Logistique de chantier et coordination de sécurité

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1 Logistique de chantier et coordination de sécurité

2 L INSTITUT NATIONAL DE RECHERCHE ET DE SÉCURITÉ L Institut national de recherche et de sécurité (INRS) est une association déclarée sans but lucratif (loi du 1er juillet 1901), constituée sous l égide de la Caisse nationale de l assurance maladie. Il est placé sous la tutelle des pouvoirs publics et le contrôle financier de l État. Son conseil d administration est composé en nombre égal de représentants du Mouvement des entreprises de France et des organisations syndicales de salariés. L INRS apporte son concours aux services ministériels, à la Caisse nationale de l assurance maladie, aux Caisses régionales d assurance maladie, aux comités d hygiène, de sécurité et des conditions de travail, aux entreprises, enfin à toute personne, employeur ou salarié, qui s intéresse à la prévention. L INRS recueille, élabore et diffuse toute documentation intéressant l hygiène et la sécurité du travail : brochures, dépliants, affiches, films, renseignements bibliographiques... Il forme des techniciens de la prévention et procède en son centre de recherche de Nancy aux études permettant d améliorer les conditions de sécurité et l hygiène de travail. Les publications de l'inrs sont distribuées par les Caisses régionales d'assurance maladie. Pour les obtenir, adressez-vous au service prévention de la Caisse régionale de votre circonscription, dont vous trouverez l adresse en fin de brochure. LES CAISSES RÉGIONALES D ASSURANCE MALADIE Les Caisses régionales d assurance maladie disposent, pour diminuer les risques professionnels dans leur région, d un service prévention composé d ingénieurs-conseils et de contrôleurs de sécurité. Par les contacts fréquents que ces derniers ont avec les entreprises, ils sont à même non seulement de déceler les risques professionnels particuliers à chacune d elles, mais également de préconiser les mesures préventives les mieux adaptées aux différents postes dangereux et d apporter, par leurs conseils, par la diffusion de la documentation éditée par l Institut national de recherche et de sécurité, une aide particulièrement efficace à l action des comités d hygiène, de sécurité et des conditions de travail. Paris, INRS Illustrations JC Bauer/ Maquette ici design

3 Logistique de chantier et coordination de sécurité JP MOINEAU et JC VOISIN, ingénieurs à l INRS avec la collaboration d ingénieurs des Caisses régionales d assurance maladie G. MAGNIEZ (Bordeaux) M. TOURTIER (Rennes) JC. DUBOIS (Rouen) M. ARMANET (Strasbourg) ED 884

4 3 Sommaire Introduction 5 1 La logistique dans le secteur industriel 7 2 La logistique dans le domaine du BTP Des freins à la mise en place Des enjeux pour les chantiers 11 >>> Les enjeux économiques 11 >>> Les enjeux sociaux La logistique, des obligations d origine réglementaire ou contractuelle 13 >>> Les obligations relevant du code du travail 13 La coordination sécurité et protection de la santé 13 Les principes généraux de prévention 14 La manutention manuelle des charges 14 >>> D autres obligations 15 La loi sur la maîtrise d ouvrage publique, dite loi MOP 15 La norme NF P La réglementation des déchets 15 Le management de la qualité 16 3 Comment adapter la démarche logistique au BTP? Des principes d action 17 >>> Identifier et quantifier les produits 17 >>> Planifier les besoins en produits 17 >>> Connaître les conditions de réalisation des travaux 18 >>> Définir des conditionnements et des modes de livraison adaptés 19 >>> Passer la commande des produits 19 >>> Gérer les déchets Des séquences à respecter 21 >>> Avant les travaux 21 La conception de l'opération 21 La conception du projet 21 La passation des contrats de travaux 22 La préparation de chantier 23 >>> Pendant les travaux 24 La phase «structure, enveloppe» 25 La phase «cloisonnements, fluides» 25 La phase «équipements, finitions» Les outils de la logistique de chantier 29 >>> Les réunions 29 Les réunions d'études 29 Les réunions de préparation de chantier 29 Les réunions de chantier 30 Les réunions du CISSCT 31 >>> Les plannings et les plans 32 Les plannings 32 Le plan des installations de chantier 33 Le plan général de coordination SPS 34 >>> Les moyens matériels 34 La distribution verticale 34 La distribution horizontale 36 >>> Des moyens logistiques extérieurs au chantier 37 Les modes d approvisionnement 37 Le conditionnement 37 Conclusion 39 Bibliographie 40 Logistique de chantier et coordination de sécurité 3

5 3 Introduction Avec un chiffre d affaires sensiblement égal à 10% du produit intérieur brut et des effectifs représentant à peu près 8% de la population active, le secteur de la construction constitue une part importante de l activité économique française. Ce secteur, aux spécificités très marquées, se caractérise à la fois par un niveau de rentabilité faible, sans rapport avec la complexité de l activité, et par une forte proportion d accidents du travail. En effet, avec le quart des accidents du travail survenus en France, le bâtiment et les travaux publics (BTP) demeure une activité à haut risque bien qu il ait divisé par plus de trois le nombre de ses accidents mortels au cours des 30 dernières années. Pour lutter contre ce double constat, les entrepreneurs du BTP ont tout d abord concentré leurs efforts de recherche sur les procédés de construction et les matériels associés dans le but d améliorer les tâches de production directe. Ils se sont penchés ensuite sur les conditions de réalisation des ouvrages et plus particulièrement sur les modes opératoires en se préoccupant de la place des ouvriers pendant l utilisation des outils et lors de la mise en œuvre des produits. Actuellement de nouveaux axes de recherche portent sur des tâches telles que la gestion des informations, la maintenance des ouvrages ou la logistique de chantier qui ne concernent plus la production directe mais qui représentent cependant des sources importantes de progrès économique et humain. Parmi ces travaux de recherche, la logistique, qui a pour objet d optimiser l ensemble des approvisionnements d une opération, est assurément une voie de progrès pour le secteur du BTP. Cette brochure vise à sensibiliser tous les acteurs de la construction à ce thème essentiel dans le monde industriel. Elle présente tout d abord l importance des enjeux économiques et sociaux. Puis, après avoir souligné les principaux freins à l optimisation des approvisionnements, elle précise les principes d action qui relèvent essentiellement de l organisation ; la mise en place de moyens matériels, souvent présentée comme la solution, n est en fait qu une conséquence de cette organisation. Les principaux bénéficiaires d une meilleure logistique sont les artisans et les petites entreprises qui ne peuvent intervenir individuellement sur l organisation générale d un chantier. Les coordonnateurs santé sécurité, dont l un des rôles consiste à favoriser la mise en place de moyens communs, ne peuvent, quant à eux, qu être partie prenante d une telle démarche. Les maîtres d ouvrage et les maîtres d œuvre sont cependant les premiers concernés, car la maîtrise de toute opération de construction demande qu ils prennent, dès la conception, un ensemble de décisions relatives à son organisation générale. On peut noter également que la mise en œuvre d une telle organisation ne peut que contribuer à une amélioration sensible de la qualité de la construction. Logistique de chantier et coordination de sécurité 5

6 1 La logistique dans le secteur industriel Utilisée initialement dans le domaine militaire, la logistique est présentée dans ce cadre comme une combinaison d actions et de moyens mis en œuvre pour ravitailler une armée. Transposée au secteur civil, elle est définie par l ASLOG, association française pour la logistique, comme «l'ensemble des activités qui assurent la mise en place à moindre coût, d une quantité déterminée de produit, à l endroit et au moment où une demande existe». La logistique fait donc appel à des techniques qui permettent de répondre aux besoins des clients dans les meilleures conditions. La mise en œuvre de ce nouveau concept se traduit souvent par la création d une nouvelle fonction transversale, la fonction logistique, qui se développe de plus en plus dans les grandes entreprises. La logistique : une fonction transversale Dans la plupart des entreprises industrielles coexistent des services spécifiques plus ou moins développés : achats, production, commercial, marketing, relations humaines, communication, comptabilité, etc., qui tous participent à la vie de l ensemble et pour lesquels chaque responsable recherche l efficacité maximale. Or, dans ce mode de gestion «au plus juste» d entités séparées, très peu de personnes disposent à la fois du temps et du recul nécessaires pour harmoniser les interfaces entre services. En étudiant tous les mouvements de produits de l entreprise, le logisticien facilite bien évidemment ces transferts, mais il fournit également de nombreuses informations qui pourront s avérer très utiles pour accroître la compétitivité de l entreprise ou pour lui permettre de se donner des orientations à plus ou moins long terme. La gestion des flux physiques et des flux d informations La première tâche du logisticien consiste à identifier, puis à analyser tous les transferts de produits réalisés dans le cadre de l activité de l'entreprise. Cela concerne les achats faits en amont de la production auprès des fournisseurs, mais également les échanges entre services et les livraisons à la clientèle. Cette étude des flux physiques porte sur les produits - nature, quantité, dimensions, etc. - mais également sur les moyens - camions, grues, aires de stockage, hangars, etc. - qui doivent être mis en œuvre pour effectuer les transferts. Logistique de chantier et coordination de sécurité 7

7 Le travail du logisticien 1. Recenser 2. Analyser 3. Optimiser Les flux de produits et d'informations Simultanément, le logisticien effectue le même travail d identification et d analyse sur toutes les actions qui déclenchent ou qui accompagnent les mouvements de produits. Cet ensemble est appelé le flux d informations. Il comporte, par exemple, le suivi des commandes, la gestion des stocks, l élaboration du plan de production ou la facturation. Un travail de synthèse sur les flux permet de mettre en lumière et de supprimer rapidement les dysfonctionnements les plus évidents qui sont généralement dûs à un manque de coordination ou à des divergences d intérêts entre services. Les actions correctives portent le plus souvent sur la suppression d opérations inutiles, sur une meilleure répartition des stocks ou des surfaces de stockage, sur une utilisation plus efficace des moyens de transport ainsi que sur une circulation plus rapide et plus utile des informations et des produits. La logistique : un outil de gestion Dans la plupart des cas, l action du logisticien ne va pas au-delà de la gestion des flux. Toutes ces données constituent néanmoins une importante source d informations, qui peut aider l'entreprise à réfléchir aux orientations qu'elle doit se donner pour assurer sa pérennité. Ces informations peuvent lui permettre, en effet, d adapter en permanence son outil industriel aux conditions du marché et d anticiper l évolution des besoins de ses clients. Adapter l outil industriel aux conditions du marché En s interrogeant sur le coût et l intérêt des flux physiques et des flux d informations identifiés par le logisticien, il est possible d'optimiser progressivement l'outil industriel et de l adapter à son environnement. C est ainsi que beaucoup d entreprises accélèrent la circulation des produits, en limitant leurs stocks de matières premières ou de produits finis, pour diminuer leurs frais financiers et immobiliers et que d autres sous-traitent des tâches telles que le stockage ou la distribution à des acteurs plus compétents ou demandent à leurs fournisseurs des services nouveaux, comme le fractionnement des livraisons ou la fourniture de composants plus faciles à manipuler. Anticiper l évolution des besoins des clients En suivant le produit jusqu'au client final, le service logistique dispose d informations utiles pour anticiper tout changement dans les besoins des clients et permettre ainsi de faire évoluer l outil industriel. Dans la grande distribution, par exemple, la diminution progressive des surfaces de réserve au profit des surfaces de vente oblige de plus en plus les fournisseurs à modifier leur organisation et souvent leur système de production, pour pouvoir livrer les produits en continu et par quantités adaptées. L analyse des flux physiques et d'informations permet d optimiser le fonctionnement global de grandes entreprises industrielles ou commerciales de secteurs aussi variés que l automobile, la grande distribution ou l aéronautique. Les chapitres suivants montrent comment appliquer cette démarche au secteur du BTP. 8 Logistique de chantier et coordination de sécurité

