Double jeux. de l image au texte et du texte à l image



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Double jeux de l image au texte et du texte à l image

«Les photos sont là, et il ne te reste plus qu à les prendre» de Robert Capa Faire une photographie, ce n est pas simplement appuyer sur un déclencheur. Aujourd hui, nous sommes entourés d outils qui nous permettent de produire des images du téléphone portable à la webcam mais l on oublie que l image photographique est construite. Construite par le contexte dans laquelle elle a été prise, construite par le choix du cadrage, des couleurs, construite par la retouche qui sera opérée sur elle. Cette construction ne serait être complète sans le titre, la légende, voire le texte qui l accompagne. Ainsi, une fois que l on prend conscience de toutes ces étapes qui font de la photographie un document sur une époque, une culture ou une vision artistique, on a toutes les clés pour décrypter les images qui nous entourent, et devenir à notre tour producteur d images qui ont du sens. C est dans cette perspective d apprentissage et de création que nous avons souhaité travailler avec les élèves de la classe de 1ère STD2A. Le principe de cet atelier a été pensé comme un processus en plusieurs étapes dont chacune d entre elles nous permettait d avancer un peu plus loin que la précédente. Ainsi, à partir d une photographie d un artiste reconnu, les élèves ont rédigé une petite fiction inspirée de la photo qu ils avaient choisie. Ces textes ont ensuite été redistribués anonymement aux élèves. A partir de ces écrits, les élèves ont dû faire une photographie. Ce livre présente leur travail. Chaque page se construit de la même façon : la photographie originale, puis le texte qui a été écrit à partir de la photographie, et enfin la photo qui a été faite pour accompagner le texte. Nous sommes donc heureuses de vous présenter Double Jeux de l image au texte et du texte à l image qui sans leur travail «sérieusement créatif» n aurait pu voir le jour. Laetitia Ferrer & Charlotte Cardonne 1

C'était fou! Thomas Struth. Audience 1, galleria dell accademia Florenz, 2004 Mon père avait prévu, comme d'habitude, notre parcours des visites du jour. Oui, en vacances, nous aimons nous reposer mais aussi visiter! C'était à la "National Gallery" de Londres, sur la place du Trafalgar Square. Le musée était bondé et pourtant, c'est cette jeune fille envers qui tout le monde était attentif et non vers les œuvres internationales et populaires. Cette londonienne, blonde d'après mes souvenirs, avait préparé un sac entier d'avions en papier. Elle était montée sur une sorte de fontaine et les lança dans le vide. Sans musique, sans appels, sans cris, sans même une parole, elle réussit à faire réagir tous ceux qui y étaient. C'était fou! Kim Dahan Justine Hoffmann 3

William Klein. Gun 1, New-York, 1955 Pendant un jour ensoleillé, je me promenais dans un quartier de New-York pour prendre quelques clichés de la ville. J aperçus deux enfants en train de s amuser, je m approchai d eux et leurs demandai si je pouvais les prendre en photo. Les enfants me regardaient, je m étais demandée si c était à cause de mon accent qu ils n avaient pas compris ma question. Ils restaient silencieux et je leurs reposai la question en espérant qu ils comprennent mais rien. Je fus sur le point de partir quand l un d eux pointa un revolver dans ma direction et l autre tint son bras, effrayé du geste de son ami. La colère se dessinait sur le visage du garçon en possession de l arme mais je ne ressentais pas la peur, sur le coup, je n avais pas réalisé dans quel pétrin, je m étais mise. Je pris rapidement mon appareil photo et je les pris en photo. Il ne comprit pas mon geste, appuya sur la gâchette et les deux garçons se mirent à courir en riant. Et moi par terre, mon cœur battait la chamade et ce n était simplement qu un jouet. Je n ai jamais eu aussi peur que ce jourlà. Après ce fait-là, je m étais décidée de ne prendre qu en photo la nature. Alexandre Marc 5 Louise Ho chang

Aziz et Cucher Pam and Kim, 1995 Nous sommes nés ainsi Nous somme nés ainsi Sur un coup de folie D un père violent Et d une mère innocente Innocente mais vivante Vivante, mais plus pour longtemps Nous somme nés ainsi Plein de larmes et de cris Larmes que nous ne pouvons commettre Cris que nous ne pouvons émettre Malgré nos nombreux sentiments Jamais personne ne les entend Nous sommes nés ainsi Non-démunis de notre esprit Avec lequel penser devient la vie Une vie inondée de soucis Où règne un silence continu Ornementé d un rêve inconnu Nous sommes nés ainsi Et nous mourrons comme ça Certains nous prendront dans leurs bras D autres se moqueront encore une fois Cette vie cruelle a choisi notre destin Nous avons essayé, mais en vain. Mathilde Céré Sébastien De-Keyser 7

