Mémoire. Guillaume Simard. Maîtrise en histoire Maître ès arts (M.A.) Québec, Canada

Dimension: px
Commencer à balayer dès la page:

Download "Mémoire. Guillaume Simard. Maîtrise en histoire Maître ès arts (M.A.) Québec, Canada"

Transcription

1 L écrit comme production sociale : Étude des méthodes de production et de conservation des documents rédigés à l abbaye de La Ferté-sur-Grosne entre (et au-delà) Mémoire Guillaume Simard Maîtrise en histoire Maître ès arts (M.A.) Québec, Canada Guillaume Simard, 2014

2

3 Résumé L abbaye de La Ferté-sur-Grosne fut fondée en 1113 par le moine Philibert. Dès sa fondation, les petits aristocrates des environs cherchèrent à obtenir l amitié des moines de l institution-fille cistercienne, alors que les moines cherchèrent justement à ériger leur domaine foncier. Cette situation résulta naturellement en la rapide conclusion d échanges entre les deux parties. D un côté, les aristocrates donnaient des terres aux moines. De l autre, les moines priaient pour la rémission des âmes des donateurs. Les moines de La Ferté mirent par écrit le récit de la plupart de ces échanges. Les historiens qui se sont jusqu à aujourd hui penchés sur ces documents leur ont conféré un rôle pragmatique, ou une fonction juridique et mémorielle faisant de l écrit une protection contre les revendications laïques. Or, l écrit est une production sociale. Il convient donc d aborder un acte non seulement en analysant son texte, mais en s attardant à ses méthodes de production et de conservation. Ce mémoire se propose d étudier la production documentaire de La Ferté sous ces angles. Il analyse l ensemble des actes qui y ont été rédigés entre 1112 et1199. iii

4

5 Abstract The abbey of La Ferté-sur-Grosne was built in the year As soon as it was founded, laymen from the neighboring lands seeked the monks friendship, whereas monks, as it happened, desired to start erecting their domain. This naturally resulted in exchanges between the two parties. On the one hand, the petty aristocracy gave lands to the monks. On the other hand, the monks offered the laymen prayers that would save their souls. The monks of La Ferté decided to write down most of the stories of how these exchanges came to be made. As of today, historians studied only the texts of those documents, which led them to grant to the written word at the abbey of La Ferté a mostly practical role, associating the action to write to a judicial or memorial purpose meant to protect the acquisition of a land against laymen s claims. Yet, one needs not only study the contents of such texts. This paper suggests that such documents be studied from the point of view of their production and their preservation. It will study all of the documents produced between 1112 and v

6

7 Table des matières Résumé... iii Abstract... v Liste des figures... xi Remerciements... xiii Introduction... 1 Chapitre La production de l écrit A. Étude de la production des actes par l analyse de leur organisation textuelle Les chartes et les chirographes Les chartes Les chirographes Les pancartes Les vidimus Les listes Conclusion partielle B. La transcription des originaux dans les pancartes L étude de cas La charte H24, La charte H24, Le chirographe H24, Les chartes H24, 08 et H24, L interprétation des résultats C. L apposition du sceau sur les documents Conclusion Chapitre La conservation de l écrit : la 1ere couche archivistique A. Localisation des éléments la première couche B. Emplacement relatif et méthodes de conservation vii

8 C. Relevé des éléments de la première couche archivistique D. Interprétation des résultats : chartes et chirographes E. Étude des pancartes : un prologue historiographique F. Étude des pancartes Pancartes avec annotation topographique Pancartes avec annotation topographique et nature du document Pancartes avec annotation d auteur G. Étude des pancartes : interprétation des résultats Conclusion Chapitre La conservation de l écrit : les couches A. La deuxième couche archivistique Emplacement Relevé et interprétation des résultats Modalités de classement et disparition des actes Le classement numérique des actes au début des années B. La troisième couche archivistique Localisation de la troisième couche archivistique L interprétation des résultats C. Épilogue : les annotations des couches 4 et La quatrième couche archivistique La cinquième couche archivistique Conclusion Conclusion générale Bibliographie Annexes Annexe 1: Zones d emplacement des couches d annotations (chirographe H24, 17) Annexe 2 : Tableaux récapitulatifs des annotations des cinq couches archivistiques La première couche archivistique : les pancartes La première couche archivistique : les chartes La deuxième couche archivistique : les pancartes viii

9 La deuxième couche archivistique: les chartes La troisième couche archivistique : les pancartes La troisième couche archivistique : les chartes La quatrième couche archivistique : les pancartes La quatrième couche archivistique : les chartes La cinquième couche archivistique : les pancartes La cinquième couche archivistique : les chartes Annexe 3 : Cartes des environs de La Ferté Annexe 4 : Transcription des chartes, chirographes et vidimus des boîtes H24 et H Transcription des chartes et chirographes de la boîte H Transcription des chartes, chirographes et vidimus de la boîte H Transcription des listes #1 transcription de la liste de documents scellés (H24, 27) #2 Transcription de la liste de La Ferté (H24, 26) #3 Transcription de la liste de La Perrière (H24, 28) #4 Transcription de la liste de Saint-Nicolas (H24, 29) #5 Transcription de la liste de Givry (H24, 30) #6 Transcription de la liste de Mellecey (H24, 31) #7 Transcription de la liste de Neuilly (H24, #8 Transcription de la liste de Lons-le-Saunier (H24, 33) #9 Transcription de la liste de Beaune (H24, 34) ix

10

11 Liste des figures 1 Illustration 1 : Recto de la charte H25, 07. Illustration 2 : Recto de la charte H24, 22. Illustration 3 : Recto de la charte H25, 57. Illustration 4 : Recto de la charte H25, 58. Illustration 5 : Recto du chirographe H24, 23. Illustration 6 : Recto du chirographe H25, 46. Illustration 7 : Section du recto de la pancarte H24, 10. Illustration 8 : Section centrale du recto de la pancarte H24, 06. Illustration 9 : Recto du vidimus H25, 48. Illustration 10 : Recto du vidimus H25, 25. Illustration 11 : Exemple de changement de section alphabétique dans les listes (La Perrière (H24, 28), début de la section B) et illustration de la disposition alphanumérique croissante des notices. Illustration 12 : Extrait de la liste de Beaune, début du 2 e parchemin (H24, 34). Illustration 13 : Extrait de la liste de La Perrière, notices VI à, section A. Illustration 14 : Extrait de la liste de Neuilly, notices III à I de la section A. Illustration 15 : Illustration 16 : Extrait de la liste de La Perrière, section B, notice 32. Suscription de la mention «vendidimus». Transcription du texte du chirographe original H24, 18 dans la pancarte H24, 06. Illustration 17 : Avers du sceau attaché à la pancarte H25, 20. Illustration 18 : Endos du sceau attaché à la pancarte H25, Tous les clichés de documents sont des découpages des photos numérisées des actes conservés dans les boîtes H24 et H25 aux Archives départementales de Saône-et-Loire. J ai precisé dans le texte la provenance des quelques illustrations qui ne sont pas des images des actes de La Ferté. xi

12 Illustration 19 : Avers du sceau attaché à la charte H25, 56. Illustration 20 : Endos du sceau attaché à la charte H25, 56. Illustration 21 : Illustration 22 : Illustration 23 : Illustration 24 : Espace-pli où se trouvent les annotations des deux premières couches au verso de la charte H24, 08 et premières lignes du texte. Recto et verso de la charte H25, 39 (comparaison de l orthographe du nom du donateur dans les différentes couches d annotations). Schéma de pliure traditionnel observé par Rosé Pereira et Guerra. Section du verso de la pancarte H24, 03 (rédaction de «prima» sur un pli daté du 17 e ou 18 e siècle). Illustration 25 : Verso de la charte H25, 05. Illustration 26 : Localisation de la deuxième couche archivistique (H25, 05) Illustration 27 : Illustration 28 : Illustration 29 : Illustration 30 : Reliure de l obituaire de la collégiale Notre-Dame d Autun. Reliure (plat supérieur) du terrier de Bézornay. Extrait de la liste de Mellecey (H24, 31, coupe sèche de la partie droite). Verso de la charte H25, 06 (les trois premières couches d annotations). Illustration 31 : Zoom sur la 3 e couche rédigée au verso de la charte H25, 06. Illustration 32 : Localisation sur l attache de la pancarte H25, 02 de 3 e couche. Illustration 33 : Les trois premières couches archivistiques (H25, 19). Illustration 34 : Les couches au verso de la charte H25, 39. Illustration 35 : Couches d annotations rédigées au verso de la charte H26, 10. Illustration 36 : Couches d annotations rédigées au verso de la charte H26, 15. Illustration 37 : Couches d annotations rédigées au verso de l acte H25, 45. Illustration 38 : Couches d annotations rédigées au verso de l acte H27, 96. Illustration 39 : Couches archivistiques rédigées au verso de la charte H27, 102. Illustration 40 : Couches archivistiques rédigées au verso de la charte H25, 62. xii

13 Remerciements J aimerais remercier tous ceux qui m ont supporté pendant les trois années nécessaires à la rédaction de ce mémoire de maîtrise. Je souhaite remercier particulièrement mon directeur Didier Méhu, qui a su me conseiller pendant toute ma recherche. J aimerais aussi souligner la contribution de tous les membres du GREPSOMM, qui ont facilité mon séjour aux études supérieures. Enfin, je tiens à remercier sincèrement mes parents, qui m ont hébergé trois ans de plus qu ils ne l avaient planifié, et qui m ont toujours supporté. xiii

14

15 Introduction En 1075, Robert fonda, avec sept de ses compagnons, l abbaye de Molesme, dans la forêt du Collan. Ils s y retirèrent afin de pratiquer avec la plus grande rigueur les enseignements de saint Benoît. L intégrité avec laquelle ils respectèrent les lois bénédictines attira de nombreux dons fonciers et matériels. Or, l obtention de cette nouvelle richesse entrait en contradiction avec la Règle de saint Benoît, qui préconisait un mode de vie basé sur l ascétisme. Par conséquent Robert, en 1098, quitta, avec vingt-trois de ses compagnons, l abbaye de Molesme, pour fonder celle de Cîteaux, où ils vivèrent en appliquant avec la rigueur originale les enseignements bénédictins. En 1112, le noble Bernard de Fontaines décida de revêtir l habit monastique et de se faire convers à l abbaye de Cîteaux. Il amena avec lui trente compagnons. Or, les ressources du monastère n étaient pas suffisantes pour nourrir la totalité de ces trente nouveaux arrivants. Par conséquent, afin de survivre, des moines quittèrent l abbaye pour aller fonder des institutions-filles. En 1113, quelques moines, menés par le frère Philibert, partirent s établir à environ 50 kilomètres au sud de Cîteaux. Dans la forêt de Bragny, sur les bords de la Grosne, ils fondèrent la première fille cistercienne, l abbaye de La Ferté. Dès la fondation de l abbaye, les petits seigneurs laïcs habitant les terres environnantes recherchèrent l amitié des moines, alors que les moines cherchaient justement à ériger leur territoire foncier. Cette situation résulta en la conclusion d échanges entre ces deux parties. D un côté, les seigneurs donnaient aux moines des terres. En retour, les moines leur promettaient de prier pour l absolution de leur âme. Ces accords étaient souvent mis par écrit par les moines et conservés dans les archives du monastère. Au Moyen Âge central, l écriture avait un rôle particulier, car les hommes et les femmes de cette époque se trouvaient au carrefour entre une civilisation qui, auparavant, n avait fonctionné surtout que grâce à l oral, et une société, qui, progressivement, fit une utilisation plus grande de l écrit. À cause de ce particularisme, ce mémoire tentera de comprendre les raisons expliquant la rédaction d actes décrivant des échanges entre les moines et les petits seigneurs laïcs, au 12 e siècle. Pour ce faire, nous étudierons tous les actes 1

16 ayant été produits à La Ferté pendant cette période. Au 19 e siècle, tous les documents trouvés au monastère furent transférés aux Archives départementales de Saône-et-Loire où ils furent classés de manière chronologique dans la série H, dont ils constituent les boîtes H24 et H25. Ces boîtes contiennent grosso modo tous les actes produits à La Ferté entre 1112 et Ce sont ces documents, consultables en ligne, qui seront utilisés pour entreprendre notre analyse de la production de l écrit à La Ferté au 12 e siècle. Ces boîtes contiennent 51 chartes, terme qui désigne tout document décrivant un échange foncier 2. Nous les décrirons selon le modèle décrit par O. Guyotjeannin, J. Pycke et B.-M. Tock 3. Une charte peut comporter jusqu à 5 parties. La première est le préambule, qui décrit le contexte général de production de l acte et légitime la création du document. Apparaissant fréquemment dans les chartes produites aux 10 e et 11 e siècles, le préambule disparut progressivement des actes au 12 e siècle. À La Ferté, aucune charte n est commencée de la sorte. La deuxième partie est la notification. Elle annonce le début de la notice. Elle est brève et généralement constituée par des formules comme «notum facio omnibus tam futuris quam presentibus» (H25, 45). La troisième section est l exposé. Il spécifie ce qui a engendré la production d un acte. Cette partie ne se trouve que très rarement dans les chartes de La Ferté. Seuls les textes des chartes H25, 16 et H25, 50 exposent un tel contexte. Cette section est suivie par le dispositif, qui décrit l échange foncier. L analyse des 51 chartes montre que cette description est souvent accompagnée par trois clauses. La première, celle de la renonciation, précise qu un échange ne peut pas être contesté. Ensuite, celle du consentement énumère le nom des laïcs ayant approuvé l échange décrit dans le document. Enfin, la clause comminatoire apparaît surtout dans les documents produits avant le dernier quart du 12 e siècle. Elle menace d un châtiment, souvent spirituel, celui qui contesterait l action décrite par l acte. La dernière section est la partie corroborative. On y annonce la présence de l apposition d un sceau ou la confirmation de l échange par une quelconque autorité. L absence de ces spécifications n implique pas qu un document n était pas scellé. On incluait aussi dans la partie corroborative la liste des témoins. À l exception de l acte H24, 36, qui mesure 36 x 17 cm, les chartes du 12 e siècle conservées par les moines cisterciens de l abbaye de La Ferté mesurent approximativement 2 Michael CLANCHY, From Memory to Written Record, England ( ), London, Arnold, 1979, p Olivier GUYOTJEANNIN, Jacques PYCKE et Benoît-Michel TOCK, Diplomatique médiévale, Turnout, Brepols, l atelier du médiéviste, 2, 486 pages. 2

17 entre 15 x 20 cm. Elles sont rédigées proprement, en dépit du fait que le support choisi varie entre le parchemin plutôt rugueux (H25, 22; H25, 23) et celui beaucoup plus lisse (H25, 54; H25, 58). Néanmoins, malgré ce choix de support qui pourrait simplement s expliquer par l indisponibilité immédiate de matériaux de meilleure qualité 4, les chartes qui nous sont parvenues ont généralement bien été conservées, à l exception de quelques cas qui n entravent pas significativement l étude. Par exemple, la partie droite des chartes H24, 05 et H25, 51 a été détruite. Il est cependant possible de deviner les mots manquants des textes, car ceux des chartes de La Ferté suivent des formulaires récurrents. Les boîtes contiennent aussi 7 chirographes. Les actes numérotés 17, 18, 23 et 35 de la boîte H24 sont de ce type, de même que ceux portant le numéro 21, 24 et 46 de la boîte H25. Un chirographe est un acte sur lequel on rédigeait deux fois le même texte. On scindait l acte en deux parties, afin d obtenir sur deux parchemins différents chacune des versions des textes. Les moines conservaient pour leurs archives un acte, puis remettaient l autre au partenaire avec qui ils avaient effectué un échange. Or, cet accord est toujours foncier. Par conséquent, il convient de considérer les chirographes comme des chartes. Le corpus étudié comprend aussi les 24 pancartes, rédigées entre 1121 et 1178, conservées dans les boîtes H24 et H25 des Archives départementales de Saône-et-Loire. Les pancartes sont des grands actes (atteignant jusqu à 75 x 55 cm) sur lesquels sont transcrits bout à bout les textes de plusieurs chartes. Le début de chacune des entrées est souligné visuellement par l écriture d un titre rédigé à l encre rouge. Elles sont parfois introduites par un préambule et se terminent presque toujours par une formule d excommunication. Elles ont toutes été rédigées sur un parchemin de grande qualité, à l exception peut-être de la pancarte H25, 01, écrite sur un support un peu plus rugueux. Les pancartes nous sont parvenues dans un état de conservation remarquable. À l exception de quelques légères déchirures ici et là (H25, 09 et H24, 06) et de quelques taches (H25, 01), leur condition frôle l impeccabilité. On rédigea le texte de manière très soignée, en imposant pour tous les actes le même modèle à une colonne, à l exception de la pancarte (H24, 11). Le texte de ce dernier acte est plutôt 4 Constance B. BOUCHARD, Holy Entrepreneurs : Cistercians, Knights and Economic Exchange in Twelfth- Century Burgundy, Ithaca and London, Cornell University Press, 2009 (1991), p

18 divisé en quatre colonnes 5. On a attaché au bas de quatre pancartes (H24, 01 ; H24, 04 ; H24, 06 ; H24, 14) des petites cordelettes qui ressemblent à priori à des attaches de sceaux. Les boîtes ne comprennent pas que des documents produits au 12 e siècle. La boîte H25 comprend aussi 5 vidimus, copies d un ancien acte attestées par une autorité. Ces documents sont les numéros 13, 18, 25, 26 et 48 de la boîte susmentionnée. La boîte H24 comprend aussi 9 listes. L une d entre elle (H24, 27) est un inventaire de chartes scellées, confectionné avec deux parchemins cousus ensemble. L analyse de l écriture permet de situer la date de sa production vers le début du 14 e siècle. Un document ne doit pas nécessairement se trouver dans cet inventaire pour qu il soit scellé. Par exemple, une seule pancarte est citée, alors que beaucoup plus furent munie d un sceau. Il semble donc consister en une liste de documents produits entre 1112 et le début du 14 e siècle, à propos desquels on tenait à préciser qu ils étaient scellés. Il n appartenait pas à ce mémoire d étudier plus en profondeur les modalités d inclusion de la notice d un acte dans cet inventaire, d autant plus qu il n en comprend que deux (sur un total de 84) qui renvoient à des documents produits au 12 e siècle. Cette faible présence des actes à l étude dans cette liste explique pourquoi elle ne sera pas étudiée. Les 8 autres listes sont une série de parchemins cousus ensemble sur lesquels on copia, aussi vers le début du 14 e siècle, le classement alphanumérique des archives de La Ferté de ce temps. Le contenu de ces documents fut déjà étudié, ou du moins partiellement. En 1953, G. Duby édita les pancartes de La Ferté 6. Il accompagna ce travail d une datation approximative des actes 7 et d une critique qui présente leur contexte de production. Dans cette critique, il affirme que son analyse des pancartes l a mené à leur conférer un rôle pratique et juridique. En effet, il voit en elles un moyen de rassembler des textes originaux sur un même support pour ensuite tous les faire valider d un seul coup par l apposition d un sceau. Cette protection contre les contestations se ferait aussi par la rédaction, à la fin de l acte, d une clause comminatoire qui concernerait l ensemble des transcriptions incluses dans le document. Pour Duby, l arrêt de la rédaction des pancartes, en 1178, concorde avec la disparition du texte des documents de cette clause, dans le dernier quart du 12 e siècle. Cette coïncidence confirmerait 5 Ces indications sont reprises de l étude des pancartes faite par Georges Duby. Voir Georges DUBY, Recueil des pancartes de l abbaye de La Ferté-sur-Grosne, Bruxelles, De Boeck, 2000 (1953), 260 pages. 6 Ibid. 7 Qu il soit dit que, dans ce travail, pour tout ce qui concerne la datation d un acte dont la date de production n est pas mentionnée dans son texte, je me suis basé sur les estimations de Duby. Voir Ibid.. 4

19 leur rôle pratique et juridique. En outre, afin de déterminer si les archives de La Ferté, au 12 e siècle, subirent des pertes, Duby consulta aussi les listes. Il déduisit que si une pancarte était citée dans une des listes produites au 14 e siècle, elle devait nécessairement avoir existé au 12 e siècle. Son étude des listes se limita à l utilisation qu il en fit pour repérer ces disparitions. Après G. Duby, peu d historiens se sont intéressé aux documents de La Ferté. Dans les années 1980, les historiens s intéressèrent particulièrement à la pratique du don en milieu monastique 8. B. Rosenwein étudia la signification du don foncier à Cluny 9. C. Bouchard se pencha sur les échanges entre les moines et les laïcs dans la Bourgogne du 12 e siècle. Elle inclut parmi son ensemble documentaire étudié les pancartes et les chartes originales de La Ferté. Le contenu de ces documents n est cité qu à quelques reprises, à titre d exemple 10. D ailleurs, on ne trouve dans l historiographie aucune autre mention des chartes originales du monastère. Par conséquent, on en conclut qu elles n ont pas encore été étudiées spécifiquement. Par la suite, M. Parisse s intéressa aux pancartes. En 1998, il dirigea un ouvrage rassemblant les études faites par plusieurs médiévistes des pancartes trouvées dans les fonds d archives de plusieurs monastères 11. Parisse y cite rapidement celles de La Ferté, mentionnant qu elles appartiennent à la catégorie des pré-cartulaires. Duby avait déjà soulevé cette caractéristique à propos d elles 12. En 2011, M. Helias-Baron inclut les documents de La Ferté dans son étude à grande échelle de la production écrite cistercienne. Comme Duby, elle aperçoit dans les pancartes un moyen de rassembler plusieurs textes sur un même support à dessein de validation 13. L ensemble des travaux cités ci-dessus suivent une direction spécifique qui ne tient pas compte des actes eux-mêmes mais s appuient plutôt sur leurs textes et leur transcription. Cela amena Duby, Bouchard, Hélias-Baron et Parisse (de même que les autres historiens 8 Eliana MAGNANI, «Les médiévistes et le don : avant et après la théorie maussienne», Don et sciences sociales : Théories et pratiques croisées, Éliani MAGNANI, dir, Dijon, Presses Universitaires de Dijon, 2007, p Barbara ROSENWEIN, To Be the Neighbor of Saint-Peter : The Social Meaning of Cluny s Property, , Ithaca and London, Cornell University Press, 1989, 258 pages. 10 Constance B. BOUCHARD, op. Cit.. 11 Michel PARISSE, Pierre PÉGEOT et Benoît-Michel TOCK, dir, Pancartes monastiques des 11 e et 12 e siècles, Paris, Brepols, 1998, 203 pages. 12 Georges DUBY, op. cit., p Marlène HÉLIAS-BARON, «Écrits et écritures dans le monde cistercien : pratiques et gestion de l écrit monastique, 12 e -13 e siècles», Bulletin du centre d études médiévales d Auxerre BUCEMA [En ligne], 15, 2011, p

20 ayant contribué à son ouvrage) à conférer à l écrit un rôle surtout pragmatique, c est-à-dire un rôle mémoriel et juridique destiné à perpétuer le souvenir de l acquisition d une terre pour la défendre contre les revendications laïques. Ainsi, Duby aperçoit dans les pancartes un moyen de rassembler plusieurs transcriptions de textes originaux pour tous les faire valider d un seul coup, Bouchard conçoit les chartes comme une prémunition contre les revendications laïques, et I. Vérité affirme que les pancartes sont des «pense-bêtes» ou des aide-mémoires 14. Et il est assez difficile de ne pas arriver à ces résultats, si on ne se base que sur les textes, car ils fournissent des éléments déterminants qui mènent vers cette conclusion. En effet, la présence des clauses comminatoires, rédigées dans les chartes et dans les pancartes, suggèrent que les moines tenaient à dissuader les revendications laïques. En se basant surtout sur le texte des actes, ces historiens se sont privés de toutes les informations pouvant être tirées de l analyse de leur production et de leur conservation. Comme J. Morsel l indique, la production d une source est une création sociale. Par conséquent, étudier la manière dont une charte était produite et conservée par son créateur pourrait offrir des pistes de réponses probantes concernant le rôle de l écrit au Moyen Âge central 15. Pour combler cette lacune, ce mémoire compte, en suivant les propositions de Morsel, analyser les documents de l abbaye de La Ferté sous les angles de leur production et de leur conservation. Au terme de l étude, peut-être parviendra-t-on à définir plus clairement les raisons pour lesquelles les moines de ce monastère écrivaient, au 12 e siècle, des actes décrivant des échanges fonciers conclus entre eux et des laïcs. Le travail effectué s inspirera des nombreuses études qui, depuis le début des années 1990, commencèrent à considérer l entièreté de l acte comme objet d étude. Le fait que les historiens et les diplomatistes n aient pas envisagé d analyser les documents médiévaux sous cet angle depuis un si court moment peut expliquer l aspect parfois conjectural de ce champ d étude, qui confère l impression à l historiographe qu il est en cours de développement. Au début des années 1990, les historiens appartenant à cette école de pensée se sont donné le mandat de repenser l angle sous lequel il convenait d examiner et d interpréter le sceau. Ce sentiment se perçoit dans les travaux de B. M. Bedos-Rezak. Initialement, au 14 Isabelle VÉRITÉ, «Des pancartes dans les fonds des prieurés des Marmoutier? L exemple des prieurés poitevins», dans Les pancartes monastiques des 11 e et 12 e siècles, Michel PARISSE, Pierre PÉGEOT, Benoît- Michel TOCK, dir, Paris, Brepols, 1998, p Joseph MORSEL, «Ce qu écrire veut dire au Moyen Âge Observations préliminaires à une étude de la scripturalité médiévale», Memini, 4, Montréal, 2000, p. 5. 6

21 milieu des années 1980, elle octoyait aux sceaux un rôle pragmatique. Pour elle, les sceaux représentaient un moyen d afficher l image de l autorité qui protégaient l accord décrit dans un acte 16. Puis, dans un article de 2005, elle nuança un peu ce rôle, avançant que le sceau indique plutôt la participation dans un échange de l individu représenté sur celui-ci 17. Dans son étude parue en 2011, elle confirma cette fonction de l objet 18. Pour bien comprendre l objet qu est la charte médiévale grâce à l étude de sa production, les historiens se repenchèrent, au début des années 1990, sur la transcription des textes originaux. Pour préparer les historiens à effectuer ce genre de travail, L. Morelle publia, en 1993, un article dans lequel il fournit quelques remarques préliminaires à l étude de la transcription des originaux 19. Bien intentionné, cet article part dans plusieurs directions qui semblent ne donner que peu de résultats pour comprendre l écrit au Moyen Âge central. On doit lier cette caractéristique de l article au fait que le champ d étude n était en 1993 qu en phase initiale de renaissance. Par exemple, il propose que les actes sont des assemblages de signes graphiques. Par conséquent, il convient d étudier pointilleusement la copie de tous les éléments scripturaux. Si cette suggestion demeure, dans son fond, assez pertinente, Morelle n explique pas comment il faut interpréter les différences observées dans le texte transcrit par rapport à l original. C est pourquoi toute étude qui suit les conseils de Morelle et qui ne fait que relever ces différences entre un texte original et sa copie n est pas pertinente. Il faut inclure dans cette catégorie le travail, paru en 2002, d H. Atsma et de J. Vézin, qui se penche sur la copie de quelques éléments précis des originaux dans le cartulaire de Cluny 20. Leur étude n aboutit à aucune conclusion qui ne permet de comprendre 16 Brigitte-Miriam BEDOS-REZAK, «Signes et insignes du pouvoir royal et seigneurial au Moyen Âge : le témoignage des sceaux», dans Actes du 105 e Congrès national des Sociétés savantes (Caen 1980), Paris, CTHS, 1984, p ; id., «The Social Implications of the Art of Chivalry: the Sigillographic Evidence (France )», dans The Medieval Court in Europe, E.R. HAYMES, dir., Munich, Wilhelm Fink Verlag, 1986, p. 1-31; id., «Sceaux seigneuriaux et structures sociales en Dauphiné de 1170 à 1349», dans Actes du 108 e Congrès national des Sociétés savantes (Grenoble 1983), Paris, CTHS, 1985, p Id., «Signes d identité et principes d altérité au 12 e siècle : l individu, c est l autre», dans L individu au Moyen-Âge, Brigitte-Miriam Bedos-Rezak, dir., Paris, Aubier, 2005, p Brigitte-Miriam BEDOS-REZAK, When Ego was Imago : Signs of Identity in the Middle Ages, Boston (Leiden), Brill, 2011, p (107). 19 Laurent MORELLE, «De l original à la copie : remarques sur l évaluation des transcriptions dans les cartulaires médiévaux», dans Les cartulaires : actes de la table ronde organisée par l École nationale des chartes et le G.D.R. 121 et le C.N.R.S, Paris, école des chartes, 1993 p (100). 20 Hartmut ATSMA et Jean VÉZIN, «Originaux et copies : la reproduction des éléments graphiques des actes des 10 e et 11 e siècles dans le cartulaire de Cluny», dans Charters, Cartularies, and Archives : The Preservation and Transmission of Documents in the Medieval West, Adam J. KOSTO et Anders WINROTH, dir., Pontifical Institute for Medieval Studies, 2002, p

22 davantage l écrit à Cluny, si ce n est qu il confirme par la bande les liens étroits entre l abbaye et leurs amis de l ancienne Espagne wisigothe. En effet, les auteurs terminent leur article en concluant que les transcriptions ne sont pas des transcriptions fidèles des originaux, sans rendre significatifs ces résultats. Pour comprendre l écrit médiéval, il faut expliquer les différences soulevées entre un original et sa transcription, en les liant par exemple aux structures de la société du Moyen Âge central. C est exactement ce qu ont fait Bouchard 21 et Bedos-Rezak 22 dans leurs articles de Leurs résultats seront utiles pour ce travail. D autres études similaires seront nécessaires pour approfondir notre connaissance du sens de l écrit médiéval. Enfin, approfondir la question de la conservation de l écrit mena inévitablement les historiens à étudier le classement des textes. En ce qui concerne les cartulaires, la nature du travail à effectuer semble assez claire 23 et les résultats obtenus sont généralement assez probants. Avant les années 2000, les historiens se contentaient de remettre dans leur ordre original leurs textes afin de déterminer leur mode de classement. En ce qui concerne le cartulaire C de Cluny, Barbara Rosenwein observa un classement parfois géographique, parfois historiographique 24. L étude fut complétée par Maria Hillebrandt, qui décèla un classement thématico-géographique des actes des trois premiers volumes 25. De plus, dans son étude de plusieurs de ces anciens volumes, Emmanuel Poulle a repéré plusieurs types de classements 26. Par exemple, à l abbaye cistercienne de Pontigny 27, il a observé que les actes datés du 12 e siècle inclus dans son cartulaire étaient classés par granges. Il a également observé un ordre topographique au Mans 28, à Bonnefoy 29 et à Montpellier 30. Après les années 21 Constance BOUCHARD, «Monastic Cartularies : Organizing Eternity», dans op. cit., p Brigitte-Miriam BEDOS-REZAK, «Towards an Archeology of the Medieval Charter: Textual Production and Reproduction in Northern French Chartriers», dans op. Cit., p Pierre CHASTANG, «Cartulaires, carturalisation et spiritualité médiévale : la structuration d un nouveau champ de recherche», Cahiers de civilisation médiévale, CESCM, 49, 2006, p Barbara ROSENWEIN, Cluny s Immunities in the Tenth and Eleventh Centuries. Images and narratives, dans Die Cluniacenze in ihrem politisch-sozialen,umfeld, 1988, p Maria HILLEBRANDT, «Les cartulaires de l abbaye de Cluny», dans Mémoires de la Société pour l histoire du droit et des institutions des anciens pays bourguignons, comtois et romands, tome 50, 1993, p Emmanuel POULLE, «classement et cotation des chartriers», scriptorium, 50, 1996, p Ibid., p. 350 Pour consulter le cartulaire : Le premier cartulaire de l abbaye cistercienne de Pontigny (II e - III e siècles), éd. M. GARRIGUES, Paris, Ibid. Il fait référence à : L. DELISLE, Notice sur le Livre Blanc de l église du Mans, bibliothèque de l École des chartes, tome 31, 1870, p Ibid. Pour consulter le cartulaire : Cartulaire de la chartreuse de Bonnefoy, éd. J.-L. LEMAÎTRE, Paris, 1990, documents, études et répertoires publiés par l IRHT. 8

23 2000, cependant, les historiens commencèrent à se questionner sur les raisons expliquant chacun des types de classement. Dans son étude des documents du Bas-Languedoc, Pierre Chastang conclut que les moines d une abbaye organisaient les textes de leurs cartulaires afin que leur ordre de classement soit une représentation de l espace social de leur monastère, bâti grâce à la construction des liens d amitié entre les moines des abbayes méridionales et les laïcs des environs. Les cartulaires seraient donc un outil de la construction de la memoria monastique, c est-à-dire l histoire de l enracinement du pouvoir d une abbaye sur l aristocratie voisine 31. La même année, Sébastien Barret étudia les méthodes de conservation et de production de l ensemble des documents conservés à Cluny, entre le 10 e et le 18 e siècle. Il conclut que les archives de Cluny étaient aussi un outil de construction de la mémoire collective des moines 32. Ces travaux sur les cartulaires seront utiles pour comprendre les pancartes, qui possèdent beaucoup de traits communs avec eux. Cette intégration sera d autant plus essentielle que très peu d études ont été consacrées à l étude du classement des transcriptions à l intérieur d une pancarte. Chacun des historiens ayant contribué à l ouvrage collectif dirigé par M. Parisse, P. Pégeot et B.-M. Tock se sont intéressés, nous l avons dit, aux textes et aux signes de validation des pancartes selon une perspective pragmatique. Par conséquent, ils ne jugèrent pas pertinent d étudier l ordre dans lequel les textes transcrits étaient disposés. Ce mémoire compte combler cette lacune historiographique. Si le champ historiographique de l étude du classement de l écrit cartularisé semble assez défini et développé, ce n est pas nécessairement le cas pour celui de l analyse du classement des chartriers. Il convient d en comprendre les raisons, car les chartes, chirographes, pancartes et vidimus ont tous été conservés ensemble, à la manière d un chartrier. Certes, les modalités de classement des chartes ont été étudiées. Cependant, les historiens, jusqu à aujourd hui, se sont contentés de relever le type de classement, sans approfondir, comme cela fut fait pour les cartulaires, leur signification. Ainsi, George Declercq observa un classement topographique et thématique dans la plupart des chartriers de 30 Ibid. Pour consulter le cartulaire : Liber instrumentum memoralium, cartulaire des Guillems de Montpellier, éd. A. GERMAIN et C. CHABANEAU, Montpellier, , société archéologique de Montpellier. 31 Pierre CHASTANG, Lire, écrire, transcrire : Le travail des rédacteurs de cartulaires en Bas-Languedoc (Ie-IIIe siècles), Paris, CTHS, 2001, 459 pages. 32 Sébastien BARRET, La mémoire et l écrit : l abbaye de Cluny et ses archives (10 e au 18 e siècle), Münster, LIT, 2004 (2001), 459 pages. 9

24 la région de la Flandre, notamment ceux de Gand, de Bruges ou de Lille 33. Il remarqua aussi qu à l occasion certains actes ou groupes d actes considérés importants étaient «mis en vedette [ ] d après un ordre hiérarchique» 34. Les recherches de Poulle montrent que le classement thématico-géographique (ou simplement topographique) ne prévaut pas toujours. En effet, à l abbaye de Saint-Armand, il a noté qu une logique chronologique dictait l ordre de rangement des actes. Il a aussi rencontré un classement qu il a appelé «méthodique» au chapitre cathédral de Laon, au 13 e siècle 35. Il y décela un classement par auteur. Cette lacune provient peut-être du fait que les historiens s intéressant aux chartriers ont délaissé l étude des annotations rédigées au verso des documents. Emnanuel Poulle remarqua cet état déplorable en et il semble qu aujourd hui cette situation ne s est pas réglée. Les historiens justifient souvent leur délaissement des annotations dorsales par le fait qu elles sont souvent difficiles à lire. Il s agit en tout cas de la justification apportée par Benoît- Michel Tock dans la critique de son travail d édition des chartes de l abbaye cistercienne de Vauxcelles, effectué en Parce qu il n a pas été capable de distinguer de manière satisfaisante les annotations dorsales, il ne consacra à leur étude qu un seul paragraphe, dans lequel il décrit les mains qui les ont écrites. Or, ce repérage des mains n aide en rien la compréhension de l écrit cistercien, s il n est pas accompagné d une réflexion plus profonde expliquant pourquoi une main spécifique se trouve au verso d un nombre donné de documents. Ce mémoire tentera de combler cette lacune historiographique en tentant de transcrire et d interpréter les annotations dorsales des actes produits à La Ferté au milieu du 12 e siècle. Le travail se divisera en deux parties. Une première section étudiera les documents de La Ferté sous l angle de leur production. Trois de leurs caractères externes y seront analysés : leur mise en forme textuelle, leur transcription et leur validation. Un seul chapitre sera consacré à cette section. 33 Georges DECLERCQ, «Le classement des chartriers ecclésiastiques en Flandres au Moyen Âge», Scriptorium, 50, 1996, voir tout son article, mais surtout les pages Ibid., p Ibid. Il fait référence à : Un cartulaire du chapitre de la cathédrale de Laon (III e siècle), Revue des bibliothèques, tome 11, 1901, p Emmanuel POULLE, loc. cit., p Benoît-Michel TOCK, Les chartes de l abbaye cistercienne de Vaucelles au 12 e siècle, Turnout (Belgique), Brepols, ARTEM, 2010, 300 pages. 10

25 La deuxième partie du mémoire se penchera sur les méthodes de conservation de la production écrite à La Ferté au 12 e siècle. Cette étude se fera grâce à l analyse des annotations dorsales, délaissée par la majorité des historiens. Chaque couche archivistique représente une étape importante dans l histoire de la conservation des documents. Au verso des actes de La Ferté produits entre 1112 et 1199, on en distingue cinq. Chacune d entre elle sera d abord identifiée en fonction de sa localisation sur les pièces de parchemin. Cet exercice s accompagnera, lorsque possible, d une datation approximative de l apposition de la couche. Il sera ensuite question de déterminer par quels types d éléments chacune des couches est constituée. Situer puis cerner par quels constituants la couche est formée permettra enfin d en proposer une interprétation générale, ou d en distinguer la fonction. Le deuxième chapitre de ce mémoire se consacrera à l étude de la première d entre elle. Dans le troisième chapitre seront analysées les quatre suivantes. 11

26

27 Chapitre 1 La production de l écrit Comme présenté en introduction, Joseph Morsel invite l historien à considérer la source écrite sous les angles de sa production et de sa conservation 38. Ce premier chapitre se consacrera surtout à la question de la production de l acte. Trois aspects de cette phase seront analysés. Une première partie étudiera la mise en forme textuelle, une deuxième se penchera sur la transcription de l écrit et une troisième examinera les pratiques de validation. A. Étude de la production des actes par l analyse de leur organisation textuelle La première partie de ce chapitre se penchera sur l organisation textuelle des actes. Grâce à cette étude, il sera possible de comprendre comment les documents étaient produits. Les types d actes seront analysés en fonction de l époque où ils furent rédigés. Les chartes et les chirographes seront donc examinées d abord, dans une même section. Ensuite, la production des pancartes sera étudiée, puis celle des vidimus, et enfin celle des listes. 1. Les chartes et les chirographes Cette première section se chargera d étudier en deux sous-sections les chartes et les chirographes. Comme expliqué en introduction, cette analyse conjointe s explique par le fait que le chirographe ne se distingue de la charte que par la caractéristique qu il a de produire une copie d un acte qui généralement n aurait été écrit qu en une seule version. C est pourquoi il convient de considérer le chirographe comme une charte. Le corpus comprend 51 chartes et 7 chirographes. 21 des premières furent produites entre 1112 et 1178, année de la 38 Joseph MORSEL, «Ce qu écrire veut dire au Moyen Âge Observations préliminaires à une étude de la scripturalité médiévale», Memini, Travaux et documents publiés par la Société des études médiévales du Québec, 4, 2000, p

28 fin de la rédaction des pancartes. Ce nombre s élève à 4 pour les chirographes. Si on considère ces chiffres par rapport au nombre total de transcriptions incluses dans les pancartes, c est-à-dire au moins , on conclut que la très grande majorité des chartes et des chirographes étaient produits afin que leurs textes soient transcrits dans une pancarte, après quoi l original était généralement détruit 40. Puisque l échantillon est trop petit, il est assez difficile de déterminer un canevas précis selon lequel toutes les chartes étaient rédigées. Il en demeure tout de même que quelques traits généraux se dégagent. 1.1 Les chartes Les scribes réservaient toujours un paragraphe pour la notification, le dispositif et la corroboration. S ils prévoyaient inclure dans le texte une menace d excommunication, ils lui consacraient, à elle seule, un deuxième paragraphe, suggérant toute l importance qu elle avait pour les rédacteurs. Cette formule d excommunication disparut des chartes de La Ferté vers , pour des raisons qui seront expliquées ultérieurement. C est pourquoi toutes celles qui furent rédigées après cette date ne comportent qu un seul paragraphe. Le début de chacun des paragraphes est mis en évidence grâce à une initiale. Il arrive parfois que ces lettres soient ornées en plus d être rehaussées, comme c est le cas dans la charte H25, 07 (ill. 1). Ce procédé servait à insister sur l existence des parties distinctes au sein même du texte. Sur un nombre assez important d actes, les scribes ont tracé des réglures horizontales. Ils ne tracèrent cependant pas de réglures verticales. Ils utilisèrent plutôt les piqûres pour former cette partie du cadre de justification. Cette manière de procéder résulta en la rédaction d un texte possédant des lignes d écritures horizontalement parallèles, justifié parfaitement à gauche, mais pas à droite. À l exception de la dernière ligne de texte de chaque paragraphe, l espace scriptural est rempli du mieux possible. L ensemble de ces procédés confère à l acte l aspect d un corps textuel uni, compact, et, puisque les initiales distinguaient les différentes parties importantes du texte, complet. La plupart des chartes du corpus à l étude ont cette forme, et cela même si les piqûres ou les réglures n apparaissent pas toujours (comme dans la 39 Mon décompte : les 264 textes transcrits par Duby, auxquels on ajoute tous ceux des pancartes aujourd hui perdues. Je dis «au moins», car les listes de Chavaux et de Chazeuil ont été aussi perdues, ce qui rend le décompte des pancartes disparues incomplet. Voir chapitre Patrick GEARY, «Phantoms of Remembrance: Memory and Oblivion and the End of the First Millenium», Princeton, Princeton University Press, 1994, p

