PRISE EN CHARGE DES PATIENTS IMMUNODEPRIMES

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1 PRISE EN CHARGE DES PATIENTS IMMUNODEPRIMES Objectifs - Eviter que les malades immunodéprimés, chez qui le risque infectieux est élevé, acquièrent des infections hospitalières dont les portes d entrée peuvent être multiples. - Mettre en place des mesures préventives écrites de façon consensuelle par l équipe soignante et médicale, validées par le CLIN, en tenant compte des risques encourus par le patient et des contraintes liées à leur mise en place. Techniques et méthodes Ces règles générales s appliquent à l ensemble des malades immunodéprimés et sont à adapter au niveau d immunodépression, à sa durée et à sa rapidité d installation. La présence d une neutropénie courte nécessite des mesures et recommandations particulières au malade ; chaque fois que cela est possible, il est recommandé de maintenir le patient à domicile. En cas de neutropénie longue, des mesures spécifiques d isolement protecteur s imposent. Pour ces patients des mesures de traitement d air sont envisagées en fonction de l évaluation du risque aspergillaire mais les modalités et indications de cet isolement ne font pas l objet d un consensus réel. Le but de l isolement protecteur est de protéger au mieux les patients des phénomènes de contamination exogène. Il consiste à mettre en œuvre un ensemble de mesures supplémentaires à celles constituant l hygiène hospitalière de base. Ces mesures sont actuellement mal codifiées et laissées à l initiative des équipes soignantes. L isolement protecteur repose donc sur 2 grands axes : - les précautions «standard», qui sont bien codifiées, applicables à tous les patients, - des précautions supplémentaires qui sont adaptées au niveau de risques encourus par les patients immunodéprimés. I - LAVAGE ET/OU DESINFECTION DES MAINS Leur efficacité dans la prévention des infections nosocomiales est bien établie. Le choix de la procédure de lavage ou de désinfection des mains tient compte de l importance de la contamination antérieure des mains, du niveau d asepsie lié au geste à effectuer et de l état immunitaire du patient. Une cotation du risque permet de choisir une procédure de désinfection adaptée (fiche 6.02). Le lavage des mains des visiteurs doit être enseigné et contrôlé. II TENUE DU PERSONNEL 1) Gants Ils ne sont pas nécessaires en l absence de contact direct avec le patient. Ils sont complémentaires du lavage de mains. Le choix du gant est fonction du niveau de risque encouru par le patient et du niveau d asepsie requis : gants stériles pour des gestes nécessitant une asepsie de type chirurgicale, gants non Guide Technique d'hygiène Hospitalière 2004 Page 1 / 6 C.CLIN Sud-Est Fiche n 15.05

2 stériles pour protéger les mains du personnel d une contamination par du matériel infectant ou des liquides biologiques. 1 paire de gant = 1 geste Les gants doivent être évacués dans la chambre avant de sortir et une désinfection des mains est indispensable après leur retrait. 2) Masque Outre son utilisation habituelle dans le cadre de la prévention des Accidents d Exposition au Sang (fiche 16.01) et liquides biologiques ou des gestes nécessitant une asepsie de type chirurgicale, il contribue à la mise en place de l isolement protecteur. Le port du masque (type chirurgical) est systématique avant d entrer dans une chambre sous flux et son retrait se fait à la sortie de la chambre. Il est changé après chaque usage. 3) Surblouse Elle est systématique dans les chambres équipées d un flux laminaire, et stérile pour les soins des patients bénéficiant d un isolement protecteur maximum ou pour les gestes nécessitant une asepsie de type chirurgicale. 4) Charlotte Le port d une charlotte n est justifié qu au cours d un geste où une asepsie chirurgicale est nécessaire. Il n existe aucune démonstration de son efficacité dans la prévention de la transmission croisée. Dans une chambre sous flux, elle est mise avant d entrer dans la chambre. 5) Lunettes Leur utilisation s inscrit uniquement dans le cadre de la protection du personnel lors de la prévention : - des AES (accidents d'exposition au sang), - des projections lors de manipulations d urines contenant des cytotoxiques. 6) Surchaussures Elles n interviennent en rien dans la prévention des infections et leur intérêt ne repose sur aucune étude scientifique. III - ENVIRONNEMENT PROTEGE L environnement du malade à l hôpital est lié à la survenue d infections et doit être adapté au niveau de risques que l on veut prévenir. La maîtrise des risques liés à l environnement s inscrit dans le concept de stratégie globale de prévention des infections nosocomiales mais n intervient qu en complément de la maîtrise des contaminations chez le patient, les personnels et les dispositifs médicaux. 1) Architecture Elle a un rôle prédominant dans l organisation du travail. Dans certains cas, ces chambres peuvent disposer d équipements spécifiques (sas, surpression, flux laminaire ).. La chambre individuelle facilite l isolement géographique et la présence de matériel de soins (brassard à tension, stéthoscope ) dans la chambre optimisera cet isolement. La porte de la chambre est maintenue fermée. La présence d un sas permet un meilleur contrôle des entrées dans la chambre. Guide Technique d'hygiène Hospitalière 2004 Page 2 / 6 C.CLIN Sud-Est Fiche n 15.05

