Dossier de mise en scène de Love, de Murray Schisgal



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Transcription:

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Dossier de mise en scène de Love, de Murray Schisgal I- Présentation de l auteur et de la pièce Murray Schisgal est un auteur de théâtre, scénariste, producteur et acteur américain, né le 25 novembre 1926 à New-York, aux Etats-Unis. Il commence sa carrière d écrivain dans les années 1960, avec Les Dactylos, ou encore Le Tigre, écrites en 1960 à Londres, qui oscillent entre la satire, l absurde et le micro-drame poétique. Ses deux pièces phares du répertoire de Schisgal l ont révélé au monde entier, signant le début d une carrière internationale. Son théâtre se situe donc à la croisée de l avant-garde et du vaudeville ; et Schisgal est qualifié comme étant le digne héritier de l absurde et du nonsense britannique. Cependant, c est Laurent Terzieff, acteur et metteur en scène Français qui révèle les pièces de Schisgal au public en les adaptant en français. Il a notamment traduit et adapté Les Chinois, Le Tigre, Les Dactylos, ou encore Fragments au Théâtre du Vieux Colombier, puis Love en 1965 au Théâtre Montparnasse à Paris. Plus récemment, il a traduit et mis en scène la dernière pièce en date de Schisgal, Le Ministre Japonais du Commerce Extérieur, datant de 2012. Par la suite, d autres adaptations des pièces de Schisgal ont vu le jour, comme Love, reprise par Michel Fagadau, ou Le Regard, adaptée par Pascale Poisson au Théâtre Rive Gauche en 2003. A partir de 1967, Murray Schisgal se lance dans le cinéma et la télévision, en tant que scénariste, comme dans Daktilografi (1965), Sunday Father, (1969), ou encore Tootsie (1982), pour lequel il a reçu l Oscar du meilleur acteur, et le Golden Globe du meilleur coréalisateur. Il fut également producteur dans Le Choix d une vie (1999), Boys and Girls (2000) et bien d autres encore. Concernant le théâtre, Schisgal dit puiser son inspiration chez Gogol, auteur Russe du XIXème siècle, et considère ainsi que ses pièces sont «faites pour rire, avec un peu de vérité et beaucoup de malice». On note dans ses pièces l importance de la quête d identité du personnage, et la présence de drames intérieurs. De même, ses farces tragiques s organisent autour de moments incertains, où le destin se fait et se défait. L auteur affectionne les formes courtes, propices à la capture de l instant ; et explore ainsi le monde de l illusion, du travestissement il use donc du théâtre comme un instrument de vérité, et explore la nécessité d aller vers l ailleurs que propose le théâtre afin de mieux retrouver la réalité. Love a été écrite à Londres, en 1963. Cette pièce phare du répertoire de Schisgal fut montée à Londres puis à Broadway. Adaptée par Michel Terzieff au Théâtre Montparnasse en 1965, puis reprise par Michel Fagadau quelques années plus tard, elle s inscrit dans le registre de la société américaine véhiculant les rêves et ses opposés. La vision resserrée autour de l amour et de la détresse, de l argent et de la misère évoquent les valeurs sociales de la société américaine. L Homme est ici décliné dans un ensemble social et familial, ce qui permet à Schisgal de véhiculer au public des questions de philosophie existentielle, comme cette interrogation récurrente «Demande-moi en quoi je crois» qui revient tout au long de la pièce. L auteur fait ici voler en éclats le sentiment

