6 De la nuit à la lumière du jour et à la lumière du monde Guérison et confession de foi de l aveugle-né Jn 9 INTRODUCTION "En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance" (Jn 9,1). Ce nouvel épisode s'ouvre par ces mots. Un récit magnifique, l'un des plus vivants et des plus passionnants du IV e évangile! Nous pourrions même lui décerner la palme d'or!!! Même si ce récit évoque d autres guérisons d aveugles dans les évangiles, l originalité de Jean est telle qu aucune comparaison n est possible. A la différence de l aveugle de Jéricho (Lc 18), celui-ci ne demande rien. C est Jésus qui dirige les événements : dans la tentative d explication de la cécité qui ouvre le récit, dans l initiative de rendre la vue à l aveugle et enfin dans l intervention finale qui conduit l aveugle à sa confession de foi. Le Prologue avait introduit le Verbe comme "la lumière qui brille dans les ténèbres" (Jn 1,5) et comme "la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme" (Jn 1,9). Ce qui a été posé là comme principe général trouve son application pratique dans la rencontre de l'aveugle-né avec Jésus. Celui-ci va peu à peu affiner sa perception de l'identité de Jésus aboutissant à une belle et rare confession de foi au Fils de l'homme (Jn 9,38). Petit à petit, l'aveugle s ouvre à la signification de l œuvre accomplie en lui. Il reconnaît en Jésus le Seigneur de la Gloire et la Lumière du monde alors que les pharisiens suivant une démarche inverse s enferment eux-mêmes dans leurs certitudes et deviennent aveugles. 1 L'UNITE DE LA PERICOPE La péricope du chapitre 9 comporte une réelle unité thématique interne : elle est centrée sur la guérison d un aveugle-né par Jésus et sur la controverse qui en découle avec les pharisiens. Cette unité ressort tout d abord de la double inclusion qui délimite le récit : en effet, deux termes sont répétés au début et à la fin du récit : > 1 ère inclusion autour de l idée de devenir aveugle : v. 1 : il vit un homme aveugle de naissance v. 39 : et les voyants aveugles deviennent v. 2 : pour qu aveugle il soit né v. 41 : si aveugles vous étiez > 2 ème inclusion autour de la notion de péché : v. 2 : Rabbi qui a péché? v. 41 : vous n auriez pas de péché v. 3 : ni celui-ci pécha v. 41 : votre péché demeure 2 LES LIENS DE Jn 9 AVEC SON CONTEXTE PROCHE 21 Contexte antérieur : les chapitres 7-8 Les chapitres 7 et 8 forment une belle unité. En effet, les événement rapportés se développent tous en un même lieu : Jérusalem et le Temple, et à l occasion d une même fête : la fête des Tentes. Alors qu on était déjà au milieu de la fête, Jésus monta au Temple et se mit à enseigner. (Jn 7,14) Le dernier jour de la fête qui est aussi le plus solennel, Jésus, debout, se mit à proclamer (Jn 7,37) Jésus se cacha et sortit du temple. (Jn 8,59) Le passage de Jn 8 à Jn 9 se fait dans une certaine continuité de lieu et de temps. Après sa controverse harassante avec les Juifs, Jésus quitte le Temple à la dérobée : «Ils ramassèrent des pierres pour les jeter contre lui. Mais Jésus se cacha et sortit du Temple» (Jn 8,59). Et c est tandis qu il s en éloigne, qu il rencontre l homme aveugle de naissance : "Et en passant, il vit un homme aveugle de naissance" (Jn 9,1). C est donc bien dans le contexte de la fête des Tentes que se déroule la péricope de Jn 9. 56
211 La fête des Tentes 1 Alors que les 3 évangiles synoptiques ne mentionnent qu'une seule fête juive, la Pâque de la mort de Jésus, Jean mentionne plusieurs fêtes juives. Dans son récit, trois Pâques jalonnent le ministère de Jésus (Jn 2,13 ; 6,4 ; 11,55) et il signale trois autres fêtes : celle des Tentes (Jn 7,2), celle de la Dédicace (Jn 10,22) et une autre fête anonyme (Jn 5,1). L'Ancien Testament connaît trois grandes fêtes de pèlerinage : Trois fois par an, tous tes hommes viendront voir la face du Maître, le SEIGNEUR. (Ex 23,17) Ces trois fêtes sont la Pâque, Pessah, qui rappelle la sortie