute action, ce qui est légitime ou pas. - éléments méthodologiques - Inclure des objectifs et des moyens concernant les autres acteurs du système discriminatoire (en particulier ceux qui discriminent, ceux qui reproduisent les discriminations, ceux qui profitent des discriminations). - Se contraindre à formaliser systématiquement les causes des discriminations qui sont sous-jacentes aux actions prévues. D- Prendre au sérieux «le point de vue situé» L Histoire du combat pour l égalité des femmes racisées en France comme ailleurs est celle de la prise en compte du «point de vue situé». Ce point de vue spécifique issu de l expérience vécue des femmes racisées est essentiel pour élaborer l agenda des priorités et les moyens à mettre en œuvre. Dans la mise en œuvre de l action, ce point de vue interroge les relations sociales qui s instaurent : prises de décision univoques ou participation active, maternalisme ou relation égalitaire, relations de dépendance ou libre choix des personnes, etc. La dérive ici est aujourd hui largement dominante : l infantilisation des femmes racisées par le biais d actions essentiellement adaptatives et de relations sociales maternalistes entre intervenants et femmes racisées. - éléments de vigilance - Ne pas confondre le «point de vue situé» et la mise en place d un «groupe de parole» dans lequel la relation inégalitaire produit un discours attendu, «groupe de parole» où la participation des premières concernées est simulée, et qui s apparente souvent à une mascarade. - Prévoir et expliciter dans l action le «pouvoir» réel des femmes racisées, ses domaines d application et ses modalités de mise en œuvre - éléments méthodologiques - Inclure dans l action des espaces-temps auxquels participeront exclusivement les femmes racisées, visant à l émergence de ce point de vue situé et à l évaluation en continu de l action - Penser l évaluation en prenant en compte et en formalisant les différents points de vue (celui des intervenants, celui des participantes, ) et en analysant les écarts repérés.

28 52 Conclusion Dans la plupart des actions en direction des femmes issues de l immigration post-coloniales, une posture est dominante aujourd hui : le maternalisme. Les femmes non blanches sont perçues et construites comme des mineures, faibles et dominées. Il faudrait dès lors les materner et leur tenir la main. Étant mineures, elles ne peuvent être considérées comme elles-mêmes responsables et capables d être actrices de leur propre émancipation, de poser leurs propres actes et leurs propres savoirs pour lutter contre les discriminations classe/genre/race. Les progrès du savoir sur les discriminations classe/genre/race aux États- Unis par exemple ont été liés à la prise de parole des femmes noires et des autres minorités. Une des dimensions de cette prise de parole a été la dénonciation de l illusion que toutes les femmes sont sœurs car elles subissent la même oppression (concept de «sororité») et de la posture maternaliste que produit cette illusion. Ce qui était notamment dénoncé c est l acharnement avec lequel les femmes blanches des classes moyennes prétendaient parler à la place des femmes non-blanches. La lutte contre les discriminations classe/genre/race ne peut se déployer qu au travers d une rupture profonde avec la posture maternaliste. Sans cette rupture, la spécificité des inégalités de traitement subies par les femmes non-blanches ne peut apparaître, et les actions qui prétendent lutter contre les discriminations ne feront que les renforcer.

29 54 55 Partie 5 : Exemples de projets Projet Le rire de Djamila Bouhired» - Mise en place du «groupe Bouhired», groupe de travail composé d une trentaine de femmes, fréquentant le centre Anatole France à Bagnolet - Organisation d ateliers «Transmission» en direction des enfants (en vue de la journée du 8 mars) - Journée du 8 mars : exposition des peintures des enfants, saynètes jouées par les enfants, projection de «Moudjahidate», film documentaire d Alexandra Dols datant de 2008, suivie d un débat sur la résistance des femmes arabes et noires face aux discriminations aujourd hui. Origine du projet Les femmes fréquentant le centre Anatole France se sont plaint auprès des responsables du centre, Nemane Amraoui, Directeur du centre, et Samira Sadoud, Référente-famille, de ce qui était systématiquement proposé chaque année par les pouvoirs publics à l occasion du 8 mars, journée internationale pour les droits des femmes. Elles se plaignaient notamment qu elles avaient toujours à subir les mêmes films, les mêmes expositions, les mêmes campagnes autour des violences «spécifiques» envers les femmes immigrées, les femmes saoudiennes, iraniennes, afghanes... Elles trouvaient cela stigmatisant et ne correspondant pas du tout à ce qu elles voulaient dire ou faire le 8 mars. Elles voulaient faire «leur 8 mars». Le directeur du centre, et la référente-famille, leur ont proposé d en discuter lors d une réunion à la rentrée 2013 lors de laquelle elles allaient pouvoir exprimer et échanger sur leurs attentes et leurs priorités en termes de projets. A cette occasion, un groupe de travail s est constitué, à l initiative de la référente-famille et des femmes fréquentant le centre, pour organiser «leur 8 mars». Enjeux du projet Après plusieurs réunions, le «groupe Bouhired» nouvellement constitué a défini avec le directeur du centre et la référente-famille les axes de travail suivants : 1- La résistance des femmes indigènes à l honneur : rendre hommage

