Les plantes néophytes envahissantes



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Transcription:

Gymnase Auguste Piccard, Lausanne Les plantes néophytes envahissantes Conte forestier illustré Romain Kündig 3M6 Tuteur : François Estoppey Date : novembre 2009

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Remerciements Je remercie sincèrement tous ceux qui ont, par leurs connaissances et leurs encouragements, contribué à l aboutissement de ce travail : mon père, ingénieur agronome, qui m a transmis son intérêt pour la nature en me racontant des contes enfant et en m accompagnant dans certaines des excursions. Je remercie aussi chaleureusement mon tuteur, M. Estoppey dont l enthousiasme constant et la participation à mon travail m ont donné une grande motivation. Ma reconnaissance va également à Mathias Good, graphiste à l ECAL, qui m a généreusement donné d excellents conseils pour la mise en page. Merci aussi à Christian Bohren, malherbologue de Agroscope Changins, et à mes proches qui m ont soutenu durant toute la durée de ce travail de maturité. 3

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Introduction La nature autant que l art m ont toujours intéressé et ces deux univers sont pour moi indissociables, c est pourquoi l opportunité de faire un travail rassemblant ces deux sujets m a tout de suite motivé. J ai choisi de le faire sous forme d un conte illustré. Cette histoire imaginaire a pour but de sensibiliser le lecteur à un thème peu connu sous une forme vulgarisée et attrayante: l invasion des plantes néophytes envahissantes comme par exemple l ambroisie, la renouée du Japon et la berce du Caucase. Ces plantes sont arrivées en Europe d autres continents à partir de la fin du 15 ème siècle. Ce sont des espèces qui, grâce à leur force de concurrence et l absence d ennemis naturels, nuisent gravement à la flore indigène et parfois même à l Homme. Ce sujet me paraît d autant plus intéressant que l année 2010 sera l année de la biodiversité. Méthode 1) Partie scientifique : Etude et observation des néophytes - Sites Internet, documents spécialisés. - Discussions avec des spécialistes : Christian Bohren, malherbologue à Changins et Christophe Kündig, ingénieur agronome, spécialiste de la protection des plantes pour le canton de Vaud. - Visites sur le terrain qui m ont permis de faire des photos, des croquis et de mieux me familiariser avec l environnement forestier. Sur les conseils de mon tuteur, je suis allé le 17 mai 2009 au Bois de Chênes qui est une forêt de plaine (~ 500 m d alt.) dans la commune de Genolier en juin 2009 ; à la forêt primitive d Eusin en Valais (1540 m d alt.) dans la commune de Vionnaz ; à la réserve naturelle des Grangettes en juin 2009 dans la commune de Noville ; dans quelques bois autour de la ville de Lausanne entre mars et août, Chalet-à-Gobet et Sauvabelin. - Participation au monitoring et à l arrachage de l ambroisie dans tout le domaine de l UNIL et dans la campagne vaudoise pendant deux jours. 2) Partie artistique : écriture et illustration du conte - Elaboration d un scénario qui permet de présenter de façon ludique cinq néophytes et les problèmes qui les concernent. Ceci en tenant compte des impressions que j avais ressenties en parcourant les lieux cités ci-dessus. - Etude de la structure de livres de contes illustrés par des artistes connus, tels que «Le livre des Gnomes» (1994) de Rien Poortvliet, «Les contes champêtres de Beningfield» (1983) par Gordon Beningfield, «Le vent dans les saules» (2002) de Michel Plessix, des bandes dessinées de Cosey... Je me suis inspiré de ces artistes aussi bien du point de vue du trait de crayon que de la technique. - Parallèlement à l écriture j ai fait de nombreux dessins avant de les colorer à l aquarelle. - Graphisme : sur les conseils de Mathias Good, étudiant graphiste de l ECAL, j ai appris à utiliser un logiciel de mise en page intitulé Adobe Indesign permettant l intégration du texte et des images. - Impression et reliure chez des professionnels. 5

Le conte illustré Le conte intitulé «La légende de Rubus Baie-Bedon» est présenté sous forme d un livre relié. Pour que le conte soit cohérent, j ai dû adapter des réalités scientifiques comme par exemple : l insecte qui mange la Berce du Caucase est une fiction, mais elle démontre un moyen de lutte réel qui s applique à d autres plante. Il y a aussi des anachronismes : par exemple, la floraison de la Berce du Caucase qui est trop rapide Cependant le conte familiarise bien le lecteur avec le sujet des plantes néophytes envahissantes. Cinq néophytes connues sont illustrées, décrites et situées dans leur contexte. Annexes - Fiches techniques personnelles au sujet des néophytes. - Photos des excursions. Conclusion Ce conte est le résultat d un mélange entre un sujet scientifique d actualité et un travail artistique. J ai essayé au moyen d illustrations et d une histoire imaginaire de sensibiliser au mieux le lecteur à ce sujet peu connu. Ce thème préoccupe de plus en plus les professionnels de la nature et de la santé. Il s adresse à des personnes de tout âge. Si je devais continuer ce travail, j analyserai auprès des lecteurs ce qu ils ont appris à travers ce conte et je m intéresserai au développement de la lutte contre ce phénomène. 6

Annexe : Fiches techniques Qu est-ce qu une plante néophyte envahissante? Les néophytes sont des plantes exotiques et invasives. Elles ont en général été introduites par l Homme (voyages, importation de plants, transport terrestre, maritime et aérien). Souvent, à cause de l absence d ennemis naturels dans un certain milieu, elles se multiplient beaucoup et provoquent le déséquilibre de la biodiversité locale, c est-à-dire qu elles vont occuper tout l espace disponible au détriment des espèces indigènes. Elles sont aussi parfois la cause de problèmes de santé (par exemple l ambroisie et la berce du Caucase). Ambroisie à feuille d armoise (Ambrosia artemisiifolia) famille des astéracées Quelques néophytes : Description : plante herbacée annuelle de 20-90 cm de haut. Elle a une tige pubescente ou velue, fortement ramifiée souvent rougeâtre et possède des feuilles fines et pennatiséquées. L ambroisie est monoïque et non aromatique. Origine : l ambroisie a été importée d Amérique du nord en Europe au milieu du 19 ème siècle. Situation : son extension rapide est due à sa présence dans les graines pour oiseaux dans les jardins, elle pousse aussi dans les chantiers (transport des outils et transports de terre) mais aussi le long des voies de communication. Ex : autoroute, voies de chemins de fer. Dangers: elle possède un pollen hautement allergène et peut engendrer des maladies. Exemple : rhinite, conjonctivite, urticaire et eczéma. Moyens de lutte : arracher systématiquement les plantes avec la racine avant la floraison (mai-juillet) puis surtout ne pas les mettre dans le compost mais avec les ordures ménagères pour qu elle soit éliminer par incinération. Fig.1 Ambroisie Fig.2 Carte de répartition de l Ambroisie en Suisse 7

Fig.3 Ambroisie, Etoy juin 2009 Fig.4 Arrachage de l Ambroisie sur le domaine de l UNIL, juin 2009 Fig.5 Arrachage de l Ambroisie à Etoy, juin 2009 8

Berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum) famille des Ombellifères Description : plante bisannuelle géante de 3-5 m de hauteur à maturité, a une tige pouvant atteindre 10 cm de diamètre, feuilles longues et dentées de 0,5 à 1 m de long. Ombelles pouvant faire entre 15-30 cm de rayon avec au bout des fleurs blanches. Origine : son arrivée en Suisse date de 1895. Deux botanistes genevois l ont ramenée d un voyage en Russie et l ont plantée dans la plaine de Plainpalais ou, quatre ans plus tard, ils voient la croissance d une plante gigantesque. Ils vont lui faire visiter la quasi-totalité de l Europe avant que l on se rende compte, cent ans après, de sa dangerosité. Situation : elle pousse généralement aux bords des cours d eau ou en lisière de forêt. Danger : à cause de la grandeur de ses feuilles et donc de l ombre qu elle crée, la Berce du Caucase empêche l accès à la lumière des autres plantes qui finissent par mourir. Elle est aussi dangereuse au toucher, car elle possède une sève toxique qui par la suite provoque des brûlures si l on s expose au soleil. Moyens de lutte : Couper les inflorescences jusqu'à 15 cm de profondeur pour éviter qu elle ne repousse trop rapidement. La lutte chimique est possible. On peut lutter biologiquement avec des moutons. Fig.6a Berce du Caucase en fleur Fig.7 Carte de répartition de la Berce du Caucase en Suisse Fig.6b Berce du Caucase au stade végétatif 9

Renouée du Japon (Reynoutria japonica) famille des Polygonacées Description : Atteint la hauteur de 3 mètres à l âge adulte, grande densité de tiges glabres souvent rouge foncé donnant un feuillage touffu. Feuilles longues de 7-14 cm alternes, largement ovales. Beaucoup de fleurs. Origine : originaire d Asie du Sud-est, la Renouée du Japon a été introduite par des botanistes en 1825 en Suisse comme plante de décoration. Situation : la Renouée du Japon aime particulièrement les zones alluviales et les bords des cours d eau mais on la trouve aussi dans des terrains vagues et dans les jardins. Dangers : grâce à son incroyable faculté de reproduction, un fragment de la plante suffit à en donner une nouvelle, elle se multiplie très rapidement et très loin. Elle finit par étouffer toutes les plantes locales. Moyens de luttes : il faut la couper et par la suite injecter de l herbicide dans la tige. Fig.8 Renouée du Japon Fig.9 Carte de répartition de la Renouée du Japon en Suisse 10

Fig.10 Pousse de Renouée du Japon, UNIL site de Dorigny, juin 2009 Fig.11 Renouée du Japon, vallon à côté du vivarium de Lausanne, 10 mai 2009. Fig.12 Renouée du Japon, UNIL site de Dorigny, juin 2009 11

Buddléa de David (Buddleja davidii) famille des Buddlejacées Description : Arbuste d environ 3m de haut, possède des fleurs violettes en longue panicule conique de 20 à 50cm, feuilles vert foncé opposées, écorce marron. Origine : le buddleia de David est originaire de Chine et doit son nom au pasteur Adam Buddle. On appelle aussi cet arbuste «arbre à papillon» car pendant sa floraison elle produit un parfum qui attire les papillons. Situation : on la trouve dans des lieux incultes, sur les rives et dans les gravières. Dangers : elles forment parfois des populations denses et concurrence la végétation locale. Moyens de lutte : il faut détruire les inflorescences juste après la floraison mais ceci n est qu un moyen de prévention, pour stopper totalement sa progression il faut procéder à un dessouchage. Fig.13 Buddleia Fig.14 Carte de répartition du Buddleia en Suisse Fig.15 10 mai 2009 : vallon à côté du vivarium de Lausanne 12

Robinier faux acacia (Robinia pseudoacacia) famille des fabacées Description : Arbre pouvant atteindre jusqu'à 30 m de haut. Il est drageonnant et peut parfois former de grands bosquets. Fleurs blanches en grappes pendantes de 10 à 20 cm de long dégageant une odeur suave, tronc gris brun. Origine : originaire d Amérique du Nord, le Robinier faux acacia a été importé en France en 1601 par Jean Robin, arboriste du roi. Situation : On le trouve dans les forêts claires, les coteaux secs et les décombres. Dangers : grâce a sa capacité de multiplication importante (drageonnage), sa toxicité pour les animaux et sa croissance rapide, le Robinier faux acacia est un vrai fléau en Europe. Moyens de lutte : Le moyen de lutte le plus efficace est le dessouchage et l arrachage systématique des rejets. Fig.16 Robinier faux-acacias Fig.17 Carte de répartition du Robinier faux-acacia en Suisse Fig.18 Site de l UNIL, juin 2009 13

Photos excursions: Fig.19 Bois de Chêne, 17 mai 2009. Fig.20 Bois de Chêne, 17 mai 2009. Fig.21 Forêt d Eusin, juin 2009 Fig.22 Forêt d Eusin, juin 2009 14

Bibliographie : Livres BENINGFIELD & HARDY, 1983, Souvenirs Champêtres de Beningfield, Paris, Edition du Chêne. HUYGEN & POORTVLIET, 1994, Le livre secret des Gnomes, Albin Michel. LAUBER & WAGNER, 1998, Flora Helvetica, Haupt. MURISIER, «Les Envahisseurs», in La Salamandre, 139, 2000, pp. 20-39. PLESSIX Michel, 2002, Le Vent dans les Saules, Delcourt. Sites internet - Site officiel du canton de Vaud, http://www.vd.ch Site montrant les fiches techniques de plusieurs néophytes. - Lexique français de termes botaniques http://jeanlouis.helardot.free.fr/lexiquetermesbotan.htm Définitions et explications de termes botaniques. - Site sur l ambroisie, http://www.ambrosia.ch Site officiel de la Confédération Suisse sur l ambroisie. - Commission suisse pour la protection des plantes sauvages, http://www.cps-skew.ch/ Publie des fiches techniques sur des plantes sauvages y compris des néophytes avec des cartographies. - http://www.sens-neuchatel.ch/bulletin/no30/art2.pdf: Travail de maturité de Maude GIROUD sur l ambroisie. Impression et reliure du conte - Imprimé en novembre 2009 chez Espace Graphique à Lausanne. - Relié par Mme Griesmar à Prilly. 15

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La légende de Rubus Baie-Bedon Romain Kündig 2009

