UNIVERSITE PARIS I PANTHEON SORBONNE U.F.R. DE SCIENCES ECONOMIQUES THESE

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1 UNIVERSITE PARIS I PANTHEON SORBONNE U.F.R. DE SCIENCES ECONOMIQUES Année 2001 N attribué par la bibliothèque THESE Pour obtenir le grade de DOCTEUR DE L UNIVERSITE DE PARIS I Discipline : Sciences Economiques Présentée et soutenue publiquement par Stéphanie MONJON le 12 Décembre 2001 LES DIMENSIONS TEMPORELLES, INFORMATIONNELLES ET STRATEGIQUES DES COMPORTEMENTS D INNOVATION : APPROCHES EMPIRIQUES ET THEORIQUES Directeur de thèse : nsieur David Encaoua, Professeur à l Université Paris I Panthéon-Sorbonne Rapporteurs Monsieur Pierre Mohnen, Professeur à l Université de Maastricht Monsieur David Perez-Castrillo, Professeur à l Université Autonome de Barcelone Jury Monsieur Bruno Crépon, Administrateur de l I.N.S.E.E. Monsieur Claude Crampes, Professeur à l Université de Toulouse I Monsieur Michel Sollogoub, Professeur à l Université Paris I Panthéon- Sorbonne

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3 L université de Paris I Panthéon-Sorbonne n entend donner aucune approbation ni improbation aux opinions émises dans les thèses. Ces opinions doivent être considérées comme propres à leurs auteurs.

4 Remerciements En tout premier lieu, je teins à remercier mon directeur de thèse, David Encaoua. Je lui suis reconnaissante de son soutien et de son aide tout au long de cette thèse. En particulier au cours des derniers mois de rédaction, il a fait preuve d une patience et d une disponibilité remarquables et n a pas ménagé ses encouragements. J aimerais également ici lui témoigner mon admiration pour l ouverture d esprit, l écoute, la curiosité et l enthousiasme dont il a toujours fait preuve. J espère qu il a retiré autant de plaisir que moi des nombreuses discussions que nous avons partagées. Je suis également très reconnaissante à Emmanuel Duguet. Au début de mon doctorat, Emmanuel m a initié à la pratique de l économétrie et n a par la suite jamais hésité à partager ses connaissances et sa déjà grande expérience. Aujourd hui, nous travaillons ensemble et j espère qu il en retire autant de satisfaction que moi. Je le remercie enfin d avoir accepté de relire la première partie de cette thèse avec le sérieux et la rigueur qui le caractérisent. Mes remerciements s adressent également à Messieurs Claude Crampes, Bruno Crépon, Pierre Mohnen, David Perez-Castrillo et Michel Sollogoub qui ont accepté de faire partie de mon jury. J espère qu ils auront plaisir à lire cette thèse. Au cours de ces années de thèse, j ai également eu la chance de rencontrer plusieurs personnes qui ont non seulement eu la gentillesse de s intéresser à mon travail, me permettant de l améliorer, mais m ont également beaucoup appris sur les qualités que se doit d avoir tout chercheur. Je tiens ici à leur témoigner ma gratitude. Je pense à Jacques Mairesse qui, tout en ayant conscience des limites de son «art», offre toujours des avis d une grande pertinence.

5 Reinhilde Veugelers a témoigné beaucoup de curiosité et d enthousiasme pour mon travail et s est montrée d une grande bienveillance à mon égard. Pierre Mohnen a eu la gentillesse de m accueillir pendant un mois au sein du laboratoire CIRANO. Durant cette période, il a fait preuve d une rare disponibilité et d un grand intérêt pour mes travaux. Ses conseils m ont été précieux. Enfin, plus récemment, j ai rencontré Philippe Aghion dont la gentillesse, l enthousiasme et la vivacité intellectuelle n ont de cesse de m étonner. Mes remerciements s adressent également à Anne Perrot pour ses conseils, ainsi qu à Michèle Cohen et Philippe Jolivaldt pour leur bonne humeur et leur sourire réconfortants. Je voudrais aussi remercier Tania Bouglet, Thomas Brodaty, Philippe Février, Séverine Haller, Corinne Langiner et Tek Ang Lim pour leur relecture attentive de versions préliminaires de ce travail, ainsi que l ensemble des membres d EUREQua et du CREST-LEI, en particulier Patrick Waelbroeck, un de mes co-auteurs, pour leurs conversations et les échanges stimulants dont j ai bénéficiés lors de séminaires ou de groupes de travail. Je ne saurais oublier Tonia, qui est arrivée en même temps que moi à EUREQua et dont la bonne humeur et la complicité durant ces années m ont souvent été d un grand réconfort. Enfin, je remercie Gunther qui n a eu de cesse de rendre mon travail meilleur par ses conseils et ses relectures sans concession. Je lui dois beaucoup.

6 Sommaire Introduction Générale 1 PARTIE 1 Les structures temporelles et informationnelles de l'innovation : Perspectives empiriques 15 CHAPITRE 1 LA PERSISTANCE DU COMPORTEMENT D INNOVATION DES ENTREPRISES 17 Introduction 17 1 Les données 32 2 Méthodologie 44 3 Résultats 58 Conclusion 89 Annexes du chapitre 1 93 CHAPITRE 2 DEVELOPPEMENT INTERNE OU ADOPTION EXTERNE? DETERMINANTS INFORMATIONNELS ET CANAUX DE DIFFUSION. 96 Introduction 96 1 Les données Le modèle La méthodologie Les résultats 136 Conclusion 154 Annexes du chapitre 2 157

7 PARTIE 2 Les stratégies informationnelles des entreprises innovantes: Perspectives théoriques 161 CHAPITRE 3 LA CIRCULATION DE L INFORMATION ENTRE ENTREPRISES CONCURRENTES : UN ETAT DES LIEUX 163 Introduction Les échanges d information entre concurrents lors de la phase de recherche L information transmise par le brevet Les échanges d information entre concurrents lors de la phase de diffusion des innovations 177 Conclusion 182 CHAPITRE 4 LA MANIPULATION D INFORMATION LORS DE LA DIFFUSION DES INNOVATIONS : UN MODELE D ANALYSE 183 Introduction Le modèle Les stratégies d équilibre lorsqu une seule entreprise a adopté la nouvelle technologie Les stratégies initiales d adoption des entreprises Les apports du modèle sur le plan de la politique économique en matière de diffusion technologique 245 Conclusion 248 Annexes du chapitre Conclusion Générale 274 Références bibliographiques 280 Table des matières 297 Table des tableaux 302 Table des graphiques 304

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9 Introduction Générale L innovation a longtemps échappé à l analyse économique. Malgré l importance reconnue du phénomène dans le développement capitaliste dès le XIX ème siècle par Marx (1867) et, un peu moins d un siècle plus tard, par Schumpeter (1942), le sujet a été relativement négligé jusqu à la fin des années 1970, époque à partir de laquelle le changement technologique a occupé une place de plus en plus importante dans la littérature économique. Le peu de place accordé pendant longtemps au sujet est venu principalement de la difficulté d en donner une représentation théorique simple et donc d en faire un objet d analyse économique. Cette difficulté tient principalement au fait que ses inputs et son output sont avant tout de l information. Cet actif immatériel est très coûteux à produire, en même temps que le coût pour le reproduire est peu élevé. Arrow (1962) a été le premier à montrer que cette caractéristique de l innovation conduisait à une allocation sous-optimale des ressources par le marché pour la production d innovations.

10 Introduction générale Ce n est qu à partir de la fin des années 1970 que l innovation est devenue un objet courant de l analyse économique. Les travaux de Dasgupta et Stiglitz (1980), d une part, et de Loury (1979) et de Lee et Wilde (1980), d autre part, ont marqué le commencement d une véritable explosion des travaux économiques sur le sujet, témoignant de l intérêt de la discipline pour le phénomène. Ces auteurs ont été parmi les premiers à offrir une modélisation simple et pertinente du processus innovant : Dasgupta et Stiglitz (1980) ont repris le cadre d une technologie de production déterministe des innovations développé par Arrow (1962) ; Loury (1979) et Lee et Wilde (1980) ont mis l accent sur la nature stochastique du phénomène en appréhendant l innovation par l intermédiaire d une technologie de production qui associe à tout niveau de dépenses de recherche une probabilité d apparition d une innovation au sein d une entreprise. Les premières représentations théoriques du changement technologique ne rendaient néanmoins compte que partiellement du phénomène. Le processus innovant était appréhendé comme une succession de phases, allant de la recherche pure à la recherche appliquée puis au développement, avant d aboutir éventuellement sur le marché sous la forme d un nouveau produit, d un procédé de production inédit ou d une amélioration de la qualité. La vision héritée des travaux de Schumpeter (1942) et de Galbraith (1952) tendait par ailleurs à faire de la phase de recherche l élément fondamental du processus innovant, en accordant une place centrale aux grands laboratoires de recherche et aux entreprises auxquelles ils appartiennent. Cette vision des faits s est très vite trouvée remise en question, tant au niveau de l observation des entreprises innovantes elles-mêmes qu au niveau plus agrégé des entités nationales et de leur système d innovation. L exemple du Japon a révélé que la compétitivité technologique d un pays ne dépend pas uniquement de son excellence scientifique ou de sa capacité à inventer des technologies nouvelles. De même, la France a été caractérisée par un

11 Introduction générale décalage important entre ses performances en matière de production de connaissances scientifiques fondamentales et celles en matière d innovation (Guillaume, 1998). L assimilation de l innovation technologique à une phase de recherche ne permet de capter qu un aspect du phénomène. De nombreux travaux économiques ont révélé l importance de certains comportements d innovation qui renvoient à des manifestations moins radicales du phénomène et qui font appel à des déterminants autres que la recherche et développement (R&D) (Rosenberg et Steinmueller, 1988). Il est aussi apparu que l appréhension du processus innovant par l intermédiaire d une succession de phases est une représentation trop simpliste, pour ne pas dire erronée, du phénomène. Elle occulte la complexité et la diversité des interactions entre les acteurs du changement technologique qui produisent, distribuent et appliquent des connaissances de différentes natures. La compréhension du phénomène ne passe donc plus seulement par celle des mécanismes qui déplacent la frontière des connaissances scientifiques, mais se doit d intégrer un ensemble très large de comportements soutenant la production, la transformation, ainsi que la diffusion des connaissances. Cette réflexion conduit à intégrer à l analyse de nouvelles modalités du phénomène qui ont été initialement sous-évaluées, ainsi que de nouveaux déterminants dont il s agit d évaluer l importance. Un des objectifs de cette thèse est de contribuer à cette réflexion. L innovation est par ailleurs un processus par nature dynamique, au sens où les innovations actuelles ne sont possibles que parce que des progrès antérieurs ont été réalisés (Scotchmer, 1991). C est d ailleurs ce progrès continu dans les connaissances et les innovations qui est à l origine d une croissance économique persistante. Cet aspect du phénomène a intéressé dans un premier temps les travaux de croissance endogène, avant d être repris plus largement dans l ensemble des travaux économiques.

12 Introduction générale A ces évolutions récentes de la façon d appréhender le processus innovant s ajoutent d autres tendances dues à une nouvelle donne technologique. Les secteurs des technologies de l information et de la communication ou les secteurs des biotechnologies ont remis en cause certaines formes d intervention traditionnelles reposant sur une centralisation poussée de la recherche et de la mise en œuvre du progrès technologique. Les grands programmes technologiques qui ont été menés en France ont rencontré un grand succès dans certains secteurs comme l aérospatial ou le nucléaire civil 1, mais sont moins adaptés aux technologies plus récentes qui renvoient à des marchés civils grand publics de dimension mondiale. Or, ce sont ces derniers marchés qui tirent aujourd hui la recherche alors que les marchés publics, et particulièrement militaires, sont en déclin (Guillaume, 1998). Les pouvoirs publics ont donc largement modifié la façon dont ils interviennent, laissant l initiative aux entreprises privées dans beaucoup de domaines. Cette brève présentation préliminaire nous permet de dégager trois principes qui ont guidé l orientation de notre travail. Le premier principe considère l entreprise comme étant un agent essentiel de l innovation technologique. Certes, les entreprises font partie d un système économique plus large dont les différentes parties (laboratoires publics de recherche, consommateurs, ) sont également des acteurs de l innovation. Mais c est à l entreprise que revient in fine le soin d introduire sur le marché les innovations industrielles. Les entreprises apparaissent ainsi plus que jamais au cœur du processus innovant, que ce soit en tant que créateur de nouvelles connaissances ou en tant que vecteur de diffusion du progrès technologique. Par exemple, les secteurs des technologies de l information et de la communication ou des biotechnologies renvoient à de nouveaux modes de développement, moins centralisés qu auparavant et conduisent à donner plus d initiative aux entreprises privées. Par ailleurs, pour tirer les bénéfices de ces nouvelles 1 Pour un historique des programmes nucléaires français, voir Capelle-Blancard et Monjon (2000).

13 Introduction générale technologies, une large diffusion est nécessaire, ce qui renvoie à des comportements d innovation spécifiques et fait de l entreprise un passage obligé. Or, l entreprise est un agent qui évolue dans un univers de concurrence imparfaite où les stratégies de court et de long termes s enchevêtrent. La concurrence s exerce sur le marché des produits aussi bien que sur le marché de l innovation (Crampes et Encaoua, 2001). Les décisions des entreprises en matière de recherche ou d innovation résultent donc de considérations d ordre stratégique, aussi bien lors d une course au brevet que lors de la diffusion d une innovation. C est l importance accordée à ce phénomène de diffusion qui est à la base du second principe. La diffusion nous paraît une question au moins aussi importante que celle de la création technologique. L intensité de la croissance économique dépend en effet de l ampleur avec laquelle les innovations se diffusent puisque ce n est que lorsque l utilisation des nouvelles technologies ou des nouveaux savoir-faire se généralise que la société bénéficie du changement technologique (Sakurai et al., 1996). Or, le processus de diffusion des innovations demeure un phénomène mal connu (Karshenas et Stoneman, 1995). C est la raison pour laquelle nous avons également mis l accent sur cette phase du changement technologique dans cette thèse. Ce second principe nous a conduit à tenir compte dans notre réflexion de la diversité des comportements d innovation possibles des entreprises et notamment à distinguer les modalités interne et externe du changement technologique. Le premier cas correspond à la situation où l entreprise a mis au point elle-même l innovation qu elle utilise. Dans le second cas, l entreprise a adopté une technologie développée par ailleurs. Déterminer les facteurs à l œuvre dans chacune de ces modalités de l innovation devient alors une exigence importante.

14 Introduction générale Enfin, le dernier principe adopté dans ce travail a été de considérer l innovation non pas comme un acte isolé, mais comme un processus qui s inscrit dans la durée, aussi bien au niveau des entreprises qu au niveau des nations. L étude de la persistance du comportement d innovation dérive alors de ce principe. Structurés autour de ces principes, les travaux présentés dans cette thèse ont pour objectif de contribuer à une meilleure compréhension du processus innovant, en offrant une lecture plus claire des spécificités des comportements d innovation. Toute la difficulté à laquelle nous avons été confrontés dans ce travail tient à la nature même du comportement des entreprises dans le processus d innovation. Ces comportements sont très variés. Il nous a donc fallu trouver le bon équilibre entre deux objectifs. D une part, ne pas simplifier à outrance la diversité de ces comportements de manière à retenir une représentation «réaliste» des processus d innovation en œuvre. D autre part, simplifier la diversité de ces comportements de manière à dégager les faits les plus saillants. Notre travail est divisé en deux parties. La première partie de cette thèse vise à examiner les structures temporelles et informationnelles de l innovation. Cette partie s appuie sur deux travaux empiriques originaux. La dimension temporelle est appréhendée par le phénomène de persistance. L innovation d une entreprise est-elle un phénomène isolé au cours du temps ou, au contraire, s agit-il d un phénomène persistant? Pour tester l hypothèse de persistance du comportement d innovation, nous mettons l accent sur les sources internes de l innovation des entreprises. La dimension informationnelle de l innovation est appréhendée par l examen des sources d information auxquelles les entreprises recourent, selon qu elles innovent en interne ou qu elles adoptent des technologies externes. On distingue à cet effet les sources internes et externes. Les représentations actuelles du processus innovant accordent une place importante

15 Introduction générale aux sources externes de l innovation. Il s agit alors de tester la pertinence de ces représentations en distinguant le rôle et les effets de ces facteurs sur les différentes modalités du changement technologique au sein des entreprises. Dans la seconde partie de cette thèse, nous complétons le «portrait» de l entreprise innovante en examinant les stratégies «informationnelles» que cette dernière est susceptible de mettre en œuvre pour protéger son avantage innovant. Cette partie repose sur un modèle théorique original, qui vise à analyser la décision d adoption technologique des entreprises. A la différence des multiples travaux qui mettent l accent sur les aspects stratégiques des échanges d information entre concurrents lors des courses à l innovation, nous cherchons ici à mettre en évidence les enjeux stratégiques attachés aux informations dont disposent les entreprises lors de la phase de diffusion d une innovation. Ainsi, notre problématique peut se développer en deux ensembles de questions : - Quels sont les déterminants internes et externes de l innovation des entreprises? Ces déterminants diffèrent-ils selon les caractéristiques des entreprises ou selon la modalité d innovation envisagée? Sont-ils à l origine de rendements croissants? - Au-delà de la question des déterminants de son innovation et de leur impact, de quelles actions dispose une entreprise vis-à-vis des informations sur lesquelles repose son innovation? Ceci renvoie à la question de la gestion stratégique de l information. Diffère-t-elle selon le comportement d innovation considéré? Quels impacts ont ces stratégies individuelles sur le rythme du progrès technique? Le premier chapitre de cette thèse présente une étude économétrique originale qui vise à apprécier la persistance du comportement d innovation et à identifier l origine du phénomène. Sur ce

16 Introduction générale point, la théorie offre des représentations très contrastées des dynamiques innovantes individuelles et en particulier de la façon dont les innovations successives sont distribuées dans les entreprises : elles peuvent apparaître majoritairement dans les mêmes entreprises ou, au contraire, provenir d entreprises différentes. Or, comme l ont montré de récents travaux théoriques en croissance endogène (Aghion, Harris et Vickers, 1997 ; Encaoua et Ulph, 2000 ; Hörner, 2001), la façon dont les innovations successives émergent dans les entreprises influence le rythme du progrès technique et le taux de croissance d une économie. Par ailleurs, l évaluation du degré de persistance du comportement d innovation constitue un élément important pour comprendre la dynamique industrielle et en particulier l évolution des structures de marché et la façon dont se renouvelle le tissu industriel. Trois arguments théoriques conduisent à conclure à l existence d avantages durables de certaines entreprises pour innover. Les caractéristiques individuelles peuvent tout d abord expliquer le maintien d un comportement d innovation dans une entreprise. Ensuite, les caractéristiques du processus innovant, en particulier la nature de ses inputs ou de sa technologie de production, sont également des facteurs de persistance de l innovation. Les impératifs du marché peuvent enfin imposer une fréquence d apparition élevée des innovations au sein d une entreprise. Or, les quelques travaux empiriques qui ont jusqu ici abordé la question de la persistance du comportement d innovation conduisent généralement à relativiser les effets de ces trois facteurs explicatifs. L objet de ce premier chapitre est de réexaminer cette question de la persistance du comportement d innovation à partir de données françaises issues de différentes enquêtes sur l innovation, en utilisant des nouvelles méthodes économétriques.

17 Introduction générale Une originalité de l approche adoptée dans ce chapitre est en effet d ordre méthodologique. Nous tenons compte du problème que posent les méthodes standards utilisées en économétrie de l innovation, qui peuvent conduire à des estimations biaisées. Le degré de persistance du comportement d innovation est évalué en comparant les performances d innovation d entreprises, selon qu elles ont innové ou non dans le passé. Or ces deux types d entreprises ne sont pas directement comparables, contrairement à ce qui est supposé dans les méthodes standards. Nous traitons ce problème en nous plaçant dans le modèle de Rubin (1974) et en utilisant des méthodes d appariement développées par Rosenbaum et Rubin (1983) et plus récemment par Heckman et al. (1997). Le deuxième chapitre de cette thèse correspond également à un travail économétrique original qui aborde la question des sources internes et externes de l innovation des entreprises. Le changement technologique repose sur un ensemble complexe d interactions entre les agents d une économie. Les liens entre les acteurs du système reposent tous sur un transfert, formel ou non, de connaissances. L appréhension des interactions entre agents passe donc principalement par celle de l information qui circule entre eux. Le deuxième chapitre offre un examen empirique de cette représentation du processus innovant. Selon la forme qu il revêt au sein d une entreprise, le changement technologique renvoie à des besoins informationnels différents. Dans le même temps, les différentes sources informationnelles ne répondent pas aux mêmes besoins, notamment parce que les connaissances dont elles disposent sont de nature et d'utilité différentes. Notre réflexion s appuie sur une typologie qui distingue les comportements d innovation interne (i.e. les entreprises ont développé elles-mêmes l innovation de produit ou de procédé qu elles exploitent) et externe (i.e. les entreprise utilisent une innovation mise au point par ailleurs). La question est alors de savoir si ces deux modalités du changement technologique renvoient à des besoins informationnels différents.

18 Introduction générale L objectif de ce chapitre est donc d identifier l ensemble des flux informationnels, formels ou non, qui soutiennent le changement technologique en France, en tenant compte de la diversité des comportements d innovation des entreprises. Sur le plan de ses implications, ce chapitre éclaire un problème important. La compréhension et la mesure des flux de connaissances au sein d un système d innovation constituent aujourd hui des enjeux politiques évidents. La performance d une économie en terme d innovation dépend en effet de l efficacité de ces liens, de la fluidité de ces canaux de transmission et de la capacité des agents à utiliser les informations transmises. Sur le plan méthodologique, nous tenons compte dans ce chapitre d un problème inhérent aux données issues des Enquêtes Communautaires sur l Innovation. Dans ces enquêtes, seules les entreprises qui ont innové au cours de la période considérée répondent à l ensemble des questions. Pour exploiter certaines données, l échantillon doit alors être restreint aux seules entreprises innovantes, de sorte que les estimations peuvent souffrir d un biais de sélection. Nous résolvons ce problème en modélisant aussi bien la décision d innover, que la façon dont l entreprise innove. Les analyses présentées dans les chapitres 1 et 2 peuvent être schématisées dans un tableau à double entrée. Les lignes renvoient aux modalités interne et externe de l innovation (i.e. développement interne et adoption externe), alors que les colonnes correspondent aux sources internes et externes du phénomène.

19 Introduction générale Tableau 1 Présentation schématique des deux premiers chapitres Sources internes Sources externes Modalité interne Développement interne (chapitre 2) Persistance (chapitre 1) Modalité externe Adoption externe (chapitre 2) La seconde partie de la thèse poursuit l exploration du processus innovant en s intéressant non plus aux structures temporelles et informationnelles du phénomène, mais aux stratégies informationnelles que les entreprises développent pour préserver ou renforcer l avantage que leur procurent leurs activités innovantes. La valeur de l innovation d une entreprise peut en effet diminuer si l information sur laquelle elle repose est diffusée aux concurrents. Ainsi, une entreprise perd son avance lors d une course au brevet si les résultats de sa recherche sont divulgués à ses concurrents. De la même façon, avant de commercialiser son innovation, une entreprise doit choisir un mode de protection efficace, sinon elle risque de perdre rapidement son avantage concurrentiel. Les entreprises se doivent donc d être particulièrement vigilantes vis-à-vis des informations ayant trait à leurs activités innovantes, qu il s agisse d une phase de recherche ou de la phase d exploitation commerciale de leur innovation. Les enjeux stratégiques qui y sont attachés peuvent ainsi inciter les entreprises

20 Introduction générale innovantes à mettre en œuvre une gestion sophistiquée de cette information. Ces stratégies «informationnelles» ont une influence considérable sur la valeur finale de leur innovation et par conséquent sur leurs incitations à innover. Ces stratégies conditionnent par ailleurs la façon dont les informations circulent entre les entreprises, qu elles appartiennent ou non au même secteur. Le troisième chapitre de cette thèse est consacré à une mise en perspective de différents travaux théoriques qui traitent des aspects stratégiques liés aux échanges d information entre entreprises concurrentes. Ces travaux mettent en évidence la complexité des stratégies «informationnelles» que ces dernières mettent en œuvre pour protéger ou tirer avantage de leur information privée, tout au moins lorsqu il s agit d une phase de recherche ou du mode de protection qu une entreprise choisit pour son innovation. En revanche, la question de la circulation de l information entre concurrents lors de la phase de diffusion d une innovation fait l objet de peu de travaux. De plus, ceux-ci n ont jamais considéré que les entreprises gèrent, ici encore, stratégiquement les informations dont elles disposent. La majorité des modèles d adoption en information imparfaite supposent en effet que l information dont dispose une entreprise sur une nouvelle technologie est diffusée à l ensemble de ses concurrents. Pourtant, le processus de diffusion est caractérisé par des asymétries d information, rendant la manipulation des informations possible. Le quatrième chapitre de notre thèse présente un travail théorique original permettant d étudier l existence de stratégies «informationnelles» lors de l adoption technologique d une entreprise et d analyser l impact de tels comportements sur la diffusion de l innovation au sein d une industrie. Les premières entreprises qui adoptent une nouvelle technologie obtiennent de l information sur ses performances techniques et économiques dont ne disposent pas celles qui n utilisent pas encore l innovation de procédé. Pour ces dernières, ces informations sont très précieuses car elles leur permettent de mieux évaluer la profitabilité de la nouvelle

21 Introduction générale technologie. Le risque lié à l adoption est alors diminué et les suiveurs peuvent avancer, ou retarder leur adoption en fonction de l information qu ils ont collectée auprès des premières entreprises utilisant l innovation. Mais dans le même temps, ces dernières peuvent avoir intérêt à ne pas révéler à leurs concurrents la profitabilité réelle de la nouvelle technologie qu elles utilisent. Ces entreprises bénéficient par conséquent d un avantage informationnel et peuvent essayer d en tirer parti. Dans ce chapitre, nous développons un modèle d adoption dynamique en information imparfaite et examinons si la première entreprise qui adopte une nouvelle technologie peut exploiter l avantage informationnel que lui confère son adoption à une date avancée. Son concurrent ne bénéficie alors d aucune externalité informationnelle et n adopte pas la nouvelle technologie alors même qu il y avait intérêt. Ces stratégies conditionnent la façon dont l information circule entre concurrents. Elles influencent in fine la diffusion de la nouvelle technologie : le processus de diffusion peut être bloqué ou, au contraire, conduire à une adoption simultanée des concurrents. Dans ce dernier cas, les entreprises se retrouvent dans une situation moins favorable que celle où aucune entreprise n aurait adopté la nouvelle technologie.

22 PARTIE 1 Les structures temporelles et informationnelles de l innovation : Perspectives empiriques

23 Introduction de la partie Introduction de la partie La fonction d innovation est une représentation courante du processus d innovation. Elle a été proposée et testée pour la première fois par Griliches (1979) et a été depuis largement reprise. Son objectif est de rendre compte de la technologie qui soutient la production des innovations en explicitant les inputs, et plus généralement les déterminants de l innovation. L élargissement récent des déterminants et des comportements innovants remet en cause, si ce n est la validité, tout au moins le degré de généralité des représentations précédentes du phénomène. Ainsi, ce sont non seulement les déterminants de l innovation qui doivent être réexaminés, mais également la forme de l output innovant à considérer. C est ce que propose cette première partie en adaptant la fonction d innovation. Le premier chapitre de cette partie examine la question de la persistance du comportement d innovation. Sur ce point, les modèles théoriques ont adopté des représentations très variées de la dynamique innovante des entreprises. Ainsi, les innovations successives peuvent apparaître toujours dans les mêmes entreprises, ou bien provenir la plupart du temps d'entreprises différentes. Ces deux représentations de la dynamique innovante des entreprises renvoient à des hypothèses diamétralement opposées sur le degré de persistance du comportement d innovation et par conséquent sur les propriétés des activités à l origine de l innovation dans les entreprises. L objet de ce chapitre est de tester la validité des différentes représentations, en appréciant le degré de persistance du comportement d innovation sur données françaises et en identifiant partiellement l origine du phénomène. Cette approche permet d examiner les 15

24 Introduction de la partie caractéristiques du processus et notamment les propriétés des déterminants internes de l innovation aux entreprises. Le second chapitre se tourne vers les déterminants externes de l innovation et teste la pertinence de la représentation que donne le modèle du système national d innovation du processus innovant. Selon ce modèle, le progrès technologique est fondé sur la connaissance et résulte d un ensemble complexe de relations entre les acteurs qui produisent, distribuent et appliquent des informations de différentes natures. Bien qu utile, cette représentation reste difficile à appréhender. L objectif de ce chapitre est de tester la validité de cette représentation en identifiant les déterminants informationnels de l innovation technologique, et plus particulièrement le rôle des sources d information externes à l entreprise en France. Or, tous les comportements d innovation n ont pas des besoins informationnels de même nature et doivent par conséquent renvoyer à des réseaux d informations spécifiques. Cette recherche se doit donc de tenir compte de la diversité des comportements d innovation possibles et cherche à identifier les spécificités de ces différentes modalités dans leurs besoins informationnels. 16

25 Chapitre 1 LA PERSISTANCE DU COMPORTEMENT D INNOVATION DES ENTREPRISES * Introduction Les nouvelles théories de la croissance ont profondément renouvelé le cadre d analyse de la croissance économique, en explicitant les fondements microéconomiques du phénomène. Dans les modèles de croissance endogène, le progrès technique n est plus un facteur exogène, mais résulte des décisions d investissements des agents économiques, publics et privés, notamment en matière de recherche et développement (R&D). Ces activités aboutissent à la production de nouvelles connaissances, qui conduisent au changement technologique sous la forme de nouveaux produits ou de procédés de production plus efficaces. * Ce chapitre utilise les éléments d un article écrit avec Emmanuel Duguet intitulé «Creative Destruction and the Innovative Core : Is Innovation Persistent at the Firm Level? An Empirical Reexamination from CIS Data comparing the Propensity Score and Regression Methods.» (Duguet et Monjon, 2001). 17

26 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Or, à la différence des biens économiques traditionnels, les connaissances exhibent des caractéristiques proches de celles d un bien public, au sens où elles peuvent être utilisées à plusieurs reprises et par plusieurs agents sans s altérer. 1 La production de nouvelles connaissances peut par ailleurs ouvrir la voie à de nouveaux sentiers technologiques et permettre l émergence d un grand nombre d innovations. En raison des rendements croissants induits par ces différentes propriétés, une croissance endogène continue devient alors possible dans un cadre théorique. La persistance macroéconomique de l innovation peut reposer sur différentes dynamiques innovantes individuelles. Les modèles de croissance endogène envisagent d ailleurs très différemment la façon dont les innovations successives qui soutiennent la croissance sont distribuées entre les entreprises : elles peuvent apparaître toujours dans les mêmes entreprises renvoyant à une persistance microéconomique infinie (Romer, 1991), ou bien provenir d'entreprises différentes conduisant à une faible persistance du comportement d innovation (Aghion et Howitt, 1992). Cette dernière représentation de la dynamique innovante individuelle suggère que les activités d innovation passées d une entreprise, qu il s agisse de recherche ou du fait d avoir innové, n ont aucun impact sur sa probabilité d innover aujourd hui. C est d ailleurs également l hypothèse que retiennent un grand nombre de modèles d économie industrielle traitant des courses au brevet qui supposent un processus d innovation sans mémoire : la probabilité d innover d une entreprise à une date donnée ne dépend que de sa recherche courante (Reinganum, 1989). 2 Néanmoins, ces situations extrêmes apparaissent relativement peu satisfaisantes et plus récemment Aghion, Harris et Vickers (1997), Encaoua et Ulph (2000) et Hörner (2001) ont cherché à rendre endogène les trajectoires innovantes d entreprises concurrentes, en faisant dépendre leurs incitations à innover de leur position technologique relative. Ces modèles conduisent à des situations 1 Il s agit bien sûr de la propriété de non-rivalité des biens publics. 2 La technologie de production des innovations est représentée généralement par une loi de Poisson. 18

27 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises intermédiaires, caractérisées par une alternance plus ou moins forte des entreprises à l origine des innovations. Le degré de persistance du comportement d innovation constitue par conséquent un élément important pour comprendre les liens entre le progrès technologique et la croissance. Plus en amont, comprendre la façon dont les innovations successives émergent dans les entreprises éclaire également un aspect important de la dynamique industrielle, en particulier l évolution des structures de marché et la façon dont se renouvelle le tissu industriel. En effet, la concentration d une industrie ou la distribution des parts de marché dépendent partiellement de l évolution des positions technologiques des entreprises. La question de la persistance du comportement d innovation se retrouve par conséquent au centre des politiques technologiques et plus particulièrement des politiques d innovation. L ampleur du phénomène conditionne en effet l objectif et la forme de l intervention publique. Si le comportement d innovation est très persistant, cela suggère une composante endogène du processus qui conduit à un auto-renforcement de la capacité d une entreprise à innover. Il est alors particulièrement difficile pour une entreprise «d entrer» dans le processus innovant, ce qui peut aboutir à des exclus durables du progrès technique. Dans ce cas, l intervention publique peut chercher plus particulièrement à diminuer la difficulté que rencontre une entreprise qui veut innover pour la première fois. La question de la persistance du comportement d innovation influence également la forme que doit prendre l intervention publique pour soutenir l innovation. Ainsi, si la persistance du comportement d innovation est forte, l identification des futurs innovateurs est facilitée. Des instruments «sur mesure» adaptés aux spécificités des entreprises à l origine de l innovation peuvent alors être mis en œuvre. 3 En revanche, si la persistance de l innovation au niveau individuel est faible, 3 La politique des «champions nationaux» qu a menée la France après la seconde Guerre Mondiale revenait à donner la majeure partie des aides à l innovation à un petit nombre d entreprises, qui étaient considérées comme les entreprises à l origine des avancées technologiques majeures dans les industries clés pour la France. 19

28 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises l intervention publique doit s appuyer sur des instruments génériques, accessibles à l ensemble des entreprises. Le crédit d impôt recherche est un bon exemple de ce type d instrument : il correspond à un instrument très large, au sens où il est potentiellement accessible à toutes les entreprises engagées dans une activité de R&D. La question de la persistance du comportement d innovation constitue donc un élément important pour appréhender la dimension dynamique du processus innovant, et plus largement la dynamique industrielle, ainsi que pour l élaboration des politiques d innovation. Or, malgré l importance de la question, peu de travaux empiriques l ont abordé. Ce chapitre réexamine le concept de persistance et en propose un éclairage empirique nouveau, à partir de données collectées récemment par le Ministère de l Industrie. Déterminants de la persistance du comportement d innovation Le fait qu une entreprise innove de façon répétée vient d un choix persistant de l entreprise en faveur de l innovation. Cette stratégie, qui s inscrit dans la durée, peut être plus ou moins imposée par les conditions industrielles, ou résulter des propriétés du processus de production des innovations et des connaissances sur lesquelles elles reposent. Les différences entre les entreprises peuvent également expliquer la plus ou moins grande persistance du comportement d innovation. 20

29 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises LES CONDITIONS INDUSTRIELLES Les opportunités technologiques, les conditions d appropriation des innovations, ou encore l âge de l industrie peuvent avoir un impact sur la fréquence avec laquelle les entreprises proposent des produits nouveaux ou renouvellent leur procédé de production, ainsi que sur les possibilités «d entrées technologiques». 4 Il est généralement admis que d importantes opportunités technologiques conduisent au niveau d une industrie à l apparition fréquente de produits ou de procédés de production nouveaux. Au niveau individuel, l effet est néanmoins moins évident puisque l ensemble des entreprises, qu elles aient ou non innové dans le passé, peuvent avoir accès aux opportunités technologiques d une industrie. Par conséquent, les anciens innovateurs peuvent ne pas disposer d un avantage significatif par rapport aux entreprises qui n ont pas innové auparavant (Breschi et al., 2000). Les conditions d appropriation peuvent également influencer durablement les incitations des entreprises à innover. Arrow (1962) a été un des premiers à avancer l argument qu une faible appropriation débouchait sur des incitations peu élevées des entreprises à investir en R&D, du fait de l imitation rapide de leur innovation. Cette conclusion a néanmoins été depuis largement relativisée, notamment par les travaux de Cohen et Levinthal (1989) qui ont développé l idée que des compétences internes constituaient un pré-requis pour exploiter les externalités de R&D émanant d autres entreprises ou des organismes publics de recherche. La maturité de l industrie a également à voir avec la persistance du comportement d innovation. Les travaux d Abernathy et Utterback (1978) et plus récemment de Klepper 4 L expression a été proposée par Malerba et Orsenigo (1999) pour qualifier les entreprises qui innovent pour la première fois, qu il s agisse d entreprises nouvellement créées ou d entreprises existant déjà mais n ayant pas encore innové. 21

30 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises (1997) montrent en effet que les débuts d une industrie sont généralement marqués par une grande turbulence : la technologie change très rapidement, l incertitude est importante et les barrières à l entrée sont faibles. Le processus d innovation peut alors être représenté par un processus aléatoire sans mémoire, de sorte que les entreprises ne bénéficient d aucun avantage particulier, même lorsqu elles ont réalisé des innovations dans le passé. Les avantages compétitifs et technologiques d une entreprise innovante ne peuvent alors être que temporaires puisque l innovateur en place est bientôt dépassé ou rattrapé par un concurrent. Dans cet environnement, il est difficile pour une entreprise d innover de façon répétée, de sorte que la base innovante est perpétuellement élargie, ou renouvelée, du fait de l entrée de nouveaux innovateurs. 5 Lorsque l industrie se développe et devient mature, les innovations les plus importantes ont été réalisées et le changement technologique suit alors des trajectoires mieux définies. C est l accumulation d expérience par les entreprises en place qui se trouve à l origine des innovations, qui sont alors essentiellement incrémentales. Le taux d entrée dans l industrie décline. Le processus innovant change de nature et ce nouveau contexte favorise l émergence d une forte persistance individuelle. 6 Les innovations viennent alors d un nombre réduit d entreprises, autrement dit un «cœur» innovant. 7 LA NATURE DES CONNAISSANCES A L ORIGINE DES INNOVATIONS La nature du processus innovant dépend en premier lieu de celle des connaissances sur lesquelles il repose. Lorsque les connaissances utilisées pour innover une première fois peuvent être réutilisées pour la production d innovations ultérieures, les entreprises qui innovent disposent d un certain avantage par rapport à celles qui ne l ont pas fait. L ampleur 5 Ce contexte est souvent rapproché de l idée de «destruction créatrice» de Schumpeter (1912). 6 A titre d exemple, on peut citer l industrie pharmaceutique au sein de laquelle le processus de découverte des nouveaux médicaments a changé de nature, passant d un processus considéré comme très aléatoire à un processus aujourd hui plus rationalisé. Voir Cockburn et Henderson (1996). 7 Ce processus est généralement assimilé au concept schumpétérien d «accumulation créatrice» (Schumpeter, 22

31 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises de cet avantage dépend du degré d obsolescence technologique des connaissances (Caballero et Jaffe, 1993). Ainsi, les connaissances que développe une entreprise en investissant dans des programmes de recherche formelle ou informelle ne se déprécient pas forcément rapidement. Une entreprise peut parfois les réutiliser pour produire de nouvelles innovations. En particulier, lorsque chaque nouvelle innovation constitue une amélioration de la précédente, les connaissances sur lesquelles repose la première innovation constituent des inputs directs des innovations ultérieures. 8 Par conséquent, l accumulation de connaissances dans un domaine technologique particulier peut permettre à une entreprise d innover de façon continue (Rosenberg, 1976 ; Malerba et al., 1997). La connaissance peut ne pas correspondre à proprement parler à un input de l innovation, mais être liée à un savoir-faire, ou à des compétences particulières nécessaires à la production des innovations. L avantage dont disposent les anciens innovateurs provient alors de l existence d effets d apprentissage dans la production des innovations. Chandler (1990) a ainsi souligné l importance de ces effets dans les activités de R&D. Ce type d avantage n est néanmoins pas forcément lié à une activité formelle de R&D. Kim (1997) a ainsi mis en avant le rôle central qu a joué la constitution de capacités technologiques internes dans l avènement de Samsung comme un des leaders mondiaux de l industrie des semi-conducteurs à la fin des années Le développement de telles capacités en interne a permis d accélérer le développement des nouvelles générations de semi-conducteurs. D ailleurs, la production d innovations nouvelles peut reposer en partie sur des routines qui abaissent le coût de production des innovations. Knightdale (2000) donne l exemple de l industrie pharmaceutique au sein de laquelle les grandes entreprises ont investi dans de nouvelles méthodes d expérimentation et ont adopté des changements organisationnels afin d abaisser le coût de 1942). Pour une comparaison des deux ouvrages de Schumpeter, voir Scherer (1992). 8 On parle alors d innovations séquentielles (Scotchmer, 1999). 9 Ces capacités relevaient davantage du travail des ingénieurs de l entreprise que de chercheurs. 23

32 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises production de nouveaux médicaments. L ensemble de ces effets débouchent sur des économies d échelle dynamiques dont bénéficient les anciens innovateurs (Geroski et al., 1997). LES DIFFERENCES ENTRE ENTREPRISES Au sein d une industrie, les comportements diffèrent, notamment parce que les entreprises n ont pas toutes les mêmes caractéristiques. Le fait qu une entreprise innove fréquemment peut ainsi résulter d incitations propres, liées à des facilités durables offertes par sa taille, ou à sa position technologique. Schumpeter (1942) et Galbraith (1952) ont été les premiers à souligner que les grandes entreprises bénéficiaient d un accès plus facile au marché du crédit et au marché du travail, ce qui facilite durablement l innovation au sein de ces entreprises. Le rôle que jouent les contraintes de financement que rencontrent les entreprises lors de leur innovation a également été souligné par Nelson et Winter (1982), quoique d une façon différente. Selon cette approche, une entreprise qui réussit à innover reçoit des profits qu elle peut réinvestir en R&D, ce qui augmente sa probabilité d innover de nouveau : autrement dit, «le succès engendre le succès». Seules les innovations passées ayant connu un certain succès commercial seraient alors à l origine d une persistance des comportements individuels innovants. Les différences entre les entreprises peuvent également provenir d incitations stratégiques différentes à innover. Les différences d incitations reçues par les entreprises se concrétisent par des niveaux différents d efforts en R&D. Les décisions en matière d investissement en R&D des entreprises dépendent de leur position technologique et de l intensité concurrentielle qui en découle. Ainsi, Hörner (2001) montre que si l écart technologique entre deux concurrents est suffisamment important, l entreprise en position de domination technologique peut avoir intérêt à poursuivre ses efforts de façon à maintenir son 24

33 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises avance technologique. En revanche, si l écart entre les concurrents n est pas trop important, l entreprise en position de suiveur technologique peut avoir intérêt à accentuer ses efforts innovants afin d empêcher que sa situation ne se dégrade davantage. Nombre de travaux théoriques proposent donc des arguments de différentes natures en faveur d une persistance microéconomique de l innovation. Or, les travaux empiriques qui portent sur cette question concluent généralement à une faible persistance du comportement d innovation. L analyse de la persistance du comportement d innovation sur données de brevets Peu de travaux empiriques ont jusqu à présent abordé la question de la persistance de l innovation au niveau individuel. Ils concluent soit à un faible degré de persistance, soit à une permanence forte d un nombre réduit d acteurs du changement technologique. Geroski, Van Reenen et Walters (1997) utilisent deux mesures différentes de l innovation : les brevets et les innovations ayant rencontré un grand succès commercial que les auteurs qualifient «d innovations majeures». Leurs échantillons sont composés respectivement des brevets déposés par 3304 entreprises anglaises au cours de la période et des innovations «majeures» de 1332 entreprises anglaises au cours de la période Leurs données sont annuelles. Pour chaque type d innovation (brevets ou innovations majeures), Geroski et al. (1997) construisent un indicateur spécifiant le nombre d années consécutives durant lesquelles une entreprise a innové. Ainsi, si une entreprise a innové deux années consécutives mais pas la troisième année, la «persistance» de son comportement d innovation est de deux ans, même si elle innove de nouveau la quatrième 25

34 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises année. Les auteurs étudient alors la distribution de ces séquences d innovations et montrent que, quelles que soient les données utilisées, plus des trois-quarts de ces séquences ont une durée qui ne dépasse pas deux ans. Ils concluent à une persistance relativement faible de l innovation au niveau individuel. 10 Dans le cadre d un modèle de comptage dynamique, Crépon et Duguet (1997) étudient la question de la persistance de l innovation au sein d un panel d entreprises françaises engagées dans une activité de R&D. Leur modèle explique le nombre courant de brevets par ceux des années précédentes, ainsi que par le capital investi en R&D. Crépon et Duguet (1997) concluent à un impact important des brevets passés, ce qui suggère une forte persistance de l innovation parmi les entreprises engagées dans des activités formelles de R&D. Plus récemment, une étude descriptive de Malerba et Orsenigo (1999) examine cette même question avec des données de brevets de six pays au cours de quatre périodes successives : , , et Ils montrent que la majorité des entreprises sont des innovateurs occasionnels. Néanmoins, il existe un petit groupe d entreprises qui innovent à chaque période et sont à l origine de la majorité des brevets. La persistance est importante parmi ces dernières entreprises, mais faible pour les autres. Ces résultats réconcilient les études menées par Geroski et al. (1997) et par Crépon et Duguet (1997) : la plupart des innovateurs sont occasionnels, mais un nombre réduit d entreprises, engagées généralement dans une activité de R&D formelle, innovent de façon soutenue. Ainsi, dans la littérature empirique, l étude de la persistance du comportement d innovation s est faite selon deux démarches différentes. La première consiste à essayer d offrir une mesure de la persistance comme l ont fait Geroski et al. (1997). La seconde 10 Geroski et al. (1997) examinent ensuite l impact de certaines variables agrégées au niveau des industries (taux de croissance de la demande et spillovers) ainsi que des variables individuelles (appartenance à un groupe et taille) sur la durée du comportement d innovation des entreprises. Leurs données ne leur permettent néanmoins pas de prendre en compte les principaux inputs de l innovation, telles que les activités de R&D. 26

35 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises démarche revient à évaluer l avantage dont bénéficient les anciens innovateurs pour leur innovation courante par rapport aux entreprises qui n ont pas innové auparavant. C est la démarche qu ont suivie Crépon et Duguet (1997). Néanmoins, quelle que soit l approche retenue, un problème demeure : l essentiel de ces travaux empiriques reposent sur des données de brevets. Or, il est possible que la faible persistance obtenue dans ces études provienne en partie de la nature des données utilisées. Plusieurs problèmes en effet rendent difficile l appréhension du changement technologique par l intermédiaire de statistiques de brevets (Griliches, 1990). Dans certains cas, le brevet n est pas le moyen de protection le plus efficace de sorte qu il se peut que les brevets mesurent un niveau d innovation inférieur à ce qu il est réellement (Klevorich et al., 1987). 12 Plus important, même si la protection offerte était parfaite, un brevet repose sur la double nécessité d avoir innové et d avoir été le premier à le faire. Les brevets mesurent donc davantage la persistance du leadership technologique que la persistance du comportement d innovation. Enfin, les brevets couvrent plus souvent des innovations de produit que des innovations de procédés, de sorte que la mesure du changement technologique à laquelle conduisent les données de brevets est biaisée en faveur des nouveaux produits. Un échantillon composé d entreprises qui innovent régulièrement mais qui ne réussissent que ponctuellement à être les premières exhiberait une persistance faible, si elle était évaluée à partir de données de brevets. Les innovations majeures ont également été utilisées pour traiter la question de la persistance du comportement d innovation (Geroski et al., 1997). Ces données résolvent en partie les problèmes liés aux données de brevets. Il n en reste pas moins que la condition de succès impose une contrainte forte, puisqu elle mesure l habileté de l entreprise à exploiter 11 Les pays sont l Allemagne, la France, le Royaume Uni, l Italie, les Etats-Unis et le Japon. 12 Les entreprises peuvent notamment préférer protéger leur innovation en la gardant secrète. Pour des preuves empiriques de ce type de comportement sur données françaises, voir Duguet et Kabla (1998). 27

36 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises commercialement ses innovations. Cette mesure inclut donc une forme particulière de leadership. Ainsi, une base de données dans laquelle les leaders commerciaux changent fréquemment conduirait à conclure à une faible persistance de l innovation, alors même que les entreprises qui la composent peuvent innover de façon répétée. Un réexamen de la persistance du comportement d innovation sur données d enquêtes Une étude sur la persistance doit en premier lieu prendre en compte le fait que les comportements d innovation des entreprises sont fortement hétérogènes. Les parcours individuels de compagnies, comme Samsung ou Apple, confirment en effet l idée que la persistance de l innovation au sein d une entreprise peut provenir de comportements très différents : une entreprise peut ainsi innover parfois en tant que leader technologique ou commercial, parfois en tant que licencié ou imitateur (Kim, 1997). Ceci impose donc de ne pas utiliser de mesure du changement technologique impliquant un seuil trop strict de performance technologique ou commerciale. Pour pouvoir tester la persistance du comportement d innovation, nous devons avant tout être en mesure de séparer l innovation de la performance de cette innovation. Les données des enquêtes communautaires sur l innovation rendent cela possible. Dans ces enquêtes, les innovations sont prises en compte sans référence au succès commercial ou à la stratégie de protection des entreprises. Le changement technologique est par conséquent appréhendé de façon très large, puisque toutes les innovations mises en œuvre par les entreprises, quelles que soient leur nature ou leur ampleur, sont prises en compte. En second lieu, plusieurs caractéristiques des entreprises, comme leur taille ou leur appartenance sectorielle, qui influencent à la fois l innovation passée et l innovation future 28

37 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises n ont pas toujours été prises en compte dans les travaux antérieurs. Les estimations doivent être corrigées de cette influence afin d éliminer un effet sectoriel ou l impact de la taille. Cette question est importante puisque le fait d introduire des variables de contrôle, comme des indicatrices sectorielles, peut changer fortement les résultats (Cohen et Levin, 1989). Afin d analyser la persistance du comportement d innovation, nous avons retenu une modélisation proche de celle de Crépon et Duguet (1997) dans laquelle le degré de persistance est apprécié par l intermédiaire de l influence de l innovation passée sur l innovation courante. Autrement dit, la persistance est mesurée par l avantage dont bénéficient les entreprises qui ont innové dans le passé par rapport à celles qui ne l ont pas fait. L introduction progressive de variables de contrôle permet ensuite de suivre l évolution des variables d innovations passées et d identifier en partie l origine de la persistance. En effet, notre analyse se fait en deux temps. Dans un premier temps, nous mesurons l importance de la persistance du comportement d innovation, en évaluant l impact des variables d innovations passées sur l innovation courante des entreprises. Dans un second temps, différentes variables de contrôle sont prises en compte dans les estimations, afin de nous permettre d identifier partiellement l origine de la persistance du comportement d innovation. En particulier, nous tenons compte des activités passées de recherche des entreprises afin de voir si leurs effets sont durables. Un grand nombre de déterminants sont néanmoins possibles. Sans être en mesure de tester l ensemble des effets exposés dans la littérature, un certain nombre de résultats sont attendus. Tout d abord, nous attendons une persistance relativement forte du comportement d innovation. Autrement dit, nous attendons un impact positif et significatif de l innovation passée sur l innovation courante, et ce même à taille et industrie identiques. En effet, la persistance du comportement d innovation ne doit pas seulement être due à une taille importante ou à l appartenance à une industrie particulière, mais doit surtout provenir des propriétés du processus 29

38 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises innovant, et en particulier des caractéristiques des activités de recherche. Ainsi, une fois qu une entreprise a installé un laboratoire de recherche, elle peut en profiter sans avoir à supporter de nouveau ce coût fixe, ce qui lui donne un avantage significatif pour son innovation courante par rapport à une entreprise qui n a pas mis en place une telle structure. De la même façon, une entreprise qui dispose de connaissances particulières, acquises lors de son innovation passée, aura un avantage pour son innovation courante si elle est mesure de les réutiliser. Nous attendons donc qu une partie de l avantage dont bénéficient les anciens innovateurs s explique par leurs activités de recherche formelle. Les connaissances ou les compétences produites à partir de la recherche formelle pourraient par ailleurs connaître un taux d obsolescence moins important que celles produites par les activités moins formelles. En effet, les résultats d une recherche formelle peuvent généralement être codifiés et les compétences sont plus faciles à identifier que lorsque l innovation résulte d une activité de recherche informelle, dont les protagonistes peuvent être mal identifiés. L avantage dont bénéficient les anciens innovateurs peut néanmoins ne pas être complètement expliqué par leur taille, leur industrie ou leurs activités de recherche. En effet, la persistance du comportement d innovation peut également provenir d une organisation particulière de l entreprise ou d activités informelles difficiles à apprécier par l intermédiaire des indicateurs à notre disposition. Il pourrait donc demeurer un effet significatif de l innovation passée, même une fois après avoir effectué tous les contrôles. La démarche retenue ici permet d évaluer l ampleur de cet effet. Enfin, le dernier objectif de ce chapitre est méthodologique. En effet, il est possible que l utilisation de méthodes standards pour évaluer l impact de l innovation passée sur l innovation présente conduise à une estimation biaisée. Notre objectif est d évaluer la différence entre la performance d une entreprise qui a innové dans le passé et la performance qu aurait eu cette même entreprise si elle n avait pas innové. Nous adoptons le modèle développé par Rubin (1974) et Rosenbaum et Rubin (1983) et les méthodes d estimation proposées par Heckman, Ichimura et Todd (1997) qui reposent sur un appariement préalable des entreprises en fonction de leurs caractéristiques, de façon à ce que les entreprises soient 30