amoureux, et se joue complètement des récits de l amour. Il use donc de l absurdité afin de véhiculer le comique. La pièce fut jouée pour la première fois au Bouth Theatre à New York, le 12 novembre 1964, sous le nom de Luv. En France, la première représentation a eu lieu en 1965, au Théâtre Montparnasse à Paris. Avec Love, Schisgal voulait dénoncer les névroses d une société décadente, c est pourquoi il use d un décor unique, très épuré et minimaliste, constitué d un pont suspendu sur lequel évoluent les personnages tout au long de la pièce, d un banc, d un réverbère, d une poubelle et d un bac à sable. Ce tableau à la fois banal et organisé semble canaliser les déambulations scéniques et mentales des personnages, qui oscillent entre le désir de mort et la tentation amoureuse. On note aussi l omniprésence de la nuit sur scène, évoquant tantôt le mystère, tantôt une impression romantique, ce qui engage une vision sociale et cérébrale de l amour. Ainsi, l atmosphère intimiste du lieu, le nombre de personnages restreint et le décor épuré favorisent les échanges entre le public et les acteurs. Enfin, le dynamisme du jeu des acteurs et la variété des registres utilisés font de cette pièce une vision intemporelle et distinguée du vaudeville, qui oscille entre le cynisme tendre et l enchevêtrement des lianes psychologiques du désir amoureux. On peut donc conclure que cette œuvre est une pièce engagée ; puisque Schisgal l utilise pour critiquer le modèle de la société américaine de l époque, et engage une réflexion sur le mode de vie américain. II- L affiche L affiche a été construite autour d une certaine déconstruction et d inversion. La distinction entre le haut et le bas, le ciel et la mer est difficile. Ainsi, le personnage est-t-il en train de tomber ou de s élever? Cette déconstruction volontaire a pour but de symboliser les choix et les états d esprits des personnages en perpétuelle évolution ou régression. Nous avons gardé les éléments qui nous semblaient les plus importants de la pièce, le lampadaire car il est omniprésent et toute l action est centrée autour de lui, il est le seul à ne pas bouger, comme s il représentait les fondements, les bases inébranlables de la société américaine auquel les personnages tentent de se rattacher ; le parapet, inefficace, postiche puisqu il ne joue pas son rôle de «garde-fou» et à plusieurs reprises certains personnages sont sujets à des chutes ; et pour finir, le personnage qui tombe dont on ne voit que les jambes. A première vue, il s agirait de Milt mais comme son visage n est pas perceptible, il pourrait tout aussi bien s agir d Harry. Enfin, le choix des couleurs n est pas vain puisqu il rappelle l univers nocturne dans laquelle se déroule la pièce. De plus, les taches de couleurs à l aquarelle rappelant l espace, symbolisent le côté universel de cette pièce, bien que cette dernière critique la société américaine III- Le décor En ce qui concerne le décor, nous avons opté pour un univers à la fois intrigant et féérique où tout repère est effacé. Il n y a plus ni haut, ni bas, ni coulisses, ni fin de la scène. En effet, la scène se divise en deux parties, la première en contrebas du plateau, aux pieds du premier rang de fauteuils. Une étendue d eau miroitante et inquiétante est représentée par plusieurs tissus fluides de teintes différentes (bleu foncé, bleu turquoise) qui sont tendus du milieu de la hauteur de la scène au sol. Deux ventilateurs situés de part et d autre de la scène agitent les tissus,

créant un effet de vague et de mouvement. Et cachés sous cette illusion d eau, des tatamis sont disposés afin de recevoir les personnages dans leur chute. Le parapet est l élément qui sépare les deux parties de l espace scénique. Il se compose de quatre fins piliers en bois flotté, écartés à égale distance et reliés les uns autres par un tissage un peu lâche en corde ou en lanières de tissu beige ou blanc cassé. Entre le tissage du parapet, une fleur sera glissée à chaque chute d un des personnages à l image des fleurs déposées le long des voies lors d accidents meurtriers de la route. Pour créer un grand espace, une ouverture prenante sur l univers des personnages, les deux premières coulisses sont retirées de chaque côté, ne restant que celles du fond. Une dizaine d ampoules nues pendent du plafond à des hauteurs différentes créant un univers féérique et une impression de ciel étoilée. Sur la droite, un lampadaire occupe l espace mais est suspendu à l envers. De plus, cet élément du décor a une importance cruciale tout au long de la pièce. Il a la faculté de tourner lorsque les comédiens chantent en dansant autour de lui, et de monter, soulevant en l air Harry qui disparait dans le décor, donc dans l univers, en fin de pièce Trois chaises hétéroclites, un fauteuil d aspect ancien, une chaise de jardin en fer forgé travaillé, et une chaise de cuisine en bois occupent le milieu de la scène et font face aux public. Elles sont accompagnées d un tas de sable à leur gauche qui au fur et à mesure de la pièce et des passages disparait. Pour finir, nous avons eu l audace d installer l émetteur de musique directement sur scène, par le biais d un orgue de barbarie en bois. Et nous avons également pris la liberté de rajouter une personne physique qui, au moment des chants, accompagne les personnages en tournant la manivelle de l instrument.