8 2 La logistique dans le domaine du BTP Dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, les exemples de mise en place de la démarche logistique sont peu nombreux. - Des logisticiens existent chez les fabricants et les négociants de produits de construction ; ces entreprises étant toutefois plus proches du monde industriel que du secteur BTP. - Des services approvisionnements sont créés sur les grandes opérations ne disposant pas d aires de stockage suffisantes ainsi qu à l étranger, sur les chantiers devant importer la plupart des matériaux et des matériels utilisés. - Quelques expérimentations sont menées à l initiative du Plan construction et architecture (PCA) sur de petits chantiers témoins de bâtiment. Mis à part ces cas particuliers, les approvisionnements sur chantier font rarement l objet d une réflexion concertée entre les intervenants d une même opération et les produits sont le plus souvent achetés au fur et à mesure des besoins ; prix, proximité et disponibilité étant les principaux critères de choix. 2.1 Des freins à la mise en place Les professionnels de la construction partagent des spécificités qui les différencient très fortement des autres secteurs industriels et qui expliquent, en partie, les difficultés rencontrées pour mettre en place sur les chantiers une organisation plus performante en matière d approvisionnement à pied d œuvre. Des entreprises de petite taille Dans le secteur de la construction, une part importante des travaux est réalisée par de petites entreprises (70% du chiffre d affaires [1] du BTP est réalisé par des entreprises de moins de 50 salariés) et ces entreprises travaillent généralement avec leurs propres moyens (peu d organisation collective) car les marchés sont souvent passés en corps d état séparés. De plus, la sous-traitance est importante sur les chantiers. Ces deux caractéristiques font que l on rencontre rarement dans le secteur du BTP, notamment sur les petits chantiers, des moyens logistiques adaptés qui permettraient d approvisionner les matériaux à pied d œuvre dans les meilleures conditions. Les moyens individuels étant généralement moins performants qu une organisation collective conçue dès la phase de conception. Un coût des manutentions non chiffré Peu de recherches ont été menées pour évaluer les quantités de produits utilisés sur chantier et pour connaître le temps passé à les déplacer (déchargement, mise en stock, reprise et distribution au poste de travail). Dans les études de prix, les coûts d approvisionnement sont le plus souvent «noyés» dans les frais de chantier et très rarement individualisés. Il est donc difficile, dans ces conditions, de chiffrer les économies que l on pourrait attendre d une organisation logistique plus performante. Cela explique les hésitations des maîtres d ouvrage et celles des entreprises à demander ou mettre en place des moyens logistiques plus efficaces alors que les gains de productivité espérés ne sont pas chiffrés. Ce manque de connaissance explique aussi le peu d empressement des industriels à développer des produits, conditionnements ou matériels de manutention qui répondraient mieux aux besoins des utilisateurs. Un environnement de travail particulier et difficile Les conditions de réalisation d un ouvrage sont très éloignées de l environnement de travail que l on rencontre habituellement dans une usine. Logistique de chantier et coordination de sécurité 9

9 Chaque ouvrage est en effet un produit unique, plus proche du prototype que du produit de série. Les entreprises du BTP doivent être capables d adapter rapidement leur système de production aux résultats des appels d offres et savoir gérer les nombreux aléas liés à la programmation des maîtres d ouvrage, à des choix architecturaux toujours différents ainsi qu à des conditions climatiques, géologiques et environnementales très variables. Un chantier mobilise par ailleurs un nombre important d intervenants : maître d ouvrage, maître d œuvre, coordonnateur SPS, bureaux d études et de contrôle, administrations, entreprises, pour réaliser un travail commun. Ces différents intervenants se connaissent souvent mal et n ont des relations contractuelles directes (ou indirectes dans le cas de sous-traitance) qu avec le maître d ouvrage. La coordination de l ensemble des intervenants est d autant plus nécessaire que les interfaces sont nombreuses et que les projets ne sont bien souvent définis dans le détail que très peu de temps avant le début effectif des travaux. Une autre particularité du BTP concerne la main-d œuvre d exécution dont le coût peut atteindre le tiers du montant des travaux. Cette maind œuvre possède en général un faible niveau de qualification et, dans bien des cas, fait partie intégrante du système de production car le matériel, qui doit pouvoir être réemployé facilement sur d autres opérations, est généralement peu mécanisé et peu spécialisé. Malgré cet environnement de travail particulier et difficile, le taux d encadrement sur chantier reste plus faible que celui que l on rencontre habituellement dans l industrie. On comprend donc pourquoi les responsables de chantiers, qui doivent gérer dans l urgence une somme importante de problèmes et d informations pour faire avancer leurs travaux, ne consacrent pas beaucoup de temps à l organisation des approvisionnements. Cela est d autant plus vrai qu ils savent par expérience qu un retard de livraison est toujours possible et que l avancement des travaux dépend aussi de leur capacité d adaptation aux aléas. 10 Logistique de chantier et coordination de sécurité

10 2.2 Des enjeux pour les chantiers Depuis toujours, des actions ont été menées pour accroître les performances du secteur de la construction. Des progrès importants ont ainsi été réalisés dans le domaine du calcul, de la conception des ouvrages et dans celui de la qualité des produits. L ensemble du secteur peine cependant en matière de productivité, de qualité d ouvrage et les jeunes ne sont toujours pas attirés par les métiers du BTP. La phase de réalisation des ouvrages ou phase chantier, souvent suspectée d être à l origine de ces difficultés, ne fait bien souvent que révéler les dysfonctionnements de la phase conception. De plus, cette phase chantier ne dépend pas que des seules entreprises chargées des travaux et tous les autres acteurs de la construction - maître d ouvrage, concepteurs, fournisseurs de matériels et de matériaux - devraient lui prêter une plus grande attention, pour faire progresser (collectivement) l ensemble du secteur. Pourquoi, par exemple, ne pas proposer des produits plus faciles à manutentionner et à mettre en place et, d une manière générale, ne conviendrait-il pas de réfléchir à des méthodes de construction mieux adaptées aux conditions réelles des chantiers? En effet, bien des procédés de construction, insuffisamment maîtrisés par l ensemble des acteurs, sont à l origine de sinistres. Certains d entre eux sont actuellement mis en observation par l'agence qualité construction dans le cadre de la garantie décennale [2]. >>> Les enjeux économiques Les entreprises ont peu de données chiffrées sur le coût des approvisionnements. Les principales informations dont on dispose sur le sujet proviennent d études [3] menées sur des chantiers expérimentaux, à l initiative de la Direction de l habitat et de la construction ou du Plan construction et architecture. Les coûts de mains d œuvre Il apparaît dans ces études [3] que la part de main d œuvre consacrée aux manutentions, dans les métiers du bâtiment, est très importante. Elle est de l ordre de 30% pour le gros œuvre et de 40% pour les autres corps d état. Avec un coût de main d œuvre estimé à 25% du montant des travaux, les dépenses de main d œuvre engendrées par les manutentions représentent donc, pour un chantier de bâtiment, pratiquement 10% de ce montant des travaux (~ 40% X 25%). Sachant que dans bien des cas, les approvisionnements ne font pas l objet d études approfondies, il est tout à fait possible d espérer une économie significative sur ce poste et par conséquent sur le coût total des travaux, en intervenant uniquement sur l organisation des approvisionnements. Une diminution du tiers du coût des manutentions est tout à fait envisageable. Cela correspondrait à une économie de 3% du coût global des travaux (1/3 de 10%). Ce chiffre est à rapprocher de la marge des entreprises du BTP qui dépasse rarement 1% du chiffre d affaires. Il permet de prendre conscience de l importance des économies directes qui peuvent être envisagées. Logistique de chantier et coordination de sécurité 11

11 La qualité Les professionnels de la qualité s accordent pour estimer les coûts de non-qualité à 10% du montant des travaux et pour considérer que l origine de ces dépenses réside le plus souvent dans un manque d organisation. La démarche logistique, qui consiste à mieux organiser les flux de produits et les flux d informations, ne peut donc que générer des économies indirectes sur ces coûts de non-qualité, grâce notamment à la mise en cohérence des informations. Nota : Une diminution de 30% des coûts de non-qualité, qui est l objectif de l Agence qualité construction pour les années à venir, entraînerait une économie de 3% du montant des travaux. Les déchets de chantier Les déchets générés par le secteur du bâtiment sont actuellement estimés à 25 millions de tonnes par an et leur élimination représente environ 2% du chiffre d affaires global de ce secteur [4]. C est un poste de dépenses important qui sera amené à augmenter rapidement dans les années à venir avec la mise en place progressive des dispositions contraignantes issues des directives européennes sur l environnement. Dans le cas de travaux neufs de bâtiment, par exemple, un chantier génère, en moyenne et par logement, 5 m 3 de déchets divers (0,07 m 3 par m 2 de plancher [3]) dont 1,5 m 3 (1T) pendant la seule phase de finitions et d équipements). Tous ces déchets doivent être manipulés et entraînent des dépenses qui ne produisent pas de valeur et qui sont fréquemment sous estimées par les entreprises. Des principes de gestion des déchets sont donnés dans le paragraphe >>> Les enjeux sociaux Les accidents du travail Les manutentions sont à l origine du tiers des accidents du secteur de la construction. Ces accidents peuvent survenir pendant l utilisation de moyens mécaniques : décrochement de charges, renversement d engins, rupture d apparaux de levage, etc., mais dans la grande majorité des cas, ils trouvent leur origine dans les manutentions manuelles. Les manipulations d objets lourds et les manutentions effectuées dans de mauvaises conditions ou de façon répétitive sont à l origine de nombreuses lésions invalidantes. Le coût total des accidents dûs aux manutentions manuelles pour le secteur du BTP s élève à plus de 200 millions d euros et représente environ 1,7 millions de journées perdues par an. Improvisation et manque de préparation sont souvent à l origine de ces accidents. Une meilleure organisation des approvisionnements devrait permettre d en faire baisser le nombre et le coût de façon significative. L image de la profession et l intérêt des jeunes pour le métier Nous avons vu dans le paragraphe précédent que les ouvriers du bâtiment passaient une grande partie de leur temps de travail en manutentions diverses de matériaux et de matériel. Ces tâches qui se déroulent souvent dans des conditions difficiles, et qui dans certains cas pourraient être mécanisées, sont peu valorisantes et donnent une très mauvaise image du métier. Elles correspondent à un gaspillage de qualification puisque l on demande à des ouvriers spécialisés, plombiers, électriciens ou carreleurs de consacrer beaucoup de temps en manutentions. Elles peuvent aussi engendrer des tensions. Par ailleurs, les périodes de récupération, qui devraient suivre toute manutention importante, notamment pour les ouvriers les plus âgés, sont souvent prises pendant le travail de spécialité, ce qui rend ce dernier moins intéressant. Pour attirer les jeunes dans ce métier, il est indispensable d en améliorer les conditions de travail et notamment de faciliter les manutentions. 12 Logistique de chantier et coordination de sécurité

