Le protocole sans-fil ZigBee/802.15.4 et ses applications Mots clés ZigBee, Réseau, Débit, Portée, Radio Par Cyril ZARADER Responsable Marketing Europe, Freescale Semiconducteur Fruit de la collaboration entre l IEEE et un groupe d industriels regroupés au sein d une alliance, le protocole ZigBee se distingue des autres technologies sans-fil par sa simplicité d implémentation, qui en fait, grâce également à ses performances, le standard de communication idéal pour les applications de contrôle et de surveillance en milieux industriels et résidentiels. Introduction 1. La naissance de ZigBee Pendant longtemps réservés aux applications de domotique et de sécurité en milieu résidentiel ou encore aux jouets, les systèmes de communications sans-fil radio commencent à pénétrer les milieux industriels, qui nécessitent eux aussi maintenant des installations souples, flexibles, adaptables et mobiles. Pour fonctionner efficacement, les usines modernes ont besoin de plus d automatisation et d interconnexions que par le passé. Gestion des micro-stocks de composants sur les lignes d assemblage pour éviter les arrêts de production, suivi des produits durant leurs fabrication, contrôle et surveillance des machines de production, sont quelques exemples d applications auxquelles peut répondre une technologie sans-fil appropriée. Mais le travail de définition d un protocole s impose. Il faut trouver les fréquences, les mécanismes réseaux, les couches applicatives, qui garantiront la fiabilité, la robustesse, et la longévité du système qui s imposera dans cet environnement. En 2000, un sous-groupe du consortium HomeRF, se baptisant ZigBee coopère avec le groupe de travail 15 de l IEEE 802 pour adresser le besoin d un protocole sansfil économique et de très faible consommation, pour les environnements résidentiels et aussi industriels. Au mois de décembre de la même année, l IEEE érige un nouveau groupe de travail, sur la décision de son comité de création de nouveaux standards, pour initier la définition d un protocole sans-fil bas débit (LR-WPAN*) (voir glossaire en fin d article), appelé 802.15.4. L objectif de ce groupe sera de développer la couche physique (PHY) et la couche d accès au médium (MAC) d un standard se voulant simple, économique et peu gourmant en énergie. Le standard 802.15.4 sera ainsi définitivement ratifié par l IEEE en mai 2003. Dans le même temps, l alliance ZigBee, renforcée de jour en jour par de nouveaux membres, s est focalisée sur le développement des couches réseaux et applicatives qui forment avec la norme 802.15.4 le protocole ZigBee. L E S S E N T I E L S Y N O P S I S Issu de l alliance entre l organisme IEEE et un groupe d industriels, le protocole ZigBee basé sur le standard 802.15.4, s impose, en raison de ses caractéristiques techniques présentées dans cet article, comme la technologie sans-fil idéale pour les applications de contrôle et de surveillance en milieux industriels et résidentiels. Promised to be the ideal wireless technology for control and monitoring applications in industrial and residential environments, ZigBee protocol is the result of the collaboration between IEEE organization and a group of end users companies. This article presents the main technical features of this new standard. 91
Propriété Débit maximum Portée radio Latence Canaux Bandes de fréquence Adressage Accès radio Température Définition 868 MHz : 20 kbits/s ; 915 MHz : 40 kbits/s ; 2,4 GHz : 250 bits/s 10-20 m 15 ms 868 MHz : 1 canal ; 915 MHz : 10 canaux ; 2,4 GHz : 16 canaux 2 couches physiques : 868 MHz/915 MHz et 2,4 GHz Longues 64 bits (IEEE) ou raccourcies 16 bits CSMA-CA Gamme industrielle, de - 40 C à + 85 C Tableau 1 2. Les bases du protocole ZigBee Le protocole ZigBee repose sur une solide fondation constituée par le standard IEEE 802.15.4. Utilisant une technologie simple de transmission par paquets, ce standard a été spécifiquement étudié pour minimiser la consommation en énergie globale du réseau, et permettre d alimenter les nœuds par simples piles, si nécessaire. Il garantit une grande qualité de service, par l emploi de mécanismes de récépissés et de codes de détection d erreurs, par la modulation utilisée (étalement de spectre), et par la capacité de changer de fréquence s il y a détection d interférences nuisant aux communications. Avec un total de 27 canaux de communications possibles, partagés sur 3 bandes de fréquences (868 MHz, 915 MHz et 2,4 GHz), le protocole ZigBee/802.15.4 s affirme