IV- La lumière Pour l éclairage de la scène, nous avons opté pour une ambiance de «nuit». Au-dessus de la scène, des ampoules sont situées, nombreuses et désordonnées, afin d imiter un ciel étoilé. Ces ampoules diffusent une lumière visible mais légèrement tamisée, afin de ne pas gêner les spectateurs dans leur contemplation. Pour l éclairage plus en lui-même, des barres de lumières, situées en fronton de scène permettent un éclairage plus important et découpant les silhouettes mais n éblouissant pas pour autant les acteurs. Quelques rasants situés sur les côtés du plateau égalisent la découpe des acteurs et soulignent les quelques éléments du décor. La lumière reste tout de même tamisée mais suffisante pour permettre au spectateur de voir ce qui se déroule sur la scène. Enfin, l élément crucial du décor, le lampadaire, éclaire également la scène. Ce lampadaire, dont les vitres sont recouvertes de motifs ajourés, a pour particularité de tourner et de modifier la lumière sur le plateau, créant ainsi un univers féérique, nocturne, un peu inquiétant, intime et romantique. Par ailleurs, à chaque chute du pont d un des personnages, un flash vif, puissant et bref vient briser cette ambiance confinée et tamisée pour renforcer l acte éventuellement tragique et pour surprendre le spectateur. V- La musique En ce qui concerne la musique, nous voulions nous démarquer par rapport aux mises en scène où la bande son est préenregistrée. Pour rester dans notre ambiance intime et décalée, nous avons eu l idée d insérer au décor un orgue de barbarie à manivelle, situé sur le côté droit. A certains moments de la pièce, les personnages se positionnent autour du lampadaire et chante une sorte de ritournelle. Pour accompagner ce chant répétitif, un homme extérieur aux personnages de l histoire vient actionner la manivelle de l orgue qui émet une musique lancinante aux allures de musique de rue de Paris, de guinguette ou de manège ancien. Ce décalage chronologique et géographique est volontaire et renforce l aspect intemporel et sans lieu défini de la pièce. Ainsi, cette mise en scène peut franchir les frontières et s adapter à n importe quel pays (une réadaptation dans la langue locale est tout de même nécessaire ou bien une traduction en temps réel). De plus ce côté répétitif de la musique basée sur un motif court, simple et efficace s accorde parfaitement à l idée d une rengaine répétée par les acteurs, rappelant d une certaine façon le comique de répétition. En effet, à chaque fois qu un acteur se met à chanter le public a l impression d avoir déjà assisté à cette scène, ceci déstabilise d autant plus le spectateur qui se trouve ans une situation plus adaptée au rire. La musique que nous avons choisie se nomme Valse Domino, orgue de barbarie. Vous trouverez le fichier audio joint à notre dossier dans le mail. Valse Domino orgue de barbarie.mp3

V- Portrait de chaque personnage Dans Love, chaque personnage est véritablement démarqué par son allure vestimentaire. Cette pièce est donc en forme de leitmotiv, puisque les deux couples formés puis reformés tournent en rond en quête d amour et d identité. Tantôt victimes, ou bourreaux, les trois personnages, à l égo surdimensionné construisent ici une farce sentimentale haute en couleurs. Harry Berlin Il s agit du personnage phare de la pièce, décrépi, trouble et excessif. Il a tout perdu, et veut se suicider. Harry a commencé très bas, élevé par ses grands-parents, battu, très peu nourri, sans jamais aucune reconnaissance. Puis il a connu son apogée à la Faculté, lorsqu il étudiait avec Milt Manville, puisque tous ses camarades le surnommaient Dostoïevski, du fait de son intelligence et de sa culture sans limites. Cependant, Schisgal met en avant les conséquences que peuvent entraîner une blessure, un traumatisme enfantin : jeune étudiant, Harry était allongé dans un parc, lorsqu un chien lui a uriné dessus. Il n a alors plus goût à rien et veut en finir. L image du pont sur lequel se tient Harry au début de la pièce, alors qu il s apprête à se suicider évoque le fait qu il veut fuir le temps qui fut le sien, ce qui souligne son désir de désocialisation. Mais on le découvre par la suite comme un réel romantique, rêveur. Il cherche une renaissance puisée dans un amour sincère et parfait. Ainsi, son costume dans l acte premier illustre son déclin social mais sa volonté de «garder la face». Il porte une veste marron trop grande pour lui mais de toile de qualité, une chemise/tunisienne beige tachée ainsi qu un pantalon de lin bien coupé mais poisseux et retenu par une ceinture de corde. Les tons de son costume restent dans les beiges symbolisant son côté romantique renforcé par ses cheveux qu ils portent mi long en épis.