39 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises comparables. Ce modèle permet alors d évaluer l amélioration des performances innovantes des entreprises qui peut être attribué exclusivement au fait d avoir innové dans le passé. Cette méthode n a, à notre connaissance, jamais été utilisée dans le cadre des enquêtes communautaires d innovation. 13 Plan du chapitre Ce chapitre est organisé de la manière suivante. Dans la première section, les données sur lesquelles repose ce travail sont présentées. La section 2 est consacrée à l exposé des modèles et des méthodes économétriques utilisés. Nous y présentons successivement le modèle probit et le modèle de Rubin. La section 3 présente les résultats obtenus à partir des différents modèles envisagés. Les conclusions du chapitre sont présentées dans la dernière section. 13 Crépon et Iung (1999) étudient l impact de l innovation mise en œuvre par les entreprises sur une série d indicateurs, comme la croissance de leur productivité ou la structure de qualification de leur main d œuvre. Pour évaluer ces effets, ils travaillent dans le cadre du modèle de Rubin mais n utilisent pas des estimateurs reposant sur un appariement préalable des entreprises (estimateurs avec pondération). 31

40 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises 1 Les données Les données proviennent principalement de trois enquêtes sur l innovation. La première enquête, «l innovation technologique dans l industrie», a été réalisée par le SESSI en 1991 et couvre une période de cinq ans, entre Les deux autres enquêtes sont des enquêtes communautaires : d une part, l enquête «innovation technologique» (Community Innovation Survey 1 (CIS1)) menée en 1993 et couvrant une période de trois ans entre , et d autre part, l enquête «l innovation technologique» (Community Innovation Survey 2 (CIS2)) conduite en 1997 et qui porte sur la période Enfin, des données comptables ont été obtenues à partir de «l Enquête Annuelle d Entreprises» (E.A.E.) de La fusion de ces différentes bases de données a permis d obtenir un échantillon de 808 entreprises de vingt salariés ou plus de l industrie manufacturière française et de couvrir une période de 11 ans, entre 1986 et L année 1993 est manquante car aucune enquête sur l innovation ne fournit d information relative à cette date. La première enquête, «l innovation technologique dans l industrie», utilise une définition très large de l innovation, identifiant non seulement les produits et les procédés de production nouveaux, mais également les innovations organisationnelles, commerciales ou de conditionnement. Nous ne conservons néanmoins que les innovations de produits et de procédés pour appréhender le changement technologique puisque seules ces innovations se retrouvent dans les enquêtes communautaires ultérieures. 14 Pour un aperçu des bases de données employées, voir François (1991), Lhuillery (1995) et François et Favre (1998). 15 Obtenues auprès du SESSI, ces données n ont pas été micro-agrégées comme le sont les Enquêtes Communautaires sur l Innovation lorsqu elles sont fournies par Eurostat. 16 Les «enquêtes annuelles d entreprises» ne portent que sur les entreprises de vingt salariés ou plus. 32

41 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Le tableau 1 présente la proportion d entreprises dans chaque industrie déclarant avoir innové au moins une fois au cours de la période indiquée. Les pourcentages ne sont toutefois pas directement comparables puisque la première enquête couvre une période de cinq ans, alors que les deux suivantes ne portent que sur trois années. 17 Pour cette raison, la première enquête donne des pourcentages systématiquement supérieurs. Ainsi, entre 1986 et 1990, 77% des entreprises de l échantillon déclarent avoir innové. Ce pourcentage tombe à 61% pour les deux enquêtes suivantes. La même différence se retrouve au niveau des industries. Quelle que soit l enquête, le classement entre industries reste néanmoins le même, ce qui montre la cohérence des réponses aux différentes enquêtes. Ainsi, l industrie des biens de consommation se révèle toujours la moins innovante, alors que celle des biens d équipement (y compris l automobile) se caractérise par la proportion la plus importante d innovateurs. Les deux enquêtes communautaires, qui portent toutes deux sur une durée de trois ans, fournissent une répartition quasiment identique entre les industries. 17 Remarquons qu une des raisons pour lesquelles Geroski et al. (1997) concluent à une faible persistance du comportement d innovation est qu ils imposent que les entreprises innovent chaque année pour les considérer comme des innovateurs persistants. Selon les industries et selon la définition retenue pour l innovation, cette condition peut être très restrictive. 33

42 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Tableau 1.1 Les pourcentages d innovateurs par industrie Industries Enquête ans Enquête ans Enquête 1997 Nombre d entreprises 3 ans N % Biens de consommation Automobile Biens d équipement Biens intermédiaires Industrie manufacturière Note : Echantillon de 808 entreprises, de vingt salariés ou plus, de l industrie manufacturière française, présentes dans les trois enquêtes successives sur l innovation et dans l E.A.E. de

43 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Ces pourcentages d innovateurs peuvent paraître élevés. Deux raisons expliquent cela : d une part, chaque enquête couvre un minimum de trois ans et d autre part, la gamme des innovations prises en compte est relativement large, couvrant des innovations de produit et de procédé d ampleurs très différentes. 18 En effet, la définition utilisée couvre à la fois (i) les améliorations substantielles du point de vue technologique des produits existants, (ii) les produits nouveaux pour le marché et l entreprise, (iii) les produits nouveaux pour l entreprise mais déjà existants sur le marché, (iv) les réalisations de premières de procédés technologiques et (v) les améliorations substantielles du point de vue technologique des procédés de production. 19 Ces données nous permettent de travailler avec une mesure globale d innovation qui assimile les entreprises qui innovent de façon répétée mais différemment au cours du temps à des innovateurs réguliers. Ce type de données est donc mieux à même d apprécier la persistance de l innovation au niveau individuel. Néanmoins, notre échantillon étant constitué d entreprises existant déjà en 1985 et ayant survécu au moins pendant dix ans, il ne permet pas de prendre en compte les entreprises qui ont été créées ou qui se sont éteintes au cours de la période. L effet que nous mesurons est donc conditionnel à l existence et à la survie de l entreprise. L impact de l entrée de nouvelles entreprises sur la date à laquelle les entreprises en place innovent est toutefois pris en compte Le fait de ne conserver que les entreprises ayant répondu aux trois enquêtes a également contribué à des proportions très élevées d innovateurs. Avant fusion, la proportion d innovateurs dans les enquêtes sont respectivement de 61%, 43% et 51%. Notre échantillon semble donc légèrement biaisé en faveur des entreprises innovantes. Néanmoins, notre objectif étant d évaluer l effet individuel de l innovation passée, et non un effet macroéconomique, nos estimations ne devraient pas souffrir de ce biais initial. 19 Cette décomposition n est pas disponible pour les deux dernières enquêtes. 20 La menace d entrée conditionne en effet la date à laquelle une entreprise en place innove. C est d ailleurs une question qui a été largement examinée en Economie Industrielle. Voir Gilbert et Newberry (1982) et Reinganum (1983). 35

44 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Les flux d entrées et de sorties peuvent néanmoins influencer l évaluation de l avantage dont disposent les entreprises qui ont innové par le passé. 21 En effet, si l innovation provient majoritairement de nouveaux entrants et si nous n en tenons pas compte, l avantage dont bénéficient les anciens innovateurs peut être surévalué, en particulier dans les industries de haute technologie où le nombre de créations de nouvelles entreprises pour innover peut être très important. 22 Néanmoins, plusieurs résultats sur la démographie industrielle laissent à penser que nos résultats pourraient ne pas trop souffrir de cette absence des entrants. Ainsi, Acs et Audretsch (1990) et Geroski (1995b) notent que les industries très innovantes connaissent souvent des taux d entrée élevés, mais également un taux d échec important pour ces entreprises. Par ailleurs, les start-ups innovantes jouent un rôle largement plus important aux Etats Unis qu en Europe. Dans une étude récente portant sur l industrie pharmaceutique, Arora et al. (2000) montrent qu en Europe, 90% des projets de recherche proviennent de grandes entreprises en place depuis un long moment, alors qu aux Etats Unis, plus de la moitié des projets de recherche dans cette industrie sont entrepris par de petites entreprises spécialisées et créées à cette occasion. 23 Dans l industrie des semi-conducteurs, on retrouve les mêmes tendances (Chesbrough, 1999). Ne pas prendre en compte les sorties des entreprises pourrait également avoir un impact sur l évaluation de l avantage des innovateurs passés. Plusieurs résultats suggèrent néanmoins que cet impact pourrait également être faible. En premier lieu, les sorties peuvent correspondre à des entreprises récemment créées. En second lieu, un travail récent montre, à partir des données de l enquête 1991, que les entreprises qui ont innové entre 1986 et 1990 ont un taux de survie plus important que celles ne l ayant pas fait (Gharbi, 2000). Les 21 Aucun des travaux sur la persistance évoqués précédemment ne prend en compte ces phénomènes. 22 Les indicatrices sectorielles et de basse/haute technologie peuvent capturer partiellement ces effets. 23 Toujours dans les industries de biotechnologies, Sachwald (1994) dénombre 700 petites entreprises spécialisées dans les biotechnologies (ESB) développées aux Etats Unis pour exploiter les résultats de la recherche académique en Les ESB n ont pas été aussi nombreuses en Europe et ont été développées plus tardivement : une étude récente en a dénombré 71 en Europe, dont 21 au Royaume-Uni, 15 en France, 12 en 36

45 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises entreprises ayant innové dans le passé devraient donc demeurer plus longtemps dans l échantillon. D ailleurs, c est ce que suggèrent les différences entre les pourcentages d innovateurs de notre échantillon et les pourcentages initiaux de chaque base. 24 Les enquêtes sur l innovation fournissent également de l information sur les activités internes de recherche à l origine de l innovation des entreprises. Le tableau 2 propose quelques statistiques descriptives sur ces activités. L enquête 1991 distingue les activités de recherche formelle (R&D), définies selon le manuel de Frascatti 25, et les activités de recherche plus informelles, comme les études techniques ou de méthodes, qui résultent davantage du travail des ingénieurs que des chercheurs. Les réponses des entreprises sont alors classées selon une échelle à quatre niveaux : nulle, faible, moyenne et forte. La majorité des entreprises sont engagées dans au moins l une de ces deux activités. Seulement 8 % déclarent n avoir eu recours ni à des études techniques ou de méthodes, ni à de la R&D. Davantage d entreprises sont néanmoins engagées dans des études techniques ou de méthodes : 15% des entreprises ayant innové entre 1986 et 1990 déclarent ne pas avoir mené d études techniques ou de méthodes entre 1986 et 1990, alors que plus du quart des entreprises (29%) n ont pas effectué de R&D. En revanche, la proportion d entreprises menant une R&D de façon intensive (43%) est supérieure à celle qui admettent recourir aux études techniques ou de méthodes avec la même intensité (36%). L enquête 1993 ne permet pas de distinguer ces deux composantes de la recherche des entreprises : seule une variable agrégeant la R&D et les études techniques ou de méthodes est disponible. Nous avons réuni les modalités «faible» et «moyenne» afin d obtenir également une échelle de quatre niveaux. La proportion d entreprises ayant innové au cours de la Allemagne et 8 en Italie. 24 Voir le tableau 1 et la note de bas de page Une entreprise est considérée engagée dans une activité de R&D si elle emploie au moins un chercheur à temps plein. 37

46 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises période et n étant engagée ni dans une activité de R&D, ni dans une activité de recherche informelle est proche de celle de l enquête précédente (9%). N étant pas en mesure de différencier l intensité de leurs efforts selon le type de la recherche qu elles mènent, les entreprises ont probablement répondu en faisant une moyenne de ces intensités. Ceci expliquerait le faible pourcentage de la modalité «très forte» par rapport à l enquête précédente et la forte concentration au niveau «fort». Ainsi, un peu plus d un tiers des entreprises innovantes (34%) déclarent avoir mené une de ces activités de façon très intensive et 40% de façon intensive. 38

47 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Tableau 1.2 Les activités de recherche des entreprises innovantes 1 (en % de l échantillon des entreprises innovantes) Recherche-développement Enquête 1991 Enquête nulle 29 - faible 11 - moyenne 17 - forte 43 Études techniques ou de méthode - nulle 15 - faible 17 - moyenne 32 - forte 36 R&D ou Études techniques - nulle 9 - faible et moyenne 17 - forte 40 - très forte 34 % d innovateurs de l échantillon total Note : Echantillon de 808 entreprises, de vingt salariés ou plus, de l industrie manufacturière française, présentes dans les trois enquêtes successives sur l innovation. 1 : L information sur les inputs innovants n est disponible que pour les entreprises ayant innové au cours de la période de sorte que l utilisation de ces données conduit généralement à ne conserver que les entreprises innovantes. Ces variables sont mises à 0 pour celles qui n ont pas innové durant la période. L enquête 1997 interroge également les entreprises sur les activités innovantes qu elles mènent, mais uniquement pour l année Nous n avons pas utilisé cette information car nous n avons pas de mesure d innovation postérieure à

48 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Le tableau 3 donne quelques statistiques descriptives sur la taille des entreprises des différents échantillons, ainsi que sur l intensité des opportunités technologiques auxquelles elles ont accès. 26 La taille des entreprises est évaluée par leur chiffre d affaires en En moyenne, les entreprises qui innovent, quelle que soit la période considérée, ont une taille plus importante et sont davantage engagées dans des activités fortement innovantes. 27 Ne disposant d aucune variable financière, il n est pas possible de prendre en compte les contraintes financières que subissent les entreprises et qui influencent leur capacité à innover. Or, les difficultés que peut rencontrer une entreprise pour financer son innovation peut l amener à retarder la date à laquelle elle lance un nouveau produit ou utilise un nouveau procédé de production, ce qui influence in fine le degré de persistance du comportement d innovation. La variable de taille (ventes) permet néanmoins d expliquer en partie ces différences. Par ailleurs, les retards que peuvent occasionner les contraintes financières ne devraient pas trop jouer du fait de la durée des périodes couvertes par les enquêtes, d un minimum de trois ans. 26 Les classes d opportunités technologiques ont été construites à partir d une question de la première enquête qui demandait aux entreprises si elles considéraient leur activité comme pas du tout, faiblement, modérément ou fortement innovante. Les réponses sont disponibles même pour les entreprises qui n ont pas innové entre 1986 et Les modalités «pas du tout» et «faiblement» d une part, et «modérément» et «fortement» d autre part ont été regroupées. Cette variable s est révélée très pertinente dans de précédentes études utilisant l enquête 1991, en expliquant une partie des différences de performances des entreprises qui n avaient pas pour origine des différences individuelles. Voir Barlet et al. (1998) et Duguet (1999). 27 L introduction d un indice de pouvoir de marché moyen et d un indice de diversification, calculés à partir de données de «l Enquête Annuelle d Entreprises par fractions 1985», nous fait perdre plus de cent points et ces variables ne sont pas significatives dans les régressions. Ces indices n ont donc pas été pris en compte dans ce travail. 40

49 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Tableau 1.3 Les caractéristiques individuelles des entreprises (moyenne des variables sur les différents échantillons) Caractéristiques Echantillon global Innovateurs 1991 Innovateurs 1993 Innovateurs 1997 Chiffres d affaires (en millions de francs 1985) Fortes opportunités technologiques (en pourcentages des différents échantillons) Note : Echantillon de 808 entreprises, de vingt salariés ou plus, de l industrie manufacturière française, présentes dans les trois enquêtes successives sur l innovation et l E.A.E. de

50 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Une première analyse descriptive de la persistance est présentée dans le tableau 4 qui décrit les trajectoires innovantes des entreprises. Deux enquêtes différentes sont examinées conjointement afin d évaluer l importance des différentes dynamiques innovantes et en particulier le pourcentage d entreprises ayant innové au cours des deux périodes considérées (dynamique (1,1)). Ce simple examen statistique des données milite en faveur d une persistance prononcée de l innovation au niveau individuel. En effet, les matrices de transition du tableau 4 montrent que les entreprises qui ont innové à différentes périodes constituent plus d un quart de notre échantillon pour les activités à faibles opportunités technologiques et environ les trois-quarts de notre échantillon pour celles où les opportunités technologiques sont fortes. Les entreprises qui n innovent pas durant plusieurs périodes sont également nombreuses, en particulier dans les industries de basse technologie. Les innovations semblent par conséquent provenir fréquemment des mêmes entreprises, quel que soit le niveau des opportunités technologiques Remarquons à ce stade que notre objectif est d évaluer l avantage dont bénéficient les entreprises qui ont innové dans le passé par rapport à celles qui ne l ont pas fait. Ceci revient à comparer si, en moyenne, les entreprises qui ont innové dans le passé innovent davantage que celles qui ne l ont pas fait. L évaluation de cet avantage est un élément important pour apprécier le degré de persistance de l innovation au niveau individuel. Néanmoins, il ne distingue pas les profils (0,1) et (0,0) (voir le tableau 4). Dans la conclusion, nous discutons plus précisément ce point. 42

51 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Tableau 1.4 Les dynamiques de l innovation * Profil d innovation (t-1,t) (0,0) (0,1) (1,0) (1,1) en % Activités faiblement innovantes / / / Activités fortement innovantes / / / Toutes activités confondues / / / Note : Echantillon de 808 entreprises, de vingt salariés ou plus, de l industrie manufacturière française, présentes dans les trois enquêtes successives sur l innovation. * : Le 1 (resp. 0) signifie qu une entreprise déclare avoir innové (resp. ne pas avoir innové) durant la période considérée. Exemple de lecture : 24% des entreprises engagées dans une activité faiblement innovante ont innové sur mais pas sur

52 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises 2 Méthodologie Deux modèles sont utilisés afin d évaluer l impact des innovations passées sur l innovation présente des entreprises. Le premier correspond à un modèle probit dans lequel l innovation de est expliquée par celles de et , ainsi que par les caractéristiques individuelles des entreprises et leurs activités de recherche. Ce premier modèle, très largement utilisé dans la littérature sur l innovation, peut néanmoins conduire à des estimations biaisées, car les entreprises qui ont innové par le passé peuvent avoir des caractéristiques différentes de celles qui ne l ont pas fait. Le second modèle utilisé correspond au modèle de Rubin (1974, 1979). Il offre un cadre d analyse permettant d identifier correctement le biais de sélection. Des méthodes d appariement (matching) sont alors utilisées afin de corriger les estimations de ce biais de sélection. 2.1 Le modèle probit et l évaluation des effets moyens Le modèle probit repose sur la variable latente y qui représente la propension d une * 97, i entreprise i à innover entre 1994 et Cette période a été retenue car elle ne pose aucun problème de superposition avec les autres variables d innovation. 30 L entreprise i met en œuvre un produit ou un procédé nouveau (y 97,i =1) si sa propension à innover est positive, soit : Les modèles probit ont été estimés par le maximum de vraisemblance à l aide de la procédure «logistic» du logiciel SAS. 30 Les deux premières enquêtes ont l année 1990 en commun. 44

53 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises y 97, i * 1 si y 97, i > 0 = 0 sinon La probabilité d avoir innové entre 1994 et 1996 est alors représentée de la manière suivante : + X i β 1 u² P ( y 97, i = 1X i ) =.exp( ) du =F(X i β) 2. π 2 où β est le paramètre qui est estimé par le maximum de vraisemblance et X i sont les variables explicatives retenues pour expliquer l innovation Deux groupes de variables explicatives sont tour à tour examinés. Dans un premier temps, seules les innovations passées, la taille de l entreprise, son appartenance sectorielle et une variable binaire indiquant si l entreprise appartient à une activité fortement innovante sont prises en compte. Cette première étape permet d apprécier le degré de persistance du comportement par l intermédiaire du coefficient estimé de l innovation passée. Dans un second temps, les activités de recherche, formelle et informelle, des entreprises sont également introduites pour expliquer l innovation courante. Cette seconde spécification permet de voir si les innovations passées capturent l effet des activités de recherche. Dans le modèle probit, les coefficients estimés ne permettent pas d obtenir directement l effet moyen d une variable explicative sur la probabilité d innover, ceteris paribus. 32 L ampleur de cet accroissement dépend de la probabilité d origine, et donc des valeurs initiales de toutes les variables explicatives. L effet d une variable explicative binaire sur la probabilité d innover 31 Les variables explicatives comprenant des indicatrices sectorielles, on peut considérer que le seuil d innovation est spécifique à chaque secteur. 32 Le coefficient estimé dans le cadre du modèle probit reflète l effet de l accroissement d une variable explicative sur X i β. 45

54 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises est appelé effet moyen. 33 Il peut être calculé pour chacune des variables exogènes binaires et permet de comparer l impact relatif des différents inputs de l innovation, en termes de probabilité d innover. 34 L effet moyen de l innovation passée s obtient de la façon suivante. La probabilité estimée d innover de l entreprise i est donnée par : Pˆ i = Pˆ( y ( X ˆ β ˆ γt ) 97, i = 1 X i, t i ) = F i + i où F(.) désigne la fonction de répartition de la loi normale centrée réduite, X i est le vecteur des variables explicatives, autres que l innovation passée t i, pour l entreprise i et vecteur des paramètres estimés par le maximum de vraisemblance. ˆ β ˆ γ le Pour chaque entreprise i, l influence de l innovation passée sur sa probabilité d innover s obtient en calculant, toutes choses égales par ailleurs, la différence entre les probabilités qu elle innove à la date courante sachant t i =1 et sachant t i =0 : ˆ i = Pˆ( y 97, i = 1X i, t i = 1) Pˆ( y 97, i = 1X i, t i = 0) i = 1,..., n où n correspond au nombre d entreprises de l échantillon considéré. 35 Ces quantités sont obtenues, après avoir estimé les coefficients du modèle, en posant la variable t i à 1 puis à 0 pour chaque entreprise, sans changer la valeur des autres variables X i. L effet moyen de 33 L innovation passée correspond à une variable binaire t i. La méthode habituellement utilisée pour calculer l effet marginal doit alors être légèrement adaptée. L effet marginal d une variable continue x j est défini comme: P(y 97,i =1 X i )/ x j =β j f(x i β) où f(.) est la fonction de densité de la loi normale centrée réduite. Ici, l effet est discret, ce qui oblige à adapter la méthode. 34 Ce calcul offre par ailleurs une quantité qui peut être comparée directement avec les évaluations obtenues à partir du modèle de Rubin (1974). 35 Les calculs qui suivent ont été effectués sous SAS-IML. 46

55 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises l innovation passée sur la probabilité d innover entre 1994 et 1996 s obtient alors en prenant la moyenne arithmétique des quantités précédentes : 1 = n n i = 1 ˆ i = Pˆ Pˆ 1 0 où Pˆ 1 n n 1 = Pˆ( y 97, i X i, t i = 1) et Pˆ 0 = Pˆ( y 97, i X i, t i = 0) n i = 1 n i = 1 1. Il est également possible de calculer une mesure relative, en prenant comme référence la probabilité en l absence d innovation passée : δ = Pˆ Pˆ 1 P ˆ 0 0 Ces quantités seront calculées pour trois échantillons différents : pour la totalité des entreprises, sur l échantillon des entreprises qui ont innové dans le passé et sur celui des entreprises n ayant introduit ni produit, ni procédé de production nouveau auparavant. Le même calcul sera par ailleurs réalisé pour évaluer l effet des autres variables explicatives binaires sur l innovation courante, de façon à pouvoir comparer la contribution respective des activités de recherche, des innovations passées ou de l appartenance sectorielle sur l innovation courante. 47

56 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises 2.2 Le modèle causal de Rubin (1974) La méthode précédente suppose qu il existe, pour chaque entreprise de l échantillon qui a innové, une entreprise ayant exactement les mêmes caractéristiques X i que la première mais n ayant pas innové. Cette méthode n est donc pas valide si les innovateurs passés n ont pas les mêmes caractéristiques que les non-innovateurs. Or, de nombreux travaux empiriques montrent que les entreprises innovantes font généralement plus de R&D ou sont de taille plus importante que les entreprises non-innovantes (Cohen et Levin, 1989). Par conséquent, les estimations obtenues à partir du modèle probit peuvent surévaluer, ou sous-évaluer, l impact des innovations passées sur l innovation présente. Il s agit alors de corriger ce biais de sélection en comparant des entreprises dont les caractéristiques sont suffisamment proches LE CADRE D ANALYSE Le modèle causal a été utilisé par Rubin (1974) afin d évaluer l efficacité de traitements médicaux et de comparer les performances de «sujets» selon qu ils ont subi un traitement ou pas. Dans le cadre de ce travail, le traitement correspond à l innovation passée sur et correspond à une indicatrice t i qui vaut 1 si l entreprise a innové dans le passé et 0 sinon. 36 Les deux variables binaires y 1,i et y 0,i désignent respectivement la performance innovante de l entreprise i entre 1994 et 1996 (ici, le fait qu elle ait innové ou non) selon qu elle a été traitée dans le passé (état 1 : t i =1) ou non (état 0 : t i =0). La performance observable pour l entreprise i s écrit alors : 36 Le choix de la période plutôt que de la période sera justifié dans la suite. 48

57 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises y i =t i y 1,i +(1-t i ) y 0,i S il était possible d observer les performances de chaque entreprise dans chacun des deux états, l effet moyen du traitement, appelé effet causal dans la littérature, s obtiendrait directement par comparaison des moyennes arithmétiques. Cet effet peut être appréhendé par l intermédiaire de deux paramètres d intérêt (Heckman, Lalonde et Smith, 1998) : l effet causal moyen dans la population, soit E(y 1,i - y 0,i ), ou l effet causal moyen sur la population des individus traités, soit E(y 1,i - y 0,i t i =1). 37 Ces deux effets ne sont pas observables puisque pour chaque entreprise l une des deux performances ne l est pas. Leur évaluation passe alors par l approximation des données manquantes à partir de données disponibles. L idée est d approcher les performances innovantes des individus traités dans l état 0 par celles des individus qui n ont pas été traités, et inversement. En présence d un échantillon aléatoire, une comparaison directe des individus traités et non-traités est possible (Heckman, Lalonde et Smith, 1998). L innovation passée est alors distribuée de façon aléatoire entre les individus de sorte que la différence de performance des entreprises innovantes et non-innovantes ne provient que de l innovation passée, et non des caractéristiques propres aux individus traités. Il suffit alors de calculer la différence entre les performances moyennes des deux groupes d entreprises. En présence d un échantillon non-aléatoire, l approximation directe des performances des traités et des non-traités induit un biais dont l origine vient d une part, de la différence entre la situation moyenne des individus non-traités en présence du traitement, E(y 0,i t i =1), et celle des individus n ayant pas été traités, E(y 0,i t i =0), et d autre part, de la différence entre la situation moyenne des individus traités en l absence de traitement, E(y 1,i t i =0), et celle des 37 Ces deux paramètres ne sont égaux que sous certaines hypothèses très restrictives. Par ailleurs, la distinction entre les deux paramètres repose sur le caractère obligatoire ou non du traitement. Ainsi, si le traitement résulte du choix de l individu, comme c est le cas ici, le calcul de l effet causal moyen sur la population des individus traités est plus pertinent. Dans ce travail, même si le second paramètre tend à s imposer, nous calculons les deux 49

58 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises individus ayant été effectivement traités, E(y 1,i t i =1). En effet, il n est généralement pas possible de supposer que E(y 0,i t i =1) = E(y 0,i t i =0) ou encore que E(y 1,i t i =0) = E(y 1,i t i =1). L évaluation de l effet du traitement sur l innovation courante requiert alors de s assurer que les entreprises traitées et non-traitées sont comparables. C est l objectif des méthodes par appariement L APPARIEMENT DES ENTREPRISES La méthode par appariement repose sur l idée qu il existe un ensemble de variables de conditionnement X tel que, dans chaque strate définie par X, la distribution des performances des traités est la même que celle des non-traités, soit : (y 1, y 0 ) t X (H1) Cette hypothèse d indépendance conditionnelle revient à supposer que la sélection des traités s est faite à partir d observables (Rubin, 1974, 1977). 38 Cette hypothèse ne peut néanmoins pas être testée et doit donc se justifier économiquement. L effet causal s obtient alors en approximant la moyenne des performances des traités dans l état 0 par celle des non-traités dans le même état. En effet, sous (H1), E(y 0,i X i, t i =1)= E(y 0,i X i, t i =0)= E(y 0,i X i ) et E(y 1,i X i, t i =0)= E(y 1,i X i, t i =1)= E(y 1,i X i ) de sorte que les paramètres d intérêt s obtiennent de la façon suivante : E(y 1,i - y 0,i X i )=E(y 1,i - y 0,i X i,t=1)=e(y 1 X i, t=1)-e(y 0 X i, t=0) paramètres d intérêt afin de les comparer. 38 La sélection des traités aurait pu être due à des caractéristiques inobservables. Voir Heckman, Lalonde et Smith (1998). 50

59 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Sous (H1), les deux paramètres d intérêt sont en effet égaux. En revanche, si seul l effet du traitement sur les traités est examiné, l hypothèse identifiante est moins contraignante que (H1) puisque seule l indépendance conditionnelle des performances innovantes dans l état 0 et du traitement sont nécessaires, soit : y 0 t X (H2) Dans ce cas, les deux paramètres d intérêt ne sont plus égaux. La méthode par appariement consiste à regrouper les entreprises traitées et non-traitées sur la base des caractéristiques à notre disposition et d évaluer l effet causal entre entreprises appariées. Toutefois, du fait du nombre de caractéristiques à prendre en compte, cette procédure est généralement difficile à mettre en œuvre. Elle peut alors être ramenée à un problème unidimensionnel. Rosenbaum et Rubin (1983) ont en effet montré qu il était possible d utiliser le score canonique P(t=1 X) (propensity score) pour apparier les entreprises. En effet, ils montrent que pour les X tels que 0<P(t=1 X)<1, : (y 1, y 0 ) t X (y 1, y 0 ) t P(t=1 X). 39 L appariement ne se fait alors que sur une dimension et devient plus facile à mettre en œuvre. L effet de l innovation passée est alors évaluée par : E(y 1,i P(t i =1 X i ), t i =1)-E(y 0,i P(t i =1 X i ), t i =0) Le score canonique P(t i =1 X i ), comme les variables observables X ou toute fonction de X, constitue ce que Rosenbaum et Rubin (1983) appellent un «score équilibrant» (balancing score), soit : 39 La démonstration de ce résultat est rappelée dans l annexe 2. 51

60 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises X t P(t=1 X) Cette propriété, prouvée en 1973 par Cochran et Rubin, justifie l utilisation du score canonique, ou des variables de conditionnement X pour apparier les entreprises. Pour citer Rosenbaum et Rubin (1983), «balancing scores [..] can be used to group treated and control units so that direct comparisons are more meaningful». Les distributions des caractéristiques ne dépendent alors pas du fait d avoir été traité ou non et, au sein de chaque classe, les entreprises traitées et nontraitées deviennent comparables comme elles l auraient été si elles avaient été tirées d un échantillon aléatoire, puisque leur probabilité d obtenir le traitement est la même L ESTIMATION Avant d utiliser une méthode d appariement, un premier estimateur est tout d abord proposé : il s agit d une simple extension du modèle linéaire traditionnel qui corrige les différences entre les entreprises en utilisant une spécification permettant un effet du traitement propre à chaque entreprise. Deux différents schémas d appariement sont par la suite examinés, reposant tous deux sur l estimation préalable du score canonique, c est-à-dire la probabilité d avoir innové entre 1990 et La première méthode établit des classes au sein desquelles les entreprises traitées et non-traitées sont comparables du point de vue de leurs caractéristiques. Il est alors possible de calculer l effet du traitement au sein de chaque classe, avant d agréger les effets trouvés en tenant compte du poids de chaque classe dans l échantillon. Le second estimateur repose sur l appariement de chaque entreprise traitée (resp. nontraitée) avec l entreprise non-traitée (resp. traitée) qui possède le score canonique le plus 40 Voir Heckman, Lalonde et Smith (1998) pour une synthèse des différents estimateurs possibles. 52

61 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises proche. Cet estimateur ne nécessite donc pas d établir des classes préalables. Il est néanmoins possible de le calculer au sein de chaque classe précédemment définie afin de comparer les deux méthodes Le calcul du score canonique : les déterminants de l innovation passée L estimation se fait en deux étapes. En premier lieu, il s agit de déterminer la probabilité d avoir innové entre 1990 et 1992 pour chaque entreprise. Cette probabilité est obtenue à partir d un modèle probit qui explique l innovation passée des entreprises. Dans cette étape, la difficulté est de choisir les variables de conditionnement qui permettent d obtenir l indépendance conditionnelle entre les performances innovantes et le traitement. Selon Crépon (2000), «ce qui importe n est pas une description aussi fidèle que possible de la variable de traitement mais simplement les variables nécessaires à l obtention de la propriété d indépendance». Il se peut alors qu il ne faille pas retenir toutes les variables significatives du modèle car l indépendance conditionnelle peut se perdre. Néanmoins, le modèle examiné dans ce chapitre est différent de celui traditionnellement considéré dans le cadre de l évaluation des politiques d emploi. Dans ces travaux, la variable de traitement, par exemple le fait d avoir suivi une formation, est différente de la variable de performance, par exemple le niveau de revenus des individus. Ici, les variables de traitement et de performances sont de même nature. Il est donc légitime de supposer que lorsqu une variable influence significativement la probabilité d avoir été traité, elle a également un impact sur la distribution des performances. Quatre groupes de variables explicatives sont examinés tour à tour afin de juger la robustesse de nos résultats aux attributs retenus. Ces différents groupes rendent compte des variables explicatives traditionnellement prises en compte pour expliquer l innovation. 53

62 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Tableau 1.5 Les variables de conditionnement retenues Modèle A Modèle B Modèle C Modèle D Innovation Chiffres d affaires 1985 Industries Opportunités technologiques R&D Etudes techniques

63 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises L estimateur par régression sans appariement préalable Un des premiers estimateurs examiné l est à titre de comparaison. Il s agit d une simple extension du modèle linéaire traditionnel qui corrige les différences entre les entreprises en permettant un effet spécifique du traitement pour chaque entreprise. Il est obtenu en effectuant la régression suivante (Crépon et Iung, 1999) : 41 E(y i )= α+β. mˆ +t i.(δ +γ. mˆ ) i i où mˆ i =X i βˆ correspond au score estimé de la régression probit précédente. 42 L effet causal est alors estimé par : Eˆ ( y y X ) = ˆ δ + ˆ. γ E( mˆ ). 1 0 i i Pour obtenir directement l effet causal au point moyen, il suffit de centrer le score mˆ i avant d estimer le modèle (Crépon et Iung, 1999). Cet effet est alors égal à.δˆ Le fait que le score mˆ i soit estimé nous oblige par ailleurs à calculer des écarts-types robustes à l hétéroscédasticité L estimateur par classes Le regroupement des entreprises se fait sur la base du score canonique. Plusieurs précautions doivent être prises afin de mettre en œuvre l estimateur par classes (Dehejia et 41 Une autre possibilité aurait été d introduire les produits croisés de la variable d innovation par les différentes variables explicatives. 42 A partir de la régression probit précédente, il est possible d évaluer la quantité m ˆ i = X i βˆ pour chaque entreprise, où βˆ correspond aux paramètres estimés par le maximum de vraisemblance. Dans la littérature des échantillons non-aléatoires, cette quantité est appelée le score. Cette quantité résume l information pertinente qui soutient la sélection. 55

64 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Wahba, 1998). En premier lieu, il peut exister des zones pour lesquelles il n y a pas suffisamment de traités ou de non-traités. Il est donc nécessaire dans un premier temps de déterminer le support commun qui dépend de la répartition des scores canoniques des entreprises traitées et non-traitées. 43 En second lieu, chaque classe doit comprendre un nombre minimum d entreprises traitées et non-traitées. Les groupes ont été définis de façon à ce qu il y ait un nombre minimum de trente traités et de trente non-traités dans chacun. Enfin, nous nous sommes assurés que les distributions des caractéristiques étaient bien indépendantes du traitement. Au sein de chaque classe, l appariement n est donc pas exact, mais permet de conserver la majorité des entreprises de l échantillon. 44 L effet de l innovation passée sur l innovation courante correspond à la différence moyenne des performances des entreprises traitées et non-traitées au sein de chaque classe. En effectuant la régression suivante, E(y i X i, t i )=α+β t i où α est un terme constant, l estimateur des carrés ordinaires de β donne directement l effet causal : 45 βˆ = y - y 1 0 L appariement n étant pas exact, il peut néanmoins demeurer une certaine hétérogénéité au sein des classes, que nous contrôlons en prenant en compte deux variables explicatives supplémentaires, le score ainsi que le produit du score et de la variable de traitement. La 43 Le fait de ne pas prendre en compte ces zones élimine une source importante d imprécision. Voir Heckman, Ichimura, Smith et Todd (1998). 44 Ne conserver que les entreprises pour lesquelles l appariement est parfait conduit en général à perdre un très grand nombre d entreprises. Pour les problèmes posés par la méthode d appariement, voir Heckman et al. (1997). 45 L avantage de cette méthode par régression est qu elle permet d évaluer simplement les écart-types robustes à l hétéroscédasticité (White, 1980). 56

65 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises régression effectuée est alors similaire à celle réalisée pour évaluer l estimateur par régression sans appariement préalable L estimateur par le plus proche voisin Une seconde méthode d estimation est par la suite proposée de façon à tester la robustesse des résultats obtenus précédemment. Cette méthode consiste à apparier les entreprises traitées et non-traitées qui exhibent les scores canoniques les plus proches (Rubin, 1977). L effet du traitement sur un individu de l échantillon s obtient alors de la façon suivante : 1 E( y P(t i=1 X i))= ( ).( n 1 ( y ~ y 1 )) + ( ).( j j j {} 1 n0 j {} 0 ( y j ~ y j )) où ~ y 1 (resp. ~ y 0 ) représente la performance innovante de l entreprise non-traitée (resp. traitée) qui exhibe le score canonique le plus proche de l entreprise traitée (resp. non-traitée) examinée et n 1 (resp. n 0 ) est le nombre d entreprises traitées (resp. non-traitées) de l échantillon. 46 Quand plusieurs individus sont disponibles pour un même appariement, l un d entre eux est tiré au hasard. Comme les écart-types sont difficiles à obtenir analytiquement, ils sont obtenus par la méthode du bootstrap (Efron et Tibshirani, 1993). 47 L estimateur par le plus proche voisin permet par ailleurs d évaluer l effet du traitement sur les traités. L évaluation de cet effet permet de rendre compte de spécificités propres au groupe des traités, alors que l effet précédent fait une moyenne de l effet causal des traités et des non-traités. L effet du traitement sur les traités s obtient de la façon suivante : 46 Afin que nos résultats restent comparables aux précédents, les échantillons utilisés sont ceux déterminés pour la méthode par classes. 47 Cent tirages sont effectués. 57

66 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises 1 E( y P(t i=1 X i), t i=1)= ( ).( n 1 j {} 1 ( y j ~ y j )) où ~ y j représente la performance innovante de l entreprise non-traitée qui exhibe le score canonique le plus proche de l entreprise j et n 1 est le nombre d entreprises traitées de l échantillon. 3 Résultats Dans un premier temps, notre objectif est d apprécier le degré de persistance du comportement d innovation, par l intermédiaire de l impact de l innovation passée sur l innovation courante. Nous utilisons un modèle probit standard dans lequel nous expliquons l innovation présente (période ) des entreprises par leurs innovations passées, en contrôlant la taille des entreprises ainsi que leur appartenance sectorielle. Dans un second temps, nous cherchons à identifier l origine de cette persistance, notamment en tenant compte explicitement des activités de recherche des entreprises. En premier lieu, nous conservons le cadre d un modèle probit, dans lequel les activités de recherche sont prises en compte. Néanmoins, l ensemble des résultats obtenus dans le cadre du modèle probit standard peuvent être biaisés. Nous réexaminons donc les résultats obtenus précédemment dans le cadre du modèle de Rubin (1974). Plusieurs estimateurs sont alors examinés dans le cadre de ce modèle. 58

67 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises 3.1 Le modèle probit de base : l appréciation du degré de persistance du comportement d innovation Les résultats obtenus à partir du premier modèle probit sont présentés dans le tableau 6. Nous présentons les estimations avec toutes les variables (colonne 1) et avec les seules variables significatives (colonne 2). La non-significativité globale des variables qui ont été enlevées est testée grâce à la statistique du rapport des maxima de vraisemblance et confirme les résultats obtenus directement par les t de Student de chaque variable prise séparément. Le modèle de base révèle une forte persistance de l innovation au niveau individuel. Toutes les innovations passées ont un impact positif et significatif sur l innovation présente. Une entreprise qui a innové par le passé a donc une probabilité plus forte d innover aujourd hui que celle qui n'a pas introduit de produit ou de procédé nouveau par le passé. De plus, les coefficients des innovations passées sont décroissants, indiquant un impact environ deux fois plus important de l innovation par rapport à l innovation Ces résultats sont robustes à l introduction de la taille, de l industrie et d une variable binaire indiquant si l activité dans laquelle est engagée l entreprise est fortement innovante ou non. Les variables d innovations passées ne captent donc pas des effets dus à des différences entre industries, ou à des différences de taille des entreprises. Ces variables de contrôle sont d ailleurs significatives : une taille importante favorise l innovation, et l industrie des biens d équipements est le secteur le plus innovant. Ces résultats sont cohérents avec les études antérieures (Cohen et Levin, 1989). 59

68 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Tableau 1.6 La probabilité d innover entre Le modèle de base Variables Modèle de base Innovation (0.14) Innovation (0.11) Chiffre d affaires (en log) (0.03) 0.36 (0.12) 0.64 (0.11) 0.26 (0.03) Industries (réf. biens de consommations) - Automobile 0.11 (0.29) - Biens d équipement (0.15) (0.13) - Biens intermédiaires 0.07 (0.12) Opportunités technologiques 0.14 (0.12) Constante (0.57) (0.55) Log-vraisemblance Non significativité des variables 1.76 enlevées (RMV) (7.81) % prédictions correctes 80.8% 80.7% Note : L échantillon utilisé correspond à 808 entreprises, de vingt salariés ou plus, de l industrie manufacturière française. L estimation du modèle probit a été réalisée par la méthode du maximum de vraisemblance. Les écarts-types asymptotiques sont spécifiés entre parenthèses. RMV : test du rapport des maxima de vraisemblance (valeur critique au seuil de 5%). 60

69 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Ce premier modèle conduit donc à conclure à l existence d une persistance assez forte de l innovation au niveau individuel. Les avantages dont bénéficient les anciens innovateurs semblent par ailleurs diminuer relativement lentement au cours du temps, puisque même les innovations relativement anciennes auraient toujours un impact sur l innovation courante. 3.2 Le modèle probit avec activités de recherche : l origine de la persistance L idée de cette seconde spécification est de tester si la persistance mise en évidence dans le modèle précédent vient des activités de recherche passées des entreprises : il s agit donc de voir si, une fois prises en compte les différences de R&D et d études techniques et de méthodes, il demeure encore un effet spécifique des innovations passées de la même période. Les variables d innovations passées peuvent en effet être significatives dans le premier modèle parce qu elles capturent les effets des activités passées de recherche. Les résultats précédents pourraient alors provenir d une variable manquante (la recherche) corrélée avec l innovation passée. Le principal résultat de ce second modèle est que l innovation cesse d être significative, une fois prises en compte les activités de recherche de la même période. Une bonne partie de la persistance identifiée dans le modèle précédent vient donc de la recherche formelle passée des entreprises et suggère donc que les entreprises ayant été engagées dans ce type d activité dans le passé bénéficient d un avantage significatif par rapport à celles qui n ont pas fait de recherche. 61

70 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Tableau 1.7 La probabilité d innover entre Le modèle avec activités de recherche Variables Modèle avec recherche Innovation (0.18) Innovation (0.21) (0.11) Chiffre d affaires (en log) (0.03) (0.03) Industries (réf. biens de consommations) - Automobile 0.16 (0.29) - Biens d équipement 0.38 (0.16) - Biens intermédiaires 0.04 (0.12) Opportunités technologiques 0.06 (.12) R&D (réf. : pas du tout) - faible 0.31 (0.20) - moyenne 0.29 (0.18) - forte 0.45 (0.16) Études techniques (réf. : pas du tout) - faible 0.16 (0.20) - moyenne (0.18) - forte 0.03 (0.18) 0.37 (0.13) 0.39 (0.18) 0.39 (0.16) 0.59 (0.14) 62

71 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises R&D et études techniques (REF. : PAS DU TOUT) - faible (0.25) - moyenne 0.07 (0.23) - forte 0.26 (0.24) Constante (0.62) (0.59) Log-vraisemblance Non significativité des variables 4.26 enlevées (RMV) (19.31) % prédictions correctes 81.9% 81,4% Note : L échantillon utilisé correspond à 808 entreprises, de vingt salariés ou plus, de l industrie manufacturière française. L estimation du modèle probit a été réalisée par la méthode du maximum de vraisemblance. Les écarts-types asymptotiques sont spécifiés entre parenthèses. RMV : test du rapport des maxima de vraisemblance (valeur critique au seuil de 5%). 1 : Ici, les variables d innovation et sont utilisées également comme variables de contrôle. En effet, les entreprises n ayant pas innové entre 1986 et 1990 sont considérées comme n étant pas engagées dans une activité de recherche. Les indicatrices d innovations passées permettent de distinguer les entreprises non-innovantes des entreprises ayant innové mais n étant pas engagées dans l une ou l autre de ces activités. 63

72 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Les innovations plus récentes, mises en œuvre entre 1990 et 1992, continuent en revanche à être importantes pour générer de nouvelles innovations. 48 Les entreprises qui ont innové dans le passé semblent par conséquent bénéficier d avantages qui ne proviennent pas seulement des activités formelles de recherche, ce qui suggère un rôle important d activités plus informelles non prises en compte par les indicateurs à notre disposition, telles que l existence de savoir-faire spécifiques ou encore une organisation tournée vers le changement technologique. L innovation rend compte d un phénomène qui n est pas appréhendé par les différentes variables à notre disposition (recherche, taille, opportunités technologiques,..). Il est toutefois à noter que les variables de recherche sur la période ne ressortent pas, ce qui constitue un résultat relativement surprenant. Il est vraisemblable que l agrégation des différentes activités de recherche fasse perdre de l information. Pour la période précédente, nous avons vu que les résultats peuvent être très différents selon qu il s agit de R&D ou d études techniques et de méthodes. Si nous avions à notre disposition de l information sur chaque type de recherche, il est possible que la R&D ressorte et que le coefficient de l innovation en soit modifié. 49 Un autre résultat intéressant est que la R&D formelle menée entre 1986 et 1990 a un impact important sur l innovation , et ce quelle que soit l intensité avec laquelle l activité a été effectuée : toutes les modalités de cette activité sont significatives et leurs coefficients sont parmi les plus forts. En revanche, les études techniques et de méthodes conduites au cours de la même période n ont pas d effet significatif sur l innovation Dans la suite, seul l effet de l innovation passée entre 1990 et 1992 est examiné. 49 Dans la suite, nous travaillons sur un modèle probit qui explique l innovation par les variables de R&D et d études techniques sur la période Nous verrons alors que le coefficient de l innovation demeure significativement différent de zéro, alors que les variables de R&D pour la même période sont également significatives. Ce résultat suggère donc que l innovation passée ne reflète pas la même information que les variables de R&D et que l innovation , dans le modèle de cette section, devrait continuer à être significative s il était possible de distinguer la recherche formelle de la recherche informelle. 64

73 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises La significativité de la variable de R&D peut venir du délai, souvent considérable, entre une recherche formelle et la commercialisation d un nouveau produit ou l utilisation d un nouveau procédé, mais peut également renvoyer à d autres effets. 50 Ainsi, les connaissances produites à partir de cette activité semblent se déprécier faiblement au cours du temps. Une première explication de ce résultat est que la R&D formelle peut être plus facilement codifiée et transmise aux nouveaux ingénieurs et chercheurs (Malerba et Orsenigo, 2000). Les connaissances générées par une activité formelle de recherche peuvent par ailleurs être pertinentes pour un plus grand nombre d innovations, ou être utilisées dans plusieurs domaines. Ainsi, il est généralement considéré qu une entreprise diversifiée profite davantage d une activité de R&D car elle a la possibilité d appliquer les résultats de sa recherche à plusieurs de ses activités (Cohen et Levin, 1989). Les connaissances produites à partir d études techniques et de méthodes semblent subir en revanche une obsolescence plus rapide que celles obtenues à partir de la recherche formelle de sorte qu elles n influencent l innovation des entreprises que pendant quelques années. Les études techniques et de méthodes semblent par conséquent avoir une application plus limitée dans le temps. Le tableau 8 présente les effets moyens des variables explicatives significatives qui permettent de comparer leur impact respectif sur l innovation L effet moyen est calculé en premier lieu pour tout l échantillon, puis pour les seules entreprises ayant innové entre 1990 et 1992, et enfin pour les seuls individus n ayant pas innové à la même période. Quel que soit l échantillon considéré, le fait d avoir innové par le passée semble aussi important que d avoir été engagé de façon intensive dans une activité de R&D. En effet, pour l échantillon global, une entreprise qui a innové a en moyenne une probabilité supérieure de 19 points (de 31% en 50 Duguet (1999) montre à partir des données de l enquête de 1991 que l activité de R&D constitue un déterminant important de l innovation radicale entre

74 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises termes relatifs) à la probabilité de celle qui n a pas innové par le passé ceteris paribus. Le gain est comparable à celui que procure le fait d avoir fait de la R&D de façon intensive (18 points en termes absolus et 30% en termes relatifs). Les effets calculés à partir de l échantillon des entreprises n ayant pas innové entre 1990 et 1992 sont généralement supérieurs à ceux obtenus à partir des innovateurs Ces résultats ne signifient pas que ces entreprises ont une probabilité d innover entre 1994 et 1996 supérieure à celles des entreprises qui ont innové entre ces deux dates. Pour s en convaincre, il suffit d examiner les variations relatives. Ces résultats suggèrent en revanche que les entreprises, selon qu elles ont innové ou non dans le passé, n ont pas en moyenne les mêmes caractéristiques en termes de taille, d appartenance sectorielle et d activités de R&D. Ce point doit être examiné plus en détail. Ces différents résultats suggèrent une persistance prononcée du comportement d innovation, qui s explique en partie par les activités de recherche formelle des entreprises. Les entreprises qui ont innové durant la période bénéficient encore à la période d un avantage dans la mesure où elles étaient engagées dans une activité de R&D. Ce résultat remet en cause l hypothèse fréquemment retenue dans des modèles de course au brevet d une technologie de production des innovations sans mémoire. Les entreprises qui ont innové dans un passé plus proche bénéficient également d un avantage, mais ce dernier ne passe pas seulement par une activité formelle de recherche mais renvoie plutôt à des effets d apprentissage ou à l existence de routines. Cet avantage, à la différence de celui que procure une activité formelle, semble connaître une obsolescence rapide. 51 Nous n examinons que l impact des variables binaires. 66

75 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Tableau 1.8 Effet moyen des variables explicatives sur l innovation En % Variables Sur tout l échantillon Pour les innovateurs Pour les noninnovateurs δ δ δ Innovation Industrie - Biens d équipement R&D (réf. Non) - faible moyenne forte Note : L échantillon utilisé correspond à 808 entreprises, de vingt salariés ou plus, de l industrie manufacturière française. Seules les variables significatives au seuil de 5% ont été retenues. 67

76 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises 3.3 Le modèle de Rubin (1974) Le calcul des effets moyens à partir d un modèle probit traditionnel suppose implicitement qu il existe pour chaque entreprise ayant innové en une entreprise similaire, en termes de taille, d appartenance sectorielle et d activités de recherche, et qui n a pas innové durant la même période. Or, il existe des différences moyennes importantes entre les entreprises innovantes et non-innovantes. C est pourquoi nous faisons appel à des méthodes qui permettent de corriger les différences entre les entreprises qui ont innové par le passé et celles qui ne l ont pas fait afin d évaluer l effet propre, ou l effet causal, de l innovation passée sur l innovation courante. Ces méthodes n ont encore presque jamais été utilisées dans le cadre des Enquêtes Communautaires sur l Innovation. Dans un premier temps, nous examinons si les entreprises qui ont innové entre 1990 et 1992 et celles qui ne l ont pas fait exhibent des caractéristiques comparables. Dans un second temps, nous évaluons la probabilité d avoir innové entre 1990 et 1992 à partir d un modèle probit. Cette probabilité est utilisée afin d apparier les entreprises. Enfin, l effet causal est calculé en utilisant trois estimateurs différents, ce qui nous permet de comparer les performances de chaque méthode. Le premier ne repose pas sur un appariement des entreprises (estimateur par régression) alors que les deux derniers regroupent préalablement les entreprises avant de calculer l effet causal (estimateur par classes et estimateur du plus proche voisin). 68

77 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises DES CARACTERISTIQUES DIFFERENTES Si la distribution des performances innovantes des entreprises (i.e. le fait d innover à la date courante) n est pas indépendante du traitement (i.e. le fait d avoir innové par le passé), alors l effet causal n est pas identifiable. Cette hypothèse d indépendance ne peut pas être testée, mais doit se justifier économiquement. C est pourquoi un score dit «équilibrant» est généralement utilisé pour apparier les entreprises. Dans un premier temps, nous regardons donc s il est nécessaire de regrouper les entreprises en fonction de leurs caractéristiques. Le tableau 9 présente les résultats du test d égalité des moyennes qui indique si les caractéristiques des individus traités et non-traités sont en moyenne identiques. 52 Pour la majorité des caractéristiques retenues, l hypothèse d égalité des moyennes H 0 entre les deux populations (traités et non-traités) est rejetée. Les caractéristiques ne sont donc pas distribuées de façon aléatoire entre les deux groupes d entreprises, de sorte que les entreprises qui ont innové auparavant ont en moyenne une taille plus importante, ou encore sont engagées de façon plus intensive dans une activité de R&D, que celles qui n ont pas innové. Il est alors légitime de penser que les performances des entreprises ayant innové dans le passé peuvent être supérieures à celles des entreprises ne l ayant pas fait. Il est nécessaire de tenir compte de ces différences. 52 Test effectué à l aide de la procédure «ttest» du logiciel SAS. 69

78 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Tableau 1.9 Les tests d égalité des moyennes sur l échantillon global Variables Statistique - Innovation * (.0001) - Chiffre d affaires * (en log) (.0001) - Industries - Automobile ** (.05) - Biens d équipement * (.001) - Biens intermédiaires 1.36 (0.17) - Opportunités * technologiques (.0000) - R&D faible (0.11) - modéré * (.001) - fort * (.0001) - Études techniques et de méthodes faible (0.58) - modéré * (.0001) - fort * (.0001) Nombre de traités non-traités Note : Entre parenthèses, seuil à partir duquel l hypothèse H 0 d égalité des moyennes est rejetée. **/* : significativité au seuil de 5%/ de 1%. 70