Sam Taylor-Wood, Escape Artist (multicoloured), 2008 Je me souviens du jour où j ai pris cette photo. La luminosité m intéressait. Le fond noir faisait ressortir la silhouette flottant dans les airs, grâce aux ballons de couleurs vives, qui soutenaient la jeune fille vêtue de façon simple. Le sentiment évoqué est la peur de tomber ou même de chuter. Les ballons seraient une solution pour garder l équilibre et éviter de se retrouver confronté avec le sol qui nous fait tant peur. Ainsi, nous pouvions dormir sans être envahi par la peur de chuter, grâce à cette solution qui est une sorte de protection contre notre peur la plus tenace. Cette frayeur est sûrement due à un cauchemar lors d un sommeil profond, d où le clair obscure de cette photo. Grâce au sentiment de «flotter» dans l air en permanence, cette jeune femme apporte un sentiment d apesanteur dans l espace vide et calme du sommeil et de la nuit. Fanny Marcher Maeva Laidet 9

Rodtchenko, L Escalier, 1930 Un matin, en ouvrant mes volets, je vis cette femme, apeurée, portant dans ses bras un enfant. Elle semblait pressée de monter les escaliers et avait l air de fuir quelque chose ou quelqu un. On pouvait voir la frayeur se dessiner dans son dos. L enfant, lui, était très calme ; il ne pleurait, ni ne criait, il restait silencieux comme pour ne pas aggraver l anxiété de sa mère. Celle-ci grimpait les marches une par une, puis deux par deux, accélérant toujours plus le pas et fixant droit devant-elle, l horizon qui lui promettait un avenir meilleur. Mathilde Céré Clément Gomez 11

Claude Cahun Que me veux-tu?, 1928 Nous ne sommes jamais seul Nous sommes constitués d un corps et d un esprit. N avez vous jamais songé a distinguer les deux? Le corps obéit, en quelques sortes, au doigt et à l œil de notre esprit, si j ose dire. Tous nos désirs et actes sont choisis par notre esprit et exécutés tangiblement par notre corps. Notre esprit ne s exprime que par le biais du langage et des gestes qui traduit visuellement l émotion ou le message par celui qui regard et donc perçoit ce que l on veut transmettre. Le regard analyse selon sa sensibilité et sa perception qui est propre à lui. Et à partir de là se crée la communication. Le corps et l esprit forme donc un Tout dans la transmission d idées et de sensations. Et enfin le regard est une fenêtre ouverte sur les millions d idées qui nous entoure. Mélissa Pralon Sébastien Dekeyser 13

Lee Friedlander New-York City, 1966 Ce jeudi après-midi, Je traversai le boulevard de New- York City Le chemin emprunté quotidiennement Une routine Mais ce 23 octobre, J ai croisé cette femme. D abord son parfum sucré, Violemment puis doucement m'a percuté. Ses cheveux blond-or reflétaient la lumière du soleil. Je m approchai d elle n osant pas l aborder Reprenant tous les détails de son incroyable beauté Me mémorisant cette femme que Je n allais plus jamais rencontrer. Laura Huang Amanda Perrault 15

«Te souviens-tu?» Man Ray Femme, 1931 Je dormais dans un champ, allongée à coté d un arbre, ce jour rayonnait, le souffle pyrénéen caressait mes cheveux. L herbe frétillait à chaque vague invisible que le vent refoulait doucement. Mes yeux clos en voyaient plus que n importe qui. Je dormais, là, tranquillement. Je me rappelle que tu t approchas en silence pour ne pas briser le sommeil qui me retenait prisonnière. Tu me pris dans tes bras et passa ta main dans ma chevelure. Je fus innocente mais apaisée. Eve Barbot Vincent Guillou 17