d'egypte ; la Pentecôte, Shavouot, qui commémore le don de la Loi au Sinaï (50 jours après Pâque) et les Tentes, Sukkot, qui fait mémoire de la marche au désert. Les deux premières ont été reprises par les Chrétiens et la 3 ème non! Selon Flavius-Josèphe, cette fête était la plus sainte et la plus importante des fêtes juives. Au temps de Jésus, la fête des Tentes se célébrait durant une semaine, du 15 au 21 du mois de Tishri (fin septembre), cinq jours après la fête du Yôm Kippour. Le rite de la libation d eau était le plus important : chacun des jours de cette semaine, mais plus solennellement le dernier, on allait en procession puiser de l eau à la piscine de Siloé, dans un vase d or. Cette eau était ensuite apportée au Temple et elle était répandue sur l autel des holocaustes. Ainsi était évoquée l eau qui jadis avait apaisée la soif d Israël au désert de l Exode. Cette fête des Tentes était une fête de la joie Pour l exprimer, le parvis des femmes du Temple était illuminé par de grands lampadaires en or. Et toute la ville était illuminée par la clarté des grands lampadaires. Les deux thèmes principaux de cette fête étaient donc l eau et la lumière. Or, durant la fête des Tentes, Jésus va faire deux déclarations solennelles évoquant ces deux réalités de l eau et de la lumière et révélant son identité. On peut aussi relever que Jean évoque à 7 reprises la fête des Tentes au chapitre 7 (vv. 2.8 2.10.11.14.37). Or, Jean sait très bien que la fête dure sept jours et c'est dans ce cadre qu'il déploie son récit : il note en 7,14 le "milieu de la fête" et en 7,37 le "dernier jour de la fête". 212 Contacts entre Jn 7-8 et Jn 9 C est au cours du dernier jour de la fête que Jésus annonce qu'il est l'eau qui donne la vie : Il s écria, disant : si quelqu un a soif qu il vienne à moi et qu il boive. Celui qui croit en moi, comme dit l Ecriture, de son sein couleront des fleuves d eau vive. (7,37-38) Or, en Jn 9,7 on retrouve la mention de la piscine de Siloé où Jésus envoie l aveugle se laver : Va, lave-toi dans la piscine de Siloé (ce qui se traduit : Ayant été envoyé) Or, l'eau de Siloé qui effectue la guérison de l'homme aveugle est interprétée comme "l'ayant été envoyé" (9,7). Elle montre que la prétention de Jésus est vraie. Peu après, Jésus va faire une seconde proclamation importante ; en Jn 8,12 il proclame qu'il est la lumière du monde : Moi je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres mais il aura la lumière de la vie. (8,12) Or la journée de l'aveugle-né débouchant sur son acte de foi au Fils de l'homme qu'il voit et entend montre que c'est vrai que Jésus est la lumière du monde. 22 Contexte postérieur : le chapitre 10 De prime abord, on ne perçoit pas de rapport entre les deux passages. En 10,1, l expression Amen, amen, je vous le dis marque le début d une déclaration solennelle de Jésus. Le genre littéraire change : nous passons d un récit de guérison et de controverse, au chapitre 9, à une péricope de type parabolique dominée par la figure du bon berger (10,1-21). Cependant, nous pouvons considérer les chapitres 9 et 10 comme une unité qui nous présente le retour à la vue de l'aveugle et l aveuglement des pharisiens. Il y a en effet plusieurs liens entre les deux péricopes. C'est bien le même discours de Jésus commencé en 9,41 qui se poursuit en 10,1 : 1 M.E. BOISMARD et A. LAMOUILLE, L Evangile de Jean, 22-23. 57