79 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises LA DETERMINATION DU SCORE CANONIQUE L appariement entre les entreprises ayant innové dans le passé et celles ne l ayant pas fait se fait en fonction du score canonique de chaque entreprise, soit sa probabilité d avoir innové entre 1990 et Cette probabilité est obtenue à partir d un modèle probit. Quatre groupes de variables de conditionnement sont examinés tour à tour. Les résultats des régressions sont données dans le tableau 10 : pour chaque modèle, la première colonne donne les estimations avec l ensemble des variables, la seconde se concentre sur les seules variables significatives. 53 Les résultats sont relativement proches de ceux obtenus précédemment, mais apportent une précision importante. Ainsi, lorsque les activités de recherche formelle et informelle peuvent être distinguées et sont prises en compte, l innovation passée demeure significative (modèle D). Ce résultat confirme donc que l information que contient la variable d innovation passée ne duplique pas celle des variables de recherche. A l inverse, les variables d études techniques peuvent être significatives parce qu elles capturent partiellement l effet de l innovation passée. En effet, dans le cadre du modèle C, lorsque l innovation n est pas prise en compte, toutes les modalités des études techniques influencent positivement l innovation En revanche, si l innovation est prise en compte (modèle D), seule la modalité la plus forte des études techniques demeure significative. C est donc l effet de l innovation qui évince les modalités les plus faibles des études techniques. 53 Seules les variables significatives au seuil de 10 % sont conservées. 71

80 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Tableau 1.10 La probabilité d innover entre Variables Modèle A Modèle B Modèle C Modèle D Innovation (0.18) 0.39 (0.15) Chiffre d aff (en log) 0.30 (0.03) 0.31 (0.03) 0.19 (0.03) 0.19 (0.03) 0.18 (0.03) 0.18 (0.03) 0.18 (0.03) 0.18 (0.03) Industrie - Automobile (0.27) (0.28) (0.28) (0.28) - Biens d équipement 0.78 (0.14) 0.76 (0.15) 0.60 (0.15) 0.52 (0.13) 0.52 (0.15) 0.45 (0.13) 0.52 (0.15) 0.47 (0.13) - Biens intermédiaires (0.11) (0.11) (0.12) (0.12) (0.12) Opportunités technologiques (0.12) (0.11) (0.12) (0.12) R&D faible 0.63 (0.18) 0.65 (0.18) 0.32 (0.20) 0.34 (0.19) 0.30 (0.20) 0.37 (0.19) - moyenne 0.65 (0.16) 0.66 (0.16) 0.31 (0.18) 0.33 (0.17) 0.30 (0.18) 0.35 (0.17) - forte 0.96 (0.13) 0.97 (0.13) 0.59 (0.15) Études techniques faible 0.32 (0.19) - moyenne 0.39 (0.18) - forte 0.50 (0.17) Constante (0.53) (0.53) (0.55) (0.57) (0.60) 0.61 (0.15) 0.56 (0.16) 0.61 (0.15) 0.37 (0.16) 0.25 (0.19) (0.15) (0.18) (0.15) (0.17) (0.13) (0.58) (0.61) (0.59) Log-vraisemblance % préd. correctes % 79.9% 79.7% 81.7% 81.7% 81.7% 81.5% Note : L échantillon utilisé correspond à 808 entreprises, de vingt salariés ou plus, de l industrie manufacturière française. L estimation du modèle probit a été réalisée par la méthode du maximum de vraisemblance. Les écartstypes asymptotiques sont spécifiés entre parenthèses. 1 : la modalité non-utilisée sert de référence. 72

81 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Un nouveau résultat intéressant vient de la variable d opportunités technologiques, qui explique l innovation et non de l innovation L information que contient cette variable semble donc ne pas être pertinente pour les périodes trop lointaines comme les années Les différentes spécifications ont été établies en fonction des variables généralement examinées dans la littérature pour expliquer l innovation des entreprises et en fonction des résultats obtenus à partir des premiers modèles probit. En effet, si les variables explicatives ne sont pas significatives pour expliquer l innovation des entreprises, alors il est probable qu elles ne sont pas nécessaires pour obtenir l indépendance conditionnelle entre les performances innovantes des entreprises à cette même période et le traitement. Ainsi, le modèle B ne prend en compte ni l innovation passée, ni la variable d opportunités technologiques, ni les variables d études techniques L ESTIMATEUR SANS APPARIEMENT PREALABLE 54 Le tableau 11 donne les valeurs de l estimateur par régression obtenu à partir des différents modèles, lorsqu aucun appariement n a été préalablement effectué. 55 L effet causal est significatif dans chacun des quatre modèles. Son ampleur diffère par ailleurs très peu d une classe à l autre. Seule la première spécification affiche un effet causal légèrement supérieur à celui des autres : le fait d avoir innové à la période précédente augmente la probabilité d innover à la période courante, d environ 25 points. Les autres spécifications offrent un chiffre légèrement plus bas, autour de 20 points. La principale différence du premier modèle est qu il ne prend pas en compte les variables de recherche formelle pour expliquer 54 Rappelons que nous utilisons le même support pour l ensemble de nos estimations. 55 De façon à pouvoir comparer les résultats des différentes méthodes, nous avons utilisé les mêmes échantillons que ceux définis lors de la mise en œuvre de l estimateur par classes. Voir le tableau

82 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises l innovation Le fait de ne pas prendre en compte cette activité débouche sur un effet causal plus important, qui traduit en partie l effet de la recherche et non de l innovation passée. En moyenne, les performances innovantes des entreprises traitées doivent être plus importantes. Ne pas corriger cet effet conduit donc à surévaluer légèrement l effet causal LES ESTIMATEURS AVEC APPARIEMENT PREALABLE La méthode par classes Nous regardons maintenant si les résultats sont modifiés lorsque les entreprises sont préalablement appariées. Ces dernières sont réparties entre trois classes selon leur probabilité d avoir été traitée, P(t i =1 X i ) : celles avec une probabilité strictement positive et inférieure à 35 %, celles avec une probabilité comprise entre 35 % et 57 % et enfin, celles avec une probabilité comprise entre 57 % et 85 %. Plusieurs raisons expliquent les bornes retenues pour définir les différentes classes. 74

83 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Tableau 1.11 Effet causal de l innovation sur l innovation : Estimateur par régression sans appariement préalable 56 modèle A modèle B modèle C modèle D 0.25* (0.04) 0.22* (0.04) 0.20* (0.04) 0.20* (0.04) Note : Les régressions incluent comme variables explicatives un terme constant, l indicatrice de traitement, ainsi que le score et le produit du score et de la variable de traitement. Les écarts-types robustes à l hétéroscédasticité sont spécifiés entre parenthèses. Les échantillons retenus pour chaque modèle sont définis dans le tableau 12. * : significatif à 1% 56 Voir l annexe 1 pour les résultats des régressions concernant les termes de contrôle. 75

84 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises En premier lieu, la grande majorité des entreprises exhibant un score canonique supérieur à 90% ont innové dans le passé (voir graphique 1). Pour les valeurs les plus importantes du score canonique, la comparaison entre traités et non-traités n est par conséquent pas possible. En second lieu, les classes ont été définies de façon à ce qu il y ait un nombre minimum de trente traités et de trente non-traités dans chaque classe de façon à pouvoir mettre en œuvre la méthode par régression. Enfin, il a été vérifié, au sein de chaque classe, que les entreprises traitées et non-traitées avaient en moyenne les mêmes caractéristiques. 57 Les statistiques du test d égalité des moyennes sont données dans le tableau 12. Il apparaît que l égalité est assurée pour les caractéristiques qui ont été utilisées pour évaluer le score canonique. Dans le cas contraire, l hypothèse H 0 d égalité des moyennes peut ne pas être vérifiée. Par exemple, pour le modèle B, l hypothèse H 0 est rejetée au seuil de 5% pour certaines modalités des études techniques et de méthodes. L égalité des moyennes entre les deux groupes d entreprises est en revanche assurée au seuil de 5% pour l ensemble des caractéristiques dans les modèles C et D. 57 C est cette exigence qui a imposé la valeur 57% comme borne des classes 2 et 3. 76

85 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Graphique 1.1 Les distributions du score canonique Modèle A Modèle B P(t=1 X) P(t=1 X) Fréquence INO Fréquence INO Modèle C Modèle D P(t=1 X) Fréquence INO P(t=1 X) Fréquence INO

86 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Tableau 1.12 Les tests d égalité des moyennes Variables Modèle A Modèle B Modèle C Modèle D CLASSE 1 (0< Pr(t i =1 X ) i <35%) - Innovation * (.003) -2.05** (.04) (.58) (.67) - Chiffre d aff (.38) (.10) (.06) -1.96** (.05) - Industrie - Automobile (.88) (.56) (.72) (.73) - Biens d équipement 0.98(.33) 1.33(.18) - Biens intermédiaires (.58) (.83) (.41) (.67) - Opp. techno ** (.04) -2.06** (.04) (.23) 0.21 (.83) - R&D faible (.12) PM - modéré (.33) PM PM - fort (.33) - Études techniques et de méthodes faible (.43) 0.61 (.54) (.98) (.91) - modéré -2.23** (.03) -2.17** (.03) (.72) (.25) - fort (.28) (0.18) Nombre de traités non-traités CLASSE 2 (35% Pr(t i =1 X )<57%) i - Innovation * (.0001) -3.82* (.0002) (.17) (.33) - Chiffre d aff (.51) (.15) (.44) (.47) - Industrie - Automobile 0.12 (.90) (.60) (.84) (.82) - Biens d équipement (.82) 0.91 (.36) 1.31 (.19) 0.98 (.33) - Biens intermédiaires 0.53 (.60) (.31) (.66) (.54) - Opp. techno * (.003) -2.08** (.04) 1.12 (.26) 0.07 (.94) 78

87 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises - R&D faible -1.99** (.05) (.32) (06) -1.93** (.05) - modéré (.12) (.87) 0.20 (.84) 1.32 (.19) - fort -2.72* (.007) 0.34 (.73) (.82) - Études techniques et de méthodes faible (.33) (.07) (.73) (.40) - modéré (.74) (.78) (.30) (.70) - fort -3.54* (.0005) -3.09* (.002) (.51) (.58) Nombre de traités non-traités CLASSE 3 (57% Pr(t i =1 X )<85%) i - Innovation * (.0001) -1.98** (.05) (.10) (.54) - Chiffre d aff (.41) (.53) (.56) (.69) - Industrie - Automobile PM (.06) (.25) (.36) - Biens d équipement (.93) (.37) (.49) (.47) - Biens intermédiaires (.81) 0.52 (.60) 0.32 (.75) 0.30 (.76) - Opp. techno * (.0000) -2.05** (.04) (.39) (.77) - R&D faible (.70) 0.54 (.59) 0.72 (.47) 1.26 (.21) - modéré (.95) 0.47 (.64) (.65) (.75) - fort -5.54* (.0001) (.12) (.44) (.19) - Études techniques et de méthodes faible (.72) 0.36 (.72) 0.58 (.56) 0.43 (.66) - modéré (.09) 0.46 (.65) 1.17 (.24) 0.14 (.89) - fort -2.88* (.004) -2.54* (.01) (.17) (.19) Nombre de traités non-traités Note : Pour réaliser le test d indépendance, la variable taille a été décomposée en quatre groupes. Entre parenthèses, est indiqué le seuil à partir duquel l hypothèse H 0 d indépendance est rejetée. **/* : significativité au seuil de 5%/ de 1%. : aucun point dans la classe considérée. PM : tous les points sont dans le même groupe

88 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Nos commentaires se concentreront sur les trois derniers modèles. Le premier est conservé à titre de comparaison mais semble peu à même d assurer l indépendance conditionnelle entre les performances innovantes et le traitement car les caractéristiques individuelles ne sont pas distribuées de façon aléatoire entre les entreprises traitées et nontraitées. Les évaluations de l effet causal pour chaque classe des différents modèles sont présentées dans les tableaux 13a et 13b. Dans le premier tableau, les régressions ne comportent qu un terme constant et la variable de traitement, alors que dans le second, les régressions comprennent également le score et le produit croisé du score et du traitement. Après avoir déterminé l effet causal pour chaque classe, il est possible de calculer l effet causal global en faisant la moyenne des effets, pondérée par le poids de chaque classe dans l échantillon. Les termes de contrôle de la seconde régression sont généralement significatifs, témoignant de la présence d une hétérogénéité résiduelle susceptible de biaiser les résultats du tableau 13a. 58 Il semble donc important de contrôler les différences qui subsistent entre les entreprises d une même classe. Nos commentaires se concentreront par conséquent sur les résultats de cette seconde régression des modèles B, C et D. 59 Pour l ensemble des trois classes, l effet causal se situe entre 21 et 24 points. Ce résultat est très proche de celui obtenu à partir de l estimateur par classe sans appariement préalable, ainsi que de celui obtenu dans le cadre du premier modèle probit. 58 Voir l annexe 3 pour les résultats des régressions concernant les termes de contrôle. 59 Une analyse similaire distinguant les secteurs selon le niveau des opportunités technologiques serait des plus intéressante. Mais nous ne disposerions alors pas suffisamment de points dans les différentes classes. 80

89 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Tableau 1.13a Effet causal de l innovation sur l innovation : Estimateur par classes (moyennes) Modèle A Modèle B Modèle C Modèle D Classe * (0.09) 0.38* (0.08) 0.45* (0.08) 0.38* (0.08) Classe * (0.06) 0.25* (0.07) 0.20* (0.08) 0.23* (0.08) Classe * (0.06) 0.13 (0.07) 0.11 (0.07) 0.13** (0.06) Pondéré 0.27* (0.04) 0.24* (0.04) 0.24* (0.04) 0.23* (0.04) Note : La régression comporte un terme constant et le traitement comme variables explicatives. Les écarts-types robustes à l hétéroscédasticité sont spécifiés entre parenthèses. Les échantillons retenus pour chaque modèle sont définis dans le tableau 12. * : significatif à 1%/** : significatif à 5%. Tableau 1.13b Effet causal de l innovation sur l innovation : Estimateur par classes (régressions étendues) Modèle A Modèle B Modèle C Modèle D Classe * (0.08) 0.42* (0.07) 0.43* (0.08) 0.40* (0.08) Classe * (0.06) 0.23* (0.07) 0.17** (0.08) 0.23* (0.08) Classe * (0.06) 0.10 (0.07) 0.07 (0.07) 0.07 (0.06) Pondéré 0.26* (0.05) 0.24* (0.04) 0.21* (0.04) 0.21* (0.04) Note : Les régressions incluent comme variables explicatives un terme constant, la variable de traitement, ainsi que le score et le produit du score et de la variable de traitement. Les écartstypes robustes à l hétéroscédasticité sont spécifiés entre parenthèses. Les échantillons retenus pour chaque modèle sont définis dans le tableau 12. * : significatif à 1%/** : significatif à 5%. 81

90 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Dans les deux premières classes, l innovation passée améliore les performances innovantes des entreprises. En revanche, l effet causal n est pas significatif dans la classe Afin de mieux cerner le profil des entreprises présentes dans chaque classe, le tableau 14 propose les caractéristiques moyennes des entreprises des différentes classes des modèles B, C et D. La classe 1 correspond à des entreprises de petite taille ou investissant peu en R&D. Or, c est au sein de cette classe que l effet causal est le plus important, environ 40%. Ce résultat ne signifie pas que ces entreprises innovent davantage que celles de la classe 3, puisque leur probabilité d innover à la date courante est inférieure à celles de la dernière classe en raison de leur caractéristiques. Ce résultat signifie que, dans la classe 1, les entreprises qui ont innové auparavant ont une probabilité d innover de nouveau très supérieure à celles qui n ont pas innové. Ce résultat suggère l existence de capacités innovantes importantes et durables dans ces entreprises, qui ne passent ni par une taille importante, ni par une activité de recherche. Dans ces entreprises, les variables traditionnellement utilisées pour juger de la capacité à innover ne sont donc pas adaptées. Pourtant, la persistance du comportement d innovation apparaît comme relativement marquée parmi ces entreprises, qui jouent par conséquent un rôle important dans le changement technologique. 60 Il apparaît que, lorsque les activités de R&D ne sont pas prises en compte (modèle A), ou lorsque l hétérogénéité résiduelle au sein de chaque classe n est pas contrôlée (tableau 13a, modèles A et D), l effet causal est significatif pour la classe la plus haute, mais est plus faible que l effet causal des classes 1 et 2. 82

91 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Tableau 1.14 Les caractéristiques des entreprises des différentes classes Variables Modèle B Modèle C Modèle D CL.1 CL.2 CL.3 CL.1 CL.2 CL.3 CL.1 CL.2 CL.3 - Innovation Chiffre d'aff Industrie - automobile - biens d équipement - biens intermédiaires - Opportunités technologiques - R&D faible - modéré - fort - Études tech faible - modéré - fort Note : Les pourcentages pour les activités de recherche formelle et informelle ont été calculés pour l ensemble des entreprises de chaque classe. 1 : Chiffres d affaires en millions de francs

92 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Il apparaît donc que les capacités à l origine de la persistance du comportement d innovation dans ces entreprises sont mal mesurés par les indicateurs disponibles. Ce résultat rejoint celui de Kleinknecht (1987) qui trouve que les activités à l origine de l innovation dans les petites entreprises ne sont que partiellement appréhendées par les indicateurs statistiques habituellement utilisés. La variable d études techniques et de méthodes a pour objectif de rendre compte des activités, moins formelles que la R&D, à l origine de l innovation. Mais cette variable ne semble pas suffire à rendre compte et à comprendre le changement technologiques dans les petites entreprises puisque peu d individus de la première classe se déclarent engagés dans ces activités. L effet causal au sein de la classe 2 est près de deux fois inférieur à celui de la classe 1, entre 17 et 23%. Ce résultat ne signifie pas que la persistance est plus forte au sein de la classe 1. Une part de la persistance du comportement d innovation au sein des entreprises de la classe 2 est expliquée par leur taille plus importante, ou leurs activités de recherche. Il demeure néanmoins un effet propre de l innovation passée relativement important puisqu il augmente d environ 20 points la probabilité qu une entreprise innove de nouveau. La persistance dans ce groupe vient donc à la fois d une activité de R&D et de processus plus informels liés à l existence d effets d apprentissage dans la production des innovations ou de facilités durables dont ne rendent pas compte les variables prises en compte. L effet causal n est en revanche pas significatif pour les entreprises de la classe 3, composée d entreprises de grande taille et engagées de façon intensive dans les activités de recherche. Ici encore, ce résultat ne signifie pas que, parmi ces entreprises, le comportement d innovation n est pas persistant, mais que l information contenue dans la variable d innovation passée n est pas pertinente pour expliquer l innovation courante des entreprises. Dans ces entreprises, la persistance vient des activités de recherche formelle ou d avantages que leur procure leur taille. Au sein de cette classe, les processus informels qui sont captés par l effet causal ne semblent plus jouer. Tout est mesuré par les indicateurs traditionnels. 84

93 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Les déterminants de l innovation de ces différents groupes d entreprises ne sont donc pas les mêmes, de sorte que l origine de la persistance diffère selon le profil de l entreprise. L innovation selon qu elle prend place dans de petites ou de grandes entreprises résulte de processus différents. Dans les petites structures, l innovation repose essentiellement sur des processus informels, alors qu elle devient plus formalisée dans les grandes entreprises L estimateur par le plus proche voisin Afin de tester la robustesse des résultats obtenus précédemment, l effet causal au sein de chaque classe est évalué en utilisant une seconde méthode d estimation, qui repose sur un appariement des entreprises par les méthodes du plus proche voisin. Ces effets sont ensuite agrégés de la même façon que précédemment. Cette méthode ne nécessite pas d établir des classes préalables. L effet causal peut donc s obtenir directement. 61 Les résultats de ces évaluations sont donnés dans le tableau 15. Les résultats obtenus à partir de l estimateur du plus proche voisin ne sont pas très éloignés de ceux donnés par l estimateur par classes. Les écart-types sont néanmoins généralement plus larges. La précision de cette méthode semble par conséquent moins bonne. L effet causal de la classe 2 du modèle C n apparaît ainsi plus significatif. L effet obtenu directement pour l ensemble des trois classes est également proche de celui obtenu par pondération. Les conclusions que l on peut tirer de ces estimations sont donc identiques à celles établies à partir de l estimateur par classes. 61 Les mêmes échantillons que ceux établis précédemment sont néanmoins conservés afin d être en mesure de comparer les résultats obtenus par les différentes méthodes. 85

94 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Tableau 1.15 Effet causal de l innovation sur l innovation : Estimateur par le plus proche voisin Modèle A Modèle B Modèle C Modèle D Classe * (0.10) 0.38* (0.08) 0.39* (0.10) 0.37* (0.09) Classe * (0.06) 0.19** (0.09) 0.14 (0.10) 0.19* (0.09) Classe ** (0.06) 0.08 (0.08) 0.08 (0.08) 0.07 (0.08) Pondéré 0.25* (0.05) 0.21* (0.05) 0.19* (0.05) 0.19* (0.05) Direct 0.25* (.04) 0.21* (0.05) 0.19* (0.05) 0.20* (0.05) Note : Les écarts-types, obtenus par la méthode du bootstrap, sont spécifiés entre parenthèses. Les échantillons retenus pour chaque modèle sont définis dans le tableau 11. * : significatif à 1%/** : significatif à 5%. 86

95 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises L estimateur du plus proche voisin permet par ailleurs de déterminer l effet du traitement sur les traités. Les résultats sont donnés dans le tableau 17. Les modèles B, C ou D donnent un résultat très proche : l effet du traitement sur les traités est évalué à 14 points. Cet effet est légèrement plus faible que celui que nous avions obtenu à partir du modèle probit qui évaluait l effet du traitement sur les traités à 18 points. Le modèle probit surévalue donc légèrement l effet du traitement sur les traités. Cet effet est par ailleurs plus faible que celui obtenu sur l échantillon global. Cette différence vient principalement de la population importante d entreprises de grande taille parmi les individus traités. Dans le contexte envisagé, ce second effet semble le plus pertinent car l innovation dépend pour l essentiel d une décision de l entreprise. Nos conclusions sur l ampleur de l effet causal sont donc à modérer. Néanmoins, cet effet demeure parmi les plus importants et est comparable avec l impact de la modalité forte de la R&D. 62 Il reste donc une part importante de la technologie de production des innovations qui n est pas expliquée par les variables disponibles. 62 Voir le tableau 8. 87

96 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Tableau 1.16 Effet causal de l innovation sur l innovation : Effet sur les traités Modèle A Modèle B Modèle C Modèle D 0.21* (0.06) 0.15** (0.07) 0.14** (0.07) 0.14** (0.07) Note : Les écarts-types, obtenus par la méthode du bootstrap, sont spécifiés entre parenthèses. Les échantillons retenus pour chaque modèle sont définis dans le tableau 11. * : significatif à 1%/** : significatif à 5%. 88

97 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Conclusion La persistance du comportement d innovation est forte, et ce quelles que soient les caractéristiques des innovateurs. Ainsi, ce travail révèle que les petites entreprises innovent de façon régulière, même si elles ne sont pas engagées dans une activité de recherche formelle. Ces premiers résultats tiennent pour beaucoup à la nature des données utilisées. En effet, les études antérieures qui reposaient sur des données de brevets concluaient à une faible persistance du comportement d innovation. Une deuxième conclusion importante de ce travail est donc que la persistance repose sur des comportements d innovation pouvant être relativement différents. Ainsi, à l instar de Samsung, une entreprise peut recourir à des stratégies d innovation très variées au cours de sa vie. Prendre en compte cette diversité des modalités de l innovation technologique est donc un préliminaire essentiel pour appréhender le processus innovant dans sa globalité. L origine de la persistance du comportement d innovation est par ailleurs variée et renvoie à des conditions industrielles particulières, à des caractéristiques spécifiques des entreprises, ou encore aux propriétés des activités de production des innovations. Les grandes entreprises, fortement engagées dans les activités de R&D, bénéficient ainsi fortement des facilités que leur procure leur taille, ou des économies d échelle ou d envergure qui caractérisent les activités de recherche. Parmi les petites entreprises, peu engagées dans une recherche formelle, la persistance repose en revanche sur des déterminants divers : effets d apprentissage dans la production des innovations, appartenance à un réseau d innovateurs, etc. Les indicateurs traditionnels, comme les activités de R&D ou même les variables d études techniques, ne parviennent pas à appréhender directement ce déterminant important de 89

98 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises l innovation des petites entreprises. Les capacités à l origine de l innovation des petites entreprises semblent par ailleurs subir une obsolescence plus rapide que celles provenant d une activité de recherche formelle. D un point de vue méthodologique, les conclusions de ce travail sont cohérentes puisque les résultats obtenus avec les méthodes standards sont très proches de ceux obtenus dans le cadre du modèle de Rubin. Il reste que le problème méthodologique souligné dans ce chapitre est suffisamment important pour que d autres recherches s y intéressent et vérifient la validité des méthodes les plus couramment utilisées dans le cadre des enquêtes communautaires sur l innovation. Les résultats de ce travail pourraient par ailleurs être améliorés si les enquêtes communautaires d innovation fournissaient des informations plus détaillées. Notamment, le nombre d innovations mises en œuvre par les entreprises constituerait une information précieuse pour tester de façon plus robuste l existence d effets d apprentissage dans la production des innovations. Ce chapitre a montré également qu il est important de distinguer les activité de recherche formelle et informelle. D un point de vue de politique économique, les implications de ce premier chapitre sont importantes. Une aide centrée sur une activité de R&D formelle ne permet pas d atteindre l ensemble des innovateurs. Ce type d indicateur est adapté aux grandes entreprises, mais pas aux petites. 63 La persistance étant forte même dans ce dernier groupe d entreprises, le fait d avoir innové dans un passé proche peut constituer un indicateur relativement fiable de la capacité d une entreprise à innover dans le futur. Ainsi, quand les pouvoirs publics n ont pas à 63 D ailleurs, la France propose des aides plus adaptées aux petites et moyennes entreprises (PME). L ANVAR (Agence Nationale pour le Valorisation de la Recherche) distribue ainsi des crédits pour plus d un milliard de francs par an, essentiellement aux PME. Ces prêts, à taux zéro, sont remboursables uniquement en cas de succès du projet. L attribution de cette aide se fait au niveau d un projet. Néanmoins, ces aides ne constituent qu une faible part des aides à l innovation, la majorité restant plus accessible aux grandes entreprises engagées dans une activité de R&D. 90

99 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises leur disposition des indicateurs formels sur lesquels établir des mesures d aide pour les petites entreprises innovantes, le fait d avoir innové par le passé pourrait constituer un instrument possible. Ce travail révèle par ailleurs la difficulté que peut rencontrer une entreprise pour innover la première fois. Pour les petites entreprises notamment, la différence est très importante : une entreprise qui n a pas innové par le passé à une probabilité d innover à la date courante inférieure de 40 % à celle d une entreprise qui a innové. A cela s ajoute la difficulté d identifier les capacités à l origine de l innovation. L aide dont ont besoin ces structures pour innover une première fois va donc certainement bien au-delà d un soutien financier (assistance technique, coopération, etc.). Toutefois, même si l évaluation de l avantage dont bénéficient les anciens innovateurs permet de juger partiellement de la persistance du comportement innovant, ce travail ne permet pas de proposer véritablement un indicateur de persistance. Certes, l avantage des anciens innovateurs influence la persistance mais n en rend pas complètement compte. La construction d une mesure de persistance soulève d ailleurs de nombreux problèmes méthodologiques. Le délai à considérer entre deux innovations en est un. Ainsi, Geroski et al. (1997) examinent si les entreprises ont innové chaque année et considèrent qu une entreprise qui ne dépose pas de brevet au cours d une année, sort du groupe des innovateurs persistants. Le fait qu ils aient pris un délai si court explique certainement, en partie, la faiblesse de la persistance qu ils trouvent. Dans notre travail, le délai est variable : il peut aller de un an à cinq ans. En fait, le délai moyen à prendre en compte dépend de l industrie. Lorsque le rythme de progrès technique est très soutenu, l innovation se fait quasiment en continu de sorte qu un délai d un ou deux ans est raisonnable. Dans d autres industries, la persistance doit se juger sur des délais plus longs entre deux innovations, car les avancées technologiques sont moins souvent possibles. Seules des études de cas dans différentes industries et des 91

100 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises comparaisons internationales permettraient de déterminer les délais qu il est raisonnable de retenir. Par ailleurs, des données sur des périodes plus longues sont nécessaires. Un autre problème que pose la construction d une mesure de persistance vient du traitement des dynamiques (0, 0) et (1, 0). L évaluation de l avantage des anciens innovateurs proposée dans ce chapitre revient à comparer les dynamiques (0, 1) et (1, 1), sans distinguer les autres dynamiques. Deux structures différentes peuvent alors conduire à la même évaluation de l effet de l innovation passée. Ce travail ne constitue finalement qu une première réponse à la question de la dynamique innovante individuelle. Un de ses mérites est de révéler l ampleur du phénomène. De nombreux points restent néanmoins à examiner. Notamment la nature du comportement d innovation serait une dimension à prendre en compte. Une première réponse a été apportée par les travaux sur les brevets. Ce point pourrait être également examiné en utilisant les concepts d innovations incrémentale et radicale. Néanmoins, les enquêtes à notre disposition ne permettent pas d étudier cette question L enquête de 1993 n offre aucune distinction de la sorte. L enquête 1997 propose une question sur les innovations radicales de produit. 92

101 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises Annexes du chapitre 1 1 Régressions complémentaires du tableau 11 Tableau 1.17 Effet causal de l innovation sur l innovation : Estimateur par régression sans appariement préalable Modèle A Modèle B Modèle C Modèle D traitement 0.25* (0.04) 0.22* (0.04) 0.20* (0.04) 0.20* (0.04) score 0.36* (0.05) 0.38* (0.05) 0.33* (0.04) 0.32* (0.04) score traitement -0.15** (0.07) -0.21* (0.07) -0.20* (0.06) -0.18* (0.06) constante 0.42* (0.03) 0.42* (0.03) 0.43* (0.03) 0.43* (0.03) Note : Les régressions incluent comme variables explicatives un terme constant, la variable de traitement, ainsi que le score et le produit du score et de la variable de traitement. Les écartstypes robustes à l hétéroscédasticité sont spécifiés entre parenthèses. Les échantillons retenus pour chaque modèle sont définis dans le tableau 12. * : significatif à 1%/** : significatif à 5%. 93

102 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises 2 Indépendance conditionnellement au score (Rosenbaum et Rubin (1983)) Il s agit de démontrer la proposition suivante : (y 1i, y 0i ) t i X i (y 1i, y 0i ) t i P(t i =1 X i) ou en d autres termes : P(t i =1 y 1i, y 0i,P(X i ))= P(t i =1) P(X i )). Posons P(t i =1 X i )=P(X i ). Il suffit alors de remarquer que : P(t i =1 y 1i, y 0i,P(X i ))=E(t i y 1i, y 0i,P(X i ))= E(E(t i y 1i, y 0i,X i ) y 1i, y 0i,P(X i ))= E(E(t i X i ) y 1i, y 0i,P(X i )) où la dernière égalité est due à l hypothèse (y 1i, y 0i ) t i X i. Comme E(t i X i )=P(t i =1 X i )=P(X i ), on a : P(t i =1 y 1i, y 0i,P(X i ))= E(E(t i X i ) y 1i, y 0i,P(X i ))= E(P(X i ) y 1i, y 0i,P(X i ))= P(X i ). De plus, P(t i =1 P(X i ))= E(t i P(X i ))= E(E(t i X i ) P(X i ))= E(P(X i ) P(X i ))= P(X i ) On a donc bien : P(t i =1 y 1i, y 0i,P(X i ))= P(t i =1) P(X i )) 94

103 Chapitre 1 - La persistance du comportement d innovation des entreprises 3 Régressions complémentaires du tableau 13b Tableau 1.18 Effet causal de l innovation sur l innovation : Estimateur par classes (régressions étendues) Modèle A Modèle B Modèle C Modèle D Classe 1 traitement 0.57* (0.08) 0.42* (0.07) 0.43* (0.08) 0.40* (0.08) score 0.07 (0.16) 0.60* (0.22) 0.09 (0.13) 0.14 (0.13) score traitement -1.27* (0.41) -2.09* (0.54) 0.16 (0.37) -0.67** (0.31) constante 0.12* (0.04) 0.20* (0.03) 0.17* (0.03) 0.17* (0.03) Classe 2 traitement 0.22* (0.06) 0.23* (0.07) 0.17** (0.08) 0.23* (0.08) score (0.25) 0.73** (0.28) 0.72** (0.32) 0.35 (0.32) score traitement (0.39) (0.44) (0.51) (0.50) constante 0.33* (0.04) 0.35* (0.05) 0.40* (0.05) 0.38* (0.05) Classe 3 traitement 0.18* (0.06) 0.10 (0.07) 0.07 (0.07) 0.07 (0.06) score 0.58* (0.21) 0.25 (0.24) 0.47** (0.23) 0.50** (0.22) score traitement (0.24) (0.28) (0.27) (0.25) constante 0.60* (0.05) 0.65* (0.06) 0.63* (0.06) 0.65* (0.06) Note : Les régressions incluent comme variables explicatives un terme constant, la variable de traitement, ainsi que le score et le produit du score et de la variable de traitement. Les écartstypes robustes à l hétéroscédasticité sont spécifiés entre parenthèses. Les échantillons retenus pour chaque modèle sont définis dans le tableau 12. * : significatif à 1%/** : significatif à 5%. 95

104 Chapitre 2 DEVELOPPEMENT INTERNE OU ADOPTION EXTERNE? DETERMINANTS INFORMATIONNELS ET CANAUX DE DIFFUSION 1 Introduction La façon dont est appréhendé le processus innovant a largement évolué ces dernières années. Initialement vu comme un processus linéaire, axé essentiellement sur la phase de découverte et dans lequel les inputs et les acteurs en jeu étaient clairement identifiés, il renvoie aujourd hui à un ensemble très large de comportements soutenant la production, la transformation, ainsi que la diffusion des connaissances, et résulte d un réseau complexe d interactions impliquant tous les agents économiques, publics ou privés, d une nation. La compréhension du changement technologique ne passe donc plus seulement par celle des 1 Ce chapitre repose en partie sur un article co-écrit avec Patrick Waelbroeck (Monjon et Waelbroeck, 2000). 96

105 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. mécanismes qui déplacent la frontière des connaissances scientifiques, mais se doit d intégrer la diversité des comportements et des acteurs en jeu dans le processus innovant. De nouveaux outils théoriques sont apparus afin de mieux rendre compte de cette nouvelle vision du processus innovant. Les concepts de réseaux, et plus largement de systèmes d innovation constituent des outils d analyse qui ont pour vocation de synthétiser l ensemble des interactions en œuvre lors du changement technologique, mais qui restent toutefois difficiles à appréhender empiriquement. L enjeu actuel est de préciser les réalités qui s insèrent dans ces schémas, notamment en identifiant les relations en jeu entre les agents d une économie. Ce chapitre s inscrit dans cette optique. Des insuffisances du modèle linéaire Jusqu à la fin des années 1970, la vision du changement technologique qui dominait accordait aux entreprises de grande taille, disposant d un pouvoir de marché significatif, un rôle prédominant. Seules ces entreprises étaient considérées comme capables de supporter le poids financier d un laboratoire organisé de recherche, préliminaire essentiel à l innovation. L activité de R&D était en effet considérée comme la principale activité à même de produire, ou d adapter, les connaissances nécessaires à l innovation. Cette vision était héritée des travaux de Schumpeter (1942) et de Galbraith (1952) qui plaçaient les grands laboratoires de recherche, et donc les entreprises auxquelles ils appartenaient, au cœur du processus innovant. 1 L essentiel du changement technologique était le fait de ces entreprises. Ce schéma n accordait alors que peu de place à celles qui n étaient pas engagées dans une activité 1 Galbraith (1952) a explicitement défendu la thèse selon laquelle une taille importante constitue un avantage significatif pour innover. 97

106 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. formelle de R&D mais qui participaient pourtant à la formation de l innovation industrielle et à sa diffusion. Le modèle linéaire offrait une représentation théorique du processus innovant, qui reposait sur une succession d étapes, depuis une activité de recherche jusqu à la production et la commercialisation d un produit ou d un procédé de production inédit. Ce modèle s accordait avec l idée que les opportunités technologiques offertes par la science constituaient une des principales sources de l innovation (Rosenberg, 1974), et restait cohérent avec les arguments qui donnaient une place plus importante à la demande (Schmookler, 1966). 2 Le travail de Griliches (1979) validait, d un point de vue empirique, le rôle primordial de l activité de R&D pour innover. Cette vision allait néanmoins évoluer en raison de l incapacité du modèle linéaire à rendre compte d un certain nombre de résultats empiriques. En particulier, différents travaux ont montré que les entreprises de petite taille, ou sans activité formelle de R&D, peuvent également être des vecteurs importants du changement technologique (Bound et al., 1984 ; Acs et Audrestch, 1987 ; Pavitt et al., 1987 ). Ces résultats remettaient en cause le schéma établi, ainsi que les indicateurs traditionnellement utilisés pour appréhender le processus innovant. 3 Il ne s agissait pas de nier l importance de l activité de R&D, dans la mesure où les pays, ou les industries, qui exhibent les plus forts investissements en R&D sont aussi les plus innovants (Audretsch, 1995). Néanmoins, en se concentrant sur la seule activité de R&D, une partie du processus n était pas prise en compte. Le champ d investigation s est alors naturellement tourné vers les petites et moyennes entreprises, l objectif étant de découvrir la 2 Schmookler (1966) défendait la thèse selon laquelle, les entreprises ayant pour objectif de maximiser leurs profits, la direction et l intensité du progrès technologique dépendaient principalement de l évolution des goûts des consommateurs. Il considérait que la pression de la demande constituait la principale force derrière le changement technologique. 3 Il s agissait principalement des dépenses privées de R&D des entreprises et de données de brevets. 98

107 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. nature et l origine des connaissances, ainsi que les activités à l origine de l innovation de ces entreprises. Une première réponse fût apportée par Kleinknecht (1987) qui a mis en évidence l importance de certaines activités, moins formelles que la R&D, pour innover. Ainsi, la création d un produit ou d un procédé de production nouveau ne résulte pas forcément d une activité de recherche, et peut également provenir du département de la production, ou résulter d un projet émanant du département marketing d une entreprise. Or, l influence de ces activités n était pas prise en compte par les indicateurs traditionnellement utilisés pour juger de la capacité à innover d une entreprise. Plusieurs travaux empiriques (Link et Rees, 1990 ; Audretsch et Vivarelli, 1994 ; Audretsch et Feldman, 1996) ont montré par ailleurs que les entreprises de petite taille profitaient largement des externalités de connaissances provenant des universités. Cette conclusion s est trouvée confirmée dans de nombreux pays (Link et Rees (1990) pour les Etats Unis ; Audretsch et Vivarelli (1994) pour l Italie). L idée d externalités de R&D n était pas nouvelle, mais devenait un élément central dans le processus d innovation. Ces externalités ne complétaient pas seulement une R&D interne, mais pouvaient être la source principale de l innovation dans une entreprise. Nombre de travaux ont alors cherché à évaluer la nature de ces externalités et à quantifier leur impact. 4 Ces résultats ont ouvert la voie à une réflexion plus large sur le rôle des flux informationnels, et plus généralement des interactions entre les agents d une économie. Si les flux de connaissances entre les universités et l industrie constituent une source importante d innovations, d autres relations entre agents d une même économie peuvent être tout aussi importantes. L exemple du Japon révèle notamment que la nature des relations qu entretiennent les fournisseurs avec leurs clients influence le rythme et l ampleur de 99

108 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. l innovation de ces derniers (Mansfield, 1988). Les liens informels que tissent les entreprises entre elles participent également de façon significative au progrès technologique d une économie (Amesse et Debresson, 1991 ; Helper, 1995). Cet ensemble de relations aboutissait à la constitution de véritables réseaux, plus ou moins formels, dont l existence et l impact n étaient pas bien appréciés. Cet élargissement des sources de l innovation a amené par ailleurs à rendre compte de nouvelles modalités du changement technologique, renvoyant à des innovations moins radicales que celles habituellement considérées. Ainsi, les connaissances à l origine de l innovation d une entreprise peuvent ne pas provenir d un laboratoire de recherche interne, mais d un autre de ses départements, ainsi que de l extérieur. Le progrès technologique au sein d une entreprise peut même provenir de l adoption d une nouvelle technologie créée en d autres lieux. Or, ces modes d innovations peuvent procurer un avantage compétitif certain. Rosenberg et Steinmueller (1988) ont ainsi montré que l activité de développement, ou l amélioration marginale de produits existants, ont permis au Japon de s imposer sur des marchés de plus en plus ouverts à la concurrence internationale. Le progrès technologique ne pouvait donc plus être assimilé seulement à un processus de découverte, dans le mesure où il reposait sur un ensemble plus large de comportements. Les systèmes d innovation Evoqué tout d abord par Freeman (1987) et précisé par la suite par Lundvall (1992), le modèle du système national d innovation s inscrit dans cette réflexion. Selon Lundvall (1992), «un système d innovation est constitué par des éléments et des relations qui interagissent dans la production, la diffusion et l utilisation de nouvelles connaissances économiquement utiles [ ]». Dans ce modèle, le 4 Voir Mohnen (1990) pour une synthèse. 100

109 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. progrès technologique et la croissance économique sont fondés sur la connaissance et résultent d un ensemble complexe de relations entre les acteurs qui produisent, distribuent et appliquent des informations de différentes natures. Autrement dit, les agents d une économie sont détenteurs de savoirs et de connaissances diverses, et c est leur combinaison qui aboutit à l innovation. Le succès des entreprises et des nations devient alors dépendant de leur capacité à produire, à diffuser et à utiliser efficacement l information. Une entreprise est en effet rarement à même de créer, seule, toutes les connaissances nécessaires au changement technologique, mais se trouve plutôt au cœur d un réseau informationnel mieux à même de répondre aux pré-requis de l innovation. La faculté d exploiter de l information externe devient une composante primordiale des capacités innovantes d une entreprise. Or, les incertitudes et la complexité inhérentes à l innovation, le grand nombre de compétences requises et l importance des phénomènes d apprentissage en jeu nécessitent une communication complexe entre les parties impliquées (Amesse et Debresson, 1991). C est le cas particulièrement lorsque la connaissance échangée est tacite et difficile à codifier ; les agents ont alors recours à des canaux informels, qui fonctionnent selon des principes différents de ceux ayant un support écrit, par lesquels circulent les connaissances codifiées. Bien qu utile, la notion de système d innovation reste néanmoins difficile à appréhender. La rendre plus substantielle et plus intelligible passe par la détermination des agents appartenant au système, ainsi que par la nature et l impact de leurs interactions. Les acteurs du système sont les entreprises privées, les institutions publiques de recherche, notamment les universités, et les individus eux-mêmes. Les liens entre les acteurs du système reposent tous sur un transfert, formel ou non, de connaissances. L appréhension des interactions entre agents passe donc principalement par celle de l information qui circule entre eux, en particulier lorsqu il s agit d échanges informels. 101

110 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. La compréhension et la mesure des flux de connaissances au sein d un système d innovation constitue par conséquent aujourd hui un enjeu politique évident. La performance d une économie en terme d innovation dépend de l efficacité de ces liens, de la fluidité de ces canaux de transmission et de la capacité de ses agents à utiliser les informations transmises. Les gouvernements sont à la recherche d un schéma clair des liens qui existent entre les différents agents d une économie, ainsi que d indicateurs permettant de juger de l efficacité du système d innovation d un pays. Une analyse économétrique sur données d entreprises françaises L objectif de ce chapitre est d identifier l ensemble des flux informationnels, formels ou non, qui soutiennent le changement technologique en France. Jusqu à présent, la plupart des analyses des réseaux informationnels se sont concentrées sur une industrie (Schrader, 1991 ; Appleyard, 1996). Or, le changement technologique au sein d une branche repose sur une grande variété de comportements innovants. Ainsi, en France, les industries aéronautiques, pharmaceutiques, ou encore des biens d équipement, sont considérées comme des secteurs à fortes opportunités technologiques. Néanmoins, certaines entreprises appartenant à ces différentes branches se déclarent comme faiblement innovantes. A l inverse, d autres branches, au sein desquelles les opportunités technologiques sont relativement faibles, comme le bois, le carton ou le textile, comportent une proportion significative d entreprises fortement innovantes (Encaoua et al., 2001). En ne tenant pas compte de l hétérogénéité des comportements innovants, les spécificités dans les besoins informationnels de chaque type de comportement peut alors échapper à l analyse. Une analyse des flux informationnels qui sous-tendent le changement technologique se doit de prendre en compte la diversité des comportements innovants. En effet, le changement 102

111 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. technologique, selon la forme qu il revêt au sein d une entreprise, renvoie à des besoins informationnels différents. Si les «premières technologiques» peuvent s appuyer sur des connaissances scientifiques inédites, l adoption d une nouvelle technologie de production nécessite plutôt de l information sur les caractéristiques techniques et économiques du nouveau procédé. 5 Or, les différentes sources informationnelles ne répondent pas aux mêmes besoins, notamment parce que les connaissances dont elles disposent sont de nature et d'utilité différentes. Les sources informationnelles sollicitées devraient donc différer selon la nature de l innovation mise en œuvre au sein de l entreprise. Peu de travaux ont jusqu à présent cherché à identifier les spécificités dans les besoins informationnels des différents types de comportements innovants. A notre connaissance, seul le travail de Duguet (1999) esquisse une première ébauche des flux informationnels sur lesquels repose le changement technologique en France, en distinguant les innovations selon leur degré de nouveauté. 6 Son propos est néanmoins davantage axé sur l évaluation de l impact des innovations sur la productivité totale des facteurs. Par ailleurs, l enquête sur laquelle repose ce travail se concentre davantage sur les sources informationnelles internes que sur les sources externes. 7 La typologie que nous proposons distingue deux stratégies innovantes, selon que le produit ou le procédé de production nouveau a été développé au sein de l entreprise, ou par d autres entreprises ou organismes. Cette dernière modalité relève d un processus de diffusion des innovations, et plus particulièrement d une diffusion de la technologie incorporée, et devrait donc renvoyer à des besoins informationnels différents -à la fois dans la forme et dans 5 Une «première technologique» correspond à une innovation de procédé n ayant jamais été réalisée auparavant. 6 Il travaille avec une typologie distinguant les innovations «radicales», nouvelles pour l entreprise et le marché, et les innovations «incrémentales», nouvelles uniquement pour l entreprise (Duguet, 1999). 7 Il s agit de l enquête «l innovation technologique dans l industrie» effectuée par le SESSI en Cette enquête ne permet pas d établir la typologie avec laquelle nous travaillons. 103

112 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. le fond- de ceux que nécessite une innovation en interne. 8 Ce chapitre se propose donc d examiner si les innovations, selon qu elles ont été développées en interne ou adoptées, reposent sur des réseaux informationnels de natures différentes. Les compétences qu exige chaque modalité d innovation envisagée diffèrent. Une entreprise qui ne dispose pas du personnel capable de mener à bien une recherche appliquée à partir de résultats de recherche fondamentale devra se procurer un produit de la R&D plus abouti, donc de l information qu elle est capable de s approprier ; quand l information est plus facile à assimiler, l entreprise a alors moins besoin de compétences spécifiques étrangères au métier qu elle exerce. Les entreprises sont néanmoins rarement figées dans leur comportement innovant, et peuvent être engagées dans plusieurs activités où elles n occupent pas la même position technologique. Des indicateurs individuels, comme la taille ou le pouvoir de marché d une entreprise, ne suffisent alors plus pour appréhender la façon dont une entreprise innove. Il ne s agit donc pas de savoir dans ce travail si l absence de compétences internes spécifiques influence la mise en œuvre d une modalité particulière du progrès technologique, mais d identifier les flux informationnels qui sous-tendent l innovation, selon son origine. Il convient donc de s interroger tout d abord sur l importance respective des sources informationnelles internes et externes pour chaque modalité : selon qu elle développe ellemême en interne son innovation ou qu elle l adopte, une entreprise a-t-elle recours davantage à des sources informationnelles internes, ou bien utilise-t-elle principalement de l information venant de l extérieur? De par son origine, une innovation développée par l entreprise ellemême repose pour beaucoup sur de l information provenant de sources internes. De la même 8 Selon l OCDE (OECD, 1997b), la diffusion technologique fait référence à tous les mécanismes par l intermédiaire desquels les entreprises acquièrent une technologie de façon externe plutôt que de la générer en interne. Deux types de diffusion peuvent être distingués. D une part, la diffusion non-incorporée renvoie à la transmission de connaissances et d expertise technique. La diffusion incorporée renvoie davantage à l introduction de nouveaux équipement, ou de nouveaux composants qui incorporent la nouvelle technologie. 104

113 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. façon, l adoption d une technologie qui a été développée en dehors de l entreprise nécessite de l information provenant de sources externes. En revanche, une innovation interne nécessite-elle également des informations provenant de l extérieur? Inversement, dans quelle mesure l adoption d une technologie externe repose-t-elle aussi sur des sources d information internes? Ces dernières questions sont plus délicates. Le besoin de confidentialité peut en effet conduire une entreprise, lorsqu elle développe en interne une innovation, à limiter ses contacts avec l extérieur. En même temps, une entreprise est rarement à même de créer seule l ensemble des connaissances nécessaires à son innovation. C est d ailleurs ce dernier résultat que nous attendons, au vu de l importance actuelle des réseaux informationnels dans l innovation des entreprises. En revanche, concernant le besoin de sources internes informationnelles pour l adoption, la question reste ouverte. Nous pensons donc que les entreprises, quelle que soit l origine de leur innovation, font appel à des sources externes d information. Mais l ensemble de ces sources ne traitent pas toutes des connaissances de même nature. Ainsi, les innovations, selon leur origine, ne devraient pas reposer sur les mêmes sources externes. Des résultats scientifiques, relativement pointus, peuvent ainsi être pertinents pour les innovations internes, mais rarement pour les innovations externes. Cette seconde modalité nécessite en effet davantage des informations techniques ou économiques, relativement génériques. Les sources externes proposant de l information de cette nature seront utilisées par les entreprises qui font appel à une technologie externe. Mais ces dernières sources sont-elles également pertinentes pour l innovation interne? Ici encore, la question est difficile. Ce type de sources renseigne sur l état courant du marché de la technologie et peut donc constituer également une source informationnelle pertinente pour les entreprises développant elles-mêmes leur innovation. On peut alors s attendre que ce type de sources soit finalement sollicitée par l ensemble des entreprises innovantes. L ensemble de ces propositions restent néanmoins à valider empiriquement. 105

114 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. L enquête communautaire «l innovation technologique» effectuée en 1997 par le SESSI rend possible l évaluation du rôle des différentes sources informationnelles dans le processus de progrès technologique de l économie française, selon l origine de l innovation. Les données proposées dans cette enquête, comme dans l ensemble des Enquêtes communautaires sur l Innovation, posent néanmoins un problème. Seules les entreprises ayant innové au cours de la période considérée ont répondu à la question portant sur les sources informationnelles sollicitées pour innover, obligeant donc à restreindre notre échantillon aux entreprises innovantes pour utiliser cette information. Dans ce cas, les estimations peuvent souffrir d un biais de sélection. Nous proposons donc un modèle probit séquentiel qui tient compte explicitement d une part, du processus d innovation et d autre part, de la modalité de l innovation mise en œuvre par l entreprise. Cette méthode adaptée à la nature des données dont nous disposons n a, à notre connaissance, encore jamais été appliquée dans le cadre des Enquêtes Communautaires sur l Innovation. 9 L enjeu des questions abordées dans ce travail est d importance tant pour les entreprises, que pour les pouvoirs publics : pour les premières, l enjeu est leur compétitivité, devenue plus que jamais dépendante de leur capacité à identifier, rassembler et utiliser les connaissances internes et externes ; pour les seconds, l objectif est de favoriser le changement technologique en assurant en temps voulu l accès des innovateurs aux stocks pertinents de connaissances. Or, les deux modalités d innovation envisagées dans ce travail -développement interne ou adoption externe- jouent des rôles importants et complémentaires dans le processus innovant. Ainsi, de plus en plus souvent, les gouvernements encouragent non seulement le développement de produits ou de procédés de production inédits, mais favorisent également la diffusion des nouvelles technologies. En effet, même si ce n est que récemment que les gouvernements ont pris note de la nécessité de favoriser la diffusion des innovations, ce type 9 Ce type de modèle a été déjà utilisé en Economie de la Santé par Van de Ven et Van Praag (1981), qui utilise une méthode d estimation différente de la nôtre, et dans le cadre de l Economie de l Education par Greene (2000). 106

115 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. d intervention se multiplie aujourd hui. D ailleurs, récemment, l OCDE (OECD, 1997b), prenant le contre-pied de la vision qui dominait depuis longtemps et à partir de laquelle étaient élaborées les politiques d innovation, estimait que la phase de diffusion constituait une étape autant, si ce n est plus, importante que celle de création technologique, car elle était à l origine des principaux gains de productivité. En particulier, la diffusion des technologies est particulièrement importante pour les secteurs traditionnels ou le secteur des services, faiblement innovants mais utilisant fréquemment des technologies mises au point dans d autres industries (Papaconstantinou et al., 1996). Plan du chapitre Ce chapitre est organisé de la manière suivante. Dans la première section, les données sur lesquelles repose ce travail sont présentées. Les sections 2 et 3 sont consacrées à l exposé du modèle économétrique et de la méthode d estimation utilisés. La section 4 présente les résultats. La section 5 conclut le chapitre. 107

