------ Guide de l iconographie ------ Histoire de la photographie



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Archives départementales du Finistère ------ Guide de l iconographie ------ Histoire de la photographie 1 ère partie : Le premier défi, fixer les images 2 ème partie : Le développement de la photographie grâce à des avancées techniques

1 ère partie : Le premier défi : fixer les images Quelques principes de base L origine de la photographie s appuie sur un principe connu depuis Aristote : la chambre noire. Cet instrument optique permet de projeter la lumière sur une surface plane afin d obtenir une vue en deux dimensions : l image se forme sur un écran de façon inversée (gauche/droite) et renversée (haut/bas). Le principe de la chambre noire. Encyclopédie de Diderot et d'alembert, 5 ème volume, Optique, Planche I. (cote AD29 : QFD 5) Ce système est étudié par Léonard de Vinci et fut utilisé dès le XVIe siècle pour établir des relevés topographiques. Les premiers appareils photographiques reprennent les propriétés de cette camera obscura en remplaçant l écran par un support photosensible. Ils portent le nom du trou minuscule faisant office d objectif photographique, le sténopé. Camera obscura. Encyclopédie de Diderot et d'alembert, 5 ème volume, Optique, Planche I. (cote AD29 : QFD 5) Le défi principal des inventeurs du XIX e siècle est de fixer l image qui apparaît dans la chambre noire, en jouant sur deux paramètres que chacun combine à sa manière : les supports photo-sensibilisés et les émulsions chimiques. Le contexte d approfondissement des connaissances en physique et en chimie permet donc la naissance de multiples procédés, ce qui rend l invention de la photographie difficilement attribuable à un seul homme.

Les pionniers Né en 1765 à Chalon-sur- Saône, Joseph Nicéphore Niepce est un inventeur connu pour avoir en 1827 pris le premier cliché photographique. Il est mort en 1833 à Saint-Loup-de- Varennes. On relie généralement la naissance de la photographie à l invention de Nicéphore Niepce (1765-1833). Dès le début des années 1820, il reproduit des dessins translucides placés en contact avec des supports enduits de bitume de Judée (résine durcissant à la lumière) puis grave les images ainsi obtenues à l acide pour ensuite les imprimer sur papier. En 1827, il obtient par cette technique la première photographie, une image prise depuis la fenêtre de sa maison à Saint-Loup-de-Varennes (Saône-et-Loire). Il appelle ce procédé «héliographie» («dessiné par la lumière»). Une fois placée dans l appareil photographique, l exposition de la plaque durait plusieurs heures et permettait d obtenir une image négative. Si les héliographies de Niepce remportent peu de succès en raison de leur faible sensibilité qui rend les temps de pose interminables, ce procédé va néanmoins inspirer d autres chercheurs. Les expériences de Thomas Wedgewood vont aussi influencer de façon importante et durable toute une série de chercheurs. Il essaye dès 1802 de fixer les images sur un support permanent. Pour cela, il remarque que les sels d argent ont tendance à noircir à la lumière. Sa méthode consiste alors à recouvrir un papier d une couche de nitrate d argent puis à l exposer à la lumière ambiante en plaçant entre le papier et la source lumineuse l objet à reproduire. Il obtient ainsi les contours, les silhouettes des objets. Mais sans agent fixateur, les sels d argent continuent à se dégrader, rendant l image fugace. Dans la première moitié du XIXème siècle, de nombreux inventeurs vont s appuyer sur l héritage de Wedgewood pour réaliser leur propre procédé photographique (William Henry Fox Talbot, Hippolyte Bayard, Hercule Florence, John Herschel ). Thomas Wegdewood (1771-1805). Issu d une grande famille industrielle britannique (fabrique de porcelaine et de faïence), il est le fils du savant Josiah Wedgewood (1730-1795)

