7 Ruynes/Margeride:Mise en page 1 6/07/12 10:39 Page 4 TEXTE : LAURENT BLANCHON PHOTOS : VINCENT JOLFRE Brioude La Truyère Ruynes-en-Margeride Le Puy Viaduc de Garabit Clavières Aurillac Mende RUYNES-EN-MARGERIDE (CANTAL) 50 - MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr - 51
7 Ruynes/Margeride:Mise en page 1 6/07/12 10:40 Page 6 45 e parallèle Tôt le matin, instant magique. Le jour se lève sur Garabit et son viaduc, colosse de métal signé Gustave Eiffel. La brume s accroche sur les eaux de la Truyère, laissant se dessiner en surface, et dans une parfaite symétrie, le reflet de l immense Meccano. 52 - MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr - 53
7 Ruynes/Margeride:Mise en page 1 6/07/12 10:40 Page 8 Lundi, il est à peine 15 heures. «Le comptoir d un café, c est le parlement du peuple», a dit Honoré de Balzac. Comme pour chacune de mes pérégrinations sur le, je vais donc m enquérir dans le troquet du village de la santé du pays. Dehors, une pluie fine et un épais manteau nuageux ont plongé Ruynes-en-Margeride dans une obscurité toute hivernale. Pas âme qui vive sur les trottoirs. Et de trop rares commerces. Au bistrot, Annie, 53 ans, encyclopédie locale et née derrière le zinc, énumère un à un ceux qui ont tiré le rideau. «Il y avait le pépé Delfaut, qui faisait café et vendait l essence; le René Grèze, qui était marchand de vin; l Alphonsine Vivier, qui tenait une épicerie. La mémé Combier aussi tenait une épicerie. Y a plus que la Lulu désormais. Et puis le père Pâtre. Marcel, tu te rappelles du père Pâtre?» Accoudé sur sa béquille, une main sur son verre de cassis à l eau, Marcel s en souvient, bien sûr, du père Pâtre. C était le boulanger qui vendait des bonbons et de si bonnes glaces à la vanille. Il a fait une allergie à la farine et s est reconverti en horloger bijoutier. «Et le Raymond, qui vendait des articles de pêche et de chasse et des chaussures. Il te disait bonjour en regardant tes pieds. Et il disait : tu les as pas achetées chez moi, celles-ci?» Même les deux hôtels ont fermé, le Central et, plus récemment, le Moderne, une bien bonne table où Louis Clavilier, baron de la politique locale, ancien maire, toujours conseiller général, dit avoir amené le préfet «avec une grande fierté». Jean-Luc Lombard, sa fille Léa... et l un de ses bisons d Europe. L homme a ouvert, sur les hauteurs de Ruynesen-Margeride, un parc animalier privé. Du haut de la tour des pompiers Les souvenirs lui arrachent, à Annie, un sourire nostalgique. Son Ruynes à elle se meurt. Et pour elle, pas de doute : «C est Saint-Flour qui nous bouffe.» La sous-préfecture est à 14 kilomètres et à 10 minutes de route. «Trop près et trop loin à la fois», confirme Marcel. Saint-Flour, qui a piqué la perception. Saint-Flour, qui gère le courrier et a fait avancer l heure de la levée. Saint-Flour, où sont désormais installés les gendarmes, qui ne tiennent plus ici que deux permanences par semaine. Tout fout le camp, dans cette Margeride âpre et peu fertile, où l on ne cultive plus le seigle qui a fait sa réputation, où l on ne se bat guère, désormais, que pour les narcisses, les lichens et les champignons. Quant à l agriculture, on n en parle même plus! Annie a vendu ses vaches. Des trente paysans que comptait la commune après guerre, il n en reste aucun dans le bourg. «Même les truites ont disparu des ruisseaux, s agace Marcel, on en trouve beaucoup moins qu avant.» Triste tableau. À Trailus, hameau de Ruynes-en-Margeride, Jean- Luc Lombard, un enfant du pays, m attend pour me conduire au col du Signal, 1350 mètres d altitude. L homme a monté un parc animalier et ouvert des chambres d hôtes. Le 4 x 4 bringuebale, cahincaha, parmi les chamois, daims, sangliers, bisons d Europe, jusque tout là-haut. La voilà, la Margeride, cette fameuse Margeride qui n inspirait aux géographes du XIX e que dégoût et dédain. «Hauts plateaux incultes, hantés par les loups, battus par les tempêtes et souvent revêtus de neige», écrivait Élysée Reclus