L'or rouge : un objet de fascination

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13/09/2006 - Par Jean-Georges Harmelin, Biologiste marin L'or rouge : un objet de fascination Le magnifique corail rouge, un Cnidaire à croissance très lente, vit dans des habitats rocheux ombragés en Méditerranée et Atlantique oriental entre 5 et 700 m de profondeur. Depuis des millénaires, son squelette calcifié est utilisé pour des bijoux, des amulettes et comme médication. Page 1/8 - L'or rouge : un objet de fascination Le corail rouge de Méditerranée est un organisme marin fascinant, capable de susciter des passions que l'on soit pêcheur corailleur, historien, bijoutier, artiste, simple plongeur ou scientifique. Le corail rouge apporte une grande richesse esthétique aux grottes provençales, ici corail dans la grotte de Riou. JG Harmelin, tous droits réservés, reproduction interdite Souvent appelé l'or rouge pour son utilisation en bijouterie, le corail rouge est un élément essentiel de la culture méditerranéenne et de sa mythologie. Mais les pouvoirs magiques et thérapeutiques qui lui ont été attribués depuis des millénaires ont eu une aura qui s'est étendue bien au delà des rivages de la Méditerranée, jusqu'aux confins de l'asie et de l'afrique par la voie des grandes caravanes. Page 1 / 25

Figure 1 : La rutilance des colonies de corail rouge au plafond d'une cavité explose sous la lumière du projecteur. Cassis, 15 m, JG Harmelin, Reproduction et utilisation interdites La beauté du corail rouge, d'abord exploitée sous sa forme minérale en bijouterie, a été révélée dans toute sa splendeur quand l'homme a pu regarder sous l'eau et éclairer les recoins sombres où il vit (Fig. 1). Le corail rouge est sous le signe de la persistance. Persistance de l'organisme : combien de temps est-il capable de vivre en construisant son squelette solidement attaché à la roche? nul ne le sait. Persistance aussi des utilisations qu'en fait l'homme depuis des milliers d'années, que ce soit comme amulette pour conjurer le mauvais sort, comme parure prestigieuse, et même comme médicament puisqu'il intervient encore dans des compositions homéopathiques après avoir été vanté par Dioscoride, Galien et Avicenne. Figure 2 : Récolte du corail en plongée libre. Estampe du 16ème siècle avec la première représentation de plongeurs portant des lunettes pour voir sous l'eau. Page 2 / 25

Reproduction et utilisation interdites La quête de cet or rouge au cours des temps résume bien l'évolution des techniques nautiques et sousmarines, depuis le pêcheur antique avec sa petite barque à rames, tentant d'arracher à la main quelques branches peu profondes en plongeant nu (Fig. 2), jusqu'aux navires actuels, équipés de positionnement géostationnaire, de sondeurs multifaisceaux, de cameras téléguidées, de sous-marins et de système de plongée trimix. La nature du corail rouge a fait l'objet de débats passionnés entre naturalistes jusqu'au 18ème siècle. Aujourd'hui, il est devenu un sujet particulièrement étudié en Méditerranée, pour mieux en gérer les stocks, mais aussi comme modèle d'organisme à très longue durée de vie, sensible à son environnement et capable d'en enregistrer les variations. Page 2/8 - Sa place systématique Avec son apparence de petit arbre pétrifié, sa couleur de sang et une réputation de pouvoirs magiques, le corail rouge a été l'objet de mythes quant à sa nature et il est un modèle classique de l'évolution des sciences naturelles au cours des siècles. Le corail rouge : un cnidaire, comme les petits coraux jaunes (Leptopsammia pruvoti) qui cohabitent avec lui. JG Harmelin, tous droits réservés, reproduction et utilisation interdites Minéral, végétal ou animal? Pour les anciens grecs, le corail rouge était un «lithodendron» (arbre de pierre), un végétal qui durcissait au contact de l'air. Ovide relate dans les M étamorphoses que c'est le contact de la tête de Méduse, coupée par Persée, qui a donné aux pousses molles de corail la force de durcir à l'air comme pierre. Ce mythe d'une pétrification aérienne s'est maintenu jusqu'à la fin du 16ème siècle! Mais le débat à propos de la nature minérale ou végétale du corail s'est poursuivi jusqu'au 18ème siècle, les botanistes le classant comme «lithophyte». C'est dans ce contexte qu'est survenu ce que l'on peut nommer la controverse de Marseille' en référence au lieu des observations. En 1706, Luigi-Fernandino Marsigli, militaire italien mais surtout naturaliste, vient à Marseille après un séjour à Montpellier avec un projet peu commun pour l'époque : aller en mer pour en étudier les phénomènes physiques et aussi le corail en accompagnant les pêcheurs. De ces tribulations marines au large de Marseille et de Cassis naîtra le premier ouvrage moderne d'océanographie, L'Histoire physique de la mer', publié à Amsterdam en 1725, surprenant par la justesse des descriptions. Page 3 / 25