Les premières photographies, des images uniques et enchâssées 1) Le daguerréotype La surface des daguerréotypes, polie comme un miroir, apparaît soit négative soit positive selon l'angle d'observation Informé des travaux de Niepce, Louis-Jacques Mandé- Daguerre met au point en 1839 son procédé, le daguerréotype. Il repose sur les propriétés des sels d argent, connus pour noircir à la lumière depuis les expériences de Wedgwood. Un daguerréotype est constitué d une plaque de cuivre recouverte d une couche d argent polie comme un miroir. Après une longue exposition dans l appareil de prise de vue, la plaque doit être «développée» (traitement révélateur, puis fixateur). L image obtenue est à la fois positive et négative selon l angle d observation. La mise au point de ce procédé est officiellement présentée devant l Académie des sciences de Paris par François Arago, ce qui contribue à sa diffusion. Cette technique suscite un fort engouement. En raison de la longueur du temps de pose, les daguerréotypes sont essentiellement utilisés pour les portraits. Afin de tenir la pose, des systèmes d appuis sont utilisés pour caler la tête, les bras Il est par ailleurs possible de rehausser la plaque au moyen de touches de couleurs (gouache) ou de dorures. Puis les daguerréotypes sont recouverts d une plaque de verre et montés dans des cadres ou des écrins, ce qui permettait de les protéger des abrasions. Ce ne sont pas seulement des photographies uniques : ainsi enchâssés, les daguerréotypes sont de véritables objets d art. Les daguerréotypes sont encadrés avec soin

2) L ambrotype Le coût du daguerréotype reste élevé. La mode du portrait est bien lancée et des procédés plus accessibles apparaissent dès les années 1850. Les premiers négatifs sur plaque de verre apparaissent à cette époque. La plaque négative au collodion humide (émulsion photosensible de nitrate de cellulose dans une solution d'eau et d'éther) est très sensible et donne des images très détaillées mais elle a un défaut majeur : comme il fallait l'exposer encore humide sous peine de perdre toute sensibilité, le photographe devait transporter son laboratoire avec lui dans ses déplacements. Une plaque de verre au collodion, reconnaissable à sa teinte sépia et au couchage inégal de l émulsion. (Fonds Villard, cote AD 29 : 21 Fi 1273) Plusieurs photographes remarquent qu une plaque de verre photographique, qui est négative lorsqu elle est visionnée par transparence, apparaît en positif une fois posée sur un fond noir (papier, laque, velours noir). En 1854, le brevet de l ambrotype est déposé par James Ambrose Cutting qui applique ce principe aux plaques de verre négatives au collodion. Le principe de l'ambrotype : une plaque de verre négative au collodion, posée sur un fonds noir, apparaît en positif.

3) Le ferrotype Le ferrotype, variante sur fer de l ambrotype, est rapide et bon marché : son usage est popularisé par les photographes ambulants et les forains jusque dans les années 1950. L obtention d un ferrotype suit le même procédé que l ambrotype, seul le support change : au lieu d une plaque de verre, le photographe utilise une fine plaque de fer. Couple assis tenant un bébé sur les genoux par F. Law, ferrotype, milieu XIX e (Bibliothèque nationale de France) Tout comme le daguerréotype, l ambrotype et le ferrotype sont des images enchâssées. L ambrotype est présenté dans un cadre ou serti dans un écrin, tandis que le ferrotype, de format carte de visite ou timbre-poste est monté sur des cartons décorés ou des cadres en cuivre. L invention de la photographie se fait donc dans un contexte de multiples expérimentations. Chimistes, physiciens, voire même opticiens et horlogers, mobilisent toutes les connaissances et les avancées scientifiques du temps pour mettre au point et améliorer les procédés et les appareils photographiques. La paternité de la photographie est donc multiple. Si le défi de fixer les images est résolu par ces procédés, la pratique de la photographie reste laborieuse et limitée.

2 ème Partie : Le développement de la photographie, grâce à des avancées techniques Les premiers procédés sur papier, l image reproductible Les premières photographies sur papier reposent sur le principe du noircissement à la lumière des sels d argent. Le problème de cette technique réside dans le fait qu il était impossible de fixer l image sur le support en papier de manière définitive. En 1834, Henry Fox Talbot parvient à mettre au point les premiers négatifs sur papier stables à la lumière, appelés calotypes. Il obtient des silhouettes d objets, de feuilles et de fleurs en plaçant ces objets directement en contact sur une feuille de papier sensibilisée (au chlorure de sodium puis au nitrate d argent). Après exposition au soleil, le papier noircit en fonction de l opacité des objets qui le recouvrent. L image obtenue est ensuite fixée par trempage dans une solution de sel de cuisine. Gustave le Gray met au point une technique dérivée, appelés papiers cirés secs. Afin de rendre les feuilles de papier servant de support aux négatifs plus transparentes et de leur assurer une meilleure conservation, il les imprègne de cire blanche fondue. Façade de l église St-Colomban de Quimperlé, calotype, milieu XIX e siècle (cote AD 29 5 Fi 2) Talbot a ensuite l idée d utiliser ces calotypes négatifs comme matrices pour exposer d autres papiers sensibilisés. Il obtient ainsi des tirages positifs, que l on nomme papiers salés. Cette appellation résulte du procédé de fabrication de ce type de papiers. La préparation des feuilles de papier comporte une première étape de salage au moyen d une solution de chlorure de sodium puis une deuxième étape de sensibilisation à la lumière, au moyen d un bain de nitrate d argent. Le calotype négatif est placé sur cette feuille sensible, puis exposé au soleil. Après quelques minutes, l image en positif se forme à l intérieur même des fibres du papier (photographie à une seule couche). Contrairement à l image unique des techniques précédentes, un même calotype négatif peut servir à tirer de multiples positifs. Les photographies deviennent donc reproductibles. Talbot fait connaître son procédé en publiant The Pencil of Nature, le premier livre imprimé illustré de photographies (les images y sont collées).