dans sa Nouvelle Géographie universelle 1 ; «Croupes monotones, moitié bois, moitié landes, qui n engendrent que laideur et tristesse 2», assénait Vidal de la Blache. Du haut d une tour plantée par les pompiers pour surveiller les départs de feu et qui supplante un enrésinement si dense qu il en bouche les points de vue, elle apparaît pourtant dans une flatteuse immensité, la Margeride, échine granitique blottie tout contre les volcans du Cantal et de Haute- Loire, calée au sud contre les Causses et les Cévennes. Une fois la brouillasse balayée par les Lucien, tout juste 70 ans. Dès l arrivée des beaux jours, le berger monte quotidiennement son troupeau au col du Signal, à quelque 1 300 mètres d altitude. Un des derniers témoins d une agriculture hier prospère en Margeride. MÉMOIRE AGRICOLE Il y a l atelier du forgeron, du menuisier, du tailleur de pierre, avec leurs outils et des photos d époque. Il y a le coin du cochon, «la viande de l ancien», avec son chaudier, son coupe-racines, la caisse où l on transportait et pesait l animal Il y a le coin du labour, de l araire à la charrue en passant par la bavanette et le brabant. Puis celui de la moisson, avec la faucille, la faux, la faucheuse, jadis tirée par les animaux, qui confectionnait les javelles, les liadours qui permettaient de les lier avant que l on n invente la moissonneuselieuse puis la moissonneuse-batteuse. On trouve le premier tracteur de la commune arrivé en 1948, un Massey-Harris de 1956, un moteur Bernard de 1920, un manège à cheval en fonte de 1850, etc. Sur la mezzanine, à l instar des greniers d antan, c est le royaume du grain, des moulins, de la fabrication du pain. Muséographes, André et Nicole Amarger? Non! Exploitants agricoles. Producteur de lait à Loubaresse (35 vaches), le couple a hérité de l exploitation familiale en 1977. Ils ont d abord créé un atelier de La famille Armager... Trois générations de passionnés d agriculture et de culture agricole. transformation en 1990, rénové et mis aux normes en 1997, pour produire une tome et un bleu exquis. Et, en 2003, par passion des vieux outils, «un peu par nostalgie aussi», avoue André, ils ont créé «les Sillons de la Margeride», musée de la mécanisation agricole. Le couple n a pas fait les choses à moitié. Un bâtiment de 400 mètres carrés dédié, des panneaux didactiques, des bandes sonores Les outils, ils les ont chinés dans les brocantes ou récupérés dans les exploitations voisines, où l on n était sans doute pas malheureux de se voir débarrassés des antiquités familiales. Le résultat frise l exception. On boucle la visite dans la grange, où l on apprend tout de la fabrication du fromage. «On voulait être un peu moins dépendant des primes», dit André Amarger pour expliquer sa diversification. Belle idée. La Ferme aux fromages, Charmensac, 15320 Loubaresse. Tél. : 04.71.73.71.40. Site : www.lafermeauxfromages.com/ Ouvert à la visite de Pâques au 15 octobre, de 14 à 17 heures. 54 - MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr - 55
7 Ruynes/Margeride:Mise en page 1 6/07/12 10:40 Page 10 André Adorno, 72 ans, ici avec son épouse, se souvient comme si c était hier de ce jour de mai 1942 où il a débarqué à la gare de «Ruines», avec son frère et sa sœur, envoyé par ses parents en Margeride, comme des dizaines d autres petits Marseillais. vents, l horizon s ouvre sur ces dizaines de collines aux contours arrondis avec, ça et là, quelques hameaux aux cheminées fumantes, bâtis à la faveur de replats bien exposés. Les «trucs», comme on les appelle ici, sont colonisés par les pins sylvestres et les hêtraies sapinières, et il ne reste guère que les crêtes pour offrir aux derniers moutons de verts pâturages et des landes à myrtilles. D aucuns disent que c est un prénom féminin, Margeride. Eh bien, Madame est belle! Belle dans ses couleurs, dans ses formes, dans ses monts et dans ses gorges, même si, comme la taquinent les gens d ici, elle n est pas facile à vivre tous les jours. Culture paysanne Le coupe