comme un standard de couverture mondiale. Le temps de réveil d un nœud ZigBee avant l envoi d une information est de l ordre de 15ms, assez rapide pour pouvoir satisfaire les besoins en termes de rapidité de transmission pour les applications de contrôle et de sécurité. de codage numérique des informations. Toutes ces spécifications sont contenues dans la couche physique (PHY ; Physical Layer) définie par l IEEE qui se divise en deux parties suivant la bande de fréquences utilisée (868/915 MHz ou 2400 MHz), voir paragraphe 6. Au-dessus de cette couche vient s appuyer la couche d accès au médium (MAC : Medium Access Control Layer), c est la charnière centrale de la pile logicielle, qui définit et gère la façon dont un nœud ZigBee va «prendre la parole» dans le réseau et pouvoir émettre un message ou recevoir de l information circulant sur celui-ci. Ces mécanismes seront détaillés dans le paragraphe 5 de cet article. Puis, lorsque les couches PHY et MAC sont fixées, il faut ensuite définir précisément les règles d établissement d un réseau, de l association et de l interconnexion des nœuds, ainsi que la structure détaillée des messages qui seront échangés (format des trames). Ces fonctions sont assurées par la couche de gestion du réseau (NWK : Network Layer) abordée au paragraphe suivant. Les autres caractéristiques principales du protocole sont résumées dans le tableau 1. 3. La pile logicielle ZigBee La spécification d un protocole complet de communication, qu il soit filaire ou non, passe par l établissement des règles qui régiront les transmissions entre chaque nœud du réseau. Ces règles sont contenues dans une pile logicielle qui sera implémentée dans chaque nœud du réseau (voir figure 1). Pour un protocole sans-fil numérique, il est indispensable de définir à la base quelles seront les fréquences d émission et de réception des signaux, avec quels débits seront envoyés les signaux et quel sera le type de modulation et Figure 1. Pile logicielle ZigBee. 92
Le protocole sans-fil ZigBee/802.15.4 et ses applications Figure 2. Topologie des réseaux ZigBee. Enfin la couche de plus haut niveau, appelée couche applicative, déterminera la façon dont sont utilisés tous les niveaux inférieurs pour une application donnée, notamment la signification des informations numériques contenues dans une trame. Un des rôles principaux de l alliance ZigBee est de déterminer, pour chaque domaine d application auquel ce protocole est destiné, une couche applicative commune à tous les fabricants qui proposeront des systèmes ZigBee dans un même domaine (sécurité, domotique, médical par exemple). Elle est la garante de l interopérabilité entre les produits compatibles ZigBee commercialisés par des sociétés différentes. 4. La couche de gestion de réseau ZigBee Dans les réseaux filaires traditionnels, la couche de gestion du réseau spécifie la formation et la maintenance des topologies, et définit la façon dont les nœuds se joignent et s associent à un réseau, par la gestion des mécanismes d adressage, de routage et de sécurité. Dans le cas des réseaux sans-fil, les mêmes fonctions doivent être assurées mais avec une contrainte supplémentaire qui est la minimisation de la consommation d énergie. En effet, il est indispensable d avoir une couche de définition du réseau qui exploite, les caractéristiques de faible consommation du standard 802.15.4. Le protocole 802.15.4 supporte les deux topologies de réseaux que sont les réseaux en étoile et les réseaux maillés (figure 2). Le choix de la topologie de réseau dépend principalement de l application qui sera implémentée. Pour des périphériques d ordinateur par exemple, où les distances sont petites et les temps de latence exigés courts, une topologie en étoile sera recommandée, tandis que pour des systèmes de gestion de stock, ou alors de sécurité, le besoin d avoir une couverture plus grande en distance imposera une topologie en réseau maillé, qui permet d utiliser chaque nœud en tant que répéteur. Afin de les identifier au sein d un réseau, chaque nœud ZigBee possède une adresse IEEE unique composée de 64 bits. Les adresses des expéditeurs et destinataires d une trame étant contenues dans cette trame, un coordinateur de réseau ZigBee est capable, pour restreindre la taille des trames, d attribuer des adresses raccourcies locales limitées à 16 bits à chaque nœud constituant le système. 