29 charte H24, 08), ou si on observe sur un petit nombre de chartes des composantes textuelles qui n apparaissent pas ailleurs, comme des titres, très difficiles à repérer parce qu ils sont imbriqués dans le texte et parce qu ils sont écrits avec la même encre que celui-ci (H25, 06; H24, 12), ou des lignes entières de lettres rehaussées visant à signifier le début d une partie (H25, 07, ill. 1). Ill. 1, recto de la charte H25, 07 Parfois, les scribes pouvaient prendre certaines libertés concernant la séparation des parties du texte. S ils l organisaient de manière à consacrer un paragraphe à la notification, au dispositif et à la corroboration, et un deuxième à la menace d excommunication, celui de 15

30 la charte H24, 05, qui n a rédigé que celle-là, préféra les inclure à l intérieur d un seul et même corps textuel. Il a néanmoins signifié le début des clauses comminatoires en rehaussant la première lettre du mot «Ego», qui commence la section de la menace d excommunication. Il est donc plus facile de repérer l endroit où elle débute, et cela malgré sa rédaction à la suite de la corroboration. Il ne faut cependant pas confondre la liberté d exécution avec un manque de soin, dont plusieurs actes ont subi les effets. Cette situation s explique par le fait qu une fois qu un acte avait été préparé, on ne tenait pas à recommencer ce travail, et cela même lorsqu un scribe faisait une erreur de rédaction. Par exemple, le scribe de l acte H24, 22 (ill. 2) n a pas tracé de réglures. Cette négligence résulta en une écriture suivant une trajectoire oblique descendante et dont la hauteur des interlignes varie de manière irrégulière. Ill. 2, recto de la charte H24, 22 Le même scribe rédigea la charte H25, 57(ill. 3), et commit également une erreur de mise en forme. La huitième ligne d écriture se termine par le mot munimentum. S il avait voulu respecter les limites de la zone de texte comme il l avait fait lorsqu il écrivit les sept lignes précédentes, il aurait dû scinder le mot en deux, car il ne restait pas assez d espace pour le rédiger au complet. Une partie du mot aurait ainsi terminé la huitième ligne et l autre aurait 16

31 commencé la neuvième. Or, il écrivit «munimentum» sans scission, à la fin de la huitième ligne, ce qui l amena inévitablement à dépasser le cadre de justification. Lorsqu on tailla le parchemin de la charte une fois sa rédaction terminée, on dut prendre en considération ce dépassement. On n effectua la coupe que quelques millimètres à côté du mot écrit à l extérieur de la zone de texte. Comme il n écrivit hors de la limite textuelle de droite qu à la ligne 8, le résultat est celui d un acte dont la partie de droite comporte une importante superficie vide d écriture, ayant pour effet de diminuer l impact visuel causé par un bloc de texte compact et uni. Ill. 3, recto de la charte H25, 57 Ce cas est unique, car, à La Ferté, les moines coupaient généralement d abord le parchemin, pour ensuite y rédiger le texte. La charte H25, 58 (ill. 4) fournit un indice probant plaisant en faveur de cette manière de procéder. En effet, la taille des lettres de son texte augmente au fur et à mesure que la rédaction progresse, ce qui suggère que le scribe réalisa trop tard qu il avait coupé une feuille de parchemin trop grande pour inclure le texte du document. Plutôt que de refaire un nouvel acte, il adapta son écriture au support, et non 17

32 l inverse. Cet exemple montre aussi que pour les moines il était essentiel de couvrir entièrement l espace textuel par l écriture. Ill. 4, recto de la charte H25, Les chirographes Le corpus comprend sept chirographes. À première vue, on doit considérer, en se basant seulement sur ce nombre, que ces actes étaient produits de manière moins régulière. En effet, le corpus comprend 51 chartes, alors qu il n inclut que 7 chirographes. Or, puisque les chirographes sont assez souvent rédigés selon le modèle d une charte, il est très difficile de déterminer si un texte transcrit dans une pancarte provenait d un acte original chirographié ou non. Il faut donc être prudent. L acte H24, 17, produit en 1142, rapporte l échange bilatéral conclu entre Pierre le Vénérable et les moines de La Ferté. L acte est rédigé sur un parchemin de grande qualité. 18

33 Son écriture, soignée, s apparente à celle utilisée dans les chancelleries. Les piqûres et les réglures horizontales apparaissent assez visiblement. Cela suggère que les moines préparèrent l acte avec beaucoup de minutie. Elles permirent de rédiger le texte régulièrement et de manière à remplir au mieux l espace réservé à l écriture. Le texte est divisé en trois paragraphes. Le début de chacun d eux est annoncé visuellement par une lettrine. La première, haute de 5 interlignes, est ornée. Elle indique le début du paragraphe décrivant les obligations des moines de Cluny. La deuxième, haute de 3 interlignes, indique le début de la section énumérant celles de La Ferté. La dernière, haute de deux interlignes, commence une partie conclusive mentionnant la date de la rédaction de l acte ainsi que le nom du roi et de l abbé de Cluny sous lesquels il fut écrit. Le chirographe H24, 18 et sa copie, l acte H24, 19, ont été rédigés par le même scribe que l acte H24, 17, aussi en Le texte est divisé en deux parties distinctes. Une première lettrine haute de deux interlignes annonce le début d un long paragraphe décrivant l échange entre La Ferté et l Église Saint-Pierre de Chalon. Une deuxième commence une petite section énumérant la date de rédaction de l acte, le nom du roi de France et celui de l évêque de Chalon, comme pour le chirographe H24, 17. L acte fut préparé avec un peu moins de soin que le précédent. On aperçoit les réglures, mais aucune piqûre. Cette absence s explique peut-être par le fait que le parchemin a été retaillé après la réglure, sans doute avant l écriture. De plus, le texte des dernières lignes s éloigne davantage des marges que celui des paragraphes précédents. Cela pourrait s expliquer par le non-respect des marges, qui nécessita qu on tranche le parchemin un peu obliquement afin que l acte conserve son aspect rempli et compact, ou par le choix initial d une feuille de parchemin aux dimensions inégales. Le chirographe H24, 23 (ill. 5), rédigé probablement vers , décrit un échange conclu entre La Ferté et Saint-Andoche d Autun. Il fut rédigé par deux scribes. Le premier, après avoir préparé l acte (on aperçoit les réglures), rédigea une bonne partie du texte. Il n écrivit cependant pas le nom de l abbesse de Saint-Remiremont Dannons ainsi que la liste des témoins. Cette tâche fut effectuée par le second rédacteur. Il réalisa cependant que celui qui l avait préparé n avait pas laissé suffisamment de place pour que tous les noms soient 41 Le texte ne mentionne pas la date. Duby a réussi à dater la production de l acte vers Georges DUBY, op. cit., p

34 inscrits. Il réduisit donc l épaisseur et la taille de ses lettres afin qu ils puissent tous être écrits dans la partie inférieure du chirographe. Cette manière de procéder suggère que l acte fut rédigé en deux temps, probablement parce qu il était produit selon un formulaire type qui laisse en blanc, initialement, le nom des auteurs et l énumération des noms des témoins. Ill. 5, recto du chirographe H24, 23 Le chirographe H25, 21, produit en 1179, décrit l échange entre La Ferté et Saint- Remiremont. Il est écrit sous la même forme que le H24, 23, sur un parchemin de qualité assez médiocre. Le texte, malgré son support de piètre qualité, est rédigé en suivant la réglure horizontale et de manière très soignée. 20

35 L acte H24, 35, produit en 1151, décrit un très long échange foncier entre les moines de La Ferté et ceux de Cluny. Il s agit d un échange bilatéral, comme celui décrit dans le document H24, 17. D un côté les moines de Cluny donnent à La Ferté les terres situées dans la région comprise entre le bief de Chambon et la Grosne. De l autre, l abbé de La Ferté donne à Cluny les terres et les prés situés sous le mont Saint-Martin. Le chirographe fut rédigé avec un très grand soin. L initiale et les lettres de la devise sont ornées. Les réglures ont été tracées avec précision, c est pourquoi le texte est rédigé très régulièrement et proprement. Contrairement au chirographe H24, 17, le texte n est écrit qu en un seul paragraphe, et cela même s il est constitué par les trois mêmes parties : la concession de La Ferté, la concession de son partenaire et la corroboration. Le corpus à l étude comprend deux autres chirographes, qui relatent deux échanges conclus entre La Ferté et des petits seigneurs laïcs des environs. Le texte du H25, 46 (ill. 6), rédigé en 1187, est écrit perpendiculairement à la devise chirographique. Le scribe ne prit pas le soin de tracer des réglures. Par conséquent, même si l ensemble textuel respecte rigoureusement les marges, les lignes de texte sont parfois écrites légèrement de travers. Il décrit la mise en gage de Guichard de la Salle de toute sa terre située dans le bois d Arçonne pour cinquante livres. Ill. 6, recto du chirographe H25, 46 21

36 L acte H25, 24, produit en 1181, fut en revanche écrit de manière beaucoup plus méticuleuse, en respectant les réglures et les marges. L acte H25, 46 décrit la mise en gage par Guichard de la Salle aux moines de La Ferté d une partie de terre située dans le bois d Arçonne. Le deuxième chirographe décrit l échange entre Geoffrey de Damerey et les moines de La Ferté. Le laïc donna aux moines les droits de pâturages dans la totalité de son domaine situé à Marcilly, des droits dans le bois de Bougié et dans le manse d un laïc appelé Robert. Il céda aussi aux moines ce qu il possédait dans le manse Borget et dans le pré de Robert de Bissey. À la fin des deux récits, les moines mentionnent qu ils ont fait aux auteurs et à leur famille des dons en argent parce qu ils ont promis de se porter garant de leurs dons. La somme donnée par les moines semble être assez élevée. Les moines donnèrent 500 sous à Geoffrey, et environ 20 livres à la famille de Guichard. Ces versements étaient des contredons, offerts par les moines aux laïcs en symbole de reconnaissance et d affection 42. Le montant des sommes versés suggère que la famille de Guichard et Geoffrey furent, grâce à leurs actes et leur consentement, tenus en haute estime par les moines de La Ferté suite à leurs actions. Dans la charte H25, 44, Josseran de la Salle ne reçut que 10 sous pour son consentement; dans le document H25, 56, les moines ne versèrent à Pierre Arenbert et à sa famille que 30 sous. Les médiévistes, généralement, ne se sont pas montrés réticents à inclure dans leur corpus de documents étudiés des chirographes. Néanmoins, il semble, comme Brigitte- Miriam Bedos-Rezak l affirme 43, qu ils insistent pour conférer à ces actes un rôle pragmatique et juridique. En effet, donner une copie d un acte au laïc avec qui les moines ont conclu un accord dissuaderait le donateur ou ses descendants de contester une donation faite au monastère. C est ce que proposait Constance Bouchard en , et c est toujours ce que suggère Laurent Morelle, aujourd hui, en affirmant que les chirographes «sont des écrits tournés vers l extérieur, des écrits de partenariats, mais un partenariat parfois musclé : la 42 Constance B. BOUCHARD, Holy Entrepreneurs: Cistercians, Knights and Economic Exchange in Twelfth- Century Burgundy, Ithaca and London, Cornell University Press, 2007 (1991), p Ibid., p Brigitte-Miriam BEDOS-REZAK, «Towards an Archeology of the Medieval Charter: Textual Production and Reproduction in Northern French Chartriers», dans Charters, Cartularies, and Archives: The Preservation and Transmission of Documents in the Medieval West, Adam J. KOSTO et Anders WINROTH, dir., Pontifical Institute for Medieval Studies, 2002, p

37 technique exprime autant la méfiance que la réciprocité des obligations» 45. En introduction, nous avons expliqué que ce type d explication pragmatique et juridique devait être approché avec prudence. Aussi, les actes ne décrivent pas tous des échanges tournés vers l extérieur, comme le propose Morelle. En effet, l acte H25, 46 décrit une donation de terre située dans le bois d Arçonne, tout près du monastère de La Ferté. C est pourquoi il convient peut-être de repenser ce que représentait la chirographie d un acte à l abbaye cistercienne. L étude du texte pourrait permettre de déterminer les raisons pour lesquelles les scribes ne chirographièrent, entre 1181 et 1199, que les actes H25, 24 et H25, 46. Au moins l un d entre eux décrit un gros don foncier. En effet, l acte H25, 24 décrit la donation de Geoffrey de Damerey de plusieurs droits situés dans plusieurs lieux. La charte H25, 46 décrit la mise en gage d une terre située dans le bois d Arçonne pour 50 livres. La grosseur de la somme donnée par les moines à Guichard suggère peut-être que la taille de la terre était importante. Dans les deux cas, le texte précise que les donateurs et leur famille reçurent de la part des moines une somme d argent assez importante en contre-don. Geoffrey de Damerey reçut 500 sous et Guichard de la Salle et ses proches reçurent en tout et pour tout au moins 20 livres. En comparaison, Bernard de Jully ne reçut que 10 sous pour son don d un pré (H25, 45). Enfin, le texte spécifie que le contre-don monétaire fut fait parce que les donateurs ont accepté de se porter garant du don foncier effectué. Les deux textes précisent donc que les donateurs ont fait un don important, qu ils garantirent. Ils spécifient aussi que les moines ont fait un contre-don, qui doit être interprété comme un symbole d affection à l égard du donateur. Les deux documents prévoyaient aussi remettre une copie d un acte au donateur. Normalement, les moines ne rédigeaient un document que pour eux. De plus, la devise chirographique était parfois ornée, ce qui conférait à l acte chirographié une certaine majesté. Tous ces éléments indiquent ou justifient l établissement d une relation privilégiée entre les moines et le donateur. Ainsi, pour qu un acte soit chirographié, il devait décrire un don important, mentionner le versement par les moines au donateur d une grande somme en guise de contre-don et spécifier que le petit seigneur laïc garantit le don qu il a fait. Dans les chartes, ces trois éléments ne sont que très rarement tous présents, ce qui confirme que leur présence à l intérieur d un même texte est spécifique aux chirographes. Par exemple, la 45 Laurent MORELLE, «Instrumentalisation et travail de l acte : quelques réflexions sur l écrit diplomatique en milieu monastique au Ie siècle», Médiévales, 56, printemps 2009, p

38 charte H25, 56 mentionne que les moines ne versèrent au laïc que trente sous et le texte du document H25, 41 ne spécifie pas que le donateur promit de défendre sa concession terrienne. Outre les documents H25, 24 et H25, 46, cette interprétation des chirographes permet aussi de comprendre pourquoi il semble que les moines de La Ferté mirent systématiquement sous cette forme tous les actes décrivant des accords avec d autres institutions monastiques. Elle indique la proximité relationnelle des représentants de l Église. 2. Les pancartes Les pancartes sont des feuilles de parchemin sur lesquelles les scribes transcrivaient séparément le texte d au moins deux chartes. La plus grande d entre elle, l acte H24, 14, mesure 75cm par 55cm, et la plus petite, le document H25, 12, 28cm par 22cm. En comparaison, les chartes mesurent en moyenne 20cm par 15cm. Toutes les pancartes furent rédigées selon un modèle à une colonne, à l exception de la pancarte H24, 11, dont le texte fut disposé en quatre colonnes 46. Comme tous les types de documents inclus dans cette partie du chapitre, la zone textuelle des pancartes a été préparée à l avance, ce qui signifiait qu on calcula avant tout la quantité de parchemin nécessaire à la rédaction de leur texte et qu on y traça ensuite les réglures et les piqûres. Même si généralement cette étape était conduite avec minutie, dans quelque cas elle manquait de précision. Par exemple, les réglures des pancartes H25, 02 et H24, 04 suivent une trajectoire un peu oblique. De plus, il arriva qu un même scribe ne fût pas constant dans la taille de ses lettres, et cela même si les réglures étaient de la même hauteur dans toute la pancarte, comme c est le cas dans la H25, 08. Ces écarts ne concernent que les pancartes produites après Exceptionnellement, il arrivait que les titres et les lettres ornées soient écrits avant la rédaction des textes des transcriptions, comme c est le cas pour la pancarte H25, 02. Hormis ce cas, il semble que les transcriptions aient été rédigées l une à la suite de l autre, ce qui rendait assez difficile de déterminer exactement la quantité de parchemin nécessaire à la rédaction de la pancarte. Le scribe de la pancarte H24, 10 (ill. 7), par exemple, évalua mal la quantité de parchemin nécessaire à la rédaction des actes, ce qui l obligea à comprimer les 4 dernières lignes d écriture afin que le texte n empiète pas sur la zone réservée aux sceaux. Il 46 Georges DUBY, op. cit., p

39 faut cependant admettre que ces erreurs d évaluation, qui ne concernent pas seulement la pancarte H24, 10, devaient être assez difficiles à éviter, dans le cas d un document comme une pancarte. Il faut donc concéder qu un scribe, en dépit de ces erreurs d estimation, évaluait assez bien la quantité de parchemin nécessaire à la rédaction de l acte. Lors de la rédaction, les scribes faisaient une utilisation généralement soignée des outils texto-visuels à leur disposition afin de rendre visible l organisation du contenu d une pancarte. D abord, le début de chaque texte provenant d un original et le commencement de la clause comminatoire étaient indiqués par une initiale et par un titre. Notons que le début des préambules, qu on trouve à au début de trois pancartes, n est pas indiqué. De plus, on remarque que les scribes ont déployé beaucoup d efforts pour s assurer que les titres des notices, rédigés en encre rouge, soient toujours écrits à la suite de la notice précédente, sur la même ligne. Cela indique que les rédacteurs de la pancarte ne désiraient pas commencer une nouvelle entrée en plein milieu d une ligne. Parfois, les jambages supérieurs de la première lettre des titres étaient allongés pour occuper le plus d espace possible. Par exemple, le jambage supérieur du «d» du septième titre de la pancarte H24, 06 (ill. 8) s étend vers la gauche pour atteindre le dernier mot de la sixième notice. De plus, le titre «excommunicatio episcopi Cabilonensis» inséré dans la pancarte H24, 15 est morcelé afin qu il couvre la totalité de la ligne d écriture. On retrouve là la préoccupation de couvrir au mieux toute la zone réservée au texte, ce qui renforce l aspect de solidité conféré à l acte par un corps de texte compact. À plusieurs reprises, le texte d une notice se terminait trop loin sur la dernière ligne d écriture, de sorte qu il n y restait pas suffisamment d espace pour insérer le titre dans l espace compris entre la fin du texte de la transcription précédant celle qu il annonce et les marges du cadre de justification. Devant une telle situation, les scribes aménageaient l espace textuel pour libérer assez d espace pour qu il y soit rédigé. Par exemple, le scribe de la pancarte H24, 10 écrivit le titre de la cinquième notice, «De Bernardo Cordello et fratre ejus», sur deux lignes. La première partie du titre, «De Bernardo Cordel[ ]» fut rédigée à la fin de la notice précédente. Le reste fut inséré à la toute fin de la première ligne de texte de la notice annoncée par le titre. Finalement, le scribe a rédigé un titre consistant en un petit bloc d écriture rouge étendu sur deux lignes (Ill. 7). S il ne restait plus du tout d espace d écriture à la suite du texte de la transcription précédente, le scribe insérait le titre à la fin de 25

40 la première ligne de texte de l entrée qu elle annonce, comme il le fit lors de la rédaction de la neuvième transcription de la pancarte H25, 10. Ces deux cas montrent qu il était essentiel que les titres soient toujours rédigés dans la partie droite de la pancarte. Ill. 7, section de la pancarte H24, 10 Or, il est impossible d appliquer cette manière de procéder aux premières notices des pancartes, car aucune ligne d écriture ne peut précéder logiquement la première ligne de texte d un acte. Les scribes imaginèrent alors différents moyens d allier et de juxtaposer texte et titre. Ils pouvaient d abord insérer le susdit titre dans une zone textuelle prévue à cet effet au dessus de la première ligne d écriture de la première notice. On procéda de la sorte pour des titres plutôt longs, comme le premier des pancartes H24, 01, et H24, 15. On observe aussi des pancartes à l intérieur desquelles le premier titre semble avoir été inséré de force au dessus de la première ligne de texte, dans l entête, c est-à-dire dans un espace conçu pour être laissé 26

41 vide. Les scribes qui adoptaient cette méthode n accordaient que peu d importance à l emplacement du titre sur la ligne. Par exemple, le rédacteur de la pancarte H25, 03 écrivit «De dono Clementi Matisconensis» complètement à gauche. En outre, celui de l acte H24, 10 morcela son titre de manière à en insérer les composantes dans les intervalles formés par les jambages supérieurs des mots rehaussés de la première ligne de texte (ill. 7). À défaut d utiliser l un des deux moyens présentés ci-dessus, le scribe pouvait aussi écrire le titre à la toute fin de la première ligne de texte de la notice qu il annonce, similairement à l exemple cité ci-dessus, comme il le fait par exemple pour les pancartes H24, 06 (ill. 8) et H25, 04. Hormis l initiale et les titres en encre rouge, les scribes avaient à leur disposition un autre moyen de souligner visuellement la division des parties du texte des pancartes. Ils pouvaient rehausser toutes les lettres de la première ligne d écriture de chaque notice. Ils ne prenaient pas en considération la nature des mots dont les lettres étaient grossies. Seul importait le fait qu une fois agrandis, les mots étaient beaucoup plus visibles. Les différentes sections des pancartes H24, 03 et H24, 07 sont ainsi soulignées. La première ligne d écriture de la partie excommunicatrice de l acte H24, 07 est rehaussée, alors que celle de l autre document ne l est pas. Dans les pancartes H24, 10, H25, 01, H25, 02 et H25, 10, seules les lettres de la première ligne de texte de la première notice sont grossies. Pour plusieurs raisons, il arriva que les règles de présentation générales ne fussent pas toujours respectées. Les scribes des pancartes H24, 14 et H25, 20 rédigèrent bout à bout les titres et le texte, sans prendre le soin de commencer une notice sur une nouvelle ligne. En outre, six notices de la pancarte H24, 06 (ill. 8) sont écrites bout à bout, alors que les 14 autres sont disposées conformément au modèle décrit ci-haut. Il serait osé de dire que cette organisation du texte rend plus difficile la distinction des parties, car les titres en encre rouge et les lettres rehaussées offrent, même s ils ne sont pas toujours situés là où ils devraient l être, un potentiel de repérage visuel suffisant pour que celui qui regarde le document discerne rapidement la structure de ses parties. Qui plus est, cette disposition des notices fait en sorte que le texte remplit complètement l espace d écriture. 27

42 Ill. 8, section centrale de la pancarte H24, 06 Malgré cela, cette manière de procéder entre en contradiction avec le modèle décrit ci-haut. Ces choix relèvent probablement d une adaptation par les scribes du contenu par rapport au support. C est aussi pourquoi le scribe du document H24, 06 (ill. 8) semble avoir comprimé les textes transcrits au milieu de l acte. D autres pancartes présentent des cas plus aberrants, notamment l acte H24, 37. Si des titres indiquent, comme décrit ci-haut, le début des notices, ils n ont cependant pas été écrits en encre rouge. La difficulté qu éprouve alors celui qui regarde la pancarte à se représenter la division des parties confirme toute l efficacité de la couleur pour signaler visuellement l endroit où commence une partie. Enfin, l acte H25, 10 ne possède pas de titres. Somme toute, les pancartes sont des documents produits avec grande attention, malgré les quelques écarts soulevés. Leur forme graphique insiste sur l unité des textes qui y sont transcrits. Celle-ci est surtout mise en évidence par l insertion des titres à la suite de la fin du texte de l entrée précédant celle qu ils annoncent. Ce choix, grâce auquel l espace d écriture était au mieux rempli, conférait à ces actes l aspect d un document au texte 28

43 compact, dont le début de chacune des parties était indiqué visuellement par ces mêmes titres. L étude de la production des pancartes n est pas complète. Il manque une partie essentielle, qui se consacre à l étude de la transcription des textes originaux dans un de ces actes, au terme de laquelle il sera déterminé quelles parties du texte étaient incluses dans la transcription. Cette analyse se fera dans la section suivante. 3. Les vidimus Le corpus à l étude comprend 5 vidimus. L acte H25, 13, rédigé en 1282, sous l autorité de Symon, diacre de Chalon, les actions et les donations de Gérard, comte de Vienne et de Mâcon, effectuées entre 1173 et L acte H25, 18, écrit en 1261, est une reproduction supervisée et autorisée par Hugues, l archiprêtre de Tournus, de l acte H25, 17, qui décrit la donation de Josseran de Brancion, en 1172, d un moulin et d un battoir situés à Lugny. Les vidimus H25, 25 (ill. 10) et H25, 26, sont des réécritures de l acte H25, 24, rapportant l accord entre Geoffroy de Damerey et les moines de La Ferté, conclu en Le premier fut écrit en 1241, l autre fut rédigé en L acte H25, 48 (ill. 9), rédigé au mois de juin 1261, décrit, grâce au témoignage et sous l autorité d Alexandre évêque de Chalon, les actions et les donations du comte de Chalon, Guillaume, effectuées en Les lettres rehaussées de l acte H25, 48 signalent ses deux parties. La première annonce le début d un long exposé expliquant le contexte suite et grâce auquel le document fut écrit. Une seconde lettre rehaussée indique le début de la reproduction de l acte original. Si ces sections sont facilement repérables dans l acte H25, 48, elles ne le sont pas dans les quatre autres vidimus. Certes, leurs scribes ont rehaussé la première lettre de l exposé, mais pas celle de la notification, ce qui rend assez difficile de déterminer instantanément où commence la transcription de l original. Ce travail de repérage est rendu encore plus ardu par le fait que les scribes des quatre vidimus ont rédigé le texte en un seul paragraphe compact. 29

44 Ill. 9, recto du vidimus H25, 48 Tout comme les chartes, on devine, même si les réglures et les piqûres ne sont pas toujours visibles à l œil nu (H25, 13), que les documents furent préparés soigneusement avant que ne commence la phase d écriture. En effet, le texte des cinq actes est rédigé de manière à remplir le mieux possible tout l espace réservé au texte. Les scribes procédèrent ainsi afin de conférer à l acte vidimé l aspect d un bloc solide et compact d écriture, en rédigeant le texte en un seul paragraphe, et cela même s il comporte plusieurs parties. Les aménagements textuels effectués par les scribes, bien que subtils, prouvent qu ils avaient effectivement la volonté de donner à l acte un tel aspect. Celui de l acte H25, 25(ill. 10) allongea les dernières lettres des derniers mots situés aux lignes 5, 18, 25 et 27 pour remplir complètement la place réservée à l écriture. En outre, le scribe du vidimus H25, 13 agrandit considérablement l espace entre les mots de la dernière ligne afin qu elle soit couverte entièrement par le texte. 30

45 Ill. 10, recto du vidimus H25, Les listes Ces documents sont constitués d une série de feuilles de parchemin cousues bout à bout sur lesquelles on rédigea le classement alphanumérique et topographique des archives de La Ferté au début du 14 e siècle 47. Les moines copièrent sur une même liste le classement des documents conservés dans un des ensembles topographiques suivants : La Ferté, La Perrière, Chazeuil, Chavaux, Mellecey, Saint-Nicolas, Neuilley, Lons-le-Saunier, Givry et Beaune. Les moines écrivirent donc originalement 10 listes. Les documents de Chavaux et de Chazeuil ne nous sont cependant pas parvenus. L étude de la production de ces huit listes peut fournir d importants indices concernant la logique derrière le classement des archives au commencement des années 1300, et ce que représentaient pour les moines ce type de documents. 47 Georges DUBY, op. cit., p. 36 et p

46 La rédaction des listes se fit en deux temps. Cinq scribes se chargèrent d abord de copier sur des feuilles de parchemin le classement topographique et alphanumérique en ordre croissant- des documents conservés dans les archives au moment où ils décidèrent de produire les listes. C est lors de la deuxième phase de rédaction que d autres moines ajoutèrent au fur et à mesure les notices de documents qu on archiva après l inventaire initial. Lors des deux phases, les changements de section alphabétique sont indiqués comme sur illustré ci-dessous (ill. 11). Ill. 11, exemple de changement de section alphabétique dans les listes (La Perrière (H24, 28), début de la section B) et illustration de la disposition alphanumérique croissante des notices L analyse des mains suggère que la première phase de rédaction des notices fut exécutée par cinq scribes. Le premier scribe (#1) se chargea de rédiger le premier parchemin de la liste de La Perrière (H24, 28) 48 et l entièreté de l inventaire de Lons-le-Saunier (H24, 33). La deuxième main (#2) est la rédactrice principale de la liste de Mellecey (H24, 31) et participa aussi à l écriture de la liste de Givry (H24, 30) et de La Perrière (H24, 28). Le troisième scribe (#3) se distingue par son utilisation plutôt fréquente des «A» majuscules. Il rédigea la liste de Beaune (H24, 34). Le quatrième scribe (#4) écrivit les notices de Neuilly (H24, 32) et contribua à la rédaction de celles de Givry (H24, 30), de Beaune (H24, 34) 49, de La Perrière (H24, 28), et de Mellecey (H24, 31). Un cinquième scribe, reconnaissable par la forme allongée et particulière de ses «r» et de ses «d», rédigea la liste de Saint-Nicolas. Tout comme les autres types de documents, les feuilles accueillant les listes ont fait l objet d une préparation préliminaire à l écriture. Le scribe #3, en rédigeant la liste de Beaune, effectua ce travail impeccablement (ill. 12). En traçant les réglures, il créa trois 48 De même que la notice LV, A, de la même liste. 49 Il écrivit les notices numérotées de LIII à LVI. 32

47 colonnes, disposées verticalement, à l intérieur desquelles il prévoyait inscrire des éléments scripturaux précis. Il réserva la première pour la cote, la deuxième pour la lettre majuscule du premier mot de la notice, et la troisième pour la notice elle-même. Ill. 12, extrait de la liste de Beaune, début du deuxième parchemin (H24, 34) Il commença ensuite la rédaction de la liste, en débutant par l écriture du titre de la liste. Puis, il rédigea successivement les notices des actes qu il inventoria. Ces notices des résumés du contenu de l acte sont constituées majoritairement des trois éléments : le nom de l auteur du don et le bien foncier qu il céda aux moines. S il est mentionné, dans la notice, que le donateur avait offert aux moines une terre, il était toujours précisé à quel endroit elle était située. Si la notice décrivait plutôt un paiement de cens, elle mentionnait toujours sur quelle terre ce cens était perçu. Par exemple, dans la figure précédente, on spécifie dans la notice LVII que Johannetus donna aux moines le cens d une terre située au-dessus de Legues, à côté de La Perrière. Le scribe #3 écrivit, à l encre rouge, la cote dans la première marge de gauche; à l encre noire et rehaussée d un trait rouge la première lettre du premier mot de la notice dans la deuxième colonne, souvent un prénom; puis la notice à l encre noire (Ill. 12). Le scribe procéda ainsi afin de faciliter le repérage visuel d éléments scripturaux clés permettant une consultation plus efficace. 33

48 Pour effectuer son travail, le scribe semble avoir utilisé une méthode assez simple. Au moment où il entreprit la rédaction de la première notice, l ensemble des actes classés dans le groupe topographique de Beaune devait se trouver près de lui, empilés en ordre alphanumérique. Il n avait qu à prendre et à lire le premier, puis en rédiger un petit résumé. Une fois cela fait, il n avait qu à le déposer à côté de la pile, à plat, puis passer au deuxième. La minutie et la rigueur dont a fait preuve le scribe #3 expliquent le nombre très peu élevé d erreurs formelles et rédactionnelles. Il corrigea immédiatement la faute d orthographe commise lors de la transcription de la notice LVII en interrompant la rédaction du mot fautif, puis en le biffant. Il écrivit le mot correctement à sa suite. Lors de l écriture de la notice LVI, il indiqua que Porchier devait à La Ferté 12 deniers, alors qu il s agissait en fait de 12 sous. Un autre scribe, plus tard, rectifia. La répétition du titre «Belna» au début de la deuxième feuille de parchemin suggère que les deux feuilles de parchemin furent cousues ensemble après la fin de la première phase de rédaction. Advenant l égarement de la deuxième feuille, on pouvait repérer facilement qu il s agissait de la deuxième partie de la liste de Beaune. Cette précaution se serait avérée moins utile si dès le départ les deux feuilles de parchemin avaient été cousues ensemble. Les listes de La Perrière, de Saint-Nicolas, de Givry, de Mellecey, de Neuilly et de Lons-le-Saunier ne furent pas préparées et rédigées avec autant de soin que celle de Beaune. La séparation en trois colonnes de texte observée dans le cas de la liste H24, 34 est remplacée par une séparation en deux zones. Dans la marge de gauche, on écrivit la cote numérique. À la suite de cette cote, le scribe commença directement la rédaction de la notice, sans réserver d espace à la première lettre majuscule par laquelle elle débute. Dans les listes en question, la hauteur des interlignes varie parfois, ce qui résulta en la rédaction de groupes de notices écrites rédigées tantôt de manière compacte, tantôt de manière aérée. Ainsi, les entrées I à VI de la liste de La Perrière, dans la section A, sont rédigées de manière plus aérée que les VI à. En revanche, les VI à sont disposées de manière beaucoup plus comprimée (ill. 13). 34

49 Ill. 13, Extrait de la liste de La Perrière, notices VI à, section A Aussi, les scribes de ces listes ne sont pas constants dans la manière dont ils rédigèrent les cotes : parfois elles sont constituées d un chiffre romain accompagné d un petit «a» placé en exposant, tandis que dans d autres cas le «a» est absent. Le scribe de la liste de Neuilly (ill. 14) commet quelques erreurs. En effet, la grande majorité des cotes des notices des deux premières sections ne sont formées que par un chiffre romain sans exposant, à l exception de celles des entrées 5, 6, 10 et 11 de la section A, et de celle de la notice 50 de la section B. 35

50 Ill. 14, extrait de la liste de Neuilly, notices III à I de la section A Enfin, l encre rouge, que le scribe #3 utilise rigoureusement pour attirer l œil vers les éléments clés de sa liste, n est pas utilisée de manière uniforme pour tous les inventaires. En rédigeant la liste de Lons-le-Saunier, le scribe #1 ne se servit pas du tout de l encre rouge, alors qu il l utilisa lorsqu il produisit la première feuille de parchemin de la liste de La Perrière pour rehausser la première lettre de chaque notice. Le scribe #5, en rédigeant la liste de Saint-Nicolas, s en dispensa aussi. En outre, on devine que les rédacteurs de la liste de Givry planifièrent de rehausser l ensemble des cotes et des premières lettres des notices d un trait d encre rouge. Or, ce rehaussement n apparaît pas à quelques endroits, notamment sur la cote de la notice VII de la section B. Ces caractéristiques suggèrent que ces six listes furent produites rapidement. Dans l ensemble, cependant, les scribes organisèrent l espace textuel et utilisèrent l encre rouge de manière à ce que chacune des entrées soit efficacement repérable. Les observations faites s appliquent généralement à la deuxième phase de rédaction des listes, fourchette temporelle pendant laquelle les moines rédigèrent ponctuellement des notices à la suite de celles écrites pendant la première phase. Qu on les ait rédigées peu de temps après la production d un nouvel acte semble être l hypothèse la plus plausible, puisque les notices rédigées après l inventaire original ont été écrites par plusieurs mains distinctes et par des écritures de plus en plus tardives. Grâce à l analyse du texte, il est possible de situer, bien que de manière imprécise, où, sur le parchemin, se termine l inventaire initial des archives. Sur la liste de Neuilly, il se 36

51 conclut probablement à l entrée I, C. En effet, la cote de la notice I est écrite à l encre rouge, comme toutes les précédentes, tandis qu à partir de l entrée II, toutes les cotes sont écrites à l encre noire. Les deux notices sont rédigées par le scribe #4, certes, mais cela signifie simplement que l acte cité dans l entrée II fut produit peu de temps après la prise du premier inventaire. Dans la liste de Givry, il pourrait se terminer à la notice VII de la section «E». Après cette entrée, les cotes cessent d être rehaussées de rouge. Le fait que les notices VIII à LVIII aient été écrites par le même scribe suggère que les donations abondaient encore dans la région de Givry dans les années qui ont suivi la production originale de l inventaire. Dans le cas de la liste de La Perrière, on devine que la notice LII de la section B fut la dernière de la première phase, celles d après étant rédigées par plusieurs mains datables de différentes époques. C est pour ces mêmes raisons qu on doit situer la fin de l inventaire original de la liste de Saint-Nicolas à la notice LI, celle de celui de Lons-le-Saunier à l entrée V, et celle de celui de Beaune à la notice LII. Cette manière de procéder est particulière. En effet, le classement des actes copié par les listes lors de la première phase de rédaction était dicté par une logique topographique. Il semble donc inusité qu à la suite des notices écrites lors de cette phase initiale on ait simplement décidé d ajouter ponctuellement celles des actes que les moines avaient écrits après la copie originale. Cela fut fait probablement parce que les moines ont conservé à la suite des autres des actes produits après le reclassement du début du 14 e siècle afin qu ils soient convenablement replacés parmi les autre lors d un réaménagement archivistique ultérieur, comme cela fut fait lors de la réorganisation des archives indiquée par les couches 4 et 5 (chapitre 3). On voit donc là le signe que les moines désiraient garder à jour les listes de leurs archives, caractéristique qui se confirme par la présence de tout un travail d actualisation postérieur à la rédaction des notices. On note d abord que les scribes biffaient des notices. Par exemple, la notice II de la section B de la liste de La Perrière fut biffée, puis on rédigea en petits caractères au-dessus dans son entête le mot «vendidimus» (ill 15). 37

52 Ill. 15, extrait de la liste de La Perrière, section B, notice 32. Suscription de la mention «vendidimus» Cette mention nous informe sur la logique selon laquelle était pensé le classement des actes copié par les listes. En effet, elle indique que le biffement d une notice ne s effectuait pas parce qu un acte disparaissait des archives. Elle précise que les moines retirèrent cette entrée parce que le bien foncier cité dans la notice n était plus sous la possession des moines, parce qu ils l avaient vendu. Cette spécification suggère que le dépôt d archives est une représentation graphique de l ensemble des terres et des hommes dominés par les moines (d où le classement topographique des actes au début du 14 e siècle, décelé par l étude des listes (chapitre 3). Ce «vendidimus» est un indice important du lien intrinsèque existant, au Moyen Âge, entre les archives et la terre, de même qu une démonstration du rapport du dominium, défini par Guerreau 50, selon lequel ce qui comptait était le rapport entretenu entre des hommes, des terres et des seigneurs. Si la liste de La Ferté n a pas encore été évoquée, c est que l étude de son écriture suggère qu elle fut produite bien après les sept autres. Cette liste est très particulière, car on a laissé un nombre assez important d espaces vacants, en dépit du fait qu une cote numérique avait été rédigée dans la marge de gauche. Cette caractéristique, combinée au fait que les archives, au 14 e siècle, sont organisées afin d être la représentation scripturale de l ensemble des droits possédés sur les terres et les hommes par les moines de La Ferté, indique probablement que la plupart des documents conservés à l abbaye décrivait leur obtention de biens fonciers qu ils ne possédaient plus. Par conséquent, ils ne rédigèrent pas les notices d actes dont le texte décrit l acquisition de terres qui n étaient plus sous leur domination. Si de tels espaces vacants n existent pas dans les listes précédentes, c est qu elles furent rédigées très peu de temps après la réorganisation des archives du début du 14 e siècle (chapitre 3), durant laquelle des actes décrivant des biens n étant plus sous la domination des moines purent être retirés des archives. 50 Alain GUERREAU, Le féodalisme, un horizon théorique, Paris, Le Sycomore, 1980, p (180). 38

53 5. Conclusion partielle Somme toute, tous les types d actes répondent à des caractéristiques semblables. D abord, leur texte décrit toujours des interactions entre laïcs et moines à propos d un bien foncier. Cela confirme la présence assez forte, dans l esprit des moines, du rapport de dominum. De plus, les scribes présentaient les textes de manière généralement soignée, en faisant une utilisation judicieuse des nombreux outils texto-visuels à leur disposition afin de faciliter le repérage des éléments scripturaux clés et afin de faire ressortir visuellement les caractéristiques principales d un type d acte. C est ainsi que Joseph Morsel affirme, à propos des actes médiévaux, qu ils «existent tout autant en tant qu objets visibles que comme supports de textes» 51. Ainsi, dans le cas des pancartes, l insertion des titres à la suite du texte de la transcription qui précède celle qu il annonce, dans la partie droite de l acte, confère au texte de l ensemble un aspect compact qui suggère une grande unité entre ses différentes composantes. De plus, la rédaction de la devise chirographique joue un rôle unificateur entre les deux chartes-parties, tout en assumant la fonction de charte-partie la partie détachée de sa sœur. En outre, le traitement généralement soigné des devises est un signe visuel fort qui distingue ces actes des autres, leur conférant une certaine majesté. Ces caractéristiques vont de pair avec l hypothèse selon laquelle les chirographes ont été produits pour mettre par écrit un accord important, pour la conclusion duquel le laïc est perçu comme privilégié aux yeux des moines (de là la remise d une copie identique de l acte au donateur, qui représente davantage un signe de reconnaissance qu une précaution contre les contestations futures). Il convient aussi de soulever que les scribes disposaient le texte de manière à ce qu il remplisse au mieux l espace réservé à l écriture. Cette recherche de l harmonie textuelle et visuelle confère à l acte un aspect monumental qui souligne l importance de la production écrite pour les moines. Il reste enfin à comprendre l utilité que peuvent avoir les listes, produites au 14 e siècle, pour un travail comme le nôtre. L étude de leur production nous informe que le classement qu elle copie être pensé pour être la représentation graphique de l ensemble des droits possédés par les moines de La Ferté sur les terres et sur les hommes d un lieu 51 Joseph MORSEL, «Ce qu écrire veut dire au Moyen Âge observations préliminaires à une étude de la scripturalité médiévale», Mémini, 4, Montréal, 2000, p