si succinctes. Je sais que mon jeune rédacteur a plein d autres idées - et je veux d ailleurs qu il les écrive. S il en a envie. Je lui laisse donc libre cours, carte blanche. Sont-ce les couleurs de la chambre qui font rêver son esprit? «Au loin si cet océan ciselé, Le ressac des écumes, des vagues brisées ; L azur fier de ses tons De son ensemble doux pastel, Et si le soleil insolent, Par le travers de cauteleux nuages ; Au fustige des feuilles! Qui, d argent, se teintent, Oh, si douce brise estivale, Ton or étincelant Du mariage ouvrira le bal.» Sophie Calle Autobiographie, La Robe de Mariée, 1988 Elle n était pas vraiment de notre époque. En fait, je ne savais pas trop comment je m étais retrouvée là. Tous les évènements s étaient si vite enchaînés. Ce n est pas moi qui écris ceci. Je le dicte dans les grandes lignes. Celui qui retranscrit dompte les mots sous sa plume. Quand mes yeux se posent sur cette robe ayant appartenue à ma défunte mère, un seul qualificatif me vient : surannée. Sans l être. Oh, maman, si tu m entends, là-haut, peux-tu me répondre : vais-je donc me marier dans cinq jours? J ai par souvent effleuré cette étoffe sans oser la toucher, la presser entre mes doigts, la humer... Je l ai laissée là, sur le lit, laissant les plis choir à leur bon vouloir, esquissant des ombres 19 Qu il fut ou non décidé de mon mariage malgré moi, mon homme, je l ai choisi. Il me porte dans son cœur depuis plus tôt que moi. Le mien, mon coeur, je l avais cru fermé jusqu à ce jour. Ce jour où il a osé. Osé s avancer pour m embrasser et me dire Je t aime. Mon cœur s est emballé à ce moment-là, comme lors de notre premier vrai face à face, à l université policière. J ai tombé le Beretta. Je veux croire au bonheur que je pensais impossible depuis la mort de mes parents. Dans un coin de ma chambre, mon violoncelle. J ai le cœur à en jouer, moi, la future mariée. Je parle à voix basse, presque seule dans cette chambre, comme folle. Guilhem était venu m apporter un collier, cadeau de sa sœur et lui. En me promettant de le porter ce jour-là je lui ai demandé de rester. C est lui qui écrit. Je déambule dans cette chambre, à petits pas, à la manière d une aliénée. L amour rend-il bête? Pourtant, autre mot que le sucré L UBL U TIBA, le je t aime russe, qui prend possession de mon être, il y a un terme qui me brûle de dire. J abandonne-là mon récit. Spaciba. Merci. Leia Abigaïl Jean Eve Barbot

Rineke Dijkstra Self-portrait, Marnixbad, Amsterdam, 1991 La solitude, la peur, l enfermement. Cette photo me fait penser à tous ces mots. J ai peur de l eau Pourquoi? A cause de toutes ces créatures à la fois différentes et effrayantes. A cause du vide. Cette profondeur qui se trouve en dessous de moi. A cause de la solitude, ce silence envahi par les mouvements de l eau. A cause de ces douches, ces carreaux qui nous renvoient à la prison, des carrés blanc, fades. Maeva Laidet Solène Mignot 21

Sur ces deux photos, collées côte à côte, une même personne se coiffe. Il se fait une crête rouge assez punk avec du gel. Beaucoup de gel pour une crête solide parce qu il le vaut bien. C est une personne qui prend soin d'elle. Il a un look de rebelle, comme s il faisait parti d un groupe qui se bat pour une cause. Il y a une atmosphère de contestation. Peutêtre a-t-il besoin de se faire remarquer ou affirmer son identité, son appartenance à un groupe/style particulier. Je suppose qu il se prépare pour aller à une fête pour boire et écouter du bon son. 23 Larry Clark Jonathan Velasquez, 2004 Cela me rappelle une fête complètement déjantée ou l alcool coulait à flots, dans laquelle s était installée dans un brouhaha de rires une compétition de rigolade! Cétait à celui qui ferait la plus grosse bêtise. C est comme ça que de la plus bête glissade, nous sommes passés à une compétition de lancer de bombes à eau faites avec des capotes, dont la cible était le chien des voisins qui aboyait beaucoup trop à notre goût. Le lendemain matin fut très dur. Avec la gueule de bois et des bouts de souvenirs de la soirée passée, je me réveillais dans la cave de la maison d Axel, l organisateur de la soirée. Il m a fallu un petit moment avant de me rendre compte que j'étais allongé sur une très grosse pile de linge sale. Mon portable m indiquait 6 heures du matin. Je montai les marches de l escalier donnant sur le rez-de-chaussée; à la dernière marche se trouvait une amie allongée dans un sac de couchage. Après avoir ouvert la porte pour arriver au salon, je découvris un autre ami qui, lui, était malheureusement nu derrière le canapé. C est à peu près à ce moment que le voisin sonna à plusieurs reprises pour discuter de la séance très sadique que nous avions fait subir à son chien la nuit dernière. Je pensais que ce genre de situation ne se voyait que dans les films comiques américains avec un humour très lourd. «Les meilleurs fous rires mais les pires conséquences», ainsi fut nommée cette soirée mémorable. Alexandre Marc Kim Dahan