Milt Manville Trader-brocanteur, homme à deux emplois, riche, marié, qui a réussi dans la vie. Dès la première scène, lorsque Milt rencontre Harry au bord du suicide, ce dernier exhibe fièrement sa grosse montre en or, ce qui confirme la démesure de ce personnage. De la même manière que son vieil ami Harry rencontré sur les bancs de la Faculté, Milt est parti de très bas : ses parents se disputaient constamment, il vient d un milieu très défavorisé ; et explique lui-même à Harry que jusqu à ses huit ans, il n a pas pu aller à l école, faute de moyens pour lui acheter des souliers. Mais Milt s est battu, a gravi les échelons, travaillant sans relâche son ascension sociale, seul. Il se démarque ainsi comme un personnage très égoïste, désenchanté, pédant et maladroit lorsqu il s agit de ramener son premier amour, Ellen, vers lui. De même, il se montre avare, sans aucune générosité, car il ne rendra jamais à Harry ses dix dollars. Mais contrairement à Harry, Milt a réussi amoureusement : il est marié à Ellen, mais avoue aimer une autre femme, Linda, ce qui confirme l incohérence de ses désirs. Milt incarne ainsi la réussite, la prétention et l élégance, mais il possède aussi un égo surdimensionné, coincé sur un isthme d indifférence et de fidélité envers Ellen. Enfin, il se montre pervers et suspicieux, et veut se débarrasser de sa femme le plus vite possible, en tentant de la caser avec son ami Harry, qu il vient seulement de revoir après quinze années d anonymat. Il incarne ainsi pour Schisgal une véritable satire du self made man américain. Pour garder cette image d homme d affaire, imbu de sa personne, le costume élégant semble inévitable. Sa veste bien coupée, gris foncé, pantalon plus clair, chemise blanche immaculée, cravate bordeaux rayée et chaussures de ville marron foncé. Il arbore fièrement sa grosse montre dorée au poignet et des cheveux plaqués de chaque côté de la tête par du gel à effet vitré.

Ellen Manville Mariée à Milt Manville puis à Harry Berlin, elle incarne le paradoxe entre une femme de tête hypersensible et une épouse docile et frustrée, qui rationnalise constamment ses sentiments. Elle est très maniaque, et dotée d une intelligence hors du commun, au point qu elle effectue chaque mois des statistiques concernant les relations de couple, le nombre de rapports sexuels durant le dernier mois ce qui confirme qu elle est aussi démesurée à sa manière. Elle cherche à se détacher de son statut de femme modèle dans la société américaine, elle veut s émanciper de son mari et fuir la routine. Elle ne peut pourtant se contenter de vivre seule et retourne à chaque fois dans le modèle classique de la femme au foyer. Dans la première scène de la pièce, Ellen arrive vêtu d une robe blanche dont le haut est dissimulé par une cape bleu marine avec une boutonnière dorée assortie à la montre de son mari. Elle se montre forte avec ce manteau de style militaire, dominante et féminine avec ses talons hauts de couleur beige. A sa rencontre avec Henry, elle enlèvera sa cape et dévoilera un décolleté en dentelle symbolisant le mariage, sa délicatesse et sa volonté d un amour sincère. Sa robe est virevoltante et légère comme elle se trouve lorsqu elle sent pointer les sentiments amoureux.

VI- Le sens Le sens de cette pièce est double : tout d abord, cette contradiction s exprime par le fait que des scènes plutôt intimes, voire privées se déroulent sur un pont, lieu donnant vue sur la ville mais qui est au vu et au su de tous. Cela met en valeur l intention de l auteur de montrer à tous les vices cachés de chacun. Cette pièce est en effet une satire par l absurde, faisant réaliser au lecteur le ridicule de ses défauts et de la société américaine. Ainsi Murray Schisgal exagère ici les vices de la société de consommation et le mode de vie qu elle entraine en exagérant de manière à les rendre drôles voire à leur donner un aspect complètement pathétique. Il met donc en scène une pièce où tout s achète et tout se vend. C est l exemple de Milt qui «jette» sa femme lorsqu il n en veut plus. Par ailleurs, cette pièce est une satire des relations humaines que ce soit l amitié ou encore l amour. Bien que chacun soit en quête de l amour, aucun ne semble le trouver et y attacher de l importance quand ils en sont en possession. Ce trio est en effet déconstruit et leurs relations ne peuvent évoluer du fait de leur égocentrisme et de leur égoïsme les empêchant de porter attention aux sentiments que peuvent avoir les autres personnages. Pourtant, cette histoire transcrit une certaine intimité entre les personnages plongés dans l obscurité et le silence nocturne dans lequel évolue un trio étonnant en quête du bonheur. Il reste tout donc tout de même une once de romantisme dans cet amour évoqué. De plus, il semblerait que l histoire effectue une sorte de boucle. La pièce revient à son début. Ainsi, nous pouvons nous demander ce qu apporte cette histoire dans la vie des personnages. Ellen retourne avec Milt, Milt avec Ellen, Harry avec son lampadaire, son pont et sa désolation. Aussi, l histoire mise en scène n a aucun intérêt du point de vue des personnages. Ce choix d une histoire inutile renforce l idée que Murray Schisgal veuille créer une satire grâce à sa pièce. Hoëlle Le Goas Raphaël Grange Brume Delaunay Jonathan Lieumont