116 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. 1 Les données Notre échantillon comprend 3193 entreprises de l industrie manufacturière française de vingt salariés ou plus. Il a été obtenu à partir de la fusion de trois enquêtes : d une part, «l'enquête Annuelle d'entreprises» et «l'enquête Annuelle d'entreprises par fractions» réalisées en 1993, qui nous ont fourni des informations comptables sur les entreprises de l échantillon, ainsi que leur appartenance sectorielle ; 10 d autre part, l enquête communautaire sur l innovation réalisée en 1997 par le SESSI et intitulée «l innovation technologique», d où nous tirons la plupart de nos informations. 11 Réalisée à un niveau microéconomique, cette dernière enquête a été adressée à un échantillon d'entreprises de l'industrie manufacturière française afin de connaître la nature et l'origine des innovations qu'elles ont mises en œuvre entre 1994 et Dans notre échantillon, 1645 entreprises déclarent avoir innové au moins une fois durant cette période. 13 L ensemble des innovations, quelles que soient leur forme et leur valeur, sont prises en compte, offrant un tableau relativement complet du phénomène. Ceci nous fournit une mesure directe du changement technologique. Ce type de données évite d'utiliser les dépenses de R&D ou des données de brevets pour rendre compte du changement technologique. La R&D est un input de l'innovation, mais c'est seulement si cette activité débouche sur un nouveau produit ou un procédé de production inédit qu'il y a innovation. Par ailleurs, même si la R&D aboutit à des résultats 10 Ces enquêtes sont réalisées chaque année pour les entreprises françaises de plus de vingt salariés. 11 Cette enquête correspond à l enquête communautaire CIS2, menée simultanément dans différents pays européens. Néanmoins, les données avec lesquelles nous travaillons sont des données individuelles, fournies directement par le SESSI, de sorte qu elles ne sont pas micro-agrégées comme dans les enquêtes communautaires. 12 Pour une présentation de l enquête, voir Florent et François (1998) entreprises ont été éliminées de l échantillon du fait de leurs réponses contradictoires. 108

117 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. concrets, il se peut que l'entreprise décide de ne pas les utiliser (Cohen et Levin, 1989). Enfin, comme nous l avons précisé en introduction, le changement technologique peut également provenir d entreprises qui ne sont pas impliquées dans une activité de R&D (Kleinknecht, 1987). L utilisation de données de brevets est également délicate. En premier lieu, ces données mesurent plus que le changement technologique : pour obtenir un brevet, une entreprise doit avoir inventé quelque chose de suffisamment nouveau et avoir été la première à le faire. Ces données ne rendent donc pas seulement compte de l innovation mais également de la position technologique de l entreprise dans une course au brevet. En second lieu, une entreprise peut, dans certains cas, ne pas avoir intérêt à breveter une innovation afin de ne pas transmettre d informations sensibles à ses concurrentes. 14 Enfin, certains brevets ne sont jamais exploités commercialement (Cohen et Levin, 1989). Cette section expose, dans un premier temps, la façon dont a été construite la typologie que nous utilisons dans ce travail et qui distingue les innovations selon qu elles ont été développées à l intérieur ou en dehors de l entreprise. Dans un second temps, sont présentées les données concernant les sources informationnelles que les entreprises déclarent avoir utilisées pour innover, puis les caractéristiques individuelles retenues pour expliquer l innovation et son origine. 1.1 L origine des innovations L enquête «l innovation technologique» questionne les entreprises à propos de leur participation à la mise au point de l innovation. Ainsi, il leur est demandé si elles ont 14 Voir le chapitre 3 pour une synthèse rapide des travaux théoriques examinant cette question. 109

118 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. développé elles-mêmes leur innovation, ou si cette dernière a été mise au point par «d autres entreprises ou organismes». Dès lors, il est possible de caractériser une innovation selon son origine, interne ou externe. S agissant d identifier le réseau informationnel utilisé par les entreprises selon le comportement innovant en œuvre, nous pensons en effet que cette distinction est pertinente dans la mesure où elle repose davantage sur le type de stratégie innovante utilisée que sur le degré de nouveauté de l innovation. Les innovations «radicales» renvoient à des entreprises ayant réussi à être les premières à proposer, sur leur marché, un nouveau produit ou à utiliser un procédé de production inédit. D autres entreprises peuvent donc avoir participé à la course à l innovation et l avoir perdu. Les stratégies des entreprises auront néanmoins été certainement proches et les sources informationnelles sollicitées similaires. De plus, ce type d innovation peut résulter de la diffusion d une technologie entre industries. Le développement de l innovation a, dans ce cas, lieu à l extérieur de l industrie, et l innovation renvoie alors à un transfert de technologie, qui repose sur des flux d information différents de ceux qui soutiennent le développement interne d une innovation. C est le cas, par exemple, du G.P.S. («Global Positioning System») qui a été développé initialement pour le secteur militaire avant d être intégré dans les automobiles. Deux types d innovations sont donc considérées selon leur origine : d une part, les innovations développées principalement au sein de l entreprise, d autre part, celles mises au point principalement en dehors de l entreprise innovante. 15 Dans le second cas, l innovation 15 Cassiman et Veugelers (1999) ont utilisé une typologie relativement similaire pour étudier l impact des conditions d appropriation et des opportunités technologiques d une industrie sur la forme que prend l innovation. Ils utilisent une enquête sur l innovation plus ancienne réalisée en 1993 en Belgique. N ayant pas de questions similaires à celles de l enquête de 1997, Cassiman et Veugelers (1999) ont été obligés d établir leur typologie en fonction d inputs innovants : lorsqu une entreprise avait innové et déclaré avoir eu une activité de R&D, ils considéraient que l entreprise avait «fait» l innovation ; lorsqu une entreprise avait innové et avait eu recours à une licence, à un contrat de R&D externe, à un agence de consultant, ou avait acquis une autre entreprise ou embauché du personnel qualifié, ils considéraient que l entreprise avaient «acheté» l innovation. Ce dernier type relève d une diffusion non incorporée, nécessitant une adaptation des connaissances ou des compétences acquises à l extérieur. Les deux types d innovation qu ils considèrent sont par conséquent inclus dans notre définition de l innovation interne. 110

119 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. repose sur une technologie externe et relève d un processus de diffusion incorporée (OCDE, 1996). 16 Dans notre échantillon, 1265 entreprises déclarent avoir développé elles-mêmes leur innovation et 245 avoir utilisé une innovation mise au point par d autres entreprises ou d autres organismes (voir tableau 1). Cette dernière population d innovateurs est donc bien plus petite que la première. Il est donc probable que les entreprises aient interprété la question sur le développement interne dans un sens assez large. Par exemple, les petites entreprises, qui ont souvent besoin d adapter l équipement ou la technologie qu elles acquièrent à leurs spécificités, ont peut être considéré la transformation de la technologie comme suffisamment importante pour considérer que l innovation avait été développée pour beaucoup en interne. Ces deux catégories ne sont pas disjointes : 103 entreprises déclarent avoir adopté une innovation, mais également avoir développé elles-mêmes un produit ou un procédé de production nouveau. Par conséquent, ces entreprises ont innové au moins deux fois au cours de la même période puisque des réponses positives aux deux questions ne peuvent pas concerner la même innovation. Cette caractéristique constitue une limite importante des enquêtes sur l innovation puisque les réponses données par une entreprise aux différentes questions, et notamment à celles portant sur les sources informationnelles utilisées, valent pour l ensemble de ses innovations. Il est donc impossible de distinguer si certaines sources informationnelles n ont été utilisées que pour certaines innovation à partir des statistiques descriptives. 16 Cette typologie diffère de celle proposée par Karshenas et Stoneman (1993) qui parle de diffusion pour toute utilisation d une innovation par des entreprises autres que son premier inventeur. 111

120 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. Tableau 2.1 Taille des différents échantillons Modalités de l innovation Technologie interne Technologie externe Technologie interne Technologie externe Note : Statistiques obtenues à partir des 1645 entreprises ayant innové entre 1994 et 1996, appartenant à l échantillon de 3193 entreprises de l industrie manufacturière française de vingt employés ou plus, obtenu en fusionnant les trois enquêtes utilisées. Exemple de lecture : 103 entreprises de l échantillon ont déclaré avoir développé en interne un produit ou un procédé nouveau, et également avoir utilisé une innovation développée principalement par d autres entreprises ou organismes. 112

121 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe? Les sources informationnelles utilisées pour innover La nature et l origine de l information utilisée par les entreprises pour innover peuvent être très variées. Ces deux attributs sont néanmoins liés puisqu un agent offre, volontairement ou non, de l information en rapport avec l activité qu il mène. Ainsi, les instituts de recherche sont en mesure de proposer des résultats scientifiques qui nécessitent une transformation importante, mais pas de l information technique ou économique sur un nouveau procédé de production. L'enquête «l innovation technologique» interroge les entreprises sur les sources informationnelles qu'elles ont utilisées pour innover. Ces sources renvoient soit à des agents économiques spécifiques, soit à des canaux de transmission de l information. Les agents économiques : Au nombre de neuf, ils sont répartis entre quatre catégories : ils peuvent appartenir à l entreprise innovante ou à son industrie, mais également à des secteurs différents, privés ou publics. 1. Les agents appartenant à l industrie Sources internes : Sources internes à l entreprise Autres entreprises appartenant au groupe Sources externes : Concurrents 113

122 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. 2. Les industries aval et amont Clients Fournisseurs d équipements et de logiciels Fournisseurs de matières premières et de composants 3. Institutions publiques Universités ou établissements d enseignement supérieur Organismes publics de recherche (CNRS, INRA, INSERM) ou institutions privées sans but lucratif 4. Autres sources Sociétés de conseils et de recherche marchande Ces agents sont à l origine d informations de natures différentes (résultats scientifiques théoriques pour les organismes publics de recherche, information technique et économique pour les fournisseurs d équipement, ). Certaines de ces sources, comme les fournisseurs ou les universités, ont été utilisées à plusieurs reprises pour approximer les opportunités scientifiques et technologiques offertes aux entreprises d une industrie (Cohen et al., 1985 ; Klevorich et al., 1995). L introduction de ces variables a permis d expliquer en partie les différences d intensité de R&D et de taux d innovation entre industries. Les canaux de transmission : Ils correspondent à des supports particuliers pour l information, plutôt qu à des agents spécifiques. D ailleurs, l information qui transite par ces canaux peut provenir de différents agents. Les canaux de transmission sont au nombre de trois : 114

123 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. Publications de brevets 17 Conférences, réunions ou revues professionnelles, bases de données et réseaux Foires et expositions Les informations qui transitent par ces canaux sont également de natures différentes. Si les deux premiers canaux renvoient à de l information codifiée, ayant un support écrit, la dernière est davantage le lieu d échanges d informations plus informels (Geroski, 1995a). Il peut exister des recoupements entre différentes sources informationnelles de l enquête. Par exemple, une entreprise peut avoir utilisé de l information recueillie lors d une foire ou d une exposition, auprès de l employé de l un de ses concurrents. De la même façon, une entreprise peut avoir utilisé de l information contenue dans le brevet d un organisme public de recherche. Il a donc été vérifié que les deux types de sources ne dupliquaient pas la même information. 18 Il semble donc que les entreprises, lorsqu elles répondent à l enquête, spécifient la source informationnelle à laquelle elles ont eu directement recours. Lorsqu une entreprise déclare avoir utilisé de l information provenant d un agent en particulier, il est alors probable que le transfert ne se soit pas fait par l intermédiaire d un brevet ou lors d une foire ou d une exposition. Le tableau 2 donne le nombre de sources informationnelles que les entreprises déclarent avoir utilisé pour innover. Plus de la moitié des entreprises innovantes (59.8 %) ont utilisé au moins sept sources informationnelles différentes. Le pourcentage se maintient à 49.2 % lorsque seules les sources externes sont prises en compte. Ainsi, conformément au modèle du système national d innovation, l innovation ne trouve pas son origine seulement dans l'entreprise qui la met en œuvre : la publication de brevets, les revues professionnelles, ou encore 17 Il s agit de la consultation de brevets. 18 Nous avons vérifié que, lorsque les canaux de transmission n étaient pas pris en compte, les coefficients et la significativité des premières sources informationnelles n étaient pas modifiés. 115

124 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. l'information transmise par les fournisseurs contribuent également à ce qu'une entreprise innove. Une des originalités de notre étude vient de ce que les flux informationnels ne sont pris en compte que dans la mesure où l entreprise y a eu recours. Cela évite d utiliser un indicateur qui approxime le niveau des externalités potentielles de connaissances, comme par exemple les dépenses moyennes de R&D d une industrie ou d une région, ou la proximité technologique entre les entreprises, en fonction de leurs brevets (Jaffe, 1986). 19 Une entreprise ne bénéficie des informations provenant de l extérieur que dans la mesure où elle est capable de les utiliser. D où l importance de traiter les sources informationnelles spécifiques à chaque entreprise, et non en considérant des distances technologiques communes à un ensemble d entreprises. 19 Ces travaux supposent que les citations de brevets, ou autres proxies, sont suffisamment corrélés avec les flux de connaissances. Jaffe et al. (2000) ont récemment testé la robustesse de cette hypothèse en interrogeant les responsables des départements de R&D des entreprises. Ils trouvent que la moitié des citations de brevets ne correspondent à aucun spillover apparent. 116

125 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. Tableau 2.2 Nombre de sources informationnelles utilisées pour innover (tous niveaux d intensité confondus) Sources internes et externes En % de l échantillon En % cumulé Sources externes uniquement En % de l échantillon En % cumulé Note : Statistiques obtenues à partir des 1645 entreprises ayant innové entre 1994 et 1996, appartenant à l échantillon de 3193 entreprises de l industrie manufacturière française de vingt employés ou plus, obtenu en fusionnant les trois enquêtes utilisées. 117

126 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. L utilisation de données qualitatives évite, par ailleurs, un autre type de problème. Comme l a souligné Griliches (1979), une innovation repose sur un stock de connaissances. Ce n est donc pas le flux de connaissances créées à chaque période qui doit être pris en compte, mais le stock de connaissances auquel a accès l entreprise. Les inputs traditionnellement pris en compte, comme les dépenses de R&D, débouchent sur la création de nouvelles connaissances, et correspondent donc à des flux de connaissances. Par ailleurs, l évaluation du stock de connaissances auquel une entreprise a accès pose un certain nombre de problèmes, notamment concernant l évaluation du taux d obsolescence des connaissances (Cohen et Levin, 1989). Ici, ces problèmes sont évités, tout en rendant compte de l idée qu une entreprise utilise les connaissances présentes et passées. Ces données ont néanmoins pour inconvénient de n être disponibles que pour les entreprises qui ont innové entre 1994 et Aucune information n est disponible sur l utilisation des sources informationnelles par les entreprises n ayant pas, ou pas encore, innové. Quelques entreprises n ont pas réussi à innover entre ces deux dates et ont également répondu aux questions sur les sources informationnelles, mais leur nombre est trop faible pour pouvoir utiliser cette information. 20 Par conséquent, bien que la question ait été intéressante à traiter, il n a pas été possible de regarder si l utilisation de certaines sources informationnelles rendait plus probable l innovation. 21 Par ailleurs, cette caractéristique des données impose une structure particulière du modèle économétrique. Ce point fait l objet de la section 2. Le tableau 3 présente les proportions d entreprises innovantes ayant utilisé les différentes sources informationnelles. Bien que les réponses soient de nature qualitative, elles proposent entreprises déclarent avoir eu un projet d innovation qui a échoué durant la période. 21 Cette question s inscrit dans la problématique des obstacles à l innovation. Ainsi, il est reconnu que le manque d information constitue un obstacle important à l adoption de nouvelles technologies (OECD, 1997a). Pour une analyse centrée sur les principaux obstacles à l innovation, voir Mohnen et Röller (2000). 118

127 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. pour chaque source quatre options : source non utilisée, faiblement utilisée, moyennement utilisée et fortement utilisée. Cette information permet, dans une certaine mesure, d évaluer l importance des différentes sources dans l innovation. Globalement, toutes les sources sont utilisées, mais à des degrés différents. Les sources informationnelles internes à l entreprise se démarquent néanmoins nettement des autres sources : elles apparaissent comme indispensables à l innovation. Seulement 7.5 % des entreprises déclarent ne pas avoir utilisé d information provenant de sources internes, alors que plus de la moitié y ont eu recours fortement (54.8 %). Ces sources peuvent renvoyer à des compétences très différentes au sein de l entreprise, du laboratoire de recherche formelle au centre d études techniques ou de marketing. Après l information interne à l entreprise, les sources les plus utilisées sont les clients, ainsi que les foires et les expositions : 17.2 % des entreprises seulement n ont pas utilisé d information provenant de la première de ces deux sources, et 24.4 % de la seconde. L information provenant des clients, qu il s agisse de leurs idées ou de leurs exigences en terme de qualité ou de prix, semble donc constituer une source importante de l innovation (Von Hippel, 1988). Ils peuvent par ailleurs servir de vecteur de diffusion d information provenant d autres entreprises (Midgley et al., 1992). Les foires et expositions, lieux privilégiés d échanges informels d information, semblent également constituer un vecteur de communication essentiel à l innovation d une grande part des entreprises. 119

128 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. Tableau 2.3 Les sources informationnelles utilisées pour innover (en % des différents échantillons) Sources informationnelles Toutes innovations confondues Technologie interne Technologie externe non utilisée faible moyen fort non utilisée faible moyen fort non utilisée faible moyen fort Agents appartenant à l industrie - Sources internes à l entreprise - Entreprises du groupe Concurrents Industries aval et amont - Clients Fourn. d équip. et logiciels - Fourn. mat. prem. et composants

129 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. Sources informationnelles Toutes innovations confondues Technologie interne Technologie externe non utilisée faible moyen fort non utilisée faible moyen fort non utilisée faible moyen fort Institutions publiques - Universités, enseignement sup. - Organismes publ. de recherche Autres industries Sociétés conseils et recherche Canaux de transmission - Publication de brevets - Conférences et revues - Foires et expositions Note : Statistiques obtenues à partir des 1645 entreprises ayant innové entre 1994 et 1996, appartenant à l échantillon de 3193 entreprises de l industrie manufacturière française de vingt employés ou plus, obtenu en fusionnant les trois enquêtes utilisées. 121

130 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. Les sources les moins utilisées sont celles proposant de l information scientifique, moins accessible et nécessitant un traitement poussé, comme les universités, les organismes publics de recherche ou encore les brevets. Les sociétés de conseils et de recherche sont également relativement peu sollicitées. Par ailleurs, des différences selon l origine de l innovation existent. Ainsi, parmi les entreprises adoptant une technologie externe, une proportion plus importante que dans les autres catégories déclare ne pas avoir utilisé de l information interne (16,5 %). L information provenant des fournisseurs d équipements et de logiciels est, en revanche, davantage utilisée par ces entreprises (respectivement 26,9 % et 29,3 % pour une utilisation moyennement et fortement intensive). A l inverse, l information contenue dans les brevets semble constituer un input plus pertinent pour les innovations qui reposent sur une technologie interne : tous niveaux d intensité confondus, 46,2 % des entreprises ayant développé elles-mêmes leur innovation y ont eu recours, alors que seulement 31,6 % des entreprise ayant adopté une technologie externe déclarent avoir utilisé cette source informationnelle. 1.3 Les caractéristiques des entreprises Des variables individuelles de taille, de diversification, de part de marché moyenne et d appartenance sectorielle sont également prises en compte dans notre modèle. Ces données permettent d expliquer la décision d innover, mais également de distinguer les différences qui existent entre industries et entre entreprises lors de l explication de la modalité de l innovation. Par exemple, une entreprise de grande taille peut avoir accès à davantage de sources informationnelles qu une entreprise de petite taille, en raison de l existence d un laboratoire de recherche en son sein lui permettant d utiliser de l information scientifique. Les 122

131 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. opportunités technologiques et scientifiques, et donc les sources informationnelles que les entreprises sont en mesure de solliciter, diffèrent par ailleurs selon l industrie (Cohen, 1995). Nous expliquons la décision d innover par l ensemble de ces variables, ce qui revient par conséquent à tester les effets schumpéteriens traditionnels. En premier lieu, nous cherchons à savoir si nos données confirment on non l idée selon laquelle les entreprises de grande taille ont un avantage significatif à innover et si la part de marché que possède une entreprise a un impact sur son innovation. Une taille importante ou une part de marché significative facilitent en effet l accès au crédit. Les entreprises de grande taille peuvent par ailleurs être avantagées du fait de l existence de complémentarités entre différents départements. Enfin, l indice de diversification sert à tester l hypothèse que les entreprises diversifiées ont un avantage à innover car elles peuvent amortir le coût de leur innovation sur différents marchés. L introduction de ces variables permet également de voir si certaines caractéristiques incitent les entreprises à développer elles-mêmes leur innovation, ou à utiliser une technologie externe. Par exemple, une entreprise diversifiée aura-t-elle une propension plus forte à développer une technologie en interne? Le fait d avoir développé elle-même un nouveau procédé de production pour une de ses activités peut réduire le coût d innover une seconde fois, si elle parvient à l utiliser dans une autre de ses activités. Par ailleurs, les entreprises de grande taille ont la possibilité d amortir le coût d adoption d une nouvelle technologie sur une quantité de production plus importante (Cohen et Klepper, 1993). Cela se traduit-il par une propension plus forte des grandes entreprises à adopter une innovation externe? La taille d une entreprise est mesurée par son chiffre d'affaires hors taxe de 1993 issu de «l'enquête Annuelle d'entreprises 1993». Cette année est choisie pour éviter les problèmes de simultanéité avec la variable expliquée. 123

132 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. Les indices de diversification et de part de marché ont été construits à partir de «l'enquête Annuelle d'entreprises par fractions 1993». Cette enquête fournit pour chaque entreprise le montant de ses ventes sur les marchés domestique et étranger, dans le secteur où elle exerce son activité principale, ainsi que dans les secteurs où elle mène une activité annexe. Cette information est donnée au niveau 700 de la nomenclature d activités française (NAF) de 1992, soit environ 300 secteurs industriels. 22 A partir de cette décomposition, il est possible de calculer un indice de diversification qui prend en compte le poids de chaque secteur dans les ventes d une entreprise. Cet indice, le nombre d activités équivalent d activités, est dérivé de l indice d Herfindhal de diversification des ventes au sein d une entreprise (Encaoua et al., 1986). En notant V i,s la valeur des ventes qu une entreprise i réalise dans le secteur d activité s, l indice de diversification s obtient de la façon suivante : 1 d i = i=1,,i 2 S, = 1, Vi s S s Vi s s = 1 où S est le nombre total de secteurs et I le nombre d entreprises. Lorsqu une entreprise n est pas diversifiée, le nombre équivalent d activités industrielles est égal à 1, et lorsqu une entreprise réalise le même montant de ventes dans chaque secteur où elle intervient, l indice est alors égal à son nombre réel d activités. Mais, pour des entreprises intervenant dans le même nombre de secteurs, cet indice peut varier si elles n y réalisent pas le même pourcentage de chiffre d affaires. Ainsi, une entreprise, présente dans 22 Ces indices sont construits à partir d informations sur l industrie manufacturière uniquement. Les activités de services ne sont pas prises en compte. 124

133 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. deux branches et réalisant 10% de son chiffre d affaires dans l une et 90 % dans l autre, a un indice de diversification inférieur à 2, donc inférieur à celui d une entreprise réalisant le même montant de ventes dans les deux branches. L indice de part de marché utilisé correspond à la moyenne pondérée des parts de marché d une entreprise dans les différents secteurs dans lesquels elle intervient (Crépon et al., 1996). La pondération dépend du poids de chaque branche dans le chiffre d affaires de l entreprise. Dans un premier temps, il s agit de calculer les parts de marchés domestiques des entreprises dans les branches dans lesquelles elles interviennent, soit : PM i, s = I s D i = 1 i, s D i, s où D i,s correspond aux ventes domestiques en valeur de l entreprise i dans le secteur d activité s, et I s au nombre d entreprises dans le secteur d activité s. La part de marché moyenne doit tenir compte du poids qu occupe chaque secteur dans le chiffre d affaires de l entreprise. Cette information est disponible pour l ensemble des ventes, à la fois domestiques et étrangères. La part de marché moyenne est donnée par : V = pour i=1,,i. S i, s p i.. PM S i, s s = 1 Vi, s s = 1 Enfin, nous incluons des variables sectorielles au niveau 16 de la NAF 1992 qui distinguent les industries de biens de consommation, l industrie automobile, les industries des biens d équipement et celles des biens intermédiaires. Le tableau 4 donne les moyennes des variables de taille, de diversification et de part de marché, ainsi que la répartition sectorielle des entreprises. Les entreprises innovantes ont, en 125

134 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. moyenne, une taille, une diversification et une part de marché plus importantes que l ensemble des entreprises. Celles qui utilisent une technologie provenant de l extérieur ont, en moyenne, une taille plus importante et sont davantage diversifiées que les autres innovateurs. En revanche, ce sont les entreprises qui développent en interne leur innovation qui ont, en moyenne, une part de marché plus importante. L industrie des biens d équipement se caractérise par une proportion importante d entreprises développant elles-mêmes leur innovation, à la différence des industries de biens de consommation comprenant davantage d entreprises qui recourent à des technologies externes. La proportion d entreprises de l industrie automobile reste relativement constante, quel que soit l échantillon considéré. 126

135 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. Tableau 2.4 Les caractéristiques individuelles des entreprises (moyenne des variables sur les différents échantillons) Variables Echantillon global Entreprises innovantes Technologie interne Technologie externe Chiffre d affaires * Diversification Part de marché Biens de consommation Automobile Biens d équipement Biens intermédiaires Note : Statistiques obtenues à partir de l échantillon de 3193 entreprises de l industrie manufacturière française de vingt employés ou plus, obtenu en fusionnant les trois enquêtes utilisées. * : en millions de francs. 127

136 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. 2 Le modèle La nature des données de l enquête «l innovation technologique» impose une structure particulière au modèle. L origine de l innovation, ainsi que les sources informationnelles utilisées, ne sont observables que dans la mesure où l entreprise a introduit un produit ou un procédé de production nouveau entre 1994 et Le modèle économétrique doit donc tenir compte de cette spécificité afin d éviter que les résultats ne souffrent d un biais de sélection. La décision d innover doit être expliquée, avant d analyser l origine de l innovation. Restreindre directement l échantillon aux seules entreprises innovantes peut en effet aboutir à des estimations biaisées des paramètres car l échantillon relève alors à la fois du processus de sélection des données (le fait d avoir innové) et du phénomène que l on cherche à étudier ; la décision d innover doit donc être explicitement prise en compte dans une première étape. Le modèle est par conséquent dit séquentiel (Ameniya, 1975). D un point de vue économique, les décisions ne doivent néanmoins pas être interprétées comme étant prises de façon séquentielle, mais de façon simultanée. Deux éléments sont caractéristiques du modèle séquentiel. En premier lieu, la taille de l échantillon diminue entre la première et la seconde étape. La décision d innover repose sur un échantillon de 3193 entreprises, qui se restreint par la suite aux seules entreprises innovantes pour expliquer l origine de l innovation. En second lieu, les variables explicatives ne sont pas les mêmes à chaque étape. Certaines variables ne sont en effet disponibles que si l entreprise a innové. Le modèle explicatif est donc différent à la première étape et à la seconde étape. Ainsi, la décision d innover est expliquée par : 128

137 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. - la taille de l entreprise en la diversification de l entreprise en la part de marché de l entreprise en l appartenance sectorielle L analyse de l origine de l innovation repose également sur ces variables, ainsi que sur les sources informationnelles utilisées par les entreprises pour innover. Ces dernières données renvoient à des inputs spécifiques de l innovation et sont par conséquent pertinentes pour expliquer la modalité de l innovation. Cette approche permet d identifier l origine de l information sur lesquelles reposent des innovations de natures différentes. Concernant les variables présentes aux deux étapes, le modèle permet de distinguer leur influence d une part, sur la décision d innover et d autre part, sur l origine de l innovation. Notre modèle permet donc de voir si certaines caractéristiques individuelles procurent un avantage à innover selon une modalité spécifique. Deux modèles seront successivement examinés. Le premier se concentrera sur les innovations développées au sein des entreprises. Les entreprises n ayant pas innové selon cette modalité ne devront néanmoins pas être considérées comme des entreprises ayant innové en utilisant une technologie externe. Un second modèle est nécessaire pour identifier l origine de l information utilisée par ces dernières. Différentes caractéristiques des données empêchent en effet de considérer les entreprises qui adoptent une nouvelle technologie comme constituant l ensemble complémentaire des entreprises qui innovent en interne, et inversement. En premier lieu, une troisième modalité d innovation n a pas été prise en compte dans ce travail : un nouveau produit ou procédé peut 129

138 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. avoir également été développé par l entreprise innovante avec d autres entreprises ou organismes. L origine de l innovation est alors multiple. Nous pensons que cette modalité particulière de l innovation renvoie à des mécanismes et incitations particuliers qui ne peuvent être assimilés ni à un développement interne, ni à l adoption d une technologie externe. En second lieu, le fait que certaines entreprises aient innové à la fois en interne et en externe milite également pour un traitement spécifique de chaque modalité d innovation. Nous avons, pour ces raisons, pris le parti d examiner tour à tour les différentes stratégies d innovation. 3 La méthodologie Le modèle probit séquentiel repose sur deux variables latentes y * 0,i et y * 1,i. La première, y * 0,i, représente la propension à innover d une entreprise i, mais peut être également interprétée comme le gain attendu de l innovation. 23 L entreprise i innove (y 0,i =1) si le gain attendu de cette action est positif, soit : y 0, i * 1 si y 0,i = 0 sinon 0 La modalité de l innovation, y 1i, n est observée que si l entreprise a introduit un produit ou un procédé de production nouveau ( y * 0,i 0). Une innovation reposant sur une technologie interne (resp. externe) n est mise en œuvre que si le gain attendu de cette action, représenté par y 1,i*, est positif soit : 23 Dans la mesure où les variables explicatives comprennent des indicatrices sectorielles, on peut considérer que le seuil d innovation est spécifique à chaque secteur. 130

139 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. y 1 si y = 0 si y 0 et y * * 1,i 0,i 1, i * 1 < 0 et *,i y 0,i 0 0 Le modèle probit séquentiel peut s écrire de la façon suivante : y y * 0, i * 1, i = X = X 0, i 1, i. β + u. β + u 1 0 0, i 1, i où X 0,i et X 1,i sont des vecteurs de variables explicatives de dimensions respectives 7 (taille, diversification, part de marché, indicatrices sectorielles et constante) et 44 (taille, diversification, part de marché, indicatrices sectorielles, constante et sources informationnelles), β 0 et β 1 sont les vecteurs des paramètres à estimer et u 0,i et u 1,i sont les termes d erreur. A priori, l hypothèse d une corrélation, positive ou négative, entre les perturbations des équations ne peut être écartée. Nous supposons que les perturbations u 0i et u 1i suivent une loi normale bivariée N(0,Σ), où 0 est le vecteur nul (2 1) et où 2 σ = 0 ρσ 1σ 0 ρσ 1σ 0 σ 1 Σ 2 est la matrice de variance-covariance, où σ 0 et σ 1 représentent la variance des perturbations de chaque équation et où ρσ 0 σ 1 correspond à la covariance entre ces perturbations. Le paramètre ρσ 0 σ 1 est compris entre 1 et 1. Chaque équation correspond à un probit, de sorte que seuls les coefficients nous posons donc σ = σ = β β et 1 σ σ sont identifiables. Par convention, Le biais de sélection La spécification retenue rend compte explicitement du processus de sélection, à savoir de l innovation des entreprises. Cette démarche évite que nos estimations soient biaisées, ou non 131

140 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. convergentes. En effet, si nous ignorions la décision d innover, nous obtiendrions nos régressions à partir de la relation suivante : * 1 ) X 1. E ( y = β 1 alors que la restriction aux entreprises innovantes impose la relation suivante : * * * f ( X E ( y1 y 0 > 0) = X 1. β1 + E( u1 y 0 > 0) = X 1. β1 + ρ F( X 0 0. β ) 0. β ) 0 où f(.) et F(.) représentent respectivement la densité et la fonction de répartition de la loi normale centrée réduite. Cette démarche a été relativement peu suivie jusqu à présent dans les travaux utilisant les enquêtes sur l innovation. 24 Une autre façon de traiter ce problème est examinée dans le travail de Duguet (1999), qui repose sur l enquête «l innovation technologique dans l industrie» menée en 1990 par le SESSI. Cette enquête utilise une définition beaucoup plus large de l innovation puisqu elle prend en compte non seulement les innovations de procédés et de produits, mais aussi les nouveaux conditionnements, ainsi que les innovations organisationnelles et commerciales. Cette définition large permet d obtenir un échantillon relativement représentatif d entreprises, diminuant de façon significative le biais de sélection Cassiman et Veugelers (1999), par exemple, restreignent leur échantillon aux seules entreprises innovantes, sans effectuer de correction. 25 L enquête «l innovation technologique» de 1997 ne permet pas de suivre cette méthode. 132

141 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. L estimation L estimation des paramètres se fait par la méthode du maximum de vraisemblance en information complète. 26 La fonction de vraisemblance est construite de façon à rendre compte de la structure séquentielle du modèle. Elle repose sur les probabilités suivantes : - la probabilité qu une entreprise i n ait pas innové P(y 0,i =0)=P(y * 0,i<0)=P(u 0,i <-X 0,i β 0 )= X 0, i. β0 f ( ε ) dε - la probabilité qu une entreprise i ait innové, mais pas selon la modalité considérée P(y 0,i =1, y 1,i =0)=P(y * 0,i>0, y * 1,i<0)=P(u 0,i >-X 0,i β 0, u 1,i <-X 1,i β 1 )= X 0, i. β0 X1, i. β1 h ( ε 0, ε 1 ) dε dε la probabilité qu une entreprise i ait innové, selon la modalité considérée P(y 0,i =1, y 1,i =1)=P(y * 0,i>0, y * 1,i>0)=P(u 0,i >-X 0,i β 0, u 1,i >-X 1,i β 1 )= h ( ε X1, i. β1 X1, i. β1 0, ε 1 ) dε dε 1 0 où f(.) désigne la densité de la loi normale centrée réduite univariée et h(.,.) la densité de la loi normale centrée réduite bivariée. 26 L estimateur en deux étapes de Heckman aurait pu être utilisé, comme dans Van de Ven et Van Praag (1981) et plus récemment dans Burnett (1997). Cet estimateur est généralement plus simple à obtenir. Cette méthode donne néanmoins un estimateur convergent, mais qui n est pas asymptotiquement efficace (Greene, 1997). 133

142 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. La log-vraisemblance à maximiser s écrit alors : 27 L( β, β, ρ X 0 1 0, X 1 ) = i / y0, i = ln X 0, i. β0 ln i / y0, i = 1 X 0, i. β0 y1, i = 0 ln f ( ε ) dε i / y0, i = 1 X0, i. β0 X1, i. β1 y1, i = 1 X1, i. β h( ε 0, ε 1 ) dε 1dε 0 h( ε 0, ε 1 ) dε 1dε 0 Lorsque ρ=0, les perturbations des deux équations ne sont pas corrélées. Il est alors possible de travailler sur des modèles probit indépendants : d une part, un modèle probit expliquant la décision d innover et d autre part, sur un second modèle probit expliquant l origine de l innovation. N étant pas assuré que l objectif est globalement concave, la maximisation de la logvraisemblance du modèle a été réalisée par un algorithme de Levenberg-Marquardt, qui constitue une extension de l algorithme de Newton-Raphson. 28 Les valeurs initiales utilisées correspondent aux résultats obtenus à partir de modèles probit indépendants. 29 Le coefficient de corrélation a été initialement fixé à Pour les dérivées premières et secondes de la fonction de log-vraisemblance, voir Greene (2000, p ). 28 Si le hessien n est pas défini négatif, l algorithme de Newton-Raphson n est plus nécessairement croissant et on n est plus sûr de parvenir à un maximum local. L algorithme de Newton-Raphson avec modification de Levenberg-Marquardt a été programmé sous SAS-ILM. Voir l annexe D autres valeurs initiales ont également été utilisées pour s assurer que le maximum atteint correspondait au maximum global. 134

143 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe? L estimateur résultant de la maximisation de la log-vraisemblance de notre échantillon, soit : ),,, ( arg max ˆ ˆ ˆ ˆ ),, ( X X L ρ β β ρ β β θ ρ β β = =, est convergent et asymptotiquement efficace sous les hypothèses habituelles de régularité. La distribution asymptotique est normale et telle que : )) ( (0, ) ˆ ( 1 θ θ θ J N n L n n où = '. ² ) ( θ θ θ L E J.

144 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. 4 Les résultats Les résultats sont présentés dans les tableaux 5a, 5b et 5c. 30 De façon à évaluer l apport du modèle séquentiel, nous présentons les résultats obtenus à partir de modèles probit indépendants et ceux fournis par le modèle séquentiel. Remarquons tout d abord qu un test basé sur la statistique du multiplicateur de Lagrange qui repose sur la seule estimation de modèles probit indépendants conclut à la significativité, au seuil de 5 %, du coefficient de corrélation pour l innovation reposant sur une technologie externe. 31 En revanche, ce même test conduit à penser que la corrélation des perturbations n est pas significative lorsqu il s agit d une innovation reposant sur un développement interne. Nous commençons par commenter les résultats obtenus pour les caractéristiques individuelles des entreprises aux différentes étapes du modèle. Seront examinés ensuite les résultats liés aux sources informationnelles selon qu elles renvoient à des agents économiques spécifiques ou à des canaux de transmission. 4.1 Les caractéristiques individuelles L estimation du modèle séquentiel confirme la non-significativité du coefficient de corrélation pour l innovation interne. En revanche, pour les innovations reposant sur une technologie externe, des différences existent et démontrent l importance du modèle 30 Les résultats des différents tableaux proviennent des mêmes régressions. Leur division dans trois tableaux distincts en facilite la lecture. 136

145 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. séquentiel. Néanmoins, cette spécification n améliore pas la qualité de l ajustement ou les performances prédictives du modèle. Dans le modèle expliquant l adoption d une technologie externe, le coefficient de corrélation est significatif au seuil de 5% : les perturbations des deux équations sont donc positivement corrélés. Ce résultat ne signifie pas que les deux décisions le soient, mais simplement que s il existait des variables non prises en compte explicitement dans le modèle, leur effet sur la décision d innover et sur l adoption serait de même signe. Le coefficient de corrélation, difficile à interpréter économiquement, est nécessaire afin de corriger un éventuel biais de sélection. Un premier résultat important du modèle séquentiel est que les entreprises de grande taille se caractérisent non seulement par un gain attendu de l innovation plus fort, mais également par le fait que leur innovation repose plus fréquemment sur une technologie externe. La variable de taille est significative à la fois dans la première et la seconde équation. Ce dernier résultat, qui ne peut pas être obtenu à partir de modèles probit indépendants, est cohérent avec les faits stylisés selon lesquels la décision d adopter une nouvelle technologie est davantage le fait des grandes entreprises. Rosen (1991) et Cohen et Klepper (1992) rationalisent ce type de comportement en développant l argument selon lequel les entreprises de taille importante disposent d un avantage dans l exploitation d innovations incrémentales, peu risquées reposant sur des technologies existantes, car ces grandes entreprises ont la capacité d amortir le coût d achat de la nouvelle technologie sur une production plus importante. L intégration d une technologie externe se concrétise par ailleurs souvent par le rachat d entreprises de plus petites tailles (Cohen, 1995) Voir l annexe 2 pour le détail de ce test. 32 Canon déclarait récemment «nous ne procéderons pas à des acquisitions pour acheter des parts de marché ou de terrains mais pour obtenir des technologies que nous n avons pas». (Les Echos, 18 avril 2001) 137

146 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. Tableau 2.5a Résultats : Les caractéristiques individuelles Modèle 1 Technologie interne Modèle 2 Technologie externe Probits indépendants Modèle Séquentiel Probits indépendants Modèle Séquentiel Coefficient de corrélation (.39) 0.59** (.28) La décision d innover - Chiffre d affaires hors taxe (en log) 0.35* (.02) - Part de marché moyenne 0.04 (en log) (.02) - Diversification 0.01 (en log) (.09) - Secteur automobile ** (.14) - Biens d équipement 0.63* (.07) - Biens intermédiaires 0.39* (.06) 0.34* (.02) 0.04 (.02) 0.05 (.09) 0.30** (.14) 0.64* (.07) 0.39* (.06) 0.35* (.02) 0.04 (.02) 0.01 (.09) 0.29** (.14) 0.63* (.07) 0.39* (.06) 0.35* (.02) 0.04 (.02) 0.01 (.09) 0.30** (.14) 0.64* (.07) 0.39* (.06) 33 L industrie des biens de consommation a été choisie comme industrie de référence. 138

147 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. Tableau 2.5a (suite) Modèle 1 Technologie interne Modèle 2 Technologie externe Probits indépendants Modèle Séquentiel Probits indépendants Modèle Séquentiel Origine de l innovation - Chiffre d affaires hors taxe (en log) (.04) - Part de marché moyenne 0.04 (en log) (.03) - Diversification 0.34** (en log) (.15) - Secteur automobile 0.60* (.21) - Biens d équipement 0.45* (.11) - Biens intermédiaires 0.37* (.10) -0.1 (.07) 0.03 (.03) 0.32** (.14) 0.47** (.24) 0.24 (.20) 0.23 (.16) 0.02 (.04) (.04) (.15) (.23) (.12) (.11) 0.12** (.05) (.03) (.14) (.21) 0.05 (.14) 0.03 (.12) Log-vraisemblance -2630, , , ,40 R² de McFadden 34 0,215 0,215 0,256 0,257 % de prévisions correctes 77% 77% 92% 92% Multiplicateur de Lagrange (seuil de significativité) 1,46 (3,84) 3,86** (3,84) Note : Echantillon composé de 3193 entreprises de plus de vingt employés dans l industrie manufacturière. Les estimations ont été réalisées par la méthode du maximum de vraisemblance. Pour le modèle séquentiel, un algorithme d optimisation de Newton-Raphson avec modification de Levenberg-Marquardt a été programmé sous SAS-IML. * : significativité au seuil de 1 % / ** : significativité au seuil de 5 %. 34 Le pseudo R² de Mac Fadden est un indicateur de qualité de la régression. Il évalue l accroissement de la logvraisemblance par rapport au modèle avec un simple terme constant comme variable exogène. Il est défini par R² MF =1-(ln(L)/ln(L 0 )) où L est le maximum de vraisemblance du modèle estimé et L 0 celui du modèle contraint qui ne comporte qu un terme constant comme variable explicative. Le pseudo R² de Mac Fadden est néanmoins relativement contesté. Nous donnons donc également le pourcentage de prévisions correctes, qui permet de juger des performances prédictives du modèle. 139

148 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. Un deuxième résultat révèle l impact de la diversification d une entreprise sur son activité innovante. Ainsi, le fait qu une entreprise soit diversifiée n influence pas sa probabilité d innover mais la façon dont elle le fait, puisqu une telle entreprise a davantage tendance à innover en interne. En effet, l indice de diversification n apparaît pas comme significatif dans la décision d innover, mais explique l origine interne de l innovation. L effet généralement testé dans les travaux antérieurs porte sur l impact de la diversification d une entreprise sur son montant de R&D (Cohen et Levin, 1989). Ici, l effet est différent puisque les entreprises les plus diversifiées n apparaissent pas comme bénéficiant d un avantage pour innover, mais que ces dernières, lorsqu elles innovent, sont incitées à le faire en les développant elles-mêmes. Ce résultat offre une vision nouvelle de l influence de la diversification des entreprises sur leur activité innovante. Lorsqu elle développe en interne un produit ou un procédé nouveau, il se peut qu elle puisse l utiliser à plusieurs reprises dans des activités différentes, en l adaptant marginalement aux spécificités de chaque secteur. L adoption nécessiterait de multiplier les coûts d achat de la technologie, ne donnant donc aucun avantage particulier aux entreprises diversifiées. L innovation en interne permet en revanche d amortir le coût de développement, voire de recherche, de l innovation en l utilisant dans différents domaines. Enfin, les derniers résultats sur les caractéristiques individuelles sont relativement standards. La décision d innover est influencée positivement non seulement par la taille des entreprises, mais aussi par leur part de marché moyenne, significative à 10 %. 35 Ces résultats sont cohérents avec les conjectures schumpéteriennes habituellement testées (Cohen et Levin, 1989). 36 Ainsi, une entreprise qui remplit l une de ces conditions bénéficie généralement d un meilleur accès aux 35 La relation taille/innovation a fait l objet de nombreuses discussions. Remarquons que la variable expliquée de notre modèle correspond au fait d avoir innové au moins une fois entre 1994 et 1996 et ne renvoie donc ni à une variable de R&D, ni à une variable de rendement de l activité innovante de l entreprise, comme le nombre d innovations ou leur valeur (Cohen et Levin, 1989). 36 Cohen (1995) n attribue pas directement ces conclusions aux écrits de Schumpeter (1942) qui discute des différences qualitatives entre l entrepreneur qui innove seul et les grandes entreprises disposant d un laboratoire organisé de R&D. En revanche, Galbraith (1952) conclut, de façon explicite, que la taille donne un avantage aux entreprises innovantes. 140

149 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. marchés financiers. Elles peuvent par ailleurs amortir les coûts fixes d un laboratoire de recherche sur un montant des ventes plus important. Enfin, les grandes entreprises disposent de divers départements, qui permettent de mieux exploiter l innovation mise en œuvre par l entreprise. Le secteur des biens d équipement apparaît comme le secteur le plus innovant, suivi du secteur des biens intermédiaires et de l industrie automobile. Le secteur des biens de consommation, choisi comme référence, est le moins innovant. Par ailleurs, aucun secteur n a recours à l adoption davantage que les autres. En revanche, il semble que les entreprises innovantes des secteurs des biens d équipement, de l automobile et des biens intermédiaires innovent plus que de celles du secteur des biens de consommation en développant en interne une nouvelle technologie Les sources informationnelles : les agents Les sources informationnelles permettent de discriminer les entreprises selon que leur innovation a été développée en interne ou pas, validant l idée d un réseau informationnel différent selon l origine du produit ou procédé de production nouveau introduit dans l entreprise. Certains résultats des deux modèles se complètent, au sens où lorsqu une source informationnelle joue négativement sur une modalité, cette même source joue dans le sens opposé sur l autre modalité. Par exemple, les sources internes jouent positivement sur un développement au sein de l entreprise et négativement sur l adoption. Ce résultat n est néanmoins pas général. Ainsi, l examen successif des modalités permet de rendre compte de 37 Cet effet est perdu dans le cadre du modèle séquentiel puisque les secteurs des biens intermédiaires et d équipement n apparaissent plus comme significativement différents du secteur des biens de consommation. Rappelons néanmoins que le coefficient de corrélation n est pas significatif pour cette modalité (significativité à 12 %) ; les résultats à commenter sont ceux obtenus à partir des modèles probit indépendants. 141

150 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. spécificités qui leur sont propres, non seulement par rapport aux caractéristiques individuelles, mais aussi par rapport à certaines sources informationnelles. Remarquons également que certaines variables explicatives ne sont pas significatives. Ces sources ne permettent pas de distinguer les entreprises, selon l origine de leur innovation. Ce résultat peut avoir deux interprétations : soit la source informationnelle n est pas utilisée au niveau de l ensemble des innovateurs, soit elle est utilisée par l ensemble des entreprises, quelle que soit l origine de leur innovation. Elle n est alors pas spécifique à un réseau informationnel. Pour essayer de voir quelle situation prédomine, l analyse des résultats économétriques doit se faire conjointement avec le tableau statistique 3 qui donne la proportion des innovateurs utilisant les différentes sources informationnelles. Ainsi, les clients, les fournisseurs de matières premières et de composants et les sociétés de conseils et de recherche sont à interpréter différemment. Les deux premières sources sont largement utilisées. Peu d entreprises innovantes semblent en revanche faire appel aux sociétés de conseils et de recherche. Même si rien ne permet de tester la situation qui prévaut, il semble que l information provenant des clients est utile à l ensemble des innovateurs. Ce sont les attentes des clients, que cela soit en terme de qualité ou de prix, qui guident en partie le «timing» et la direction du changement technologique (Von Hippel, 1978). Les clients peuvent par ailleurs servir de vecteur de diffusion. Des entreprises peuvent en effet obtenir des informations utiles à partir de commentaires de tierces parties, et notamment de leurs clients (Midgley et al, 1992). L information provenant des fournisseurs de composants et de matières premières semble également être assez largement utilisée par l ensemble des innovateurs. L information livrée par ces agents peut être nécessaire aux innovations exigeant une adaptation poussée, mais aussi à celles ne nécessitant qu une adaptation mineure. Ceci expliquerait que les entreprises qui déclarent avoir adopté une innovation externe sollicitent également cet agent. Par exemple, de nouveaux matériaux peuvent se substituer à ceux 142

151 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. anciennement utilisés sans modifier significativement la façon dont sont fabriqués les produits qui les intègrent LES AGENTS APPARTENANT A L INDUSTRIE En premier lieu, nous trouvons que l utilisation de sources d information internes à l entreprise favorise la modalité interne de l innovation, et défavorise la modalité externe. Si le premier résultat était attendu, le second, en revanche, répond à une question laissée en suspens. Ces résultats signifient donc que les entreprises recourent d autant plus à une modalité interne de l innovation qu elles utilisent davantage des informations créées en leur sein. Inversement, les entreprises qui recourent à une modalité externe de l innovation sont celles qui utilisent le moins des sources informationnelles internes. Ces résultats s obtiennent pour la modalité moyenne, et sont accentués pour la modalité forte. L innovation en interne repose donc naturellement sur des compétences internes, qu elles soient techniques ou scientifiques. L adoption nécessite également des personnes aptes à adapter et à utiliser la technologie transférée. Néanmoins, l information proprement dite sur laquelle repose la décision, qu elle soit de nature technique ou économique, vient principalement de l extérieur de l entreprise puisque la technologie y a été mise au point. Ce dernier résultat suggère donc que l adoption d une technologie externe, telle qu elle est définie par les données que nous utilisons, ne nécessite pas d adaptation poussée de la technologie, mais seulement de l information permettant d évaluer le potentiel technique et économique de l innovation. C est donc une forme d information relativement aboutie qui soutient la modalité externe. Un second résultat vient néanmoins relativiser le premier, puisque l adoption d une technologie externe repose sur des sources d information internes au groupe. En effet, ce sont les 143

152 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. entreprises qui adoptent une technologie externe qui recourent le plus à de l information provenant d autres entreprises du groupe ; à l inverse, cette source informationnelles est la moins utilisée par les entreprises développant, en interne, leur innovation. Il semble donc que les informations que s échangent des entreprises d un même groupe soient utiles à la décision d adoption, mais pas à un développement interne. Ces informations peuvent soutenir des transferts technologiques, ou de savoir-faire, entre entreprises du même groupe. Cainarca, Colombo et Mariotti (1990) trouvent des résultats qui peuvent être rapprochés des nôtres. Ils montrent en effet que, toutes choses égales par ailleurs, il est d autant plus probable qu une entreprise adopte des systèmes de conception ou de production automatiques flexibles qu elle appartient à un groupe. Différents facteurs peuvent être à l origine de ce résultat. Le facteur financier n est ainsi certainement pas le moindre. Néanmoins, Cainarca et al. (1990) montrent que les entreprises bénéficient également de leur appartenance à un grand groupe industriel, du fait de transferts de technologies et de savoir-faire dont elles profitent. Nous trouvons, en revanche, que les entreprises développant elles-mêmes leur innovation cherchent plutôt de l information en dehors du groupe. Les résultats révèlent, par ailleurs, que les modalités d innovation considérées reposent, toutes deux, sur des sources d information externes, mais que la nature des sources sollicitées diffère en fonction de l origine de l innovation. Ainsi, les entreprises qui innovent en interne sont celles qui utilisent le plus des informations provenant de leurs concurrents. Les deux niveaux d intensité les plus forts ont un impact significatif et quasiment égal, du fait que leurs intervalles de confiance sont presque confondus. L information provenant des concurrents a donc un impact dès qu elle est utilisée de façon assez intensive. En revanche, cette source d information ne permet pas de différencier les entreprises qui ont utilisé une technologie externe par rapport aux autres entreprises innovantes. 144

153 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. Tableau 2.5b Résultats : L origine de l innovation Les sources informationnelles (1) 38 Modèle 1 Technologie interne Probits indépendants Modèle Séquentiel Modèle 2 Technologie externe Probits indépendants Modèle Séquentiel Coefficient de corrélation Les agents appartenant à l industrie - Sources internes faible 0.16 (.17) moyen 0.42* (.15) forte 0.80* (.14) (.39) 0.13 (.16) 0.36** (.15) 0.71* (.17) (.18) -0.44** (.15) -0.78* (.15) 0.59** (.28) (.17) -0.37** (.16) -0.67* (.16) - Autres entreprises du groupe faible (.12) moyen (.11) forte -0.33* (.11) (.11) -0.19** (.10) -0.32* (.11) 0.08 (.13) (.12) 0.30** (.12) 0.09 (.12) (.11) 0.27** (.12) - Concurrents faible 0.19 (.11) moyen 0.25** (.11) forte 0.32** (.15) 0.17 (.11) 0.24** (.10) 0.30** (.15) (.12) (.12) 0.07 (.16) (.11) (.11) 0.06 (.15) Industries aval/amont - Clients faible (.13) moyen (.12) forte 0.08 (.13) (.12) (.11) 0.08 (.12) 0.02 (.15) 0.06 (.14) 0.08 (.14) 0.02 (.13) 0.05 (.12) 0.07 (.13) 38 Par convention, nous avons retiré la modalité la plus faible («pas du tout») des sources informationnelles. 145