Figure 3 : Extrémité d'une branche de corail rouge avec les polypes très épanouis, photographié en plongée - Marseille, et figure de L.F. Marsigli (1707) illustrant l'expérience qui lui permit de voir fleurir le corail récolté par des corailleurs marseillais. JG Harmelin, tous droits réservés, reproduction et utilisation interdites Marsigli est alors persuadé de la nature minérale du corail rouge, qui se formerait comme les stalactites des grottes aériennes. Mais, après une pêche hivernale, les rameaux de corail qu'il a mis dans des récipients remplis d'eau de mer présentent des fleurs blanches à huit pétales (Fig. 3). Voilà la preuve que le corail est bien un végétal, une plante pierreuse', observation entérinée avec enthousiasme par l'abbé Bignon de l'académie Royale des Sciences de Paris. Jean-André Peyssonnel, fils d'un fameux médecin marseillais, était aussi avec lui et avait pu voir ces fleurs. Entre 1723 et 1725, devenu lui-même médecin, il renouvelle plusieurs fois les expériences de Marsigli avec des pêcheurs de Marseille et de la Calle, en Algérie. Il acquiert alors la conviction que les fleurs sont bien animales et font partie intégrante de l'écorce friable du corail. Mais Réaumur mit son veto en 1727 à la diffusion de cette découverte par l'académie des Sciences. Les observations de Peyssonnel furent quand même publiées en Angleterre et leur justesse fut enfin reconnue, d'abord par Bernard de Jussieu en 1742, puis par l'ensemble de la communauté scientifique. Position systématique du corail rouge. Corallium rubrum (Linnaeus, 1758) est un Invertébré relativement primitif. Phylum (ou Embranchement) : Cnidaria (Cnidaires, ou Coelentérés) Classe : Anthozoa (Anthozoaires) ; sous-classe : Alcyonaria (Octocoralliaires) Ordre : Gorgonacea (Gorgonaires) ; famille : Coralliidae. Les Cnidaires constituent un embranchement majeur du monde marin, extrêmement divers puisqu'il regroupe des organismes ayant des morphologies et des modes de vie aussi différents que les méduses, les anémones de mer, les hydraires, les coraux et les gorgones. Tous abritent dans leur ectoderme des cellules spécialisées, les cnidocytes, qui renferment une arme redoutable, le nématocyste : une vésicule pleine de venin dans laquelle est invaginé un harpon muni d'un filament urticant, qui sera projeté à l'extérieur si une papille sensible, le cnidocil, est touchée. Page 4 / 25

Figure 3a : Acropores en mer Rouge : pourvus de zooxanthelles, ils construisent des récifs coralliens. JG Harmelin, tous droits réservés, reproduction et utilisation interdites Le terme corail' prête souvent à confusion puisque le corail rouge le partage avec les coraux tropicaux constructeurs de récifs (Acropora, Porites, etc.), associés à des algues microscopiques (zooxanthelles Fig. 3a), les petits coraux si abondants dans les grottes ( Fig. 3b), et les coraux profonds (Madrepora, Lophelia, etc.). Ces autres coraux sont des Scléractiniaires appartenant à la sous-classe des Hexacoralliaires (ou Zoantharia). Figure 3b : Petits coraux Hexacoralliaires sans zooxanthelles des grottes méditerranéennes : Leptopsammia (jaune), Hoplangia (beige). JG Harmelin, tous droits réservés, reproduction et utilisation interdites Le genre Corallium a été créé par Cuvier en 1797 pour le corail rouge de Méditerranée, auquel Linné avait déjà appliqué sa nomenclature binominale en 1758 en le nommant Madrepora rubra. Ce genre comprend 19 espèces distribuées en Atlantique, en Méditerranée, dans l'océan Indien et le Pacifique, la plupart à grande profondeur (seul C. rubrum est côtier en Méditerranée). Un genre voisin, Paracorallium Bayer & Cairns, 2003, regroupe 7 espèces autrefois placées en Corallium. Au moins 6 de ces espèces sont exploitées pour la bijouterie. Page 5 / 25