3 La chambre d un patient en isolement protecteur doit être signalée afin que toute personne respecte les conditions d accès ; ceci est fait en respectant la confidentialité du patient. 2) Air Des controverses existent dans la littérature concernant l efficacité de certaines mesures préventives telles que l utilisation d un isolement protecteur par flux laminaire ou filtres HEPA et surpression. Ces installations doivent être réservées aux neutropénies sévères de plus de 2 semaines où elles ont fait preuve de leur efficacité dans la prévention du risque aspergillaire lorsqu elles sont associées à la décontamination des surfaces, aux mesures d isolement, et à une chimioprophylaxie efficace. Trois procédés sont recommandés : - une filtration HEPA (High Efficiency Particulare Air), - une surpression d au moins 15 Pa, - un taux de renouvellement d au moins 20 volumes/heure. L efficacité des équipements mobiles dans la prévention du risque aspergillaire reste à démontrer. Lors de travaux dans l établissement, des procédures de confinement des chantiers doivent être mises en place pour diminuer l exposition des patients à risques aux sources d Aspergillus (fiche 13.04). 3) Eau Dans les secteurs protégés, l eau doit être bactériologiquement maîtrisée. L utilisation d une microfiltration terminale à 0.22 micron est la solution de choix. L entretien des microfiltres et les contrôles microbiologiques de l eau font l objet de procédures. La qualité recommandée est de «niveau 2» ou «ultra propre» soit <10 UFC/100ml après 24 h à 37 C et 72 h à 22 C et absence de Pseudomonas aeruginosa (fiche 13.01). La désinfection des lavabos est au minimum quotidienne. Une circulaire précise les modalités de surveillance et les mesures à suivre pour gérer au mieux une contamination du réseau d eau par des Légionnelles. La glace, source de contamination aspergillaire, est évitée chez les patients sévèrement immunodéprimés. 4) Surfaces Le bionettoyage des surfaces est réalisé conformément aux protocoles écrits et validés du service, par une personne qui respecte les conditions d accès au service et à la chambre. Sa fréquence est quotidienne. Un bionettoyage complet y compris du plafond et des grilles de conduites d air est fait à la sortie du patient. Les détergents désinfectants utilisés sont capables de détruire les spores d Aspergillus. La qualité de l entretien peut être contrôlée périodiquement par des prélèvements selon une technique standardisée et reproductible. L interprétation des résultats est faite en fonction des objectifs fixés. IV MATERIEL ET ALIMENTATION 1) Désinfection et stérilisation des dispositifs médicaux Elles ne sont pas différentes de celles utilisées dans les autres secteurs d hospitalisation (chapitre 4). Seules les modalités d entrée de matériels dans les chambres peuvent être contrôlées en fonction du type de patient hospitalisé. Guide Technique d'hygiène Hospitalière 2004 Page 3 / 6 C.CLIN Sud-Est Fiche n 15.05