Sophie Ristelhueber Beyrouth, 1984 Le paysage est vide, l'air est doux, il n'y a pas de bruit. Le chien est calme et attend notre arrivée. La fille est heureuse et court les cheveux au vent. La route est infinie et ne présage d'aucun danger. Pourtant il me semble être sous l'emprise du destin, ce silence de mort ne me rassure pas. Plus je marche et plus l étau se resserre. Personne à l'horizon venant nous chercher et nous libérer de cette dimension sans fin. Cela fait maintenant trois jours que nous marchons du matin au soir. L'espoir se perd à chaque pas. Puis le temps s'arrête, la terre tremble, la lumière jaillit, c'est fini. Il ne reste qu'un trou et des gravas, le sourire de la fille disparaissant en même temps que la lumière. Sébastien Le Rolland Amanda Perrault 25

Georges Rousse On dit que l avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, mais même en des matinées ensoleillées personne n'a jamais terminé la construction de notre petit appartement. Elle ne l a vu qu une seule fois ; moi, j y passe des journées entières depuis le jour où... Entre lamentations, condoléances et fausse compassion que l on veut éviter, il ne nous reste plus de temps. «C est long, deux mois» Répétaient-ils tous. Oh que non, pas assez! Ça fait 4 mois déjà qu elle est partie, et jamais l attente ne m avait parue aussi longue que les 2 mois qu elle avait passés inerte sur ce lit. Je hais les hôpitaux. Cette photographie n est finalement qu un cliché parmi tant d autres Un moment que l on désire faire perdurer, ce n est pas «notre» appartement que j aurais dû immortaliser Le choix du contraste n est pas anodin. Une façon comme une autre de se rassurer, un moyen de l inscrire, de me convaincre qu elle fait maintenant partie intégrante de la pièce. Sauf que je n emménagerai pas. Justine Hoffmann Sébastien Le Rolland 27

Robert Franck Parade Hoboken, New-Jersey, 1955 «Elles se cachaient pour regarder par la fenêtre, les jeunes femmes américaines qui défilaient. Elles n'osaient pas sortir par peur d'être comparées à ces mannequins perchées sur de hauts talons, minces, belles, élégantes, rayonnantes... Tout comme maman elle était mince aussi, un peu trop peutêtre. Mais elle était sublime, toujours souriante malgré tout. Depuis toute petite maman rêvait de défiler à travers le monde. J'aurais tellement aimé qu'elle réalise ce rêve, elle aurait pu d'ailleurs, elle avait tout pour plaire maman. Si seulement elle était pas partie trop tôt...» Marion de Abreu Fanny Marcher 29

Josef Koudelka Russian Tank in Prague, 1968 Tank russe dans Prague Ce matin de printemps fut marqué par de nombreux assauts dans notre ville de Prague. Les troupes du Pacte de Varsovie envahissaient la ville et semaient la terreur parmi les habitants de la capitale tchèque. Les rues étaient en flammes et la pègre assistait à ce méprisable spectacle sans comprendre ce qui se passait réellement. Les soviétiques cherchaient à tout prix à empêcher les dirigeants tchèques de rétablir la liberté en Tchécoslovaquie. Je me tenais dans la rue avec mon appareil photo face à l arrivée de blindés russes, impuissant, tout comme le reste de la population. L un d entre nous monta sur un tank levant fièrement le drapeau de notre nation en signe de résistance à l invasion de l URSS. Voyant cet acte de bravoure, je décidai d immortaliser la scène et de témoigner encore une fois de la terrible idéologie des dirigeants russes. Louise Ho Chang Fabien Jimenez 31