54 déterminé. Il restera à voir si cette manière de classer les actes est une innovation du 14 e siècle, où une continuité des méthodes de conservations des 12e et 13 e siècles. B. La transcription des originaux dans les pancartes. La question de la reproduction textuelle des documents sera abordée dans cette deuxième partie. Il s agira de savoir quelles informations il est possible de tirer de l étude des transcriptions des actes originaux à l intérieur d un nouveau support.. Cette section sera divisée en deux parties. D abord, l étude de cas, au terme de laquelle des résultats seront obtenus, sera menée. Ensuite, ces résultats seront interprétés. 1. L étude de cas Il aurait été difficile de faire cette étude sans l existence dans les archives de La Ferté de documents originaux dont le texte fut transcrit dans une pancarte. Cinq d entre eux nous sont parvenus aujourd hui. La présence de ces 5 originaux est fort heureuse, car il arrivait que les moines les détruisent une fois que leur texte était transcrit 52. S ils ont été conservés, c est probablement qu ils revêtaient une certaine préciosité aux yeux des moines 53. En effet, les documents H24, 02, H24, 08 et H24, 09 sont tous des actes relatant la première donation effectuée dans des lieux importants. Ce sont donc des donations fondatrices. En effet, la charte H24, 02 décrit la donation faite par Arlier de Martailly d une carrière située à Laives, à La Perrière, en En outre, les chartes H24, 08 et H24, 09 décrivent en deux épisodes le don solennel, fait par l évêque de Chalon et son entourage, des terres qui allaient former la grange de Neuilly, aux alentours des années De plus, si le chirographe H24, 18 existe toujours, c est que les moines accordaient une importance aux actes décrivant des échanges effectués avec d autres institutions monastiques. L acte H24, 12, enfin, décrit en un texte bref et froid une donation, faite par Robert Gentil, de terres dans la grange de Chavaux. Il est difficile de comprendre les 52 Patrick GEARY, «Phantoms of Remembrance: Memory and Oblivion and the End of the First Millenium», Princeton, Princeton University Press, 1994, p Cette hypothèse est aussi celle qui est invoquée par Duby pour expliquer leur existence, bien qu il ne la développe pas autant que dans ce paragraphe. Georges DUBY, op. cit, p

55 raisons pour lesquelles ce document a été conservé après sa transcription. Pour ces 5 cas 54, l analyse de l authenticité de la transcription a déjà été faite par Georges Duby 55. Il demeure cependant muet sur ce qui explique les modifications, souvent légères, rarement radicales, qu il a observées. Le travail doit donc être refait. 1.1 La charte H24, 02 Rédigée en 1112, avant même que ne soit fondée l abbaye de La Ferté, cette charte rappelle le souvenir de la donation d Arlier de Martailly aux moines d une carrière située sous le mont Saint-Martin, à La Perrière. On fit de son texte la première notice de la pancarte H24, 06. Le texte subit une modification importante, mais nécessaire. On fit correspondre le préambule de la pancarte avec le début de la transcription du texte original. La reproduction du texte original ne commence donc qu à la deuxième phrase. Pour s assurer qu il y ait un lien logique entre le préambule et le début des transcriptions, on commença la transposition textuelle de la charte par «Igitur». Le préambule chapeaute donc l entièreté des notices, ce qui renforce l aspect uni de l ensemble du texte de la pancarte. De plus, la notification est exprimée différemment. Dans l original, on lit «Innotescat omnibus sancte ecclesie filiis quod», alors que dans la copie un scribe a écrit «Omnibus sancte ecclesie fidelibus tam futuris quam presentibus notum facimus quod». Aussi, le scribe n a pas transcrit la date. Outre ces différences, le scribe n apporta au texte que de minuscules modifications. Il changea le nom d «Arleius» pour «Arleis», le nom de famille «Guinemanni» pour «Guineman» et rajouta le mot «hii» après «testes». Enfin, le scribe ne respecta pas toujours la ponctuation du texte original. Par exemple, il inséra entre deux virgules les mots «una cum uxore sua et filiis». Un choix sensé, certes, mais qui ne reproduit pas fidèlement la ponctuation de l original. Il ajouta aussi des virgules après les mots «Linoum» et «Guineman». 54 Il est possible que les moines aient conservé plus d originaux. Il fut montré que le chirographe H24, 17 possédait un caractère important, comme les cinq documents mentionnés dans le texte. Peut-être que son texte fut transcrit dans une pancarte de Chavaux aujourd hui perdue. Il aurait été possible de confirmer cette hypothèse en consultant la liste de Chavaux. Or, elle disparut aussi. 55 Ibid. 41

56 1.2 La charte H24, 12 Il s agit d un document dont le texte, très bref, rapporte la donation faite par Robert Gentil de terres situées à Saint-Ambreuil, dans la grange de Chavaux, suivie d une menace d excommunication. La charte est copiée en cinquième position dans la première pancarte de Chavaux (H24, 14). Le scribe de la pancarte H24, 14 n a pas transcrit les clauses comminatoires. On observe d ailleurs que jamais sur une pancarte une notice ne se conclut par une menace d excommunication. Parce que la clause est présente dans le texte de la charte H24, 12 et qu elle n a pas été transcrite dans la pancarte H24, 14, il faut songer à son élimination systématique lors de la transcription des originaux, qui s explique certainement par le fait que la formule comminatoire qui se trouve à la fin des pancartes compte pour l ensemble des notices. Sinon, la transcription est parsemée ici et là de petites modifications. Le mot «dono» dans le titre est remplacé par «concessione»; au lieu de copier fidèlement «vel scire aliquid boni vel mali», le scribe écrivit plutôt «vel scire boni vel mali aliquid»; il remplaça, au début du texte, «et» par «ac»; il modifia l orthographe de «Pairoles» par «Peirola» et de «Begesse» par «Begese»; et il inséra le nom des témoins entre virgules, plutôt que de les lier ensemble par «et». La ponctuation est légèrement différente. Le scribe inséra un point après «Ambrosii» et retira celui qui se trouvait originalement après la deuxième occurrence de «parrochia». 1.3 Le chirographe H24, 18 La charte-partie décrit l échange conclu, en 1142, entre les moines de La Ferté et ceux de Saint-Pierre de Chalon. Elle est le 5 e acte copié dans la pancarte de La Perrière (H24, 06). Comme pour les deux autres documents étudiés ci-haut, le scribe apporta quelques légères modifications en copiant le texte. Il changea le mot du titre «dono» par «concessione», il modifia le nom de «Walterio» pour «Galterio», et celui de «Lodovico» pour «Ludovico». Et, similairement aux transcriptions précitées, le scribe transforma à quelques endroits la ponctuation, rajouta ou soustrayant des points là où il lui semblait 42

57 approprié de le faire. Il les retira par exemple d autour de la formule «tam futuris quam presentibus». Ill. 16, transcription du texte du chirographe original H24, 18, dans la pancarte H24, 06. Trois particularités rendent la transcription de ce chirographe intéressante. D abord, le scribe prit soin de copier mot à mot, au point près, le préambule de l acte H24, 18. On aurait cru que cette attention ne serait pas nécessaire, puisqu un préambule chapeaute déjà l entièreté de la pancarte, et qu un mot lien (igitur) l unit avec toutes ses notices. On remarque aussi qu il prit soin de transcrire la date, ce qu il n avait pas fait lors de la transcription du texte de la charte H24, 02. Enfin, le scribe reproduisit les marqueurs graphiques indiquant la division des parties. Il grossit le «S» de «Statum», afin d annoncer le début du préambule. Il le rehaussa afin qu il atteigne la hauteur de deux interlignes. De plus, il dessina un trait à l encre rouge à l intérieur du «O» de «Omnibus», indiquant la fin du préambule et le début du dispositif. Dans le texte d origine, cette lettre n était pas une initiale. Visiblement, le scribe de la pancarte H24, 06 a jugé que c était une négligence. Enfin, il grossit le «A» de «Acta», indiquant le début de la section consacrée à la spécification de la date de production de l original, mais lui accorda une taille ne dépassant pas un interligne. Ainsi, il respecta la hiérarchie des parties imposée par l original, dans lequel le «S» était aussi plus grand et plus gros que le «A» (ill. 16). 1.4 Les chartes H24, 08 et H24, 09 Il ne convenait pas de faire l analyse de la transcription des deux derniers originaux conservés autrement que conjointement, car le scribe combina leur texte, lors de la production de la pancarte H24, 11, afin de n en faire qu une entrée, la première de l acte. 43

58 Opération curieuse, car l analyse du contenu des deux originaux révèle qu il est plutôt difficile de faire le lien entre l échange de la charte H24, 08 et celui de l acte H24, 09. Le premier raconte la première donation foncière faite à Neuilly aux alentours de l an par l évêque de Chalon Gautier, accompagné de son frère Guy. L acte précise que Gautier a demandé à des petits aristocrates de désigner les confronts des terres qu il a données. Aussi, il suggéra, assistés par ces mêmes chevaliers ainsi que par les paysans des terres avoisinantes, que des croix soient déposées sur certains lieux définis. La charte H24, 09 dresse le récit d événements qui se sont déroulés autour de 1150, soit à peu près cinq ans après la donation de Gautier. Hubert de l Épervière, accompagné par son frère Anseau, donne, pour le salut de son âme ainsi que pour celui de ses ancêtres, ce qu il avait retenu d un ancien accord conclu entre lui et les moines de La Ferté concernant les terres qu il possédait dans la grange de Neuilly : le clos à Girard ainsi qu une petite partie de terre située près du susdit clos. Il y cède tous ses droits et toute possibilité de revendication. Somme toute, en se basant strictement sur le texte, il semble assez difficile d imaginer que les deux accords aient été liés autrement que par le fait qu ils décrivent tous les deux des donations de terres situées à Neuilly. Or, visiblement, ces deux donations devaient être liées, et cela même si les deux textes ne le montrent pas, puisque le scribe de la pancarte H24, 11 jugea nécessaire de n en faire qu une notice. L étude de la logique derrière le classement des entrées des pancartes est approfondie au chapitre 2. Elle fournira les arguments nécessaires pour défendre le fait qu en toute vraisemblance les deux textes furent mis ensemble parce qu ils décrivaient des donations de terres faites au même endroit, dans le territoire de Neuilly. D autres modifications furent apportées lors de la transcription, cette fois-ci majeures. L original : Omnibus in Christo renatis notum esse volumus tam futuris quam presentibus, quod ego Walterius Dei gratia Cabilonis episcopus, et Wido de Cerciaco frater meus dedimus Deo et sanctę Marię de Firmitate, et monachis ibi in perpetuum Deo servientibus quicquid habemus 57 in territorio Nulliaci sina ulla retentione, in bosco et in plano, atque in monte. 56 Georges DUBY, op. cit., p Correction : au-dessus de «habemus», le scribe inscrit «habebamus». 44

59 La transcription 58 : Omnibus itaque in Christo renatis notum esse volumus quod domnus Vualterius, venerabilis Cabilonensium episcopus, et Vuido de Cerciaco, frater ejus, et Umbertus de Pevreria et frater ejus, et Symon de Capella Bragne et uxor ejus, ob remedium animarum suarum patris et matris omniumque antecessorum suorum, dederunt Deo et sancte Marie de Firmitate et monachis ibi in perpetuum Deo famulantibus omnem territorium de Nulliaco, boscum et omnia appendicia illius et quicquid juris habebant in eo tam in monte quam in planicie, preter quandam vineam et terre unius diei araturam. Outre que par les tournures de phrases différentes («tam futuris quam presentibus» est absent, par exemple), cette transcription se distingue par l addition de deux nouveaux auteurs : Hubert de l Épervière et Simon de la Chapelle-de-Bragny. Observons maintenant les dispositifs de l acte H24, 09 et celui de sa transcription dans la pancarte. L original : Omnibus sanctę et inviolabilis matris ęcclesię filiis notum fieri volumus, quod ego vocatus Humbertus de Pevreria et fratres mei Anserus et Hugo Liberz in primo dono quod fuit factum de territorio Nulliaci, retinuimus in eodem territorio quandam vineam quę vocatur Li clos al Girardens atque unam peciam de terra prope eundem closum. Sed postea precibus et ammonicionibus domni Walterii Cabilonis episcopi et beneficio ejus dedimus atque concessimus Deo et sanctę Marię de Firmitate et monachis ejusdem loci ob remedium animarum nostrarum omniumque antecessorum nostrorum quicquid retinueramus et quicquid juris habebamus vel calumpliabamur in prefato territorio cum omnibus appendiciis ejusdem territorii, in bosco, et in plano, atque in monte, sine ulla retentione. Hoc autem donum fuit factum apud Firmitatem in domo hospitum, in manu videlicet domni Walterii predicti episcopi. La transcription 59 : Post mortem vero predicti Symonis de Capella Bragne, filius ejus nomine Galterius et uxor ejus, accepto alio viro nomine Roberto de Brixia, et Umbertus de Pevreria ac fratres ejus, videntes in melius crescere locum Nulliaci ac de die meliorare, ceperunt apud domnum Vualterium antefatum episcopum et fratres Firmitatis valde de eodem loco conqueri et etiam sua inibi calumpnari. Venerandus autem episcopus, domnus videlicet Vualterius, cernens inquietudinem nimiam fratribus de Firmitate post mortem suam fore futuram, oblationem quam Deo fecerat volens fieri liberam, data pecunia multa, emit a Umberto de Pevreria et 58 Que je copie directement de l ouvrage de Duby. Voir Georges DUBY, op. cit., p Ibid., p

60 fratribus ejus ac sorore eorum et filio ejus atque marito vinam quam in Nulliaco habebant et terre unius diei araturam et quicquid aliud infra territorium Nulliaci habebant vel calumpniabantur sive juste sive injuste, cum omnibus appendiciis ejusdem territorii in bosco et in monte ac in planicie, sine ulla retentione, et ad possidendum tradidit fratribus de Firmitate [ ]. On assiste là à une transformation presque totale du texte de l original. Le premier raconte qu Hubert de l Épervière, accompagné par ses frères Anseau et Hugues, donna à La Ferté le clos à Girard, ainsi qu une terre située à proximité de ce clos. Il avait retenu ces deux terres d un précédent échange. Dans la transcription, on mentionne qu «après la mort de Simon de la Chapelle, son fils Gautier, sa veuve remariée à Robert de Bresse-sur- Grosne, Hubert de l Épervière et ses frères soulevèrent des contestations. L évêque Gautier leur acheta la vigne et la terre qu ils avaient conservées et tous leurs droits sur le territoire pour les donner aux moines 60». Ces modifications s expliquent probablement par le fait que l échange décrit par la charte H24, 09, produite en n était plus actuelle. En , date de la production de la pancarte H24, 11, des circonstances (notamment les contestations soulevées par Gautier et Hubert) auraient pu mener à la perte, par les moines de La Ferté, du clos à Girard et de la terre adjacente. Plus tard, cependant, ces terres furent probablement rachetées par l évêque de Chalon puis données à La Ferté. Lors de la rédaction de la pancarte H24, 11, les scribes prirent en compte ces événements. 2. L interprétation des résultats On doit d abord soulever que l analyse de la transcription des originaux dans les pancartes permet de conclure que les moines de La Ferté accordaient une valeur assez grande à la réécriture qu ils faisaient des originaux. Que les moines n aient préservé qu un très petit nombre d originaux confirme d abord cette hypothèse. À La Ferté, seuls 5 originaux transcrits ont été conservés, alors 60 Georges DUBY, op. cit., p Ibid. 62 Ibid. 46

61 qu on en a transcrit Il est probable que les moines ne se débarrassèrent pas de ces originaux parce qu ils avaient à leurs yeux un caractère important. Autrement, la destruction des originaux était systématique après la transcription. Pour Michel Parisse, cela est un signe assez clair que les moines accordaient une grande valeur au texte de la copie 64. Dans la majorité des transcriptions, le texte de l original est transcrit avec très peu de modifications. L historiographie fournit d assez bonnes pistes d interprétations pour expliquer celles qui ont été relevées. Il se peut qu un scribe ne transcrive pas la date à laquelle une transaction a été conclue. Ce comportement, concernant les actes de La Ferté, n est cependant pas systématique. Par exemple, le scribe ne transcrivit pas la date des chartes H24, 02 et H24, 12, mais pas celle du chirographe H24, 18. Constance Bouchard observa ce phénomène dans plusieurs cartulaires. Elle affirme qu il ne faut pas entrevoir dans ce comportement un désir d économiser l espace de parchemin ou alors l indice d un travail effectué lâchement et de manière un peu bâclé, car la transcription du texte des originaux dans les cartulaires est autrement assez fidèle (tout comme à La Ferté, en général). Plutôt, elle suggère que le retrait de la datation signifie que, pour les moines, les repères temporels devenaient superficiels, car leurs terres étaient des biens destinés à être conservés éternellement 65. L étude a permis de relever quelques écarts dans la reproduction des noms propres. Laurent Morelle considère ce phénomène sans le prendre au sérieux, faisant correspondre la pratique à une «fantaisie du scribe 66» qui brime l authenticité du texte. Constance Bouchard explique plutôt que ce comportement correspond à la volonté des moines de rendre éternelle l histoire de l acquisition de leurs possessions terriennes, soit de ne créer qu un seul présent avec les récits d événements passés. Ainsi, il convenait d écrire les noms propres comme ils étaient prononcés ou écrits à l époque de la rédaction du cartulaire. C est ce qui explique que dans la pancarte H24, 06 le scribe a écrit «Sarmasei», tandis que dans la charte H24, Au minimum. Ce chiffre ne prend pas en compte les entrées comprises dans les pancartes perdues. Voir chapitre 2 et Michel PARISSE, «Écriture et réécriture des chartes : les pancartes aux 11 e et 12 e siècles», dans Bibliothèque de l École des chartes, tome 155, 1997, p Constance BOUCHARD, «Monastic cartularies : Organizing Eternity», dans Charters, Cartularies, and Archives : The Preservation and Transmission of Documents in the Medieval West, Anders WINROTH et Adam J. KOSTO, dir., Toronto, Pontifical Institute for Medieval Studies, 2002, p Laurent MORELLE, loc., cit., p

62 l orthographe de ce nom de lieu était «Sarmaseu». Cette modification était une actualisation. Ce désir d actualiser un texte rédigé dans le passé peut expliquer les variations dans la ponctuation. Considérer ces modifications de la construction de la phrase comme des erreurs de transcription relevant d'un travail de copie effectué peut-être un peu trop rapidement serait contradictoire avec l étude de la transcription des originaux qui a montré que les scribes tenaient à copier la majorité du contenu textuel le plus fidèlement possible. Ils avaient même le souci de transposer, s il y avait lieu, la division des parties du texte copié, comme le montre l analyse de la transcription du chirographe H24, 18. Plutôt, il faut associer ces modifications de la ponctuation à un moyen de reproduire le texte conformément à la manière dont il était lu à haute voix à l époque où il a été transcrit, chaque point indiquant à quel endroit le lecteur prendrait une pause dans sa diction. Ainsi se confirme l hypothèse de Brigitte-Miriam Bedos-Rezak, qu elle qualifie elle-même d audacieuse, selon laquelle la reproduction d un texte dans un support servait au maintien d une procédure de mise en texte qui assurerait la canonisation des pratiques discursives en cours 67. Ce désir d actualiser le texte d un acte explique l ampleur des modifications apportées surtout dans la transcription de la charte H24, 09. Comme il fut abordé, le texte changea complètement parce que les circonstances ayant entouré l obtention du clos à Girard, de la terre adjacente et de probablement d autres terres avoisinantes n étaient plus, lors de la production de la pancarte H24, 11, en 1158, les mêmes que celles qui avaient mené, en 1150, à l obtention par les moines de La Ferté de ces mêmes terres. Toutes les modifications, donc, s expliquent par la fonction de re-présentation 68 octroyée aux textes d un cartulaire, c est-à-dire une réactualisation dans le présent d un acte passé, qui va de pair avec la suppression des repères temporels inclus dans les originaux. 67 Brigitte-Miriam BEDOS-REZAK, «Towards an Archeology of the Medieval Charter: Textual Production and Reproduction in Northern French Chartriers», dans Charters, Cartularies, and Archives: the Preservation and Transmission of Documents in the Medieval West, KOSTO Adam et WINROTH Anders, Toronto, Pontifical Institute for Medieval Studies, 2002, p L historienne inclut aussi une version de cet article dans son ouvrage récemment paru. Voir id., When Ego Was Imago : Signs of Identity in the Middle Ages, Leiden, Boston, Brill, 2011, p Constance BOUCHARD, «Monastic cartularies : Organizing Eternity», dans Charters, Cartularies, and Archives : The Preservation and Transmission of Documents in the Medieval West, Anders WINROTH et Adam J. KOSTO, dir., Toronto, Pontifical Institute for Medieval Studies, 2002, p ; Joseph MORSEL, «Du texte aux archives : le problème de la source», Bulletin du centre d études médiévales d Auxerre, BUCEMA [en ligne], Hors série numéro 2, mis en ligne le 28 février 2009, consulté le 30 août 2012, 48

63 C. L apposition du sceau sur les documents L étude des documents des boîtes H24 et H25 nous apprend que les moines de La Ferté attachaient à leurs actes un sceau. Dans celui de la charte H25, 47, on mentionne que le sceau de l évêque de Chalon et du comte de Chalon furent attachés à l acte. Les moines découpaient, lors de la production de l acte, des petites encoches au bas du document pour y attacher l objet. Parce que cette procédure se faisait lors de la phase de production de l acte, il convient de l étudier dans cette partie. À l abbaye, tous les actes du 12 e siècle, c'est-à-dire les 61 chartes et les 24 pancartes, sont scellés. Cependant, seuls trois actes nous sont parvenus avec leur sceau attaché à leurs encoches. Celui de la pancarte H24, 03, qui n apparaît pas sur la photo numérisée téléchargeable sur le site des archives départementales de Saône-et-Loire, est celui d Étienne de Bagé, évêque d Autun ( ) 69. Attaché à la pancarte H25, 20 se trouve le sceau de Pierre, évêque de Chalon ( ) 70. L objet est plutôt abîmé, ce qui rend assez difficile son examen (ill. 17 et 18). Ill. 17, avers du sceau attaché à la pancarte H25, 20 p. 22; Joseph MORSEL, op. cit., p. 33 et 42-43; Joseph MORSEL, «La construction sociale des identités dans l aristocratie franconienne aux 14 e et 15 e siècles : individuation ou identification?», dans Brigitte-Miriam BEDOS-REZAK et Dominique IOGNA-PRAT, dir., L individu au Moyen Âge, Paris, Aubier, 2005, p Auguste COULON, Inventaire des sceaux de Bourgogne, recueillis dans les dépôts d archives, musées et collections particulières des départements de la Côte-d Or, de Saône-et-Loire, et de l Yvonne, France, Archives Nationales, 1912, B.O Ibid., B.O

64 Ill. 18, revers du sceau attaché à la pancarte H25, 20 En revanche, le sceau de la charte H25, 56, celui de Robert, évêque de Chalon ( ) 71, nous est parvenu dans un état plus appréciable (ill ). On aperçoit les mots «Sigillum Roberti Cabilonensis episcopi», distribués tout autour du sceau, dans le sens horaire. On distingue aussi la figure de l évêque en habit de cérémonie avec son bâton à la main. Ill. 19, avers du sceau attaché à la charte H25, Le sceau n apparaît pas dans le catalogue. 50

65 Ill. 20, revers du sceau attaché à la charte H25, 56 Cette image, puisqu elle était démunie de tout trait physiologique commun avec le détenteur de sa matrice et puisque qu elle affichait des symboles du pouvoir de l évêque, ne servait pas à identifier l auteur, mais bien à afficher toute l autorité incarnée par sa fonction 72. C est pourquoi les historiens ont généralement attribué au sceau un rôle de validation 73. Il semble que les hommes impliqués dans un échange foncier qui résulta en la rédaction d un acte accordaient aussi cette fonction au sceau. Dans le texte de la charte H25, 43, on spécifie que l auteur du don, Guillaume de Chalon, demanda à l évêque de Chalon et au comte de Chalon d attacher leurs sceaux à l acte, afin de renforcer ce qui fut écrit (hoc scriptum firmaretur). Or, l historiographie récente, comme vu en introduction, incite l historien à la prudence lorsqu il s agit de considérer le sceau comme un moyen de validation. Son apposition pourrait avoir des implications autres que pragmatiques ou juridiques. Brigitte- Miriam Bedos-Rézak conclut que le sceau suppose la présence et l implication, directe ou indirecte, de celui qui représenté sur l objet dans l accord décrit dans le texte de l acte 74. Dans le cas de la charte H25, 56, il s agit de l évêque de Chalon. Par conséquent, étudier 72 Brigitte-Miriam BEDOS-REZAK, «Signes et insignes du pouvoir royal et seigneurial au Moyen Âge : le témoignage des sceaux», dans Actes du 105 e Congrès national des Sociétés savantes (Caen 1980), Paris, CTHS, 1984, p Ibid.; id., «The Social Implications of the Art of Chivalry: the Sigillographic Evidence (France )», dans The Medieval Court in Europe, E.R. HAYMES, dir., Munich, Wilhelm Fink Verlag, 1986, p. 1-31; id., «Sceaux seigneuriaux et structures sociales en Dauphiné de 1170 à 1349», dans Actes du 108 e Congrès national des Sociétés savantes (Grenoble 1983), Paris, CTHS, 1985, p ; id., When Ego was Imago : Signs of Identity in the Midlle-Ages, Leiden (Boston), Brill, 2011, p. 1-55; Constance BOUCHARD, op. cit., p Brigitte-Miriam BEDOS-REZAK, When Ego was Imago : Signs of Identity in the Middle Ages, Boston (Leiden), Brill, 2011, p (107). 51

66 l identité des individus représentés dans l ensemble de la production sigillographique déterminerait quels personnages, de quel ordre et de quel milieu, faisaient partie du réseau social de La Ferté, et pour quelle raison. Cet exercice promet des résultats assez solides, car 100% des actes du 12 e siècle produits à La Ferté furent scellés. Cependant, pour beaucoup d entre eux, il est plutôt difficile de déterminer quelle autorité était représentée sur le sceau, car beaucoup de textes ne le spécifient pas et car la majorité des artefacts a disparu. J ai supposé cependant que la personne qui avait spécifiquement été chargée de la rédaction d un acte (et non l auteur principal du don) était l autorité sigillante. Parmi les 24 pancartes, 22 mentionnent le nom de l auteur du document. L une d entre elles est l acte H25, 20, dont on a conservé le sceau. Seule la pancarte H25, 03 fut par conséquent mise de côté pour cette étude des sceaux. Parmi les 56 chartes et chirographes, 52 spécifient le nom de l auteur ou mentionnent quelle autorité a apposé son sceau au document. Les quatre documents dont le texte ne fournit pas assez d indices pour déterminer quelle était l autorité sigillante sont les H24, 02, H24, 23, H24, 25 et H25, 28. Les 23 pancartes auraient toutes été scellées par l évêque de Chalon, tout comme 35 des 52 chartes examinées. Parmi les 17 documents restant, 10 furent scellées par des laïcs, grands ou petits. On aurait trouvé, par exemple, le sceau du duc de Bourgogne attaché à la charte H25, 51, alors que le prévôt de Lons-le-Saunier Durand aurait attaché le sien au document H24, 20. Quatre documents furent aussi validés par des sceaux d abbés. Dans la moitié des cas, ils étaient concernés directement par l échange décrit. Par exemple, Pierre le Vénérable a apposé son sceau sur le chirographe H24, 35. Pour les accords décrits dans les actes H24, 21 et H25, 61, leur implication semble avoir été davantage indirecte. Reste trois actes, qui ont été scellés à la fois par l évêque et par le comte de Chalon. Il s agit du chirographe H25, 24 et des chartes H25, 42 et H25, 47. Nous observons donc que l évêque de Chalon était impliqué, directement ou indirectement, dans la majorité des échanges fonciers conclus entre les moines de La Ferté et des laïcs des environs. Il apposa son sceau sur 67% des chartes et chirographes conservés à l abbaye au 12 e siècle, de même que sur au moins 23 des 24 pancartes. Ce taux n est cependant pas fiable, car il ne prend en considération que les actes qui nous sont parvenus aujourd hui. Il n inclut pas les documents qui ont été perdus ou détruits entre le 13 e et le 19 e 52

67 siècle (voir chapitre 2). Ce résultat ne s éloigne pas trop de celui proposé par Constance Bouchard, qui conclut qu entre 61 et 77 % des actes cisterciens rédigés en Bourgogne à la même époque ont été scellés par une autorité épiscopale 75. Une présence aussi forte de l autorité ecclésiastique chalonnaise sur les actes de La Ferté est un indice assez solide de l intégration de l abbaye cistercienne dans les structures du diocèse de Chalon, soulignant par le fait même sa dépendance à l égard de son évêque 76. On peut considérer que cette situation profitait autant à l Église qu à l abbaye. D un côté, l évêque de Chalon avait un droit de regard sur une très grande partie des échanges conclus entre La Ferté et ses voisins, et de l autre les moines obtenaient la protection d une autorité reconnue. Cette intégration dans les structures de l Église était commune à toutes les abbayes cisterciennes bourguignonnes. Bouchard mentionne entre autres que dans la charte de privilèges octroyée à l abbaye de Clairvaux par l évêque de Langres, on précise que l institution monastique soit soumise au diocèse. Cette spécificité distingue les cisterciens des clunisiens, qui, eux, se considéraient supérieurs aux hommes de l Église épiscopale 77. Il convient d insister sur le fait que toutes les pancartes ont été scellées. De prime abord, on aurait pu penser que ce scellement serait redondant, puisque, si on se base sur l échantillon de corpus en notre possession, la majorité des actes transcrits avait été préalablement scellée et que la liste des témoins avait été reproduite dans la transcription. Le fait que le sceau de l évêque fut apposé sur toutes les pancartes suggère, comme Michel Parisse le propose 78, que ces documents doivent être considérés non pas seulement comme un cartulaire, mais comme un nouvel acte, à part entière, possédant les mêmes caractères constitutifs que n importe quel original. Par conséquent, l hypothèse d une hiérarchie typologique des actes à La Ferté n est pas envisageable. 75 Constance BOUCHARD, op. cit., p Ibid., p Ibid. 78 Michel PARISSE, «Écriture et réécriture des chartes : les pancartes aux 11 e et 12 e siècles», dans Bibliothèque de l École des chartes, 155, 1997, p

68 Conclusion De l étude de l organisation textuelle, de la transcription d un original dans une pancarte et des pratiques de validation sigillographiques, il faut retenir d abord que les scribes faisaient une utilisation des outils textuels afin de faire ressortir visuellement les caractéristiques principales d un type d acte. Par exemple, dans les pancartes, les titres étaient rédigés à la fin de la notice qui précédait celle qu ils annonçaient, afin de souligner l unité des transcriptions incluses dans l acte. Les scribes disposaient aussi le texte de manière à ce que l espace du parchemin soit toujours au mieux rempli. Cette procédure conférait à l acte un aspect monumental soulignant l importance de l ensemble de la production documentaire pour les moines de La Ferté. En outre, l étude de la transcription des actes originaux dans les pancartes montra que les scribes soustrayaient parfois la date de la copie. Ils modifiaient aussi l orthographe des noms propres, afin qu elle corresponde à la manière dont on prononçait le nom de l individu qui était mentionné dans la transcription. Ils procédaient de la sorte afin de re-présenter le texte d une donation, c est-à-dire afin de l insérer et de le légitimer dans le temps présent. De plus, en s inspirant des résultats des études de Constance Bouchard, on apprend que le retrait d un texte de tout repère temporel s expliquait par le fait que les moines considéraient les terres obtenues des laïcs comme acquises pour l éternité. Puisque ces soustractions ont été remarquées dans les pancartes de La Ferté, on déduit que les textes qui y sont transcrits ne concernaient en général que des terres que les moines de l abbaye envisageaient posséder pour toujours. Le dernier caractère externe étudié était les pratiques de validation sigillographiques. Elle permit d observer que tous les actes de La Ferté produits au 12 e siècle à La Ferté étaient scellés, majoritairement par l évêque de Chalon. Cela suggère une intégration assez forte de l abbaye dans les structures ecclésiastiques, de même qu une dépendance assez forte à l égard de l évêque de Chalon. Il convient aussi d insister sur le fait que toutes les pancartes furent scellées par l évêque. En cela, elles sont différentes des cartulaires, documents avec lesquels elles ont autrement beaucoup en commun. 54

69 Chapitre 2 La conservation de l écrit : la 1ere couche archivistique Dans l introduction, il fut annoncé que ce mémoire porterait sur l étude de la production et de la conservation de l écrit au 12 e siècle. Cette approche est celle préconisée par les diplomatistes des vingt dernières années, qui affirment que l analyse des documents sous ces deux angles permet d obtenir des informations très riches concernant le rôle que les moines accordaient à l écrit. L analyse de la production des actes ayant été faite dans le chapitre précédent, il convient maintenant de se pencher sur leurs méthodes de conservation. Selon Sébastien Barret, cette étude est fondamentale, car la manière dont les moines pouvaient conserver leurs actes est à mettre à relation directement avec les structures sociales qui ont-elles-même défini ces modalités. C est ainsi qu il affirme : Les archives sont aussi une clé d accès privilégiée aux stratégies de la mémoire d un groupe ou d une institution, de même qu à bon nombre de ses constructions intellectuelles. La conservation et ses modalités, la structuration et le classement sont autant de composantes de la gestion d un ensemble juridique, dont les implications pour l histoire, l identité et la représentation de la communauté surgissent vite 79. L étude de la conservation de l écrit se fera grâce aux annotations dorsales. En introduction, il fut mentionné que les historiens délaissaient leur analyse parce qu elles étaient souvent difficilement lisibles. Or, comme nous le verrons, leur examen peut fournir des informations très précieuses concernant la manière dont les moines conservaient et se 79 Sébastien BARRET, La mémoire et l écrit : l abbaye de Cluny et ses archives (10 e au 18 e siècle), Münster, LIT, 2004, p

70 représentaient leurs actes, faisant de ce travail une étude essentielle pour comprendre le rôle de l écrit en milieu monastique. C est donc pour combler cette lacune historiographique que ce mémoire propose de faire un examen plus consciencieux des 5 couches d annotations trouvées au verso des actes de La Ferté produits au 12 e siècle. Grâce à ce travail, il sera possible de déterminer et de comprendre le mode de classement des documents rédigés à l abbaye entre 1112 et Chacune des couches sera d abord située. C est ce à quoi sont consacrées les colonnes 3 et 4 des tableaux que j ai inséré en annexe (annexe 4). La colonne 3 indique vers quelle direction est orientée l annotation et la colonne 4 précise à l intérieur de quel espace défini elle se trouve 80. Ensuite, si cela est possible, la couche sera datée. La dernière colonne des tableaux susmentionnés est réservée au relevé des éléments constitutifs de l annotation. J ai rassemblé ces éléments en quatre catégories : géographique (G), auteur (A), nature du document (N), et cote (C). La troisième catégorie fut conçue afin qu elle soit très large, pour qu y soient répertoriés des éléments inclus dans les annotations qui semblent marginaux ou aberrants, comme la mention «dampnata», rédigée au verso de la charte H Elle ne se trouve au verso d aucun autre document. Étudier la répartition des éléments de ces cinq couches dans le tableau me permettra de découvrir la fonction que les moines accordaient à chacune d entre elles. Ce chapitre fera l examen de la première couche archivistique, puis le chapitre 3 analysera les quatre autres. Le corpus à l étude étant justement composé de tous les actes de La Ferté rédigés entre 1112 et 1199 aujourd hui conservés aux Archives départementales de Saône-et-Loire, l analyse des annotations dorsales pourra être plus exhaustive, car seules les trois premières couches sont datées du 12 e siècle. Ce n est en revanche pas le cas pour celle des deux autres couches, qui ont été écrites au dos des actes aux 13 e et 14 e siècles. C est pourquoi un épilogue leur sera réservé, au chapitre 3. A. Localisation des éléments la première couche Au verso de n importe quel acte compris dans le corpus, à l exception des vidimus et des listes, se trouvent de nombreuses marques de plis. À l intérieur des espaces délimités par 80 Voir annexe 2 pour des indications plus précises. 56

71 ces plis pour éviter les redondances, cet espace sera appelé «espace-pli» - se trouvent des éléments graphiques. En regardant attentivement, par exemple, ce qui est écrit dans un espace-pli au verso de la charte H24, 09 (Ill. 21), on peut discerner, sinon deux mains, certainement deux teintes d encre différentes. Dans un de ceux situés au verso de la pancarte H25, 03, on observe clairement deux mains et deux encres distinctes. Furent aussi repérés quelques documents où plusieurs mains avaient écrits des ensembles de mots, notamment la pancarte H25, 15, où trois d entre elles ont rédigé les éléments scripturaux contenus dans l espace-pli; et la charte H24, 17, au verso de laquelle quatre mains écrivirent les annotations qui s y trouvaient. Seulement dans le cas de quelques actes, notamment la charte H24, 02 et la charte H25, 45, peut-on apercevoir que la même main a rédigé tout ce qui se trouve dans l espace-pli. On ne trouve des mots rédigés par la même main que celle qui a écrit le texte d un acte que dans l espace pli. Par conséquent, on déduit que la couche initiale, la couche 1, se trouve dans cet espace. Par exemple, dans le cas de la charte H24, 09, celle décrivant l échange entre Hubert de l Épervière et les moines de La Ferté, les mots «De dono Humberti de Pevreria et fratrum ejus Anserii et Hugonis Liberz» sont rédigés par la même main que celle qui a rédigé l acte. En effet, les «z» trouvés dans le texte et dans l annotation sont identiques. On retrouve la même correspondance dans la charte H24, 22, où certains éléments de la couche furent écrits par la même écriture que celle du texte; ou dans l annotation de la pancarte H24, 16, où un groupe de mots fut rédigé par la même main que celle qui a écrit les transcriptions. Ill. 21, Espace-pli où se trouvent les annotations des deux premières couches au verso de la charte H24, 09 et premières lignes du texte Annotation de la première couche Annotation de la deuxième couche. 57

72 Dans les cas où cette association se fait de manière moins évidente, comme c est le cas avec le chirographe H24, 17 ou avec la charte H24, 12, un autre indice pouvait faciliter la distinction des groupes de mots, trouvés dans l espace-pli, qui avaient été rédigés en premier. On pouvait d abord procéder par élimination logique. Parce que la main qui rédigea la première couche fut aussi celle qui écrivit le texte de l acte, l orthographe des noms des auteurs sera copiée presque toujours identiquement (sauf dans quelques cas, comme la charte H24, 12). Par exemple, au verso de la charte H25 39 (ill. 22), deux scribes ont rédigé «Bartholomeus de Genestei» et «Bartholomeus de Genestie». Ces deux manières différentes d écrire «Genestey» signifient que les deux furent rédigés à des moments distincts, donc que les deux appartiennent à deux couches archivistiques différentes. Dans ce cas-là, «Bartholomeus de Genestei» (au milieu, à droite) est rédigé en la même encre que celle du texte et par la même main, en plus d être écrit de la même manière («Genestei» et non «Genestie»). Cette annotation fut donc rédigée en premier. 58

73 Ill. 22, recto et verso de la charte H25, 39 (comparaison de l orthographe du nom du donateur dans les différentes couches d annotations) Annotation de la quatrième couche. Orthographe du nom du donateur : Bartholomeus de Genestie. Annotation de la première couche. Orthographe du nom du donateur : Bartholomeus de Genestei. Orthographe du nom du donateur : Bartholomeus de Genestei. 59

74 B. Emplacement relatif et méthodes de conservation On devine, étant donné la localisation généralisée des constituants de la première couche à l intérieur de l espace-pli, que les actes, à l époque à laquelle furent rédigées les annotations dorsales de la couche #1, étaient conservés pliés. Puisque l annotation de la couche 1 est généralement située au centre du verso d un document, on qu on pliait d abord les parties extrême-gauche et extrême-droite de l acte sur elles-mêmes. Ensuite, on repliait l acte en deux sur le sens de la largeur. Cela fait, on terminait de plier l acte selon le nombre de plis qu il restait à effectuer afin que la superficie en pli-carrés du document n atteigne qu un. Cette manière de plier les actes n est pas propre à La Ferté. Isaías de Rosé Pereira et António J. R. Guerra ont repéré un procédé de pliure très similaire pour les documents portugais (ill. 23) 81. Ill. 23, schéma de pliure traditionnel observé par Rosé Pereira et Guerra 81 I. DE ROSÉ PEREIRA et A. J. R. GUERRA, «La conservation des chartes dans les archives privées du Portugal ( e -II e siècles)», Scriptorium, 50, 1996, p

75 En résumé, les annotations de la couche 1 sont situées dans un espace-pli généralement situé au centre du verso du document conservé déplié. Préciser davantage à quel endroit se trouvait cet espace-pli semblait impertinent, car lors de la rédaction de la première couche, un acte était conservé plié, selon le modèle illustré ci-haut (ill. 23). C est pourquoi les colonnes «emplacement» et «orientation» du tableau de la couche initiale ne sont pas pertinentes. Elles furent conservées seulement pour unifier le modèle des tableaux utilisés. Les résultats montrent d ailleurs de manière probante que l étude de l orientation de l annotation en relation avec l acte déplié est plutôt aberrante : 39 annotations de la première couche sont orientée vers le bas, 18 vers le haut, 9 vers la droite et 10 vers la gauche (Annexe 2). Pour les couches d annotations situées dans l espace-pli, j ai indiqué dans les tableaux qu elles étaient situées dans la zone «Centre», qui indique que leurs éléments scripturaux ont été rédigés sur le verso d un document conservé plié. Si certaines annotations sont rédigées à l intérieur d espaces-pli situés tantôt dans la partie supérieure droite, tantôt dans la partie inférieure gauche de la zone centrale, ces variations proviennent du fait que le processus de la pliure de l acte n était pas uniformisé entièrement. Après les deux premières étapes - pli de la moitié gauche et de la moitié droite du parchemin en deux, puis pli en deux dans le sens de la largeur-, il n y avait pas à La Ferté de méthode particulière à suivre. L espace pli qui allait devenir le recto du document conservé plié était donc aléatoire, à condition qu il se situe au centre de l acte, afin de protéger au mieux l écriture. Voilà en quoi le modèle pourrait différer un peu de celui des deux Portugais cité ci-haut 82. Les moines de La Ferté ont conservé leurs actes pliés (du moins, au début) pour s assurer que leurs textes soient protégés contre les intempéries. Pliés selon le modèle décrit par les deux Portugais, avec peut-être quelques variations, les actes devenaient «autoprotégés» 83. Cette manière de conserver les actes suggère que les moines accordaient, au 12 e siècle, une grande importance au texte. C était lui, bien plus que son support, qu il convenait de sécuriser en premier lieu. Parfois, un pli ne provient pas nécessairement de manipulations documentaires du 12 e siècle. À quelques occasions, ils sont le résultat du travail des archivistes d une époque 82 I. DE ROSÉ PEREIRA et A. J. R. GUERRA, op. cit. 83 Ibid., p

