Le volet 2 du rapport du GIEC : Impacts, adaptation, vulnérabilité. zoom sur l Europe

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Transcription:

Le volet 2 du rapport du GIEC : Impacts, adaptation, vulnérabilité zoom sur l Europe Eric Martin, Météo-France, Centre national de recherches météorologiques Auteur (LA) du chapitre 23 «Europe»

Les principes de l évaluation du groupe II Le changement climatique interfère avec l Humanité et engendre un certain nombre de risques Le groupe II évalue comment les risques (et les bénéfices) évoluent et comment ceux-ci peuvent être diminués et gérés grâce à l adaptation (et l atténuation notion de limite d adapation-)

Les impacts observés en Europe sur les dernières décennies Climat prédominant : Glaciers, neige,glace Ecosystèmes terrestres Ecosytèmes marins Feux (sud Europe) Conditions de vie (Arctique) Autres facteurs prédominants : Fleuves, lacs Agriculture

Les scénarios à l échelle de l Europe : valeurs moyennes Température moyenne annuelle Précipitations annuelles Différence ( C) Variations en % 2071/2100 1971/2000 RCP 4.5 / RCP 8.5 2.9/5.2 Montagnes 3.0/4.8 2.4/5.0 1.9/4.4 10/22 Montagnes 9/21 1/7 3/5 1.7/3.2 2.1/4.1 1/4 9/10 2.0/4.2-3/-11 Elévation du niveau des mers (m): +0.37/0.64 / +0.48-0.82 RCP 4.5 / RCP 8.5 Source GIEC AR5, groupe 2

Les scénarios à l échelle de l Europe : vers une augmentation des extrêmes RCP4.5 RCP8.5 Précipitations extrêmes hivernales: Variation en % du nombre de jours avec fortes précipitations en hiver (DJF) (q95 sur 1971/2000) Longueur des période sèches : Variations en % du quantile 95 de la longueur des périodes sèches(*) (*)Période sèche : période d au moins 5 jours sans pluie > 1mm Source GIEC AR5, groupe 2

Synthèse des risques pour l Europe Augmentation des pertes économiques et des personnes touchées par les inondations dans les bassins versants et sur les côtes.(confiance élevée) Augmentation des restrictions d eau. Réduction de l accès à l eau combinée à une demande croissante et une ressource plus faible (confiance élevée) Augmentation des pertes économiques et personnes touchées par les épisodes de chaleur extrêmes : (confiance moyenne) L adaptation peut éviter la plupart des dommages prévus (confiance élevée) Adaptation possible grâce à des changements de technologie, l adoption de techniques plus économes en eau. Systèmes d alertes, adaptation de l habitat, des transports, des infrastructures d énergie

Impacts : agriculture Rendement des céréales : décroissance dans le sud de l Europe (confiance élevée), augmentation dans le nord (confiance moyenne, degré d accord faible) [augmentation de l incertitude par rapport à l AR4 sur ce dernier point]. Changement de la distribution de la vigne (confiance élevée), décroissance de la production laitière dans la zone méditerranéenne (stress themrique - confiance moyenne). Augmentation de l aire des cultures pour la bioénergie (confiance moyenne), au détriment de la fonction «puits de carbone» des forêts européennes si les bioénergies se développent. Période de l année propice aux maladies plus longue. Augmentation des besoins en irrigation, des conflits avec les autres usages de l eau alors que la ressource en eau diminue : besoin de gestion intégrée des ressources en eau.

Impacts : forêts Augmentation de la productivité des forêts dans les régions Nord et Atlantique (confiance moyenne) en raison de l augmentation de la température et de la concentration en CO 2. Diminution de la productivité sur les autres régions (Sud et continental) en raison de la sécheresse et des maladies. Le risque de feux augmentera, principalement dans le sud de l Europe (confiance élevée) (accroissement des jours à risque élevé et de la saison des feux). Augmentation des risques de maladie (toutes régions) (confiance faible) Pistes d adaptation : sélection d espèces (climat/maladie), aménagement du paysage (combustibles, propriétés fractionnées)

Impacts : synthèse pour les services écosystémiques Services: / régions Alpin Atlantique Continental Nord Sud Production Agriculture, fibres, bioénergie, pêche, bois 6 4 1 2 4 2 2 3 9 3 2 0 7 Régulation : Forêts, zones humides, carbone du sol, risques naturels (feux, crues, avalanches, ) eau, biodiversité 9 2 1 6 4 9 6 2 9 8 2 8 4 3 4 Culturel : Tourisme, paysages historiques 3 2 Table de l encadré WG2-23.1, nombre de références Donnant des impacts positifs, neutres, négatifs

Impacts : infrastructure, transport, tourisme Augmentation des risques d inondation côtières et fluviales en raison de la montée des eaux et des précipitations extrêmes (confiance élevée). Augmentation des coûts humains et économiques en l absence d adaptation. Les mesures d adaptation peuvent diminuer très fortement ces pertes (confiance élevée). L impact des conditions extrêmes sur les transports augmentera et entraînera des coûts supplémentaires directs ou des coûts d adaptation, et quelques bénéfices (hivers moins rudes) (confiance moyenne). Tourisme : touché à partir du milieu du siècle seulement (diminution en été sur la zone méditerranéenne et augmentation dans le nord et la partie continentale). Les stations de sport d hiver vulnérables sont touchées plus tôt.

