Nartouk, le garçon qui devint fort
Jørn Riel est né au Danemark en 1931. Passionné par les peuples et les terres inconnus, il a beaucoup voyagé et s est notamment engagé dans une expédition scientifique au Groenland, où il a vécu seize ans. Ce voyage a énormément inspiré son écriture, par exemple celle de la dizaine de romans des «Racontars arctiques», ou la trilogie Le Chant pour celui qui désire vivre. Pour les enfants, il a déjà écrit Pani, la petite fille du Groenland (éditions Hachette) et Le garçon qui voulait devenir un être humain (Sarbacane). L ensemble de l œuvre de Jørn Riel est disponible chez Gaïa Éditions (www.gaia-editions.com). Antoine Ronzon a fait ses études à l école Émile- Cohl et a commencé sa carrière en illustrant une histoire courte de Nathaniel Hawthorne, publiée chez Grimm Press. Depuis, il travaille régulièrement sur des ouvrages pour la jeunesse (Bayard, Milan, Hachette, J ai lu) et des bandes dessinées. Troisième édition 2013, Bayard Éditions, pour la présente édition 2011, Bayard Éditions 2007, magazine J aime lire Tous droits réservés. Reproduction, même partielle, interdite. Dépôt légal : février 2013 ISBN : 978-2-7470-4546-9 Loi 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse Imprimé en France par Pollina -
Nartouk, le garçon qui devint fort Une histoire écrite par Jørn Riel traduite du danois par Inès Jorgensen illustrée par Antoine Ronzon
Cette histoire se passe chez les Inuits du Groenland.
1 Les ours Il faisait beau depuis longtemps, un temps calme qui permettait aux hommes d aller chasser tous les jours malgré la lumière qui baissait peu à peu. Mais, soudain, la neige se mit à tomber et recouvrit toutes les maisons du hameau. Elle était si profonde que les chiens ne pouvaient plus tirer les traîneaux, et on savait que ce changement de température annonçait le vrai début de l hiver, du vent et peut-être même de la tempête. 5
Alors, on fit des provisions de viande, on nourrit bien les chiens et on se prépara à rester dans les maisons. Et la tempête vint. Mais, à l intérieur, il faisait bon et chaud grâce aux petites lampes à graisse*, on avait suffisamment de nourriture et on passait le temps à réparer les outils, les vêtements et à raconter des histoires. * Dans l habitat traditionnel des peuples de l Arctique, les Inuits, la lampe à graisse servait à éclairer, chauffer et cuire les aliments. 6
Nanatoq était un très vieux chasseur, qui adorait la vie et aimait raconter ses aventures aux jeunes. Et il y avait toujours beaucoup de monde dans sa maison pour l écouter. Un soir, Nanatoq dit : «Il y a longtemps, il y avait à Sardloq, dans un hameau appelé Agpa, un garçon dont tout le monde se moquait parce qu il était petit, malingre, et qu il avait peur de tout.» Nanatoq parlait si bas que le silence s était fait dans la maison pour l écouter. 7
«Le garçon s appelait Nartouk. Il avait perdu ses parents et n avait plus que sa grand-mère, Niniok. Comme elle était vieille, elle ne pouvait plus faire grand-chose, et tous les deux vivaient de la bonté des gens. Ils n avaient pas de maison, et dormaient chez les uns et les autres. Dans ce hameau, un homme avait pris le commandement. Il s appelait Porto, et il était méchant et dur. Dans sa maison vivait également sa mère, qui était aussi méchante que lui et faisait souvent des misères à Nartouk et à sa grand-mère. 8
Porto décidait de tout. Il décidait quand il fallait aller chasser, en kayak en été et en traîneau de chiens en hiver. Il décidait à qui on donnait de la viande et à qui on n en donnait pas. Il décidait quand quelqu un devait être mis sur la glace pour mourir parce qu il ne pouvait plus servir à rien*. Et Nartouk avait très peur que Porto envoie sa grand-mère sur la glace. * Autrefois, les vieux Inuits demandaient parfois à ce qu on les laisse partir seuls sur la glace pour y mourir. Heureusement, cette pratique n existe plus aujourd hui. 9
Un jour, Nartouk partit pêcher. Il faisait sombre, le vent soufflait, et il avait très froid parce que ses vêtements et ses kamiks* étaient troués. Il ne pêchait rien et il avait peur que, ce soir-là aussi, sa grand-mère et lui soient obligés d aller se coucher le ventre vide. Dans la pénombre, il voyait la silhouette de l iceberg où les gens du hameau venaient découper des blocs de glace pour avoir de l eau douce. * Kamiks : bottes très chaudes en peau de phoque.
Soudain, la lune apparut derrière un nuage et éclaira le paysage. Le garçon vit alors au pied de l iceberg trois ours : une mère avec deux grands oursons. Jamais Nartouk n avait eu aussi peur. Terrifié, il regardait les ours s approcher. Puis il sentit une grande chaleur dans son corps, il ouvrit la bouche et se mit à crier : Nanok*! Des ours! Et il se mit à courir. * Nanok signifie «ours».