154 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. - Fournisseurs d équipements et de logiciels faible -0.24** (.11) moyen (.11) forte -0.66* (.12) -0.22** (.10) (.10) -0.61* (.14) 0.08 (.12) 0.25** (.12) 0.84* (.13) 0.07 (.11) 0.22** (.10) 0.76* (.14) - Fournisseurs de mat. premières et de composants faible 0.14 (.11) moyen 0.08 (.11) forte (.14) 0.13 (.10) 0.07 (.10) (.13) 0.00 (.12) 0.09 (.12) 0.12 (.15) 0.00 (.11) 0.07 (.11) 0.00 (.14) Institutions publiques - Universités, Enseignement supérieur faible 0.12 (.11) moyen 0.15 (.14) forte -0.54* (.20) 0.12 (.10) 0.14 (.14) -0.49** (.21) (.12) (.16) 0.08 (.23) (.11) (.15) 0.05 (.21) - Organismes publics de recherche faible (.12) moyen 0.32** (.17) forte 0.04 (.23) (.11) 0.30** (.16) 0.04 (.22) (.13) (.17) (.24) (.11) (.16) 0.10 (.22) Autres industries - Sociétés de conseils et de recherche faible (.11) moyen (.15) forte (.28) (.10) (.14) (.27) 0.13 (.11) 0.09 (.16) 0.12 (.31) 0.12 (.10) 0.08 (.15) 0.12 (.30) Log-vraisemblance -2630, , , ,40 R² de McFadden 0,215 0,215 0,256 0,257 % de prévisions correctes 77% 77% 92% 92% Multiplicateur de Lagrange (seuil de significativité) 1,46 (3,84) 3,86** (3,84) Note : Echantillon composé de 3193 entreprises de plus de vingt employés dans l industrie manufacturière. Les estimations ont été réalisées par la méthode du maximum de vraisemblance. Pour le modèle séquentiel, un algorithme d optimisation de Newton-Raphson avec modification de Levenberg-Marquardt a été programmé sous SAS-IML. * : significativité au seuil de 1 % / ** : significativité au seuil de 5 % 146

155 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. Les concurrents peuvent être à l origine de flux d information de différentes natures, et notamment cette transmission d information peut être volontaire ou non : i) En premier lieu, il peut s agir d opérations de «reverse engineering» ou de veille technologique, qui permettent de prendre connaissance des dernières avancées technologiques réalisées dans son industrie, préliminaire essentiel à sa propre innovation ou à l imitation des concurrents (Mansfield, 1985). ii) En second lieu, ces flux peuvent correspondre à des échanges informels d information entre entreprises. En effet, comme l a mis en évidence Von Hippel (1987), les entreprises, même concurrentes, échangent fréquemment des informations de façon informelle. Il s agit d une forme particulière de coopération, au cours de laquelle une entreprise accepte que ses employés offrent certains renseignements à des concurrents, afin d obtenir en retour d autres informations ultérieurement. Les informations échangées par ce biais ne sont généralement pas disponibles dans les brevets ou les revues et sont en avance sur les sources imprimées, reconnues comme étant limitées pour transmettre de l information (Feldmann, 1994). Les publications ne contiennent ainsi que rarement des informations sur les problèmes techniques ou sur un échec rencontré par un concurrent lors de l élaboration, ou de l utilisation, d une nouvelle technologie. Le transfert de telles connaissances se fait par contact direct. Dans son étude sur les industries de l acier, Schrader (1991) trouve d ailleurs que seuls les collègues de la même entreprise sont considérés comme une source plus importante, en moyenne, que les collègues des autres entreprises Schrader (1991) montre néanmoins que de tels échanges n ont lieu que dans la mesure où la rivalité entre les concurrents n est pas intense, et que l information transmise n est pas vitale pour la concurrence. Dans le même esprit, Appleyard (1996) montre que ce type d échanges d informations privées a lieu essentiellement dans les industries où le changement technologique est lent, et qu ils sont plus rares dans des industries comme la biotechnologie, ou les semi-conducteurs, dans lesquelles les concurrents ne sont cités comme sources d informations qu après les sources publiques, comme les journaux ou les conférences. 147

156 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe? LES INDUSTRIES AMONT ET AVAL Les entreprises qui adoptent une technologie externe sont celles qui utilisent le plus de l information provenant des fournisseurs d équipements et de logiciels. A l inverse, les entreprises qui développent elles-mêmes leur innovation sont celles qui sollicitent le moins cette source informationnelle. En effet, l information dont disposent ces fournisseurs porte essentiellement sur le potentiel technique et commercial des technologies qu ils proposent. Ces agents constituent par conséquent une source d information de première importance pour les entreprises qui adoptent une nouvelle technologie, pour lesquelles les modalités les plus fortes sont significatives. Les fournisseurs sont en revanche de peu d utilité pour les entreprises qui mettent au point elles-mêmes leur innovation, ces agents offrant des technologies déjà mises en forme. Les fournisseurs d équipements et de logiciels ne sont donc pas, comme nous l avions suggéré dans l introduction, une source informationnelle sollicitée par l ensemble des entreprises innovantes pour être tenues au courant de l état du marché de la technologie. Les fournisseurs sont ainsi certainement peu à même d informer les entreprises sur les derniers progrès de la technologie. D autres sources doivent alors être plus adaptées pour répondre à ce besoin LES INSTITUTIONS PUBLIQUES Les informations utilisées par les entreprises dans leur innovation peuvent également provenir d institutions publiques. L enquête distingue d une part, les universités et autres établissement d enseignement supérieur et d autre part, les organismes publics de recherche (CNRS, INRA, INSERM, ) ou institutions privées sans but lucratif. Nos résultats montrent que les deux types d institutions publiques ne jouent pas le même rôle. 148

157 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. Ainsi, les entreprises qui innovent selon la modalité interne sont celles qui recourent le plus à des informations provenant des organismes publics de recherche. Seul le niveau «moyen» est significative, mais son coefficient est parmi les plus forts. Le «timing» de l innovation explique certainement le niveau d intensité retenu. L information que proposent les organismes publics de recherche est théorique et nécessite une forte adaptation de la part de l entreprise qui l utilise, ce qui prend du temps. Dans l esprit des répondants, l utilisation de cette information a été lointaine, ce qui les amène certainement à modérer son importance. Le secteur de la recherche publique est ainsi souvent vu comme une source indirecte plutôt qu une source directe, notamment du fait du délai important entre la recherche fondamentale et l innovation (OECD, 1997b). En revanche, les entreprises qui innovent selon la modalité interne sont celles qui recourent le moins à des informations provenant des universités ou d établissements d enseignement supérieur. Ce dernier résultat est surprenant, car il était attendu que les entreprises développant elles-mêmes leur innovation, donc celles susceptibles d être à l origine d une innovation radicale issue de découvertes scientifiques, utilisent l information provenant de ces institutions. 40 Ce résultat vient de la typologie retenue. Nous différencions les entreprises ayant développé seules leur innovation de celles l ayant fait en collaborant avec d autres entreprises ou d autres institutions. Nous pensons en effet que la collaboration renvoie à une modalité spécifique de l innovation qui repose sur des mécanismes particuliers. Dans une régression annexe expliquant l innovation des entreprises ayant développé leur innovation avec d autres entreprises ou d autres organisations, nous trouvons que cette dernière modalité se distingue par un recours important à l information provenant des universités. Le résultat concernant l innovation en interne est donc intéressant. Il ne signifie pas que les connaissances créées dans les universités 40 Notons par ailleurs que de nombreux laboratoires de recherche du CNRS sont localisés dans les universités. 149

158 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. et les autres établissements d enseignement supérieur se diffusent peu dans l économie mais suggère plutôt que leur transfert s effectue par l intermédiaire d une collaboration explicite Les canaux de transmission de l information Les canaux de transmission présents dans notre modèle sont très différemment utilisés. Les informations tirées de la consultation de brevets favorise ainsi la modalité interne. Cette source d information est d ailleurs de première importance pour les entreprises qui développent en interne leur innovation, puisqu elle exhibe un des coefficients les plus élevés, et que tous les niveaux d intensité sont significatifs. 42 L enquête que nous utilisons ne nous permet pas de savoir à qui appartiennent les brevets qu une entreprise innovante consultent. Il se peut que les propriétaires soient des concurrents, des entreprises d autres industries, ou encore des institutions publiques de recherche. Les brevets permettent notamment de déceler très tôt les avancées technologiques récentes dans une industrie et les tendances futures. Ils sont d ailleurs souvent utilisés par les entreprises innovantes pour définir leurs programmes de R&D. Il se peut également que les connaissances créées dans les universités soient diffusées au reste de l économie par l intermédiaire des brevets. Cela voudrait alors dire que les entreprises répondantes n ont pas conscience de la provenance de cette information et sous-estiment son importance. Cela justifie le fait de distinguer d une part les sources informationnelles qui correspondent à des agents économiques et d autre part les canaux de transmission qu empruntent les connaissances pour se diffuser dans l économie. 41 C est un des résultats qu ont mis en évidence Gingras et Godin (2000) pour le Canada. 42 Notons que la catégorie «forte» exhibe un coefficient inférieur à la catégorie «moyenne». Néanmoins, l intervalle de confiance de ce dernier est compris dans celui de la modalité supérieure. 150

159 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. Tableau 2.5c Résultats : L origine de l innovation Les sources informationnelles (2) Modèle 1 Technologie interne Probits indépendants Modèle Séquentiel Modèle 2 Technologie externe Probits indépendants Modèle Séquentiel Coefficient de corrélation (.39) 0.59** (.28) Les canaux de transmission (réf= «pas du tout») - Publication de brevets faible 0.23** (.11) moyen 0.57* (.14) forte 0.47** (.22) 0.22** (.10) 0.55* (.14) 0.45** (.21) (.12) (.15) (.23) (.11) (.14) (.21) - Conférences, et revues professionnelles faible (.11) moyen -0.33* (.12) forte -0.47** (.19) (.10) -0.31** (.11) -0.43* (.18) 0.27** (.12) 0.25 (.13) 0.26 (.20) 0.25** (.11) 0.23** (.12) 0.24 (.19) - Foires et expositions faible 0.28** (.12) moyen 0.25** (.11) forte 0.30 (.16) 0.25** (.11) 0.23** (.11) 0.27 (.15) (.13) (.12) (.17) -0.28** (.12) (.11) (.15) Log-vraisemblance -2630, , , ,40 R² de McFadden 0,215 0,215 0,256 0,257 % de prévisions correctes 77% 77% 92% 92% Multiplicateur de Lagrange (seuil de significativité) 1,46 (3,84) 3,86** (3,84) Note : Echantillon composé de 3193 entreprises de plus de vingt employés dans l industrie manufacturière. Les estimations ont été réalisées par la méthode du maximum de vraisemblance. Pour le modèle séquentiel, un algorithme d optimisation de Newton-Raphson avec modification de Levenberg-Marquardt a été programmé sous SAS-IML. * : significativité au seuil de 1 % / ** : significativité au seuil de 5 % 151

160 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. L information qui circule par l intermédiaire d une part, des foires et des expositions et d autre part, des revues professionnelles et des conférences n est pas utilisée par les mêmes innovateurs. Ainsi, les informations qu obtiennent les entreprises lors de conférences ou dans la presse professionnelle favorisent l adoption d une technologie externe, et défavorisent la modalité interne. L information qui circule par cet intermédiaire porte sur l état courant de la technologie et correspond à de l information relativement générique sur l existence, et les caractéristiques des nouvelles technologies, et n est donc que peu utilisée par les entreprises qui développent ellesmêmes leur innovation. Elle l est en revanche par les entreprises qui adoptent, soit pour apprendre l existence de nouvelles technologies, soit pour vérifier certaines informations provenant de leurs fournisseurs (Midgley et al., 1992). Ces sources publiques d information peuvent en effet être sollicitées lors de la phase d évaluation d une nouvelle technologie, afin de vérifier l information donnée par les fournisseurs, qui n est pas toujours jugée suffisamment fiable. Wozniak (1993) trouve que généralement les entreprises sollicitent plusieurs sources d information simultanément, de façon à obtenir une information plus complète et plus fiable. Les entreprises de petite taille procèdent ainsi souvent à des allersretours entre les différentes sources informationnelles afin de vérifier leur crédibilité (Julien, 1994). A l inverse, les entreprises développant leur innovation en interne sont celles qui utilisent le plus des informations obtenues lors de foires ou d expositions, alors que celles qui recourent à l adoption d une technologie externe correspondent aux entreprises qui ont le moins besoin de ce type d information. Ces réunions non seulement donnent lieu à la présentation de prototypes, mais constituent également un lieu propice pour prendre des contacts, échanger des idées, des savoir-faire, avec des ingénieurs d entreprises concurrentes ou non. Cette source peut notamment compléter l information provenant des brevets. L information scientifique ou technique nécessite, en effet, généralement un dialogue ou un échange de savoir-faire car certaines connaissances ne peuvent que difficilement être codifiées sous forme de descriptifs ou 152

161 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. d instructions (Feldman, 1994). L information qui circule lors de ces rencontres n est néanmoins pas valorisée autant que celle qui transite par les brevets, ou les sources internes, puisque les coefficients sont globalement moins importants et la catégorie «forte» ne ressort pas. 153

162 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. Conclusion «L innovation en solitaire est un mythe», telle est sûrement la première conclusion de ce travail. 43 Le changement technologique n est pas le fait d agents isolés, mais repose sur un réseau complexe de flux de connaissances entre les agents d une économie. Ainsi, qu une entreprise développe en interne un produit ou un procédé de production nouveau, ou qu elle fasse appel à une technologie externe, son innovation repose toujours, même si ce n est que de manière partielle, sur l information de sources externes. Les agents sollicités et les canaux de transmission utilisés diffèrent néanmoins dans une large mesure, selon la modalité de l innovation considérée. Les entreprises qui adoptent des technologies existantes ont besoin d informations abouties, d utilisation immédiate, disponibles auprès des fournisseurs d équipement et de logiciels, dans les revues spécialisées, ou lors de conférences. Les entreprises qui développent en interne leur innovation utilisent davantage de l information en amont de leur activité, disponible auprès des organismes de recherche, dans les brevets ou obtenue lors de foires ou d expositions. Leurs concurrents constituent également une source d information précieuse. Les sources d information internes restent néanmoins nécessaires puisque dans le cadre des deux modalités d innovation considérées, elles sont sollicitées : un développement interne repose sur des sources d informations internes à l entreprise, alors que l adoption externe s appuie sur de l information provenant d autres entreprises du groupe. L ensemble de ces résultats confirment la pertinence de la typologie retenue dans ce travail. 43 Sous-titre d un numéro du 4 pages du SESSI. Voir Lhuillery (1995). 154

163 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. Le modèle économétrique utilisé a par ailleurs permis de dégager des conclusions sur les caractéristiques des entreprises innovantes des plus intéressantes. Ainsi, une taille importante favorise non seulement l innovation, mais incite par ailleurs une entreprise à développer en interne son innovation. A l inverse, l indice de diversification, même s il n a pas d impact sur le fait qu une entreprise innove, influence néanmoins la façon dont une entreprise le fait, puisque les entreprises diversifiées ont une propension à recourir à la modalité externe plus importante. En matière de politique de l innovation, l intérêt des résultats de ce chapitre est clair. La capacité des entreprises à développer ou à adopter de nouvelles technologies dépend des informations dont elles disposent, et par conséquent de la facilité avec laquelle elles y ont accès. Ainsi, selon David et Foray (1995), la capacité d une économie à innover n est pas tant fonction de sa capacité à créer de nouvelles connaissances, mais dépend pour beaucoup de son «aptitude à assurer en temps voulu l accès des innovateurs aux stocks pertinents de connaissance». Or, comme nous l avons montré dans ce travail, les sources pertinentes diffèrent selon la modalité d innovation considérée. Ainsi, l amélioration de la diffusion des connaissances créées dans les institutions publiques de recherche constitue une des préoccupations majeures des pouvoirs publics français depuis maintenant plusieurs années. D ailleurs, une des mesures de la loi sur l innovation et la recherche du 12 juillet 1999 consiste précisément à améliorer le couplage entre la recherche publique et les entreprises, en permettant aux chercheurs et aux enseignants-chercheurs des institutions publiques de participer à la création d entreprises qui valorisent leur recherches. Ce type de mesure, en facilitant l accès à des informations scientifiques inédites, peut améliorer la capacité des entreprises à créer des produits ou des procédés de production nouveaux. Peu de retombées, en revanche, devront être attendues en matière de diffusion des innovations. Pour accélérer la propagation des nouvelles 155

164 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. technologies, notamment en matière d information et de communication, les gouvernements doivent faire appel à d autres leviers d action. D ailleurs, dans un grand nombre de pays, les pouvoirs publics ont pris conscience de la spécificité des problèmes posés lors de la diffusion des innovations. La réflexion à ce propos est néanmoins récente. Pour preuve, trop peu de travaux économiques s attachent à identifier les flux informationnels en jeu lors de cette phase et les comportements stratégiques des entreprises qui peuvent entraver une diffusion efficace de ces informations. Ce travail se veut une première étape dans une réflexion nécessairement plus vaste. Une suite naturelle consisterait à voir si le fait d avoir utilisé certaines sources assure une meilleure intégration de l innovation dans l entreprise. Notamment, il serait intéressant d examiner si le fait qu une information soit transférée de façon formelle influence ou non sa valeur dans l entreprise. Une telle extension nécessiterait d employer une mesure du rendement de l innovation. Enfin, malgré l importance de la question, ce travail ne peut donner aucune réponse sur l absence ou l inefficacité de certaines sources informationnelles. Cette question ne peut être traitée que dans le cadre de comparaisons internationales. A cette fin, l OCDE (OECD, 1999) a entrepris une réflexion sur les meilleures pratiques des politiques d innovation, qui consiste principalement en une comparaison des différents systèmes nationaux d innovation et de leurs performances respectives. 156

165 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. Annexes du chapitre 2 1 Algorithme d optimisation Cette section présente l algorithme de maximisation de Levenberg-Marquart qui a été utilisé pour estimer le modèle probit séquentiel. Il s agit d une extension de l algorithme de Newton-Raphson que l on applique quand l objectif à maximiser n est pas globalement concave. Dans le modèle séquentiel, le problème à résoudre est de trouver une valeur numérique θˆ telle que ˆ θ = arg max L ( θ X 0, X 1 ), où L( θ X 0, X 1 ) est définie dans la section 3 du θ chapitre. Le paramètre θ est de dimension (p, 1). Remarquons que lorsque l objectif n est pas globalement concave, on recherche seulement un maximum local. forme : Si le hessien est défini négatif, l algorithme de Newton-Raphson peut se mettre sous la θ 0 = valeur initale θ k 1 = θ k + λ W[ θ k ] s( θ k + ) où W[θ k ]=-H -1 [θ k ] et où θ k est le paramètre à la k-ième itération, λ est le pas de l itération compris entre 0 et 1, s( θ k ) et H[θ k ] sont respectivement le gradient et le hessien de la fonction que l on cherche à maximiser pris au point θ k. 157

166 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. Si la fonction objectif n est pas globalement concave, il se peut que le hessien au point θ k ne soit pas défini négatif et l algorithme de Newton-Raphson n est plus nécessairement croissant. On utilise dans ce cas une modification du hessien qui est définie négative telle que : W ( θ k ) = [ H( θ k ) (1+ α ) µ H I p ] 1 où I p est la matrice identité de dimension p, µ H la plus grande valeur propre du hessien et α un paramètre à choisir. En général, une petite valeur de α suffit mais sa détermination peut nécessiter une série d essais. Dans les cas très défavorables il faut compter jusqu à 10 modifications de Levenberg-Marquardt successives pour retomber dans une zone de concavité de la fonction objectif. 158

167 Chapitre 2 Développement interne ou adoption externe?.. 2 Le test du multiplicateur de Lagrange forme : Le test du multiplicateur de Lagrange permet de tester l hypothèse générale H 0 de la H 0 : g(θ)=0 contre l hypothèse alternative : H 1 : g(θ) 0 où θ =(β 0,β 1,ρ) et g(.) est une fonction-vecteur de dimension p. A la différence du test de Wald et du test du rapport des maxima de vraisemblance, le test du multiplicateur de Lagrange ne nécessite que l estimateur contraint θˆ R obtenu à partir de la log-vraisemblance contrainte. Sous H 0, la statistique du test du multiplicateur de Lagrange suit asymptotiquement une 2 loi du χ k : λ LM ln L( ˆ θ ) = θ ˆ ln L( ˆ θ ) R 1 R 2 ( ) [ I( θ R )] ( ) χ k θ où k est le nombre de restrictions et I( θˆ R ) est un estimateur consistent de la matrice d information basé sur l estimateur contraint θˆ R (Greene, 2000). 159

168 PARTIE 2 Les stratégies informationnelles des entreprises innovantes: Perspectives théoriques 160

169 Introduction de la partie Introduction de la partie La stratégie d innovation des entreprises ne se limite pas à créer et à développer un nouveau produit ou un procédé de production inédit, mais comprend aussi des actions qui ont pour objectif de défendre ou renforcer l avantage que leur procure leur recherche ou leur innovation. Cet avantage, qui repose sur de l information privée, peut en effet être fragile. Ainsi, une entreprise perd son avance lors d une course au brevet si les résultats de sa recherche sont divulgués à ses concurrents. De la même façon, avant d utiliser commercialement son innovation, une entreprise doit choisir un mode de protection efficace, sinon elle risque de perdre rapidement son avantage concurrentiel. Les entreprises se montrent donc particulièrement prudentes vis-à-vis des informations liées à leurs activités innovantes. Dans le même temps, ce type d information revêt une importance stratégique pour un concurrent et de plus en plus d entreprises sont engagées dans une activité de veille technologique, en particulier à l égard de leurs concurrents (Jakobiak, 1991). Face à la menace qu un rival obtienne des informations sensibles sur leur recherche ou leur technologie, les entreprises ont été amenées à développer une gestion stratégique des informations en rapport avec leur activités innovantes. Ces stratégies «informationnelles» peuvent passer par le secret, mais aussi par la divulgation d informations si une telle action permet d influencer le comportement de ses concurrents. Nombre de travaux théoriques se sont intéressés à cette question et ont cherché à mettre en évidence sous quelles conditions une entreprise a intérêt à diffuser ou à manipuler l information dont elle dispose. Le chapitre 3 propose un bilan rapide de l ensemble de ces travaux et met en évidence la complexité des stratégies informationnelles que les entreprises 161

170 Introduction de la partie sont susceptibles de mettre en œuvre. La majorité de ces travaux se sont néanmoins concentrés sur la phase de recherche ou sur le mode de protection qu une entreprise choisit pour son innovation. En revanche, les échanges d information entre concurrents qui interviennent lors de la phase de diffusion d une innovation ont été traités sans tenir compte que les entreprises peuvent ici encore gérer stratégiquement les informations dont elles disposent. Pourtant, durant cette phase du changement technologique, les premières entreprises qui adoptent une innovation bénéficient d un avantage informationnel dont elles peuvent chercher à tirer parti. Il existe donc une situation d asymétrie d information qui peut déboucher sur un comportement stratégique de la part de la première entreprise qui adopte une nouvelle technologie. Nous développons cette idée dans le chapitre suivant. Dans le chapitre 4, nous considérons un modèle d adoption dynamique, dans lequel deux entreprises concurrentes ont la possibilité d adopter un nouveau procédé de production devenu récemment disponible. Ces dernières sont néanmoins incertaines de sa profitabilité. Nous levons l hypothèse traditionnellement retenue dans les modèles d adoption selon laquelle une fois qu une entreprise a adopté une nouvelle technologie, le niveau de profitabilité de l innovation devient connaissance commune et nous envisageons la possibilité que la première entreprise qui adopte manipule l information qu elle transmet à son concurrent. Nous examinons alors les décisions d adoption des entreprises et cherchons à savoir sous quelles conditions la première entreprise manipule l information qu elle transmet du fait de sa présence sur le marché afin d empêcher son concurrent d adopter à son tour. Nous analysons dans un second temps les conséquences sur la diffusion de la nouvelle technologie de la gestion stratégique que peut avoir une entreprise de l information privée qu elle obtient, si elle adopte avant son concurrent. Nos conclusions conduisent à reconsidérer un certain nombre de résultats obtenus traditionnellement et à réexaminer l efficacité de certaines formes d intervention. 162

171 Chapitre 3 LA CIRCULATION DE L INFORMATION ENTRE ENTREPRISES CONCURRENTES : UN ETAT DES LIEUX Introduction Une entreprise est rarement à même de créer seule toutes les connaissances à l origine de son innovation et a généralement recours à un grand nombre de sources informationnelles externes. 1 De plus en plus d entreprises surveillent ainsi leur environnement pour connaître en permanence l évolution de la science et de la technologie. Cette veille stratégique, dans laquelle sont engagés la plupart des leaders industriels, est devenue un outil indispensable pour comprendre la réalité des marchés, des techniques et des modes de pensée des concurrents (Commissariat Général du Plan, 1994). 2 1 Voir le chapitre 2. 2 Par exemple, IBM a un service d analyse commerciale et Citicorp consacre des moyens importants au renseignement sur la concurrence (Jauch et Glueck, 1990). 163

172 Chapitre 3 - La circulation de l information entre entreprises concurrentes Cette surveillance est particulièrement soutenue à l égard des concurrents. La connaissance de ses adversaires constitue en effet depuis toujours un élément primordial dans la concurrence que se livrent les entreprises. Mais le changement technologique rend cette connaissance difficile car l information obtenue à un moment peut devenir rapidement obsolète. Les recherches que mène une entreprise livrent régulièrement de nouveaux résultats, alors que l utilisation de nouvelles technologies rend difficile la connaissance de l efficacité de son adversaire. Par conséquent, les entreprises engagées dans une activité innovante bénéficient fréquemment d informations privées sur l état de leurs recherches ou de leur système de production. Cette information privée fonde en partie l avantage innovant des entreprises. En effet, une entreprise en tête d une course au brevet peut perdre son avance si les résultats de sa recherche sont diffusés à ses concurrents. Qu il s agisse de premiers résultats scientifiques ou de l efficacité d un nouveau système productif, les entreprises se révèlent donc particulièrement attentives aux informations liées à leurs activités innovantes. D autant que la diffusion de ces informations peut modifier le comportement de leurs concurrents. Ainsi, lors d une course au brevet, le fait d apprendre qu un de ses concurrents est très avance sans avoir connaissance des résultats de la recherche de ce dernier peut amener certaines entreprises à abandonner la course. Les entreprises développent ainsi souvent une gestion stratégique de leurs informations ayant trait à leurs activités innovantes, qui peut passer par le secret ou la transmission volontaire d informations à même d influencer les actions de leurs adversaires. 3 Ce dernier comportement peut avoir pour objectif de leurrer ses concurrents en manipulant l information transmise. 4 3 La transmission d information peut également avoir pour objectif d influencer les décisions des consommateurs. Par exemple, une entreprise peut avoir recours à la technique du «vapoware» qui consiste à informer à l avance le public de la sortie prochaine d une version améliorée de son produit et qui a pour effet d éviter que les clients faisant partie de sa base installée ne se tournent vers des produits concurrents. 4 Ainsi, il y a encore quelques années, l entreprise Microsoft déclarait ne pas s intéresser à internet. Peu de temps après avoir fait ces déclarations, elle lançait de nouveaux logiciels intégrant un système de navigation. Cette 164

173 Chapitre 3 - La circulation de l information entre entreprises concurrentes Au vu de l importance des enjeux attachés aux informations ayant trait aux activités d innovation des entreprises, il apparaît que leur divulgation résulte en partie d un choix stratégique de la part des entreprises. Ces pratiques demeurent néanmoins difficiles à mettre en évidence empiriquement ; il s agit donc avant tout de prouver leur rationalité. C est ce que se sont attachés à faire un certain nombre de travaux théoriques que nous nous proposons d examiner. Ce chapitre propose un survol des travaux théoriques qui examinent la façon dont l information circule entre concurrents et son impact sur les décisions des entreprises. Cette synthèse permet de souligner les enjeux stratégiques que dissimule la diffusion des informations entre concurrents et la complexité des stratégies «informationnelles» que les entreprises sont susceptibles de développer afin de protéger ou de renforcer leur avantage innovant. Néanmoins, si la dimension stratégique des échanges d information a été discutée dans les modèles qui portent sur la phase de recherche, ou dans l utilisation d un brevet, rien de tel n a été fait dans les modèles d adoption. Ces derniers modèles font en effet tous l hypothèse d une structure informationnelle exogène, occultant ainsi les enjeux stratégiques liés aux échanges d informations entre concurrents lors de la diffusion des innovations. Plan du chapitre La première section de ce chapitre fait état des travaux théoriques ayant trait à la phase de recherche. Après avoir exposé différents modèles qui reposent sur une structure informationnelle exogène, nous examinons les travaux plus récents dans lesquels la diffusion de l information résulte du choix stratégique des entreprises. La seconde section se tourne vers les travaux qui s intéressent au mode de protection que les entreprises retiennent pour leur dernière a très probablement essayé d influencer le jugement de ses concurrents quant au potentiel commercial de 165

174 Chapitre 3 - La circulation de l information entre entreprises concurrentes innovation, en tenant compte du fait que lorsqu une entreprise brevette son innovation, cette dernière se voit obligée de rendre public les détails de son invention. Le choix de protéger son innovation par un brevet revient donc à accepter que l information sur laquelle elle repose soit diffusée. La troisième section de ce chapitre est consacrée aux modèles d adoption qui renvoient à la phase de diffusion des innovations. La décision d une entreprise d adopter une innovation dépend de l information dont elle dispose et donc de la façon dont l information circule entre concurrents. Nous remarquons alors que les schémas de circulation de l information retenus dans ces modèles ne tiennent pas compte des enjeux stratégiques attachés aux informations lors de cette dernière phase du changement technologique. la nouvelle technologie, ce qui lui a permis de prendre une certaine avance sur eux dans son exploitation. 166

175 Chapitre 3 - La circulation de l information entre entreprises concurrentes 1 Les échanges d information entre concurrents lors de la phase de recherche 5 Une course au brevet désigne généralement une phase de recherche, depuis la définition du programme et avant le dépôt éventuel d un brevet. Plusieurs entreprises peuvent y être engagées et il est généralement considéré que celle qui fait en premier la découverte est le gagnant exclusif. Cette contrainte rend la participation à une course au brevet très coûteuse car une entreprise supporte des dépenses de recherche tant qu aucun participant n a réalisé la découverte sans être assurée de gagner la course. Le fait d appendre qu une entreprise est en tête dans la course peut alors modifier considérablement l issue d une course, en incitant certains participants à l abandonner. Par ailleurs, dévoiler le contenu d une invention intermédiaire peut amener les entreprises concurrentes à demeurer dans la course. 1.1 L annonce d un succès intermédiaire Lors d une course au brevet, connaître la position de ses concurrents constitue une information de première importance. En effet, lorsqu une entreprise apprend que l un de ses concurrents est en avance dans la recherche dans laquelle elle est engagée, elle ajuste son niveau d effort : soit elle l accentue de façon à rattraper son retard 6, soit elle estime qu elle ne 5 Nous n aborderons pas dans ce chapitre les travaux ayant trait aux partages d information lors de création de joint-venture qui renvoient à un contexte particulier. A ce propos voir Katsoulacos et Ulph (1998). 6 Par exemple, en mai 1998, l entreprise Celera Genomics a annoncé son intention de décoder l ensemble du gêne humain en moins de quatre ans, soit avant la date annoncée par le programme public, Human Genome Project. Cette annonce a eu pour résultat d accentuer les efforts du groupe de chercheurs engagés dans le programme public (Church et Ware, 2000). 167

176 Chapitre 3 - La circulation de l information entre entreprises concurrentes pourra pas rattraper son concurrent et elle abandonne alors la course. En fonction de la réaction de son concurrent, l entreprise en tête peut alors avoir intérêt à camoufler ou au contraire à révéler son avance. Les premiers travaux qui abordent cette phase du processus ont généralement travaillé avec une structure informationnelle exogène : les participants sont informés de leur position relative dans la course. Ils examinent alors si le fait qu une entreprise soit en avance par rapport aux autre concurrents incite ces derniers à sortir de la course ou à modifier leurs dépenses de recherche. Des travaux plus récents se sont tournés vers la justification de la structure informationnelle retenue en examinant la décision des entreprises de révéler ou non leur position à leurs concurrents UNE STRUCTURE INFORMATIONNELLE EXOGENE Les modèles de course au brevet font l hypothèse que les concurrents connaissent leur position respective dans la course. Dans le cadre d une modélisation déterministe du processus de découverte, même une avance très faible garantit alors à l entreprise en tête d arriver en premier. Si une entreprise parvient à dépasser ses concurrents, ces derniers abandonnent alors la course. 7 Dans ce cas, les entreprise ont intérêt à révéler leur position à leurs rivaux : l entreprise en tête se retrouve seule à continuer la course et peut mieux allouer ses efforts, alors que les suivantes stoppent leurs dépenses de recherche. Ce résultat n est pas propre à une modélisation déterministe du processus de découverte. Fudenberg, Gilbert, Stiglitz et Tirole (1983) montrent en effet que dans le cadre d une modélisation stochastique du processus de découverte, il suffit que la probabilité de découverte 7 L avance du concurrent doit néanmoins constituer une information crédible. 168

177 Chapitre 3 - La circulation de l information entre entreprises concurrentes de chaque concurrent soit une fonction croissante de son expérience de recherche pour qu une entreprise ayant commencé la course en second l abandonne. En revanche, lorsque l entreprise qui est entrée en second dans la course a la possibilité de prendre l avantage sur son concurrent, autrement dit de le dépasser, alors elle reste dans la course, tout au moins dans un premier temps. Cette question a également été abordée par Fudenberg et al. (1983) dans le cadre d une course au brevet à deux étapes, où le processus de découverte est aléatoire à chaque étape. 8 En conservant l hypothèse que le temps passé dans la course augmente la probabilité de découverte de l entreprise, ils montrent que si l entreprise qui est entrée en second dans la course découvre en premier l invention intermédiaire, alors elle continue la recherche jusqu à la fin du jeu. L entreprise qui s est engagée la première dans la course peut finalement l abandonner. Fudenberg et al. (1983) trouvent des résultats de même nature, lorsque les entreprises observent avec retard la position de leur concurrent. La façon dont l information circule entre concurrents a par conséquent un impact important sur l issue de la course. Lippman et McCardle (1987) généralisent les précédents résultats, en considérant une course au brevet à N étapes et en supposant de façon exogène qu une entreprise débute la course avant l autre. Ces deux auteurs font par ailleurs l hypothèse que l expérience d une entreprise augmente non pas du fait du temps passé dans la course, mais du fait qu elle parvient à franchir une étape avec succès. Cela a pour effet d accroître la probabilité de découverte de l entreprise à l étape suivante. Lippman et McCardle (1987) montrent alors que l entreprise qui est en tête dans la course ne l abandonne jamais. En revanche, si le suiveur estime que l écart est trop important pour pouvoir rattraper l entreprise en tête, il sort de la course car son concurrent bénéficie, en plus de son avance, d une expérience plus importante 8 Grossman et Shapiro (1987) ont été les premiers à modéliser ce type de course. Les inventions intermédiaires sont généralement supposées non-brevetables et pour gagner la course une entreprise doit franchir avec succès toutes les phases successives. 169

178 Chapitre 3 - La circulation de l information entre entreprises concurrentes et donc d une meilleure efficacité pour finaliser l innovation. Si l écart est faible, les deux concurrents demeurent dans la course et il est possible que l entreprise en tête de la course change régulièrement d identité. Dans les travaux précédents, il est généralement avantageux pour l entreprise en tête de la course que son concurrent ait connaissance de sa position. Lorsque les entreprises sont initialement incertaines de la difficulté du projet, l entreprise en tête de la course peut être moins encline à révéler sa position à ses concurrents. En effet, lorsque ces derniers apprennent qu une invention intermédiaire a été réalisée, ils découvrent également que l innovation est possible, ce dont ils pouvaient douter jusqu alors. Cette annonce peut inciter les entreprises engagées dans la course à la poursuivre, alors qu ils avaient peut être prévu de la quitter en pensant que l innovation n était pas réalisable. Choi (1991) développe un modèle dans lequel les entreprises sont incertaines du «taux de hasard» de la première phase de recherche : il suppose que ce taux est soit strictement positif, soit nul, de sorte que le projet peut ne pas être réalisable. Le succès d un concurrent à la première étape a alors deux effets opposés. En apprenant que son concurrent a franchi avec succès une étape intermédiaire, une entreprise découvre l avance de ce dernier, ce qui joue plutôt négativement sur son maintien dans la course. Néanmoins, le succès du concurrent constitue aussi une «bonne nouvelle», puisque l entreprise découvre alors que le projet sur lequel elle travaille est réalisable. Choi (1991) trouve alors, selon l ampleur de chaque effet, des trajectoires de recherche contrastées des entreprises. Malueg et Tsutsui (1997) généralisent le modèle de Choi (1991) en considérant un modèle à n entreprises et en prenant en compte explicitement les dépenses de R&D des entreprises comme variable stratégique. Les auteurs montrent alors que la concurrence induit un niveau d effort plus soutenu de la part de chacune au début du jeu : le niveau initial de dépenses de recherche de chaque entreprise est une fonction croissante du nombre d entreprises engagées 170

179 Chapitre 3 - La circulation de l information entre entreprises concurrentes dans la course. Mais un second effet contrebalance ce premier effet. Si aucune entreprise ne parvient à innover, les entreprises révisent à la baisse leurs croyances sur la faisabilité du projet et ajustent leurs dépenses de R&D en conséquence. Les entreprises deviennent alors d autant plus rapidement pessimistes quant à la faisabilité de l innovation et baissent donc d autant plus fortement leurs dépenses de R&D que leur nombre est important LA DIFFUSION DE L INFORMATION COMME CONSEQUENCE D UN CHOIX STRATEGIQUE Les modèles précédents n envisagent pas la possibilité que le succès intermédiaire d une entreprise ne soit connu que si cette dernière le révèle. Ils n étudient donc pas la décision des entreprises de transmettre ou non cette information à leurs concurrents mais plutôt la réaction de ces derniers quant à leur maintien dans la course lorsqu ils disposent de cette information. Or, la connaissance de la position de ses concurrents dans une course peut être une information difficile, voire impossible, à obtenir. Il est donc naturel de supposer que la diffusion de cette information vient, tout au moins en partie, de la décision des entreprises de révéler leur position. Bag et Dasgupta (1995) analysent précisément cette question. Ils considèrent deux types d incertitude : la première porte sur la faisabilité du projet (taux de hasard), la seconde sur le niveau de compétence du concurrent en matière d innovation. 9 De bonnes nouvelles sur la faisabilité du projet peuvent également constituer de mauvaises nouvelles sur le type de son concurrent. Bag et Dasgupta (1995) montrent alors que si le succès se produit suffisamment tôt, l entreprise qui réussit la première à découvrir l invention intermédiaire décide de l annoncer, car cela a pour effet de décourager le concurrent. En revanche, si la découverte n a 9 En effet, il peut exister des entreprises qui ont une probabilité à innover plus importante que d autres du fait de l existence de compétences particulières. A l origine, les concurrents ne sont pas informés de cette caractéristique. 171

180 Chapitre 3 - La circulation de l information entre entreprises concurrentes lieu que tardivement, le leader préfère ne pas révéler son succès à son concurrent, car l annonce encourage ce dernier à continuer la course : il conclut que non seulement le projet est réalisable, mais également que son concurrent n est pas performant en matière de R&D. 1.2 L information sur une découverte intermédiaire Généralement, une entreprise qui a réalisé une recherche préliminaire est peu encline à transmettre à ses concurrents les résultats qu elle a obtenus. En effet, si ses concurrents obtiennent cette information, l entreprise, qui avait jusqu alors un avantage, le perd. 10 Ce type de transfert d information, s il n est pas voulu, se fait alors au détriment de l entreprise qui a fait la découverte. Néanmoins, dans certaines situations, une entreprise qui a réalisé une invention intermédiaire peut avoir intérêt à la divulguer volontairement. Par exemple pour lever des fonds sur les marchés de capitaux, les entreprises peuvent être obligées de révéler les résultats d une recherche intermédiaire (Bhattacharya et Ritter, 1983). Ce faisant, elles révèlent partiellement ou complètement le contenu de leur invention à leurs concurrents. Il peut également exister des situations dans lesquelles une entreprise peut avoir intérêt à révéler l invention intermédiaire qu elle a réalisée afin de ne pas se retrouver seule à terminer la course. 11 Dans une course au brevet à deux étapes, où le coût de la recherche est supporté tant que la découverte n est pas réalisée, Pfister (2001) montre que la première entreprise qui réalise une invention intermédiaire peut avoir intérêt à la dévoiler à son concurrent si l entreprise anticipe que son innovation sera difficile à protéger. Dans ce cas, l entreprise en tête prévoit 10 Même les résultats sur des échecs peuvent ne pas être transmis. 11 Voir également d Aspremont et al. (2000) pour un examen du marchandage sur le partage d informations intermédiaires entre concurrents dans une course au brevet. 172

181 Chapitre 3 - La circulation de l information entre entreprises concurrentes qu elle sera rapidement imitée si elle finalise l innovation, mais également qu elle aura la possibilité de s approprier une fraction de la valeur de l innovation si elle perd finalement la course. En transmettant à son concurrent l invention intermédiaire, elle s assure que ce dernier n abandonne pas la course, de sorte que la découverte de l innovation finale sera réalisée à une date plus proche. La durée moyenne de la course est donc diminuée et l entreprise doit supporter moins longtemps le coût de la recherche. Néanmoins, qu elle gagne ou non la course, l entreprise est assurée d obtenir une fraction de la valeur de l innovation. 12 Le coût de ne pas être le vainqueur de la course peut alors être plus que compensé par l économie réalisée du fait de la durée plus courte de la course. 2 L information transmise par le brevet Le brevet confère à son détenteur un droit temporaire d exploitation exclusive de l invention qu il protège. En contrepartie, le titulaire se voit obligé de rendre public le descriptif détaillé de son invention. En déposant un brevet, une entreprise transmet donc beaucoup d information à ses concurrents, puisque ces derniers reçoivent les informations nécessaires à la fabrication de l invention sans avoir eu à supporter les coûts de la recherche (Ordover, 1991 ; Scotchmer, 1991). Avant de breveter son innovation, une entreprise ne peut donc pas négliger la transmission d information qu impose ce mode de protection. Breveter son innovation, ou de façon équivalente accepter de diffuser l information résulte alors d un choix stratégique dans lequel une entreprise prend en compte les réactions de ses concurrents après 12 Le travail de Bessen et Maskin (2000) peut également être rapproché de l idée exposée dans cette sous-section, quoique leur approche soit normative à la différence de l ensemble des travaux évoqués jusqu ici. Ces auteurs examinent s il est possible que des entreprises innovantes aient intérêt à ne pas protéger leurs innovations, de façon à ce qu elles soient diffusées et utilisées par d autres entreprises, y compris leurs concurrents. Ils montrent que lorsque les innovation sont séquentielles, au sens où chaque innovation est un input de la suivante, une entreprise peut ne pas avoir intérêt à bloquer l entrée à des concurrents en les empêchant d utiliser son innovation. 173

182 Chapitre 3 - La circulation de l information entre entreprises concurrentes la transmission d information. Par la suite, la gestion qui est faite du brevet, notamment le choix de le renouveler ou non, peut également révéler de l information sur le potentiel commercial de l innovation L arbitrage entre le dépôt d un brevet et le secret De façon paradoxale, le brevet rend l imitation d une innovation plus facile puisqu il transmet toutes les informations nécessaires à son développement. Néanmoins, ceci est le prix à payer pour bénéficier d un droit de propriété légal sur une innovation. Derrière le choix de breveter ou non son innovation se trouve donc celui de transmettre à ses concurrents actuels ou potentiels les informations sur lesquelles repose son innovation. Cette transmission d information explique que certaines entreprises préfèrent ne pas breveter leur innovation. 14 La décision de breveter son innovation doit alors prendre en compte plusieurs éléments qui conditionnent la valeur de l innovation ou le coût de la protection. En premier lieu, l innovateur doit évaluer l efficacité réelle de la protection offerte, ainsi que son coût (Crampes, 1986). La capacité des brevets à empêcher effectivement l imitation apparaît en effet comme limitée (Mansfield et al., 1981) et le coût juridique pour faire respecter son droit de propriété peut être très élevé. Le brevet est un moyen de protection coûteux : il nécessite non seulement que l entreprise paye chaque année une somme assez élevée, mais induit également des coûts liés à la détection des contrefacteurs et à leur poursuite devant les tribunaux. Il incombe en effet à l entreprise titulaire du brevet de prouver que son droit d exclusivité a été violé. Si la 13 La plupart des pays européens exigent des détenteurs de brevets le versement d une annuité pour maintenir leur droit de propriété, jusqu à un maximum d une vingtaine d années. 14 De nombreuses études empiriques ont en effet mis en évidence que les entreprises ne brevetaient pas forcément leurs innovations (Levin et al., 1987 ; Bussy et al., 1994). 174

183 Chapitre 3 - La circulation de l information entre entreprises concurrentes contrefaçon est difficile à prouver, alors les concurrents pourront imiter sans grand risque d être poursuivis. 15 L entrée n est par ailleurs généralement jamais prohibée par un brevet mais elle est soumise à une contrainte de différenciation 16 : un brevet n empêche pas les concurrents d améliorer la première innovation, si les modifications apportées sont suffisamment significatives. Ces derniers innovent alors «autour du brevet» de la première entreprise et ne violent pas le droit de propriété accordé à ce dernier. L information transmise dans le brevet peut alors rendre plus facile ou plus rapide ce dépassement. Cette seconde innovation, sans enfreindre le précédent brevet, en diminue généralement la valeur. Dans un modèle statique, Horstmann, MacDonald et Slivinski (1985) montrent alors que tant qu un brevet n est pas suffisamment large pour éviter qu un concurrent n innove «autour d un brevet» de façon profitable, une entreprise peut préférer ne pas breveter son innovation. Green et Scotchmer (1990) examinent plus précisément la date à laquelle une entreprise brevette son innovation. En déposant trop tôt un brevet, une entreprise risque de ne breveter qu une solution incomplète, rapidement dépassée par des développements ultérieurs. La divulgation d information à ses concurrents peut permettre à l un d entre eux d améliorer la première innovation et provoquer un dépassement technologique non souhaitable. Le fait de déposer un brevet plus tardivement et de conserver, un temps, secrète son innovation permet à une entreprise de réaliser elle même nombre d améliorations et d obtenir une meilleure protection. Elle choisit donc de ne pas divulguer dans un premier temps l information sur laquelle repose son innovation à ses concurrents. Mais en retardant sa demande de protection, 15 Il est ainsi généralement considéré que les innovations de procédé sont mieux protégées par le secret que par un brevet car il est particulièrement difficile de prouver qu une entreprise a imité un brevet, l innovation de procédé demeurant dans ses murs. 16 Pour être brevetable, une innovation doit être «nouvelle, non évidente et doit déboucher sur une application industrielle». 175

184 Chapitre 3 - La circulation de l information entre entreprises concurrentes l entreprise court néanmoins le risque de voir un concurrent déposer avant elle un brevet. Les entreprises ont alors à faire l arbitrage entre ces deux risques. 17 Le brevet peut également être utilisé comme leurre. L idée est alors de transmettre trop d informations à ses concurrents ou des informations fausses afin de camoufler la technologie qui est véritablement utilisée par cette dernière. 18 Il est notamment possible qu une entreprise brevette une technologie inférieure à celle qu elle utilise La gestion du brevet Une fois déposé, le brevet peut révéler de l information sur sa valeur. Un entrant potentiel, même s il a accès aux détails techniques du brevet, ne dispose pas de la même information sur les caractéristiques du marché que l entreprise qui exploite commercialement l innovation. Les concurrents peuvent alors inférer du comportement de l entreprise détentrice du brevet de l information sur la profitabilité de l innovation. En particulier, le renouvellement d un brevet peut donner des renseignements sur la valeur d une innovation. Le brevet étant un moyen de protection coûteux, il est généralement considéré que seuls les brevets des innovations de forte valeur sont renouvelés. Ce faisant, le fait de renouveler un brevet peut alors transmettre de l information sur la valeur de l innovation d une entreprise et 17 Voir aussi Matutes et al. (1996) et Bloch et Markowitz (1996) pour des questions très proches. 18 De telles pratiques ont été observées dans les industries pétrolière et pharmaceutique. Par exemple, au milieu des années 1980, Genentech et Ely Lilly cherchaient toutes deux à développer une hormone de croissance pour traiter les enfants. Genentech mit au point une première hormone mais ne voulut pas la breveter immédiatement de façon à conserver son avantage et parfaire son innovation. Par la suite, elle a développé une utilisation stratégique des informations dont elles disposaient. Par exemple, elle a publié quatre ou cinq façons d accomplir la même tâche sans préciser quelle procédure était la plus efficace (McKelvey (1996)). 19 «La pratique d une protection offensive (bluff et intoxication) fait partie du jeu ; par exemple, rédiger des brevets piégés dont l objectif est de mettre les concurrents sur une fausse piste en leur faisant croire que l on a engagé des recherches dans un domaine imprévu (Claude Pascaud et Jean-Luc Piotraut «L innovation Industrielle»)», L Entreprise, numéro 120, Octobre

185 Chapitre 3 - La circulation de l information entre entreprises concurrentes attirer d éventuels imitateurs ou inciter des entreprises à innover «autour du brevet». Une entreprise qui dispose d un brevet de forte valeur peut alors décider d agir stratégiquement afin de ne pas révéler cette information à ses concurrents. Dans le cadre d un jeu séquentiel en information imparfaite, Crampes et Langinier (1998) examinent la décision d une entreprise de renouveler son brevet et l impact de son choix sur la décision d un entrant potentiel «d inventer autour du brevet». Les auteurs montrent alors que l entreprise détentrice du brevet peut préférer ne pas payer l annuité de son brevet, afin de faire croire à l entrant potentiel que la valeur de son brevet est faible. L information transmise est alors manipulée Les échanges d information entre concurrents lors de la phase de diffusion des innovations Dès lors qu il existe une asymétrie informationnelle entre les entreprises, il est possible que celle qui en bénéficie soit en mesure de l exploiter. Les différents travaux évoqués précédemment révèlent en effet que ces situations peuvent déboucher sur une transmission stratégique de l information ou, au contraire, à son camouflage. Lors de la diffusion d une innovation, même si initialement aucune entreprise n est mieux informée que ses concurrents, une situation d asymétrie informationnelle peut rapidement apparaître Choi (1998) s intéresse à l information qui est transmise suite à la poursuite d un imitateur devant les tribunaux. Quand les entreprises innovent «autour» d un brevet, elles ne savent jamais précisément si elles enfreignent ou non le droit de propriété du premier innovateur. Or, si ce dernier poursuit un de ses concurrents, il court le risque que les tribunaux déclarent qu il n y a pas violation de son brevet et que d autres entreprises décident alors d innover à leur tour «autour» du brevet. Le premier innovateur doit alors tenir compte de cette possibilité avant de poursuivre des concurrents devant les tribunaux. 21 Karshenas et Stoneman (1993) parle de diffusion pour toute utilisation d une innovation par des entreprises autres que son premier inventeur. Les travaux que nous évoquons envisagent une définition plus restreinte de la diffusion et relève davantage d un processus de diffusion incorporée (OCDE, 1996). 177

186 Chapitre 3 - La circulation de l information entre entreprises concurrentes 3.1 L émergence d une asymétrie informationnelle Lors de la diffusion d une innovation, les entreprises sont confrontées initialement à une grande incertitude sur ses caractéristiques techniques et économiques car elles n ont pas mis au point elles-mêmes l innovation qu elles ont la possibilité d adopter (OECD, 1997b). 22 Cette situation peut néanmoins évoluer et rapidement, certaines entreprises peuvent être mieux informées que leurs concurrents des caractéristiques techniques et économiques de l innovation. En premier lieu, les entreprises n ont pas accès aux mêmes sources informationnelles. En particulier, certaines peuvent appartenir à un réseau informationnel (Amesse et Debresson, 1991). En second lieu, les entreprises n adoptent pas aux mêmes dates, de sorte que les premières entreprises qui utilisent une nouvelle technologie obtiennent de l information dont ne disposent pas les entreprises qui ne l ont pas encore adopté. Ces dates d adoption décalées conduisent à une courbe de diffusion en S, ce qui constitue un fait stylisé bien connu en économie de l innovation (Mansfield, 1968 ; Karshenas et Stoneman, 1995). Une entreprise qui dispose d information privée sur une nouvelle technologie peut alors la transmettre volontairement à ses concurrents, par exemple par des échanges informels d information entre concurrents. Von Hippel (1987) a en effet révélé que ces échanges informels d informations pouvaient être relativement fréquents. Schrader (1991) a néanmoins relativisé quelque peu ce constat en montrant que de tels échanges n ont lieu que dans la mesure où la rivalité entre les concurrents n est pas intense, et que l information transmise n est pas vitale pour la concurrence. La diffusion de l information privée d une entreprise peut également se faire à son insu. En effet, par sa présence sur le marché, une entreprise révèle de l information à ses concurrents. Ainsi, en utilisant un nouveau procédé de production, une entreprise transmet à ses concurrents de l information sur l efficacité de son nouvel 22 Panizzolo (1997) constate que la disponibilité d information sur les nouvelles technologies est considérée 178

187 Chapitre 3 - La circulation de l information entre entreprises concurrentes équipement, ce qui permet à ces derniers de mieux évaluer sa profitabilité. Le risque lié à l adoption est alors diminué et les suiveurs peuvent avancer, ou retarder, leur adoption en fonction de l information qu ils ont apprise. Ces constats expliquent certainement que dans l ensemble des modèles d adoption, la circulation de l information entre concurrents est posée de façon exogène et ne provient pas de la décision des entreprises. Ainsi, il est généralement supposé que l information obtenue par l une des entreprises est instantanément diffusée à l ensemble de ses concurrents. 3.2 Une structure informationnelle exogène Les premiers modèles d adoption se sont intéressés au décalage qui existe entre la date d invention d un produit ou d un procédé de production nouveau et la date à laquelle cette innovation est adoptée pour la première fois. Ce retard est attribué au manque d information dont disposent initialement les entreprises sur la profitabilité de l innovation et qui les obligent à attendre avant de l adopter afin de rassembler davantage d information. Ainsi, Jensen (1982) examine un modèle dans lequel les entreprises sont initialement incertaines de la profitabilité d une nouvelle technologie de production qui leur est proposée. L auteur suppose alors que les entreprises peuvent obtenir de l information sur la profitabilité de l innovation auprès d une source externe à l industrie et qu elle reçoivent toutes la même information de sorte qu aucune ne bénéficie d un avantage informationnel. Dans un modèle relativement proche de Jensen (1982), Jensen (1983) suppose au contraire que les informations qu obtiennent les entreprises proviennent d expériences qu elles effectuent elles-mêmes et dont le résultat demeure une information privée. Bhattacharya et al. (1986) travaillent avec la même hypothèse que Jensen (1983) puisqu ils supposent également que l information que reçoivent les entreprises provient comme l élément le plus crucial dans l adoption des systèmes de conception assistée par ordinateur (CAD). 179