76 ultérieure. Par exemple, au verso de la pancarte H24, 03, on peut lire, «De grangia de Chalmis, prima» (ill. 24). Il est peu probable que le mot «prima» ait été écrit sur le bord d un espace-pli. Pour cette raison, il ne convient pas de dater cette opération de pliure du 12 e siècle. Il faut donc être prudent. Ill. 24, section du verso de la pancarte H24, 03. Après cet éventail de précisions et d explications ayant pour but de situer et de distinguer les éléments constituant la première couche archivistique, il faut retenir que ceuxci sont toujours rédigés dans un espace délimité par un pli, ce qui signifie qu à l origine ils étaient écrits sur le recto d un acte qu on conservait plié. Il faut aussi être très alerte, car sur ce pli on ne trouve pas que les éléments de la première couche. Ce sont cependant ceux-là qui seront étudiés dans les pages qui vont suivre. C. Relevé des éléments de la première couche archivistique La finalité de cet exercice est de déterminer quelles informations les moines cherchaient initialement à obtenir visuellement lorsqu ils posaient leurs yeux sur un acte plié 62

77 et annoté. C est en faisant le relevé, puis le classement, de tous les éléments de la couche 1 qu il sera possible d apercevoir quels types d éléments (géographiques (G), relatifs à la nature du document (N), concernant l auteur (A), liés à une cote (C)) semblaient priorisés. Tout cela est fait, bien sûr, afin de saisir quelle était le sens octroyé à la première couche archivistique. Et pour bien comprendre ce rôle, il convient d étudier séparément les éléments rédigés au verso des pancartes et des autres actes. En consultant les tableaux récapitulatifs des annotations dorsales (Annexe 2), on décompte qu au verso de 15 pancartes sur 24 un scribe a rédigé une annotation composée d un élément classé dans la catégorie «géographique». Par exemple, au verso de la pancarte H24, 01, on lit «Carta Firmitatis. Et Exarbertrado»; au verso de la H24, 06, on a écrit «Perraria»; au verso de la H24, 14, on aperçoit «Carta de Chavals»; ou encore au verso de la H25, 36, on lit «De Clus». Au verso des neuf autres pancartes, les scribes rédigèrent des annotations composées d éléments classés dans la catégorie «auteur». Au verso de l acte H25, 02, par exemple, on lit «De Hugone Burze et fratrum ejus que sororis eorum»; et au verso de la H25, 37, on aperçoit «Carta Hugone de Palvel». Les moines ont également pris soin de préciser à 3 reprises la nature de ce qui est inclus dans le document. Ces spécifications accompagnent toujours un élément de la catégorie «Géographique» ou «Destinataire». L exemple de la pancarte H25, 03 est éloquent. À son verso, on a écrit «fundamentum grangie de Amox». On précise que le document traitera de la grange d Amors. On se trouve donc en présence de trois types d annotations. Les éléments de la catégorie «Nature du document» sont les seuls qui se combinent aux autres, dans le cas de la première couche, pour les pancartes. Plus pertinemment, les constituants graphiques des catégories «Géographique» et «Auteur» ne se marient jamais, à l exception de la pancarte H25, 20, au verso de laquelle on a écrit «Carta de Leiva, de dono Pagani Berenti». Ce cas sera expliqué plus loin. Sur un total de 58 chartes et chirographes, il fut compté que seulement 51 pouvaient être étudiées. En effet, les annotations rédigées au verso des actes H25, 21, H25, 22, H25, 23, H25, 27, H25, 30, H25, 41 et H25, 42 sont pratiquement indéchiffrables, tellement l usure a détruit le parchemin de mauvaise qualité. Les éléments de la première couche archivistique ont été classés dans la catégorie «Auteur» à 47 reprises, sur un total de 51. La charte H24, 08 est la première exception. On y 63

78 lit «carta de Nulliaco». Les trois autres se trouvent sur des chirographes. On aperçoit sur le H24, 17 la mention «carta de Cluniaco», sur le H24, 23 le nom de l institution monastique «Sancti Andochii»; et sur le chirographe H24, 18, le nom de celle de Saint-Pierre de Chalon (de dono monachorum Sancti Petri Cabilonensis). De plus, tout comme dans le cas des pancartes, on jugea, à 8 reprises, qu on devait spécifier ce qui était contenu dans l acte. Ainsi, au verso de la charte H25 31, par exemple, on lit «de donum Hugoni de Boer de decima de Melice». D. Interprétation des résultats : chartes et chirographes Suite aux résultats obtenus ci-dessus, on observe que la couche 1 était majoritairement formée du nom de l auteur du don. Cette forte présence peut s expliquer par des considérations archivistiques. En effet, le fait qu elle ne soit pas constituée majoritairement par des éléments «cote» ou «géographique» indique que tous les documents, initialement, étaient conservés ensemble, pêle-mêle. Donc, une fois un acte plié, puis déposé là où il devait l être afin d y être conservé, parmi les autres, dans des enveloppes ou dans des étuis que les moines rangeaient dans une salle désignée pour la conservation des actes 84, il devenait plutôt difficile, voir inutilement difficile, de savoir ce qui y était contenu sans le déplier. Fastidieux et peut-être dommageable à long terme pour le document 85, cet exercice devenait superflu dès qu on rédigeait sur le recto de l acte plié une annotation identifiait un document. Pour ce faire, les moines devaient choisir annotation qui permettrait de distinguer le plus efficacement possible un acte d un autre. Cerner la catégorie à l intérieur de laquelle se classait les éléments couche 1 fournit donc des indices importants concernant la manière donc les moines de La Ferté se représentaient leurs documents. Cette suggestion concerne autant les chartes et les chirographes que les pancartes. Au verso des premiers, on écrivait généralement le nom du laïc de qui les moines de La Ferté avaient reçu une terre, ou de l institution monastique avec laquelle ils avaient conclu un accord. Cette présence marquée des noms des auteurs au verso de ces actes révèle que les moines se représentaient un acte en fonction du nom du donateur. Comme dans le cas de 84 Jacques STIENNON, «considérations générales sur la bibliothéconomie et l archivistique médiévales», scriptorium, volume 50, 1996, p I. DE ROSÉ PEREIRA et A. J. R. GUERRA, loc., cit., p

79 plusieurs abbayes cisterciennes de l époque 86, ce donateur était souvent un petit seigneur laïc des environs. Cela indique et confirme toute l importance que les moines accordaient au maintien des liens d amitié avec leurs voisins, relations qui étaient au cœur même du fonctionnement de la société médiévale 87. Nous avons déjà évoqué au chapitre 1 que les moines de La Ferté avaient utilisé la forme chirographique pour les documents H24, 17, H24, 18, H24, 23 et H25, 21 parce qu ils décrivaient un échange conclu avec une autre institution monastique, ce qui indiquait toute l importance accordée par les moines de La Ferté aux liens d amitiés avec elles. Il semble donc logique que l annotation de la première couche trouvée sur le recto du document plié de ces 4 actes mentionne le nom de l institution avec laquelle l accord fut entendu. Si on n inscrivit pas le nom de l abbé ou de l abbesse avec qui l entente fut conclue, c est qu une institution monastique est éternelle, alors que son dirigeant, lui, ne l est pas. Ainsi, sur le recto de l acte plié H24, 23, on lit «Sancti-Andochii»; sur celui du H24, 17, on a rédigé «Carta de Cluniaco», sur celui du H24, 18, il est écrit «de dono monachorum Sancti Petri Cabilonis». L état du parchemin du document H25, 21 rend difficile la lecture de l annotation de la première couche. La charte H24, 08, sur laquelle on lit «carta de Nulliaco», est une exception qui s explique probablement par le fait que cet acte revêtait pour les moines de La Ferté un caractère exceptionnel. Il était si important qu on lui attribua une appellation unique, «la charte de Neuilly», titre qu aucune autre décrivant une donation dans la même région ne pourrait prendre. En lisant le texte, on réalise qu il s agit en fait de l histoire de la première donation effectuée en ce lieu, faisant de ce document une charte fondatrice. On remarque que l annotation de la première couche trouvée sur le chirographe H24, 17 possède exactement la même forme que celle de rédigée sur la charte H24, 08. Cela confirme donc le caractère unique de cet acte, soulevé également au chapitre 1 suite à l analyse de sa production. La fréquence à laquelle apparaît le nom des donateurs au verso des documents suggère que les chartes représentaient aux yeux des moines le récit de la construction des 86 Constance BOUCHARD, Holy Entrepreneurs : Cistercians, Knights, and Economic Exchange in Twelfth- Century Burgundy, Ithaca et Londres, Presses de l Université Cornell, 1991 (2009), p Thèse soutenue par plusieurs historiens, et qui est appuyée par l analyse des annotations de la première couche. Voir entre autres : Barbara ROSEWEIN, To Be the Neighbor of Saint-Peter : The Social Meaning of Cluny s Property, , Ithaca et Londres, Presses de l Université Cornell, 1989; Constance BOUCHARD, Sword, Miter and Cloister: Nobility and the Church in Burgundy, , Ithaca et Londres, Presses de l Université Cornell, Constance BOUCHARD, op. cit.; Stephen D. WHITE, Customs, Kingship and Gifts to Saints: The Laudation Parentum in Western France ( ), Londres, Chapel Hill,

80 liens d amitié avec leurs voisins. Cela expliquerait que ces documents pouvaient certes être utilisés en cour par les moines pour défendre leur cause, sans qu ils ne consistent néanmoins en une preuve plus solide que les plaidoyers oraux des témoins convoqués 88. Or, la construction de ces relations passait souvent par la donation d un laïc d une terre aux moines de La Ferté, en échange de prières. La charte médiévale décrivait donc l établissement des liens d amitié entre les moines et leurs voisins laïcs de même que leur acquisition des droits sur les terres qui leur avaient été données. Pour ces raisons, elle est une démonstration scripturale assez probante de la force du rapport du dominum en milieu monastique, rapport selon lequel le pouvoir était pensé en fonction de la domination à la fois sur la terre et sur les hommes. Elle est le récit de chacune des étapes de la construction de l espace social, terrien et humain, des moines de La Ferté. C est pourquoi, dans le cas d une querelle entre hommes d une abbaye et un seigneur voisin, rituel nécessaire à l actualisation et au renforcement des liens d amitiés entre les moines et les laïcs des environs 89, les moines de La Ferté ne mettaient par écrit que le récit de la réconciliation des deux parties. La charte H25, 50, par exemple, raconte l abandon des réclamations terriennes faites par Henri Gros et décrit la confession de Josseran de la Salle, qui avoue qu il avait été celui qui avait poussé Henri à s opposer aux moines. Le document ne se penche ni sur les motifs de Henri ou de Josseran, ni sur le déroulement de la négociation. Seul importait de conserver par écrit le récit de pouvoir restauré. E. Étude des pancartes : un prologue historiographique Jusqu à présent, l historiographie a accordé peu de place aux pancartes, et les rares travaux s y étant consacré ne sont pas à l abri des reproches pouvant leur être formulés à propos de leur méthodologie ou sur leur fond. 88 Laurent MORELLE, «Les chartes dans la gestion des conflits (France du Nord, 11 e au début 12 e )», dans Olivier GYOTJEANNIN, Laurent MORELLE, et Michel PARISSE, dir., Bibliothèque de l école des chartes, 155, 1997, p. 267 à 298; Stephen D. WHITE, «Inheritence and Legal Arguments in Western France, », Traditio, 43, 1987, p Barbara ROSENWEIN, op. cit., p

81 La critique des pancartes produites par les moines de La Ferté faite par Duby, dans son étude 90, permet de s initier assez efficacement à leur contexte de production. En revanche, il délaissa l étude de leurs annotations dorsales. Il les transcrivit tout de même, sans prendre le temps de distinguer les couches archivistiques. Il ne fit que relever celles qui semblaient avoir été rédigées à la même époque. Ainsi, en éditant la pancarte H24, 04, qu il numérota 17, il transcrivit ce qu il lut au verso comme suit : «Au dos : prima de Chasuil. De dono Guillemi de Buxi Sancte Helene; de dono Gauterii de Marinnei, de dono Rodulfi de Bicie et Guieline sororis ejus, de Guidone Putoiz, Prima de Vavra.». Or, ce passage combine des annotations appartenant à 4 couches différentes. Il aurait fallu les séparer. Mais, comme l indique Jean Richard, le but premier de son travail était d éditer les pancartes, et non d en faire une critique exhaustive 91. On comprend donc que l analyse des annotations dorsales n ait pas été approfondie. Après 1953, l ouvrage collectif dirigé par Parisse, Pégeot et Tock semble représenter le seul effort des diplomatistes de se réunir et d étudier ces documents particuliers 92. Michel Parisse 93 y dresse une liste de plusieurs pancartes conservées à l ARTEM, en adjoignant à l étude de chacun des documents une petite critique mettant en évidence une de ses particularités. Il conclut en créant trois catégories de documents. D abord, il remarque l existence de recueils qu il appelle la notice complexe, qui «comprend la succession de notices distinctes, brèves ou longues, d une ou de plusieurs mains» et/ou «qui suppose la rédaction d un seul et nouvel acte comprenant différentes actions successives, les chapitres étant introduits par un adverbe de temps [ ]». Il consacra aussi une catégorie aux chartes complexes, qui incluent la transcription complète des originaux et qui est généralement scellée par un seigneur laïc. Enfin, il qualifia celles de la troisième catégorie de «pancartecartulaire» ou de «pré-cartulaire», terminologie déjà évoquée implicitement par Duby 94. Pour lui, il s agit d un type de regroupement de notices sur un même parchemin dont la fonction première est pragmatique : faciliter le travail ou la consultation des actes conservés qu on y a transcrits. Il range dans cette catégorie les pancartes de La Ferté, en spécifiant qu il 90 Georges DUBY, Recueil des pancartes de l abbaye de La Ferté-sur-Grosne, Bruxelles, De Boeck, 2000 (1953), 260 pages. 91 Jean RICHARD, «Deux publications de textes médiévaux», Annales de Bourgogne, 26, 1954, p Michel PARISSE, Pierre PÉGEOT et Benoît-Michel TOCK, dir, op. cit.. 93 Michel PARISSE, «Les pancartes, étude d un type diplomatique», dans Michel PARISSE, Pierre PÉGEOT et Benoît-Michel TOCK, dir., op. cit, p Georges DUBY, op. cit., p

82 n y observa aucun signe de validation (ce qui est faux) et que «par conséquent l impression est toute autre que pour les cas précédents, car on a le sentiment d un autre système de regroupement des archives» 95. De cette observation du travail et des conclusions tirées par Parisse surgit le problème de la catégorisation des pancartes. Il survient, par exemple, lorsqu on tente de faire entrer dans une des catégories imaginées par le diplomatiste la pancarte H24, 03, conservée à La Ferté. Elle est composée de 5 entrées et d une formule de validation, située à la fin. Les cinq textes concernent les donationsdes terres qui allaient former la grange de Chaume. Ces dons furent faits entre , par un groupe de laïcs composé entre autres par Ancy et Renaud de Saint-Romain. La première et les trois dernières transcriptions, courtes, rapportent une seule donation. La deuxième, en revanche, rapporte trois donations différentes. Le texte décrivant chacune d entre elles est initié par un marqueur temporel, ce qui confère à cette entrée toutes les caractéristiques d une notice complexe, selon la catégorisation de Parisse. Les premiers mots de cette deuxième notice sont rehaussés, formant son titre. Ils se lisent ainsi : «Post Hec, dedit domnus Wido de monte Sancti Johannis [ ]». On instaure donc un lien de continuité entre la première et la deuxième entrée de la pancarte, procédé qu on ne retrouve pas ailleurs dans le document. Les titres des trois autres entrées ne décrivent qu une seule donation et correspondent à des formules d adresse ou de notification conventionnelles trouvées au début des chartes, traits appartenant à une pancarte classée dans la catégorie «pré-cartulaire». On se trouve donc en possession d une pancarte qui possède à la fois des caractéristiques attribuées aux actes répertoriés dans les catégories «notice complexe» et «pré-cartulaire», ce qui est problématique. Il n est pas étonnant de se trouver devant ce genre d impasse, car les pancartes, comme Parisse l affirme lui-même à la fin de son étude 96, sont des actes à la forme hétérogène. Accepter cette caractéristique, c est admettre qu il est fautif de définir des catégories à l intérieur desquelles ces actes doivent impérativement être classés. Pour comprendre les pancartes, il faut plutôt parler de variantes, articulées autour d une même fonction centrale. Pour effectuer leur étude, il faut faire l analyse conjointe de trois éléments : leur contenu et leur organisation textuelle; leur contexte de rédaction; et leurs 95 Michel PARISSE, loc., cit., p Ibid., p

83 annotations dorsales, grâce à l étude desquelles il est possible de comprendre la manière dont les producteurs se représentaient les documents, similairement à ce qui fut fait pour les chartes et les chirographes, dans la section précédente. Peut-être que cette manière de procéder permettra-t-elle de comprendre les raisons pour lesquelles les moines de La Ferté produirent des pancartes. Avec cette méthode, peut-être parviendra-t-on à se sortir de l impasse engendrée par le paradoxe de la catégorisation d un type d acte à modèles hétérogènes, qui, comme Laurent Morelle le décrit, «afflige encore le médiéviste» 97. F. Étude des pancartes Appliquant la méthode définie ci-haut, j ai distingué au dos des pancartes, comme vu dans la section C, trois types d annotations. Seront d abord étudiés les actes au verso desquels on a rédigé une annotation composée seulement d un élément topographique. Ensuite, seront abordées celles au verso desquelles les scribes écrivirent une annotation formée d une composante topographique et d une autre classée dans la catégorie «nature du document». Enfin, les documents ne comportant qu une annotation consituée par le nom d un ou de plusieurs aristocrates seront analysés. 1 Pancartes avec annotation topographique Au verso de des 24 pancartes se trouve une annotation, appartenant à la couche 1, composée uniquement d éléments faisant référence à un lieu. Par exemple, au verso de l acte H24, 06, on lit «Perraria»; au verso de la pancarte H24, 11, on a écrit «Carta de Nulliaco»; et au verso du document H24, 01, on trouve «Carta de Firmitatis et Exartbertrado». Pour mener l analyse selon les modalités décrites dans la section précédente, il fallut procéder par cas. 97 Laurent MORELLE, «Instrumentation et travail de l acte», dans Étienne ANHEIM et Pierre CHASTANG, Pratiques de l écrit, Mediévales, 56, 2009, p À la page 62, j ai mentionné que 15 pancartes comportaient une annotation formée par un élément topographique. Les trois pancartes manquantes sont celles qui possèdent une annotation composée par un nom de lieu et par un élément classé dans la catégorie «nature du document». Il s agit des trois pancartes analysées au point 2 de la section F. 69

84 La pancarte H24, 01, produite en , au verso de laquelle on a écrit «Carta de Firmitatis et Exarbertrado» sera le premier cas abordé. On observe que l annotation représente assez bien le contenu de l acte. En effet, les 8 textes décrivent des échanges concernant des terres situées près de La Ferté. À la suite de la 8 e notice, un scribe inséra le titre «Carta de Exartbertrado». Les 8 transcriptions qui suivent rapportent des échanges de terres situées à Battrey, tout prêt de La Ferté. Il est plutôt ardu de déterminer la logique de classement des textes. En effet, même si le premier de la partie consacrée à La Ferté est la transcription du texte de la fondation de l abbaye, les suivantes ne sont pas ordonnées chronologiquement. En effet, les producteurs de l acte ont inséré la transcription du deuxième texte, originalement écrit entre 1126 et 1147, avant la copie du troisième, daté d entre 1113 et Le même constat peut être fait concernant l ordre des textes de la deuxième section. En effet, on plaça en premier celui de la donation faite par Guillaume, comte de Chalon, et par Huon, fils du duc de Bourgogne, des terres situées à Battrey, car il s agit du texte du don fondateur de cette région. On a aussi l impression que les transcriptions qui suivent ne sont pas ordonnées selon un quelconque ordre chronologique. En effet, la deuxième, dont le texte original fut écrit peu avant 1158, fut placée avant la transcription de la quatrième, originalement rédigée vers Il serait séduisant de penser que les entrées furent ordonnées selon une logique prosopographique. En effet, les cinquième et sixième textes de la section de La Ferté décrivent des dons effectués par la famille de Bernard de Bissey. Il faut cependant être très prudent, car, dans plusieurs pancartes au verso desquelles on a rédigé une annotation topographique, les textes des donations faites par des individus d une même famille ne sont pas toujours placées l une à la suite de l autre. Par exemple, dans la pancarte H24, 06, les 9 e, 17 e et 18 e entrées décrivent des donations de terres faites par Hugues de Laives. Un classement exclusivement prosopographique aurait inséré côte-à-côte ces trois textes. Une nouvelle étude du classement des entrées montre qu il serait possible qu on ait classé côte-à-côte les textes décrivant des donations de terres faites dans un même lieu, ce qui signifie qu une logique topographique dictait l ordre des textes d une pancarte. Peu de cas explicites existent pour prouver cette hypothèse, car les moines ne sont pas généralement 99 Je répète que pour tout ce qui concerne la datation des documents, dans la section qui suit, je me suis basé sur les estimations et les conclusions de Duby. Voir Georges DUBY, op. cit. 70

85 précis concernant l endroit exact où pouvait être située une terre donnée. Néanmoins, les 7 e et 8 e notices de la section de Battrey décrivent toutes les deux des donations de prés situés dans la région de Sorchiballaco. Si on admet ce classement des notices par lieux où se situent les terres ayant été données, on réalise que ce qui unit les 5 e et 6 e notices à l intérieur de la section de La Ferté est d abord le fait que les deux textes concernent l acquisition par les moines du moulin Perron, qui fut faite par les donations combinées de petits seigneurs appartenant à la même famille. Les textes des actes H24, 06 et H24, 15 ont été classées sensiblement de la même manière que dans la pancarte H24, 01. Au verso de la première, produite en 1158, on lit «Perreria». De fait, l analyse du contenu des 19 notices confirme que la pancarte rassemble des donations ayant été faites à La Perrière, près de Laives. Tout comme dans la pancarte de La Ferté, on plaça en premier le texte fondateur de la région, celui racontant le don fait par Arlier de Martailly, en 1112, d une terre où serait construite une carrière. Quelques indices suggèrent qu à la suite de cette insertion les moines aient ordonné les notices topographiquement. En effet, les trois premières notices de la pancarte concernent des donations faites par Arlier de Martailly et sa famille de terres situées près du mont Saint- Martin et près de la Sermaize. Certes, on disposa aussi côte-à-côte des textes décrivant des dons effectués par la même famille, mais, malgré cette observation, ce n est pas prosoprographiquement qu on classa les textes, à l intérieur de cette pancarte. En effet, des membres de la famille Gros sont cités comme donateurs seulement dans les textes des 4 e et 8 e entrées. Un classement pensé selon les liens entretenus entre les donateurs auraient placé l une à côté de l autre ces deux transcriptions. En revanche, on classa côte à côte, dans la pancarte H24, 06, deux textes, les 4 e et 5 e, qui décrivent des donations de terres situées dans le territoire compris dans la région s étendant le long de la Grosne jusque dans les essarts de Notre-Dame de Beaumont. Les textes étaient donc classés, à l intérieur de la pancarte H24, 06, selon une logique topographique. Au verso de l acte H24, 15, produit en 1158, on lit «Carta de Sancto Nicolao», indiquant que les 9 notices incluses dans la pancarte décrivent des donations de terres situées à Saint-Nicolas. Tout comme la pancarte de La Perrière, la première entrée du document est le texte de la donation fondatrice. Dans le cas de la région de Saint-Nicolas, il s agit du don de l ermite Robert, fait entre le 26 et 28 mars de l année 1147, des premières terres situées 71

86 dans le susdit endroit. Les autres notices sont ordonnées selon ce qui fut proposé ci-haut. Ainsi, les 3 e, 4 e, 5 e et 6 e notices décrivent toutes des donations de terres situées dans La Vèvre de Saint-Martin. Il existe des cas où les moines produisirent deux pancartes pour inclure les textes décrivant des donations de terres situées dans un même territoire. Par exemple, pour inclure les transcriptions des actes de Chavaux, ils rédigèrent deux actes, les H24, 14 et H25, 14, produits en 1158 et comportant respectivement 51 et 14 entrées, au verso desquels on lit «Carta de Chavals». Les raisons pour lesquelles on utilisa deux feuilles de parchemin sont probablement matérielles. Les moines de La Ferté possédaient, en 1158, au moins 65 actes de donations faites à Chavaux. Il est vraisemblable qu ils n avaient pas à leur disposition une feuille de parchemin assez grande pour inclure toutes les transcriptions. On devine que le document H25, 14 devait être lu en premier, et cela même s il a été produit un peu après la pancarte H24, 14. En effet, c est à l intérieur de celui-ci qu on transcrivit, en premier, le texte, fondateur, de la délimitation définitive du territoire de Saint-Ambreuil (où se situe la grange de Chavaux) par le duc de Bourgogne Hugues et par le comte de Chalon Guillaume. Comme pour les cas précédents, la logique de classement des notices semble être topographique, puisqu on y classa côte à côté deux textes, les 38 e et 39 e, décrivant les donations respectives, faites en 1130 et en 1150, de Robert Guineman d une part et de Pierre Piar de l autre de terres situées près du pré appelé Grosel. On produisit également deux pancartes, les H24, 10 et H24, 11, toujours aux alentours de l année 1158, pour transcrire les actes de Neuilly, probablement pour les mêmes raisons matérielles. Les deux actes comprennent respectivement 9 et 12 notices. La pancarte H24, 11 fut rédigée un peu avant la H24, 10. En effet, dans la pancarte H24, 11, on plaça en premier le texte de la donation fondatrice du territoire de Neuilly, c est-à-dire le récit des deux donations de l évêque de Chalon Gautier de terres situées dans cette région. Comme dans les autres pancartes possédant une annotation composée d un élément topographique, des indices suggèrent qu on procéda à un classement par lieu des textes. Par exemple, les deux dernières transcriptions décrivent des donations ayant été faites «sous (infra)» le territoire de Neuilly, expression qui ne se retrouve dans aucun autre texte compris dans les deux pancartes de Neuilly. 72

87 La pancarte, H24, 16, au verso de laquelle on a rédigé «de la vavra», fut aussi produite en Elle comprend 5 notices. Il n est pas certain que le premier texte soit celui de la donation qui a résulté de la fondation de la grange de La Vèvre, puisqu il décrit un don ayant été fait en 1158, alors que le deuxième en décrit un échange ayant été conclu en Peut-être qu il ne s agit pas de la seule pancarte produite en cette année rassemblant des textes de donations terriennes s étant faites dans La Vèvre. Peut-être les moines en produisirent-ils une deuxième, comme ils le firent pour le cas des textes de Neuilly et de Chavaux. La consultation de la liste de Chazeuil aurait permit de confirmer ou d infirmer cette hypothèse. Malheureusement, elle fut perdue. Cette pancarte possède les mêmes caractéristiques que les précédentes. En effet, elle rassemble les textes de donations de terres situées dans La Vèvre, et dispose ces récits topographiquement. Par exemple, les 4 e et 5 e textes décrivent des donations de terre situées dans la région comprise entre Sainte-Hélène et la chapelle de Vilers, et les 2 e et 3 e dans le territoire situé à côté d elle. Ce dernier résultat prouve que la logique topographique est celle qui dicte le classement des actes. En effet, on classa ensemble les actes décrivant des donations ayant été faites dans le même lieu, mais aussi côte-à-côte des textes relatant des dons fonciers ayant été effectué dans des régions voisines l un de l autre. Deux autres pancartes ont été rédigées en Il s agit des actes H25, 04 et H25, 10, au verso desquels on lit respectivement «Carta de Chasul» et «De Miliceo». Ces annotations suggèrent qu on transcrivit dans ces deux actes des textes décrivant des donations ayant été faites dans ces deux régions périphériques. La pancarte de Chazeuil, produite en 1169, ne comporte que trois notices. Les deux premières racontent deux donations conclues le 26 mars 1169, ce qui suggère qu elles sont liées, en dépit du fait qu elles ont été faites par deux auteurs différents. La troisième notice relate aussi le récit d un don, fait par Bernard de Chavanes, effectué la même année. Les trois donations concernent effectivement des terres situées dans la région de Chazeuil, près de La Vèvre. La pancarte de Mellecey comprend 13 notices, et inclut des textes décrivant des échanges conclus entre 1160 et À la différence des autres actes, la première entrée ne semble pas être le récit d une donation fondatrice. Malgré cette différence par rapport aux autres pancartes, des indices suggèrent que les textes aient été classés selon la même logique 73

88 que dans les cités précédemment. En effet, les 10 e et 11 e notices rapportent d abord le don de Landry de Dracy des terres qu il possédait dans le Bois-aux-Moines, puis l abandon des revendications de Josseran de Dracy sur des terres du même lieu. On pourrait être tenté de voir dans ce rapprochement un classement prosopographique. Or, les 6 e et 7 e textes décrivent des donations de terres faites à Lu Bez par deux laïcs différents. On doit donc être convaincu que le dénominateur commun de ces deux constats est l élément topographique. Une dernière pancarte, la H25, 36, est la copie datée de 1199 d un acte produit aux alentours entre 1158 et Il s agit d un acte au verso duquel on rédigea «De Clus». Elle comprend 18 notices. Comme toutes les autres, elle est débutée par la première donation effectuée dans ce lieu, et le classement des textes obéit à une logique topographique. Il semble que la fonction première des 12 pancartes dont l annotation de la première couche n est composée que d un élément «géographique» soit de rassembler et d ordonner selon un classement doublement topographique les transcriptions d une quantité importante d actes originaux conservés tous ensemble dans les archives de La Ferté. D abord, on classa les documents dans un des ensembles topographiques suivants, en fonction de l endroit, cité dans le texte, où était située la terre donnée par l auteur du don: La Ferté et Battrey, La Perrière, Chavaux, Neuilly, La Vèvre, Saint-Nicolas, Clux, Chazeuil et Mellecey. Ce regroupement fait, il fallut procéder, avant de commencer la transcription des textes des actes originaux dans la ou les pancartes qui allaient inclure toutes celles des documents rassemblés dans un même ensemble, à un deuxième classement topographique. Celui-ci ordonnerait les chartes originales déjà classées dans un des ensembles cités ci-haut de manière à ce que les documents décrivant des donations faites dans les mêmes lieux ou dans des régions voisines l une de l autre soient disposés les uns à la suite des autres. Aussi, lors de ce deuxième classement, on accorderait la première place au texte de la donation fondatrice de chacun des lieux définis lors du premier regroupement géographique, comme on le fit dans le cas des actes de La Perrière. Cette réorganisation effectuée, il était maintenant possible de commencer la transcription des textes des actes originaux dans les pancartes. En outre, 10 des 12 actes étudiés dans cette section ont été produits en 1158, faisant de cette année un moment clé dans la rédaction des pancartes. La pancarte de Mellecey (H25, 10), produite en 1170, est une des deux exceptions. Ce résultat est peut-être trompeur. En effet, Duby nous informe que la liste de Mellecey cite une pancarte de 40 notices et une autre 74

89 de 13, qui ont toutes deux disparu des archives de La Ferté 100. Il se peut que l une d entre elles, voire les deux, furent produites en Cela expliquerait pourquoi la première notice de la pancarte H25, 10 ne présente pas un caractère fondateur. Mais cette hypothèse n est pas satisfaisante, car rien ne prouve avec certitude que ces deux pancartes aient effectivement été produites en Elles auraient pu être rédigées en 1170, comme la H25, 10, ce qui signifierait qu on rédigea seulement en cette année toutes les pancartes de Mellecey. De même, les listes nous apprennent qu une pancarte rassemblant les textes de 40 actes décrivant des donations faites à Givry a disparu des archives 101. Elle fut peut-être produite en 1158, comme les autres, mais cela n est pas certain. Les 12 pancartes étudiées se distinguent enfin par leur nombre assez grand d entrées. La pancarte H24, 14 comprend, par exemple, 51 notices; l acte H24, 06, 19; et le document H25, 36, 18 transcriptions. 2. Pancartes avec annotation topographique et nature du document Parmi les 12 autres pancartes restantes, il y en a 3 dont l annotation de la première couche est composée d un élément topographique combiné à une composante «Nature du document». Il s agit des pancartes H24, 03, H24, 07 et H25, 37, qui seront toutes les trois analysées. Au verso de la pancarte H24, 03, produite sous l épiscopat d Étienne de Bâgé ( ), l annotation de la première couche est formée par les éléments scripturaux suivants : «De grangia de Chalmis». L acte comprend 5 notices, décrivant chacune des donations, toutes faites vers , de terres situées à Chaume. La première brève, raconte la donation d Ancy de toutes les terres qu il possédait à Fontaine-Jessan 102. La deuxième 103 décrit les donations de terres, faites par Guy de Mont-Saint-Jean, Lambert de Beaune et Renaud, frère d Ancy, et de Guy de Mont-Saint-Jean, situées dans la même région. Les textes des donations de Lambert de Beaune et de Renaud sont commencés par les mots «Eodem 100 Georges DUBY, op. cit., p. 36. J ai moi-même consulté la liste de Mellecey, et je ne vois pas comment il arrive à une telle conclusion. Peut-être l a-t-il consultée alors qu elle était en meilleur état. 101 Duby a aussi fait cette observation. Ibid. 102 Fontaine-Jessan est prêt de Montceau, qui est prêt de Chaume. Voir Jean RIGAULT, Dictionnaire topographique du département de Saône-et-Loire, comprenant les noms de lieux anciens et modernes», Paris, CTHS, 2008, «Montceau», p Deuxième partie de la notice 206 et notice 207, dans Duby. 75

90 etiam tempore». Celui du don de Guy de Mont-Saint-Jean débute par un préambule. Cela indique, similairement au cas de la transcription des textes des chartes H24, 08 et H24, 09 abordé au chapitre 1, que cette notice devait rassembler la transcription de 3 actes originaux. Une troisième notice décrit le don de Renaud de Saint-Romain de ses terres d Auvenay 104, la suivante rapporte un don de terres situées à Saint-Romain et à Meloisey 105, et la dernière relate le don de Bertrand de Vergy de ses droits sur le territoire d Auvenay. Les textes fournissent des indices suggérant que les auteurs des actes proviennent tous du même réseau social. Ancy et son frère de Renaud de Saint-Romain 106, auteurs des plusieurs donations dans la pancarte, sont aussi cités comme témoins dans la plupart des textes dans lesquels ils ne sont pas mentionnés comme donateurs. De même, Hugues Roux, qui n est cité comme auteur que dans la deuxième notice, est listé comme témoin à 5 reprises. Enfin, les scribes ont déployé certains efforts afin de signifier par le texte que certaines notices étaient liées entre elles par le temps. La première phrase de la deuxième notice commence par la préposition temporelle «Post Hec», ce qui institue un lien de continuité entre son texte et celui de l entrée précédente. La présence de ce marqueur temporel suggère que les textes inclus dans cette pancarte ont été classés selon une logique chronologique, plutôt que topographique, comme ce fut le cas pour les documents de la section précédente. Au verso de la pancarte H24, 07, produite entre , on a écrit «Carta de commutatione Argenchie». Elle comprend 3 notices, relatant des donations ayant été faites vers La première rapporte qu au moment de sa conversion, Guy de Saules avait donné La Vèvre Chard et le moulin de Lalheue à La Ferté. Quelques temps après, Guichard et Josseran de la Salle, les frères de Guy, obtinrent des moines que ces biens leur soient rendus. En échange, ils cédèrent aux moines de La Ferté trente toises du bois de l Arçonne, contigües au territoire de l abbaye. Ils cédèrent aussi des droits de pêche dans la Grosne et dans les noues 107. La deuxième notice rapporte le don de Josseran de la Salle du tiers du bois d Arçonne, en échange de bénéfices spirituels. Un troisième texte décrit la donation de Galienne d une partie du bois de l Arçonne située dans la section du bois déjà donnée aux moines par les frères de Saules (le don de la Dame se fit donc après celui des frères 104 Près de Saint-Romain-sous-Gourdon, situé près de Chaumes. Voir Jean RIGAULT, op. cit., «Saint-Romainsous-Gourdon», p Situé prêt de Beaune. 106 Tel que spécifié dans la liste des témoins de la deuxième notice de la deuxième entrée. 107 Texte repris presqu intégralement du chapeau de la notice 17 de l ouvrage d édition de Duby. 76

91 susmentionnés). Trois textes qui, mis ensemble, racontent comment les moines de La Ferté en sont arrivés à posséder les terres qu ils avaient dans le bois de l Arçonne. Les deux premiers décrivent des échanges conclus avec les frères de Saules, puis un troisième relate l histoire du don de Galienne. Au verso de la pancarte H25, 37, produite entre 1142 et 1144 par le même scribe qui a rédigé les chirographes H24, 17 et H24, 18 + H24, 19, on lit l annotation de la première couche suivante : «Fundamentum grangie de Amox». La pancarte comprend 4 notices. La première raconte les circonstances ayant entouré le don par Étienne, sire de Neublans, de terres situées à Moncels 108 et à la Barge 109. Une seconde notice, brève, décrit la cession par le même Étienne du tiers d une dîme d une terre située dans le même lieu qu il tenait en fief de Guy de Pourlans. Ce texte est commencé par le mot «similiter», ce qui implique qu il devait être lu après la première entrée. Cette notice est suivie du texte relatant le don par le susdit Guy de terres situées à Moncels et à la Barge, du tiers d une dîme d une terre située dans le même territoire et d un droit de passage dans le bois de Clux. Étienne est cité comme témoin. La pancarte se termine par le récit de la donation par Engeltrude de Chilley de terres situées à Moncels et à la Barge. Étienne est de nouveau mentionné dans la liste des témoins. Toutes les donations ont été faites entre 1142 et Elles concernent toutes des terres situées à Moncels et à la Barge, et ont toutes été chapeautées par Étienne de Neublans. Somme toutes, ces trois pancartes rassemblent des textes de donations contemporaines l une de l autres et généralement faites par des aristocrates du même groupe social. De plus, elles comprennent généralement un nombre assez petit d entrées. Enfin, à la différence des 12 actes présentés ci-haut, les textes de ces trois pancartes n ont pas été ordonnés selon une logique topographique, même s il est clair que toutes les terres données étaient situées dans le même lieu. Plutôt, il semblerait qu une logique chronologique dicte le classement des textes. 108 Prêt de Chaumes. Voir ci-haut. 109 Prêt de la Villeneuve, sur la Doubs, près de Clux. Amous est prêt de Clux. Voir Jean Rigault, op. cit., p

92 3. Pancartes avec annotation d auteur Au verso des neuf pancartes restantes, c est-à-dire les actes H24, 04, H25, 02, H25, 03, H25, 08, H25, 09, H25, 12, H25, 15 et H25, 20, on trouve une annotation formée par un ou des noms d auteurs. En ce qui concerne les documents H25, 09 et H25, 15, il semble assez aisé de lier l annotation au contenu de la pancarte. En effet, au verso de l acte H25, 15, rédigé entre 1158 et 1169, on lit «De bartholomeo de Capella et de Bomundo et filio ejus». La pancarte comprend deux notices, qui décrivent des actions s étant produites peu avant la rédaction de l acte. Elle commence par le récit de la donation par Barthélemy de la Chapelle-de-Bragny d une terre qu il possédait dans La Vèvre de Saint-Martin. Elle se termine par l histoire du don par Bohémond de la Chapelle-de-Bragny et par son fils de tous leurs droits dans le même territoire. Deux donations donc, faites par deux individus appartenant sans aucun doute à la même famille, de terres situées dans La Vèvre de Saint-Martin. Au verso de la pancarte H25, 09, produite vers 1162, un scribe a écrit «Bertranni de Ver». Les trois notices qui y sont incluses racontent des donations ayant été faites par cet individu. La première décrit que Bertrand de Vers, lorsqu il vint à La Ferté, obtint l approbation de la plupart des membres de sa famille pour les dons qu il fit aux moines. Ce texte est suivi par celui relatant son don de la colonge de Sermaisey à La Ferté. La pancarte est conclue par le récit de sa donation d une terre située à Laives. Somme toute, cette pancarte inclut trois textes se rapportant aux gestes de Bertrand de Ver, qui donna deux terres situées dans les régions voisines de Laives et de La Perrière. Toutes les pancartes restantes ont été rédigées entre 1163 et Au verso de l acte H24, 04, rédigé en 1175, le scribe de la première couche a écrit «De dono Guillelmi de Buxi». La pancarte comprend 4 notices. Elle commence par le texte de la donation faite par Rodolphe de Bissey, entre , d un manse situé près de Chazeuil, avec toutes ses dépendances. Cette notice est suivie par le récit du don de Gautier de Marigny, fait en 1160, du manse de Mainfroi, situé dans La Vèvre, puis par le texte de la donation de Guillaume de Buxy, effectuée entre , d une terre située dans la poté de Sainte-Hélène. Elle est conclue par l histoire du don de Guy Putois de plusieurs droits sur plusieurs terres situées à Chazeuil et à Sainte-Hélène. Il semble plutôt difficile, à première vue, de comprendre pourquoi on rédigea «Guillelmi de Buxi» au verso de la pancarte, celui-ci n étant que 78