Figure 4 : Corail rouge méditerranéen en branches nettoyées de leur cortex et en colliers, et pièces taillées dans du corail rose du Pacifique. JG Harmelin, tous droits réservés, reproduction et utilisation interdites Celle qui a la plus forte valeur commerciale est le Paracorallium japonicum, l'aka ou Sang de bœuf, qui vit au Japon. Certains de ces coraux précieux, qui vivent à plus de 1000 m de fond dans le Pacifique, peuvent atteindre plus d'un mètre de haut et un poids de plusieurs dizaines de kg. La couleur de ces Corallium et Paracorallium travaillés en bijouterie va du rouge profond (Aka, P. japonicum), au rose (peau d'ange, C. secundum) et au blanc (C. konojoi) (Fig. 4-5 ). Figure 5 : Une branche d'aka, Paracorallium japonicum, de la collection Filocamo. JG Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites La dénomination coraux précieux' englobe aussi des Cnidaires qui ne sont pas des Coralliidae. Ce sont essentiellement le corail noir, qui correspond à l'axe noir, corné, de diverses espèces d'antipathaires ( Anthipates spp.), et le corail d'or (gold coral), qui est l'axe d'un Gerardia vivant au large de Hawaii. Page 6 / 25

Page 3/8 - Son domaine géographique Le corail rouge est une espèce emblématique des fonds rocheux de Méditerranée, mais il est inégalement distribué dans cette mer et il existe aussi en Atlantique oriental. Comme la grande gorgone pourpre, le corail rouge est essentiellement méditerranéen, mais existe aussi dans le proche Atlantique. JG Harmelin, tous droits réservés, reproduction et utilisation interdites Figure 5 : Distribution géographique du corail rouge en Méditerranée et en Atlantique aux abords du détroit de Gibraltar. JG Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites En Méditerranée, il est largement présent du sud au nord du bassin occidental et sur la côte orientale de l'adriatique jusque dans le nord de la mer Ionienne (Fig. 5). Les régions les plus fameuses sont la côte orientale de l'algérie et la côte nord de la Tunisie, les parages d'alboran, les Baléares, le sud de la Sicile et la région de Naples, la Catalogne, la Provence (Fig. 5a) la Corse et le nord de la Sardaigne. Page 7 / 25

Figure 5a : Corail rouge et gorgone jaune (Eunicella cavolinii) à l'entrée d'une grotte en Provence. JG Harmelin, tous droits réservés, reproduction et utilisation interdites Dans la quasi totalité du bassin oriental, au contraire, il semble absent, sauf dans le nord de la mer Egée et en Crète en dessous de 80-100 m. En Atlantique, le corail rouge est présent dans le nord du Maroc où il a été très exploité en plongée au cours des années 90 jusqu'à ce que les gisements ne soient plus rentables. Il existait dans le sud du Portugal avec une abondance suffisamment grande pour avoir été exploité au 15ème siècle. Ces gisements restent à redécouvrir car seuls quelques petits brins ont été trouvés au large de l'algarve au cours de campagnes océanographiques. L'or rouge existerait aussi à grande profondeur aux Canaries et à Madère. Sa présence dans l'archipel du Cap Vert est à la fois indiscutable et mystérieuse : il a été activement exploité jusque vers 1900, puis n'a plus jamais été signalé. Page 4/8 - Sa distribution écologique Le corail rouge a une large répartition verticale en Méditerranée puisqu'on peut le rencontrer depuis le voisinage de la surface jusqu'à plus de 250 m de profondeur. Une campagne océanographique l'a même récolté à 400 m de fond dans les parages de Malte. Page 8 / 25

Les conditions écologiques préférées du corail rouge : peu de lumière et des courants pour se nourrir. JG Harmelin, tous droits réservés, reproduction et utilisations interdites Un habitant de l'ombre Il est banal de le rencontrer à très faible profondeur en Provence ou en Catalogne mais n'est pas une règle générale. Dans de nombreuses régions, il n'est présent qu'en dessous 40-50 m, voire plus. Il ne s'agit pas d'une élimination des petits fonds par des récoltes abusives mais parce que le corail rouge est sensible aux températures trop élevées (voir ci-dessous). Le corail rouge se développe dans des habitats peu éclairés ou même obscurs des fonds rocheux. Figure 6 : Le corail rouge est un ornement superbe des paysages sous-marins du nord de la Méditerranée. Réserve marine de Carry-le-Rouet, 23 m. JG Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites Etant sciaphile' (qui aime l'ombre), il reste ainsi à l'écart de la compétition avec les organismes photophiles', algues surtout, beaucoup plus dynamiques. Près de la surface, il vit dans des grottes ou des petites cavités, et plus en profondeur, il occupe des parois surplombantes ou verticales (Fig. 6). Il peut même se trouver sur des roches profondes peu inclinées quand les courants sont suffisamment forts. Le corail rouge est en effet dépendant des courants pour se nourrir car c'est un mangeur de particules en suspension (cf. ci-dessous). Page 9 / 25