Jésus leur dit : Si vous étiez aveugles, vous n auriez pas de péché ; maintenant, vous dites : nous voyons, votre péché demeure. (9,41) Amen, amen, je vous dis : celui qui n entre pas par la porte dans l enclos des brebis (10,1) Ce discours de type parabolique s achève au verset 18. Les versets 19-21 viennent clôturer l'ensemble. On retrouve la mention de la division des juifs : Certains des pharisiens disaient Mais d autres disaient (9,16) Une division survint de nouveau parmi les Juifs. (10,19) On retrouve également la mention de l ouverture des yeux de l aveugle : Est-ce qu un démon peut ouvrir les yeux d un aveugle? (10,21) Dans ce chapitre 10, Jésus s adresse aux Juifs considérés comme des aveugles et de faux bergers, intrus dans la bergerie (10,1.8). On peut donc considérer ce récit parabolique comme un commentaire du récit de guérison. 3 LES MOTS DU TEXTE (ANALYSE SÉMANTIQUE) L étude des principaux mots employés révèle les éléments essentiels du récit de la guérison de l aveugle-né. 31 Le champ sémantique de la vision L emploi fréquent de mots concernant la vision ou la non-vision confirme leur importance dans le récit : 311 Des verbes Jean utilise trois verbes différents pour exprimer l'idée de voir : - blêpô (7 fois) : vv. 7.15.19.21.25.39.41. Ce verbe traduit une perception visuelle ordinaire : voir de ses yeux, avoir le sens de la vue, constater, regarder. C'est le verbe utilisé pour dire que l'aveugle a retrouvé la vue. - oraô (2 fois) : vv. 1.37. Ce verbe exprime le fait de voir, de fixer les yeux ou de porter son regard sur quelqu'un ou quelque chose. Il veut également souligner le regard porté avec attention ou avec observation. Au v. 1 c'est Jésus qui, en passant, voit l'aveugle. Au v. 37 c'est l'aveugle qui voit. Du même coup est signifiée une vue plus profonde... qui n'est autre que celle de la foi. - théôréô (1 fois) : v. 8. Ce verbe décrit une vision sensorielle au sens d'observer, d'examiner ou de contempler. Ce sont les voisins qui sont sujets de ce verbe. - anablépô (4 fois) : vv. 11.15.18.18. Le verbe signifie retrouver la vue. 312 Des expressions et des noms - aveugle : vv. 1.2.13.17.18.19.20.24.25.32.39.40.41. Le mot est présent 16 fois dans l Évangile de Jean dont 13 fois au chapitre 9. - œil : vv. 6.10.11.14.15.17.21.26.30.32 - ouvrir les yeux : vv. 10.14.17.21.26.30.32. Cette expression présente 11 fois dans l Évangile se retrouve 7 fois au chapitre 9. Ce chiffre 7 évoque donc la plénitude de la guérison qui va s'opérer chez l'aveugle. Le récit est ainsi de part en part traversé par la thématique de la vision et à l intérieur de celle-ci par une double opposition : voir/ne pas voir ; voyant/aveugle. 32 Le champ sémantique du péché Il est intimement lié à celui de la vision et littérairement dans le texte, les mots des deux registres sont associés (en opposition ou non) : 58
- pécher : vv. 2.3 (4 fois dans l Évangile). - pêcheur : vv. 16.24.25.31. Les 4 emplois du mot se retrouvent au chapitre 9. - péché : vv. 34.41b.41d. Ce mot est présent 13 fois dans l Évangile. La question des disciples au verset 2 situe clairement l'enjeu de la scène : la cause de la souffrance, de l'infirmité, de la faiblesse physique. Celle-ci est trouvée par les disciples dans le péché. La seule alternative posée est de savoir s'il s'agit du péché de l'individu touché par l'infirmité ou de celui de ses géniteurs. Jésus ne s'engage pas dans cette démarche régressive et va affirmer catégoriquement que la souffrance ne procède pas du péché. Il ouvre au contraire l'avenir de façon positive en vue de la manifestation des œuvres de Dieu dans le souffrant. On passe d un lien aveugle-péché (v. 2) à un lien voir-péché et aveugle-pas de péché (vv. 41). C est un véritable renversement qui s opère dans le texte et que l on peut déjà déduire de cette simple analyse sémantique. 33 Le champ sémantique de la connaissance et de la foi Ce registre est également intimement lié à celui de la vision et du péché : - savoir : vv. 12.20.21a.21b.24.25a.25b.29a.29b.30.31. Ce mot est très fréquent dans Jean : 90 fois dont 11 au chapitre 9. On peut relever que deux "savoir" s'opposent de manière contrastée : le savoir des pharisiens (v. 24) qui prétendent avoir la connaissance de ce qu'est Jésus, un pêcheur, et le savoir de l'aveugle-né (v. 25) qui tient la seule position valable. De même, les pharisiens au v. 29 réaffirment leur savoir théologique tout en ne pouvant rien dire sur l'origine de Jésus