93 l auteur du don décrit dans la troisième notice. Une étude prosopographique pourra peut-être montrer qu il chapeaute par son rang l ensemble des petits laïcs qui sont les auteurs cités dans les trois autres textes. En revanche, l ensemble des donations décrites dans cette pancarte est lié par le fait que les quatre récits relatent des dons terriens effectués dans une même région, celle de La Vèvre, de Chazeuil et de Sainte-Hélène, voisines. Par contre, on ne peut pas affirmer que les textes soient classés selon une logique topographique semblable aux 12 pancartes de la première section, rien ne suggérant qu ils décrivent des donations de terres situées dans des lieux immédiatement voisins. Au verso de la pancarte H25, 20, produite aussi vers 1175, un scribe a écrit «Carta de Lebaudo de Nantum». La pancarte est composée de 5 textes. Le premier raconte le don, en 1170, de Bonnet de Sermaisey de terres situées en Extolgisi et en Famoulin. Il est suivi par celui de la donation, entre , de Lebaud de Nantun d un vignoble tenu par Marcel de Laives, et ensuite par celui du don, contemporain du précédent, de Guichard Morel d une terre située à Laives, puis par le récit de la renonciation de Robert Barbarot, daté aussi du même temps que les deux derniers, de ses revendications sur des terres situées à Laives ayant autrefois appartenu à Guichard Morel. La pancarte se termine par une notice racontant le don de Paien Bérens, en 1174, de la vente à La Ferté d une terre qu il possédait à la Planchette. Tout comme le cas précédent, il est difficile de comprendre pourquoi le nom de Lebaud de Nantum forme la première couche archivistique. Néanmoins, il semble clair que les textes sont unis par le fait qu ils décrivent tous des donations effectuées dans la région de Laives. En revanche, tout comme l acte précédent, rien ne suggère que les textes aient été disposés selon une logique topographique similaire aux pancartes au verso desquelles les moines ont écrit une annotation composée unique d un nom de lieu. Si les pancartes H25, 02 et H25, 08 sont construites pareillement aux deux pancartes précitées, les actes H25, 12 et H25, 03 représentent des variations de ce modèle. Au verso du premier, produit vers 1170, on lit «Rodulfi de Buxi, Tiberti Gibriaci et Antelmi de Digonia et Fulchei de Bixei», les noms respectifs de chacun des auteurs de chacune des donations décrites dans chacun des textes. Comme dans les actes H25, 20 et H24, 04, les transcriptions relatent des dons de terres situées dans une même région, dans ce cas-ci celle de Neuilly. Au verso de la pancarte H25, 03, on lit «carta de Leiva, De dono Pagani Berenti». Cette pancarte, qui comporte 13 notices, aurait dû être classée avec celles du premier groupe, 79

94 puisqu elle rassemble des textes décrivant des donations des terres toutes situées dans la région de Laives, tel que le suggère son annotation dorsale. De plus, les entrées, à la différences des autres pancartes de cette sous-section, sont ordonnées topographiquement, les trois premières, par exemple, relatant des donations de terres situées entre la Grosne et le Grisun, et les septième et huitième décrivant des dons de prés situés à Lolmet. On a inclut le nom de Paien Berens dans l annotation parce qu il est cité dans 9 des treize textes. Bref, les pancartes au verso desquelles on trouve une annotation composée du nom d un auteur sont toutes rédigées après 1158, année marquée par la rédaction d une grande partie d entre elles. En outre, les actes inclus dans ce groupe comportent généralement peu de notices. Enfin, pour certaines pancartes, le lien est clair entre leur annotation et leur contenu. Dans le cas de l acte H25, 09, «Bertranni de Ver» indique pertinemment que le document rassemble des textes décrivant des donations faites par le susdit seigneur. Pour d autres pancartes, le rapport semble moins évident. Par exemple, au verso de la pancarte H25, 20, on lit «Lebaudo de Nantun», tandis qu il n est cité qu une fois comme auteur et qu une fois comme témoin dans l entièreté du document. Peut-être que ce choix est en un par défaut, les moines préférant rédiger une annotation formée d un élément géographique au verso d une pancarte comportant exclusivement les caractéristiques de celles du premier groupe. Certes, les actes du troisième ensemble groupent des textes relatant des donations de terres situées dans une même région. En revanche, les entrées de ces actes ne sont pas nécessairement ordonnées topographiquement, comme elles le sont dans les documents dont l annotation n est composée que d un élément géographique. G. Étude des pancartes : interprétation des résultats Somme toute, la mise en commun de toutes les informations tirées de l étude des pancartes permet de comprendre que ces actes sont d abord des supports à l intérieur desquels les moines de La Ferté ont inséré la transcription de textes originaux décrivant des donations foncières concentrées dans les pôles topographiques de La Perrière, de La Ferté et Battrey, de Saint-Nicolas, de Neuilly, de Givry, de Chavaux, de Chaume, d Amous, du bois d Arçonne, de Clus, de Mellecey, de La Vèvre et de Sainte-Hélène et Chazeuil. Chacune des pancartes inclut des textes relatant des dons effectués dans l une de ces lieux. Ainsi, la 80

95 pancarte H24, 07 rassemble les trois textes relatant les circonstances entourant les trois dons terriens à la suite desquels les moines de La Ferté obtinrent l ensemble de leurs droits fonciers dans le bois d Arçonne, à Saint-Nicolas. Une fois le travail de rédaction des pancartes terminé, en 1178, il ne restait dans les archives que 10 actes originaux dont le texte n avait pas été transcrit dans une pancarte : les chartes H24, 05, H24, 13, H24, 20, H24, 21, H24, 24, H24, 25, H25, 05, H25, 06, H25, 07, et H25, 11. L existence, en 1178, d un nombre aussi réduit d originaux dans les archives de La Ferté signifie qu on les produisait généralement en prévoyant que leur texte soit éventuellement transcrit dans une pancarte. Puisque les pancartes rassemblent, nous venons de la voir, des textes de donations faites dans des lieux fixes, et non ailleurs, on peut suggérer que les terres acquises par les moines de l abbaye entre avaient été ciblées d avance par les hommes du monastère, probablement dès la fondation de l institution. La fin de la rédaction des pancartes, par conséquent, symbolisait l accomplissement de cette quête foncière, au terme de laquelle les moines auraient acquis tous les droits qu ils avaient planifiés obtenir sur les terres et les hommes qu ils avaient désirés dominer pour compléter une étape importante de la construction de leur domaine foncier. La non-inclusion dans une pancarte du texte de ces 10 originaux n est pas toujours facile à expliquer, même s il est possible d offrir quelques pistes. Les chartes H24, 20 et H24, 24, par exemple, décrivent des donations de terres faites à Lons-le-Saunier. Le fait que leurs textes n aient pas été transcrits dans une pancarte suggère que les moines de La Ferté n avaient pas prévu d inclure, dans le domaine foncier de cette première étape, des terres situées de l autre côté de la Saône. Restent donc 8 documents : les H24, 05, H24, 13, H24, 21, H24, 25, H25, 05, H25, 06, H25, 07 et H25, 11. Ces derniers originaux, pourtant, décrivent des donations de terres situées dans les mêmes pôles topographiques que ceux suggérés par les annotations dorsales des pancartes produites en D autres raisons expliquent donc que leurs textes n aient pas été transcrits dans une pancarte. Duby pense que cette exclusion s explique par le fait que ces 8 documents possédaient une clause comminatoire diocésaine 110. Il est vrai qu ils se terminent par une telle clause. En revanche, il semble que cette hypothèse n est pas satisfaisante, car il n est pas possible de vérifier avec exactitude si les 8 documents susmentionnés sont les seuls originaux à avoir jamais possédé 110 Ibid., p

96 une telle clause. En effet, comme vu au chapitre 1, on ne transcrivait pas la clause comminatoire lors de la copie d un original dans une pancarte. On ne peut donc pas examiner les transcriptions des originaux pour savoir combien la possédaient. Plutôt, il faut considérer la possibilité que les moines n incluaient pas dans une pancarte un texte qui décrivait un accord comportant une clause qui rendait incertaine la possession pour l éternité par les frères de La Ferté du bien échangé. La charte H24, 05, par exemple, décrit une donation d une terre située dans région de Saint-Ambroise. Or, le texte précise que cet échange entre Séguin de Beaumont et les moines de La Ferté se conclut suite à la définition de plusieurs conditions relatives à la vente de la terre. En effet, le texte prévoit qu une partie de la terre de Séguin n irait aux moines que s il ne prévoyait la diviser avec son frère. Il se peut qu à cause de l aspect non-définitif de l échange les moines se soient abstenus d inclure son texte dans une pancarte 111. Cet exemple montre qu on incluait dans les pancartes seulement le récit de donations de terres que les moines considéraient acquises pour l éternité. Cette hypothèse est soutenue par le fait que lors de la transcription des textes des originaux les moines pouvaient retirer la date l acquisition d un bien foncier, renforçant l aspect éternel de sa possession (chapitre 1), prouvant qu effectivement les pancartes n incluaient que des textes décrivant le don définitif d un bien foncier. Ce cas montre que les pancartes servaient à rendre par écrit les étapes de la construction d un domaine pensé pour être conservé pour l éternité. S ils désiraient le conserver pour toujours, c est qu il incarnait tous les traits d un domaine foncier idéal. On doit aussi considérer que le texte de quelques actes ayant été conservés auraient pu être transcrit dans une pancarte qui ne nous serait pas parvenue aujourd hui. La charte H24, 13, par exemple, décrit la donation de Tosey de Chavaux d une terre située à Saint- Ambroise. Son texte aurait pu avoir été transcrit dans une pancarte, aujourd hui perdue, rassemblant les récits de dons de terres situées à Chavaux. Or, la liste de Chavaux ayant aussi disparu, on ne peut pas confirmer cette hypothèse. Puisque les terres devant constituer le premier stade du domaine foncier parfait des moines de La Ferté étaient ciblées d avance, la rédaction de la dernière pancarte rassemblant 111 Cette même explication justifie pourquoi les moines ont conservé sous sa forme originale la charte H24, 21, dont le texte aurait dû être transcrit dans une des deux pancartes de Chavaux. En effet, le document décrit la donation par Pierre Furcis d une terre située à Varennes, qui pourrait être rachetée par Ulric si Pierre meurt. 82

97 les textes de donations foncières situées dans un pôle topographique spécifique signifiait que tous les biens fonciers convoités avaient été obtenus à l intérieur de ce susdit territoire. Ainsi, entre 1120 et 1121, les frères de La Ferté avaient réussi à négocier avec les hommes de Saint- Romain l acquisition des terres qui allaient former le domaine de Chaume, et insérèrent dans une pancarte l ensemble des textes décrivant les échanges ayant mené à son obtention. Après 1121, aucune autre pancarte rassemblant des textes de donations foncières s étant effectuées à Chaume ne fut produite, ce qui suggère qu en cette année les moines avaient acquis toutes les terres qu ils avaient convoitées dans cet endroit. La constitution rapide de ce domaine s explique par sa taille plutôt petite. Par conséquent, les moines de La Ferté, pour acquérir les terres qu ils avaient ciblées pour sa formation, n avaient besoin de négocier qu avec un groupe plutôt réduits de laïcs. En effet, concernant la grange de Chaume, ils échangèrent majoritairement avec les sires de Saint-Romain; pour obtenir les terres d Amous, ils négocièrent surtout avec Étienne Neublans et ses hommes. Plusieurs pancartes furent rédigées, à des moments différents, pour rassembler les textes décrivant des donations foncières faites dans un lieu où le domaine désirant être constitué par les moines de La Ferté serait plus gros. Ces ensembles fonciers sont ceux de La Perrière, de Neuilly, de Chavaux, de Saint-Nicolas, de La Vèvre et de Clux. L étude de la production, du contenu et des annotations dorsales de leurs pancartes nous apprend énormément sur la manière dont ils furent constitués. En effet, il est clair que leur constitution en était à un stade plutôt avancé en 1158, comme le suggère la rédaction de plusieurs pancartes, en cette année, rassemblant des textes décrivant un nombre assez important de donations s étant effectué dans ces lieux. Au verso de ces actes, on inscrivait généralement le nom d un des domaines précités, celui qui correspondait à l endroit où étaient situées les terres, données aux moines, qui étaient mentionnés dans les textes que la pancarte incluait. Néanmoins, même si la production d un nombre élevé de pancartes, en cette année, témoigne de l état plutôt avancé de la construction par les moines de La Ferté de leur domaine foncier dans ces lieux, toujours demeurait-il que celui-ci, en 1158, était incomplet. Il restait toujours quelques bien fonciers à aller quérir afin qu il soit constitué de toutes les terres que les moines avaient planifié y inclure pour compléter la première étape de sa construction. On continua donc, après cette année, à rédiger des pancartes qui rendraient compte de cette acquisition progressive des ces quelques droits restants. C est pourquoi les 83

98 actes rédigés après cette date comportaient peu de notices, et pourquoi leur annotation dorsale était formée par un élément peut-être choisi par défaut, et cela même s ils incluaient des récits de donations qui s étaient faites dans un des lieux définis ci-haut. En effet, ces pancartes n étaient pas aussi centrales que celles rédigées en 1158, puisqu elles ne faisaient qu inclure le récit de ces quelques donations de terre restant, éparpillées ça et là dans le pôle topographique où elles étaient situées. Par conséquent, il ne convenait peut-être pas d y rédiger une annotation dorsale semblable. On rédigea par exemple, en 1175, la pancarte H25, 20, qui incluait 5 textes décrivant des donations de terres situées à La Perrière, au verso de laquelle on lit «Carta Lebaudo de Nantun», laïc qui n est cité qu une fois comme auteur et une fois comme témoin. Aussi, on rédigea la pancarte H25, 12, en 1170, qui rassemble 4 textes de donation de terres situées à Neuilly, au verso de laquelle on trouve l annotation «Rodulfi de Buxi, Tiberti Gibriaci, et Antelmi de Digonia et Fulchei de Buxi», les noms des 4 donateurs. Cette annotation suggère que rien n unissait vraiment les notices, ce qui prouve que les 4 textes décrivent des donations de terres situées dans des lieux éloignés l un de l autre, dont l acquisition servirait à terminer la constitution du domaine de Neuilly tel que les moines se l étaient imaginés. Cette étude nous informe aussi que d autres domaines ont simplement été constitués plus tardivement. C est probablement le cas de celui de Mellecey, dont la pancarte H25, 10 (peut-être pas la seule de son année), au verso de laquelle on rédigea «De Meliceo», fut produite en ; et de celui de Laives, dont le seul acte rassemblant les textes de donations faites dans ce lieu est le H25, 03, produit en Enfin, une dernière information fondamentale peut être tirée de l étude des pancartes, effectuée tel que spécifié dans le prologue historiographique. En effet, elle nous apprend que les textes rassemblés dans des pancartes au verso desquelles on trouve une annotation topographique étaient classés de manière à ce que les transcriptions qui décrivaient des donations de terres situées dans un même endroit ou dans deux endroits voisins l un de l autre soient disposées l une à la suite de l autre. Ce classement topographique particulier montre que l on y ordonnait les textes afin que leur assemblage soit une représentation scripturale de l ensemble des terres possédées par les moines dans chacun des pôles topographiques, cités au verso de chacun de ces actes. Et, lorsqu on met ensemble ces Ce résultat est obtenu en mettant de côté les deux pancartes que Duby a repérées dans la liste de Mellecey. 84

99 pancartes, c est exactement ce qu on obtient, c est-à-dire un miroir, par l écrit, de l ensemble des terres et des droits composant le premier stade du domaine foncier idéal de l abbaye de La Ferté. Les terres qui allaient le composer étaient ciblées, et chacune de ses possessions était conçue pour être conservée pour l éternité. Il n est pas impossible que la raison pour laquelle on inclut en premier le texte de la donation fondatrice du pôle topographique où étaient ciblées les terres convoitées, dans certaines de ces pancartes avec annotation de lieu, soit directement liée à cette fonction octroyée à ces documents. En effet, il semble raisonnable de proposer que l endroit, cité dans ce récit initial, où était située la terre donnée lors de cette première donation serait le point d ancrage à partir duquel les moines articuleraient la disposition, fondée sur une logique topographique, de tous les autres textes d un de ces documents. Par conséquent, la lecture ininterrompue de chacun des textes composants ces actes avec annotation topographique consisterait en un voyage, littéraire, à travers l ensemble des terres possédées par les moines du monastère dans chacun des domaines situés dans les pôles topographiques précités. Il semble aussi à propos de suggérer, en relation avec ce rôle de reflet scriptural de l ensemble des terres et des hommes dominés par les moines de La Ferté accordé aux pancartes, que le fait que les moines aient produits deux actes, en 1158, pour inclure les transcriptions des textes originaux décrivant des donations de terres situées à Chavaux et à Neuilly s expliquerait davantage par le fait que cette distribution servirait à mieux se représenter par l écrit leur domaine que par une nécessité matérielle. On observe donc, à La Ferté un lien assez important entre les archives, la terre et les hommes, indice de la prédominance du rapport de dominum dans ce milieu monastique. Cette fonction octroyée aux pancartes diffère du rôle que leur conférait Georges Duby, qui voyait en elles le moyen de rassembler sur un même support les transcriptions de plusieurs textes originaux pour ensuite tous les faire valider d un seul coup. Cette validation se faisait grâce au sceau et grâce aux menaces d excommunication. Dans son étude, Duby aperçoit une concordance temporelle entre la fin de la rédaction des pancartes et l apparition d une rupture dans l écriture qui résulta en la disparition, dans le dernier quart du 12 e siècle, des formules excommunicatrices à la fin des actes. Il conclut donc que cette coïncidence confirme le rôle qu il leur avait octroyé. Cette hypothèse doit être délaissée, car deux pancartes, les H24, 04 et H25, 20, toutes deux rédigées en 1175, sont dépourvues de ces 85

100 clauses comminatoires. Si effectivement l inclusion de la menace d excommunication à la fin des pancartes était la raison qui justifiait leur production, elles auraient dû se trouver dans le texte de chacune d entre elles. De plus, au chapitre 3, d autres informations tirées des couches archivistiques viendront renforcer notre hypothèse. Conclusion Situer et analyser les composantes scripturales de la première couche archivistique a permis d obtenir des informations précieuses concernant la conservation et la production des actes. Son emplacement au centre des actes, dans l espace-pli, prouve qu initialement on conservait les documents pliés. Comme Pereia et Guerra l ont expliqué, on procéda de cette manière afin que les actes soient «auto-protégés» contre l usure. La première couche archivistique est majoritairement composée d éléments qui reflètent la manière dont les moines se représentaient le document. Cela signifiait que dans un premier temps les documents étaient conservés ensemble, probablement dans une même boîte ou dans un même étui. Cela implique aussi qu on peut, grâce à l analyse des constituants de la couche, déterminer de quelle manière les moines se représentaient leurs actes. On trouve au verso des chartes une annotation presque toujours composée du nom de l auteur du don décrit par son texte. À l endos des chirographes, on trouve soit une annotation renvoyant à l institution monastique avec laquelle La Ferté a effectué l accord, ou alors le nom du petit seigneur laïc avec lequel elle a fait un échange. Ce résultat permet de conclure que les moines se représentaient un acte comme le récit de la construction des liens d amitié avec un laïc, consolidation qui passait généralement par la donation d un aristocrate à l abbaye d une terre, en échange de prières. La charte est donc une démonstration assez probante de la force du rapport de dominum en milieu monastique. Chacune décrit une étape de la construction de l espace social des moines de La Ferté. L analyse de la première couche nous éclaire aussi sur la nature des pancartes. Cet examen, combiné à l étude de leur contenu et de leur contexte de production, conduisit d abord à penser que les moines, dès la fondation de l abbaye de La Ferté, avaient ciblé les 86

101 terres qui allaient constituer le premier stade de leur domaine foncier. Ces terres étaient situées dans des lieux fixes, distribués majoritairement autour de l abbaye, de manière à former un grand ensemble foncier autour du monastère (bois d Arçonne, Saint-Nicolas, La Perrière, Chavaux, Neuilly, Laives et Battrey) et quelques plus petits domaines dans des régions davantage périphériques (Mellecey, Givry, Clux, Amous, Chaume, vèvre, Chazeuil). L étude de leur classement permit de comprendre que les pancartes étaient conçues pour être la représentation scripturale de cette première étape de la construction de ce domaine parfait. D abord, chacun d entre elles inclut les textes originaux des donations de terres faites dans chacun des pôles topographiques susmentionnés, comme l indique souvent l examen de leur annotation dorsale de la première couche. De plus, on classa, à plusieurs occasions, les textes issus des transcriptions selon un ordre topographique visant justement à placer côte-à-côte ceux décrivant des donations de terres situées dans des lieux semblables ou voisins, indice assez important d un classement visant à créer par l écrit une représentation visuelle de l ensemble des terres possédées par les moines dans chacun des pôles susmentionnés. 87

102

103 Chapitre 3 La conservation de l écrit : les couches Comme mentionné dans l introduction et dans le chapitre 2, notre volonté d étudier les documents conservés dans les archives de La Ferté entre 1112 et 1199 selon les angles de leur production et de leur conservation nous a amené à se pencher sur l examen de leurs annotations dorsales. L étude de la première couche ayant été faite au chapitre 2, il convient maintenant de s attarder sur la deuxième et sur la troisième, c est-à-dire les deux autres qui ont été rédigées sur les documents produits au 12 e siècle. Les deux autres seront étudiées dans l épilogue. A. La deuxième couche archivistique Cette première section se penchera sur l étude des éléments scripturaux appartenant à la deuxième couche archivistique. Il conviendra d abord de situer ses composantes graphiques au sein des actes, puis de les interpréter, comme effectué précédemment. 1. Emplacement Au chapitre 1, il fut précisé que les éléments de la couche 1 étaient situés sur le recto d un acte qu on conservait plié (l espace-pli). Il fut aussi spécifié que plusieurs mains avaient rédigé les mots qui se trouvaient dans cet espace et qu à dessein de déterminer quels éléments graphiques appartenaient à la première couche archivistique, il fallut distinguer lesquels furent écrits en premier. Différents indices permirent de constater qu au verso d à peu près tous les actes, une première main, généralement la même qui avait rédigé le texte de 89

104 l acte, s était chargée d écrire l annotation de la première couche archivistique. La poursuite de l analyse permet aussi de réaliser qu une deuxième main s est occupée d écrire d autres éléments dans l espace-pli. L ensemble de ce qui est rédigé par cette seconde main appartient à la deuxième couche archivistique. J ai distingué, à dessein d illustration, les deux premières couches au verso de la charte H25, 05. Ill. 25, Verso de la charte H25, 05 Couches 1 et 2 Ill. 26, localisation de la deuxième couche archivistique au verso de la charte H25, 05 Deuxième couche archivistique Première couche archivistique 90

105 2. Relevé et interprétation des résultats L analyse du relevé puis de la classification des éléments graphiques formant la deuxième couche archivistique permet de constater qu elle est majoritairement constituée d indications d ordre «géographique» et dans une moindre mesure d éléments graphiques relevant de la «cote». Des indications de lieux sont présentes au verso de 10 pancartes sur 24. En outre, il ne fut possible d effectuer le recensement des éléments graphiques de la deuxième couche qu au verso de 50 chartes, sur un ensemble de 61. En effet, 5 chartes sont des vidimus, rédigés aux 13 e et 14 e siècles, après l apposition de la deuxième couche archivistique. De plus, le parchemin de 6 chartes est plutôt abîmé, ce qui rend impossible la distinction des annotations. Le relevé indique que les moines ont écrit au verso de 34 de ces 50 chartes une annotation formée par un nom de lieu. Pour tous les actes, les lieux sont les mêmes que ceux définis lors de la rédaction de la première couche au verso des pancartes, c est-à-dire La Perrière, Saint-Nicolas, Neuilly, Chavaux, Mellecey, Clux, Amous, Saint-Hélène et Chazeuil, La Vèvre et Chaumes. Ces résultats ne prennent pas en considération le fait que les scribes de la deuxième couche n écrivaient pas le nom de lieu s il était déjà inclus dans la première annotation, afin d éviter les redondances. Ainsi, au verso de la pancarte H24, 06, un premier scribe avait originalement écrit «Perreria». Or, cette annotation initiale incluait déjà l élément topographique que le rédacteur de la deuxième couche aurait eu la tâche d écrire s il n avait pas été, au départ, inclus dans la première. On n écrivit donc qu une cote. De même, au verso de la charte H24, 08, on lisait originalement «Carta de Nulliaco». Le scribe ne ressentit pas le besoin de répéter l élément topographique déjà spécifié dans la couche initiale lorsqu il rédigea la deuxième. Aussi, il se peut que le rédacteur de la deuxième annotation n ait pas inclus d indication géographique parce que des éléments de la première couche indiquaient déjà assez clairement le lieu en question. Ainsi, au verso de la pancarte H24, 07, un premier scribe avait déjà rédigé «de commutatione Argenchie». Or, le bois d Arçonne est situé à Saint-Nicolas, et cela semblait assez clair pour les moines, car ils n ont pas pris la peine de le spécifier lorsqu ils écrivirent l annotation. En intégrant les couches 1 et 2, on constate que la composante géographique est présente au verso de toutes les pancartes et de 38 des 50 chartes. Ce recensement suggère qu au moment où la deuxième couche fut rédigée, la 91

106 majorité des actes étaient classés dans un des ensembles topographiques cités ci-haut. Cela explique l absence complète de la deuxième couche au verso des chartes H24, 20, H24, 24, et H25, 55, qui relatent des donations faites à Lons-le-Saunier. En effet, au chapitre 2, il fut mentionné qu on ne transcrivit dans aucune pancarte les textes des actes décrivant des donations ayant été faites dans ce lieu. Il reste donc neuf documents, les chartes 46, 47, 50, 51, 53, 54, 58, 60 et 62 de la boîte H25, toutes rédigées après 1187, au verso desquelles la couche 2 est absente. Les cotes numériques sont présentes au verso de la majorité des pancartes, à l exception des actes H24, 37, H25, 36 et H25, 37. Les documents H24, 37 et H25, 37 rassemblent des textes de donations de terres ayant été faites à Amous, petite grange située près de celle de Clux, ce qui suggère, pour des raisons qui s expliquent assez difficilement, qu on ne créa pas d ensemble topographique pour les actes relatant des dons dans cette localité. Si les cotes numériques apparaissent au verso de la majorité des pancartes, elles ne se trouvent qu au verso de 22 des 50 chartes étudiées. Leur présence n était donc pas généralisée et il convient de comprendre pourquoi. Une analyse en profondeur de la logique expliquant la répartition de ces cotes numériques révèle qu elles sont absentes au verso de tous les actes produits après 1183 : le premier acte daté à en être dépourvu sans contredit est le chirographe H25, 28, produit en cette année-là. On constate aussi que le dernier document daté possédant une cote numérique est le chirographe H25, 24, produit en Cela signifie que la cotation a été effectuée entre 1181 et L interprétation du relevé des éléments scripturaux composant la deuxième couche suggère donc qu on avait procédé, antérieurement à sa rédaction, à un classement topographique et numérique de la majorité des actes conservés dans les archives de La Ferté, et que ce travail s était fait à un moment fixe, entre 1181 et 1183, par plusieurs des moines vivant au monastère de La Ferté. Les documents produits après cette date (dont la pancarte H25, 36, un réplique rédigée en 1199 d un acte écrit en 1158) ne seront pas cotés avant la rédaction de la quatrième couche archivistique. D autres, en plus d être dépourvus de cotation, ne furent pas inclus dans un ensemble topographique, malgré le fait que le texte décrive clairement une donation faite dans un des lieux où avaient été ciblées, avant 1180, les terres acquises par les moines. C est le cas notamment de la charte H25, 58, produite en 92

107 1197, dans l espace-pli de laquelle on ne lit que «De Lamberto de Marcilles». Cela signifie que les archives, au début des années 1180, étaient pensées pour être closes, ce qui suggère la prise de conscience, par les moines, qu à cette date les actes constituaient un tout ordonné. L aspect clos des archives au moment de la rédaction de la deuxième couche renforce l hypothèse proposée au chapitre 2, selon laquelle les moines auraient construit leurs archives afin qu elles soient le reflet de l ensemble de leurs possessions foncières, situées dans des lieux ciblés probablement dès la fondation de l abbaye, qui allaient constituer un domaine idéal. Une fois ce domaine «parfait» obtenu, on organisa les archives selon les lieux où étaient concentrées les terres dominées par les moines pour y inclure tous les originaux qu on n avait pas transcrits dans une pancarte, afin de créer un ensemble documentaire clos qui serait une représentation scripturaire de ce patrimoine, destiné à être conservé éternellement. Celui-ci n incluait toujours pas les biens fonciers situés à Lons-le-Saunier, puisqu on ne rassembla pas les actes décrivant des donations effectuées dans ce lieu dans un même ensemble topographique. Somme toute, la création d archives définitives marquerait et représenterait l accomplissement d une première étape importante de la quête foncière que s étaient donnés les moines de La Ferté. Cette hypothèse est d autant plus solide que la date de la constitution de ces archives, située entre 1181 et 1183, correspond assez bien au moment où les moines cessèrent de produire des pancartes. Cette correspondance temporelle suggère qu il serait possible d effectuer un lien de causalité entre la fin de la rédaction des pancartes et la création d un ensemble documentaire clos. L acceptation de ce lien causal signifierait que l interruption de la rédaction des pancartes serait donc associée à l accomplissement d un aspect important de la quête foncière que s étaient donnés les frères de La Ferté. Admettre la plausibilité de cette déduction, c est confirmer le rôle conféré aux pancartes au chapitre 2, c est-à-dire celui de support à l intérieur duquel on insérait la transcription des textes décrivant des donations de terres ciblées par les moines pour constituer leur domaine idéal, fonction qui explique justement qu une fois les textes des récits de toutes ces acquisitions transcrits, on cessa de rédiger ces actes. C est ainsi qu il faut considérer le contexte dans lequel furent classés topographiquement et numériquement les documents conservés dans les archives de La Ferté, 93

108 entre 1181 et Une étude de ce classement ne serait pas complète sans son analyse proprement dite. 3. Modalités de classement et disparition des actes Le classement topographique et numérique des actes lors de la rédaction de la deuxième couche archivistique a été reconstitué informatiquement. Ensemble de Neuilly Cote actuelle Type de document Description du contenu Date de production Cote au début des années 1180 H24, 11 Pancarte Acte de 14 notices au verso duquel on lit «Carta de Nulliaco» Vers 1158 II H24, 08 Charte Don par l évêque de Chalon Gautier d une terre située à Neuilly. Vers 1145 IIII H24, 10 Pancarte Acte de 9 notices au verso duquel on a écrit «De Nulliaco». Vers 1158 V H25, 12 Pancarte Acte de 4 notices, au verso : «Rodulfi de Buxi, Tiberti Gibriaci et Antelmi de Digonia, et Fulchei de Buxei» Vers 1170 VI H24, 09 Charte Hubert de l Épervière donne à La Ferté le clos à Girard ainsi qu une petite terre située près du susdit clos. Vers 1150 VII H25, 11 Charte Guillaume de l Épervière donne à La Ferté tout ce qu il possédait dans le territoire de Neuilly. De plus, lui et son frère abandonnent toutes leurs revendications. Entre 1158 et VIIII 94

109 Ensemble de La Perrière Cote actuelle Type de document Description du contenu Date de production Cote au début des années 1180 H25, 08 Pancarte Acte de 10 notices au verso duqeul on a inscrit «de Galterio de Taisei». Vers 1163 III H24, 18 Chirographe Arlebaud de Saint-Pierre de Chalon donne à La Ferté tout ce qu il possède sous les trente toises de bois situées en largeur le long de la Grosne et en longueur le long des essarts qui sont situés au-dessus du bois, et qui s étendent jusqu au bois appartenant à Sainte-Marie de Beaumont VII H25, 09 Pancarte Acte de 3 notices rassemblant le récit de donations faites par Bertrand de Ver, ce qui explique qu à son verso on ait écrit «Bertranni de Ver». Vers 1162 H25, 03 Pancarte Acte de 13 notices au verso duquel on a inscrit «Carta de Leiva, de dono Pagani Berenti». Vers 1175 I H24, 06 Pancarte Acte de 19 notices au verso duquel on a écrit «De Perreria». Peu avant 1158 II H24, 02 Charte Donation d Arlier de Martailly d une terre située près du mont Saint-Martin pour que les moines y construisent une carrière III H25, 20 Pancarte Acte de 5 notices au verso duquel on a inscrit «Carta de Lebaudo de Nantun». Vers 1175 IIII H25, 02 Pancarte Acte de 7 notices au verso duquel on a inscrit «De Hugone de Burzie et fratrum ejus et sororis eorum». Vers 1170 VI H25, 06 Charte Bertrand de Ver donna à La Ferté la colonge de Sermaize, la colonge de Laives, et un moulin situé à Croissey. Vers 1162 VIII 95

110 Ensemble de La Vèvre Cote actuelle Type de document Description du contenu Date de production Cote au début des années 1180 H24, 04 Pancarte Acte de 4 notices au verso duquel on inscrivit «De dono Guillelmi de Buxi». Vers 1175 I H25, 24 Chirographe Geoffrey de Damerey donne à La Ferté les droits de pâturage dans tout son domaine situé à Marcilly 1181 II H25, 33 Charte Rodolphe de Buxy donne à La Ferté tout ce qu il possédait dans la terre du breuil. Entre 1175 et 1183 IIII H24, 16 Pancarte Acte de 9 notices au verso duquel on a inscrit «de la vavra» Vers 1158 V H24, 23 Chirographe L abbesse Dannons, de l abbaye de Saint-Andoche d Autun, donne à La Ferté tout ce qu elle possède dans une vèvre située entre la chapelle et Sainte- Hélène et tout ce qui en dépend, sans que Saint-Andoche n en retienne quoique ce soit. L abbaye de La Ferté, en retour, leur versera annuellement sept sous de Chalon pour la fête ou l octave de la Saint-Andoche Environ 1150 VII H25, 32 Charte Hervé de Sercy donne à La Ferté un manse situé à Montmartre. Entre 1175 et 1183 I 96

111 Ensemble de Sainte-Hélène et de Chazeuil Cote actuelle Type de document Description du contenu Date de production Cote au début des années 1180 H25, 19 Charte Arthaud de Chamilly donna à La Ferté tout ce qu il possédait dans le domaine de Sainte-Hélène II H25, 34 Charte qu Arnulfus de Sainte-Hélène et Landricus son frère ont donné à La Ferté ce qu ils ont acquis ou ce qu ils ont pu acquérir dans le domaine de Sainte-Hélène Entre 1175 et 1183 III H25, 04 Pancarte Acte de 4 notices au verso duquel on a écrit «Carta de Chasul et de Sancta Helena» Vers 1170 VI Ensemble de La Ferté et Battrey Cote actuelle Type de document Description du contenu Date de production Cote au début des années 1180 H24, 01 Pancarte Acte de 16 notices au verso duquel on lit «Carta Firmitatis et Exarbertrado». Vers 1158 V H25, 05 Charte Hugues de Langles donne à La Ferté un pré situé à Beuvray. Entre 1158 et 1173 II 97

112 Ensemble de Saint-Nicolas Cote actuelle Type de document Description du contenu Date de production Cote au début des années 1180 H25, 15 Pancarte Acte de 2 notices au verso duquel on inscrivit «De Bartholomeo de Capella et de Moimundo et filio ejus» Entre 1158 et 1169 I H24, 15 Pancarte Acte de 9 notices au verso duquel on inscrivit «Carta de Sancto Nicolao» Vers 1158 III H24, 07 Pancarte Acte de 3 notices au verso duquel on a rédigé «Carta commutatione Argenchie et domina Gualiena» Entre 1155 et 1158 V H25, 07 Charte Barthelémy et son frère Guillaume ont concédé à La Ferté leurs terres situées dans La Vèvre de Saint-Martin. Ils ont également concédé les droits de pêche dans les eaux situées prêt du moulin de Fulchal Entre 1162et 1170 VII 98

113 Ensemble de Chavaux Cote actuelle Type de document Description du contenu Date de production Cote au début des années 1180 H24, 14 Pancarte Acte de 51 notices au verso duquel on a inscrit «Carta de Chavals» Vers 1158 II H24, 17 Chirographe Pierre le Vénérable donna à La Ferté ce qu il possédait le bois situé le long de la Grosne. En échange, les moines de La Ferté donnent aux Clunisiens des droits de pêche dans la Grosne IIII H25, 14 Pancarte Acte de 14 notices au verso duquel on inscrivit «Carta de Chavals» VI H24, 35 Chirographe Les moines de Cluny donnèrent à La Ferté plusieurs terres situées dans la région comprise entre le bief de Chambon et la Grosne, et entre la Grosne et La Ferté. En échange, les moines de La Ferté donnent aux Clunisiens des terres et des prés situés sous le mont Saint-Martin VI H24, 12 Charte Robert Gentil donna à La Ferté tout ce qu il possédait dans la région de Saint- Ambreuil en fief de Guillaume de Chalon. Entre 1120 et 1144 VIII H24, 13 Charte Toseiz, nièce du duc de Bourgogne donna à La Ferté toute la terre qu elle possédait dans la paroisse de Saint- Ambreuil, à l exception d une partie qu il donna à Sainte-Marie de Beaumont, sans qu elle n en retienne quoique ce soit 1113 à 1121 I 99

114 On observe d abord que les pancartes, les chartes et les chirographes d un même ensemble topographique ont été classés tous ensemble, sans que le classement numérique ne suggère une certaine hiérarchie entre les trois types de documents. Les scribes n ont pas, par exemple, octroyé aux pancartes les premières places, en insérant ensuite les chirographes, puis les chartes. En effet, dans l ensemble géographique de La Vèvre, les première et cinquième places sont occupées par des pancartes, les deuxième et septième ont été octroyées à des chirographes, et les quatrième et neuvième ont été réservées à des chartes. On arrive au même constat en analysant les actes de La Ferté et de Chavaux. Dans le premier groupe, la charte d Hugues de Langles a été placée en seconde position, trois places avant la pancarte de La Ferté. Dans le deuxième, le chirographe H24, 17 a été placé entre deux pancartes, en quatrième. Ces observations consolident l hypothèse selon laquelle les actes d un même ensemble ne sont pas ordonnés selon des principes typologiques. Chacun des actes mérite sa place à l intérieur des archives. Sur ce point, les moines de La Ferté n innovent pas, Isabelle Vérité ayant déjà montré que les pancartes sont généralement conservées avec les autres documents dans les archives monastiques 113. En compilant et en regroupant les documents par ensemble topographique, on constate on certain nombre de pertes. Par exemple, dans le groupe de La Perrière, qui compte au moins 18 actes 114, manquent les numéros I, II, IV, V, VI, VIII, I, V, et VII (9/18, soit 50 %). Parmi les 9 documents de La Vèvre 115 manquent aujourd hui les numéros III, VI, VII et VIII (4/9, soit 44%). Les listes nous apprennent aussi que cinq pancartes furent perdues : une pancarte de 5 notices classée dans le groupe topographique de La Perrière 116, une pancarte de 40 notices et une de 13 classée dans celui de Mellecey 117, une pancarte de 40 notices incluant les 113 Isabelle VÉRITÉ, «Des pancartes dans les fonds des prieurés de Marmoutier? L exemple des prieurés poitevins.», dans Michel PARISSE, Pierre PÉGEOT et Benoît-Michel TOCK, op. cit., p ADSL, H25, ADSL, H25, ADSL, H24, 28, groupe A, notice VIII. Duby mentionne qu en consultant la liste il a lui-même constaté qu il manquait une pancarte de cinq notices. Georges DUBY, op. cit., p. 36. Duby offre la transcription des cinq notices de la liste de La Perrière qui font le résumé des textes de cette pancarte disparue. Il procéda ainsi pour toutes les pancartes dont il nota, grâce aux listes, la disparition. 117 Ibid., p. 36. Je ne vois pas d où Duby déduit cette information. On peut voir en consultant la liste de Mellecey (ADSL, H24, 31) que la deuxième notice de la section A comprend 10 notices, résumant chacun des textes de la pancarte H25, 10. On aperçoit aussi que la première notice de la section A était aussi composée de plusieurs entrées, ce qui suggère qu elle listait les résumés des textes d une pancarte perdue. Aucune autre notice, dans la liste, ne réfère à une pancarte. Une seule pancarte fut donc perdue, et non deux. De plus, il est 100

115 transcriptions des actes décrivant des transactions s étant effectuées à Givry 118, et une pancarte de 14 notices regroupant des échanges ayant été effectués dans la région de Neuilly 119. L analyse de la cinquième couche archivistique montre aussi que deux autres listes, une de Chazeuil et l autre de Chavaux 120, avaient été produites avec les sept autres au début du 14 e siècle et ne nous sont pas parvenues aujourd hui. Ces documents incluaient peut-être les notices d autres actes qui ont été perdus, notamment d autres pancartes dont il serait impossible autrement que par la consultation de ces listes perdues de soupçonner l existence au 12 e siècle. Des destructions ont pu avoir lieu pendant la rédaction des pancartes ou lors du classement topographique et numérique des archives du début des années 1180, même si, en définitive, aucun indice n existe prouvant que ce fut effectivement le cas 121. Plutôt, les listes suggèrent que les pertes documentaires sont surtout datées à une époque postérieure au 14 e siècle. En effet, elles incluent les notices de textes de pancartes, qu on sait produites au 12 e siècle, aujourd hui disparues. On déduit de leur inclusion qu elles ne furent perdues qu après la production des listes, c est-à-dire postérieurement au 14 e siècle. Il est difficile d y distinguer les notices d autres documents du 12 e siècle perdus que les pancartes, le classement copié par les listes n ordonnant pas les actes chronologiquement. Les pancartes ne sont repérables dans les listes que parce qu on rédigea une notice pour chacune des transcriptions incluses dans chacune d entre elles. Ces notices sont rédigées l une à la suite de l autre, sous le même numéro, au début de la première section alphabétique. Ainsi, dans la liste de la Perrière, la première notice de la section A est divisée en 19 entrées portant toutes le numéro I, autant que le nombre de transcriptions incluses dans la pancarte H24, 06. Cette particularité distingue les notices des pancartes de celles des chartes et des chirographes. Un moyen existerait cependant pour renforcer l hypothèse selon laquelle des chartes et impossible de savoir combien de transcriptions possédaient cet acte disparu, puisque est déchirée au milieu de la première notice. Je ne vois donc pas comment Duby arrive à conclure qu il manque une pancarte de 40 entrées et une autre de 13. Peut-être a-t-il consulté les listes alors qu elles étaient dans un meilleur état? 118 ADSL, H24, 30. Groupe A, notice I. 119 ADSL, H24, 32. Groupe A, notice II. 120 La disparition de la liste de Chazeuil a été repérée par Duby, mais pas celle de Chavaux. Ibid., p Des indices tendent même à montrer que ces destructions intentionnelles n eurent sûrement pas lieu. En effet, nous l avons vu, les moines conservaient sous la forme originale des actes qu ils n ont pas inclus dans une pancarte, ni dans aucun ensemble topographique, comme les documents de Lons-le-Saunier ou la charte H24,