188 Chapitre 3 - La circulation de l information entre entreprises concurrentes de tests qu elles font sur la nouvelle technologie. Les auteurs déterminent alors la date d adoption des entreprises en examinant tour à tour deux structures informationnelles différentes : la première suppose que les résultats des expériences d une entreprise ne sont pas diffusés à ses concurrents, alors que la seconde suppose au contraire que cette information est diffusée automatiquement au reste de l industrie. Le second contexte aboutit à ce que toutes les entreprises disposent de la même information et prennent donc toutes la même décision. Ces premiers modèles ne prennent néanmoins pas en compte la possibilité d interactions stratégiques entre les entreprises. 23 En particulier, aucun concurrent n essaye de profiter gratuitement de l information qu obtient la première entreprise qui adopte l innovation. Pourtant, comme le montre Mariotti (1992), une telle situation est possible : lorsque les entreprises sont initialement incertaines de la profitabilité d une nouvelle technologie, chacune préfère que son concurrent l adopte en premier. Ce résultat est néanmoins dû principalement à l hypothèse avec laquelle travaille l auteur, à savoir que lors de la diffusion d une innovation, des externalités informationnelles existent puisque les premières entreprises qui l adoptent fournissent gratuitement à leurs concurrents de l information sur la profitabilité de la nouvelle technologie. 24 Les externalités informationnelles donnent un avantage au second intervenant, puisque ce dernier bénéficie de l information que découvre son concurrent lorsqu il adopte. 25 Le jeu est alors réduit à une guerre d usure. 23 Durant la même période, un certain nombre de modèles analysaient l impact des interactions stratégiques entre concurrents sur leur date d adoption. Reinganum (1981) a montré notamment que les dates d adoption décalées pouvaient s expliquer du fait que les entreprises qui adoptent plus tardivement reçoivent en général un profit moins élevé que les premières. Son modèle est néanmoins en information parfaite et ne traite pas du manque d information dont souffrent initialement les entreprises. 24 Jensen (1992) travaille avec la même hypothèse. 25 Choi (1997) et Shampine (1998) travaillent également avec une hypothèse d externalités informationnelles exogènes. Le premier se place dans le cadre d un modèle d adoption mais considère une technologie avec externalités de réseau. Shampine (1998) s intéresse davantage à la forme que devrait prendre l intervention publique afin d internaliser les externalités informationnelles qui existent lors de la diffusion d une nouvelle technologie. 180

189 Chapitre 3 - La circulation de l information entre entreprises concurrentes Cet avantage peut néanmoins être partiellement compensé par celui dont bénéficie le premier intervenant. Fudenberg et Tirole (1985) montrent d ailleurs que, dans le cadre d un modèle en information parfaite et complète, s il existe un avantage à adopter en premier, alors le jeu se transforme en une course à l adoption. 26 Chaque entreprise cherche alors à être la première à adopter la nouvelle technologie. A l équilibre, qu elles adoptent en premier ou en second, les entreprises touchent le même profit, la rente de l innovation ayant été partiellement dissipée du fait de dates d adoptions trop avancées. Plus récemment, dans un jeu en information imparfaite, Hoppe (2000) prend en compte simultanément les hypothèses d externalités informationnelles entre concurrents et l avantage à innover en premier. L auteur montre alors que le type du jeu -course ou guerre d usuredépend du niveau des croyances initiales des entreprises concernant la profitabilité de la nouvelle technologie. Pour les valeurs les plus faibles des croyances initiales, le gain à l attente dû aux externalités informationnelles domine, transformant le jeu d adoption en guerre d usure. En revanche, si les croyances sont relativement favorables à l éventualité d une innovation profitable, chaque entreprise essaye d être la première à l adopter, conduisant à une course et à la dissipation partielle de la rente de l innovation. L ensemble des modèles d adoption repose donc sur une structure informationnelle exogène. La pertinence de cette hypothèse n a jamais été discutée. Pourtant les enjeux liés à la diffusion de l information des premières entreprises qui adoptent une nouvelle technologie sont importants. En effet, si la nouvelle technologie s avère profitable et que les concurrents prennent connaissance de cette information, ces derniers seront alors incités à adopter à leur tour la nouvelle technologie. La première entreprise qui a adopté perd alors son avantage concurrentiel. Un examen plus attentif de la façon dont l information circule entre concurrents lors de la phase de diffusion d une innovation s impose alors. 26 Voir Dasgupta (1988) pour la caractérisation des guerres d usure et des courses. 181

190 Chapitre 3 - La circulation de l information entre entreprises concurrentes Conclusion La plupart des travaux évoqués dans ce chapitre rendent compte des enjeux stratégiques que revêtent les informations liées aux activités innovantes des entreprises. La gestion de ces informations conditionne en effet l ampleur des bénéfices qu obtiennent les entreprises de leur innovation. Ces dernières se montrent donc extrêmement attentives aux informations liées à leurs activités innovantes, faisant de leur transmission, ou de leur camouflage le résultat d un choix stratégique. L étude de ces stratégies «informationnelles» est importante afin de mieux comprendre la façon dont l information circule entre les entreprises. Il apparaît toutefois extrêmement difficile de construire des schémas de réflexions simples en la matière. Or, la compréhension des flux informationnels dans une économie est un pré-requis incontournable pour l intervention publique (Smith, 1995). Les stratégies «informationnelles» que mettent en œuvre les entreprises doivent par conséquent être examinées en détail pour savoir dans quel cas une entreprise a intérêt à diffuser, dissimuler ou manipuler l information dont elles disposent. Or, à notre connaissance, malgré l importance que revêtent les informations dans la décision d adoption technologique, les échanges d information entre concurrents lors de la diffusion d une innovation ont toujours été supposés d emblée. Pourtant, lors de cette phase, certaines entreprises peuvent bénéficier d informations privées sur une nouvelle technologie, notamment parce qu elles l adoptent et l utilisent avant leurs concurrents. Ces entreprises peuvent alors chercher à ce que cette information ne soit pas transmise à leurs concurrents. Ce type de stratégie est susceptible d influencer la vitesse de diffusion des nouvelles technologies, qui constitue un déterminant important de la croissance. Cette question est l objet du prochain chapitre. 182

191 Chapitre 4 LA MANIPULATION D INFORMATION LORS DE LA DIFFUSION DES INNOVATIONS : UN MODELE D ANALYSE * Introduction L intensité de la croissance économique dépend de l ampleur avec laquelle les innovations se diffusent (Sakurai et al., 1996). Ce n est en effet que lorsque l utilisation des nouvelles technologies ou des nouveaux savoir-faire se généralise que la société bénéficie du changement technologique. L OCDE (OECD, 1997b) souligne que la productivité d une industrie dépend souvent moins des technologies mises au point par les entreprises qui la composent, que de la diffusion de celles développées dans d autres industries. Papaconstantinou et al. (1996) constatent en effet que les nouvelles technologies sont développées dans un nombre limité de secteurs qui investissent fortement en R&D, puis se diffusent progressivement à l ensemble du tissu industriel. * Ce chapitre repose sur deux articles : Monjon (2000) et Monjon (2001). 183

192 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Or, les entreprises n ayant pas mis au point elles-mêmes les nouvelles technologies qu elles ont la possibilité d adopter sont confrontées initialement à une grande incertitude sur leurs caractéristiques techniques et économiques (OECD, 1997b). 1 Ce manque d information, ou la faible crédibilité de l information existante, peut alors ralentir la diffusion d une innovation, car les entreprises préfèrent attendre avant de l adopter afin de rassembler davantage d informations à son sujet et prendre alors une décision moins risquée (Carlsson et Jacobsson, 1992). 2 Ce retard dans la diffusion d une innovation, dû au manque d information dont disposent initialement les entreprises, a été mis en évidence dans de nombreux travaux théoriques. Fischer, Lindner et Pardey (1979), Jensen (1982), McCardle (1985) ou encore Bhattacharya, Chatterjee et Samuelson (1986) examinent la stratégie d adoption d entreprises, initialement incertaines des bénéfices à attendre de l utilisation de la nouvelle technologie qui leur est proposée. Ces dernières réduisent alors leur incertitude en réunissant progressivement de l information et décident d adopter la nouvelle technologie dès que la probabilité qu elle soit profitable devient suffisamment élevée. Si ces travaux soulignent l importance de réunir de l information avant d adopter une nouvelle technologie, ils ne spécifient néanmoins pas l origine de l information qu utilisent les entreprises pour prendre leur décision et ne prennent pas en compte les interactions stratégiques entre entreprises. 3 Or, ces deux éléments peuvent être liés, lorsque l information vient des concurrents, et en particulier des premières entreprises qui adoptent la nouvelle technologie. 1 Panizzolo (1997) constate que la disponibilité d information sur les nouvelles technologies est considérée comme l élément le plus crucial dans l adoption des systèmes de conception assistée par ordinateur (CAD). Ainsi, l incertitude des vingt-six petites et moyennes entreprises italiennes qui constituent son échantillon porte principalement sur les caractéristiques et les performances du système. 2 Ces informations ne peuvent pas être obtenues à l intérieur de l entreprise et nécessitent des sources externes d information. Voir le chapitre 2. Wozniak (1993) montre, sur données américaines, que l acquisition d informations externes et l adoption d une nouvelle technologie vont généralement de pair. 3 Fischer et al. (1979) et McCardle (1985) se concentrent sur une seule entreprise. Jensen (1982) suppose que les informations obtenues par les entreprises sont diffusées immédiatement aux autres, alors que Bhattacharya et al. (1986) supposent qu il n y aucun transfert d information entre les concurrents. 184

193 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Les concurrents constituent une source informationnelle importante. 4 Dos Santos et Peffers (1998) montrent en effet que l expérience des premières entreprises qui adoptent une nouvelle technologie constitue une information de première importance pour leurs concurrents, lorsqu ils cherchent à évaluer le potentiel d une innovation. Savoir qu un de ses principaux concurrents vient d adopter une nouvelle technologie constitue déjà un signal positif. Mais, si, suite à l utilisation d une nouvelle technologie, une entreprise devient plus concurrentielle et réussit à augmenter sa part de marché, ses concurrents peuvent alors être incités à adopter plus rapidement l innovation. En fait, en augmentant sa part de marché, la première entreprise qui a adopté révèle à ses concurrents que l innovation est profitable. Inversement, si, à la suite de l adoption d un nouveau procédé de production, une entreprise connaît des difficultés, ses concurrents peuvent décider finalement de ne pas l utiliser. L observation des actions des premières entreprises peut par conséquent révéler des informations permettant de mieux évaluer la profitabilité de le nouvelle technologie. Le risque lié à l adoption est alors diminué, et les suiveurs peuvent avancer, ou retarder, leur adoption, en fonction de l information qu ils ont apprise des premières entreprises à avoir utilisé l innovation. Il fait peu de doute que le comportement des premières entreprises qui utilisent une nouvelle technologie peut révéler certaines informations à leurs concurrents. Néanmoins, comme l ont déjà montré les travaux sur les comportements de prix-limite, de prédation ou de réputation, une entreprise, consciente que ses actions révèlent de l information à ses concurrents, peut choisir de modifier son comportement afin d éviter cette transmission d information. De la même façon, les premières entreprises qui adoptent une nouvelle technologie peuvent avoir intérêt à ne pas révéler à leurs concurrents sa profitabilité réelle. 4 Dans le chapitre 2, les statistiques du tableau 3 confirment l importance des concurrents comme source informationnelle, que l entreprise innove en interne ou en externe. Néanmoins, il se peut que ces chiffres ne reflètent pas le phénomène considéré ici. En effet, lorsque l information vient de l observation des actions des concurrents, il est peu probable que les entreprises interrogées identifient leurs concurrents comme une source informationnelle. 185

194 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Ces entreprises bénéficient en effet d un avantage informationnel dont elles peuvent essayer de tirer avantage. Dans le cadre d un modèle dynamique en information imparfaite qui généralise le modèle de signal de Milgrom et Roberts (1982), nous montrons que, lorsque les bénéfices à attendre de l utilisation d une nouvelle technologie sont initialement mal connus et lorsque les entreprises n adoptent pas à la même date, la première qui l utilise peut avoir intérêt à retarder sa diffusion. Elle restreint alors sa production afin de signaler une technologie d un faible potentiel commercial, de sorte que son concurrent, concluant que le nouveau procédé est peu profitable, ne l adopte pas. Contrairement à ce qui est généralement supposé, l information qu acquièrent les premières entreprises qui adoptent une innovation peut donc ne pas être diffusée à leurs concurrents. Ce comportement n est néanmoins pas toujours possible, et la première entreprise qui adopte peut ne pas réussir à dissimuler la forte profitabilité de la nouvelle technologie. Des externalités informationnelles émergent alors de façon endogène, à l équilibre du jeu, au sens où l entreprise qui n a pas encore adopté apprend la vraie profitabilité de la nouvelle technologie suite à l adoption de sa rivale. La possibilité de ce comportement stratégique peut conduire à un processus de diffusion inefficace. D une part, la diffusion de la nouvelle technologie peut être stoppée, de sorte que la nouvelle technologie n est adoptée que par une entreprise, alors que les deux y avaient intérêt. D autre part, la possibilité que la première entreprise manipule l information qu elle transmet à son rival peut conduire les concurrents à adopter simultanément la nouvelle technologie, même si la probabilité que ce nouveau procédé de production soit profitable pour les deux entreprises est faible. 186

195 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Plan du chapitre La section 1 est consacrée à l exposé du modèle et explique brièvement la nature de l équilibre utilisé, ainsi que les restrictions des croyances hors-équilibre employées. La section 2 recherche les stratégies d adoption et de production jouées par les entreprises, lorsque l une d entre elles a adopté avant son concurrent la nouvelle technologie. Cette section établit dans un premier temps sous quelle condition l entreprise qui vient d adopter a intérêt à restreindre sa production afin de ne pas révéler à son rival que l innovation est profitable, et spécifie les stratégies d équilibre des entreprises sous différentes configurations. La pertinence du comportement stratégique identifié est alors discutée. La section 3 endogénéise la structure d adoption initiale. Nous discutons par la suite l efficacité de différentes formes d intervention publique, après avoir identifié les différentes formes d inefficacités présentes selon les configuration envisagées. La section 4 conclut le chapitre. 187

196 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations 1 Le modèle Notre modèle correspond à un jeu dynamique, de durée finie, en information imparfaite. Il s inspire de deux pans de la littérature théorique. Des travaux sur l adoption, il retient l idée que la date à laquelle une entreprise adopte une nouvelle technologie est la résultante d interactions stratégiques entre concurrents (Reinganum, 1981 ; Fudenberg et Tirole, 1985 ; Mariotti, 1992 ; Hoppe, 2000). Aux modèles de signaux, il emprunte la logique, tout en l adaptant afin de prendre en compte la dimension temporelle du processus de diffusion (Milgrom et Roberts, 1982). Nous considérons une industrie composée de deux entreprises identiques (notées 1 et 2), utilisant la même technologie de production, et engagées dans une concurrence en quantité. 5 Notons c 0 le coût marginal de production initial commun aux deux entreprises. Au début du jeu, un nouveau procédé de production devient disponible. Les deux entreprises sont informées de la disponibilité de cette nouvelle technologie et doivent décider si elles l adoptent ou non. Les entreprises sont incertaines du potentiel commercial de la nouvelle technologie : elles estiment que le nouveau procédé est profitable si une seule entreprise l utilise dès le début du jeu, mais, qu en raison de coûts fixes d adoption irrécouvrables, notés CF, la nouvelle technologie peut ne pas être suffisamment profitable pour que les deux entreprises aient intérêt à l utiliser. 6 5 Nous aurions pu également travailler avec une concurrence en prix et l hypothèse qu une entreprise peut ne pas utiliser l intégralité de ses capacités de production pour camoufler son type. 6 Il est généralement supposé que les coûts fixes d adoption sont décroissants au cours du temps. Cette hypothèse permet d obtenir des dates d adoption échelonnées (Reinganum, 1981; Fudenberg et Tirole, 1985). 188

197 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Nous travaillons dans un jeu de durée finie, composé de N périodes. Cette hypothèse traduit l idée que la nouvelle technologie ne reste disponible qu un certain temps, avant, par exemple, d être remplacée par une version améliorée ou par un procédé de nature différente. 7 Les entreprises anticipent parfaitement la date à laquelle le jeu prend fin. 8 Dans ce jeu, nous examinons les stratégies d adoption et de production des entreprises rivales à chaque période et, en particulier, le niveau de production que choisit la première entreprise qui adopte la nouvelle technologie. Une entreprise qui parvient à utiliser le nouveau procédé de production avant son concurrent bénéficie d un avantage informationnel puisqu il est supposé que l utilisation de la nouvelle technologie permet de découvrir son niveau de profitabilité (Rosenberg, 1984). Son concurrent, qui n a pas encore adopté le nouveau procédé, n en est en revanche pas informé. Or, la production de l entreprise qui a adopté en premier peut transmettre de l information à son concurrent, lui permettant de mieux évaluer la profitabilité de la nouvelle technologie, ce qui influence sa décision d adopter ou non à son tour le nouveau procédé de production. Mais, consciente que ses actions révèlent de l information à son concurrent, la première entreprise peut essayer de manipuler l information transmise. Nous discutons la levée de cette hypothèse à la fin de la section 2. 7 Même si cela n est pas explicitement pris en compte dans notre modèle, le fait que le jeu soit de durée finie renvoie à l idée d obsolescence de la nouvelle technologie, qui peut être plus ou moins rapide selon le rythme du progrès technique dans l industrie. D après Rosenberg (1984, p.525), «[..] a firm may be unwilling to introduce the new technology if it seems highly probable that further technological improvements will shortly be forth coming». 8 La durée du jeu est supposée non-aléatoire, mais nos résultats resteraient qualitativement similaires si nous avions travaillé avec une durée de vie aléatoire de la nouvelle technologie. 189

198 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations 1.1 Le jeu LES HISTOIRES DU JEU Au début du jeu, les deux entreprises sont incertaines de la profitabilité de la nouvelle technologie. Deux états sont possibles. Dans le premier état, le nouveau coût marginal de production (noté c p ) est suffisamment faible pour que les deux entreprises aient intérêt à adopter la nouvelle technologie. Dans le second état, le nouveau coût marginal de production (noté c np ) n est pas suffisamment différent de c 0 pour que l adoption de la nouvelle technologie soit profitable aux deux entreprises. Le nouveau coût marginal d une entreprise qui a adopté (noté c t ) peut donc prendre deux valeurs : c t =c p ou c t =c np. Notons C t ={c p ; c np }. Les entreprises étant initialement similaires, elles partagent les mêmes croyances initiales sur la probabilité de chaque état. Notons Prob(c t =c p )=λ et Prob(c t =c np )=1-λ. A chaque période du jeu, les entreprises doivent décider simultanément si elles adoptent ou non la nouvelle technologie. Une histoire du jeu h τ peut être de trois types, selon le nombre d entreprises qui ont adopté dans le passé. Notons : S τ l ensemble des histoires du jeu jusqu à la date τ dans lesquelles aucune entreprise n a encore adopté la nouvelle technologie à une date antérieure. F τ l ensemble des histoires du jeu jusqu à la date τ dans lesquelles une seule entreprise (entreprise 1) a adopté la nouvelle technologie à une date antérieure. 9 9 Pour simplifier nos notations, nous supposons que, si les entreprises n adoptent pas à la même date, l entreprise notée 1 correspond à celle qui adopte en premier. Les identités de chaque entreprise sont interchangeables. 190

199 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations G τ l ensemble des histoires du jeu jusqu à la date τ dans lesquelles les deux entreprises ont adopté la nouvelle technologie à une date antérieure. Notons a 1 (τ) et a 2 (τ) les variables qui décrivent la structure d adoption du jeu à la date τ. La variable a i (τ) (i=1,2) est binaire : elle prend la valeur 1 si la nouvelle technologie a été adoptée avant la date τ par l entreprise i, et la valeur 0 sinon. Ainsi, a 1 (τ)=0 h τ S τ et a 1 (τ)=1 h τ F τ G τ. a 2 (τ)=0 h τ S τ F τ et a 2 (τ)=1 h τ G τ. que : La décision d adoption des entreprises est par ailleurs supposée irréversible, de sorte Si a i (τ)=1 alors a i (τ+k)=1, k (i=1,2). par : Le coût marginal de production c i (τ) de l entreprise i (i=1,2) à la date τ est alors donnée c i (τ)=c 0.(1-a i (τ))+c t. a i (τ), où c t C t (i=1,2). Les gains de court-terme des joueurs dépendent de leurs coûts marginaux de production et de la quantité que chacun produit. Notons π i (q 1,q 2 c 1 (τ),c 2 (τ)) le flux de profit par période que reçoit l entreprise i (i=1,2) de coût marginal c i (τ), lorsqu elle produit une quantité q -i et que son concurrent, de coût marginal c -i (τ), produit la quantité q -i (i=1,2). Comme il est habituel de le trouver dans la littérature théorique, il est supposé que π i (q 1,q 2 c 1 (τ),c 2 (τ)) (i=1,2) est concave par rapport à q i. 191

200 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations LE DEROULEMENT DU JEU Le jeu dure N périodes. A chaque période, une entreprise choisit son niveau de production et décide, si elle ne l a pas fait jusqu alors, d adopter ou non la nouvelle technologie, sachant que pour faciliter l exposé du jeu, l entreprise qui adopte en premier est notée 1. A la première période du jeu, les entreprises choisissent simultanément la quantité qu elles produisent (première étape), puis décident d adopter ou non la nouvelle technologie qui leur est proposée (seconde étape). 10 A la suite de cette première période, trois situations sont possibles selon le nombre d entreprises qui ont adopté l innovation. suivant : Si aucune entreprise n a adopté à la première période, le timing du jeu est alors le Première étape : Seconde étape : - Concurrence en quantité - Décision d adoption Cette séquence de décisions se répète à chaque période tant qu aucune entreprise n adopte la nouvelle technologie. Une fois qu une entreprise a adopté la nouvelle technologie (entreprise 1), elle l utilise dès la période suivante et elle apprend à cette occasion sa véritable profitabilité. L entreprise qui n a pas encore adopté (entreprise 2) observe l adoption de son concurrent, mais pas son type. 11 En fonction de la quantité qui a été produite par son concurrent en début de période, l entreprise 2 révise ses croyances sur la profitabilité de la nouvelle technologie et décide de 10 L étape de production de la première période ne sert qu à rendre l exposé du jeu plus simple. 11 Etant donné notre jeu, une entreprise qui adopte la nouvelle technologie a toujours intérêt à en informer son rival. 192

201 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations l adopter ou non. 12 A chaque période, tant qu une seule entreprise a adopté la nouvelle technologie, le timing du jeu est alors : Première étape : Seconde étape : - Concurrence en quantité - L entreprise 2 révise ses croyances sur le type de son concurrent et décide alors d adopter ou non la nouvelle technologie. Une fois que les deux entreprises ont adopté la nouvelle technologie, chaque période du jeu, dorénavant en information complète et parfaite, est réduite à une concurrence en quantité entre deux entreprises de même efficacité. Le graphique 1 décrit le déroulement ainsi que la structure du jeu LA STATIONNARITE DES STRATEGIES DE PRODUCTION Explicitons maintenant les différents chemins possibles du jeu et examinons les stratégies de production des entreprises. 12 L entreprise 2, bien que moins efficace que son concurrent, ne sort pas du marché. 193

202 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Graphique 4.1 La structure du jeu dynamique et son déroulement 13 A la période n=1 Choix des quantités produites. Un nouveau procédé de production est disponible. Décision d adoption des entreprises la profitabilité de la nouvelle technologie est révélée uniquement aux entreprises qui adoptent. Aucune entreprise n adopte au début du jeu. L entreprise 1 adopte au début du jeu. Les deux entreprises adoptent au début du jeu. A la période n=2 Choix des quantités produites. Décision d adoption des entreprises la profitabilité de la nouvelle technologie est révélée uniquement aux entreprises qui adoptent. A la période n=2 Choix des quantités produites. L entreprise 2 révise ses croyances et décide d adopter ou non la nouvelle technologie. A la période n=2 Choix des quantités produites. Pas d adoption en n=2. Les deux entreprises adoptent L entreprise 1 adopte en n=2. Pas d adoption par l entreprise 2 en n=2. L entreprise 2 adopte en n=2. A la période n=3 Choix des quantités produites. Décision d adoption des entreprises la profitabilité de la nouvelle technologie est révélée uniquement aux entreprises qui adoptent. A la période n=3 Choix des quantités produites. A la période n=3 Choix des quantités produites. L entreprise 2 révise ses croyances et décide d adopter ou non la nouvelle technologie A la période n=3 Choix des quantités produites. 13 Seules les trois premières périodes du jeu sont représentées mais la logique est la même pour les périodes suivantes. 194

203 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Examinons tout d abord un chemin particulier du jeu qui consiste en la répétition de l histoire de type S τ. Ce chemin correspond alors à un jeu de production répété de durée finie. 14 En effet, soit le chemin s achève parce que la dernière période du jeu est atteinte, soit le chemin finit car l histoire change du fait de l adoption d une ou des deux entreprises. Or, les décisions de production que prennent les entreprises lorsque l histoire du jeu est de type S τ n influencent pas la suite du jeu. Les stratégies de production des entreprises sont par conséquent stationnaires et, à chaque période, les quantités jouées par les entreprises correspondent à celles de l équilibre de Nash du jeu constituant, que nous supposons unique. Un raisonnement similaire conduit à une conclusion identique si le chemin examiné consiste en la répétition de l histoire de type G τ. La situation est en revanche différente pour un chemin qui consiste en la répétition de l histoire de type F τ. Dans ce cas, l entreprise 1 a adopté la nouvelle technologie. Sa stratégie de production doit prendre en compte la possibilité que l entreprise 2 puisse modifier le chemin en adoptant à son tour. Si cette dernière adopte, on passe en effet à une histoire du jeu de type G τ. Donc, pour empêcher cela, l entreprise 1 doit examiner la somme des profits que peut réaliser l entreprise 2 si celle-ci adopte la nouvelle technologie. Dans ce cas, on ne peut pas exclure a priori la possibilité que les stratégie de production des entreprises ne soient pas stationnaires LES STRATEGIES DES ENTREPRISES Explicitons à présent les stratégies des joueurs. Du fait que ces stratégies dépendent de l histoire du jeu, trois cas sont possibles. 14 Notons d ailleurs que s agissant de la concurrence en quantité, les entreprises sont en information complète et parfaite sur l efficacité de leur concurrent. 195

204 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Premier cas : h τ S τ Aucune entreprise n a adopté avant la date τ. La stratégie de chaque entreprise se compose alors de deux éléments : un choix de production et une décision d adoption. En premier lieu, les entreprises choisissent simultanément la quantité qu elles produisent à cette période. La stratégie de production de l entreprise i (i=1,2) à la période τ consiste à choisir une quantité τ qi +. Or, étant donné que dans ce cas les stratégies de production des entreprises sont stationnaires, les quantités qu elles jouent correspondent à celles de l équilibre unique de Nash du jeu courant de la période τ. En second lieu, les entreprises choisissent d adopter ou non la nouvelle technologie, en fonction de leurs croyances initiales et de la durée du jeu qu il reste à jouer. La fonction qu elles cherchent à maximiser correspond à la somme actualisée de leurs flux de profits futurs. Nous supposons que la facteur d actualisation est égal à 1. La stratégie d adoption de l entreprise i (i=1,2) consiste en : σ i : [0;1] S τ {A,NA} λ h τ σ i τ (λ ) où A renvoie à la décision d adopter la nouvelle technologie et NA à celle de ne pas l adopter. Deuxième cas : h τ F τ L entreprise 1 a adopté la nouvelle technologie avant son concurrent (entreprise 2). L entreprise 1 a deux types possibles, selon la profitabilité de la nouvelle technologie qu elle vient d adopter. Si elle utilise une technologie potentiellement profitable pour les deux entreprises (i.e. c t =c p ), son type est noté 1 P ; si la technologie qu elle utilise n est pas profitable 196

205 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations pour une seconde entreprise (i.e. c t =c p ), son type est noté 1 NP. Notons T={1 P, 1 NP } l ensemble des types possibles de l entreprise 1. La stratégie de production de l entreprise 1 consiste à choisir la quantité qu elle produit. Celle-ci dépend de son type, des croyances de son concurrent sur son type à cette date (notées µ τ ) ainsi que de la durée du jeu qu il reste à jouer. 15 La stratégie de production de l entreprise 1 à la période τ est donnée par : Q 1 : C t F τ [0;1] + τ c 1 (τ) h τ µ τ q c ( τ ), c ( τ ), µ ) 1 ( 1 2 τ Selon la période du jeu, l entreprise 1 P peut avoir intérêt à camoufler l efficacité de la nouvelle technologie afin d éviter que son concurrent ne l adopte. La stratégie de production de l entreprise 1 est donc établie de façon à maximiser l ensemble de ses flux de profits futurs. Nous supposons que le facteur d actualisation est égal à 1. La stratégie de l entreprise 2 se compose de deux éléments : un choix de production et une décision d adoption. En premier lieu, elle choisit, en même temps que son concurrent, la quantité qu elle produit à cette période. La stratégie de production de l entreprise 2 à la période τ consiste à choisir la quantité τ q2 + qui maximise son espérance de flux de profit à cette période, étant donné ses croyances sur le type de son concurrent et son coût marginal de production Pour la clarté de l exposé, nous nous restreignons aux stratégies pures. Néanmoins, les stratégies des joueurs se généralisent facilement à des stratégies mixtes. 16 Nous supposons qu à une période τ, l entreprise 2 choisit la quantité qu elle produit en maximisant son espérance de profit à cette période. Cette hypothèse lui enlève toute possibilité de comportement stratégique. En particulier, cette dernière pourrait essayer de forcer son concurrent à révéler la profitabilité de la nouvelle technologie. Le jeu deviendrait néanmoins considérablement plus complexe. 197

206 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations En second lieu, elle décide d adopter ou non la nouvelle technologie, en fonction de ses croyances révisées quant à la profitabilité de la nouvelle technologie. L entreprise 2 est informée que son rival a adopté la nouvelle technologie et cherche à obtenir de l information sur la profitabilité de la nouvelle technologie en observant la quantité qu a produit son rival. Elle connaît le marché qu elle sert, et notamment la fonction de demande qui le régit. En fonction de la quantité qui a été produite par son concurrent, l entreprise 2 révise ses croyances sur la profitabilité de la nouvelle technologie et décide de l adopter ou non. L entreprise 2 révise, de façon bayésienne, ses croyances sur la profitabilité de la nouvelle technologie : µ τ =Prob(t=1 P τ q c ( τ ), c ( τ ), µ ), µ τ-1 ). 1 ( 1 2 τ L entreprise 2 prend sa décision en fonction de ses croyances révisées et de la durée du jeu qu il reste à jouer. La fonction qu elle cherche à maximiser correspond à l ensemble de ses flux de profits futurs. La stratégie d adoption de l entreprise 2 consiste en : σ 2 : [0;1] F τ {A,NA} τ 2 τ µ τ h τ σ ( µ ) Troisième cas : h τ G τ Les deux entreprises ont adopté la nouvelle technologie à une période antérieure à τ. Le jeu est alors en information parfaite et complète. La stratégie de chaque entreprise revient à choisir la quantité qu elle produit. La stratégie de production de l entreprise i (i=1,2) à la période τ consiste à choisir une quantité q τ i +. Or, comme, dans ce cas, les stratégies de production des entreprises sont stationnaires, les quantités qu elles jouent correspondent à celles de l équilibre unique de Nash du jeu courant de la période τ. 198

207 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations 1.2 Hypothèses et notations Selon l histoire envisagée, les stratégies de production des entreprises peuvent être stationnaires. Cette propriété nous permet de simplifier nos notations et d énoncer de façon formelle les hypothèses avec lesquelles nous travaillons sur la profitabilité de la nouvelle technologie dans les deux états du jeu. Tant qu aucune entreprise n a adopté la nouvelle technologie, les entreprises, de même efficacité, sont en concurrence en quantité. Les deux entreprises sont alors amenées à jouer les quantités de l équilibre de Nash du jeu courant. Ces quantités seront dites de Cournot-Nash. Les entreprises reçoivent le même niveau de profit. De la même façon, une fois que les deux entreprises ont adopté la nouvelle technologie, elles produisent les quantités de l équilibre de Nash du jeu courant. Notations (premier et troisième cas) A chaque date τ telle que h τ S τ ou h τ G τ, les quantités jouées par les entreprises correspondent à celles de l équilibre de Nash du jeu courant, soit : telles que : * * ( q ( c 1( τ ), c 2( τ )), q 2( c 1( τ ), c 2( 1 τ * * q1 ( c 1( τ ), c 2( τ )) ArgMax π 1( q1, q 2 ( c 1( τ ), c 2( τ )) c 1( τ ), c 2( τ )) et q1 * * q 2 ( c 1( τ ), c 2( τ )) ArgMax π 2( q1 ( c 1( τ ), c 2( τ )), q 2 c 1( τ ), c 2( τ )). 17 q2 ))) 17 Rappelons que nous supposons que l équilibre de Nash du jeu courant est unique. 199

208 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Les flux de profits que reçoivent les entreprises à la période τ sont alors notés : - Si h τ S τ : * * * * π q ( c, c ), q ( c, c ) c, c ) = π ( q ( c, c ), q ( c, c ) c, ) = π 0 1( c 0 - Si h τ G τ et c t =c p : * * * * π ( q ( c, c ), q ( c, c ) c, c ) = π ( q ( c, c ), q ( c, c ) c, c ) = π p 1 1 p p 2 p p p p 2 1 p p 2 p p p p - Si h τ G τ et c t =c np : * * * * π ( q ( c, c ), q ( c, c ) c, c ) = π ( q ( c, c ), q ( c, c ) c, c ) = π np 1 1 np np 2 np np np np 2 1 np np 2 np np np np Lorsqu une entreprise adopte seule, elle obtient de l information privée sur la profitabilité de la nouvelle technologie. Sachant que sa stratégie de production peut révéler de l information à son concurrent, l entreprise 1 P peut avoir intérêt à camoufler son type et ne pas produire la quantité qui correspond à l équilibre bayésien du jeu courant. En revanche, l entreprise 2 détermine la quantité qu elle produit en maximisant son espérance de profit à la période τ, qui dépend de ses croyances sur le type de son concurrent à cette date et de son coût marginal de production. 200

209 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Notations (deuxième cas) Si h τ F τ alors, si l entreprise 1 ne cherche pas à camoufler son type, il est possible que les quantités jouées par les entreprises correspondent à celles de l équilibre bayésien du jeu courant, soit : telles que : q ( q ( c 1( τ ), c 2( τ )), q 2( µ τ, c 2( 1 τ 1( c q1 ( τ ), c ( τ )) ArgMax π ( q, q ( µ τ, c ( τ )) c ( τ ), c ( τ )) et µ τ.π 2 ( q c p, ), q µ = 1, ) c p,c 0 )+(1-µ τ ).π 2 ( q c np, ), q µ = 0, ) c np,c 0 ) 1( c 0 2( τ c 0 ))) 1( c 0 µ τ.π 2 ( q c p, ),q 2 c p,c 0 )+(1-µ τ ).π 2 ( q c np, ),q 2 c np,c 0 ), q 2 + 1( c 0 1( c 0 2( τ c 0 Les quantités d équilibre du jeu bayésien pour l entreprise 1 sont alors notées : q c np, ) = q 1 np et q c p, ) = p 1( c 0 1( c 0 Les flux de profits des entreprises sont alors notés : q 1 π q ( c, c ), q ( 0, c ) c, ) =π 1np et π q ( c, c ), q ( 0, c ) c, ) 1( 1 np 0 2 µ τ = 0 np c 0 2( 1 np 0 2 µ τ = 0 np c 0 =π 2np π q ( c, c ), q ( 1, c ) c, ) =π 1p et π q ( c, c ), q ( 1, c ) c, ) 1( 1 p 0 2 µ τ = 0 p c 0 2( 1 p 0 2 µ τ = 0 p c 0 =π 2p Il est néanmoins possible que l entreprise 1, cherchant à camoufler son type, ne joue pas sa quantité d équilibre du jeu bayésien courant. L entreprise 2 continue en revanche à suivre la même stratégie. Les profits de court-terme des entreprises sont alors notés : π q, q ( c, c ) c, ) =π 1np (q 1 ) et π q, q ( c, c ) c, ) =π 2np (q 1 ) 1( 1 2 np 0 np c 0 2( 1 2 np 0 np c 0 π q, q ( c, c ) c, ) =π 1p (q 1 ) et π q, q ( c, c ) c, ) =π 2p (q 1 ) 1( 1 2 p 0 p c 0 2( 1 2 p 0 p c 0 201

210 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Ces notations simplifiées nous permettent de formaliser l hypothèse selon laquelle la nouvelle technologie peut être, ou ne pas être suffisamment profitable pour que les deux entreprises l adoptent. Hypothèse 18 (H-i) (H-ii) ( π N 1). π p CF > ( N 1). 2 p ( π N 1). π np CF < ( N 1). 2np L hypothèse (H-i) traduit l idée qu il est dans l intérêt des deux entreprises d adopter la nouvelle technologie au début du jeu, si elle conduit à un coût de production c p. En revanche, si l adoption du nouveau procédé de production aboutit à un coût marginal c np alors il n est pas profitable pour les deux entreprises d adopter le nouveau procédé (hypothèse (H-ii)). Nous supposons, en revanche, que dans ce dernier cas, si une entreprise adopte seule, elle a intérêt à utiliser le nouveau procédé de production, même si sa profitabilité est faible. C est l objet de l hypothèse (H-iii). Hypothèse (H-iii) ( 1). π 1 CF > ( N 1). π N np 0 18 La jeu débute par une étape de production durant laquelle aucune entreprise n a adopté. Si la technologie est profitable, elle doit l être pour les (N-1) périodes restantes. 202

211 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations L hypothèse (H-iii) spécifie que, quel que soit le niveau de profitabilité de la nouvelle technologie, si une entreprise a la possibilité d adopter seule et de produire la quantité d équilibre de l équilibre bayésien du jeu courant, alors cette dernière a intérêt à utiliser la nouvelle technologie en début de jeu. Des hypothèses précédentes, nous déduisons l inégalité suivante : π 1np π > π 0 np π 2np qui traduit un avantage à innover en premier, comme le supposent généralement les modèles d adoption (Reinganum, 1981 ; Fudenberg et Tirole, 1985 ; Götz, 2000 ; Hoppe, 2000). 1.3 Démarche de résolution du jeu Le jeu se résout par induction vers l amont. Trois situations sont possibles, selon le nombre d entreprises qui ont déjà adopté la nouvelle technologie. Les stratégies d équilibre doivent être déterminées pour chaque situation. La résolution se fait par conséquent en deux temps. Dans un premier temps, nous déterminons les stratégies d équilibre jouées par les entreprises dans le cas où l une d entre elles a adopté la nouvelle technologie. La résolution de ce sous-jeu se fait selon le concept d équilibre séquentiel de Kreps et Wilson (1982b). 19 Un équilibre séquentiel ne contraint que partiellement les croyances hors-équilibre. Il peut ainsi reposer sur des croyances hors-équilibre peu plausibles. Plusieurs raffinements de l équilibre séquentiel ont donc été nécessaires afin de diminuer le nombre d équilibres séquentiels 19 Les définitions de l équilibre séquentiel et des différents raffinements utilisés sont rappelées dans l annexe

212 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations possibles : le «critère intuitif» de Cho et Kreps (1987) et le test de Mailath, Okuno-Fujiwara et Postelwaite (1993). 20 La résolution du jeu complet nécessite dans un second temps de déterminer les stratégies d adoption des entreprises à la première étape. Nous établissons donc les décisions que prennent les entreprises au début du jeu, en comparant les profits totaux que réalisent les entreprises rivales si aucune n adopte, si une seule adopte ou encore si les deux adoptent. 2 Les stratégies d équilibre lorsqu une seule entreprise a adopté la nouvelle technologie Lorsqu une entreprise adopte avant son concurrent, elle bénéficie d un avantage informationnel puisqu elle est la seule à connaître la vraie profitabilité du nouveau procédé de production. Mais la quantité qu elle produit constitue un signal de la profitabilité de ce nouveau procédé, car les deux entreprises ont connaissance de la demande qui s exerce sur le marché. Si l entreprise de type 1 P produit d emblée la quantité q 1 p, qui correspond à la quantité de l équilibre bayésien du jeu courant, son concurrent conclut que le potentiel économique de la nouvelle technologie est suffisant pour l adopter à son tour. En revanche, si l entreprise 2 pense être en présence d un procédé peu profitable, elle n adoptera pas. Face à la menace de voir son concurrent adopter à son tour la nouvelle technologie si elle découvre 20 La résolution du jeu nécessite l utilisation de deux raffinements différents. Selon Mailath et al. (1993), «different refinements capture these reasons and rule out different sorts of implausibilities. When thought of in this way, there is no reason that different restrictions should not be employed in the analysis of a single game». De plus, les raffinements utilisés dans ce travail reposent sur les mêmes hypothèses comportementales. En effet, les différents raffinements dans la littérature peuvent être répartis entre deux classes : la première se concentre sur la possibilité que les joueurs fassent des erreurs pour restreindre les croyances hors-équilibre, la seconde suppose que les joueurs sont rationnels et savent que les autres joueurs le sont aussi (Mailath et al., 1993). Les deux raffinements utilisés dans ce travail appartiennent à ce second groupe. 204

213 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations qu elle est suffisamment profitable, l entreprise de type 1 P peut alors avoir intérêt dans un premier temps à lui cacher cette information. Cette dernière se comporte alors comme si son coût marginal de production était c np en produisant la quantité que produirait une entreprise 1 NP. Cette section détermine si l entreprise 1 P a la possibilité de mettre en œuvre cette stratégie et dans quelle mesure elle lui est profitable L incitation du leader à manipuler l information En raison de la présence de coûts fixes d adoption, la décision de l entreprise 2 d adopter la nouvelle technologie dépend du nombre de périodes durant lesquelles elle peut l utiliser. Il existe par conséquent une date après laquelle l entreprise 2 n adoptera plus le nouveau procédé de production, même si elle découvre que sa profitabilité est forte. Après cette date, le leader 1 P peut par conséquent pleinement profiter du potentiel technique et économique de l innovation, sans risquer de voir son concurrent l adopter à son tour. Par ailleurs, quelle que soit la quantité que l entreprise 1 produit, l histoire du jeu n est pas modifiée car l entreprise 2 n a plus intérêt à adopter. L histoire du jeu demeure donc de type F τ. On est donc ramené à jeu répété dont la durée, finie, ne dépend pas de la stratégie de production de l entreprise 1. Après la date n 0 la stratégie de production de l entreprise 1 est par conséquent stationnaire et les quantités jouées correspondent à celles de l équilibre bayésien du jeu courant. 21 Dans cette section, nous supposons qu à la première période du jeu une entreprise a déjà adopté la nouvelle technologie et nous établissons les résultats sous cette hypothèse. Néanmoins, dans le jeu complet, cette structure ne peut apparaître qu à la deuxième période, ou à une période ultérieure. Mais poser d emblée qu une entreprise a adopté facilite l exposé des résultats, qui se généralisent par la suite très facilement à une période ultérieure. 205

214 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Lemme 1 Il existe une unique date n 0 après laquelle l entreprise 2 n adopte plus la nouvelle technologie, quelle que soit sa profitabilité. Cette date est telle que : (N-n 0-1).(π p -π 2p )<CF (N-n 0 ).(π p -π 2p ) Preuve : voir l annexe 2. La date n 0 intervient d autant plus tôt dans le jeu, que les coûts fixes d adoption sont élevés : toutes choses égales par ailleurs, si le coût d adoption augmente, l entreprise 2 a besoin d un plus grand nombre de périodes pour amortir l achat du nouvel équipement. De la même façon, la date n 0 intervient d autant plus rapidement que le profit reçu par le suiveur π 2p est important car l entreprise 2 est alors moins incitée à acheter l innovation de procédé. La date n 0 intervient en revanche d autant plus tard que le jeu dure longtemps. Toutes choses égales par ailleurs, lorsque la durée du jeu augmente, le nombre de périodes sur lesquelles le suiveur a la possibilité d amortir son achat est accru, de sorte que la date après laquelle il n adopte plus intervient plus tardivement. De la même façon, lorsque le profit π p est plus important, l entreprise gagne plus à chaque période ; elle a donc besoin d un nombre moins important de périodes sur lesquelles amortir son achat. Après la date n 0 la stratégie d équilibre de l entreprise 2 est, à chaque période, de ne pas adopter le nouveau procédé de production, et ce quelles que soient ses croyances. L entreprise 1 P est donc assurée que, dans la suite du jeu, son concurrent n adoptera pas ; elle joue par conséquent la quantité qui maximise son profit de court terme, sans crainte de voir son concurrent adopter la nouvelle technologie. La stratégie de production du leader révèle alors son type. 206

215 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Proposition 1 Pour toute date n n 0 +1, les stratégies d équilibre sont, quel que soit µ n : q 1 n q 1 ( c p, c 0, µ n ) = p q 1 n q 1 ( c np, c 0, µ n ) = np σ n ( µ ) = NA. 2 n Les croyances révisées de l entreprise 2 sont telles que µ = 0 s il observe la quantité q 1 np à la période n et µ n = 1 s il observe la quantité q 1 p. Ces stratégies d équilibre ne dépendent pas des croyances hors-équilibre. n Si l entreprise 1 P parvient à empêcher l entreprise 2 d adopter aux n 0 premières périodes du jeu, elle reste donc seule à utiliser le nouveau procédé de production, ce qui lui procure un avantage concurrentiel significatif. Une stratégie possible pour l entreprise 1 P est donc de dissimuler la profitabilité du nouveau procédé de production en imitant le comportement de production de l autre type. 22 La stratégie du leader est alors mélangeante. Il existe, en fait, un continuum d équilibres mélangeants dans lesquels le leader de type 1 P et celui de type 1 NP produisent la même quantité et l entreprise 2 n adopte pas. L utilisation des raffinements de Cho et Kreps (1987) et de Mailath et al. (1993) permet de diminuer considérablement le nombre de stratégies d équilibre possibles. 22 Dans notre modèle, et contrairement à ceux de Kreps et Wilson (1982a) et Milgrom et Roberts (1982), c est le type «fort» qui imite le type «faible». 207

216 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Lemme 2 Le seul équilibre mélangeant qui respecte le «critère intuitif» de Cho et Kreps (1987) et le test de Mailath et al. (1993) repose sur la quantité q 1 np. Preuve : voir l annexe 3. Comme q 1 np < q 1 p, le leader 1 P dissimule la véritable profitabilité du nouveau procédé de production en restreignant sa production, de façon à ce que l entreprise 2 obtienne le même profit que si elle était en concurrence avec une entreprise de type 1 NP. Cette stratégie peut être très coûteuse puisque l entreprise 1 P doit camoufler l efficacité de son procédé de production du début du jeu jusqu à la période n 0. Les bénéfices de cette stratégie ne s obtiennent qu après cette date. Le leader 1 P compare par conséquent le profit qu il réalise s il imite l autre type et réussit à empêcher son concurrent d adopter, à celui qu il reçoit s il révèle son type au début du jeu, en produisant la quantité q 1 p, ce qui induit l adoption de son concurrent. Lemme 3 L entreprise de type 1 P seulement si : est incitée à camoufler son type à chaque période n n 0 si et n π 0 1 p π p < N 1 π π ( q 1 p 1 p 1np ) (1) Preuve : voir l annexe

217 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Si π 1p ( q 1 )>π p alors l entreprise 1 P est incitée à camoufler son type quelle que soit n 0. np Sinon, elle est incitée à dissimuler son type seulement si le nombre de périodes durant lesquelles elle peut profiter pleinement de son nouveau procédé de production est suffisamment important. Le dénominateur (π 1p -π 1p ( q 1 np )) correspond au manque à gagner de l entreprise 1 P lorsqu elle restreint sa production et (π 1p -π p ) à la perte qu entraîne l adoption de la nouvelle technologie par son concurrent. Si la condition (1) n est pas vérifiée, l entreprise 1 P révèle à son concurrent la profitabilité de la nouvelle technologie, en produisant la quantité q 1 p à la première période du jeu. L entreprise 2 conclut alors que l innovation est suffisamment profitable et l adopte à la même période. 2.2 La mise en œuvre de la manipulation d information A chaque période, tant que l entreprise 2 n a pas adopté, cette dernière a la possibilité d acheter le nouveau procédé de production. Sa stratégie d équilibre dépend de ses croyances révisées sur la profitabilité de la nouvelle technologie. 23 Lemme 4 A une date n n 0 telle que l entreprise 2 n a pas encore adopté la nouvelle technologie, il existe un seuil Ψ n tel que la stratégie d adoption d équilibre de l entreprise 2 est donnée par : 23 La révision des croyances est réalisée en appliquant la formule de Bayes. 209

218 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations σ n 2 ( µ n A ) = NA { A, NA} si µ > Ψ n n n n si µ < Ψ n si µ = Ψ n où CF + (N n).(π 2np πnp ) Ψ n= et où la notation {A,NA} exprime que (N n).(π π ) + (N n ).(π π ) p np 0 2np 2 p l entreprise 2 est indifférente entre A et NA. Le seuil Ψ n est toujours compris entre 0 et 1 et est une fonction croissante de n. Preuve : voir l annexe 5. Pour adopter, l entreprise 2 doit donc estimer que la probabilité d une technologie suffisamment profitable pour deux entreprises est élevée. Or, plus le temps passe, plus une erreur est coûteuse, et plus cette entreprise augmente le niveau de croyances Ψ n au-delà duquel elle choisit d adopter. De ce fait, si l entreprise 2 n a pas adopté à une période n, elle ne le fera pas non plus à la période suivante si ses croyances n ont pas évolué par rapport à celles de la période précédente. Lorsqu à une période n, l entreprise de type 1 P suit exactement la même stratégie de production qu une entreprise de type 1 NP, l entreprise 2 ne peut rien inférer du comportement de son concurrent ; ses croyances révisées à la période n+1 sont alors les mêmes qu à la période précédente. 24 Toutefois, l entreprise de type 1 P n imitera le comportement de l autre type que si elle est assurée que son concurrent n adopte pas la nouvelle technologie. Tel n est pas toujours le cas et, selon le niveau des croyances initiales, l entreprise 1 P n a pas toujours intérêt à imiter l autre type. 24 En effet, µ n+1 =µ n /(µ n +(1-µ n ))=µ n. 210

219 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations La détermination de la stratégie d équilibre de l entreprise 1 dépend de ce qu il lui est possible de faire au début du jeu. Si l entreprise 2 est initialement peu encline à croire à l éventualité d une forte profitabilité de la nouvelle technologie, l entreprise 1 P peut exploiter les doutes de son concurrent, en faisant en sorte qu il n adopte pas l innovation disponible. L équilibre est alors mélangeant. A l inverse, il se peut que la stratégie jouée par l entreprise 1 au début du jeu révèle à son concurrent la profitabilité de la nouvelle technologie. L équilibre est alors révélateur. Enfin, si l entreprise 2 est plutôt optimiste quant à l éventualité d une forte profitabilité, l entreprise 1 P peut adopter une stratégie mixte à la première période de façon à rendre son concurrent plus pessimiste sur le potentiel économique de la nouvelle technologie. L équilibre est alors semi-révélateur UNE IMITATION REUSSIE : L EQUILIBRE MELANGEANT Pour être efficace, une stratégie qui consiste à camoufler la forte profitabilité de l innovation doit être mise en œuvre dès le début du jeu. Le niveau des croyances initiales de l entreprise 2 doit par ailleurs être suffisamment bas pour que cette dernière choisisse de ne pas investir à la première période. Proposition 2 Si λ<ψ 1 =Ψ* alors il existe un équilibre séquentiel mélangeant donné par : n n q1 ( c p, c 0, λ) = q1 ( c np, c 0, λ ) = q 1 np pour toute période n n 0. Les croyances révisées de l entreprise 2, µ n, restent inchangées et égales à λ. Comme λ<ψ 1 l entreprise 2 n adopte pas la nouvelle technologie. Les croyances hors-équilibre de l entreprise 2 doivent être telles qu elle adopte si elle observe que son concurrent produit une quantité appartenant à l intervalle ] q 1 np ; q sup ], où q sup est la plus grande valeur 211

220 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations qui assure à l entreprise 1 P le même niveau de profit que la quantité Aucune autre restriction n est nécessaire. q 1 np (i.e. π 1p (q sup )=π 1p ( q 1 np )). 25 Ces stratégies d équilibre sont les seules à respecter le «critère intuitif» de Cho et Kreps (1987) et le test de Mailath et al. (1993). Preuve : voir l annexe 3 et le graphique 2. Si les croyances initiales de l entreprise 2 sont inférieures au seuil Ψ* alors, à chaque date n n 0, l entreprise 1 P imite le comportement de production de l entreprise 1 NP, qui consiste à produire la quantité q 1 np. Les croyances de l entreprise 2 n évoluent par conséquent pas, demeurant à leur niveau initial, de sorte que cette dernière n adopte jamais. Il n y a alors aucune transmission d information entre la première entreprise qui adopte la nouvelle technologie et sa rivale. 25 Voir le graphique

221 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Graphique 4.2 Restrictions des croyances hors-équilibre de l équilibre mélangeant 1np (q), 1p (q) 1p (q) 1np (q) q 1np q sup quantité q Si l entreprise 2 observe une quantité appartenant à cet intervalle, ses croyances hors-équilibre sont telles qu elle adopte. 213