12 2.3 La logistique, des obligations d origine réglementaire ou contractuelle De nombreux textes d origine réglementaire ou contractuelle s appliquent dans le cadre des approvisionnements de chantiers. Parmi tous ces textes, certaines obligations relèvent du code du travail, d autres sont issues des règles de l environnement, de la construction, de l urbanisme ou du management de la qualité. >>> Les obligations relevant du code du travail La coordination sécurité et protection de la santé Dans son article L , le code du travail [8 et 9] précise qu une «coordination en matière de sécurité et de santé des travailleurs doit être organisée pour tout chantier de bâtiment ou de génie civil où sont amenés à intervenir plusieurs travailleurs indépendants ou entreprises, entreprises sous-traitantes incluses, aux fins de prévenir les risques résultant de leurs interventions simultanées ou successives et de prévoir, lorsqu elle s impose, l utilisation de moyens communs tels que les infrastructures, les moyens logistiques et les protections collectives». Cette coordination est assurée par un coordonnateur de sécurité désigné par le maître d ouvrage, tant au cours de la conception, de l étude et de l élaboration du projet, que de la réalisation de l ouvrage. C est ainsi que pourra être décidée la mise en commun de moyens d approvisionnement qui permettront à tous les salariés ou travailleurs indépendants présents sur un même chantier de bénéficier d équipements sûrs, appropriés aux opérations à effectuer. Les mesures d organisation collective proposées par le coordonnateur doivent être arrêtées impérativement dès la phase de conception du projet et faire partie du dossier d appel d offres. L expérience montre que lorsque les travaux sont commencés, il est toujours très difficile de modifier l organisation prévue (et chiffrée) par les entreprises. Pour faciliter les approvisionnements à pied d œuvre, le coordonnateur proposera donc, dès la phase de conception, une organisation prévisionnelle qui portera sur : - l ordonnancement des travaux (plannings, phasages, etc.), - les infrastructures provisoires (accès, voies de circulation, zones de stockage, etc.), - les moyens matériels (appareils de manutention, recettes, etc.). Cette organisation prévisionnelle sera aménagée pendant la période de préparation de chantier avec les entreprises adjudicataires. C est pourquoi il est souhaitable que les entreprises soient retenues au plus tôt. Logistique de chantier et coordination de sécurité 13

13 Les principes généraux de prévention a) Eviter les risques. b) Evaluer les risques qui ne peuvent pas être évités. c) Combattre les risques à la source. d) Adapter le travail à l homme, en particulier en ce qui concerne la conception des postes de travail ainsi que le choix des équipements de travail et des méthodes de travail et de production, en vue notamment de limiter le travail monotone et le travail cadencé et de réduire les effets de ceux-ci sur la santé. e) Tenir compte de l état d évolution de la technique. f) Remplacer ce qui est dangereux par ce qui n est pas dangereux ou par ce qui est moins dangereux. g) Planifier la prévention en y intégrant, dans un ensemble cohérent, la technique, l organisation du travail, les relations sociales et l influence des facteurs ambiants. h) Prendre des mesures de protection collective en leur donnant la priorité sur les mesures de protection individuelle. i) Donner les instructions appropriées aux travailleurs. Pendant la phase de réalisation des travaux, le rôle du coordonnateur consiste, d une part, à vérifier que les mesures d organisation prévues sont bien mises en œuvre et, d autre part, à gérer les aléas et proposer les améliorations qui s imposeraient. Nota : Lorsque les travaux sont effectués dans un établissement en activité et soumis au décret du 20 février 1992, la coordination est assurée par le chef d établissement [10]. Les principes généraux de prévention Aux termes de l article L du code du travail [6], il appartient à chaque employeur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé de ses salariés ainsi que celle des travailleurs intérimaires qu il emploie. En même temps qu il définit une obligation générale de sécurité, cet article énumère les principes généraux qui servent de base aux actions que l employeur doit mettre en œuvre pour prévenir les risques professionnels dans son entreprise. L article L du code du travail demande que les maîtres d ouvrage, maîtres d œuvre et coordonnateurs de sécurité mettent en œuvre, chacun pour ce qui le concerne, les principes généraux de prévention a, b, c, e, f, g et h «afin d assurer la sécurité et de protéger la santé de toutes les personnes qui interviennent sur un chantier de bâtiment ou de génie civil». Appliqués au cas particulier des approvisionnements, ces deux articles imposent donc qu une organisation soit définie et mise en place avant travaux pour prévenir les risques liés à la manutention mécanique des produits et ceux qui sont associés au port manuel des charges. La manutention manuelle des charges Dans son article R , le code du travail [7] demande que «l employeur prenne les mesures d organisation appropriées ou utilise les moyens adéquats, et notamment les équipements mécaniques, afin d éviter le recours à la manutention manuelle de charge par les travailleurs». 14 Logistique de chantier et coordination de sécurité

14 Lorsque le recours à la manutention manuelle ne peut être évité, il est prévu que l employeur procède à une évaluation préalable des risques générés par les opérations de manutention projetées. Cette évaluation doit tenir compte : - des caractéristiques de la charge : celle-ci peut être lourde, encombrante, volumineuse, difficile à saisir, etc. ; - de l effort physique nécessaire et des exigences de l activité : des efforts de torsion et de flexion trop intenses ou trop fréquents, des périodes de récupération insuffisantes, des distances ou des dénivellations trop importantes constituent des facteurs de risques ; - des caractéristiques du milieu : un sol inégal ou glissant, un espace réduit ou une visibilité restreinte augmentent la pénibilité des tâches et les risques d accident. A l issue de cette évaluation, l employeur organise les postes de travail et met à disposition des travailleurs des aides mécaniques ou des accessoires de préhension destinés à rendre la tâche plus sûre et moins pénible. Enfin, ces travailleurs sont informés des risques encourus et formés pour pouvoir effectuer ces manutentions en sécurité. >>> D autres obligations La loi sur la maîtrise d ouvrage publique, dite loi MOP La loi MOP [11] précise le contenu des contrats qui sont passés entre une maîtrise d ouvrage publique et une maîtrise d œuvre privée. Obligatoire pour les marchés publics, cette loi est également utilisée, dans un cadre contractuel, sur de nombreux marchés privés. Dans son article 7, la loi MOP définit, d une manière générale, huit éléments de mission : les études d esquisse, d avant-projet et de projet, l assistance au maître d ouvrage pour la passation des contrats, les études d exécution, la direction de l exécution des travaux, l ordonnancement pilotage coordination (OPC) et l assistance au maître d ouvrage pour la réception et pendant la période de garantie de parfait achèvement. Ces éléments de mission doivent permettre à la maîtrise d œuvre «d apporter une réponse architecturale, technique et économique» à la demande formulée dans le programme, par le maître d ouvrage. Chaque élément de mission s appuie sur celui qui le précède. Les études d avant-projet, par exemple, sont établies à partir des décisions validées par le maître d ouvrage au stade de l esquisse. Tout retour en arrière est donc très difficile. C est pourquoi il est important que le coordonnateur intervienne en amont de l élaboration du projet. Ses propositions peuvent alors figurer dans les pièces du dossier d appel d offres pour être prises en compte dans l engagement des entreprises. La norme NF P La norme NF P [12] constitue le cahier des clauses administratives générales (CCAG) pour les marchés de travaux privés de bâtiment. Ce document définit les droits et les obligations de chaque partie contractante. Il ne peut prendre effet, comme pièce constitutive d un marché, que s il est signé pour acceptation ou rendu applicable par le cahier des clauses administratives particulières (CCAP). Dans le domaine de la logistique de chantier, ce document : - rappelle les obligations en matière de coordination SPS ; - confie au lot gros œuvre ou au lot voirie et réseaux divers (VRD), la réalisation des voies de circulation et des aires de stockage dans l emprise du chantier ; - prévoit la mise en commun d équipements de travail ou d installations de chantier, en accord avec le plan général de coordination SPS (PGCSPS) ; - précise l obligation, pour chaque entreprise, de procéder au tri et à l évacuation de ses déchets de construction. La réglementation des déchets Quatre lois [14 et 15] fixent les orientations de la politique des déchets pour notre pays et de très nombreux décrets, arrêtés ou circulaires en donnent les conditions d application. Logistique de chantier et coordination de sécurité 15

15 - classe 1 pour les déchets dangereux, - classe 2 pour les déchets ménagers et assimilés, - classe 3 pour les déchets inertes. Lorsque l on mélange des déchets de catégories différentes, l ensemble est classé dans la catégorie la plus défavorable. Une benne à gravats remplie de chutes de béton et de bois est donc considérée comme une benne de déchets industriels banals et ne sera acceptée que dans une décharge de classe 2. Ces textes, qui pour la plupart transposent des directives européennes, se mettent en place progressivement. Cette législation donne la priorité à la valorisation des déchets. C est ainsi qu à compter du 1 er juillet 2002, il ne sera plus possible d éliminer les déchets par simple mise en décharge. A cette date, les installations de stockage n accepteront plus que des déchets ultimes, c est-à-dire des déchets qui ne peuvent plus faire l objet d une valorisation dans les conditions économiques et techniques du moment. Ces textes classent les déchets en trois catégories : - Les déchets dangereux (D) comme l amiante et les déchets industriels spéciaux (DIS) comme les peintures, colles et mastics contenant des solvants, les produits de traitement des bois, etc. - Les déchets ménagers et assimilés (DMA) qui comprennent aussi les déchets industriels banals (DIB) tels que les bois non traités, les matières plastiques, les métaux, le verre, etc. - Les déchets inertes (I) qui se composent de produits ne brûlant pas, stables au stockage et ne produisant pas de réactions susceptibles de nuire à l environnement, tels que les bétons, les briques, les terres non polluées, etc. Les installations d élimination des déchets par stockage sont réparties en trois classes qui dépendent de la nature des déchets acceptés : Les déchets ultimes ne constituent pas une classe supplémentaire, mais un niveau de valorisation. Ainsi, à compter du 1 er juillet 2002, une installation de classe 2 ne recevra plus que des déchets ménagers ou assimilés ne pouvant plus faire l objet de valorisation et appelés déchets ménagers ou assimilés ultimes. Les emballages font, quant à eux, l objet d un décret particulier qui impose aux entreprises, comme seul mode d élimination, la valorisation par réemploi, recyclage ou tout autre action visant à récupérer des matériaux réutilisables ou de l énergie. Maître d ouvrage [5], maître d œuvre et OPC, et coordonnateur SPS doivent organiser l évacuation des déchets de chantiers de manière à éviter les mélanges de produits qui ne peuvent que déboucher sur des interventions de tri pénibles, inutiles et onéreuses. Le management de la qualité L organisation des approvisionnements fait partie des référentiels ISO 9000 [16] qui permettent de juger de l efficacité du système de management de la qualité d une entreprise, à satisfaire les besoins d un client. Les normes de management de la qualité sont quelquefois incluses dans les marchés, à titre contractuel. Elles précisent notamment que les entreprises doivent «préserver la conformité du produit au cours des opérations internes et lors des livraisons à la destination prévue. Cette préservation doit inclure l identification, la manutention, le conditionnement, le stockage et la protection». 16 Logistique de chantier et coordination de sécurité

16 3 Comment adapter la démarche logistique au BTP? 3.1 Des principes d action Organiser les approvisionnements, c est prendre en compte : 1. la nature et les quantités de produits à manutentionner, 2. l origine des produits, 3. le mode de livraison et le conditionnement envisagés, 4. la sensibilité aux vols et aux dégradations, 5. le planning des travaux et des livraisons, 6. les contraintes éventuelles des fournisseurs, 7. les contraintes en terme d accès, de circulation et de stockage, 8. les moyens de manutention et de distribution dans l ouvrage, 9. la nature et la quantité de déchets produits et les moyens d évacuation. Pour construire un ouvrage, il est nécessaire d approvisionner à pied d œuvre, dans des conditions souvent difficiles, un grand nombre de produits lourds et volumineux. Lorsque rien n a été prévu pour faciliter ces opérations, les approvisionnements sont souvent réalisés avec du matériel mal adapté ou bien à dos d homme, ce qui représente des coûts économiques et humains non négligeables dans un secteur où les marges sont étroites et le déficit d image important. La démarche logistique peut être adaptée au secteur BTP en tenant compte de ses spécificités et sans transformer les conducteurs de travaux en logisticiens. Les principes d'action mentionnés ci-dessous sont à mettre en œuvre depuis la conception du projet jusqu'à la réalisation des travaux par chacun des acteurs de la construction pour ce qui le concerne. >>> Identifier et quantifier les produits Ce recensement doit permettre de définir la nature des moyens à mettre en place pour faciliter les acheminements à pied d œuvre. Il concerne l ensemble des matériaux et des matériels nécessaires à la réalisation de l ouvrage, y compris les équipements de protection collective, et doit être réalisé par corps de métier et par phase de travaux. La quantification sera faite en poids et volume. S il est envisagé d effectuer certains approvisionnements à la main, l analyse tiendra compte du parcours à réaliser (distance et dénivellation), de telle sorte qu il soit possible d évaluer le temps et l effort physique nécessaires. >>> Planifier les besoins en produits La planification des besoins en produits permet de dimensionner les moyens logistiques, infrastructures provisoires et moyens matériels à mettre en place. Elle donne également la possibilité d intervenir sur le programme de mise en commun d équipements de travail ou d installations de chantier et sur le phasage de certaines tâches. C est ainsi que l on peut décider : - d occuper à titre temporaire un domaine public ou privé, - d envisager l utilisation commune d un moyen de manutention, - de faciliter les circulations horizontales de produits dans les étages, - de décaler la réalisation de certains travaux pour laisser en service plus longtemps un moyen logistique. Logistique de chantier et coordination de sécurité 17