116 chirographes manquants auraient disparu après la rédaction des listes. En effet, il suffirait de faire l étude croisée du classement des archives à l aube de leurs remaniements de 1180, de circa 1249 et du début du 14 e siècle pour vérifier si le nombre d actes perdus aujourd hui est le même en fonction des cotes de ces trois temps. Si, bref, dans le cadre de ce mémoire, il n est pas certain que tous les actes cotés lors du remaniement des années 1180 disparurent des archives après le 14 e siècle, il est plutôt assuré que c est au moins le cas pour les pancartes manquantes. Les causes expliquant ces pertes peuvent d abord être accidentelles. En effet, Martine Portelli nous affirme que la bibliothèque de La Ferté fut effectivement affectée par ces causes naturelles et accidentelles, notamment le «pillage par les grandes compagnies en 1360, puis par les Protestants en 1562 et 1567, et incendie provoqué par les troupes de l amiral de Coligny» 122. Il semble cependant peu probable que ces causes expliquent les disparitions susmentionnées. En effet, de destructions causées par un incendie ou par un dégât d eau aurait ciblé l ensemble d une boîte, d une armoire, voire, du chartrier. Cela ne correspond pas à la manière dont les pertes semblent distribuées à travers l ensemble des archives. En effet, le fait qu environ la moitié des documents de chaque ensemble topographique aient disparu fait davantage penser à une destruction sélective des documents. C est pourquoi l hypothèse la plus probable est que les pertes soient dues à la désuétude des actes et leur réutilisation à d autres fins. Les vieux documents se trouvant dans les archives du monastère décrivant l acquisition de droits sur d anciennes terres que les moines ne possédaient plus, comme celles de Givry, étaient dorénavant jugés désuets. Certains pouvaient être vendus, à partir du 17 e et du 18 e siècle, à des collectionneurs ou à des particuliers 123. On pouvait également les utiliser pour fabriquer les reliures de manuscrits plus récents. Cette pratique de réutilisation de parchemin de documents plus anciens sembla commencer vers le 15 e siècle. D autres actes conservés aux AD71 montrent qu elle était courante à cette époque : l obituaire de la collégiale Notre-Dame d Autun (AD G 4) et le terrier de Bezornay (AD 71, H sup Cluny 115) (ill. 27 et 28). 122 Voir Martine PORTELLI, «Les manuscrits du II e siècle produits par l abbaye de La Ferté-sur-Grosne, première fille de Cîteaux», Scriptorium, volume 57, tome 2, 2003, p Georges DUBY, op. cit., p

117 Ill. 27, reliure de l obituaire de la collégiale Notre-Dame d Autun Ill. 28, reliure (plat supérieur) du terrier de Bézornay 103

118 À propos de ce dernier cas, Blanche Ménendez précise que la reliure du manuscrit est composée de parchemins provenant de documents produits au 13 e siècle, qu on a collé les uns aux autres 124. Il est fort probable donc qu à La Ferté les moines aient procédé à de telles récupérations à partir de la fin du Moyen Âge. C est en examinant les reliures des anciens manuscrits ayant été produits à La Ferté qu on pourra tenter de confirmer si effectivement des pancartes ou des chartes, aujourd hui perdues, furent utilisées pour confectionner les reliures. Malheureusement, je n ai pas eu la chance de personnellement consulter ces manuscrits. Malgré cette lacune, j ai repéré dans les boîtes un indice assez probant confirmant qu on pouvait détruire d anciens actes pour confectionner des reliures. En effet, la partie droite de la liste de Mellecey fut sèchement tranchée, suggérant qu on utilisa le parchemin résultant de cette coupe soit pour produire un nouvel acte, soit afin de renforcer une reliure (ill. 29). Qu importe, cet exemple indique qu on a effectivement procédé à La Ferté à des destructions intentionnelles d anciens documents, qui pourraient expliquer la disparation des actes originalement compris dans les archives nouvellement organisées entre 1181 et Ill. 29, extrait de la liste de Mellecey, H24, Le classement numérique des actes au début des années 1180 Il fut assez difficile d expliquer exactement les raisons pour lesquelles on décida d octroyer une position précise à un acte dans un ensemble topographique, d autant plus que 124 Blanche MÉNENDEZ, Constat d état : terrier de Bézornay, RP4 Papier, septembre 2013, p

119 beaucoup d actes sont manquants. Avant de proposer une hypothèse large sur la logique dictant l ordre de classement des actes, peut-être convient-il d en réfuter certaines plus étroites. L hypothèse d un classement typologique des actes ayant été réfutée ci-haut, il faut examiner l hypothèse d un classement chronologique. Une rapide consultation du tableau recréant les archives de La Ferté du début des années 1180 montre que la charte H24, 08, rapportant la première donation de terre faite à Neuilly vers 1145 par l évêque Gautier, fut placée en quatrième position, et la pancarte H24, 11, produite vers 1158 et à l intérieur de laquelle son texte fut transcrit, occupe la deuxième place. Dans le cas des actes de Saint- Nicolas, on numérota en premier la pancarte rassemblant les deux donations faites par des membres de la famille de la Chapelle. Or, ces donations se firent entre 1158 et 1169, soit au moins 10 ans après celle de Robert l ermite, fondatrice, dont le texte se trouve dans la pancarte H24, 15, classée en troisième. Enfin, la pancarte de La Ferté, dans laquelle se trouve le récit de la fondation de l abbaye, est numérotée «V». Les archives n ont donc pas été pensées afin de recréer chronologiquement l acquisition des moines de leur domaine. En dépit du fait qu une proportion assez grande des documents soit manquante, il semble assez raisonnable d affirmer que les documents n apparaissent pas avoir été classés prosopographiquement. Parmi les documents de Neuilly, la charte H24, 08 est cotée IIII, alors que son homologue, la charte H24, 09, qui décrit une donation faite par Hubert de l Épervière, dont on sait de lui, grâce à l étude de la pancarte H24, 11 (chapitre 1), qu il a participé à l échange entre les moines de La Ferté décrit dans la charte H24, 08, est cotée VII. En outre, parmi les documents de La Perrière, la charte H25, 06, annotée «noticia testamenti Bertranni de Ver», est cotée VIII, alors que la pancarte de Bertrand de Ver est numérotée. Il devient donc difficile d envisager que les documents furent ordonnés prosopographiquement. Ces hypothèses ayant été infirmées, il convient de suggérer que le classement des archives du début des années 1180 était pensé en fonction de l association entre les archives et la terre, similairement aux pancartes dont l annotation n est composée que d un indicateur de lieu. Le classement numérique choisi devait donc être conçu pour incarner par l écrit la représentation la plus concrète de l ensemble des terres possédées par les moines de La Ferté à l intérieur d un même ensemble topographique. 105

120 On doit considérer que la rédaction des cotes numériques avait surtout des implications symboliques. C est ainsi qu Emmanuel Poulle affirme que cette procédure permettait de «pérenniser le document 125». Octroyer un numéro à un document, c est assurer éternellement sa place -donc, par extension, celle du récit de l obtention d une terre spécifique- à l intérieur d un ensemble. Cela explique pourquoi la charte H24, 05, produite vers 1150, fut certes classée dans le groupe des actes de Chavaux, lors de l organisation des archives du début des années 1180, mais ne fut pas cotée. En effet, le texte précise que la terre de Séguin de Beaumont pouvait éventuellement être acquise par les moines, sous certaines conditions. Au début des années 1180, la terre du petit seigneur laïc n était probablement toujours pas passée sous la domination des frères de La Ferté, mais il était toujours possible que ce transfert de pouvoir se fasse. Il ne convenait donc pas d attribuer à l acte un numéro, c est-à-dire sa place dans les archives, puisque la terre convoitée par les moines ne leur appartenait toujours pas. Cette pratique scripturale s accorde assez bien avec l idée que les archives de La Ferté furent pensées afin d être une représentation directe de l ensemble des terres constituant un domaine conçu afin d être conservé pour l éternité, une fois son acquisition (du moins, une étape de son acquisition), planifiée avec soin, achevée. On a là un autre indice du lien direct entre les archives et la domination sur la terre et les hommes. B. La troisième couche archivistique Un groupe d annotations archivistiques dont les mots sont rédigés en une écriture similaire à celle des deux premières couches c est-à-dire une écriture très propre composée de mots aux lettres arrondies - se trouvent au verso des documents produits à La Ferté au 12 e siècle. Ces annotations appartiennent à la troisième couche archivistique. Comme pour les deux cas précédents, les annotations seront d abord localisées au sein des actes. Ensuite, les éléments graphiques qui la constituent seront relevés. Enfin, une interprétation générale de la couche sera proposée. 125 Emmanuel POULLE, op. cit., p

121 1. Localisation de la troisième couche archivistique Les éléments graphiques de la troisième couche archivistique se trouvent au verso de 19 des 24 pancartes étudiées. Toutes les annotations sont rédigées dans la partie inférieure du document (zone «1» dans les tableaux), 11 fois dans la partie droite, 5 fois dans la partie centrale, et 2 fois dans la gauche. Dans deux cas, l annotation de la troisième couche fut inscrite sur les attaches. Sur la pancarte H25, 02, le scribe rédigea l annotation à la fois sur elles et dans la zone 1 (ill. 31 et 32). À titre d exemple j ai indiqué où se trouvait la couche 3 au verso de l acte H25, 06 (ill. 30) Ill. 30, verso de l acte H25, 06 Première couche archivistique 2 e couche 3 e couche 107

122 Ill. 31, zoom sur la troisième couche archivistique au verso de la charte H25, 06 Troisième couche archivistique Ill. 32, localisation sur l attache sur la pancarte H25, 02 de la troisième couche archivistique. 3 e couche Les annotations de la troisième couche se trouvent aussi au verso de cinq des sept chirographes. Elle n apparaît pas sur les actes H24, 18 et H25, 46. Son emplacement varie encore plus que pour celui des pancartes. En effet, au verso des chirographes H24, 35 et H24, 17, l annotation fut rédigée dans la zone 4, alors que sur les actes H24, 23, H25, 21 et H25, 24, elle se trouve dans la partie inférieure (zone 1). L annotation apparaît au verso de 37 des 50 chartes étudiées. Dans 23 cas, les éléments graphiques sont situés dans la zone inférieure de l acte (zone 1), à gauche, au centre, ou à droite. Dans 10 autres cas, elle est située dans les zones 2, 3 ou 4. En outre, au verso de la charte H25, 28, l annotation est située juste en dessous de celles des deux premières couches, mais pas assez bas (Annexe 1) pour pouvoir affirmer qu elle fut écrite dans la zone 1. Enfin, un scribe a rédigé la couche 3 sur l attache de la charte H25,

123 Deux résultats peuvent être tirés de ces observations. On constate d abord que la couche 3 n est pas présente au verso de tous les documents. Elle ne se trouve par exemple qu au verso de 19 des 24 pancartes et de 37 des 50 chartes. On réalise ensuite que l annotation dorsale n est pas située toujours au même endroit, comme c était le cas pour celles des deux premières couches. On peut néanmoins affirmer qu elle est très majoritairement située prêt des rebords des rebords des actes, comme montré dans les illustrations 30 et 31. Les annotations sont généralement formées des mêmes éléments que celles des deux premières couches archivistiques, soit le nom du donateur, l ensemble topographique dans lequel l acte fut classé (s il y a lieu) et la cote, si le document en possédait une. Toutefois, les scribes de la troisième couche archivistique ne reprenaient pas systématiquement tous les éléments composant les deux premières annotations. En effet, dans plusieurs cas, ils ne jugèrent pas nécessaire d inclure la cote numérique. Par exemple, au verso du chirographe H24, 17, le scribe de la troisième couche ne rédigea que «Carta de Cluniaco, triginta tesarum prope Graunnam, de Chavaus», n incluant pas la cote chiffrée de l acte. Ces cas sont beaucoup plus fréquents dans les chartes que dans les pancartes. En effet, les scribes n ont inclus la cote dans l annotation de la troisième couche qu à 13 reprises, sur un total de 19 pancartes comportant originalement un numéro. Dans le cas des chartes, ce rapport s élève à 3 sur 22. L étude approfondie de cet échantillon réduit montre que les moines incluaient dans l annotation de la troisième couche une cote qui différait parfois de celle de la deuxième. Deux cas furent relevés. La pancarte H25, 14 porte la cote III du groupe topographique de Chavaux, alors que lors du classement du début des années 1180 il portait la cote II. Le testament de Bertrand de Ver (H25, 06), originalement placée en 18 e position occupe alors la 11 e parmi les actes de La Perrière. Ce choix permet de réunir le testament de Bertrand de Ver à la pancarte qui lui est consacrée, cotée Ces cas ne sont pas assez nombreux pour déterminer exactement la logique derrière la modification des cotes numériques. Il semble cependant raisonnable de suggérer que ces correctifs devaient servir à proposer une représentation plus étroite et plus fidèle par les archives de l ensemble des 126 Le document originalement coté I était la pancarte H25, 20. Pour permettre à la charte H25, 06 d occuper cette place, on la classa eu deuxième. Il aurait été intéressant de savoir où on plaça l acte coté II au début des années Or, il fut perdu. On ne peut donc pas pousser l analyse plus loin. 109

124 terres possédées par les moines. C est pourquoi on décida de mettre côte à côte la charte de Bertrand de Ver et la pancarte qui lui était consacrée. Dans deux cas, les annotations de la troisième couche présentent des éléments nouveaux. L annotation de la pancarte H24, 04 inclut la cote et le nom de l ensemble topographique dans lequel fut classé le document. Rédigée à la suite de celle de la première couche, qui est formée par «Guillelmi de Buxi», elle inclut aussi le nom du principal donateur. Elle inclut aussi le nom des trois autres donateurs cités dans la pancarte, ce qui est nouveau. Le cas de la pancarte H24, 10 est similaire. En effet, le scribe de la troisième couche rappela la cote numérique et le nom de l ensemble topographique dans lequel le document était conservé, en spécifiant en plus le nom de Raymond de Buxy. 2. L interprétation des résultats Parce que la troisième couche archivistique est toujours rédigée sur le rebord d un document et parce qu elle est dans la plupart des cas formée par les éléments graphiques constituant les annotations des deux premières, il est possible de déduire qu elle fut rédigée en relation à la décision spontanée des moines de La Ferté de conserver leurs actes dépliés et empilés les uns sur les autres. Il s agit là d une transformation nette dans les méthodes de conservation des documents à La Ferté. Auparavant, les actes étaient conservés pliés, comme l a suggérée la localisation des couches précédentes dans l espace-pli. Puisqu ils étaient conservés dépliés, les éléments scripturaux qui étaient rédigés dans l espace pli n étaient plus accessible à l œil dans un délai aussi immédiat que lorsqu ils étaient conservés pliés. Le moine qui consultait les documents d un même ensemble topographique et qui désirait savoir rapidement à quel document il avait affaire devait donc fournir l effort supplémentaire de soulever les documents classés avant celui qu il désirait lire pour examiner son annotation dorsale. Pour éviter d avoir à effectuer cette manipulation, les scribes inscrivirent sur le rebord des actes une annotation qui combinait les éléments graphiques des deux premières couches. Ainsi, ils n avaient qu à soulever légèrement le recoin des actes empilés sur eux-mêmes pour trouver les annotations qu ils auraient aperçues immédiatement au verso du document au moment où celui-ci était conservé plié (Ill. 33). 110

125 Ill. 33, les trois premières couches archivistiques au verso de la charte H25, 19 2 e couche 1ere couche Troisième couche archivistique, qui combine les éléments des deux premières, à l exception de la cote Cette caractéristique explique qu on la trouve à l endroit où elle remplissait au mieux possible ce rôle pratique. Dans la majorité des cas, l emplacement privilégié était la zone inférieure du document, que ce soit à gauche, au centre ou à droite. Dans le cas de quelques autres actes, comme le chirographe H24, 17, on choisit plutôt d écrire l annotation dans la zone 4, c est-à-dire dans la zone de droite de l acte conservé déplié. Qu importe ces variations, il semble qu on ait défini l emplacement de la couche en fonction de sa facilité à être repérée rapidement. Le chirographe H24, 17, par exemple, était peut-être conservé de manière à ce que son coin inférieur droit, là où est située l annotation de la troisième couche, 111

126 soit l endroit où l œil se dirigeait le plus automatiquement. Cette caractéristique explique qu on ne rédigea pas l annotation de la troisième couche sur tous les actes. Au verso de certains, elle était inutile, car l annotation des couches précédentes était déjà suffisamment accessible visuellement en dépit du fait qu on décida de conserver désormais les documents dépliés. C est le cas de la charte H25, 39, notamment. Ces cas-là sont indiqués dans le tableau recensant les éléments graphiques des deux premières couches archivistiques. Par exemple, dans la case «emplacement» de la charte H25, 39, j ai inscrit «centre + 1D», ce qui signifie que les annotations des deux premières couches sont situées dans un endroit qui rend inutile la rédaction de la troisième (ill. 34). Ill. 34, les couches au verso de la charte H25, 39 Couche 1 Couche 2 Couches 4 et 5 La découverte du rôle de la couche 3 permet de situer dans le temps le moment où les moines prirent la décision de désormais conserver leurs documents dépliés. En effet, les documents produits postérieurement à cette décision prise par les moines de La Ferté de conserver leurs documents dépliés ne possèderaient pas d annotations situées dans un espacepli. Ce qui aurait dû y être rédigé si les actes avaient été conservés pliés serait désormais souvent écrit dans la zone 1 du document, formant une couche intermédiaire entre la couche 3, rédigée seulement au moment où les moines décidèrent de conserver dépliés leurs actes, et la couche 4, qui indique un nouveau remaniement archivistique. Il suffit donc de repérer le premier acte au verso duquel aucune annotation ne se trouve dans un espace-pli pour savoir à 112

127 quel moment le dépliage général s effectua. Tous les actes compris dans la boîte H25, présentent des annotations écrites dans ces deux emplacements. Puisque la boîte n inclut que les documents produits entre environ 1150 et 1199, le changement ne peut donc s être effectué qu après le 12 e siècle. La charte H26, 10, rédigée en 1203, possède une annotation de la couche 1 (et 3), tandis que le document H26, 15, produite en 1206, ne possède aucune annotation rédigée dans un espace-pli. Il convient donc de situer le moment où les moines décidèrent de conserver leurs documents pliés entre 1203 et 1206 (Ill. 35 et 36). Ill. 35, couches d annotations rédigées au verso de la charte H26, 10 1ere et 2 e couche 4 e couche 3 e couche 5 e couche 4 e couche 5 e couche 113

128 Ill. 36, couches d annotations rédigées au verso de la charte H26, 15 Couche intermédiaire entre la 3 e et la 4 e couche. Quatrième couche Cette décision de désormais conserver des documents dépliés est plutôt difficile à comprendre. On pourrait considérer que la consultation répétée des actes conservés pliés endommageait le parchemin si cette manipulation se perpétuait sur le long terme et que pour contrer cette érosion progressive du matériau les moines décidèrent de conserver leurs actes dépliés. Cette hypothèse est évoquée par Rosé Pereira et J. R. Guerra 127. Peut-être convient-il cependant de la considérer avec prudence, car il ne semble pas que les documents produits à La Ferté au 12 e siècle aient été endommagés par leur conservation pliée, à l exception de quelques lettres effritées par les marques de pliure. Il semble donc assez illogique de penser qu on aurait exposé le texte de ces actes aux aléas de l environnement externe alors que cette décision ne réglait aucun problème lié à la protection du texte. Une étude à plus grande échelle -qui pourrait par exemple étudier les ensembles documentaires de plusieurs abbayes situées dans différentes régions- permettrait dans doute de fournir des réponses plus solides. 127 Isaias de ROSÉ PEREIRA et Antonio J. R. GUERRA, op. cit., p

129 C. Épilogue : les annotations des couches 4 et 5 Cette section a pour but d expliquer brièvement les deux dernières couches archivistiques. Cet exercice sera court et concis, car il reprendra certaines notions abordées précédemment. De plus, les 4 e et 5 e couches ont été rédigées vers 1249 et au début du 14 e siècle, respectivement. Par conséquent, elles se trouvent au verso d une quantité d actes beaucoup plus grande que les seuls documents rédigés à La Ferté au 12 e siècle, ce qui rendrait leur étude plutôt partielle et incomplète. 1. La quatrième couche archivistique Les scribes ont généralement rédigé la quatrième couche archivistique dans la partie inférieure des documents, là où elle est le plus efficacement accessible visuellement. Elle se trouve parfois à gauche, au centre, ou à droite. Il arrive aussi qu elle couvre toute la zone 1. Elle est reconnaissable par ses lettres généralement écrites à l encre noire très foncée et sa calligraphie cursive, similaire au vidimus H25, 18. À titre d exemple, j ai relevé les cinq couches au verso de l acte H25, 45 (ill. 37). Ill. 37, couches archivistiques au verso de l acte H25, 45 5 e couche 1ere et 2 e couches 3 e couche 4 e couche 115

130 Elle est présente au verso de tous les actes, à l exception de la pancarte H24, 37, du chirographe H24, 35 et de quelques documents, notamment la charte H25, 23, dont le matériau est si abîmé qu il est impossible d y distinguer quoi que ce soit. En outre, il se peut qu on ait effacé l annotation de la quatrième couche qui avait été écrite au verso du chirographe, comme on le fit pour celle de la troisième, aujourd hui à peine visible. La quatrième couche archivistique est majoritairement formée par des éléments classés dans les catégories «auteur», «géographique» et «cote», comme l annotation de la deuxième couche, ce qui suggère qu à l époque de son apposition les moines de La Ferté avait procédé à un remaniement des archives, et qu à l époque de ce réaménagement, les actes étaient toujours conservés pliés. Il est possible de dater ce remaniement en repérant le premier document au verso il n y aurait qu une seule cote, celle de la cinquième couche archivistique. En effet, les actes produits à la suite d un réaménagement ne sont pas cotés, comme vu lors de l étude de la deuxième couche. Si, par conséquent, on n aperçoit au verso d un acte que la cote appartenant à la cinquième couche- on n a qu à vérifier la correspondance de la cote avec la liste pour s assurer de cette appartenance- et la couche intermédiaire entre la couche 4 et 5, dépourvue de cote, cela signifierait que l acte aurait été produit après le remaniement indiqué par la couche 4. Cet exercice peut comporter une importante marge d erreur, car le parchemin constituant le verso des actes du 13 e siècle est très souvent de qualité assez médiocre. De plus, l écriture n y est pas aussi propre que sur ceux des actes du 12 e siècle. Néanmoins, il est certain que l acte H27, 96, produit en 1248, fut inclus dans les archives lors du remaniement de la couche 4 (ill. 38). On y aperçoit l annotation typique de la quatrième couche. L annotation possède une cote (effacée), qui signifie son intégration dans les archives lors du remaniement signalé par la quatrième couche; un nom de lieu et le nom de l auteur de la donation. On aperçoit aussi au verso la couche intermédiaire entre la 3 e et la 4 e. En outre, au verso de l acte H27, 102 (ill. 39), produit en 1249, on ne semble apercevoir que la cote de la couche 5 le contenu du document correspond à la notice de la liste à laquelle renvoie la cote cette cinquième couche d annotation. Avec beaucoup de prudence, car il ne fut pas possible pour nous de consulter les documents conservés dans les boîtes suivantes, on situerait dans le temps le remaniement indiqué par la quatrième couche entre 1248 et

131 Ill. 38, les couches archivistiques au verso de la charte H27, 96 4 e couche 5 e couche cote 4 e couche couche intermédiaire entre la couche 3 et la couche 4 Ill. 39, les couches archivistiques au verso de la charte H27, e couche Couche intermédiaire entre la 4 et 5 117

132 Au moment de ce remaniement, furent répartis dans des ensembles topographiques la plupart des documents produits entre 1112 et 1249 qui n avaient été classés dans aucun d entre eux. Ce fut le cas notamment pour les 9 chartes mentionnées ci-haut, c est-à-dire les documents 46, 47, 50, 51, 53, 54, 58, 60 et 61 de la boîte H25, produites après l aménagement de Les ensembles topographiques ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux qui ont été définis au 12 e siècle. Aux groupes de Saint-Nicolas, de La Perrière, de Mellecey, de Chavaux, de Neuilly et de Chaume est désormais ajouté celui de Lons-le- Saunier (Ledone). En outre, tous les documents anciennement conservés dans les groupes de La Vèvre, de Sainte-Hélène et de Chazeuil furent rassemblés dans un même groupe, celui de Chazeuil (Chasuil). Ce travail résulta aussi en l attribution d une cote à tous les documents conservés dans les archives. Ceux qui n en possédaient pas s en firent donner une, et ceux qui en possédaient déjà une en obtinrent une nouvelle. Au début des années 1180, cette cote était numérique. En 1224, les moines attribuèrent aux actes une cote alphanumérique. Même si l étude de ce système reste à faire, peut-être convient-il ici d en dégager au moins une caractéristique importante. Il accorde aux pancartes les premières places, de manière à ce que la première notice de la pancarte placée en premier soit celle de la donation fondatrice du lieu correspondant à chaque ensemble topographique. Ainsi, la pancarte H24, 06 est désormais placée en premier, de manière à ce que le premier texte de tous ceux décrivant des donations à La Perrière soit celui du don fondateur d Arlier de Martailly d une terre située sous le mont Saint-Martin. Il s agit un aspect typologique absent du classement des années 1180, qui prévoyait plutôt classer la pancarte H24, 06 en douzième. On remarque une correspondance entre ce choix des moines de La Ferté concernant le classement de leurs actes et le fait que dans certains cartulaires cisterciens la transcription des textes des pancartes était généralement incluse en premier 128. De ces deux caractéristiques il est donc possible de déduire que les opérations indiquées par la quatrième couche visaient à repenser entièrement le classement des archives de La Ferté afin d y intégrer les documents qui, majoritairement, avaient été produits après le remaniement du début des années Il est probable qu une étude plus poussée du classement des actes lors de la rédaction de la quatrième couche 128 Constance BOUCHARD, «Knights and the Foundation of Cistercian Houses», dans Erudition at God's Service: Studies in Medieval Cistercian History I, SOMMERFELDT John R., dir., Kalamazoo, Michigan, 1987, p

133 montrerait que ces transformations s opérèrent afin que les archives représentent de manière plus conforme l ensemble des terres et des hommes sur lesquels les moines de La Ferté exerçaient leur pouvoir. Un dernier aspect distingue la couche 4 des précédentes. Lorsque nécessaire, les scribes incluaient dans l annotation rédigée au verso d un acte le nombre de copies comprises de lui dans les archives. Ils pouvaient aussi préciser le nombre d entrées incluses dans l ensemble de son texte. Par exemple, au verso de la pancarte H24, 14, qui comprend 51 notices, on lit «in qua sunt LI». Une étude plus approfondie des pratiques de l écrit aux 13 e et 14 e siècles à La Ferté sera nécessaire pour comprendre les raisons pour lesquelles les moines jugeaient importantes ces spécifications. 2. La cinquième couche archivistique La cinquième couche archivistique fut, comme la précédente, rédigée dans la zone 1, parfois à gauche, au centre ou à droite, et souvent à côté de la couche 4. Elle n est composée majoritairement que d une cote, mais, puisqu au verso des actes produits au 12 e siècle elle se marie souvent à la couche 4, on doit considérer qu elle est généralement constituée par des indicateurs de lieu, par une cote et par le nom du donateur. Le verso de l acte H25, 62 illustre cette fusion des annotations (ill. 40). C est pourquoi on doit envisager qu à l apposition de la couche les moines avaient tout juste procédé à un troisième remaniement des archives qui visait à y intégrer les actes produits depuis 1249, qui ne l étaient pas. On déduit de l emplacement de la couche qu au moment de ce réaménagement, les documents étaient toujours conservés dépliés. 119

134 Ill. 40, les couches d annotations rédigées au verso de la charte H25, 62 1ere et 2e couche 5 e couche 4 e couche. Il ne me fut pas possible de dater à quel moment exactement ce troisième réaménagement fut effectué, car je n ai pas eu accès aux documents conservés dans les archives de La Ferté après Néanmoins, on réalise par la compilation des cotes alphanumériques de la 5 e couche que le classement des actes constitué par ce remaniement correspond entièrement à celui dressé et copié par les listes étudiées en introduction. Or, Duby estime qu elles ont été produites au début du 14 e siècle. Il serait donc vraisemblable que le réaménagement des archives date de peu de temps avant leur rédaction. C est par l analyse des annotations de la cinquième couche qu on peut déduire la disparition des listes de Chazeuil et de Chavaux. En effet, au verso du document H25, 62 se trouve une cote appartenant à la couche 5, indiquant «LI». Cette cote est combinée à la mention topographique de la 4 e couche «Chasuil, a», signifiant que lors du réaménagement du début du 14 e siècle la charte était classée dans l ensemble topographique de Chazeuil. Il 120

135 est clair qu on aurait rédigé une liste pour un ensemble topographique comportant au moins 49 documents et deux sections alphabétiques, si les moines en ont dressé une pour celui de Lons-le-Saunier, qui ne comprend que 41 notices. En outre, au verso de la charte H25, 56, on trouve aussi une annotation de la couche 5. Par le même raisonnement, on en déduit que la liste de Chavaux avait existé, mais qu elle ne nous est pas parvenue aujourd hui. Ces listes avaient la fonction de dresser le classement des actes à l aube de la rédaction de la couche 5, un peu comme le tableau inséré au début de ce chapitre l a fait pour celui des archives suite à leur réaménagement au début des années Elles sont utiles pour déterminer quels documents étaient archivés au milieu du 14 e siècle. Elles consistent en un outil très précieux pour étudier le classement des archives à ce moment. Au chapitre 1, nous avons déduit, par le fait que leurs notices étaient rayés non pas parce que les documents auxquels elles renvoyaient disparaissaient, mais bien parce que la terre qu elle citait n était plus dominée par les moines de La Ferté, que le classement des archives était conçu pour être une représentation scripturale de l ensemble des terres possédées par l abbaye. Ainsi, on insérerait côte-à-côte, comme dans les pancartes, des notices décrivant des donations faites dans un même endroit, ou dans des lieux voisins l un de l autres. L examen des listes confirme cette hypothèse. En effet, les notices LII à LIIII de la liste de Neuilly concernent la dîme de Sercel donnée par Guillaume de Marcilly. En outre, les entrées III à I de la liste de Saint-Nicolas concernent toutes le bois d Arçonne, acquis grâce aux donations faites par la famille de la Salle. Les notices étaient organisées ainsi parce que les listes avaient la fonction de rendre par l écrit un classement des actes conçu pour représenter de manière la plus efficace l ensemble des droits que les moines de La Ferté possédaient sur les terres et sur les hommes de leur domaine. C est aussi ainsi qu avaient été organisées les archives au début des années 1180 et en Conclusion Deux aspects de la conservation de l écrit à La Ferté peuvent être retenus de l analyse des 2 e, 3 e 4 e et 5 e couches archivistiques. Il faut noter d abord que les toutes les couches abordées dans ce chapitre décrivent un classement des archives pensé pour être une représentation scripturale de l ensemble des droits que les moines de La Ferté possédaient sur 121

136 les terres et les hommes de leur domaine. En cela, les classements ne se distinguaient pas de celui des pancartes, à l intérieur desquelles les textes transcrits étaient généralement ordonnés pour remplir au mieux cette fonction. Il faut aussi se rappeler et continuer de se questionner sur la décision des moines de La Ferté, entre 1203 et 1206, de conserver leurs actes dépliés, qui rompt assurément avec leur choix de les avoir conservés pliés jusqu à cette date. Ces agissements sont difficiles à comprendre, car conserver les documents de la sorte exposerait le texte, c est-à-dire ce qu ils essayaient justement de protéger en conservant leurs actes pliés. Néanmoins, déplier les documents était un choix calculé et réfléchi. Il est donc fort probable que cette décision fut prise en considérant le fait que le texte allait être exposé. Il conviendrait de s attarder à essayer de comprendre quel besoin plus important que la préservation du texte le dépliage tentait-il de combler. 122

137 Conclusion générale Ce mémoire a pour but d étudier les pratiques de l écrit à La Ferté au 12 e siècle, en se basant sur l examen de tous les documents conservés dans les boîtes H24 et H25 des Archives départementales de Saône-et-Loire. Ces boîtes contiennent 49 chartes, 6 chirographes et 24 pancartes, tous produits entre 1112 et Elles incluent aussi 5 vidimus et 9 listes, rédigés aux 13 e et 14 e siècles. Des historienss étaient déjà penchés spécifiquement sur l analyse du contenu des documents produits à La Ferté à cette époque. En effet, Georges Duby, dans son ouvrage d édition et de critique des pancartes, étudia leur contenu. De plus, Constance Bouchard et Barbara Rosenwein ont déjà étudié la signification du don foncier dans le milieu monastique bourguignon. Il semblait donc qu une assez grande partie des informations pouvant être tirées de l examen des textes des actes avaient déjà été relevées. C est pourquoi ce travail proposait d analyser les actes de La Ferté sous les angles différents de leur production et de leur conservation. Le premier chapitre fut consacré à l étude de la production des actes des boîtes H24 et H25. L étude de leur mise en forme textuelle permit de conclure que l espace consacré au texte était organisé afin de créer une harmonie visuelle qui conférait aux actes un aspect monumental. Pour rendre cette harmonie, les scribes avaient à leur disposition différents outils texto-visuels. Chaque type d acte appelait des modalités spécifiques d utilisation de ces outils. Reconnaître ces variations permit de distinguer, à La Ferté, au 12 e siècle, trois types d actes. Les chartes sont le modèle de base. Elles décrivent toutes un échange foncier conclu entre les moines de La Ferté et un aristocrate laïc des environs. Leur texte est généralement rédigé en suivant les réglures et chacune de ses parties importantes est annoncée par une lettrine, rarement ornée, consistant souvent en une lettre rehaussée. Il est aussi toujours distribué de manière à remplir au mieux l espace d écriture. Les chirographes semblent décrire un don fait par un aristocrate à qui les moines accordaient, à cause du don qu il avait fait, un statut privilégié. Cela est suggéré d abord par la remise à ce partenaire de la moitié d un chirographe, qui consistait en une copie conforme d un document que les moines n auraient ordinairement rédigé que pour eux-mêmes. Il s agit là d un symbole assez probant 123

138 d égalité, qui suggérait un certain favoritisme à l égard de l aristocrate avec qui les moines avaient conclu l accord décrit dans le document. Le fait que des chirographes aient été produits pour mettre par écrit la majorité des accords conclus entre La Ferté et d autres institutions monastiques indique la proximité relationnelle entre les deux parties. L aspect privilégié de l accord est aussi suggéré par l ornement des lettres de la devise chirographique. Les pancartes sont le troisième type d actes. La localisation spécifique des titres écrits à l encre rouge leur confère l aspect d un ensemble scriptural uni, indiquant que chacun des textes qui y est transcrit possède une place essentielle à l intérieur d un tout. Le soin général accordé à la présentation du texte suggère que ces actes avaient une grande préciosité aux yeux des moines. Dans ce même chapitre, l étude des modalités de la transcription des originaux dans les pancartes fut aussi abordée. Il fut conclu de cet examen que les modifications apportées à un texte original lors de sa transcription servaient à le re-présenter, c est-à-dire à lui accorder un caractère perpétuel en actualisant par exemple l orthographe des noms des personnes mentionnées dans l acte et en soustrayant parfois tout repère temporel. On procédait de la sorte car les biens fonciers obtenus par les moines de La Ferté étaient idéalement acquis pour être conservés pour l éternité. Le scellement des actes fut aussi étudié. À La Ferté, au 12 e siècle, tous les documents furent scellés, principalement par l évêque de Chalon. Cela indique que ce personnage était souvent impliqué, directement ou indirectement, dans les échanges conclus entre La Ferté et les petits seigneurs laïcs des environs. On a là un signe assez probant de la dépendance des moines de La Ferté à l égard de l évêque de Chalon. Le deuxième angle d étude proposé en introduction est celui de la conservation des documents. C est grâce à l examen des 5 couches archivistiques localisées au verso des actes que cette analyse fut possible. La mise en commun de quelques résultats obtenus par l étude de la première et de la troisième couche archivistique permit d abord de déterminer que les actes, de 1112 à 1203/1206, étaient conservés pliés afin d être protégés contre les dégâts causés par des intempéries ou des dégâts accidentels. En 1203/1206, les moines de La Ferté décidèrent de rompre avec leur choix initial et de désormais conserver leurs documents dépliés. Ce choix, selon, Pereira et Guerra, s expliquerait par le fait que le dépliement répété de l acte à des fins 124

139 de consultation pouvait, à long-terme, endommager le document. Or, il faut considérer cette hypothèse avec prudence, car il ne semble pas que les actes de La Ferté aient été abîmés par cette manipulation répétée, à l exception peut-être de quelques effritements dus à la marque de pliure. Il faut alors se demander ce qui a motivé les moines, entre 1203 et 1206, à déplier leurs documents, dès lors que ce choix exposait davantage le texte aux aléas du climat et aux dégâts éventuels. Une étude d un nombre plus grand d ensembles documentaires monastiques permettrait peut-être de fournir des réponses. Les couches d annotations dorsales furent aussi examinées pour tenter de comprendre le mode de classement des actes. Chacune des couches 1, 2, 4 et 5 indique un classement des actes qui lui est propre. Initialement, les originaux étaient conservés tous ensemble, sans aucune distinction typologique et sans ordre réfléchi. Il en était ainsi, car le texte de la majorité d entre eux était pensé pour être transcrit dans une pancarte, phase qui consiste en une première forme de classement réfléchi des actes. À La Ferté, chacune des pancartes était pensée pour rassembler les transcriptions d originaux décrivant des donations de terres situées dans un des grands pôles topographiques suivants : La Perrière, Chavaux, Saint- Nicolas, Mellecey, Amous, Clux, Chazeuil et Sainte-Hélène, La Vèvre, La Ferté et Battrey, et Givry. Le fait que très peu d originaux relatent des donations de terres situées dans d autres lieux suggère que les possessions terriennes devant constituer le domaine foncier de La Ferté étaient ciblées par les moines, probablement dès la fondation de l abbaye. Par conséquent, la fin de la rédaction des pancartes devait correspondre à l achèvement d une étape importante dans la constitution du domaine foncier de La Ferté. Les variations typologiques observées dans notre étude des pancartes s articulent autour de ces règles de classement des actes et de production des pancartes. Nous avons d abord relevé qu un premier type rassemblait des textes décrivant des donations effectuées dans des domaines de taille plus restreinte ou dans des lieux spécifiques. C est le cas de la pancarte H24, 07, qui inclut les transcriptions d originaux relatant des dons faits dans le bois d Arçonne, situé à Saint-Nicolas, ou de l acte H24, 03, qui inclut les textes des donations ayant mené à l obtention par les moines de La Ferté de la grange de Chaume. Ces pancartes ne comportent généralement que peu de notices. De plus, divers indices, notamment la présence de marqueurs temporels entre chacune des entrées, suggèrent qu on ordonna leurs textes chronologiquement. 125

140 Plusieurs pancartes ont été rédigées en Chacune rassemble les textes décrivant des donations effectuées entre 1112 et 1158 dans un des plus gros domaines de La Perrière, de Mellecey, de Clux, de Chavaux, de La Vèvre, de Givry, de Saint-Nicolas, de La Ferté et de Battrey. Au verso de chacune des pancartes se trouve le nom du lieu où se concentrent les terres citées dans les transcriptions qu ils incluent. En l année où ces pancartes ont été produites, les moines de La Ferté étaient conscients que les terres qu ils désiraient obtenir pour achever cette étape importante dans la constitution de leur domaine n étaient pas toutes sous leur domination. Une fraction importante devait cependant être sous le contrôle monastique, puisqu on décida tout de même, en cette année, de produire des pancartes rassemblant les transcriptions d originaux décrivant des donations effectuées dans les plus gros domaines précités. Le classement des textes, dans ces actes, était doublement topographique. On classa d abord ensemble les textes décrivant des donations concernant un des pôles topographiques susmentionnés. Ensuite, on ordonna les textes de manière à ce que ceux relatant des dons effectués dans un même lieu ou dans des régions voisines soient disposés côte-côte. Cet ordre suggère que les pancartes de ce groupe étaient conçues spécifiquement afin d être une représentation scripturale de l ensemble des terres possédées par les moines, vers 1158, dans chacun des lieux susmentionnés. C est entre 1158 et 1178 que les moines de La Ferté obtinrent les dernières terres nécessaires à l accomplissement de la première étape de leur quête foncière. Ces textes furent aussi transcrits dans des pancartes. Similairement aux deux autres variantes, les actes produits entre 1158 et 1178 rassemblaient les textes d originaux décrivant des donations de terres situées dans l un de ces grands domaines. À leur différence, cependant, leur annotation n était pas constituée par un indicateur de lieu. Elles étaient plutôt formées par le nom d un ou de plusieurs petits seigneurs laïcs. Dans quelques cas, le lien est clair entre l annotation et le contenu de l acte. Par exemple, au verso de la pancarte H25, 09, un moine a écrit «Bertranni de Ver». De fait, le document comprend trois transcriptions décrivant ses trois dons de terres situées à La Perrière. Dans le cas de plusieurs autres actes, cependant, il est plus ardu de trouver ce qui relie le contenu de la pancarte à son annotation. Au verso de la pancarte H24, 04 n est écrit que le nom de Guillaume de Buxy, individu cité seulement comme donateur dans la troisième entrée. Or, cette pancarte comprend quatre textes de donations terriennes faites dans la région de La Vèvre. Il est possible que le seigneur était 126