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La légende de Rubus Baie-Bedon Adossé à la paroi d une souche, le souffle court, ses grandes oreilles pointues aux aguets, remettant son chapeau et sa barbe blanche en place, Rubus Baie-Bedon reprenait ses esprits après cette folle course poursuite à travers les bois. Accordant un moment de répit à ses vieilles jambes, il ouvrit sa besace, et, avec un sourire de satisfaction, en sortit une magnifique fleur d un rose violacé. Elle était superbe! Sa beauté avait piqué au vif ce grand admirateur de plantes et il s était empressé d en cueillir une parmi toutes celles qui formaient une magnifique panicule. C était la première fois qu il en voyait une pareille dans la région. Elle avait sûrement dû faire un très long voyage! D où venait-elle? Et comment était-elle arrivée jusqu ici? Mais ce n était pas le moment de se poser des questions car il entendait des bruissements de feuilles, quelque chose s approchait à pas feutrés. «Nom d une chanterelle! Il est de retour!» Il remit vite son butin dans le sac, et fit marcher ses méninges de gnome à toute vitesse pour trouver un moyen d échapper à son poursuivant. Il pouvait maintenant entendre la respiration haletante du monstre qui n était plus qu à quelques mètres Il ne trouvait toujours pas de solution, quand en un bond spectaculaire, un animal énorme passa par dessus la cachette du vieux botaniste et atterrit quelque mètres plus loin. Pétrifié, Rubus claquait des dents avec la même intensité sonore qu un pic vert. L animal se retourna, avança lentement vers le lutin et avec un grognement dévoila une dentition des plus monstrueuses. Rubus ne pouvait même plus utiliser cette incroyable faculté qu ont les gnomes à se camoufler du monde extérieur. Non, il était fait comme un rat, il allait se faire cueillir et manger comme un vulgaire bolet. C en était fini de Rubus Baie-Bedon un des botanistes les plus renommés de la communauté des Petits-Etres, il n aurait jamais dû entrer dans ce jardin, rempli de ces plantes merveilleuses mais malheureusement gardé par un cerbère. La gueule de la bête n était plus qu à quelques pas de lutins de Rubus, qui était aussi blanc que sa barbe, quand un sifflement salutaire résonna dans la Forêt. Le monstre regarda avec regret sa friandise avant de répondre avec un jappement qui résonna bruyamment dans les grandes oreilles du gnome. Après un moment d hésitation, le chien s en alla en courant à travers les bois vers son maître - certainement l une de ces personnes qui adorent avoir des répliques grotesques de congénères de Rubus dans leur jardin. Reprenant son souffle en songeant à ce qu il venait de vivre, Rubus essayait d essuyer la bave du chien dont il était trempé. Dès qu il fut en état, il se mit en route car il devait absolument être arrivé avant midi pour accueillir son petit-fils. Pépinet venait lui rendre visite pour les vacances. Il hâta le pas, car subir les foudres de sa fille, Ombelle, mère de Pépinet, s il arrivait en retard au rendez-vous lui faisait tout aussi peur que son expérience avec le chien. Après s être longtemps fait sermonner à cause de son manque de ponctualité, de sentir la glaire et de donner le mauvais exemple à son petit-fils, Rubus dit au revoir 2

à Ombelle qui partit en lui adressant un regard sévère. «Hem! hem! Pas commode ta mère» fit Rubus tout bas encore une fois de plus secoué par la vivacité protectrice de sa fille. «Alors Pépinet! Qu est-ce que tu dirais si je te montrais quelque chose que j ai découvert aujourd hui?» «Oh oui Papi! Montre le moi!» Rubus sortit la magnifique fleur de son sac et la montra à son petit-fils. «Wouaaa! Elle est trop belle!» s exclama Pépinet. «En effet elle est splendide, mais ce n est pas tout, imagine-toi, autour d elle et de ses sœurs volaient des centaines et des centaines de papillons! Tu sais quoi, nous allons la planter dans mon jardin! Comme ça, l année prochaine quand tu reviendras il y aura des papillons partout!» Rubus et Pépinet creusèrent un trou, y mirent quelques graines récupérées sur la plante et le rebouchèrent fièrement avec du compost frais. «Et maintenant, que dirais-tu si nous allions nous promener dans la Forêt?» «Oui! Allons-y!» Le vieux gnome adorait partager ses connaissances sur les plantes avec son petitfils, il lui révélait tous les secrets de la Forêt que les Petits-Etres avaient découverts depuis des milliers d années et qu ils se transmettaient de génération en génération. Pépinet ne s en lassait pas car il était de nature très curieuse et suivait avec attention tout ce que lui disait son grand-père. Son savoir l éblouissait! Rubus, comme tout les Gnomes, avait reçu un don à sa naissance, celui de l Herboristerie. Rien qu au contact de la plante il pouvait déterminer ses propriétés, si elle se portait bien ou non et comment l utiliser à des fins utiles. Son don l avait fait connaître bien au-delà de la Forêt et Rubus jouissait d une excellente renommée. Le temps passait et les deux Gnomes étaient tellement absorbés par leurs discussions botaniques que Rubus ne remarqua même pas qu ils s éloignaient de plus en plus du cœur de la Forêt et s enfonçaient dans une région où il n avait pas posé le pied depuis des centaines d années. Le vieux botaniste expliquait à Pépinet comment un troupeau de limaces visqueuses et gluantes venaient continuellement manger ses belles salades quand son petit-fils s exclama en pointant du doigt une paire de barres de métal parallèles sur du gravier qui divisaient la Forêt en deux : «Eh Papi! C est quoi ça?» «Nom d un Troll! Je ne savais pas qu Ils en avaient construit un ici! Cela, Pépinet ce sont des voies ferrées, elles permettent de faire voyager les Humains sur de grands chariots de bois et d acier à une vitesse impressionnante!» «Je ne comprends pas très bien Papi» dit Pépinet. Rubus reprenait son explication quand au loin un sifflement aigu déchira le silence de la Forêt. Quelques instants plus tard la terre se mit à trembler. La chose se rapprochait de plus en plus quand tout à coup une gigantesque bête de fer noire crachant de la fumée par la gueule surgit du virage que formaient les rails. Elle était à la tête d une horde d une dizaine 3

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de ses semblables qui la suivaient et les menait à une vitesse hallucinante. Rubus et Pépinet eurent juste le temps de plonger en arrière et de se blottir l un contre l autre le temps que cet ouragan de ferraille se calme. Le train avait presque fini de passer quand Rubus sentit quelque chose lui frôler l oreille. Les deux Gnomes attendirent que le son de ces rouages diaboliques ne soit presque plus audible pour enfin décider de se lever. «Papi! J ai eu tellement peur.» dit Pépinet d une voie encore tremblante. «Moi aussi mon petit, je ne pensais pas que ces engins étaient aussi effrayants!» Tout en réconfortant son petit-fils, Rubus chercha des yeux où pouvait bien être l objet volant qui l avait effleuré. Il scruta les alentours et vit quelques mètres plus loin une forme ovale et plate de quelque millimètres de long. Il prit Pépinet par la main et ils se dirigèrent vers l endroit où avait atterri l objet. Il reconnut instantanément qu il s agissait d une graine mais n en n avait jamais vu de semblable auparavant. «Eh bien! Nom d un bolet! Voilà bien une graine étrange! Je n en ai jamais vu une pareille! Il faut que nous allions la planter dans ma serre. J ai hâte de voir quelle plante se cache dans cette coquille!» fit Rubus en observant sa découverte. De retour chez lui, Rubus, sans même rentrer se reposer un peu, alla directement dans sa serre et y planta sa trouvaille. Il était très impatient de voir ce qu allait devenir cette plante. En pénétrant dans sa demeure, il vit Pépinet roulé en boule sur le canapé en train de dormir, les aventures de la journée l avaient épuisé. Rubus l installa confortablement dans le lit et décida que le jour suivant il emmènerait le petit faire une excursion en barque d une dizaine de jours le long de la rivière. Tôt le lendemain matin, après un bâillement digne d un ours sortant pour la première fois de sa grotte après de long mois d hibernation, Rubus réveilla Pépinet qui dormait encore comme une souche. Après d immenses efforts de la part de Rubus pour déraciner définitivement son petit-fils de son lit, ils prirent tous deux un copieux petit déjeuner, préparèrent leurs affaires puis partirent en direction de la rivière. Une dizaine de minutes plus tard, ils arrivèrent au bord d un magnifique cours d eau entouré d une végétation luxuriante. La barque était à l abri dans une cabane que Rubus avait construite lui-même et qui était directement reliée à un ponton. Ils mirent l embarcation à l eau, y chargèrent leur matériel et partirent. Quelques heures plus tard, Pépinet, affalé tel un opossum à l avant du bateau, admirant le paysage, demanda d un air étonné à son grand-père : «Dis Papi, ça fait plein de fois que je vois toujours la même plante, c est quoi?» Rubus qui était plus occupé à ramer qu à observer la nature, leva la tête et fut frappé par ce qu il vit. La barque était véritablement entourée d une dense colonie d arbustes de quelques mètres de haut aux tiges rougeâtres avec à leur bout de larges feuilles triangulaires vert clair. 6