Figure 7 : Paroi de l'entrée d'une grotte sous-marine chargée d'éponges, de petits coraux scléractiniaires éponges rouge et jaune et corail rouge. Marseille, 20 m. JG Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites Sur les parois des grottes semi-obscures, le corail rouge peut former un décor splendide, avec des agrégations très denses, parfois plus de 600 colonies par m². Dans cet habitat, quelques algues macroscopiques, souvent calcifiées, sont encore capables de réaliser leur photosynthèse dans la pénombre. Mais ce sont les éponges qui dominent cette communauté. Elles forment avec le corail rouge, des bryozoaires, des vers tubicoles, des petits coraux Scléractiniaires (Leptopsammia, Caryophyllia, Hoplangia), et des ascidies une couverture très colorée, d'une grande diversité, qui ne laisse aucun espace libre (Fig. 7). Figure 7 : Petits coraux scléractiniaires et corail rouge. Marseille, 20 m. JG Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites La plupart de ces organismes ont une longue durée de vie et la compétition pour l'espace est forte. Pour le corail rouge, vivre dans un habitat saturé avec des voisins un peu trop dynamiques n'est pas facile. Une parade Page 10 / 25

est la croissance en hauteur, ce qui lui permet aussi d'atteindre la couche d'eau supérieure, mieux renouvelée. Mais encore faut-il arriver à dépasser le stade juvénile si vulnérable! Pour maintenir les voisins gênants à distance, le corail peut aussi manier le fouet avec un tentacule du polype qui s'allonge énormément et qui est bourré de nématocystes. Les ennemis du corail rouge Une fois grand et bien fixé à son substrat, le corail rouge a peu d'ennemis, hormis l'homme qui le récolte ou détruit son habitat. On lui connaît deux prédateurs, qui sont relativement rares et font peu de dégâts. Ce sont une petite crevette, Balssia gasti, et un petit mollusque gastéropode, Pseudosimnia carnea. Figure 8 : Ce rameau est infesté par une éponge endolithe Clione qui a dissous le calcaire du squelette. JG Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites La principale source de mortalité naturelle est constituée par les organismes foreurs, surtout les éponges Cliones. Ces éponges perforantes percent avec des sécrétions acides le squelette calcaire du corail et son substrat d'un réseau de cavités qui fragilisent la colonie (Fig. 8) et peuvent entraîner sa chute. Une autre source de mortalité est le changement d'environnement, comme une augmentation de la sédimentation en particules fines ou, plus encore, un réchauffement des masses d'eau.(fig. 8a) Page 11 / 25

Figure 8a : Petit corail blessé par les grosses chaleurs de 1999 : les parties mortes (flèches) sont colonisées par d'autres organismes. JG Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites Ainsi, au cours des étés 1999 et 2003, des températures anormalement élevées dans le nord de la Méditerranée occidentale jusqu'à 30 m de profondeur ont été associées à une grande mortalité du corail rouge et d'autres invertébrés fixés. Des expérimentations en aquarium ont confirmé récemment que le corail rouge ne supporte pas d'être baigné dans de l'eau à 27 C pendant une courte période ou soit maintenu à 25 C pendant plusieurs jours. Ceci peut expliquer pourquoi le corail rouge est si peu présent en Méditerranée orientale où l'eau est bien plus chaude en été qu'en Provence ou en Catalogne, deux régions que le corail fréquente à faible profondeur. Page 5/8 - Sa morphologie Les admirables travaux que Lacaze-Duthiers a effectué durant un long séjour en Algérie à La Calle (Marsa al-kharaz) et publié en 1864 avec de magnifiques planches nous ont fourni l'essentiel de la connaissance de la morphologie du corail rouge. Page 12 / 25