5. Les mécanismes d accès au médium C est la charnière du standard ZigBee, située entre la gestion bas niveau (fréquences de communication, des débits, du type de modulation ) et la gestion haut niveau des réseaux (association, appairage ). Cette couche, appelée MAC (Medium Access Controller), pose les principes de bases qui permettent aux nœuds de communiquer au sein d un réseau ZigBee. Lorsqu un nœud ZigBee possède une information à transmettre, il utilise le mécanisme de détection de porteuse sur le canal (CSMA-CA*), c'est-à-dire qu il écoute le canal pour repérer si celui-ci est libre (pas d énergie), auquel cas il transmet sa trame. Dans le cas contraire, il attend pendant un laps de temps court, mais de durée aléatoire, avant de faire une autre tentative. 93
Figure 3. Format d'une trame de données. Une autre fonction importante définie par le standard 802.15.4 et géré par la couche MAC est la confirmation de la transmission d une trame par l envoi d un récépissé du destinataire vers l expéditeur du message. C est l expéditeur qui décide, par le biais d un champ dans la trame émise, s il souhaite recevoir un récépissé de son message (voir figure 3 : format des trames de données). Chaque trame peut contenir jusqu à 104 octets de données efficaces. Contrairement à d autres technologies qui ne ciblent pas d applications où la sécurité des transmissions est nécessaire, le protocole 802.15.4 définit 3 niveaux de sécurisation des informations : Bas : Aucune sécurisation des données Moyen : Contrôle des communications par filtrage des adresses des expéditeurs Haut : Encryption par clé symétrique 128 bits (compatible AES-128) Pour économiser la mémoire et la puissance de calcul requise pour le codage AES-128 quand ce niveau de sécurité n est pas nécessaire, la méthode de distribution de la clé ne se trouve pas dans la couche MAC mais dans le niveau applicatif de la pile logicielle. 6. La couche physique 6.1. Multi-bande, multi-débit Le protocole IEEE 802.15.4 offre une alternative quant au choix de la couche physique (PHY) pour permettre son utilisation dans un large éventail d applications et de zones géographiques. Les deux couches physiques sont toutefois basées sur une même méthode d étalement de spectre séquentiel direct (DSSS). La différence fondamentale entre les deux couches physiques implémentables réside dans la bande de fréquence utilisée pour les communications (voir figure 4). La couche physique 2,4 GHz spécifie un fonctionnement dans la bande Industriel, Scientifique et Médical (ISM) située entre 2400 MHz et 2483,5 MHz. Cette bande de fréquence est disponible dans quasiment tous les pays du monde. La couche physique 868/915 MHz spécifie un fonctionnement dans la bande 868 MHz (bande ISM en Europe mais pas aux Etats-Unis) et 915 MHz (bande ISM aux Etats-Unis mais pas en Europe). Bien que le besoin de mobilité d un pays à un autre ne soit pas réel dans les applications ZigBee, la bande 2,4 GHz offre tout de même un avantage évident en terme de marché adressable et de minimisation des coûts de production (une seule référence produit pour une couverture commerciale mondiale). Néanmoins, les bandes de fréquences 868 MHz et 915 MHz offrent une bonne solution pour éviter la congestion grandissante de la bande 2400 MHz, utilisée, entre autres, par les fours à micro-ondes, par Wi-Fi, par Bluetooth ou par les systèmes de transmission audio-vidéo locaux. Le second paramètre qui diffère suivant la couche physique employée et qui intéresse de près l application implémentée, est le débit maximal de transmission accessible dans chacune des bandes de fréquence. Pour la bande 2,4 GHz, le débit possible est de 250 kbits/s, tandis que pour les bandes 868/915 MHz, les débits possibles sont respectivement de 20 kbit/s et 40 kbits/s. Le meilleur débit dans la bande 2,4 GHz provient de la modulation différente utilisée (voir paragraphe 7 - Modulation du signal). Les différentes possibilités de débit peuvent être exploitées pour atteindre des objectifs spécifiques. Le bas débit des bandes 868/915 Mhz peut permettre une meilleure sensibilité et donc une plus grande portée, réduisant ainsi le nombre de nœuds nécessaires à couvrir une surface donnée. Tandis que le plus haut débit atteint sur la bande 2,4 GHz permettra d augmenter le flux d informations, au sein d un réseau, de diminuer les temps de réaction, et d abaisser le temps d occupation du réseau par un nœud. 94