Impacts : énergie Production : Hydroélectricité : baisse générale, sauf Scandinavie. Eolien : changement à partir du milieu du siècle (baisse, en particulier en été). Thermique : baisse de la production en été. Demande : Stable ou en baisse (1 étude seulement). marquée par des changements saisonniers importants, les besoins augmentant fortement en été sur la zone méditerranéenne. Changement (en pourcentage) de la demande d électricité en Grèce attribuable au changement climatique. D après WG2 AR5, figure 23.3

Impacts : santé et aspects sociaux Augmentation des risques sanitaires liés à la chaleur dans le sud (confiance moyenne) Changement de la répartition spatiale et saisonnière des maladies (confiance moyenne) Augmentation des taux d ozone troposphérique dans les zones polluées au cours de la première moitié du siècle (confiance moyenne), autres impacts sur la qualité de l air incertains. Le changement climatique et la montée du niveau des mers constitue une menace pour le patrimoine historique européen (du bâtiment au paysage)

Risques naturels et changement climatique Tempêtes : pas de relations prouvées entre les observations et le signal anthropique. Tendance à l accroissement dans les scénarios Submersions marines : changement dominé par l augmentation du niveau moyen. Effet des tempêtes stable ou en augmentation dans certaines régions. Inondations : accroissement lié à la part plus importante des extrêmes. Sécheresses : en augmentation, particulièrement sur la zone méditerranéenne (amplitude et zones concernées très dépendantes de la définition). Feux de forêt : augmentation générale, particulièrement marquée sur la zone méditerranéenne. Chutes de blocs : augmentation apparente au cours du 20e siècle. Devrait augmenter au cours du 21e siècle (fortes incertitudes). Glissement de terrain : tendances plutôt reliées aux changement d occupation du sol. Avalanches : tendances peu claires, signal marqué par la variabilité climatique.

Les risques émergents (nouveautés ou changement d appréciation par rapport à l AR4) Rendements des cultures : sensibilité forte (plus forte qu évaluée dans l AR4) à la variabilité du climat et aux extrêmes. -> limite à l extension vers le nord. Limite des progrès génétiques. Espèces terrestres et d eau douce : migration plus faible que prévu (fragmentation de l habitat en raison par exemple de l urbanisation). Limitations légales ou réglementaires à l introduction de nouvelles espèces forestières. Patrimoine historique (bâtiments et paysages). Disparition de certains paysages. Changement de la répartition spatiale et temporelle des maladies, même si les effets sont très peu visibles aujourd hui. Manque de cadres institutionnels pour la gouvernance de l adaptation dans certains cas (planification de l usage des terres).

Synthèse sur l adaptation La capacité d adaptation de l Europe est élevée, comparée à d autres régions, mais avec des différences significatives entre sous-régions Il existe de nombreux plans d adaptation à tous les niveaux (international UE-, national et local), mais peu d évaluation scientifique sur la mise en œuvre et l évaluation. Certains plans sont intégrés dans d autres politiques (côtes, eau, risques naturels). L adaptation entraîne un coût, chiffré avec des incertitudes assez grandes à partir d études sectorielles. Des impacts résiduels sont inévitables (=limites à l adaptation). Depuis l AR4, il y a de nouvelles preuves de co-bénéfices et de conséquences inattendues des mesures d adaptation/atténuation : pratique agricoles qui réduisent les émissions de GES aménagement du bâti, transport et santé, Régions les plus vulnérables : côtes, zones urbaines, haute montagne, région méditerranéenne.

Conclusion Le cinquième rapport confirme les grandes conclusions des précédents rapports (AR4, SREX), en précisant les conclusions : Plus de systèmes humains évalués. Meilleure évaluation de l adaptation. Mais met en évidence certains risques émergents, ou tempère certains résultats précédents (agriculture, transport, énergie). Si l Europe est bien armée pour s adapter, l action est absolument nécessaire car les impacts sont/seront nombreux, touchent tous les secteurs et ont des contrastes géographiques marqués. Des besoins en recherches subsistent : Études multi-sectorielles intégrées pour les impacts et la vulnérabilité, ainsi que pour les coûts de l adapatation. Suivi et évaluation scientifique des politiques menées Évaluation des co-bénéfices et autres conséquences des mesures d adaptation.