alors que l'aveugle, lui, dit savoir que Dieu n'exauce pas les pêcheurs. - croire : vv. 18.35.36.38. Mot central de la théologie johannique, il revient 99 fois dans l Évangile. Il est employé à la forme négative au v. 18 avec les pharisiens comme sujet et à la forme positive au v. 38 avec l aveugle comme sujet. Au v. 35, c'est Jésus qui demande à l'aveugle s'il croit au Fils de l'homme et au v. 36, c'est l'aveugle qui demande à Jésus qui est le Fils de l'homme pour qu'il puisse croire en lui. 34 Termes utilisés pour désigner Jésus - Rabbi : v. 2. Ce mot utilisé 16 fois dans le NT se retrouve 8 fois en Jean. - Lumière : v. 5. Le mot n apparaît qu une fois mais c'est un mot clé de la théologie johannique ainsi que de notre texte. Ici, il désigne Jésus comme «lumière du monde». (23 fois dans Jn / 73 NT) - L'homme appelé Jésus : v. 11. - Le prophète : v. 17. Le mot très important chez Mt et Lc se retrouve 14 fois en Jn. - Christ : v. 22. 20 fois en Jean. - Fils de l'homme : v. 35. Ce titre important dans la théologie johannique se retrouve 13 fois dans le IV e Évangile. Les tournures les plus caractéristiques ont trait à l'élévation et à la glorification du Fils de l'homme (3,14 ; 12,23.34 ; 13,31). Ce titre prépare la proclamation qui suivra : Seigneur. - Seigneur : vv. 36.38. 53 fois en Jean sur 219 dans le NT. On assiste à une progression dans l utilisation des titres ou des termes utilisés pour désigner Jésus. On part de Rabbi pour arriver à Seigneur dans le cadre de la confession de foi de l aveugle. Conclusion L analyse sémantique du texte met en évidence les aspects importants du récit du chapitre 9. Une triple opposition traverse toute la péricope : - voir/ne pas voir - pécher/ne pas pécher - croire/ne pas croire 59
Ces trois oppositions s appellent l une l autre, s imbriquant l une dans l autre : - voir (ne pas voir)/pécher (ne pas pécher) - voir (ne pas voir)/croire (ne pas croire) - croire (ne pas croire)/pécher (ne pas pécher) 4 ANALYSE DE LA STRUCTURE Selon RE Brown : «La construction interne de l histoire révèle un artiste accompli ; aucune autre histoire dans l Evangile n est aussi attentivement construite. Nous avons ici l habileté dramatique johannique à son sommet» 2. 41 Repères littéraires 411 Les personnages du récit - Jésus : vv. 1-7 et 35-41 - Les disciples : vv. 2-3 - L aveugle-né : vv. 1-17 et 24-41 - Les voisins : vv. 8-12 - Les pharisiens : vv. 13-17 et 39-41 - Les Juifs : vv. 18-23 - ils (pharisiens et juifs) : vv. 24-34 - Les parents de l aveugle : vv. 18-23 412 Des refrains * Le miracle en lui-même : vv. 6-7, 11, 15 vv. 6-7 v. 11 v. 15 a Il fit de la boue Jésus a fait de la boue De la boue b il l'applique sur les yeux m'en a frotté les yeux Il m'a appliqué de la boue sur les yeux c Va te laver à la piscine de Siloë Va à Siloë et lave-toi d Il y alla et se lava j'y suis allé, je me suis lavé je me suis lavé e et à son retour il voyait J ai retrouvé la vue Je vois * La question sur la manière dont le miracle s est déroulé, introduite par "pôs" comment : v 10 : Tes yeux, comment se sont-ils ouverts? v. 15 : Comment il avait recouvré la vue? v. 19 : Comment voit-il maintenant? v. 26 : Comment t-a-t-il ouvert les yeux? * La question sur l identité et l origine de celui qui a effectué le miracle : v. 12 : Où est-il celui-là? v. 17 : Que dis-tu de celui qui t a ouvert les yeux? v. 21 : Qui a ouvert ses yeux, nous l'ignorons vv. 24-25 : Nous savons que cet homme est un pêcheur v. 29 : Nous ne savons pas d où il est 42 Structure du texte Compte tenu de tous les éléments que nous avons considérés ci-dessus, et principalement des personnages mis en scène, il semble qu on puisse admettre une structure tripartite de Jean 9 : - 1 ère partie : 9,1-7 : Le récit de guérison de l aveugle-né. Jésus, les disciples et l aveugle-né. - 2 ème partie : 9,8-34 : La controverse qui en découle. 1 ère section : la constatation de la guérison par les voisins et l ouverture du procès (9,8-12). 2 ème section : la controverse et la division des pharisiens entre eux (9,13-17). 3 ème section : les Juifs et l interrogatoire des parents de l aveugle (9,18-23). 4 ème section : le jugement des pharisiens et des juifs et le rejet de l aveugle (9,24-34). 2 R.E. BROWN, The Gospel according to John I-XII, tome 1, 376. 60
