1. Contexte. Un enseignement inefficace!

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Transcription:

1. Contexte Un enseignement inefficace! 460 480 500 520 540 560 Figure 1 : Performance moyenne en lecture Moyenne OCDE 50% 0% 50% 100% Figure 2 : Proportion d élève par niveaux de performance en lecture La Fédération Wallonie-Bruxelles propose-t-elle un enseignement efficace? Certainement! Enfin, c est ce que l on pouvait penser avant. Avant les enquêtes PISA. La figure 1 présente la moyenne des scores obtenus pour la lecture dans une sélection de pays et régions. Comme nous travaillons sur un échantillon, nous ne pouvons fournir une moyenne exacte, mais nous pouvons calculer la fourchette que cette moyenne pourrait prendre (avec une certitude de 95 %). Nous voyons donc que la Fédération ne se distingue pas significativement de la moyenne de l OCDE. Nous voyons également qu un système d enseignement fort proche du nôtre (la Vlaamse Gemeenschap 1 ) ainsi qu un autre fort éloigné (la ) obtiennent tous deux des résultats significativement meilleurs. Rien de nouveau ici, ces données sont bien connues du public! Une autre manière de présenter les données l est toutefois. PISA répartit les élèves en six niveaux de performances. Ceux qui n atteignent pas le deuxième niveau sont les élèves qui «manquent des 1 Les deux systèmes belges partagent les mêmes structures, les mêmes filières, le même type de financement. Les deux seules différences historiques résident dans l introduction de l enseignement rénové de manière plus approfondie dans la partie francophone du pays et sans doute aussi sur une tradition et une culture pédagogique différente. Ainsi depuis 1961, les taux de redoublement en Communauté flamande sont deux fois inférieurs à ceux de la Fédération Wallonie-Bruxelles et ce tant en primaire qu en secondaire. En outre, la réorientation dans le professionnel est traditionnellement plus fréquente dans la partie francophone du pays. 1

compétences essentielles nécessaires pour participer de manière efficace et productive à la société.» (OECD, 2010, pp.12) Nous voyons dans la figure 2 que, parmi les pays riches, la Fédération Wallonie-Bruxelles est l un des systèmes où la proportion d élèves qui n atteignent pas ce niveau est la plus élevée. Environ 23 % des élèves sont ainsi considérés comme ne disposant pas des compétences nécessaires pour participer de manière efficace et productive à la société. Nous pouvons constater que la parvient à la fois à assurer les meilleures performances scolaires et à limiter la proportion d élèves qui réalisent des scores inacceptables (8,1 % n atteignent pas le niveau deux). Et inégalitaire! Moyenne OCDE 0 50 100 150 200 250 300 Figure 3 : Ecart inter-decile pour les performances en lecture Moyenne OCDE 0 5 10 15 20 25 Figure 4 : Variance expiquée par l indice ESCS Si un système d enseignement doit être performant, il doit aussi être égalitaire. Parmi les objectifs généraux que fixe l article 6 du décret «Missions» du 24 juillet 1997, nous pouvons lire que l enseignement vise à «assurer à tous les élèves des chances égales d émancipation sociale.» Encore faut-il savoir ce que recouvre cette égale émancipation. Pour notre part, nous y mettons au moins deux concepts : le premier, l égalité des acquis (Crahay, 2000), prône l acquis de compétences de base jugées essentielles pour tous les élèves; le second, l équité, défend une réussite scolaire déliée des caractéristiques sociales et économiques des milieux dont sont issus les élèves. 2

