INTRODUCTION Les termes de développement moteur et de développement psychomoteur sont fréquemment confondus. Ils ne sont toutefois pas interchangeables et concernent des aspects bien distincts du développement de l enfant. Le premier renvoie à l évolution des aptitudes motrices de l enfant qui, à mesure qu il grandit, contrôle des mouvements de plus en plus complexes caractérisant sa motricité globale ou sa motricité fine. C est à cet aspect que l éducation motrice, partie de l éducation physique, s adresse afin de renforcer le contrôle moteur des enfants et d améliorer ainsi leur coordination motrice. Le deuxième s applique au développement cognitif et à sa facilitation par les actions motrices, au cours des premières années de la vie. Les actions motrices, et leurs résultats, sont sources d informations perceptives à partir desquelles l enfant conceptualise des notions plus ou moins complexes et abstraites. C est le propre de l éducation psychomotrice d utiliser les actions motrices pour faciliter l accès à l abstraction et aux concepts. L action, sollicitant la participation consciente du sujet, débouche sur la connaissance. On comprendra alors assez facilement que l amélioration de l équilibre ou de la motricité globale fasse partie du développement moteur et soit un objectif de l éducation motrice pour les renforcer et les utiliser dans des contextes différents, et que la différenciation des concepts «lourd» et «léger», aspect du développement psychomoteur, puisse s établir à partir de la manipulation d objets de masses différentes et soit un objectif de l éducation psychomotrice.
2 Introduction L ÉDUCATION MOTRICE Par développement moteur, on entend l amélioration, avec l âge ou l entraînement, de la performance motrice résultant aussi bien de l évolution des structures neuromusculaires que d une meilleure utilisation de l information et des réafférences dans le raffinement du contrôle moteur et de la coordination motrice. On comprend mieux, ainsi, les différences interindividuelles observées lors de l évaluation de comportements moteurs : ou bien les structures neuro muscu laires diffèrent en maturation ou bien les enfants n ont pas eu le même entraînement, ce qui les a empêchés d atteindre des niveaux d apprentissage et de performance semblables. À ce titre, parler de la «normalité» du développement, c est considérer que cette notion ne peut, ni plus ni moins, que qualifier le moment où le sujet témoigne pour la première fois de sa capacité d effectuer une nouvelle action, lequel se situe sur un continuum délimité en ses extrêmes par des moments jugés précoces et d autres jugés tardifs. Cette fourchette s établit, par exemple pour la marche, de neuf mois à deux ans! L activité physique et les actions motrices interviennent dans la plupart des aspects de la vie quotidienne et peuvent être utilisées de façon méthodique dans différentes composantes de la personnalité à des fins éducatives, rééducatives, thérapeutiques, sportives, utilitaires et professionnelles, de loisir ou d expression (figure 1). Dans le domaine éducatif, l activité physique fait partie des programmes en éducation physique et à la santé ainsi qu en éducation motrice, domaines d intervention se complétant harmonieusement ; les actions motrices, elles, constituent les moyens d action du domaine psychomoteur. L éducation physique favorise l amélioration des caractéristiques biomotrices, cardiorespiratoires en particulier, et des conduites motrices, notamment la coordination motrice, pour le développement de la personne, tout au long de la vie. C est ce qui la caractérise et la différencie des autres disciplines scolaires. Elle n a pas pour fonction le développement intellectuel de l enfant même si elle y contribue de façon connexe. Elle considère les activités physiques comme le moyen le plus approprié pour ce faire, en particulier pour ce qui est de l amélioration de l efficience physique, appréciée par ses qualités organiques, cardiorespiratoires et musculaires, de la coordination motrice et des relations avec autrui. Ses premiers sont donc d acquérir, de développer et de maintenir une bonne santé physique et de développer l habileté motrice, aussi bien dans les activités motrices fondamentales que dans les activités sportives. L acquisition de compétences motrices spécifiques relève de la pratique d activités physiques diversifiées. Le terme d éducation motrice s emploie dans le contexte de l enseignement primaire pour caractériser l action éducative visant à assurer le meilleur développement possible de la coordination motrice des enfants ou l acquisition d apprentissages fondamentaux dans le domaine moteur. Ainsi conçue, elle forme donc une partie de l éducation physique, s en différenciant par le fait qu elle ne touche pas les fonctions