- 3 ème partie : 9,35-41 : L acte de foi de l aveugle et le jugement de Jésus. Jésus, les pharisiens et l aveugle guéri. On peut relever que cette proposition laisse entrevoir les genres littéraires présents dans cette péricope : le récit de guérison et le récit de controverse. 43 Structure détaillée 431 La 1 ère et la 3 ème partie Ces deux parties sont construites de manière symétrique et forment ainsi une solide inclusion mettant en relief la partie centrale. Elles comprennent chacune deux unités : 1 ère partie : le récit de guérison (9,1-7) Le v. 1 est un verset introductif qui donne la situation de départ : la rencontre de Jésus et de l aveugle-né. On peut considérer la dernière partie du v. 7 comme la conclusion de la 1 ère partie : il revint voyant. 9,1 Situation de départ : un homme aveugle de naissance A 9,2-5 JÉSUS ET LES DISCIPLES : B a 9,2 Question des disciples sur l'origine de la cécité : b 9,3 Réponse de Jésus : négative. c 9,4-5 Affirmation de Jésus sur le sens de sa mission. 9,6-7e LA GUÉRISON DE L AVEUGLE-NÉ (Jésus et l aveugle). 9,6 Le geste de Jésus, 9,7ac La parole de Jésus, 9,7de Réalisation. 9,7f : Conclusion : guérison de l aveugle. 3 ème partie : l'acte de foi de l'aveugle et le jugement de Jésus (9,35-41) Le v. 35a est un verset introductif à cette partie. L expression ils l avaient jeté dehors est une expression crochet faisant le lien avec ce qui précède. 9,35a : Introduction B 9,35b-38 LA CONFESSION DE FOI DE L AVEUGLE GUÉRI (Jésus et l aveugle). 9,35b Parole de Jésus (question à l'aveugle) 9,36 Réponse de l'aveugle (question à Jésus) 9,37 Réponse de Jésus. 9,38 Acte de foi de l'aveugle. A 9,39-41 JÉSUS ET LES PHARISIENS : c 9,39 Affirmation de Jésus sur le sens de sa mission. a 9,40 Question des pharisiens : Sont-ils aveugles? b 9,41 Réponse de Jésus : il y a un lien entre le fait de voir et le péché. Le v. 41 clôt la 3 ème partie et toute la péricope. Il comprend la réponse de Jésus sur le lien entre cécité et péché. Il comprend également le jugement de Jésus à l égard des pharisiens. Ainsi, pour chacune des parties, nous avons : - (a) une question sur le lien entre cécité et péché : 9,2 et 9,40. - (b) une réponse de Jésus à cette question : 9,3a et 9,41. - (c) une affirmation sur le sens de la mission de Jésus : 9,4-5 et 9,39. Dans la 1 ère partie, Jésus dit que la non-vision de l aveugle n a rien à voir avec le péché. Dans la 3 ème partie, au contraire, il affirme le lien entre le voir des pharisiens et leurs péchés. 61
432 La 2 ème partie Celle-ci comprend donc 4 sections que l on peut structurer à l aide des 3 questions qui reviennent régulièrement à l intérieur de chacune, comme un refrain : - Que s est-il passé? - Comment cela s est-il passé? - Qui en est l auteur? On peut ainsi schématiser cette seconde partie de la manière suivante : 1 vv. 8-12 2 vv. 13-17 3 vv. 18-23 4 vv. 24-34 A Que s est-il passé? 8-9 13-14 18-20 25 B Comment cela s est-il passé? 10-11 15 19d.21 26-27 C Qui en est l auteur? 12 16-17 22 24.28-33 * Que s est-il passé? 1 ère section : vv. 8-9 : Reconnaissance du miracle par les voisins : l homme qui a été guéri est bien celui qui était assis et qui mendiait auparavant. 2 ème section : vv. 13-14 : C est le jour du sabbat que Jésus a guérit l homme aveugle de naissance. 3 ème section : vv. 18-20 : Reconnaissance par ses parents de l homme qui était auparavant aveugle. 