Notre système parvient-il à assurer l égalité des acquis? Non! La figure 3 représente l écart inter-décile en lecture, c est-à-dire, la distance entre les 10 % d élèves les plus forts et les 10 % les plus faibles. Qu observons-nous? La Fédération Wallonie-Bruxelles est, parmi les pays riches, le système où l écart entre les plus forts et les plus faibles est le plus important. Cet écart est tel qu il nous faut le souligner : environ 280 points entre le groupe le plus fort et le groupe le plus faible, ce qui correspond à une différence de plus de 7 années d enseignement. Notre système parvient-il à assurer une certaine équité? À nouveau, nous ne pouvons que répondre par la négative. La figure 4 est l illustration de la variance des résultats en lecture expliquée par une variable unique : l Indice de statut économique, social et culturel (qui synthétise l information issue de trois sources, à savoir le plus haut niveau d occupation des parents, le plus haut niveau d éducation des parents et les possessions domestiques). Plus ce pourcentage est élevé, plus la réussite scolaire des élèves d un système est liée à leur origine socio-économique. Notre fédération est, parmi les pays riches, la grande gagnante puisqu elle affiche une variance expliquée de 23 %, c est-à-dire la proportion la plus importante parmi les systèmes sélectionnés. Plus qu ailleurs, la position socio-économique des parents prédit les résultats des enfants. 210 220 230 240 250 260 270 280 Aut Lux Dnk Esp Prt Pol Nld Irl Grc Ita Gbr Deu Swe Usa Fra Can 290 450 470 490 510 530 550 Fin Figure 5 : Ecart inter-décile c. performance moyenne 5 7 9 11 13 15 17 19 21 23 Aut Lux Ita Grc Esp Irl Nld Gbr Swe Dnk Pol Prt Fra Usa Deu Can Fin 25 450 470 490 510 530 550 Figure 6 : Variance expliquée c. performance moyenne Un choix impossible? 3

L argumentaire classique présente le choix entre performance et égalité comme exclusif. Soit un système d éducation est performant, soit il est égalitaire (ou équitable). L enseignement serait comme une montgolfière : pour qu il monte, il faut lâcher du lest. Nous avons enfin une bonne nouvelle! L enseignement n est certes pas aujourd hui un ascenseur mais il ne doit pas non plus être une montgolfière. Un système performant ne l est pas nécessairement au détriment des plus faibles. Les systèmes dans les carrés supérieurs droits des figures 5 et 6 sont à la fois performants et égalitaires (fig. 5) ou équitables (fig. 6). La prouve qu on peut parfaitement combiner excellence et égalité. Notre Fédération, par contre, est le mauvais élève de la classe puisqu elle est à la fois inefficace et inégalitaire (ou inéquitable). Les systèmes scolaires peuvent être différemment catégorisés (Mons, 2007) : le modèle de l intégration individualisée (, et ), de l intégration à la carte (, et ), de l intégration uniforme (,,, et ) ou de séparation (,, Belgique, et ). Il est intéressant de noter l importance du système scolaire dans la production des différences de performances : les systèmes unifiés (tronc commun long, classes hétérogènes, etc.), à savoir les deux premiers modèles, obtiennent de meilleurs résultats sur le plan de l égalité des chances que les systèmes différenciés (programmes différents par type d école, recours important au redoublement, etc.) (Jacobs, 2012, pp.7). 4

Variable Coef. (S.E.) Variable Coef. (S.E.) Constante 492 (5,6) 2 e génération n.s Constante 524 (2,1) Garçon -14,0 (2,2) Immigrés n.s Origine non-européenne -17,7 (4,1) Indice socio-économique individuel 10,7 (2,1) Langue différente parlée à la maison -35,2 (5,7) Enseignement qualifiant -67,9 (5,5) Composition socio-économique de l école 69,2 (4,4) Indice socio-économique individuel 7,4 (1,5) Langue différente parlée à la maison -14,1 (5,1) Enseignement qualifiant -60,2 (5,1) Retard scolaire -45,9 (3,1) Composition ethnique de l école n.s. Composition socio-économique de l école 23,8 (7,8) Composition académique de l école -58,3 (11,4) Table 1 : Modèle de régression multi-niveaux pour la lecture en Fédération Wallonie-Bruxelles Table 2 : Modèle de régression multi-niveaux pour la lecture en Communauté flamande. 5