30 56 57 aux figures de la résistance des femmes face à l oppression, notamment coloniale et raciste. 2- Les stratégies de lutte contre les discriminations en France aujourd hui : s inspirer du combat des femmes indigènes dans la résistance pour combattre les discriminations aujourd hui ; profiter de l organisation de la journée du 8 mars pour réfléchir aux stratégies de lutte contre les discriminations sexistes/racistes/de classe que subissent les femmes noires, arabes, amazighes et musulmanes habitant les quartiers populaires. 3- La prise en charge de l organisation de l événement par les premières concernées : travailler ensemble, soi-même, à organiser la journée du 8 mars, refuser d adhérer aux 8 mars stigmatisants, se réapproprier les enjeux qui concernent les femmes issues de l immigration ; faire que les enfants soient aussi parties prenantes du projet, soient acteurs (exposition de leurs peintures, théâtre...) 4- Transmission des luttes : transmettre aux enfants cette Histoire de résistance des femmes face à l oppression : connaître son histoire, connaître l Histoire coloniale et l Histoire des luttes, des luttes des femmes en particulier, souvent invisibilisées. Description de l action - Ateliers enfants octobre mars Atelier «recherche documentaire» sur la figure de Djamila Bouhired (en salle informatique, lectures, projection de films,...) - Atelier peinture sur l épisode du «rire de Djamila Bouhired*» - Atelier théâtre sur l épisode du «rire de Djamila Bouhired*» * En 1957 a Alger, Djamila Bouhired, re sistante, membre du FLN, est a la barre des accuse s. Apre s avoir e te torture e, elle est juge e par le tribunal militaire du re gime colonial français pour «terrorisme». Le juge rend son verdict, Djamila Bouhired est condamne e a mort. Contre toute attente, Djamila Bouhired e clate de rire. - Groupe de travail octobre mars 2014 Une réunion par semaine, animée par la référente-famille, pour préparer la journée : échanges sur l état d avancement des ateliers enfants, échanges sur les discriminations sexistes et racistes et l islamophobie, échanges autour de l Histoire des luttes, autour des savoirs sur la question des discriminations ; échanges autour des chiffres des discriminations, des inégalités vécues par les femmes noires, arabo-berbères et musulmanes ; entraide et solidarité sur des questions précises de discriminations que subissent les membres du groupe (discrimination au travail, scolarité des enfants...). Le groupe s est par ailleurs occupé de la communication autour de la journée du 8 mars (sur le quartier Anatole France et sur toute la ville de Bagnolet) Journée du 8 mars - Parents et enfants : exposition des peintures des enfants, saynètes jouées par les enfants, présentation du combat de Djamila Bouhired à l assistance par un des enfants - Femmes seules (les pères, oncles, frères... ont gardé les enfants à l extérieur du centre) : projection du film «Moudjahidate», débat autour du film, débat autour des discriminations et sur les stratégies de résistance à mettre en place, échanges sur les suites à donner au projet. Bilan du projet L évaluation a été conduite par le directeur du centre, la référente-famille et le groupe Bouhired : - Grand succès de la journée du 8 mars, la salle était pleine à craquer ; des femmes qui ne sont jamais venues au centre, sont venues pour la première foi - C était la première fois qu il y a eu une telle mobilisation (sur la préparation et sur la journée même) dans ce quartier de Bagnolet - Les ateliers enfants ont connu également un grand succès, tous les enfants habitués du centre ont participé (peinture, théâtre,...). Tous ont été enthousiastes à l idée de poursuivre le proje - Le groupe de travail a jugé le bilan très positif, c est la première fois que le 8 mars a été «approprié» par les femmes du quartier : elles ont vécu cette journée comme une occasion de construire ensemble une dynamique participant à échanger, lutter et transmettre, et non comme une occasion supplémentaire d être stigmatisées.