«Eh bien! Nom d une carpe! Elles ont bien poussé! Cette plante s appelle la Renouée du Japon, elle s est implantée dans cette région il n y a pas très longtemps. C est incroyable la vitesse à laquelle elle s est multipliée. On dirait qu elle a envahi les lieux. C est étrange».

Entre les baignades, les siestes et la pêche aux ablettes, les deux semaines passèrent beaucoup trop vite aux yeux de Pépinet. Les deux Gnomes rentrèrent à la maison la tête pleine de souvenirs inoubliables. Rubus était en train de décharger le matériel sur le ponton quand Pépinet revint en courant du jardin en appelant son grand-père. «Papi! Papi! Il faut absolument que tu viennes voir, vite!» hurlait le petit gnome surexcité par ce qu il venait tout juste de découvrir. «Mais enfin que se passe-t-il mon enfant?» questionna le vieux botaniste. «Dépêche-toi, je vais te montrer!» dit Pépinet en entraînant Rubus par la manche. A peine eurent-ils passé l angle de la demeure que Rubus manqua tout juste de tomber à la renverse. Avec un petit sourire, Pépinet pointait du doigt la serre brillant au soleil qui trônait de guinguois au sommet d une plante monstrueuse de plusieurs mètres de haut. La plante possédait de grandes feuilles profondément découpées finissant en pointes de lance acérées qui formaient un véritable hérisson végétal, empêchant tout accès à l épaisse tige centrale. A son sommet, telle une couronne, une large ombelle aux fleurs blanches venait coiffer fièrement la nouvelle reine de ces lieux. «Sainte Mère Nature! Ma serre! C est impossible, comment ce monstre a-t-il pu pousser aussi vite!» s exclama Rubus avec effroi. Pépinet qui trouvait cette situation particulièrement comique ne put s empêcher de laisser échapper un petit rire. De plus, le teint rouge écarlate et la barbe blanche neige de Rubus ne firent qu empirer l hilarité de Pépinet qui fit un lien entre son grand-père et une fraise à la crème. Le simple regard glacial de son grand-père le refroidit très vite. «Il faut que je grimpe tout là-haut sauver ma serre, nom d un écureuil!» dit Rubus. Le vieux Gnome partit chercher de quoi grimper aux arbres en marmonnant des paroles incompréhensibles dans sa barbe. Après s être équipé, Rubus voulut entamer l ascension du végétal mais à peine eut-il effleuré la tige du doigt qu une terrible sensation monta en lui. Cette plante était mauvaise, son don d Herboristerie avait parlé. Un dangereux liquide coulait à l intérieur du monstre. Rubus retira précipitamment sa main et sortit de l ombre du feuillage pour rejoindre Pépinet qui observait la scène en se prélassant au soleil. «Eh bien mon petit, cette plante a quelque chose de très néfaste en elle, j en suis sûr! Mon instinct ne me trompe jamais!» Après un petit moment à élaborer les plans les plus fous pour récupérer son bien, Rubus commença à sentir un picotement désagréable au bout des doigts, puis une douleur plus aiguë apparut. Une grosse cloque était en train de se former sur une peau qui commençait à partir en lambeaux. «Fichtre mais ça brûle horriblement!» hurla Rubus horrifié à la vue de son membre mutilé. Le botaniste ne sachant pas comment agir correctement face à cette situation se précipita vers un arrosoir encore rempli d eau pour y plonger sa main endolorie mais la douleur ne s atténuait toujours pas. C est alors qu il eut une illumination, le poison de la plante ayant agi seulement un moment après son exposition aux rayons du soleil, il devait donc aller s abriter à l ombre. 9

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Rubus dut rester quelques jours dans le noir total de sa cave avant que la douleur ne s apaise totalement. Durant sa convalescence il élabora moult subterfuges pour en finir avec son nouvel ennemi, qu il mit en œuvre dès sa première sortie à la lumière. «Pépinet! Branle-bas de combat! Tout le monde sur le pont nom d un molasson! meugla Rubus le buste bombé imitant le ton stupide que prennent les Humains avant de s entretuer inutilement. «Chef oui chef!» hurla Pépinet qui se prit au jeu. «Recrue! L ennemi venant de l est a actuellement établi une base sur notre cher territoire! Nous devons impérativement l anéantir par n importe quel moyen! Et voilà ce que nous allons faire, soldat : plus haut est l ennemi plus dure sera sa chute, dit le proverbe! Nous allons donc l attaquer à sa base! Rompez!». Armés de pelles et de pioches, et recouverts par une épaisse carapace de cuir qui protégeait chaque parcelle de leur corps du contact avec la sève corrosive, le colonel et sa nouvelle recrue chargèrent la plante avec courage. Ils creusèrent ardemment autour de la tige qui faisait environ le tour de taille de Rubus, ce qui n était pas peu dire. Malgré leurs efforts, les rayons du soleil commençaient à faiblir et ils ne parvenaient toujours pas à voir les racines qui étaient profondément ancrées dans le sol. Découragés, ils s octroyèrent une trêve. «Nous n avons pas signé l armistice, recrue, le combat continue! Nous avons essuyé un cruel échec mais n avons pas perdu la guerre!» dit Rubus entre deux halètements. Le jour suivant, toutes les techniques de défrichage furent mises en œuvre mais aucune ne s avéra efficace. Ils poussèrent, tirèrent, entaillèrent, scièrent mais cela ne provoqua que la chute de la serre qui s écrasa dans un grand bruit de verre brisé suivit d une multitude de jurons tout aussi cassants de la part de Rubus. Décidément rien n atteignait le majestueux végétal dont l ombre causée par les gigantesques feuilles avançait de jour en jour. Au matin du troisième jour Rubus claironna : «Pépinet! Aujourd hui est un grand jour, nous allons voir mourir définitivement ce monstre, ce voleur de serre, cette erreur de la nature! Nous devons combattre le mal par le mal! Le feu qui coule dans sa sève ne fera pas le poids face au nôtre! Ce sera le bûcher pour cette plante hérétique! Maintenant il nous faut du combustible» dit Rubus solennellement. Ils amassèrent du bois en quantité faramineuse durant toute la journée et boutèrent finalement le feu à la plante, au coucher du soleil. Les flammes consumèrent le végétal dont finalement les tiges incandescentes se recroquevillèrent pour mourir dans la nuit après une longue et brûlante agonie. Les deux Gnomes, épuisés, mais le sourire aux lèvres allèrent se coucher. Rubus et Pépinet se levèrent tôt le lendemain matin car la fin des vacances arrivait dangereusement au regret du petit lutin, et ils devaient tous deux être parfaitement présentables pour l arrivée d Ombelle qui était aussi pointue que son chapeau sur l application des bonnes manières. 11

