«La chance de croire, recherche des hommes et don de Dieu»



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Journée diocésaine de Formation du 22 novembre 2012 «La chance de croire, recherche des hommes et don de Dieu» Intervention de Robert SCHLOTUS : «Croire est un acte anthropologique» Introduction C est l articulation entre l acte de croire et le contenu de la foi qui caractérise l expérience chrétienne. L expérience chrétienne est toujours soumise à la subjectivité du croyant et à l objectivité du contenu de la foi. Parfois le contenu manque de poids dans la foi exprimée au profit du «ressenti» du croyant. Il y a deux déviances possibles pour des chrétiens : La foi sans contenu est une sorte de force, de sens donné à la vie mais ne se rattachant à aucun contenu clair. Dans ce cas, nous pouvons nous poser la question : «je suis croyant, mais suis-je chrétien?» Une autre posture possible est de dire «Je suis chrétien mais suis-je croyant?». Cela concerne un christianisme sans foi, culturel, né de l expérience de foi, mais n étant plus qu un contenu sans expérience personnelle de foi, un folklore local, un patrimoine à visiter. Il peut avoir aussi dissociation entre croyance et appartenance à l Eglise. 1 Croire est un acte profondément humain L acte de croire concerne tout homme et tout l homme. Avant on se contentait d opposer le croire et de savoir. Aujourd hui, de plus en plus de chercheurs s intéressent à cet acte de croire, non pas comme adhésion à un dogme mais comme investissement su sujet dans un contenu (acte d annoncer un contenu en le tenant pour vrai). C est Michel DE CERTEAU qui a développé cet aspect. Aujourd hui nous assistons à une dissociation entre l annonce de la foi et la cohérence avec les actes. Par exemple de nombreux parents viennent demander le baptême pour leurs petits enfants en ne professant pas la foi catholique. Cependant, on peut considérer l acte de croire comme un rapport à l autre dans la différence. Le croire demande un délai, une mise en confiance et pas une adhésion immédiate (ce qui est plutôt de l ordre du savoir). Le «Croire» implique une réponse, un rapport à l autre, croyant ou non. Il a besoin aussi d une autorité qui légitime son adhésion. Cela renvoie à un vraisemblable qui est organisé, cadré par une institution. Mais quand l institution est trop présente, elle produit une machine idéologique à laquelle on finit par ne plus croire. La religion pourrait ainsi être définie comme une modalité du «Croire». Le sujet moderne est dans une crise du Croire, entre tentation d infini, d au-delà, et besoin de s appuyer sur des données scientifiques, vérifiables. Formation diocésaine 1, 2012-13 «La chance de croire» - page 1

Julia KRISTEVA nous parle de besoin de croire, de tenir pour vrai une vérité qui «me tombe dessus et à laquelle je ne peux pas me soustraire». Ce besoin est lié au besoin de parole, de dire ce que je suis, de poser ma parole dans la confiance de quelqu un d autre. La foi est alors vécue comme confiance pour libérer la parole, confiance qui légitime cette parole. Jacques DERRIDA nous parle du Croire en tant qu il est constitutif de l expérience humaine, du vivre ensemble. C est un risque à courir et pas l assurance d un savoir. Nous ne pouvons pas savoir où la relation humaine va nous mener et nous sommes donc contraints de prendre un risque, celui de la confiance. Cela ne relève pas de la limite de l intelligence mais à l incertitude de l avenir, l incontournable besoin de vivre en confiance avec certains autres que j ai choisi. L acte de Croire est un acte profondément humain qui l emporte sur la peur. C est au cœur même de la dynamique existentielle. Ce «Croire» anthropologique n est pas un croire chrétien mais il lui permet de trouver un cadre. Le croire chrétien ne peut pas se dispenser du croire humain. Quid de l incroyance? Elle est complètement liée à la croyance, comme deux opposés indissolublement liés. Je ne peux pas renoncer à la croyance sans renoncer à des expériences humaines, douloureuses et heureuses, qui sont constitutives de l humanité. Cela répond à un désir d entendre des paroles porteuses de vie, le désir de vivre des expériences humaines fortes qui ne sont possibles que dans la confiance. La foi est le lieu de la rencontre avec l autre dans la confiance. 2 La spécificité du Croire Chrétien Le croyant chrétien est lié au contenu de la foi. La foi requiert un engagement d un sujet croyant «JE crois». Cela implique aussi un contenu de foi auquel se rattacher. Ce contenu est révélé, il nous est transmis par la Tradition qui nous précède. C est dans la rencontre entre ce contenu et la liberté d une personne qui choisi d y faire confiance que nait la foi chrétienne. «Fides quae» -> ce que je crois, le contenu objectif de la foi «Fides qua» -> l acte de croire par lequel j adhère, la confiance que j y porte Ces deux pôles ne sont pas séparés, ils sont correlatifs. Luther disait : «il ne peut y avoir de promesse sans foi, ni de foi sans promesse». Ce qui est déterminant c est le pôle objectif car c est lui qui détermine le choix -> la grâce de la foi précède la liberté du croyant, la foi est une réponse à un don qui la précède. La foi chrétienne est un contenu objectif, dogmatique, un donné révélé. La foi chrétienne commence par un temps d écoute. Ce qui est premier, ce n est pas le catalogue des vérités à croire mais l acte par lequel Dieu s est donné à voir, s est communiqué par Jésus Christ (Cf Dei Verbum) La Parole de Dieu est faite histoire, «Dieu s est révélé et il a habité parmi nous». la profession de foi s incarne dans des évènements passés, présents et futurs. Il n est pas forcément daté mais s ancre dans une historicité humaine dans lequel Dieu est initiateur. Formation diocésaine 1, 2012-13 «La chance de croire» - page 2

