Riche Balongana Louzolo Les Battements du cœur Publibook
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J ai songé aux morts J ai songé aux morts par cette nuit blanche, J ai songé aux morts, j ai songé aux morts. Aux yeux sans voile, dans un coteau où la ranche Des morts remplit mes yeux de larmes aux abords de la mer. La nuit coule dans ma mémoire, Les étoiles continuent à rallumer mes larmes acides Sur mes joues blêmes où je regarde sans voir. Depuis la plongée du soleil dans la mer placide, Mon cœur était triste et sombre comme l abîme, Et devant les vagues crépusculaires où saignent mes yeux, Je suis statue sans âme, seul le vent m anime Tant, et je m égare loin de moi, mes yeux vers les cieux Rien que silence et la souffrance aux peines d enfance En contemplant l île de mes souvenirs inoubliables Au cœur timidement obscur où la douleur s enfonce Pour atterrir aux ténèbres de mon crâne infantile, ébranlable. Songer aux morts dans cette nuit, c est une mort pour moi, Je suis un orphelin sans reins comme un paon Sans plumes, je m éloigne de la vie avec émoi, Mille passions y règnent, et je suis semblable au papillon. 9
Mon chant, c est ton chant Mon chant, c est ton chant, et c est notre chant Ce chant de l esclavage est un court breuvage de sang Courir vers le lac nocturne de nos cœurs dévorés, C est s ensevelir du drap maternel L orgueil de la nuit est toujours proche de la mort Où le mythe du cerveau sympathise avec le sommeil mystique, L amitié parfaite du surréel Mon chant, c est ton chant, Poéser sous un ciel ouvert, c est plier l échine aux besognes, Dans la nuit, c est se déchirer le cœur Au-dessus de la vie se suspend une vaste pierre Qui couvre mon visage Et devant mon itinéraire se trouve un rideau de fer, Aux couleurs infernales Mon chant, c est ton chant, Ramer comme une biche devant cette chasseuse aux mille Cartouches, est une vaine idée pour moi, mortel Je préfère vivre ma vie sans une bouche que de L habiter loquacement Mon chemin est boueux, le tien est peut-être sous les arbres D honneur, où passe un dieu qui te sourit aux mâchoires, Mais, la main du robot nous écrabouillera le visage, Voilà ma peine, et voilà ton miracle, et voilà notre peur infinie. 10
Femme dormeuse Elle dort du sommeil paisible sur cette colline Où les tombes sont semées, comme du blé dans un sillon, Berçant des yeux de nuit sous ce beau pâturage de la prairie Elle respire l odeur de la colline sans nez, Elle pleure et fane en silence Elle ne dit mot, mais elle est aussi belle qu une fleur matinale Qui dort dans l aube pleine de rosée Sa beauté étrange d autrefois fait frémir mon cœur Qui se baigne dans une inondation sauvage Elle dort sous nos pieds, cette fleur que j ai tant aimée, Que j ai tant arrosée de mes larmes de fête Dans ma plage, faite de ses feuilles Mais la mort n est point une honte, la vie l enfante tôt ou tard De près ou de loin Femme dormeuse, repose-toi en douceur, sans douleur, L âme est une lune de neige qui fond, et toute narine couchée, Se couche toujours Rallume la joie de mon cœur, dormeuse de Mongo-Kamba, Bien que mon nom suscite une souffrance perpétuelle vers L avenir, je préfère vivoter avec un cœur qui bat partout. 11
Mémoire blessée J ai encore longtemps eu une mémoire blessée aux Ténèbres de cette nuit de novembre où je sortis Du tronc maternel nu et bras ballants Moi, chassé de l Éden si tôt, je me brûle dans Sodome Cette nuit, et l insomnie caresse mes yeux, Et met le sommeil en grève J ai une tête saignante qui songe à la grâce Lointaine de l enfance où ce jour méritait toujours Un festin de ma part Mais j ai contemplé ce bonheur aux étoiles cette nuit De novembre des fleurs où un azur funèbre engloutit nos cœurs. La nuit était vaste, le rêve long, mes yeux de statue Tout vides, et encore la douleur était au galop Une stèle antique s installait dans ma mémoire spectrale Et me rappelait ses ultimes prophéties au temps de sa Courte royauté, quand attendre la mort ici n était Qu une question de vivre avec un cœur tumultueux, mais Épargnons-les dans la chèvre de l autre Voilà, ma mémoire a encore heurté une pierre sur la Grève du fleuve, elle est blessée, elle saigne, et Un torrent de sang coule hors de mes veines primordiales, Mais est-ce ainsi qu est faite ma nature? 12
Femme en cendre Femme aux yeux de terre, le rythme de mon cœur Illumine tes imminents soucis aux ondes du pèlerinage Où tu cheminais de Brazzaville à Pointe-Noire, pieds déchirés Où ton visage ensoleillé, luisait de larmes Comme un masque d or pur. Et tout le long de la route, tu riais, tu pleurais, tant et Tu te plaignais des bouts d oreille sales pour épouses L espérance du demain à travers mon ardoise et ma culotte. Femme aux lèvres poussières, tu es une femme sainte, Sainte comme la mère de Dieu Ta joie lumineuse a transporté mon nez à sa place habituelle Tes mains lucides ont éclairé mes yeux du sommeil Tes jupes blanches rougissent par mes urines acides Ne sont jamais rendues toutes neuves, et jamais ma Main d homme ne caresse tes joues si douces que le lac bleu. Tant que tu pleures dans l orgueil de la nature, Tu ne goûteras point les pommes de mes mains Acquises déjà en faisant le coupé-coupé, Cahiers sous les aisselles. Mais la nature a répondu à tes immenses questions Étayées à travers ton cœur de nuit Où étaient couchés mes propices rêves du jour Et l harmonie de toute notre vie en famille résidait jadis La mort avait un autre visage sur nous, Un visage jaloux comme d autant, Je jette en silence les flamboyantes fleurs Sur ton front misérable rendu en cendre. 13
Vision du poète Est-ce que je m adresse à un dieu mort-né Pour ne pas connaître le bonheur comme Ceux qui rient aux mâchoires à chaque aube De l hiver où fleurissent les mains des paysans? Encore je le sais aujourd hui, j ai une nature falsifiante, faite de pièces métalliques Et même si je reste, la main droite d un roi Quelconque, le ciel pulvérisera un acide sur moi Pour vivre sans plume de l héroïque Depuis mon obscure présence sur cette Afrique, Mon cœur artificiel me rappelle toujours que le bonheur D un poète n est nullement d amasser de l argent, Ou d obtenir la vie éternelle, mais plutôt c est De voir toutes les feuilles d arbres du pays Réunies pour former un seul arbre où doit Demeurer son peuple Que mes épaules qui atteignent déjà le niveau des Oreilles descendent pour divorcer à l orgueil qui Triomphe à ma nature d autrefois, je ne veux ni Porter le masque d un savant, ni monter au trône De Dieu pour me faire juste juge, dans le Congo Avec des douleurs et des peurs mortelles. 14