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Après avoir décrassé leurs vêtements, après que le vieux Gnome se soit brossé la barbe, ils s astiquèrent jusqu au plus profond de leurs grandes oreilles, ce qui arrivait rarement plus d une fois par année à Rubus et préparèrent les affaires de voyage de Pépinet ; ils étaient prêts à accueillir Ombelle qui devait venir chercher son fils en hermine domestique. Le départ fut triste mais l idée de revenir l été prochain redonna le sourire au petit Gnome qui s installa confortablement sur sa selle. Comme d habitude, Rubus subit une avalanche de remarques concernant l état catastrophique dans lequel se trouvait son petitfils ; il n écouta même pas se contentant juste de faire des clins d œil complices à Pépinet. Le vieux botaniste fit au revoir de la main en regardant l hermine s éloigner et finalement disparaître à travers les buissons. Le soleil était déjà haut dans le ciel quand Rubus émergea péniblement de son lit encore fatigué du sommeil perdu durant ces trois semaines éprouvantes. Il avala une bière à la framboise, mangea une part de groseille et décida qu aujourd hui il irait à la coupe aux champignons. Il prit sa hache et une grande hotte pour récupérer les morceaux de choix qu il trouverait. Rubus marchait en sifflotant gaiement un air gnome quand juste après le passage d un arbre une vision d horreur lui coupa net la voix. «Nom d un! C est impossible! soupira Rubus avec effroi. Devant lui comme rappelé des enfers, se dressaient avec arrogance une dizaine de répliques miniatures de son ennemi fraîchement occis. S en était trop pour un seul Gnome, il fallait agir et prévenir la communauté des Petits-Etres au plus vite du danger de cette plante. Il découpa une partie de la plante comme échantillon avec une prudence extrême et la plaça soigneusement dans sa hotte. Il récolta aussi une des innombrables fleurs qui composaient l ombelle et qui était tombée sur le sol. Il était résolu à utiliser sa notoriété et son influence dans le monde des Petits-Etres pour éradiquer définitivement cette maudite plante. 14

Dès son arrivée chez lui, il prépara rapidement ses affaires de voyage, prit quelques vivres et partit. Il se retourna pour jeter un regard à sa chère demeure. Il devait informer au plus vite ses semblables du danger que la Forêt et ses habitants couraient si rien n était entrepris pour combattre cette plante. Il voulait d abord rejoindre Moussecreuse, la plus grande ville Gnome de la région, pour y rencontrer ses homologues et prendre une décision. Il atteindrait la ville au coucher du soleil s il marchait d un bon pas. Le trajet se déroula sans encombre, excepté le harcèlement sauvage d un écureuil névrosé qui, profondément vexé que Rubus ait trouvé aisément sa réserve de noisettes avant lui, avait suivi le Gnome en lui lançant des noix quasiment jusqu à l entrée de la ville. Moussecreuse était une grande ville souterraine composée de milliers de galeries creusées patiemment à la main par les Petits-Etres depuis des dizaines de millénaires. Son ancienneté et sa prospérité étaient dues à son incroyable situation géographique mais avant tout, Moussecreuse était la plaque tournante du commerce dans la région. On y trouvait à peu près tout se que l on désirait. Rubus passa sans problème le contrôle de garde composé de deux trolls apprivoisés aux regards aussi vides que leurs boîtes crâniennes. Le botaniste prit un des ascenseurs qui reliait la Forêt aux profondeurs souterraines. Arrivé en bas, il se précipita chez son vénérable ami et confrère Gramont Herbefolles, parmi l un des meilleurs malherbologues du globe. Il fut chaleureusement accueilli par un gnome gigantesque d au moins deux pommes de haut à la voix aussi grosse que son ventre. «Ah! Baie-Bedon mon cher ami! Cela me fait bien plaisir de te voir! Qu est-ce qui t amène à Moussecreuse?» dit Gramont en étreignant Rubus aussi puissamment qu un boa. «Moi aussi ça me fait plaisir, cela fait si longtemps! Au moins une bonne centaine d années!» Après les retrouvailles, qui chez les Gnomes durent généralement une bonne heure d embrassades et de rigolades, Rubus redevint sérieux. Il raconta la raison de sa venue en sortant délicatement avec un gant la fleur et le bout de tige encore recouvert de cette sève néfaste de son sac pour le montrer à son confrère. «Non d un puceron! Heracleum mantegazzianum ou plus communément appelée Berce du Caucase, à n en point douter! Une vrai peste! Quand j étais encore assez jeune pour parcourir le monde, je m étais arrêté dans les montagnes du Caucase et j avais eu la chance d examiner quelques beaux spécimens. Je n aurais jamais imaginé qu elle puisse arriver jusqu ici, c est à croire que notre climat lui convient. C est incroyable!» «Incroyable en effet mais dangereux du moins. C est une véritable invasion dans la Forêt! Que devons nous faire?» demanda Rubus. «Eh bien! Au lieu d arracher et de brûler ces plantes une par une, ce qui nous coûterait énormément de temps et pourrait se montrer périlleux, nous allons être bien plus futés. Vois-tu Baie-Bedon, une plante ne peut point prendre le dessus sur les autres et envahir une zone si elle a un concurrent à sa taille, c est-à-dire un ennemi, un insecte ou une maladie qui empêche sa prolifération. Si elle s implante dans un milieu où rien ne la contrôle, rien ne pourra l arrêter. Nous allons donc aller retrouver l ennemi de son lieu d origine et 15

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l introduire dans nos contrées pour qu il tue cette satanée plante et rétablisse l équilibre de la Forêt!» dit Gramont triomphant. «Magnifique! Je dois partir le plus vite possible. Je me sens encore assez en forme pour entreprendre ce long voyage, nom d une oie sauvage!» Gramont ordonna que l on attelle une oie pour le lendemain, moyen de transport favori des Gnomes pour les longues distances. On y chargea de la nourriture, des cartes, des cages, enfin tout le matériel dont Rubus aurait besoin pour mener à bien sa mission. A l aube, les deux Gnomes prirent les ascenseurs et remontèrent à la surface. Ils se dirigèrent vers le lac le plus proche de Moussecreuse, c est-à-dire la piste de décollage des oies cendrées. Arrivés là-bas, ils aperçurent un vieil oiseau partiellement déplumé en train de se faire amener contre son gré vers le point d embarquement. «Bon, Rubus il est temps de nous dire au revoir, n oublie pas, vas jusqu à Zougdidi dans le Caucase et dis que tu viens de ma part, tu y seras très bien accueilli. Par ailleurs fais attention à cette oie, elle a très mauvais caractère, mais elle est néanmoins très bon pilote» dit Gramont. «Au revoir mon ami, à bientôt et merci pour tout!» dit Rubus avec émotion en serrant Gramont contre lui. Le botaniste embarqua maladroitement sur le dos de l oie qui cacarda, sûrement encore énervée de s être fait tirer de son nid douillet à une heure pareille. Rubus s installa confortablement sur la selle, mit ses grosses lunettes d aviateur et s attacha fermement. Sous son ordre, l oie s avança dans l eau et attendit le signal de départ donné par la tour de contrôle perchée dans un arbre de la rive une dizaine de mètres plus loin. Au coup de sifflet, l animal déploya ses ailes et accéléra avec force. La durée du décollage se passa aussi vite que la rapidité de la remontée gastrique que Rubus subit et qu il refoula héroïquement fasciné par la beauté de la vue qui s était en quelques secondes offerte à ses yeux. 18