Les ramifications porteuses de polypes capteurs de plancton forment un filtre très efficace ici dans la réserve marine de Carry-le-Rouet. JG Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites Le corail rouge est une organisme colonial : une branche' de corail rouge avec son tronc fixé au substrat et ses ramifications est une colonie constituée de multiples unités fonctionnelles, les polypes. Ceux-ci sont contenus dans des petites loges insérées dans une gaine commune, le coenenchyme (ou cortex, ou peau), qui enveloppe le squelette axial commun. Sous l'ectoderme qui forme la surface externe du coenenchyme, il y a une couche gélatineuse appelée mésoglée. Figure 9 : Organisation morphologique d'une colonie de corail rouge. D'après R.C. Moore. - Reproduction et utilisation interdites Page 13 / 25

Tous les polypes communiquent entre eux par des canaux ; ils partagent ainsi métabolites et informations. Un polype est doté de huit tentacules pennés (= Octocoralliaires), armés de nématocystes, qui entourent une bouche (Fig. 9). Celle-ci est la seule ouverture vers l'extérieur de la cavité corporelle. Celle-ci a une fonction gastrique et abrite aussi les gonades portées par des feuillets. Les petits canaux qui partent des polypes forment un réseau dense connecté à des canaux principaux qui courent le long de l'axe calcifié. Les polypes épanouissent leur couronne de tentacules à l'extérieur pour se nourrir et s'oxygéner, et les rétractent dans leur loge selon des rythmes mal connus. Le corail rouge possède deux types de squelette calcifié : un squelette axial, fixé au substrat, ramifié et de section plus ou moins circulaire, qui est utilisé en bijouterie, et un squelette particulaire, constitué par d'innombrables petits sclérites inclus dans la mésoglée. Figure 10a : Corail rouge albinos avec des colonies normales. Marseille, 12 m. Jo Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites Le coenenchyme et l'axe calcifié ont une belle couleur rouge. Le rouge de la peau' est plus clair que celui de l'axe, qui est plus ou moins foncé selon les régions. Cette belle couleur est donnée par des pigments caroténoïdes thermolabiles. Quelques rares colonies peuvent être albinos. (Fig. 10a) Page 14 / 25

Figure 10b : Le corail rouge se ramifie en éventail ou en buisson selon le mode de circulation de l'eau qui le nourrit. Jo Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites La forme de la colonie est très variable. Les ramifications peuvent se faire dans un même plan, ou au contraire se développer en buisson : la colonie adapte sa forme en fonction du type de courant (linéaire ou turbulent) pour collecter la nourriture le plus efficacement possible (Fig. 10b). Mais, comme pour la couleur, il semble y avoir des particularités régionales dans la forme des ramifications. Des études en cours utilisant des marqueurs moléculaires nous diront peut-être si ces particularités traduisent une différenciation génétique. Page 6/8 - Sa biologie Le corail puise sa nourriture dans la masse d'eau, mais il n'a pas, comme les éponges, de système de pompage permettant d'aspirer les particules nutritives vers la bouche. Polypes corail rouge. JG Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites Nutrition Le corail est un filtreur passif' : le réseau dense des tentacules pennés des polypes épanouis forme un filtre efficace, qui doit être alimenté par des courants. (Fig.11a) Page 15 / 25

Figure 11a : Les tentacules dressés forment une barrière infranchissable pour les petites proies. JG Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites L'abondance des nématocystes sur les pinnules des tentacules suggère que le corail rouge est carnivore. Des études récentes indiquent qu'il peut en effet se nourrir de proies minuscules, comme des copépodes, mais son régime alimentaire comprendrait surtout des particules organiques inertes, et peut-être même de la matière organique dissoute. Reproduction Figure 11b : Les beaux travaux de Lacaze-Duthiers (1864) ont fait connaître la biologie du corail rouge. Reproduction et utilisation interdites Page 16 / 25