31 58 59 Projet Violences au travail faites aux femmes voilées» Projet L ARDLFM (Association pour la Reconnaissance des Droits et Libertés aux Femmes Musulmanes) qui est située à Tourcoing, s est saisie de la journée du 25 novembre 2014 (journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes) pour organiser un débat et des ateliers de travail sur la question des violences subies par les femmes voilées, en particulier des violences au travail. Zakia Meziani, Yamina Bouasla et Najete Azzi, membres de l ARDLFM Origine du projet - La problématique des violences au travail rejoint l une des deux problématiques à l origine même de la création de l ARDLFM, il y a plus de 20 ans, en 1994, qui étaient l instruction et le travail. En effet, beaucoup des membres de l association sont d anciennes étudiantes qui ont vécu les «premières vagues anti-voile», bien avant la loi de 2004, au début des années 1990 (24 lycéennes avaient été exclues du lycée Faidherbe de Lille en 1994 à l occasion de la circulaire Bayrou). - Un groupe de travail constitué de 12 membres de l association, crée il y a plusieurs années pour réfléchir aux différentes stratégies de lutte à

32 60 61 mener, a décidé de se mobiliser sur une journée symbolique concernant les droits des femmes, en se réappropriant cette journée sur laquelle les femmes voilées, tout comme l ensemble des femmes racisées, sont loin d être attendues en tant qu actrices. - Le groupe de travail a pu préparer en amont le débat et les ateliers avec une chercheuse, Fatiha Ajbli, qui a mené en 2011 à l EHESS des travaux sur Les Françaises musulmanes face a l emploi, le cas des pratiquantes voile es. Dans le cadre de ses travaux, Fatiha Ajbli avait enquêté sur la métropole lilloise. Enjeux du projet : - Parler, soi-même, de la violence subie par les femmes voilées pour tenter de casser les stéréotypes sexistes et racistes qui accompagnent souvent le propos concernant les femmes voilées dans les espaces médiatiques et politiques majoritaires. - Faire prendre conscience de l ampleur des discriminations subies par les femmes voilées dans l accès au marché du travail (et ce dès l école), et au travail. Sensibiliser les acteurs associatifs, les élus, les acteurs institutionnels, les militants, les professionnels, etc, à cette autre manière d appréhender la «question du voile». Etant entendu que cette sensibilisation «événementielle» est articulée au travail de terrain quotidien que fait l association auprès de ces différents acteurs. - Organiser un espace d échanges pour créer les conditions permettant aux femmes qui ont subi une discrimination islamophobe de venir la dénoncer et chercher à la combattre dans le cadre d un projet collectif. En effet, peu d espaces où sont réunies les conditions d une telle expression existent, les discriminations islamophobes ne sont pas encore réellement reconnues comme telles par les institutions, et l islamophobie est encore largement considérée dans la société française comme étant de l ordre de «l opinion». Possibilité est donnée aux femmes victimes de discriminations de s inscrire dans une dynamique collective pour lutter contre les discriminations, et si elles en expriment le besoin, d être aidées et orientées vers des structures locales à même de proposer un accompagnement juridique. Journée du 25 novembre Présentation des travaux de Fatiha Ajbli - Débat entre les participant-e-s, les membres de l association et Fatiha Ajbli sur la base du rapport de la CNCDH* - Travail en ateliers, notamment sur les discriminations au travail et sur les moyens de lutter contre ces violences * La CNCDH (Commission Nationale Consultative des Droits de l Homme) est charge e de remettre chaque anne e au Gouvernement un rapport qui dresse un e tat des lieux du racisme, de l antise mitisme et de la xe nophobie en France. La CNCDH a reconnu le terme «d islamophobie» en Extrait du rapport de la CNCDH de 2014 : «Le rejet des pratiques lie es a l islam se confirme cette anne e encore, et s intensifie, tant pour celles visibles dans l espace public que pour celles qui s exercent dans la sphe re prive e. Par ailleurs, la religion musulmane concentre pre s de 45% d opinions ne gatives et certains invoquent une lai cite de voye e pour faire «rempart» a l islam.» Évaluation du groupe de travail : - Concernant l enjeu de sensibiliser : il y avait peu de «non-concerné-e-s» directement par le voile dans le public ce 25 novembre ; posée en termes de discriminations, la «question du voile» n intéresse pas. S est vue confortée la nécessité de continuer le travail de terrain, «aller vers» plutôt que «attendre que les autres viennent», continuer à s ancrer dans les espaces locaux en tentant d y inscrire «à l ordre du jour» cette question des violences et discriminations subies par les femmes musulmanes, voilées en particulier. - Par contre, concernant l enjeu de créer des espaces pour que puissent s y exprimer les premières concernées, la journée du 25 novembre a été une réussite. Ainsi, plusieurs personnes ont été aidées dans un premier temps par l ARDLFM, puis orientées vers CRI (Coordination contre le racisme et l islamophobie) et le CCIF (Collectif Contre l Islamophobie en France), qui ont tous les deux des antennes locales susceptibles de recevoir et d aider les victimes d islamophobie.