17 >>> Connaître les conditions de réalisation des travaux Pour que les produits arrivent dans les meilleures conditions, à l endroit souhaité, au bon moment et dans des quantités appropriées, il est nécessaire que l entreprise dispose, à temps, des informations qui lui permettront de passer une commande adaptée aux conditions de réalisation du chantier. Ces informations arrivent souvent trop tard ; les commandes sont alors approximatives et passées en catastrophe, le délai l emportant sur les conditions de livraison. Parmi les informations nécessaires figurent en bonne place les suivantes. La définition exacte des produits constituant l ouvrage L ensemble des produits à mettre en œuvre devrait être défini dans les marchés de travaux. Cependant, quelques produits font l objet d un choix sur présentation d échantillons ou sur réalisation d un local témoin. Des choix tardifs sur des couleurs ou sur des références exactes de produits peuvent perturber fortement l organisation de chantier prévue initialement. C est pourquoi il est important de réaliser rapidement le local témoin, dans le cas d opération de bâtiment, pour arrêter les derniers choix d architecte. Le calendrier des travaux Ce document doit être détaillé, fiable et recalé régulièrement. Il doit permettre à l entreprise de commander la quantité de produits adaptée à ses besoins et de la faire livrer au bon moment. Dans l industrie, la diminution des stocks s accompagne d une plus grande rigueur de la programmation. La définition des moyens communs disponibles Le plan des installations de chantier et le PGCSPS, lorsqu il existe, précisent notamment les dispositions collectives retenues pour accéder et circuler dans le chantier, pour stocker les produits et pour les distribuer au poste de travail. Munis de ces documents, les entreprises et leurs fournisseurs peuvent alors définir les moyens propres qu ils doivent mettre en place pour faciliter les approvisionnements à pied d œuvre. 18 Logistique de chantier et coordination de sécurité

18 >>> Définir des conditionnements et des modes de livraison adaptés La tradition et la tendance naturelle des acteurs consistent à remplir les camions pour minimiser les coûts de transport et à stocker sur place le maximum de produits pour éviter les retards de livraison ou les ruptures de stock qui sont toujours très préjudiciables dans une activité à forte proportion de main-d œuvre. Cette habitude conduit très souvent à des reprises de produits pour libérer des zones de stockage qui ne sont plus disponibles, à des pertes pour cause de vols ou de dégradations, à des re-conditionnements effectués par des personnes dont ce n est pas le métier. Pour remédier à ces dysfonctionnements, il est nécessaire de définir des conditionnements et des modes de livraison qui soient adaptés, d une part, à la tâche à réaliser et, d autre part, à l organisation collective du chantier. Les aires de stockage sur chantier et notamment celles qui sont situées sous les grues ou à proximité des moyens de levage sont toujours très limitées et en évolution permanente. Il est donc utile de limiter les stocks sur site en favorisant les petits conditionnements, ce qui augmente la fréquence des livraisons. Les négociants en matériaux proposent maintenant ce service. Ils peuvent livrer, par exemple, sous un même conditionnement, l ensemble des produits nécessaires au travail d un compagnon ou d une équipe pour une durée déterminée, libérant ainsi de la place sur chantier tout en limitant les pertes de temps et de produits. >>> Passer la commande des produits Les commandes sont souvent passées avec retard du fait de choix tardifs ou par méconnaissance des délais de fabrication. Elles sont aussi fréquemment passées alors que l organisation du chantier n est pas totalement définie. Le mode d approvisionnement alors retenu par défaut est généralement celui de l industriel fabricant ou du négociant et celui-ci est rarement modifié par la suite car il est toujours difficile de renégocier une commande. Logistique de chantier et coordination de sécurité 19

19 Pour passer une commande précise, il faut connaître : 1. la définition exacte des produits constituant l ouvrage, 2. le calendrier détaillé des travaux, 3. les moyens logistiques communs disponibles sur chantier. Pour passer la commande des produits, il est nécessaire que l entreprise ait franchi, au préalable, les différentes étapes définies aux paragraphes précédents. Dans ces conditions, la commande peut être rédigée en laissant d une part aux fournisseurs un délai de préparation suffisant et en indiquant, d autre part, le mode d approvisionnement adapté aux moyens du chantier (dimension des accès, capacité du matériel de manutention, présence de personnes à la réception, etc.). >>> Gérer les déchets Les chantiers et notamment ceux de bâtiment génèrent des quantités importantes de déchets qui, dans bien des cas, sont manutentionnés à la main. Pour limiter ces opérations pénibles et non créatrices de valeur, il est possible, particulièrement sur les chantiers de constructions neuves, d agir d une part sur les quantités produites et d autre part sur les modes d évacuation. Limiter la production de déchets Sur les chantiers de constructions neuves, les déchets sont essentiellement composés d emballages et de produits excédentaires ou dégradés. Pour limiter la production de ces déchets, il est possible d agir : - sur les choix techniques en utilisant par exemple des produits industrialisés, réalisés sur mesure ou livrés en kit (moins d emballages et de pertes), - sur les conditions d approvisionnement en limitant les stockages, toujours source de dégradations, en adaptant avec plus de précision les livraisons aux besoins (calepinage), et en prévoyant les moyens logistiques adaptés. Organiser l évacuation des déchets Cette organisation est tributaire des moyens de manutention présents sur le chantier et de la nature des déchets qui sont produits. Nous avons vu précédemment qu il était important de ne pas mélanger les déchets, bien que le tri puisse être réalisé à l extérieur dans des centres spécialisés (les goulottes qui permettent la descente des gravats depuis les étages ne devraient donc être utilisées que pour évacuer des déchets de même nature). La mise en place de la nouvelle réglementation en matière d élimination des déchets va progressivement modifier les habitudes actuelles et faire apparaître sur les chantiers différents conteneurs. Trois conteneurs au moins devraient être prévus : un pour les déchets inertes, un autre pour les déchets industriels banals et un dernier pour les déchets industriels spéciaux. La manutention et l évacuation avec remplacement de ces différents conteneurs devront être précisés (PGCSPS). 20 Logistique de chantier et coordination de sécurité

20 3.2 Des séquences à respecter Une opération de construction peut être divisée en différentes séquences opérationnelles, depuis l étude de sa faisabilité jusqu'à son exploitation après conception et exécution de l'ouvrage. Une démarche visant à optimiser les approvisionnements d un chantier nécessite qu'à chacune des étapes des décisions soient prises de manière à constituer progressivement un ensemble cohérent connu de tous les acteurs y compris des fabricants de produits de construction s'ils sont concernés par les choix effectués. Certaines de ces décisions sont considérées comme critiques. Les principales séquences à respecter sont rappelées ci-après. >>> Avant les travaux La conception de l'opération Le maître de l'ouvrage est le responsable principal de l'ouvrage. Il lui appartient, après s'être assuré de la faisabilité et de l'opportunité de l'opération, de prendre un certain nombre de décisions (programme, enveloppe financière, financement, etc.) et surtout celle de choisir le maître d'œuvre. Nous avons vu que, d'une manière générale, le maître d'œuvre devait apporter une réponse architecturale, technique et économique au programme du maître de l'ouvrage. Parmi les missions de la maîtrise d'œuvre, l'opc (ordonnancement pilotage coordination) est, depuis la loi MOP et ses textes d'application, une mission à part entière. Cette mission peut être assurée soit par la maîtrise d'œuvre lorsqu'elle en a les moyens et les compétences, soit par une entité spécialisée dont c'est la vocation. Elle fait alors l'objet d'un contrat séparé de maîtrise d'œuvre. Cette mission s'articule autour : - de la préparation du chantier, - de l'exécution des travaux proprement dite, - des opérations préalables à la réception des travaux. Elle est à compléter, si nécessaire, d'une mission de coordination en amont des travaux. L'organisation du chantier dépendra en grande partie de la qualité de cette prestation et il est conseillé au maître de l'ouvrage de s'assurer que les moyens nécessaires seront mis en œuvre pour remplir la mission OPC. La conception du projet Le maître d'œuvre réalise les études nécessaires à la définition de l'ouvrage : études préliminaires, études d'avant-projet et études de projet qui permettront la consultation des entreprises. Chaque nouvelle phase d études est engagée sur la base des études précédentes approuvées par le maître de l'ouvrage ainsi que sur les prescriptions de celui-ci, résultant des autorisations administratives. Pour bien gérer les approvisionnements, il faut : 1. définir une organisation «prévisionnelle» dès la phase de conception, 2. arrêter l organisation du chantier à la passation des contrats, 3. finaliser cette organisation pendant la période de préparation de chantier, 4. mettre en place l organisation et gérer les aléas pendant les travaux. Logistique de chantier et coordination de sécurité 21

21 Avant les travaux Programme Esquisse APS Désignation du maître d'œuvre et OPC Désignation du coordonnateur SPS Demande de permis de construire Plan Général de Coordination et Logistique APD Appel d'offres PROJET DCE Notification du marché Passation des contrats de travaux Les études d'avant-projet permettent l'établissement des dossiers nécessaires à l'obtention du permis de construire et des autres autorisations administratives (occupation temporaire du domaine public, installation de grues, branchements provisoires, branchements définitifs, demande de renseignements concernant les réseaux, etc.). C'est une des raisons pour lesquelles il convient que le maître de l'ouvrage désigne le coordonnateur de sécurité et de protection de la santé avant le dépôt de la demande de permis de construire et de préférence au début de la phase d avant-projet sommaire (APS) si elle existe. Un projet de plan d'installation de chantier donnant les principales options retenues en matière d organisation collective pour les diverses phases de travaux devrait donc être proposé à l'appel d'offres dans le cadre du plan général de coordination en matière de sécurité et de protection de la santé. Les études d'avant-projet définissent notamment les principes constructifs, les matériaux et les installations techniques. C'est à ce stade des études qu'il convient déjà de s'interroger sur les approvisionnements de chantier compte tenu des choix constructifs et des contraintes du projet de plan d'installation de chantier. Cette réflexion revêt une importance toute particulière dans les cas d'opérations de réhabilitation compte tenu des contraintes des existants. Elle est à engager dès les études de diagnostic pour permettre au maître de l'ouvrage de se prononcer sur la faisabilité de l'opération. Le coordonnateur propose une organisation collective de chantier adaptée à chaque phase de travaux, en fixant plutôt des objectifs à atteindre que des moyens à mettre en place. Il s assure enfin de la compatibilité entre les organisations successives qu il propose et le calendrier général des travaux. Ces dispositions sont à faire figurer dans le PGCSPS et le coordonnateur SPS s assure qu elles ont bien été retranscrites par la maîtrise d œuvre dans les pièces d appel d offres. Ceci doit permettre aux entreprises d établir une offre de prix tenant compte de l organisation prévisionnelle proposée par la maîtrise d œuvre et le coordonnateur de sécurité puis d arrêter l organisation du chantier lors de la passation des contrats de travaux. Par la suite, celle-ci sera aménagée pendant la période de préparation de chantier, en dehors de toute pression économique, l enveloppe des dépenses d intérêt commun ayant été chiffrée. Enfin, les études de projet précisent l'implantation et l'encombrement des éléments de structure, des installations et réseaux techniques. La passation des contrats de travaux La passation des contrats de travaux est une attribution du maître de l'ouvrage. Le maître d'œuvre assiste normalement le maître d'ouvrage dans la sélection des candidats, la consultation des entreprises, l'analyse des offres et les mises au point nécessaires avant passation. 22 Logistique de chantier et coordination de sécurité