Il jeta un œil à son plan de vol. C était un voyage de plus de trois mille kilomètres qu il venait juste d entreprendre. Il allait survoler l empire Austro-Hongrois, le royaume de Serbie, la Bulgarie, l empire Ottoman et finalement arriver au sud de l empire de toutes les Russies. Cette distance lui donna le vertige et il renouvela avec succès son exploit stomacal du décollage. La vue des chaînes de montagnes aux cimes encore enneigées lui firent froid dans le dos et il réajusta son énorme manteau en poil d ours. Rubus, néophyte en matière de pilotage d oiseau, avait de la peine à se faire comprendre clairement par l animal au caractère bien trempé, ce qui ne lui facilitait pas la tâche. Ces malentendus lui coûtèrent quelques grandes frayeurs quand il se vit faire plusieurs vrilles en chutant verticalement à plus de cent-cinquante kilomètres à l heure. Le soleil commençait à se coucher quand l oie entama sa descente à travers les nuages. Le Gnome jugea qu il devait actuellement être au dessus du sud de l empire Austro- Hongrois et se prépara pour l atterrissage. Le flou des nuages se dissipa et laissa paraître la Puszta, ces steppes hongroises composées d une végétation touffue et buissonnante, immenses plaines peuplées de bergers et de vachers. L oie choisit un petit lac comme piste d atterrissage et se posa en provoquant une immense gerbe d eau glacée qui trempa Rubus des pieds au sommet de son chapeau. «Ah! Espèce de vieux dindon» marmonna le botaniste dans sa barbe frissonnante. 19

Le vieux Gnome scruta les environs puis décida que la petite plage de galets à une dizaine de mètres de là ferait parfaitement l affaire. Il y accosta et libéra sa monture de son chargement. L oiseau en profita pour aller barboter, enfin soulagé de son poids. Rubus enleva ses habits mouillés, installa son lit de camp sous l abri naturel que formait un buisson puis s écroula comme une masse, épuisé par le voyage. Il ne mit guère de temps à couvrir les croassements des crapauds du lac en émettant un son nasal aussi puissant que le rugissement d un lion. Au petit matin, le cacardement tonitruant de l oie à quelques pas de lutins des oreilles du Gnome, fit prodigieusement bondir Rubus en dehors de son lit. «Qu est-ce que c est? On nous attaque?» dit le vieux Gnome d une voix encore endormie. Satisfaite de son œuvre, l oie cessa de claironner et retourna nager dans l eau fraîche du lac, caressé par une légère brise. Rubus regarda l oiseau avec un regard noir en se disant que du pâté de volaille pour le petit déjeuner serait le bienvenu. Le botaniste était en train de déguster une graine comme petit déjeuner quand son nez se mit à le picoter et couler subitement. Puis des larmes commencèrent à couler de ses yeux qui devenaient rouges et une incontrôlable rafale d éternuements vint clore le tout. «Mais mais que m arrive-t-il? Nom d un ATCHOUM!» fit Rubus entre deux ébrouements. Le Gnome courut jusqu au lac et plongea la tête la première. L eau eut pour effet d atténuer cette soudaine crise d allergie encore inexpliquée. Les symptômes s estompaient peu à peu quand Rubus leva la tête et aperçut un nuage de pollen se dégageant d un champ 20

envahi par une plante herbacée d une soixantaine de centimètres de haut à une vingtaine de mètres de là. «Cela me stupéfait, je n ai pas la moindre allergie d ha d ha..d ATCHOUM bitude, cette plante doit posséder un pollen d une rare puissance! Il faut que je quitte cet endroit le plus vite possible!» se dit le Gnome. Rubus se précipita hors de l eau et, avec la rapidité de l éclair, paqueta ses affaires et siffla l oie, interrompu par des éternuements phénoménaux et un nez qui coulait à flot. Après quelques minutes, Rubus fut paré au décollage. Au sifflement, l oiseau battit vigoureusement des ailes et en quelques secondes ils se retrouvèrent tous deux, loin dans les airs, à l abri de la plante. Le botaniste se retourna et observa le champ d où se dégageait le pollen. Cela était étrange, les plantes de ce champ avaient littéralement envahi l espace et pourtant elles n avaient aucune appartenance à la biodiversité du milieu. Décidément encore une plante nuisible à l environnement et à la santé pensa Rubus. Le Gnome continua son voyage. Il survola les monts enneigés des Carpates, passa par Bucarest, ville de la joie, poursuivit sa route entre les méandres du Danube jusqu à la sombre Mer Noire dont il suivit les côtes jusqu à Constantinople. Puis il continua sa route à travers l empire Ottoman et le soir du quatrième jour, il s arrêta aux alentours de Sinope, une des grande ville du vilayet de Kastamonu. Il survola la langue de terre qui reliait le continent à la presqu île où se trouvait la cité et amerrit à quelques pas d une plage. Il explora quelques temps l intérieur des terres et aperçut de loin un bosquet d arbres d une vingtaine de mètres de haut à l écorce gris brun bordant un petit étang. «Ah tiens! Ces Acacias et cette mare feront parfaitement l affaire pour installer le campement!» dit Rubus en se félicitant lui-même d avoir déniché cet emplacement. Il n était plus qu à une courte distance de la mare quand un râle d agonie provenant de derrière les arbres lui glaça le sang. Intrigué, il pénétra dans le bois en se demandant quelle pouvait bien être la bête qui gémissait de la sorte. Le Gnome ne tarda pas à trouver la réponse : couché sur le flanc, la langue pendante, les yeux déjà presque éteints, un agneau mourait à petit feu sous les yeux de sa mère. Profondément touché à la vue de cette scène, Rubus accourut vers l animal afin de l aider mais tous ses efforts furent vains, le petit venait juste de rendre son dernier souffle. Le vieux botaniste ne put retenir une larme en voyant la mère ne comprenant pas ce qui se passait, lécher le visage de son petit comme si tout cela n était qu un jeu et qu il allait bientôt se réveiller. Mais qu est-ce qui avait bien pu se passer? se demanda Rubus. En observant la gueule de la bête, il conclut que l inexpérience de sa courte vie lui avait malheureusement été fatale. L agneau avait innocemment mangé l écorce des acacias dont la toxique robine qu elle contenait avait provoqué un arrêt du cœur. Ce soir-là, le Gnome dormit d un sommeil agité en repensant sans cesse à la mort du petit agneau. Il décolla tôt le lendemain matin, pressé de quitter cet endroit, et entama la dernière partie de son voyage. Il suivit encore la côte de la mer Noire, puis à la fin de la journée, aperçut l imposante chaîne de montagnes du Caucase. D énormes nuages noirs venant du 21

