Dominique Le Cam Pastels anciens Publibook
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Octobre 1945 Mon père a retrouvé sa Bretagne natale Ma mère se repose en terre de Hainaut ; Ils s étaient rencontrés après guerre à Paris, Quartier de l Opéra, restaurant Le Rallye, A la table d hôte on parlait, C était l époque de Laval, L homme à la blanche lavallière : Oui, allait-on l éxécuter? Ils étaient vraiment bien les seuls A ne pas tout à fait y croire. Et la Valenciennoise et lui le Nazairien Des bords de l Atlantique aux rives de l Escaut Lucien fils de Joseph et Marie-Jeanne Et qui pourtant naissant ne fut pas baptisé, Yvonne, fille d Adolphe et de Zoé, Eux qui n étaient pas faits pour la vie provinciale Voilà qu ils étaient Parisiens Elle travaillait avenue Kléber Au Headquarters américain Pour lui c était rue La Bruyère Ingénieur à l Auxi-Navi Et beau lieutenant du génie Il vivait à l hôtel, rue de Liège numéro quatre, Près de la Trinité, Elle habitait rue de Paradis. Il était brun, elle si blonde Au teint pâle de pastel ancien Et tous deux ils avaient les yeux bleus. 14 décembre 2001 9
Pernambouc J ai perdu pied à Pernambouc J étais partie pour y pêcher Des perles noires, des panacées Et des poissons parégoriques Souque ferme, petit marin, souque! J étais partie pour attraper Les passerines, les papegais Et les oiseaux prémonitoires Plutôt pleurer sous les Tropiques Mais ma pirogue a chaviré Dans la passe aux papillons noirs 9 septembre 2001 10
11 septembre 2001 Le gros bourdon sonne le glas A Notre-Dame, en plein midi. Deux tours sont tombées à New York, Les deux tours les plus hautes du monde Elles gisent Côte à côte Mises à bas Moribondes. Elles se sont enfoncées dans la terre S affaissant tout d un bloc En feu, implosées en poussière Deux tours jumelles bien trop hautes Et qui défiaient le ciel, altières Incendie de béton et de fer, Fumées, ouragan de boue grise, Dowtown bombardée, Bûcher de douleur et misère. Je suis allée sur le parvis Parmi la foule de Paris, Immobile dans le silence. Cathédrale de tous les siècles, Notre-Dame de Bienfaisance! C est encore la Cour des Miracles, Protégez-nous, vous qui savez! vendredi 14 décembre 2001 11
Passage des Panoramas Passage des Panoramas En face du Musée Grévin, On trouve encore une boutique A la devanture en bois vert. La peinture est bien écaillée. Serait-ce vraiment la dernière En notre monde robotique Où tout se jette aussi les coeurs Un raccommodeur de faïence Et une remmailleuse de bas Aux doigts nostalgiques et rêveurs Se tiennent un peu compagnie En se refaisant des patiences Ça sent la colle et le nylon. Les tasses cassées de porcelaine caraque Voisinent avec les assiettes ébréchées De Chine, de Saxe ou du Japon, Joli Limoges ou pacotille. Les dames en talons aiguille Coiffées d élégant taupé gris Viennent y rechercher leurs bas fins Et leurs vieilles théières brisées. septembre 2001 13
Le train des années cinquante Le train roule trop vite On voit le paysage Filer derrière les arbres Les wagons s allongent En allure de fuite Et toutes les fariboles S accrochent aux branchages. Odeur de pétrole On arrive à Donges. Mais dans le train de mes dix ans Il y avait un couloir Mon père y fumait des Boyard Papier maïs. Mais dans le train de mes dix ans Il y avait un miroir Et je m y regardais Dans ma petite robe en percale glacée Aux rayures blanches et rouges Et quelqu un fredonnait L air de "Jeux Interdits ". 20 septembre 2001 14
Ceylan A Colombo les cerfs-volants Qu on voyait du Galle Face Hôtel S élever au ciel sur le green Sont-ils toujours bariolés? Petits mouchoirs lancés au vent Des indécises bagatelles Me disent-ils adieu vraiment Dans les volées des sauvagines? Adieu l île aux saphirs qu on appelait Ceylan Du voyage de noces adieu le joli brun! Pourrai-je retourner dans l Océan Indien? N est-ce pas vous enfin Vous qui m aviez parlé de Bali, de Java Où vous étiez allé en ces temps d autrefois? L Indonésie aussi j aimerais bien la voir! Tous les deux n irons-nous jamais Plus loin que l Hôtel des Trois Gares? 16 octobre 2001 15
Encore un peu Et tant de choses encore Qui resteraient à faire Chanter dans les beuglants Et les bars à marins Des chansons réalistes Goualantes de misère : "Allez, venez, milord!" Joue! L accordéoniste! Suivre un cirque tzigane Danseuse en tarlatane Montée en amazone Sur la trompe d un éléphant. Prendre le wagon-lit Pour aller à Moscou Les marchands ambulants Fils du vent, Zingari Des bords de la Neva, Aux marchepieds tout pleins de neige Offrent pour quelques sous Leurs éventaires fumants Le thé bien chaud, cuivré Du samovar ancien Vibrant des balalaïkas. Retourner à Venise Par un jour de Toussaint Quand les gondoles emmènent Des brassées de fleurs roses Et des couronnes violettes Dans l île de San Michele. 16