4 ème section : v. 25 : Affirmation par l homme qu auparavant, il était aveugle et que maintenant il voit. Tout au long du déroulement du récit, le texte vient ainsi affirmer le fait de la guérison et la réalité du miracle : les voisins, les parents et l aveugle lui-même affirment qu auparavant il était aveugle et que maintenant il voit. * Comment cela s est-il passé? Nous avons vu que la question revient 4 fois dans le texte et qu elle est à chaque fois introduite par la particule "pôs" comment : 1 ère section : vv. 10-11 : Question des voisins (10) et réponse de l homme (11). 2 ème section : v. 15 : Interrogatoire des pharisiens (15a) et réponse de l homme (15b). 3 ème section : vv. 19d-21 : Question des Juifs (19d) et réponse des parents (21). 4 ème section : vv. 26-27 : Question des Juifs et des Pharisiens (26) et réponse de l homme (27). * Qui est l auteur de la guérison? Les différents acteurs du récit vont être appelés à prendre peu à peu position par rapport à celui qui a fait le miracle. 1 ère section : v. 12 : L intérêt des voisins se porte non pas sur l identité du thaumaturge mais sur le lieu où on peut le trouver. 2 ème section : vv. 16-17 : Division des Pharisiens par rapport au thaumaturge : est-il de Dieu ou un pêcheur? (16). Affirmation de l aveugle : c est un prophète (17). 3 ème section : v. 22 : Les parents, par crainte de se faire exclure de la synagogue refusent de reconnaître comme Christ celui qui a guéri leur fils. 4 ème section : vv. 24.28-33 : Position des Pharisiens et des Juifs : cet homme n est pas de Dieu, il est un pêcheur (24.28-29) et position de l aveugle guéri : cet homme ne peut être que de Dieu (30-33). On assiste ainsi à un double mouvement inverse : le durcissement progressif de la position des pharisiens par rapport à Jésus et la reconnaissance graduelle de l identité de Jésus par l aveugle. 62
On peut considérer le v. 34 à part : il conclut le long déroulement de la deuxième partie par le jugement des pharisiens sur le cas de la guérison de l aveugle (v. 34ad) et par le rejet de celui-ci (v. 34e). Conclusion La structure mise en évidence à l intérieur de cette 2 ème partie montre un certain nombre de déplacements : - Au début, l intérêt portait principalement sur le comment du miracle (vv. 10-11.15) et la personne du thaumaturge restait secondaire. - Au contraire, à la fin, l attention se porte toute entière sur son identité. La manière dont s est opérée le miracle devient secondaire. L important devient la personne de celui qui a opéré la guérison. Face à l identité de celui-ci, les différents acteurs sont amenés à se positionner peu à peu. Le mouvement révélé dans cette partie centrale de la péricope correspond bien à ce qui a déjà été mis en évidence dans les 1 ère et 3 ème partie sur la mission et l identité de Jésus. Ainsi, l essentiel de ce chapitre 9 ne porte pas sur le récit de la guérison en lui-même mais bien sur la signification qu il contient. C est ce que l étude de la structure vient de nous montrer et c est ce que nous allons maintenant aborder. 5 LES DIFFERENTES TYPOLOGIES DES REACTIONS DES ACTEURS DU RECIT Le miracle rapporté dans notre péricope du chapitre 9 de Jean tient finalement peu de place en lui-même. Il est décrit très sobrement en deux versets et ni les disciples, ni Jésus lui-même n y assistent puisque la guérison a lieu à la piscine de Siloé. Mais cette guérison effectuée le jour du sabbat entraîne une suite de réactions de la part des différents personnages quant au fait lui-même. La question centrale qui domine toute la controverse ne concerne pas avant tout le miracle mais bien la signification ou l interprétation que les uns et les autres en font. Nous verrons ainsi les différentes typologies des réactions des acteurs. On peut relever quatre types de réactions face au signe réalisé par Jésus : ceux qui ne s interrogent pas (les voisins), ceux qui croient mais n osent pas témoigner (les parents), ceux qui s interrogent mais ne croient pas (les Pharisiens), ceux qui s interrogent, qui croient et qui témoignent (l aveugle-né). 