222 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations L EMERGENCE D EXTERNALITES INFORMATIONNELLES : L EQUILIBRE REVELATEUR Si l entreprise 1 choisit de jouer une stratégie révélatrice, elle a intérêt à le faire dès le début du jeu. Par ailleurs, à la différence des jeux de signaux traditionnels, c est le type le plus faible qui doit, ici, se signaler, ce qui réduit par conséquent la zone d existence de ce type d équilibre : l entreprise 1 P étant la plus efficace, il faut que le leader 1 NP joue une stratégie particulièrement coûteuse, pour lui comme pour l autre type, pour que ce dernier décide de ne pas l imiter. L entreprise 1 NP est en mesure de se signaler en jouant, à la première période, une quantité q telle que : 26 π 1np (q)+(n-1).π 1np >π 1np +(N-1).π np π 1p (q)+(n 0-1).π 1p ( q 1 np )+(N-n 0 ).π 1p <π 1p +(N-1).π p La première inégalité assure qu une entreprise 1 NP a intérêt à se signaler ; la seconde traduit l idée qu une entreprise 1 P n a pas intérêt à imiter le comportement de l autre type. Lemme 5 Il existe une quantité q permettant à l entreprise 1 NP de se signaler si : 27 (N-1).π np -(N-2).π 1p ξ lim 28 (2) 26 Il n est pas possible que la stratégie qui permet à l entreprise 1 NP de se signaler soit mise en œuvre sur plusieurs périodes. En effet, dès que l entreprise 1 P s est révélée en tant que telle, son concurrent adopte la nouvelle technologie. A la seconde période, l entreprise 1 NP serait donc incitée à revenir à la quantité qui maximise son profit de court terme. 27 Rappelons que π 1 (q 1,q 2 c 1 (τ),c 2 (τ)) est concave par rapport à q La condition (2) impose une condition sur le différentiel d efficacités entre les technologies. Il est néanmoins 214

223 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations où ξ lim correspond à la plus grande valeur du profit de l entreprise 1 NP que lui procure les -1 quantités définies par π 1p ((N-1).π p -(N-n 0-1).π 1p -(n 0-1).π 1p ( q 1 )). 29 La seule stratégie d équilibre de l entreprise 1 NP qui respecte le «critère intuitif» de Cho et Kreps (1987) repose sur la quantité ~ q, où ~ q est la quantité telle que π 1np ( ~ q )=ξ lim. np Preuve : voir l annexe 6 et le graphique 3. Dans un tel équilibre, toute l information est révélée à la première période par la stratégie jouée par le leader. Ainsi, à la suite de l adoption de la première entreprise, l incertitude sur la profitabilité de l innovation est immédiatement levée, et le suiveur prend sa décision sans risque. Remarquons que si la production de l entreprise 1 révèle une faible profitabilité de la nouvelle technologie, l entreprise 2 ne l adopte jamais dans la suite du jeu, et ce quelle que soit la quantité que produit son concurrent. La stratégie de production de l entreprise 1 NP est par conséquent stationnaire dans tout le reste du jeu. difficile d en donner une interprétation plus précise Comme on peut le voir sur le graphique 3, les quantités définies par π 1p ((N-1).π p -(N-n 0-1).π 1p -(n 0-1).π 1p ( q 1 np )) définit la borne supérieure du premier intervalle de quantités respectant les conditions définissant une stratégie révélatrice et la borne inférieure du second intervalle vérifiant également ces conditions. Notons qu il peut n exister qu un intervalle respectant les conditions qui définissent une stratégie révélatrice, comme on peut le voir sur le graphique de l annexe 6. Enfin, dans le cas où aucune quantité vérifiant ces relations n existe, il n existe pas non plus de stratégie révélatrice. 215

224 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Graphique 4.3 La stratégie révélatrice 1np (q), 1p (q) 1p (q) 1np (q) (N-1) π ( N n 1) π ( n 1) π ( q ) p 0 1p 0 1p 1np ξ lim (N-1).π np -(N-2).π 1np Pour ces quantités, l entreprise 1 P n a pas intérêt à imiter l autre type. Pour ces quantités, l entreprise 1 NP a intérêt à signaler son type. Pour ces quantités, l entreprise 1 P n a pas intérêt à imiter l autre type. quantité q 216

225 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Proposition 3 Si (N-1).π np -(N-2).π 1p ξ lim il existe un équilibre séquentiel donné par : A la période n=1, q1( c p, c 0 ) = q 1 p, 1 1 1( c 0 q c np, ) = ~ q. - L entreprise 2 révise alors ses croyances de sorte que µ 1 =0 si elle a observé la quantité q ~, et µ 1 =1 si elle a observé la quantité q 1 p ; elle n adopte pas dans le premier cas et adopte dans le second. - Par ailleurs, les croyances hors-équilibre de l entreprise 2 à la première période sont telles que, si elle observe une quantité différente de q ~, elle adopte la nouvelle technologie. 30 n 1 ( np c 0 Aux périodes suivantes, q c, ) = q 1 np. A la première période, l entreprise 1 NP joue donc la quantité q ~, alors que l entreprise 1 P joue la quantité q 1 p. Si l entreprise 2 observe la première quantité, elle conclut que la profitabilité du nouveau procédé est trop faible pour l adopter ; si elle observe la quantité elle apprend la forte profitabilité de la nouvelle technologie et l adopte. Aux périodes suivantes, l entreprise 1 NP peut de nouveau produire la quantité qui maximise son profit de court-terme, sans risque que l autre type l imite. Si l entreprise 2 adopte à la première période, les concurrents jouent, par la suite, leur quantité de Cournot-Nash. q 1 p, 30 Cette dernière condition est en fait plus restrictive que celle qui permet de soutenir l équilibre mais rend compte des deux cas de figure ~ q < q 1 np et ~ q > q 1 np. 217

226 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations UNE REVISION A LA BAISSE DES CROYANCES DU RIVAL : L EQUILIBRE SEMI- REVELATEUR Si l entreprise 1 P imite exactement la stratégie de production de l autre type alors que les croyances initiales de l entreprise 2 sont supérieures au seuil Ψ*, cette dernière adopte dès la première période du jeu, car elle estime que la probabilité que la technologie soit profitable est suffisamment élevée. L entreprise 1 P peut néanmoins chercher à modifier les croyances de sa rivale en jouant une stratégie mixte qui amènera cette dernière à baisser ses croyances jusqu au seuil Ψ* et à jouer à son tour une stratégie mixte. 31 Proposition 4 Si λ>ψ*, il existe un équilibre séquentiel semi-révélateur donné par : 32 A la période n=1, q avec la probabilité 1 1np P1 q1( c p, c 0 ) = où P 1 =((1-λ).Ψ*)/(λ.(1-Ψ*)) q1 p avec la probabilité (1- P1 ) q 1 1 q1( c np, c 0 ) = np - Si l entreprise 2 observe la quantité q 1 np alors les croyances révisées de l entreprise 2 sont telles que µ 1 =Ψ* et sa stratégie est donnée par : NA 1 σ 2 ( Ψ*) = A avec la probabilité P avec la probabilité (1- P 2 2 ) 31 Pour conserver un cadre d analyse cohérent, nous nous limitons à l équilibre semi-révélateur qui repose sur les quantités q 1 p et q 1 np. Les raffinements utilisés ne permettent en effet pas de restreindre les stratégies d équilibre possibles dans un équilibre semi-révélateur. 32 S il existe une quantité permettant à l entreprise 1 NP de se signaler, alors il se peut que l équilibre semirévélateur ne tienne pas. Nous examinons cette possibilité dans le lemme

227 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations où P 2 π 1 p π 1 p ( q1np ) =. ( n 1).( π ( q ) π ) + ( N n ).( π π ) 0 1 p 1np p 0 1 p p - Si l entreprise 2 observe la quantité q 1 p, alors ses croyances révisées sont telles que µ 1 =1 et elle adopte la nouvelle technologie. - Les croyances hors-équilibre de l entreprise 2 sont telles qu elle adopte la nouvelle technologie si elle observe une quantité différente de q 1 np. Aux périodes suivantes, - Si l entreprise 2 n adopte pas à la première période, on retrouve les stratégies de l équilibre mélangeant précédent jusqu à la date n 0. Les croyances de l entreprise 2 n évoluent pas et demeurent égales à Ψ*. - Si elle adopte, chaque entreprise joue sa stratégie de Cournot-Nash. Preuve : voir l annexe 7. Plusieurs trajectoires sont donc possibles à l équilibre semi-révélateur. Il se peut que l entreprise 1 P révèle d emblée son type en produisant q 1 p. Dans ce cas, l entreprise 2 adopte la nouvelle technologie sans risque. Cette dernière entreprise peut également adopter même si elle a observé un niveau de production qui ne lui permet pas de différencier les deux types. Malgré la baisse de ses croyances, elle reste suffisamment optimiste pour adopter la nouvelle technologie avec une probabilité positive. Enfin, l entreprise 2 peut également ne pas adopter à la première période. Dans ce cas, l entreprise 1 P est parvenue à abaisser suffisamment les croyances de son concurrent pour l empêcher d adopter dans la suite du jeu. Cette stratégie de l entreprise 1 P peut néanmoins s avérer coûteuse pour l entreprise 1 NP puisque l entreprise 2 adopte la nouvelle technologie avec une probabilité strictement positive 219

228 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations si elle a obtenu un profit π 2np. Le leader 1 NP peut alors avoir intérêt à chercher à signaler son type. Lemme 6 Si (1-P 2 )>(π 1np -π 1np ( q ~ ))/((N-1).(π 1np -π np )) alors il existe un équilibre révélateur. Si (1-P 2 )>(π 1np -π 1np ( ~ q ))/((N-1).(π 1np -π np )) alors l équilibre révélateur élimine, au sens de Mailath et al. (1993), l équilibre semi-révélateur. Dans le cas contraire, soit l équilibre révélateur n existe pas, soit l équilibre semi-révélateur élimine, au sens de Mailath et al. (1993), l équilibre révélateur. Preuve : voir l annexe LES DIFFERENTS TYPES D EQUILIBRE Les résultats précédents sont regroupés dans le tableau 1. Lorsque λ<ψ*, plusieurs types d équilibre sont possibles (équilibres révélateur et mélangeant). Le critère de raffinement de Mailath et al. (1993) permet alors de ne conserver que l équilibre mélangeant. 33 La nature de l équilibre dépend donc de la configuration des paramètres qui prévaut. Cette configuration est définie d une part, par le niveau initial des croyances des entreprises sur la profitabilité de la nouvelle technologie et d autre part, par la différence de paiements reçus par l entreprise 1 NP dans un équilibre révélateur et dans un équilibre semi-révélateur. 33 Pour la preuve, voir l annexe

229 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Tableau 4.1 Les différents types d équilibre Configurations (1 P 2 π 1np π 1 ) > ( N 1)( π np 1np ( ~ q ) π np ) (1 P 2 π 1np π 1 ) < ( N 1)( π np 1np ( ~ q ) π np ) λ<ψ* mélangeant mélangeant λ>ψ* révélateur semi- révélateur Quelle que soit cette différence, si le niveau des croyances est suffisamment bas (λ<ψ*), l équilibre est mélangeant. Pour des niveaux de croyances plus élevés, la nature de l équilibre dépend du profit que réalise l entreprise 1 NP dans un équilibre révélateur et donc de ce que lui coûte le fait de se signaler. Si, dans ce type d équilibre, elle reçoit un profit plus important que dans un équilibre semi-révélateur, alors elle signale son type à son concurrent. Dans le cas contraire, l équilibre est semi-révélateur. 2.3 Analyse des résultats Pour des croyances initiales suffisamment pessimistes quant à la profitabilité de la nouvelle technologie, il est possible qu une entreprise qui adopte en premier une nouvelle technologie puisse empêcher l adoption de son concurrent et ait intérêt à le faire. Le leader exploite l ignorance de son concurrent, en restreignant volontairement sa production de façon à signaler une innovation relativement peu profitable. Il n y a alors pas d externalités informationnelles entre les concurrents. 221

230 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations En revanche, si l entreprise 2 est relativement optimiste sur le potentiel de la nouvelle technologie, il est plus délicat, voire impossible, à la première entreprise d empêcher son concurrent d adopter. S il est trop coûteux à l entreprise 1 NP de se signaler, alors l entreprise 1 P essaiera d abaisser les croyances de sa rivale, de façon à ce que cette dernière n adopte finalement pas. En revanche, si l entreprise 1 NP a les moyens de se signaler, l entreprise 2 infère de la stratégie de production de sa rivale la vraie profitabilité de la nouvelle technologie. Elle bénéficie alors d externalités informationnelles, puisqu elle profite gratuitement de l information acquise par sa rivale lors de son adoption. Ces résultats remettent en question l hypothèse d externalités informationnelles traditionnellement utilisée dans les modèles d adoption, selon laquelle lorsqu une première entreprise adopte une nouvelle technologie, l information qu elle obtient sur sa profitabilité est diffusée gratuitement à ses concurrents, et ce quel que soit le niveau de leurs croyances initiales (Mariotti, 1992 ; Choi, 1997 ; Shampine, 1998 ; Hoppe, 2000). Nous avons montré en effet que l entreprise qui n a pas adopté peut ne rien apprendre de son adversaire, ou obtenir de l information fausse, quel que soit le niveau de ses croyances initiales, de son concurrent. Il ne lui est alors pas possible de lever l incertitude qu elle a sur la profitabilité de la nouvelle technologie, et n adopte alors pas du fait de son manque d information, et du comportement stratégique de la première entreprises à l avoir adopté. Le prix du bien produit par les entreprises concurrentes peut suivre différentes trajectoires à la suite de l apparition d un nouveau procédé de production plus efficace. 34 En premier lieu, si la nouvelle technologie n est que peu profitable, le prix baissera légèrement et se maintiendra à ce niveau. Si la seconde entreprise adopte, le prix baissera davantage, mais, à terme, une des entreprises devra sortir, ce qui fera remonter le prix. 34 Il est équivalent de raisonner sur l évolution du prix ou de la quantité globale produite. 222

231 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations En second lieu, si la nouvelle technologie est très profitable, il se peut que le prix baisse modérément dans un premier temps, du fait du comportement stratégique de la première entreprise à avoir adopté la nouvelle technologie, puis fortement dans un second temps, une fois que la seconde entreprise n est plus en mesure d adopter le nouveau procédé. Il se peut également que l entreprise 2 adopte rapidement, ce qui induit une baisse conséquente du prix du bien qu elles produisent. Par la suite, le prix n évolue plus. 2.4 Extensions et discussion La pertinence du comportement stratégique étudié dans ce travail dépend de celle du cadre d analyse dans lequel il est développé. Dans cette section, nous discutons deux extensions possibles du modèle, qui permettraient de le rendre plus réaliste, et cherchons à établir dans quelle mesure les résultats seraient modifiés. Des coûts fixes d adoption décroissants : Une hypothèse courante dans les modèles d adoption est que le coût d adoption diminue au cours du temps, du fait du progrès technique (Reinganum, 1981 ; Fudenberg et Tirole, 1985 ; Hoppe, 2000). Il est d ailleurs généralement supposé qu en début de jeu, le coût est infini de sorte qu aucune entreprise n adopte durant les premières périodes. Les entreprises doivent par conséquent arbitrer entre le profit qu elles reçoivent en adoptant à une certaine date, qui dépend du nombre d entreprises utilisant déjà la nouvelle technologie, et le coût d achat à cette date de la nouvelle technologie. En retardant son adoption, l entreprise bénéficie d un prix plus bas, mais s expose au risque de voir ses concurrents adopter avant elle et d obtenir ainsi un profit plus bas. 223

232 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Dans le modèle développé dans ce chapitre, des coûts décroissants rendraient plus difficile, voire impossible, la dissimulation de la profitabilité du nouveau procédé de production par la première entreprise qui l a adopté. En effet, la date n 0 -après laquelle il n est plus dans l intérêt de l entreprise 2 d adopter la nouvelle technologie- apparaîtrait plus tardivement et rendrait la condition (1) du lemme 3 plus difficile à respecter. Or, s il n y a pas suffisamment de périodes durant lesquelles l entreprise 1 P peut bénéficier de la nouvelle technologie, elle renoncera à dissimuler son type. Par ailleurs, si la décroissance du coût d adoption est importante, il se peut que la nouvelle technologie, même si sa profitabilité n est pas suffisante pour les deux entreprises en début de jeu, devienne finalement intéressante pour une deuxième entreprise. Dans ce cas, l entreprise 2 adopte quel que soit le type de son concurrent et il n est plus dans l intérêt de la première entreprise de manipuler l information transmise à son concurrent. La levée de l hypothèse de coûts fixes constants réduirait par conséquent la pertinence du comportement stratégique identifié. En revanche, envisager ce comportement dans le cadre d une technologie avec effets d apprentissage le rendrait plus fréquent. Une technologie avec effets d apprentissage : Dans de nombreuses industries, les entreprises bénéficient d effets d apprentissage. 35 En effet, suite à la répétition des mêmes opérations de production, les entreprises acquièrent une meilleure maîtrise de leur technologie et réussissent à abaisser progressivement leurs coûts de production. Lorsqu une technologie est nouvelle, aucune entreprise n a pu encore profiter des effets d apprentissage, qu elle permet. Or, ces effets peuvent être importants et l incertitude des entreprises peut porter sur l ampleur de ces effets. Une entreprise qui utilise une nouvelle technologie avant son concurrent bénéficie d une baisse de son coût de production et peut 35 Voir par exemple Lieberman (1984) pour une mise en évidence empirique de ces effets dans l industrie 224

233 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations s assurer un avantage concurrentiel durable, même si ce dernier finit par adopter à son tour la nouvelle technologie. 36 Une entreprise gagne donc à retarder l adoption de son concurrent. 37 Un nouveau type d équilibre serait alors possible, dans lequel la première entreprise qui adopte dissimule, dans un premier temps, la forte profitabilité, puis révèle, dans un second temps, la profitabilité de la nouvelle technologie, et ce avant la date n 0. Son concurrent adopte alors, mais la première conserve un avantage concurrentiel par rapport à ce dernier, du fait de l avance qu elle a pris dans l utilisation de la nouvelle technologie. Dans le cadre d une technologie avec courbe d apprentissage, une partie des bénéfices de retarder l adoption de son concurrent s obtient immédiatement. Ceci dit, le manque à gagner dû au camouflage devient de plus en plus important. 38 Sans chercher à identifier si les premières entreprises à avoir introduit une nouvelle technologie ont cherché à contrôler l information qu elles transmettaient à leurs concurrents, Dos Santos et Peffers (1995) rendent compte d une situation dans laquelle les stratégies considérées dans ce travail pourraient avoir été mises en œuvre. En effet, ils ont constaté que les premières banques à avoir installé des guichets automatiques (entre 1971 et 1973) ont augmenté significativement leur part de marché durant la période 1979 et 1986, ce à quoi ne sont pas parvenues les entreprises qui ont adopté plus tardivement entre 1974 et L avantage des premières entreprises qui ont adopté la nouvelle technologie a donc été durable. Les auteurs attribuent ce résultat aux effets d apprentissage dont ont bénéficiés les premières banques à avoir adopté la nouvelle technologie. chimique. 36 Voir Fudenberg et Tirole (1983) pour les conséquences du learning-by-doing sur les stratégies de production des entreprises. Voir Lieberman (1987) pour une discussion sur l avantage que confère l utilisation précoce d une technologie caractérisée par une courbe d apprentissage prononcée. 37 Notre discussion suppose implicitement que les effets d apprentissage sont spécifiques à chaque entreprise, ce qui constitue une hypothèse courante. Voir par exemple Parente (1994). 38 Ce cadre d analyse permettrait par ailleurs d interpréter le contexte envisagé différemment. En effet, une entreprise disposant d un nouveau brevet peut également être amenée à se montrer discrète, dans un premier temps, sur le potentiel de son innovation afin de ne pas attirer trop rapidement des imitateurs. Une fois qu elle est devenue très efficace dans l utilisation de son innovation, elle peut alors en profiter pleinement. 225

234 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations 3 Les stratégies initiales d adoption des entreprises Dans cette section, nous déterminons les stratégies d adoption des entreprises à la première période du jeu, lorsqu elles ont toutes deux la possibilité d acquérir la nouvelle technologie. La configuration asymétrique considérée précédemment peut alors ne pas émerger, puisqu il est possible que les deux entreprises adoptent simultanément ou au contraire, qu aucune ne le fasse. Si une entreprise acquiert la nouvelle technologie avant son concurrent, nous nous concentrons uniquement sur les stratégies pures d équilibre déterminées précédemment (stratégie mélangeante ou révélatrice). Le jeu se résout par induction vers l amont. Nous examinons en premier lieu s il est possible que les entreprises n adoptent jamais. Ce n est jamais le cas, de sorte qu il existe toujours une date à laquelle, si aucune entreprise n a adopté auparavant, au moins l une d entre elles le fait à ce moment. Nous déterminons par la suite les stratégies d adoption que jouent les entreprises aux dates précédentes, ce qui nous permet d établir la structure d adoption à la première période. Enfin, nous comparons le profil d adoption obtenu dans notre cadre d analyse, avec celui qui émerge lorsqu on travaille avec l hypothèse habituellement retenue selon laquelle, dès qu une entreprise adopte la nouvelle technologie, les caractéristiques de cette innovation sont révélées à l ensemble de l industrie. 3.1 La fin du jeu Après la date n 0, quel que soit le niveau des croyances des entreprises, une seconde entreprise n adopte jamais, de sorte que la meilleure réponse à l adoption de son concurrent 226

235 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations est de ne pas adopter. Par conséquent, si aucune entreprise n a adopté durant les n 0 premières périodes du jeu, une entreprise au plus adopte la nouvelle technologie par la suite. Plaçons-nous en n 0 et supposons qu aucune entreprise n a adopté auparavant. Deux configurations sont possibles : soit il est encore profitable pour une entreprise d adopter après n 0 ; soit il n est pas profitable, même pour une seule entreprise, d acquérir la nouvelle technologie après la date n 0 Premier cas de figure : Supposons tout d abord qu il est encore profitable pour une entreprise d adopter après la date n 0. Ce cas repose sur la condition : λ.(n-n 0-1).π 1p +(1-λ).(N-n 0-1).π 1np -CF>(N-n 0-1).π 0. Lemme 7 Supposons qu à la date n 0 +1, les stratégies d adoption des entreprises sont telles qu une seule entreprise adopte si aucune ne l a fait précédemment. Alors, à la date n 0 : - si λ Ψ, une seule entreprise adopte ; n 0 - si λ > Ψ n 0, les deux entreprises adoptent. Preuve : voir l annexe 10. Remarquons que si CF=(N-n 0 ).(π p -π 2p ) alors Ψ = 1. Dans ce cas, quel que soit le niveau des croyances initiales, si aucune entreprise n a adopté à une date ultérieure, une seule entreprise adopte en n 0. n0 227

236 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Second cas de figure : Supposons maintenant que les croyances initiales des entreprises sont telles qu il n est plus profitable pour une seule entreprise d adopter après la date n 0. Ce cas repose sur la condition : (N-n 0-1).π 0 >λ.(n-n 0-1).π 1p +(1-λ).(N-n 0-1).π 1np -CF Définissons la dernière date à laquelle, si aucune entreprise n a adopté auparavant, la meilleure réponse à la non-adoption de son concurrent est d adopter. Cette date dépend de la stratégie qu une entreprise est en mesure de mettre en œuvre si elle adopte seule, et donc des croyances initiales des entreprises. Notons cette date n 1 lorsque l entreprise est en mesure de camoufler son type. La configuration qui prévaut est telle que λ< Ψ n La date n 1 est donc telle que : λ.((n 0 -n 1 ).π 1p ( q 1 np )+(N-n 0 ).π 1p )+(1-λ).(N-n 1 ).π 1np -CF>(N-n 1 ).π 0 et (N-n 1-1).π 0 >λ.((n 0 -n 1-1).π 1p ( q 1 np )+(N-n 0 ).π 1p )+(1-λ).(N-n 1-1).π 1np -CF Si aucune entreprise n a adopté avant la date n 0 alors les stratégies d adoption d équilibre des entreprises à la date n 0 sont telles qu aucune entreprise n adopte si λ Ψ et les deux entreprises adoptent si λ> Ψ n 0. Remarquons de nouveau que si CF=(N-n 0 ).(π p -π 2p ) alors Ψ = 1 de sorte que, quel que soit le niveau des croyances initiales, si aucune entreprise n a n0 adopté à une date ultérieure, aucune ne le fait en n 0. n 0 Il est maintenant possible de déterminer les stratégies d adoption des équilibre à la date n 1 en supposant qu aucune ne l a fait précédemment. 228

237 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Lemme 8 Supposons qu aucune entreprise n a encore adopté la nouvelle technologie à la date n 1. Alors les stratégies d adoption d équilibre à cette date sont déterminées comme suit : Si λ Ψ n1 alors une seule entreprise adopte. Si Ψ n < λ Ψ n 1 alors les deux entreprises adoptent Si Ψ < λ alors les stratégies d adoption dépendent du niveau des coûts fixes n 1 +1 d adoption : - Si CF<π 2p -π p +(N-n 1 ).π np - ( ~ n 1 1 π q + )-(N-(n 1 +1)).π 2np alors les deux entreprises adoptent ; - Si CF>π 2p -π p +(N-n 1 ).π np - ( ~ n π q )-(N-(n 1 +1)).π 2np et si λ ω,une seule entreprise adopte, n si λ> ω n 1, les deux entreprises adoptent, où ω CF ( N n ). π + π ( ~ q ) + ( N ( n + 1)). π n np 2 1 2np n = n 1 p 2 p CF N n1 np 2( ~ 1 1+ π π + ( ). π + π q ) + ( N ( n1 + 1)). π 2np et où ~ n période n Preuve : voir l annexe 11. q désigne la quantité jouée par l entreprise 1 NP pour se signaler à la Ce dernier résultat s obtient au prix de l hypothèse π p >π 1p ( q 1 np ) qui impose un coût de plus en plus élevé à l entreprise 1 NP pour se signaler. En effet, cette hypothèse induit que ( ~ n π q ) > ( ~ n+ 1 π q ) et conduit à ce qu une entreprise adopte le plus tôt possible si elle a la 1np 1np 229

238 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations possibilité de le faire afin de ne pas avoir à supporter un coût du signal trop élevé si la technologie s avère peu profitable. Remarquons que si nous avions travaillé avec l hypothèse inverse, c est-à-dire avec l hypothèse selon laquelle il devient de moins en moins coûteux pour l entreprise 1 NP de se signaler, il aurait été possible que cette dernière préfère ne pas adopter à une période n et attendre une date ultérieure pour profiter d un coût moindre de la stratégie de signal. Quoique débouchant sur des résultats intéressants, cette hypothèse aurait néanmoins considérablement alourdi la résolution du jeu. 3.2 L induction vers l amont Ayant déterminé les stratégies jouées aux «dates limites» du jeu, il s agit maintenant de remonter vers les premières périodes. Deux lemmes suffisent alors pour établir les stratégies d équilibre des entreprises à toutes les périodes du jeu. A une période n, les stratégies d adoption dépendent d une part, de ce qui est joué à la période suivante et d autre part, de la possibilité ou non qu une entreprise camoufle son type à son concurrent. Deux configurations doivent être distinguées, selon qu une entreprise qui adopte seule a la possibilité ou non de camoufler son type. Examinons en premier lieu les stratégies jouées par les entreprises à une période n sous la configuration λ Ψ n+1. Lemme 9 39 Supposons qu à une date n+1, pour des niveaux des croyances initiales tels que λ Ψ n+1, les stratégies d adoption des entreprises sont telles qu une seule adopte et réussit à 39 Selon la configuration qui prévaut, ce lemme s applique soit aux périodes antérieures à n 1, soit à l ensemble des périodes avant n

239 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations empêcher son concurrent d acquérir à son tour la nouvelle technologie. Alors, à la date n, une seule entreprise adopte si λ Ψ n et les deux entreprises adoptent si Ψ n <λ Ψ n+1. Preuve : voir l annexe 12. Ce résultat s applique à l ensemble des périodes de sorte qu à la période n=1, une entreprise adopte si λ Ψ 1 et les deux entreprises adoptent si Ψ 1 <λ Ψ 2. Si une entreprise a la possibilité d adopter seule et d empêcher son concurrent d adopter, elle a donc intérêt à le faire le plus tôt possible. 40 Sous la configuration λ>ψ n+1, une entreprise qui adopte avant son concurrent n a plus la possibilité de lui cacher la profitabilité de la nouvelle technologie, de sorte que ce dernier bénéficie d externalités informationnelles et prend sa décision sans risque. Sous cette configuration, les entreprises anticipent qu à la période suivante, au moins une entreprise adopte la nouvelle technologie. Lemme A une date n, pour des niveaux des croyances initiales tels que λ>ψ n+1, si aucune entreprise n a adopté auparavant, les stratégies d adoption d équilibre des entreprises à la date n sont déterminées comme suit : Si CF π 2p -π p +(N-n).π np - ( ~ n+ 1 π q )-(N-(n+1)).π 2np alors les deux entreprises adoptent. Si CF>π 2p -π p +(N-n).π np - ( ~ n+ 1 π q )-(N-(n+1)).π 2np et Rappelons que nous supposons que la condition (1) du lemme 3, qui détermine les configurations sous lesquelles une entreprise a intérêt à camoufler son type, est vérifiée. 41 Selon la configuration qui prévaut, ce lemme s applique soit aux seules périodes antérieures à n 1, soit à l ensemble des périodes avant n

240 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations - si λ ω n alors une seule entreprise adopte, - si λ>ω n alors les deux entreprises adoptent, où ω n CF ( N n). π + π ( ~ q n+ 1 np 2 = n 1 π p π 2 p + CF ( N n). π np + π 2( ~ + q ) + ( N ( n + 1)). π 2np ) + ( N ( n + 1)). π 2np et où ~ q n+1 désigne la quantité jouée par l entreprise 1 NP pour se signaler à la période n+1. Preuve : voir l annexe 13. Comme le lemme 8, ce résultat s obtient au prix de l hypothèse π p >π 1p ( q 1 ). np 3.3 Le début du jeu La structure d adoption qui émerge à la première période du jeu dépend d une part, du niveau des coûts fixes d adoption CF et d autre part, des croyances initiales des entreprises λ. Ces deux paramètres conditionnent en effet les bénéfices attendus de l adoption, et notamment la possibilité qu une entreprise camoufle la profitabilité de la nouvelle technologie à son concurrent. Proposition 5 A la première période du jeu, les stratégies d adoption d équilibre des entreprises sont telles que : Si λ Ψ 1 alors quel que soit le niveau des coûts fixes d adoption, une seule entreprise adopte. 42 Par la suite, la stratégie de production de l entreprise qui a adopté est mélangeante de sorte que son concurrent n adopte jamais. 42 Rappelons qu il y a en réalité deux équilibres symétriques qui diffèrent simplement du fait de l identité de la première entreprise qui adopte. 232

241 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Si Ψ 1 <λ Ψ 2 alors quel que soit le niveau des coûts fixes, les deux entreprises adoptent. Si Ψ 2 <λ et si CF π 2p -π p +(N-1).π np - π ( ~2 ) -(N-2).π 2np alors les deux entreprises adoptent. Si λ>ψ 2 et si CF>π 2p -π p +(N-1).π np - π ( ~2 ) -(N-2).π 2np alors les stratégies d adoption d équilibre dépendent des coûts fixes. Il existe deux seuils CF et CF tels que : - si CF CF alors les deux entreprises adoptent ; 2 q 2 q - si CF <CF CF alors : si Ψ 2 <λ ω 1, une seule entreprise adopte à la première période du jeu et révèle la profitabilité de la nouvelle technologie à son concurrent à la période suivante, de sorte que ce dernier adopte à la deuxième période du jeu s il constate que la nouvelle technologie est suffisamment profitable, si ω 1 <λ, les deux entreprises adoptent ; - si CF <CF alors les deux entreprises adoptent, Les deux seuils CF et CF représentent respectivement la plus petite et la plus grande racine, toutes deux positives, du polynôme du second degré en CF qui assure l égalité entre ω 1 et Ψ Preuve : voir l annexe 14. Deux profils d adoption sont donc possibles, selon le niveau des coûts fixes d adoption. Nous les examinons tour à tour. 43 Ce polynôme peut ne pas admettre de racine réelle, de sorte que ω 1 est toujours inférieur à Ψ 2. Nous 2 considérons la configuration où il admet deux racines réelles. Nous avons par ailleurs supposé que π np >π 2 ( ~ q ) afin de réduire le nombre de cas possibles. Voir l annexe pour plus de détail. 233

242 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations UNE PREMIERE CONFIGURATION DES COUTS FIXES D ADOPTION : CF CF OU CF <CF Sous cette configuration, deux sous-cas doivent être distingués. a/ Si λ Ψ 1 alors les doutes sur la forte profitabilité de la nouvelle technologie sont importants, de sorte qu une seule entreprise adopte à la première période du jeu. Cette dernière est alors en mesure, du fait des croyances basses de son adversaire, d empêcher qu il n acquiert la nouvelle technologie si l innovation de procédé s avère très profitable, en manipulant l information qu il lui transmet. Ce résultat ne dépend pas du niveau des coûts fixes d adoption CF. b/ Si λ>ψ 1 et si les coûts fixes d adoption sont faibles (CF CF ) ou au contraire importants (CF <CF) alors, malgré le risque qu elles encourent, les entreprises adoptent en même temps. Il se peut donc que les deux entreprises adoptent tous les deux une innovation qui s avère finalement peu profitable. Le graphique 4 illustre la structure d adoption à la première période du jeu en fonction des croyances initiales des entreprises, dans le cadre de cette première configuration des coûts fixes. 234

243 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Graphique 4.4 Les stratégies d adoption d équilibre à la première période du jeu 0 Ψ 1 1 λ Seule une entreprise adopte. Les deux entreprises adoptent. Remarquons que si les croyances initiales λ appartiennent à l intervalle ]Ψ 1 ; Ψ 2 ], l adoption simultanée des entreprises vient du comportement stratégique que mettrait en œuvre une entreprise si elle adoptait seule. Consciente que si la nouvelle technologie est très profitable, la première entreprise qui l adopte agira de façon à ce que son concurrent n apprenne pas cette information, ce dernier choisit d adopter également si ses croyances appartiennent à l intervalle ]Ψ 1 ; Ψ 2 ]. Sous cette configuration, il n existe par ailleurs pas de croyances pour lesquelles une entreprise adopte seule à la première période, puis révèle à son concurrent la profitabilité de la nouvelle technologie. Le seuil ω 1 est en effet trop bas pour qu une telle situation émerge. La zone des croyances pour lesquelles seule une entreprise adopte est par ailleurs d autant plus étendue que les coûts fixes d adoption sont élevés A condition bien sûr de demeurer dans la configuration des coûts fixes d adoption considérée. 235

244 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Corollaire 1 Le seuil Ψ 1 est une fonction croissante des coûts fixes d adoption. Lorsque les coûts fixes d adoption augmentent, la situation dans laquelle seule une entreprise adopte au début du jeu et dissimule l information qu elle transmet à son concurrent devient plus fréquente. Ce résultat vient de ce que l augmentation des coûts d adoption rend l adoption simultanée moins profitable UNE SECONDE CONFIGURATION DES COUTS FIXES D ADOPTION : CF <CF CF Sous cette configuration, plusieurs sous-cas doivent être examinés. a/ Si λ Ψ 1 alors une seule entreprise adopte à la première période du jeu et réussit à empêcher que son concurrent n adopte à son tour la nouvelle technologie. b/ Si Ψ 1 <λ Ψ 2 alors les deux entreprises adoptent, mais pour des croyances plus élevées, à nouveau seule une entreprise adopte. c/ Une seule entreprise adopte en effet à la première période du jeu si Ψ 2 <λ ω 1. Néanmoins, les raisons pour lesquelles les entreprises ne suivent pas la même stratégie diffèrent du cas λ Ψ 1. Le chemin d équilibre du jeu n est d ailleurs pas le même, puisque le suiveur peut inférer de la quantité produite par son concurrent la profitabilité réelle de la nouvelle technologie. Il adopte donc à la période suivante s il constate une profitabilité forte de l innovation. 236

245 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Ainsi, l entreprise 2 peut gagner à ne pas adopter la première lorsque λ>ψ 2. La raison en est que lorsque son concurrent acquiert la nouvelle technologie, il n est pas en mesure de camoufler l information qu il apprend sur la profitabilité de la nouvelle technologie. Par conséquent, l entreprise 2 profite gratuitement de l information qui a été découverte par la première entreprise qui a adopté et prend sa décision sans risque. A l équilibre de notre jeu, des externalités informationnelles émergent donc de façon endogène. Néanmoins, à la différence de ce qui est généralement supposé, ces externalités n existent que pour une zone particulière des croyances et des coûts fixes d adoption. d/ Enfin, lorsque ω 1 <λ, à nouveau les deux entreprises adoptent toutes deux au début du jeu. En effet, quand les croyances des entreprises sont élevées, ces dernières préfèrent adopter toutes deux à la première période car elles estiment que la probabilité d une forte profitabilité est suffisamment élevée pour ne pas retarder leur adoption. Le graphique 5 illustre la structure d adoption à la première période, en fonction des croyances initiales lorsque CF <CF CF. Graphique 4.5 Les stratégies d adoption d équilibre à la première période du jeu Ψ 1 Ψ 2 ω λ Seule une entreprise adopte. Seule une entreprise adopte. Les deux entreprises adoptent. Les deux entreprises adoptent. 237

246 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Sur le graphique 6, l ensemble des structures initiales d adoption est représenté. Nous notons (A,NA) la situation dans laquelle une seule entreprise adopte la nouvelle technologie à la première période puis camoufle son type à son concurrent, (A,A) la situation dans laquelle les deux entreprises adoptent toutes deux à la première période du jeu et ( A, NA) celle dans laquelle une seule entreprise adopte et signale son type à son concurrent Notre cadre d analyse impose un seuil minimal et un seuil maximal des coûts fixes d adoption. Plus précisément, les hypothèses (H-i), (H-ii) et (H-iii) imposent que CF>(N-1).(π np -π 2np ), CF<(N-1).(π p -π 2p ) et CF<(N- 1).(π 1np -π 0 ). Remarquons également que le seuil minimal des coûts fixes correspond à la valeur des coûts pour lesquels Ψ 1 =0. En revanche, il n est pas possible de déterminer de façon univoque si les seuils minimal et maximal des coûts fixes sont supérieurs ou inférieurs à CF ou à CF. Sur le graphique 6, nous avons supposé que le seuil maximal est supérieur à CF et que le seuil minimal est inférieur à CF.Dans l annexe 15, nous montrons que la fonction ω 1 est une fonction croisante et concave des croyances. 238

247 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Graphique 4.6 La structure initiale d adoption λ Ψ 2 (CF) (A,A) ω 1 (CF) Ψ 1 (CF) ( A, NA) (A,A) (A,NA) CF CF CF Intervalle des coûts fixes d adoption tels que: CF>(N-1). (π np - π 2np ) CF< (N-1). (π p - π 2p ) et CF<(N-1). (π 1np - π 0 ) 239

248 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations 3.4 Analyse des résultats Même si initialement les entreprises ont toutes deux la possibilité d adopter la nouvelle technologie, il est possible que l une d entre elles acquière seule la nouvelle technologie. Ce cas de figure apparaît pour différents niveaux de croyances. Ce point est important et nous tenons à le souligner. Le régime dans lequel une entreprise adopte en premier apparaît pour des intervalles de croyances non-connexes. Soit il émerge pour des croyances très basses car les deux entreprises n ont alors pas intérêt à adopter en même temps la nouvelle technologie : la manipulation d information par l entreprise qui a adopté en premier est alors possible. Soit il apparaît pour des croyances très élevées car la deuxième entreprise profite du fait que celle qui a adopté en premier lui révèle de l information. Ce dernier cas n est néanmoins possible que pour une configuration spécifique des coûts fixes. Ces résultats remettent en question l hypothèse traditionnellement utilisée dans les modèles d adoption, selon laquelle les premières entreprises transmettent aux suiveurs de l information durant le processus de diffusion d une innovation, et ce quels que soient les niveaux des croyances des entreprises et des coûts fixes d adoption. En effet, nous montrons que les externalités informationnelles émergent de façon endogène uniquement pour des configurations spécifiques des croyances initiales des entreprises, λ, et des coûts fixes d adoption, CF. Par ailleurs, le comportements stratégique de la première entreprise qui adopte rend plus fréquente la situation où les deux entreprises adoptent une technologie finalement peu profitable. En effet, même pour des croyances basses (i.e. λ ]Ψ 1 ; Ψ 2 ]), les entreprises adoptent toutes deux à la première période du jeu. Un dernier résultat mérite enfin d être souligné. Nous montrons que pour les croyances les plus basses, il n y a pas de transmission d information entre les entreprises puisque c est 240

249 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations précisément pour ces niveaux de croyances qu il est possible à l entreprise qui adopte la première de camoufler son type. Ce résultat remet en cause celui de Hoppe (2000) selon lequel, en présence d externalités informationnelles exogènes, les entreprises bénéficient le plus de l information provenant de l entreprise qui adopte en premier pour les valeurs les plus basses des croyances. 46 En fait, les situation dans lesquelles les entreprises profitent le plus de l information provenant de la première entreprise qui adopte n apparaissent dans notre modèle que si les croyances initiales des entreprises sont suffisamment fortes quant à l éventualité d une forte profitabilité de la nouvelle technologie. C est donc dans les situations où on s attendait le moins à observer des externalités informationnelles que celles-ci apparaissent et l un des intérêts de notre modèle est de montrer en quoi ceci n est qu un paradoxe apparent. Afin d identifier plus précisément les différences qui existent entre la situation que nous considérons ici et celle traditionnellement retenue, dans laquelle sont postulées des externalités informationnelles exogènes, nous examinons à présent ce dernier cadre d analyse. 3.5 L introduction d externalités informationnelles exogènes Nous supposons maintenant que lorsqu une entreprise adopte la nouvelle technologie, l information sur sa profitabilité est immédiatement révélée à l ensemble de l industrie. Cette hypothèse interdit toute manipulation d information à la première entreprise qui adopte. Les stratégies d adoption jouées par les entreprises se démarquent alors de celles précédemment obtenues. 46 Rappelons que Hoppe (2000) travaille avec des hypothèses différentes puisqu elle considère que dans le «mauvais» état de la nature, la nouvelle technologie n est profitable pour aucune entreprise. Mariotti (1992) travaille avec la même hypothèse. 241

250 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Proposition 6 S il est supposé qu une fois qu une entreprise adopte, la profitabilité de la nouvelle technologie est révélée aux deux entreprises, alors les stratégies d adoption d équilibre à la première période sont définies par un seuil η tel que : - Si λ η alors une seule entreprise adopte. A la suite de cette adoption, les deux entreprises apprennent la profitabilité réelle de la nouvelle technologie : si cette profitabilité est forte, la seconde entreprise adopte dès la période suivante ; dans le cas contraire, cette dernière n adopte jamais; - Si λ>η alors les deux entreprises adoptent. Le seuil η est donné par π p π ( N 1).( π np 2np π + ( N 1).( π np 2np ) + CF π 2 p ) + CF. Preuve : voir l annexe 16. Nous remarquons tout d abord que le profil d adoption est le même quel que soit le niveau des coûts fixes d adoption CF. Pour des valeurs des croyances basses (λ η), une seule entreprise adopte, la seconde préférant attendre d apprendre la profitabilité de la nouvelle technologie avant de prendre cette décision irréversible. Pour des valeurs importantes des croyances (λ>η), les deux entreprises décident toutes deux d acquérir la nouvelle technologie à la première période car elles estiment qu il est très probable que l innovation est suffisamment profitable. Comparons maintenant ces stratégies d équilibre avec celles obtenues en supposant que la première entreprise peut manipuler l information qu elle transmet à son concurrent. Nous remarquons tout d abord que dans les deux cadres d analyse, pour les valeurs les plus hautes 242

251 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations des croyances, les deux entreprises adoptent, estimant que la probabilité d une forte profitabilité est suffisamment élevée pour ne pas attendre. Pour des valeurs plus faibles, les structures initiale et finale d adoption peuvent néanmoins différer sensiblement. Ainsi, pour les valeurs les plus basses des croyances, même si la structure initiale est la même dans les deux cadres d analyse considérés (une seule entreprise adopte), la structure finale est différente si la nouvelle technologie s avère profitable. En effet, en présence d externalités exogènes, la seconde entreprise adopte finalement, ce qui n est pas le cas si la première entreprise peut manipuler l information qu elle transmet à son concurrent. Pour les valeurs intermédiaires des croyances, les différences entre les deux cadres d analyse dépendent de la configuration des coûts fixes d adoption qui prévaut. Examinons tout d abord la première configuration (i.e. CF CF ou CF>CF ) dans laquelle il n existe que deux sous-cas possibles. Lemme 11 Les seuils η et Ψ 1 sont tels que : - η>ψ 1 si CF (N-2).π p -(n 0-1).π 2np -(N-n 0-1).π 2p ; - η Ψ 1 sinon. Preuve : voir l annexe 17. Dans le premier cas de figure où CF>(N-2).π p -(n 0-1).π 2np -(N-n 0-1).π 2p, l adoption simultanée des deux entreprises à la première période est plus fréquente dans le jeu avec externalités informationnelles exogènes. Néanmoins, cette configuration n émerge que si les 243

252 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations coûts fixes d adoption sont élevés, de sorte qu il peut finalement être intéressant pour la seconde entreprise de ne pas adopter. 47 En effet, le fait que pour camoufler son type l entreprise 1 P baisse la quantité qu elle produit, procure un profit plus élevé au suiveur, de sorte qu il se peut que le concurrent bénéficie finalement du comportement stratégique de la première entreprise et préfère ne pas supporter les coûts fixes d adoption. Dans le cas de figure où CF (N-2).π p -(n 0-1).π 2np -(N-n 0-1).π 2p, la zone où les deux entreprises adoptent est plus étendue lorsque la première entreprise manipule l information qu elle transmet à son concurrent. Ainsi, non seulement le comportement stratégique de la première entreprise empêche que la nouvelle technologie soit diffusée, si elle est profitable (cas λ Ψ 1 ), mais, anticipant ce comportement, les entreprises sont incitées à adopter en même temps la nouvelle technologie plus fréquemment que si l information était automatiquement diffusée à son concurrent. La possibilité que la première entreprise qui adopte manipule l information accroît alors la fréquence des situations dans lesquelles, alors que l innovation n est pas profitable, les deux entreprises l utilisent. Examinons maintenant le second profil d adoption dans lequel il existe des croyances pour lesquelles une entreprise adopte en premier et révèle à son concurrent la profitabilité de la nouvelle technologie. Lemme 12 Les seuils η et ω 1 sont tels que : 2 - η>ω 1 si π 2np >π 2 ( ~ q ) ; - η ω 1 sinon. Preuve : voir l annexe Rappelons que du fait de l hypothèse (H-i), CF<(N-1).(π p -π 2p ). La zone des coûts fixes vérifiant la condition 244

253 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations La détermination du seuil η est quasiment identique à celle du seuil ω En effet, la seule différence vient du profit que réalise le suiveur à la période qui suit l adoption de son concurrent, lorsque la nouvelle technologie est peu profitable. Les seuils η et ω 1 sont donc très proches. Les résultats obtenus dans les deux cadres d analyse diffèrent donc surtout pour les croyances appartenant à l intervalle [0 ;Ψ 2 ]. En présence d externalités informationnelles exogènes, une seule entreprise adopte à la première période, puis son concurrent acquiert à son tour la nouvelle technologie si elle s avère très profitable. Cette situation n émerge jamais lorsque la première entreprise peut manipuler l information. 4 Les apports du modèle sur le plan de la politique économique en matière de diffusion technologique Si on admet l hypothèse qu une entreprise qui adopte en premier une nouvelle technologie peut manipuler l information qu elle transmet à son concurrent, on parvient à des résultats intéressants sur le plan de la diffusion technologique. On montre en effet que la structure initiale d adoption influence la diffusion de la nouvelle technologie et donc, que la phase de démarrage du processus de diffusion joue un rôle extrêmement important. C est d ailleurs ce que soulignent un petit nombre de travaux empiriques récents. Ainsi, selon Dos Santos et Peffers (1998), les sources externes à l industrie ont un impact important sur la décision d investir dans un nouveau procédé de production au début du CF>(N-2).π p -(n 0-1).π 2np -(N-n 0-1).π 2p est donc peu étendue. 48 Voir les annexes. 245

254 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations processus. Plusieurs sources informationnelles influencent la formation des croyances initiales des entreprises : les fournisseurs de la nouvelle technologie, la presse spécialisée, ainsi que les organismes publics. L influence de ces différentes sources informationnelles externes est d autant plus importante que la diffusion des nouvelles technologies est dans une phase de démarrage. En étudiant les causes de l inertie technologique, Dong et Saha (1998) montrent par ailleurs que les initiatives publiques comme la dissémination d information, mais aussi les incitations financières ont un impact plus fort dans les premières années de diffusion d une nouvelle technologie. Il semble donc, et c est ce que confirme notre modèle, que c est au début du processus, durant la période où les entreprises construisent leurs croyances initiales sur les potentialités technologiques et économiques de la nouvelle technologie, qu un organisme public peut jouer un rôle important pour influencer la diffusion d une innovation. Néanmoins, tous les types d interventions n ont pas le même impact. Notre modèle montre que la structure initiale d adoption dépend à la fois des coûts fixes d adoption et des croyances initiales des entreprises. Ces deux paramètres de décision sont donc de première importance et conditionnent la façon dont se diffuse la nouvelle technologie. Or, ces deux paramètres de décision renvoient à deux types d instruments qui fondent un grand nombre de politiques de diffusion mises en œuvre dans la plupart des pays de l OCDE. A la différence des modèles d adoption antérieurs, notre modèle rend compte de cette double dépendance. Le premier instrument de politique publique en matière de diffusion technologique consiste à offrir de l information aux entreprises sur les nouvelles technologies disponibles, ce qui a pour effet notamment d influencer les croyances des entreprises sur la profitabilité de la nouvelle technologie. Ainsi, de nombreux pays de l OCDE développent des programmes 246

255 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations destinés à fournir aux entreprises de l information sur le potentiel technique et économique de technologies spécifiques, ainsi qu à les assister dans leurs propres recherches d information. Au Canada par exemple, le programme Industrial Research Assistance Programme (IRAP), mis en œuvre entre 1994 et 1998, avait pour objectif de diminuer les coûts de recherche d information liée aux nouvelles technologies (OECD, 1997a). Au Danemark, des Centres d Information Technologique (CIT) ont été implantés dans tout le pays et offrent de l information aux entreprises sur des nouvelles technologies «prêtes à l emploi» (OECD, 1997a). Le deuxième instrument consiste à favoriser la diffusion des nouvelles technologies en proposant des mesures fiscales et financières aux entreprises qui adoptent ces technologies. En France par exemple, le programme PUMA stimule par des prêts l utilisation dans les PME de matériaux avancés (OECD, 1997b). Cet instrument peut également consister en des mesures facilitant l accès aux compétences nécessaires pour utiliser la nouvelle technologie. 247

256 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Conclusion La question de la diffusion des innovations est une question au moins aussi importante que celle de la création technologique. L intensité de la croissance économique dépend en effet de l ampleur avec laquelle les innovations se diffusent puisque ce n est que lorsque l utilisation des nouvelles technologies ou des nouveaux savoir-faire se généralise que la société bénéficie du changement technologique (Sakurai et al., 1996). Or, le processus de diffusion des innovations demeure un phénomène mal connu (Karshenas et Stoneman, 1995). C est la raison pour laquelle nous avons mis l accent sur cette phase du changement technologique dans ce chapitre. De nombreux travaux soulignent que la date d adoption des nouvelles technologies varie considérablement entre les entreprises d une industrie. Il peut y avoir à cela plusieurs raisons. Celle que nous avons développée ici est liée à un aspect stratégique spécifique : celui relatif à l information. Le décalage temporel dans l adoption des entreprises fait que ces dernières ne disposent pas de la même information sur les caractéristiques techniques et économiques de la nouvelle technologie. Il est clair que l information sur l état de développement d une technologie nouvelle est rarement accessible à l ensemble d une industrie. Par exemple, l adoption de nouveaux matériaux confère aux entreprises qui les utilisent des informations cruciales sur les propriétés de ces matériaux. Ont-elles alors intérêt à révéler ces informations sachant que cette transmission d information risque d accélérer l adoption par d autres entreprises ou, au contraire, à les conserver pour garder le monopole de l utilisation de ces matériaux? C est à ce type de question que notre modèle s est attaché à répondre. 248

257 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Dans ce chapitre, nous montons que la première entreprise qui adopte une nouvelle technologie peut exploiter l avantage informationnel que lui confère son adoption à une date avancée. Son concurrent ne bénéficie alors d aucune externalité informationnelle. Ce comportement stratégique de la première entreprise n est néanmoins possible que si les croyances initiales de son rival sont basses. La possibilité que la première entreprise camoufle l information dont elle dispose sur la nouvelle technologie incite par ailleurs les entreprises à adopter en même temps pour des niveaux de croyances relativement bas. Ainsi, non seulement les entreprises peuvent manipuler l information qu elles transmettent à leurs concurrents, mais la possibilité de ce comportement peut aboutir à une fréquence plus élevée des situations dans lesquelles les deux entreprises adoptent simultanément, alors même qu elles sont incertaines de la profitabilité de la nouvelle technologie. Il est également possible que les entreprises qui adoptent tardivement bénéficient d informations provenant des premières entreprises à avoir adopté. Néanmoins, ces externalités n émergent dans notre modèle que pour une configuration spécifique des coûts fixes d adoption et des croyances initiales des entreprises. Les niveaux de croyances qui permettent l émergence de cette transmission d information entre concurrents sont d ailleurs relativement élevés, alors qu à partir des travaux antérieurs, on aurait pu attendre à ce que ces externalités informationnelles apparaissent pour les croyances les plus basses. Enfin, notre travail souligne l importance de deux paramètres de décision des entreprises, qui influencent d une part la structure d adoption initiale de la nouvelle technologie et d autre part la diffusion qui s en suit. Or, si on examine les politiques de diffusion mises en œuvre dans les principaux pays de l OCDE, nous remarquons qu un grand nombre d entre elles jouent finalement sur l un de ces deux paramètres. Notre modèle permet alors dans une certaine mesure de souligner la spécificité de chaque forme d intervention. 249