Afin de réaliser des tirages des photographies négatives sur plaques de verre, qui existent depuis les années 1850, Louis-Désiré Blanquart-Evrard met au point un papier photosensible de meilleure qualité. Ce procédé est connu sous le nom de papier albuminé. Il est reconnaissable par son rendu satiné et par la superposition de deux couches sensibles (solution d albumine puis de nitrate d argent). Le papier albuminé est d abord utilisé pour tirer des portraits de petite taille, découpés et contrecollés sur carton (albums Disdéri). Sous le Second Empire, ces portraits «cartes de visite» (6 x 9 cm) sont très en vogue : présentés dans des albums plus ou moins luxueux, ils servent aux particuliers à constituer des albums de famille ou à collectionner les portraits des personnalités contemporaines. Album de costumes bretons, XIXe siècle, format cartes de visite (cote AD 29 4 Fi 3) Le tirage sur papier albuminé est adopté par la majorité des photographes du XIXe siècle. Le format «carte-album» (10 x 14 cm), davantage utilisé pour des vues touristiques, est l ancêtre de la carte postale. Deux albums photographiques, de format carte-album et carte de visite, avec photographies sur papier albuminé. (cote AD 29 : 4 FI 2 et 4 Fi 3) Cependant, ces premiers procédés sur papier ne sont pas stables chimiquement et finissent par pâlir et jaunir avec le temps.

Les débuts de la photographie en couleur Charles Cros et Louis Ducos du Hauron présentent en 1869 à l Académie des Sciences un premier procédé photographique en couleur (trichromie soustractive). Nécessitant trois prises de vues pour réaliser trois tirages pigmentaires (jaune, magenta et cyan), l image est ensuite restituée sur un même support par superposition des trois couches colorées. Mais ces résultats sont contestés car le défi est à présent de mettre au point une méthode qui permet d enregistrer directement l image en couleur sur une seule plaque photographique. Les premiers essais sont menés dès les années 1870 (Edmond Becquerel, Louis Ducos de Hauron) et s appuient sur les nouvelles pistes de recherches ouvertes par les physiciens travaillant sur la nature de la lumière (Augustin Fresnel) et sur la mise au point des colorants artificiels. En 1891, Gabriel Lippmann invente un procédé couleur sur plaque de verre, préparée au mercure et au gélatino-bromure d argent, mais qui reste difficile à mettre en œuvre et peu sensible. Cherchant à simplifier les techniques existantes, les frères Lumière font breveter en 1903 leur plaque autochrome. Une plaque de verre est recouverte d une couche de minuscules grains transparents de fécule de pomme de terre, teintés en rouge, vert et bleu et fixés par une résine. Cette couche est recouverte d un vernis protecteur puis de l émulsion sensible. Après exposition puis développement, la plaque autochrome peut être regardée par transparence ou projetée sur un écran (il était quasiment impossible de reproduire les plaques originales ou d en obtenir des tirages sur papier). Les couleurs sont recomposées par la juxtaposition d une multitude de points colorés. Boîte de plaques autochromes Agrandissement des points colorés d un autochrome Commercialisée à partir de 1907, la plaque autochrome représente la première technique industrielle de photographie en couleur. Cette invention permet de mettre à la portée de tous la photographie couleur : appréciée par les photographes amateurs, elle est également utilisée dans les milieux scientifiques (archéologie, médecine ).

