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Mathilde Jonquière La tesselle ronde L atelier de Mathilde Jonquière se situe dans le 12 e arrondissement de Paris. Le grand public la connait mieux depuis qu elle a réalisé les mosaïques de la Grande Épicerie de Paris. Mosaïque Magazine est allé à sa rencontre. Enhaut, page 82-83 Etude de ronds sous toutes ses formes : bulles d'eau, bulles d'air, ruissellements, cercles concentriques Quel a été votre parcours? J ai étudié le métier d Architecte d Intérieur à l école Camondo à Paris puis j ai travaillé pendant cinq ans chez des architectes. En 1997, au cours d un chantier, j ai découvert la mosaïque et ce fut un choc visuel. J appartiens à une génération où on réalisait les plans et les maquettes d architecture en les dessinant à la main et j aimais ce côté manuel du travail du dessin. J ai préféré choisir le contact avec la matière que m offrait la mosaïque au dessin virtuel que j aurais dû développer. Dans quel état d esprit avezvous J ai commencé ouvert votre atelier? Avez-vous des collaborateurs? avec un petit atelier en parallèle avec mon travail d architecte d intérieur et j ai grandi peu à peu. Mes projets sont de plus en plus importants : en ce moment je travaille sur un projet de lawn garden dans un hôtel de Londres. La Grande Épicerie de Paris était un chantier de 80 m 2 ; je ne peux plus travailler seule et selon les projets nous sommes trois à cinq collaborateurs. Je bénéficie sans doute d un phénomène de mode avec un retour à l artisanat, au fait main et à l utilisation du marbre dans l architecture d intérieur. Aujourd hui mon atelier ressemble un peu à un showroom avec un mur entier où sont disposés tous les bocaux de matériaux venant de fournisseurs du monde entier : grès cérame, pâtes de verre et les différents ors qui accrochent la lumière et des murs où sont présentés mes échantillons de 60 x 60 cm et de 1m x 1m que je renouvelle au fur et à mesure de mon travail. 8 MOSAÏQUE Magazine
Faites-vous volontiers des compromis? Je fais des compromis par rapport aux clients qui m apportent leur univers, leurs références. mais dès le départ le projet est une création originale pour un espace nouveau, une lumière nouvelle, et qui n est jamais figurative. Quel travail rêvez-vous de faire? J aimerais beaucoup travailler sur des fresques monumentales en même temps que d autres corps de métier comme des artisans qui utilisent le bois ou le métal. Je rêve aussi d une expérience à l étranger. Est-ce important pour vous de vivre à Paris? Vivre à Paris est une opportunité et je ressens une belle énergie. Beaucoup d architectes travaillent en France ou à l étranger et viennent dans mon atelier choisir les échantillons. Quelles sont vos sources d inspiration et les univers artistiques auxquels vous êtes sensible? Tout m inspire, la peinture, la sculpture, la haute-couture, la photographie, l architecture. Mon premier choc a été Klimt et la période viennoise avec l or et les éléments précieux et je suis très influencée par les années 20. Je suis très sensible à l artiste nigérian El Anatsui ainsi qu à l ouverture apportée par Niki de Saint Phalle ; dans un autre registre, j admire le travail de tisserand d Olga de Amaral qui rehausse d ors ses tissages. Et je suis admirative des réalisations de l architecte Franck Gehry. Comment définiriez-vous votre style? Les matériaux que j utilise m ont permis de trouver mon écriture ; je définirais mon style par les éléments récurrents dans mon travail : le rond, l évolution du rond, le rond dans le rond : c est le ricochet du caillou qu on jette dans Mathilde Jonquière www. mathildejonquiere.fr Météorite 2012 MOSAÏQUE Magazine 83
DESIGN ET DECORATION l eau et qui produit des cercles concentriques, mais également l entrelacs, le ruissellement, le clapotis. Je cherche à rendre la mosaïque plus graphique et à la mélanger à d autres médiums comme le béton. En Haut Mathilde Jonquière devant l'installation Béton Perlé, 2010 A droite La Grande Epicerie de Paris, l Italien et la Poissonnerie page 85 en haut Comète 3, Béton fibré bleu, tesselle d'or Installation de 28 pièces 65 x 440 cm A droite : La Grande Epicerie de Paris, détails A gauche : Décoration d un hôtel Vous définiriez-vous comme une mosaïste? Un artisan? Une artiste? Les trois à la fois : mosaïste puisqu au long d une journée de travail je découpe les tesselles et les assemble, artisan car je reproduis toujours les mêmes gestes et artiste quand je réalise le dessin original. Quel regard portez-vous sur la situation actuelle de la mosaïque et que pensezvous du débat actuel sur la mosaïque et la décoration? Je ne me considère pas issue du monde de la mosaïque mais de celui de l architecture d intérieur et je suis moins sensible à la mosaïque de chevalet qu à la mosaïque intégrée dans un espace. Je ne sais pas si on peut parler de débat : pour moi la mosaïque est liée à l architecture. Ceux qui ne travaillent pas en lien avec l architecture ne me reconnaissent pas et je ne les reconnais pas. Peut-être que le mot de «mosaïque» ne m appartient pas. Je suis intimement persuadée qu avec la mosaïque on peut avoir une intervention sur notre habitat : l impact de la lumière sur les mosaïques change l espace et le charge d émotion. Propos recueillis par RM n 84 MOSAÏQUE Magazine
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