258 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations La compréhension de la façon dont l information circule au sein d une économie, et notamment au sein d une industrie, est donc loin d être évidente. Les enjeux liés à l information, qu il s agisse de création ou de diffusion technologique, sont d une grande importance, de sorte que les entreprises développent des stratégies complexes afin de protéger ou profiter de leur information privée. Biens qu essentiels, les schémas de circulation de l information durant la diffusion des innovations sont difficiles à appréhender. Les hypothèses simples et générales, comme celle d externalités informationnelles exogènes, sont peu probables en la matière et risquent de sous-évaluer les problèmes qui peuvent se poser lors de cette phase particulière du changement technologique. 250

259 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Annexes du chapitre 4 1 Equilibre et raffinements 1.1 LE CONCEPT D EQUILIBRE SEQUENTIEL (KREPS ET WILSON, 1982B) Définition 1 : Un couple (σ,µ) de stratégies σ et de croyances µ forme un équilibre séquentiel si et seulement si : i) le profil de stratégies σ est séquentiellement rationnel, étant donné le système de croyances ; ii) le système de croyances µ dérive du profil de stratégies σ, par le théorème de Bayes, lorsqu il est possible de l appliqquer ; iii) il existe une suite de couples (σ k, µ k ) tels que les profils de stratégies complètement mixtes {σ k } k Ν telles que lim ( σ ) = σ et les croyances µ k dérivées de σ k par k k application du théorème de Bayes vérifient lim ( µ ) = µ. k k Un équilibre séquentiel impose donc que : en premier lieu, un joueur dont c est le tour d agir établit des croyances sur ce que ses concurrents ont préalablement joué ; ces croyances doivent être cohérentes avec les stratégies d équilibre des joueurs ; 251

260 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations en second lieu, partant de n importe quel ensemble d information, le joueur dont c est le tour de jouer, utilise la stratégie qui est optimale pour le reste du jeu, étant donné les stratégies que joueront ses concurrents dans le futur et ses croyances sur les stratégies antérieures jouées par les autres joueurs et la «nature» ; enfin, les stratégies et les croyances hors-équilibre doivent être «stables», au sens où les croyances doivent apparaître comme la limite des croyances induites par des stratégies complètement mixtes (i.e. de probabilité strictement positive) qui convergent ellesmêmes vers les stratégies initiales. 1.2 LES RESTRICTIONS SUR LES CROYANCES Notre modèle correspond à un modèle de signal qui est répété à chaque période. Or, un problème récurrent de ce type de modèles vient de la multiplicité d équilibres qu ils admettent : non seulement plusieurs types d équilibres sont possibles (révélateur, mélangeant, semi-révélateur), mais chaque type d équilibre peut reposer sur un grand nombre de stratégies différentes (Spence, 1973). Afin de diminuer le nombre d équilibres obtenus, plusieurs restrictions sur les croyances hors-équilibre sont donc nécessaires. Un équilibre séquentiel les restreint partiellement mais peut néanmoins reposer sur des croyances hors-équilibre peu plausibles. Deux raffinements ont été utilisés dans ce travail. Le premier, «le critère intuitif» de Cho et Kreps (1987), impose qu un équilibre n accorde pas une probabilité positive qu un joueur d un certain type joue une stratégie de déviation, s il n est jamais dans l intérêt de ce joueur de dévier vers cette stratégie. Le second raffinement, le test de Mailath, Okuno-Fujiwara et Postelwaite (1993), impose une certaine cohérence entre les équilibres. L esprit de ce dernier raffinement est donc 252

261 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations différent de celui de Cho et Kreps (1987) puisqu ici, c est le fait qu un autre équilibre existe qui remet en cause la plausibilité d un premier. Formellement, appliqué à notre modèle, le test de Mailath et al. (1993) impose que : Définition 2 : Soit un couple (σ,µ) (resp. (σ,µ )) de stratégies σ (resp. σ ) et de croyances µ (resp. µ ) formant un équilibre séquentiel et noté Λ=(σ,µ) (resp. Λ =(σ,µ )). Λ est dit meilleur que Λ au sens de Mailath et al. (1993) si et seulement s il existe une quantité q ( + telle que : i) aucun des types t T de l entreprise 1 ne joue q ( dans l équilibre séquentiel Λ mais qu il existe au moins un type t T de l entreprise 1 jouant q ( dans l équilibre séquentiel Λ (notons K l ensemble des types t T de l entreprise 1 jouant q ( dans Λ) ; ii) l ensemble des types t K du joueur 1 gagne au moins autant dans l équilibre Λ que dans l équilibre Λ ; au moins un type t K du joueur 1 gagne strictement plus dans l équilibre Λ que dans l équilibre Λ ; iii) pour au moins un type t K du joueur 1, les croyances hors-équilibre à propos de ce type sachant q ( dans l équilibre Λ ne correspond pas à λ ( t ). ϕ( t ) λ( t' ). ϕ( t' ) où t ' T λ(t ) renvoie aux croyances initiales quant au type t de l entreprise 1 et ϕ(.) est une fonction telle que : si t K et si t gagne strictement plus dans l équilibre Λ que dans l équilibre Λ alors ϕ(t )=1 ; si t K alors ϕ(t )=0. 253

262 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations 2 Preuve du lemme 1 Pour prouver que la date n 0 existe, il suffit de montrer que : il existe une date telle que (N-n) π p -CF>(N-n).π 2p (par hypothèse (N-1) π p -CF>(N-1).π 2p ) ; il existe une date telle que (N-n) π p -CF<(N-n).π 2p (par hypothèse (N-N) π p -CF<(N-N).π 2p car CF>0 de sorte que la date n 0 peut correspondre à N) ; enfin, comme CF est constant et comme (N-n).(π p -π 2p ) est une fonction strictement décroissante en n, la date n 0 est unique. 3 Preuve du lemme ELIMINATION DES EQUILIBRES MELANGEANTS REPOSANT SUR UNE QUANTITE q > q 1 : APPLICATION DU «CRITERE INTUITIF» DE CHO ET KREPS (1987) np Définissons un premier équilibre qui repose sur les stratégies et les croyances suivantes à toute date n<n 0, : n n q1 ( c p, c 0 ) = q1 ( c np, c 0 ) = q ; les croyances révisées de l entreprise 2 de la période n restent les mêmes que celles de la période précédente ; les croyances hors-équilibre doivent être telles que l entreprise 2 adopte si elle observe 254

263 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations une quantité appartenant à l intervalle [q d1 ;q d2 ], où q d1 (resp. q d2 ) est la quantité minimale (resp. maximale 49 ) telle que π 1np (q d1 )=π 1np (q ) (resp. π 1p (q d2 )=π 1p (q )). 50 La quantité minimale peut correspondre à q. Quelle que soit la quantité q, il existe toujours une quantité q appartenant à l intervalle [q d1 ;q d2 ] telle que : une entreprise 1 P gagne moins si elle dévie vers q, et ce quelles que soient les croyances de l entreprise 2 ; une entreprise 1 NP gagne plus si elle dévie vers q, pour certaines configurations des croyances de son concurrent. 51 Les croyances hors-équilibre de l entreprise 2 ne peuvent alors pas attribuer une probabilité positive au type 1 P après avoir observe une quantité de cette intervalle. Cette dernière conclut donc que le type de son concurrent est 1 NP et n adopte pas, de sorte que l entreprise 1 NP a effectivement intérêt à dévier. Par conséquent, seul l équilibre mélangeant reposant sur la stratégie q 1 np respecte le «critère intuitif». 49 Si q > q 1 p 50 Voir le graphique 7., alors il s agira de la quantité minimale telle que π 1p (q d2 )=π 1p (q ). 51 Dans l exemple du graphique 7, l entreprise 1 P n aura jamais intérêt à dévier vers une quantité de l intervalle [ q 1 np ;q ]. 255

264 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Graphique 4.7 Application du «critère intuitif» à l équilibre mélangeant (1) 1np (q), 1p (q) 1p (q) 1np (q) q [q d1 ;q d2 ] quantité q 256

265 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations 3.2 ELIMINATION DES EQUILIBRES MELANGEANTS REPOSANT SUR UNE QUANTITE q < q 1 : APPLICATION DU TEST DE MAILATH ET AL. (1993) np En premier lieu, nous remarquons que le «critère intuitif» n élimine aucune stratégie éliminée par le test de Mailath et al. (1993), et inversement. Soit l équilibre défini par : n n q1 ( c p, c 0 ) = q1 ( c np, c 0 ) = q 1 np à toute date n<n 0 ; les croyances révisées de l entreprise 2 restent les mêmes que celles de la période précédente ; les croyances hors-équilibre doivent être telles que l entreprise 2 adopte si elle observe une quantité appartenant à l intervalle [ q 1 ;q sup ], où q sup est la quantité, différente de np mais qui assure à l entreprise 1 P le même niveau de profit, soit π 1p (q sup )=π 1p ( np q1 np ). q1, Ce dernier équilibre domine tout autre équilibre tel que : n n q1 ( c p, c 0 ) = q1 ( c np, c 0 ) = q < q 1 à toute date n<n 0 ; np les croyances révisées de l entreprise 2 restent les mêmes que celles de la période précédente ; les croyances hors-équilibre doivent être telles que l entreprise 2 adopte si elle observe une quantité appartenant à l intervalle [q d1 ;q d2 ], où q d1 (resp. q d2 ) est la quantité minimale 257

266 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations (resp. maximale 52 ) telle que π 1np (q d1 )=π 1np (q ) (resp. π 1p (q d2 )=π 1p (q )). 53 La quantité minimale peut correspondre à q. En effet, si nous considérons la stratégie q 1 np et l ensemble K des types de l entreprise 1 qui jouent cette quantité à une période τ dans le premier équilibre mais pas dans le second : K={1 P,1 NP }. Chaque type t K reçoit un paiement strictement supérieur dans le premier équilibre que dans le second. Le premier équilibre élimine alors le second au sens de Mailath et al. (1993). En effet, dans le second équilibre, la probabilité qu attribue l entreprise 2 à l éventualité d une innovation de forte profitabilité après avoir observé la quantité q1 np est différente de λ. Si la probabilité était égale à λ, l entreprise 2 n adopterait pas et l entreprise 1 NP serait incitée à dévier vers la stratégie q1 np Preuve du lemme 3 L entreprise de type 1 P est incitée à imiter le comportement de production de l autre type à chaque période n n 0 si : (n 0 -n+1).π 1p ( q1 np )+(N-n 0 ).π 1p >π 1p +(N-n).π p Si cette condition est vérifiée à la première période (n 0.π 1p ( l est également à chaque période n n 0. En effet, q1 np )+(N-n 0 ).π 1p >π 1p +(N-1).π p ), elle si π 1p ( q1 np )>π p, alors cette inégalité est vérifiée quelle que soit la période n n 0 ; 52 Si q > q 1 p, alors il s agira de la quantité minimale telle que π 1p (q d2 )=π 1p (q ). 53 Voir le graphique Nous nous plaçons dans le cas où les croyances initiales de l entreprise 2 sont telles qu au début du jeu, cette dernière n adopte pas. Sinon, l équilibre mélangeant n existerait pas. 258

267 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations si π 1p ( q1 np )<π p alors, comme (n 0 -n).π 1p ( q1 np )+(N-n 0 ).π 1p -(N-n).π p est croissante par rapport à n ( ((n 0 -n+1).π 1p ( q1 np )+(N-n 0-1).π 1p -(N-n).π p )/ n=-π 1p ( q1 np )+π p >0), si l inégalité est vérifiée pour n=1, elle l est également pour tout n>1. 5 Preuve du lemme 4 A une date n, l entreprise 2 compare son espérance de profit si elle adopte et si elle ne le fait pas. A une date n, cette dernière préfère adopter si : µ. N n p i= n+ 1 π + ( 1 µ ). N n np i= n+ 1 π CF> µ.( n 0 π + n 2np i= n+ 1 N π ) + ( 1 µ ). 2p i= n0 + 1 N π n 2np i= n+ 1 Par conséquent à une date n, le suiveur adopte si ses croyances révisées, µ n, sont supérieures au seuil: CF + (N n).(π 2np π np ) Ψ n=. (N n).(π p π np ) + (N n 0 ).(π 2np π 2 p ) Par ailleurs, quel que soit n n 0, Ψ n >0. En effet, quel que soit n : d une part, CF+(N-n).(π 2np -π np )>0; d autre part, π p >π np et π 2np >π 2p (N-n).(π p -π np )+(N-n 0 ).(π 2np -π 2p )>0. Enfin, quel que soit n n 0, Ψ n 1. En effet, Ψ n 1 CF+(N-n)(π 2np -π np ) (N-n).(π p -π np )+(N-n 0 ).(π 2np -π 2p ) CF (N-n).(π p -π 2np )+(N-n 0 ).(π 2np -π 2p ). 259

268 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Or, comme CF (N-n 0 ).(π p -π 2p ) et comme (N-n 0 ).(π p -π 2p ) est toujours inférieur ou égal à (Nn).(π p -π 2np )+(N-n 0 ).(π 2np -π 2p ) (en effet, (N-n 0 ).(π p -π 2p ) (N-n).(π p -π 2np )+(N-n 0 ).(π 2np -π 2p ) n n 0 ce qui est le cas de figure examiné), le seuil est toujours inférieur ou égal à 1. Enfin, comme (π 2np -π np )<0, la dérivée du seuil Ψ n par rapport à n est positive : Ψ n n = (π 2np π np ).((N n).(π p π np ) + (N n ).(π ((N n).(π p 0 π np 2np π 2 p 0 )) + (π ) + (N n ).(π 2np p π π 2 p np ))² ).(CF + (N n)(π 2np π np )) > 0 6 Preuve du lemme 5 Nous montrons tout d abord que seule une stratégie reposant sur la quantité ~ q respecte le «critère intuitif» de Cho et Kreps (1987). Considérons [q 1 ;q 2 ] l intervalle des quantités respectant les conditions qui définissent une stratégie révélatrice, où q 2 est telle que π 1p (q 2 )= (N-1).π p -(N-n 0-1).π 1p -(n 0-1).π 1p ( q 1 ) et q 1 est telle que π 1np (q 1 )=(N-1).π np-(n-2).π 1np. 55 np Considérons maintenant l équilibre suivant : - A la période n=1, 1 1( c, c 0 ) q p = q 1 p, 1 1( c, c 0 ) q np = q, où q [q 1 ;q 2 [. les croyances révisées de l entreprise 2 sont alors telles que µ 1 =0 si cette dernière a observé la quantité q et µ 1 =1 si elle a observé la quantité premier cas et adopte dans le second. q 1 p ; elle n adopte pas dans le 55 Nous ne travaillons qu avec un seul intervalle vérifiant les conditions de l équilibre révélateur. Il y aurait pu en 260

269 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Graphique 4.8 Application du «critère intuitif» à l équilibre mélangeant (2) 1np (q), 1p (q) 1p (q) 1np (q) (N-1) π ( N n 1) π ( n 1) π ( q ) p 0 1p 0 1p 1np ξ lim (N-1).π np +(N-2).π 1np quantité q [q 1 ; q 2 ] Pour ces quantités, l entreprise 1 NP a intérêt à signaler son type. Pour ces quantités, l entreprise 1 P n a pas intérêt à imiter l autre type. avoir deux (voir le graphique 3) mais nous aurions obtenu le même résultat. 261

270 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations enfin, à la première période, les croyances hors-équilibre de l entreprise 2 sont telles que si elle observe une quantité supérieure à q, elle adopte la nouvelle technologie. Quelle que soit la quantité q [q 1 ;q 2 [, il n est alors jamais dans l intérêt de l entreprise 1 P de dévier vers la quantité q 2, tandis qu une entreprise 1 NP peut y avoir intérêt. Jouer la quantité q 2 est donc une stratégie strictement dominée pour 1 P. Le «critère intuitif» de Cho et Kreps (1987) impose alors que les croyances hors-équilibre n assignent pas une probabilité positive au type 1 P après une déviation vers q 2. Dans ce cas, si l entreprise 2 observe précisément cette quantité, il conclut que son concurrent est du type 1 NP et n adopte pas. L entreprise 1 NP a alors intérêt à jouer cette quantité. 7 Preuve de la proposition 4 En premier lieu, l entreprise 2 joue une stratégie mixte à la première période seulement si ses croyances révisées, λ.p 1 /(λ.p 1 +(1-λ)), égalisent Ψ 1. La probabilité P 1 avec laquelle une entreprise 1 P produit la même quantité que l autre type est donc égale à (1-λ).Ψ * /[λ.(1-ψ * )] où Ψ * =Ψ 1. En outre, la probabilité P 1 existe si P 1 <1, ce qui impose λ>ψ *. quantité En second lieu, l entreprise 1 P a deux options à la première période: soit elle produit la q 1 p et son concurrent adopte peu après, soit elle imite l autre type et elle sait que son concurrent ne va pas adopter avec une probabilité positive P 2. Cette dernière probabilité doit être telle que l entreprise 1 P est indifférente entre ces deux options. 262

271 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations 8 Preuve du lemme 6 La probabilité P 2 est telle que l entreprise 1 P obtient le même paiement si elle se révèle en jouant à la première période la quantité q 1 p ou, si elle joue la quantité q 1 np de sorte que l entreprise 2 répond par une statégie mixte. L entreprise 1 P réalise donc le même niveau de profit dans l équilibre révélateur et dans l équilibre semi-révélateur. En revanche, l entreprise 1 NP reçoit, dans l équilibre semi-révélateur, un profit qui peut être soit plus élevé, soit plus faible que dans l équilibre révélateur. Plus précisément, cette dernière entreprise reçoit un profit plus élevé dans l équilibre révélateur si : π 1np (q ~ )+(N-1).π 1np >π 1np +P 2.(N-1).π 1np +(1-P 2 ).(N-1).π np (1-P 2 )>(π 1np -π 1np ( q ~ ))/((N-1).(π 1np -π np )) (3) Cette condition est plus forte que celle qui assure l existence de la quantité q ~. Par conséquent, si cette condition est vérifiée, alors la quantité q ~ existe. Par ailleurs, si cette condition est vérifiée, l équilibre révélateur ne respecte pas le critère de Cho et Kreps (1987). En effet, la quantité q ~ est telle qu une entreprise 1 P ne gagne pas à dévier vers q ~, et ce quelles que soient les croyances de l entreprise 2. En revanche, une entreprise 1 NP peut gagner plus en déviant vers q ~, pour certaines configurations des croyances de son concurrent. Les croyances hors-équilibre de l entreprise 2 ne peuvent donc pas attribuer une probabilité positive au type 1 P après avoir observe la quantité ~ q. Cette dernière conclut donc que le type de son concurrent est 1 NP et n adopte pas, de sorte que l entreprise 1 NP a effectivement intérêt à dévier. 263

272 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Si la condition (3) n est pas vérifiée, alors : - soit la quantité q ~ n existe pas et seul l équilibre semi-révélateur demeure ; - soit la quantité q ~ existe mais l équilibre semi-révélateur élimine alors l équilibre révélateur, au sens de Mailath et al. (1993). Prouvons cette dernière assertion. Considérons la stratégie q 1 np et l ensemble K des types de l entreprise 1 qui jouent cette stratégie à la première période du jeu dans l équilibre semirévélateur mais pas dans l équilibre révélateur : K={1 P ; 1 NP }. Si la condition (3) n est pas vérifiée, l entreprise 1 NP réalise une profit plus élevé dans l équilibre semi-révélateur, alors que l entreprise 1 P réalise un profit de même niveau dans les deux équilibres. L équilibre semirévélateur élimine alors l équilibre révélateur. En effet, dans l équilibre révélateur, les croyances hors-équilibre de l entreprise 2 sont telles que si elle observe q 1 np elle adopte : pour que l équilibre existe, il faut que P(t=1 P q 1 np )>Ψ*; P λ. ϕ(1 ) dans l équilibre révélateur, il se peut alors que P(t=1 P q 1 np ), où P λ. ϕ(1 ) + (1 λ ) ϕ(1 P ) [0 ;1]. En effet, pour certaines valeurs de ϕ(1 P ), l inégalité P λ. ϕ(1 ) >Ψ* P λ. ϕ(1 ) + (1 λ ) n est pas vérifiée. 264

273 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations 9 Elimination de l équilibre révélateur par l équilibre mélangeant pour la configuration λ<ψ * En appliquant le test proposé par Mailath et al. (1993), nous montrons que l équilibre mélangeant (EM) élimine l équilibre révélateur (ER) lorsque λ<ψ *. Considérons la stratégie q 1 np et l ensemble K des types de l entreprise 1 qui jouent cette stratégie dans (EM) mais pas dans (ER) : K={1 P ; 1 NP }. Chaque type t K reçoit un profit strictement supérieur dans (EM). Ce dernier équilibre élimine alors (ER) car dans (ER), la probabilité que le type du leader soit 1 P conditionnellement à l observation de la quantité q 1 np diffère de λ. En effet, si la probabilité avait été égale à λ, l entreprise 2 n adopterait pas et l entreprise 1 NP aurait été incitée à dévier vers q 1 np. 10 Preuve du lemme 7 A la période n 0, une entreprise anticipe qu à la période suivante, une seule entreprise adopte. A la période n 0, si aucune entreprise n a adopté auparavant, la meilleure réponse à la non adoption de son concurrent est alors d adopter. En effet, λ.(n-n 0 ).π 1p +(1-λ).(N-n 0 ).π 1np -CF>π 0 +λ.(n-(n 0 +1)).π 1p +(1-λ).(N-(n 0 +1)).π 1np -CF Cette relation est vérifiée car π 1p >π 1np >π 0. La meilleure réponse à l adoption de son concurrent est de ne pas adopter si d adopter si λ > Ψ n0, par définition de Ψ n 0. λ < Ψ n0 et 265

274 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations 11 Preuve du lemme 8 Plaçons-nous à la période n 0, au cours de laquelle aucune entreprise n adopte si et les deux entreprises adoptent si λ > Ψ n0. λ < Ψ n0 A toute période n telle que n 0 >n>n 1, si aucune entreprise n adopte à la période suivante, alors les stratégies à la période n sachant qu aucune entreprise n a adopté auparavant sont telles qu aucune entreprise n adopte si λ<ψ n et que les deux entreprises adoptent si Ψ n <λ<ψ n+1. Ces stratégies ne s appliquent que si une entreprise qui adopte seule est en mesure de camoufler son type, de sorte que les croyances sont telles que λ<ψ n+1. Pour les croyances telles que λ>ψ n+1, une entreprise ne peut pas camoufler son type si elle adopte seule. Pour une période n telle que n 0 >n>n 1, les stratégies d adoption à la période n+1 sont telles qu au moins une entreprise adopte la nouvelle technologie. En effet, 1. Examen de la meilleure réponse à la non-adoption - En premier lieu, si les stratégies d équilibre à la date n+1 sont telles que les deux entreprises adoptent, alors à la date n, la meilleure réponse à la non-adoption de son concurrent est d adopter si : λ.[π 1p +(N-n-1)π p ]+(1-λ).[ ( ~ n+ 1 π q ) +(N-n-1).π 1np ]-CF>π 0 +λ.(n-n-1).π p +(1-λ).(N-n-1).π np -CF 1np λ.[π 1p - ( ~ n+ 1 π q ) +(N-n-1).π np -(N-n-1).π 1np ]>π 0 - ( ~ n+ 1 π q ) +(N-n-1).π np -(N-n-1).π 1np 1np 1np Cette dernière inégalité est toujours vérifiée. En effet, 266

275 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations notons ς 1 =π 0 - ( ~ n+ 1 π q ) +(N-n-1).π np -(N-n-1).π 1np et ς 2 =ς 1 -π 0 +π 1p ; 1np d une part, ς 2 >ς 1 car π 1p >π 0 ; d autre part, comme par définition ( ~ n+ 1 π q ) >(N-n-1).π np -(N-n-2).π 1np, alors ς 1 <0. 1np L adoption est donc toujours la meilleure réponse à la non-adoption de son concurrent, que ς 2 soit négatif ou positif. - En second lieu, si les stratégies d équilibre à la date n+1 sont telles qu une seule entreprise adopte et signale son type, alors à la date n, la meilleure réponse à la non-adoption de son concurrent est d adopter. En effet, λ[π 1p +(N-n)π p ]+(1-λ)[ ( ~ n π q ) +(N-n)π 1np ]-CF>π 0 +λ[π 1p +(N-n-1)π p ]+(1-λ)[ ( ~ n+ 1 π q ) +(N-n-1)π 1np ]-CF 1np 1np λ.[π p - ( ~ n π q ) + ( ~ n+ 1 π q )-π 1np ]>π 0 - ( ~ n π q ) + ( ~ n+ 1 π q )-π 1np. 1np 1np 1np 1np Cette dernière inégalité est toujours vérifiée si nous supposons que le fait de signaler son type est de plus en plus coûteux à l entreprise 1 NP (i.e. ( ~ n π q ) > ( ~ n+ 1 π q )). En effet, 1np 1np d une part, π p - ( ~ n π q ) + ( ~ n+ 1 π q )-π 1np >π 0 - ( ~ n π q ) + ( ~ n+ 1 π q )-π 1np ; 1np 1np 1np 1np d autre part, π 0 - ( ~ n π q ) + ( ~ n+ 1 π q )-π 1np <0. 1np 1np - Discussion de la condition ( ~ n π q ) > ( ~ n+ 1 π q ). Les profits ( ~ n π q ) et ( ~ n+ 1 π q ) sont tels que : 56 1np 1np 1np 1np d une part, ( ~ n π 1np q ) <(N-n).π p -(n 0 -n).π 1p ( q 1 np )-(N-n 0-1).π 1p = n ; 267

276 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations d autre part, ( ~ n+ 1 π 1np q ) <(N-n-1).π p -(n 0 -n-1).π 1p ( q 1 np )-(N-n 0-1).π 1p = n+1. L inégalité ( ~ n π 1np q ) > ( ~ n+ 1 π q ) est équivalente à l inégalité n > n+1 π 1p ( q 1 np )<π p. 1np 2. Examen de la meilleure réponse à l adoption La meilleure réponse à l adoption de son concurrent est d adopter si : λ.(n-n).π p +(1-λ).(N-n).π np -CF>[π 2p +(N-n-1).π p -CF]+(1-λ).[ ( ~ n+ 1 π q ) +(N-n-1).π 2np ] 2np λ.[π p -π 2p +CF-(N-n).π np + ( ~ n+ 1 π q ) +(N-n-1).π 2np ]>CF-(N-n).π np + ( ~ n+ 1 π q ) +(N-n-1).π 2np 2 2 Notons α n =CF-(N-n).π np + ( ~ n+ 1 π q ) +(N-n-1).π 2np et β n =π p -π 2p +α n. Comme β n >α n, trois cas doivent être distingués : 2 - Si β n >α n >0, alors il existe ω n (=α n /β n ) [0;1] tel que : Si λ>ω n, la meilleure réponse est l adoption. Si λ<ω n, la meilleure réponse est la non-adoption. - Si β n >0>α n, alors la meilleure réponse est d adopter. - Si 0>β n >α n, alors la meilleure réponse est d adopter. 12 Preuve du lemme 9 56 Nous supposons que ces deux quantités existent. 268

277 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations Si les stratégies d équilibre à la date n+1 sont telles qu une seule entreprise adopte et empêche son concurrent d adopter alors, à la date n, la meilleure réponse à la non-adoption de son concurrent est d adopter. En effet, λ.[(n 0 -n).π 1p ( q 1 np )+(N-n 0 ).π 1p ]+(1-λ).(N-n).π 1np -CF>π 0 +λ.(n-n-1).π p +(1-λ).(N-n-1).π np -CF puisque π 1p >π 1p ( q 1 np )>π 1np >π np >π p >π 0 et du fait de l hypothèse (H-ii). Par définition de Ψ n, la meilleure réponse à l adoption de son concurrent est de ne pas adopter si λ<ψ n et d adopter si λ>ψ n. 13 Preuve du lemme 10 Voir l annexe Preuve de la proposition 5 Nous établissons les conditions pour lesquelles ω 1 >Ψ 2 lorsque α 1 >0 et β 1 >0. La condition ω 1 >Ψ 2 s écrit de la façon suivante : π p ( ~ 2 CF ( N 1). π np + π 2 q ) + ( N 2). π 2np ( 1). ( ~ 2 π + CF N π + π q ) + ( N 2). π 2 p np 2 2np CF + ( N 2).( π 2np π np ) > ( N 2).( π π ) + ( N n ).( π p np 0 2np π 2 p ) On peut la réécrire de la façon suivante : ( ~ 2 (( N 2).( π p π np ) + ( N n 0 ).( π 2np π 2 p )).( CF ( N 1). π np + π 2 q ) + ( N 2). π 2np ) > ( ~ 2 ( CF + ( N 2).( π np π np )).( π p π 2 p + CF ( N 1). π np + π 2 q ) + ( N 2). π 2 2 np ) 269

278 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations ou encore sous la forme d un polynôme du second degré en CF : 2 -CF²+CF.[π np -π 2 ( ~ q )+(N-2).(πnp -π 2np )+(N-3).(π p -π 2np )+(N-n 0-1).(π 2np -π 2p )]+ 2 [((N-2).(π p -π 2np )+(N-n 0 ).(π 2np -π 2p )).(π 2 ( ~ q )-(N-1).πnp +(N-2).π 2np )]+[(N-2).(π np -π 2np ).(π p -π 2p )]>0. Notons : A=-1 2 B=[π np -π 2 ( ~ q )+(N-2).(πnp -π 2np )+(N-3).(π p -π 2np )+(N-n 0-1).(π 2np -π 2p )] ; 2 C=[((N-2)(π p -π 2np )+(N-n 0 ).(π 2np -π 2p )).(π 2 ( ~ q )-(N-1).πnp +(N-2).π 2np )]+[(N-2).(π np -π 2np ).(π p -π 2p )]. 2 En supposant que π np >π 2 ( ~ q ), nous obtenons B>0. Par ailleurs, si 2 πnp >π 2 ( ~ q ) alors C<0. En effet, 2 C=[((N-2).(π p -π 2np )+(N-n 0 ).(π 2np -π 2p )).(π 2 ( ~ q )-(N-1).πnp +(N-2).π 2np )]-[(N-2).(π 2np -π np ).(π p -π 2p )] 2 =[(N-2)(π p -π 2np )+(N-n 0 )(π 2np -π 2p )](π 2 ( ~ q )-πnp )+(N-2)(π 2np -π np )[(N-2)(π p -π 2np )+(N-n 0 )(π 2np -π 2p )-π p +π 2 )] 2 =[(N-2)(π p -π 2np )+(N-n 0 ).(π 2np -π 2p )].(π 2 ( ~ q )-πnp )+(N-2).(π 2np -π np ).[(N-3).(π p -π 2np )+(N-1-n 0 ).(π 2np -π 2p )]. Il est donc possible que le polynôme du second degré en CF n admette pas de racine réelle, de sorte qu il n est jamais positif. En revanche, si B²>4.A.C alors le polynôme admet deux racines réelles, que nous notons CF et CF. Déterminons leur signe. Comme A<0, B>0 et C<0, le polynôme admet deux racines réelles positives, telles que CF <CF. 270

279 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations 15 Eléments du graphique 4.6 effet, En premier lieu, montrons que ω 1 est une fonction croissante et concave de CF. En ω CF π p π 2 p = ( ( 1). ( ~ 2 π p π 2 p + CF N π np + π 2 q ) + ( N 2). π 2 1 > np )² 0. En second lieu, montrons que la valeur des coûts fixes pour laquelle Ψ 2 =0, que nous notons CF 2, est plus petite que le seuil minimal défini par l hypothèse (H-ii). En effet, il est immédiat de voir que CF 2 =(N-2).(π np -π 2np )<(N-1).(π np -π 2np ). 16 Preuve de la proposition 6 Nous déterminons en premier lieu la dernière date après laquelle la meilleure réponse à la non-adoption de son concurrent est de ne pas adopter. - Si cette date a lieu avant la date n 0, nous la notons n 4.La date n 4 est telle que : d une part, λ.(π 1p +(N-n 4-1).π p )+(1-λ).(N-n 4 ).π 1np -CF>(N-n 4 ).π 0 d autre part, (N-n 4-1).π 0 >λ.(π 1p +(N-n 4-2).π 1p )+(1-λ).(N-n 4-1).π 1np -CF. Si aucune entreprise n a adopté auparavant, la meilleure réponse à l adoption de son concurrent à la date n 4 est d adopter si : λ.(n-n 4 ).π p +(1-λ).(N-n 4 ).π np -CF>λ.(π 2p +(N-n 4-1).π p -CF)+(1-λ).(N-n 4 ).π 2np 271

280 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations λ.[π p -π 2p +(N-n 4 ).(π 2np -π np )+CF]>(N-n 4 ).(π 2np -π np )+CF. Comme π p -π 2p +(N-n 4 ).(π 2np -π np )+CF>(N-n 4 ).(π 2np -π np )+CF et (N-n 4 ).(π 2np -π np )+CF>0 par hypothèse, alors il existe η n 4 =((N-n 4 ).(π 2np -π np )+CF)/(π p -π 2p +(N-n 4 ).(π 2np -π np )+CF) tel que si aucune entreprise n a adopté auparavant : une seule entreprise adopte à la date n 4 si λ< η n 4 ; les deux entreprises adoptent à la date n 4 sinon. La règle de décision concernant la meilleure réponse à l adoption de son concurrent à la date n 4 se généralise très facilement à toute date n<n 4 en adaptant le seuil η n à la date n considérée. Par ailleurs, il est immédiat de voir qu à toute date n<n 4, les entreprises anticipant qu à la période n+1, au moins une entreprise adopte la nouvelle technologie si aucune ne l a fait auparavant, la meilleure réponse à la non-adoption de son concurrent à la période n est d adopter. - Si cette date ne se produit pas avant la date n 0, alors si aucune entreprise n a adopté auparavant, une entreprise adopte à la date n 0 si date n 0 si λ > Ψ n0 retrouve le même résultat. λ < Ψ n0 et les deux entreprises adoptent à la. En appliquant un raisonnement similaire à celui du cas précédent, on 17 Preuve du lemme 11 η>ψ 1 π p CF + ( N 1).( π 2np π np ) CF + ( N 1).( π 2np π np ) > π + CF + ( N 1).( π π ) ( N 1).( π π ) + ( N n ).( π 2 p 2np np p np 0 2np π 2 p ) 272

281 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations N 1).( π π ) + ( N n ).( π π ) > π π + CF + N 1)( π π ) ( p np 0 2np 2 p p 2 p ( 2np np (N-n 0-1).(π p -π 2p )+(n 0-1).(π p -π 2np )-CF>0 (N-2).π p -CF>(n 0-1).π 2np +(N-n 0-1). π 2p (C.Q.F.D.) 273

282 Chapitre 4 - La manipulation d information lors de la diffusion des innovations 18 Preuve du lemme 12 η>ω 1 π p π CF + ( N 1).( π 2 p 2np π ) + CF + ( N 1).( π np 2np π np > ) π p 2 CF ( N 1). π np + π 2( ~ q ) + ( N 2). π 2np 2 π + CF ( N 1). π + π ( ~ q ) + ( N 2). π 2 p np 2 2np 2 (CF+(N-1)(π 2np -π np ))(π p -π 2p +CF-(N-1)π np +π 2 ( ~ q )+(N-2)π2np )> 2 (π p -π 2p +CF+(N-1)(π 2np -π np ))(CF-(N-1)π np +π 2 ( ~ q )+(N-2).π2np ) 2 (CF+(N-1).(π 2np -π np )).(π p -π 2p )>(π p -π 2p ).(CF-(N-1).π np +π 2 ( ~ q )+(N-2).π2np ) 2 (π p -π 2p ).(CF+(N-1).(π 2np -π np )-CF+π np -π 2 ( ~ q )+(N-2).(πnp -π 2np ))>0 2 (π p -π 2p ).(π 2np -π 2 ( ~ q ))>0 2 π2np >π 2 ( ~ q ) (C.Q.F.D.) 274

283 Conclusion Générale Les recherches présentées dans cette thèse ont visé à mieux appréhender l innovation des entreprises en offrant une meilleure lecture des spécificités des comportements d innovation. Notre réflexion a procédé en deux temps. D une part, nous avons exploré les aspects temporels et informationnels du processus innovant sur la base d études économétriques explorant les phénomènes de persistance de l innovation et celui des canaux informationnels à la base du processus. D autre part, notre réflexion s est tournée vers les «stratégies informationnelles» que les entreprises sont susceptibles de développer afin de protéger ou de renforcer leur avantage innovant. Le premier chapitre de notre thèse a consisté à apprécier le degré de persistance du comportement d innovation sur données françaises et à identifier l origine du phénomène. Dans ce chapitre, notre objectif était double au sens où nous avons cherché non seulement à mieux comprendre la dynamique du processus innovant mais également à tester la validité des méthodes économétriques utilisées fréquemment en Economie de l Innovation. D un point de vue économique, il s est agi dans un premier temps de déterminer une grandeur pouvant 275

284 Conclusion générale rendre compte de l ampleur de la persistance du comportement d innovation d une entreprise et dans un second temps d identifier l origine du phénomène en examinant plus particulièrement les propriétés des déterminants internes de l innovation des entreprises. D un point de vue économétrique, nous avons fait appel à des méthodes récentes pouvant corriger le biais de sélection dont peuvent souffrir les estimations obtenues à partir d un modèle probit traditionnel. Sur ce dernier point, les conclusions de notre travail montrent une certaine robustesse : les résultats obtenus avec les méthodes standards sont très proches de ceux obtenus dans le cadre du modèle de Rubin (1974). Nous trouvons par ailleurs que la persistance du comportement d innovation est forte et ce quelles que soient les caractéristiques des innovateurs. En effet, il apparaît que la persistance du comportement d innovation n est pas l apanage des grandes entreprises mais que les petites entreprises, sans laboratoire de R&D formelle, innovent également de façon régulière. Ces résultats tiennent pour beaucoup à la nature des données utilisées et suggèrent que la persistance repose sur des comportements d innovation pouvant être relativement différents. Nos résultats semblent également indiquer qu il est difficile pour une entreprise qui n a pas innové dans le passé d innover pour la première fois. Nous trouvons ensuite que les facteurs à l origine de la persistance du comportement d innovation varient selon les caractéristiques des innovateurs. Ainsi, parmi les grandes entreprises engagées dans des activités formelles de R&D, la persistance du comportement d innovation s explique principalement par les effets durables de ces activités. En revanche, parmi les petites entreprises peu engagées dans une recherche formelle, la persistance ne repose pas sur les déterminants traditionnels, comme les activités de R&D, mais renvoie principalement à d autres déterminants plus informels : effets d apprentissage dans la production des innovations, appartenance à un réseau d innovateur, etc. 276

285 Conclusion générale Ce chapitre laisse néanmoins un certain nombre de questions en suspens conduisant à autant de nouvelles voies de recherche. Nous pensons en particulier à la question de la nature des comportements d innovation : la persistance repose-t-elle sur un même type de comportement ou, comme semble le suggérer la mise en parallèle des résultats des études antérieures sur la persistance et ceux du présent travail, naît-elle de la diversité des comportements d innovation d une entreprise? Cette question serait à approfondir pour comprendre plus largement la dynamique industrielle. Une réflexion plus poussée sur les phénomènes de créations et de disparitions d entreprises innovantes permettrait également de mieux comprendre et de mieux évaluer la persistance du comportement d innovation. Enfin, comme en témoigne ce travail, un certain nombre de déterminants de l innovation technologique restent encore à identifier. Nous pourrions en particulier essayer d intégrer à la réflexion sur la persistance la question des déterminants externes examinée dans le chapitre 2 afin d apprécier leur importance par rapport aux déterminants internes. Le deuxième chapitre complète le précédent en abordant la question des déterminants externes de l innovation technologique et teste la pertinence de la représentation du processus innovant que donne le modèle du système national d innovation (SNI). Les travaux sur le SNI sont en général très largement qualitatives et peu de travaux empiriques ont cherché à offrir des schémas empiriques clairs des interactions entre les acteurs de l innovation. Ce chapitre a pour objectif d apporter un schéma plus concret des flux informationnels qui soutiennent le changement technologique en France. Ici encore, nous mettons en œuvre une modélisation économétrique en mesure de corriger le biais dont pourraient souffrir les estimations obtenues à partir de méthodes standards. Les données proposées dans l enquête «l innovation technologique» de 1997 posent en effet un problème puisque seules les entreprises ayant innové au cours de la période considérée ont répondu à la question portant sur les sources informationnelles sollicitées pour 277

286 Conclusion générale innover. Nous utilisons un modèle probit séquentiel qui tient compte explicitement d une part, du processus d innovation et d autre part, de la modalité de l innovation mise en œuvre par l entreprise. Le modèle économétrique retenu ainsi que les données récentes utilisées dans ce travail nous ont permis d obtenir à la fois des résultats compatibles avec les faits stylisés admis dans la littérature et d en établir de nouveaux. Nous trouvons ainsi qu une taille importante favorise non seulement l innovation, mais incite par ailleurs une entreprise à développer en interne son innovation. A l inverse, l indice de diversification, même s il n a pas d impact sur le fait qu une entreprise innove, influence néanmoins la façon dont une entreprise le fait, puisque les entreprises diversifiées ont une propension à recourir à la modalité externe plus importante. Concernant les sources informationnelles, nous trouvons que le changement technologique n est pas le fait d agents isolés mais repose sur un réseau complexe de flux de connaissances entre les agents d une économie. En prouvant l importance des sources informationnelles externes pour l innovation technologique, nous validons la pertinence de la représentation actuelle du processus innovant. Les comportements d innovation diffèrent néanmoins fortement dans leurs besoins informationnels. Les entreprises qui adoptent des technologies existantes ont besoin d informations abouties, d utilisation immédiate, disponibles auprès des fournisseurs d équipements et de logiciels, dans les revues spécialisées, ou lors de conférences. Les entreprises qui développent en interne leur innovation utilisent davantage de l information en amont de leur activité, disponible auprès des organismes de recherche, dans les brevets ou obtenue lors de foires ou d expositions, mais aussi auprès de leurs concurrents. 278

287 Conclusion générale La seconde partie de cette thèse complète le portrait des entreprises innovantes en examinant les «stratégies informationnelles» qu elles mettent en œuvre dans le cadre de leurs activités innovantes. Malgré leur diversité, les comportements d innovation ont en commun le rôle central qu y joue l information. Les enjeux stratégiques attachés aux informations sur lesquelles repose l innovation d une entreprise peuvent l inciter à mettre en œuvre une gestion sophistiquée de cette information. Dans le chapitre 3, nous avons évoqué les travaux qui, dans le cadre d une course au brevet ou d un modèle étudiant la décision d une entreprise de protéger ou non son innovation par un brevet, explicitent la gestion stratégique par les entreprises des informations ayant trait à leur innovation. Dans le chapitre 4, nous nous sommes attachés à mettre en évidence la possibilité de comportements similaires lors de l adoption technologique d une entreprise et nous avons étudié l impact de tels comportements sur la diffusion de l innovation au sein d une industrie. Nous développons un modèle d adoption dynamique en information imparfaite et nous montrons que la première entreprise qui adopte une nouvelle technologie peut exploiter l avantage informationnel que lui confère son adoption à une date avancée. Son concurrent ne bénéficie alors d aucune externalité informationnelle et n adopte pas la nouvelle technologie alors même qu il y avait intérêt. La diffusion de la nouvelle technologie est alors stoppée. Ce comportement stratégique de la première entreprise n est néanmoins possible que si les croyances initiales de son rival sont basses. La possibilité que la première entreprise qui adopte une nouvelle technologie manipule l information qu elle transmet à son concurrent incite par ailleurs les entreprises à adopter en même temps plus fréquemment, et en particulier pour des niveaux de croyances relativement bas. Les deux entreprises peuvent alors se retrouver dans une situation moins bonne que si aucune d entre elles n avait adopté la nouvelle technologie. 279

288 Conclusion générale Enfin, il est également possible que l entreprise qui n a pas encore adopté la nouvelle technologie bénéficie d informations provenant de son concurrent qui utilise déjà l innovation. Néanmoins, ces externalités n émergent dans notre modèle que pour une configuration spécifique des coûts fixes d adoption et des croyances initiales des entreprises. Ce dernier résultat remet donc largement en cause le degré de généralité de l hypothèse traditionnellement utilisée dans les modèles d adoption selon laquelle l information acquise par la première entreprise qui adopte une nouvelle technologie est instantanément diffusée au reste de l industrie. Notre modèle souligne finalement l importance de la phase de démarrage dans le processus de diffusion d une innovation et offre un cadre d analyse approprié pour apprécier l impact de différentes politiques de diffusion mises en œuvre dans la plupart des pays de l OCDE. 280

289 Références bibliographiques 1. Abernathy W.J. et J.M. Utterbach, 1978, Patterns of Industrial Innovation, Technology Review, June/July, 80, Acs Z.J. et D.B. Audretsch, 1990, Innovation and small Firms, MIT Press, Boston. 3. Acs Z.J. et D.B. Audretsch, 1987, Innovation, Market Structure and Firm Size, The Review of Economics and Statistics, 69 (4), Aghion P., C. Harris et J. Vickers, 1997, Competition and Growth with Step-by-step Innovation: An Example, European Economic Review, 41, Aghion P. et P. Howitt, 1992, A Model of Growth through Creative Destruction, Econometrica, 60, Ameniya T., 1975, Qualitative Models, Annals of Economic and Social Measurement, 4, Amesse F. et C. Debresson, 1991, Networks of Innovators : A Review and an Introduction to the Issue, Research Policy, 20, Appleyard M. M., 1996, How does Knowledge flow? Interfirm Patterns in the Semiconductor Industry, Strategic Management Journal, 17, Arora A., A. Gambardella, F. Pammolli et M. Riccaboni, 2000, The Nature and the Extent of the Market for Technology in Biopharmaceuticals, CNRS-CEPR International conference on «Technology Policy and Innovation : Economical and Historical Perspectives», Paris, November. 281

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306 Table des matières Introduction Générale 1 PARTIE 1 Les structures temporelles et informationnelles de l'innovation : Perspectives empiriques 15 CHAPITRE 1 LA PERSISTANCE DU COMPORTEMENT D INNOVATION DES ENTREPRISES 17 Introduction 17 Déterminants de la persistance du comportement d innovation 20 Les conditions industrielles 21 La nature des connaissances à l origine des innovations 22 Les différences entre entreprises 24 L analyse de la persistance du comportement d innovation sur données de brevets 25 Un réexamen de la persistance du comportement d innovation sur données d enquêtes 28 Plan du chapitre 31 1 Les données 32 2 Méthodologie Le modèle probit et l évaluation des effets moyens Le modèle causal de Rubin (1974) Le cadre d analyse L appariement des entreprises L estimation Le calcul du score canonique : les déterminants de l innovation passée L estimateur par régression sans appariement préalable L estimateur par classes L estimateur par le plus proche voisin 57 3 Résultats Le modèle probit de base : l appréciation du degré de persistance du comportement d innovation Le modèle probit avec activités de recherche : l origine de la persistance Le modèle de Rubin (1974) Des caractéristiques différentes

307 Table des matières La détermination du score canonique L estimateur sans appariement préalable Les estimateurs avec appariement préalable La méthode par classes L estimateur par le plus proche voisin 85 Conclusion 89 Annexes du chapitre Régressions complémentaires du tableau Indépendance conditionnellement au score (Rosenbaum et Rubin (1983)) 94 3 Régressions complémentaires du tableau 13b 95 CHAPITRE 2 DEVELOPPEMENT INTERNE OU ADOPTION EXTERNE? DETERMINANTS INFORMATIONNELS ET CANAUX DE DIFFUSION. 96 Introduction 96 Des insuffisances du modèle linéaire 97 Les systèmes d innovation 100 Une analyse économétrique sur données d entreprises françaises 102 Plan du chapitre Les données L origine des innovations Les sources informationnelles utilisées pour innover Les caractéristiques des entreprises Le modèle La méthodologie Les résultats Les caractéristiques individuelles Les sources informationnelles : les agents Les agents appartenant à l industrie Les industries amont et aval Les institutions publiques Les canaux de transmission de l information 150 Conclusion 154 Annexes du chapitre Algorithme d optimisation Le test du multiplicateur de Lagrange

308 Table des matières PARTIE 2 Les stratégies informationnelles des entreprises innovantes: Perspectives théoriques 161 CHAPITRE 3 LA CIRCULATION DE L INFORMATION ENTRE ENTREPRISES CONCURRENTES : UN ETAT DES LIEUX 163 Introduction 163 Plan du chapitre Les échanges d information entre concurrents lors de la phase de recherche L annonce d un succès intermédiaire Une structure informationnelle exogène La diffusion de l information comme conséquence d un choix stratégique L information sur une découverte intermédiaire L information transmise par le brevet L arbitrage entre le dépôt d un brevet et le secret La gestion du brevet Les échanges d information entre concurrents lors de la phase de diffusion des innovations L émergence d une asymétrie informationnelle Une structure informationnelle exogène 179 Conclusion 182 CHAPITRE 4 LA MANIPULATION D INFORMATION LORS DE LA DIFFUSION DES INNOVATIONS : UN MODELE D ANALYSE 183 Introduction 183 Plan du chapitre Le modèle Le jeu Les histoires du jeu Le déroulement du jeu La stationnarité des stratégies de production Les stratégies des entreprises Hypothèses et notations

309 Table des matières 1.3 Démarche de résolution du jeu Les stratégies d équilibre lorsqu une seule entreprise a adopté la nouvelle technologie L incitation du leader à manipuler l information La mise en œuvre de la manipulation d information Une imitation réussie : l équilibre mélangeant L émergence d externalités informationnelles : l équilibre révélateur Une révision à la baisse des croyances du rival : l équilibre semi-révélateur Les différents types d équilibre Analyse des résultats Extensions et discussion Les stratégies initiales d adoption des entreprises La fin du jeu L induction vers l amont Le début du jeu Une première configuration des coûts fixes d adoption : CF CF ou CF <CF Une seconde configuration des coûts fixes d adoption : CF <CF CF Analyse des résultats L introduction d externalités informationnelles exogènes Les apports du modèle sur le plan de la politique économique en matière de diffusion technologique 245 Conclusion 248 Annexes du chapitre Equilibre et raffinements Le concept d équilibre séquentiel (Kreps et Wilson, 1982b) Les restrictions sur les croyances Preuve du lemme Preuve du lemme Elimination des équilibres mélangeants reposant sur une quantité q > q 1 np : application du «critère intuitif» de Cho et Kreps (1987) Elimination des équilibres mélangeants reposant sur une quantité q < q 1 np : application du test de Mailath et al. (1993) Preuve du lemme Preuve du lemme Preuve du lemme Preuve de la proposition Preuve du lemme Elimination de l équilibre révélateur par l équilibre mélangeant Preuve du lemme Preuve du lemme Preuve du lemme

310 Table des matières 13 Preuve du lemme Preuve de la proposition Eléments du graphique Preuve de la proposition Preuve du lemme Preuve du lemme Conclusion Générale 275 Références bibliographiques 281 Table des matières 298 Table des tableaux 302 Table des graphiques

311 Table des tableaux Tableau 1 Présentation schématique des deux premiers chapitres Erreur! Signet non défini. Tableau 1.1 Les pourcentages d innovateurs par industrie 34 Tableau 1.2 Les activités de recherche des entreprises innovantes 1 39 Tableau 1.3 Les caractéristiques individuelles des entreprises 41 Tableau 1.4 Les dynamiques de l innovation * 43 Tableau 1.5 Les variables de conditionnement retenues 54 Tableau 1.6 La probabilité d innover entre : Le modèle de base 60 Tableau 1.7 La probabilité d innover entre : Le modèle avec activités de recherche 62 Tableau 1.8 Effet moyen des variables explicatives sur l innovation Tableau 1.9 Les tests d égalité des moyennes sur l échantillon global 70 Tableau 1.10 La probabilité d innover entre Tableau 1.11 Effet causal de l innovation sur l innovation : Estimateur par régression sans appariement préalable 75 Tableau 1.12 Les tests d égalité des moyennes 78 Tableau 1.13a et 1.13b Effet causal de l innovation sur l innovation : Estimateur par classes 81 Tableau 1.14 Les caractéristiques des entreprises des différentes classes

312 Table des tableaux Tableau 1.15 Effet causal de l innovation sur l innovation Estimateur par le plus proche voisin 86 Tableau 1.16 Effet causal de l innovation sur l innovation : Effet sur les traités 88 Tableau 1.17 Effet causal de l innovation sur l innovation : Estimateur par régression sans appariement préalable 93 Tableau 1.18 Effet causal de l innovation sur l innovation : Estimateur par classes 95 Tableau 2.1 Taille des différents échantillons 112 Tableau 2.2 Nombre de sources informationnelles utilisées pour innover 117 Tableau 2.3 Les sources informationnelles utilisées pour innover 120 Tableau 2.4 Les caractéristiques individuelles des entreprises 127 Tableau 2.5a Résultats : Les caractéristiques individuelles 138 Tableau 2.5b Résultats : L origine de l innovation: Les sources informationnelles (1) 145 Tableau 2.5c Résultats : L origine de l innovation : Les sources informationnelles (2) 151 Tableau 4.1 Les différents types d équilibre

313 Table des graphiques Graphique 1.1 Les distributions du score canonique 77 Tableau 1.12 Les tests d égalité des moyennes 78 Graphique 4.1 La structure du jeu dynamique et son déroulement 194 Graphique 4.2 Restrictions des croyances hors-équilibre de l équilibre mélangeant 213 Graphique 4.3 La stratégie révélatrice 216 Graphique 4.4 Les stratégies d adoption d équilibre à la première période du jeu 235 Graphique 4.5 Les stratégies d adoption d équilibre à la première période du jeu 237 Graphique 4.6 La structure initiale d adoption 239 Graphique 4.7 Application du «critère intuitif» à l équilibre mélangeant (1) 256 Graphique 4.8 Application du «critère intuitif» à l équilibre mélangeant (2)

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