Le protocole sans-fil ZigBee/802.15.4 et ses applications Figure 4. Specificités des bandes de fréquence. Figure 5. Bandes de fréquences et canaux de communications. Ainsi, les deux couches physiques possibles seront à même de trouver chacune les applications et marchés pour lesquels elles seront plus adéquates. 6.2. Canaux de communications Au total, 27 canaux indépendants disponibles sont étalés sur les trois bandes de fréquences possibles (voir figure 5 et tableau 2). Les bandes de fréquence basses (868/915 MHz) offre un canal situé entre 868.0 et 868.6 MHz et 10 canaux entre 902.0 et 928.0 MHz. Les bandes 868 MHz et 915 MHz sont suffisamment rapprochées pour être supportées par les mêmes composants électroniques (ou avec de légères modifications de schémas), diminuant ainsi les coûts de fabrication. La bande fréquence haute (2,4 GHz) offre quant à elle 16 canaux situés entre 2,4 GHz et 2,4835 GHz et espacés de 5 MHz, permettant l emploi de filtres de réception plus simples. Devant la multiplication des systèmes de communication sans-fil qui auront à co-exister au sein d un même environnement dans le futur, la capacité qui s offre à un protocole de changer de canal de fréquences utilisé, si celui-ci est encombré, devient un atout majeur pour son succès sur le marché. Le protocole ZigBee en possède la capacité, c est ce qui est appelé l agilité fréquentielle. Même si la décision de changer de canal de communication sur un réseau doit être prise au niveau de la couche de gestion de réseau (NWK), les couches inférieures (PHY et MAC) incluent les fonctions nécessaires à estimer et à exécuter le changement de canal : Fonction de balayage des canaux pour rechercher une activité Détection d énergie sur un canal Indicateur de qualité de lien radiofréquence Changement de canal du transmetteur. Ces fonctions sont utilisées dans la phase d établissement d un réseau (phase de recherche d un canal non engorgé), et pour changer le canal utilisé si celui-ci se retrouve trop encombré. Le changement de canal est un événement Numéro de canal k = 0 k = 1, 2,, 10 k = 11, 12,, 26 Fréquence centrale (MHz) 868,3 906 + 2(k-1) 2405 + 5(k-11) Tableau 2. Canaux de fréquences. 95
Paramètres de codage Etalement de spectre PHY Bande de fréquence Débit en bits/s Débit en kbauds Type modulation Débit au niveau chip (*) (Mbits/s) Modulation 868/915 MHz 2,4 GHz 868.0-868.6 MHz 902.0-928.0 MHz 2,4-2,4835 GHz 20 40 250 20 40 62,5 BPSK BPSK 16-orthogonal 0,3 0,6 2,0 BPSK BPSK O-QPSK Tableau 3. Paramètres de modulation (*) Un «chip» est le vecteur, composés de 0 et de 1, résultant de l étalement d un signal. exceptionnel pour un réseau ZigBee, et ne doit généralement jamais se produire, contrairement à Bluetooth (802.15.1) qui, par définition, utilise la technique de sauts de fréquences. 7. La modulation du signal Les différents types de codage de l information et de modulation du signal sont listés dans le tableau 3. En terme d efficacité (énergie nécessaire par bit), le codage orthogonal appliqué dans la bande 2,4 GHz (O- QPSK*) dépasse de 2 db le code différentiel BPSK* utilisé dans les bandes 868 MHz et 915 MHz. D un autre côté, les bas débits utilisés dans les bandes 868 et 915 MHz offrent un avantage en sensibilité de 6 à 8 db par rapport à la bande des 2,4 GHz. 8. Sensibilité et portée radio Dans ce domaine, l IEEE 802.15.4 spécifie que la sensibilité des récepteurs doit être au minimum de - 85 dbm sur la bande 2,4 GHz et de - 92 dbm sur les bandes 868 et 915 MHz. La portée radio dépend non seulement de la sensibilité des récepteurs mais également de la puissance d émission. Le standard 15,4 impose que chaque transmetteur puisse disposer d une puissance de sortie de 1 mw (0 dbm), mais laisse la possibilité, suivant les applications, de diminuer ou d augmenter cette valeur (dans la limite des régulations en vigueur dans chaque région). Avec 1 mw de puissance de sortie, la portée typique garantie est de 10 à 20 mètres. Une légère augmentation de cette puissance, couplée à une bonne sensibilité, suffit à couvrir toute une habitation de taille classique en conservant une topologie de réseau en étoile. Pour des applications où la latence n est pas un facteur critique, les réseaux maillés offrent une excellente possibilité d augmenter la portée globale d un système, par l utilisation de nœuds capables d agir en tant que répéteurs, donc ne consommant que la puissance nécessaire pour atteindre leurs plus proches voisins. 