22 En matière de coordination, le maître d ouvrage doit : choisir au plus tôt le maître d'œuvre, s'assurer que les moyens nécessaires seront mis en œuvre pour remplir la mission OPC, désigner le coordonnateur SPS avant le dépôt de la demande de permis de construire et de préférence au début de la phase d avant projet sommaire (APS) si elle existe, vérifier que les dispositions prises pour assurer la sécurité collective des travailleurs et l'utilisation de moyens communs sont mentionnées dans les pièces écrites, faire participer le coordonnateur SPS à l'analyse comparative des offres et aux mises au point nécessaires avec le maître d'œuvre et OPC, et les entreprises, s'assurer que les missions des différents intervenants couvrent bien l'ensemble des études préalables à l'exécution des travaux. Le dossier d'appel d'offres comprend des pièces administratives et techniques ainsi que les pièces élaborées par la maîtrise d'œuvre. Le dossier est différent selon, d une part, qu il est soumis aux règles applicables aux marchés privés de bâtiment [12] ou aux marchés publics de travaux [13] et, d autre part, que la dévolution est prévue par marchés séparés ou à des entreprises groupées ou à une entreprise générale. Dans tous les cas, les dispositions prises pour assurer la sécurité collective des travailleurs et l'utilisation de moyens communs sont mentionnées dans les pièces écrites. Pour les chantiers soumis à déclaration préalable (plus de 500 hommes/jour), ces mesures d'organisation générale, proposées par le coordonnateur SPS et arrêtées par le maître d'œuvre et OPC, figurent aussi dans le plan général de coordination en matière de sécurité et de protection de la santé (et le projet de plan des installations de chantier). Le coordonnateur SPS participe à l'analyse comparative des offres et aux mises au point nécessaires avec le maître d'œuvre et OPC, et les entreprises pour arrêter l organisation du chantier. La préparation de chantier La préparation en vue de l'exécution des travaux comprend notamment : - les études d exécution avec l'établissement des plans d'exécution, - les études de synthèse avec l'établissement de plans de synthèse, - l'établissement du calendrier détaillé des travaux par lots ou corps d'état, - l'aménagement du plan des installations de chantier, - la mise en commun d'équipements de travail et d'installations de chantier, - l'établissement des plans particuliers de sécurité et de protection de la santé. L élaboration de ces documents est plus ou moins avancée pendant la phase de conception du projet, suivant les missions confiées à la maîtrise d œuvre. Néanmoins, une organisation prévisionnelle doit, dans tous les cas, figurer dans le dossier d appel d offres, comme cela est rappelé aux paragraphes précédents. Logistique de chantier et coordination de sécurité 23

23 Les séquences à respecter marchés privés/marchés publics Le programme Notification du marché La conception La passation des contrats de travaux La Période de préparation (marchés privés et publics) La Période d'exécution des travaux (marchés privés) Le Délai d'exécution des travaux (marchés publics) La Réception des travaux La norme NF P applicable aux marchés privés de bâtiment [12] prévoit que sauf dispositions particulières du marché, la durée de la période de préparation est de trois mois et est suivie de la période d exécution des travaux. Pour les marchés publics de travaux, elle est incluse dans le délai d exécution et, si elle est prévue, a une durée de deux mois [13]. En tout état de cause, la durée de la période de préparation ne peut être inférieure à un mois quand il y a obligation d établissement d un PPSPS, ce délai ne courant qu après réception du PGCSPS par l entrepreneur. La préparation du chantier est le point critique de l'opération. En effet, la réalisation des études et l'établissement de nombreux plans, y compris les plans de synthèse, nécessitent une réelle et difficile coordination de tous les intervenants. Les plans d'exécution des ouvrages sont établis soit par le maître d'œuvre, soit par les entreprises selon les missions confiées à la maîtrise d'œuvre et les contrats passés avec la ou les entreprises. Il appartient au maître de l'ouvrage, assisté du maître d œuvre et OPC, de s'assurer que les missions des différents intervenants couvrent bien l'ensemble des études préalables à l'exécution des travaux. Lorsque les études d'exécution sont, partiellement ou intégralement, réalisées par les entreprises, le maître d'œuvre s'assure que les documents qu'elles ont établis respectent les dispositions du projet et, dans ce cas, leur délivre son visa. Ce n'est qu'à partir de ce moment que les entreprises pourront organiser les approvisionnements de chantier avec tout ce que cela comporte : commande, fabrication, colisage, transport, stockage, etc. L'établissement de calendriers prévisionnels des approvisionnements prend alors toute son importance et justifie l'établissement de calendriers prévisionnels des études. >>> Pendant les travaux Sur la plupart des opérations de construction, l entreprise principale met en place, en début de chantier, une organisation qui utilise notamment des moyens lourds et qui est souvent bien adaptée à l ensemble des lots de la phase structure, enveloppe. Par la suite, l entreprise principale démonte en partie les installations mises en place pour ses propres besoins, alors que les autres corps d état commencent à intervenir. En l absence d une nouvelle organisation collective, ces corps d état utilisent des moyens logistiques qui leur sont propres et qui sont avant tout adaptés au montant de leur marché. Ces choix individuels qui se limitent souvent aux moyens de manutention sont donc généralement moins performants qu une organisation prenant en compte l ordonnancement des travaux et les infrastructures provisoires. Il est donc important de prévoir dans les pièces écrites une organisation collective qui évolue avec le chantier et anticipe les besoins des entreprises. 24 Logistique de chantier et coordination de sécurité

24 Pendant les travaux Notification du marché avec Plan Général de Coordination Période de préparation Période d'installation de chantier Période d'exécution des travaux Phase "structure-enveloppe" Phase "cloisonnements-fluides" Phase "équipements-finitions " Réception des travaux Sur la plupart des chantiers, et notamment de bâtiment, trois phases de travaux, aux besoins logistiques différents, peuvent être définies. La phase «structure, enveloppe» La phase structure, enveloppe comprend les lots gros œuvre, étanchéité, charpente et couverture. Pendant cette période, les entreprises emploient, pour la plupart, du matériel et des matériaux pesants et volumineux - coffrages, armatures, éléments préfabriqués, etc. - qui ne peuvent être déplacés qu avec de puissants moyens de levage, les charges étant déposées directement à pied d œuvre «par le haut». Les produits de cette phase de travaux sont peu sensibles aux vols ou aux dégradations, ils sont livrés de façon régulière, en grande quantité et demandent des surfaces de stockage importantes. Les approvisionnements à pied d œuvre de cette phase sont fortement tributaires de la qualité des plates-formes de chantier. C est pourquoi il est nécessaire de : - concevoir des accès au chantier, des voiries intérieures et des zones de stockage pour le passage d engins lourds - grues mobiles, chariots élévateurs, etc. - et de camions de grande longueur et de fort tonnage - toupies à béton, semi-remorques de fermettes, de dalles alvéolées ou de poutres préfabriquées, etc. ; - prévoir des aires de déchargement, indépendantes des voiries, pour ne pas entraver la circulation pendant les opérations de bétonnage ou de déchargement de produits (pose de préfabriqués depuis le camion par exemple) ; - réaliser les assises de dallages avant le montage des charpentes préfabriquées (béton ou acier) et la pose du bardage, pour que l utilisation des nacelles ou des échafaudages de pied se fasse en sécurité ; - exécuter les assises des voiries définitives des chantiers pavillonnaires avant le début des travaux pour faciliter les livraisons et la circulation des engins de manutention (les réseaux sous voiries doivent alors être réalisés très tôt et il est nécessaire de prévoir un re-profilage avant mise en place des revêtements définitifs). Au cours de cette phase, le charpentier, le couvreur, l étancheur et l ascensoriste dépendent souvent des moyens de levage de l entreprise principale pour approvisionner des colis lourds et volumineux que sont les fermettes, les palettes d isolant ou les machineries et cabines d ascenseur. Aussi, le planning des travaux doit-il être aménagé en conséquence, avant appel d offres, pour que ces dispositions soient réalisables. La phase «cloisonnements, fluides» La phase cloisonnements, fluides concerne les lots cloisons, doublages, menuiseries et partiellement les lots plomberie, chauffage, ventilation. Les matériaux utilisés pendant cette période de travaux - parpaings, carreaux de plâtre, Logistique de chantier et coordination de sécurité 25

25 doublages, menuiseries, tubes de chauffage, gaines de ventilation, etc. - sont lourds, volumineux et fréquemment livrés par camions complets. Beaucoup d entre eux craignent l humidité et doivent être mis à l abri rapidement dans les étages. Pour l approvisionnement à pied d œuvre, les entreprises déposent généralement leurs produits sur des recettes à matériaux à l aide d une grue à tour, d une grue mobile ou utilisent un ascenseur de chantier. Ensuite, la distribution à l étage est effectuée avec un transpalette ou à la main. Deux organisations peuvent être envisagées : Il est tout d abord possible de lier ces travaux de cloisonnements, doublages et fluides à ceux de la phase structure, enveloppe. Les approvisionnements sont alors réalisés, à l avancement de la structure, avec les moyens mis en place par l entreprise principale. Cette organisation demande que : - les modes opératoires de la structure s y prêtent : absence d étaiements, maintien de recettes en façade, etc., - le planning des travaux soit aménagé en conséquence, - les zones de stockage dans les étages soient définies avec précision, pour ne pas gêner les travaux ultérieurs, - les conditionnements soient adaptés pour résister à l humidité puisque certains approvisionnements sont réalisés avant étanchéité. L autre choix consiste à dissocier les approvisionnements de cette phase travaux de l organisation mise en place pour la phase structure, enveloppe. Il faut dans ce cas modifier les installations réalisées en début de chantier. Les principaux aménagements portent généralement sur la réalisation : - de circulations et d aires de stationnement en pied d ouvrage pour des véhicules et des engins de levage lourds, grues mobiles, ascenseurs de chantier ou monte-matériaux, etc., - de zones d approvisionnement aux étages par installation de recettes à matériaux ou utilisation de terrasses ou balcons (après étaiement et protection des revêtements), - de circulations horizontales provisoires dans les étages avec réservation, si nécessaire, de passage entre bâtiments. Ces deux organisations peuvent se succéder. Dans tous les cas, les dispositions retenues doivent figurer clairement dans le dossier d appel d offres pour être chiffrées par les entreprises. La phase «équipements, finitions» La phase équipements, finitions concerne principalement les lots électricité, plomberie, chauffage-ventilation, serrurerie, revêtements de sols et de murs. 26 Logistique de chantier et coordination de sécurité