en plein cœur, à hauteur de Ruynes-en-Margeride, ce territoire tapi aux confins de la Haute-Loire, du Cantal et de la Lozère. Dans une auberge de pays, je rencontre Guy Brun, attablé devant un rôti de porc aux mousserons. Ancien instituteur, cet enfant de la Margeride il est né à Loubaresse en 1950 a fondé en 1975 l écomusée. «Nous avons longtemps habité un pays de honte, décrypte-t-il. Un pays où la bête a sévi, où l on entend encore hurler les loups, où la burle souffle à vous décorner les bœufs, où les maisons sont grandes et froides et les fenêtres petites, où l on vit de la terre et du labeur. Un temps, les gens d ici ont cherché à renier cette culture paysanne, qui n était plus en phase avec la modernité.» En 1962, le maire de «Ruines», Maurice Montel signalons au passage qu il figure parmi les 80 parlementaires qui, le 10 juin 1940 à Vichy, votèrent contre la déchéance de la République a modifié sur décision du conseil municipal l orthographe communale; troqué le «i» contre un «y» et ajouté la mention «en Margeride» afin de contourner la connotation. À travers l écomusée, qui agit en révélateur, Guy Brun, qui, depuis, a fait carrière dans la muséographie, se souvient combien fut difficile la prise de conscience d une identité margeridienne. «Soudain, on leur disait que cette culture paysanne était culturelle. Que le patois qu ils baragouinaient n était autre que de l occitan. Que la bête, la burle, les loups, les cantous fumants n étaient pas des motifs de honte mais la spécificité d un ensemble homogène.» Bien que fragilisé par des luttes intestines, l écomusée, par son jardin, sa ferme du XIX e siècle et son école III e République, raconte une Margeride authentique. Celle que l on retrouve encore au Morle, à Masset, à Machot, à Sarus Dans tous ces hameaux désertés par les jeunes générations qui préfèrent les pavillons aux lourdes maisons de granit affublées d un nom en patois et de linteaux datés; des hameaux qui se sont tus des cris des enfants et subsistent par la seule volonté des anciens de ne point quitter la demeure familiale. Là, je croise Lucien, 70 ans, qui, depuis 1954, monte quotidiennement ses brebis au Signal dès l arrivée des beaux jours. Je rencontre Élisabeth Gaillardon, 56 ans, qui, les pieds encore enfermés dans des bottes en caoutchouc, trie des morilles dans sa cuisine. Ou encore deux sœurs agricultrices qui rentrent les vaches tout à la voix pour la traite du soir. Tous se demandent bien «ce qu un journaliste vient ficher là» et, une fois renseignés, susurrent, pudiquement, leur attachement à cette terre qui les a vus naître. Le petit réfugié Retour chez Annie pour un petit noir. Au comptoir, on parle foot. Et de ces «pauvres Verts», qui on déjà un pied en ligue 2. Ici, à Ruynes, on supporte Saint-Étienne malgré les six heures de car, aller et retour, qui nous séparent de Geoffroy-Guichard... et l Olympique de Marseille. Oui, Marseille! Un héritage historique, m explique-t-on. Si, côté Lozère, la Margeride fut le refuge de bien des maquisards et des proscrits dont, parmi les plus illustres, le poète Paul Éluard (cf. Massif central n o 13), le Cantal connut dès 1941 un afflux d enfants issus du sud de la France. Ils étaient envoyés par leur famille, sur le conseil d associations religieuses ou laïques, dans «les fermes de là-haut» où, estimait-on, ils échapperaient aux bombes et au rationnement. «Dans le Cantal, il y en eut plus de 5000; c est dire l ampleur du phénomène», rappelle Martin de la Soudière, un chercheur au CNRS qui s est penché sur le sujet 3. En Haute-Margeride, ce furent des Marseillais. On les appelait «les petits réfugiés». Je grimpe sur les hauteurs de Ruynes, au hameau de Salus. André Adorno coupe le moteur de son tracteur-tondeuse. Assis à la table du jardin, l homme, 72 ans, se raconte. «J habitais les Chartreux, un quartier de la banlieue de Marseille. Nos parents nous ont assuré qu on serait bien soignés. Ils nous ont emmenés à la gare. J ai pris le train avec mon frère et