4 2) Alimentation L absence de consensus sur l alimentation de ces malades nécessite un travail en collaboration des médecins, de l équipe soignante et des diététiciens pour définir des niveaux de qualité microbiologique acceptables en fonction de l état des patients tout en préservant une certaine diversité et les qualités organoleptiques des aliments (fiche 5.05). Cette alimentation est non contaminante et sa qualité microbiologique régulièrement contrôlée. Dans les immunodépressions sévères, les aliments hautement contaminés sont à proscrire : salades, carottes râpées, crudités, épices en poudre, cacahuètes. D autres denrées alimentaires ont été impliquées dans la survenue d infections aspergillaires chez les patients neutropéniques : maïs, noix de cajou, noix de coco, grains de café, céréales, lait en poudre, thé, chocolat, sauce soja, poivre. On pourra conseiller les fruits pelables après les avoir javellisés. La vaisselle est lavée au lave vaisselle (température > 60 c) ou stérilisée. V - ISOLEMENT SEPTIQUE Les mesures de prévention de la transmission croisée sont bien définies et codifiées mais pas spécifiques pour ce type de patients (chapitre 9). VI - LE MALADE Tous les objets personnels du malade rentrant dans une chambre sous flux peuvent être décontaminés en surface. Le linge personnel (pyjamas et linge de toilette) est changé très régulièrement et entretenu par la famille. Sinon, il est lavé par l hôpital selon les exigences hospitalières habituelles et peut être protégé par un film plastique. Il en est de même pour le linge hospitalier. L utilité d employer du linge stérile, de stériliser ou décontaminer les objets placés dans l environnement immédiat des patients n a pas été étudié. Il en est de même pour la vaisselle et les ustensiles. Les soins d hygiène des malades sont fait de façon aseptique, selon des règles établies par un consensus écrit. Les soins de bouche et les traitements préventifs de la colonisation de l oropharynx doivent faire l objet d une attention particulière. Les plantes vertes, en raison du risque de contamination aspergillaire, et les fleurs coupées, en raison de la multiplication microbienne dans l eau des vases, sont à proscrire. VII - LE PERSONNEL Le personnel est formé à la spécialité afin de comprendre et d accepter les contraintes d asepsie nécessaires. Il veille à son hygiène personnelle et respecte les procédures du service. VIII - LES VISITES Les visites des patients en aplasie doivent faire l objet d une limitation, à définir dans le service. Les règles d hygiène de base, la durée des visites, l habillage et le lavage des mains doivent être enseignés aux familles et régulièrement surveillés. Guide Technique d'hygiène Hospitalière 2004 Page 4 / 6 C.CLIN Sud-Est Fiche n 15.05

5 IX - SURVEILLANCE EPIDEMIOLOGIQUE L organisation d une surveillance des infections notamment des aspergilloses pulmonaires nosocomiales en continue dans ce type de service a prouvé son efficacité (fiche 2.06). Responsables Le chef de service Le médecin responsable du patient Toute l équipe para-médicale Pour en savoir plus Références AUPEE M, VAUTRAVERS MJ, FETTER A et al. Contrôle bactériologique des aliments pour immunodéprimés. Agressologie 1992; 33; 2: (NosoBase n 2439) BUSSY C. Isolement protecteur. Techniques Hospitalières 1997; 11: (NosoBase n 4516) CDC. Guideline for prevention of nosocomial pneumonie. Am J Infect Control 1994; 22: (NosoBase n 1190) FENELON L. Stratégies de prévention des infections au cours des neutropénies de courte durée. Infect Control Hosp Epidemiol 1998; 19, 8: (NosoBase n 5398) LEJEUNE B, HELIES H. Pratiques de l alimentation orale chez les malades immunodéprimés des secteurs d isolement des services d hématologie. Agressologie 1992; 33, 2: (NosoBase n 2440) RISI GF, TOMASCAK V. Prévention de l infection chez le sujet immunodéprimé. Am J Infect Control 1998; 26; 6: (NosoBase n 7040) THIEBAUT A, CHEMORIN C. Isolement protecteur chez les patients immunodéprimés en hématologie : expérience de l hôpital E. Herriot, Lyon. Hygiènes 1999; 12; 7: (NosoBase n 6943) THIEBAUT A. Stratégie en situation standard. Hygiène en Milieu Hospitalier 2000, 8: (NosoBase n 8594) YAHER B. Isolement aseptique. La protection rapprochée. Hygiène en milieu hospitalier 1998; 5: (NosoBase n 5144) YAHER B. Dossier cancérologie. Une lutte sur tous les fronts. Hygiène en milieu hospitalier 2000; 02: (NosoBase n 7524) Guides et Recommandations CIRCULAIRE DGS N 98/771 DU 31 DECEMBRE 1998 relative à la mise en place de bonnes pratiques de surveillance et d entretien des réseaux d eau dans les établissements de santé. Non parue au Journal Officiel. 4 pages. (NosoBase n 5956) COMITE TECHNIQUE NATIONAL DES INFECTIONS NOSOCOMIALES (CTIN) Cent recommandations pour la surveillance et la prévention des infections nosocomiales. 2 e ed. Ministère de l Emploi et de la Solidarité. Secrétariat d Etat à la Santé et à l Action Sociale, 1999, 121 pages. COMITE TECHNIQUE NATIONAL DES INFECTIONS NOSOCOMIALES (CTIN). Isolement septique. Recommandations pour les établissements de soins. Ministère de l'emploi et de la Solidarité, 1998, 51 pages. COMITE TECHNIQUE REGIONAL DE L'ENVIRONNEMENT HOSPITALIER (COTEREHOS). L eau dans les établissements de santé. DRASS Rhône-Alpes, Lyon, 1995, 39 pages. (NosoBase n 2073) Guide Technique d'hygiène Hospitalière 2004 Page 5 / 6 C.CLIN Sud-Est Fiche n 15.05

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