Les sexes sont séparés, mais aucun caractère extérieur ne permet de distinguer les colonies mâles des colonies femelles. La maturation des gonades dure un peu plus de deux ans chez les femelles et un an chez les mâles. Le corail rouge commence à être fertile à une très petite taille : toutes les colonies sont toutes fertiles à 30 mm de haut, tandis que certaines le sont déjà à 15 mm. Toutefois, ces minuscules géniteurs peuvent être âgés de 10 ans! La fécondation est interne et la ponte des petites larves ciliés se fait en été (Fig. 11b). La dispersion de ces larves est probablement faible et aléatoire selon les courants et les rassemblements de colonies sont sans doute composés surtout de parents et de leurs enfants. Quand une larve arrive à se fixer sur une paroi, elle forme un petit mamelon d'où va émerger le premier polype. Ce mamelon va ensuite lentement croître en hauteur avec le bourgeonnement d'autres polypes et le squelette axial va rapidement se différencier. Construction du squelette Lacaze-Duthiers pensait que le squelette axial était formé par l'agrégation des sclérites du cortex Une équipe de Monaco a pu montrer, en utilisant les techniques modernes d'analyse de la calcification des tissus, que le squelette axial croissait en épaisseur de haut en bas de la colonie grâce à un épithélium pourvu de scléroblastes, et que les sclérites participaient bien à l'édification du squelette axial, mais seulement au bout des ramifications. Croissance Figure 12 : 20 cernes annuels de croissance sont comptés sur cette coupe semi-fine de l'axe après décalcification et coloration. Ces cernes apparaissent dans la matrice organique du squelette du corail rouge. Christian Marschal, Reproduction et utilisation interdites Le corail rouge n'est pas pressé de devenir grand! L'épuisement des gisements exploités en donnait des signes indirects, mais les premières indications précises ont été données par le suivi pendant plusieurs années de colonies marquées sur des placettes expérimentales. (Fig.12a) Page 17 / 25

Figure 12a : Croissance d'une jeune colonie poussant sur un carreau expérimental, Marseille, 27 m. Dès le stade a, elle était déjà fertile. JG Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites Mais ce n'est que récemment qu'une méthode fiable de datation des colonies a été mise au point. Elle est basée, comme pour les arbres, sur la numération de cernes annuels de croissance. Contrairement à ce que l'on pensait d'abord, il ne faut pas considérer les anneaux concentriques dans squelette calcaire, mais compter ceux nettement plus nombreux qui apparaissent dans la matrice organique du squelette après sa décalcification (Fig. 12). La vitesse de croissance varie selon les sites et l'alimentation des colonies en courants, mais elle reste toujours faible : entre 0,1 à 0,5 mm par an pour le diamètre du tronc à la base de la colonie. Une colonie pesant quelques grammes peut être âgée de 20 ans. Quel âge peuvent avoir des colonies dont le poids dépasse le kilo? sans doute plusieurs siècles! (Fig 12b) Figure 12b : Petite colonie de 28 ans à coté d'un ancêtre. Jo Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites Les chroniques n'ont pas enregistré les records de taille atteints par le corail rouge depuis qu'on le pêche, mais on sait que certaines colonies pêchées dépassaient 3 kg. Page 7/8 - Son exploitation et gestion Le corail rouge est récolté depuis des millénaires. L'image que l'on a actuellement des populations de corail est donc très faussée par les effets de cette exploitation qui élimine les grandes tailles. Ceci est un phénomène très général, qui touche toutes les espèces marines exploitées qui ont une croissance lente. Page 18 / 25

Le corail rouge a toujours été recherché par les hommes, mais ses stocks diminuent ici dans la réserve marine de Carry-le-Rouet. JG Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites Une ressource très particulière L'exploitation du corail rouge est souvent du même type que celle d'une mine : on recherche et on découvre un site corallifère, on l'exploite, avec parfois une ruée vers cet or rouge, puis le gisement s'épuise et on abandonne le site. Dans certains cas, on oublie même sa localisation, comme pour les gisements des îles du Cap Vert ou de l'algarve. (Fig. 13a) Figure 13a : Barque coralline récoltant du corail avec des croix de St André. Reproduction et utilisation interdites Toutefois, le corail rouge est une ressource vivante, donc renouvelable très lentement étant donné son taux de croissance très faible. Une bonne gestion doit tenir compte de cette particularité, donc limiter l'effort de pêche (nombre de licences, quotas, taille minimale) et instituer un système de jachère. Il faudrait aussi avoir une bonne évaluation de la ressource disponible, ce qui est très difficile étant donné le mode de vie du corail rouge et sa répartition en taches. l'algérie a ainsi envisagé l'évaluation des stocks présents devant ses côtes selon un programme ambitieux qui doit commencer en 2006 avec de gros moyens logistiques. En Corse, les pêcheurs Page 19 / 25