141 l homme le plus important mentionné dans la pancarte, ou qu il chapeautait d une quelconque manière l ensemble des donations décrites. Il faut aussi envisager la possibilité que cette pancarte, aux yeux des moines, n était pas aussi centrale que celle produite en 1158, puisque qu elle n avait pour but d inclure que les transcriptions des quelques donations manquantes pour obtenir l ensemble des terres que l abbaye avait ciblées dans La Vèvre. Par conséquent, afin de la distinguer de celles produites à la fin des années 1150, il ne convenait peut-être pas de lui conférer une annotation composée des mêmes indicateurs de lieu. Malgré leurs variations typologiques, les pancartes avaient la fonction d être la représentation scripturale de l ensemble des possessions foncières des moines de La Ferté au moment de l accomplissement de cette première étape de la constitution de leur domaine foncier. Deux indices suggèrent que cette étape initiale était très importante. L aspect monumental des pancartes leur confère une certaine majesté, insistant d abord sur l aspect précieux de l obtention des terres nécessaires à l accomplissement de cette première étape. Son caractère important est aussi mis en évidence par le fait qu entre 1181 et 1183, soit quelques années après la fin de la production des pancartes, les moines entreprirent un premier remaniement archivistique, dont l existence est affirmée par l étude de la deuxième couche d annotations. Au terme de ce réaménagement, les pancartes et la majorité des originaux n ayant pas été détruits furent rassemblés dans des groupes topographiques (les mêmes que ceux définis pour les pancartes), puis probablement ordonnés de manière à ce que le classement des documents puisse consister en une représentation scripturale de l espace social du monastère. Ce résultat est d autant plus plausible que l étude de l ordre de rangement des actes montra que leur classement n était pas pensé pour être typologique ou chronologique. Les documents de chaque groupe se virent octroyer une cote numérique qui symbolisait la possession perpétuelle par les moines des terres qui leur avaient été données. C est pourquoi la charte H24, 05 a été certes groupée avec les autres documents de Chavaux, mais n a pas été cotée. En effet, le texte spécifiait plusieurs clauses concernant la vente de la terre de Séguin de Beaumont qui rendaient incertaine sa possession pour l éternité par les moines de La Ferté. L accord prévoyait qu une partie de la terre irait aux moines seulement si Séguin prévoyait diviser sa terre avec son frère. Il est probable qu au moment où fut effectué le classement du début des années 1180, le seigneur laïc ne l avait toujours pas divisée. Par conséquent, il ne convenait pas de coter le document. 127

142 Les moines de La Ferté réaménagèrent à deux autres reprises leurs archives, entre 1181 et le début du 14 e siècle. L étude de la 4 e couche d annotations suggère qu ils procédèrent à un second remaniement après Majoritairement effectué selon les mêmes modalités que celui des années 1180, ce réaménagement se distingue cependant du premier par le fait qu il fusionna les actes des ensembles topographiques de La Vèvre, de Sainte- Hélène et de Chazeuil en un seul groupe : celui de Chazeuil. De plus, les actes relatifs à Lons, produits dès le milieu du 12 e siècle, étaient déjà dans les archives, mais ils n étaient pas concernés par la cotation et le classement. Le classement de la couche 4 intégra par la cotation ces actes. Leur intégration aussi tardive suggère que les moines n avaient pas ciblé, lors de la première étape de la constitution de leur domaine foncier, les terres situées de l autre côté de la Saône. En outre, le reclassement prévoyait conférer aux pancartes et aux actes importants comme le chirographe H24, 17 les premières places, à la différence du premier classement de 1180, qui ne classait pas les documents selon de tels critères typologiques. En outre, les actes furent ordonnés alphanumériquement, tandis que lors du premier classement ils ne reçurent qu une cote numérique. Le troisième remaniement eut lieu au début du 14 e siècle, peu de temps avant la rédaction des listes. La 5 e couche d annotations lui est associée. Parce que le classement des actes correspond à celui des listes, on doit conclure qu il fut pensé peu de temps avant leur production. Ce remaniement s apparente en tous points à celui du milieu du 13 e siècle. Néanmoins, son potentiel d étude est décuplé, car les listes offrent un aperçu complet du classement alphanumérique des actes lors du réaménagement. Le classement des actes à l aube du remaniement du début du 14 e siècle est le seul à propos duquel il est possible d obtenir un aperçu complet. Cela n aurait pas été pensable pour les deux remaniements précédents, car beaucoup d actes ne nous sont pas parvenus aujourd hui, probablement parce que les moines, dès le 15 e siècle, récupéraient le matériau d actes désuets pour renforcer les reliures de manuscrits nouvellement rédigés. L étude du classement des documents à la suite du remaniement du début du 14 e siècle montre qu on classa côte à côte les actes décrivant des donations de terres situées au même endroit ou dans des lieux voisins. Toutes les donations de terres situées dans le bois d Arçonne, par exemple, sont placées l une à la suite de l autre, dans la liste de Saint-Nicolas. Cela suggère que l ordre des actes était pensé pour être une représentation scripturale de l ensemble des terres et des droits possédés par les 128

143 moines de La Ferté dans ces endroits ciblés susmentionnés. Nous étions parvenu à une conclusion similaire en étudiant la production des listes. En effet, il fut observé que les moines biffaient des notices lorsqu ils se départissaient du bien foncier qui y était cité. Cela suggère que les listes copiaient un classement des actes pensé pour être un miroir de l espace social du monastère de La Ferté. C est grâce à la mise en commun de tous ces résultats, obtenus grâce à l analyse de la production et de la conservation des actes de La Ferté produits entre 1112 et 1199, qu il est possible d affirmer que l écrit, en milieu monastique, au 12 e siècle (voire aux 13 e et 14 e siècles), était un outil utilisé par les moines pour construire leur memoria, c est-à-dire le récit de l enracinement et de la consolidation de leur pouvoir sur les terres situées dans des lieux spécifiques, ciblés dès la fondation de l abbaye. L utilisation de l écrit comme véhicule de la memoria est une démonstration assez probante du caractère indissociable entre la production de l écrit et le rapport de dominum. Tout, dans la production d un acte, était pensé selon cette fonction qu avait l écrit. Le classement des originaux dans les pancartes et celui de l ensemble de la production documentaire conservée dans les archives de l abbaye était pensé pour être une représentation de l espace social du monastère, bâti grâce à la construction des liens d amitié entre les moines de La Ferté et les hommes des territoires voisins, qui passe par la concession par ces susdits hommes aux moines des terres qui allaient constituer leur domaine. Ainsi s explique pourquoi les moines ordonnaient le texte des actes de manière à créer une harmonie visuelle, qui conférait aux documents un aspect monumental. Cette attention suggère que les moines de La Ferté considéraient ces actes comme précieux. Cette préciosité s explique parce que les actes décrivaient la consolidation des liens entre les moines et les laïcs, amitié qui s érigeait par la donation d un seigneur aux moines d une terre que les hommes de l abbaye convoitaient. Ainsi se comprend aussi, lors de la transcription d un original dans une pancarte, la soustraction de toute forme de datation. En effet, les liens d amitié avec un laïc et l acquisition d une terre par les moines de La Ferté étaient pensés pour être perpétuels. En outre, le sceau serait davantage un symbole de l implication d une autorité reconnue dans cette consolidation relationnelle entre les moines de La Ferté et un seigneur laïc qu un moyen de validation. Cette fonction de l écrit explique aussi que les annotations dorsales étaient composées par des noms de laïcs et par des noms de lieu. Enfin, 129

144 se comprend la conservation pliée des actes au 12 e siècle, qui servait à protéger le texte de ces importants récits contre les dégâts causés par des accidents ou par les aléas du climat. Pierre Chastang conféra le même rôle de construction de la memoria monastique aux cartulaires du Bas-Languedoc. Cela amène à se demander pourquoi les moines cisterciens de La Ferté, en 1180, n ont pas rédigé un cartulaire mais plutôt des pancartes. Il convient de proposer quelques pistes de réponse en soulevant deux différences entre les pancartes produites à La Ferté au 12 e siècle et les cartulaires produits à la même époque par d autres communautés monastiques. Les 24 pancartes ont d abord été scellées par l évêque de Chalon, tandis que les cartulaires, eux, n étaient généralement pas munis de sceaux. Il est possible que les pancartes de La Ferté aient été pensées pour être un cartulaire scellé, qui indiquerait l implication de l évêque de Chalon dans l acquisition, par les moines de La Ferté, des terres qui allaient mener à l accomplissement de cette première étape de la constitution de leur domaine foncier. Il fut aussi rappelé que les pancartes ont été écrites à des moments distincts, entre 1112 et À cette époque, on produisait les cartulaires en un seul jet. Les pancartes seraient donc peut-être une alternative au cartulaire visant à se donner la liberté de pouvoir rédiger quand il leur semblait raisonnable le récit de la construction de leur memoria dans un lieu spécifique. Ainsi, la pancarte de Chaume put être écrite peu après l obtention, entre 1121 et 1142, des terres qui allaient former la grange, sans avoir à attendre l acquisition de celles qui allaient constituer les domaines plus gros de Chavaux et de La Perrière. Ainsi, peut-être ne convient-il pas de caractériser les pancartes de La Ferté comme des pré-cartulaire, comme l ont fait Duby et Parisse. Les cartulaires existaient déjà avant l apparition des pancartes, rendant ce terme inapproprié. Au contraire, elles représentent une alternative aux cartulaires, un type de document qui répondait au besoin des moines d indiquer l implication de l évêque de Chalon dans la constitution d un domaine qui s est construit petit à petit. Au final, l étude de la production et de la conservation des actes, à La Ferté, incite à repenser le rôle pragmatique de l écrit en milieu monastique au 12 e siècle conféré par l historiographie des années 1980 et Ce travail semble fournir des éléments pertinents montrant que l écriture, à l abbaye cistercienne, avait un rôle davantage symbolique, de même qu une fonction représentative de l ensemble de l espace social des moines de La Ferté. Quelques éléments utilisés par les historiens afin de montrer que l écrit avait un rôle juridique et mémoriel cadrent plutôt dans cette fonction de la scripturalité en milieu 130

145 monastique. Par exemple, l apposition du sceau doit davantage être perçue comme la transposition matérielle dans le document de la présence de l autorité représentée sur la cire qu une mesure de protection contre les contestations. Il s agissait de mettre en évidence un personnage important du réseau social du monastère. En outre, la mention des fidéjusseurs, dans les textes, s explique peut-être davantage par le fait que leur désignation impliquait leur inclusion dans le cercle relationnel des moines. Leur présence, dans les actes, se justifierait donc davantage en cela qu ils faisaient partie du récit de la construction de l espace social monastique que par leur fonction de prévention contre les revendications laïques. Il ne semble pas si déraisonnable de considérer ainsi la mention des témoins, dont les moines transcrivaient le nom lors de la transcription d un original dans une pancarte. La comparaison de ces résultats est possible et sans doute souhaitable avec d autres recherches en cours sur les pratiques de l écrit en milieu monastique au Moyen Âge central. Caroline Rey a étudié la production documentaire à Cîteaux. Elle montre que les documents étaient classés topographiquement et qu un système de renvoi existait entre les chartes et les cartulaires. Son travail l amena aussi à octroyer à l écrit une fonction de représentation de l espace social du monastère de Cîteaux dans la région de Vilers 129. Marlène Hélias-Baron s intéresse à l écrit en milieu monastique cistercien du Moyen Âge central. Elle montra que les pancartes de Clairvaux, aussi, rassemblaient topographiquement les transcriptions d originaux 130. Elle fait les mêmes remarques à propos du cartulaire de l abbaye de la Cour Notre-Dame, dont les textes sont classés par finage 131. Elle étudia aussi les annotations dorsales des documents, selon elles essentielles pour comprendre les archives 132. Davantage de travaux se penchant sur les méthodes de production et de conservation des actes seront nécessaires pour comprendre la pratique cistercienne de l écrit. Ils permettront de consolider ou d infirmer l hypothèse du rôle représentatif et symbolique de l écriture en milieu monastique cistercien au Moyen Âge central, comme il fut observé à La Ferté. 129 Coraline REY, «Pratiques archivistiques et mises en registre à Cîteaux : des originaux au "monument" de Jean Cirey (IIe-début VIe siècle)», Circé, 2, 2013, Marlène HÉLIAS-BARON, «Recherches sur la diplomatique cistercienne au II e siècle. La Ferté, Pontigny, Clairvaux, Morimond», Bulletin du centre d études médiévales d Auxerre BUCEMA [En ligne], , mis en ligne le 15 août 2007, consulté le 10 juin URL : p id, «Les archives des cisterciennes de Bourgogne, 12 e -15 e siècles», Bulletin du centre d études médiévales d Auxerre BUCEMA [En ligne], Collection CBMA, Les cartulaires, mis en ligne le 18 novembre 2013, consulté le 10 juin URL : ; DOI : /cem.13199, p Ibid., p

146

147 Bibliographie Sources Archives départementales de Saône-et-Loire, boîte H24. Archives départementales de Saône-et-Loire, boîte H25. Archives départementales de Saône-et-Loire, boîte H26. Archives départementales de Saône-et-Loire, boîte H27. DUBY, Georges, Recueil des pancartes de l abbaye de La Ferté-sur-Grosne, Bruxelles, De Boeck, 2000 (1953), 260 pages. Travaux ATSMA, Hartmut et VÉZIN, Jean, «Originaux et copies : la reproduction des éléments graphiques des actes du 10 e et 11 e siècles dans le cartulaire de Cluny», dans The Preservation and Transmission of Documents in the Medieval West, KOSTO, Adam J. et WINROTH Anders, dir., Toronto, Pontifical Institute for Medieval Studies, 2002, p BARRET, Sébastien, La mémoire et l'écrit : l'abbaye de Cluny et ses archives (10 e -18 e siècles), Münster, LIT, 2004 (2001), 459 pages. BEDOS-REZAK, Brigitte-Miriam, «Towards an Archeology of the Medieval Charter : Textual Production and Reproduction in Northern French Chartriers», dans The Preservation and Transmission of Documents in the Medieval West, KOSTO, Adam J. et WINROTH Anders, dir., Toronto, Pontifical Institute for Medieval Studies, 2002, p , «Signes et insignes du pouvoir royal et seigneurial au Moyen Âge : le témoignage des sceaux», dans Actes du 105 e Congrès national des Sociétés savantes (Caen, 1980), Section de philologie et d histoire jusqu à 1610, Paris, CTHS, 1984, p , «Sceaux seigneuriaux et structures sociales en Dauphiné de 1170 à 1349», Actes du Congrès national des Sociétés savantes de philologie et d histoire jusqu à 1610, Paris, CTHS, 1985, p , «The Social Implications of the Art of Chivalry : the Sigillographic Evidence (France )», The Medieval Court in Europe, E. R. HAYMES, dir., Munich, Wilhelm Fink Verlag, 1986, p

148 ------, «Signes d identité et principes d altérité au 12 e siècle : l individu, c est l autre», dans L individu au Moyen Âge, Brigitte-Miriam BEDOS-REZAK et Dominique IOGNA-PRAT, dir., Paris, Aubier, 2005, p , When Ego Was Imago: Signs of Identity in the Middle Ages, Leiden (Boston), Brill, 2011, 295 pages. BOUCHARD, Constance B., Sword, Miter and Cloister: Nobility and the Church in Burgundy, , Ithaca and London, Cornell University Press, 1987, 463 pages , «Knights and the Foundation of Cistercian Houses», dans Erudition at God's Service: Studies in Medieval Cistercian History I, SOMMERFELDT John R., dir., Kalamazoo, Michigan, 1987, p , Holy Entrepreneurs: Cistercians, Knights and Economic Exchange in Twelfth-Century Burgundy, Ithaca and London, Cornell University Press, 2009 (1991), 242 pages , «Monastic Cartularies : Organizing Eternity», dans Charters, Cartularies, and Archives: The Preservation and Transmission of Documents in the Medieval West, KOSTO, Adam J. et WINROTH Anders, dir., Toronto, Pontifical Institute for Medieval Studies, 2002, p CHASTANG, Pierre, Lire, écrire, transcrire : le travail des rédacteurs de cartulaires en Bas-Languedoc, 11 e -13 e siècles, Paris, CTHS, 2001, 459 pages , «Cartulaires, carturalisation et spiritualité médiévale : la structuration d un nouveau champ de recherche», Cahiers de civilisation médiévale, CESCM, 49, 2006, p DECLERCQ, Georges, «Le classement des chartriers ecclésiastiques en Flandre au Moyen Âge», Scriptorium, 50, 1996, p , «Original and Cartularies : The Organization of Archival Memory (Ninth-Eleventh Centuries)», dans Charters and the Use of the Written Word in the Medieval Society, Karl HEIDECKER, dir., Paris, Brepols, 2000, p GUERRA, J. R. Antonio et ROSÉ PEREIRA, Isias da, «La conservation des chartes dans les archives privées du Portugal (10 e -12 e siècles)», Scriptorium, 50, 1996, p GUERREAU, Alain, Le féodalisme : un horizon théorique, Paris, Le Sycomore, 1980, 229 pages. GUYOTJEANNIN, Olivier, «La tradition de l ombre : Les actes sous le regard des archivistes médiévaux», dans The Preservation and Transmission of Documents in the Medieval West, Adam J. KOSTO et Anders WINROTH, dir., Toronto, Pontifical Institute for Medieval Studies, 2002, p

149 HÉLIAS-BARON, Marlène, Recherches sur la diplomatique cistercienne au 13 e siècle. La Ferté, Pontigny, Clairvaux, Morimond (thèse de doctorat inédite), Paris, Université de Panthéon-Sorbonne, Voir : Id, «Recherches sur la diplomatique cistercienne au 13 e siècle. La Ferté, POntigny, Claivaux et Morimond», Bulletin du centre d études médiévales d Auxerre BUCEMA [En ligne], , mis en ligne le 15 août 2007, consulté le 10 juin URL : , «Écrits et écritures dans le monde cistercien. Pratiques et gestion de l écrit monastique (II e -III e siècles)», Bulletin du centre d études médiévales d Auxerre BUCEMA [En ligne], , mis en ligne le 08 juillet 2011, consulté le 10 juin URL : MAGNANI, Éliana, «Les médiévistes et le don : avant et après la théorie Maussienne», dans Don et sciences sociales : Théories et pratiques croisées, Éliana MAGNANI, dir., Dijon, Presses de l Université de Dijon, 2007, p MORELLE, Laurent, «De l original à la copie : remarques sur l évaluation des transcriptions dans les cartulaires médiévaux», dans Les cartulaires : Actes de la table ronde organisée par l École nationale des chartes et le G.D.R. 121 du C.N.R.S. (Paris, 5-7 décembre 1991), Olivier GYUOTJEANNIN, Laurent MORELLE et Michel PARISSE, dir., Paris, École nationale des chartes, 1993, p , «Les chartes dans la gestion des conflits (France du Nord, 11 e et début du 12 e siècle)», dans Bibliothèque de l École des chartes, 155, 1997, p «The Metamorphosis of Three Monastic Charter Collections in the Eleventh Century (Saint-Amand, Saint-Riquier, Montier-en-Der)», dans Charters and the Use of the Written Word in the Medieval Society, Karl HEIDECKER, dir., Paris, Brepols, 2000, p , «Instrumentalisation et travail de l acte : quelques réflexions sur l écrit diplomatique en milieu monastique au 11 e siècle», dans Pratiques de l écrit, Étienne ANHEIM et Pierre CHASTANG, dir., Médiévales, 56, printemps 2009, p MORSEL, Joseph, «Ce qu écrire veut dire au Moyen Âge Observations préliminaires à une étude de la scripturalité médiévale», Memini, Travaux et documents publiés par la Société des études médiévales du Québec, 4, 2000, p PARISSE, Michel, «Les Cartulaires : copies ou sources originales?», dans Les cartulaires : Actes de la table ronde organisée par l École nationale des chartes et le G.D.R. 121 du C.N.R.S. (Paris, 5-7 décembre 1991), Olivier GYUOTJEANNIN, Laurent MORELLE et Michel PARISSE, dir., Paris, École nationale des chartes, 1993, p. 503 à , «Écriture et réécriture des chartes : les pancartes aux 11 e et 12 e siècles», dans Bibliothèque de l école des chartes, 155, 1997, p

150 ------, «Les pancartes : étude d un type d acte diplomatique», dans Pancartes monastiques des 11 e et 12 e siècles, Michel PARISSE, Pierre PÉGEOT, Benoît-Michel TOCK, dir., Paris, Brepols, 1998, p REY, Coraline, ««Pratiques archivistiques et mises en registre à Cîteaux : des originaux au "monument" de Jean Cirey (IIe-début VIe siècle)», Circé, 2, 2013, consulté le 10 juin 2014, URL : STIENNON, Jacques, «Considérations générales sur la bibliothéconomie et l archivistique médiévales», Scriptorium, 50, 1996, p VÉRITÉ, Isabelle, «Des pancartes dans les fonds des prieurés de Marmoutier? L exemple des prieurés poitevins», dans Pancartes monastiques des 11 e et 12 e siècles, Michel PARISSE, Pierre PÉGEOT, Benoît-Michel TOCK, dir., Paris, Brepols, 1998, p WHITE, Stephen D., «Inheritances and Legal Arguments in Western France, », traditio, 43, 1987, p

151 Annexes 137

152

153 Annexe 1: Zones d emplacement des couches d annotations (chirographe H24, 17) Zone centre Zone 2 Zone 3 Zone 4 Zone 1 G (gauche) Zone 1 C (centre) Zone 1 D (droite) 139

154

155 Annexe 2 : Tableaux récapitulatifs des annotations des cinq couches archivistiques. Légende : G : géographique N : nature du document A : Auteur du don C : cote [------] : annotation inexistante IND : annotation présente, mais indéchiffrable 141

156

157 La première couche archivistique : les pancartes Cote actuelle et # de Duby. Transcription de l annotation Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H24, 01 #1, p. 41 Carta Firmitatis. Et Exarbertrado centre H24, 03 #21, p. 164 De grangia de Chalmis Centre H24, 04 #17, p De dono Guil. de Buxi Centre + 1 C H24, 06 #7, p. 98 Perraria Centre H24, 07 #2, p. 52 Carta de commutatione Argenchie Centre H24, 10 #14, p. 135 De Nulliaco(2) Centre H24, 11 #15, p. 139 Carta de Nulliaco Centre H24, 14 #5, p. 65 Carta de Chavals Centre H24, 15 #3, p. 56 Carta de sancto Nicolao Centre H24,16 #18, p. 156 De la vavra Centre H24, 37 #26, p.207 Carta de Hugone de Palvel Centre + 1 G. H25, 01 #8 p H25, 02 #9, p. 113 De Hugone de Burze et fratrum ejus que sororis eorum. Centre + 1 D 143

158 Cote actuelle et # de Duby. Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H25, 03 #10, p. 116 Carta de Leiva, de dono pagani Berenti. Centre. H25, 04 #19, p. 159 Carta de Chasul Centre H25, 08 #11, p. 122 De Galterio de Taisei Centre H25, 09 #12, p. 199 Bertranni de Ver Centre + 1 C H25, 10 #20, p. 163 De Miliceo Centre H25, 12 #16, p. 148 Rodulfi de Buxi, Tiberti Gibriaci, et Antelmi de Digonia, et Fulchei de Bixei. Centre H25, 14 #6, p. 90 Carta de Chavals Centre H25, 15 #4, p. 63 De Bartholomeo de Capella, et de Boimondo et filio ejus. Centre H25, 20 #13, p. 132 Carta de Lebaudo de Nantum Centre H25, 36 #24, p. 191 De Clus Centre + 1 G H25, 37 #23, p. 188 Fondamentum grangie de Amox. Centre Total

159 La première couche archivistique : les chartes Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H24, 02. Donum de Herlei de Martilliaco. Centre. H24, 05 De dono Seguini Bellimontis. 1 H24, 08 Carta de Nulliaco 1 G H24, 09 De dono Humberti de Pevreria et fratrum ejus Anserii et Hugonis Liberz. Centre H24, 12 Robertus Gentilis Centre H24, 13 De Toseth de Chavals Centre H24, 17 Carta de Cluniaco Centre H24, 18 De dono monachorum sancti Petri Cabilonensis Centre H24, 20. Petrus Boniers 1 D H24, 21 Petri Furci 1 D H24, 22 Petronilla mater Stephani decani de Gibriaco. Centre 145

160 Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H24, 23 Sancti Andochii Centre H24, 24. Albericus de Brenio Centre H24, 25 Guido de Segnice de Casul 1 C H24, 35 Carta de commutatione monachorum Cluniacensium et fratrum Firmitatis. 1 G H24, 36 Carta canonicorum Bisuntini, sancti Stephani. Centre H25, 05 Hugo de Langles Centre H25, 06 Noticia testamenti Bertranni de Ver Centre H25, 07 Bartholomei Capelle, Centre H25, 11 De dono Guillelmi archidiaconi et Hugonis Lubez fratris ejus. Centre H25, H25, 16 Carta Huonis de aqua Sagonne 1 D H25, 17 De molendino Joceranni de Branciun. 146

161 Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H25, H25, 19 De Artaldo de Chamilia Centre H25, 21 De decima de sanctimoniales [ ] Centre H25, 22 IND Centre H25, 23 IND H25, 24 Carta Gaufridi Dalmacii Centre H25, H25, H25, 27 IND H25, 28 Rodulfus de Buxi Centre H25, 29 Dalmacii de Chavanes Centre H25, 30 IND H25, 31 Donum Hugoni Boer de decima de Melice Centre + 1 C H25, 32 Carta Hervei de Serce. Centre + 1 G H25, 33 De dono Radulphi de Buxi Centre H25, 34 Carta Arnulfi de sancta Helena. Centre 147

162 Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H25, 39 Bartholomeus de Genestei Centre + 1 D. H25, 40 Henrico Grosso Centre H25, 41 IND Centre H25, 42 IND H25, 43 Petri de Tasei Centre + 1 C H25, 44 Bernardi de Julei Centre H25, 45 Petri de Breil Centre H25, 46 Guichardi de la Saula Centre H25, 47 Radulfus de Buxi 4 H25, H25, 49 Lambertus de Expire 4 H25, 50 [ ] Henrici Grossi de terra Argenchie. Centre + 4 H25, 51 Guichardi de sala, sigillum ducis. 4 H25, 52 Symoa de Luze Centre H25, 53 Roclinus de Givre Centre H25, 54 Roberti Viviani Centre 148

163 Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H25, 55 Petrus Salners Centre H25, 56 De Arenberto Centre + 1 D H25, 57 De terragio de Chavals Guillelmi de Piperia Centre + 1 G H25, 58 De Lamberto de Marcilles Centre H25, 59 Guidonis de Senice Centre H25, 60 Guichardi de la Sala Centre H25, 61 De dono domine de Brancium Centre + 1 C H25, 62 Girardus Putoiz Centre Total

164 La deuxième couche archivistique : les pancartes Cote actuelle et # de Duby. Transcription de l annotation Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H24, 01 #1, p. 41 Quinta 1 H24, 03 #21, p. 164 Prima Centre H24, 04 #17, p Prima De vavra Centre H24, 06 #7, p. 98 II Centre H24, 07 #2, p. 52 Et de domine Gualiena V Centre H24, 10 #14, p. 135 Quinta Centre H24, 11 #15, p. 139 II Centre H24, 14 #5, p. 65 Secunda Centre H24, 15 #3, p. 56 III Centre H24,16 #18, p. 156 V Centre H24, 37 #26, p.207 De Amors Centre + 1 G. H25, 01 #8 p H25, 02 #9, p. 113 Et quorumdam aliorum + de Perreria, VI Centre + 1 D 150

165 Cote actuelle et # de Duby. Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H25, 03 #10, p. 116 I De Pereria Centre H25, 04 #19, p. 159 Et de sancta Helena + VI Centre H25, 08 #11, p. 122 De Perreria III Centre H25, 09 #12, p. 199 De Perreria Centre + 1 C H25, 10 #20, p. 163 Prima Centre H25, 12 #16, p. 148 De Nuliaco VI Centre H25, 14 #6, p. 90 Quinta Centre H25, 15 #4, p. 63 Prima+sancti Nicolaii. Centre H25, 20 #13, p. 132 Et quorumdam aliorum de Pereria, IIII Centre H25, 36 #24, p H25, 37 #23, p Total

166 La deuxième couche archivistique: les chartes Cote actuelle Transcription Orientation Emplacemen t Gau. Droite Haut Bas Zone Distinction des éléments de l annotation G N A C H24, 02. De Perreria, III centre. H24, 05 De Chavals. Centre H24, 08 IIII 1 G H24, 09 VII, De Nuliaco H24, 12 De Chavals+ Octava Centre Centre H24, 13 Nona Centre H24, 17 Triginta tesarum prope Graunnam + Quarta + De Chavals Centre H24, 18 De Perreria VII Centre H24, D H24, 21 De Chavals centre H24, H24, 23 De vavra, VII Centre H24, H24, Centre + 1 G 152

167 Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H24, 35 Terrarum videlicet apud Chavals, VI 1 G H24, 36 De Clus+ IIII Centre H25, 05 De Exarbertrado II Centre H25, 06 De Perreria VIII Centre H25, 07 VI ou VII Centre H25, 11 IIII+ De Nulliaco Centre H25, H25, 16 II Centre H25, 16 Et Triselle 1 D H25, 17 De Perreria H25, H25, 19 Sancte Helene II Centre H25, 21 II Centre H25, 22 IND H25, 23 IND H25, 24 De vavra + II Centre H25,

168 Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H25, H25, 27 IND H25, 28 De vavra Centre H25, 29 De vavra Centre H25, 30 IND H25, H25, 32 De vavra I Centre + 1 G H25, 33 IIII De [ ] Centre H25, 34 III Centre H25, 39 De vavra Centre H25, 40 De Perreria Centre H25, 41 IND H25, 42 IND H25, 43 De Perreria Centre + 1 C H25, 44 De Nuliaco LVI Centre H25, 44 Bernardi de Jule Nulliaci Centre + 1 G H25, 45 De vavra Centre 154

169 Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H25, 46 Dampnata Centre H25, H25, H25, 49 H25, H25, H25, 52 De Lavelata Centre H25, H25, 54 Centre H25, H25, 56 De Chavals H25, Centre + 1 D H25, H25, 59 De Chavals Centre H25, H25, 61 Nulliaci Centre + 1 C H25, Total

170 La troisième couche archivistique : les pancartes Cote actuelle et # de Duby. Transcription de l annotation Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H24, 01 #1, p. 41 Carta Firmitatis, et Exarbertrado, quinta 1 D H24, 03 #21, p. 164 Carta de grangia de Chalmis prima 1 C+ attaches H24, 04 #17, p Sancte Helene+ de dono Gauterii de Marinnei, dedono Rodulfi de Bicie et Guieline sororis ejus, de Guidone Putoiz, prima de vavra 1 C H24, 06 #7, p. 98 Carta de Perreria 1 D H24, 07 #2, p. 52 Carta de commutatione Argentie et de domina Gualiena 1 D H24, 10 #14, p. 135 De Raimundo de Buxiaco decano et aliorum plurimorum. Quinta, de Nulliaco. 1 C H24, 11 #15, p. 139 Carta de Nulliaco 1 D H24, 14 #5, p. 65 Carta de Chavals, secunda 1 D H24, 15 #3, p. 56 Carta de sancto Nicolao,tercia 1 D 156

171 Cote actuelle et # de Duby. Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H24,16 #18, p. 156 Donum Attonis de Capella de Viler et aliorum plurimorum 1 C H24, 37 #26, p H25, 01 #8 p H25, 02 #9, p. 113 De Hugone de Burze, et fratrum ejus, et sororis eorum, et quorumdam aliorum, de Perreria, VI attache H25, 03 #10, p. 116 Carta de Leiva, de dono pagani Berenti et aliorum plurimorum, de Perreria. 1 G H25, 04 #19, p. 159 Donum Roberti sancte Helene, de dono Achardi sancte Helene, de Bernardo de Chavanes, 1 D H25, 08 #11, p. 122 De Galterio de Taise, III a de Perreria, et aliorum plurimorum 1 D H25, 09 #12, p H25, 10 #20, p. 163 De Lebaudo sancto Marcelli et aliorum plurimorum. 1 C H25, 12 #16, p. 148 Carta de Nulilaco [ ] 1 G 157

172 Cote actuelle et # de Duby. Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H25, 14 #6, p. 90 Carta de Chavals, tercia 1 D H25, 15 #4, p. 63 De Bartholomeo de Capella, et de Boimondo et filio ejus. 1 D H25, 20 #13, p H25, 36 #24, p H25, 37 #23, p. 188 Fondamentum grangie de Amoxs 1 D Total

173 La troisième couche archivistique : les chartes. Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H24, H24, 05 De dono Seguini Bellimontis de Chavaus. 2 H24, H24, H24, 12 IND 1 H24, 13 De Toseth de Chavals, I a 1 G H24, 17 Carta de Cluniaco, tringinta tesarum prope Graunnam de Chavaus 4 H24, H24, 20. Petrus Boniers, de Ledono 4 H24, 21 De Chavals Petri Furci 4 H24, 21 De Chavals Petri Furci 3 H24, H24, 23 Sancti Andochii de vauvra 1 D 159

174 Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H24, 24. Albericus de Brenio 1 D H24, H24, 35 Carta de commutatione monachorum Cluniacensium et fratrum Firmitatis terrarum videlicet apud Chavals 4 H24, H25, 05 Hugone de Langles, de Bertre, 1 G H25, 06 Noticia testamenti Bertranni de Ver, de Perreria, I 1 D H25, 07 Bartholomei Capelle 1 G H25, 11 I 1 G H25, H25, H25, 17 De molendino Joceranni de Brancium.de Perreria 1 D H25, H25, 19 De Artaldo de Chamilia Sancte Helene 1 D 160

175 Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H25, 21 Mathilda abbatissa Romaricensis 1 C H25, 22 De Bernardi de Buxi, de [ ] de Bertre Centre H25, 23 IND H25, 24 Carta Gaufridi Dalmacii de vavra 1 G H25, H25, H25, 27 IND H25, 28 Rodulfus de Buxi Centre H25, 29 Dalmacii de Chavanes de vavra 4 H25, 29 Dalmacii de Chavanes 1 G H25, 30 IND H25, H25, H25, H25, 34 Arnulfi de sancta Helena. 4 H25, 34 Arnulfi de sancta Helena 1 C 161

176 Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H25, H25, 40 Henrico Grosso [ ] A H25, 41 De Bertre, de Guichardo de Sado 1 G H25, 42 IND H25, H25, H25, 45 Petri de Breil de vavra 4 H25, 45 Petri de Breil de vavra 3 H25, H25, 47 Radulfus de Buxi sancte Helene 1 C H25, H25, 49 De Milice Lambertus de Expire 1 C H25, H25, 51 Guichardi de Saula 1 C H25, 52 Simonis de Sinemuro[ ] 1 G 162

177 Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H25, H25, 54 Roberti Viviani, de Chasuil. 1 D H25, D H25, H25, H25, H25, 59 Guidonis de Senice de Chavaus 1 D H25, 60 Guichardi de la Sala 1 G H25, H25, Centre Total

178 La quatrième couche archivistique : les pancartes Cote actuelle et # de Duby. Transcription de l annotation Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H24, 01 #1, p. 41 De [ ] monachorum [ ] apud Firmitatem 1 H24, 03 #21, p. 164 IND 1 H24, 04 #17, p De Chasuil 1 C H24, 04 #17, p Ann #2 + a, continetur IIII 1 C H24, 06 #7, p. 98 Prima in qua sunt decem et novem, AAA. 1 D H24, 07 #2, p. 52 Prima in qua III sunt carte : Guidonis de Sala, Joceranni [ ] B B. 1 C H24, 07 #2, p. 52 De sancto Nicolao 1 C H24, 10 #14, p. 135 De Raimundo de Buxi, etc. 1 H24, 10 #14, p. 135 VI a in qua novem sunt carta. 1 D H24, 11 #15, p. 139 Galteri Cabilonensis episcopi et Vidonis fratris ejus [ ] In qua IIII cim sunt carte. A A 1 D 164

179 Cote actuelle et # de Duby. Transcription de l annotation Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H24, 14 #5, p. 65 In qua sunt LI a 1 D H24, 15 #3, p. 56 [ ] vavra sancti Martini 1 C H24, 15 #3, p. 56 Prima in qua novem sunt carte, A A A A, I a Roberti Heremite 1 D H24,16 #18, p. 156 Donum Attonis de Capella, de Viler et aliorum plurimorum + V a, continet V numeratas supra. 1 C H24,16 #18, p. 156 De Chasuil. H24, 37 #26, p H25, 01 #8 p H25, 02 #9, p. 113 De petraria 1 H25, 02 #9, p. 113 VI A in qua sunt VIII 1 C H25, 03 #10, p. 116 Secunda in qua sunt tresdecim carte. A 1 G H25, 04 #19, p. 159 VII a, puis IIII, continet cartas numeratas a VII usque, De Chasuil Centre H25, 08 #11, p. 122 Tercia in qua sunt decem. AA 165

180 Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H25, 09 #12, p. 199 De Petraria, Bertranni de Ver,in quas sunt tres. VIII puis I A A 1 G H25, 10 #20, p. 163 II a carte de Melice, III cim sunt in hac carta. 1 C, 1 D H25, 12 1 D #16, p. 148 VI A H25, 12 #16, p. 148 [ ] in qua quatuor sunt carte. 1 C H25, 14 #6, p. 90 In qua sunt IIII cim 1 D H25, 15 #4, p. 63 De sancto Nicolao, V a, puis III a. In qua due [sunt]. H25, 20 #13, p. 132 De Boneto de Sarmaisie, etc, VI a in qua sunt V. Petraria A. 1 H25, 36 #24, p. 191 Confirmatio cardinalis carte de Clux 1 D H25, 37 #23, p. 188 Fondamentum grangie de Clux 1 Total

181 La quatrième couche archivistique : les chartes. Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H24, 02. C, VII a 1. H24, 05 V a 1 H24, 08 Galteri Cabilonensis episcopi et Vidonis de Serce fratris ejus, A A 1 D H24, 09 De Nuilliaco, VII, 1 G H24, 09 Humberti de Pevreria et fratris ejus. A A 1 D H24, 12 IND 1 H24, 13 I a, puis II A, puis VII a, C; H24, 17 Petraria, IIII a, A. 1 G H24, 18 De perreria 1 D H24, 18 De Nemore super Grison, de dono monachorum sancti Petri Cabilonensis, V a, A A A H24, 20. De Ledone,[ ] 1 D H24, 21 De Chavas, C, a 1 D 167

182 Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H24, 22 De Girardo Fabro cum tenemento, LIIII, B 1 H24, 23 De Chasuil 1 G H24, 23 V a, a. 1 C H24, 24. De Ledone [ ] C H24, 25 L a, a. Chasuil 1 G, 1 D H24, H24, 36 I a a Clux. 1 G H25, 05 I A, puis V a, B 1 G H25, 06 De Perreria, Bertranni de Ver. II, puis V a 1 G H25, 07 De sancto Nicolao II a in qua sunt una, A A 1 D H25, 11 VIIII Centre H25, 11 Willelmus de Pevreria, A 1 D H25, 11 De Nuly 1 G H25, 13 Comitis Gerardi, transcriptum de dono [ ] A, II a 1 G H25, 16 Petri Cab. episcopi, de Sagona et piscatione ejus et cetera, II a A 1 C 168

183 Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H25, 16 De Cabilone 1 G H25, 17 V a, A, Colunietes. 1 D H25, 18 Trnscriptum de Molendino de Culunietes 1 C H25, 19 Araudus de Chamili[ ], de Chasuil, [ ] a. 1 C H25, 21 Melice C H25, 22 De Bertre G H25, 23 IND H25, 24 De Chasuil, V a, a. 1 C H25, H25, 26 Facta est [ [ de [ ], LI B. H25, 26 De Gaufridi Dalmacii super usibus necessariis ad pasturas porcorum et animalium in potestate Marcialliaci, transcriptum. 1 C H25, 27 De Chavas, V a, B 1 G H25, 28 Rodulfus de Buxi 1 D 169

184 Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H25, 28 De Chasuil II, a 1 G H25, 29 Dalmacii de Chavanes 1 G H25, 29 [ ], a. H25, 29 De Chasuil H25, 30 IND H25, 31 IND 1 D H25, 32 De Chasuil 1 D H25, 32 LIIII, a 1 C H25, 33 De Chasuil, Rodulfi de Buxi, [ ] a, a 1 G H25, 34 Arnulfi de sancta Helena. 1 D H25, 34 De Chasuil VIII a, a 1 C H25, 39 Bartholomeus de Genestie 1 C. H25, 39 De Chasuil VIII a, a 1 G H25, 40 Confirmatio 1 G H25, 40 [ ] a, puis II; B B 1 D H25, 41 De Bertre III a, C 1 G 170

185 Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H25, 42 IND [ ] a 1 G H25, 43 I a A 1 G H25, 44 Bernardi de Julie, de Nuly, I a, C 1 D H25, 45 Petri de Bruil, de Chasuil, LI, a. 1 C H25, 46 De la Sale Guichardus de sancto Nicolao 1 G H25, 46 ann #1 + de impigneratione Argenchie. 1 G H25, 46 V a, puis IIII, B a 1 G H25, 47 De Chasuil, [ ], a. 1 D H25, 48 [ ] Guillelmi comitis Cabilonei [ ], V a 1 C H25, 49 A A, IIII 1 G H25, 49 Ann#3 +Montiscuti prepositi. 1 D H25, 50 Henrico Grosso, de sancto Nicolao, I[ ], I, B, 1 G H25, 51 De sancto Nicolao, VI a, B 1 G 171

186 Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H25, 51 Ann #1 + de dono Argenchie. 1 C H25, 52 Symon de Luzi de Lavalete,A 1 G [ ], puis I a H25, 53 De Chasuil, Roclinus de Givre, LI a, a. 1 D H25, 54 De Avoisia 1 D H25, 54 LII, a 1 C H25, 55 Petrus Salner, de Ledone I a, A 1 D H25, 56 De Chavas, I a, B 1 G H25, 56 III a C 1 D H25, 57 V a, B, puis III C 1 C H25, 58 De Chasuil, L. de Marcille, LI a, a. 1 G H25, Centre H25, 60 De sancto Nicolao, VII a B. 1 G H25, 61 V a, C. 1 G H25, 62 Girardus Putoit, LVIII a, a. 1 C H25, 62 De Chasuil 1 G Total (51) (49) 172

187 La cinquième couche archivistique : les pancartes. Cote actuelle et # de Duby. Transcription de l annotation Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H24, 01 #1, p H24, 03 #21, p. 164 IND. 1 H24, 04 #17, p Prima in qua sunt quatuor. 1 C H24, 06 #7, p. 98 Prima Petraria 1 C H24, 07 #2, p. 52 III Guidonis de Saula, Joceranni de Saula et domine Gualiene. 1 D H24, 10 #14, p. 135 III, a 1 H24, 11 #15, p. 139 Prima carta, A, Nully. 1 D H24, 14 #5, p H24, 15 #3, p. 56 prima 1 D H24,16 #18, p H24, 37 #26, p.207 IIII, a, domine Margarete domine de Navilliaco et Hugone de Palvel. 1 G. H25, 01 #8 p

188 Cote actuelle et # de Duby. Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H25, 02 #9, p. 113 VI a, Petraria. 1 C H25, 03 #10, p Centre. H25, 04 #19, p Centre H25, 08 #11, p Centre H25, 09 #12, p. 199 H25, 10 #20, p. 163 H25, 12 #16, p. 148 De eisdem colonia apud Sarmaise cum dominura [ ] Petraria. A A VII a 1 C H25, 12 #16, p. 148 A Nulle Centre H25, 14 #6, p H25, 15 #4, p. 63 III a 1 D H25, 20 #13, p. 132 De terra quam excoluit li [ ] pro soliis censualibus,etc. 1 D H25, 20 #13, p. 132 Petraria, VII a 1 C H25, 36 #24, p. 191 H25, 37 #23, p. 188 III, a 1 D Prima 1 C Total

189 La cinquième couche archivistique : les chartes. Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H24, 02. Arlei de Martilliaco, de quadam terra inter Linoum et Sarmaise, LVII. Petraria. 1 D H24, H24, 08 IIII a, a. 1 D H24, 09 VI a 1 D H24, 12 Roberti Gentilis de terra quam dedit nobis quam tenebat in parrochiatu sancti Ambrosii, Chavax 133, VI 1 H24, 13 II 1 D H24, 17 Petraria, Petraria, A A 1 G H24, 18 a 1 D H24, 20. VIII, a 1 D H24, 21 V 1 D H24, 22 VIII B 1 D H24, 23 VI. 1 C 133 Je ne suis pas certain de cette transcription. Tout indique que ce mot devrait cependant être un nom de lieu. 175

190 Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H24, 24. V 1 D H24, 25 L a 1 C H24, 35 VI 1 G H24, 36 I, a, Clux. 1 G H25, 05 IIII, a. 1 D H25, 06 Petraria, A de colonia de Sarmaisecum colonia Levie et molendino de Crusilles cum campo ante molendinum. []. 1 H25, H25, 11 Ann #4 + archiepiscopi Cabilonensis, VIII 1 D H25, H25, H25, 17 Culunietes, 1 G LIII, a 134 H25, 18 III, a. 1 G H25, 19 VIII 1 D H25, 21 F, II, A. 1 G 134 Le «a» est biffé. 176

191 Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H25, 22 VIII, a. 1 G H25, 23 IND H25, 24 Secunda, II, 1 D H25, H25, 26 LI 1 D H25, 27 Ogerii prioris de sancto Cosma, III. 1 C H25, 28 III 1 G H25, 29 I 1 G H25, 30 VII 1 C H25, 31 [LI]a. 1 D H25, 32 LV 1 D H25, 33 [ ] 135 H25, 34 I a 1 G H25, 39 VII A a 1 D. H25, 40 II A A 1 D H25, 41 VIII, a. A 1 G H25, 42 IND 135 Je n aperçois pas la cote, qui devrait pourtant être là, puisque celle de la couche #4 a été biffée. 177

192 Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H25, 43 LI 1 D H25, 44 III, a. 1 D H25, 44 Nully 1 G H25, 45 LII, due sunt. 1 G H25, 46 IIII 1 D H25, 47 III 1 D H25, 48 LVIII 1 G H25, H25, 50 Henrici Grossi quod nihil reclamavit in tota terra Argenchie, VIII, a. 1 D H25, 51 Guichardi de Sala, VI a 1 C H25, H25, 53 LII 1 D H25, 54 LIII 1 G H25, 55 I, a. 1 G H25, 56 De a[ ]itatione calumpniarum, VIII. 1 G 178

193 Cote actuelle Transcription Orientation Localisation Distinction des éléments de l annotation Gau. Droite Haut Bas Zone G N A C H25, 57 [ ]VIII. 1 D H25, 58 II 1 D H25, 59 I 1 G H25, 60 VII, A. 1 G H25, 61 VII A 1 G H25, 61 Nully 1 D H25, 62 LI 1 D Total

194

195 Annexe 3 : Cartes des environs de La Ferté. Carte des environs de La Ferté, 1/ Source : Georges DUBY, op. cit., p

196 182 Carte des environs de La Ferté Source : Georges DUBY, op. cit., p. 258.