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Nord passaient par-dessus les sommets et formaient un front qui n inspiraient rien qui vaille à Rubus. Un vent violent se leva subitement et faillit faire perdre l équilibre au Gnome qui s agrippa de plus belle à la selle. Par instinct l oie descendit en altitude pour ne voler qu à une centaine de mètres du sol. Puis, très vite, se fût la tempête. Des trombes d eau glacée tombèrent du ciel devenu sombre, parfois violemment éclairé par la foudre. Le vent s amplifia et les gouttes de pluie se changèrent en d énormes grêlons. Rubus ne distinguait presque plus rien dans cet enfer et décida d atterrir le plus vite possible. Il venait juste d ordonner à l oie de descendre quand celle-ci fut violemment heurtée à la tête par un grêlon aussi gros qu une noix qui l assomma sur le coup. «Sainte Mère Nature!» souffla le Gnome effrayé. Rubus les yeux écarquillés, regardait le sol s approcher et se prépara à son imminente mort. D un coup se fût le noir complet. 24

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Une voie angélique chantait une douce mélodie dont le sens des paroles était totalement inconnu à Rubus. Il faisait chaud et le Gnome sentit un agréable fumet pénétrer dans ses narines expertes. Le vieux botaniste entrouvrit un œil et vit deux yeux de biche d un bleu extraordinairement intense le fixer suivi d un sourire rayonnant. «Ah! Vous être enfin réveillé!» dit la personne en français avec un fort accent slave. «Je.. Je suis au paradis? Qui êtes-vous?» bégaya Rubus et voyant maintenant les courbes plongeantes de son interlocutrice qui posait un plateau de nourriture alléchante sur le lit où il était couché. «Non! Vous être à Zugdidi! Moi être Cuscuta» dit la belle Gnomette. «Mais comment cela se pourrait-il? J ai fais une chute mortelle très loin de cette ville, comment ai-je survécu? Comment suis-je arrivé ici?» demanda avidement Rubus qui commençait à mieux réaliser la situation. «Vous être tombé du ciel très vite, puis vous atterrir chance dans tas de foin paysan qui sauve vous. Moi rentrait chez moi et vu vous tombé et moi sauvé vous avec Vladitch» «Qui est Vladitch? Et mon dindon enfin mon oie, où est-elle? s inquiéta Rubus» «Vous voir Vladitch après. Moi avoir aussi récupéré votre animal, lui s être cassé patte mais va bien». Une légère brise passa par la fenêtre entrouverte et vint caresser la peau de Rubus qui remarqua qu il était totalement dénudé et devint rouge écarlate. La Gnomette pouffa à la vue de la tomate qu elle avait devant elle. «Moi apporter vos habits maintenant, moi vouloir voir si rien cassé sur vous.» «Heu hem.. C est cela oui, hem vous avez bien fait heu.. c est cela oui..» dit Rubus en se raclant la gorge. Rubus resta quelques jours encore dans son lit et fit plus ample connaissance avec la Gnomette. Il lui expliqua la raison de son voyage et de sa venue dans le pays. Rubus lui dit qu il venait de la part de Gramont Herbefolle dont elle était une fervente admiratrice et Cuscuta lui répondit qu elle l aiderait volontiers à trouver ce qu il espérait trouver. «Moi aider vous à trouver Grande Berce!» dit Cuscuta. Le matin suivant Rubus se leva avec encore une légère douleur à l haine droite mais réussit quand même à sortir de sa chambre et découvrit une charmante et accueillante demeure. Il n y avait personne, Cuscuta était sûrement allée se promener. Il eut à peine le temps de sortir prendre l air qu une énorme langue venue du ciel vint le lécher des pieds jusqu à la tête, plus un seul de ses poils de barbe n était sec. Trop étonné pour sortir un des jurons dont il a le secret, Rubus resta immobile, bras et jambes écartés, n entendant plus que le bruit des gouttes de bave tombant de son pantalon désormais visqueux sur le sol. Le gnome leva doucement les yeux et vit une grosse tête poilue aux petits yeux sombres, le renifler avec une large truffe noire. Cet énorme chien avait un magnifique pelage blanc parsemé de tâches rousses. «Vladitch! Suffit!» ordonna Cuscuta qui était assise sur le dos de l animal. «Cela être étrange, d habitude lui pas aimer inconnus mais très câlin quand on connaît lui». 26

«Décidément, moi et les chiens» soupira Rubus. «Vladitch aider nous à parcourir beaucoup distance pour trouver Berce! Lui avoir grande endurance! Moi avoir déjà préparé matériel, nous partir tout de suite!» dit Cuscuta avec un grand sourire. Après avoir changé de vêtements et s être rincer le visage, Rubus escalada la fourrure du chien pour se loger sur la selle derrière la Gnomette. Cuscuta siffla et l énorme canidé se mit en marche gaiement, la queue levée et la langue pendante. Ils parcoururent les collines verdoyantes recouvertes de vignobles et de vergers, observant de temps en temps les pointes d églises datant d un autre temps, surplomber les hauteurs où prenait place une végétation luxuriante. Les collines laissèrent bientôt place aux pâturages puis aux montagnes. La petite

troupe passait un cours d eau quand Rubus, émerveillé par la beauté de la nature, aperçut en aval la raison de sa venue dans ce pays. Un groupe de Berces formaient un dense et dangereux bosquet sur les rives du ruisseau une dizaine de mètres plus bas. «Là en bas! Regardez!» S exclama le Gnome fou de joie en pointant fièrement les plantes du doigt. «Oui! Vous avoir raison!» dit Cuscuta en ordonnant à Vladitch de descendre vers leur découverte. Une fois arrivés plus près, l apparence des Berces choqua Rubus. Leurs feuilles et leurs tiges étaient constellées de trous. Elles avaient été rongées par quelque chose qui les avait presque ravagées.