L a foi chrétienne est «christocentrique» : Tous les événements sont inscrits en lien avec le Christ, l évènement Christ. Le dogme n en est qu une expression en vue de le préciser et d éviter les erreurs, les égarements. La foi consiste à travailler sur ce «déjà là» du contenu de la révélation. Le fondement c est la révélation de la grâce du don de Dieu pour nous. La foi se construit ensuite, à partir de cette rencontre première. Ce «déjà la» ne peut être reçu que s il est signifiant pour la personne. Cela suppose une implication du croyant, cela implique aussi que ce contenu ouvre pour le croyant une perspective salutaire, donne du sens à ma vie. C est à nous de faire apparaître cela, que la foi a un rapport fondamental avec l existence, la destinée humaine. L acte de croire a aussi un aspect subjectif. La foi se définit par celui qui croit comme un sentiment, une adhésion personnelle. Cet acte a son fondement en Dieu, en ce qu il le précède. La foi est une vertu théologale (les trois vertus sont la foi, la charité et l espérance). C est Dieu qui permet la foi, qui est l auteur de cet acte. Le sujet est l acteur de cet acte, il est celui qui le déplie, cela implique un profond respect de l autre croyant, et interdit toute contrainte et tout jugement sur lui. Cet acte de foi est aussi un acte d obéissance, c est-à-dire un acte d écoute de Dieu. La foi du Christ est celle qui nous sauve, parce qu il a mis sa confiance totale et absolue en Dieu. La foi est proclamée par la communauté des chrétiens, par l Eglise. Cet énoncé établit le cadre de la réponse du croyant. Il y a la communication de Dieu vers l humain et l engagement du sujet croyant vers cette relation, qui s investit avec tout ce qu il est (intelligence, sensibilité ). La foi est une réponse de tout l être, un bond, un risque de tout son être vers Dieu. C est à la fois rationnel et en même temps inexplicable parce que provoqué par Dieu lui-même, et donc qui me dépasse. Cela fait appel aussi à toute l affectivité. Elle met en jeu le corps, la liturgie, la sensibilité (le sens du beau ). Elle engage l intellect pour rationaliser la foi. Pourquoi choisir le Christ plutôt qu une autre croyance? la foi doit toujours accepter de se renouveler, de part le sens qu on y met et non pas dans ses fondements. Carrefours et Débat : Dans ce qui a été dit, que retient-on comme point décisif pour proposer la foi chrétienne aujourd hui? Quelles sont les questions que cela nous pose? Il y a beaucoup de choses qui discréditent l Eglise (non-accueil, affaires de mœurs ) et la doctrine seule ne porte plus. C est par les actes que l on pose, par la cohérence que l on vit entre notre foi et notre vie, que l on est crédible et interpellant. Nous pouvons aussi témoigner de nos limites, de nos fragilités en tant que chrétiens, mais dire que malgré tout Dieu nous aime. Par le scandale de la croix, Dieu s est humilié pour nous. Il a vécu le pire et peut nous rejoindre dans nos failles, nos limites, nos douleurs. Dieu est en attente, il nous respecte et attend notre réponse. Il est important de prendre le temps de rentrer en conversation avec les personnes que l on rencontre, prendre le temps de savoir qui ils sont, partir de leur réalité. Nous pouvons partir de Formation diocésaine 1, 2012-13 «La chance de croire» - page 3