corailleurs regroupés en une association ont décidé avec l'administration Régionale des Affaires Maritimes de limiter leur nombre, de ne pas récolter au dessus de 50 m de profondeur et de mettre en place un système de jachères. Modes de pêche On pense que les premières récoltes volontaires de corail ont été faites en plongée libre, là où il n'était pas trop profond. Mais des radasses (ou fauberts), c'est à dire de vieux filets accrochés à un poids amarré à un bout manipulé d'une embarcation pour arracher des colonies, ont aussi été utilisées dans l'antiquité. Figure 13 : Une croix de Saint André en action sous une roche. Illustration de L.F. Marsigli (1725). Reproduction et utilisation interdites Cet engin de pêche a été ensuite perfectionné en attachant les fauberts à deux poutres fixées en croix à un gros poids central : c'est la «croix de saint-andré» ou «ingegno» dont la première description date du 10ème siècle par un auteur arabe de Ceuta (Fig. 13). D'autres engins, comme le salabre ou la gratte, étaient dotés d'une couronne dentée en fer pour pouvoir arracher des branches de corail dans les cavités. Les croix pouvaient être très grandes, jusqu'à 5 m d'envergure, et nécessitaient alors un équipage nombreux pour la manipulation et pour manœuvrer la barque «coralline» à la rame et à voiles. La version moderne de l'ingegno est une grosse barre de fer traînant des chaînes avec des fauberts qui est tractée par un chalutier : c'est la «barre italienne». Les effets de tels engins sont désastreux pour l'habitat du corail : rochers rabotés, cassés, retournés, ou recouverts de vase. De plus, beaucoup de branches cassées restent au fond. La croix est interdite en France et dans la plupart des pays. Les derniers bateaux à l'utiliser en Corse ont abandonné cette pratique après 1983, mais des incursions plus récentes de pêcheurs sardes ont suscité des conflits. Page 20 / 25

Figure 14 : Corailleur au travail, Cassis, 16 m. JG Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites Le développement de la plongée autonome depuis les années 50 a changé radicalement la manière d'exploiter le corail rouge en Méditerranée (Fig. 14). Les corailleurs plongent seuls à l'air jusqu'à 80 et même 100 m de profondeur, et plus bas en utilisant des mélanges gazeux et même des recycleurs à circuit semi-fermé. C'est donc une profession à hauts risques. Les mélanges trimix à base d'hélium réduisent la toxicité de l'oxygène sous pression et la narcose, et permettent de travailler au delà de 100 m de profondeur. Une plongée typique de corailleur profond est précédée par une recherche d'un site corallifère et son balisage. Ce travail est facilité maintenant par l'utilisation de sondeurs très performants et de GPS. Certains corailleurs utilisent une caméra téléguidée (ROV) pour vérifier la présence de corail avant de plonger. Il y a ensuite une préparation minutieuse du matériel par le corailleur et son marin. Le travail au fond dure environ 20 mn et la remontée très lente se fait par paliers dont la durée dépasse souvent 3 heures en respirant de l'air, puis de l'oxygène dans un narguilé envoyé par le marin. Page 21 / 25

Figure 15 : Bateau de corailleur avec deux caissons de décompression, Tabarka, Tunisie. JG Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites Les derniers paliers, les plus longs, sont souvent effectués sur le bateau dans un caisson de décompression (Fig. 15). Mais il faut alors que le corailleur se déséquipe en moins de 3 mn. L'exploitation au moyen de sous-marins munis de pinces est restée à l'état de projet en Méditerranée à la fois à cause des coûts d'une telle logistique et des dangers de surexploitation. Par rapport à la croix de St André, la récolte en plongée a le grand avantage de pouvoir être sélective et de ne pas dégrader l'habitat. En France, la profession de corailleur est très encadrée. Un corailleur est un inscrit maritime qui doit avoir le certificat d'aptitude à l'hyperbarie classe II ou III mention B option pêche au corail. Il doit aussi obtenir une dérogation pour pêcher en scaphandre, ce qui est normalement interdit. Il doit remplir un carnet de pêche et être assisté en surface par un marin également certifié hyperbare. Le nombre d'autorisations de pêcher le corail accordé annuellement par les Directions Régionales des Affaires Maritimes est décidé après consultation des représentants de la profession. Protection Le corail rouge n'est pas une espèce en danger, même si son exploitation tend à éliminer une part importante des stocks. Cette affirmation peut paraître paradoxale, mais s'explique par le fait que le corail rouge devient fertile dès qu'il atteint 2 à 3 cm de haut, une taille qui n'a aucune valeur commerciale. Ceci explique pourquoi on continue de voir du corail en abondance sous forme de petites branches à quelques mètres de profondeur dans la région marseillaise, où il est pêché depuis 2500 ans et qui est très fréquentée par les plongeurs. Toutefois, il faut instituer des sanctuaires permanents sans aucune pression humaine pour que le corail rouge puisse se développer au fil des siècles jusqu'aux tailles maximales que l'espèce est capable d'atteindre. En France, il y a du corail rouge dans les réserves marines de Cerbère-Banyuls, de la Côte Bleue, et de Scandola en Corse. Le corail rouge est inscrit à l'annexe II de la convention de Berne et à l'annexe III de la convention de Barcelone, ce qui implique que les stocks doivent être gérés. Coralliculture Page 22 / 25