Introduction 3 l obésité santé qualités : organiques cardiorespiratoires musculaires figure 1 Mouvement humain, action motrice et formation de la personne Objectifs et domaines d intervention biomoteurs améliorer les fonctions biomotrices (santé) améliorer la coordination motrice Lutter contre l embonpoint et détente-loisirs plein air activités sportives relaxation éducation motrice coordination motrice rééducation activités perceptivomotrices fonctionnelle musculaire schéma corporel orthopédique santé et sécurité la personne psychocognitifs faciliter l acquisition de savoirs et transmettre des connaissances dans le domaine de la santé éducation connaissance de soi les actions motrices facilitent la formation de concepts dans les apprentissages scolaires rééducation motrice comportementale socioaffectifs améliorer l estime de soi faciliter l intégration sociale socialisation-communication relation avec le milieu extérieur relation avec autrui jeux collectifs affirmation de soi concept de soi image de soi rééducation sociale expression et communication écriture danse, mime, théâtre langage gestuel
4 Introduction cardiorespiratoires et musculaires (figure 2, tableaux 1, 2, 3). Au préscolaire et au primaire, au sein de l éducation physique, l éducation motrice développe la motricité volontaire (stabilisatrice [l équilibre et la posture], locomotrice [déplacements et motricité globale] et manipulatoire [motricité fine]) soit, globalement, l adresse et la coordination motrice, l autonomie dans les déplacements, la motricité utilitaire et hygiénique (s habiller, se laver, etc.) et la socialisation (jeux collectifs, sportifs ou non : rondes, danses, jeux avec ballon, etc.). Support de l apprentissage, l activité motrice contribue aussi, bien sûr, au développement global de l habileté motrice posturale, locomotrice ou manipulatoire à l origine de la formation du schéma corporel. Au cours de l apprentissage, en faisant appel à la conscience, on facilite la transformation des actions pour acquérir de nouveaux comportements moteurs. Pensée et réflexion s intègrent particulièrement bien dans une pédagogie de l action. Dans ce contexte, nos comportements moteurs sont de nature perceptivomotrice. Pour agir adéquatement et consciemment, nous devons, dans un premier temps, prendre connaissance du contexte dans lequel se produit l action pour, dans un deuxième temps, élaborer puis réaliser la réponse motrice : la perception est à l origine de la connaissance permettant l élaboration de la réponse. Celle-ci peut ou non être appropriée. Dans le premier cas, nous tenterons de mémoriser les caractéristiques de la réponse pour nous en servir à nouveau dans un contexte équivalent. Dans le second cas, il nous faudra comprendre les raisons de l échec (de la prise d information à la réalisation de l action) pour essayer de modifier la prochaine réponse motrice (ex. : augmenter la force du lancer pour que le ballon arrive dans le cerceau). S il n arrive pas à percevoir correctement ni à interpréter les stimuli sensoriels pour produire le comportement moteur adéquat, on dit que l enfant souffre de dysfonction perceptivomotrice. L hypothèse qui veut que l amélioration des fonctions perceptivomotrices produise une amélioration des fonctions cognitives vient du fait que ces deux domaines sont souvent corrélés. Toutefois, l existence d une corrélation n implique pas qu un phénomène soit la cause de l autre. Ce n est que dans la mesure où une activité motrice comporte une part importante d habiletés cognitives que l on peut espérer une amélioration de ces dernières. Pourquoi arrive-t-il qu un programme préparé pour accroître l habileté motrice ne se traduise pas par de meilleurs résultats scolaires? Cela résulte le plus souvent de programmes qui visent à accroître une habileté motrice en pensant améliorer une performance scolaire (s il saute mieux, l enfant lira mieux), qui utilisent une activité motrice pour vérifier l apprentissage d un contenu scolaire (lancer une balle dans un carré correspondant au bon résultat d une addition) ou qui agissent sur une activité motrice sous-tendant une activité scolaire (améliorer la coordination visuomanuelle pour améliorer l écriture). Peut-on alors s étonner du peu de transfert entre les habiletés motrices et les habiletés cognitives?
Introduction 5 figure 2 Éducations physique, motrice et psychomotrice particularités de chacune d entre elles Éducation physique Les activités physiques : fonctions cardiorespiratoires et musculaires, coordination motrice et santé Éducation psychomotrice Éducation motrice La coordination motrice globale et fine L action motrice et l acquisition de concepts Les apprentissages scolaires L éducation physique poursuit deux disciplinaires : l amélioration des fonctions cardiorespiratoires et musculaires et l acquisition de la coordination motrice. Elle partage, avec d autres disciplines, l acquisition de compétences transversales : l éducation à la santé et à la sécurité, le développement de règles d éthique, la coopération avec les autres. L éducation motrice est incluse dans l éducation physique. Elle en représente la branche au primaire, moment où les grands patrons moteurs se mettent en place et où des activités appropriées adaptées aux possibilités motrices des élèves permettent d en affiner la maîtrise en développant la coordination motrice. L évolution naturelle des fonctions neuromusculaires favorise un meilleur contrôle des mouvements que l on retrouve en motricités globale et fine. L éducation psychomotrice utilise les actions motrices, dans la manipulation en particulier, pour favoriser l acquisition de concepts : elle favorise le passage du concret à l abstrait. Son importance éducative diminue à mesure que se développe l intelligence opératoire.