26 Logistique de chantier et coordination de sécurité 27

27 A ce stade de la construction, les corps d état utilisent des matériaux à forte valeur ajoutée qui peuvent être lourds voire encombrants : rouleaux de moquettes, appareils sanitaires comme les baignoires, radiateurs, carrelages, pots de peinture, etc. Ces produits sont livrés par petites quantités et stockés dans des locaux fermant à clef, pour limiter les vols. Des moyens de levage doivent être prévus pour que pendant cette période, les approvisionnements ne soient pas réalisés à dos d homme et par les escaliers. Une étude réalisée sur des chantiers expérimentaux [18] de bâtiment montre, par exemple, que cette phase de travaux peut générer le mouvement d environ 5 tonnes de produits par logement. Pour approvisionner les produits à pied d œuvre pendant cette phase, il est possible d utiliser les moyens collectifs éventuellement mis en place pour la phase précédente (recettes à matériaux, ascenseurs de chantier, etc.). Mais une autre solution devra être trouvée rapidement car cette organisation est limitée dans le temps et il n est pas possible de stocker de manière anticipée les produits de cette phase du fait de leur sensibilité aux vols et dégradations. Lorsque le bâtiment est équipé d un ascenseur, il convient si possible de le mettre en service au plus tôt pour rendre tous les étages accessibles. Quand, par ailleurs, cet ascenseur dessert des parkings en soussols, il est également utile d aménager rapidement l accès de ces parkings pour que les approvisionnements entre les magasins d entreprises et les lieux de pose se fassent avec un minimum de manutentions. Sur les autres chantiers, il est possible d utiliser des moyens de levage tels que montematériaux, treuils, chariots élévateurs, etc., qui pour l essentiel ne demandent que des accès corrects en pied d ouvrage. Ces aménagements doivent être prévus dès la phase conception, notamment dans le PGCSPS, puis coordonnés avec les entreprises pendant la préparation de chantier, car ils peuvent avoir des incidences notamment sur les plannings de ravalements ou d aménagements extérieurs. Nota : Pour chacune des phases de travaux mentionnées ci-dessus, il est nécessaire de vérifier que les charges apportées par les produits et les engins de manutention sont compatibles avec les charges admissibles des surfaces de circulation et de recueil, voiries, dallages, planchers, coffrages, recettes à matériaux, etc. 28 Logistique de chantier et coordination de sécurité

28 3.3 Les outils de la logistique de chantier Les outils de la logistique de chantier concernent : - les installations communes, - les flux d informations, c'est-à-dire toutes les informations nécessaires aux acteurs pour agir en toute connaissance pendant toute la durée du chantier, - les flux physiques, personnels, produits de construction et matériels nécessaires, depuis leur demande ou commande jusqu'à leur emploi ou mise en œuvre et leur repli. >>> Les réunions Les réunions permettent de prendre les décisions nécessaires en fonction des différentes séquences opérationnelles et ce dès la conception du projet pendant laquelle il convient de s'interroger sur les approvisionnements de chantier. On trouvera les réunions d études, les réunions de préparation de chantier, les réunions de chantier et les réunions de CISSCT sur les chantiers importants. Les réunions de chantier (ou rendez-vous de chantier) sont les plus connues, mais les réunions de préparation de chantier et les réunions d'études sont de plus en plus souvent prévues dans les documents particuliers du marché et les réunions du collège interentreprises de sécurité, de santé et des conditions de travail (CISSCT) sont imposées par le code du travail pour les chantiers les plus importants. Certaines de ces réunions regroupent l'ensemble des acteurs, d'autres sont plus spécifiques avec une participation réduite. Le coordonnateur SPS est informé de toutes les réunions ayant une incidence sur la sécurité et la protection de la santé. Les réunions d'études Des études sont à réaliser à chaque séquence de l'opération : - études préalables à la conception de l'opération, - études de maîtrise d'œuvre à la conception du projet, - études de mise au point à la passation des contrats de travaux, - études d'exécution pour la réalisation des travaux. Nous avons vu que chaque nouvelle phase d études est engagée sur la base des études précédentes approuvées par le maître de l'ouvrage et que les études d'exécution réalisées par les entreprises sont visées par le maître d'œuvre. Les réunions d'études permettent de s'assurer, à chaque étape, de la cohérence entre tous les documents et d'obtenir l'accord des différents intervenants en sachant que des bureaux d'études techniques interviennent souvent dès la phase conception. La loi MOP et ses textes d'application prévoit que c'est le maître de l'ouvrage qui désigne la personne responsable de la synthèse des études techniques, maître d'œuvre ou entreprise générale. Les travaux à exécuter par les entreprises sont ainsi progressivement définis dans leurs moindres détails avec leurs limites de prestations et les réservations qui leur sont nécessaires dans les structures de l'ouvrage. Les plans d'exécution sont établis soit par le maître d'œuvre, soit par les entreprises selon leurs contrats. La répartition entre les études de projet du maître d'œuvre et les études d'exécution de l entreprise doit être clairement définie par le maître de l'ouvrage pour éviter toute ambiguïté ultérieure. Le choix définitif des matériaux ou produits de construction peut avoir une influence sur le calendrier général d'exécution des travaux compte tenu des délais de fabrication et d'approvisionnement. Aussi, l'établissement d'un planning des études d'exécution, le suivi de la liste des plans au dernier indice modificatif et la mise au point d'un circuit d'approbation des plans sont nécessaires. Les réunions de préparation de chantier Dans son article 7.3 concernant les réunions de préparation relatives à l'organisation de l'exécution des travaux, le CCAG applicable aux travaux de bâtiment faisant l'objet de marchés privés (norme NF P ) prévoit que : Logistique de chantier et coordination de sécurité 29

29 «chantier ou des questions soulevées. Ces réunions de mise au point sont nécessaires pour obtenir l'accord de toutes les parties concernées y compris, le cas échéant, les fabricants de produits de construction. Elles portent sur : - le calendrier détaillé d exécution par lots ou par corps d état (pour la livraison des produits), - le plan d'installation de chantier (pour leur déchargement et leur stockage éventuel), - la mise en commun d'équipements de travail (pour leur amenée à pied d'œuvre et leur colisage éventuel), - les plannings d'approvisionnement et d'utilisation des matériels mis en commun. «L'entrepreneur, y compris les sous-traitants désignés prendront part, avec les autres intervenants, aux réunions de préparation prévues par les documents particuliers du marché et qui ont pour objet : - la définition des interfaces matérielles et organisationnelles entre participants ; - l'établissement du calendrier détaillé d'exécution précisant les périodes d'intervention de l'entrepreneur et des autres participants dans le cadre du calendrier contractuel ; - lorsque les documents particuliers du marché le prévoient, l'établissement des points critiques qui doivent être notés de l'exécution de certaines tâches et la liste des points d'arrêt où le quitus d'un contrôle extérieur est requis lorsque les documents particuliers du marché le prévoient ; - le projet des installations de chantier en accord avec le PGC SPS et en harmonie avec les besoins des autres entrepreneurs ; - la mise en commun d'équipements de travail ou d'installations de chantier». Suivant le chantier, c'est le maître d'œuvre et OPC, l'entreprise générale ou le mandataire commun du groupement d'entreprises qui organise ces réunions. Des réunions spécifiques peuvent être organisées avec un nombre restreint de participants en fonction de l'importance du Nota : Le CCAG applicable aux marchés publics de travaux [13] traite de la préparation des travaux à l article 28. Les réunions de chantier La réunion de chantier hebdomadaire permet de : - faire régulièrement l'état d'avancement du chantier, - prendre d'un commun accord les décisions qui s'imposent pour organiser et coordonner dans le temps et dans l'espace les actions des différents intervenants, - apporter les réponses aux questions qui n'ont pu être réglées lors des réunions d'études et de préparation de chantier. La visite de chantier en est le complément indispensable. Elle permet au maître d'œuvre et OPC d'assurer sa mission de contrôle de l'exécution des travaux. La réunion de chantier est organisée par le maître d'œuvre et OPC ou l entreprise générale, avec la participation du maître d'ouvrage s il le souhaite, des entreprises, des bureaux d'études et de contrôle technique et, suivant l'ordre du jour, de toute personne ou organisation invitée pouvant être extérieure à l'opération (mairie, police, concessionnaire, etc.). 30 Logistique de chantier et coordination de sécurité

30 Des réunions spécifiques peuvent être organisées avec un nombre restreint de participants. C'est souvent le cas pour préciser : - les limites de prestations entre corps d'état, - les réservations, les scellements et les rebouchages nécessaires, - la programmation des livraisons avec : l'utilisation des installations communes de chantier, l'utilisation d'équipements de travail mis en commun. Les réunions du CISSCT Le collège interentreprises de sécurité, de santé et des conditions de travail (CISSCT) est réglementairement constitué par le maître d'ouvrage sur les chantiers d'une certaine importance (4 millions d euros environ) et cela 21 jours avant le début effectif des travaux. Parmi ses missions, le collège : - «peut définir, notamment sur proposition du coordonnateur, certaines règles communes destinées à assurer le respect des mesures de sécurité et de protection de la santé applicables au chantier», - «vérifie que l ensemble des règles prescrites, soit par lui-même, soit par le coordonnateur, sont effectivement mises en œuvre». Le collège peut donc intervenir dans l élaboration et le suivi des mesures destinées à faciliter les approvisionnements à pied d œuvre des produits. Le coordonnateur SPS préside ces réunions trimestrielles auxquelles participent obligatoirement le maître d'œuvre et toutes les entreprises, sous-traitants et travailleurs indépendants inclus. Chaque entreprise est représentée par le chef d entreprise ou un représentant habilité et par un salarié effectivement employé sur le chantier. En outre, le collège peut être réuni à chaque fois que les circonstances l'exigent. Logistique de chantier et coordination de sécurité 31

31 >>> Les plannings et les plans Les plannings Le calendrier général des travaux [17] comprend la période de préparation, suivie de la période d'exécution des travaux proprement dite. Il figure dans les documents particuliers du marché. Le délai d'exécution des travaux commence à la date indiquée dans un ordre de service ou à la notification du marché (pour la période de préparation). Un calendrier détaillé des études d'exécution et des travaux par lots ou corps d'état est établi pendant la période de préparation du chantier par le maître d'œuvre et OPC ou par l'entreprise générale (ou mandataire commun). Cela nécessite de faire un inventaire des tâches élémentaires (administratives et techniques) à accomplir, de déterminer leur durée et leurs enchaînements puis de définir, après «lissage», un chemin critique qui soit compatible avec le calendrier général des travaux. C'est ainsi que sont élaborés les plannings suivants : - Le planning des études d'exécution (y compris plans de coordination ou de synthèse) avec le circuit d'approbation des plans. - Le planning des travaux qui décompose les travaux de chaque corps d'état en tâches élémentaires classées «critiques» (tout retard décale la date finale des travaux) et «non critiques». Ces tâches élémentaires peuvent être des tâches «productives», c'est-à-dire correspondant à l'exécution d'un travail, et des tâches «non productives» qui correspondent à des délais d'attente tels que le délai d'obtention d'une autorisation administrative, les délais de vérifications ou d'essais, mais aussi les délais d'approvisionnement des produits. - Le planning des approvisionnements du chantier qui est essentiel car il conditionne directement le planning d'exécution des travaux. Il dépend du planning des études car la commande ne peut être passée qu'après la définition détaillée des produits à mettre en œuvre. Il comprend les délais des études d'atelier, de fabrication, de colisage et de transport qui sont extérieurs au chantier, mais il comprend aussi les délais propres au chantier, de stockage et de reprise en stock 32 Logistique de chantier et coordination de sécurité