51 Les voisins pour qui le miracle reste de l ordre du prodige Ceux-ci s intéressent au miracle en tant que prodige. Ils se posent la question de l authenticité du miracle (vv. 8-9) avant de s enquérir de la manière dont il s est déroulé (vv. 10-11). La question qu ils posent sur l auteur du miracle ne concerne pas son identité, mais le lieu où l on peut le trouver (v. 12). Ils veulent voir Jésus qui reste pour eux un guérisseur ou un thaumaturge extraordinaires qui soulève curiosité, étonnement et intérêt. Ils en restent au prodige comme ceux que Jésus a nourris lors de la multiplication des pains. Ils ne voient dans le miracle qu une guérison physique. La question de l identité de Jésus, la question de la foi ne se posent pas pour eux. Ils n ont pas perçu la réalité du signe dans le miracle. 52 Les parents qui ne vont pas jusqu au bout de leur raisonnement Tout en reconnaissant le fait du miracle, ils refusent, par crainte, de dire comment il s est passé et qui en est l auteur (v. 21). Leur refus de se prononcer et de témoigner montre bien qu ils se sont interrogés sur la signification de la guérison arrivée à leur fils. Mais eux ne s ouvrent pas à la lumière du Christ : ils n ont pas osé aller jusqu au bout de leur questionnement ; ils ne se sont pas prononcés ouvertement pour Jésus. NB : La menace d exclusion de la synagogue ne peut être justifiée du temps de Jésus. La mise au ban de la société juive, aux conséquences fort graves pour l individu et sa famille, n a été vraisemblablement décidée par les Pharisiens que vers l an 90, après la réunion de Jamnia où des mesures sévères furent décidées contre les hérétiques. L anachronisme est indéniable dans le motif invoqué : Si quelqu un confesse que Jésus est le Christ. La formulation relève bien du langage ecclésial. 63
53 La fermeture progressive des Pharisiens et les Juifs Les Pharisiens s interrogent également sur la manière dont l aveugle a recouvré la vue. Mais plus profondément, ils s interrogent sur la signification à donner à cet événement. Au point de départ, ils envisagent deux possibilités : - L homme ne peut pas être de Dieu car il n observe pas le sabbat (v. 16a). - Mais comment un pêcheur pourrait-il faire de tels signes (v. 16b)? Et le texte souligne que les Pharisiens ne sont pas d accord entre eux (v. 16c). Au-delà du miracle matériel, ils s interrogent donc sur ce qu il représente, sur sa valeur de signe. Mais très vite, ils vont se refermer, allant jusqu à nier la réalité, remettant en cause la guérison elle-même (v. 18) ou bien en revenant à la question du comment du miracle (v. 26). Alors, ils reprennent leur 1 ère interprétation : la guérison a eu lieu le jour du sabbat : l homme ne peut qu être pécheur (v. 24). Ils s en tiennent à la lettre de la Loi, en disciples de Moïse (v. 29). Or, aux vv. 31-33, l aveugle essaye bien de ramener les Pharisiens sur le terrain de leur 2 ème interprétation (v. 16b) mais rien n y fait. Les Pharisiens, eux, savent (vv. 24.29). Allant jusqu au bout de leur logique, ils doivent donc condamner l aveugle et le rejeter (v. 34). Eux-mêmes ont refusé de s ouvrir à la lumière de la simple vérité. S enfermant dans un système clos et sans faille ils sont devenus peu à peu aveugles. Eux qui condamnent l aveugle parce qu il est né aveugle se condamnent eux-mêmes. La cécité n est pas d abord physique mais c est le péché de l homme qui rend aveugle lorsque celui-ci dit : nous savons! Ainsi, les Pharisiens qui avaient pressenti le signe présent dans le miracle l ont finalement rejeté, refusant d aller jusqu au bout de leur interrogation sur l identité de Jésus. 