9. Coexistence avec les autres protocoles Tous les produits communiquant sur la bande de fréquence des 2,4 GHz doivent être capables de gérer les interférences provenant d autres produits utilisant également cette bande. Pour cela, le protocole 802.15.4, non exigeant au niveau de la qualité de service requise, permet à chaque nœud du réseau de retransmettre le message tant que celui-ci n a pas été réceptionné (voir le mécanisme de récépissé dans la partie couche d accès au médium). La relativement faible puissance d émission et la technologie d étalement de spectre permettent d éviter une surconsommation globale d un réseau si les répétitions de transmissions se multiplient à cause des interférences sur la bande de fréquence. Utilisant la technique de saut de fréquence durant la transmission, une communication basée sur le protocole Bluetooth ne peut perturber statistiquement que très rarement une communication ZigBee qui, elle, reste sur un canal donné. Quant à la technologie Wi-Fi, l accès au canal de fréquence de type CSMA-CA*, similaire à ZigBee, permet de donner, à chaque fois qu un paquet de données doit être envoyé, la même chance aux deux réseaux qui pourraient exister simultanément dans le même environnement. Le protocole ZigBee se présente en lui-même comme un très faible perturbateur sur la bande de fréquence 2,4 GHz, grâce à la nature des applications auquel il s adresse : Envois de petites quantités de données Transmissions peu fréquentes de paquets (par rapport à Bluetooth qui est utilisé pour du flux audio temps réel) Ce qui fait de lui un très bon citoyen sur la bande de fréquence des 2,4 GHz. 96
Le protocole sans-fil ZigBee/802.15.4 et ses applications 10. Les composants ZigBee Les premiers composants compatibles avec le protocole 802.15.4 ont commencé à apparaître au printemps 2003, au moment où le standard était ratifié par l IEEE. Aujourd hui, plusieurs importants fabricants de semiconducteurs (le plus souvent membres de l alliance ZigBee) offrent sur le marché des transmetteurs permettant de développer des produits utilisant la technologie ZigBee. La pile logicielle, quant à elle, sera définitivement spécifiée lorsque l alliance ZigBee ratifiera la version 1.0 du protocole, certainement au cours du troisième trimestre 2004. Mais déjà, quelques fabricants de composants comme Freescale Semiconducteurs, proposent avec leur ensemble de composants compatibles 802.15.4, des versions quasi-finales du logiciel. Les premiers produits et réseaux basés sur le protocole ZigBee devraient ainsi apparaître dès la première moitié de 2005. 11. Les domaines d applications En raison de ses caractéristiques et de son positionnement par rapport aux autres standards de communication sans-fil locaux tels que Bluetooth ou Wi-Fi, ZigBee est plus particulièrement destiné à certains domaines d applications. 11.1. Domotique en milieu résidentiel Dans un environnement résidentiel, ZigBee convient parfaitement aux applications telles que l éclairage, les volets roulants, les systèmes d alarme ou le contrôle du chauffage à l intérieur du domicile par exemple, avec toutes les télécommandes associées. Outre la possibilité de faire interagir ces différentes fonctions à l intérieur de la maison, le fait d utiliser une technologie sans-fil telle que ZigBee permet de réduire les coûts d installation, mais aussi de donner de la flexibilité permettant aux particuliers de modifier et de faire évoluer leurs installations. 11.2. Domotique et contrôle de locaux professionnels On retrouve dans les environnements de bureaux et de locaux professionnels les mêmes applications qu en milieu résidentiel. Toutefois, les finalités peuvent varier, par exemple la gestion des thermostats pourra être dépendante de la demande en énergie d un bâtiment afin de pouvoir lisser la consommation globale d un site. À ces applications vient s ajouter également par exemple la possibilité de faire du contrôle d accès couplé à des systèmes d alarme centralisés. Ce besoin évident d interopérabilité entre des systèmes dont les fonctions principales sont différentes, et qui sont le plus souvent proposés par des fabricants indépendants les uns des autres, est un objectif essentiel de l alliance ZigBee. La première tâche est de réunir les industriels proposant des produits de fonctions similaires ou complémentaires et de définir et valider un champ d interopérabilité entre ceux-ci. 11.3. Télérelevé de compteurs Alors que de plus en plus de compteurs (électriques, gaz ) utilisent une technologie radio courte distance pour le relevé des consommations, certains pays commencent à imposer aux entreprises de gestion de l énergie de pouvoir relever automatiquement tous les compteurs de leurs abonnés en utilisant les réseaux de téléphonie mobile. ZigBee se présente alors comme la technologie idéale pour interconnecter par exemple les multiples compteurs à l intérieur d un immeuble (pour chaque appartement), et véhiculer les informations à un nœud qui se chargera d envoyer tous les relevés via le GSM, ou un autre moyen, à la compagnie de gestion de l énergie. 