32 éventuels puis d'amenée à pied d'œuvre. Cette dernière étape dépend directement de l'organisation du chantier, c'est-à-dire des installations de chantier et des équipements de travail mis éventuellement en commun. D'autres plannings peuvent s'avérer nécessaires comme le planning de consultation des sous-traitants, le planning d'utilisation des équipements de travail, le planning de rotation du matériel, etc. Sur les chantiers ne disposant pas d aire de stockage, par exemple, une programmation journalière des livraisons est souvent nécessaire au bon déroulement des travaux. Le plan des installations de chantier Les installations de chantier [17] sont à la base de toute optimisation des approvisionnements. Leur conception doit répondre aux besoins de tous les intervenants, y compris à ceux des fabricants de produits de construction s'ils sont concernés par les choix effectués en matière de livraison, stockage, reprise en stock ou mise à pied d'œuvre. Elles doivent également donner au personnel du chantier et à l'encadrement des locaux qui leur permettront de travailler dans les meilleures conditions. C'est pourquoi un projet de plan des installations de chantier doit faire l objet d une étude dès la phase de conception avec le coordonnateur SPS et être ainsi proposé à l appel d'offres avec une répartition entre les entreprises des dépenses d'intérêt commun. Cette démarche est prévue par le CCAG applicable aux travaux de bâtiment faisant l'objet de marchés privés (NF P ) notamment dans ses annexes A et B et la coordination sécurité et protection de la santé s impose à tous les marchés de travaux qu ils soient publics ou privés. Le plan des installations de chantier doit tenir compte de l évolution du chantier et sur les opérations d une certaine importance, il est préférable d établir un plan pour chacune des phases de travaux. Le projet de plan des installations de chantier défini en phase conception doit être compatible avec les modes opératoires de l entreprise principale et facilement adaptable aux besoins des autres corps d état. Il est revu par les entreprises contractantes à la passation des contrats de travaux et finalisé pendant la période de préparation de chantier. La réalisation des installations de chantier, qu'elles soient communes ou non (branchements provisoires, voies de circulation, aires de chantier et de stockage, aires de préfabrication, clôtures, installations de vie communes, installations techniques communes, appareils de levage et de manutention, dispositifs d'évacuation des gravois et des déchets, etc.), demande dans tous les cas une planification rigoureuse compte tenu notamment des délais d'obtention des autorisations administratives. Le plan des installations de chantier définit pour chaque phase : les accès, le plan de circulation, les parkings, etc., l environnement (réseaux existants, écoles, hôpitaux, etc.) les plates-formes (qualité, limites, clôtures, etc.) les appareils de levage et les recettes, les zones de cantonnement avec indication des points de secours, les réseaux provisoires (électricité, air comprimé, ventilation, etc.), les zones de stockage et de préfabrication, les dispositifs d évacuation des déchets, Le plan des installations de chantier fait l objet d un dossier d exécution. Logistique de chantier et coordination de sécurité 33

33 En matière de logistique, le PGCSPS comprend : les mesures d'organisation générale du chantier arrêtées par le maître d'œuvre en concertation avec le coordonnateur ; les mesures de coordination prises par le coordonnateur en matière de sécurité et de santé et les sujétions qui en découlent, concernant notamment : a) les voies ou zones de déplacement ou de circulation horizontales ou verticales, b) les conditions de manutention des différents matériaux et matériels, etc., ainsi que la limitation du recours aux manutentions manuelles, c) la délimitation et l aménagement des zones de stockage et d entreposage, etc., d) les conditions de stockage, d élimination ou d évacuation des déchets et des décombres ; e) les conditions d enlèvement des matériaux dangereux utilisés ; f) l utilisation des protections collectives, des accès provisoires, etc., g) les mesures prises en matière d interactions sur le site. Les modalités de coopération entre les entrepreneurs, employeurs ou travailleurs indépendants. cf. article R du code du travail Cette rigueur, bénéfique pour tous les intervenants, conduit tout naturellement à faire des installations de chantier une véritable opération avec répartition des tâches, plans d'exécution et planning de réalisation même si le dossier d exécution peut être réduit à un plan renseigné pour les opérations les plus simples. Le plan général de coordination SPS Le plan général de coordination en matière de sécurité et protection de la santé (PGC SPS) [8 et 9] est établi par le coordonnateur SPS dès la conception du projet pour tous les chantiers soumis à déclaration préalable du maître d'ouvrage aux organismes de prévention et de contrôle (IT, CRAM, OPPBTP), c'est-à-dire tous les chantiers d'un montant supérieur à environ euros et non soumis au décret du 20 février 1992 [10]. L optimisation des approvisionnements de chantier doit faire partie des sujets traités par le PGCSPS (voir article R du code du travail). Le PGCSPS doit être joint aux documents remis par le maître d'ouvrage aux entrepreneurs lors de l'appel d'offres et communiqué aux éventuels sous-traitants. Pendant la réalisation des travaux, le coordonnateur SPS assure l harmonisation des plans particuliers de sécurité et de protection de la santé (PPSPS) des entreprises dans le respect du PGCSPS. >>> Les moyens matériels La distribution verticale La grue à tour La grue à tour est le moyen de levage le plus utilisé sur les chantiers d une certaine importance pendant la phase structure, enveloppe. Des délais d exécution de plus en plus serrés, la réduction du temps de travail et les limitations de survol, font que les grues sont utilisées à plein temps par les entreprises de gros œuvre. Pour libérer des temps de grue aux autres corps d état, différentes mesures peuvent être retenues. 34 Logistique de chantier et coordination de sécurité

34 enveloppe tardent souvent à réaliser ces travaux car leurs approvisionnements se font généralement par le haut et que cela nécessite également une coordination avec le lot VRD. La grue mobile La grue mobile est généralement utilisée, après le démontage des grues à tour, pour des levages ponctuels de matériaux lourds ou volumineux. Elle est aussi fréquemment employée sur les chantiers de grande surface au sol comme les chantiers d entrepôts ou d usines à un seul niveau. Ces engins sont lourds et demandent une bonne préparation des voies de circulation et des zones de mise en station. Par ailleurs, chaque opération de levage doit faire l objet d une étude précise tenant compte de la position de la grue et de ses capacités (courbe de charge), des caractéristiques de la charge (poids, volume) et de la position du point de dépose (éloignement, hauteur). Le monte-matériaux, l ascenseur de chantier Il est ainsi possible de : - choisir des modes opératoires économes en grue pour la réalisation des structures : pompage des bétons, réglage des préfabriqués hors levage, etc., - augmenter leur durée d utilisation journalière en prévoyant des grutiers supplémentaires et en décalant les horaires, - préparer avec précision les opérations de levage en utilisant des apparaux adaptés aux charges, en préparant les aires de déchargement, en attribuant des plages horaires précises, etc., - rendre accessibles les zones de stockage aux camions de livraison et utiliser de préférence des camions équipés de bras de déchargement pour la mise en stock des produits. Lorsque les grues à tour sont démontées, il est impératif que les ouvrages soient accessibles aux engins prévus par les autres corps d état pour approvisionner leurs produits. Cela suppose que des travaux annexes situés en pied d ouvrage tels que drains, regards, étanchéité, etc. aient été planifiés et réalisés pour pouvoir effectuer les remblais. Les entreprises de la phase structure Le monte-matériaux ou l ascenseur de chantier est utile pour approvisionner des produits de dimensions limitées qui vont de la palette de parpaings pour un chantier de réhabilitation lourde aux tuiles sur un chantier de pavillon. L utilisation d un monte-matériaux ou d un ascenseur de chantier impose des dispositions constructives et des aménagements de planning qui doivent être prévus avant le démarrage des travaux. Le matériel du maître d ouvrage Sur certains chantiers, les entreprises peuvent être amenées à utiliser du matériel faisant partie de l ouvrage et mis à disposition par le maître d ouvrage. Cette situation peut se présenter dans deux cas. - Dans le cas de construction neuve Il s agit alors d appareils neufs, ascenseurs ou monte-charge définitifs, ponts roulants, etc., dus au titre du marché et mis en service de façon anticipée pour réaliser les approvisionnements pendant la phase d équipements et de finitions. Logistique de chantier et coordination de sécurité 35

35 - Dans le cas de réhabilitation ou de maintenance importante Il s agit du même type d appareils, ascenseurs, monte-charge, ponts roulants, etc., laissés en service et mis à disposition des entreprises pour réaliser l ensemble des travaux. Dans l un et l autre cas, il n y a pas ou peu de solutions alternatives pour acheminer les produits à proximité des lieux d utilisation. Cette disposition permet également de limiter les zones de stockage. En effet, le moyen de levage étant disponible en permanence, les produits peuvent être livrés par petites quantités au fur et à mesure des besoins [18]. Dans tous les cas, la mise à disposition par le maître de l ouvrage d un appareil de levage doit être prévue au PGCSPS et inscrite dans le marché des entreprises avec toutes les précisions nécessaires telles que vérification initiale, conduite, entretien et remise en état. Nota : Dans le cas de travaux soumis au décret du 20 février 1992 [10], le plan de prévention remplace le PGCSPS. La distribution horizontale Pour arriver à pied d œuvre, un produit est tout d abord manutentionné au niveau du sol puis il est distribué à l intérieur de l ouvrage, après levage éventuel. Il existe des matériels adaptés tels que des chariots automoteurs, des transpalettes, des tapis roulants, etc., pour effectuer ces différents transferts dans de bonnes conditions. L expérience montre que l essentiel des difficultés rencontrées par les entreprises réside dans la mauvaise qualité des voies provisoires de chantier (notamment en cas de pluie), dans l absence d évolution du plan des circulations à l avancement des travaux, et dans le peu de prise en compte des circulations dans l ouvrage. La circulation au sol Le balisage du chantier, la fourniture de plans de circulation aux livreurs et la programmation des livraisons permettent de ne pas encombrer l environnement du chantier. Ils fiabilisent les heures d arrivée des camions et permettent une utilisation optimale de moyens de levage souvent saturés. Pour faciliter les déplacements au sol, il est nécessaire de desservir les aires de déchargement et de stockage à l aide de voies de circulations autorisant le passage de véhicules lourds par tout temps. Leur tracé doit permettre d éviter les marches arrière ou les demi-tours et ces voies doivent être prolongées le plus rapidement possible jusqu aux ouvrages pour les travaux des corps d état secondaires. Sur certains chantiers, et notamment sur les chantiers de pavillons, il est possible d utiliser les assises des chaussées définitives. 36 Logistique de chantier et coordination de sécurité

36 >>> Des moyens logistiques extérieurs au chantier Pour diverses raisons développées dans les chapitres précédents, les moyens mis en place sur chantier pour faciliter les mouvements de produits sont souvent limités. Plutôt que de travailler dans de mauvaises conditions, il peut être judicieux de sous-traiter une partie de la logistique à des partenaires extérieurs, fabricants, négociants ou ateliers d entreprises. Néanmoins, ces dispositions ne sont pas traditionnelles, aussi doivent-elles être mises au point et négociées avec les fournisseurs au stade de la commande. Les prestations pouvant être soustraitées concernent principalement les modes d approvisionnement et le conditionnement des produits. Les modes d approvisionnement La circulation dans l ouvrage Les problèmes de circulation dans les ouvrages apparaissent lorsque les approvisionnements à pied d œuvre par le haut ne sont plus possibles et que des produits lourds doivent être acheminés depuis un point de desserte unique comme la porte d un ascenseur de chantier ou une recette à matériaux. Des dispositions constructives souvent liées à des aménagements de planning peuvent être arrêtées en phase de conception. Néanmoins, il est toujours nécessaire, au moment de la commande des produits, de définir des conditionnements qui soient adaptés au chantier et notamment à la capacité des engins de manutention, à la charge admissible des surfaces de recueil et de circulation ou à la largeur des ouvertures (portes, baies, réservations, etc.). Nota : Dans tous les cas, l utilisation commune de moyens matériels par les corps d état doit être préparée et organisée : PGCSPS, documents particuliers du marché, planning de montage et de démontage, convention d utilisation, apparaux spécifiques, guidage, etc. Les modes d approvisionnement utilisés traditionnellement sur chantier varient beaucoup d un corps d état à l autre. Les produits peuvent en effet provenir : - d usine, pour les produits pondéreux livrés en grandes quantités tels que les parpaings, les carreaux ou les plaques de plâtre, les huisseries, etc., - du négoce, pour les produits standards livrés en plus petites quantités, - d ateliers d entreprise, pour les produits demandant à être transformés ou re-conditionnés avant la pose. Les négociants de produits proposent maintenant des modes d approvisionnement qui peuvent être individualisés pour mieux s adapter aux besoins des entreprises ou de leurs chantiers. Ils proposent notamment une plus grande variété de produits disponibles sur parc, ce qui entraîne une diminution des délais de livraison. Le conditionnement Le conditionnement a pour premier objectif de préserver les performances initiales d un produit jusqu à la prise en charge par l acheteur. Il permet également d optimiser son Logistique de chantier et coordination de sécurité 37