ma sœur. J ai dormi dans les filets à bagages. J avais 4 ans et demi» Nous sommes en mai 1942. Le mont Mouchet n est pas encore un fief de la Résistance, où se rassembleront deux ans plus tard 4 000 à 5000 hommes. Le proche village de Clavières n est pas encore un martyr promis à la destruction. L armée allemande n a pas encore incendié les bourgades qui se trouvaient sur sa route, ni fusillé sommairement 26 civils à Ruynesen-Margeride, tout près de la mairie. La fratrie Adorno arrive en gare de «Ruines». D autres réfugiés sont là aussi. À pied, les trois enfants rejoignent le hameau du Morle. «Nous avons été répartis dans les familles, un enfant par ferme. Moi, j ai été accueilli avec des gâteaux et un chocolat chaud. Le lendemain, je montais garder les vaches» ALIMENTATION GÉNÉRALE L ouverture de la porte déclenche une petite sonnette. Et Lucienne apparaît, campée sur sa canne. «Bonjour Messieurs, que puis-je pour vous?» Lucienne a 89 ans. Ici, on l appelle «Lulu». Elle est née dans cette maison construite par son grand-père, boulanger à Garabit au moment de la construction du viaduc. Ce sont ses parents, Jeanne et Célestin, qui l ont transformée en épicerie en 1920. L enseigne «Alimentation générale» qui barre le fronton du magasin date de cette époque. Lulu a toujours travaillé avec ses parents. Elle a pris la suite en 1969. Quarante ans plus tard, elle tient toujours la boutique, seule. Évidemment, elle a dû abandonner le rayon crémerie, Lucienne. «Trop de gaspillage», explique-t-elle. Mais elle vend encore quelques fruits. Et des conserves, des biscuits, quelques bières, de la farine, de la lessive, des croquettes pour chat, quelques bouteilles de vin, d apéritif, de liqueur Une dame vient lui faire le ménage. Les livreurs l aident à mettre en rayons. «Les gens viennent chez moi pour se dépanner», reconnaît Lucienne. Trop peu souvent, à son goût. «Ils sont bien contents de me trouver, pourtant, quand ils n ont plus de café.» Lulu est ouverte tous les jours, sauf quand elle est malade : «Ça me tient compagnie, vous comprenez, ça me permet de voir un peu de monde.» Lucienne est fidèle à sa boutique. «Ça me tient compagnie, ça me permet de voir du monde...» 56 - MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr - 57
7 Ruynes/Margeride:Mise en page 1 6/07/12 10:40 Page 12 SUR LE CHEMIN DES ÉCOLIERS Rando En 1936, la seule commune de Clavières compte un peu plus de 500 habitants répartis dans 19 villages. C est dire l étendue. Et pour les écoliers, ce n était pas une mince affaire que de rejoindre la salle de classe. Au début du XX e siècle, les habitants, progressivement, ont réclamé des écoles de hameaux pour limiter les distances. Mais il n était pas rare que les élèves aient à parcourir plusieurs kilomètres à l aller et parfois plus au retour quand ils choisissaient les chemins de traverse! Ce sont ces chemins d écoliers, objets d une exposition à l écomusée de la Margeride en 1999, qui sont le support de douze sentiers de randonnée pédestre balisés et entretenus par la communauté de communes de Margeride Truyère. Tous sont répertoriés dans un topo-guide précis et bourré d infos et d anecdotes historiques. Ainsi, le sentier n o 11, au départ de Bessière, propose une boucle de 7 kilomètres qui serpente entre les chaos de granite jusqu au bourg de Saint-Marc où l école, fermée en 1983, a été transformée en gîte communal. Vous passerez notamment tout près de la fameuse «Roche branlante». Topo-guide les chemins des écoliers entre Margeride et Truyère. En vente en offices de tourisme au prix de 5 euros. André Adorno n a pas le souvenir du moindre instant de souffrance. Il s en excuse presque. «Franchement, on a été très bien accueillis ; je couchais sous l escalier de la cuisine ; j étais considéré comme un enfant de la maison.» Il restera dix ans au Morle, un an chez les Chauliac, neuf chez les Delorme «ma seconde famille», prenant sa part aux travaux de la ferme. Ses parents venaient le voir régulièrement, à raison d