Figure 15a : Colonies juvéniles (flèches) et leurs parents dans une grotte artificielle de Monaco, 30 m. JG Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites Le corail rouge étant une denrée précieuse et peu accessible, il était tentant d'envisager sa mise en culture, comme on le fait avec succès avec les perles. C'est ce qu'a tenté l'association Monégasque pour la Protection de la Nature (AMPN) pour mieux connaître les capacités du corail rouge à croître dans un habitat artificiel. Plusieurs grottes artificielles en béton et en polyester ont ainsi été immergées en 1989 et 1993 avec des boutures fixées sur les parois avec du mastic. Ces boutures ont survécu et ont produit des colonies juvéniles (Fig. 15a) autour d'elles. Mais leur croissance dans ces appartements monégasques n'a pas été plus forte que dans les grottes naturelles. Page 8/8 - Son utilisation ancienne et actuelle Les premières traces de l'utilisation du corail par l'homme, sous forme de restes dans des tombes, remonte au Néolithique. Depuis l'antiquité, les hommes ont été fascinés par cette couleur rouge sublime à laquelle ils attribuaient un pouvoir magique et le corail rouge a toujours servi d'amulette, de médicament et de matériau de bijouterie et de décoration de luxe. La fabrication des bijoux en corail rouge font partie de la culture méditerranéenne. JG Harmelin, tous droits Page 23 / 25

réservés reproduction et utilisation interdites Ces trois grands types d'utilisation n'ont pas été l'apanage des peuples vivant sur les bords de la Méditerranée, mais ont été au contraire pratiquées très loin de cette mer. Ainsi, dès sa fondation, Marseille a été un grand centre d'exportation de corail rouge vers le monde celte qui en était très friand pour orner les armes et casques. Les routes commerciales ouvertes par Alexandre vers l'orient ont été empruntées jusqu'à une époque récente par des cargaisons de corail méditerranéen qui servaient de monnaie d'échange pour les épices, la soie ou les perles, que les riches romaines préféraient au corail. Tout au long de ces routes qui partaient d'alexandrie et dans les régions les plus reculées, on trouve des bijoux utilisant le corail rouge. Les Indes en ont été un très gros importateur, aussi pour la pharmacologie. Il semble même que le prestige de cette denrée augmentait avec l'éloignement de son lieu de récolte. Figure 16 : Masque de cérémonie mongol orné de corail rouge. JG Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites C'est ainsi que le corail méditerranéen est devenu un élément vénéré au Tibet et en Mongolie, où il était un composant majeur des parures des princesses et des masques cérémoniels des chamanes (Fig. 16). En Afrique, le corail rouge est un ornement traditionnel des bijoux berbères de Kabylie et de l'atlas marocain (Fig. 16a) et il a été exporté bien plus au sud, en Afrique tropicale, où il était réservé à la parure des rois. Page 24 / 25

Figure 16a : Bijou berbère de l'atlas marocain avec du corail rouge. JG Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites L'exploitation des gisements les plus riches, comme ceux de Sardaigne, de Tunisie et d'algérie, a été au fil des siècles l'objet de lutte entre états et grandes compagnies qui en faisaient le négoce. La transformation du corail dans des ateliers, qui était dispersée dans divers grands centres, comme Barcelone, Marseille, Gênes, ou Livourne, est maintenant la quasi exclusivité de Torre del Greco, près de Naples. (Fig. 16b) Figure 16b : Polissage d'un morceau de corail dans un atelier de Torre del Greco. Bijoux de corail rouge. JG Harmelin, tous droits réservés reproduction et utilisation interdites Le corail acheté aux corailleurs méditerranéens, mais aussi dans le Pacifique, y est taillé par un grand nombre d'entreprises avant d'être revendu aux bijoutiers à un prix qui varie beaucoup selon la grosseur des pièces et leur qualité. Page 25 / 25