54 L aveugle-né qui s ouvre à la lumière Il suit le cheminement pratiquement inverse des Pharisiens. Aux voisins qui le questionnent, il ne peut que faire la constatation qu il était bien aveugle et que maintenant il est guéri et raconter comment cela s est passé (vv. 8-12). À ceux qui lui demandent où se trouve celui qui l a guéri, il ne peut même pas répondre (v. 12). Mais petit à petit, il va quitter le domaine du miracle pour pénétrer dans celui du signe. Il perçoit audelà de sa guérison un signe qui le pousse à s interroger sur l identité de Jésus : - Au v. 11, il parle d un homme du nom de Jésus. - Au v. 17, il affirme qu il est un prophète. - Au v. 33, il affirme qu il est de Dieu. - Au v. 38, il accède à la lumière de la foi et il confesse sa foi. Cette reconnaissance de Jésus comme Seigneur et donc comme lumière du monde se fait peu à peu à travers le questionnement et l interrogation des Pharisiens. Appelé à témoigner comme ses parents, il reconnaît peu à peu le signe caché du miracle dont il a été l objet et pour lequel il n avait rien demandé. De même que sans hésitation, au début du récit, il est parti se laver à la piscine de Siloé, située au bout du canal d Ezéchias, en dehors de la ville et donc loin du temple, il s ouvre peu à peu à la vraie foi sans détour. En 9,7, il a reçu la lumière du jour. En 9,37, il peut recevoir la lumière du Christ. Il est ainsi passé du miracle au signe ; allant jusqu au bout de son interrogation sur l identité de Jésus. Il accède à la foi, après avoir rencontré Jésus une seconde fois : Je crois Seigneur (38). L aveugle-né parcourt le chemin inverse des pharisiens : il passe de la cécité à la lumière du jour et de la lumière du jour à la lumière de la vie. De la reconnaissance de Jésus comme venant de Dieu, il passe à la reconnaissance en lui du Fils de l'homme. CONCLUSION La péricope de Jn 9 relate donc la guérison d un aveugle-né et les différentes réactions qui en découlent par rapport à la personne de Jésus. Jésus se présente lui-même comme Lumière du monde et Fils de l Homme venu pour manifester les œuvres de Dieu et donc pour opérer un discernement. 64
Les hommes sont invités à reconnaître dans les signes qu il accomplit la Gloire même de Dieu. Ils sont invités par là même à le reconnaître comme Seigneur et Fils du Père. C est le cheminement que suit l aveugle-né qui accède peu à peu de la lumière du jour à la lumière de la vie. Mais c est le cheminement inverse que suivent les pharisiens : prisonniers de la Loi de Moïse et de leur suffisance, ils s enfoncent peu à peu dans les ténèbres. Le péché, ce n est donc pas d être aveugle (2-3), mais c est bien de dire nous, nous voyons ; nous, nous savons ; c est l orgueil de l homme ne se fiant qu en sa propre lumière. Ainsi ceux qui se savent en situation d aveugle se trouvent prêts à se mettre en marche dans leur nuit sur une simple parole et se trouvent ainsi prêts à recevoir l illumination de la foi. Ceux qui croient savoir et voir et qui ne sont prêts à aucun déplacement se ferment à toute possibilité d illumination et leur péché demeure. Plan : INTRODUCTION... 56 1 L'UNITE DE LA PERICOPE... 56 2 LES LIENS DE Jn 9 AVEC SON CONTEXTE PROCHE... 56 21 CONTEXTE ANTERIEUR : LES CHAPITRES 7-8... 56 211 La fête des Tentes... 57 212 Contacts entre Jn 7-8 et Jn 9... 57 22 CONTEXTE POSTERIEUR : LE CHAPITRE 10... 57 3 LES MOTS DU TEXTE (ANALYSE SÉMANTIQUE)... 58 31 LE CHAMP SEMANTIQUE DE LA VISION... 58 311 Des verbes... 58 312 Des expressions et des noms... 58 32 LE CHAMP SEMANTIQUE DU PECHE... 58 33 LE CHAMP SEMANTIQUE DE LA CONNAISSANCE ET DE LA FOI... 59 34 TERMES UTILISES POUR DESIGNER JESUS... 59 CONCLUSION... 59 4 ANALYSE DE LA STRUCTURE... 60 41 REPERES LITTERAIRES... 60 411 Les personnages du récit... 60 412 Des refrains... 60 42 STRUCTURE DU TEXTE... 60 43 STRUCTURE DETAILLEE... 61 431 La 1 ère et la 3 ème partie... 61 432 La 2 ème partie... 62 CONCLUSION... 63 5 LES DIFFERENTES TYPOLOGIES DES REACTIONS DES ACTEURS DU RECIT... 63 51 LES VOISINS POUR QUI LE MIRACLE RESTE DE L ORDRE DU PRODIGE... 63 52 LES PARENTS QUI NE VONT PAS JUSQU AU BOUT DE LEUR RAISONNEMENT... 63 53 LA FERMETURE PROGRESSIVE DES PHARISIENS ET LES JUIFS... 64 54 L AVEUGLE-NE QUI S OUVRE A LA LUMIERE... 64 CONCLUSION... 64 65