PRÉSENTATION DU MÉMOIRE PROFESSIONNEL

PRÉSENTATION DU MÉMOIRE PROFESSIONNEL Validation de la scolarité des professeurs et CPE stagiaires des premier et second degrés Année 2007-2008 PRÉSENTATION DU MÉMOIRE PROFESSIONNEL I. SUPPORT Chaque stagiaire devra rendre son mémoire sur

Plus en détail

NORMES DE PRÉSENTATION DES MANUSCRITS

NORMES DE PRÉSENTATION DES MANUSCRITS Les Presses de l Université du Québec NORMES DE PRÉSENTATION DES MANUSCRITS Le manuscrit, en version complète et définitive, doit être présenté de la manière la plus simple et uniforme possible, afin de

Plus en détail

Stages en archives pendant l apprentissage d agent-e en information documentaire liste de contrôle

Stages en archives pendant l apprentissage d agent-e en information documentaire liste de contrôle Stages en archives pendant l apprentissage d agent-e en information documentaire liste de contrôle De nombreux archivistes se sont déjà interrogés sur la manière d organiser un stage en archives pour des

Plus en détail

Méthode du commentaire de document en Histoire

Méthode du commentaire de document en Histoire Méthode du commentaire de document en Histoire I. Qu est-ce qu un commentaire de document? En quelques mots, le commentaire de texte est un exercice de critique historique, fondé sur la démarche analytique.

Plus en détail

04 67 67 37 50 missionarchives@cdg34.fr. Tenue des registres des actes administratifs

04 67 67 37 50 missionarchives@cdg34.fr. Tenue des registres des actes administratifs Tenue des registres des actes administratifs Depuis le 11 juillet 2010, les registres des actes administratifs font l objet d une nouvelle réglementation qui précise les contenus des registres et les modalités

Plus en détail

L ÉGLISE AU MOYEN ÂGE

L ÉGLISE AU MOYEN ÂGE L ÉGLISE AU MOYEN ÂGE Compétence Comprendre l importance de l Église dans la vie des hommes au Moyen Âge. Quelle impression te donne l église dans cette photographie, par rapport aux autres constructions?

Plus en détail

ICA Congress, Brisbane 2012 Thème général : Les temps qui changent. La confiance et les archives*

ICA Congress, Brisbane 2012 Thème général : Les temps qui changent. La confiance et les archives* ICA Congress, Brisbane 2012 Thème général : Les temps qui changent. La confiance et les archives* Titre : Un résumé de la pratique archivistique internationale adaptée au niveau local : manuel pratique

Plus en détail

Nom de l application

Nom de l application Ministère de l Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique Direction Générale des Etudes Technologiques Institut Supérieur des Etudes Technologiques de Gafsa Département Technologies de l Informatique

Plus en détail

Réaliser la fiche de lecture du document distribué en suivant les différentes étapes de la méthodologie (consulter le support du TD!

Réaliser la fiche de lecture du document distribué en suivant les différentes étapes de la méthodologie (consulter le support du TD! Réaliser la fiche de lecture du document distribué en suivant les différentes étapes de la méthodologie (consulter le support du TD!) 1. Réaliser la note sur l auteur (bien lire le document, utiliser Internet)

Plus en détail

Guide du RDAQ. Comment saisir des descriptions de fonds et collections dans le Réseau de diffusion des archives du Québec (RDAQ)

Guide du RDAQ. Comment saisir des descriptions de fonds et collections dans le Réseau de diffusion des archives du Québec (RDAQ) Guide du RDAQ Comment saisir des descriptions de fonds et collections dans le Réseau de diffusion des archives du Québec (RDAQ) Table des matières Qu est-ce que le Réseau de diffusion des archives du Québec?

Plus en détail

Matériel. . 9 cartes Personnage

Matériel. . 9 cartes Personnage Avec cette extension, les règles de base peuvent être modifiées de cinq façons différentes et combinables comme bon vous semble Les dames de Troyes font leur apparition sous la forme de trois nouvelles

Plus en détail

Comment rédiger une bibliographie. Bibliothèque Collège François-Xavier-Garneau 2009. Tiré à part du Guide de l étudiant

Comment rédiger une bibliographie. Bibliothèque Collège François-Xavier-Garneau 2009. Tiré à part du Guide de l étudiant Comment rédiger une bibliographie Bibliothèque Collège François-Xavier-Garneau 2009 Tiré à part du Guide de l étudiant 2 Table des matières Notice bibliographique pour un ouvrage de référence (dictionnaire

Plus en détail

REMARQUES SUR LE PETIT FRAGMENT DE TABLETTE CHYPRO MINOENNE TROUVÉ A ENKOMI EN 1952. par EMILIA MAS SON

REMARQUES SUR LE PETIT FRAGMENT DE TABLETTE CHYPRO MINOENNE TROUVÉ A ENKOMI EN 1952. par EMILIA MAS SON REMARQUES SUR LE PETIT FRAGMENT DE TABLETTE CHYPRO MINOENNE TROUVÉ A ENKOMI EN 952 par EMILIA MAS SON. C'est pendant sa campagne de 952 à Enkomi que M. Porphyrios Dikaios a trouvé un petit fragment de

Plus en détail

LA TENUE DES ARCHIVES

LA TENUE DES ARCHIVES ARCHIVES DEPARTEMENTALES DU BAS-RHIN Mise à jour : Avril 2013 GUIDE PRATIQUE POUR LA TENUE DES ARCHIVES RAPPEL DES NOTIONS ET PRINCIPES Tous les documents produits par un service constituent, quelle que

Plus en détail

GESTION DES ARCHIVES

GESTION DES ARCHIVES GESTION DES ARCHIVES Principes et législation NOTIONS FONDAMENTALES D ARCHIVISTIQUE Définition de l archive Définition du producteur d archives Les outils de gestion des archives Principes Outils fondés

Plus en détail

Groupe de travail : gestion, conservation et communication des archives

Groupe de travail : gestion, conservation et communication des archives DE L'ARIEGE Groupe de travail : gestion, conservation et communication des archives Mercredi 26 octobre 2011 9h - 12h 4 Rue Raoul Lafagette 09000 FOIX Tél : 05.34.09.32.40 Fax : 05.34.09.30.88 www.cdg09.fr

Plus en détail

Once the installation is complete, you can delete the temporary Zip files..

Once the installation is complete, you can delete the temporary Zip files.. Sommaire Installation... 2 After the download... 2 From a CD... 2 Access codes... 2 DirectX Compatibility... 2 Using the program... 2 Structure... 4 Lier une structure à une autre... 4 Personnaliser une

Plus en détail

L ARCHIVAGE LEGAL : CE QU IL FAUT SAVOIR

L ARCHIVAGE LEGAL : CE QU IL FAUT SAVOIR L ARCHIVAGE LEGAL : CE QU IL FAUT SAVOIR INTRODUCTION A la suite de grands scandales financiers qui ont ébranlés le monde des affaires, les instances législatives et réglementaires des Etats Unis ont remis

Plus en détail

Manuscrits du Moyen Age

Manuscrits du Moyen Age Manuscrits du Moyen Age (Dossier pédagogique réalisé par le service éducatif de la MGT) 1. Qu est-ce qu un manuscrit? Voici deux ouvrages conservés à la MGT. Histoire des quatre fils Aymons, XVIIe siècle

Plus en détail

LES PROCEDURES DE LA POLITIQUE D ARCHIVAGE

LES PROCEDURES DE LA POLITIQUE D ARCHIVAGE LES PROCEDURES DE LA POLITIQUE D ARCHIVAGE La mise en place d une politique d archivage offre des solutions pour assurer une gestion pérenne des archives. Ce guide de procédure doit : - servir de base

Plus en détail

STAGE D INITIATION RAPPORT DE. Elaboré par. Prénom NOM. Encadré par : Mr Prénom NOM (Société) Société d accueil :. (Sigle de la société d accueil)

STAGE D INITIATION RAPPORT DE. Elaboré par. Prénom NOM. Encadré par : Mr Prénom NOM (Société) Société d accueil :. (Sigle de la société d accueil) (Sigle de la société d accueil) REPUBLIQUE TUNISIENNE ***** MINISTERE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR, DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE ET DE LA TECHNOLOGIE ***** DIRECTION GENERALE DES ETUDES TECHNOLOGIQUES *****

Plus en détail

Soumission des articles pour l ICOFOM Study Series

Soumission des articles pour l ICOFOM Study Series Soumission des articles pour l ICOFOM Study Series Procédure Les articles seront soumis à un comité de lecture pour une évaluation en double aveugle. A la suite des recommandations, si l article est accepté,

Plus en détail

Les Éditions du patrimoine présentent La tenture de l Apocalypse d Angers Collection «Sensitinéraires»

Les Éditions du patrimoine présentent La tenture de l Apocalypse d Angers Collection «Sensitinéraires» é Les Éditions du patrimoine présentent La tenture de l Apocalypse d Angers Collection «Sensitinéraires» >Un ouvrage conçu en collaboration avec l IRAG (Institut pour la recherche d applications gravées),

Plus en détail

Commentaires de. l Association québécoise pour le patrimoine industriel (Aqpi) sur le document. Un regard neuf sur le patrimoine culturel

Commentaires de. l Association québécoise pour le patrimoine industriel (Aqpi) sur le document. Un regard neuf sur le patrimoine culturel Commentaires de l Association québécoise pour le patrimoine industriel (Aqpi) sur le document Un regard neuf sur le patrimoine culturel Dans le cadre de la consultation publique pour une révision de la

Plus en détail

S organiser autrement

S organiser autrement S organiser autrement Dominique Tibéri enseignant en cycle 3 et formateur à l IUFM Nancy (54) propose ici une alternative à la préparation de classe telle qu elle est demandée par l Institution. Préparer

Plus en détail

www.imprimermonlivre.com

www.imprimermonlivre.com 0 www.imprimermonlivre.com Composition d une couverture avec Word L objectif de ce guide est de vous proposer un mode opératoire pour créer une couverture avec Word. Nous vous rappelons toutefois que Word

Plus en détail

LES CARTES À POINTS : POUR UNE MEILLEURE PERCEPTION

LES CARTES À POINTS : POUR UNE MEILLEURE PERCEPTION LES CARTES À POINTS : POUR UNE MEILLEURE PERCEPTION DES NOMBRES par Jean-Luc BREGEON professeur formateur à l IUFM d Auvergne LE PROBLÈME DE LA REPRÉSENTATION DES NOMBRES On ne conçoit pas un premier enseignement

Plus en détail

Manuel de mise en page de l intérieur de votre ouvrage

Manuel de mise en page de l intérieur de votre ouvrage Manuel de mise en page de l intérieur de votre ouvrage Merci de suivre strictement les recommandations de ce manuel qui a pour but de vous aider à préparer un livre dont la qualité de mise en page est

Plus en détail

IMPORTANT! à conserver pour consultation ultérieure

IMPORTANT! à conserver pour consultation ultérieure 3,5-15 kg IMPORTANT! à conserver pour consultation ultérieure Le Tri-Cotti est disponible en 3 tailles : Small = 34, 36, 38 Medium = 40, 42 Large = 44, 46. Pour choisir la bonne taille, il ne faut pas

Plus en détail

DOCUMENT L HISTOIRE DE L ÉDUCATION EN FRANCE

DOCUMENT L HISTOIRE DE L ÉDUCATION EN FRANCE 209 DOCUMENT L HISTOIRE DE L ÉDUCATION EN FRANCE Pierre Caspard Service d Histoire de l Éducation, France. En février 2013, Antoine Prost a reçu des mains du ministre de l Éducation nationale français,

Plus en détail

TERMES DE RÉFÉRENCE AXE : FORMATION PORTAIL, INTRANET ET OUTILS DE COMMUNICATION : SHAREPOINT

TERMES DE RÉFÉRENCE AXE : FORMATION PORTAIL, INTRANET ET OUTILS DE COMMUNICATION : SHAREPOINT REPUBLIQUE TUNISIENNE --*-- MINISTERE DE L ENSEIGNEMENT SUPERIEUR, DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE, DES TECHNOLOGIES DE L INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION TERMES DE RÉFÉRENCE AXE : FORMATION PORTAIL, INTRANET

Plus en détail

CONSEILS POUR LA REDACTION DU RAPPORT DE RECHERCHE. Information importante : Ces conseils ne sont pas exhaustifs!

CONSEILS POUR LA REDACTION DU RAPPORT DE RECHERCHE. Information importante : Ces conseils ne sont pas exhaustifs! CONSEILS POUR LA REDACTION DU RAPPORT DE RECHERCHE Information importante : Ces conseils ne sont pas exhaustifs! Conseils généraux : Entre 25 et 60 pages (hormis références, annexes, résumé) Format d un

Plus en détail

Diapo 1. Objet de l atelier. Classe visée. Travail en co-disciplinarité (identité et origine académique des IEN)

Diapo 1. Objet de l atelier. Classe visée. Travail en co-disciplinarité (identité et origine académique des IEN) COMMENTAIRE Séminaire national Réforme de la série Gestion-administration Lyon 10 et 11 mai 2012 Vendredi matin Martine DECONINCK (IEN EG), Michèle SENDRE (IEN L), Isabelle VALLOT (IEN EG) Diapo 1. Objet

Plus en détail

GUIDE POUR ÉLABORER LE PORTRAIT DOCUMENTAIRE D'UN POSTE DE CLASSEMENT DES DOCUMENTS ADMINISTRATIFS

GUIDE POUR ÉLABORER LE PORTRAIT DOCUMENTAIRE D'UN POSTE DE CLASSEMENT DES DOCUMENTS ADMINISTRATIFS 1 GUIDE POUR ÉLABORER LE PORTRAIT DOCUMENTAIRE D'UN POSTE DE CLASSEMENT DES DOCUMENTS ADMINISTRATIFS Version 2 Outil de gestion documentaire Saint-Félicien TABLE DES MATIÈRES 2 Conditions d'utilisation

Plus en détail

Guide de rédaction des. références bibliographiques et citations. Médiathèque EM Normandie

Guide de rédaction des. références bibliographiques et citations. Médiathèque EM Normandie Guide de rédaction des références bibliographiques et citations Médiathèque EM Normandie Le Havre 2010/2011 Sommaire Introduction... 3 1. Les références bibliographiques... 3 2. Livre et un chapitre de

Plus en détail

Etude réalisée par Ambroise Bouteille et Associés pour le compte de l OPIIEC. Juin 2008, Synthèse OPIIEC

Etude réalisée par Ambroise Bouteille et Associés pour le compte de l OPIIEC. Juin 2008, Synthèse OPIIEC ETUDE SUR LES CERTIFICATIONS LIEES AUX METIERS DU REFERENTIEL DE LA BRANCHE DES BUREAUX D ETUDES TECHNIQUES, CABINETS D INGENIEURS-CONSEILS ET SOCIETES DE CONSEIL Etude réalisée par Ambroise Bouteille

Plus en détail

Comment utiliser WordPress»

Comment utiliser WordPress» Comment utiliser WordPress» Comment utiliser WordPress» Table des matières» Table des matières Guide de démarrage rapide»... 2 Tableau de bord de WordPress»... 3 Rédiger un article»... 3 Modifier l article»...

Plus en détail

Formulaire de candidature pour les bourses de mobilité internationale niveau Master/ Application Form for International Master Scholarship Program

Formulaire de candidature pour les bourses de mobilité internationale niveau Master/ Application Form for International Master Scholarship Program Formulaire de candidature pour les bourses de mobilité internationale niveau Master/ Application Form for International Master Scholarship Program Année universitaire / Academic Year: 2013 2014 INTITULE

Plus en détail

Mensuration officielle Plan de conservation et d archivage de données et de documents (PCA)

Mensuration officielle Plan de conservation et d archivage de données et de documents (PCA) Directive du 23 juin 2014 (état au 29 janvier 2015) Mensuration officielle Plan de conservation et d archivage de données et de documents (PCA) Editeur Groupe de travail «Archivage de données de la MO»

Plus en détail

LES REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES guide à l usage des étudiants. sources : éléments :

LES REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES guide à l usage des étudiants. sources : éléments : LES REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES guide à l usage des étudiants sources : Les deux sources d information pour l élaboration d une liste de références bibliographiques sont : - le document lui-même (les informations

Plus en détail

TROUSSE D INSTRUCTIONS SUR LA SOUS-LOCATION

TROUSSE D INSTRUCTIONS SUR LA SOUS-LOCATION RÉVISÉ LE 16 DÉCEMBRE 2013 TROUSSE D INSTRUCTIONS SUR LA SOUS-LOCATION Tout locataire d un bail de terres de la Couronne qui désire sous-louer son bail doit préalablement en obtenir l autorisation du ministère

Plus en détail

Formulaire de candidature pour les bourses de mobilité internationale niveau Master/ Application Form for International Master Scholarship Programme

Formulaire de candidature pour les bourses de mobilité internationale niveau Master/ Application Form for International Master Scholarship Programme Formulaire de candidature pour les bourses de mobilité internationale niveau Master/ Application Form for International Master Scholarship Programme Année universitaire / Academic Year: 2013 2014 A REMPLIR

Plus en détail

Dossier Technologies. 16 Assurance

Dossier Technologies. 16 Assurance Pour y voir Qu il soit question de normes, d élaboration d outils de gestion de données ou de vente de produits d assurance en ligne, des interrogations, des inquiétudes, 16 Assurance Elenka Alexandrov

Plus en détail

Voici les textes des fichiers associés au bulletin inf@ CA. Notez que vous retrouverez dans ces textes les nouvelles de toutes les régions.

Voici les textes des fichiers associés au bulletin inf@ CA. Notez que vous retrouverez dans ces textes les nouvelles de toutes les régions. Voici les textes des fichiers associés au bulletin inf@ CA de cette semaine. Notez que vous retrouverez dans ces textes les nouvelles de toutes les régions. Nouvelle Montréal, le 3 février 2004 Gala de

Plus en détail

Ministère de la Culture et de la Communication

Ministère de la Culture et de la Communication Par Thierry CLAERR, Service du Livre et de la Lecture Jean-François MOUFFLET, Service interministériel des Archives de France Ministère de la Culture et de la Communication Stockage et conservation des

Plus en détail

COMMENT REDIGER UN RAPPORT TECHNIQUE?

COMMENT REDIGER UN RAPPORT TECHNIQUE? COMMENT REDIGER UN RAPPORT TECHNIQUE? Christiaens Sébastien Université de Liège Département PROMETHEE Institut de Mécanique et de Génie Civil, Bât. B52 Chemin des Chevreuils, 1 B-4000 Liège, Belgique Janvier

Plus en détail

La reddition de comptes dans le cadre du soutien à la mission globale

La reddition de comptes dans le cadre du soutien à la mission globale La reddition de comptes dans le cadre du soutien à la mission globale Programme de soutien aux organismes communautaires SERVICES SOCIAUX Édition : La Direction des communications du ministère de la Santé

Plus en détail

ETAT CIVIL FONCTIONS

ETAT CIVIL FONCTIONS ETAT CIVIL Nom : Prénom : REGAD - ALBERTIN Caroline Date de naissance : 08/04/1984 Adresse professionnelle : Courriel : Université de Toulon Faculté de droit 35, avenue Alphonse Daudet BP 1416 83056 TOULON

Plus en détail

Université de Lausanne

Université de Lausanne Université de Lausanne Organisation et classement des documents électroniques Page 2 Ce qui se conçoit bien s énonce clairement Nicolas Boileau Page 3 Table des matières Qu est- ce que le «records management»?...

Plus en détail

Les documents primaires / Les documents secondaires

Les documents primaires / Les documents secondaires Les documents primaires / Les documents secondaires L information est la «matière première». Il existe plusieurs catégories pour décrire les canaux d information (les documents) : - Les documents primaires

Plus en détail

Université de Lorraine Licence AES LIVRET DE STAGE LICENCE 2014-2015

Université de Lorraine Licence AES LIVRET DE STAGE LICENCE 2014-2015 Université de Lorraine Licence AES LIVRET DE STAGE LICENCE 2014-2015 1 LA REDACTION DU RAPPORT DE STAGE Le mémoire ne doit pas consister à reprendre tels quels des documents internes de l entreprise ou

Plus en détail

ÉCOLE SECONDAIRE PÈRE-RENÉ-DE-GALINÉE

ÉCOLE SECONDAIRE PÈRE-RENÉ-DE-GALINÉE ÉCOLE SECONDAIRE PÈRE-RENÉ-DE-GALINÉE FRANÇAIS 12 e année Date: mars-juin 2015 Course Code: FRA 4U Enseignante: Mme L. Campagna et Mme Ducatel NOM DE L ÉLÈVE : Projet : Projet autonome Durée de l unité

Plus en détail

ONTARIO Court File Number. Form 17E: Trial Management Conference Brief. Date of trial management conference. Name of party filing this brief

ONTARIO Court File Number. Form 17E: Trial Management Conference Brief. Date of trial management conference. Name of party filing this brief ONTARIO Court File Number at (Name of court) Court office address Form 17E: Trial Management Conference Brief Name of party filing this brief Date of trial management conference Applicant(s) Full legal

Plus en détail

Corps des nombres complexes, J Paul Tsasa

Corps des nombres complexes, J Paul Tsasa Corps des nombres complexes, J Paul Tsasa One Pager Février 2013 Vol. 5 Num. 011 Copyright Laréq 2013 http://www.lareq.com Corps des Nombres Complexes Définitions, Règles de Calcul et Théorèmes «Les idiots

Plus en détail

Projet. Politique de gestion des documents et archives. Service du greffe (Avril 2012)

Projet. Politique de gestion des documents et archives. Service du greffe (Avril 2012) Projet Politique de gestion des documents et archives Service du greffe (Avril 2012) Ensemble des documents, quel que soit leur date, leur nature ou leur support, réunis (élaborés ou reçus) par une personne

Plus en détail

CHAMBRE PRÉLIMINAIRE II SITUATION EN RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

CHAMBRE PRÉLIMINAIRE II SITUATION EN RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE ICC-01/05-01/13-90-Red 17-12-2014 1/6 EK PT Original : français N : ICC-01/05-01/13 Date de la version originale : 14 janvier 2014 Date de la version publique expurgée : 17 décembre 2014 CHAMBRE PRÉLIMINAIRE

Plus en détail

LES METIERS DES ARCHIVES

LES METIERS DES ARCHIVES , Juillet 2011 LES METIERS DES ARCHIVES Un document réalisé par le SIOU Campus Croix-Rouge SIOU-BAIP - Rue Rilly-la-Montagne 51100 REIMS 03.26.91.87.55 mail : siou.campuscroixrouge@univ-reims.fr Sommaire

Plus en détail

7. ECONOMIE 7.1. TRAVAIL DE BUREAU ENCODEUR / ENCODEUSE DE DONNEES

7. ECONOMIE 7.1. TRAVAIL DE BUREAU ENCODEUR / ENCODEUSE DE DONNEES CCPQ Rue A. Lavallée, 1 1080 Bruxelles Tél. : 02 690 85 28 Fax : 02 690 85 78 Email : ccpq@profor.be www.enseignement.be 7. ECONOMIE 7.1. TRAVAIL DE BUREAU ENCODEUR / ENCODEUSE DE DONNEES PROFIL DE FORMATION

Plus en détail

that the child(ren) was/were in need of protection under Part III of the Child and Family Services Act, and the court made an order on

that the child(ren) was/were in need of protection under Part III of the Child and Family Services Act, and the court made an order on ONTARIO Court File Number at (Name of court) Court office address Applicant(s) (In most cases, the applicant will be a children s aid society.) Full legal name & address for service street & number, municipality,

Plus en détail

[WINDOWS 7 - LES FICHIERS] 28 avril 2010. Logiciel / Windows

[WINDOWS 7 - LES FICHIERS] 28 avril 2010. Logiciel / Windows Ce dossier a une forme un peu différente des précédentes : c est un ensemble de «fiches» décrivant chacune une des opérations que l on peut effectuer avec un fichier (enregistrer, renommer, etc.). Chaque

Plus en détail

Mémoire du Master 120 en COMU * modalités et mise en oeuvre

Mémoire du Master 120 en COMU * modalités et mise en oeuvre Mémoire du Master 120 en COMU * modalités et mise en oeuvre Ecole de Communication www.uclouvain.be/comu Octobre 2014-LM Mémoire du Master 120 modalités : Table des matières Différentes formules de mémoire...

Plus en détail

GUIDE D UTILISATION DU BACKOFFICE

GUIDE D UTILISATION DU BACKOFFICE GUIDE D UTILISATION DU BACKOFFICE 1. Modifier les pages du site : - Aller dans l onglet «PAGE HTML», puis «Liste des pages HTML» - Pour visualiser votre page, cliquer sur le nom écrit en vert, dans la

Plus en détail

UNE EXPERIENCE, EN COURS PREPARATOIRE, POUR FAIRE ORGANISER DE L INFORMATION EN TABLEAU

UNE EXPERIENCE, EN COURS PREPARATOIRE, POUR FAIRE ORGANISER DE L INFORMATION EN TABLEAU Odile VERBAERE UNE EXPERIENCE, EN COURS PREPARATOIRE, POUR FAIRE ORGANISER DE L INFORMATION EN TABLEAU Résumé : Cet article présente une réflexion sur une activité de construction de tableau, y compris

Plus en détail

Structure fonctionnelle d un SGBD

Structure fonctionnelle d un SGBD Fichiers et Disques Structure fonctionnelle d un SGBD Requetes Optimiseur de requetes Operateurs relationnels Methodes d acces Gestion de tampon Gestion de disque BD 1 Fichiers et Disques Lecture : Transfert

Plus en détail

RESPONSABLE DU DEVELOPPEMENT COMMERCIAL IMPORT EXPORT

RESPONSABLE DU DEVELOPPEMENT COMMERCIAL IMPORT EXPORT RESPONSABLE DU DEVELOPPEMENT COMMERCIAL IMPORT EXPORT Titre enregistré au Répertoire National des Certifications Professionnelles de niveau II délivré par Université Catholique de l Ouest IPLV (J.O du

Plus en détail

Université de Lausanne

Université de Lausanne Université de Lausanne Records management et archivage électronique : cadre normatif Page 2 Ce qui se conçoit bien s énonce clairement Nicolas Boileau Page 3 Table des matières Qu est- ce que le «records

Plus en détail

1. Informations préliminaires

1. Informations préliminaires 1 Tout d abord, nous vous remercions vivement de faire confiance aux Éditions Honoré Champion, dont le prestige a toujours tenu à l extrême qualité du fond et au soin apporté à la forme. D où ces quelques

Plus en détail

Qu'est ce qu'une archive?

Qu'est ce qu'une archive? Qu'est ce qu'une archive? Par Frédérique Bazzoni, directrice des Archives et du patrimoine mobilier de l Essonne Avant-propos Qu est-ce que l information? Qu est-ce qu une archive? L approche donnée ci-après

Plus en détail

OSGOODE HALL LAW SCHOOL Université York MÉMOIRE PRIVILÉGIÉ ET CONFIDENTIEL

OSGOODE HALL LAW SCHOOL Université York MÉMOIRE PRIVILÉGIÉ ET CONFIDENTIEL OSGOODE HALL LAW SCHOOL Université York MÉMOIRE PRIVILÉGIÉ ET CONFIDENTIEL À : &' 1$,'6 M. Richard Drouin, O.C., c.r. Président, Commission d examen sur la rémunération des juges 2CVTKEM,/QPCJCP DATE :

Plus en détail

INTELLIGENCE ECONOMIQUE : ENJEUX ET RETOUR D EXPERIENCE PILOTE DANS SEPT PMI DE BOURGOGNE

INTELLIGENCE ECONOMIQUE : ENJEUX ET RETOUR D EXPERIENCE PILOTE DANS SEPT PMI DE BOURGOGNE INTELLIGENCE ECONOMIQUE : ENJEUX ET RETOUR D EXPERIENCE PILOTE DANS SEPT PMI DE BOURGOGNE BUSINESS INTELLIGENCE : GOALS AND RESULTS OF A PILOT EXPERIMENT INVOLVING SEVEN SMEs FROM BOURGOGNE Ludovic DENOYELLE,

Plus en détail

L évaluation de la qualité d un dispositif d apprentissage en ligne. Quelles traces mobiliser? Comment les interpréter?

L évaluation de la qualité d un dispositif d apprentissage en ligne. Quelles traces mobiliser? Comment les interpréter? L évaluation de la qualité d un dispositif d apprentissage en ligne. Quelles traces mobiliser? Comment les interpréter? François GEORGES (LabSET ULg) Séminaire Be-ODL 18 novembre 2013 1 Plan La qualité

Plus en détail

Gestion des sauvegardes

Gestion des sauvegardes Gestion des sauvegardes Penser qu un système nouvellement mis en place ou qui tourne depuis longtemps ne nécessite aucune attention est illusoire. En effet, nul ne peut se prémunir d événements inattendus

Plus en détail

CONVENTION INDIVIDUELLE D HABILITATION. «société d assurance indépendante» (Convention complète)

CONVENTION INDIVIDUELLE D HABILITATION. «société d assurance indépendante» (Convention complète) CONVENTION INDIVIDUELLE D HABILITATION «société d assurance indépendante» (Convention complète) Les parties à la convention - Le Ministre de l intérieur représenté par le Préfet de - Raison sociale : numéro

Plus en détail

Site web établissement sous Drupal

Site web établissement sous Drupal Site web établissement sous Drupal Etat Date Rédacteur Version Création 12/12/2013 C. Vilport Pôle Web DASI 1.0 Modification 04/02/2014 C. Vilport Pôle Web DASI 1.1 Diffusion aux 06/02/2014 C. Vilport

Plus en détail

Table des matières. Avant-propos...

Table des matières. Avant-propos... Table des matières Avant-propos................................................. XI Chapitre 1 Découvrir Project 2013.......................... 1 1.1 Introduction.............................................

Plus en détail

Le No.1 de l économie d énergie pour patinoires.

Le No.1 de l économie d énergie pour patinoires. Le No.1 de l économie d énergie pour patinoires. Partner of REALice system Economie d énergie et une meilleure qualité de glace La 2ème génération améliorée du système REALice bien connu, est livré en

Plus en détail

Note sur les procédures et moyens mis en œuvre par Bibliothèque et Archives nationales du Québec pour garantir la conservation, la restitution et l

Note sur les procédures et moyens mis en œuvre par Bibliothèque et Archives nationales du Québec pour garantir la conservation, la restitution et l Note sur les procédures et moyens mis en œuvre par Bibliothèque et Archives nationales du Québec pour garantir la conservation, la restitution et l accessibilité des archives décembre 2010 - 1-1. Mise

Plus en détail

Mode d emploi. Bienvenue sur notrehistoire.ch et merci de votre inscription. Introduction

Mode d emploi. Bienvenue sur notrehistoire.ch et merci de votre inscription. Introduction Mode d emploi Bienvenue sur notrehistoire.ch et merci de votre inscription Nous vous présentons ici quelques informations sur notrehistoire.ch et un mode d emploi simplifié. Vous pouvez obtenir de plus

Plus en détail

4.1. Faire une page de titre 4.2. Rédiger l introduction

4.1. Faire une page de titre 4.2. Rédiger l introduction Nous présentons ici le détail de la présentation générale d un instrument de recherche papier, y compris tous les éléments complémentaires comme la bibliographie et les sources complémentaires (suite du

Plus en détail

UNIVERSITY OF MALTA FACULTY OF ARTS. French as Main Area in an ordinary Bachelor s Degree

UNIVERSITY OF MALTA FACULTY OF ARTS. French as Main Area in an ordinary Bachelor s Degree French Programme of Studies (for courses commencing October 2009 and later) YEAR ONE (2009/10) Year (These units start in and continue in.) FRE1001 Linguistique théorique 1 4 credits Non Compensatable

Plus en détail

Convention sur la réduction des cas d apatridie

Convention sur la réduction des cas d apatridie Convention sur la réduction des cas d apatridie 1961 Faite à New York le 30 août 1961. Entrée en vigueur le 13 décembre 1975. Nations Unies, Recueil des Traités, vol. 989, p. 175. Copyright Nations Unies

Plus en détail

CONDITIONS CONTRACTUELLES GENERALES (CCG)

CONDITIONS CONTRACTUELLES GENERALES (CCG) CONDITIONS CONTRACTUELLES GENERALES (CCG) L Agence nationale de traduction et de certification (OFFI Zrt), s engage en tant que prestataire (par la suite : l Agence) auprès de ses Clients à accomplir les

Plus en détail

Application Form/ Formulaire de demande

Application Form/ Formulaire de demande Application Form/ Formulaire de demande Ecosystem Approaches to Health: Summer Workshop and Field school Approches écosystémiques de la santé: Atelier intensif et stage d été Please submit your application

Plus en détail

Consultation sur le référencement entre assureurs de dommages et carrossiers. Commentaires présentés à L Autorité des marchés financiers

Consultation sur le référencement entre assureurs de dommages et carrossiers. Commentaires présentés à L Autorité des marchés financiers entre assureurs de dommages et carrossiers Commentaires présentés à L Autorité des marchés financiers Novembre 2006 entre assureurs de dommages et carrossiers 2 PRÉAMBULE Le Groupement des assureurs automobiles

Plus en détail

CAHIER DES GARANTIES ET ASSURANCES

CAHIER DES GARANTIES ET ASSURANCES COLLECTE SÉLECTIVE DEVIS NORMALISÉ FOURNITURE DE SERVICES CAHIER DES GARANTIES ET ASSURANCES PRÉPARÉ PAR : MRC DE DRUMMOND NOVEMBRE 2004 DEVIS NORMALISÉ FOURNITURE DE SERVICES CAHIER DES GARANTIES & ASSURANCES

Plus en détail

Numérisation et valorisation des fonds patrimoniaux dans les collectivités

Numérisation et valorisation des fonds patrimoniaux dans les collectivités Numérisation et valorisation des fonds patrimoniaux dans les collectivités Les Archives municipales d Aubervilliers David Desbans Archives municipales et Documentation d Aubervilliers Objectifs et enjeux

Plus en détail

PLAN DE CLASSIFICATION UNIFORME DES DOCUMENTS DU MSSS

PLAN DE CLASSIFICATION UNIFORME DES DOCUMENTS DU MSSS PLAN DE CLASSIFICATION UNIFORME DES DOCUMENTS DU MSSS Février 2011 Édition produite par : Le Service de l accès à l information et des ressources documentaires du ministère de la Santé et des Services

Plus en détail

CONVENTION INDIVIDUELLE D HABILITATION. «Expert en automobile indépendant» (convention complète)

CONVENTION INDIVIDUELLE D HABILITATION. «Expert en automobile indépendant» (convention complète) CONVENTION INDIVIDUELLE D HABILITATION «Expert en automobile indépendant» (convention complète) Les parties à la convention - Le Ministre de l intérieur représenté par M. Jean-Benoît ALBERTINI, Préfet

Plus en détail

CONVENTION DE REPRÉSENTATION sur la protection des adultes et la prise de décisions les concernant, Partie 2

CONVENTION DE REPRÉSENTATION sur la protection des adultes et la prise de décisions les concernant, Partie 2 Pour des renseignements supplémentaires concernant des conventions de représentation, veuillez consulter la brochure intitulée Conventions de représentation. Une convention de représentation est une convention

Plus en détail

Styler un document sous OpenOffice 4.0

Styler un document sous OpenOffice 4.0 Mars 2014 Styler un document sous OpenOffice 4.0 Un style est un ensemble de caractéristiques de mise en forme (police, taille, espacement, etc.) qui sert à structurer un document en l organisant de manière

Plus en détail

Comment sauvegarder ses documents

Comment sauvegarder ses documents Comment sauvegarder ses documents Diffusé par Le Projet Documentation OpenOffice.org OpenOffice.org Documentation Project How-To Table des Matières 1. Préliminaires...3 2. Enregistrer un nouveau document...4

Plus en détail

Mon aide mémoire traitement de texte (Microsoft Word)

Mon aide mémoire traitement de texte (Microsoft Word) . Philippe Ratat Mon aide mémoire traitement de texte (Microsoft Word) Département Ressources, Technologies et Communication Décembre 2006. Sommaire PRÉSENTATION DU DOCUMENT 1 Objectif principal 1 Deux

Plus en détail

MICROSTAGE COM602 Département des lettres et communications. Automne 2015 (10 juin 2015)

MICROSTAGE COM602 Département des lettres et communications. Automne 2015 (10 juin 2015) MICROSTAGE COM602 Département des lettres et communications Automne 2015 (10 juin 2015) Table des matières Centre culturel de l Ude S / Série Arrière cours Publicité et promotion... 3 Centre culturel de

Plus en détail

L ENREGISTREMENT DU COURRIER

L ENREGISTREMENT DU COURRIER FICHE ARCHIVES N 13 L ENREGISTREMENT DU COURRIER Pourquoi l enregistrer? 1. Qui et Quand? 2. Référencer 3. Communicable, Eliminable? Le courrier électronique? Actualités Pourquoi l enregistrer? Instruction

Plus en détail

Guide d usage pour Word 2007

Guide d usage pour Word 2007 Formation TIC Septembre 2012 florian.jacques@etsup.com Guide d usage pour Word 2007 ETSUP 8 villa du Parc Montsouris 75014 PARIS SOMMAIRE Interface... 2 Organiser son espace de travail... 3 La barre d

Plus en détail

Appel à communication Colloque. 16 et 17 octobre 2014

Appel à communication Colloque. 16 et 17 octobre 2014 Appel à communication Colloque 16 et 17 octobre 2014 «IFRS Bâle Solvency : Impacts des contraintes comptables et réglementaires sur les établissements financiers» IAE de Poitiers Laboratoire CEREGE Le

Plus en détail

Guide de l utilisateur Auteurs

Guide de l utilisateur Auteurs Guide de l utilisateur Auteurs Système de gestion des droits de reproduction en ligne de Copibec Table des matières Introduction 5 Compte 6 Inscription d un nouveau compte 6 Gestion des comptes 10 Ajouter

Plus en détail

Créer le schéma relationnel d une base de données ACCESS

Créer le schéma relationnel d une base de données ACCESS Utilisation du SGBD ACCESS Polycopié réalisé par Chihab Hanachi et Jean-Marc Thévenin Créer le schéma relationnel d une base de données ACCESS GENERALITES SUR ACCESS... 1 A PROPOS DE L UTILISATION D ACCESS...

Plus en détail