33 62 63 Références bibliographiques 1- Nacéra Guénif, Les féministes et le garçon arabe, ed. Aube, Zahra Ali - Femmes, féminisme et islam : Décoloniser, décloisonner et renouveler le féminisme, rencontre-débat avec Zahra Ali sur les féminismes islamiques, 9 juin 2012, Paris. 3- Sabah Chaïb, Femmes immigrées et société salariale, les cahiers du Cedref, Abdelmalek Sayad, L immigration ou les paradoxes de l altérité, ed. De Boeck, Fatiha Ajbli, Les Françaises musulmanes face à l emploi, le cas des pratiquantes voilées, thèse de doctorat soutenue à l EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales), Abdelmalek Sayad, op. cit. 7- M.L. - Cases Rebelles, Extrait de J ai séparé nos routes, consultable sur juin Abdellali Hajjat, «L expérience du Mouvement des travailleurs arabes», in ContreTemps, n 16, mars Angela Davis, Femmes, race et classe, Paris, éd. des femmes, Philoména Essed, Racisme et préférence pour l identique : du clonage culturel dans la vie quotidienne, in Actuel Marx Altermondialisme-anticapitalisme, PUF, septembre Déclaration du Combahee River Collective dans «BLack Féminism, anthologie du féminisme africain-américain, , textes choisis et présentés par Elsa Dorlin, ed. l Harmattan, Kimberlé Crenshaw, Cartographie des marges : Intersectionnalité, politiques de l identité et violences contre les femmes de couleur, dans les Cahiers du genre, n 39, bell hooks, dans E. Dorlin, Black feminism, Anthologie du féminisme africain-américain, , l Harmattan, Barbara Ellen Smith, dans E. Dorlin, Black feminism, Anthologie du féminisme africain-américain, , l Harmattan, Patricia Collins-Hill, Black Feminist Thought : Knowledge, Consciousness, and the politics of Empowerment, New York, Routledge, D. Smith, Women s perspective as a radical critique of sociology, dans Sociological Inquiry n 44, janvier Fatima Ait Ben Lmadani et Nasima Moujoud, Peut-on faire de l intersectionnalité sans les ex-colonisé-e-s? Mouvements, avril Gayatri Chakravorty Spivak, Can the Subaltern Speak? dans Cary Nelson and Larry Grossberg, ed. Marxism and the interpretation of Culture, Sabah Chaïb, op. cit. 20- L Appel du Collectif des Féministes Indigènes : stop au féminisme néocolonial et paternaliste!, Zahra Ali, Décoloniser le féminisme hégémonique, à propos de l ouvrage collectif Féminismes islamiques, ed. La Fabrique, Assiégées, citadelle des résistances : Nous, consultable sur L Appel du Collectif des Féministes Indigènes, op. cit. 24- Amandine Gay, Le discours sur l excision doit changer, Slate, 6 février Sabah Chaïb, op. cit. 26- Hazel Carby, Femme blanche écoute, dans E. Dorlin, Black feminism, Anthologie du féminisme africain-américain, , l Harmattan, Houria Tahrir, Femme Arabe, Musulmane et rapports sociaux de pouvoir, Le Grand Soir, 20 mars Frantz Fanon, L An V de la révolution algérienne, 1959, rééd. La Découverte, Zahra Ali, Femmes, féminisme et islam : Décoloniser, décloisonner et renouveler le féminisme, rencontre-débat avec Zahra Ali sur les féminismes islamiques, 9 juin 2012, Paris. 30- Abdelmalek Sayad, op. cit.

34 Production : IFAR Parc des Prés - 2 Rue Papin, Bâtiment Villeneuve d Ascq Cedex Tél. : *** Intervention Formation Action Recherche Réalisation : Fatima Ouassak Contact : *** CONCEPTION GRAPHIQUE : morad echarkaoui ( ) - Impression : L Artésienne ZI de l Alouette - rue Francois, JACOB LIEVIN Tél : *** Dépôt légal : juin 2015 Photo de couverture : manifestation après la mort de Lahouari Ben Mohamed, tué par le CRS Jean-Paul Taillefer lors d un contrôle d identité, 21 octobre 1980, Marseille ( P. Ciot)

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