une ou deux fois par an. «J aurais acheté des moutons ici, si mon père n avait pas exigé que je revienne à Marseille.» Soixante-cinq ans plus tard, la guerre a laissé dans toute la haute Margeride des traces indélébiles, a fait se nouer dans les familles des amitiés et des rancœurs tenaces. La route menant à Clavières est jalonnée de stèles, en mémoire de ceux qui sont tombés pour la France. Sitôt à la retraite, André Adorno, lui, s est empressé d acheter une maison à Ruynes, comme beaucoup de «petits réfugiés». «De toute façon, ma vie est ici», dit-il avec un brin d émotion. Des racines et des ailes Chez Annie, on est heureux. Ce soir, la télé va parler du pays. L émission «Des racines et des ailes» est consacrée aux 120 ans de la tour Eiffel. Le syndicat mixte Garabit Granval, présidé par Louis Clavilier, a fait beaucoup pour promouvoir le tout proche viaduc, gigantesque Meccano signé du génial ingénieur, qui surplombe la Truyère d une hauteur égale à Notre-Dame et la colonne Vendôme réunies (cf. Massif central n os 26 et 80). On a bien râlé un peu quand, en 1974, on a repeint le colosse de métal Le calvaire de Recoux. Ici, en Margeride, tout n est que granit, des croix aux piquets de clôture. en rouge poinsettia dit «de Gauguin», mais le viaduc reste la fierté de tout une région, d abord fort utile à son désenclavement ferroviaire, ensuite point d orgue de ses curiosités touristiques. N a-t-il pas reçu, à l occasion de tournages 4, la visite de Romy Schneider, d Ava Gardner ou encore de Sophia Loren? «Les paysans de Margeride ont craint, un temps, de fréquenter ce haut lieu de tourisme, où l on voyait des voitures rutilantes et de belles tenues, note Guy Brun. On y allait, une fois l an, manger une glace à la pistache.» Depuis, ils se sont approprié ce bout de Côte d Azur en plein cœur du Cantal. Sur la retenue de Grandval, dont on célèbre cette année le cinquantenaire, le Neptune, qui bat pavillon français, vous emmène pour une fascinante promenade en bateau vers les gorges et la forteresse médiévale d Alleuze, plantée sur un éperon rocheux transformé en presqu île. Trois hôtels et autant de restaurants de bonne facture sont plantés au pied du viaduc. À Mallet, on pratique voile, ski nautique, canoë, aviron Dans cette nature sauvage à s y méprendre, où les genêts fleurissent le long des routes en lacet, on oublierait presque que l Homme, avec la retenue de Granval qui a noyé deux hameaux, a radicalement transformé les paysages. Il est étranger, en revanche, au numéro d équilibriste joué par «la Roche branlante», ce caillou de 750 tonnes déposé il y a quelques centaines de milliers d années au hameau de la Roche, comme à cet imposant chaos qui offre, tout en haut du calvaire de Recoux (prononcez Recouze), un superbe panorama sur les monts de Margeride au levant et sur le plomb du Cantal au couchant. En cette terre de Peyre, parsemée de boules de granite, même les piquets de clôture sont en pierre! Le «parlement du peuple» s est vidé de ses habitués. Annie, d un coup de torchon énergique, essuie les derniers verres qui séchaient sur l égouttoir. Dame Margeride a sa part d ombre, secouée par l exode rural et la désertification agricole. Mais elle a pour elle la lumière de ce viaduc, qui scintille de mille feux la nuit tombée; la beauté simple de ses paysages, avec la douce verdure de la forêt qui tranche sur la rudesse granitique. Et le cœur gros comme ça des gens d ici. Du bout des lèvres, et modestement, Annie admet : «C est vrai qu on a un beau pays.» 1. Nouvelle Géographie universelle La Terre et les Hommes, Paris, Hachette, 1876-1894, vol. II, La France. 2. In Tableau de la géographie de la France, Paris, Hachette, 1903. 3. «Paysans du Mont-Mouchet. Clavières et ses villages (Cantal), 1939-1952», in Revue de la Haute-Auvergne, «Destins de villages», n o 69 (108 e année), janvier-mars 2007, p. 53-89. 4. L Enfer de Clouzot, en 1964, avec Romy Schneider et Serge Reggiani (film jamais terminé); Un homme de trop, en 1966, avec Michel Piccoli et Jean-Claude Brialy; Le Pont de Cassandra, en 1976, avec Ava Gardner et Sophia Loren. 58 - MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr - 59