Jeff Wall Milk, 1984 Je me souviens de ce jour assez spécial, c était un mardi. Je venais de me faire virer de mon travail. Attristé, je suis parti me chercher du lait et je me suis assis au bord d un mur en brique. Je repensais à la journée horrible que je venais de passer. Mais apparemment ce n était pas fini. Je tenais mon lait à la main, quand tout à coup il se mit à exploser sans raison. Au début j ai trouvé ça assez drôle, mais ça m a vite énervé quand j ai vu que je venais de tacher ma chemise préférée. Je suis resté assis, un poing fermé ne voulant pas crier pour ne pas effrayer les gens. J écrasai une fourmi et en regardai une autre. Vincent Guilloux Sarah Decroocq 33

Don McCullin Early morning, West Hartlepool, County Durham, 1963 Un triste soir d'hiver, je marchais vers les usines se profilant au loin, seule. Mes pas croisèrent ce champs décimé par le froid et la neige de décembre, qui longeait le trottoir et dont la barrière était tombée. L'appareil photo dans une main, mon écharpe dans l'autre, je sentais mes yeux se fermer sous l'effet de la fatigue, guidée par cette intense fumée noire qui couvrait le ciel hivernal, et les faibles lueurs provenant des usines qui brillaient timidement. Soudain je levai les yeux et vis une silhouette sombre se dessiner sur le trottoir. Un homme, d'un certain âge il me semble, marchait en ma direction. Je le pris alors en photo, car il est l'une des rares personnes que j'ai croisée jusqu'ici. Il était seul... Lui aussi. C'est à ce moment-là que j'ai vraiment réalisé à quel point tu pouvais me manquer... Ton sourire était ma lumière dans l'obscurité, ma source de chaleur dans le froid de l'hiver... Plus je me rapprochais des usines, plus je me sentais loin de toi... J'aimerais tellement pouvoir passer à nouveau ma main dans tes doux cheveux sombres... Je reviendrai au plus vite vers toi, je t'en fais la promesse. Pour l'instant, je continue ma marche en direction de la zone industrielle, lentement, en me remémorant ton visage, qui me donne la force d'avancer. Sarah Decroocq Fabien Jumenez 35

Andreas Gursky Série 99 Cent, 1999 Enfant, j étais fasciné par le choix et la quantité des produits auxquelles j avais accès. Le prix m importait peu car je ne manquais pas d argent quand il fallait acheter un produit inutile mais peu cher. Je me souviens de ma mère qui m avait dit «Tu dois être habité parle fantôme d un commercial qui te pousse à vouloir acheter tous et n importe quoi!». En effet y aurait-il un écho dans notre tête qui nous pousse à vouloir tout posséder? Si oui, qui tire les ficelles? Fautil réagir à ses manipulations? Clément Gomez Marion de Abreu 37

William Eggleston Morton, Mississippi, 1969-1970 Cet automne ci un homme est mort J allais à l école sous mon petit parapluie rose. On me voyait courir de toutes mes forces à travers les rues englouties sous la pluie car j étais en retard. Je parcourais les allées totalement vides, c est alors que de loin, je vis le portail de mon école se refermer. Je courus, courus, courus mais rien y fit : il était trop tard. Je n avais plus qu à faire demi-tour et rentrer chez moi. C est à ce moment-là que je vis un vieillard tout essoufflé et complètement desséché derrière moi. La première chose que je remarquais furent ses Ray Ban. Il portait une chemise bordeaux et un pantalon bleu marine, une ceinture et des chaussures noires. J aperçus dans sa main gauche mon carnet de correspondance. Il avait dû courir sous la pluie après moi sur au moins 100 mètres. Je le remerciais de sa gentillesse et m en allais, quand il m attrapa soudainement le bras et me dit : «peux-tu me rendre un service s il te plait? A ce que je vois, tu as ta journée de libre. J ai besoin d un gros coup de main pour mon déménagement!». Malgré ma flemmardise, il était clair je n avais rien à faire et que ce gentil vieil homme avait besoin de mon aide, alors j acceptais et le suivis sans me poser plus de questions. On marcha jusqu au-devant d une maison de retraite. Chambre 226 d après mes souvenirs La chambre était assez propre et bien rangée. Il m avait chargé de porter quelques cartons. Après une vingtaine d aller-retour entre la cuisine et le salon, j entrais dans la chambre ou le vieil homme se reposait. Je le vis avec horreur assis sur un lit avec un pistolet entre les mains. Il murmurait qu il allait se tuer, que tout le monde l avait oublié Je refermais alors la porte. J étais en panique, il fallait que je fasse quelque chose, et rapidement! J entrai de nouveau, et cette fois ci, il n avait plus son arme. Je me suis alors assise à côté de lui, et attendais qu il me dise quelque chose. Il y eut un long silence. Enfin, après quelques minutes, il me proposa de me raccompagner chez moi. Sur le chemin il me remercia de l avoir aidé. Je souriais autant que je pouvais, mais il fallait que je lui parle de ce que j avais vu. Discrètement, je lui proposai donc de revenir l aider dans la semaine mais il refusa. Le lendemain j espérais le revoir près de mon école, je ne l aperçus pas de la semaine. Mais un jour, on se croisa dans la rue et il m invita à boire un thé chez lui. Il me raconta longuement sa vie. Il avait une famille qu il chérissait énormément, mais qui ne lui rendait jamais visite, et une femme qui était morte depuis maintenant 15 ans Je rentrais chez moi remplie d une profonde tristesse et le soir même ce vieil homme passait aux infos «Un corps sans vie a été retrouvé dans une maison de retraite». Laura Huang Mélissa Pralon 39