l expérience humaine que les gens vivent de la confiance, de l amour qu ils se portent (fiancés, parents pour leur enfant) pour qu ils puissent comprendre l amour que Dieu nous porte. Découvrir qu on est aimé de Dieu est une aventure fantastique pour soi. Et permettre à d autres de le découvrir à leur tour est une nouvelle aventure. Il doit y avoir une connexion entre ce que je dis et ce que je fais si je veux être crédible. Dieu nous aime, quelque soient nos limites. Nous avons à nous recentrer en permanence sur cet amour inconditionnel de Dieu pour soi et pour l autre, en acceptant que cela soit possible même dans nos limites. RS : Se décentrer de soi pour s en remettre à un autre, pour se centrer sur le Christ, c est le cœur même de la foi. Dans un monde où on prend de plus en plus d assurances, où on ne veut plus prendre de risque, la foi est une chose difficile. Et pourtant le risque est indispensable à la vie. Il y a un moment où il faut acter que Dieu est premier à venir nous rencontrer. Nous devons aider les personnes à faire coïncider leur recherche intérieure et le contenu de la foi tout en préservant la liberté des personnes. RS : la dialectique est importante entre l acte de croire et le contenu de la foi, c est le cœur de la démarche pédagogique religieuse. Quelle est la part de l homme dans la transmission si c est Dieu qui a le premier rôle? Si la foi est inconcevable pour le monde d aujourd hui, comment la proposer? Nous nous posons aussi des questions sur le contenu de la foi que nous avons transmis : un contenu de foi fort ou de l humanisme? RS : la part de l homme est d accueillir le don de Dieu et d en produire des fruits. Tout acte gratuit produit de la part de son bénéficiaire un contre-don. «L Etre» ne s éprouve, ne se voit que dans le «Faire». les choses sont totalement mêlées. La foi chrétienne n est pas naturellement au bout d un chemin simple et naturel, elle nous amène inéluctablement à l acceptation de la mort, car ce n est qu en traversant la mort que nous parviendrons à la résurrection. Finalement, c est l écoute qui est première tant de la part de celui qui propose que de celui qui reçoit. C est toute l attitude de l accompagnement dans la découverte de l autre du Christ. Nous avons à y être très respectueux et à y faire preuve de beaucoup d humilité car c est Dieu qui travaille. Mais comment faire pour que ce ne soit pas du placage? Comment, dans le contexte de la crise de la croyance, proposer la foi chrétienne? Comment découvrir la foi agissante là où on ne l attend pas? RS : l écoute est le mouvement même de la Tradition. Pour annoncer la foi chrétienne, il faut avoir le courage de témoigner et d évangéliser. Conclusion de Robert SCHOLTUS Le Crédo est proclamé par celui qui va être baptisé. C est un acte liturgique. Et il est proclamé par la communauté tous les dimanches. Entre «Je crois» et «Amen» sont déclinés un certain nombre Formation diocésaine 1, 2012-13 «La chance de croire» - page 4

d articles de foi (la création, l incarnation, la résurrection ). Tous ces articles n ont de sens que par l implication du sujet croyant. Ce «Je» est précédé, il est déjà une réponse. L origine de ce Credo est notre baptême. Un «oui» sur lequel je repose ma vie, que je reçois de la prédication des apôtres. Croire, c est écouter, obéir. Ce n est pas un concept mais l appel à une transformation humaine. «Croire» est un acte de confiance, c est s en remettre à quelqu un. L acte par lequel le croyant se tient, la confiance, n exclue pas l intelligence mais s appuie sur le jugement de la Parole : «Comprendre pour croire et croire pour comprendre» (St Augustin) «Croire en» c est donner une orientation à sa vie, engager son existence dans une relation, dans un lien avec une personne. On pourrait dire aussi «Je crois Dieu». La foi est relation. Elle n est pas pure conviction mais relation interpersonnelle. Elle présuppose une connivence entre l homme et Dieu, un appel en nous vers l infini, le transcendant. Elle est intimement accordé à une cohérence humaine, d accueillir cet appel d un Dieu qui n est pas le produit de l homme mais qui le précède. Dieu qui vient concrètement rencontrer l homme par son fils qui s incarne, qui s abaisse jusqu à un amour qui nous dépasse, nous transcende. Le «Je» est un «Je» ecclésial. La foi est éminemment personnelle mais elle se proclame dans le cadre de l Eglise. L Eglise ne se prêche pas elle-même, elle reflète l amour de Dieu. On pourrait dire «je crois par l Eglise», grâce à la Tradition qui m a transmis le témoignage des apôtres. Elle se confesse donc dans le mystère trinitaire qu elle proclame. On pourrait dire aussi «Je crois avec l Eglise», c'est-à-dire d une même foi avec les autres chrétiens. Sur ce point de la foi, il n y a pas de hiérarchie, il n y a pas d évaluation à opérer sur le degré de la foi. Il n y a pas de foi chrétienne possible sans Tradition, sans langue commune, sans représentations qui nous précèdent. L illumination demande ensuite une inculturation, une rencontre avec la culture chrétienne portée par la Tradition. C est précisément parce qu il y a une crise des institutions qu il y a une crise du Croire chrétien, parce que refus de l incarnation dans une Tradition. La foi chrétienne est un excès par rapport à la dynamique existentielle de l homme. Notre problème n est pas de prouver la vérité du dogme mais de dire en quoi ça nous donne de vivre, de penser, d aimer plus. Notre mission est de donner un contenu qui consiste en une expérience de vie. Cette expérience qui nous permet de passer de notre pure sensibilité à l ordre de la relation, de l impersonnel à la spiritualité d un visage, celui du Christ. Il faut sortir du sentiment de plénitude abstraite pour aller à la rencontre de l un autre, passer des valeurs universelles (droits de l homme ) à l universel concret, passer des certitudes personnelles à la faiblesse de croire. Cet excès de croire trouve son audace dans l excès de l amour de Dieu. Formation diocésaine 1, 2012-13 «La chance de croire» - page 5