7 Ruynes/Margeride:Mise en page 1 6/07/12 10:40 Page 14 À voir / À faire La retenue de Grandval Le barrage fête son cinquantième anniversaire cette année, le 22 août, avec des expositions, un feu d artifice et un bal. Le barrage se visitera tout au long de cette journée. Sur la retenue, dans le cirque de Mallet, on pratique la baignade et le motonautisme, on trouve des locations et un club de voile En haut du belvédère de Mallet, vue panoramique sur les vallées de la Truyère et du Bès. BP 06, 15102 Saint-Flour Cedex. Tél. : 04.71.23.46.80. Le viaduc de Garabit Pour tout savoir de la fabuleuse aventure de sa construction, un livre, Le viaduc de Garabit, un géant d un autre temps, de Patricia Rochès, aux éditions La Vie du rail, 127 pages. Et un site : www.garabit-viaduc-eiffel.com/ Lʼécomusée de la Margeride Sur trois sites. Débutez par le jardin de Saint-Martin, à Ruynes-en-Margeride, au pied de la tour du XIII e siècle, pour tout comprendre des paysages de la Margeride. Puis la ferme de Pierre Allègre, à Loubaresse, où l horloge s est arrêtée en 1880 sur la vie quotidienne d une famille de paysans. Et enfin l école de Clémence Fontille, du nom d une institutrice, salle de classe des années 1930. Visites guidées en juillet et août de 10 à 13 heures et de 15 à 19 heures. Diverses animations. BP 4, La Tour, 15320 Ruynes-en-Margeride. Tél. : 04.71.23.42.96. Site : www.margeride-truyere.com/ Le Mont-Mouchet Musée de la Résistance en Margeride. Avec un sentier pédagogique accessible à toute la famille et un parcours pédestre pour atteindre le point culminant de la Margeride. Ouvert tous les jours du 1 er juillet au 14 septembre de 9 h 30 à 12 heures et de 14 à 18 heures. Tél. : 04.71.77.28.30. Le safari de Trailus Réserve animalière privée sur 20 hectares, où vivent renards, sangliers, daims, chamois, bisons d Europe que l on parcourt en 4 x 4 dans une promenade d un peu plus d une heure. Hameau de Trailus, 15320 Ruynes-en-Margeride. Tél. : 04.71.23.93.05. Ouvert tous les jours de fin avril à fin août de 10 à 19 heures, départs en 4 x 4 toutes les heures. La ferme aux fromages Lire notre encadré «Mémoire agricole». Un musée de la mécanisation agricole, un diaporama sur la fabrication des fromages. Et la boutique, où l on peut acheter une excellente tome. Margeride aventure Parcours d acrobranche et de tyroliennes. 15320 Ruynes-en-Margeride. Tél. : 06.07.35.13.53. Ouvert tous les jours en été et les week-ends en septembre. Le calvaire de Recoux et la Roche branlante Infos Deux des curiosités granitiques du coin, toutes deux sur la commune de Saint- Just, qui jouit d une grande réputation dans la taille de pierre. Infos tourisme Office de tourisme de Margeride Truyère, le Bourg, 15320 Ruynes-en- Margeride. Tél. : 04.71.23.43.32. Site : www.margeride-truyere.com/ Les Volpilières Au hameau de Trailus, Jean-Luc Lombard a aménagé, au bord de son parc animalier, des chambres d hôtes de très bonne facture avec l auberge attenante. Une vue superbe sur les monts de la Margeride. Les Volpilières, Trailus, 15320 Ruynes-en-Margeride. Tél. : 04.71.23.48.31. Site : www.chambres-les-volpilieres.com/ À Garabit Où dormir? Où manger? Trois hôtels à Garabit. Et autant de bonnes tables. On trouve au Beau Site, au Panoramic comme au Garabit Hôtel, dans un cadre enchanteur, un rapport qualité/prix imbattable. Hôtel Le Beau Site, 15320 Garabit. Tél. : 04.71.23.41.46. Site : www.beau-site-hotel.com/ Garabit Hôtel, 15320 Garabit. Tél. : 04.71.23.42.75. Site : www.garabit-hotel.com/ Hôtel Panoramic, 15100 Anglards-de-Saint-Flour. Tél. : 04.71.23.40.24. Site : www.hotel-panoramic.com/ Auberge La Pagnoune Voir également nos pages «Infos» Auberge La Pagnoune, Valadour, 15320 Loubaresse. Tél. : 04.71.73.74.69. Site : www.aubergelapagnoune.com/ 60 - MASSIF CENTRAL MAGAZINE - www.massif-central.fr