Son rendu correspond aux goûts de l époque. La granulation de la fécule, visible dans l image des autochromes, renvoie à l esthétique des courants artistiques des années 1880 (impressionnisme, pointillisme ). Prière dans une église bretonne par Clément Maurice, autochrome (Bibliothèque Nationale de France) Le développement industriel de la photographie Avant 1880, la photographie reste de l ordre de l artisanat et est pratiquée par un nombre limité de personnes (portraitistes travaillant en studio, amateurs aisés ). Mais à la fin du XIXe siècle, la photographie connaît un fort développement, sous l effet de plusieurs innovations scientifiques et techniques. Richard Maddox met au point en 1871 la plaque de verre négative au gélatino-bromure d argent : une plaque de verre est recouverte d une couche de gélatine renfermant le dépôt d argent qui constitue l image. La sensibilité de ce procédé est très supérieure aux techniques employées jusqu alors. Le temps de pose est désormais de l ordre de la fraction de seconde : c est la «révolution de l instantané». En outre, la plaque de verre au gélatino-bromure d argent peut se conserver des mois avant son utilisation et son développement (contrairement au collodion qui doit être exposé et développé dans les minutes qui suivent sa préparation). Bigoudène assise au pied du calvaire de la chapelle de Tronoen. La plaque de verre au gélatino-bromure d'argent est reconnaissable à sa teinte gris-noir et au couchage uniforme de l émulsion. (Fonds Villard, cote AD29 : 21 Fi 1049)

Il devient désormais possible de fabriquer industriellement et de distribuer dans le monde entier les plaques photographiques, sans altérer leurs propriétés. De grandes entreprises photographiques naissent à cette période : Lumière, Agfa, Eastman, Ilford Parallèlement, les appareils de prise de vue se miniaturisent (Kodak Pocket Anciennes boîtes de plaques de verre qui témoignent de la grande en 1895). diversité de fabricants (Archives départementales du Finistère) Le pied devient superflu, ce qui favorise le développement de nouveaux sujets, les prises de vues acrobatiques et l essor du photojournalisme. La photographie touche un public plus large, qui peut réaliser des prises de vues de façon simple, rapide et ludique. Les procédés de tirage sont eux aussi simplifiés, par l apparition de nouveaux papiers. Ils sont reconnaissables à la présence d une couche très blanche de baryte, entre la feuille de papier et la couche sensible de gélatine et de particules d argent (photographie à trois couches). Fabriqués industriellement, les papiers aristotypes présentent une surface lisse et très blanche et sont très faciles à utiliser (procédé de noircissement direct : la surface sensible est placée au contact d un négatif et exposée au soleil). Courses de Pont-l Abbé, par Auguste Sauvage, 1899. On peut repérer dans les lacunes au bord de l'image la couche très blanche de baryte (cote AD 29: 4 Fi 102_16)

Le Grand Hôtel sur les quais de Concarneau entre 1913 et 1926. Photographie aristotype, reconnaissable à son aspect très brillant et à la présence, sur le bord droit de l'image, des traces des pinces qui ont servi à maintenir la feuille de papier au contact du négatif pendant l'exposition à la lumière (cote AD 29 4 Fi 5-08). Bientôt, les industries photographiques lancent les papiers à développement, qui rendent le tirage encore plus rapide (l exposition au soleil n est plus nécessaire). Il en existe de deux types : le papier au gélatino-bromure d argent et le papier au chlorobromure d argent dit Gaslight (exposé à la lumière artificielle de l éclairage au gaz, présent dans les foyers à l époque). Mais peu à peu, en rapport avec la miniaturisation des négatifs, le papier au gélatino-bromure d argent s impose car lui seul permet l utilisation d agrandisseurs. Cependant, il faut à présent disposer d une chambre noire pour développer chimiquement les tirages et procéder à des étapes supplémentaires (bains révélateurs). Le port de Brest, pont tournant et passage du cuirassée le "Jemmapes", par Villard, fin XIXe. La teinte gris-noir du gélatino-bromure d'argent est caractéristique (cote AD 29 : 3 Fi 14). Les évolutions techniques et l amélioration des procédés rendent la pratique de la photographie plus simple et plus rapide. D une image fragile, unique et en noir et blanc, on passe à une image stable, reproductible et en couleur, dont chacun peut s emparer pour saisir le monde qui l entoure.