Robert Capa Mort d un milicien, Cerro Muriano (front de Cordoue), 5 sept.1936 Ce jour-là, un homme partant chasser l'humain, s'endormit car il souffrait de narcolepsie. Pendant son sommeil, il se fit goûter par des canards-garous. Quand il se réveilla, il s aperçut qu'il n'avait plus de tête. Il enfourcha son tricycle et devint le chasseur sans tête. Maxime Quelin & Mylène Diazcet Léa Errecart 41

Les accoutrements des ces quatre enfants démontrent parfaitement l absurdité d Halloween Robert Capa Mort d un milicien, Cerro Muriano (front de Cordoue), 5 sept.1936 Halloween est l abréviation d Allhallow-Even qui signifie Eve of All Saints : la veille de la Toussaint. Halloween, c'est donc, littéralement, la veille de la Toussaint. Et pourtant, si le nom évoque la Toussaint, Halloween n'a rien à voir avec la fête de tous les saints catholiques. Eh bien en effet! D un jour à l autre on se moque des défunts et on rie de plus belle en invoquant les esprits, en affichant des citrouilles orange carotte, tirant légèrement plus sur le jaune, et en se déguisant de manière a ressembler à la représentation donnée des sorcières. Ces trois exemples nous montrent bien à quel point ces deux fêtes sont amplement éloignées et néanmoins si proches dans nos calendriers! Solène Mignot Abigaïl Jean 43

Toute la journée, j eus un mauvais pressentiment. A chaque fois que je voyais des mains, des frissons me parcouraient. Je me disais que j étais sotte, que cette peur, cette angoisse, était ridicule. Mais je ne pouvais m en empêcher, c était plus fort que moi. Il était 23 heures, rien, non rien ne m était arrivé. J étais dans mon lit, je l attendais, lui, mon bien-aimé. C était le seul en qui j avais confiance, il ne me faisait pas peur, même pas ses mains. John Coplans, Self Portrait, Interlocking Fingers No. 19, 2000 Les mains Je me rappelle de cet homme que j ai photographié ou plutôt de ses mains. Elles m effrayaient mais je les ai pourtant photographiées. Chaque nuit, elles me hantaient, j en avait peur et souvent, la nuits, je me réveillais en sursaut en pensant que ces mains m étranglaient. Le 27 septembre, le jour ou tout a basculé 45 Il est maintenant minuit, j entends la porte se claquer, enfin il était là! Je l entends dans l escalier. Je ferme les yeux, je ne veux pas qu il sache que je l ai attendu. Je le sens rentrer dans le lit, silencieux, ses mains me touchent et se posent sur mes seins. Je me retourne ouvre les yeux, ce n est pas lui! C est un homme, un étranger qui vient de poser ses mains sur ma bouche pour m empêcher d hurler. Je m évanouis et me réveille le lendemain matin, nue, dans mon lit. Voilà pourquoi maintenant les mains sont ma phobie. Alison Stolarczyk Alison Stolarczyk

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Atelier sous la direction de Laetitia Ferrer et Charlotte avec le soutien de Caroline ELissagaray Lycée Assomption Bondy, 1ère STD2A, 2011/2012