«Cuscuta, connaissez-vous la chose qui a attaqué cette plante?» interrogea le vieux botaniste excité à l idée d avoir peut-être enfin trouver une solution à son problème. «Oui, cela être petits insectes qui mangent feuilles Grande Berce, ici beaucoup, comme ça Grande Berce pas trop multiplier.» «C est magnifique! C est exactement ce qu il me faut! Hourra!» dit joyeusement Rubus en entamant maladroitement une danse sur le dos de Vladitch. «Comment peut-on en capturer?» «Nous tendre grand drap blanc puis faire feu derrière et comme insecte attiré par lumière, eux venir sur toile et après nous capturer eux avec filet.» expliqua calmement Cuscuta. «Parfait! Alors au travail nous n avons que peu de temps avant la nuit.» Les deux chasseurs terminèrent leur installation lorsque le soleil se coucha derrière les gigantesques monts du Caucase. Lorsque les premières étoiles apparurent dans le ciel, ils allumèrent le feu et se mirent en position, chacun d un côté du drap. Chez les Gnomes, la chasse aux insectes avait été de tout temps considérée comme un art difficile. Il fallait une dextérité, une vivacité et une force suffisante pour réussir à capturer une proie qui pouvait rapidement soit s envoler soit vous attaquer à l aide de mandibules ou de poison. En d autres termes la chasse aux coléoptères était réservée aux braves. Quand à Rubus, lui, il avait été déclaré champion de son école de botanique pour la chasse à la limace et ne ratait jamais une occasion pour se vanter de sa rapidité. Les heures passaient et pas un seul insecte n était venu se poser sur la toile blanche éclairée par la lumière que dégageait le feu. Rubus anxieux, posté derrière un caillou, le manche de son filet bien serré entre les mains, attendait le signal de Cuscuta. Le Gnome était en train de somnoler quand un sifflement aigu éveilla son attention. Il regarda par dessus le caillou et vit, posé sur le bas de la toile, un petit coléoptère de quelques pouces de lutins de long à la carapace bleutée. Cuscuta lui faisait de grands signes surexcités en pointant la tache bleue. Tranquillement ils sortirent tous deux de leur cachette et s avancèrent à pas de loup vers l insecte. Ils n étaient plus qu à quelques centimètres quand la Gnomette, avec la célérité de l éclair abattit son filet sur sa proie et le captura dans un geste grandiose. Elle alla le mettre dans une des cages sous le nez de Rubus, ses yeux aussi grands ouverts que sa bouche. «Hem... j aurai pu le faire moi-même, vous savez j ai été déclaré champion de chasse à la limace, mais bon, honneur aux dames n est-ce pas?» dit orgueilleusement Rubus, profondément vexé de ne pas avoir pu prouver son incroyable talent de chasseur d insecte. «Ok, prochain insecte pour vous. Lui était mâle, maintenant vous capturer femelle, beaucoup plus grosse et agressive.» dit Cuscuta. En effet pour lutter contre la berce du Caucase, il fallait ramener un couple d insectes pour qu ils puissent se multiplier. «Aucun problème, vous savez je suis champion de» Rubus n eut pas le temps de terminer sa phrase car Cuscuta s éloignait déjà pour se remettre en position. Ils n eurent pas à attendre longtemps l arrivée d une grosse femelle une bonne dizaine de fois plus grande que le mâle à la carapace noire et aux mandibules acérées. Le vieux botaniste déglutit bruyamment en voyant à quoi il devait s attaquer. 29

«Allons, mon petit Baie-Bedon ton honneur est en jeu» se dit Rubus en s avançant vers la bête. Il brandit son filet au-dessus de sa tête et rata magistralement son coup ce qui énerva la femelle qui lui sauta vivement dessus, essayant de l étrangler avec ses mandibules. Rubus devenait aussi bleu qu une myrtille, quand un coup de filet rapide et précis captura l insecte et libéra le Gnome. Cuscuta tint fermement le coléoptère par la tête et le lança dans une cage. Elle revint vers Rubus qui reprenait ses esprits poussant de temps en temps de petits cris aigus. «Hem... Je pratiquais là une technique ancestrale connue seulement des plus grands maîtres, n allez surtout pas imaginer que ce malheureux petit insecte avait pris le dessus.» dit Rubus encore blême en se tenant la gorge. «Mais oui, vous être grand héros!» dit Cuscuta en pouffant. Ils décidèrent de rentrer à la maison le jour suivant leur permettant ainsi de récupérer de leur nuit blanche. Rubus resta à Zougdidi le temps que l oie guérisse de sa blessure, profitant pleinement de l incroyable environnement dans lequel il se trouvait et par la même occasion des extraordinaires talents culinaires de Cuscuta. Au bout d un mois, l oie se remit à marcher et cacarda de joie, annonçant bruyamment le moment du départ pour Rubus. Il remercia à mainte reprises Cuscuta de l avoir héberger si généreusement et la supplia une dernière fois de lui dévoiler sa fameuse recette de la myrtille confite à la purée de menthe, qu elle refusa gentiment de lui donner. Il chargea son matériel sur le dos de l oie en 30

y accrochant solidement les deux cages où se trouvaient les précieux insectes et revint vers Cuscuta. «Eh bien voilà c est l heure du départ! Merci encore pour tout ce que vous avez fait pour moi Cuscuta, jamais je ne l oublierai.» dit Rubus en serrant la Gnomette dans ses bras. «De rien! Ce fut grand plaisir! Si vous voulez recette vous devoir revenir ici, au revoir Rubus!» dit Cuscuta la larme à l œil en déposant un baiser sur la joue de Rubus qui rougit à l instant même. Rubus choisit un autre itinéraire pour le voyage du retour. Il longea de nouveau les côtes de la Mer Noire jusqu au Bosphore, traversa la Mer Egée jusqu à l antique Athènes, puis remonta l Adriatique en passant par Dubrovnik et Venise la Sérénissime. Il quitta la Mer s enfonçant dans les terres jusqu à Milan, puis atteint le Piémont et finalement survola l impressionnante barrière alpine, lui donnant une vue époustouflante sur son pays natal. A son arrivée chez lui, Rubus fût accueilli en héros, tout Moussecreuse était venu voir le Gnome qui allait débarrasser la Forêt de ce nouveau fléau qui l avait colonisée. Durant l absence de Rubus, la Berce du Caucase avait fait des dizaines de victimes au sein de la communauté des Petit-Etres, surtout des enfants et personne n avait encore réussi à l exterminer. Le lendemain de son triomphe, Rubus accompagné de quelques autres spécialistes, se promena dans la Forêt pour choisir l endroit propice où lâcher les deux insectes. Le vieux botaniste fût choqué par le peu de temps qu il avait fallu à la Berce pour envahir les bois, il y en avait partout, la plante avait défiguré la Forêt! Elle se répandait de jour en jour et l ombre causée par ses feuilles aux pointes acérées empêchait la lumière du soleil de parvenir aux autres végétaux qui finissaient toutes par mourir. La Forêt était en grand péril! Il était temps d agir! La troupe s arrêta devant un monstrueux bosquet et libérèrent des cages le mâle et la femelle qui instinctivement se précipitèrent vers les Berces et commencèrent à ronger une tige provoquant un hurlement de joie de la part des Gnomes. 31

Depuis, chaque année, au début de l été, les plantes étaient à leur tour envahies par des milliers d insectes qui les dévoraient jusqu à la dernière fibre, rétablissant ainsi l équilibre de la Forêt. Entre temps l arbre à papillons avait tellement proliféré qu il commençait lui aussi à envahir les alentours du jardin et remplacer les plantes autochtones sur lesquelles pondaient de nombreux papillons. Quant à la Renouée du Japon, elle occupait désormais les berges de la rivière et détruisait peu à peu la flore locale. L Ambroisie que Rubus avait rencontrée en Hongrie au pouvoir allergène si puissant et l arbre responsable de la mort du 32

petit agneau étaient maintenant sous haute surveillance à la demande du vieux Gnome. Quand à Rubus, lui, il mena une petite vie tranquille, savourant modestement, vous le connaissez, sa nouvelle et dure vie de héros. En plus de sa passion inaltérée pour l étude des nouvelles espèces végétales dangereuses que les Hommes appelleront un jour néophytes envahissantes il s adonna toujours à ses activités préférées : le jardinage, la coupe aux champignons et la pêche aux ablettes. Sans oublier un événement qui lui tenait particulièrement à cœur : la tant attendue visite annuelle de son petit fils adoré, Pépinet. FIN