11.4. Contrôle industriel La plupart des domaines où ZigBee sera implémenté en milieu industriel ont rapport à la surveillance, au contrôle et au relevé d informations sur une chaîne de fabrication. Un autre exemple d application où ZigBee peut apporter un gain important en coût est celui des oléoducs sur lesquels sont actuellement installés des divers capteurs. Aujourd hui, ces capteurs sont tous reliés ensemble pour n en former qu un. Ainsi lorsqu une anomalie est détectée, l opérateur ne connaît pas exactement la nature et la localisation de celle-ci. Des capteurs sans-fil possédant chacun une adresse unique et reliés en réseau point à point permettraient un meilleur diagnostic et une plus grande rapidité d intervention en cas de panne. 11.5. Autres domaines d applications Même s il est un peu tôt pour prévoir les niveaux de déploiement, d autres domaines d application se profilent pour la technologie ZigBee : Médical : Surveillance de patients, gestion d équipements de mesures en milieu hospitalier Informatique : Périphériques de contrôle tels souris, clavier. Automobile : Gestion du confort au sein de l habitacle, réduction des coûts liés au câblage au sein des véhicules 97
12. Conclusion Après la ratification du protocole 802.15.4, l attention se porte maintenant vers l alliance ZigBee, et les efforts se concentrent sur les couches supérieures du protocole et sur les profils applicatifs. L annonce officielle du standard version 1.0 était prévue pour le troisième trimestre 2004, mais plusieurs fabricants de composants ont déjà travaillé en parallèle pour proposer simultanément des solutions matérielles et logicielles pour permettre la mise sur le marché de produits compatibles ZigBee. Le développement relativement rapide de ce standard a été principalement dû à la collaboration très active entre fournisseurs de solutions (fabricants de semi-conducteurs, développeurs logiciel) et futurs utilisateurs de cette technologie. L objectif principal du groupe de travail 15.4 de l IEEE 802 est atteint, celui de faire un protocole simple, concentrant les atouts essentiels qui font d un standard un succès, et parfait pour les environnements résidentiels et industriels. Il est probable que les applications industrielles seront les premières à apparaître, misant sur l avantage de la facilité d installation et d utilisation des réseaux ZigBee. Les applications en milieu résidentiel suivront, en bénéficiant de l érosion des prix liée aux volumes que générera le segment industriel. Le standard ZigBee/802.15.4 arrive en complément d autres technologies sans-fil, en occupant le secteur des communications bas débit et basse consommation, et permettant à des applications habituellement filaires (dans les milieux industriels plus particulièrement) d accéder à la connectivité radio. Robustesse, simplicité d installation, faible consommation et flexibilité seront les facteurs qui décideront de la réussite de ce nouveau protocole. Glossaire BPSK : Binary Phase Shift Keying CSMA-CA : Carrier Sense Multiple Access Collision Avoidance DSSS : Direct Sequence Spread Spectrum LR-WPAN : Low Rate - Wireless Personal Area Network MAC : Medium Access Controller O-QPSK : Offset Quadrature Phase Shift Keying Références [1] Ed Callaway, Home Networking with IEEE 802.15.4: A developing standard for low-rate wireless personal area networks. [2] ZigBee Alliance documents (http://www.zigbee.org). [3] Jon Adams, ZigBee vital in industrial applications. L a u t e u r Cyril Zarader est diplômé en 1994 de l Ecole supérieure d ingénieurs d électronique et électrotechnique (ESIEE PARIS). Il obtient la même année un diplôme d études approfondies en Electronique de l Université Paris XI. Après avoir rejoint la société Motorola Semiconducteurs en 2001 en tant que responsable marketing produits, en charge des composants pour téléphones mobiles. Il est aujourd hui responsable marketing pour la région région Europe, Moyen-Orient et Afrique de la division «Wireless Connectivity» de Freescale Semi-conducteurs. 98