37 prix rendu sur chantier en facilitant les opérations de stockage, de transport ou de manutention. Pour supprimer les transferts inutiles et pour minimiser les coûts de fabrication, de stockage et de transport, les fournisseurs ont longtemps privilégié les grands conditionnements. Ces conditionnements par grande quantité, qui peuvent se justifier pour les chantiers importants, ne correspondent généralement pas aux besoins des petites entreprises. Sur ce sujet également, des évolutions sont en cours chez les fabricants de produits et chez les négociants, pour mieux répondre aux attentes des entreprises. Les principales évolutions portent sur : - l adaptation des conditionnements aux moyens de manutention présents sur le site, - l ajustement des dates de livraisons aux besoins des entreprises, pour limiter les aires de stockage et les pertes de produits, - la codification des produits permettant de contrôler les livraisons, de gérer les stocks et de répartir plus facilement les produits dans l ouvrage, - le prêt d apparaux ou de moyens de manutention adaptés au produit, - l élaboration de colis contenant l ensemble des pièces nécessaires à la réalisation d une tâche ou des sous-ensembles préfabriqués (pieuvres de l électricien, gaines de ventilation, etc.). 38 Logistique de chantier et coordination de sécurité

38 Conclusion L amélioration des conditions d approvisionnement des chantiers passe avant tout par des mesures d organisation collective : définir suffisamment tôt les produits et s assurer de leur disponibilité, aménager les enchaînements de tâches (décaler certaines parties d ouvrage ou en accélérer d autres), rendre accessibles les aires de déchargement et les ouvrages par tout temps, programmer les livraisons, mettre en place des moyens de manutention communs, organiser l évacuation des déchets, etc. Beaucoup de ces mesures devraient être arrêtées dès la phase de conception du projet, au plus tard pendant la période de préparation de chantier. Pendant les travaux, maîtrise d œuvre, coordonnateur de sécurité et entreprises ne devraient plus avoir qu à contrôler la pertinence des choix retenus et gérer les aléas. La logistique demande de savoir remettre en cause des habitudes bien établies et d intéresser à l organisation des chantiers de nouveaux partenaires comme les fabricants de produits. Elle n est pas de nature à entraîner une diminution des tâches à réaliser, mais conduit à une baisse significative d actions inutiles et donc à des gains importants de productivité. Ses apports sont cependant plus fins que de seuls gains financiers, car ils se traduisent également par une baisse significative des risques d accidents, par une meilleure qualité de l ouvrage fini et donc par une amélioration de l image de marque de l ensemble du secteur BTP. Nous avons souligné le rôle primordial de la maîtrise d œuvre notamment dans sa mission d ordonnancement, pilotage, coordination et du coordonnateur de sécurité et de protection de la santé, pour la mise en place de moyens communs. Cependant, il ne faut pas oublier que la qualité de ces différentes missions dépend d abord du maître d ouvrage qui passe tous les contrats et qui s assure de leur cohérence. Logistique de chantier et coordination de sécurité 39

39 Bibliographie Références appelées dans le texte [1] Conditions de travail. Bilan Ministère de l emploi et de la solidarité [2] Sycodés. N 65 mars-avril Agence qualité construction [3] Pour une logistique des chantiers. N 84. Plan construction et architecture [4] Déchets de chantier de bâtiment, guide à usage des professionnels du bâtiment. Fédération nationale du bâtiment, Direction de l habitat et de la construction, Agence de l environnement et de la maîtrise de l énergie,1995 [5] Circulaire du 15 février 2000 «Gestion des déchets par les maîtres d ouvrage publics» [6] Loi n du 31 décembre 1991 et directive 89/391/CEE du 12 juin 1989 [7] Décret n du 3 septembre 1992 et directive 90/269/CEE du 29 mai 1990 [8] Coordination de chantier de bâtiment et de génie civil. INRS, Cahiers de notes documentaires Hygiène et sécurité du travail, 1995, 159, ND 1993 [9] Loi n du 31 décembre 1993 et directive 92/57/CEE du 24 juin 1992 [10] Intervention d entreprises extérieures. INRS, Paris, ED 757 [11] Loi n du 12 juillet 1985 et décret n du 29 novembre 1993 [12] Norme NF P Marchés privés. Cahiers types. AFNOR, décembre 2000 [13] Décret n du 21 janvier 1976 modifié. CCAG Marchés publics de travaux [14] Guide des déchets de chantiers de bâtiment. Agence de l environnement et de la maîtrise de l énergie (ADEME), janvier 1998 [15] Lois n du 15 juillet 1975, du 19 juillet 1976, du 13 juillet 1992 et du 2 février 1995 [16] Norme NF EN ISO 9001, décembre 2000 [17] Conduire son chantier. Publication du Moniteur, 1994 [18] Mise en service anticipée de l ascenseur. CRAM Rhône-Alpes, octobre 2000 Pour en savoir plus PME et logistique. Plan urbanisme construction et architecture, janvier 1999 Processus et méthodes logistiques. AFNOR, février 2001 La démarche logistique. AFNOR Gestion, septembre 1990 L atout logistique. CELSE, Paris, 1998 Méthode d analyse des manutentions dans les activités de chantier et du BTP. CNAM-CRAM-INRS. Février 2001 (diffusion CRAM Auvergne) Manutention manuelle. Aide-mémoire juridique n 18. INRS, Paris, 2001 Coordonner une opération de travaux. Publication du Moniteur, 1996 Livraison de matériaux de construction sur les chantiers de bâtiment et des travaux publics. Note technique (CRAM Alsace-Moselle, Nord-Est et Bourgogne Franche-Comté) 40 Logistique de chantier et coordination de sécurité

40 POUR COMMANDER LES FILMS (EN PRÊT), LES BROCHURES ET LES AFFICHES DE L INRS, ADRESSEZ-VOUS AU SERVICE PRÉVENTION DE VOTRE CRAM OU CGSS SERVICES PRÉVENTION DES CRAM ALSACE-MOSELLE (67 Bas-Rhin) 14 rue Adolphe-Seyboth BP Strasbourg cedex tél fax (57 Moselle) 3 place du Roi-George BP Metz cedex 1 tél fax (68 Haut-Rhin) 11 avenue De-Lattre-de-Tassigny BP Colmar cedex tél fax AQUITAINE (24 Dordogne, 33 Gironde, 40 Landes, 47 Lot-et-Garonne, 64 Pyrénées-Atlantiques) 80 avenue de la Jallère Bordeaux cedex tél fax AUVERGNE (03 Allier, 15 Cantal, 43 Haute-Loire, 63 Puy-de-Dôme) boulevard Lafayette Clermont-Ferrand cedex 1 tél fax BOURGOGNE et FRANCHE-COMTÉ (21 Côte-d Or, 25 Doubs, 39 Jura, 58 Nièvre, 70 Haute-Saône, 71 Saône-et-Loire, 89 Yonne, 90 Territoire de Belfort) ZAE Cap-Nord 38 rue de Cracovie Dijon cedex tél fax BRETAGNE (22 Côtes-d Armor, 29 Finistère, 35 Ille-et-Vilaine, 56 Morbihan) 236 rue de Châteaugiron Rennes cedex tél fax CENTRE (18 Cher, 28 Eure-et-Loir, 36 Indre, 37 Indre-et-Loire, 41 Loir-et-Cher, 45 Loiret) 36 rue Xaintrailles Orléans cedex 1 tél fax CENTRE-OUEST (16 Charente, 17 Charente-Maritime, 19 Corrèze, 23 Creuse, 79 Deux-Sèvres, 86 Vienne, 87 Haute-Vienne) 4 rue de la Reynie Limoges cedex tél fax ÎLE-DE-FRANCE (75 Paris, 77 Seine-et-Marne, 78 Yvelines, 91 Essonne, 92 Hauts-de-Seine, 93 Seine-Saint-Denis, 94 Val-de-Marne, 95 Val-d Oise) place de l Argonne Paris tél fax LANGUEDOC-ROUSSILLON (11 Aude, 30 Gard, 34 Hérault, 48 Lozère, 66 Pyrénées-Orientales) 29 cours Gambetta Montpellier cedex 2 tél fax MIDI-PYRÉNÉES (09 Ariège, 12 Aveyron, 31 Haute-Garonne, 32 Gers, 46 Lot, 65 Hautes-Pyrénées, 81 Tarn, 82 Tarn-et-Garonne) 2 rue Georges-Vivent Toulouse cedex 9 tél fax NORD-EST (08 Ardennes, 10 Aube, 51 Marne, 52 Haute-Marne, 54 Meurthe-et-Moselle, 55 Meuse, 88 Vosges) 81 à 85 rue de Metz Nancy cedex tél fax NORD-PICARDIE (02 Aisne, 59 Nord, 60 Oise, 62 Pas-de-Calais, 80 Somme) 11 allée Vauban Villeneuve-d Ascq cedex tél fax NORMANDIE (14 Calvados, 27 Eure, 50 Manche, 61 Orne, 76 Seine-Maritime) Avenue du Grand-Cours, 2022 X Rouen cedex tél fax PAYS DE LA LOIRE (44 Loire-Atlantique, 49 Maine-et-Loire, 53 Mayenne, 72 Sarthe, 85 Vendée) 2 place de Bretagne BP 93405, Nantes cedex 1 tél fax RHÔNE-ALPES (01 Ain, 07 Ardèche, 26 Drôme, 38 Isère, 42 Loire, 69 Rhône, 73 Savoie, 74 Haute-Savoie) 26 rue d Aubigny Lyon cedex 3 tél fax SUD-EST (04 Alpes-de-Haute-Provence, 05 Hautes-Alpes, 06 Alpes-Maritimes, 13 Bouches-du-Rhône, 2A Corse Sud, 2B Haute-Corse, 83 Var, 84 Vaucluse) 35 rue George Marseille cedex 5 tél fax SERVICES PRÉVENTION DES CGSS GUADELOUPE Immeuble CGRR Rue Paul-Lacavé Pointe-à-Pitre tél fax GUYANE Espace Turenne Radamonthe Route de Raban, BP Cayenne cedex tél fax LA RÉUNION 4 boulevard Doret Saint-Denis cedex tél fax MARTINIQUE Quartier Place-d Armes Le Lamentin, BP Fort-de-France cedex tél fax

41 Cette brochure vise à sensibiliser tous les acteurs de la construction à l optimisation des approvisionnements de chantier. La suppression d actions inutiles se traduit par des gains de productivité, par une diminution des risques d accidents, par une meilleure qualité de l ouvrage fini et de ce fait par une amélioration de l image de marque du BTP. Après avoir rappelé les enjeux, des principes d action sont énoncés. Ceux-ci relèvent essentiellement de l organisation et les principaux bénéficiaires en sont les artisans et les petites entreprises. Les coordonnateurs santé sécurité, dont l un des rôles consiste à favoriser la mise en place de moyens communs, sont partie prenante d une telle démarche. Les maîtres d ouvrages et les maîtres d œuvre sont cependant les premiers concernés, car la maîtrise de toute opération de construction demande qu ils prennent, dès la conception, un ensemble de décisions relatives à son organisation générale. INSTITUT NATIONAL DE RECHERCHE ET DE SÉCURITÉ 30 rue Olivier-Noyer Paris cedex 14. Tél Fax Internet : [email protected] Édition INRS ED re édition. novembre ex. ISBN